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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1998-06, Collections de BAnQ.

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[" Ï3.ÉÊÊÈSBÊ SHITS 1998 3,95$ no 641 Réflexions pour revenir A lire également dans ce numéro: \u2022\tun commentaire de Diane Willey sur le récent document du Vatican sur la Shoah \u2022\tun article du docteur Pierre Morissette, sur l\u2019accompagnement des mourants 977003437800006 relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Jean Périgny ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Dominique Boisvert, Normand Breault, Céline Dubé, Joseph Giguère, Marie-Paule Malouin, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Jean-Marc Biron, Jacques L.Boucher, René Boudreault, Raymonde Bourque, Guy Dufresne, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 28,00$ (taxes in cl.) Deux ans: 49,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 29,00$ Abonnement de soutien: 75,00$ Visa et Mastercard acceptés TPS: R119003952 TVQ:1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 «Nous voulons contribuer à la construction d\u2019un pays différent de celui que nous connaissons.Pour cela, nous travaillons à récupérer la mémoire de notre peuple.Notre chemin a été et continue d\u2019être rempli de périls, mais la construction du Règne de Dieu comporte des risques et ne peut être faite que par ceux et celles qui auront la force de les affronter.» C\u2019est avec ces paroles prophétiques que Monseigneur Juan Gerardi, évêque auxiliaire et coordonnateur du Bureau des droits humains de l\u2019archevêché de UN ÉMOIN GÊNANT.Guatemala, a déposé le rapport Guatemala, Nunca Mas (Guatemala, jamais plus!).Moins de quarante-huit heures plus tard, il fut trouvé mort, assassiné, défiguré par un bloc de béton.De 1960 à 1996, le peuple guatémaltèque a subi un des plus violents conflits armés de tout le continent latino-américain.Le rapport, après trois ans d\u2019études, fait le point sur les violations massives des droits humains qui ont alors affligé le peuple guatémaltèque et, surtout, la population autochtone.Quelque 1400 pages documentent 55 021 cas de violations des droits humains - meurtres, disparitions, détentions arbitraires, viols et autres atteintes à la dignité humaine -, pour conclure incisivement à la responsabilité de l\u2019armée guatémaltèque, dans 79,2% des cas étudiés.Cette mort nous rappelle à quel point les auteurs des crimes contre la dignité humaine craignent la présence de témoins.La proximité d\u2019yeux et d\u2019oreilles sensibles au sort de leurs victimes attire trop de lumière sur des actes qu\u2019ils préfèrent garder dans l\u2019obscurité et le silence.Juan Gerardi savait tout cela.Évêque de Quiche, au début des années 80, il a fermé son diocèse pour protester contre les nombreux abus dont furent victimes les membres de son Église, et fut lui-même obligé de s\u2019exiler.Le projet néo-libéral pour les Amériques favorise l\u2019oubli de la période meurtrière qui a secoué l\u2019Amérique latine, il y a si peu d\u2019années.Le souvenir des victimes perturbe les mythes de la démocratie restaurée et du progrès renouvelé.Nous rappeler les petites gens dont les vies furent brisées par le déferlement de la violence nous invite à nous interroger sur leur sort actuel, à questionner la présence, parmi les gouvernants, des individus et institutions responsables de tant de souffrances.Ainsi est rendu visible à quel point les politiques actuelles figent les rapports de force de jadis, faisant, des oppresseurs, les gagnants du nouvel ordre mondial et, des survivants, les perdants.Martyr: du grec, pour témoin.L\u2019Église primitive savait l\u2019importance de tels témoignages, accordant, à ceux et celles qui refusaient de sacrifier sur l\u2019autel de l\u2019empereur, un statut privilégié au sein de la communion des saints.Le courage héroïque de Juan Gerardi, comme celui d\u2019Oscar Romero, nous interpelle tous et toutes.Alors qu\u2019une certaine complaisance nous inviterait à nous détourner de la souffrance de nos soeurs et nos frères, l\u2019espérance du Règne de Dieu nous interdit d\u2019immoler leur mémoire sur l\u2019autel de la loi du marché.Carolyn Sharp 130 relations juin 1998 face à l\u2019actualité avec Louis Balthazar, André Beauchamp, Élisabeth Garant, Jacques St-Amant et Diane Willey LA FUSION DES BANQUES ROYALE ET DE MONTREAL Au lieu de réagir à la concurrence en devenant meilleures, elles veulent se défendre en devenant plus grosses.Près d\u2019un tiers des Québécois s\u2019attend à ce que la fusion entre la Banque royale du Canada et la Banque de Montréal ait des conséquences négatives pour les consommateurs; un autre bloc de 21% ne sait trop que penser de ce projet par lequel se regrouperaient la plus grande banque au Canada et la troisième plus grande banque.Douze pour cent des consommateurs québécois font surtout affaire avec la Banque royale et 7%, avec la Banque de Montréal1.Les consommateurs ont de bonnes raisons de s\u2019inquiéter.Quand ils s\u2019efforcent de justifier leur projet de fusion, les dirigeants de la Banque royale et de la Banque de Montréal mettent surtout l\u2019accent sur les avantages qu\u2019ils auraient quant à leur capacité de faire des affaires sur les marchés internationaux et d\u2019investir dans la haute technologie.Les besoins des consommateurs ordinaires passent en second.Les consommateurs à faible revenu, eux, semblent plutôt négligeables.Il est vrai qu\u2019on assiste présentement à un phénomène de concentration extraordinaire dans l\u2019industrie bancaire, à l\u2019échelle mondiale.Aux États-Unis, en Suisse, en Belgique ou aux Pays-Bas, les banques fusionnent à qui mieux mieux.Plusieurs grandes banques mondiales investissent dans des institutions situées dans d\u2019autres pays: les banques espagnoles et canadiennes, par exemple, sont de plus en plus présentes en Amérique latine.Plusieurs experts sont d\u2019avis que, d\u2019ici quelques années, 1.Ces données sont tirées d\u2019un sondage CROP réalisé pour Option consommateurs, en février 1998.les marchés internationaux seront dominés par moins de dix grandes institutions.Même si on regroupait les trois plus grandes banques au Canada, cette méga-institution serait encore trop petite pour entrer dans ce petit club.Bref, les banques canadiennes ne sont pas vraiment dans la course.Cela ne les empêche toutefois pas d\u2019exceller dans certains créneaux particuliers, ni de trouver un intérêt à accroître leurs activités à l\u2019étranger.Nos banques, y compris la Royale et la Banque de Montréal, sont en très bonne santé et peuvent parfaitement se développer sans passer par une fusion.La Banque royale, par exemple, a joué un rôle de premier plan en 1996, lors du refinancement du groupe d\u2019assurances Lloyds, à Londres.La Banque Toronto-Dominion est un des principaux prêteurs au monde dans le domaine des télécommunications, et un des principaux courtiers à escompte aux États-Unis.Les exemples de ce genre abondent.S\u2019il n\u2019y a donc pas de raison évidente pour effectuer cette fusion, il y aura assurément des conséquences pour les consommateurs.Dans plus de 200 localités au Canada où on retrouve à la fois une succursale de la Banque royale et une de la Banque de Montréal, la réduction de la concurrence ne fera rien de très bon pour les frais bancaires, ni pour l\u2019amélioration du service.Il faut s\u2019attendre à des fermetures de succursales ici et là, comme l\u2019admettent d\u2019ailleurs privément des dirigeants d\u2019une des deux banques.Les investissements technologiques que font miroiter les banquiers, quant à eux, ne profiteront pas également à tous.relations juin 1998 131 face à l\u2019actualité Presque un quart des Québécois (23%) n\u2019utilisent jamais le guichet automatique, par exemple; cette proportion augmente à 39% chez les personnes vivant dans un ménage au revenu annuel inférieur à 20 000$ et à 60% pour les gens ayant moins de huit ans de scolarité.Même chose pour la carte débit: 55% des gens à faible revenu et 74% des gens très peu scolarisés s\u2019en servent2.Pour ces consommateurs, les services bancaires de base demeurent essentiels, mais ils risquent d\u2019y avoir de moins en moins accès à mesure que les banquiers poussent leurs clients vers les paiements électroniques et les nouvelles technologies.Au fond, la volonté de la Royale et de la Banque de Montréal de fusionner doit être comprise dans le contexte de la restructuration du marché bancaire canadien.Des institutions étrangères (des banques, mais aussi, par exemple le groupe GE), leur font sérieusement concurrence dans le marché des prêts aux grandes entreprises.Ces entreprises elles-mêmes aiment maintenant mieux émettre des actions pour se financer qu\u2019emprunter à la banque.Les assureurs et les vendeurs de fonds mutuels offrent de plus en plus de services quasi-bancaires.En fusionnant, les deux banques veulent mieux résister à ces nouveaux concurrents, qui se sont développés dans des domaines où les clients étaient insatisfaits du service offert par leur banque et sont donc allés voir ailleurs.Au lieu de réagir en devenant meilleures, elles veulent se défendre en devenant plus grosses.Leurs clients n\u2019y gagneront pas.Les citoyens à revenu moyen ou modeste, en particulier, ne trouveront rien de bon à la concentration des banques.Même si des institutions étrangères s\u2019installent au pays dans l\u2019avenir, ce sera d\u2019abord pour offrir des services aux entreprises, et non pour ouvrir une succursale au coin de la rue principale.La fusion doit être approuvée par le ministre des Finances, M.Paul Martin.Le ministre ne se prononcera pas avant qu\u2019un groupe de travail, mis sur pied en 1996 pour examiner toutes les questions liées à la restructuration des services financiers, ait remis son rapport, attendu en septembre prochain.D\u2019ici là, il reste un peu de temps aux organisations de citoyens pour réagir et s\u2019opposer à une fusion dont nous n\u2019avons pas besoin.¦ Jacques St-Amant Option Consommateurs 2.Ibid.QUESTIONS POSEES PAR UNE GREVE DE LA FAIM Le souci des personnes et l\u2019esprit de générosité ne doivent pas évacuer une réflexion critique sur les véritables enjeux de nos politiques d\u2019immigration.Pendant 38 jours, en février et mars dernier, une vingtaine de Chiliens et Chiliennes ont fait une grève de la faim, au sous-sol de l\u2019église Saint-Jean de la Croix à Montréal, afin d\u2019obtenir le statut de réfugiés politiques pour les quelque 160 familles qu\u2019ils représentaient.Malgré la couverture médiatique, l\u2019opinion publique est restée hésitante: si certains ont donné un appui total à la démarche des grévistes, plusieurs ont travaillé à une solution sans appuyer la grève, tandis que d\u2019autres s\u2019abstenaient de prendre position ou s\u2019opposaient à toute solution globale en réponse à un tel moyen de pression.Un comité de soutien a finalement été mis sur pied pour prendre le relais des Chiliens et s\u2019assurer, de la part de tous les paliers du gouvernement, d\u2019une étude individuelle aussi favorable que possible de chaque situation, mais sans garantie formelle quant au résultat: certains seront peut-être reconnus comme réfugiés ou profiteront de programmes humanitaires, mais une grande partie devra sans doute quitter le pays pour faire, de l\u2019étranger, leur demande d\u2019immigration.Il est important de revenir sur certains enjeux d\u2019un tel événement: ceux du refuge, de l\u2019immigration, et du rôle de l\u2019Église.De telles situations sont complexes et notre réflexion est forcément colorée par plusieurs facteurs externes: notre préoccupation à l\u2019égard des graves conséquences possibles d\u2019une grève de la faim, nos solidarités à l\u2019endroit de la cause chilienne, l\u2019opinion de certains médias qui croient que «le Canada est devenu l\u2019aubaine du siècle pour ceux qui veulent court-circuiter le processus d\u2019immigration» (Lysiane Gagnon, La Presse, 10 mars 98), etc.Tentons tout de même de clarifier certaines questions.Nous voulons que le Canada assure la meilleure protection possible à tous ceux et celles qui ont le plus besoin de protection contre les menaces faites à leur vie et à leur sécurité, contre la persécution au sens de la Convention de Genève ou contre les situations inhumaines qui leur sont imposées.Pour que le Canada continue d\u2019offrir, avec l\u2019appui de sa population, la protection aux réfugiés, il est essentiel que ce statut soit accordé à ceux et celles qui en ont effectivement besoin.Pour cela, il importe de reconnaître et d\u2019accepter qu\u2019il ne suffit pas, pour obtenir le statut de réfugié au Canada, de vivre dans un pays où les droits humains sont moins assurés qu\u2019ici; car alors, ce sont les trois quarts de la planète qui se qualifieraient à ce titre.En ce sens, appuyer la véritable protection des réfugiés nous oblige à dépasser les bons sentiments et les sympathies personnelles pour analyser, avec empathie mais aussi objectivement que possible, les besoins réels de protection de chaque cas individuel.Nous voulons aussi que des personnes qui vivent des situations beaucoup plus difficiles que les nôtres, à divers niveaux, puissent avoir une chance de venir au Canada comme immigrants.Pour cela, il est fondamental que les critères de sélection ne deviennent pas trop restrictifs ou élitistes (ce qui peut arriver avec la révision actuelle de la législation fédérale de l\u2019immigration), car le statut de réfugié devient alors la seule voie possible pour tenter d\u2019immigrer dans ce pays.Et on peut difficilement reprocher à des gens d\u2019essayer de quitter une situation pénible pour tenter d\u2019améliorer leur sort! Surtout quand des gens sans scrupules profitent de la misère du Sud pour faire miroiter, souvent à prix d\u2019or, la possibilité d\u2019immigrer ici ou de rester ici.132 relations juin 1998 face à l\u2019actualité C\u2019est pourquoi la grève de la faim des Chiliens pose une question fondamentale d\u2019immigration autant qu\u2019une question de refuge.Et le comité de soutien devrait se préoccuper, en même temps que de la solution juste des cas spécifiques, de poser la question plus large de la réforme entreprise de nos politiques canadiennes d\u2019immigration.Enfin, nous croyons que l\u2019Église a un rôle essentiel et difficile à jouer dans l\u2019accueil de la misère humaine, dans l\u2019appel au partage généreux et dans la résolution pacifique des différends.Et nous sommes heureux de constater qu\u2019elle a joué courageusement ce rôle dans la récente grève des Chiliens: d\u2019abord au niveau de la paroisse et de son pasteur, qui ont su, malgré d\u2019énormes pressions, faire primer l\u2019accueil des personnes en si- tuation de détresse et garder ouverte la porte au dialogue; mais aussi au niveau de la pastorale sociale du diocèse, qui a joué un rôle crucial dans toutes les négociations, et de l\u2019Archevêque qui a accepté de présider le comité de soutien.À l\u2019intérieur des limites imposées par nos lois, et dans une analyse réaliste de notre conjoncture économique et politique, l\u2019Église devra toujours rester celle qui invite à ouvrir un peu plus les bras, à élargir un peu plus nos coeurs, à accueillir un peu plus l\u2019étranger.Et ce sera à nous de trouver les arrimages concrets entre la générosité et les contraintes de la réalité.¦ Élisabeth Garant Centre justice et foi «PAS D\u2019AVENIR SANS MÉMOIRE» La récente déclaration de l\u2019Église sur la Shoah: pas tout à fait un acte de repentance, mais un processus qui y mène.Le 16 mars dernier, la Commission du Saint Siège pour les relations religieuses avec les juifs publiait un document intitulé Souvenons-nous.Une réflexion sur la Shoah.Si l\u2019initiative, comme telle, avait été bien accueillie, le texte suscita de nombreuses critiques, tant de la part de juifs que de chrétiens, qui espéraient beaucoup plus.Le document est le résultat de onze ans de réflexion.Comme la Déclaration de repentance des évêques français (30 septembre 1997), il se situe dans l\u2019engagement de l\u2019Église à la repentance et au renouveau, au seuil du nouveau millénaire.Malheureusement, le présent document n\u2019a pas cette transparence qui faisait la force de la déclaration française.Dans le climat actuel des relations entre chrétiens et juifs, le plus important dans ce document reste implicite.De toutes «les façons par lesquelles l\u2019image du Créateur dans l\u2019homme lui-même a été défigurée», de tous les «modes de pensée et d\u2019action qui constituaient de véritables formes de contre-témoignages et de scandale», on sent bien que ce qui pèse le plus lourd sur la conscience de l\u2019Église catholique, c\u2019est la Shoah.À la lumière de ce document, toutes les autres horreurs de totalitarisme, de racisme et de génocide qui ont marqué ce siècle apparaissent comme bien peu à côté de cette catastrophe.Et, derrière la distinction un peu ardue entre antijudaïsme et antisémitisme, on entrevoit une conscience profondément troublée par le fait que «l\u2019enseignement du mépris», dans l\u2019Église, ait pu contribuer à l\u2019éclosion de la Shoah.En fait, la nature et le but de ce document sont loin d\u2019être clairs.Ils s\u2019embrouillent particulièrement dans ces passages où, au lieu de déclarations précises sur les sujets les plus sensibles, on a droit à des généralités sur l\u2019humanité et sur sa condition pécheresse! Si on voulait faire là un acte de repentance, on peut dire que cette déclaration n\u2019a pas abouti.Devant cette «innommable tragédie» qu\u2019est la Shoah, le document n\u2019arrive pas à reconnaître sans équivoque le rôle historique de l\u2019Église.Or, la repentance est impossible si on ne se reconnaît d\u2019abord responsable.À côté de marques de profonde douleur devant la souffrance des juifs dans la Shoah, le document se permet certaines distinctions qui, au mieux, évitent les vraies questions et, au pire, sont plutôt de nature à blesser qu\u2019à guérir.Il dissocie l\u2019enseignement officiel de l\u2019Église de ces «interprétations erronées et injustes.du Nouveau Testament» qui ont été «définitivement rejetées par le deuxième concile du Vatican».Mais des études ont démontré que cet «enseignement du mépris» trouve ses racines dans les sermons et les écrits des Pères de l\u2019Église, comme saint Jérôme et Jean Chrysostome.On trouve d\u2019ailleurs une trace de cet enseignement dans la subtile distinction du document entre la «dévotion à la loi» chez les juifs et «l\u2019enseignement chrétien de l\u2019amour».C\u2019est cet antijudaïsme religieux qui a empoisonné les relations entre l\u2019Église et les juifs durant deux mille ans et qui a créé une atmosphère propice à l\u2019éclosion de l\u2019antisémitisme nazi.Pourtant, en affirmant que c\u2019est l\u2019antijudaïsme sociologique et politique du XIXe siècle qui est la base de l\u2019antisémitisme nazi - et dont les racines se situent hors du christianisme -, le document déclare que «la Shoah était le fruit d\u2019un régime moderne tout à fait néo-paganiste», ce qui permet rétrospectivement d\u2019en dissocier l\u2019Église.Quand nous aurons accès aux archives du Vatican, nous saurons de façon plus complète comment l\u2019Église a réagi à la Shoah.Nous n\u2019en connaissons que des bribes maintenant, ce qui rend tout jugement difficile, sinon impossible.Ceci dit, il est urgent de nous pencher sur un autre aspect de la mémoire de la Shoah, malheureusement trop implicite dans la déclaration: l\u2019ec-clésiologie qui se dessine en fond de trame de ce document.Face à la Shoah, le texte tente de donner une image de l\u2019Église.Il fait état de trois voix: celle de ceux qui se sont opposés aux Nazis, la voix silencieuse de ceux qui n\u2019ont pas eu le courage de protester et enfin la voix de «l\u2019Église en tant que telle», qui approuve la première et regrette profondément les erreurs et les manquements de la seconde, mais sans jamais s\u2019identifier à aucune des deux! Pourtant l\u2019Église est faite des chrétiens, en Europe, qui ont résisté aux Nazis et de ceux qui n\u2019ont pas résisté; elle est cons- relations juin 1998 133 face à l\u2019actualité tituée des chrétiens, dans les gouvernements à travers le monde, qui ont accueilli les réfugiés juifs dans les années difficiles et de ceux qui ne l\u2019ont pas fait.Comme Église, notre devoir est de rappeler ces expériences où l\u2019Église a eu le courage d\u2019agir, et d\u2019en tirer des leçons; mais notre devoir est aussi de nous repentir des moments où l\u2019Église n\u2019a pas eu ce courage; et la communauté juive a besoin de nous entendre dire cela.Voilà ce sur quoi nous pouvons demander à nos amis juifs de « nous écouter avec générosité de coeur».Ce faisant, nous assumerons l\u2019affirmation des évêques allemands en 1995: cette Église que nous disons sainte et que nous vénérons comme un mystère, est aussi une Église pécheresse, qui a besoin de conversion.À tout prendre, c\u2019est peut-être le titre qui énonce le plus clairement la principale contribution de cette déclaration aux relations actuelles entre juifs et chrétiens.Au lieu d\u2019un acte de repentance quelque peu convaincant de la part de l\u2019Église, on y trouve une invitation aux catholiques et à tous les chrétiens à s\u2019engager dans un processus de mémoire pour l\u2019avenir (memoria futur!); on nous demande de méditer sur la Shoah, sur ses causes et sur l\u2019impératif moral qui empêchera à jamais le retour d\u2019une telle abomination.Le document déclenche cette réflexion en posant des questions pertinentes sur comment « les préjugés enracinés dans quelques esprits et coeurs chrétiens» et comment « le sentiment antijuif parmi les chrétiens» ont facilité la persécution massive des juifs par les Nazis.Cette voie vers l\u2019avenir peut nous conduire à de véritables actes de repentance et à cette nouvelle relation avec le peuple juif, que manifestement souhaitent profondément les auteurs de la déclaration.¦ Diane Willey, nds Directrice associée au Centre canadien d\u2019oecuménisme LA TORNADE CHAREST Gare à la pensée magique! Les problèmes du Québec ne peuvent se résoudre comme par enchantement, uniquement par la venue d\u2019un «Sauveur», si charismatique soit-il.Un événement médiatique sans précédent! Jamais une candidature à la chefferie d\u2019un parti politique québécois n\u2019aura suscité une telle attention de tous les médias du Canada.Les élites politiques du Canada anglais se sont donné le mot pour promouvoir cette candidature.On a drapé le beau jeune homme dans l\u2019unifolié, on a vanté toutes ses qualités, on lui a soudainement refusé tout avenir à la direction du Parti progressiste-conservateur.Même ses ennemis d\u2019hier l\u2019ont encouragé à venir à Québec.Il fallait entendre Jean Chrétien se faire tout miel à l\u2019endroit de celui qu\u2019il avait férocement combattu il y a moins d\u2019un an.Il est bien vrai que le départ de Charest des Communes affaiblit à la fois le Parti conservateur et le Bloc québécois.Quelle aubaine pour les Libéraux qui se sont toujours crus les dirigeants naturels de ce pays! Il y a là quelque chose de troublant, qui frise l\u2019indécence.Rarement les Canadiens des autres provinces auront-ils autant donné le ton à la politique québécoise.Cela rappelle 1939, l\u2019intervention solennelle des députés fédéraux du Québec pour faire battre Duplessis, trop tiède quant à l\u2019effort de guerre.Il faut dire que les Québécois sont les premiers à accueillir le «sauveur» en étonnante majorité.Le Parti libéral vend des cartes comme jamais.Celui qui n\u2019est pas encore chef voit sa victoire assurée par plusieurs sondages.Se peut-il que l\u2019électorat du Québec soit à ce point volatile, à ce point charmé par le charisme d\u2019un nouveau leader?Qui a déjà dit que les Québécois n\u2019ont que des sentiments?Comment autrement expliquer le passage subit de l\u2019appui au gouvernement Bouchard à l\u2019enthousiasme envers le nouveau venu?Rappelons-nous tout de même que les Québécois, avec une constance exemplaire, sauf de rares exceptions, ont toujours manifesté leur préférence pour une voie moyenne entre le fédéralisme homogène à la Trudeau et la souveraineté du Québec.Un fédéralisme renouvelé faisant place à la reconnaissance de la spécificité québécoise a toujours obtenu leur préférence.C\u2019est en désespoir de cause que tant d\u2019entre eux ont appuyé et pourront encore appuyer un projet de souveraineté.Que survienne donc un espoir et ils se tourneront spontanément vers celui ou celle qui l\u2019incarne.Or, Charest, qui a toujours bien pris soin de se dissocier de l\u2019arrogance et des méthodes fortes du Parti libéral du Canada et des héritiers de Trudeau, incarne cet idéal.Comme d\u2019ailleurs Brian Mulroney l\u2019incarnait jadis, au temps du «beau risque».Mais que les Libéraux québécois ne pavoisent pas trop vite! Sans doute, leur nouveau chef aura beau jeu d\u2019exploiter les frustrations d\u2019un électorat qui ne compte plus les raisons d\u2019être mécontent de son gouvernement et de l\u2019équipe sans lustre qui le dirige.Les doléances s\u2019accumulent dans le secteur de la santé et des affaires sociales, dans l\u2019éducation, au niveau des municipalités, des régions et, au premier chef, de la grande déprime montréalaise.On a dit et redit que le gouvernement de Québec se désintéresse tout à fait de la métropole où pourtant vivent et travaillent le plus souvent, exception faite du cirque parlementaire, le plus grand nombre des membres de ce gouvernement.À tous ces maux, cependant, M.Charest devra bien proposer des remèdes, des solutions de rechange.Osera-t-il critiquer le «néo-libéralisme» excessif du gouvernement du Parti québécois, comme on le fait un peu partout?Avec quel argent ramènera-t-il des lits dans les hôpitaux, des effectifs scolaires plus adéquats?Est-ce bien Jean Charest qui va répondre au désespoir des pauvres, des chômeurs et de tous les laissés-pour-compte de la nouvelle économie mondiale?Et la troisième voie, quelle sera-t-elle?La déclaration de Cal-gary recouvrera-t-elle avec Charest les vertus qui lui ont manqué jusqu\u2019ici?Comment le nouveau chef nous expliquera-t-il que le principe de l\u2019égalité des provinces est compatible avec l\u2019unicité du Québec et l\u2019autonomie politique qui doit nécessairement l\u2019accompagner?S\u2019il doit nous rappeler Jean Lesage, lui aussi parti d\u2019Ottawa il y a quarante ans, faudra-t-il souligner que ce dernier 134 relations juin 1998 face à l\u2019actualité est passé de «C\u2019est le temps que ça change» à «Maîtres chez nous» en l\u2019espace de deux ans?En tout ceci, gare à la pensée magique qui laisse croire qu\u2019il suffit de ne plus parler d\u2019un problème pour qu\u2019il s\u2019envole comme par enchantement.Suffit-il vraiment qu\u2019on cesse de parler de souveraineté pour que disparaissent tous nos maux, tous les malaises de notre économie dont la plupart sont structurels plutôt que conjoncturels?Nous avons connu, en 1982, à un moment où la souveraineté n\u2019était plus à l\u2019ordre du jour, une des pires récessions économiques depuis la grande dépression des années trente.Qu\u2019un Jean Charest devienne premier ministre du Québec, cela ne fera pas disparaître non plus l\u2019incertitude politique.Cette incertitude, faut-il le rappeler, elle n\u2019est pas due à la possibilité d\u2019un référendum autant qu\u2019à un certain événement qui a eu lieu en 1981-1982 et qui a consacré l\u2019isolement du Québec.Tant que l\u2019Assemblée nationale n\u2019aura pas ratifié la Constitution de ce pays, nous n\u2019aurons pas atteint de véritable stabilité politique.Gare encore à la pensée magique des autres qui croient qu\u2019il suffira de parler et de parler encore de souveraineté pour que cette option finisse par récolter l\u2019appui de la majorité.Comme si nous n\u2019en avions pas déjà beaucoup parlé.Bien sûr la parole est parfois libératrice.Mais il ne suffit pas de crier «Seigneur, seigneur» pour entrer dans le Royaume! Peut-être les Québécois ne sont-ils pas aussi changeants qu\u2019ils le paraissent.Il leur arrive de se souvenir! ¦ Louis Balthazar Politicologue et professeur à l\u2019Université Laval LA FIGURE SPIRITUELLE DE JEAN-BAPTISTE Pour aujourd\u2019hui encore, un précurseur et une des fortes voix de l\u2019humanité.Les images d\u2019Épinal ont parfois une vie longue.Ainsi en est-il de Jean-Baptiste et de son supposé mouton, ce pauvre mouton sans défense que l\u2019on tond ou que l\u2019on mange, c\u2019est selon, mais qui, en aucun cas, ne saurait représenter ce petit peuple plutôt coriace et têtu que nous sommes et voulons continuer d\u2019être.De Jean, fils de Zacharie et d\u2019Élisabeth, nous ne savons pas grand chose.Nous en savons ce que nous en racontent les Évangiles et quelques passages de l\u2019historien juif Flavius Josèphe.On l\u2019a surnommé le Baptiste à cause de l\u2019importance de l\u2019administration du baptême, mais aussi le Précurseur, dans la mesure où Jean prolonge la tradition prophétique antérieure mais annonce aussi la venue d\u2019un Messie.C\u2019est d\u2019ailleurs cette figure du Précurseur qui amènera la tradition liturgique à fixer la fête de Jean au solstice d\u2019été, en regard de la fête de la naissance de Jésus rattachée, elle, au solstice d\u2019hiver.Au 25 décembre, nous célébrons la naissance de Jésus, nouveau soleil levant, lumière qui se lève sur les nations.Au 24 juin, nous célébrons la plénitude de l\u2019été, dont le rite ancestral est celui des grands feux de joie dits de la Saint-Jean.Manifestement, la tradition liturgique a christianisé de longues et riches traditions païennes ancestrales.La figure de Jean, le Baptiste ou le Précurseur, semble bien pâle.Mais il vaut la peine d\u2019y regarder à deux fois.Flavius Josèphe laisse entendre qu\u2019il y aurait eu des liens entre Jean et les courants messianiques de son époque, possiblement avec la communauté de Qumràn et le groupe des Esséniens.C\u2019est une hypothèse plausible.Il est certain, par ailleurs, que dans le premier groupe des apôtres, il y avait des disciples de Jean, dont nommément André (cf.Jn 1,40).Selon Luc, la transmission du Notre Père par Jésus origine de la demande suivante: «Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean l\u2019a appris à ses disciples» (11,1).Jean s\u2019inscrit tout à fait dans le prophétisme de la tradition biblique.Il se caractérise par la pauvreté de ses vêtements et l\u2019austérité de sa vie (Mt 3,4).Rien qui ressemble à la vie de la cour d\u2019Hérode.Jean est un homme de rupture.Cela apparaît aussi dans la véhémence de sa parole.Aux sadducéens et aux pharisiens qui viennent se faire baptiser, il déclare: «Bande de serpents! Qui vous a montré à fuir la colère qui vient?(.) La hache est déjà prête à couper la racine des arbres» (Mt 3,7-10).Le message de Jean prolonge et actualise l\u2019exigence de justice de ce que nous appelons maintenant l\u2019Ancien Testament.Luc en donne un raccourci saisissant, qui illustre l\u2019enseignement moral de Jean.À la foule qui demande que faire, il répond: «que celui qui a deux chemises partage avec celui qui n\u2019en a pas.» Aux collecteurs d\u2019impôt: « N\u2019exigez pas plus que ce que demande la loi ! » Aux soldats: «Ne faites ni violence ni tort à personne; contentez-vous de votre salaire!» (Le 3,10-14).Trois vertus un peu oubliées aujourd\u2019hui: le partage, le respect de la foi, le refus de la violence! Mais on en trouve tout de même des échos parfois là où on ne s\u2019y attendrait pas: «Si j\u2019ai peur d\u2019avoir froid parce que je donne ma chemise.tue-moi» (Dan Bigras).Jean le Baptiste reprochait à Flérode d\u2019avoir épousé Hérodiade, la femme de son frère.Flérode, pourtant, craignait Jean et l\u2019écoutait volontiers (Mc 6,20).On connaît la suite.La danse de Salomé la fille d\u2019Flérodiade qui envoûte Flérode et demande comme récompense la tête de Jean-Baptiste sur un plateau.Richard Strauss a illustré, dans son opéra Salomé, la perversité érotique et nécrophile de Salomé où, dans une scène démentielle, Salomé en vient à baiser la bouche du décapité.Malgré son destin tragique, voire même à cause de lui, Jean, le Baptiste et le Précurseur, demeure une haute figure de l\u2019attente messianique et du courage dans la protestation.Il actualise très concrètement les exigences morales de la solidarité et de la justice et annonce de toutes ses forces un âge nouveau.Décidément, nous sommes bien loin du mouton bêlant et de la plate soumission à la société de consommation.Pour aujourd\u2019hui encore, le Baptiste demeure un Précurseur et une des fortes voix de l\u2019humanité.¦ André Beauchamp relations juin 1998\t135 Dans le cadre des négociations devant mener à la conclusion de l\u2019Accord multilatéral sur l\u2019investissement (AMI), Mgr François Thibodeau, président de la Commission épiscopale des affaires sociales de la CECC exprimait, en mars dernier, sa vive inquiétude à l\u2019Honorable Sergio Marchi, ministre canadien du Commerce international.La restructuration économique en cours dans nombre de secteurs d\u2019activités a semé l\u2019incertitude, l\u2019inquiétude et parfois même le désarroi, tant chez les personnes mises à pied que chez les survivantes.Aussi, soulignent les évêques, le gouvernement du Canada devrait-il prévoir et planifier le plus tôt possible une large consultation.L\u2019éventail des acteurs intéressés ainsi que les multiples facettes de ce projet d\u2019accord exigent une telle démarche.Face au défi de changement d\u2019époque, la Conférence latino-américaine des religieux et religieuses (CLAR) se propose de dynamiser, d\u2019ici l\u2019an 2000, avec une audace évangélique, la vie consacrée en Amérique latine et dans les Caraïbes, à partir de l\u2019expérience de Dieu et d\u2019une option renouvelée pour les pauvres, afin d\u2019être signe prophétique d\u2019espérance.Les grandes lignes d\u2019orientation seront: le monde des jeunes, les femmes, la promotion d\u2019une spiritualité incarnée, libératrice et inculturée, une nouvelle «ecclésialité» autour des valeurs de solidarité, de justice, d\u2019égalité et de respect des différences.Plusieurs projets viendront se greffer à ces lignes d\u2019orientation de la CLAR.L\u2019Institut national de la recherche scientifique (MRS) créait, en janvier 1998, la Chaire Fernand-Dumont sur la culture.Ce projet a surgi tout naturellement, au lendemain du décès de l\u2019éminent professeur émérite de l\u2019Université Laval.Fernand Dumont s\u2019est imposé, tout au long de sa carrière, comme un chercheur de réputation internationale, un fin analyste de la culture et de l\u2019évolution de la société québécoise, un croyant préoccupé par la question de la transcendance et un intellectuel engagé dans la cité.Les travaux de recherche et de réflexion qu\u2019on y mènera porteront notamment sur la transmission de la culture, les rapports entre l\u2019éthique et la solidarité sociale, l\u2019avenir des petites sociétés dans un contexte de mondialisation de l\u2019économie et de la culture, la place de la transcendance dans nos sociétés postmodernes.M.Fernand Harvey, professeur-chercheur, est le titulaire de cette nouvelle Chaire.Pour informations: M.Georges Lamy, au (418) 687-6422.En mars 1998, la CSN tenait ses états généraux, sous le thème : La richesse ça se partage.On y faisait le constat que, malgré la reprise économique, les inégalités sociales et économiques augmentent, que le chômage et la précarité demeurent à des niveaux inacceptables.Dans un portrait de la situation, on notait les points suivants: les profits des entreprises ont atteint 78,7 milliards de dollars en 1997; le revenu moyen des ménages canadiens a diminué d\u2019environ 2300$, de 1989 à 1995; le nombre de personnes au Québec vivant avec des revenus inférieurs aux seuils de pauvreté atteint 1 558 000 en 1996, dont 56% sont des femmes; en 1996, 22% de tous les enfants vivent dans la pauvreté.Situé à Nicolet, le Musée des religions est unique en Amérique du Nord.Depuis douze ans, il offre des expositions de qualité au grand public.Musée d\u2019ethnographie, d\u2019histoire et d\u2019arts religieux, il présente des expositions temporaires axées sur les grandes traditions religieuses, mettant en évidence le caractère communautaire et populaire de l\u2019expérience religieuse.De plus, il reflète le pluralisme religieux et met en valeur des objets témoins de la dimension spirituelle de l\u2019être humain.Les cinq grandes traditions religieuses sont réunies autour d\u2019un thème commun: les fêtes du calendrier liturgique.Du 18 mai au 14 septembre 1998, une exposition nous décrit quatre professions vitales responsables des devoirs essentiels d\u2019une communauté juive: le rabbin (Rabbi), le chantre (Cantor), celui qui pratique la circoncision (Mohel) et rabatteur rituel (Shohet).Pour information: Michèle Paradis, au (819) 293-6148.Geste oecuménique remarqué: les responsables des grands courants religieux de France s\u2019unissent pour dénoncer la place désormais prise dans la vie politique française par un parti qui n\u2019a jamais caché ses thèses racistes, xénophobes et antisémites.Soixante ans après une période où certaines dérives idéologiques et l\u2019indifférence de tant de pouvoirs ont contribué à rendre possible la Shoah, en cette année du 50e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l\u2019Homme, ils attirent l\u2019attention de l\u2019ensemble des Français sur la nécessité absolue de retrouver les valeurs fondatrices de la démocratie, dont la première est l\u2019absolu respect de la dignité de tout homme.Ils demandent aux responsables politiques de tout faire pour une confiance retrouvée des électeurs envers leurs élus.136 relations juin 1998 \t iteSjÉf'.JI Réflexions pouBï\u2019avenir RÉFLEXIONS SUR UN DIALOGUE par Carolyn Sharp Des juifs habitent le Québec depuis plus de deux cents ans.Confrontés aux complexes rapports de forces qui existaient jadis entre un peuple canadien-français entêté à survivre, physiquement, religieusement et culturellement, en terre d\u2019Amérique, et la communauté britannique dominante, les juifs ont su se tailler une place au sein de cette société.Au fil des années et des décennies, ils y ont pris racine.De cette présence, naissent des institutions, des structures sociales, des manières d\u2019être et de faire qui continuent de marquer notre société.Notre dossier soulève la question de l\u2019avenir de cette présence.Élaboré en collaboration avec Dialogue Saint-Urbain1, il propose quatre réflexions sur le futur de la communauté juive.Pour Relations, il s\u2019agit d\u2019une contribution importante à une discussion qui concerne l\u2019ensemble de la société québécoise.Le dossier se situe ainsi dans la suite de nos réflexions sur l\u2019avenir du Québec et sur l\u2019urgence d\u2019y construire une culture publique commune.Par cette collaboration, nous voulons aussi souligner le remarquable travail de Dialogue Saint-Urbain qui, depuis plusieurs années déjà, cherche à établir un dialogue constructif entre juifs québécois et francophones non juifs.Conscient des murs qui divisent encore notre société ainsi que des multiples silences qui y perdurent, cet organisme voudrait mettre fin à l\u2019ignorance mutuelle et construire des ponts, pour un rapprochement véritable.Les auteurs de nos articles viennent d\u2019horizons différents.Anthropologue, originaire de Québec, lui-même de tradition chrétienne, Pierre Anctil est un des chercheurs les plus respectés sur l\u2019histoire des juifs montréalais, ainsi qu\u2019un homme passionné du rapprochement.Avocat, Max Bernard est activement engagé au sein du Congrès juif du Canada.Pour Danielle Gratton, mère d\u2019un fils francophone et juif, réfléchir sur l\u2019avenir de la communauté jui- ve, c\u2019est parler en quelque sorte de son fils.D\u2019origine sépharade, Yolande Cohen et Joseph Lévy, tous les deux professeurs à l\u2019UQAM, s\u2019interrogent sur la situation de ces juifs francophones, arrivés de l\u2019Afrique du Nord, il y a trente ans.Juifs à Montréal La préparation de ce dossier nous a plongés dans la complexité de toute discussion qui touche aux questions d\u2019identité et de relations interculturelles.En effet, exis-te-t-il une seule communauté juive au Québec ou plusieurs?Peut-on parler de communauté juive sans tomber dans les pièges du multiculturalisme?L\u2019identité juive est- elle d\u2019abord ethnique ou religieuse?Qu\u2019est-ce qui constitue l\u2019originalité de l\u2019expérience juive québécoise?De plus, lorsque nous abordons des questions de notre convivance au sein d\u2019une seule société québécoise, nous parlons le plus souvent en termes de relation entre de nouveaux arrivés et la société d\u2019accueil.Or, dans le cas de la communauté juive, un tel paradigme se révèle inadéquat à plusieurs égards.Après deux siècles de présence au Québec, les juifs ne font-ils pas partie de la société d\u2019accueil?Dans tout dialogue de rapprochement, ne faut-il pas en tenir compte?Arrivés, littéralement, des quatre coins du monde, les juifs québécois voient leur histoire marquée par trois grandes vagues d\u2019immigration.Dès 1760, une première vague d\u2019immigrants, formée en bonne partie Au Québec, Stéphane Valiquette s.j.fut un des ouvriers de la première heure dans la construction du dialogue religieux entre juifs et chrétiens.138 relations juin 1998 Photo: Francine Tardif de commerçants anglais, fondent une communauté restreinte qui, à partir de 1832, jouira de droits civils et politiques, dont ils seraient exclus ailleurs dans l\u2019Empire britannique.Les persécutions de la fin du XIXe siècle amèneront ensuite des juifs de l\u2019Europe de l\u2019Est, principalement de la Russie, de la Pologne et de la Roumanie, donnant à la communauté montréalaise ses couleurs fortement ashkénaze et yiddisho-phone1 2.Enfin, à partir des années 1950, on assiste à un nouveau phénomène: l\u2019arrivée Les juifs québécois sont massivement des urbains et des Montréalais.Plus de 95% habitent la métropole, se concentrant dans certains quartiers où ils ont construit des synagogues, des centres communautaires et des écoles et où ils ont ajouté une texture distinctive au tissu social.de l\u2019Afrique du Nord des juifs sépharades qui parlent français, alors qu\u2019auparavant la très grande majorité des juifs québécois étaient intégrés, linguistiquement au moins, à la communauté anglophone.Les juifs québécois sont massivement des urbains et des Montréalais.Aujourd\u2019hui, comme depuis toujours, plus de 95% habitent la métropole, se concentrant dans certains quartiers où ils ont construit des synagogues, des centres communautaires et des écoles et où ils ont ajouté une texture distinctive au tissu social.Des juifs aux origines diverses ont forgé ici une identité juive montréalaise.Dans la vie de ces quartiers, l\u2019on peut aussi constater la complexe relation entre identité culturelle et identité religieuse qui est au coeur de la vie juive.L\u2019amalgame entre foi et culture, qui est particulier au judaïsme, se fonde sur la tradition biblique, s\u2019est façonné à travers la rude expérience de la diaspora, où les juifs se retrouvent 1.\tVoir l\u2019encadré de la page 142.2.\tVoir notre glossaire, en page 144.Né en Lithuanie en 1910 et arrivé au Canada en 1921, David Rome s\u2019est révélé, tant dans sa vie que dans ses nombreuses réalisations, un grand témoin de l\u2019expérience juive canadienne.peuple apatride au sein des cultures chrétiennes et musulmanes, s\u2019est affiné lors de multiples débats internes qui ont eu lieu au moment de l\u2019émancipation et, finalement, selon plusieurs, a été gravé à tout jamais sur une âme collective par la Shoah.De la fraternité à la responsabilité commune Stéphane Valiquette, un des pionniers québécois du dialogue religieux entre juifs et chrétiens, raconte que son engagement a connu trois étapes: celle où il se considérait «convertisseur des juifs», celle de la fraternité, où la fréquentation amicale a permis de défaire des cloisons et de bâtir des relations respectueuses, et enfin celle où juifs et chrétiens se reconnaissent une responsabilité commune pour le monde.Il se rappelle, dans ses mémoires, que «dans notre groupe montréalais de dialogue judéo-chrétien, nous avons un jour décidé de payer le voyage d\u2019un rabbin orthodoxe qui voulait aller participer aux États-Unis à une session biblique sur les Actes des Apôtres.À son retour, il faisait un rapport enthousiaste et il concluait par cette remarque étonnante: Je commence à comprendre que nous, juifs et chrétiens, som- mes responsables du salut du monde.» Le premier fruit de tout effort de dialogue est le respect et l\u2019amitié qui remplacent la volonté de convertir, anéantir ou assimiler l\u2019autre.Mais l\u2019objectif ultime du dialogue va plus loin que cela.Or, depuis 50 ans, divers mouvements oecuméniques et interreligieux ont suscité un nouvel esprit religieux dans notre monde.De ces mouvements est né ce que certains se plaisent à appeler un «oecuménisme pratique», c\u2019est-à-dire la construction de ponts à partir de préoccupations communes pour la justice, pour la dignité humaine et pour l\u2019épanouissement de l\u2019ensemble de la société.Au sein du dialogue entre juifs et chrétiens, notamment, les droits de la personne ainsi que l\u2019accueil des réfugiés et des immigrants ont été des questions importantes.Transposé sur le plan du dialogue interculturel, un tel esprit nous invite tous, francophones et non francophones, juifs et non juifs, à assumer notre responsabilité partagée pour la maison commune québécoise.Or, une telle responsabilité s\u2019exerce à partir d\u2019une histoire partagée et d\u2019un patrimoine commun, ainsi qu\u2019au nom d\u2019un enracinement réel dans un lieu précis et un temps donné.C\u2019est cela que nous n\u2019avons pas encore suffisamment explicité les uns pour les autres.Et c\u2019est à cela que nous souhaitons contribuer par ce dossier.Bonne lecture.¦ relations juin 1998 139 L\u2019HISTOIRE ET LE DIALOGUE DE L\u2019IMPORTANCE DE DES ÉMOTIONS DANS par Pierre Anctil1 Trop de questions profondes et d\u2019enjeux fondamentaux sont soulevés ici pour que les efforts d\u2019échanges mutuels et de communication positive en ce sens soient laissés au hasard des rencontres et des initiatives personnelles».Membre de Dialogue Saint-Urbain, l\u2019auteur prône un dialogue continu et organisé, qui touche les sphères culturelles et sociales les plus courantes.J\u2019entreprendrai ma réflexion sur le futur de la communauté juive à Montréal et au Québec par un paradoxe dont seules les relations judéo-chrétiennes ont le secret: dans la conjoncture actuelle, la pérennité du judaïsme dans notre société passe par une exploration et une mise en valeur de l\u2019apport et de l\u2019expérience historique juive sous toutes ses facettes, au Québec.Le passé autant immédiat que lointain pourrait s\u2019avérer déterminant, pour surprenant que cela puisse paraître de prime abord, notamment parce qu\u2019il recèle plusieurs exemples de collaboration fructueuse et parce qu\u2019il témoigne d\u2019un processus d\u2019enracinement fort révélateur.Francophones et juifs ont à leur actif un côtoiement et une proximité depuis plus de deux siècles à l\u2019échelle des couches populaires; cela est particulièrement vrai à Montréal, depuis le début du XXe siècle, même si les événements des vingt dernières années les ont en bonne partie effacés de la mémoire collective, de part et d\u2019autre de la frontière identitaire.Cette méconnaissance de l\u2019histoire tout court, et des relations entre juifs et francophones sur une longue période en particulier, rend difficile un jugement équilibré concernant les tensions vécues à la faveur de chocs récents; elle peut empêcher aussi que soient rééditées des formes de collaboration éprouvées dont des personnes appartenant à d\u2019autres époques de l\u2019histoire avaient fait l\u2019expérience.Le départ vers les banlieues du West Island, au tournant des années 60, et donc l\u2019abandon des quartiers traditionnels de contacts intenses avec les francophones autour du boulevard St-Laurent, l\u2019isolement politique survenu au moment de l\u2019arrivée au pouvoir du parti québécois, en 1976, et l\u2019amoindrissement de la présence juive en région ont par ailleurs battu en brèche des mécanismes de négociation et des formes de coopération dont les deux collectivités avaient nettement profité, lors d\u2019un passé pas si lointain.Surtout, une compréhension des grands enjeux historiques de la présence juive au Québec et des apports notables de la communauté au développement d\u2019un Québec démocratique, diversifié sur le plan ethnique et religieux, et distinct sur le plan culturel, pourrait faciliter l\u2019adhésion des jeunes juifs à leur société d\u2019appartenance et appuyer leur désir d\u2019y contribuer et de s\u2019y tailler une place à leur mesure.L\u2019idée, ici, n\u2019est pas d\u2019éliminer toute référence à des moments pénibles, comme la grève des internes à l\u2019Hôpital Notre-Dame, en 1934, en vue d\u2019expulser un collègue juif, ou la coûteuse exclusion des elèves juifs des écoles publiques catholiques après 1903, à Montréal; nous proposons de jeter un regard critique et lucide sur un patrimoine historique commun, qui nous interpelle tous et nous rappelle à nos responsabilités de dialogue et d\u2019échange mutuel.Qui, à part de trop rares spécialistes, se rappelle que le Monument national, sur le boulevard St-Laurent, ne fut pas que le haut lieu du nationalisme canadien-fran-çais, mais qu\u2019il accueillit aussi, pendant près d\u2019un demi-siècle, le public enflammé et les artisans exceptionnels du théâtre yiddish montréalais?Sait-on, dans les milieux francophones, que les écrivains juifs de la métropole ont chanté, dès les années 20 et dans plusieurs langues, leur ville d\u2019adoption, et que les artistes peintres de même origine en ont tracé une image étonnante et novatrice, à une époque où leurs équivalents canadiens-français avaient surtout le regard tourné vers la campagne et la ruralité?Dans les circonstances, il ne serait pas superflu d\u2019imaginer qu\u2019une contribution majeure à la perpétuation et à l\u2019illustration de l\u2019héritage juif au Québec serait la création d\u2019une institution muséale d\u2019envergure à Montréal, susceptible de prendre en charge la diffusion de ce passé et d\u2019en faire le garant, en quelque sorte, d\u2019un avenir plus serein et plus prometteur.Pour ériger une maison commune De ce qui précède, découle comme de source une préoccupation pour l\u2019établissement d\u2019un rapprochement véritable et à long terme entre les membres de la communauté juive et leurs compatriotes québécois.Trop de questions profondes et d\u2019enjeux fondamentaux sont soulevés par les rapports judéo-chrétiens en notre ère, et par la présence au Québec d\u2019une importante communauté juive, pour que les efforts d\u2019échanges mutuels et de communication positive en ce sens soient laissés au ha- 140 relations juin 1998 sard des rencontres et des initiatives personnelles.Le premier élément de cette problématique a trait au fait qu\u2019il existe un dialogue constructif et sincère entre juifs et francophones à Montréal, depuis au moins un demi-siècle, soit depuis que David Rome a été nommé, en 1942, officier de relations publiques au Congrès juif canadien, et de- Le plus difficile, sans doute, sera pour les tenants de la tradition juive et pour les francophones d\u2019apprendre à exprimer et à respecter les sensibilités particulières de leurs vis-à-vis.puis que les Jésuites Joseph Paré et Stéphane Valiquette ont commencé à échanger, au milieu des années 30, avec leur vis-à-vis de la synagogue réformée, le rabbin Harry Stern du Temple Emanu-EI.Ces avancées ont été consolidées par la fondation, en 1947, par Nairn Kattan, du Cercle juif de langue française, toujours sous l\u2019aile du Congrès juif canadien, et par l\u2019établissement, à la même période, d\u2019un forum d\u2019échange proprement religieux entre le diocèse de Montréal et des rabbins locaux.De telles expériences historiques ont eu une grande importance et doivent être reconnues.Elles ont rendu possible le transfert à la génération suivante d\u2019un capital positif de dialogue et de connaissance mutuelle, qu\u2019ont porté certains aînés jusqu\u2019auprès des plus jeunes, nouvellement initiés aux joies et difficultés des relations interreligieuses.C\u2019est ainsi que l\u2019Institut interculturel de Montréal, au début des années 60, Dialogue Saint-Urbain, en 1989, et la Caravane de la tolérance, plus près de nous, ont trouvé un terroir fertile et bénéficié de l\u2019apport de personnalités sans lesquelles de nouveaux progrès auraient été ardus, sinon impossibles.Les aptitudes et le savoir-faire développés dans ce contexte doivent maintenant être digérés et transmis au-delà de la période immédiate.Le dialogue avec les francophones et le rapprochement interculturel à long terme apparaissent d\u2019emblée comme une condi- 1.Anthropologue, l\u2019auteur est membre de Dialogue Saint-Urbain.tion propice au maintien de la vitalité juive à Montréal et au développement de son identité propre; tout autant qu\u2019il est fondamental, dans l\u2019optique d\u2019une ouverture de la majorité à des réalités autres et à l\u2019accueil par elle de la différence.Pour parvenir à percer au-delà des cercles intéressés au phénomène strictement religieux, qui a souvent constitué le noyau dur de ce type d\u2019échange, le dialogue entre juifs et francophones doit déborder dans les sphères culturelles et sociales les plus courantes et rallier autour de lui le public en général, les milieux scolaires et universitaires, le monde artistique et littéraire, et une part des créateurs et des intellectuels présents dans la cité.Voilà pourquoi Dialogue Saint-Urbain a souvent privilégié les événements où intervenaient des figures culturelles connues, comme Dora Wasserman et Michel Tremblay.L\u2019idée de jumeler de part et d\u2019autres les groupes d\u2019intérêt et les institutions ayant des intérêts professionnels ou éthiques en commun est aussi une idée susceptible d\u2019amorcer le dialogue et la compréhension mutuelle, et éventuellement d\u2019en approfondir les contours.Le rapprochement ne peut en effet s\u2019exprimer et s\u2019actualiser que dans la durée, quand s\u2019établit entre individus issus de traditions différentes une relation de confiance et de partage autour d\u2019objectifs partagés, et qui permet de surmonter le trouble né à certains moments de tensions cycliques ou ponctuelles.Le plus difficile sans doute, et ce à quoi nous ne sommes parvenus que très partiellement encore, sera, pour les tenants de la tradition juive et pour les francophones, d\u2019apprendre à exprimer et à respecter les sensibilités particulières de leurs vis-à-vis, dont la plupart sont nées de part et d\u2019autre relations juin 1998 141 Jean-François Leblanc/Agence STOCK dossier de formes douloureuses de minorisation historique, d\u2019un sentiment de vulnérabilité et de la crainte de disparaître.En ce sens, l\u2019expérience européenne, dont les persécutions antisémites de la fin du XIXe siècle et la grande nuit de l\u2019Holocauste, pèse très lourd dans la balance, même à Montréal.De même, les fragilités des francophones, leur impression longuement ancrée de dépossession économique et linguistique barrent parfois la route à un dialogue plus enrichissant et à un approfondissement de la quête de l\u2019autre, fut-ce face au voisin juif de toujours.Il est tout à fait inutile d\u2019espérer lever complètement de tels obstacles à Mont- réal; mais les cerner et les définir avec plus de précision, les confronter même, risque d\u2019être salutaire à court terme pour la poursuite du dialogue.L\u2019écoute attentive et patiente du vis-à-vis identitaire passe à coup sûr par ce type de questionnement douloureux sur soi-même.Le dépassement ou, à tout le moins, l\u2019acceptation tacite des souffrances historiques vécues de part et d\u2019autre offre probablement l\u2019assurance d\u2019un avenir plus serein pour la communauté juive et d\u2019un rôle plus grand pour ses membres au sein de la vie publique, à Montréal.Il signifierait en effet que les susceptibilités et sensibilités qui s\u2019entrechoquent périodiquement, et dont on note les remous ma- Dialogue Saint-Urbain D\u2019abord cercle de connaissances et d\u2019amis, autant juifs que francophones, préoccupés de l\u2019état des relations entre les deux communautés à Montréal, puis plaque tournante d\u2019un échange plus vaste autour de ce thème, Dialogue Saint-Urbain est né d\u2019un colloque informel, tenu le 10 septembre 1989, à l\u2019Institut interculturel de Montréal, sur la rue Saint-Urbain précisément, et réunissant près d\u2019une soixantaine de personnes.En fait, ce jour-là, les participants ignoraient sans doute pour la plupart qu\u2019ils contribuaient à fonder, par leur présence attentive, une organisation de dialogue qui se perpétuerait d\u2019événements en événements jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Intitulée Québécois en dialogue et présidée par Hy Goldman et Jacques Langlais, la rencontre initiale de l\u2019automne 1989 était centrée déjà autour de quatre thèmes, qui seraient promis à une longue carrière au sein du groupe: Vécu historique et perception identitaire, Religion et foi, Nationalisme et affirmation collective et Le facteur linguistique.Moins d\u2019un an plus tard, en mai 1990, les membres de la cellule initiale déposaient une demande d\u2019incorporation, sous le nom de Dialogue Saint-Urbain, et l\u2019organisme prenait son envol.Il apparut très vite aux principaux animateurs du mouvement de dialogue que, contrairement aux périodes historiques précédentes, la sphère culturelle restait sans doute, dans le contexte québécois des années 90, la plus susceptible de nourrir des échanges soutenus et porteurs de significations communes aux deux communautés.C\u2019est ainsi que Dialogue Saint-Urbain patronnait, en mai 1992, au Centre Saidye-Bronfman, la présentation des Belles-soeurs de Tremblay en yiddish.La formule fut reprise à l\u2019été 1993, quand le Klezmer Conservatory Band de Boston et la Bottine souriante se partagèrent ensemble, pour le plus grand plaisir des spectateurs, la grande scène du Festival international de Jazz de Montréal.Depuis, l\u2019organisme a imaginé et animé plusieurs panels de discussion portant sur des sujets chers aux tenants des deux traditions, toujours dans un but de découverte, d\u2019échange et d\u2019approfondissement mutuel.Il a entre autres mis sur pied, depuis 1996, Les conférences David Rome pour le rapprochement interculturel, dont la finalité est de stimuler périodiquement la réflexion publique sur la contribution et le futur de la communauté juive au sein de la société montréalaise.L\u2019expertise de Dialogue Saint-Urbain en matière de dialogue interculturel a été mise de l\u2019avant, dernièrement, par la cinéaste Ina Fichman, lors de la production de son film documentaire sur les rapports entre juifs et francophones au Québec, intitulé Vers une terre promise.L\u2019organisme a aussi été responsable du dépôt auprès de la Commission des monuments historiques d\u2019une proposition, aujourd\u2019hui acceptée, de classement du boulevard Saint-Laurent en tant qu\u2019arrondissement historique reflétant l\u2019histoire de l\u2019immigration à Montréal.P.A.jeurs dans les rapports entre juifs et francophones, seraient en partie canalisés vers des lieux de rencontre et des causes partagées, dont la multiplication est essentielle pour l\u2019établissement d\u2019un Québec ouvert sur la différence.?Que dire de plus du dialogue entre juifs et francophones, sinon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un frêle esquif qui vogue à travers la tempête, et qui doit sans cesse être réorienté et protégé des périls de l\u2019incompréhension, tout comme des atteintes à courte vue.Certes, l\u2019avenir de la communauté juive dépend en grande partie des conditions économiques particulières à Montréal et au Québec, et de la résolution du contentieux politique Qué- Le dialogue entre juifs et francophones: un frêle esquif qui vogue à travers la tempête et qui doit sans cesse être réorienté et protégé des périls de l\u2019incompréhension, tout comme des atteintes à courte vue.bec-Canada; mais au-delà de cette conjoncture globale, dont nous souhaitons tous qu\u2019elle débouche sur une situation plus enviable, se profile toujours, pour les tenants du judaïsme et pour les francophones dans leur relation mutuelle, le danger de l\u2019isolement, du reproche et de l\u2019intolérance.Nul ne peut prendre un tel risque de laisser se développer le ressentiment face à l\u2019autre, alors que des bases encore fragiles et étroites certes, mais indéniables, existent en vue d\u2019ériger au Québec une maison commune qui fasse place aussi à la différence culturelle et à la dissimilitude de tradition religieuse.Du fait de la proximité historique vécue depuis deux siècles avec les francophones, les juifs occupent au Québec une position stratégique dans l\u2019économie du dialogue entre les cultures.Approfondir nos rapports avec cette communauté en particulier ouvre de larges horizons, qui permettront de mieux situer dans notre contexte propre l\u2019ensemble de la mouvance interculturelle et ses enjeux majeurs pour notre société.142 relations juin 1998 X X COMMUNAUTE JUIVE DU QUEBEC À L\u2019AUBE DU XXIe SIÈCLE par Max Bernard1 La productrice de film Iva Fichman discute du point de vue fédéraliste avec son amie Michelle Allen, une souverainiste, dans le film de Fichman «Vers la Terre Promise».Où qu\u2019elles soient installées, les communautés juives ont toujours été préoccupées par certaines problématiques existentielles reliées à leur continuité, à leur adaptation aux environnements social, économique et politique ainsi qu\u2019à leurs interactions avec la société en général.Cela demeure aussi vrai aujourd\u2019hui qu\u2019historiquement, et aussi vrai au Québec que n\u2019importe où ailleurs.Ainsi, la communauté juive regarde aussi bien en son sein qu\u2019à l\u2019extérieur, en cherchant des façons de gérer les nouvelles tendances, les nouvelles idées et les nouveaux défis qui se posent.Lors d\u2019une récente conférence qui réunissait plus de mille membres de la communauté juive du Québec, l\u2019idée de regarder en avant plutôt que de continuer d\u2019être nostalgiques du passé, suscita de nombreuses discussions.En effet, nombreux sont ceux qui se souviennent des années 50 et 60 comme des bons vieux jours, alors que les sondages de 1971 dénombraient la population juive de Montréal à plus de 125 000 âmes et considéraient cet- 1.Max Bernard est avocat de profession.Il est vice-président du Congrès juif canadien, région du Québec, et a également un mandat national à titre de président du Comité d'unité nationale du Congrès juif canadien.te ville comme la capitale culturelle et sociale de la vie juive du Canada.Aujourd\u2019hui, 100 000 juifs vivent à Montréal et le phénomène du vieillissement rapide de la population nous incite à concentrer nos efforts sur la rétention des membres de notre communauté plutôt que sur l\u2019accueil de nombreux nouveaux venus, comme ce fut autrefois le cas.La période précédant les années 70 a vu la communauté juive s\u2019enrichir d\u2019importantes vagues d\u2019immigration, notamment de juifs d\u2019Europe de l\u2019Est et plus récemment de juifs provenant d\u2019Afrique du Nord, dont la langue principale est le français, et qui constituent maintenant à peu près un quart de la communauté.Les institutions de la communauté juive fleurissaient et avaient pour mandat de subvenir aux besoins d\u2019une vague constante de nouveaux immigrants dont le but était simple à prime abord, mais combien complexe: débuter une nouvelle vie à Montréal.Nombreux sont ceux qui, ayant fui les persécutions, poussaient leurs enfants à atteindre leurs buts dans un environnement où les occasions de succès étaient nombreuses.Jusqu\u2019à la Révolution tranquille, le gouvernement du Québec jouait un rôle moins important dans la vie des populations.Certaines institutions actives au sein de la société québécoise étaient caractérisées principalement par leur affiliation religieuse, dans une société largement dominée par les catholiques, mais qui comprenait une importante population de souche protestante.Avant les années 60 et malgré une certaine tendance antisémite institutionnalisée et un degré de préjugé antijuif non négligeable, la communauté avait tout de même réussi à bâtir un environnement culturel et social dynamique, ainsi qu\u2019à faire d\u2019importantes contributions à la société dans son ensemble.La communauté juive produisait des gens d\u2019affaires - les familles Bronfman, Steinberg, Pascal entre autres -, ainsi que des poètes dont Léonard Cohen, A.M.Klein et Irving Layton.Tous apportaient une contribution importante à la vie économique et intellectuelle de la province.Bien que l\u2019on puisse débattre du moment où les choses changèrent dramatiquement, nombreux sont ceux qui identifieraient le début des années 70 comme relations juin 1998 143 dossier Petit glossaire Ashkénazes: près des trois quarts des juifs québécois sont d\u2019origine ashkénaze.Leurs racines sont de l\u2019Europe de l\u2019Est et de l\u2019Europe centrale.Historiquement, leur langue commune est le yiddish, mélange d\u2019hébreu et d\u2019allemand.Il existe chez eux une diversité de mouvements religieux dont les hassidim, les orthodoxes, les conservateurs et les réformés.Sépharades: un peu moins d\u2019un quart des juifs québécois sont d\u2019origine sépharade, la grande majorité arrivant de l\u2019Afrique du Nord depuis 40 ans.De sefarad, mot hébreu médiéval.Le judaïsme sépharade s\u2019enracine dans la péninsule ibérique d\u2019où les juifs sont expulsés au XVe siècle et dispersés à travers le monde méditerranéen.Leurs traditions, interprétations légales et pratiques rituelles diffèrent de celles des ashkénazes, d\u2019où l\u2019existence de synagogues sépharades.Hassidim: plus visibles, à cause de leurs costumes et de leur concentration dans certains quartiers, ils forment une petite minorité (autour de 5%) chez les juifs québécois.Mouvement de piété populaire qui remonte au XVIIle siècle, l\u2019hassidisme se distingue non seulement par l\u2019observation minutieuse des préceptes religieux et l\u2019étude rigoureuse des textes sacrés, mais aussi par son intérêt pour les écrits mystiques, telle la Cabale.Orthodoxes: la communauté juive montréalaise se distingue par son grand nombre d\u2019orthodoxes (environ un sur cinq, comparé à un sur dix, à Toronto).L\u2019orthodoxie insiste sur une stric- te observance de l\u2019ensemble des préceptes de la Torah, sur l\u2019autorité de la halakah ou la loi rabbinique dans la vie quotidienne, sur l\u2019étude de la Torah et du Talmud.Conservateurs: un peu moins d\u2019un tiers des juifs montréalais.Tout en se voulant fidèle aux traditions, ce mouvement religieux recherche des possibilités de modernisation au sein de la loi rabbinique, ce qui permet certaines innovations.Réformés: alors que le judaïsme réformé prédomine ailleurs en Amérique du Nord, seuls 4% des juifs montréalais y sont affiliés.Originaire d\u2019Allemagne et des États-Unis, au XIXe siècle, ce mouvement valorise l\u2019expérience religieuse du peuple juif, sans pourtant accorder une autorité absolue aux traditions légales; il n\u2019insiste pas sur l\u2019observance rigoureuse de la loi et permet des innovations liturgiques et autres.C\u2019est chez les réformés que sont acceptées le plus facilement les femmes rabbins.Juifs séculiers: plus d\u2019un quart des juifs de Montréal ne sont affiliés à aucune synagogue.À partir de l\u2019émancipation des juifs en Europe, au XIXe siècle, le judaïsme a vu émerger plusieurs courants de pensée séculière qui essayaient de faire une synthèse entre certaines valeurs de la tradition juive et des philosophies libérales ou marxistes.L\u2019on trouve chez les juifs séculiers une forte insistance sur l\u2019engagement social.Revue Relations étant une période de profondes transformations au sein de la communauté juive du Québec.À ce moment-là, une expression plus agressive du nationalisme québécois prenait de l\u2019ampleur et un mouvement souverainiste émergeait dans l\u2019éventail des nouvelles idées politiques.D\u2019importantes mesures furent introduites afin de protéger la langue française, lesquelles furent perçues, par un segment important de la communauté juive du Québec, comme étant discriminatoires.Alors qu\u2019en plus, la situation économique s\u2019érodait au courant des années 70, bien des membres de la communauté juive commençaient à se demander si, vu les circonstances, il ne valait pas mieux considérer un déplacement vers un environnement moins turbulent.Nombreux sont ceux qui quittèrent la province et, plus particulièrement, ceux âgés entre 21 et 35 ans, dont les chances de succès étaient les meilleures.Inévitablement, ces départs eurent un effet important sur la communauté juive du Québec, non seulement du point de vue de la situation démographique et des ajustements institutionnels qui en découlaient, mais également d\u2019un point de vue psychologique.Bien que la communauté juive fut et reste diversifiée dans les positions qu\u2019elle adopte sur certaines de ces questions, il ne fait aucun doute que la situation politique qui évoluait eut un effet et un impact significatifs sur un certain nombre de ses membres et donna lieu à des appels pour un niveau plus élevé d\u2019activisme politique.Bâtir l\u2019avenir ensemble La communauté juive du Québec a traditionnellement cultivé un haut niveau d\u2019activisme, que ce soit dans le domaine communautaire ou sur la scène politique.Dans le domaine communautaire, une foule de projets a vu le jour, en réaction aux priorités et aux états d\u2019esprit changeants.L\u2019un des programmes les mieux connus est Pro-Montréal, lequel met l\u2019emphase sur la recherche d\u2019emplois pour les jeunes juifs qui sont intéressés à poursuivre leur carrière à Montréal.Le programme comprend un grand nombre d\u2019activités et d\u2019initiatives qui ont pour but de favoriser un sentiment de solidarité parmi les jeunes membres de la communauté juive du Québec.Il existe également un nombre important d\u2019initiatives de rapprochement dont l\u2019une des plus populaires demeure Dialogue Saint-Urbain qui réunit juifs et francophones et dont le but consiste à encourager des initiatives et des programmes interactifs entre ces deux communautés.Une telle emphase sur le rapprochement et sur la création de coalitions relative à des programmes d\u2019entraide ne serait pas à négliger, au sein de la société québécoise dans son ensemble, particulièrement en des temps où les gouvernements affligent la population de compressions budgétaires.L\u2019adresse centrale, quant à la représentation de la communauté juive du Québec, a toujours été le Congrès juif canadien, région du Québec.En prenant sur lui les plus récentes préoccupations de la communauté juive du Québec, l\u2019organisme s\u2019est concentré sur la formation de coalitions, afin de présenter des opinions sur des questions de l\u2019heure, notamment dans le domaine des droits des minorités et de l\u2019unité nationale.Le meilleur exemple de cette approche active à la formation de coalitions est sans aucun doute le partenariat formé par les congrès juif, hellénique et italien du Québec.Cette coalition n\u2019a ménagé aucun effort afin de sensibiliser les Québécois quant aux préoccupations des communautés ethnoculturelles, tout en mettant en oeuvre des programmes d\u2019échange avec différentes communautés majoritairement francophones.La visite par la coalition des villes de Trois-Rivières, Hull, Sorel-Tracy et Québec, a permis de 144 relations juin 1998 La communauté juive n\u2019a jamais caché ses inquiétudes politiques, linguistiques et économiques.C\u2019est avec l\u2019ensemble des Québécois qu\u2019elle pourra trouver les solutions en vue d\u2019un avenir meilleur pour tous au Québec.tenir un dialogue sur les problématiques communes à tous les intervenants, notamment le décrochage scolaire, le développement économique, et l\u2019impact des coupures budgétaires sur les systèmes de santé.Bien que ces initiatives aient eu pour effet d\u2019amplifier l\u2019impact que la communauté juive organisée peut avoir sur l\u2019échiquier politique, il demeure un profond sentiment d\u2019impuissance au sein de la communauté.Nombreux sont ceux qui, dans la communauté, pensent qu\u2019alors que les événements suivent leur cours, les occasions d\u2019avoir un effet sur les décisions d\u2019importance stratégique pour les minorités sont souvent limitées.Cela a permis l\u2019émergence d\u2019un certain pessimisme occasionnel, parce que les gouvernements, dans le cours de leurs actions, ne démontrent pas suffisamment de sensibilité aux points de vue des minorités.Ainsi, tout le débat relatif à la définition du concept de «peuple québécois», autrefois axé sur des notions de «souche» française, ne peut que laisser indifférents les membres des communautés, qui au-delà de la fierté qu\u2019ils ont à porter un autre héritage, ne sont pas d\u2019avis qu\u2019il soit essentiel de l\u2019abandonner pour participer pleinement à l\u2019essor de la société québécoise.Souvenons-nous également des actions telles que celles prises récemment par les autorités afin d\u2019empêcher l\u2019importation de certains produits kasher ou pour dénuder le quartier chinois de Montréal de son caractère ethnique; elles constituent des initiatives malheureuses, qui ne sont pas perçues comme prônant l\u2019harmonie culturelle.Solutionner ce sentiment d\u2019impuissance demeure un défi fondamental, posé aux dirigeants politiques qui désirent sincèrement que la communauté juive et que toutes les autres communautés minoritaires se considèrent comme parties prenantes à cette société.Pour en revenir à la communauté juive, quel que soit le degré de croyance ou d\u2019or- Progression numérique de la population juive du Québec 1991\t101 210 1981\t103 365 1971\t114 220 1951\t80 829 1931\t58 032 1911\t28 893 1901\t6964 Source: Fédération CJA thodoxie de l\u2019individu, être juif ne signifie pas seulement adhérer à un héritage historique ou folklorique.Il va sans dire que la notion de race ou d\u2019ethnie a de nos jours beaucoup moins de pertinence.Il s\u2019agit plutôt d\u2019une identité axée sur une religion comportant des valeurs fondamentales, applicables à la vie de tous les jours dans le cadre de nos sociétés modernes, et permettant à ceux qui le désirent de célébrer des rites qui nous rappellent une très longue et, souvent, une pénible histoire.Voilà ce qui nous distingue et qui nous rend méfiants face à toute tentative d\u2019assimilation.Pourtant, comme nous l\u2019avons déjà démontré maintes fois par le passé, même si certains groupements juifs, tout comme certaines communautés chrétiennes, préfèrent s\u2019isoler, rien ne nous empêche en tant que communauté d\u2019oeuvrer à l\u2019amélioration de notre société, main dans la main avec nos compatriotes de toutes religions, de toutes langues maternelles et de toutes «ethnies».Et nous le faisons de façon quotidienne, avec beaucoup d\u2019enthousiasme.Il est vrai que la communauté juive accorde une importance primordiale à l\u2019éducation, qu\u2019elle soit religieuse ou séculière.C\u2019est la raison de son insistance au maintien de ses propres institutions éducatives primaires et secondaires.Mais il demeure également que, même à une époque où l\u2019ensemble de la communauté juive ressentait une vive angoisse existentielle ré- sultant de la situation politique et économique, la communauté n\u2019a ménagé aucun effort, au cours des dernières décennies, afin d\u2019assurer que les systèmes pédagogiques soient en place dans les écoles juives pour permettre à tous d\u2019atteindre une compétence en français.C\u2019est ainsi, entre autres moyens, que la communauté juive manifeste son attachement profond à notre société québécoise, tout en souhaitant aussi, et ce très majoritairement, demeurer au sein du Canada.Présente en terre québécoise depuis près de trois cents ans, la communauté juive reste attachée à une présence forte au XXIe siècle et à une pleine participation à l\u2019essor de cette société et ce, dans tous ses aspects.C\u2019est pourquoi elle insiste beaucoup sur des initiatives de rapprochement, d\u2019intégration, et de création d\u2019emploi pour ses jeunes, ainsi que pour le maintien des institutions éducatives et de services dont elle a besoin pour desservir les membres de la communauté.Dans la même veine, il lui est essentiel de s\u2019exprimer vigoureusement sur les grandes questions sociales et politiques du jour et de travailler, de concert avec l\u2019ensemble des Québécois, pour aborder les questions de l\u2019incertitude politique, des tensions linguistiques et de la détérioration du climat économique et ce pour garantir un meilleur avenir tant aux membres de la communauté juive qu\u2019à l\u2019ensemble des membres de la société québécoise.¦ relations juin 1998 145 Jean-François Leblanc/Agence STOCK L\u2019AVENIR DE MON FILS.par Danielle Gratton1 De souche canadienne-française, Danielle Gratton a épousé un juif ashkénaze.Elle témoigne ici, un peu de l\u2019intérieur, de sa compréhension de la communauté juive et de sa perception d\u2019une «appartenance partagée», gage d\u2019avenir pour les deux communautés.Bien malin qui aurait pu, au début des années 50, prévoir qu\u2019aujourd\u2019hui je me serais retrouvée avec un «petit juif pure laine».À l\u2019époque, mon père était marchand de fruits et légumes, «peddler» comme on disait.Il avait bien un ami juif rencontré au marché central mais, malgré une amitié chaleureuse, chacun restait sur son quant-à-soi.Plusieurs décennies plus tard, suite à un mariage avec un juif ashkénaze, j\u2019ai un fils juif qui parle français.Ainsi, à ma fierté d\u2019être québécoise canadienne-française vient s\u2019ajouter tout le respect que j\u2019ai pour la culture juive.Alors, pour moi, poser la question de l\u2019avenir de la communauté juive à Montréal, cela revient à me demander quel sera l\u2019avenir de mon fils ici.Bien sûr, son avenir m\u2019apparaît brillant, d\u2019autant plus qu\u2019il a un pied dans la communauté juive et l\u2019autre bien ancré dans la communauté québécoise canadienne-française.Je fais bien attention, cependant; je ne lui fais pas miroiter l\u2019idée qu\u2019ailleurs cela pourrait être meilleur.Je veux le garder ici et lui faire profiter du croisement de ces deux univers culturels.Mais qu\u2019y a-t-il pour lui dans la rencontre de ces deux mondes?En premier lieu, chacun de ces groupes possède une histoire riche et profonde.Chacun offre un univers de sens qui a su les porter à travers des événements difficiles et grands, et qui parle à chacun d\u2019entre nous.Pour les deux peuples dont mon fils est issu, l\u2019enracinement et la survie sont importants.Ayant partagé longtemps une méconnaissance profonde et mutuelle, la société québécoise canadienne et la société juive ashkénaze sont restées sur des quiproquos déterminés par leurs identités respectives.Les Canadiens français se sont définis en tant que catholiques parlant français et, dans un rapport de fermeture lié à la Conquête anglaise, ils ont parfois refusé les contacts avec ceux qui ne correspondaient pas à cette définition.Ce contexte ne favorisait pas une rencontre avec d\u2019autres religions, la juive pas plus que les autres.Avec la Révolution tranquille, leur identité religieuse s\u2019est muée en une identité linguistique; dans mon entourage, les juifs ont alors été confondus avec les Anglais.Cette transformation de l\u2019identité canadienne-française a quand même rendu possible une union entre un juif ashkénaze et une Québécoise canadienne-française.Cela à la condition que notre foyer reste français.Ainsi, la communauté québécoise canadienne-française a donné un enfant juif à la communauté ashkénaze, cette dernière lui a donné un enfant français.Les identités ont été protégées de part et d\u2019autre.Cet échange amical assure, à mon sens, la pérennité des deux communautés.Les institutions juives sont aussi garantes de leur avenir à Montréal.Depuis que je connais mieux la communauté juive de Montréal, je suis impressionnée par l\u2019organisation de ses institutions et par leur force.Bien entendu, les juifs que je connais ne décriraient certainement pas leur fonctionnement institutionnel exactement comme je le fais; malgré plusieurs années de contacts soutenus, voire intimes, mon regard reste extérieur.À première vue, les institutions juives nous apparaissent très semblables: il y a, par exemple, un YMCA qui devient un YMHA2, des services sociaux, des écoles, etc.Mais leur fonctionnement est très différent.Prenons les écoles.Au premier re- gard, elles semblent privées, car les parents doivent payer pour assurer l\u2019éducation juive de leurs enfants; mais aucun enfant n\u2019est refusé au sein d\u2019une école juive pour des raisons économiques.Dans ce contexte très particulier, ces écoles privées ne sont pas si privées que ça; il s\u2019agit plutôt d\u2019un autre mode de redistribution de la richesse, qui ne passe pas directement par un gouvernement central.Les services sociaux fonctionnent aussi de cette façon: chacun y va de sa contribution, dans la mesure de ses moyens.Ce système est rendu possible parce que, dans la communauté juive, chacun se sent redevable face à sa communauté et chacun doit, à la mesure de ses moyens, lui redonner temps ou argent.Cette façon de faire m\u2019impressionne beaucoup, car non seulement elle assure une solidité au tissu social, mais aussi une appartenance pour chacun des membres de cette communauté.L\u2019avenir de la communauté juive à Montréal dépend, entre autres, de sa capacité à poursuivre cette forme d\u2019échange entre ses membres.Pendant un certain temps, la communauté juive a été touchée par le départ des plus jeunes.Là aussi, certains facteurs externes et internes ont joué.Plusieurs juifs ont vu l\u2019arrivée au pouvoir du nationalisme québécois comme la première cause de ces départs.Cette association semble irréaliste, voire absurde, pour plusieurs québécois canadiens-français.Moi-même, j\u2019ai mis longtemps à comprendre l\u2019association qui existe entre les camps de concentration et un certain nationalisme, tel que l\u2019ont connu les juifs.Mais, justement, il s\u2019agit d\u2019une forme très exarcerbée de nationalisme, auquel en tant que québécoise je refuse viscéralement d\u2019être associée.Nous qui avons fait une Révolution tranquille, nous voudrions aussi réaliser une indépen- 1.\tPsychologue, anthropologue.2.\tLe «H» étant pour Hebrew.*\u2022 146 relations juin 1998 Beaucoup de jeunes juifs revendiquent une appartenance québécoise et plusieurs d\u2019entre eux refusent de s\u2019exiler pour trouver du travail ailleurs.Les jeunes juifs se sentent à nouveau chez eux au Québec et ils ne veulent plus le quitter.giles parmi nous, il est bon de rappeler que le rôle que nos apports respectifs et souvent convergents ont joué dans le dévelop-g pement et la qualité de vie de Montréal, w Je conclurai en disant qu\u2019il m\u2019apparaît § difficile de parler de l\u2019avenir de la commu-< nauté québécoise juive sans parler aussi | de l\u2019avenir de la communauté québécoise \u201c canadienne-française.Mon «petit juif pu-| re laine» y est certainement pour quelque z chose.¦ Cette nouvelle compréhension que j\u2019ai de la communauté juive, qui s\u2019est développée peu à peu en fréquentant mes amis juifs, m\u2019a aussi amenée à revoir ma propre identité.Tant les gens d\u2019origine juive que ceux d\u2019origine canadienne-française peuvent se dire québécois.Cette appartenance partagée est une condition nécessaire au maintien des juifs à Montréal.Une nouvelle question surgit maintenant de cette appartenance québécoise partagée: comment indiquer les particularités et les différences qui sont si importantes aux yeux de chacun de ces deux groupes?La réponse à cette question renvoie à la mise en évidence de nos racines spécifiques: canadiennes-françaises pour moi et juives, pour eux.D\u2019un point de vue interculturel, cette nouvelle position qui tient compte de toute notre histoire et pas seulement de notre positionnement d\u2019après-guerre m\u2019apparaît profitable, car il est toujours plus facile d\u2019entrer en contact avec l\u2019autre lorsque notre enracinement culturel est dynamique.De part et d\u2019autre, nous ignorons trop souvent les liens qui ont toujours existé entre nous, et l\u2019interdépendance dans laquelle nous avons vécu.Malgré cette ignorance respective, au moment où la décroissance économique touche surtout les plus fra- dance tranquille.Cependant, je peux comprendre maintenant que cette vision sera difficile à partager pour ceux qui ont connu le nationalisme allemand de la Deuxième Guerre mondiale.Je conçois aussi que notre mouvement indépendantiste en ait rendu plusieurs nerveux et ait pu influer sur un certain nombre de départs.En ce moment, j\u2019observe que beaucoup de jeunes juifs revendiquent une appartenance québécoise et que plusieurs d\u2019entre eux refusent de s\u2019exiler pour trouver du travail ailleurs.Tout comme les jeunes québécois canadiens-français, après quelques années de turbulence, les jeunes juifs se sentent à nouveau chez eux au Québec et ils ne veulent plus le quitter.Je pense que cela assurera une présence juive à Montréal.La détermination de ces jeunes a su mobiliser la communauté juive et a redonné goût à plusieurs de fonder aujourd\u2019hui une famille juive ici.Ce mouvement interne dans la communauté, parce qu\u2019il s\u2019inscrit en consonance avec les désirs profonds de la communauté québécoise canadienne-française, vient assurer un avenir à la communauté juive de Montréal.relations juin 1998 147 dossier MAROCAINS DU QUEBEC par Joseph Lévy et Yolande Cohen1 LES JUIFS Au cours des années 1960, quelque 15 000 juifs francophones, d\u2019origine marocaine, s\u2019installent au Québec, parce que terre américaine francophone accueillante.Nos deux auteurs explorent comment cette petite communauté sépharade s\u2019intégre au Québec et quel est son avenir.L\u2019histoire contemporaine démontre, oh combien!, que les prédictions sur l\u2019avenir sont sujettes à caution, tant est imprévisible le futur.Aussi le texte qui suit aura pour objectif essentiel de dégager les paramètres internes à la communauté juive-franco-phone originaire du Maroc et les facteurs externes qui pourraient peser sur ses orientations et sur son avenir.L\u2019intégration des juifs marocains au Québec s\u2019est effectuée de façon particulière.En effet, cette communauté a connu plusieurs transformations majeures, au cours du XXe siècle.La colonisation du Maroc par la France, au début du siècle, a conduit à disqualifier l\u2019ancien statut des juifs dans la dhimma2, et à remettre en cause les traditions multiséculaires de coexistence des juifs et des musulmans dans ce pays.Progressivement, l\u2019adoption de la langue et de la culture française a ouvert une période d\u2019acculturation, variable selon les régions, les classes sociales et les générations, ce qui s\u2019est traduit à terme par une rupture partielle avec les traditions propres à cette communauté.À cette première dislocation du substrat communautaire traditionnel, il faut ajouter un second type de transformations, bien plus fortes encore, engendrées par la Seconde Guerre mondiale et le processus de décolonisation des années 1950.Cette communauté subira de plein fouet les méfaits des lois discriminatoires du régime de Vichy, et ce, malgré la protection offerte par le sultan Mohamed V.Ces événements majeurs vont entamer durablement la cohésion, déjà fortement ébranlée, de ce groupe.La création de l\u2019État d\u2019Israël, l\u2019indépendance des pays maghrébins et les crises au Moyen-Orient deviennent alors autant de moments marquant l\u2019explosion de cette communauté.Ses membres, soit près de 300 000 personnes, émigrent dans plusieurs régions du monde, en Israël, Europe, Amérique latine et Amérique du Nord.C\u2019est au cours des années 1960 qu\u2019en-viron 15 000 juifs marocains s\u2019installent au Québec, choisissant cette province en fonction de l\u2019avantage qu\u2019elle présente d\u2019être une terre américaine francophone accueillante aux immigrants.Les possibilités d\u2019avancement professionnel et les réalités d\u2019un marché ouvert y étaient indiscutables, même si, à l\u2019instar d\u2019autres groupes de migrants, certains d\u2019entre eux connaîtront une baisse de leur statut dans les toutes premières années d\u2019installation.Pour la plupart des jeunes à leur arrivée, possédant un niveau d\u2019instruction secondaire variant de deux à sept ans, ces immigrants ont vite perçu la nécessité de compléter leur formation sur place.Près de 40% d\u2019entre eux détiennent un baccalauréat, 6% une maîtrise et près de 2% un doctorat, ce qui en fait un groupe fortement scolarisé.De fait, ce segment de la communauté, sans doute déjà préparé au Maroc à tenir l\u2019éducation en haute estime, a vite perçu l\u2019importance des études supérieures comme clé de la mobilité sociale au Québec, et a pu s\u2019insérer sans trop de difficultés dans les différents secteurs économiques, en particulier dans les services, les manufactures et les professions libérales.À ce titre, on peut parler ici des liens créés par la colonisation française, qui les prédisposait à mieux comprendre les habitus d\u2019une autre ancienne colonie.C\u2019est d\u2019ailleurs cet attachement au français et à certaines de ses traditions qui conduiront les juifs marocains à affirmer une certaine autonomie au sein de la très puissante communauté juive de Montréal.Rapidement, en partie pour se démarquer des institutions juives anglophones d\u2019abord réfractaires à une spécificité juive francophone, et aussi par mimétisme à l\u2019égard de ses réalisations, les élites juives marocaines mettent sur pied un ensemble d\u2019institutions qui leur sont propres et qui leur permettent de faire de la représentation politique: la Communauté sépharade du Québec (CSQ), les écoles Maimonides, les centres de loisirs, les synagogues et les différentes communautés situées dans les villes de la banlieue de Montréal.La réalisation de ces projets se fait dans le contexte de la politique canadienne du multiculturalisme, et dans la foulée d\u2019une affirmation nouvelle de l\u2019identité sépharade à travers la diaspora juive.Elle permet un ensemble institutionnel fondé sur une revendication identitaire juive sépharade, dont l\u2019essentiel est constitué de pratiques religieuses traditionnelles et d\u2019un attachement profond à l\u2019État d\u2019Israël.Cette tension entre tradition et modernité n\u2019apparaît pourtant pas comme une source de conflit, mais plutôt comme une richesse.Dans leur rapport au pays d\u2019accueil, les juifs marocains constatent certaines convergences entre la mémoire historique et la langue française, dans le maintien de l\u2019identité; ce qui conduit un analyste à souligner la similitude qui existe entre les systèmes de valeurs des juifs originaires du 1.\tUniversité du Québec à Montréal.2.\tLa dhimma, dans l\u2019Islam, est le statut juridique particulier réservé aux «gens du Livre», particulièrement les juifs et les chrétiens.148 relations juin 1998 Maroc et celui des Québécois de souche, et la convivialité qui s\u2019ensuit.Néanmoins, en ce qui touche la question nationale, l\u2019identification au référent québécois ou même canadien reste faible.Tout se passe comme si les membres de L\u2019histoire récente de la communauté juive francophone d\u2019origine marocaine au Québec témoigne de sa capacité à intégrer les multiples influences locales et internationales, sans renoncer à son identité originale.cette communauté vivaient dans une ville où ces questions étaient hors champ.Sans adhérer, pour la grande majorité, au projet souverainiste, il ne semble pas que sa réalisation entraînerait le départ de ses membres, à moins que son caractère démocratique et que les libertés fondamentales dont ils jouissent ne soient remises en question.C\u2019est d\u2019ailleurs moins la question politique qu\u2019économique qui pourrait intervenir sur les perspectives d\u2019avenir de cette communauté, qui a toujours envisagé l\u2019espace québécois dans un ensemble plus vaste, non seulement continental, canadien ou américain, mais aussi international.Cette situation affecte les perceptions et les projets de la génération qui est née ou a grandi au Québec, et dont les perspectives d\u2019avenir sont marquées par des enjeux différents de ceux de leurs parents.En premier lieu, on peut noter, à cause de la socialisation scolaire et de l\u2019environnement socioculturel, une nette affirmation d\u2019un bilinguisme français et anglais.Tout comme pour les parents chez qui le français avait constitué une langue de prestige et de progression socioéconomique, l\u2019anglais apparaît, indépendamment de ses référents culturels, comme la langue internationale par excellence et sans laquelle l\u2019accès aux professions d\u2019avenir est retardé sinon compromis.C\u2019est ce que dénotent les aspirations professionnelles de ces jeunes, où prédominent l\u2019informatique, la médecine et l\u2019ingénierie, catégories de métiers qui nécessitent une maîtrise essentielle de l\u2019anglais (Michael Elbaz, 1994).AND TO DEPARTURE CONCOURSE \"'U* Mi frâÊÈt» WSàmt M,.Dorval, 1966: venant du Maroc, une famille juive arrive en terre québécoise.Cette projection dans un espace linguistique international s\u2019accompagne d\u2019un double mouvement, marqué d\u2019une part, par un retour important aux pratiques religieuses juives, ce qui inverse le processus de sécularisation commencé par la colonisation française et, d\u2019autre part, par un décalage face au milieu des jeunes québécois, dont le nationalisme plus affirmé reste étranger à leurs préoccupations directes.Paradoxalement, les jeunes générations se retrouvent d\u2019une certaine façon en rupture non seulement avec la génération de leurs parents, moins enclins à faire de la pratique religieuse la source de leur identité, mais aussi avec la société d\u2019accueil.Divisée entre deux allégeances qui semblent irréconciliables, cette société propose un Canada qui contribue par ses politiques d\u2019immigration et d\u2019intégration à maintenir ou à renforcer les clivages ethnoculturels, tandis que le Québec est aux prises avec sa propre affirmation politique et identitaire.Dans ce contexte, leur revendication d\u2019une identité juive, qui ne s\u2019appuie plus d\u2019ailleurs explicitement sur l\u2019origine marocaine, si elle ne signifie pas le rejet de leur enracinement au Québec, exprime plutôt leur attachement à Montréal, dont le cosmopolitisme leur paraît garant de la possibilité d\u2019expression de leur propre identité et d\u2019une pluralité d\u2019autres.Perspectives d\u2019avenir D\u2019après ces indices encore ténus, les perspectives d\u2019avenir, sans être totalement problématiques, soulèvent des questions importantes, à l\u2019orée de l\u2019an 2000.Paradoxalement, cette petite communauté, dont le poids démographique est limité, perçoit son importance en termes symboliques de médiation.Ne pouvant non plus intervenir sur la scène publique, tant du fait de son accession récente à la pleine citoyenneté, que de son manque d\u2019intérêt pour la chose politique, qui à de rares exceptions, ne dépasse pas le cadre communautaire, elle cherche d\u2019autres modes d\u2019intervention.Ainsi, elle tente de participer, en tant qu\u2019agent économique et culturel à la revitalisation de relations juin 1998 149 Archives nationales du Congrès juif canadien dossier Montréal, perçue comme métropole bilingue, en facilitant les passages de l\u2019anglais au français et entre les différents groupes.Par ailleurs, sa pratique religieuse témoigne d\u2019un étonnant syncrétisme entre tradition et modernité, puisqu\u2019elle ne semble pas se faire aux dépens ou par le rejet des acquis de la modernité, surtout au point de vue professionnel.En ce sens, elle est La communauté possède les atouts nécessaires pour réaliser une nouvelle synthèse entre l\u2019américanité québécoise et le judaïsme.conforme à la tradition juive marocaine de pragmatisme et de modération.Cet accommodement aux impératifs du jour indique que l\u2019on s\u2019oriente vers le modèle d\u2019une orthodoxie moderne où coexistent le maintien des pratiques religieuses et une ouverture sur les sciences contemporaines.Cependant, pour un segment de la communauté, cette rejudaïsation pourrait aussi conduire à un certain extrémisme, et à un repli identitaire de type autarcique dange- reux.Il serait important, au contraire, d\u2019amplifier les contacts intercommunautaires qui favoriseraient la reconnaissance de problématiques communes, portant sur l\u2019accueil et l\u2019insertion des immigrants, l\u2019accès aux instances gouvernementales et municipales et en général sur la défense des droits de la personne.L\u2019histoire récente de la communauté juive francophone d\u2019origine marocaine au Québec témoigne de sa capacité à intégrer les multiples influences locales et internationales qui s\u2019exercent sur ses membres, sans renoncer à son identité originale.Ce modèle de métissage, dont l\u2019efficacité est attestée par de longs siècles de cohabitation en terre musulmane, pourrait lui servir de base pour fonctionner dans une société moderne plurielle; à condition toutefois d\u2019en revoir les paramètres qu\u2019une société démocratique impose.La communauté possède ainsi les atouts nécessaires pour réaliser une nouvelle synthèse entre l\u2019américanité québécoise et le judaïsme, en tirant tout le profit de son héritage millénaire en sol marocain, où les influences hébraïque, hispano-andalouse, berbère, arabe, française et espagnole se sont combinées pour assurer l\u2019existence d\u2019une culture vivante.Ce projet d\u2019un nouveau syncrétisme pourra se réaliser si la perspective à plus long terme l\u2019emporte sur les contingences de l\u2019immédiat, et si la communauté juive, U POCWEPE ECOLE JUIVE Dj LANGUE FBANCXJ } AU CANADA I A partir des années 60, la création d\u2019écoles juives de langue française témoigne de l\u2019importance qu\u2019attache la communauté juive à la langue française et à la société québécoise.dans son ensemble, est capable de sortir de ses carcans et de ses peurs pour envisager avec sérénité de nouveaux types de liens avec les autres.Bibliographie sommaire - Benaîm-Ouaknine, E.(1994), «Juifs marocains de Montréal, en chiffres», dans L\u2019annuaire de l\u2019émigration, Maroc, sous la direction de Kacem Basfao et Hinde Taariji, p.140-141.-\tBerdugo, M., Cohen, Y.et Lévy, J.J.(1987), Juifs-Marocains à Montréal.Témoignages d\u2019une immigration moderne, Montréal, VLB.-\tCohen, Y.et Lévy, J.J.(1994), «Élites jui-ves-marocaines à Montréal», dans L\u2019annuaire de l\u2019émigration, Maroc, sous la direction de Kacem Basfao et Hinde Taarji, p.158-160.-\tDinelle, J.et Barrette-Dalphond, A.(1985), Femmes et judaïsme: les femmes immigrantes sépharades à Montréal, Mémoire de maîtrise, Département de sociologie, UQAM.-\tElbaz, M.(1989), «D\u2019immigrants à ethniques: analyse comparée des pratiques sociales et identitaires des Sépharades et Acchkénazes à Montréal», dans Les Juifs du Maghreb, diasporas contemporaines, sous la direction de Lasry, J.-C.et C.Tapia, Paris, L\u2019Harmattan et Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, p.89-101.-\tElbaz, M.(1994), «La seconde génération des juifs-marocains à Montréal», dans L\u2019annuaire de l\u2019émigration, Maroc, sous la direction de Kacem Basfao et Hinde Taarji, p.176-178.-\tFilion, F.G.(1978), La communauté sépharade de Montréal: une analyse ethnohistorique des structures communautaires, Thèse de maîtrise, département d\u2019anthropologie, Université de Montréal.-\tLabelle, M.et Lévy, J.J.(1995), Ethnicité et enjeux sociaux.Le Québec vu parles leaders de groupes ethnoculturels, Montréal, Liber.-\tLasry, J.C.(1989), «Essor et tradition.La communauté juive nord-américaine au Québec», dans Les Juifs du Maghreb, diasporas contemporaines, sous la direction de Lasry, J.-C.et C.Tapia, Paris, L\u2019Harmattan et Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, p.18-54.-\tLévy, J.J.etOuaknine, L.(1989), «Les institutions communautaires des Juifs marocains à Montréal», dans Les Juifs du Maghrem, diasporas contemporaines, sous la direction de Lasry, J.-C.et C.Tapia, Paris, L\u2019Harmattan et Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, p.55-78.-\tLévy, J.J.et Samson, J.M.(1992), «Acculturation, religiosity and traditions among French speaking Jews in Montreal», in Essays in the Social scientific study ofjudaism and jewish society, Vol.II, sous la direction de Simcha Fishbane, Stuart Schoenfeld et Alain Goldschlaeger, New York, Ktav Publishing Co.p.78-95.-\tSamson, J.M.et Lévy, J.J.(1988), Orientations et hiérarchie des valeurs générales et sexuelles de la communauté juive francophone de Montréal.Rapport de recherche, Département de sexologie, UQAM.¦ 150 relations juin 1998 hors-dossier ETHIQUE, SPIRITUALITE ET EUTHANASIE par Michel R.Morissette1 La compassion est la pitié aux yeux secs.» (Mère Teresa) Une main humaine a-t-elle le droit de se lever pour briser la vie de son semblable, même si cette vie est déjà brisée parla maladie?La réflexion qui suit trouve sa source dans mon travail d\u2019accompagnement des malades en fin de vie, notamment les personnes vivant avec le sida, dans le débat canadien, ainsi que dans les nombreuses discussions et lectures sur le sujet, sans négliger ce que j\u2019ai retiré de ma propre expérience de la souffrance.Les questions touchant l\u2019assistance au suicide et l\u2019euthanasie sont parmi les plus troublantes qui soient, car elles touchent aux valeurs constituant les fondements de l\u2019ensemble des socié- 1.\tMédecin au Centre hospitalier universitaire de Québec, pavillon CHUL, l\u2019auteur a tiré ce texte d\u2019une conférence donnée à la 2e Rencontre franco-québécoise des soignants, Notre-Dame-de-Laus, France, le 11 juin 1997.2.\tSénat du Canada, De la vie et de la mort, Rapport du Comité sénatorial spécial sur l\u2019euthanasie et l\u2019aide au suicide, Ottawa, juin 1995.tés humaines, notamment l\u2019interdit de porter atteinte à la vie d\u2019autrui.La réflexion sur ce sujet m\u2019a conduit, en janvier 1995, à présenter un mémoire personnel au Comité sénatorial sur l\u2019euthanasie et l\u2019aide au suicide2, qui portait surtout sur les enjeux sociaux et éthiques d\u2019une plus grande ouverture légale ou réglementaire - voire d\u2019une décriminalisation - à la pratique de l\u2019euthanasie.Je veux ici reprendre cette réflexion en l\u2019élargissant aux enjeux spirituels que comporte la question de l\u2019euthanasie pour la société, pour les individus, comme pour les soignants.J\u2019entends ici par enjeux spirituels ceux qui touchent le domaine de la transcendance, de la quête de sens, de l\u2019esprit humain et de la dignité humaine, ce qui en somme réfère au salut de l\u2019être humain.I Vu QUÉBEC, en 1992, un médecin a comparu devant le comité disciplinaire du Collège des médecins pour avoir donné suite à une requête d\u2019euthanasie, de la part d\u2019un mourant atteint du sida et de ses proches.Il n\u2019est pas rare que les personnes atteintes du sida nous fassent part de leur questionnement à ce sujet et sondent le tç|rain auprès de nous.Et il est difficile de recevoir de telles questions sans faux-fuyants.Chez mes patients qui ont choisi d\u2019abord ?r cet épineux sujet, j\u2019ai retrouvé certaines constantes en termes de mobiles, telles la peur de souffrir, la perte d\u2019autonomie, de dignité, de l\u2019image corporelle ou des facultés mentales, et ausd^le refus de la dépendance.151 relations juin 1998 L\u2019assistance au suicide et l\u2019euthanasie sur demande ont été, sont et seront vraisemblablement toujours l\u2019objet de débats passionnés, et ce, malgré l\u2019adoption éventuelle de législation ou de réglementation autorisant cette pratique sous certaines conditions.Les défenseurs de l\u2019euthanasie sur demande s\u2019appuient sur le respect de la liberté et de l\u2019autodétermination de la personne.Au nom du droit de mourir dans la dignité, la décriminalisation de l\u2019assistance au suicide et de l\u2019euthanasie sur demande expriment une volonté de se réapproprier le contrôle du mourir et le moment de sa propre mort, «témoin d\u2019un désir de réappropriation d\u2019un pouvoir autrefois conféré à Dieu seul3».Ce débat, amorcé avec le jugement de la Cour suprême du Canada dans l\u2019affaire Rodriguez et avec le défi posé à la Cour par l\u2019assistance effective au suicide de Mme Rodriguez, renvoie à des questions fondamentales.La liberté et l\u2019autodétermination de la volonté sont-elles des principes absolus, ayant même préséance sur le principe de bienfaisance?Ces principes rencontrent-ils leurs limites dans les conséquences individuelles et sociales que comporterait le fait d\u2019accorder à des individus le droit légal de disposer de leur vie en ayant recours à l\u2019euthanasie sur demande (ou à l\u2019assistance au suicide) et à des professionnels, en l\u2019occurrence les médecins, le droit (et par extension le «devoir») de procéder à un tel acte?Une telle conception de la liberté «exalte de manière absolue l\u2019individu et ne le prépare pas à la solidarité, à l\u2019accueil sans réserve ni au service du prochain.(.) Revendiquer le droit (.) à l\u2019euthanasie, et le reconnaître légalement, cela revient à attribuer à la liberté humaine un sens pervers et injuste, celui d'un pouvoir absolu sur les autres et contre les autres.Mais c\u2019est la mort de la vraie liberté4.» Il y a polarisation, dans le débat, sur la question de l\u2019autodétermination de la volonté, sur le caractère moral et éthique de l\u2019acte, ainsi que sur les concepts de «qualité de vie» et de «dignité de la personne humaine».Cette polarisation comporte un risque important de dérapage médiatique, avec toutes ses conséquences sur l\u2019opinion publique.Nous entrons ici dans le monde des perceptions individuelles et collectives où les considérations d\u2019ordre émotif et affectif sont généralement présentées sous le couvert d\u2019une argumentation rationnelle en faveur de l\u2019euthanasie sur demande et de l\u2019assistance au suicide.De plus, nous assistons à une euphémisation de la terminologie englobant ces questions et à un déplacement du sujet de l\u2019acte, de l\u2019individu assisté vers l\u2019autre qui assiste.Ainsi le suicide assisté est-il devenu l'assistance au suicide5 6.XISTE-T-IL UN DROIT à la mort, au sens juridique du terme?Dans le cas de cessation ou de refus de traitement, selon Baudoin et Blondeau, le «droit de ne pas être traité est un droit de non-intervention, mais pas encore un droit à la mort.C\u2019est un droit du laisser mourir, et non un droit du faire mourir».Alors que pour les tenants de l\u2019euthanasie sur demande, «le respect (.) du droit à l\u2019autodétermination justifierait désormais la personne malade d\u2019exiger des autres non plus une simple neutralité et l\u2019exercice d\u2019un droit négatif, mais un engagement et l\u2019exercice positif du droit, c\u2019est-à-dire la revendication du droit à la mort, (.) de l\u2019acte de procurer directement la mort.(.) Le droit de mourir naturellement est différent du droit à la mort».La revendication d\u2019un «droit à la mort» est donc contestée par Baudoin et Blondeau, à la fois sur les plans juridique et philosophique.Ce changement de paradigme est lourd de conséquences.S\u2019il existe de fait un «droit à la vie», existe-t-il par ailleurs un «devoir moral» de vivre et, s\u2019il existe, jusqu\u2019où constitue-t-il une obligation?A-T-IL UNE ANALOGIE entre le «droit» au suicide, qui a été décriminalisé, et le «droit» à l\u2019euthanasie, en regard du droit à l\u2019autodétermination?Le droit à l\u2019autodétermination de l\u2019individu trouve-t-il ses limites dans les répercussions négatives qu\u2019il risque d\u2019engendrer pour les individus et pour l\u2019ensemble de la société?Légaliser l\u2019euthanasie lancerait-il un double message à la société sur la conception qu\u2019on se fait de la dignité humaine, à savoir que certaines vies valent moins que d\u2019autres?Qu\u2019en penseraient les plus vulnérables de notre société?Y aurait-il une forme de valorisation sociale de ceux qui choisiraient l\u2019euthanasie pour eux-mêmes, le courage des nouveaux héros?Et pour les autres qui accepteraient de vivre leur vie jusqu\u2019au bout, serait-ce courage ou lâcheté?Assisterions-nous à la métamorphose du «droit de mourir» en «devoir de mourir»?Y aurait-il danger d\u2019un élargissement des critères d\u2019acceptation des demandes d\u2019euthanasie: malades qui ne seraient pas en phase terminale, demande par procuration pour les incompétents, pour certaines maladies?Cela pourrait-il engendrer une confusion entre ce qui est légal et ce qui est éthiquement et moralement acceptable?Que deviendrait la perception du rôle du médecin, porteur de vie et de mort?Y aurait-il risque de perte du contrat de confiance entre le malade et son médecin, qui est depuis toujours la base de toute relation thérapeutique?Je crains de devoir répondre positivement à ces questions.Une question de dignité Qu\u2019en est-il de la dignité humaine dans tout cela?Pour certains, il s\u2019agit de vivre sa vie jusqu\u2019au bout, sans intervention externe visant à mettre fin directement et immédiatement à la vie, comme le préconisent la plupart des traditions religieuses, judéo-chrétienne et islamique entre autres.Pour d\u2019autres, la déchéance et la dégradation physique, psychologique et morale les privent de toute dignité humaine et nous nous devons de comprendre cette perception.Y a-t-il possibilité de conserver sa dignité humaine même dans la souffrance?Il n\u2019y a là que des réponses individuelles à des situations individuellement vécues, d\u2019où le caractère très subjectif de la perception de ce qui constitue la dignité et la qualité de vie.«La dignité procède du malade» comme l\u2019a déjà affirmé le docteur Marcel Boisvert, de l\u2019Unité des soins palliatifs de l\u2019Hôpital Royal Victoria de Montréal ; mais j\u2019ajouterais qu\u2019elle procède également du regard que les autres portent sur le malade.La perception qu\u2019a un individu de sa propre dignité et de sa qualité de vie est nécessairement influencée par le regard que les 3.\tBaudoin, J.L.et Blondeau, D., Éthique de la mort et droit à la mort, Paris, PUF, 1993.Pour alléger le texte, les notes n\u2019indiqueront la référence complète que la première fois où l\u2019ouvrage est cité.4.\tJean-Paul II, Évangile de la vie (Encyclique Evangelium Vitae), Fides, 1995.5.\tDufort, Jean-Marc, Euthanasie et aide au suicide, Montréal, Bellar-min, 1996.6.\tLustiger, Cardinal Jean-Marie, Dieu Merci.Les droits de l\u2019homme, Paris, Criterion, 1990.152 relations juin 1998 autres portent sur cette dignité et cette qualité de vie.L\u2019exemple des sidéens n\u2019en est que trop frappant.La «dignité humaine» s\u2019identifie-t-elle nécessairement à la «qualité de vie»?£«N PERMETTANT et en facilitant trop largement l\u2019euthanasie sur demande, ne risquerions-nous pas de court-circuiter le cheminement de la personne vers le terme de sa quête de sens, de la couper de sa relation à l\u2019autre dans un refus et une fermeture à la compassion, en l\u2019isolant dans le non-sens et en l\u2019amenant à percevoir sa valeur propre uniquement à travers la grille des valeurs dominantes actuelles, et ce, dans un refus de croire qu\u2019il est possible de donner un sens à la souffrance, à sa souffrance?Serait-ce là respecter notre propre dignité et celle d\u2019autrui?Ces questions se posent, mais le cheminement dans la quête d\u2019un Il est parfois si difficile de trouver un sens à la souffrance, qu\u2019on ne lui en cherche plus.On préfère alors évacuer à la fois et la souffrance et la possibilité d\u2019y trouver un sens.sens à l\u2019existence et le vécu d\u2019une étape de croissance ne peuvent pas être imposés à quiconque.L\u2019acharnement moral et palliatif peuvent exister, comme l\u2019a déjà également exprimé le docteur Boisvert.Quant au médecin, il est déchiré entre la perception de son rôle d\u2019avocat du malade, son serment d\u2019Hippocrate et le précepte «Tu ne tueras point» qui est profondément ancré dans la conscience religieuse populaire.Quant à son rôle de soignant, jusqu\u2019où doit-il soulager?L\u2019euthanasie soulage irrémédiablement.Mais se pose la question: si on soulage par la médication donnant la mort, comment départager l\u2019intention quant à la finalité de l\u2019acte?Soulager?Faire mourir?Soulager en faisant mourir?Faire mourir en soulageant?Pour la profession médicale, autoriser l\u2019euthanasie ou l\u2019assistance au suicide risquerait de lancer un double message: le médecin deviendrait à la fois porteur de vie et de mort, et la société lui accorderait à ce niveau un pouvoir ultime qui ne lui a jamais été concédé jusqu\u2019à ce jour, exception faite de certains pays où les médecins participent aux exécutions de condamnés à la peine capitale.Comme l\u2019indique Jean-Marc Dufort, «en fondant une permission légale du suicide dans l\u2019éthique médicale professionnelle (Miles), (.) on prétend faire passer la responsabilité de cet acte du domaine de la conscience morale à un jugement médical portant sur la mort comme thérapie.» Et, dans un contexte de «pénurie relative de ressources», tous ne peuvent pas, il est trop souvent vrai, bénéficier également des possibilités de la technologie.Pourquoi alors l\u2019euthanasie sur demande ne pourrait-elle pas être «politiquement», voire même «administrativement», acceptable pour certains?Le cardinal Lustiger souligne, avec raison, que «la tâche qui s\u2019impose (.) est plus qu\u2019une simple condamnation de l\u2019euthanasie, ou la simple tentative d\u2019en empêcher le cheminement vers une éventuelle diffusion et la législation qui en résulte.Le problème de fond est avant tout celui-ci: comment réussir à aider les hommes de no- tre temps à prendre conscience du caractère inhumain de certains aspects de la culture dominante, et à redécouvrir les valeurs les plus précieuses qu\u2019elle voile6?» S L S\u2019AGIT D\u2019UN DRAME existentiel profond et tragique lorsque, dans une société, les individus en viennent à mesurer leur dignité à l\u2019amoindrissement de leurs facultés physiques et mentales, alors que le fondement véritable de la dignité de la personne humaine se situe dans une dimension tout autre.Ce drame révèle lui-même la grande souffrance morale et spirituelle de nos sociétés.La mort sera toujours une tragédie et nos efforts pour l\u2019embellir et cacher son visage tragique constituent parfois une tromperie qui ne fait que rendre une situation déjà douloureuse en soi, plus douloureuse encore.Je suis inquiet de constater que l\u2019aide au suicide et l\u2019euthanasie puissent devenir des expédients permettant à la société, aux proches et aux intervenants, de surseoir à la dispensation de soins d\u2019excellence, notamment de soins palliatifs, et à la société de surseoir à ses devoirs.Je suis également inquiet de ce nouvel humanisme qui relève de plus en plus d\u2019une vision «eugénique» d\u2019une société qui se défend d\u2019être telle.Plusieurs de ceux qui prônent l\u2019euthanasie s\u2019induisent eux-mêmes en erreur et font de même avec la société, en regard des véritables enjeux soulevés par celle-ci.153 relations juin 1998 Le scandale de la souffrance C\u2019est le scandale du non-sens de la souffrance qui est au coeur de tout notre questionnement sur l\u2019euthanasie.En effet, l\u2019euthanasie vient consacrer le fait que la souffrance, lot de notre condition humaine, est un non-sens absolu et que toute recherche d\u2019un sens à celle-ci est vouée à l\u2019impasse sur les plans ontologique, philosophique et théologique, même si l\u2019expérience auprès de ceux et celles qui souffrent nous apprend plus souvent qu\u2019autrement le contraire.Marie de Hennezel nous parle de ce « moment tout à fait inexplicable où toutes ces souffrances se transforment brusquement en grâce7».Au-delà du scandale, la souffrance peut être un chemin de spiritualisation, de quête de sens.A SOUFFRANCE nous confronte à nos limites d\u2019être humain et nous place face aux inévitables questions existentielles.Angelo Brusco écrit que «la quête de sens et l\u2019appel à la transcendance deviennent plus aiguës quand la personne vit une expérience de maladie ou de crise.La rupture de l\u2019unité subjective provoque chez elle (la personne) un déséquilibre qui lui fait toucher avec plus de réalisme la mesure de ses limites et le sens de la finitude8 9 10.» Il est parfois si difficile de trouver un sens à la souffrance, qu\u2019on ne lui en cherche plus.On préfère alors évacuer à la fois et la souffrance et la possibilité d\u2019y trouver un sens.Ainsi, dans l\u2019euthanasie, le seul espoir est celui d\u2019être délivré de la souffrance, de l\u2019angoisse de la souffrance et de l\u2019angoisse de la mort.Pour ce qui est de la souffrance physique, on peut y voir une délivrance.Mais pour la souffrance morale et spirituelle, s\u2019agit-il vé- II faut avoir fréquenté l\u2019école de la souffrance pour mieux comprendre celle des autres, que ce soit par nos deuils, nos pertes, nos arrachements, nos rejets ou nos peines d\u2019amour.ritablement d\u2019une délivrance, puisque la personne meurt avec cette souffrance?On évoque parfois le caractère «inhumain» d\u2019une souffrance, comme s\u2019il existait des souffrances dites «humaines».Si nous analysions plus à fond ce qui est ici évoqué, peut-être découvririons-nous ce qui se cache derrière ces expressions.Peut-être les souffrances dites «inhumaines» sont-elles celles qui ne revêtent pas de sens à l\u2019esprit.Jean-Marc Dufort se demandait si, en envisageant l\u2019assistance au suicide et l\u2019euthanasie comme des actes de compassion et de fraternité humaine, nous n\u2019étions pas face à «une forme de refus de la souffrance caractéristique de notre époque, en même temps qu\u2019une incapacité foncière de transformer, au coeur même de la personne, cette même souffrance - qui va bien au-delà de la douleur - en quelque chose d\u2019autre: amour, espérance, forces positives et créatrices»?Et il poursuit: «Si les bien-portants revendiquent aujourd\u2019hui avec tant de force le droit de demander la mort, c\u2019est en définitive parce qu\u2019ils refusent d\u2019être confrontés à cette mort, même à l\u2019occasion du décès d\u2019un proche.On souhaite mourir sans s\u2019en rendre compte pour ne pas avoir à vivre sa mort et en épargner le spectacle à autrui.Ce faisant, on court un risque encore plus grave (.): celui d\u2019exposer la fin de vie à tomber dans l\u2019insignifiance.Et si la mort devient un épisode insignifiant - non-sens -, n\u2019est-ce pas le sens tout entier de la vie qui s\u2019en trouvera affecté?» Si l\u2019euthanasie est revendiquée en raison du non-sens de la souffrance, est-il possible - particulièrement pour le non-croyant - de vivre et d\u2019offrir sa souffrance par solidarité de compassion avec l\u2019humanité souffrante?Y a-t-il un sens possible au non-sens?C\u2019est peut-être pour certains beaucoup demander.Vers la découverte de sens Il faut avoir fréquenté l\u2019école de la souffrance pour mieux comprendre celle des autres, que ce soit par nos deuils, nos pertes, nos arrachements, nos rejets ou nos peines d\u2019amour.Parfois, lorsque nous avons été capables de tirer des richesses de nos propres souffrances, nous en venons à penser que ceux qui n\u2019ont pas souffert n\u2019ont peut-être pas véritablement vécu.Angelo Brusco compare les soignants à des «guérisseurs blessés (.), des personnes qui souffrent (blessées) et qui sont capables de faire de leurs souffrances une source de guérison pour les autres (guérisseurs)».La souffrance vécue qui a un sens spiritualise l\u2019individu.«Nous sommes transformés au creuset de la souffrance», comme en témoignait la mère d\u2019un sidéen.Je n\u2019idéalise pas ici la souffrance, car nous avons le devoir moral de la soulager; mais elle est le lot de notre condition humaine.Angelo Brusco parle d\u2019ailleurs du caractère sacramentel de la souffrance, c\u2019est-à-dire de cette réalité vue comme symbole.Quant au poète et à l\u2019homme de théâtre québécois Doris Lussier, il avait lancé, peu de temps avant de mourir, cette phrase lourde de sens : « La vraie mort, ce n\u2019est pas mourir, c\u2019est de perdre sa raison de vivre.» ^ |UE SOMMES-NOUS devenus, comme société, pour cautionner par soi-disant respect de la dignité et de l\u2019autodétermination un tel droit de regard sur la vie et la mort de nos semblables, de nous-mêmes?Qu\u2019avons-nous compris des témoignages des Jean Vanier et des Mère Teresa?Quelle humanité de l\u2019homme cherchons-nous à défendre?Les vieillards, les sidéens et tous ceux qui sont au crépuscule de leur vie, tous ceux dont la vie physique ou mentale est diminuée - et dont, pour certains, le délit est de continuer de vivre -, tous ont droit au plus grand respect de leur être, de leur dignité d\u2019être humain, du temps qu\u2019il leur est encore donné à vivre.Comme le mentionnait le cardinal Lustiger: «Nous ignorons où et jusqu\u2019où est enfoui le secret de leur liberté.Ceux-là qui ont assisté des personnes âgées ou des mourants savent quel se- 7.\tDe Hennezel, M.et de Montigny, J., L\u2019amour ultime, Paris, Hatier, 1991.8.\tBrusco, A., Humanisation des milieux de santé, Montréal/Paris, Pau-lines/Médiaspaul, 1984.9.\tAyoub, J., L\u2019euthanasie et le suicide assisté, Conférences du Grand Séminaire de Montréal, no 3, 1995.10.\tMadré, P., Souffrance des hommes et compassion de Dieu \u2014 2 \u2014 Heureux les miséricordieux, Lion de Juda, 1990.154 relations juin 1998 cret spirituel se cache dans l\u2019apparente inconscience.(.) C\u2019est pourquoi le secret de la vie jusqu\u2019à son dernier souffle oblige les soignants qui semblent posséder un pouvoir démiurgique sur la vie d\u2019autrui à faire un acte de foi en la destinée spirituelle du malade ou de l\u2019agonisant.» On peut se tenir au niveau d\u2019un discours sociologique, éthique ou philosophique face aux grandes questions touchant le respect de la vie humaine.Cependant, face à la souffrance et à la question de son sens ou de son non-sens, les discours socio-logiques, éthiques et philosophiques m\u2019apparaissent impuissants.Il n\u2019y a que la contemplation du mystère de la souffrance, dans un regard de foi sur le mal universel et individuel, qui nous permet de traverser l\u2019absurdité du mal et de la souffrance au-delà de la mort.On «peut porter sa mort comme le fruit de sa vie» (Michel de M\u2019uzan).Le jardin intérieur C\u2019est souvent notre propre résistance à l\u2019éveil spirituel qui empêche les autres de venir à la vie.Quel est donc notre rôle de soignants?Le chirurgien montréalais Joseph Ayoub le définit ainsi: «Notre rôle, c\u2019est d\u2019aider les malades à transformer la souffrance morale en une réconciliation avec la vie.(.) La maladie entrouvre en chacun de nous une fenêtre spéciale de notre vie intérieure, qui libère l\u2019amour enfoui en nous et est un appel aux vraies valeurs9.» Et il poursuit: «Le trappiste Yves Girard nous dit que le mourant est un naufragé qui cherche désespérément un rocher où il pourrait s\u2019agripper.(.) Quelqu\u2019un qui puisse le guider à travers cet inconnu, quelqu\u2019un qui, par son calme, peut le persuader que ce qu\u2019il vit n\u2019est pas une fin mais un commencement, une entrée dans la paix.» OUS NOUS MÉPRENONS souvent sur notre rôle «d\u2019ac-compagnant» et sur le mystère qui enveloppe alors notre relation à l\u2019autre.Nous accompagnons et nous sommes accompagnés, sans trop savoir les uns et les autres jusqu\u2019où nous serons conduits, car il y a une part d\u2019inconnu dans ce trajet vers le terme.Philippe Madré l\u2019explicite ainsi: «On s\u2019imagine souvent, à tort, que lorsque nous nous approchons d\u2019un souffrant, c\u2019est forcément pour lui donner quelque chose de nous-mêmes dont il aurait sans doute besoin.Mais si nous sommes choisis par lui, mystérieusement, c\u2019est que, sans doute, il a, lui, quelque chose à nous donner, même s\u2019il ne s\u2019en doute pas une seule seconde.Celui qui exerce la miséricorde doit apprendre à recevoir de l\u2019autre, en même temps qu\u2019il se livrera également à lui, comme dans une sorte d\u2019invisible échange qui rejoint la notion de réciprocité dans l\u2019amitié.(.) Pourtant, si une écoute doit favoriser l\u2019expression d\u2019une détresse, avec toute la gratuité que cela suppose, elle n\u2019est cependant pas passive, accueillante de tout sans sélection ou exigence.Il y a toujours comme une arrière-pensée du coeur dans l\u2019écoute de la compassion, du fait de son ouverture à l\u2019Esprit qui est essentielle.(.) Une écoute de compassion a justement l\u2019avantage de pressentir la manière dont Dieu compte s\u2019y prendre avec le souffrant pour le visiter dans sa détresse10.» C\u2019est ainsi que nous sommes conduits à ce lieu secret de l\u2019âme, ce lieu d\u2019espérance: le jardin intérieur.Notre rôle, comme «accompagnant», est de faciliter le cheminement qui permettra Nous nous méprenons souvent sur notre rôle «d\u2019accompagnant» et sur le mystère qui enveloppe alors notre relation à l\u2019autre.Nous accompagnons et nous sommes accompagnés, sans trop savoir les uns et les autres jusqu\u2019où nous serons conduits, car il y a une part d\u2019inconnu dans ce trajet vers le terme.mmÊÊmmmmmmÊmiÊÊÊÊiÊiimiÊmÊHmmÊÊimiÊmÊmÊÊÊÊimmÊÊMmimÊmÊÊimimmmÊm la construction d\u2019un sens à la souffrance et, si possible, de faciliter la découverte de ce lieu secret où le divin - Dieu - parle de seul à seul au coeur de l\u2019homme.On ne peut accompagner que jusqu\u2019aux portes de ce jardin, et pour savoir accompagner jusque là, il faut avoir découvert son propre jardin intérieur.Il est difficile de permettre aux souffrants - particulièrement les sidéens - de découvrir ce jardin, car les portes sont souvent closes malgré elles par nos attitudes de fermeture et de rejet.En découvrant ce lieu, on découvre la source d\u2019espérance en soi, car ce lieu est un lieu d\u2019Éternité.Dès qu\u2019on pénètre dans ce jardin, la mort n\u2019a plus d\u2019emprise.¦ relations juin 1998 155 lectures du mois avec André Beauchamp, Jean-Marc Dufort et Michel Quevillon L\u2019ENVIRONNEMENT: UN BON SURVOL Michael Keating, Le Canada et l\u2019état de la planète: les tendances sociales, économiques et environnementales qui façonnent notre existence (Original anglais: Canada and the State of the Planet, traduit par Didier Holtzwarth), Ste-Foy, MultiMondes, 1997; 116 p.Pour à peu près tout le monde, il est très difficile de voir clair dans les questions d\u2019environnement.Est-ce si terrible qu\u2019on le dit?La crise est-elle réelle ou illusoire?Sommes-nous manipulés par des anxieux, des prophètes de malheur, des idéologues?Tous les sondages le montrent: depuis dix ans maintenant, la question écologique inquiète moins.Le thème a cédé la place à la lutte au déficit, à la crise économique, au désir de relance tous azimuts.Lassée, l\u2019opinion publique passe à autre chose.L\u2019écologie, une question dépassée, usée, résolue?Le petit livre Le Canada et l\u2019état de la planète essaie de répondre à cette question de fond, en tenant essentiellement un langage scientifique.Il est l\u2019oeuvre d\u2019un vulgarisateur scientifique, Michael Keating, et du Programme canadien des changements à l\u2019échelle du globe de la Société royale du Canada.Après une série de textes protocolaires, une première partie fait le point sur les problèmes.Dans un texte de cinq pages, Keating dit que, oui, l\u2019environnement change et se détériore.Il faut amorcer un virage vers un mode de vie durable.Maurice Strong souligne quelques changements institutionnels au niveau international.James P.Bruce fait le point sur les changements climatiques: oui le climat se réchauffe, oui de fortes perturbations sont prévisibles; la question clé est celle de la consommation d\u2019énergie.Dans un texte assorti de la seule mise en garde du livre («les opinions exprimées dans ce texte n\u2019engagent que son auteur»), Jacques Prescott aborde la biodiversité et la stratégie à mettre en oeuvre.Mary Simon évoque la fragilité du Nord.Hugh Morris traite de la question industrielle: il faut des changements de cap et les gouvernements devront s\u2019en mêler.La deuxième partie, rédigée par Michael Keating, explore les tendances: les facteurs de changement (démographie, consommation, gestion des déchets, technologie, indices de mesure); les tendances environnementales (eau, air, sol, biodiversité); les tendances sociales (pauvreté, ali- mentation, santé, urbanisation, conflits, catastrophes naturelles); les possibilités d\u2019amélioration des tendances: principes de durabilité, efficacité énergétique, système d\u2019éducation.Une dernière section donne, entre autres, un glossaire, une chronologie, des ressources institutionnelles et des sites Internet.Dans l\u2019ensemble, c\u2019est un bon et beau document, à la fois ramassé et bien vulgarisé.J\u2019ai particulièrement apprécié les graphiques et illustrations de la deuxième partie.La première section du livre m\u2019a semblé correspondre à des soucis protocolaires institutionnels: un texte de Strong, deux textes de présidents d\u2019organisation, une amérindienne et un francophone de service.Misère! Le ton d\u2019ensemble est bon, dégagé, non alarmiste, mais en même temps pétri d\u2019une préoccupation viscérale pour l\u2019environnement et sur cette crise aux composantes variées, complexes mais toujours interreliées.De temps en temps, j\u2019aurais aimé un regard plus sociologique, qui aurait permis d\u2019observer la crise telle que définie par ses acteurs, ou même un petit excursus sur l\u2019écologie comme idéologie, ou sur les systèmes de représentation.Le Canada et 156 relations juin 1998 lectures du mois l\u2019état de la planète n\u2019a pas osé s\u2019aventurer sur ces terres mouvantes.Il nous offre, plus simplement et plus modestement, un bon survol qui essaie toujours d\u2019associer questions scientifiques et questions techniques, rôle de l\u2019État, rôle du secteur privé et implication personnelle de chaque citoyen et citoyenne, perspective mondiale et perspective locale.Pour un lecteur désireux de faire le point rapidement, c\u2019est finalement un ouvrage très recommandable.¦ André Beauchamp LES RAPPORTS HUMAINS SUR L\u2019ÉCHIQUIER Rezvani, Fous d\u2019échecs, Arles, Actes Sud, 1997; 271 p.Le jeu d\u2019échecs tire ses figures symboliques de la société belliqueuse et hiérarchique du moyen-âge.Depuis lors, les pièces, blanches et noires, n\u2019ont cessé de s\u2019entrechoquer en de multiples combinaisons.Elles rejouent sur l\u2019échiquier différentes versions des confrontations qui jalonnent les rapports humains.La stratégie des soixante-quatre cases en sert d\u2019autres: guerre froide, guerre idéologique, guerre de personnalité, guerre des sexes et, récemment, ultime affrontement, guerre entre l\u2019homme et la machine.Les échecs offrent, ainsi, des variations à l\u2019infini sur un thème connu.Peut-être n\u2019est-elle pas la seule, mais cette propriété du jeu fait sûrement que les écrivains s\u2019y intéressent depuis longtemps.Rezvani a bien compris les possibilités du jeu.Il les manipule avec une grande dextérité dans son roman Fous d\u2019échecs.La trame de l\u2019histoire est assez simple en surface, même si tous les personnages qui y passent sont assurément fous.ERRATUM En cours d\u2019édition, une erreur s\u2019est glissée dans notre entrevue avec Mme Madeleine Parent (voir avril 1998, p.74): c\u2019est en 1946 - et non en 1956 - que M.G.Picard a été élu président de la CTCC.Le champion en titre est un garçon des plus sensibles.Et, depuis le drame de l\u2019aéroport d\u2019Ankara, une prise d\u2019otages orchestrée.par un fou d\u2019échecs, on peut dire qu\u2019il est fragile, état précaire pour le champion d\u2019un jeu qui demande une santé psychologique blindée.À la veille d\u2019une rencontre importante, il menace de se retirer à tout jamais.Le monde des échecs est mis en échec, au bord du mat, par son champion.C\u2019est à partir de ce point de haute tension que nous allons suivre les péripéties ludiques de cette histoire, révélée à travers les dialoques qu\u2019entretiennent, avec un écrivain échiquéen, Vazbriazinsky, son «entraîneur échiquéen», Pobrindzinskavs-zinsky, son «biochimiste échiquéen», le Major, chargé de sa sécurité, et son parapsychologue, dont j\u2019oublie le nom (vous comprendrez).Mais ça, c\u2019est l\u2019ouverture fort simple de l\u2019histoire touffue de Rezvani.Dans le roman, comme au jeu, deux Reines viennent mêler les cartes.Ici, toutefois, elles veulent protéger et posséder le même roi, le bien fou et unique champion en titre.Reine noire et reine blanche.La mère du pauvre champion contre Wanda, une monumentale et géniale joueuse, qui s\u2019amuse à réinventer le jeu pour le simple plaisir de la chose et, surtout, pour la jouissance de mettre en échec les pontes d\u2019un monde sexiste et obtus, malgré sa portée universelle: «Notre champion me semble catastrophiquement épris de cette rivale potentielle, cette femme est à surveiller, car si dans le réel elle se mettait en tête de déployer les mêmes ruses que sur l\u2019échiquier, je crains qu\u2019elle ne réussisse à dominer dangereusement notre champion, lui si fragile et sans défense sur le terrain de la vie.Mais nous ne la laisserons pas faire.» Le lecteur observe, avec délice, les deux reines se dévorer, pendant que la proie convoitée se décatit irréversiblement.Cet antagonisme nous force à suivre Rezvani dans les méandres de la psychanalyse, qu\u2019il explore avec intelligence.Le champion s\u2019érige, en effet, comme le Phallus, donc l\u2019objet du désir des deux femmes.Mais, puisqu\u2019il est cet objet, il ne peut le posséder, lui qui a souffert de l\u2019absence du Père, lien de passage symbolique du désir.Sans s\u2019aventurer dans les dédales lacaniens, on discerne de loin l\u2019interprétation de la dialectique du maître et de l\u2019esclave du psychanalyste français.Le rapport à l\u2019autre passe par les liens puissants entre le désir et la mort: « - Mat! Il est mât par sa mère! Comment aurais-je pu l\u2019annoncer à Wanda?Après une vie d\u2019échecs, de championnat en championnat, de championnat en championnat.elle a réussi à l\u2019annuler.L\u2019entraîneur et le biochimiste l\u2019ont trouvé mât sur son lit! - Mort?- Mât! Je vous dis, crie le parapsychologue en s\u2019enfuyant».On pourrait épiloguer longtemps sur la sémantique du mot échecs.Ce bref passage donne l\u2019issue de la guerre entre les deux reines.La mère, en prenant le champion comme objet de désir, le mât dressé, le voue au mat, la mort symbolique, ou l\u2019échec de la quête d\u2019identité qui se fait, selon Lacan, dans la rencontre de l\u2019autre, Wanda pour le champion.Simple?Trop pour Rezvani, il me semble.L\u2019auteur prévoit, comme un maître au jeu, plusieurs coups d\u2019avance, qu\u2019il orchestre en de multiples narrations convergentes pour dérouter le lecteur.Un néophyte sent confusément qu\u2019une partie significative des enjeux du roman lui échappe.Il suit le cavalier dans la diagonale du fou.L\u2019intrigue bien liée recouvre une autre partie qui se joue à un niveau accessible aux connaisseurs seulement.aux fous d\u2019échecs.Quels sont les coups qui se jouent sur cet échiquier nébuleux?Amateur, prière de s\u2019abstenir.Mais ces observations ne sont pas une critique négative.Elles saluent l\u2019art de Rezvani, qui n\u2019est pas facile, comme le jeu qui le passionne.¦ Michel Quevillon UNE HEUREUSE SYNTHÈSE Guy Bourgeault, Rodrigue Bélanger et René DesRosiers, Vingt années de recherches en éthique et de débats au Québec: 1976-1996, Montréal, Fides, 1997, 144 p.est très opportunément que la collection des «Cahiers Wk mm de recherche éthique» a consacré ce numéro, récemment publié, aux recherches et aux débats entrepris au Québec depuis une vingtaine d\u2019années.Le professeur Guy Bourgeault, à qui on a demandé d\u2019en faire la synthèse, l\u2019a menée avec compétence.Il s\u2019est adjoint à cette fin le professeur Pierre Fortin, du Groupe de recherches ETHOS et organisateur de la collection, maintenant dirigée par Rodrigue Bélanger, à qui l\u2019on doit la présentation du présent Cahier.Les tables générales qui ferment le Cahier et relations juin 1998 157 lectures du mois couvrent 27 pages sont dues au théologien René DesRosiers.L\u2019auteur principal ne se contente pas de suivre la production de ces Cahiers, auxquels il puisera largement par ailleurs; il tracera en filigrane la courbe d\u2019évolution de l\u2019éthique en ces dernières années et sa transformation profonde en notre milieu.Décléricalisation et laïcisation de la morale dite «classique», première alliance entre l\u2019éthique et les techno-sciences, avènement de l\u2019interrogation face aux données nouvelles et à la complexité de ces mêmes sciences, sensibilité plus grande aux dimensions subjectives et situationnelles qui jalonnent la démarche éthique (26), enjeux nouveaux surgis, en particulier, de l\u2019environnement et de l\u2019économie, telles sont, entre autres, les données qui s\u2019imposent à l\u2019attention des chercheurs et des spécialistes venus de diverses disciplines: biologie, philosophie, médecine, psychologie, génétique, sciences infirmières, sans parler des disciplines auxiliaires qui entreront, au gré des besoins, dans le giron du comité d\u2019éthique.C\u2019est à la préparation de décisions responsables que s\u2019appliqueront ces comités d\u2019éthique engagés dans une démarche souvent complexe.L\u2019auteur note qu\u2019une «nouvelle alliance» est, par conséquent, en voie de s\u2019établir «moins entre la science et la philosophie qu\u2019entre l\u2019éthique et la technologie» (28).Morale et éthique ne marchent plus du même pas et, même prises séparément, s\u2019entendent de diverses façons (30s).L\u2019auteur réserve à la morale les systèmes de codification et d\u2019exigences devant régir les diverses conduites, et à l\u2019éthique les questions et les propositions inscrites dans ces codes tout en les dépassant et les déployant sur des horizons nouveaux.Ce déploiement s\u2019accom- pagnera, au fil des ans, d\u2019une phase de consolidation et d\u2019institutionnalisation au sein desquelles viendront s\u2019instaurer colloques et débats.Le tout prendra parfois l\u2019apparence d\u2019une «valse des éthiques».Au sein même de cette mutation culturelle naîtra, en 1976, la collection des «Cahiers de recherche».Elle s\u2019inspirera d\u2019emblée de la collaboration interdisciplinaire ainsi évoquée.On n\u2019en est plus simplement à la manière de poser les questions; on en est aussi au surgissement, souvent abrupt, de nouvelles questions.S\u2019agissant de la reconnaissance des droits de la personne, l\u2019auteur de l\u2019étude a noté la coïncidence entre l\u2019apparition des «Cahiers» et la Charte des droits et libertés du Québec.La Charte canadienne, venue quelques années plus tard, contribuera à accentuer le rôle majeur du droit au plan de l\u2019éthique, et parfois même la soumission de cette dernière au premier.Cependant la Charte québécoise fait place à des droits économiques et sociaux assortis de devoirs et de responsabilités: c\u2019est là d\u2019ailleurs son caractère nettement distinctif.Cette synthèse vient à son heure.Il fallait souligner, en effet, le rôle éducatif des «Cahiers» qui tiennent, dans la production en langue française de ce côté-ci des mers, une place des plus enviables.Ils ont su s\u2019inscrire dans une recherche sérieuse et entrer dans une dynamique de collaboration, tout en gardant une attitude critique à l\u2019endroit de savoirs constitués.Leurs auteurs, pour la plupart, ont joint l\u2019éducation à l\u2019acte réflexif en vue de favoriser les modes d\u2019insertion sociale et de participation civique.Ils ont ainsi retenu le meilleur des traditions européenne et américaine pour les mettre au service d\u2019une collectivité qui en fera heureusement son profit.¦ Jean-Marc Dufort LIVRES REÇUS Voici quelques-uns des livres que les éditeurs ont fait parvenir à Relations au cours des derniers mois.-\tHérold Toussaint, Secrets nocturnes.Regards d\u2019Haïti, Paris, L\u2019Harmattan, 1997; 84 p.-\tMarc Girard, La mission de l\u2019Église au tournant de l\u2019an 2000, Montréal, Médiaspaul, 1998; 312 p.-\tBenoît Garceau, La voie du désir, Montréal, Médiaspaul, 1997; 104 p.-\tColl., Une soupe au caillou.Réflexions sur l\u2019injustice économique, Montréal, Paulines, 1997; 281 p.-\tColl, (sous la dir.de Louise Boivin et Mark Fortier), L\u2019économie sociale: l\u2019avenir d\u2019une illusion, Montréal, Fides, 1998; 232 p.-\tElaine Pagels, L\u2019origine de Satan, Paris, Bayard, 1997; 272 p.-\tDanièle Sallenave, L\u2019Amazone du grand Dieu, Paris, Bayard, 1997; 159 p.-\tAndrii Krawchuk, Christian Social Ethics in Ukraine.The legacy of Andrei Sheptytsky, Ottawa, Sheptytsky Institute Publications, 1997; 404 p.-\tGeorges-Albert Boissinot, La vie spirituelle selon Vincent de Paul et Jean-Léon Le Prévost.À la rencontre de Dieu, Montréal, Fides, 1997; 208 p.-\tXavier Le Pichon, Aux racines de l\u2019homme.De la mort à l\u2019amour, Paris, Presses de la renaissance, 1997; 294 p.-\tJoachim Bouflet, Edith Stein, philosophe crucifiée, Paris, Presses de la renaissance, 1998; 283 p.-\tBernard Sindon, Le Deuil et la Vie, St-Zénon, Face-à-Face, 1997; 192 p.-\tCatherine Ingram, Dans les traces de Gandhi.La force de la non-violence, St-Jean-de-Braye, Dangles, 1998; 190 p.¦ à signaler ?Journée mondiale de l\u2019environnement, le 5 juin.On estime que depuis le début du siècle, la moitié des terres irriguées de la planète a disparu.On a coupé des arbres pour le bois ou pour l\u2019urbanisation ou encore pour réaliser des projets touristiques.?Justice sociale et citoyenneté, à l\u2019heure de la crise du travail.Le Centre de formation populaire vous convie à sa 8e Université populaire d\u2019été.Si le travail salarié tend à disparaître, comment s\u2019effectuera désormais la répartition de la richesse dans la société?Qu\u2019en est-il de la justice sociale et de la citoyenneté dans ce contexte?Pour rensei- gnements: au CFP, (514) 842-2548.?Géopolitique du chaos, d\u2019ignacio Ramonet, Éditions Galilée, Paris, 1997; 161 p.Le rythme précipité et la profondeur des transformations de tous ordres, en cette fin de millénaire, stupéfient.À quoi ressemble le nouveau paysage planétaire?Quels États, quelles forces, quels nouveaux paradigmes émergent dans ce contexte?Quel est le système de pensée dominant?Quelles nouvelles clés pour comprendre la mutation actuelle?L\u2019émergence des défis ne doit pas nous faire douter du futur.158 relations juin 1998 Des programmes ajustés à des besoins divers de formaiinn Renseignements : Faculté de théologie, d\u2019éthique et de philosophie Université de Sherbrooke Sherbrooke (Québec) J1K 2R1 Téléphone : (819) 821-7600 Télécopieur : (819) 821-7677 jdesclos@courrier.usherb.ca UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE relations juin 1998 159 relations juin 1998\t3,95$ no 641 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t131 La fusion des Banques Royale et de Montréal (Jacques St-Amant) - Questions posées par une grève de la faim (Élisabeth Garant) - «Pas d\u2019avenir sans mémoire» (Diane Willey) - La tornade Charest (Louis Balthazar) - La figure spirituelle de Jean-Baptiste (André Beauchamp) dossier\t137 Juifs à Montréal.Réflexions pour l\u2019avenir \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t Photographie de la page couverture: Normand Blouin/STOCK.Photographie de la page 137: John Mahoney/CANAPRESSE LES SOIRÉES RELATIONS SUR VIDÉO Location (10 jours): 9,00 $ + frais d\u2019expédition.Achat d\u2019une cassette: 27,00 $ (frais d\u2019expédition inclus).TVQ et TPS sont comprises dans ces prix.Pour obtenir la liste des soirées qui ont été enregistrées, s'adresser à Pauline Roy, au Centre justice et foi (téléphone: 387-2541).Les Soirées Relations reprendront en septembre prochain.Surveillez notre publicité dans le journal LE DEVOIR.juin (mai) 1998 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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