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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1999-04, Collections de BAnQ.

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[" 770034 \"3780001 ®àtsn avril 1999 3,95$ no 649 7î V«rè«fc- textes d\u2019Hélène Chénier et André Naud À lire également dans ce numéro: Vivian Labrie, sur le dialogue des milliards et des cennes noires Carolyn Sharp, sur la religion à l\u2019école \u2022Te.c relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Anne-Marie Aitken ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean Bellefeuille, Normand Breault, Élisabeth Garant, Joseph Giguère, Marie-Paule Malouin, Françoise Nduwimana, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques L.Boucher, René Boudreault, Raymonde Bourque, Guy Dufresne, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 28,00$ (taxes incl.) Deux ans: 49,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 29,00$ Abonnement de soutien: 75,00$ Visa et Mastercard acceptés TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Empêtrés dans des problèmes d\u2019argent?Selon que l\u2019on vit avec des cennes noires ou que l\u2019on gère des milliards, la question n\u2019a pas le même sens.En ce mois d\u2019avril, où chacun prépare son rapport d\u2019impôt, il est bon de se le rappeler.Au-delà d\u2019un calcul de dépenses et de revenus, la fiscalité est un acte collectif de solidarité qui unit des cennes noires aux milliards.Dans son article sur le Carrefour du savoir sur les finances publiques, notre collaboratrice Vivian Labrie mesure la distance qui nous reste à franchir pour parvenir à cette solidarité.Une des D\u2019AUTRES ESPÈRENT UN BOGUE.questions soulevée est celle de la dette encourue par des prestataires de la sécurité du revenu en raison de trop perçus.Les femmes monoparentales à qui on impute une relation conjugale non déclarée se retrouvent notamment avec des dettes appréciables.Mais, en tout temps, il est relativement facile pour un prestataire de recevoir, par inadvertance, un chèque au montant trop élevé.Dans ces cas, la logique des milliards exige un remboursement avec intérêt, capitalisé mensuellement.Actuellement, le taux d\u2019intérêt de 10% est établi à partir du taux moyen sur des prêts consentis par les banques, majoré de 3%.Nettement supérieur aux taux affichés pour les prêts personnels non garantis, ces intérêts pénalisent non seulement les prestataires de leur erreur de départ, mais aussi de leur incapacité à négocier un prêt personnel à taux concurrentiel.En d\u2019autres mots, et sans accuser le gouvernement de pratiques usuraires, nous devons constater que la politique du Ministère suit la logique selon laquelle les pauvres paient plus chèrement leur endettement que les mieux nantis.Et cela malgré le pouvoir du Ministère de déduire les paiements directement sur les chèques du prestataire, pouvoir qui garantit le remboursement de la dette.Cela est suffisant pour nous faire souhaiter un Jubilé pour les personnes assistées sociales.À la fin du millénaire, ne serait-il pas possible de pardonner la dette des plus pauvres de notre société?Mais les prestataires de la sécurité de revenu ne sont pas les seuls à avoir besoin d\u2019un Jubilé.Nous pensons aussi aux jeunes, dont un nombre croissant commencent leur vie encombrés de dettes d\u2019études.Plusieurs sont pris dans un cercle vicieux où l\u2019incapacité de rembourser entraîne une capitalisation des intérêts.Quand, dans un couple, la somme des dettes atteint 25 000$ ou 30 000$, ne faut-il pas alors parler d\u2019avenir hypothéqué?Tout cela nous fait rêver au bogue de l\u2019an 2000.Celui qui effacerait la trace des dettes.Celui qui ouvrirait les pistes d\u2019espoir dans les avenirs bloqués.À ce propos, n\u2019oubliez pas de lire le conte pascal que nous propose Guy Paiement! Joyeuses Pâques.Carolyn Sharp 66 relations avril 1999 face à l\u2019actualité avec Élisabeth Garant, Marie-Paule Malouin, Guy Paiement et Massimo Panzino UN CONTE POUR PAQUES Quand la peur de la bête se met à rôder, chacun s\u2019enferme dans sa maison, ses discours et ses coutumes.Nicodème s\u2019essuya le front.Sa main tremblait et le pincement au creux de sa poitrine n\u2019avait pas disparu.Il dût s\u2019avouer qu\u2019il avait peur.Alors qu\u2019il se faufilait dans les rues étroites de la ville à une heure tardive, il rencontra peu de passants.Il ne put s\u2019empêcher de jeter un oeil paniqué autour de lui.«Pourvu qu\u2019on ne me reconnaisse pas!» se dit-il, comme pour se rassurer.Étonnant, car il occupait un poste envié de conseiller à l\u2019assemblée de la ville.Depuis un bon bout de temps.Malgré un certain embonpoint, Nicodème jouissait encore d\u2019une assez bonne santé.Pourquoi donc n\u2019était-il pas à l\u2019aise dans sa peau?Le procès qui se préparait autour du Nazaréen l\u2019avait mis à l\u2019envers.Les grands propriétaires voulaient la tête de ce charpentier qui se prenait pour un redresseur de torts.« De quelle autorité, clamaient-ils, peut-il déclarer que le Grand Jubilé est commencé?Qu\u2019ils devaient alors remettre leurs terres à tous ces fainéants qui les avaient vendues pour dettes?Quel culot! » Il y avait aussi ses confrères qui n\u2019acceptaient pas du tout que ce va-nu-pieds joue au théologien et égare le peuple.Sans compter les responsables du Temple, empêtrés dans les problèmes d\u2019argent que réclamait la rénovation de cette grande oeuvre collective et qui avaient peur de ces étrangers venus de Rome.«N\u2019a-t-on pas assez de problèmes comme çà?» avaient-ils hurlé à la rencontre de l\u2019après-midi.Nicodème voyait courir cette peur panique qui s\u2019empare de toute une institution quand elle se sent menacée.Tout le monde défendait son poste, protégeait ses intérêts.Son argent aussi, pourtant bien mis à l\u2019abri dans la banque du Temple.«Et si les étrangers venaient vider la banque?» «Si le peuple endetté se mettait à réclamer l\u2019annulation des dettes?» «Si le nombre des voleurs empêchait les pèlerins de s\u2019aventurer au Temple?» Combien de fois avait-il entendu ces jérémiades! Quand la bête de la peur se met à rôder, chacun s\u2019enferme dans sa maison, dans ses coutumes, dans ses discours.Mais il était loin de vouloir leur lancer la pierre.Lui aussi sentait courir, autour de lui et en lui, le souffle haletant de la peur.Lui aussi redoutait ses morsures et ses coups de griffes.Il l\u2019avait vue, tapie chez les grands propriétaires, prête à sauter sur les ouvriers des vignes et à manger leur gagne-pain.Il l\u2019avait surprise dans les lieux de culte, incitant les personnes dévotes à fermer les yeux comme on ferme les volets pour ne pas entendre, dans les rues, les cris des innocents.Il l\u2019avait même débusquée dans les discours rassurants des experts de tout poil qui emprisonnent la vie au lieu de la laisser nous surprendre et nous étonner.Aujourd\u2019hui, il en avait marre! Et il en était tout surpris.Nicodème avait maintenant quitté la vieille ville et se dirigeait d\u2019un pas nerveux vers le lieu dit du Crâne.C\u2019est là que, dans l\u2019après-midi, on avait hissé sur des croix le Nazaréen et deux fanatiques religieux.L\u2019air était lourd.Malgré la noirceur qui descendait de plus en plus vite, il discerna deux ou trois ombres qui relations avril 1999 67 face à l\u2019actualité grandissaient et dansaient sous l\u2019effet des flambeaux.Pourquoi tenait-il tant à revoir une dernière fois ce Nazaréen?Pourquoi se sentait-il tenu d\u2019accomplir pour lui les rites funéraires?Il avait bien de la difficulté à trouver une réponse claire.À cause de la fête qui commençait?Mais cela regardait avant tout les autorités religieuses.À cause de cette rencontre qu\u2019il avait eue avec lui?Mais bien d\u2019autres l\u2019avaient rencontré et très peu de gens étaient là, debout, près des gibets.Ses oreilles bourdonnaient.Son souffle se faisait de plus en plus court.Son coeur battait comme un tambour de légionnaire.Soudain, il revit la scène décisive qui s\u2019était déroulée à l\u2019assemblée du temple.Tout le monde accusait le Nazaréen.Personne n\u2019écoutait, comme si l\u2019affaire était déjà classée.Alors, lui, avec un courage qu\u2019il ne se connaissait pas, s\u2019était mis à questionner ce manque flagrant de justice : « Notre loi nous demande-t-elle de condamner quelqu\u2019un sans l\u2019avoir écouté?» Il y avait eu un silence.Lourd comme une pierre tombale.Puis le cirque avait repris de plus belle.La bête avait fait son oeuvre.Elle avait mordu tous ces gens, pourtant si sérieux d\u2019ordinaire, et leur avait communiqué sa rage.Sa folie.Il s\u2019était senti isolé, injurié, soupçonné de sympathies douteuses et séditieuses.Il était alors sorti, écoeuré, cherchant un appui comme quelqu\u2019un qui a couru toute la journée.Il s\u2019était ensuite caché tout l\u2019après-midi, question de retrouver son souffle et de comprendre ce qui lui arrivait.Mais sa décision était prise.Oui, il irait voir une dernière fois le supplicié.Oui, il lui rendrait les honneurs de la sépulture.Une certitude en lui était montée comme la lumière du soleil qui chasse au matin les nuages paresseux de la nuit.Quand il arriva près des cadavres, il reconnut Joseph, qui était descendu d\u2019Arimathie.«J\u2019ai obtenu l\u2019autorisation, lança à voix basse ce dernier.Nous allons le déposer dans le caveau qui est là-bas.» Nicodème insista pour porter le cadavre avec Joseph.Il le prit avec toute la tendresse dont il était capable.Il ne sentit pas son poids.Il ne voyait plus ses blessures.Un instant, il eut même l\u2019impression curieuse de transporter son propre cadavre.«Quelle drôle d\u2019idée, tout de même!» murmura-t-il.Quand il eut déposé le corps, il demeura avec Joseph dans le silence de la grotte un long moment.Il lui semblait entendre encore la voix ferme du Nazaréen.«Tu dois recommencer à vivre.Ta naissance n\u2019est pas en arrière de toi mais en avant.Laisse le Souffle de vie te conduire!» Nicodème sortit d\u2019abord la tête du caveau, puis les bras et tout son corps.Il regarda autour de lui.L\u2019étoile du soir brillait.Un cri s\u2019étouffa dans sa gorge.Était-ce la confiance retrouvée ou le frémissement de tout l\u2019être devant l\u2019inédit de la vie?«Mais bon Dieu de bon Dieu, se dit-il, qui est donc ce Nazaréen qui, pour moi, Nicodème, s\u2019est fait sage-femme?» Et il regagna la ville.¦ Guy Paiement Centre Saint-Pierre VERS UNE NOUVELLE LOI FEDERALE SUR L\u2019IMMIGRATION! Il nous faudra plus que des changements parcellaires pour répondre aux besoins croissants.La ministre Lucienne Robillard ne s\u2019engagera pas dans une refonte majeure de la Loi sur l\u2019immigration et la protection des réfugiés.C\u2019est du moins ce qui se dégage des «nouvelles orientations» déposées le 6 janvier dernier sous le titre De solides assises pour le XXIe siècle.À l\u2019automne 1996, la ministre annonçait son intention de procéder à une révision en profondeur de la législation fédérale sur l\u2019immigration.La loi en vigueur, datant de vingt ans, avait déjà été modifiée plus d\u2019une trentaine de fois de manière ponctuelle.Début janvier 1998, la ministre rendait public le rapport d\u2019un groupe consultatif sur la question (le Rapport Trempe1) et annonçait sa volonté de déposer un projet de loi avant la fin de l\u2019année.Lors des consultations tenues l\u2019an dernier par la ministre, plusieurs groupes lui ont demandé de déposer d\u2019abord les orientations qu\u2019elle comptait privilégier suite à la consultation, avant de formuler un projet de loi.Une demande qui fut donc entendue.Si on retrouve, dans ces orientations, plusieurs modifications à la loi actuelle, la ministre a écarté la transformation radicale qu\u2019appellent les défis pressants auxquels doivent répondre aujourd\u2019hui notre immigration nationale et la protection des réfugiés.Les orientations de la ministre traduisent différents niveaux de préoccupations.Tout d\u2019abord, une volonté pragmatique de répondre à un nombre important d\u2019incohérences, de réduire les cas d\u2019exceptions, et de réactualiser certaines valeurs comme la famille, pierre d\u2019angle de l\u2019immigration.Mais aussi, un souci de rassurer une opinion publique qui doute de plus en plus de la bonne gestion du système d\u2019immigration et de protection.Certains aspects constitueraient des gains par rapport à la législation actuelle: une volonté de ne pas soumettre les réfugiés aux critères d\u2019immigration; des mesures facilitant la réunification des familles, y compris un élargissement de la notion de famille englobant les conjoints de même sexe, et la hausse de l\u2019âge limite pour les enfants à charge de 19 à 22 ans.Espérons que le projet de loi final les conservera.Par contre, la ministre a refusé de scinder la loi actuelle sur l\u2019immigration en deux lois distinctes: immigration et protection.Elle a préféré se contenter d\u2019une section distincte pour les réfugiés à l\u2019intérieur de la même loi.Sans d\u2019ailleurs tirer aucune con- 1.Du nom de son président, l\u2019ancien sous-ministre québécois de l\u2019immigration, Robert Trempe (voir Relations, avril 1998, p.67).Intitulé «Au-delà des chiffres: l\u2019immigration de demain au Canada», ce rapport a suscité plus de 2200 mémoires, lors des consultations organisées à son sujet.68 relations avril 1999 face à l\u2019actualité séquence concrète de cette double finalité.Par exemple, les agents d\u2019interception ne devraient-ils pas avoir pour mandat non seulement le contrôle des frontières, mais aussi la protection des personnes en danger?Les propositions sur les immigrants indépendants, quoique moins radicales que celles du Rapport Trempe, demeurent animées essentiellement par des considérations d\u2019ordre économique.La flexibilité et la polyvalence sont les nouveaux mots d\u2019ordre de l\u2019immigration pour un Canada plus compétitif au plan international.Pour nous, le débat sur cette question reste à faire avec le Québec qui en a la responsabilité, mais dont les options ne sont pas fondamentalement différentes.Quant aux réfugiés, la ministre a choisi de conserver la Commission d\u2019immigration et du statut de réfugié (CISR), alors que plusieurs questionnent la nomination politique des commissaires, leur manque de compétence et les coûts importants qu\u2019implique une telle structure.Les faibles voeux pieux annoncés par la ministre semblent bien insuffisants.Certaines propositions (processus de décision unifié, délai de 30 jours pour déposer une demande, etc.) sont mises de l\u2019avant pour accélérer un processus qui, par ses longueurs, n\u2019assure plus adéquatement la fonction de protection qui lui revient.Mais une réflexion conjointe sur la structure et les mesures d\u2019efficacité envisagées doit se faire afin d\u2019assurer l\u2019équité nécessaire au processus.Le thème de la sécurité des Canadiens occupe un chapitre, mais cette préoccupation demeure sous-jacente à bien d\u2019autres mesures du document.Plusieurs propositions vont dans le sens d\u2019un contrôle accru des frontières, comme on le constate déjà dans nombre d\u2019autres pays occidentaux.Pourtant, il faut se rappeler sans cesse qu\u2019à terme, la solution de la forteresse ne peut être que vouée à l\u2019échec.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est nous attaquer aux causes mêmes de ces pressions migratoires internationales.Les récentes orientations ministérielles demeurent générales et il est difficile d\u2019en mesurer la réelle portée tant que nous ne connaîtrons pas le projet final de loi.On peut douter que les modifications envisagées soient vraiment de solides assises pour le XXIe siècle, ou même les vingt ans à venir.¦ Élisabeth Garant Centre justice et foi LA RÉSURRECTION DE LAMI?Les grands groupes financiers européens somment l\u2019OMC d\u2019adopter les dispositions controversées de l\u2019AMI.Un document confidentiel préparé par la Commission européenne, en vue de la prochaine conférence ministérielle de l\u2019OMC (Organisation mondiale du commerce), confirme que l\u2019on s\u2019apprête à faire avaler aux 123 pays membres de l\u2019Organisation l\u2019adoption des dispositions relatives aux investissements qui étaient au coeur de l\u2019AMI.Voilà un peu plus d\u2019un an, ces mêmes dispositions soulevèrent un tollé auprès des mouvements de citoyens, à travers le monde.On se rappelle que ceux-ci firent avorter l\u2019accord en se concertant et en s\u2019organisant1.Parmi les dispositions remises sur la table: l\u2019application du traitement national aux investisseurs étrangers et la clause de la nation la plus favorisée; l\u2019indemnisation de ces investisseurs en cas de législations gouvernementales susceptibles de restreindre la «profitabilité» de leur investissement, ou en cas d\u2019expropriation; des provisions permettant qu\u2019un investisseur, se sentant lésé par une politique gouvernementale, poursuive un État devant un tribunal d\u2019arbitrage nommé par le secrétariat de l\u2019OMC; et l\u2019abolition des prescriptions de résultats.1.\tVoir l\u2019entrevue de Tony Clarke, «Vivre sous le règne des entreprises», dans Relations, no 648, mars 1999.2.\tPour la France, les membres de l\u2019ERT sont les dirigeants de Renault, Lyonnaise des eaux, etc.; pour l\u2019Italie, ceux de Fiat, Olivetti, Pirelli, etc.; pour l\u2019Allemagne, ceux de Bayer, Bosch, Krupp, Siemens, etc.Le vis-à-vis canadien de l\u2019ERT est le Business Council on National Issues - Conseil patronal sur les problèmes nationaux.Ce dernier est un des auteurs intellectuels de l\u2019Accord de libre-échange de 1988, traité précurseur de l\u2019ALENA.Voici comment l\u2019information a été découverte.Selon un scénario déjà connu, qui rappelle la naissance de la lutte contre l\u2019AMI, l\u2019ONG européenne le Corporate Europe Observatory a mis la main sur le document confidentiel, daté du 15 décembre dernier, et l\u2019a affiché sur Internet.Aussitôt, les auteurs se sont dissociés de leur document en affirmant que le texte ne représentait plus la pensée de la Commission européenne.À la mi-janvier 1999, un document officiel émanant de cette Commission a été rendu public.Chose curieuse, les extraits compromettants du document original avaient été supprimés.Ceux-ci expliquaient candidement que les grands financiers européens et les organisations patronales voulaient que l\u2019Union européenne convainque l\u2019OMC d\u2019intégrer les dispositions qui étaient au centre de l\u2019AMI.Une des instances qui exerce des pressions en ce sens est la European Round Table of Industrialist (ERT)2.Depuis sa création en 1983, l\u2019ERT, composé des 45 PDG des entreprises européennes les plus riches, a un accès privilégié à la Commission européenne.Elle lui réserve un accueil des plus chaleureux et des plus favorables.Bien que les auteurs du document confidentiel mis au grand jour grâce à la Toile s\u2019en défendent, le texte montre que des instances comme la Commission européenne sont à la remorque des puissantes entreprises transnationales.Ces dernières et leurs alliés, disséminés dans de nombreux cabinets gouvernementaux à travers le monde, cherchent à introduire, de toute urgence, des règlements multilatéraux sur l\u2019investissement, dans les traités internationaux.Comment expliquer qu\u2019ils tentent maintenant leur chance à l\u2019OMC, après la déroute retentissante encaissée à l\u2019OCDE?Le fulgurant échec essuyé relations avril 1999 69 face à l\u2019actualité lors du fiasco de l\u2019AMI ne leur aurait-il rien enseigné?Pour répondre à ces questions, il convient de rappeler que les fervents défenseurs de l\u2019AMI - le gouvernement canadien en fait partie -justifiaient leur adhésion à l\u2019Accord en soulignant que son adoption se traduirait par une plus grande présence d\u2019investissement direct étranger (IDE) au pays.L\u2019IDE, contrairement aux investissements de nature spéculative qui transitent par les bourses des pays, s\u2019installe «physiquement» au pays hôte, en forme de capital investi dans des installations (usines et autres entités).Le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada va jusqu\u2019à qualifier TIDE de moteur de croissance et d\u2019emploi.Or, si les États convoitent de plus en plus TIDE, au point d\u2019en arriver à mettre en cause leur souveraineté par la ratification d\u2019accords comme l\u2019AMI, c\u2019est en grande partie parce que les gouvernements espèrent ainsi combler le manque à gagner en recettes fiscales; cette baisse de revenus, attribuable aux politiques de privatisations appliquées au fil des années, a pour corollaire des gains sans précédent affichés par les grandes entreprises.Ainsi révélée par le document de la Commission européenne, l\u2019absurdité du raisonnement des idéologues de l\u2019AMI est sans borne.Leur espoir de réussir au sein de l\u2019OMC ce que l\u2019OCDE leur a refusé s\u2019explique par la stratégie suivante: convaincre les nations en développement que l\u2019enchâssement de règlements multilatéraux sur l\u2019investissement protégerait leurs fragiles économies dans un monde à la merci de crises financières comme celle que nous subissons actuellement! À la lueur du document confidentiel de la Commission européenne, il faut constater que le triomphe contre l\u2019AMI ne fut qu\u2019une bataille gagnée.Déduisons donc qu\u2019il reste une guerre à faire, non contre l\u2019AMI, mais contre tout ce que l\u2019accord représentait et représente toujours.Et c\u2019est reparti! ¦ Massimo Panzino Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine UNE ÉQUITÉ SALARIALE MAL COMPRISE Attention danger! Ne retenir que les années d\u2019expérience pour établir le salaire des enseignants pourrait nous ramener à la case départ.Selon la CEQ, tous les enseignants devraient atteindre le même salaire après un certain nombre d\u2019années d\u2019expérience.Les enseignants les moins scolarisés recevraient ainsi, à la longue, la même rémunération que les plus scolarisés.Cette revendication, la centrale syndicale la loge à l\u2019enseigne de l\u2019équité salariale entre hommes et femmes.Plusieurs l\u2019ont signalé, il y a quelque chose d\u2019absurde, voire d\u2019aberrant, dans ce geste d\u2019un syndicat enseignant qui dénigre la valeur et la pertinence des études universitaires pour ses membres.En outre, cette revendication risque fort d\u2019avoir un effet pervers que les dirigeants syndicaux ne semblent pas avoir entrevu.Il n\u2019y a pas si longtemps, les institutrices québécoises subissaient une lourde discrimination salariale.Jusqu\u2019en 1965, même à compétence égale, on leur versait un salaire inférieur à celui de leurs collègues masculins.Par la suite, une échelle salariale unique s\u2019est appliquée aux enseignants des deux sexes, à travers tout le Québec.Les institutrices ont-elles reçu pour autant le même salaire que leurs confrères?Pas toutes, car s\u2019appliquait alors le critère du niveau d\u2019enseignement.En effet, pour accéder à l\u2019enseignement, les maîtres du temps étudiaient dans les écoles normales - qui décernaient les brevets C, B et A, équivalant réciproquement à 12, 13 et 14 années de scolarité.Or, ces différents diplômes commandaient des salaires différents et correspondaient aussi à des tâches jugées différentes: avec un brevet C, par exemple, on ne pouvait enseigner qu\u2019à l\u2019école primaire; seul un brevet A permettait d\u2019enseigner les années terminales du cours secondaire.À cette époque, il existait donc une hiérarchie entre les différents niveaux d\u2019enseignement et cette hiérarchie sous-tendait des formations et des salaires différents.Plus nombreuses dans l\u2019enseignement primaire, les institutrices, contrairement à leurs collègues masculins, détenaient souvent un brevet C ou B.Malgré une échelle salariale unique, elles demeuraient donc moins bien rémunérées que les hommes.Avec la réforme de l\u2019enseignement, la formation des maîtres est passée à l\u2019université.Les professeurs nouveaux venus, tant au primaire qu\u2019au secondaire, détiennent tous au moins un baccalauréat universitaire.Les membres de la Commission Parent ont en effet refusé de créer deux groupes d\u2019enseignants en fonction du niveau où ils enseignent.Par conséquent, l\u2019échelle salariale des enseignants ne tient plus compte du niveau d\u2019enseignement, mais uniquement des années d\u2019expérience et de la scolarité.Pour les femmes, qui enseignent surtout au primaire, c\u2019est un progrès important.Or, les revendications actuelles de la CEQ qui ne retiennent que les années d\u2019expérience menacent cet acquis.Si on ne tient plus compte de la scolarité pour déterminer le salaire des enseignants, il faudra en effet trouver un autre critère d\u2019évaluation.Un critère jugé aussi «objectif» que la scolarité.Nombreux seront ceux qui pointeront alors le niveau d\u2019enseignement.En partant du principe que seul un travail égal commande un salaire égal, on s\u2019empressera de démontrer que le travail d\u2019un enseignant du primaire se révèle moins exigeant que celui d\u2019un professeur du secondaire et commande par conséquent un salaire inférieur.On reviendra alors à une situation qu\u2019on avait pourtant réussi à corriger: les enseignants du secondaire - majoritairement des hommes - gagneront un meilleur salaire que ceux du primaire - majoritairement des femmes.Au nom de l\u2019équité salariale, on aura ainsi établi une nouvelle situation discriminatoire pour les femmes.¦ Marie-Paule Malouin 70 relations avril 1999 Comme certains l\u2019auront peut-être remarqué, le titre de notre dossier ne comporte pas de point d\u2019interrogation.En effet, l\u2019optique n\u2019est pas tant de savoir si le dialogue entre la foi et la culture est possible, elle est plutôt de le montrer à l\u2019oeuvre.Deux événements récents nous en donnent l\u2019occasion: l\u2019assemblée plénière du synode de Montréal et la parution de l\u2019encyclique Foi et raison, rédigée par Jean-Paul II.Par culture, entendons non seulement les arts et les belles-lettres, mais aussi la société tout entière, avec ses modes de fonctionnement, son organisation du pouvoir, ses valeurs, son langage, son héritage et ses projets.La foi, quant à elle, s\u2019exprime toujours à travers une culture particulière.Au Québec, une riche tradition lie la foi chrétienne et la culture.Aujourd\u2019hui, cependant, ce lien ne va plus de soi.Un dialogue est nécessaire pour surmonter les ruptures qui s\u2019opèrent entre les expressions de la foi et les changements culturels.De l\u2019un à l\u2019autre, le mouvement n\u2019est d\u2019ailleurs pas à sens unique.Hélène Chénier et André Naud, bien connus des lecteurs de Relations pour leur engagement dans l\u2019Église, leur liberté de parole et leur recherche tenace de vérité, se livrent ici à un exercice de dialogue à plusieurs niveaux.Hélène Chénier dialogue avec Dominique Boisvert, à travers le jeu de l\u2019entrevue.Vaste entreprise de concertation et de confrontation, l\u2019enjeu d\u2019un synode est de pouvoir vivre une réconciliation entre la foi et la culture.André Naud, lui, croise quatre regards sur l\u2019encyclique dans laquelle le pape fait dialoguer la foi et la raison.Le lecteur appréciera son analyse, personnelle et éclairante, de la manière dont les simples croyants se perçoivent aujourd\u2019hui.Petite révolution pas si tranquille que cela! ¦ Anne-Marie Aitken Foi et culture: un dialogue \u2022\tle synode de Montréal \u2022\tl\u2019encyclique Foi et raison relations avril 1999 71 dossier SYNODE DE MONTRÉAL: SATISFACTION ET DÉCEPTION Entrevue avec Hélène Chénier A l\u2019instar de plusieurs autres diocèses à travers le monde, Montréal est en synode, depuis trois ans.L\u2019assemblée plénière de novembre 1998 a été un moment fort de ce vaste processus de consultation auprès de la population.Dominique Boisvert a rencontré Hélène Chénier pour nous en parler.D.B.: Quelle était votre plus grande attente quand vous avez accepté de participer à l\u2019aventure du Synode?H.C.: Au fond, j\u2019avais une grande préoccupation: je voulais que ce Synode soit une chance pour l\u2019Église de Montréal.J\u2019y voyais une occasion de réconcilier la foi et la culture chez nous, de faire en sorte qu\u2019elle s\u2019exprime dans notre environnement social et culturel, dans nos identités individuelles et collectives.Concrètement, cette préoccupation majeure s\u2019exprimait, pour moi, à travers un désir de démocratie, de participation avec des relations plus horizontales.Je souhaitais aussi la reconnaissance du besoin d\u2019éducation continue, l\u2019acceptation de la place et de l\u2019influence grandissante des femmes.Je pensais aussi à l\u2019engagement pour et avec les exclus de notre société et aux jeunes pour créer des ponts entre les générations.J\u2019ai particulièrement travaillé la place des femmes dans l\u2019Église.Ma réflexion et mon implication antérieures m\u2019avaient préparée à élaborer une pensée sur le sujet, me disais-je, et à prévoir les résistances qui se manifesteraient.D.B.: Qu\u2019espériez-vous, au juste, de ce dossier des femmes ?H.C.: Je voulais des progrès pour les femmes en Église, et une promesse de lendemains qui permettrait au dossier d\u2019évoluer.Je ne m\u2019attendais pas à l\u2019accès des femmes au ministère presbytéral dans l\u2019année suivante.Je craignais même une attitude de fermeture.Face à la modestie de mes attentes, je suis plutôt satisfaite des résultats des votes de l\u2019Assemblée plénière.En effet, plusieurs points ont été adoptés avec plus des deux tiers des voix.L\u2019Assemblée a demandé un partenariat avec les femmes au Conseil de l\u2019évêque, donc au plus haut niveau.Elle a reconnu aussi que les femmes sont capables d\u2019assumer les tâches et d\u2019exercer les fonctions pastorales ou administratives qui ne requièrent pas l\u2019ordination presbytérale.Un conseil diocésain de la condition féminine devrait être mis sur pied.L\u2019évêque le consultera sur tout ce qui est important en termes d\u2019orientations pastorales, de priorités et de grandes politiques du diocèse.Ce conseil serait formé de personnes suggérées par des organismes féminins.Un plan d\u2019action sera mis en scène pour contrer la discrimination contre les femmes, plan qui sera évalué périodiquement.Il a été demandé l\u2019accès des femmes au diaconat, la présence des femmes sur tous les comités, à tous les niveaux et dans toutes les instances.L\u2019affichage des postes de direction et de responsabilités importantes sera obligatoire pour permettre aux femmes de postuler, avec la constitution de comités mixtes de sélection pour favoriser l\u2019égalité des chances dans l\u2019évaluation des candidatures.Reste l\u2019épineuse question de l\u2019accession à l\u2019ordination presbytérale.Signalons d\u2019abord qu\u2019elle a été approuvée pour les hommes mariés.Dans le cas des femmes, si cette demande n\u2019a pas été «adoptée» officiellement par l\u2019Assemblée, c\u2019est par quelques votes seulement, puisque la proposition a recueilli 66,33% des voix, alors qu\u2019il en fallait 66,66% selon le règlement! Mais la très forte proportion de personnes favo- rables à cette proposition, dans une assemblée très sérieuse et plutôt de tendance conservatrice, démontre que le dialogue et la réflexion doivent se poursuivre sur le sujet.Les arguments jusqu\u2019ici invoqués pour refuser cette ordination ne sont pas suffisamment convaincants et l\u2019autorité d\u2019aujourd\u2019hui ne peut pas contraindre les consciences.D.B.: Vous venez de faire allusion à une Assemblée synodale plutôt conservatrice: qu\u2019est-ce qui vous fait porter ce jugement?H.C.: N\u2019oubliez pas que l\u2019Assemblée était constituée de personnes très proches des structures paroissiales ou diocésaines, dont tous les hauts cadres de l\u2019Église diocésaine.Des personnes respectables, informées, engagées certes, mais en général (il y a des exceptions et nous en connaissons tous) plus portées à poursuivre les orientations et les habitudes prises qu\u2019à les réviser.De plus, examinons les faits comme ils se sont déroulés.Dès qu\u2019une proposition était un peu discutable ou contestable, elle ne recueillait au mieux que 75% des voix.Donc le quart de l\u2019assemblée était plutôt conservatrice, hésitante face au changement ou carrément hostile.Cela s\u2019est vérifié, par exemple, dans les résolutions suivantes: la demande d\u2019élargir l\u2019absolution collective (A 08): 64,88% (refusée); l\u2019implication dans les débats sociaux (B 08): 76% (acceptée); le Conseil de la condition féminine et son mandat (B 16-B 17): 75% (acceptée) et les modalités de sa formation (B19): 65,7% (refusée); l\u2019accès des femmes au sacerdoce (C 10): 66,33% (refusée); le célibat facultatif pour les futurs prêtres (D 16): 66,26% (refusée).Autre exemple aussi éloquent: plusieurs propositions totalement inoffensives, qui ne faisaient que répéter les acquis du concile Vatican II, ont été refusées par environ 10% de l\u2019Assemblée, et ont même quelquefois rencontré des détracteurs qui nous reportaient au concile Vatican I ou même 72 relations avril 1999 Des participants bien studieux lors de l'Assemblée plénière, à Montréal, en novembre 1998.avant.Sur les 25% dont nous parlions tantôt, il y en avait donc 10% dont le conservatisme s\u2019apparente à celui que l\u2019on dénonce quand il provient de Rome, en croyant qu\u2019il n\u2019est pas de chez nous.Il faut dire toutefois que cette assemblée a très bien suivi les consignes, qu\u2019elle s\u2019est montrée tolérante et respectueuse.Elle fut admirablement conduite par des personnes d\u2019expérience dans les assemblées délibérantes.On avait prévu un processus bien défini pour régler les litiges, et les 600 à 700 participants étaient préparés et disciplinés.Le bon déroulement de cette Assemblée délibérante rendra peut-être possible, la prochaine fois, l\u2019accueil d\u2019un plus grand nombre de personnes moins collées à l\u2019institution: ceux et celles qui interrogent davantage l\u2019Église, qui l\u2019ont déjà quittée à regret, sur la pointe des pieds, ou qui s\u2019apprêtent à le faire.D.B.: Vous avez parlé de l\u2019importance que vous accordez à la participation et à l\u2019éducation.Quelles ont été vos joies et vos regrets dans ces domaines ?H.C.: Je me réjouis particulièrement de la prise de parole et de l\u2019implication, à des degrés divers, d\u2019un grand nombre de personnes distantes de l\u2019institution ou iso- lées dans des communautés locales repliées sur elle-même.C\u2019est à mon avis le bienfait majeur du Synode que d\u2019avoir su appeler et accueillir, dans sa première étape, l\u2019expression des besoins, des attentes, des déceptions, des regrets et des peines de tous et toutes, face à l\u2019institution ecclésiale.L\u2019Église de chez nous fait partie de notre patrimoine, et même les distants n\u2019en sont pas si loin, très Une occasion de réconcilier la foi et la culture chez nous, de faire en sorte qu\u2019elle s\u2019exprime dans notre environnement social et culturel, dans nos identités individuelles et collectives.peu y étant vraiment hostiles.De plus, les problèmes de notre société civile sont aussi les problèmes des croyants au quotidien.La dichotomie entre le temporel et le spirituel est une déficience de notre vision de la réalité humaine.Cette sensibilité aux distants, aux discrets et au monde séculier, durant la première étape du Synode surtout, a suscité une mobilisation étonnante: 700 appels téléphoniques; 284 lettres ou mémoires spontanés; 193 mémoires, dont 116 présentés lors d\u2019audiences publiques; 34 748 répondants à une «enquête grand public» dans les journaux et diverses organisations, ecclésiales ou non.Ces multiples réactions révélaient un intérêt pour les questions religieuses et de foi chez certains, mais aussi, un intérêt pour la présence de l\u2019Église dans le monde, pour sa mission évangélisatrice aujourd\u2019hui.De toutes ces réactions, la Commission synodale a ressorti les quatorze grands thèmes qui furent proposés à la réflexion des équipes synodales, deuxième étape du processus synodal.C\u2019est là que surgit ma première déception: il y a eu comme un hiatus, une rupture entre la première et la deuxième étape du processus synodal.Toute la richesse du contenu recueilli par les appels téléphoniques, les lettres, l\u2019enquête et les mémoires n\u2019a été que peu considérée par la suite, sauf si ce contenu était repris à nouveau par une équipe synodale.De plus, les équipes synodales ont été majoritairement constituées par les parois- relations avril 1999 73 Photo: Église de Montréal, Yvan Desrochers. dossier ses et des organismes paroissiaux ou diocésains.Ces équipes étaient donc généralement formées de chrétiens assidus aux rassemblements ecclésiaux, piliers du bon fonctionnement de la vie interne de l\u2019Église: liturgie, sacrements, enseignement du dogme et de la morale catholiques.Volontairement ou non, l\u2019institution reprenait donc l\u2019initiative de la démarche, grâce aux équipes synodales issues des cadres institutionnels.Consciente de cette limite organisationnelle, la Commission synodale l\u2019a néanmoins acceptée, sachant qu\u2019aucune réforme substantielle ne pourrait se réaliser par la suite sans la collaboration des unités pastorales.Mais il était aussi possible que des équipes synodales se forment hors des cadres paroissiaux, à la condition qu\u2019un des membres soit rattaché à une paroisse ou à un groupement ecclésial.Ainsi, quelques équipes ont réuni des personnes éloignées des cadres de l\u2019institution, et même de la foi chrétienne telle que définie par l\u2019enseignement dogmatique.Certaines de ces équipes, et d\u2019autres peu rompues aux échanges sur des thèmes religieux, ont apprécié l\u2019expérience et continuent à se rencontrer pour l\u2019enrichissement que procure un partage de vie, relue avec les lumières et le coeur de chacun.Comme disait Paul aux Grecs, à l\u2019époque de l\u2019Église primitive, il se passe là quelque chose et l\u2019Esprit agit sans aucun doute.Des gens ordinaires, sans statut, peuvent aujourd\u2019hui témoigner que les ecclésiastiques ou les mandatés du pouvoir officiel ne monopolisent pas l\u2019Esprit, qui sait travailler à sa façon le coeur et l\u2019esprit humain.Voilà sûrement un fruit savoureux du synode de Montréal, et l\u2019un des meilleurs.D.B.: À côté de la prise de parole qui s\u2019est exercée au Synode, avec ses succès et ses limites, voulez-vous d\u2019autres sources d\u2019espoir pour l\u2019avenir?H.C.: Je voudrais parler ici de ce que les gens appellent la démocratisation de l\u2019Église.La participation des chrétiens à la mission de l\u2019Église doit nécessairement s\u2019accompagner d\u2019une mise en veilleuse de l\u2019autoritarisme traditionnel, issu pour une large part d\u2019un modèle monarchique.Le Synode a adopté quelques résolutions de principe audacieuses, qui devraient normalement se traduire par des changements d\u2019attitudes et de procédés au quotidien.Par exemple, on a adopté la vision d\u2019une Église davantage communion que hiérarchie, qui doit commander des transformations pastorales, administratives et organisationnelles pour rendre possible et visible ce changement de vision.« Le leadership de participation», à tous les niveaux, implique de l\u2019information, du dialogue, des débats et une prise de décision davantage collégiale qu\u2019individuelle, puisque les décisions auront mûri dans une communauté.Cette participation concernera non seulement les moyens d\u2019exécution, comme actuellement, mais aussi les orientations, les objectifs, les politiques, les priorités, bref les choses importantes.Mais je ne peux m\u2019empêcher d\u2019être inquiète, pour deux raisons, au sujet de la réalisation de ces voeux si généreux.D\u2019abord, à cause de la longue tradition d\u2019autoritarisme des fonctionnaires (prêtres et laïcs) de l\u2019Église, qui à l\u2019image de tous les fonctionnariats, sont vite coupés de la vie de la base.Comment des personnes à qui on a dit que l\u2019Église leur appartenait, qu\u2019ils en étaient les gardiens et les experts, pourront-elles se transformer en animateurs rassembleurs?C\u2019est là un défi de tail- le, impossible à relever sans une distinction des rôles, une redéfinition des tâches et une foi inébranlable dans l\u2019action de l\u2019Esprit.On risque aussi de ne pas dépasser les voeux pieux, par crainte du pouvoir romain, qui actuellement régresse en deçà de Vatican II et s\u2019efforce de centraliser davantage.Autant d\u2019embûches à la réalisation des résolutions votées en assemblée synodale.D.B.: Éducatrice dans l\u2019âme, vous aviez de fortes attentes en matière d\u2019éducation de la foi.Quelle lecture faites-vous aujourd\u2019hui ?H.C.: Je dois nuancer ma réponse et vous avouer que je me retrouve, perplexe, devant un paradoxe.On a beaucoup parlé d\u2019éducation de la foi sous toutes ses formes.C\u2019est même le thème qui a recueilli le plus grand nombre d\u2019interventions dans les consultations.Ce Hélène Chénier À 67 ans, Hélène Chénier a la «retraite» bien active! Sa carrière dans l\u2019éducation l\u2019a conduite de l\u2019enseignement primaire et secondaire à la direction de plusieurs écoles polyvalentes, en passant par un engagement syndical.De 1967 à 1970, on la trouve secrétaire générale de l\u2019Alliance des professeurs de Montréal et active dans plusieurs comités de la CEO.De 1980 à 1984, elle participe au Conseil supérieur de l\u2019éducation.Éducatrice dans l\u2019âme, convaincue de l\u2019importance de l\u2019éducation pour notre société, Hélène Chénier est aussi une croyante qui s\u2019est impliquée, à de nombreuses reprises, en faveur de la participation active, autonome et responsable des laïcs dans l\u2019Église.Vice-présidente de la Commission d\u2019étude sur les laïcs et l\u2019Église (1968-1970), présidée par Fernand Dumont et mise sur pied suite à ce que l\u2019on a appelé la «crise de l\u2019Action catholique», Hélène Chénier fut aux premières loges pour faire le point sur l\u2019Église au Québec et tenter d\u2019influer sur son avenir.Le « Rapport Dumont» s\u2019intitulait d\u2019ailleurs: L\u2019Église du Québec: un héritage, un projet.Suite à sa retraite de l\u2019enseignement, elle siégea à la Commission des affaires sociales de l\u2019Assemblée des évêques du Québec (AEQ) pendant quatre ans, où elle coordonna, entre autres, un important comité de travail sur «la violence faite aux femmes», qui devait déboucher sur un dossier intitulé Violence en héritage?Depuis 1995, elle collabore à un comité mis sur pied par l\u2019AEQ pour étudier cette fois «la violence faite aux femmes à l\u2019intérieur de l\u2019Église».À titre personnel, Hélène Chénier est engagée depuis plusieurs années au Réseau oecuménique des femmes du Québec (ROFA/VEN) et au Réseau culture et foi.Ce long engagement en faveur de la place des laïcs, et particulièrement des femmes, en Église l\u2019a conduite à s\u2019intéresser au Synode de Montréal.D\u2019abord pour y présenter un mémoire avec le ROFA/VEN, puis, à la demande du Secrétariat du Synode, pour travailler à la synthèse des données sur les questions touchant les femmes.Et c\u2019est au titre d\u2019invitée de l\u2019archevêque qu\u2019elle participa à l\u2019Assemblée plénière du Synode.D.B.74 relations avril 1999 Hélène Chénier a participé au Synode au titre d\u2019invitée de l'archevêque.SfpP! fut aussi une source de satisfaction lors des ateliers préparatoires qui ont regroupé, en octobre, les délégués à l\u2019Assemblée synodale: «nous avons appris de nos échanges»; «des occasions de débat de ce genre devraient se reproduire dans nos milieux d\u2019appartenance»; «nous regrettons de n\u2019avoir que peu d\u2019occasions de nous infor- Je demeure très perplexe devant l\u2019ambivalence des tendances exprimées et le non-choix entre deux modèles possibles d\u2019évangélisation.mer et de nous confronter dans nos assemblées».L\u2019Assemblée plénière a voté des propositions pour instaurer une variété de rassemblements plus respectueux des besoins et du cheminement des participants; une révision de la politique sacramentelle de l\u2019initiation chrétienne; l\u2019organisation de la diffusion et de la compréhension du message biblique.Les unités pastorales devront se préparer à assumer l\u2019enseignement catéchétique qui relève de leur responsabilité.Une révision des approches pédagogiques s\u2019avère nécessaire pour mieux souligner la pertinence du message évangélique pour les jeunes.Le dialogue interreligieux et la reconnaissance de la valeur des autres religions ont fortement été encouragés.Voilà quelques orientations prises, qui dénotent toutefois une inquiétude et la conviction qu\u2019il est urgent de transformer la façon dont l\u2019Église annonce Jésus Christ et proclame son Évangile.Je demeure très perplexe devant l\u2019ambivalence des tendances exprimées par l\u2019Assemblée synodale et le non-choix entre deux modèles possibles d\u2019évangélisation.Le modèle descendant traditionnel, préconisé par tous ceux et celles qui craignent les déviations et les questions sans réponse, pense l\u2019évangélisation comme un rappel de la doctrine, de la morale, du dogme, de la loi, des rites prescrits.Le modèle ascendant est préconisé par ceux et celles qui sont conscients que l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui vit dans un contexte de mission, qui croient que l\u2019Esprit est déjà à l\u2019oeuvre partout dans la vie profane, dans le monde sécularisé, hors des frontières généralement tracées autour de l\u2019Église officielle.Il part du terrain réel, de la condition humaine de celui ou celle qui appelle le salut, l\u2019accomplissement, la joie, cherche une transcendance, chemine avec patience dans ses hésitations, et trouve une paix malgré des questions restées sans réponse.D.B.: À votre avis, pourquoi le Synode n\u2019a-t-il pas tranché clairement entre ces deux modèles ?H.C.: D\u2019abord parce que l\u2019enjeu ne ressortait pas avec suffisamment d\u2019évidence et d\u2019éloquence.Aucune proposition soumise à la discussion n\u2019identifiait vraiment la double conception de l\u2019évangélisation que cachaient les requêtes de toutes sortes et l\u2019inconfort ressenti.Les options cachées sont peut-être aussi demeurées confuses par crainte de créer des antagonismes.Le diagnostic, pourtant nécessaire, a été rapidement camouflé sous des dehors bénins, et l\u2019on a proposé des remèdes analgésiques ou des recettes qui, je le crains, ne modifieront pas ou bien peu l\u2019approche de l\u2019Église.Pourtant, ne faut-il pas identifier la cible avant de corriger le tir?On peut se demander, au terme du Synode, ce que l\u2019on cherche au juste quand on se propose d\u2019évangéliser comme le souhaitent toutes les bonnes volontés.Proposer l\u2019Évangile au monde du XXIe siècle et rapprocher nos contemporains de Jésus Christ?Ou soumettre les volontés aux moeurs qu\u2019impose le catholicisme actuel et demander l\u2019accord de l\u2019intelligence à l\u2019explication présente des mystères de Dieu et de la vie?Je regrette beaucoup qu\u2019on ait raté l\u2019occasion de marquer une nette prédilection pour l\u2019évangélisation ascendante, en cohérence avec la foi en l\u2019incarnation et en l\u2019Esprit, et en fidélité avec ce que l\u2019être humain vit comme grandeurs et faiblesses, souffrances et aspirations.D.B.: Le Synode a-t-il été plus clair en matière d\u2019engagement social?relations avril 1999 75 Photo: Van Dyck Studios Ltd. dossier H.C.: J\u2019applaudis aux orientations courageuses adoptées par l\u2019Assemblée synodale sur le sujet.Contrairement à l\u2019éducation de la foi, où ce qui faisait problème et demandait clarification est resté dans l\u2019ombre, le problème central ici a été soulevé dans les débats et tranché par des votes.L\u2019Assemblée synodale s\u2019est clairement prononcée en faveur d\u2019un véritable engagement social des communautés chrétiennes et de ses responsables, qui dépasse l\u2019appui aux oeuvres caritatives soulageant la misère et la pauvreté sous toutes ses formes, pour inviter à l\u2019analyse et à la dénonciation des causes de cette pauvreté et à l\u2019engagement dans la transformation sociale.Toutefois, je me demande encore si l\u2019Église réussira à appliquer à son fonctionnement et à sa propre structure ce qu\u2019elle demande aux pouvoirs civils?Un geste concret s\u2019impose sans délais sur le terrain: il en va de la crédibilité de l\u2019Église et de ses chances d\u2019être écoutée quand elle s\u2019adresse au pouvoir civil.D.B.: Les jeunes ont-ils bénéficié de la qualité d\u2019attention que beaucoup souhaitaient?H.C.: Ici encore, il me faut distinguer entre deux approches.Tous se préoccupent des jeunes, mais on le fait souvent avec des intentions bien différentes, me semble-t-il.Sans caricaturer à outrance, disons que plusieurs veulent se rapprocher des jeunes et les rejoindre pour les amener et les garder aux célébrations; leur transmettre les vérités du dogme, du Magistère et du catéchisme catholiques, et les ramener à la pratique de cette doctrine; les former comme zélés propagandistes; préparer la relève presbytérale et s\u2019assurer d\u2019agents de pastorale orthodoxes.Par contre, d\u2019autres personnes et groupes se préoccupent des jeunes pour découvrir leur culture, décoder leurs discours et tenter de patiner sur la même patinoire qu\u2019eux; pour accompagner ces jeunes dans leur recherche et leurs tâtonnements, en respectant cheminements et lenteurs; pour échanger avec eux, dans un respect réciproque, expériences et découvertes; pour s\u2019émerveiller devant l\u2019inattendu de l\u2019action secrète et discrète du Souffle de Dieu en eux.Espérons que l\u2019urgence d\u2019engager un véritable dialogue avec les jeunes et la redéfinition des orientations de la pastorale-jeunesse, recommandations adoptées en assemblée plénière, s\u2019inspiraient de la seconde compréhension.Le souci de la jeunesse était présent au Synode.J\u2019ose croire que c\u2019était pour les motifs susceptibles de toucher les jeunes.D.B.: Oseriez-vous faire un bilan, même provisoire, en regard des préoc- cupations que vous avez énoncées au début?H.C.: Je crois que l\u2019expérience synodale a marqué des progrès appréciables en ce qui concerne la prise de parole des chrétiens, l\u2019orientation de l\u2019engagement social des communautés et des responsables de l\u2019Église, la requête d\u2019une influence accrue et plus significative des femmes dans la responsabilité de l\u2019institution, du désir d\u2019élargir la participation des communautés chrétiennes aux orientations, aux priorités et aux objectifs de l\u2019Église.Par contre, l\u2019expérience synodale a aussi connu des silences révélateurs d\u2019ambiguïtés et d\u2019hésitations sur des enjeux trop peu précis pour être tranchés, en regard du type d\u2019évangélisation à privilégier dans l\u2019éducation de la foi, des motifs qui poussent à s\u2019intéresser aux jeunes, à part le motif passe-partout: ils sont la clientèle de demain et l\u2019avenir de l\u2019Église.Je me retrouve donc globalement satisfaite et déçue; mais plus satisfaite que déçue, en raison de mon espérance têtue et de ma conviction intérieure.Car je suis convaincue que cette expérience d\u2019envergure et audacieuse, où tous les sujets pouvaient être abordés, a donné à plusieurs le goût de poursuivre et le dynamisme pour s\u2019engager à lui donner des suites concrètes.D.B.: Vous parlez des suites concrètes à donner au Synode.Comment les voyez-vous ?H.C.: J\u2019espère des résultats concrets.Mais je crains l\u2019inertie d\u2019une institution portée à se scléroser dans le statu quo.Rappelons-nous l\u2019absence de suite donnée à la Commission Dumont dans les années 70 et les efforts présentement déployés par le fonctionnariat romain pour revenir au statu quo d\u2019avant Vatican II.Sans parler de la tendance traditionnelle de notre Église à Montréal.L\u2019Assemblée synodale a marqué son inquiétude quant aux lendemains, et elle a recommandé la formation d\u2019une Assemblée diocésaine pour assurer le suivi du Synode, pour écouter et consulter le peuple de Dieu en permanence (C 14).Comme un très grand nombre de participants au Synode, je ne suis pas sûre que les responsables ecclésiastiques et laïcs acceptent d\u2019être périodiquement dérangés dans leur confortable quiétude.Le Cardinal se serait déclaré d\u2019accord avec un mode de consultation permanente.Saura-t-il résister aux vents contraires?¦ Le Cardinal a du pain sur la planche: donner suite à cette Assemblée riche d'apprentissages.76 relations avril 1999 QUATRE REGARDS SUR UNE ENCYCLIQUE par André Naud1 Théologien averti, André Naud se reconnaît aussi simple croyant.* ¦] _ ., Attirante, coiffée d\u2019un titre magnifique et prometteur (Foi et raison), la dernière encyclique de Jean-Paul II, est énigmatique à plus d\u2019un titre.Qui concerne-t-elle, en effet?Les évêques à qui elle est adressée?Les philosophes dont elle parle beaucoup ?Les théologiens, qui ne sont jamais oubliés ?Les croyants, tout simplement, chez qui foi et raison dialoguent et s\u2019affrontent depuis toujours, et plus que jamais aujourd\u2019hui?Que propose l\u2019encyclique?De la théologie?De la philosophie qu\u2019on pourrait dire chrétienne?Une manière contemporaine de concevoir, pour le commun des mortels, la rencontre de la foi et de la raison?La réponse à ces questions est loin d\u2019être facile.Aussi ai-je d\u2019abord envisagé d\u2019écrire un article qui aurait eu pour objet de 1.L\u2019auteur est théologien.souligner le caractère énigmatique de ce document et de montrer que la clé de l\u2019énigme se trouverait peut-être dans la personnalité de son auteur.J\u2019ai renoncé à cette piste pleine d\u2019écueils pour en choisir une autre, que je suivrai ici.On peut lire cette encyclique en tant que philosophe, on peut le faire en tant que théologien, on peut le faire en tant qu\u2019évêque, on peut le faire également en tant que simple croyant, ce croyant qui se dirait sans embarras «Monsieur ou Mada- me Tout-le-Monde».J\u2019essayerai de me glisser successivement dans la peau de chacun de ces divers éventuels lecteurs.Cela fera quatre regards sur cette encyclique énigmatique.Énigmatique, c\u2019est-à-dire fascinante, livrant certainement des choses, mais demeurant difficile à interpréter.Regard des évêques On comprendra facilement que j\u2019éprouve une particulière difficulté à me glisser dans la peau des évêques, puisque je n\u2019ai rien de ce qui fait leur chair.J\u2019aborde pourtant cette première catégorie de personnes pour une raison très simple: Foi et raison leur est adressée et à eux seuls.Compte tenu du titre et plus encore du contenu de relations avril 1999 77 dossier dossier l\u2019encyclique, on pourra estimer que c\u2019est d\u2019ailleurs là un singulier paradoxe.Comment les évêques recevront-ils cette encyclique et qu\u2019en feront-ils?Difficile de le dire.Chacun sait que, ces années-ci, les évêques reçoivent de Rome d\u2019innombrables documents, parfois forts longs.J\u2019ose imaginer que l\u2019un ou l\u2019autre d\u2019entre eux s\u2019exclamera, débordé: encore une autre! Je pense aussi que plusieurs évêques seront fascinés, tout comme je l\u2019ai été, par la pertinence du questionnement, par la qualité et la précision de l\u2019écriture, par la sérénité du ton, par l\u2019intérêt évident que présente non seulement le sujet mais aussi le traitement qui en est fait.Mais de dire «les évêques» institue une catégorie de personnes assez large.L\u2019un ou l\u2019autre d\u2019entre eux, y compris chez nous, est de formation philosophique.Celui-là aura peut-être des réactions semblables à celles que j\u2019essayerai d\u2019évoquer plus loin.D\u2019autres sont de formation plus spécialement théologique: que penseront-ils en tant qu\u2019évêques-théologiens ayant bien droit à leur avis?D\u2019autres s\u2019estimeront pasteurs, tout simplement, un peu comme le faisait Jean XXIII : quel usage pourront-ils faire ou voudront-ils faire d\u2019une encyclique comme celle-là?Enfin, les évêques sont aussi des croyants comme les autres, oserai-je dire.Cette lettre les intéressera-t-elle à ce titre de croyants, qu\u2019ils accepteraient d\u2019être à titre de croyants?Que veut Jean-Paul II en adressant cette lettre à ses frères évêques?Veut-il les enseigner à la manière des «Instructions» qui leur viennent régulièrement de la Congrégation pour la Doctrine de la foi?Veut-il les conforter?Veut-il marquer auprès d\u2019eux certains points concernant des questions et des orientations dont l\u2019une ou l\u2019autre sera abordée plus loin?Peut-être.Mais ce qui frappe, cette fois, c\u2019est qu\u2019on ne trouve pas ici, à l\u2019adresse des évêques, des directives et des orientations claires et fermes comme c\u2019était le cas dans la lettre encyclique Veritatis Splendor (La splendeur de la vérité), en 1993.Le pape veut-il simplement inscrire sur ce considérable sujet une réflexion, la sienne, en vue d\u2019ouvrir un dialogue avec celle des autres évêques?Regard des philosophes Cette lettre n\u2019est pas directement adressée aux philosophes, même si elle parle de philosophie à peu près tout le temps.Cependant tout philosophe, me semble-t-il, ne peut qu\u2019être frappé et même étonné qu\u2019un pape s\u2019intéresse à ce point à la philosophie, aussi bien pour ce qui est de sa condition présente et de sa vocation propre que pour son rapport à la foi et plus particulièrement à la théologie.Dans la revue Esprit, Jean-Claude Eslin intitule ses remarques: «Un pape qui fait confiance à la philosophie».Certes, selon qu\u2019il est croyant ou non, le philosophe portera un regard fort différent sur cette encyclique.Mais, croyant ou pas, tout philosophe pourra se sentir interpellé par l\u2019accent mis sur la métaphysique et la philosophie de l\u2019être, si facilement et certainement trop facilement délaissées aujourd\u2019hui.Il pourra être intrigué par l\u2019incitation faite à tenir compte de la notion de temps, sans laquelle le monde, qui est histoire, serait inintelligible: remarque qui pourrait conduire loin, on en conviendra.Autre aspect qui ne devrait pas.tomber dans l\u2019oreille de sourds: le pape insiste à maints endroits et de diverses manières sur la confiance qu\u2019on doit faire à la capacité qu\u2019a l\u2019intelligence de parvenir à une suffisante saisie de la vérité, sans qu\u2019elle puisse prétendre jamais épuiser le mystère, ni du tout, ni de l\u2019origine, ni de la fin.Le philosophe sera, par-dessus tout, interpellé par l\u2019appel pressant à se préoccuper de la quête de sens, si nécessaire à l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui, plus que jamais menacé par une perplexité abyssale.Jean-Paul Il met l\u2019homme et sa quête de sens au centre de toute démarche philosophique digne de ce nom.Le mot «philosophie» parle de sagesse, insiste le pape.Aussi pourrait-on lire ce message comme un véritable programme philosophique pour aujourd\u2019hui.Cet appel du pape manifeste une sensibilité peu commune non seulement à l\u2019état de notre monde mais plus encore à l\u2019état présent de la philosophie et à son particulier désarroi.Il est permis de penser que cet appel à se préoccuper du sens et de l\u2019humain est peut-être le principal message que cette encyclique adresse à l\u2019ensemble des philosophes.Sera-t-il entendu?On voudrait l\u2019espérer, mais les conditions à réunir pour qu\u2019il le soit ne sont pas données, ni d\u2019avance, ni d\u2019emblée.Entendu ou pas, il est l\u2019un des messages les plus originaux, les plus L\u2019encyclique Foi et raison L\u2019encyclique de Jean-Paul II, Foi et raison, publiée le 15 octobre 1998, à la veille du XXe anniversaire de son élection, est un texte dense qui rappelle que «la foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l\u2019esprit humain de s\u2019élever vers la contemplation de la vérité».Elle est divisée en sept chapitres précédés d\u2019une introduction dans laquelle le pape précise le but du texte.Il souligne que la quête de sens étant pressante au coeur de l\u2019homme, il convient de ne pas occulter la recherche de la vérité et de prendre plus clairement conscience «des grandes ressources qui ont été accordées à l\u2019humanité ».Dieu a confié la vérité à l\u2019homme.Celle-ci se révèle dans le Christ.C\u2019est dans la foi que la liberté, la volonté et l\u2019intelligence humaines expriment leur adhésion à cette vérité.La foi, donc, ne supprime pas la raison, elle la requiert.Pour Jean-Paul II, «connaître à fond le monde et les événements de l\u2019histoire n\u2019est pas possible sans professer en même temps la foi en Dieu».Il n\u2019y a donc pas de compétitivité entre la raison et la foi, l\u2019une s\u2019intégre à l\u2019autre.La foi éclaire la raison, elle l\u2019aide à comprendre.La vérité est une quête incessante.Pour croire, l\u2019être humain a besoin de comprendre l\u2019ordre des choses et son apparent désordre.La quête de la raison est ainsi liée à un acte de confiance.La foi et la raison ont eu des rencontres fructueuses dans l\u2019histoire comme en témoigne la synthèse de Thomas d\u2019Aquin, mais aussi des rencontres conflictuelles.Il est nécessaire de repenser ce rapport car «la raison, privée de l\u2019apport de la Révélation, a pris des sentiers latéraux qui risquent de lui faire perdre de vue le but final.La foi, privée de la raison, a mis l\u2019accent sur le sentiment et l\u2019expérience, en courant le risque de ne plus être une proposition universelle.» La philosophie est appelée à remédier à la crise du sens en retrouvant sa dimension spirituelle.Elle peut être un appui efficace pour l\u2019éthique dont l\u2019humanité a besoin aujourd\u2019hui.La pensée contemporaine requiert aussi l\u2019engagement compétent de philosophes croyants.Relations 78 relations avril 1999 Jean-Paul II met l'homme et sa quête de sens au centre de la démarche philosophique et le Christ au centre de tout.mg'm VT» a \u2022 inattendus et les plus opportuns de cette encyclique.Bien sûr, dans la mesure où cette lettre du pape s\u2019adresse aux philosophes, elle intéressera au premier chef les philosophes chrétiens.Ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019un pape s\u2019intéresse à ces derniers.Léon XIII notamment l\u2019avait fait, au siècle dernier.Plus près de nous, Vatican II n\u2019a pas esquivé totalement le sujet non plus.On aura remarqué que Jean-Paul II reconnaît l\u2019autonomie de la démarche philosophique, mais on retiendra aussi qu\u2019il ne néglige pas d\u2019affirmer, de manière heureusement très générale, le droit du Magistère à évaluer et à juger les enseignements des philosophes.Ce n\u2019est certes pas ce principe général qui fera difficulté pour la plupart des philosophes croyants.Ils s\u2019inquiéteront cependant des interprétations et applications qu\u2019on en voudra faire ou 2.M.Heidegger, Introduction à la métaphysique, traduit de l\u2019allemand et présenté par G.Khan, Gallimard, 1967, p.20.qu\u2019on aura tendance à faire.On est bien obligé de le redire ici, à la suite de tant d\u2019autres: sous le pontificat de Jean-Paul II, la sphère du domaine magistériel s\u2019est fort élargie et l\u2019autorité que le pape veut y exercer s\u2019est dangereusement alourdie.La situation du philosophe croyant est tout à fait particulière.C\u2019est chez lui surtout que le rapport entre foi et raison ne peut s\u2019articuler que de façon subtile.Au cours de ce siècle, un grand débat a porté sur ce sujet.Des lumières plutôt parcimonieuses ont été jetées, ici ou là, mais force est de constater que la question de fond de ce débat n\u2019est pas résolue.On connaît la position de Martin Heidegger.Elle est exemplaire et tient en trois propositions.La première se trouve dans les premiers mots de son Introduction à la métaphysique: «Pourquoi donc y a-t-il de l\u2019étant et non pas plutôt rien?» Car telle est, selon lui, la question fondamentale de la métaphysique et, par là, de la philosophie.La seconde proposition pourrait se résumer, elle aussi, en fort peu de mots.Le philosophe doit s\u2019attaquer à la question précitée, mais il n\u2019est vraiment philosophe que s\u2019il le fait sans préjugés, sans données a priori, sans solutions reçues à partir d\u2019autres voies.Car «la philosophie réside dans cette folie», écrit Heidegger, celle de ne chercher qu\u2019avec sa raison.La troisième proposition est une inéluctable conclusion qui tombe comme un couperet: «Une philosophie chrétienne est un cercle carré et un malentendu2».On ne pourrait poser d\u2019une façon plus incisive la question des rapports entre foi et raison telle qu\u2019elle se présente au coeur d\u2019une vie de philosophe.Tout lecteur de Foi et raison constatera que Jean-Paul II ne se hisse pas à ce niveau d\u2019interrogation et de questionnement.Faut-il le regretter?Peut-être.Mais faut-il attendre d\u2019un pape réponse à toutes les questions, fussent-elles essentielles?Une petite remarque pour fermer ce regard.Certes, on pourrait dire avec raison que Jean-Paul II aura été, plus que tout autre pape, un pape-philosophe.Mais son encyclique, d\u2019ailleurs adressée aux évêques relations avril 1999 79 Photo: Eric Draper/CANAPRESSE dossier est plus l\u2019oeuvre d\u2019un pape que d\u2019un philosophe.C\u2019est que le souci de la foi y subordonne celui de la raison.Regard des théologiens Le présent pontificat se sera beaucoup préoccupé des théologiens, en paroles et en gestes.Pour ne parler que des paroles, on songe spontanément à l\u2019Instruction sur la vocation des théologiens (1990) et à l\u2019encyclique Veritatis Splendor.La lettre encyclique, Foi et raison, adressée aux évêques, pourra être lue par les théologiens comme les concernant tout spécialement.Pour eux, en effet, les enseignements ne manquent pas, au point qu\u2019il est absolument impossible de les énumérer tous ici.Le pape invite à mettre le Christ au centre de tout, rejoignant par là l\u2019enseignement de sa première encyclique.En conséquence, le temps et l\u2019histoire doivent trouver toute leur place dans la synthèse théologique; de même, la kénose de Dieu3.Certes, ce dernier mot est considérable et le pape se contente de le laisser indéterminé.On remarque, bien sûr, que le pape établit un lien avec la croix.Elle doit recevoir une place centrale, comme y invitait saint Paul.Mais le pape accepterait-il qu\u2019on étende l\u2019idée de kénose à l\u2019acte même de création, comme y invitait une Simone Weil?Ce n\u2019est ni sûr ni exclu, heureusement.Ne suffit-il pas que le mot soit là, dans cette encyclique, comme une semence aux avenirs imprévisibles?Bien sûr, le théologien sera étonné que soit absente, dans une encyclique sur foi et raison, la question relative à la manière chrétienne d\u2019aborder les problèmes moraux.Cette question est, dans l\u2019Église, source de graves tensions.Et ces tensions sont au coeur de la vie de la plupart des croyants, sans oublier d\u2019inclure ici les philosophes, les théologiens et certainement nombre de pasteurs.Sans doute dira-t-on que cette difficile question faisait l\u2019objet de l\u2019encyclique Veritatis Splendor.Mais, justement, y a-t-elle été abordée de manière à trouver, concernant la manière d\u2019aborder les problèmes moraux, l\u2019équilibre nécessaire entre foi et raison?La question dite de l\u2019autorité du Magistère en matière de loi naturelle, y a-t-elle été correctement et suffisamment abordée4?Comme tant d\u2019autres, le théologien se posera des questions sur le rapport du pape, de ce pape à la certitude.Le rapport à la certitude est certainement l\u2019une des grandes questions de ce temps et c\u2019est aussi l\u2019une des grandes questions posées par les orientations et par plusieurs documents du présent pontificat.Il est difficile de ne pas remarquer que, face au relativisme et au scepticisme très caractéristiques de notre époque, Jean-Paul II invite à une salutaire réaction.Le message doit être reçu et accueilli.Mais faut-il se contenter de dire que nous ne pouvons épuiser le mystère de Dieu?Y a-t-il assez place, dans cette encyclique, pour la reconnaissance des nombreuses incertitudes qui font aussi partie de la vie de l\u2019Église et de son magistère, sans parler des avatars qui jalonnent l\u2019histoire de l\u2019une et les enseiqnements de l\u2019autre?Par-dessus tout cependant, il est difficile de lire l\u2019encyclique Foi et raison sans être frappé par une sorte de message principal: «Théologiens, ne négligez pas la philosophie».Et le pape insiste: depuis les débuts, le sort de la foi chrétienne et celui de la philosophie sont étroitement liés.Attention! semble donc dire le pape, restaurez à la philosophie toute sa place dans l\u2019élaboration de la pensée théologique.Et l\u2019encyclique de proposer, pour souligner ce point, un certain nombre de raisons qu\u2019on ne saurait sous-estimer, encore moins balayer du revers de la main.Bien plus, pour faire pleine mesure, le pape reprendra la formule dont la fortune fut grande: «philosophia ancilla theologiae» (la philosophie servante de la théologie).Cette insistance sur le rôle de la philosophie en théologie fera réfléchir.Avec raison.Mais des questions ne s\u2019en posent pas moins.Est-il sûr que la philosophie, dans son état actuel et dans un avenir prévisible, puisse et doive être dite «ancilla theologiae»?La philosophie n\u2019est-elle pas aujourd\u2019hui éclatée de multiples manières, comme le constate avec regret le pape lui-même?La philosophie est-elle encore la reine des savoirs?Les théologiens d\u2019aujourd\u2019hui ne sont-ils pas interpellés par de tout autres sources?Congar, pour sa part, n\u2019aurait-il pas dit plutôt « historia ancilla theologiae » ?De Lubac n\u2019aurait-il pas évoqué davantage les secours qui doivent venir de la longue tradition proprement chrétienne?En sus d\u2019insister sur l\u2019apport du dialogue oecuménique, un autre n\u2019insisterait-il pas, de préférence, sur l\u2019importance du dialogue avec les religions non chrétiennes, à cause des questions qu\u2019elles posent à la foi chrétienne, à cause des lumières qu\u2019elles peuvent lui apporter?Drewermann, dont je sais bien qu\u2019il n\u2019est pas aimé partout, n\u2019invite-t- il pas la théologie à chercher surtout du côté de la psychologie des profondeurs?Et Karl Rahner de son côté, dont la formation philosophique était pourtant si sérieuse, ne préconisait-il pas que la philosophie soit reléguée à la fin des études théologiques et, par-dessus le marché, seulement pour quelques étudiants particulièrement doués pour cette sorte de savoir?Enfin, ne faut-il pas évoquer ici les vues assez troublantes d\u2019un Martin Heidegger?Comme l\u2019on sait, ce dernier estimait que la philosophie était dénuée de toute signification pour la théologie et il osait dire que les théologiens font en général trop peu confiance à leur propre terrain et se battent trop avec la philosophie5 6 7.Regard des simples croyants Dans les perspectives adoptées dans ce petit essai, j\u2019appelle ici «simples croyants» ceux qui ne sont ni évêques, ni philosophes, ni théologiens.Cela fait beaucoup de monde! Les personnes que j\u2019ai en tête ne sont ni des ignorants, ni des incultes, ni des êtres dénués de sagesse, ni de pauvres incapables d\u2019un dialogue corsé entre foi et raison.Au contraire, ils sont souvent d\u2019une culture scientifique ou encore d\u2019une sensibilité esthétique ou simplement humaine tout à fait remarquables, auxquelles - oserai-je dire - même des évêques, des théologiens et des philosophes n\u2019ont parfois pas accès.Les concernant, la question que je me pose est la suivante: le pape, dont je n\u2019ou- 3.\tSelon la théologie de la «kénose», Dieu s\u2019abaisse et, en quelque sorte, se vide de lui-même.Cf.Ph 2,6-11.4.\tJe ne puis résister à la tentation de suggérer ici la lecture de l\u2019important ouvrage que publiait, en 1997, le théologien australien Frank Mobbs: Beyond Its Authority?The Magisterium and Matters of Natural Law, EJ Dwyer, Alexandria, Australia, 341 p.5.\tHeidegger et la question de Dieu, recueil préparé sous la direction de R.Kearney et J.S.O\u2019Leary, Paris, Grasset,1980, p.335-336.6.\tMarcel Gauchet, La religion dans la démocratie.Parcours de la laïcité, Paris, Gallimard, 1998.7.\tPierre de Locht, La foi décantée, Paris, DDB, 1998.80 relations avril 1999 blie pas qu\u2019il s\u2019adresse aux évêques, pense-t-il dans cette lettre aux simples croyants, à Monsieur et Madame Tout-le-Monde?S\u2019il y pense, a-t-il pour eux des paroles appropriées et utiles, même à supposer qu\u2019elles demeurent plutôt générales, ce qui est toujours un peu forcément le cas des paroles de pape?C\u2019est là, on en conviendra, une grande question.Abordons-la.Ce qui frappe un peu tout le monde aujourd\u2019hui est la variété désormais inévitable des parcours intellectuels et des démarches de l\u2019esprit.On comprend de plus en plus qu\u2019il y a quelque chose d\u2019irréductible dans le chemin qui conduit chacun à croire, tout comme il y a quelque chose d\u2019irréductible dans la manière dont chacun est conduit à aménager les contenus de son croire.Certes, on pourrait dire qu\u2019il en a toujours été ainsi.Mais il est difficile de contester l\u2019immense variété des savoirs, des métiers, des vocations, des informations, des cheminements de l\u2019expérience humaine, des accidents de parcours.Cette immense variété fait que nous sommes aujourd\u2019hui placés devant un phénomène qui revêt une ampleur autrefois non envisagée ni même imaginable.Bien plus, une nouvelle manière de se percevoir, un nouveau Je est apparu.Dans le contexte de son dernier livre La religion dans la démocratie6, Marcel Gauchet l\u2019évoque en parlant d\u2019une « révolution du croire » ou encore d\u2019un «renversement copernicien de la conscience religieuse».Dans La foi décantée7, Pierre de Locht décrit également, et avec finesse, ce nouveau Je, en On comprend de plus en plus qu\u2019il y a quelque chose d\u2019irréductible dans le chemin qui conduit chacun à croire, tout comme dans la manière dont chacun est conduit à aménager les contenus de son croire.insistant sur le fait que la foi devient de plus en plus personnalisée.Impossible d\u2019énumérer ici toutes les caractéristiques de ce Je.Il me suffit de l\u2019évoquer.Ce Je est conscient plus que jamais de la variété des formes de la foi religieuse dans le monde, variété qu\u2019il vérifie autour de lui et jusqu\u2019à l\u2019intérieur de sa propre Égli- se, pour ne pas dire à l\u2019intérieur de l\u2019histoire de sa propre vie.Il est conscient de la possibilité et presque de la légitimité de l\u2019athéisme.Il est conscient des erreurs, passées et présentes, de l\u2019Église et de l\u2019hypocrisie un peu forte qui consiste à ne pas les reconnaître franchement.Il est conscient des limites intellectuelles de chacun, y compris des pasteurs, sans parler évidemment de celles des théologiens.Il est conscient des débats et des tensions qui agitent l\u2019Église, des polarisations qui la divisent.Il est conscient des limites de tous ceux et celles qui parlent de Dieu, de Jésus et il redoute ceux qui prétendent trop facilement parler en leur nom.Il est conscient d\u2019avoir, dans le passé, été floué par diverses voix qui s\u2019imposaient avec autorité et il entretient grande crainte devant l\u2019éventualité de l\u2019être éventuellement encore dans le présent.Il veut peser.Il veut soupeser.Il réclame les raisons.Il déteste la soumission aveugle et se mépriserait lui-même s\u2019il acceptait la parole de quelqu\u2019un qui prétendrait parler au nom de Dieu sans s\u2019imposer le con- trôle, vérifiable, d\u2019une large et sérieuse con- Q, sultation.Ce Je est questionneur.Il ne O redoute pas le doute, sans pourtant faire de celui-ci une règle de vie.Il tient absolument à détenir la clef de la dernière décision de sa conscience, qu\u2019il veut évidemment bien informée, du moins dans les meilleurs cas.Ce Je se sait et se veut responsable.Il sait qu\u2019il est un Je pour Dieu et veut absolument se tenir comme un Je devant Lui.Ce nouveau Je, évoqué ici à grands traits, est, le plus souvent, le Je du simple croyant, soit dit sans oublier qu\u2019il est aussi fréquemment celui des évêques, des philosophes et des théologiens.C\u2019est dans un Je de cette sorte que s\u2019établit le plus souvent aujourd\u2019hui le dialogue de la foi et de la raison.Aussi l\u2019émergence de ce Je constitue-t-il un défi inédit pour la réflexion chrétienne et la pastorale de l\u2019Église, quand l\u2019une et l\u2019autre se préoccupent du fait de croire.La dernière encyclique de Jean-Paul Il a-t-elle quelque chose à dire concernant ce Je et les défis qu\u2019il pose?Peut-être.Mais ce n\u2019est pas moi qui pourrait le montrer aujourd\u2019hui.¦ relations avril 1999 81 Photo: Normand Blouin/STOCK La Direction des coopératives du ministère de l\u2019Industrie et de la Technologie vient de produire une nouvelle étude sur les taux de survie des coopératives.Il s\u2019est créé 3795 coopératives, de 1960 à 1995.45% d\u2019entre elles, constituées depuis 1960, étaient toujours existantes en 1997.Les chiffres démontrent que le taux de survie des coopératives, en excluant l\u2019habitation, est près du double de ce qui est observé pour les entreprises traditionnelles.Ainsi ce taux se situe à 80%, après cinq ans d\u2019existence, et à 70%, après dix ans.Dans un rapport rendu public à l\u2019automne 1998, le Conseil national du bien-être social s\u2019en prend au programme fédéral de prestation fiscale pour enfants.L\u2019augmentation de cette prestation, entrée en vigueur en juillet 1998, ne profite pas vraiment aux familles les plus pauvres, notamment celles qui vivent de l\u2019aide sociale.En fait, ces familles reçoivent un chèque d\u2019un montant plus élevé, mais Ottawa encourage les provinces à réduire les prestations d\u2019aide sociale d\u2019un montant équivalent à la hausse accordée et d\u2019utiliser les économies ainsi réalisées pour créer des programmes d\u2019aide aux travailleurs pauvres qui ont des enfants.Le Conseil demande qu\u2019on abandonne la politique actuelle de récupération et de ré-investissement.Le 23 décembre 1998, le Tribunal administratif du Québec-Section des affaires sociales a rendu un jugement qui déclare illégale la pratique du régime d\u2019assurance maladie du Québec de refuser l\u2019accès à la carte soleil aux enfants canadiens de parents en attente de statut ou sans statut.La Table de concertation des organismes de Montréal au service de réfugiés a gagné la bataille: les enfants de ces familles pourront désormais obtenir la carte d\u2019assurance-maladie.Un peu partout dans le pays, l\u2019utilisation faite par le gouvernement fédéral des surplus de la caisse de l\u2019assu-rance-emploi a suscité des remous.Sur l\u2019initiative du réseau justice et foi, des habitants du quartier Ahuntsic de Montréal ont déposé une pétition d\u2019environ 1000 signatures au bureau de la députée fédérale, Madame Eleni Bakopsanos, à Ottawa.L\u2019objet de la pétition était de protester contre une mauvaise utilisation de l\u2019argent des travailleurs.Trois membres du bureau ont eu un entre- tien de trois quarts d\u2019heure avec la députée.Ils soulignent que les échanges ont été francs et cordiaux.Espérons que le message sera entendu.Quelle est la différence entre un centre d\u2019hébergement et un refuge pour les itinérants?Un centre d\u2019hébergement favorise une approche globale et demande aux personnes accueillies d\u2019entreprendre une démarche en vue de s\u2019en sortir.Un refuge offre simplement un gîte et un couvert à ceux qui n\u2019ont pas de toit.En 1996-1997, 719 demandes d\u2019hébergement venant de sans-abri sur la Rive-Sud de Montréal ont dû être refusées à cause du manque de place ou de ressources adaptées.Suite à ce constat, une étude vient d\u2019être menée en vue d\u2019élaborer un projet de refuge à Longueuil.Le comité de travail, formé de six organismes communautaires et d\u2019une recher-chiste, a conclu à la nécessité de créer un tel établissement.Cette étude a fait apparaître les limites des systèmes sociaux, les difficultés vécues par les sans-abri et par les organismes qui les accueillent.«La fonction publique québécoise est de plus en plus précaire, à cause de l\u2019utilisation massive de personnel occasionnel» déclare Serge Roy, le président général du Syndicat de la fonction publique du Québec.Évalué à 16,5%, en mars 1994, le pourcentage d\u2019employés à statut occasionnel n\u2019a cessé de grimper pour atteindre 24,9%, en 1998.Embauché pour une durée illimitée sur des projets spécifiques, ce personnel vit une situation difficile, avec une absence totale de sécurité d\u2019emploi, en ayant parfois recours à l\u2019assurance emploi ou à l\u2019aide sociale entre deux contrats.Tout au long de son existence, la Société de Jésus a agi en faveur des pauvres.Suite à un congrès tenu à Naples, en 1997, sur l\u2019apostolat social, elle vient de créer le réseau: Jésuites dans l\u2019assistance de la dette et du développement (JDRAD).Il a pour mission d\u2019apporter une contribution aux problèmes de la dette et du développement, aux côtés d\u2019autres groupes religieux et d\u2019organisations gouvernementales.L\u2019expérience de nombreux Jésuites du Sud qui travaillent avec les pauvres et les nombreuses relations des Jésuites du Nord constituent des atouts pour établir des ponts entre la réflexion et l\u2019action.Nous souhaitons longue vie au JDRAD! Courriel: jescfj@iol.ie.82 relations avril 1999 hors-dossier DES MILLIARDS ET DES CENNES NOIRES par Vivian Labrie, du Carrefour de savoirs sur les finances publiques xm WW «Dans la société, on sait pourquoi ça va mal, on connaît les solutions.Le problème c'est que souvent on ne les met pas en action: Nous, la différence, c'est qu'on essaie de les mettre en action.On la vit, la solidarité de base entre nous.On bouscule les concepts.On les vérifie entre nous.» (Pierre Angers, membre du Carrefour de savoirs sur les finances publiques) Le 12 décembre 1997, Bernard Landry est le dernier parlementaire de l\u2019Assemblée nationale à s\u2019amener au Parlement de la rue.Devant l\u2019océan d\u2019incompréhension qui est manifeste entre celui qui tient le discours des milliards et ceux et celles qui vivent la réalité des cennes noires, il est mis au défi de vivre un vrai dialogue sur les finances publiques avec des personnes qui vivent la pauvreté.«J\u2019accepte le défi que vous nous lancez de réfléchir à cette question de nos responsabilités sociales, à la façon de traiter les 1.La Nuit des taons qui piquent, qui a eu lieu en 1997 dans la nuit du 30 avril, dernière journée pour remettre son rapport d\u2019impôt, et du 1 mai, Fête des travailleuses et travailleurs, avait pour but de «veiller ensemble sur l\u2019économie et l\u2019emploi».Elle clôturait une expérien- revenus de ceux qui reçoivent des transferts, répond-il.Mais je voudrais vous lancer un défi audacieux et non obligatoire.Si vous ne voulez pas, ça ne me dérangera pas.Le problème qu\u2019on a, c\u2019est de combattre la pauvreté, mais une des seules façons de le faire, c\u2019est en créant de la richesse.Moi, je suis obligé tous les matins de penser aux deux.Je me lève tous les matins en pensant au taux de chômage, au niveau du déficit et, quand je me couche le soir, j\u2019y pense encore.Pourriez-vous penser vous autres, un peu - encore une fois si vous trouvez que ça n\u2019a pas de bon sens, vous me le dites - comment peut-on comme citoyens et citoyennes, de toutes conditions, créer plus de richesses pour qu\u2019on ait plus à distribuer?» Il y avait des mois que les groupes organisateurs de la Nuit des taons qui piquent* 1 avaient fait sans succès la demande d\u2019un tel dialogue.Il faut croire que l\u2019expérience du Parlement de la rue aidait le vice-premier ministre à prendre sa décision.Toujours est-il que les groupes s\u2019en sont reparlé, dans les semaines qui ont suivi.Il a été déterminé que le Carrefour de pastorale en monde ouvrier (CAPMO) prendrait le relais sous la forme d\u2019un «car- relations avril 1999 83 refour de savoirs2», qui réunirait des personnes des quartiers centraux de Québec vivant la pauvreté.Ce serait un dialogue autonome, n\u2019engageant que les participants.En janvier 1998, neuf personnes sans emploi, Carol, Christian, Claude, Éloi, Jean-Pierre, Pierre, Rachel, Serge-Emmanuel, et celle que nous appellerons [Marie] parce qu\u2019elle a toujours voulu l\u2019anonymat, s\u2019engagent dans l\u2019expérience avec un petit comité de suivi qui fera le point périodiquement avec le groupe.J\u2019en prends l\u2019animation.Pendant que le groupe s\u2019organise, je vais négocier la formule de dialogue avec le chef de cabinet du ministre.Nos demandes: participer au huis-clos du budget, tenir de deux à trois rencontres avec des hauts fonctionnaires du Ministère, rencontrer le ministre deux fois pour une durée d\u2019une heure et demie à chaque fois.Les objectifs du dialogue sont simples: que les interlocuteurs du Ministère comprennent mieux ce que c\u2019est que vivre la pauvreté, qu\u2019ils cherchent à travers le groupe comment expliquer les finances publiques à du monde ordinaire, que le Ministère regarde les pas à faire pour éliminer la pauvreté et réduire l\u2019exclusion.Nous clarifions que ce dialogue entre le Ministère et des personnes vivant la pauvreté ne constituera en aucune façon une négociation et ne remplacera aucune représentation normalement faite par des groupes et des regroupements dont c\u2019est le mandat.De la théorie sociale et des histoires de vie Comment faire maintenant pour nous préparer à ces rencontres?Le budget accaparant nos interlocuteurs, nous avons février et mars devant nous pour voir venir la chose.Le groupe se rencontre tous les vendredis.Nous commençons par le commencement.Quels objectifs poursuivons-nous?Quelle attitude voulons-nous adopter dans ce dialogue?Le hasard ayant voulu que quelqu\u2019un ait une caméra vidéo en fonction lors de la visite du ministre au Parlement de la rue, Claude et Christian s\u2019engagent dans la transcription de la bande.Dès la deuxième rencontre, nous nous initions avec Serge, qui coanime les premières rencontres, aux comptes économiques et au Produit intérieur brut.Comment comprendre les milliards quand on vit dans les cen-nes noires?Le niveau de scolarité est varié dans le groupe.Jean-Pierre a de la misère à lire et à écrire, ce qui nous apprend à miser beaucoup sur l\u2019oral, tout en laissant des traces écrites de nos échanges.Christian a un baccalauréat en éducation et il insiste beaucoup sur le fond des choses et sur la pédagogie.Rachel réagit d\u2019instinct: elle déterre les pièges avant même qu\u2019on en prenne conscience.Carol et Éloi nous obligent à considérer des situations paradoxales.[Marie] demande d\u2019être convaincue «Pourquoi \u201cbrut\u201d dans Produit intérieur brut», a demandé quelqu\u2019un?«On devrait inventer le Produit intérieur doux (PID)»i avant d\u2019accorder sa confiance: nous apprenons à exprimer les tenants et les aboutissants.Pierre apporte sa loyauté et partage la misère qu\u2019il a vécue et continue de vivre: il nous soude aux cennes noires.Claude a le sens de l\u2019opinion fondée et une impatience tranquille qui nous ramène souvent à l\u2019ordre: «Est-ce qu\u2019on continue?» Serge-Emmanuel a la parole rare et sage.C\u2019est lui qui, la journée du Produit intérieur brut, déclenche le boulot de théorie sociale.Nous avions présenté le PIB comme une photo de la richesse d\u2019un État, un peu comme le tas de fumier qui, à une autre époque, permettait d\u2019évaluer la richesse d\u2019un cultivateur.Le groupe avait fait l\u2019expérience frustrante de découvrir que les revenus provenant de l\u2019aide sociale ne sont pas inclus dans le calcul du PIB par la méthode des revenus, alors que tous les autres revenus y sont: revenus des particuliers, des entreprises, des gouvernements.Ils sont comptabilisés uniquement comme des dépenses.«Qu\u2019est-ce que la richesse?», nous sommes-nous demandé.«Est-ce qu\u2019il n\u2019y aurait pas une richesse antérieure?», demande Serge-Emmanuel, à la fin d\u2019une journée silencieuse.Parole qui aurait pu s\u2019envoler aussitôt.Mais nous l\u2019explorons.Au-delà, ou plutôt avant les dollars, y a-t-il une autre richesse?La planète, les gens, le savoir, l\u2019expérience, le travail accumulés par les humains qui nous ont précédé, les ressources naturelles.C\u2019est à ce moment précis, je crois, que nous avons commen- LES SOIREES RELATIONS SUR CASSETTES VIDEOS Quelques sujets disponibles (on peut demander la liste complète): \u2022\tLe Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (17-03-97) \u2022 Les migrations internationales (21-04-97) \u2022\tLe virage ambulatoire: bilan et enjeux (26-05-97) \u2022 Et si nous retirions notre consentement.(22-09-97) \u2022 Allocation universelle (17-11-97) «Javier Giraldo: «Droits humains.en Colombie» (09-12-97) \u2022 Déclaration universelle des droits 1948-1998 (19-01-98) \u2022 Le Jubilé: on remet le monde en ordre! (16-02-98) \u2022 L\u2019Afrique: incapacité ou refus?(20-04-98) \u2022 La démocratie municipale à Montréal (21-09-98) \u2022 Solidarité internationale et libre-échange (19-10-98) \u2022 Faudra-t-il encore enseigner la religion dans une école déconfessionnalisée?(16-11-98) \u2022 Projet de loi sur l\u2019élimination de la pauvreté (18-01-99) \u2022 Nouvelle problématique de l\u2019écologie (15-02-99) \u2022 Diagnostic de notre système de santé (15-03-99) Achat: 27,00$ par cassette.Location (10 jours) : 9,00$ par cassette.Ces prix incluent la TPS et TVQ.Frais d\u2019expédition en sus.Chèques ou mandats-poste à l\u2019ordre du Centre justice et foi.Bien préciser le sujet de la cassette.S\u2019adresser à Pauline Roy.Centre justice et foi, 25 Jarry Ouest, Montréal H2P 1S6 Tél.: (514) 387-2541 84 relations avril 1999 Les contributions à la richesse collective qui ne passent pas par les dollars et qui ne sont pas comptabilisées dans le PIB ne pourraient-elles pas faire partie du produit intérieur doux?Ce serait une manière de redéfinir la richesse.cé à déborder le cadre.«Pourquoi brut dans Produit intérieur brut», a demandé quelqu\u2019un d\u2019autre ensuite?«On devrait inventer le Produit intérieur doux (PID)>>, a dit quelqu\u2019un.Encore une fois, nous avons pris le jeu de mots au sérieux.Qu\u2019est-ce que ça serait le Produit intérieur doux?Toutes les contributions à la richesse collective qui ne passent pas par les dollars et qui ne sont pas comptabilisées dans le PIB.«Alors on devrait parler aussi de Dépense intérieure dure (DID)», a dit une autre personne, en référence à la Dépense intérieure brute (DIB), l\u2019autre façon de calculer le PIB.C\u2019est-à-dire?Tout ce qu\u2019on vient prendre à la richesse antérieure, sans passer par les dollars, dans la vie même des personnes, dans les richesses naturelles.L\u2019espérance de vie réduite dans un quartier pauvre, c\u2019est de la Dépense intérieure dure.Se passer d\u2019un ce d\u2019éducation populaire sur l\u2019économie menée pendant plusieurs semaines avec des participants du groupe Atout-Lire qui, au terme de l\u2019expérience, avaient émis le souhait de rencontrer des décideurs et de discuter avec eux.2.Un carrefour de savoirs, c\u2019est une formule mise au point par le CAPMO.Elle vise à développer et transmettre l\u2019expertise des personnes qui vivent la pauvreté et l\u2019exclusion en les mettant au coeur d\u2019un processus de partage de savoirs sur une question précise avec des hommes et des femmes de différentes provenances: chercheurs, intervenants, fonctionnaires, étudiants, professionnels, décideurs.Dans ce cas-ci, un financement avait été obtenu, dans le cadre d\u2019une enveloppe dénormée, destinée à la remise en action dans les quartiers centraux de Québec.médicament parce qu\u2019on ne peut pas le payer et en être plus malade, aussi.En même temps, le groupe se prépare techniquement aux échanges à venir.Nous faisons une liste d\u2019une quarantaine de questions que nous aimerions poser aux gens du Ministère.Mais comment ça se passe une rencontre avec un ministre?Nous décidons de procéder à une simulation.Avec la complicité de Jean, un économiste membre du CAPMO, qui suit le groupe depuis le début, nous nous amenons un beau matin dans les locaux du GREPA à l\u2019Université Laval.Jean et deux de ses collègues, Maurice et Daniel, vont jouer le rôle des sous-ministres et du ministre et réagir en économistes classiques à nos propos.La leçon est dure.Nous nous fracassons à un mur.Les grandes envolées ça ne marche pas.Comment jouer au hockey quand l\u2019autre a l\u2019air de faire ce qu\u2019il veut avec la rondelle?Ce qui a marché, c\u2019est quand nous sommes partis de ce que nous connaissions.Le concret de la vie.Cela nous conduit à vivre une crise.Nous sommes devant un passage qui va exiger de chacun et chacune un morceau de soi-même.Nous avions remarqué qu\u2019à chaque fois que les participants parlaient de leur expérience de la pauvreté, le groupe devenait émotif, instable, voire agressif.Nous comprenons que nous n\u2019avancerons que si chaque personne consent à mettre son histoire de vie au jeu et à recevoir celle des autres.Parce que cette histoire, elle, est incontestable.Chaque membre du groupe prend alors librement la décision de raconter son histoire.Je vais les consigner lors de rencontres individuelles d\u2019environ deux heures.Nous allons en établir le texte en va et vient devant relations avril 1999 85 l\u2019ordinateur.Nous les mettrons en commun ensuite.C\u2019est ainsi que naît le premier cahier jaune.Il y en aura sept en tout, qui émergeront de mars à juin, pour faire contrepoids aux épais cahiers bleus distribués lors du huis-clos du budget: un cahier d\u2019introduction, la transcription commentée des débats du Parlement de la rue lors de la visite du ministre, des concepts économiques pour tenir compte du problème de la pauvreté et de l\u2019exclusion - le résultat du travail de théorie sociale du groupe, qui inclura le PID, la DID, mais aussi la notion de dollars vitaux et plusieurs autres trouvailles -, le cahier des histoires de vie économique des participants, un cahier expliquant pourquoi le projet de loi 186 réformant l\u2019aide sociale est inacceptable, une brève analyse du budget du Québec 1998-1999 à partir du point de vue des plus pauvres, les comptes rendus approuvés des trois rencontres tenues en avril et mai avec l\u2019équipe de Jean St-Gelais, sous-ministre aux Finances3.Les rencontres avec les hauts fonctionnaires Si l\u2019expérience du huis-clos du budget a été instructive, quoique limitée à la participation de trois personnes, des surprises émergeront de ces trois rencontres.Le 24 avril 1998, le groupe se présente au 12, rue St-Louis, et y rencontre pendant six heures deux sous-ministres et quatre membres de l\u2019équipe chargée de préparer le budget du Québec.Nous déposons nos questions.Nos interlocuteurs, peut-être un peu surpris du degré de préparation du groupe, commencent à y répondre.La semaine suivante, c\u2019est à leur tour de se déplacer.La rencontre a lieu dans les locaux du CAPMO: nous déposons un premier compte rendu à approuver, les premiers cahiers jaunes, dont les histoires de vie, et nous abordons une série assez serrée de points.Sur l\u2019heure du midi, nous procédons à une visite du quartier.Une rampe manquante pour accès aux personnes handicapées à l\u2019entrée d\u2019une banque provoque une altercation entre une femme en chaise roulante et nos visiteurs, qui sont mis au fait du problème.Nous nous demandons toujours s\u2019il y a un lien avec l\u2019apparition de la rampe quelques jours plus tard! En évaluant la visite, nos interlocuteurs ont ces commentaires: «C\u2019est drôle, quand on parle de misère, on pense à d\u2019autres pays, mais ce qu\u2019on voit ici, c\u2019est aussi pire.» «J\u2019ai retenu qu\u2019en auto, on ne voit rien.» «C\u2019est la concentration [de la pauvreté qui m\u2019a frappé].Trois milles plus loin, tout est beau, tu ne t\u2019aperçois de rien.» La troisième semaine, nous sommes de retour dans les locaux du Ministère.Cette fois l\u2019équipe ministérielle est au nombre de neuf personnes.C\u2019est à son tour de déposer des documents et des réponses à nos questions.On nous donne certaines explications que nous avons demandées sur les finances publiques, sur la répartition des impôts, sur le revenu minimum garanti.Nous avons avancé dans le débroussaillage d\u2019un certain nombre de problèmes.Par exemple, nos interlocuteurs ont compris qu\u2019il y aurait de graves conséquences à couper le chèque d\u2019aide sociale de la portion de remboursement de TVQ, tel que prévu dans le budget précédent, pour le remettre deux fois par année avec le supplément prévu pour compenser la hausse de la taxe depuis 1998.Si on n\u2019arrive pas avec 490$ par mois, comment pourra-t-on arriver avec 477$?Ils évaluent comment il serait possible de revenir sur cette décision, dont l\u2019application est prévue pour janvier 1999, et d\u2019intégrer plutôt la majoration à la prestation mensuelle.De notre côté nous transmettons l\u2019information dans le milieu et vérifions la pertinence de cette volte-face.C\u2019est bon.Au tour du ministre Le 9 juin 1998, nous entreprenons l\u2019étape «ministre» de notre plan de match et rencontrons Bernard Landry, avec notre pile de cahiers et un document de quatre pages décrivant les perspectives qui se dégagent des discussions avec l\u2019équipe des Finances, en fonction des trois objectifs initiaux de ce dialogue.Le ministre promet de lire les cahiers pendant l\u2019été et de nous revoir en septembre.Il tiendra parole.Quant aux perspectives, nous avons avancé sur les deux premiers objectifs, comprendre mieux ce que vivent les personnes aux prises avec la pauvreté et l\u2019exclusion et expliquer les finances publiques pour que les gens comprennent.Il y a de l\u2019ouverture pour tenir trois rencontres par année avec l\u2019équipe de Jean St-Gelais, dont une rencontre pré-budgétaire, pour faire certaines recherches ou travaux avec des personnes qui vivent la pauvreté, dans la mesure où le Ministère concerné par le sujet sera aussi de la partie, pour consulter davantage les personnes, pour initier et éduquer davantage la population aux finances publiques et à leur importance.Quant à faire des pas pour lutter contre la pauvreté, l\u2019exclusion et les écarts, le premier point d\u2019une liste de seize est acquis: le remboursement de la TVQ sera maintenu dans le chèque d\u2019aide sociale.Il y a de l\u2019intérêt et une ouverture pour explorer le second point, annualiser les gains de travail permis.Pour le reste, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019assurer sur quelques budgets la couverture des besoins essentiels de tout le monde, de développer, selon le principe de l\u2019équité verticale, une politique de respect du revenu net de tous, peu importe si le revenu est une prestation ou un salaire, de faire rapport à chaque année dans le discours du budget des actions du gouvernement en matière de réduction de la pauvreté et des écarts, force est de constater qu\u2019il y a encore bien du chemin à faire entre les milliards et les cennes noires.Comment savoir?Dans les semaines qui suivent, les cahiers jaunes, dont nous avons fait une édition en quantité limitée, commencent à circuler.À la rentrée, la seconde rencontre prévue avec Bernard Lan- 3.On peut se les procurer au coût de 15$ pour la série, plus les frais de poste, en les demandant au Carrefour de pastorale en monde ouvrier, 435 du Roi, Québec, G1K 2X1.86 relations avril 1999 dry tombe en plein dans la crise de la MIL Davie.Nous convenons qu\u2019il y a urgence et proposons de revenir un autre jour.Le ministre nous reçoit tout de même une petite demi-heure.Il a lu les cahiers, constate que nous avons bien travaillé et que plusieurs personnes du groupe ont vécu une vie dure.Ceci dit, considérant qu\u2019il a vécu avant nous, il nous signifie qu\u2019il a peu appris de sa lecture.La rencontre est difficile à vivre pour les participants, qui s\u2019entendent dire que tout ne va pas si mal au Québec et que personne ne manque de l\u2019essentiel alors qu\u2019eux et elles font chaque jour l\u2019expérience du contraire.Je me demande, compte tenu des échanges qui ont eu lieu jusqu\u2019à maintenant, si nous allons continuer ce dialogue.Je pose la question.Le ministre dit oui et je cite ici le compte rendu approuvé de part et d\u2019autre de cette rencontre: «Si vous acceptez les accidents de temps qui vont avec ma fonction, je suis d\u2019accord.Jean St-Gelais aussi est d\u2019accord.Ceci dit, je souhaite la franchise.La vôtre.La mienne.Dans le fond, la pauvreté, je ne connais pas ça.J\u2019ai besoin que vous m\u2019expliquiez ça.» Il conçoit aussi, en réponse à une question du groupe, qu\u2019il faut une approche globale de la lutte à la pauvreté et que si nous devons continuer les échanges, c\u2019est dans un tel esprit et avec l\u2019idée que le ministère des Finances doit faire un bout de chemin de ce côté.Alors le groupe a décidé de poursuivre.La vie a conduit Carol, Éloi et Serge-Emmanuel ailleurs.Lucie, Monique, Lyne et Ri- Bernard Landry, lors d'une présentation des finances du Québec, en 1998.chard se sont joints à nous.Nous nous sommes demandé quoi faire quand sept cahiers ne permettent pas d\u2019apprendre.À problème pédagogique, solution pédagogique.Nous avons proposé au ministre de devenir plus actif dans son processus d\u2019«ap-prentissage» et de nous poser des questions.Il en a émis une dizaine lors d\u2019une rencontre prébudgétaire, le 13 janvier 1999.Des questions pour le moins «franches».Nous attendons qu\u2019il en confirme la formulation.En attendant de les faire circuler, nous avons commencé à « plancher» sur les réponses.« Enfin ça bouge!», s\u2019est écriée Rachel.Revenons, en terminant, au défi lancé par le ministre lors du Parlement de la rue.Comment accroître la richesse pour mieux la partager?En juin, nous avons proposé quatre types de réponses dont une par l\u2019action: nous avons accru la richesse en produisant ces cahiers pour mieux les partager! Ce n\u2019est pas inclus dans le calcul du PIB et, pourtant, nous sommes tous plus riches de cet effort.Nous avons conclu ainsi: «Franchir le monde clos du marché et s\u2019ouvrir à ce que pensent, aperçoivent, vivent, rêvent les personnes qui en piétinent la marge, c\u2019est nécessairement s\u2019enrichir.et découvrir qu\u2019on était en train de se priver d\u2019au moins une personne sur dix».*?* Quelques mois plus tard, la croyance qu\u2019il faut devenir encore plus riche pour pouvoir partager mieux a bon dos et bonne presse.Faut-il miser sur l\u2019argent ou sur les gens?Au moment où j\u2019écris ces lignes, en février, les journaux regorgent de publicités invitant les gens à placer leur argent dans des coffres au trésor aux rendements tous plus alléchants les uns que les autres.Au même moment, malgré les appels et les requêtes, Lucienne erre et perd sa vie à petit feu dans le tunnel sans fin d\u2019une «dette» à l\u2019aide sociale pour trop perçus, qui vient d\u2019une époque troublée où elle n\u2019était pas tout à fait elle-même et où elle n\u2019avait pas saisi l\u2019importance de déclarer un loyer que d\u2019autres payaient pour elle.J\u2019ai vu les derniers états du centre de recouvrement.Le solde précédent était de 17 554$.Le chèque de Lucienne a été coupé ce mois-ci comme les autres mois de 112$.Les intérêts du mois sont de 161 $.Le nouveau solde de la dette de Lucienne est de 17 603$.Aux prises avec des contraintes sévères à l\u2019emploi, Lucienne est enchaînée à l\u2019aide sociale.Si personne ne la libère de sa dette, celle-ci croîtra indéfiniment.Lucienne a des migraines.Le médecin de Lucienne lui prescrit des pilules contre la migraine qui valent 25$ pièce et qui ne sont pas couvertes par l\u2019assurance-médicament.Nous sommes au début du mois.Elle m\u2019a dit ce soir qu\u2019il lui restait environ 25$ pour finir le mois.L\u2019industrie pharmaceutique s\u2019enrichit, mais pourtant Lucienne se détériore.Est-ce ainsi qu\u2019on fabrique des milliards avec des cennes noires?C\u2019est ce qu\u2019on pourrait appeler l\u2019accroissement des écarts dans la croissance de la richesse.Mais l\u2019important n\u2019est pas tant de s\u2019indigner que de libérer Lucienne de ce joug.L\u2019important, c\u2019est que cette société devienne plus juste et plus respirable pour ceux et celles sur qui elle pèse.Alors il faut ouvrir des portes, convoquer ceux et celles qui peuvent agir à le faire.C\u2019est ce que nous allons tenter avec l\u2019histoire de Lucienne.C\u2019est ce que nous tentons dans ce dialogue sur les finances publiques.Pourrons-nous dire dans quelques semaines que nous aurons avancé dans son histoire et dans la nôtre comme collectivité?Nous l\u2019espérons.C\u2019est dans cette dure balance de la réalité qu\u2019il faudra mesurer la suite de cette expérience inusitée de dialogue.¦ relations avril 1999 87 hors-dossier POUR UNE NOUVELLE APPROCHE DE LA RELIGION À L\u2019ÉCOLE par Carolyn Sharp Alors que la société québécoise se questionne à nouveau sur la place de la religion à l\u2019école, Relations souhaite apporter sa contribution au débat en prolongeant la perspective développée par Julien Harvey: celle d\u2019une laïcité ouverte, dans un Québec pluraliste.En septembre 1992, Julien Harvey a introduit dans le débat public québécois sa proposition de l\u2019enseignement religieux non confessionnel1.Axée sur une connaissance du patrimoine religieux québécois, sur une introduction aux grandes traditions religieuses et sur une réflexion concernant le sens de la vie, cette proposition a, en peu de temps, transformé le débat sur la con-fessionalité scolaire.Au coeur du propos de Julien Harvey, se trouve un souci du bien commun et de la paix sociale.Alors que la situation actuelle exige de séparer les enfants soit pour un enseignement religieux et moral confessionnel, soit pour un enseignement moral, il souhaitait que nous puissions offrir à tous les élèves, dans le plus grand respect de chacun, une formation commune, en laissant aux familles et aux communautés croyantes la préoccupation de la transmission de la foi.Au moment où la question de la place de la religion à l\u2019école est de nouveau au coeur de l\u2019actualité québécoise, Relations trouve pertinent de revenir sur ce sujet.Une place au patrimoine religieux québécois L\u2019importance de l\u2019enseignement du patrimoine religieux québécois se perçoit facilement.Quelles que soient sa pluralité actuelle et la pratique religieuse de ses membres, la société québécoise a été profondément structurée par le phénomène religieux.Tout enfant québécois a besoin d\u2019une connaissance et d\u2019une appréciation du patrimoine religieux pour comprendre la société et la culture occidentale à laquelle il participe.Il doit se familiariser avec les institutions, l\u2019histoire, les monuments, les contributions à la construction de la vie commune: l\u2019éthique, le droit, la littérature, l\u2019art, l\u2019architecture.Et cela, quelle que soit son origine religieuse ou ethnique.Sans une telle initiation, le futur citoyen ne pourra pas décoder la société dans laquelle il vit, ni saisir l\u2019importance des multiples mutations que vit notre société depuis cinquante ans.Il s\u2019agit ici d\u2019enseigner l\u2019histoire, mais aussi de faire saisir comment une expérience religieuse, qui a permis à une société de s\u2019ériger, continue de la façonner, même quand le consentement de foi à un contenu religieux n\u2019est plus une valeur commune.L\u2019abolition de l\u2019enseignement religieux et son remplacement par une universalisation de l\u2019enseignement moral nous semblent insuffisants, précisément parce que cela ne permet pas aux élèves québécois d\u2019acquérir un minimum de connaissance de la culture religieuse qui a forgé cette société.Le patrimoine religieux dont il est question ici ne saurait se limiter au catholicisme.La société québécoise a aussi connu l\u2019influence du protestantisme et l\u2019empreinte du judaïsme, sans oublier la spiritualité autochtone.Assez tôt, comme société, nous avons vécu la tolérance religieuse, et cette tolérance a contribué à définir notre vivre ensemble.De même, l\u2019histoire des cinquante dernières années se comprend difficilement sans l\u2019acquisition de quelques notions sur le rejet du religieux dans la pensée moderne.On peut d\u2019ailleurs reprocher à l\u2019enseignement religieux actuel de ne pas ouvrir suffisamment l\u2019horizon des élèves - et surtout de ceux qui suivent le cours confessionnel catholique - sur l\u2019impact du protestantisme, du judaïsme et de l\u2019incroyance sur l\u2019évolution de notre société.L\u2019enseignement du patrimoine religieux doit ouvrir les enfants, au-delà de l\u2019expérience québécoise, à l\u2019univers culturel francophone et occidental qui est le leur et qui est profondément façonné par la tradition judéo-chrétienne.La lecture de Victor Hugo ou de François Mauriac, d\u2019Anne Hébert ou de Michel Tremblay exige une connaissance du christianisme, de ses textes fondateurs, de ses thèmes centraux, de son évolution à travers les siècles.De même, personne ne peut lire Paradis perdu du poète anglais John Milton sans connaître le récit biblique de la création, ni lire le récit biblique sans savoir que Milton en a profondément transformé notre conception commune.Une introduction aux grandes traditions religieuses À première vue, l\u2019idée d\u2019enseigner les grandes traditions religieuses, provoque peu de controverse.Il est normal, dans un monde où les distances se rapetissent, que l\u2019éducation fournisse une connaissance de base de cet aspect du patrimoine humain.Cependant, cela suscite un certain scepticisme chez bon nom- 1.Julien Harvey, «Une laïcité scolaire pour le Québec», Relations, septembre 1992, p.213-217.88 relations avril 1999 Un cours d'enseignement religieux commun permettrait à chaque enfant de mieux connaître la religion de l'autre bre de gens qui doutent de la possibilité d\u2019initier les jeunes Québécois aux religions orientales.Faut-il donner un cours sur le bouddhisme au petit Beauceron de six ans?En faisant abstraction du vécu de l\u2019enfant et de son contexte, ne risque-t-on pas de l\u2019initier à des savoirs dispersés et ésotériques?Les craintes ainsi exprimées ont un certain fondement.Tout bon pédagogue sait qu\u2019il vaut mieux partir de ce qui est proche de l\u2019enfant pour ensuite l\u2019introduire dans des réalités plus lointaines et plus complexes.Il serait donc normal que l\u2019enseignement des grandes religions ait une place plus importante au niveau secondaire qu\u2019au niveau primaire.Cependant, sans tomber dans l\u2019exotisme, il ne faut pas hésiter à cultiver la curiosité naturelle des enfants à l\u2019égard de ce qui est différent et merveilleux.Des récits, des fêtes, les cycles de l\u2019année et de la vie sont autant d\u2019occasions de développer chez eux la conscience qu\u2019il existe, au sein de l\u2019expérience humaine, une multiplicité de façons de croire ou de ne pas croire.Il s\u2019agit donc de saisir que cette introduction peut se développer progressivement au long de la scolarité de l\u2019élève, et que les connaissances systématiques arrivent plus tard dans ce par- 2.Voir par exemple Yves Lever, Petite critique de la déraison religieuse, Montréal, Liber, 1998.cours.Mais, dès le premier cycle du primaire, l\u2019enseignement du phénomène religieux aura nourri chez l\u2019enfant une conscience de l\u2019existence de ceux et celles qui ne croient pas comme lui, ainsi qu\u2019un respect de la foi (ou de l\u2019incroyance) de l\u2019autre.En même temps, il ne s\u2019agit pas de relativiser les croyances, mais bien d\u2019initier les jeunes aux grandes traditions religieuses, éprouvées par l\u2019expérience humaine à travers l\u2019histoire, reposant sur une cohérence interne, structurées par une pensée articulée et par un savoir raisonné.Cela me semble d\u2019autant plus important à souligner qu\u2019il y a une tendance à éliminer les distinctions entre tradition religieuse et superstition, autant chez certains charlatans du spirituel que chez certains militants du laïcisme dur2.Or, c\u2019est précisément cette distinction qui rend si essentiels les derniers volets de notre proposition: la quête humaine de sens ainsi que le développement d\u2019un esprit critique en matière religieuse.La quête de sens L\u2019élève a besoin d\u2019être initié au rôle de l\u2019expérience religieuse dans la quête de sens.L\u2019humanité se questionne sans cesse sur l\u2019amour, sur la justice, sur le beau, sur la transcendance, sur la finitude.La société moderne impose à chacun de fabriquer le sens de son existence.Cette quête de sens, de plus en plus individuelle, a néanmoins toujours une dimension collective.Le sens se construit à travers la rencontre et le dialogue avec autrui, se transmet de génération en génération, se transforme à travers une dynamique de rejet et d\u2019adhésion.La célébration rituelle du sens a nécessairement une dimension collective.L\u2019expérience religieuse n\u2019est pas la seule voie qui ouvre à cette réflexion constitutive de l\u2019être humain.La philosophie et la pensée morale sont aussi des lieux où l\u2019humanité tente de répondre à ce questionnement et d\u2019évaluer les réponses possibles.D\u2019ailleurs, il faudrait maintenir un volet d\u2019enseignement moral au sein du programme.À travers l\u2019histoire, cependant, la religion a été un lieu privilégié pour vivre ce questionnement, pour le partager, le contester, le systématiser.Dans le plus grand respect de leur liberté, c\u2019est-à-dire sans imposer un sens et sans relativiser les propositions, il s\u2019agit d\u2019éveiller les jeunes à cette expérience fondamentale de la vie.En tenant compte de leur niveau de développement, il faut leur fournir des repères qui leur permettront de se situer et de vivre eux-mêmes cette quête.Un esprit critique à développer Enfin, il faut insister sur l\u2019importance de développer chez les élèves québécois un esprit critique en matière religieuse.Au niveau secondaire, il est possible d\u2019offrir une première introduction à l\u2019approche scientifique du phénomène.Il s\u2019agit d\u2019intégrer des notions de base en histoire et en philosophie de la religion, ainsi qu\u2019en psychologie et en sociologie de la religion.Cela permettra d\u2019aborder la crise moderne de la religion, les métamorphoses relations avril 1999 89 du sacré à travers l\u2019histoire, la place de la religion dans une société démocratique.Mais c\u2019est trop - direz-vous, et sans doute avec raison ! En effet, il ne s\u2019agit pas de faire de chaque jeune un religiologue, mais de l\u2019initier au fait que le religieux est un domaine de la vie où l\u2019intelligence humaine a un rôle à jouer.Cela est d\u2019autant plus pertinent que nous vivons dans une société où les valeurs religieuses sont en crise, où toutes sortes de charlatanismes prolifèrent, et où la crise de sens engendre des phénomènes inquiétants, tel le Temple solaire.La question de la grille-horaire Tout cela est très beau, mais est-ce bien réaliste?Dans la grille-horaire actuelle, l\u2019enseignement moral ou l\u2019enseignement religieux et moral confessionnel occupe la place d\u2019une petite matière.Deux heures par semaine au primaire, deux heures et demie par cycle de neuf jours au secondaire.La proposition de l\u2019enseignement non confessionnel du phénomène religieux exige le maintien de ce temps.Or, comme le démontre la discussion publique lors du dernier avis du Conseil supérieur de l\u2019éducation, il n\u2019y a pas de question plus brûlante, dans le monde scolaire québécois, que celle de la répartition de la grille-horaire3.Il s\u2019agit d\u2019un véritable champ de bataille où chaque modification met en jeu un ensemble de rapports de force.Lors des commissions publiques des États-généraux, j\u2019ai assisté à la présentation d\u2019une association de professeurs, dont le seul message sur la réforme du système d\u2019éducation au Québec fut l\u2019urgence d\u2019accorder une trentaine d\u2019heures supplémentaires à l\u2019enseignement des mathématiques en secondaire III.Il faudra alors s\u2019attendre à ce que certains prônent la disparition dans la grille-horaire du temps alloué soit à l\u2019enseignement religieux et moral confessionnel, soit à l\u2019enseignement moral.Dans son rapport final, Réaffirmer l\u2019école, le groupe de travail sur la réforme du curriculum, présidé par Paul Inchauspé, a souligné le déficit de temps dont souffrent les écoles québécoises par rapport aux autres écoles nord-américaines.Plusieurs facteurs expliquent ce déficit, dont une journée scolaire plus courte au primaire et le plus grand temps alloué à l\u2019enseignement de la langue seconde.Mais, souligne le rapport, il y a aussi le temps alloué à l\u2019enseignement religieux ou moral.Le rapport Inchauspé propose d\u2019augmenter le nombre d\u2019heures alloué à l\u2019enseignement de l\u2019anglais, de réserver deux tiers du temps d\u2019enseignement au primaire à l\u2019enseignement du français et des mathématiques, et les deux tiers du temps au secondaire à l\u2019enseignement du français, de l\u2019anglais, des sciences, des mathématiques et de l\u2019histoire.Enfin, il propose de faire disparaître la presque totalité des petites matières, dont le cours de formation personnelle et sociale.Il ne faut peut-être pas s\u2019étonner, alors, que le groupe de travail Inchauspé ait demandé au Comité catholique et au Comité protestant de diminuer le temps d\u2019enseignement religieux, demande que ceux-ci ont refusée4.Dans l\u2019esprit d\u2019un retour massif aux matières dites de base, il risque en effet de ne pas avoir de place pour l\u2019enseignement du phénomène religieux.La requête du maintien d\u2019un temps d\u2019enseignement non confessionnel des valeurs et du phénomène religieux relève d\u2019une vision de l\u2019éducation qui insiste sur une formation fondamentale, où la personne humaine est prise en compte dans son intégralité.Tout en soulignant l\u2019importance de la formation professionnelle, une telle vision refuse une approche économiciste, qui réduit l\u2019élève à un futur agent économique: travailleur, entrepreneur, investisseur.Nous contestons aussi une vision réductionniste et technocratique de l\u2019éducation, axée sur un apprentissage instrumentaliste des savoirs de base dits «essentiels» (calcul, lecture et écriture), et qui voit les autres apprentissages comme une coloration ajoutée, utile, mais non indispensable5.En même temps, l\u2019esprit de laïcité ouverte dépasse nécessairement les quelque dizaines d\u2019heures d\u2019enseignement réservées à un tel cours.La question de la place de la religion dans la vie humaine et les questions de sens ressurgissent à travers le curriculum.En français, en histoire.Mais aussi en sciences, dans les arts, en géographie, peut-être même en mathématiques! Il s\u2019agit donc de veiller à ce que le traitement de ces questions se fasse dans le même esprit d\u2019engagement constructif que celui qui anime le cours d\u2019enseignement non confessionnel des valeurs et du phénomène religieux.De même, pourra-t-on profiter des occasions que présentent les différentes disciplines pour compléter ce cours.Un livre de lecture en 3e année peut raconter la fête juive de Hanouka.Un cours de sciences peut aborder les controverses qui ont entouré l\u2019émergence des théories de Copernic ou de Darwin, non seulement pour comprendre les racines de la pensée scientifique moderne, mais aussi pour susciter un esprit critique chez les élèves à l\u2019égard de certaines tendances pseudo-scientifiques de la culture contemporaine.Une confiance à construire Pour réussir la transition vers un système scolaire déconfes-sionnalisé dans un esprit de laïcité ouverte, nous avons besoin d\u2019instaurer un climat de confiance.Celui-ci nécessite un large consensus qui rassemble le plus grand nombre possible d\u2019acteurs: enseignants et administrateurs, parents et élèves, Montréalais et gens des régions, croyants et non-croyants.Il faudra assurer les familles du respect du vécu de leurs jeunes et du droit de regard des parents.La question de la préparation des maîtres est aussi un enjeu fondamental.Il sera sans doute nécessaire d\u2019élaborer des propositions concrètes de programmes, possiblement en mettant en place des projets pilotes.L\u2019esprit de laïcité ouverte suppose la reconnaissance du droit de cité des religions dans une société pluraliste, et plus précisément, du rôle social que continuent de jouer les religions dans notre société, de leur contribution à la définition et à l\u2019équilibre des valeurs et des finalités de notre existence commune.¦ 3.\tConseil supérieur de l\u2019éducation, Les enjeux majeurs des programmes d\u2019études et des régimes pédagogiques, janvier 1999.4.\tPar contre, le Rapport Inchauspé propose l\u2019intégration d\u2019un enseignement culturel des religions au cours d\u2019enseignement moral à compter du début du secondaire.5.\tConseil supérieur de l\u2019éducation, Pour un renouvellement prometteur des programmes à l\u2019école, septembre 1998.90 relations avril 1999 lectures du mois avec André Beauchamp, Dominique Boisvert, Vincent Greason et Marie-Sylvie Richard LA VALEUR DE LA NATURE Catherine Larrère, Les philosophies de l\u2019environnement, Paris, Presses universitaires de France, 1997; 124 p.Il existe dans le monde anglophone un engouement pour l\u2019environnement, qui dépasse de loin ce qui se passe dans le monde francophone.Les débats y sont plus vifs, l\u2019engagement plus passionné, l\u2019intérêt plus marqué, la recherche scientifique plus développée, la politique plus agressive.Effet de mode possiblement, mais également fait culturel marquant, vraisemblablement enraciné dans le puritanisme américain dont Catherine Larrère résume, dans un raccourci saisissant, le parcours.«On comprendra comment le puritanisme, si important chez les colons anglais, a pu, quand change la vision scientifique du monde, s\u2019inverser: comment on est passé d\u2019une vision naïvement anthropocentrée, qui, identifiant le mal et la wilderness, faisait de sa destruction un devoir moral, à une conception qui, voyant dans la wilderness subsistante la nature intacte que l\u2019homme n\u2019a pas encore souillée, fait de sa préser- vation un devoir moral.La tradition de la préservation est une tradition puritaine, et fortement misanthrope» (p.99-100).Derrière la passion anglophone, surtout américaine, pour l\u2019environnement, il y a de forts courants philosophiques.Globalement, on parle de deep ecology, écologie profonde ou radicale, qui consiste en général à chercher à dépasser le point de vue anthropocentrique pour opérer un décen-trement.La deep ecology est moins une métaphysique qu\u2019une éthique, un effort pour sauvegarder l\u2019environnement (ou la nature, ou le caractère sauvage de la nature) en dépassant les seuls intérêts de l\u2019humanité.La nature n\u2019a-t-elle pas, par elle-même, une valeur intrinsèque, indépendamment de la présence humaine?Elle échappe à l\u2019ordre des moyens, elle est une fin.Les animaux ont-ils des droits?La communauté biotique a-t-elle une valeur en soi?Peut-on alors passer de l\u2019anthropocentrisme (centration sur l\u2019être humain) au biocentrisme?Larrère cite le texte d\u2019AIdo Leopold qui est la référence obligée d\u2019une éthique de la terre (land ethic): «Une chose est juste lorsqu\u2019elle tend à préserver l\u2019intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique.Elle est injuste lorsqu\u2019elle tend à faire autre chose» (p.35).Mais comme les concepts d\u2019intégrité et de stabilité sont forts contestables d\u2019un point de vue scientifique (la science de l\u2019écologie varie considérablement selon les époques) alors que celui de beauté est objet d\u2019immenses controverses, on comprend qu\u2019une éthique de la terre est un sujet de discussions inépuisables.L\u2019immense mérite de Catherine Larrère est de nous proposer en 124 pages un excellent survol des débats philosophiques en cours dans le domaine de l'environnemental ethics, qu\u2019on peut traduire par éthique de l\u2019environnement au sens restrictif du terme, c\u2019est-à-dire en excluant les considérations sociales.Larrère me semble avoir lu l\u2019essentiel: Leopold, Nash, Rolston, Callicott, Taylor, Hargrove, Singer, Regan, etc.Son travail est vraisemblablement le résultat d\u2019une recherche doctorale auprès de John Baird Callicott, qui se veut le commentateur le plus attitré de la pensée d\u2019AIdo Leopold et auquel elle fait la belle part.Le travail de Larrère est bien fait, clair, toujours intelligent, nuancé.Elle n\u2019est jamais polémique et me semble cacher pudiquement certaines outrances de la deep ecology.La distinction très nette qu\u2019elle propose entre Moralitàt (morale abstraite) et Sittlichkeit (morale concrète, éthique) et qui lui sert à opposer Rolston à Callicott ne m\u2019a toutefois pas convaincu.Mais ses réflexions sur la façon de cerner le rapport relations avril 1999 91 lectures du mois entre l\u2019être humain et la nature chez ces deux auteurs est captivante.Autant il est nécessaire de s\u2019insérer dans la communauté biotique, autant il est difficile de définir notre rapport à l\u2019environnement.Inclusion ou exclusion?Culture et nature s\u2019opposent-elles ou s\u2019incluent-elles?Comment dépasser les pièges du langage?À mon sens, le débat n\u2019est pas clos.Larrère nous aide à en comprendre plusieurs aspects et à prendre plaisir à une littérature qui me paraît à moi souvent répétitive.En bref, un excellent petit livre qui devrait vite devenir un classique.¦ André Beauchamp L\u2019ÉCONOMIE SOCIALE DÉMONTÉE Louise Boivin et Mark Fortier, L\u2019économie sociale: l\u2019avenir d\u2019une illusion, Montréal, Fides, 1998; 229 p.Caractérisé par un manque de financement chronique et une surcharge de travail, le milieu communautaire l\u2019est aussi par une absence relative de débats passionnés.Ce livre représente, en quelque sorte, un rappel à l\u2019ordre qui invite les militantes et les militants du communautaire à faire le point sur les gestes qu\u2019ils posent et sur les voies qu\u2019ils empruntent.Il n\u2019est pas étonnant que sa parution ait soulevé une polémique qui traverse encore le milieu communautaire québécois.Nous pensons notamment à la publication de la plaquette de Benoît Lévesque et du CIREIC (Centre international de recherches et d\u2019information sur l\u2019économie publique, sociale et coopérative), Appel pour une économie sociale et solidaire.«Nous aurions pu être raisonnables et aborder l\u2019économie sociale comme nous y invitent les artisans de son programme: en adoptant une attitude pragmatique et opérationnelle» (p.8).Dès cette phrase d\u2019introduction, les deux journalistes indépendants, Louise Boivin et Mark Fortier, affichent les couleurs de l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage qui réunit huit auteurs de qualité.Le livre a l\u2019immense mérite d\u2019aborder le sujet de l\u2019économie sociale sans se limiter à une critique des programmes gouvernementaux récents du même nom.L\u2019économie sociale, que certains nomment également l\u2019économie solidaire, représente un espace économique qui «serait un tiers secteur devant permettre à ceux qui sont exclus du salariat, ou qui sont mal servis par l\u2019État, de toucher leur part de la richesse collective tout en participant à la cohésion sociale» (p.15).À divers endroits, le livre identifie les services de garderie, d\u2019aide à domicile, de loisirs, etc., comme des lieux particulièrement propices à des activités d\u2019économie sociale.Diane Lamoureux, dans «La panacée de l\u2019économie sociale» pousse plus loin cette analyse en montrant comment les femmes y sont majoritaires.Dans «Le mirage démocratique de l\u2019économie sociale», Michel Parazelli et Gilles Tardif soulèvent, avec acuité, le glissement de langage que recouvre la notion de communautaire.Si tous s\u2019entendent pour voir l\u2019action communautaire comme un prolongement de la lutte pour la justice sociale, comment expliquer le glissement opéré par la majorité des Corporations du développement économique communautaire (CDEC)?Selon eux, «les notions de communauté et d\u2019action communautaire s\u2019étendent désormais à l\u2019ensemble des acteurs localisés sur un même territoire, les associations communautaires ne constituant alors qu\u2019un groupe d\u2019intérêts parmi d\u2019autres.Ainsi nous assistons au passage du communautaire, défini comme mouvement collectif d\u2019appropriation d\u2019actes sociaux par les exclus socioéconomiques.à une notion élargie désignant tous les résidents partageant le même territoire.» (p.73).Or, les CDEC jouent actuellement un rôle majeur dans la mise en marche des entreprises d\u2019économie sociale.L\u2019élargissement de la notion d\u2019action communautaire à tout ce qui se rapporte à la population du territoire local entraîne forcément sa dépolitisation.Dans ce contexte, la question posée par Georges Lebel, à savoir «quel est l\u2019intérêt de l\u2019État à reconnaître l\u2019économie sociale?» (p.123) prend tout son sens.Plusieurs articles y apportent des éléments de réponse.Paul Grell, dans «L\u2019État-providence», conjuge l\u2019arrivée de l\u2019économie sociale à la restructuration de l\u2019État.Une citation de Benoît Lévesque: «les services offerts par les groupes communautaires (.) sont devenus complémentaires des services publics», lui permet de rappeler que les banques alimentaires sont des prototypes de l\u2019économie sociale.Celles-ci «.sont deve- nues complémentaires [.] à une sécurité sociale déficiente.Elles sont de ce fait aujourd\u2019hui indispensables» (p.197).De même, dans «Un gisement de travail obligatoire», Louise Boivin démontre comment l\u2019État québécois s\u2019apprête à utiliser la revendication axée sur la reconnaissance de l\u2019économie sociale pour implanter sa politique de travail obligatoire, tout en réduisant le droit à l\u2019aide sociale (p.165).Enfin, Lucie Lamarche, dans un court article, percutant, rappelle que le réseau de santé doit gérer le virage ambulatoire à l\u2019intérieur de paramètres financiers très stricts et, pour ce faire, il doit pouvoir compter sur les emplois à rabais offerts par les entreprises d\u2019économie sociale avec lesquelles il signera des contrats (p.155).Gisement de travail obligatoire, lieu d\u2019emplois à rabais, les conclusions portées sur l\u2019économie sociale, dans ce livre, sont très dures.Tous et toutes ne partageront peut-être pas cette analyse.Mais, au moment où les gouvernements sabordent leurs services sociaux et délestent leur rôle direct dans la création d\u2019emploi, il est clair que l\u2019entreprise privée ne s\u2019aventurera que dans l\u2019octroi de services qui sont économiquement rentables.Le seul terrain laissé à l\u2019économie sociale est celui des services non rentables économiquement.Dans ce contexte, les nouveaux entrepreneurs sociaux auront constamment à se préoccuper de ne pas devenir des gestionnaires locaux de la pauvreté.¦ Vincent Greason PEUT-ON ÊTRE ÉTHIQUE EN AFFAIRES?Michel Dion, Investissements éthiques et régie d\u2019entreprise, Entre la mondialisation et la mythologie, coll.Interpellations no 11, Montréal, Médiaspaul, 1998; 100 p.Très peu d\u2019ouvrages en français traitent des questions d\u2019éthique dans les domaines de la finance et des affaires.L\u2019opuscule de Michel Dion a l\u2019avantage de débroussailler un peu le terrain.Du point de vue d\u2019un profane, ou d\u2019un investisseur individuel ou collectif, ce qui intéresse le plus, c\u2019est de sa- 92 relations avril 1999 lectures du mois voir si - et comment - on peut harmoniser des préoccupations morales ou éthiques avec l\u2019effort pour faire fructifier des économies.On parle alors principalement des diverses formes de «fonds éthiques» disponibles pour les placements, des résolutions d\u2019actionnaires présentées lors des assemblées générales dans le but d\u2019interroger et d\u2019influencer les administrateurs quant à la conduite des affaires, et finalement de la création de fonds destinés à favoriser le développement des communautés.C\u2019est l\u2019objet des deux premiers chapitres qui brossent le portrait de la situation aux États-Unis et au Canada et celui du nouveau contexte mondialisé et des efforts internationaux qui sont faits pour le «moraliser».Dans le premier chapitre, après une brève typologie des investissements éthiques, on présente les caractéristiques particulières d\u2019une dizaine des principales familles de fonds éthiques.Dans le second chapitre, l\u2019auteur apporte des bémols importants à l\u2019image habituelle que l\u2019on se fait de la mondialisation commerciale et financière: il montre qu\u2019en raison des difficultés dues aux particularités culturelles et religieuses, la mondialisation a eu tendance à se développer plutôt jusqu\u2019ici de manière régionalisée (ALENA, Marché commun européen, APEC, etc.); et que la tentative pour «moraliser» le commerce international (en imposant, par exemple, aux pays du Sud des standards de normes du travail compatibles avec celles des pays du Nord) peut cacher, derrière des intentions louables, une tentative de néo-colonialisme qui permet de réduire les «avantages comparatifs» des producteurs du tiers monde et de maintenir l\u2019hégémonie de nos économies du Nord.Quant aux gens d\u2019affaires, leurs préoccupations éthiques - pour ceux qui en ont - se situent davantage au niveau de la «régie d\u2019entreprise», c\u2019est-à-dire de la manière dont l\u2019entreprise est dirigée et gouvernée (composition des conseils d\u2019administration et des divers comités d\u2019entreprise, mode de fonctionnement, de nomination, de vérification et de rémunération, etc.).Ce qui est l\u2019objet du troisième chapitre, y compris dans les situations de prise de contrôle d\u2019une entreprise par une autre.Le quatrième chapitre propose une amorce de réflexion plus philosophique sur le monde des affaires, associant le «corpo-racentrisme» à une sorte de «quasi-religion», faisant les parallèles de vocabulaire et de comportements entre le monde des grandes corporations, des religions et de la mythologie.En moins de cent petites pages, il est évidemment impossible de traiter d\u2019aussi vastes questions de façon satisfaisante, surtout qu\u2019il s\u2019agit de deux points de vue ou de deux publics assez différents (les investisseurs et les dirigeants d\u2019affaires).Mais l\u2019ouvrage ouvre des pistes qu\u2019il faudra approfondir.Et il permet déjà d\u2019entrevoir le foisonnement et la diversité des initiatives et des acteurs dans ces domaines, tant au niveau national (surtout américain et canadien anglais) qu\u2019international, tout comme il indique nombre de publications anglaises utiles (et en particulier ce qui semble être la «Bible» en matière d\u2019investissements éthiques: P.D.Kinder, S.D.Lydenberg et A.L.Domini, editors, The Social Investment Almanac.A Comprehensive Guide to Socially Responsible Investing, New York, Henry Holt and Co., 1992, plus de 650 p.).Quant aux expériences québécoises dans le domaine - et elles existent, même si elles ne sont pas encore très nombreuses ou développées -, elles devront faire l\u2019objet d\u2019un autre ouvrage.¦ Dominique Boisvert UN DIFFICILE DÉBAT DE SOCIÉTÉ Hubert Doucet, Les promesses du crépuscule.Réflexions sur l\u2019euthanasie et l\u2018aide médicale au suicide, Labor et Fides, 1998; 156 p.Le dernier livre d\u2019H.Doucet, Les promesses du crépuscule, invite le lecteur à réfléchir à l\u2019euthanasie et à l\u2019aide médicale au suicide.Questions des plus actuelles en nos sociétés occidentales! L\u2019auteur ne cherche pas à rédiger un traité, mais tient à clarifier les termes de ce débat.Il en présente, très clairement, les arguments contradictoires.À partir de la situation actuelle, il formule quatre constats.1.Le débat sur l\u2019euthanasie, jadis l\u2019affaire des théologiens, est désormais public.2.Les arguments religieux opposés à l\u2019euthanasie ont perdu de leur force dans un monde sécularisé.3.La quête d\u2019une bonne mort change de visage au fil des années.4.Enfin cette revendication éprouve fortement ceux qui pratiquent les soins palliatifs, car elle semble remettre en cause leur tâche et leur combat.Le droit devenant actuellement la référence ultime des sociétés sécularisées, H.Doucet présente, de façon très documentée, révolution de la législation concernant l\u2019euthanasie et l\u2019aide médicale au suicide aux Pays-Bas, États-Unis, Canada et Suisse (ch.1).Puis il souligne la tendance à la libéralisation de ces deux pratiques.Pour le monde médical, la médecine ne doit pas prolonger la vie à tout prix, même si elle en a les possibilités (ch.2).Ce consensus repose sur deux arguments, l\u2019un éthique et juridique: «Il est moral d\u2019arrêter des gestes médicaux qui paraissent disproportionnés avec la situation du malade», l\u2019autre plus médical: «Certains traitements en raison de leur inutilité ne sont pas à poursuivre».Après avoir démontré le lien naturel qui lie la médecine à l\u2019euthanasie, H.Doucet expose, avec clarté et précision, les arguments en faveur de l\u2019euthanasie et ceux qui s\u2019y opposent.Pour les tenants de cette pratique, «le geste euthanasique est plus humain que celui de maintenir une vie insupportable du fait de la souffrance et, dans la mesure où il est volontaire, il respecte le principe de l\u2019autodétermination de la personne».Ceux qui dénoncent ce geste le font, non seulement au nom de la valeur de la vie humaine et de la mission de la médecine qui n\u2019est pas de provoquer la mort, mais aussi en raison du risque d\u2019abus et de glissement du droit à mourir au devoir de mourir.Dans le chapitre suivant (ch.3), H.Doucet se demande si les arguments théologiques apportent des arguments décisifs pour se situer face à ces questions?Il mentionne d\u2019abord l\u2019adage célèbre aux États-Unis, «to play to god», c\u2019est-à-dire «se mettre à la place de Dieu».Les déclarations du pape y renvoient parfois.Toutefois, l\u2019argument du caractère sacré de la vie apparaît plus fondamental.«Celui-ci -précise l\u2019auteur - n\u2019est d\u2019ailleurs pas exclusivement religieux; c\u2019est le concept le plus normatif en éthique et en droit, sans être clairement défini pour autant.» Du point de vue théologique, la vie a une valeur infinie et chaque vie, quelle que soit sa force, est valable parce que Dieu en est l\u2019origine et le maître.Le caractère sacré de la vie est lié à la sainteté de la vie.Cependant cette vie n\u2019est pas un absolu, il est en effet possible de l\u2019offrir pour un plus grand bien.L\u2019Église catholique estime même «qu\u2019une vie réduite à la seule condition biologique, alors que toute communication et relation sont impossibles, n\u2019impose pas de relations avril 1999 93 lectures du mois déployer des moyens médicaux pour la maintenir».La tradition judéo-chrétienne invite également à reconnaître la vie comme un don de Dieu, une promesse d\u2019alliance.Estimant que ces arguments ne sont pas suffisamment «décisifs» pour s\u2019opposer à l\u2019euthanasie ou à l\u2019aide médicale au suicide, H.Doucet propose de réfléchir davantage à la manière d\u2019accueillir et de promouvoir la vie quand son mode d\u2019existence se réduit à la dégénérescence et à la souffrance.Avant d\u2019aborder cette réflexion théologique, il s\u2019arrête au principe d\u2019autonomie et à la notion de qualité de vie.Selon le rapport Belmont (États-Unis), qui définit les grands principes de la bioéthique, les individus doivent être traités comme des agents autonomes et les personnes dont l\u2019autonomie est réduite doivent être protégées.À cette conception s\u2019en ajoute une autre: une personne autonome est capable de réfléchir sur ses objectifs personnels et de décider par elle-même comment agir, conformément à cette réflexion.Le droit de mourir est d\u2019autant plus revendiqué, au nom de cette autonomie, que le corps médical peut imposer des prolongements de la vie jugés indus.Le droit de mourir dans la dignité comporte une grande ambiguïté.Il semble judicieux de distinguer «le droit de mourir» du «droit à la mort».Le premier est la reconnaissance de la mort comme l\u2019étape ultime de la vie et du droit de mourir dignement, dans de bonnes conditions de soulagement.Le deuxième fait référence à l\u2019intention de mourir d\u2019une mort provoquée ou facilitée par un tiers.Le droit à la mort ne fait pas l\u2019objet d\u2019un consensus.Pour ses défenseurs, il est une extension du droit à la vie.Dans un tel contexte, que peut apporter le théologien?(ch.4).H.Doucet rappelle que la théologie n\u2019a pas été muette devant les questions soulevées par les progrès médico-techniques, mais a-t-elle été suffisamment riche et créative?Avec d\u2019autres, le théologien devrait attirer l\u2019attention sur la totalité de la personne malade, prôner le respect de l\u2019autre, qui ne se résume pas au seul respect de l\u2019autonomie, et veiller à la prise en compte, en particulier, de la transformation du rapport aux autres engendrée par la maladie.Le respect concerne aussi l\u2019histoire du malade, qui n\u2019est pas achevée tant que la mort ne lui a pas mis de terme.Si les tenants de l\u2019euthanasie ne s\u2019intéressent guère à ses répercussions sociales, le théologien, lui, se préoccupe de la société, car l\u2019existence humaine est à la fois personnelle et sociale.Il doit aussi questionner un savoir médical qui refuse la mort.La tradition chrétienne, par l\u2019espérance qu\u2019elle fonde sur la résurrection du Christ, affirme que la mort n\u2019est pas une destruction sans retour.Il est urgent, estime H.Doucet, de réintégrer le thème de la souffrance dans la réflexion sur la maladie et la mort.Non pas pour la reconnaître comme un bien, mais pour qu\u2019elle soit reconnue comme dimension de la maladie et de la mort.Toute souffrance n\u2019est pas médicalisable.Ses dimensions psychologique, existentielle et spirituelle échappent à la médecine.En fin de compte, le rôle du théologien est de rappeler l\u2019altérité et la compassion.Cet ouvrage n\u2019est pas réservé aux pro-fessionels de la santé.Tous et toutes pourront bénéficier de la réflexion d\u2019H.Doucet pour fonder leurs propres arguments, et ainsi participer plus aisément à ce difficile débat de société.¦ Marie-Sylvie Richard Médecin en France LIVRES REÇUS Voici quelques-uns des livres que les éditeurs ont fait parvenir à Relations au cours des derniers mois.-\tManon Jourdenais, Maintenant que je ne vais plus mourir.L\u2019expérience spirituelle des homosexuels vivant avec le VIH/Sida: guide pour l\u2019accompagnement, Montréal, Fides, 1998; 288 p.-\tJean-Pierre Sawaya, La fédération des sept feux de la Vallée du Saint-Laurent, XVIIe-XIXe siècle, Sillery, Septentrion, 1998; 218 p.-\tHector Laferté, Derrière le trône.Mémoires d\u2019un parlementaire québécois, 1936-1958, Sillery, Septentrion, 1998; 464 P- -\tArundhati Roy, Le Dieu des petits riens, Paris, Gallimard, 1998; 390 p.-\tColl, (sous la direction de Irène Demczuk et Frank W.Remiggi), Sortir de l\u2019ombre.Histoires des communautés lesbienne et gaie de Montréal, Montréal, VLB, 1998; 420 p.-\tJeremy Rifkin, Le siècle biotech: le commerce des gènes dans le meilleur des mondes, Paris, Boréal/La Découverte, 1998; 348 p.-\tRené Latourelle, Compagnon des Martyrs canadiens, Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, Montréal, Bellarmin, 1998, 270 p.-\tBernard-Marie, Le Cinquième Évangile.D\u2019après les agrapha et quelques mystiques, Paris, Presses de la Renaissance, 1998; 280 p.-Joëlle Rostkowski, La conversion inachevée.Les Indiens et le christianisme, Paris, Albin Michel, 1998; 430 p.-\tMary Doha Russell, Le moineau de Dieu, Paris, Albin Michel, 1998; 508 p.¦ à signaler n Racines, banque de données bibliographiques dont le but est de sensibiliser à la recherche et à l\u2019action pour des alternatives interculturelles au développement.Prochainement disponible sur le site web de l\u2019Institut culturel de Montréal: www.iim.qc.ca.Pour tous renseignements ou pour consultation sur place de la banque, contacter l\u2019Institut culturel de Montréal, tél.: (514) 288-7229, fax: (514) 844-6800, courriel: info@iim.qc.ca.?Pour un commerce équitable, Ritimo et Solagral, Éditions Charles Léopold Mayer, Paris, 1998.Cette publication permet de faire un voyage aux pays du commerce équitable et de rencontrer des producteurs, importateurs, consommateurs ou distributeurs.Cette perspective, née dans les années 70, est une quatrième voie entre dirigisme, libéralisme et assistanat.94 relations avril 1999 L\u2019INSOUMIS DE NAZARETH Les controverses de Jésus avec les autorités Roger Poudrier 200 pages * 15,95 $ L\u2019ouvrage présente le Jésus typique de chacun des évangiles et examine les nombreuses controverses qui l\u2019ont opposé aux pharisiens, aux anciens et aux prêtres.En trois ans, il était devenu tellement insupportable qu\u2019il a fallu le supprimer pour le faire taire.Pourquoi?LES JUIFS PORTUGAIS EXIL, HÉRITAGE ET PERSPECTIVES -1496-1996 En collaboration 184 pages * 19,95 $ Les actes d\u2019un colloque, tenu en 1996 à Montréal, font état des conséquences de l\u2019expulsion des juifs portugais de leur pays en 1496 et présentent le contexte de cette époque marquée par l\u2019Inquisition.Sommes-nous condamnés à répéter les erreurs du passé?Choix de livres rles traces deJ£suSWlU, FAUT-IL ATTENDRE LE MESSIE?Études sur le messianisme Robert David (dir.) 240 pages * 27,95 S L\u2019arrivée de l\u2019an 2000 soulève des attentes messianiques de toutes sortes.Comment les textes bibliques présentent-ils le Messie?Comment penser l\u2019interprétation traditionnelle de la figure messianique?Cet ouvrage collectif s\u2019efforce d\u2019oser une parole chrétienne sur le messianisme.INVESTISSEMENTS ÉTHIQUES ET RÉGIE D\u2019ENTREPRISE Michel Dion 104 pages * 17,95 $ Comment investir dans les entreprises de manière juste en respectant certains principes sociaux et certaines valeurs morales.Une réflexion sur les nouveaux défis posés à l\u2019éthique des affaires par la mondialisation.SUR LES TRACES DE JESUS Parcours historique et biblique En collaboration 184 pages * 18,95 S Jésus est souvent traité comme une superstar.Ce livre tente de répondre, à travers un parcours historique et biblique, à un grand nombre de questions posées par les croyants et les croyantes aujourd\u2019hui sur des sujets délicats et controversés.LA MORALE ENTRE HÉRITAGE ET NOUVEAUTÉ André Beauchamp 296 pages * 24,95 $ Comment apprendre à vivre sa propre vie en devenant un être responsable?Comment tracer son chemin alors qu\u2019aucune vérité ne s\u2019impose de manière absolue?Un livre pour réfléchir et découvrir quelques balises.LA GUERRE DE L\u2019ÂME Aussi haut le «buzz» aussi bas la dépendance Érick Dagenais 280 pages * 19,95 $ Ce manuel pratique, écrit par un ex-toxicomane, s\u2019adresse aux aidants et à toute personne qui veut se sortir de la toxicomanie et autres dépendances.Accompagné d'un CD de douze chansons, ce livre ouvre la porte sur l\u2019authenticité et l\u2019amour, le seul vrai «trip».Réussi saleté REUSSIR SA RETRAITE Découvrir un sens nouveau à sa vie Isabelle Delisle 208 pages * 19,95 $ Comment transformer l\u2019âge de la retraite en une saison de créativité et de bonheur épanoui?Au fil de nombreux témoignages, la personne retraitée est invitée à se positionner face à elle-même, face à sa liberté, face aux autres et à la société.En vente chez votre libraire relations avril 1999 95 relations avril 1999\t3,95$ no 649 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t67 Un conte ppur Pâques (Guy Paiement) - Vers une nouvelle loi fédérale sur l\u2019immigration (Élisabeth Garant) - La résurrection de l\u2019AMI (Massimo Panzino) - Une équité salariale mal comprise (Marie-Paule Malouin) dossier\t71 Foi et culture: un dialogue Anne-Marie Aitken\tFoi et culture: un dialogue\t71 Hélène Chénier\tSynode de Montréal: satisfaction et déception\t72 André Naud\tQuatre regards sur une encyclique\t77 en bref\t82 articles\t83 Vivian Labrie\tDes milliards et des cennes noires\t83 Carolyn Sharp\tPour une nouvelle approche de la religion à l\u2019école\t88 lectures\t91 Page couverture: Fernand Jutras.Photographie: Peter Williams/WCC.NOS PROCHAINES SOIRÉES RELATIONS À Montréal:\tÀ Québec: Le suicide\tLe suicide Au CJF, 25 Jarry Ouest\tAu Centre de spiritualité Manrèse (métro Jarry ou de Castelnau)\t2370, rue Nicolas-Pinel, Ste-Foy le lundi 12 avril 1999, à 19h30\tle lundi 3 mai 1999, à 19h30 Renseignements: à Montréal, 387-2541.À Québec, 653-6353 Contribution volontaire: 5,00$ avril (mars) 1999 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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