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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juillet - Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1999-07, Collections de BAnQ.

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[" no 652 juillet-août 1999 Éitefe À lire également dans ce numéro: Anne-Marie Aitken, sur l\u2019école et la transmission de la foi J.-M.Fontan et B.Fusulier, sur la social-démocratie 977003437800008 relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Anne-Marie Aitken ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean Bellefeuille, Normand Breault, Élisabeth Garant, Joseph Giguère, Marie-Paule Malouin, Françoise Nduwimana, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques L.Boucher, René Boudreault, Raymonde Bourque, Guy Dufresne, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 28,00$ (taxes incl.) Deux ans: 49,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 29,00$ Abonnement de soutien: 75,00$ Visa et Mastercard acceptés TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans \\\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 L\u2019été s\u2019en vient! C\u2019est bizarre, mais chaque année nous aspirons de tout notre être à ce changement de saison: désir tenace venu de loin, besoin impérieux de nouveauté qui nous fait quitter vêtements chauds et vieilles mitaines.Le soleil, les lacs, le camping, le contact avec la nature ou un séjour à l\u2019étranger vont nous entraîner loin de nos rivages habituels.Pour un temps, nous sommes invités à laisser derrière nous le brouhaha du monde, nos préoccupations, légitimes certes mais souvent encombrantes, pour laisser place au rêve et à l\u2019accueil de l\u2019imprévu.L\u2019été s\u2019en vient! Oserons-nous prendre le large, alors que les armes ensanglantent la planète, que des injustices criantes ne sont toujours pas résolues, que des responsables politiques / / L\u2019ETE S\u2019EN VIENT! inculpés ne sont pas jugés?Pas facile de couper avec cette actualité qui nous tient tant à coeur.Il arrive même que ce monde pèse lourd sur nos épaules.Bienfaisantes vacances qui nous convient à une certaine démaîtrise.Occasion nous est donnée de prendre davantage conscience à la fois de l\u2019étendue de nos responsabilités et des limites dans lesquelles se déroule notre action.Puissions-nous évaluer nos engagements et nos luttes pour puiser une force neuve et trouver de nouvelles raisons d\u2019agir.L\u2019été s\u2019en vient! Pendant que nous prendrons du repos et goûterons la joie des retrouvailles avec nous-mêmes, avec la famille et les amis, d\u2019autres travailleront pour nous.Nous ferons confiance à ceux et celles qui assureront le relais.Et le monde ne s\u2019en portera pas plus mal.Quand le moment sera venu, nous rendrons la pareille et les autres nous accorderont leur confiance.Ainsi va la solidarité.Pour que vous puissiez partir en vacances avec ce dernier Relations, l\u2019équipe l\u2019a voulu un peu moins sérieux que les numéros auxquels vous êtes habitués.Nous avons fait une place de choix aux arts et à la culture.Le dossier traite du cinéma et du plaisir de voir des films; les pages Lectures du mois rassemblent des critiques de romans récents.Vous aurez tout votre temps pour retrouver des auteurs appréciés et vous préparer à vivre les festivals du film, à Montréal ou en région.Vous aurez aussi tout votre temps pour répondre, si vous ne l\u2019avez déjà fait, à l\u2019enquête que nous avons lancée le mois dernier et que des lecteurs zélés nous ont déjà retournée.Merci de cette contribution à la qualité de la revue! Soyez sûrs que nous vous en donnerons des nouvelles très prochainement.Anne-Marie Aitken 162 relations juillet-août 1999 face à l\u2019actualité avec Jean Bellefeuille, Abby Lippman, Marie-Paule Malouin et Françoise Nduwimana COMPASSION! QUE DE CRIMES ON COMMET EN TON NOM! Les défenseurs de la veuve et de l\u2019orphelin, sous couvert de bons sentiments, n\u2019hésitent pas à sacrifier bien des innocents.Vous souvenez-vous de Mme Roland?Condamnée à la guillotine, en 1793, par le Tribunal révolutionnaire, elle a lancé, juste avant de mourir, cette phrase devenue célèbre: «Liberté! Que de crimes on commet en ton nom!» Je pense souvent à elle, ces temps-ci, en parcourant l\u2019actualité.Mais aujourd\u2019hui, me direz-vous, on ne condamne plus au nom de la liberté.Certes non.On ne s\u2019en prive pas toutefois au nom de la compassion.Notre époque a même inventé le meurtre par compassion.Mieux encore, l\u2019OTAN vient d\u2019inventer la guerre par compassion.J\u2019imagine sans peine la souffrance d\u2019un père devant son enfant lourdement handicapée.Est-ce que je ne souffre pas un peu semblablement avec mon propre père, à demi paralysé, cloué à son fauteuil roulant et qui, jour après jour, espère et réclame la mort?La disparition de ce père chéri ne serait pas qu\u2019allègement de sa souffrance, je le sais.Elle serait aussi soulagement de la mienne, car j\u2019accepte mal de voir celui qui a veillé sur mon enfance, diminué et dépendant, vulnérable et si fragile.Ma profonde sympathie pour Robert Latimer ne m\u2019empêche donc pas de frissonner à l\u2019évocation du meurtre par compassion.Quant un meurtrier légitime par elle son crime, que cherche la compassion?Voilà l\u2019une des nombreuses questions que je me pose.Les frappes de l\u2019OTAN, elles aussi, se fondent sur notre compassion.Les chefs militaires de l\u2019Alliance ne nous répètent-ils pas que c\u2019est pour protéger les Kosovars contre le nettoyage ethnique de Slobodan Milosevic qu\u2019ils frappent encore et encore?Nous ne sommes pas en guerre contre la Serbie, nous dit-on, nous combattons le diable Milosevic.Que ce démon soit toujours bien en vie après plusieurs semaines de frappes, que le territoire des Serbes et non l\u2019enfer soit dévasté, que meurent des Serbes, des Albanais et même des Chinois, pas des damnés, peu importe.Nous ne sommes toujours pas en guerre contre la Serbie.À bien y réfléchir, l\u2019OTAN dit vrai: ce n\u2019est pas une guerre.Faire la guerre implique d\u2019être prêt à mourir.Certains sont morts relations juillet-août 1999 163 face à l\u2019actualité par le passé, souvent pour des intérêts sordides, parfois pour d\u2019honorables causes.On peut admirer ceux qui sont prêts à sacrifier leur vie pour de nobles idéaux.Mais que penser de ceux qui sont prêts à y sacrifier la vie des autres, mais surtout pas la leur?De ceux qui sont prêts à combattre comme ils jouent au hockey ou au baseball, confortablement assis dans leur salon?On l\u2019a dit, cette guerre-là en est une de lâches.Mais elle est pire encore.Avec des objectifs précis à faire sauter, en mettant en péril la vie d\u2019innocents, mais sans placer en danger celle des assaillants, les frappes de l\u2019OTAN ont tout des actes terroristes, le plus ignoble des combats.En faisant régner la terreur, promouvoir les valeurs occidentales, tel est donc le marché que nous propose l\u2019OTAN devenue, mine de rien, l\u2019Organisation terroriste de l\u2019Atlantique-Nord.L\u2019OTAN, privée de sa mission initiale, s\u2019en cherche une autre.Déguisés en preux chevaliers portant les couleurs de l\u2019Occident, des chefs militaires nous proposent, disent-ils, de défendre nos valeurs.La stratégie est habile.La génération du baby-boom et ses acolytes, nés quelques années plus tôt ou quelques années plus tard, se trouve aujourd\u2019hui aux postes de commande en Occident.C\u2019est elle aussi qui forge l\u2019opinion publique.Or, ces enfants des fleurs gardent en mémoire le mot d\u2019ordre qui les a ralliés durant leur jeunesse: «Faites l\u2019amour, pas la guerre».La trouvaille de l\u2019OTAN a été d\u2019appeler aux armes au nom de l\u2019amour d\u2019autrui, au nom de la compassion envers les Kosovars.«Faites la guerre par amour», voilà où nous en sommes.Voulons-nous de ce nouveau mot d\u2019ordre?Moi, je me méfie, je vous l\u2019avoue, de ces défenseurs de la veuve et de l\u2019orphelin qui, en apparence bardés de leurs seuls bons sentiments, mais en réalité hors de tout danger, sont prêts à consentir à tant et tant de «dommages collatéraux».Garde-toi de ces prétendus preux chevaliers qui, au nom de la compassion, n\u2019hésitent pas à sacrifier l\u2019innocent, voilà le conseil que je me donne par les temps qui courent.Quand je ne me répète pas, en l\u2019adaptant à l\u2019ordre du jour, la phrase célèbre de Mme Roland: «Compassion! Que de crimes on commet en ton nom!» ¦ Marie-Paule Malouin JOURNÉES SOCIALES DU QUÉBEC À HULL Organisées régulièrement à tous les deux ans, ces journées deviennent presque une tradition.Le politique doit être investi par celles et ceux qui sont les premiers touchés par les décisions qui se prennent.» Cette affirmation de la Déclaration de Hull a été applaudie par les 475 participantes et participants aux quatrièmes Journées sociales du Québec1 qui se sont tenues au Cégep de l\u2019Outaouais à Hull les 7, 8 et 9 mai derniers.475 personnes engagées en pastorale sociale, provenant du milieu paroissial, des groupes populaires et communautaires, de communautés religieuses, de mouvements de jeunes, d\u2019organismes centrés sur la justice sociale; 475 personnes déléguées de Rimouski, du Saguenay-Lac St-Jean, de l\u2019Abitibi, de Sherbrooke, de Nicolet, de Montréal, et de neuf autres régions du Québec et hors Québec; 475 personnes venues apprendre à donner des mains à leur espérance - thème du colloque - en se disant les unes aux autres, à travers le récit analysé de leurs expériences, comment tisser les solidarités nécessaires à la réalisation de projets collectifs durables.«Ces personnes ne veulent pas être des spectateurs des décisions qui les concernent.Ces personnes veulent devenir des acteurs, alors que tout un système veut les réduire au rôle tellement plus inoffensif de clients», proclame la Déclaration de Hull.C\u2019est en analysant en ateliers et en plénières et en partageant les fruits de dix-huit projets réalisés dans diverses régions du Québec que les participantes et participants aux Journées sociales de Hull ont compris qu\u2019il était encore possible d\u2019espérer des transformations sociales en vue d\u2019une plus grande justice, qu\u2019il était encore possible de se regrouper, de faire des alliances, d\u2019investir le politique et de créer une coopérative de logements sociaux, un parc municipal, une garderie populaire, voire une loi sur l\u2019élimination de la pauvreté.Les Journées sociales ont fait ressortir que si les chrétiens et chrétiennes engagés socialement dans le Québec ne manquent pas d\u2019initiatives de toutes sortes pour aider leurs concitoyens à sortir de la pauvreté, ils ont par ailleurs une difficulté réelle à intégrer dans leur projet les autres organismes communautaires du milieu et encore plus de difficulté à se faire des alliés plus institutionnels: caisse populaire, chambre de commerce, commission scolaire, échevins, députés.surtout si se présente à l\u2019ordre du jour la perspective de compromis nécessaires.Mais investir le politique, c\u2019est plus que cela encore.Comme le faisait remarquer un participant à l\u2019atelier régional, on ne peut pas vouloir une société à visage plus humain et se désintéresser des enjeux électoraux, ne pas vouloir investir aussi LA politique.Il y a là un programme pour les prochaines Journées sociales.Dans son éloquent discours de clôture, Guy Paiement affirmait que ce rassemblement s\u2019enracinait dans l\u2019expérience que le Souffle est toujours présent2.Un Souffle partagé pour écrire ensemble une page d\u2019histoire.En invitant Vanessa, 4 ans, à le rejoindre sur scène, Guy nous indiquait qu\u2019il y avait une place pour chacun dans cette société.Et, comme une femme enceinte, 1.\tLes Journées sociales du Québec constituent un réseau de groupes et de personnes chrétiennes qui sont préoccupées par la justice sociale au Québec.Elles tiennent des rencontres nationales à tous les deux ans.2.\tC\u2019est sans doute cette concentration extraordinaire de Souffle qui a provoqué la mini-tornade qui a secoué le centre-ville commercial de Hull, cette journée-là: «Tout à coup survint du ciel un bruit comme celui d\u2019un violent coup de vent», Actes 2,2.164 relations juillet-août 1999 face à l\u2019actualité notre société veut enfanter du neuf.Nous avons toutes et tous à devenir les sages-femmes de l\u2019enfantement de cette société toujours neuve, a-t-il lancé.La Déclaration de Hull a bien illustré ce qu\u2019avaient dans le coeur ces 475 participants réunis au nom de leur foi, à la recherche d\u2019une espérance: «Car une interpellation demeure, qui poursuit depuis des siècles celles et ceux qui veulent agir: Et toi, qu\u2019as-tu fait de ton frère?» Ton frère qui est le Christ présent dans «ce chômeur épuisé qui désespère,.cette assistée sociale qu\u2019on culpabilise,.ce cortège tragique de réfugiés anonymes qui errent dans tous les coins du monde».Avouons en conclusion que l\u2019un des principaux fruits et l\u2018un des plus grands plaisirs de ces Journées sociales fut de se retrouver simplement ensemble, entre chrétiennes et chrétiens engagés socialement, afin de resserrer nos liens et de partager nos convictions.¦ Jean Bellefeuille LE PRIX DE LA PARTICIPATION La consultation devient un leurre quand les citoyens en sont exclus, faute d\u2019argent.abord, il y eut un symposium sur la sauvegarde de l\u2019eau et son utilisation, ensuite une conférence internationale sur la protection de la vie privée.En juin, il s\u2019agit d\u2019une rencontre organisée par l\u2019Institut de recherche international de Montréal, pour réfléchir sur l\u2019impact des nouvelles technologies de l\u2019information sur le système de santé du Québec.Des sujets qui touchent de près à la vie des Québécois.Difficile de ne pas avoir envie de s\u2019inscrire à ces événements dès que la nouvelle nous en parvient.Après tout, comme citoyens, nous désirons dire notre mot sur les politiques qui vont affecter notre santé, notre sécurité et notre bien-être.Cependant, il nous est difficile - voire impossible - de retenir notre colère quand nous réalisons que la plupart d\u2019entre nous seront tenus à l\u2019écart de ces rencontres.Les obstacles financiers sont tels que seuls les plus fortunés ont la possibilité de prendre part à la discussion sur certains enjeux actuels.Et cette pratique discriminatoire semble s\u2019étendre à de plus en plus de sphères aux sujets brûlants.En septembre 1997, par exemple, si vous vouliez participer aux débats sur le droit à la vie privée, droit fondamental qui concerne tous les citoyens, cela vous coûtait 1424$, pour deux jours et demi de session plénière et d\u2019ateliers.Cette même année, d\u2019autres colloques étaient moins dispendieux: 250$, à Montréal, pour discuter, entre autres, de la privatisation de l\u2019eau, pendant à peine deux jours; 550$ (taxes en sus) à Toronto, pour une conférence d\u2019une journée sur les incidences de la bioéthique.Mais l\u2019inflation semble avoir atteint le circuit des conférences.L\u2019événement de juin coûte 1995$, sans les taxes, à ceux qui s\u2019inscrivent rapidement au cours du mois de mars, et 300$ supplémentaires aux retardataires! Il est évident que les sujets abordés lors de ces conférences sont importants et doivent faire l\u2019objet d\u2019une véritable discussion publique.Voulons-nous que l\u2019eau devienne un nouveau produit sur le marché?Quelles protections vont nous assurer que l\u2019information privée ne sera ni vendue ni achetée, ni mise à la disposition d\u2019autres personnes sans notre contrôle?Voulons-nous que des données personnelles soient inscrites sur notre carte de santé électronique sans que nous y ayons accès?Il est évident aussi que les tarifs demandés par les organisateurs de ces conférences signifient que les citoyens et les groupes communautaires ne peuvent pas prendre part à ces discussions.Et cette pratique ne se limite pas aux conférences et aux symposiums.De plus en plus, nous sommes témoins de l\u2019accroissement des consultations et du désir des gouvernements et de certains bailleurs de fonds de connaître le point de vue du public.Mais les paroles ne sont suivies d\u2019aucune mise en oeuvre d\u2019un processus démocratique.Par exemple, durant ces derniers mois, entre autres initiatives dans le monde de la santé, le Canada a inauguré un processus de renouvellement de sa stratégie biotechnologique, la restructuration de la Direction générale de protection de la santé et le développement du Système national de surveillance de la santé.Dans tous les cas, on a voulu mettre le public à contribution.Mais pour se joindre au débat, il faut, entre autres, être rapide, avoir un accès facile à Internet, pouvoir obtenir des congés, avoir un moyen de locomotion et être capable de comprendre des questions souvent très complexes.La documentation n\u2019est pas toujours rendue publique et, quand elle l\u2019est à temps, les indications données pour faire des projets ou du travail préparatoire à la maison sont nettement insuffisantes.La démocratie ne fleurit pas sur l\u2019exclusion et ne peut se réduire au sondage d\u2019opinion.Les citoyens ont le droit de prendre part au développement des politiques qui les concernent tous et les gouvernements ont le devoir de les associer à ces discussions.Cependant, il se trouve qu\u2019on restreint ce droit et les gouvernements manquent à leurs obligations quand ces consultations sont organisées, comme elles tendent à l\u2019être aujourd\u2019hui, de manière à ce que seuls les bien-nantis puissent y prendre part.Je suis fatiguée d\u2019entendre surtout parler des «partenaires» et très peu des citoyens.Les partenaires sont généralement membres de groupes restreints, qui défendent leur intérêt.Les plus riches d\u2019entre eux et ceux qui ont de grosses fortunes peuvent se payer le luxe d\u2019assister à de multiples conférences et consultations.Les autres, tels les groupes communautaires, les organisations féministes, les coalitions pour la justice et l\u2019égalité, pourtant considérés eux aussi comme des partenaires, sont laissés pour compte à cause des politiques d\u2019exclusion pratiquées de fait.Le temps n\u2019est-il pas venu de mettre fin à cette mascarade de consultation et de remplacer ce que l\u2019on pourrait appeler le relations juillet-août 1999 165 face à l\u2019actualité «libéralisme d\u2019intérêt de groupe» par une participation communautaire?La manière dont les choses sont ordinairement gérées actuellement ne dessert pas les intérêts des citoyens.Ces conférences et les consultations gouvernementales utilisent des fonds qui proviennent directement ou indirectement des fonds publics, c\u2019est-à-dire de nos impôts.Ne devrions-nous pas réclamer des mesures qui permettraient la pleine participation des gens ordinaires et des groupes communautaires?Cela impliquerait non seulement de proposer des tarifs d\u2019inscription abordables, mais aussi de mettre à la disposition de ces individus les ressources nécessaires en temps et en informations non biaisées pour qu\u2019ils puissent débattre entre eux des questions à traiter.C\u2019est à cette condition qu\u2019ils pourront être de véritables participants.S\u2019il n\u2019est pas acceptable que des barrières physiques excluent des individus de la vie sociale et politique, il n\u2019est pas plus acceptable que des barrières économiques excluent la grande majorité des citoyens des discussions concernant des questions fondamentales qui engagent leur mode de vie au XXIe siècle.¦ Abby Lippman Faculté de médecine, Université McGill DE LA DIGNITE HUMAINE AUX ETATS-UNIS! Des allumettes au président américain pour qu\u2019il rallume la flamme de la statue de la liberté! Je pense que partout dans le monde, les gens aspirent à être traités dignement [.].Ce sont les droits fondamentaux de tous les êtres humains, où qu\u2019ils vivent.» Bill Clinton, juin 1998.« Tout le monde dit que l\u2019Amérique est le pays des droits humains.J\u2019ai pensé que je m\u2019étais trompée de pays».Paroles d\u2019une réfugiée détenue pendant quatorze mois, dans des conditions très pénibles, avant d\u2019obtenir l\u2019asile.Ces deux discours aux antipodes expliquent le titre donné par Amnistie Internationale à son rapport 98 sur les violations des droits humains aux États-Unis, Le paradoxe américain.Se définissant en même temps comme une démocratie moderne, un état de droit et un pilier du droit international, les États-Unis sont supposés être régis par des lois et des principes garantissant les mêmes droits et libertés à tous les individus, tant sur le plan national qu\u2019international.Pourtant le rapport d\u2019Amnis-tie Internationale est à ce point accablant que force est de constater que, malgré leur inscription dans les textes de loi américaine, ces principes s\u2019avèrent, pour nombre de situations, nuis et sans effet.Le rapport s\u2019articule autour de quatre grosses violations: les brutalités policières, les mauvais traitements dans les établissements pénitentiaires, les demandeurs d\u2019asile traités comme des criminels, ainsi que la peine de mort.En ce qui concerne les victimes, le rapport établit un lien entre l\u2019appartenance aux minorités raciales, la communauté noire en l\u2019occurrence, et le degré d\u2019affectation.Mais il montre également que selon la gravité du crime, la justice américaine applique la même peine sans aucune considération.Ainsi donc, dans certains cas, les mineurs et les malades mentaux ont été condamnés à mort et exécutés, les femmes enceintes détenues ont été obligées de porter des chaînes aux poignets, aux chevilles et à la taille; les demandeurs d\u2019asile ont été emprisonnés dans les mêmes cellules que les criminels.Plus qu\u2019un paradoxe, les systèmes policier, carcéral, pénal et judiciaire américains soulèvent un débat d\u2019éthique, de morale et de déontologie.On aurait effectivement du mal à trouver une raison justifiant qu\u2019une femme donne naissance menottes aux poignets, fers aux pieds; que de façon répétitive, les patrouilles de police tirent sur des enfants ou sur des citoyens ordinaires non armés, et justifient ces crimes en invoquant «la confusion».Comment en effet ne pas protester quand la coïncidence veut que, majoritairement, les victimes appartiennent aux minorités raciales.Le traitement infligé aux détenus, quant à lui, rappelle l\u2019époque de l\u2019esclavage.Plusieurs établissements pénitentiaires américains sont encore des lieux où, durant l\u2019incarcération, les prisonniers sont obligés d\u2019être liés par la chaîne des forçats.Pendant que de telles violations sont orchestrées sur le sol américain, le président américain et la secrétaire d\u2019État parcourent le monde en prônant la liberté et les droits humains.Pourtant, même sur le plan international, les États-Unis se caractérisent toujours par un comportement paradoxal.Sans nier le rôle crucial joué dans l\u2019élaboration de plusieurs conventions internationales, on est frappé de voir qu\u2019au moment de passer à l\u2019acte, les États-Unis y opposent souvent une fin de non recevoir.Ce pays n\u2019a pas encore ratifié la Convention relative aux droits de l\u2019enfant, la Convention sur l\u2019élimination de toutes les formes de discrimination à l\u2019égard des femmes ainsi que le Pacte relatif aux droits socioéconomiques et culturels.Le Pacte relatif aux droits civils et politiques est en théorie ratifié, mais les nombreuses réserves émises par les États-Unis l\u2019ont rendu caduc.C\u2019est notamment le cas du protocole additionnel recommandant l\u2019abolition de la peine de mort.Il est enfin important de signaler que les États-Unis sont ouvertement opposés à la création d\u2019une cour criminelle internationale permanente, indépendante du conseil de sécurité de l\u2019ONU.Dans sa campagne 99, Amnistie Internationale entend «envoyer des allumettes au président américain pour qu\u2019il rallume la flamme de la statue de la liberté».Il y va de la dignité de ce jeune noir tué injustement, de ces 3300 prisonniers en attente dans les couloirs de la mort, de ce bagnard violé par les gardiens de prison, de cette femme qui donne naissance pendant que ses bras sont ligotés.¦ Françoise Nduwimana 166 relations juillet-août 1999 Sous les étoiles des ciné- ¦¦ ¦ : mas à ciel ouvert ivoiriens, j\u2019ai découvert Oliver! du Britannique Carol Reed, ou Le Grand Meaulnes du Français Albicocco.C\u2019est dans un club privé nigérian que j\u2019ai vu Bonnie and Clyde de l\u2019Américain Arthur Penn et dans un cinéma commercial ghanéen que j\u2019ai admiré Rashomon du Japonais Kurosawa.Au centre culturel français de Port-au-Prince, c\u2019était Siméon de la Martiniquaise Euzhan Palcy qui exprimait l\u2019imaginaire créole.Ici même, à Montréal, le Kino-Club de Roch Demers, le Verdi ou l\u2019Outremont de Roland Smith, le Ouimetos-cope et tant d\u2019autres cinémas de répertoire, qui ont pris la relève des ciné-clubs de collèges ou des salles paroissiales, m\u2019ont permis la rencontre aussi bien du Sang du condor du Bolivien Sanjines que des Chevaux de feu de l\u2019Ukrainien Paradjanov, du Mandat du Sénégalais Sembene Ousmane que du Déclin de l\u2019empire américain du Québécois Denys Arcand.D.B. J\u2019AIME LE CINÉMA! par Dominique Boisvert Partout sur la planète, des centaines de millions d\u2019hommes et de femmes vont chaque année rire ou pleurer, rêver ou se défouler, s\u2019émouvoir ou s\u2019évader grâce à ces images animées, «inventées» il y a un siècle environ.On projette dans des palaces ultra sophistiqués ou de village en village, en plein air sur les dunes, sur grand écran ou chez soi grâce au magnétoscope, les derniers blockbusters ou les classiques impérissables du muet et du noir et blanc.Mais partout la magie opère: les images nous content des histoires et nous font découvrir le monde.Difficile de cerner cet attrait du cinéma.Les humains ont un grand appétit pour la nouveauté: du kinétoscope jusqu\u2019au multimédia, en passant par le «parlant», la couleur, le cinémascope et IMAX, le cinéma n\u2019a cessé de se renouveler et de surprendre.Les humains aiment se reconnaître dans des histoires et se projeter dans des héros: le cinéma y ajoute l\u2019attrait de l\u2019image aussi bien dans l\u2019austérité du néo-réalisme italien que dans la science-fiction débridée de Star Wars.Les humains veulent de tout temps voyager et comprendre l\u2019univers: le cinéma met à leur portée des moyens que la plupart n\u2019auraient jamais eus autrement.Évasion, catharsis, apprentissage, plaisir esthétique: le cinéma en offre vraiment pour tous les goûts.Presque tout de suite, ce qui était d\u2019abord de la «photographie qui bouge» avec L\u2019arrivée d\u2019un train en gare, des frères Lumière, a pu aussi raconter la fiction et même imaginer le futur, comme avec Le voyage dans la lune de Georges Méliès.Le potentiel, tant économique que culturel et idéologique, de ce nouveau moyen de communication a vite attisé les convoitises: Européens et Américains se sont dès le départ disputé les brevets d\u2019invention, les moyens de production et surtout les circuits de distribution des films.Dans son film La conquête du grand écran, André Gladu rappelle que l\u2019omniprésence du cinéma américain dans nos salles était un phénomène contre lequel les pionniers du cinéma québécois devaient déjà lutter dès le début du siècle! Si le cinéma fut vite reconnu comme «le septième art», sa fonction de divertissement en fit aussi, dès le départ, une industrie qui devait se développer, comme tous les autres moyens de communication au cours du XXe siècle, pour devenir un «médium de masse1».Et l\u2019influence du cinéma pour propager des idées auprès de l\u2019opinion publique explique l\u2019intérêt qu\u2019Allemands et Américains lui accordaient, par exemple, avant et durant la Évasion, catharsis, apprentissage, plaisir esthétique: le cinéma en offre vraiment pour tous les goûts.Seconde Guerre mondiale, des Dieux du stade de Leni Riefenstahl à Pourquoi nous combattons de Frank Capra.Les débats d\u2019aujourd\u2019hui sur le cinéma sont de toujours: influence culturelle hollywoodienne, cinéma d\u2019auteur ou produit de consommation, outil de libération ou opium des masses, essor ou déclin du 7e art?Seule l\u2019importance de l\u2019argent impliqué et la multiplication des moyens technologiques disponibles ont changé.On croyait que la télévision tuerait le cinéma: elle est devenue l\u2019un de ses principaux diffuseurs! On croyait que la location de vidéocassettes viderait les salles: elle a permis de rendre accessibles à tous de véritables cinémathèques et a forcé les propriétaires de cinéma à innover.On croyait que les budgets astronomiques des films rendraient le tournage inaccessible aux jeunes auteurs: ceux-ci inventent de nouvelles façons plus légères et moins académiques de raconter leurs histoires.Certes, ils ont du mal à trouver des écrans et des circuits de diffusion face à l\u2019envahissement des Titanic et autres Jurassic Park américains; mais cela a toujours été le cas, et pas seulement en matière de cinéma! Ce qui n\u2019empêche pas les cinéastes d\u2019ici comme de partout dans le monde de continuer, opiniâtrement, à proposer leur vision du réel et à mettre leur imaginaire en images.Même un continent aussi démuni que l\u2019Afrique produit chaque année des dizaines de longs métrages et des centaines de films qui sont comme autant de bouteilles à la mer, messages et visions proposés à un public incertain.Faut-il «apprendre» à regarder le cinéma et la télévision comme on apprend à lire?Les «succès de foules», souvent très différents des appréciations de critiques cinéphiles, nous disent-ils quelque chose d\u2019important sur les rapports entre cinéma et culture?Gaston Roberge, spécialiste du cinéma en Inde, nous oblige à dépasser les idées reçues et fait entrevoir toute la richesse du cinéma.Le cinéma peut-il, à travers et au-delà du divertissement, contribuer à transformer le monde?Et l\u2019effort pour dire et réfléchir le réel, souvent associé au cinéma documentaire, a-t-il encore sa place?Trois docu-mentaristes québécois partagent leur expérience.Quant à la fête du cinéma, elle est ici, et particulièrement à Montréal, presque permanente: on peut, à travers ses innombrables festivals et manifestations thématiques, y rencontrer le monde, ses rêves et ses misères, dans presque toutes les langues, les couleurs et les croyances.L\u2019été est là.Bonnes vacances et bon cinéma! ¦ 1.Cette évolution fulgurante, motivée essentiellement par des considérations économiques, est racontée dans La société des médias de Peppino Ortoleva, collection XXe siècle, Éd.Casterman-Giunti, 1995, 187 p.168 relations juillet-août 1999 LE MONDE À VOTRE PORTE par Dominique Boisvert FESTIVAL pu MONIDF films MONTRÉAL Official Program 2 7 AOÛT - ^R-CANAD «ai gggg ^Awr-4 7 SEPT EMBRE 1998 Programmé officiel Official Program , SON M«WmM canada Chaque année, fin août, c\u2019est la fête du cinéma: depuis 1977, Serge Losique y partage avec le public son Festival des films du monde (FFM).Et l\u2019édition de 1998 a encore une fois confirmé les deux caractéristiques indissociables du FFM: la participation très nombreuse du public et la très grande diversité des films de tous les coins du monde.Si les commentateurs ont beaucoup critiqué le FFM et louangé le Festival de Toronto, qui réussit de plus en plus à monopoliser la présence des grands producteurs, distributeurs et vedettes cinématographiques, cette «querelle des Festivals» illustre avant tout à quel point le cinéma est devenu plus que jamais une industrie tout autant qu\u2019un art ou une parole 1.De la région montréalaise bien sûr, mais aussi d\u2019ailleurs au Québec et même de l\u2019extérieur: j\u2019en connais qui, depuis des années, choisissent leurs vacances en fonction du FFM.de cinéaste, et combien la compétition devient féroce pour les subventions, l\u2019attention des médias et le budget loisir des consommateurs.Pourtant, le public à Montréal1 démontre, année après année, qu\u2019il existe un vaste bassin de cinéphiles intéressés par autre chose que la superproduction hollywoodienne.Et, heureusement pour nous, Montréal demeure encore l\u2019une des villes au monde où l\u2019on a accès au cinéma le plus riche et le plus diversifié.Sa double identité européenne et nord-américaine et la très grande diversité culturelle de sa population y sont pour beaucoup.Il suffit de se rappe- ler la quantité de «festivals» spécialisés qui se partagent le calendrier annuel: Vues d\u2019Afrique, Images du monde arabe, Fant-Asia, Rendez-vous du cinéma québécois (qui se transportent aussi ailleurs, au Québec et au Canada), festivals sur le cinéma expérimental et les nouveaux médias, sur l\u2019art, sur les autochtones, sur les gais et lesbiennes, sur l\u2019Amérique latine, le cinéma juif, le documentaire, le cinéma pour enfants, etc.Sans parler des nombreuses rétrospectives sur les meilleurs films des «100 ans du cinéma», des «50 ans du Festival de Cannes», de certains réalisateurs et de divers pays présentées par la Cinémathèque québécoise, le Goethe Institute, le cinéma Impérial, certains ciné-clubs universitaires ou collégiaux, les quelques salles de répertoire qui subsistent, etc.Les régions québécoises ne sont d\u2019ailleurs pas en reste, puisque plusieurs festivals, parmi les plus attachants, ont lieu depuis des années hors métropole: le Fes- relations juillet-août 1999 169 tival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, celui de Baie-Comeau, celui de Sept-lles {le Ciné-7), celui de Ste-Thérèse consacré surtout aux premières oeuvres, le Carrousel international du film de Rimouski pour les jeunes, mais aussi d\u2019autres initiatives consacrées au cinéma de qualité comme le cinéma Le Clap à Québec, depuis près de 15 ans, ou le Ciné-Campus à Trois-Rivières, depuis plus d\u2019un quart de siècle! Certes, l\u2019influence des mégaproductions américaines demeure très forte, partout dans le monde, surtout au plan quantitatif2: ce n\u2019est guère étonnant, compte tenu de leur efficacité technique et narrative, de leurs budgets de promotion qui dépassent souvent largement à eux seuls le budget total de la plupart des films tournés ailleurs.Pourtant, des milliers de films, grands et petits, continuent de se tourner aux quatre coins du globe3, exprimant autant de visions du monde et remplaçant l\u2019impact quantitatif par l\u2019influence qualitative.L\u2019analogie avec les livres est d\u2019ailleurs éclairante: la diffusion cinématographique se comporte comme si les librairies vendaient presque uniquement des best-sellers américains et comme si presque tous les autres livres, de partout dans le monde, n\u2019étaient accessibles que dans les salons du livre4.Pourtant, malgré la «marchandisation» grandissante du livre, on publie partout plus que jamais.L\u2019influence d\u2019un livre ne se mesure pas qu\u2019à son tirage.Le cinéma change Un siècle après sa naissance, le cinéma est plus vivant que jamais.Mais s\u2019il a toujours évolué (qu\u2019on se rappelle la révolution qu\u2019a constituée l\u2019arrivée du parlant, puis les expériences multiples concernant la couleur et les formats d\u2019écran), les changements actuels s\u2019accélèrent, comme dans tous les autres domaines.On continue de faire des films, dans la plupart des pays, même si les structures de production se transforment, si l\u2019appui des institutions gouvernementales est à la baisse et si les coûts grandissants ont souvent tendance à faire primer les impératifs commerciaux sur les choix artistiques.Peut-être pour cette raison, de jeunes cinéastes imaginent d\u2019autres façons plus légères et économiques de tourner leurs 170 films, et le cinéma «indépendant» (par opposition aux «majors» d\u2019Hollywood) se développe aux États-Unis5.Ici même, la relève québécoise est nombreuse et diversifiée grâce, entre autres, à cette pépinière qu\u2019a été, pendant onze années, La course Destination monde produite par Radio-Canada.Les «concurrents» redoutables que devaient être la télévision, puis la location de vidéocassettes ont été peu à peu mis à Le FFM, c\u2019est un fabuleux voyage sans frontières, à travers des pays, des cultures et des imaginaires, mais aussi à travers le temps.profit par le cinéma qui trouve en eux, de plus en plus, un débouché important tant pour leur financement que pour leur diffusion.Plusieurs canaux de télévision sont d\u2019ailleurs maintenant spécialisés dans le cinéma; et les magasins de vidéos, d\u2019abord développés pour la location de cassettes, puis de vidéodisques, vendent aujourd\u2019hui de plus en plus de ces produits.Sans tuer le cinéma en salles (le nombre d\u2019écrans et de salles a augmenté de 54% au Québec entre 1992 et 1996, le nombre de spectateurs, de 36% et les recettes, de 32%), la diffusion vidéo a peu à peu permis la constitution de véritables vidéothèques, rendant ainsi accessibles, sur demande, d\u2019innombrables oeuvres jusqu\u2019ici très difficiles d\u2019accès.Au fond, la vidéo a donné au cinéma, dont la pérennité était si fragile au-delà de la «carrière commerciale initiale», le support technique nécessaire pour fournir aux images ce que la bibliothèque est aux écrits.On assiste à de profondes transformations des salles: on est d\u2019abord passé des cinémas à un seul écran aux multiplex et maintenant aux mégaplex (au Québec, déjà 26% des cinémas possèdent de 5 à 9 écrans, 8% ont plus de 10 écrans et les nouveaux projets regroupent toujours plus d\u2019écrans); et ces mégaplex ne sont plus de simples cinémas: ils sont conçus de plus en plus comme des «centres de multidivertissements » pouvant accueillir toute la famille pour de nombreuses heures en regroupant sous un même toit restaurants, cinémas à horaires multiples, arcades, magasins de «produits dérivés», centres de jeux, etc.Finalement, le cinéma traditionnel (un film, un écran, une histoire) est de plus en plus bousculé, transformé, enrichi par les multiples progrès technologiques, souvent issus ou influencés par l\u2019informatique et ses innombrables dérivés.Le septième art doit maintenant composer avec les techniques du multimédia, les diverses formes d\u2019intégration que sont les «performances», la fabrication d\u2019acteurs par ordinateurs, l\u2019interactivité, etc.Il suffit de regarder les publicités télévisées actuelles pour constater que nous sommes à des années-lumière, en termes de moyens technologiques de production, des publicités d\u2019il y a à peine cinq ans! Au Québec, par exemple, pour 1996, le cinéma américain fournissait environ 60% des films exploités en salles, mais 87% des recettes globales.Même quand la production cinématographique nationale augmente de façon importante (comme au Royaume-Uni), sa part des recettes demeure généralement modeste (entre 2,7% au Québec et 18% en Suède), sauf en France où les films français génèrent 37,3% des recettes.Pour l\u2019ensemble de l\u2019Europe des quinze, les films américains accaparent 70% des écrans en 1996 et l\u2019ensemble des films nationaux, 19%.Pendant ce temps, aux États-Unis, la part des films étrangers sur les écrans varie, selon les années, entre 1 % et 3%.C\u2019est encore en Inde qu\u2019il se tourne le plus de longs métrages (693 en 1998 et jusqu'à 940, il y a quelques années), même si les États-Unis ont maintenant des chiffres comparables (plus de 40% des films produits aux USA ne sont jamais exploités en salle, mais plutôt à la télévision ou directement sur vidéo).L\u2019ensemble de l\u2019Europe des quinze a produit 650 longs métrages en 1996 (dont le Royaume-Uni 121, l\u2019Italie 99, l\u2019Espagne 91, l\u2019Allemagne 64 et la France 134).La même année, le Japon produisait 278 longs métrages et le Québec, 31 des 53 films produits au Canada.L\u2019image vient d\u2019un bon portrait des problèmes de distribution tracé par Louis Dussault, «Cinéma québécois, cinéma européen, même combat!» in La Presse, 24 janvier 1996, p.B3.L\u2019influence dominante des films hollywoodiens à travers le monde ne doit pas nous faire oublier la richesse et la diversité du cinéma américain.La revue The Nation consacre d\u2019ailleurs, dans son numéro du 5 au 12 avril 1999, un remarquable dossier à l\u2019analyse politique du cinéma d\u2019Hollywood (p.11-56).relations juillet-août 1999 Sans compter que d\u2019après les spécialistes réunis au premier Marché international des nouvelles technologies (MINT), en marge du FFM, la convergence des progrès technologiques a atteint un point de non-retour: on peut encore débattre des délais et des moyens pour y arriver, mais la télévision, l\u2019ordinateur et le téléphone seront de plus en plus intégrés dans nos maisons pour fournir le nouveau support à toute une gamme de services, d\u2019informations et de loisirs «consommés chez soi et à la carte» (le «web-tv» en est, après «videoway», le plus récent exemple).Plusieurs films sont dorénavant tournés directement pour les vidéocassettes (sans carrière commerciale sur les écrans), et avec une approche et des débouchés multimédias comme les jeux sur cédéroms, etc.Pourquoi encore aller au FFM?Le FFM reste pourtant, pour des dizaines de milliers de cinéphiles, une fête sans pareille: soit pour se payer une orgie de films réputés, qu\u2019on verra, en primeur, avant leur éventuelle sortie en salles; ou mieux encore, pour partir à la découverte du monde.Car, pour moi, le FFM, c\u2019est un fabuleux voyage sans frontières, à travers des pays, des cultures et des imaginaires, mais aussi à travers le temps.C\u2019est la rencontre de créateurs de tous les continents, de critiques d\u2019ici et d\u2019ailleurs, mais aussi d\u2019innombrables cinéphiles.C\u2019est l\u2019occasion de voir des documents rares ou inédits, mais aussi d\u2019essayer de discerner les courants de fond de la technologie, avec la tenue, en 1998, du premier Marché international des nouvelles technologies.Chacun trace évidemment son propre itinéraire: bien des voyages sont possibles parmi 400 films et plus de 200 longs métrages! J\u2019ai choisi, l\u2019été dernier, d\u2019explorer particulièrement les pays asiatiques, souvent sur un arrière-fond historique ou politique, mais parfois avec des sujets éminemment actuels: Dukhai, sur le sort d\u2019une famille lors des terribles inondations de 1970 et 1985, au Bangladesh; Dahan, sur l\u2019attitude contradictoire de deux femmes de classes sociales différentes face à la violence en Inde; Un train pour le Pakistan, qui retrace un épisode tragique de la partition de 1948; Jinnah, qui permet de mieux comprendre les motivations du « père du Pakistan » ; Mort un jour de pleine lune, chez les Tamouls du Sri Lanka; Jogho, sur la lutte de libération malaise transportée en Thaïlande; Dr.Akagi, sur la lutte d\u2019un petit médecin de village japonais contre le virus de l\u2019hépatite C à la fin de la guerre; Zhou Enlai, portrait du célèbre homme d\u2019État chinois, et Michel/Michelle, qui traite de la transsexualité aux Philippines.Mon tour du monde m\u2019a aussi conduit en Turquie (La rue du choléra, plus impor-g tant succès populaire dans ce pays), en « Albanie (avec un documentaire retraçant | l\u2019histoire de LAIbanie d\u2019Enver Hoxha), en ^ Ouzbékistan (Le passager clandestin, beau I film poétique sur le sort des réfugiés en exil, o maintenant disponible sur vidéo), en Suisse § (Pleine lune, qui a d\u2019ailleurs remporté ex-^ aequo le Grand prix du Festival, où la disparition mystérieuse d\u2019enfants invite à Tournage du film La bête de foire d\u2019Isabelle Hayeur, 1991.relations juillet-août 1999 171 Vues d\u2019Afrique Quinze ans déjà qu\u2019une bande de passionnés, rassemblés autour de Gérard Le Chêne, nous font partager, chaque printemps, des morceaux d\u2019Afrique! Rapidement, les Journées africaines sont devenues «africaines et créoles», puis le festival de cinéma s\u2019est enrichi d\u2019expositions, de spectacles, de «salons-rencontres»: musique, danse, peinture, gastronomie, littérature et même, cette année, rencontres d\u2019affaires! Vues d\u2019Afrique1 a aussi développé une section de films anglophones, un volet estival annuel, des activités dans une demi-douzaine de villes québécoises, et même un rayonnement jusqu\u2019à Toronto, Vancouver et.Haïti.Sans parler des activités spécialisées comme le programme Cinécole ou le Centre d\u2019information Images panafricaines et créoles, ou du volet Développement professionnel international pour l\u2019appui à l\u2019industrie audiovisuelle africaine, l\u2019incitation à la coproduction Nord-Sud, les stages de formation, etc.Dans un contexte où le cinéma américain monopolise l\u2019immense majorité des écrans et où le continent africain fait figure de parent pauvre (moyens financiers et techniques, nombre de films, réseaux de distribution), Vues d\u2019Afrique est certainement l\u2019une des tentatives les plus ambitieuses et les mieux intégrées pour faire connaître ici la culture diversifiée et méconnue qui anime plus de 700 millions de personnes dans plus de 50 pays, de l\u2019Afrique du Nord jusqu\u2019à l\u2019Afrique du Sud, sans parler de l\u2019univers créole réparti sur plusieurs continents! Et le cinéma de ces 15e Journées africaines et créoles?Impossible et frustrant de tracer, en quelques lignes, le bilan 1.67, rue Ste-Catherine Ouest, 5e étage, Montréal H2X 1Z7; tél.(514) 284-3322; télécopieur: (514) 845-0631; site internet www.vuesdafrique.org.de plus de 150 courts, moyens et longs métrages, fictions et documentaires, tournés pour la télévision ou le grand écran, en Afrique ou sur l\u2019Afrique.Disons seulement qu\u2019en cette année anniversaire, plusieurs films traitaient des artisans du cinéma africain (Les diseurs d\u2019histoires, de l\u2019Algérien Suisse Mohammed Soudani, L\u2019homme de paix, sur le cinéaste René Vautier par l\u2019Algérien Ahcene Osmani), du statut de l\u2019image filmée en Afrique {Bye Bye Africa du Tchadien Mahamat Saleh Haroun) ou de la fonction du conteur traditionnel (avec l\u2019hommage rendu à Sotigui Kouyate, un griot moderne, Keïta! L\u2019héritage du griot, et Le courage des autres).C\u2019était aussi l\u2019occasion de voir le courageux documentaire du Camerounais Jean-Marie Teno, Chef!, ou le lucide et décapant film danois Le continent qui a laissé passer l\u2019heure.Et tant d\u2019autres documents pour mieux cerner des personnages connus, Aimé Césaire, Mobutu roi du Zaïre, Senghor (Léopold Sedar Senghor: entre deux mondes et Lettre à Senghor), Karl Lévêque {Le coeur haïtien), ou pour nous faire découvrir des artistes moins connus, Joseph Zobel, d\u2019amour et de silence, Sarah Maldoror ou la nostalgie de l\u2019utopie, Aminata Fall {Blues pour une diva) ou Sony Labou Tansi {Diogène à Brazzaville), etc.Et je n\u2019ai pas parlé de la fiction! On peut se demander si la multiplication des activités, l\u2019augmentation du nombre de films et de salles, la prolongation de la durée de l\u2019événement vont entraîner ou pas une augmentation correspondante du public rejoint.On peut vivement souhaiter que le public québécois, de toutes origines, se montre à la hauteur du riche rendez-vous culturel africain proposé annuellement.En tous cas, cette année, même la météo de fin avril rivalisait avec la chaleur africaine! D.B.repenser un monde différent), au Portugal {Tentation, à propos d\u2019un prêtre engagé à remettre de l\u2019ordre dans un petit village), en Irlande {Titanic Town, sur l\u2019admirable combat d\u2019une mère de famille contre la violence de tous les côtés), en Angola {Rostov-Luanda, journal de voyage à la recherche de l\u2019Afrique à travers un ami disparu) et en Bolivie {Le jour où le silence est mort, comédie sur le pouvoir de la radio dans un petit village).J\u2019ai vu de la fiction surtout, mais aussi des documentaires remarquables comme The Cola Conquest, sur l\u2019empire planétaire de Coca-Cola par exemple, ou Faire part: Musée Henri Langlois de Jean Rouch, sur la mémoire du cinéma et The Race to Save 100 Years, sur la restauration des films.Et pour la très grande majorité d\u2019entre eux, malheureusement, j\u2019ai vu des films qu\u2019on ne pourra sans doute jamais revoir en dehors d\u2019un tel contexte de festival.C\u2019est pourquoi, malgré ses problèmes6, dont le principal tient sans doute à la structure de propriété privée du FFM et à la personnalité de son propriétaire, M.Serge Losique, le Festival des films du monde de Montréal demeure un joyau précieux pour Montréal, une fête unique pour les cinéphiles et une occasion irremplaçable de s\u2019ouvrir sur le monde.Dans un univers cinématographique où l\u2019argent et Hollywood ont de plus en plus tendance à accaparer les écrans et les réseaux de distri- bution, le FFM, pour une vingt-troisième année consécutive, nous offrira fin août le privilège de sortir des sentiers battus.Privilège qu\u2019il importe de préserver, sous cette forme ou sous une autre, bien précieusement.¦ 6.Suite au FFM de 1998, la ministre de la Culture québécoise a demandé à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) une nouvelle évaluation du Festival; d\u2019abord prévu pour avant Noël, le rapport n\u2019était toujours pas public au moment d\u2019écrire ces lignes.Par contre, la version réduite du FFM qui était reprise à Québec depuis quelques années sera abandonnée à partir de l\u2019an 2000, au profit d\u2019un nouveau Festival propre à la ville de Québec.172 relations juillet-août 1999 GRANDEUR ET MISERE DU CINÉMA DOCUMENTAIRE par Silvia Galipeau1 '7'- ' '- : -.T L\u2019heure de Cuba de Jean-Daniel Lafond, 1999.On oppose parfois le cinéma documentaire au cinéma de fiction.Le premier fournirait de l\u2019information, le second procurerait du divertissement.Mais cette opposition s\u2019avère trop simpliste.En réalité, tout réside dans l\u2019intention du réalisateur et, surtout, dans les conditions de diffusion.Trois réalisateurs en témoignent.Le cinéma documentaire peut-il jouer un rôle de moteur social?Peut-il influencer les idées d\u2019une société, faire avancer la pensée et renouveler les débats?Voilà quelques questions dont nous pensions traiter à l\u2019intérieur de ce dossier.Pour les besoins de la cause, nous avons organisé une table ronde.Trois réalisateurs issus de trois générations différentes se sont réunis le temps d\u2019une soirée: Jean-Daniel Lafond, Carole Poliquin et Stéphane Drolet.Une discussion informelle pour aborder toutes ces grandes questions.Des grandes questions, certes, mais des questions bien naïves aussi.Avant même de commencer la discussion, Jean-Daniel Lafond a lancé: «Pour parler du cinéma en tant qu\u2019outil de transformation, encore faut-il qu\u2019il y ait diffusion!» D\u2019une simple phrase, le réalisateur a donné le ton à toute la discussion qui allait suivre.Celle-ci a pris un angle imprévu, quoique tout aussi fondamental.1.L\u2019auteure est pigiste.Cinéma documentaire ou cinéma de fiction?Avant d\u2019entrer dans le vif du sujet amorcé à notre insu par les réalisateurs, quelques définitions méritent d\u2019être précisées.Cinéma documentaire, cinéma de fiction, où est la distinction?Le documentaire se limite-t-il à l\u2019information et la fiction au divertissement?Nouvelle surprise: selon les trois réalisateurs présents, le cinéma documentaire n\u2019est pas le seul médium cinématographique qui puisse influencer la pensée d\u2019une société.Le cinéma de fiction peut également jouer un tel rôle.L\u2019opposition fiction/documentaire est à cet égard beaucoup trop simpliste.Mais cette distinction ne date pourtant pas d\u2019hier.Elle remonte aux origines même du cinéma.En effet, les frères Lumière, inventeurs du cinéma au siècle dernier, ont longtemps été associés à la voie de la représentation de la réalité et Georges Méliès, l\u2019homme qui a donné son nom au fameux café du boulevard St-Laurent, au cinéma de fiction.Mais les frères Lumière comme M.Méliès ont eux-mêmes exploité librement ces deux avenues.Pareillement aujourd\u2019hui, les réalisateurs ne se sentent nullement cantonnés à l\u2019une ou l\u2019autre des vocations.Exploration du réel par l\u2019entremise du cinéma documentaire ou mise en scène d\u2019un imaginaire par la voie de la fiction, c\u2019est surtout l\u2019intention du réalisateur qui est déterminante.Sur ce sujet, Carole Poliquin, femme engagée, s\u2019interroge: «Peut-être que si je faisais de la fiction je ne parlerais pas de politique.Peut-être que je ferais des belles histoires d\u2019amour.Mais même là, je les ancrerais dans un contexte particulier, il y aurait un arrière-plan.Mon histoire d\u2019amour se grefferait à un contexte historique bien précis».La relation de Jean-Daniel Lafond avec le cinéma documentaire est encore plus particulière.Français, il émigre au Canada au début des années soixante-dix.Le réel du Québec n\u2019est donc pas d\u2019abord son réel à lui.«Pour moi, c\u2019était peut-être de la fiction», confie-t-il.Quant à Stéphane Drolet, ce qui l\u2019intéresse dans le cinéma, c\u2019est raconter une histoire.«La pratique documentaire me permet de raconter des histoires par les moyens particuliers du réel».En d\u2019autres termes: un objectif, mais plusieurs avenues, le documentaire n\u2019en étant qu\u2019une parmi d\u2019autres.relations juillet-août 1999 173 Si le cinéma documentaire a la particularité de travailler à partir de la réalité, en quoi cet art se distingue-t-il alors du reportage journalistique?Pour les réalisateurs, la différence en est une de nature.Premièrement, le reportage et le documentaire ne font pas face aux mêmes exigences temporelles.Selon Jean-Daniel Lafond, le reportage est directement relié à l\u2019urgence de l\u2019événement.«Le travail du journaliste est un travail quotidien».Alors que le documentaire est davantage un travail de réflexion qui réclame de la durée.Il s\u2019agit de construire quelque chose avec divers éléments qui ne vont pas forcément ensemble au premier regard.«C\u2019est comme un tapis iranien: il y a des fils qui partent et qui rentrent et des couleurs qui changent».Mais pour tisser un tel tapis, il faut du temps: du temps pour le tisser, mais aussi du temps pour l\u2019apprécier.En un coup d\u2019oeil, les détails du tapis ne peuvent tous être saisis.De la même manière, un documentaire ne peut être réduit à un clip de quelques minutes.Et c\u2019est précisément là que le bât blesse.Les documentaires étant essentiel- lement diffusés à la télévision aujourd\u2019hui, les réalisateurs doivent se plier aux exigences des télédiffuseurs, des exigences de «formatage» qui vont bien souvent à l\u2019encontre de la volonté créatrice des artistes.Bienvenue dans le merveilleux monde de la production cinématographique! Un espace de liberté menacé Les trois réalisateurs s\u2019accordent pour affirmer que le cinéma documentaire doit lutter contre un certain nombre de filtres imposés par les chaînes de télévision.Ces filtres viennent mettre en péril leur liberté d\u2019expression, donc l\u2019existence même de leurs oeuvres.Premier filtre: la publicité.«Ils vendent du temps entre les publicités», dénonce Carole Poliquin.Ça n\u2019est pas le film qui a la priorité, mais bien la publicité.«Le traitement même de nos films est empoisonné, poursuit Jean-Daniel Lafond.Nous nous retrouvons avec des films dans lesquels nous avons nous-mêmes laissé les trous pour laisser passer les vers».L\u2019image témoigne de la déchirure que provoque l\u2019obligation de couper dans sa propre oeuvre.Après un travail de longue haleine pour former un tout, le réalisateur doit lui-même y introduire des coupures.«On se casse la tête pendant des mois pour maintenir une énergie au long de notre documentaire.C\u2019est absurde», dénonce Stéphane Drolet.D\u2019un coup, les réalisateurs doivent transformer cette énergie créée avec tant de soins.Comme si c\u2019était le documentaire qui nuisait à la série de publicités prévues, comme si le film venait perturber l\u2019horaire.Pourquoi?Parce qu\u2019un télédiffuseur a besoin de sous, et que pour en avoir, il doit laisser à ses annonceurs une place toujours plus imposante.Tellement que l\u2019on en vient à oublier la vocation première de la télévision: montrer des films ou des publicités?La réalité est de plus en plus trompeuse.Deuxième filtre, conséquence directe du premier: la longueur.Une émission de télévision dure généralement soixante minutes.Si l\u2019on retire le temps d\u2019antenne nécessaire aux publicités, que reste-t-il au film lui-même?Pas grand chose.À titre d\u2019exemple, l\u2019émission de Radio-Canada, Zone Libre, propose une heure qui ne fait en réalité que quarante et une minutes.Ce qui peut sembler long pour un reportage est fort court pour un documentaire.Le reste de l\u2019heure est occupé par la publicité.Le film devient une série d\u2019espaces offerts entre deux publicités.Pour Carole Poliquin, cette contrainte est particulièrement difficile à gérer.En effet, le travail de la réalisatrice repose souvent dans la superposition d\u2019éléments n\u2019ayant pas forcément de liens directs entre eux.Dans ses montages, elle «tisse» certaines images ensemble, afin de mettre en évidence des relations de cause à effet.Son documentaire Turbulences (1997) est un exemple éloquent de ce travail de «tissage»: des images de familles vivant sur le bien-être social suivent des séquences montrant des hommes d\u2019affaires à la bourse.Les images se succèdent ainsi pour, en bout de ligne, mettre en évidence la pauvreté du plus grand nombre devant la richesse d\u2019une poignée de privilégiés, bref, les inégalités sociales.Mais pour faire un tel montage et être en mesure de trans- Trois cinéastes \u2022\u2022 - Jean-Daniel Lafond Né en France, ex-universitaire, professeur de philosophie et critique de cinéma, Jean-Daniel Lafond vient s\u2019installer au Québec, en 1974.Il travaille d\u2019abord aux côtés d\u2019Arthur Lamothe et de Pierre Perrault, puis réalise, en 1985, son premier long métrage: Les traces du rêve.Depuis, il a réalisé une multitude de films, parmi lesquels Le voyage au bout de la route (1987), Le visiteur d\u2019un soir (1989), La manière nègre ou Aimé Césaire, chemin faisant (1991), Tropique Nord (1994), La liberté en colère (1994), Haïti dans tous nos rêves (1995), L\u2019Heure de Cuba (1999), et Le temps des Barbares.Il est aussi co-fondateur et président des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, et lauréat du prix Lumière, en 1999.Parallèlement au cinéma, il a aussi publié de nombreux livres et longtemps travaillé pour la radio.\u2022\u2022 - Carole Poliquin .X.Originaire de la Beauce, Carole Poliquin étudie d\u2019abord l\u2019interprétation avant de se tourner vers le cinéma documentaire.De 1974 à 1980, elle vit en Turquie où elle tourne ses premières images.Ses principales réalisations sont Le dernier enfant (1990), Dites-moi Monsieur Jacquard.( 1993), L\u2019âge de la performance (1994) et Turbulences (1997).Elle a aussi réalisé de nombreux reportages pour Radio-Canada et la Télévision Quatre-Saisons.f - Stéphane Drolet C\u2019est en 1990 que Stéphane Drolet commence sa carrière dans le cinéma documentaire en participant à la Course Amérique-Afrique.Vainqueur, il obtient le stage offert par l\u2019Office national du film du Canada (ONF).Il travaille d\u2019abord avec Pierre Perrault, Bernard Gosselin et Martin Leclerc, puis part pour le Mali où il réalise son Cendres et Soleil (1994).Depuis, entre autres films, il a réalisé Référendum -Prise deuxITake 2 (1996) et Oumar 9-1-1 (1998).174 relations juillet-août 1999 AJUI Turbulences die Caroline Poliquin, 1997.mettre le message voulu, il faut du temps, des minutes.Et quarante et une minutes, c\u2019est souvent trop peu.Alors quoi faire?Accepter, et voir le résultat final se réduire à un brouillon de l\u2019oeuvre initiale, ou refuser, mais perdre le télédiffuseur en question?Un pernicieux dilemme.Malgré tout, une réflexion sociale sous-jacente dans nos propres forêts ne peut laisser un public indifférent.Non seulement le cinéma documentaire réussit-il à faire parler de lui au sein de certains regroupements, ce qui est déjà un grand pas en terme d\u2019impact social, mais il provoque aussi des réactions parmi les réalisateurs eux-mêmes.«Ceux qui font les films entrent en relation et se rencontrent par parenté de pensée.Il se forme dans ces rencontres le germe de futures manifestations cinématographiques», rapporte Stéphane Drolet.Jean-Daniel Lafond renchérit: «Aujourd\u2019hui, derrière l\u2019apparent isolement ou l\u2019atomisation des réalisateurs, il y a une conscience sociale qui s\u2019est reconstituée.Il se fait une réflexion importante sur la profession.Ce sont des gens qui travaillent bien souvent souterraine-ment, mais qui se rejoignent».À ce sujet, l\u2019Office national du film du Canada (ONF) demeure un support institutionnel précieux.Il offre un espace où peuvent se brasser les idées entre les réalisateurs, les plus vieux comme les plus jeunes.«Depuis quelques années, la relève est très importante dans le cinéma documentaire, et cela est très visible à l\u2019ONF», reprend Stéphane Drolet, lui-même jeune recrue de l\u2019Office.§ Les réalisateurs connaissent donc g certains partenaires qui les soutiennent | traditionnellement.Mais cela ne veut pas o dire que la partie soit gagnée pour autant, % loin de là.Ils doivent toujours continuer à ^ lutter contre des contraintes techniques imposées par les diffuseurs, contraintes qui viennent empiéter de plus en plus sur leur liberté d\u2019expression.Avant même de parler des impacts du cinéma documentaire sur la pensée de la société, c\u2019est plutôt de son influence sur l\u2019outil de diffusion dont il faudrait traiter.«Chaque film est un rapport de résistance et de ruse: tu acceptes les règles du jeu, et tu essaies de faire avec, dit Jean-Daniel Lafond.L\u2019enjeu, c\u2019est de dilater l\u2019espace dans lequel le film va se retrouver.C\u2019est le seul acte de transformation sociale que l\u2019on puisse mesurer».Réaliste, le réalisateur conclut: «On ne va pas transformer une société social-démocrate en une société socialiste en trois films! Mais on garde la fenêtre ouverte.» ¦ Fort heureusement, la télévision n\u2019est pas le seul lieu de diffusion du cinéma documentaire.«Si mes films n\u2019étaient pas vus, peut-être que je ferais des concessions», affirme Carole Poliquin.Mais ils le sont: dans les cégeps et les syndicats notamment, où ils sont diffusés et suivis de discussions.La télévision n\u2019est d\u2019ailleurs pas le meilleur médium pour le cinéma documentaire.Elle permet de toucher un grand nombre de spectateurs, certes, mais elle n\u2019est pas porteuse de réflexion à long terme.Jean-Daniel Lafond analyse: «Un film, c\u2019est comme un livre.Il faut qu\u2019il circule et qu\u2019il s\u2019échange pour provoquer une réflexion.Sa force, c\u2019est d\u2019être pris en relais, dans les écoles et les syndicats, par exemple».Le cas du documentaire de Richard Desjardins, L\u2019erreur boréale, serait une exception: «Évidemment c\u2019est différent.Dans ce cas-là, tu touches le feu dans ta cave».Parler de déforestation et de coupe à blanc Oumar 9-1-1 de Stéphane Drolet, 1998.relations juillet-août 1999 175 CINÉMA ET CULTURE par Gaston Roberge Mère et fils d\u2019Alexandre Sokurov.Wï : %.V Cinéma, reflet de la mondialisation économique et culturelle qui se joue des valeurs traditionnelles.Cinéma, témoin de pans de culture qui échappent au capitalisme avancé.Spécialiste du cinéma, l\u2019auteur s\u2019attache à décrire ce paradoxe à travers l\u2019analyse d\u2019un film indien et d\u2019un film d\u2019origine russe.Il n\u2019y a pas de cinéma.Il n\u2019y a que des films.Et combien variés! Il n\u2019y a pas de culture non plus.Il n\u2019y a que des formes culturelles.Elles aussi variées à l\u2019infini.Quel rapport peut-il y avoir entre films et formes culturelles?Les films eux-mêmes sont des formes culturelles, des manifestations de culture.En parlant ici de formes culturelles, on veut signifier les manières spécifiques de faire, de penser, de sentir et de s\u2019exprimer qui prennent corps dans les films, en particulier, mais aussi dans les autres médias, et encore dans les institu- tions, les sports, et les religions d\u2019un groupe défini.L\u2019analyse qui suit tient pour acquis que les formes culturelles d\u2019un groupe social à un temps donné évoluent en symbiose avec les formes socioéconomiques de ce groupe.Ces formes culturelles et socioéconomiques constituent des ensembles fort disparates, mais marqués par des éléments dominants.Quels sont donc les éléments culturels dominants des films d\u2019aujourd\u2019hui?Et à quels éléments socioéconomiques dominants correspondent- ils?La question est complexe.Pour y répondre un tant soit peu, je parlerai d\u2019un film montré fin 1998 et début 1999 à travers toute l\u2019Inde, Kuch Kuch Nota Hai1 2 3 4 5.Pour faire bref, je l\u2019appellerai K.Ce film a connu un succès commercial sans précédent.Un grand nombre de spectateurs ont vu le film plusieurs fois.De toute évidence, le film 1.\tL\u2019auteur a enseigné le cinéma en Inde.Il est actuellement directeur du Secrétariat pour les communications sociales à la maison généralice des Jésuites, à Rome.2.\tIl s\u2019est passé quelque chose, en langue hindi.3.\tNDLR: comme, ici, Musique Plus, Much Music.4.\tChose étonnante, les forces de police ne figurent pas au programme de K.5.\tL\u2019hymne Om Jagat chanté dans les ashramas, mais aussi lors de cérémonies 176 relations juillet-août 1999 Photo: E.Taran/SPB «dit» quelque chose à des millions de spectateurs.Que dit-il?Un jeune collégien a deux amies.Il en épouse une.Celle-ci meurt après lui avoir donné une enfant.Plus tard, alors qu\u2019elle a huit ou neuf ans, la fillette s\u2019occupe toute seule de retracer l\u2019autre amie de son papa et elle arrange un second mariage.Voilà toute l\u2019histoire, la «fabula», comme dirait Umberto Eco.Mais ce n\u2019est pas pour cela que les gens sont allés au cinéma et ont payé leurs billets.En fait, le film n\u2019a pas comme sujet l\u2019histoire que je viens de raconter en une ligne.K a comme sujet l\u2019affirmation d\u2019une identité locale (ici indienne) dans le contexte de la mondialisation Le film «K» a comme sujet l\u2019affirmation d\u2019une identité locale dans le contexte de la mondialisation culturelle et économique.culturelle et économique.Le film, bien sûr, ne développe pas une thèse.Comment donc se présente-t-il?On est habitué au menu offert par un film indien ordinaire: une dizaine de danses et autant de chants.Mais K est presque entièrement fait de chants et de danses.On y danse et chante presque sans arrêt, pendant trois heures.Mouvement brownien à l\u2019échelle sociale.Mais il ne s\u2019agit pas là de chants et danses de style indien classique.Le style est celui de la télévision musicale (MTV3).En fait, on peut décrire K comme une série quasi ininterrompue de numéros MTV.Il y a longtemps que ce qu\u2019on appelle ici en anglais «picturisation», c\u2019est-à-dire, la mise en film d\u2019une chanson, ressemble à un numéro de MTV avant la lettre.Mais le montage d\u2019un film entier selon la formule MTV est un phénomène récent.religieuses à la maison.6.\tKevin Burns fait l\u2019état des recherches sur ce phénomène dans un article bien documenté, «A fusion global teen culture», Angus Reid World Monitor, Second Quarter, 1998, p.11-24.7.\t«The web of culture used to be spun out of the stories a child heard at a grandparent\u2019s knee.In today\u2019s increasingly subnuclear families, it derives from a child\u2019s experience with interactive multimedia», Kenichi Ohmae, The End of the Nation State, cité par Kevin Burns, op.cit., p.11.Tout au long de ce film, on se rit des formes culturelles identifiées comme «occidentales chrétiennes».Il y a un St.Xavier\u2019s College (marque d\u2019identité des Jésuites indiens), avec un laïque ridicule comme directeur.Une enseignante au nom chrétien donne une classe loufoque sur Roméo et Juliette.Mais je m\u2019exprime mal en disant qu\u2019on se rit de tout.Il serait plus exact de dire qu\u2019on ne prend rien au sérieux.On s\u2019amuse à l\u2019occasion de tout.Il ne s\u2019agit pas d\u2019ironie, mais plutôt d\u2019une insouciance totale à l\u2019égard des valeurs reconnues.Tout y passe, en commençant par la culture «occidentale chrétienne», la religion hindoue, la religion musulmane4.Je donne deux exemples.À un moment du film, une des deux héroïnes déclare à un groupe d\u2019étudiants que même si elle revient d\u2019Angleterre, elle demeure indienne.Pour le prouver, elle entonne un des hymnes religieux les plus populaires (et sans doute des plus beaux) des hindous5.Le public applaudit.La marque d\u2019identité est juste.Mais l\u2019utilisation de cet hymne dans un contexte aussi léger frise la profanation.Quant à l\u2019islam?La fillette dont j\u2019ai parlé plus haut apparaît, à un moment du film, la tête couverte d\u2019un foulard, agenouillée à la manière musulmane, et récitant le namaz, une des prières prescrites aux musulmans.Encore une fois, la marque d\u2019identité est juste.On applaudit à l\u2019oecuménisme.Mais la récitation du namaz par une fillette hindoue est si improbable qu\u2019elle constitue une farce déplacée.On se demande même si elle n\u2019est pas malicieuse, voire dédaigneuse.On s\u2019amuse de tout dans le film.De tout, sauf des enfants.La réclame publicitaire présente le beau jeune homme et les deux belles jeunes femmes comme le héros et les héroïnes du film.En fait, l\u2019héroïne de K, c\u2019est la fillette.Mais il y a plus.Au milieu de toutes ces danses, dont j\u2019ai dit qu\u2019elles sont de style MTV, il y a au moins deux danses complètes interprétées par des enfants.Il arrive souvent que des enfants jouent un rôle important dans les films indiens.Mais que des enfants interprètent des danses entières dans un film semble un phénomène nouveau.Le rôle des enfants dans K est à voir dans le contexte de l\u2019émergence d\u2019une classe enfantine, les pré-teenagers, à l\u2019échelle mondiale6.Déjà la publicité télévisuelle en Inde s\u2019adresse souvent aux enfants.Ils ont, cela va sans dire, un pouvoir d\u2019achat énorme.Les enfants indiens ne constituent pas encore, peut-être, une génération de Nintendo kids, mais ils deviennent rapide- ment des screenagers.Dans une ville comme Ahmedabad, par exemple, vous trouverez des enfants d\u2019école primaire qui se font initier aux doux plaisirs de l\u2019ordinateur.Plusieurs, déjà, passent de bons moments à jouer aux jeux vidéo.Que ce soit par le truchement de ces jeux ou, plus généralement, par celui des films, les enfants apprennent des histoires qui tissent une trame culturelle nouvelle et fort différente de celle familière à leurs parents7.Le bouillon de la culture mijote Le paradoxe de K réside dans le fait qu\u2019au moment où on s\u2019amuse aux dépens de certaines formes culturelles, le film lui-même constitue un parfait échantillon de ce dont il rit, une forme culturelle «occidentale» [entendre, dans l\u2019optique du film, américaine].Les danses, comme je l\u2019ai noté, ne sont pas de style traditionnel indien.De plus, la manière de vivre des héros est de style culturel mondial, non pas indien.Toutefois, le film joue sur une équivoque.Car ce dont K se rit, ce n\u2019est pas l\u2019occidentalisation ou la christianisation, mais la mondialisation culturelle.Avec, bien sûr, une dominante américaine.L\u2019équivoque est de mise dans un milieu dont la mémoire est encore hantée par l\u2019Empire.Il On n\u2019a pas assez vu que les médias eux-mêmes se chargent de l\u2019éducation du public aux médias.est aussi de mise d\u2019associer les éléments culturels étrangers à la religion chrétienne.Au moment où on déplore des actes de violence perpétrés contre des chrétiens en Inde, cette association est sinistre.Des personnes, ayant vu ce film cinq fois ou plus, vous diront ne pas aimer la MTV.Pourtant, c\u2019est précisément ce qu\u2019elles ont aimé dans le film.On voit que par le truchement de films comme K, il se relations juillet-août 1999 177 fait une éducation du public qui le prépare à l\u2019esthétique de la MTV.Qui le prépare, dirais-je, en faisant allusion à un autre film, à s\u2019abandonner «au charme discret» des formes esthétiques sécrétées par les multinationales.À s\u2019abandonner finalement au charme discret du capitalisme multinational.Mais Bunuel, ici, m\u2019égare.Le charme des multinationales est loin d\u2019être discret.Il s\u2019agit plutôt d\u2019une exubérance hors de contrôle, d\u2019intensités artificielles et inexplicables.K, lui-même une reprise de deux ou trois succès commerciaux8, fait directement allusion à quatre ou cinq films récents.À un endroit, un jeu invite les participants à mimer une scène d\u2019un film de telle sorte que leurs coéquipiers puissent en deviner le nom.Par ce biais, le spectateur se remémore ces films, et il se laisse entraîner dans un jeu intertextuel qui le fait travailler en surface.K est sans profondeur.Sans racines historiques.C\u2019est étrange, j\u2019oublie qui a dit «L\u2019homme contemporain a perdu le sens de l\u2019histoire.Il souffre d\u2019amnésie».K, c\u2019est la superficialité absolue.On conclurait au postmoderne à bien moins.J\u2019ai dit que K se rit de tout.Ne s\u2019amuse-t-il pas finalement aux dépens du spectateur?Par exemple, suffit-il à une jeune femme de porter un sari et de chanter un hymne hindou pour qu\u2019elle puisse se considérer de culture indienne?Le spectateur ne s\u2019aperçoit-il pas qu\u2019on le fait rire des formes culturelles dont il se délecte dans le film?En badinant avec les formes culturelles «occidentales chrétiennes» et même avec les formes culturelles indiennes, on invite le public à affirmer sa propre identité indienne avec, bien sûr, une dominante hindoue.Honni soit qui mal y pense! (Mais convient-il de citer dans ce contexte une devise française adoptée, noblesse oblige, par les Anglais?) On n\u2019a pas assez vu que les médias eux-mêmes se chargent de l\u2019éducation du public aux médias.Et ils ne s\u2019en tirent pas mal.Quant aux collèges, St.Xavier\u2019s ou autres, ils dissèquent Roméo et Juliette pour des élèves qui voient et revoient des films comme K et dont on s\u2019étonne à tort qu\u2019ils soient un peu blasés.Je n\u2019en ris pas, j\u2019en suis profondément désolé.Comment ne pas voir que les films populaires, en ce qu\u2019ils touchent le coeur du public, constituent d\u2019excellents sujets d\u2019étude grâce auxquels les étudiants seraient à même de voir leur société en évolution, de comprendre les mécanismes de cette évolution et, partant, de se comprendre eux-mêmes?Et en plus d\u2019étudier la langue de Shake- speare, ne pourrait-on pas aussi étudier la langue des médias?On me dira très justement: «Mais, il y a d\u2019autres films».Aussi, je voudrais maintenant parler brièvement d\u2019un autre film, Mère et fils (1997), d\u2019Alexandre Sokurov.On pourrait s\u2019étonner qu\u2019un film comme celui-là puisse encore être possible dans notre société mondiale.Plus étonnant encore est qu\u2019il se trouve un homme comme Sokurov pour faire ce film et d\u2019autres personnes pour le financer.À un premier niveau de lecture, Mère et fils est un film sur une mère malade mourant dans les bras de son fils.On nous dit même que Mère et fils est le quatrième d\u2019une série de films sur la mort par le même cinéaste.Les critiques s\u2019accordent à dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un film difficile, qui demande beaucoup de je n\u2019ai pas compris quoi9! Pourtant, un critique, peut-être un peu naïf10, a perçu ce film comme une ciné-icône.Dans la tradition de Roublev.Vu Le capitalisme avancé n\u2019a quand même pas tout colonisé.Il est des pans de culture qui lui échappent toujours.ainsi, le film apparaît comme une contemplation de la Sainte Trinité.Le rapport entre la mère et le fils, l\u2019échange de vie et d\u2019amour entre les deux, l\u2019ambiance qui évoque l\u2019Esprit, font songer spontanément aux relations subsistant entre les Personnes divines.Que nous voici loin de la MTV! Quelle que soit d\u2019ailleurs la lecture qu\u2019on en fasse, ce film montre que le capitalisme avancé n\u2019a quand même pas tout colonisé.Il est des pans de culture qui lui échappent toujours.Et, tout autant que K et les autres produits mondialisés, mais d\u2019une manière différente, un film comme Mère et fils initie le public aux médias.Il lui apprend à «lire» les films et, en général, les multimédias, puisqu\u2019ils parlent tous la même langue.La situation n\u2019est donc pas désespérée.Ce qui est désespérant, c\u2019est la lenteur avec laquelle nos institutions d\u2019enseignement intègrent les nouvelles formes culturelles.Il ne s\u2019agit ni de célébrer ni de condamner l\u2019une ou l\u2019autre forme culturelle.Il faut voir les films dans leur contexte historique, au-delà d\u2019un choix esthétisant ou moralisant.Mère et fils nous convie au monde intérieur d\u2019un cinéaste.Un monde qui, d\u2019ailleurs, n\u2019est pas si privé qu\u2019on pourrait le penser.D\u2019un autre côté, K est comme le rêve collectif de la société indienne à l\u2019heure de la mondialisation économique et culturelle.Le film trace assez bien une image des choix qui s\u2019offrent à cette société.Il représente assez bien certaines caractéristiques d\u2019une culture mondialisée, à savoir, l\u2019évanescence des valeurs traditionnelles, la disparition du sens historique, du sens du temps, la tendance à tout voir dans le présent, l\u2019insouciance, l\u2019exubérance, un ersatz de la joie de vivre, autant de caractéristiques que nous avons notées dans K.Mais le public a besoin d\u2019aide.Qui la lui donnera?Les médias?Nous avons vu que les médias, tels que K, conditionnent le spectateur à se conformer aux médias eux-mêmes.Qui alors fera cette éducation dont le public a besoin?Les critiques?C\u2019est bien là leur rôle.Mais ils s\u2019obstinent à rejeter comme «massa damnata» les médias de masse.La famille?Idéalement, oui.Mais la famille elle-même a besoin d\u2019aide.Il reste les maisons d\u2019enseignement et les organisations d\u2019éducation.Ici en Inde, les éducateurs ont vu K.Il semble que personne n\u2019en ait parlé en classe avec les élèves.Plusieurs intellectuels se sentent mal à l\u2019aise d\u2019avouer avoir vu ce film «commercial».Surtout, ils ont tendance à ignorer le cinéma, à l\u2019heure de la télévision.C\u2019est une grave erreur.Il est vrai que les gens vont au cinéma beaucoup moins qu\u2019auparavant, 50 fois moins, dit-on.Mais la télévision n\u2019a pas remplacé le cinéma.Celui-ci demeure unique par la qualité de l\u2019attention qu\u2019il requiert du spectateur* 11.Alors que les intellectuels et les éducateurs refusent de prendre le cinéma au sérieux, des films comme K et bien d\u2019autres programmes semblables, continuent à initier, à leur manière, le public.¦ 8.\tDont le film DU to Pagal Hai, Le coeur est fou.9.\tVoir une critique du film par Kenneth Turan, Times, 20 février 1998.10.\tMoi-même.11.\tSylvia Harvey, «What is Cinema?The Sensuous, the Abstract and the Political».Chapitre 23 dans Cinema, the Beginning and the Future, Christopher Williams, ed., U.of Westminster Press, London.Essays Marking the Centenary of the First Film Show Projected to a Paying Audience in Britain, 1996.178 relations juillet-août 1999 La revue Relations a déjà fait écho au projet d\u2019une loi-cadre sur l\u2019élimination de la pauvreté qui sera présenté à l\u2019Assemblée nationale du Québec, au cours de l\u2019an 2000.Pour que cette loi soit voulue par le maximum de personnes, le Collectif à l\u2019origine de ce projet vient de créer un site dans lequel se trouve l\u2019information de base pour participer à l\u2019aventure (www.citeweb.net/ pauvreté).On peut aussi consulter: Collectif pour une loi sur l\u2019élimination de la pauvreté, C.P.1352 Terminus, Québec G1K 7E5.Tél.: (418) 525-0040, fax: (418) 525-0740, E-mail: pauvrete@clic.net.La Fédération internationale de l\u2019ACAT (FIACAT), à travers sa campagne 1999, «Non à l\u2019enseignement de pratiques tortionnaires», dénonce l\u2019École des Amériques de Fort Benning, en Géorgie.Elle voit en elle une institution où la torture a été légitimée et reconnue comme procédé de gouvernement.Il est prouvé que les manuels d\u2019instruction de l\u2019École ont encouragé la violation massive des droits humains et que les méthodes préconisées ont été appliquées par des militaires latino-américains formés en ce lieu.L\u2019ACAT invite à s\u2019associer à la campagne menée, depuis déjà neuf ans, par un réseau d\u2019associations et de groupes américains, notamment par «The School of Americas Watch», qui demande au Congrès des États-Unis de ne plus affecter de crédits de fonctionnement à cette école.Pour de plus amples informations, consulter la page Web de SOA Watch: www.soaw.org.La mise en place du Programme d\u2019assurance-emploi a eu pour effet d\u2019exclure un bon nombre de personnes, dont les jeunes nouvellement arrivés sur le marché du travail et ceux qui occupent des emplois précaires, ainsi que les femmes qui tentent de revenir sur ce marché du travail, après avoir consacré quelques années à l\u2019éducation de leurs jeunes enfants.Mgr François Thibodeau, président de la Commission épiscopale des affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada, vient d\u2019écrire une lettre à monsieur Pettigrew, dans laquelle il attire l\u2019attention du ministre du Développement des ressources humaines sur l\u2019absence de politiques et d\u2019enveloppes budgétaires dédiées au développement régional.Il demande de revoir ce Programme d\u2019assurance-emploi et d\u2019y apporter des modifications, en vue de répondre davantage aux besoins des populations en difficulté.Depuis 1996, l\u2019Afrique a enregistré huit coups d\u2019État sanglants, dont un a avorté grâce à l\u2019intervention de la France en République centrafricaine.Après le sommet France-Afrique de 1990, au cours duquel François Mitte-rand avait déclaré «La démocratie, sinon pas d\u2019aide au développement», quelques tentatives de démocratisation des institutions nationales ont vu le jour, notamment à travers les conférences nationales.Par la suite, les dictateurs se sont arrangés pour organiser des simulacres d\u2019élections et pour les gagner.Les coups d\u2019État restent un des plus épineux problèmes du continent africain.Selon le Bureau international du travail, 250 millions d\u2019enfants de 5 à 14 ans travaillent dans le monde, dont 61% en Asie, 32% en Afrique, 7% en Amérique latine et une toute petite minorité dans les pays industrialisés.Environ 120 millions d\u2019enfants travaillent à plein temps.Ils ne peuvent ni aller à l\u2019école, ni apprendre un métier, ni jouer.La plupart des ONG et des gouvernements occidentaux, ainsi que les Nations unies affirment qu\u2019il faut éradiquer le travail des enfants.Pourtant des milliers d\u2019enfants et d\u2019adolescents revendiquent leur droit au travail, mais dans la dignité.Ils sont opposés à l\u2019idée d\u2019un âge légal d\u2019accès au travail et s\u2019insurgent contre le boycott des produits qu\u2019ils fabriquent pour l\u2019exportation.Un nouveau texte de convention devrait être adopté en juin 1999, à Genève, au BIT.Il portera sur les formes les plus inhumaines et les plus dangereuses du travail des enfants.Tout au long de l\u2019année 1999, les Jésuites canadiens célèbrent le 350e anniversaire du martyre de leurs compagnons de jadis, connus sous le nom de «martyrs canadiens».Il s\u2019agit de Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Charles Garnier et Noël Chabanel.Les quatre autres du groupe sont morts soit en 1646 soit en 1649.Une messe solennelle sera célébrée au Gesù, le 26 septembre, à lOh, présidée par le cardinal Turcotte.Une exposition sur les saints Jésuites de la Nouvelle-France sera organisée par le Centre de créativité du Gesù, en septembre et en octobre.Elle soulignera la richesse de leur vie spirituelle.Elle sera accompagnée d\u2019une danse de la réconciliation créée par un Amérindien.relations juillet-août 1999 179 hors-dossier QUEL PROJET CULTUREL POUR LE XXIe SIÈCLE?par Jean-Marc Fontan et Bernard Fusulier1 Nous sommes tellement submergés par la technologie que la préoccupation centrale, à l\u2019aube du prochain millénaire, tourne autour d\u2019une «grande question»: le bogue de l\u2019an 2000.Et si le bogue le plus préoccupant n\u2019avait rien de technologique, mais tenait bien plus d\u2019un problème culturel?Si tel était le cas, pourquoi ne placerions-nous pas plus d\u2019énergie à régler le bogue culturel que nous le faisons présentement pour parer le bogue informatique?Par bogue culturel, nous entendons la situation difficilement acceptable dans laquelle s\u2019est placée l\u2019humanité.Au plan démographique, nous progressons sans cesse: sept milliards d\u2019humains en 2005.Pour ce faire, nous faisons fi de l\u2019exiguïté de la planète, nous éliminons entre cinquante et cent espèces animales et végétales par jour et, pour contrer la surpopulation de la Terre, nous rêvons de coloniser la planète Mars.Au plan économique, nous nous enfonçons dans une logique où le principal indicateur du progrès est la consommation ostentatoire de biens et de services, témoins de bien-être matériel! Au plan politique, la démocratie se trouve chargée d\u2019une douce mission: permettre une gestion à faible coût des tensions liées à l\u2019approfondissement des inégalités entre les individus.Au plan social, les solidarités de base sont remplacées par les solidarités institutionnelles mises en place par la société civile (groupes communautaires) ou par l\u2019État (réseau des services sociaux et de la santé).Le bogue culturel ne concerne en rien une incapacité de changer de date, mais concerne l\u2019urgence d\u2019une mise à l\u2019heure des pendules de l\u2019égalité sociale.Le peu de cas accordé au bogue culturel témoigne d\u2019un manque flagrant de volonté de s\u2019attaquer à la question des inégalités sociales, de la grande pauvreté, et ce, malgré le fait que nous disposions des moyens pour l\u2019éradiquer.Pour régler le bogue informatique, il suffit d\u2019un travail de reprogrammation.Pour s\u2019attaquer au bogue culturel, il y a aussi place pour une «reprogrammation», non pas d\u2019ordinateurs, mais de notre façon de concevoir le fait de vivre ensemble.Et cette reprogrammation repose, entre autres choses, sur l\u2019adoption d\u2019un cadre éthique à portée universelle.Se doter d\u2019un tel cadre est lourd de conséquences.Il faut tout d\u2019abord déconstruire le modèle culturel dominant, derrière lequel se profile la logique néolibérale du tout au marché comme moyen à privilégier pour réaliser le «projet humain».Selon cette logique, tout doit devenir marchandise à échanger sur des marchés toujours plus larges, appuyés par les progrès des sciences et des techniques.N\u2019avons-nous pas conquis assez d\u2019espace, n\u2019avons-nous pas réalisé assez de prouesses techniques et scientifiques, ne sommes-nous pas devenus ces dieux adulés des temps passés?Mais au prix de quelles souffrances et de quels sacrifices humains! Certes, nous ne réclamons pas le statu quo, le retour à la logique de la tradition où l\u2019avenir n\u2019est que la répétition du passé.Cependant, le progrès scientifique, technique, économique doit s\u2019encastrer dans un projet de société et non courir de façon débridée.La responsabilité des grands acteurs décisionnels, face au processus de mondialisation des espaces nationaux, est d\u2019adopter un projet de société novateur qui redonne sa pleine mesure à la valeur d\u2019égalité, et donc qui réintègre les personnes marginalisées ou exclues des bénéfices de la grande aventure moderne: celle qui commence au moment où l\u2019homme prend en main son destin.La responsabilité de tous les citoyens de la planète est de faire en sorte que, par l\u2019intermédiaire d\u2019actions individuelles et collectives, les grands détenteurs de pouvoir n\u2019aient d\u2019autres choix que celui d\u2019adopter et de réaliser un projet social respectueux du développement humain.Une refonte des rapports sociaux Entre laisser son sort aux mains de miraculeuses régulations économiques libérées de l\u2019intervention politique ou refondre la société autour d\u2019un projet réaliste, le choix est clair.Mais voilà, quoi proposer?Entre la volonté de voir les choses s\u2019améliorer et la possibilité d\u2019amélioration, l\u2019écart est grand.Nous pouvons certes proposer un nouveau cadre d\u2019action idéalisé, mais qui voudrait le suivre s\u2019il est question d\u2019arrêter la machine économique quand cette dernière a la possibilité d\u2019assurer un bien-être et une sécurité jamais atteints dans toute l\u2019histoire de l\u2019humanité?Qui voudrait éliminer le système de démocratie représentative alors que cette dernière est garante d\u2019un respect minimal des droits et des responsabilités sociales, permettant l\u2019expression de demandes émanant d\u2019une variété de groupes sociaux?Force est de constater que ces gains se font au détriment des cultures dominées, de catégories sociales marginalisées, d\u2019institutions appauvries, d\u2019individus et de territoires déconnectés des centres de pouvoir.Jusqu\u2019à quel prix peut-on accepter, en termes de coûts sociaux et de coûts environnementaux, que les groupes nantis et moyennement nantis bénéficient des progrès économique et politique, alors que d\u2019autres groupes de personnes en sont machinalement exclus?Une perspective d\u2019avenir intéressante serait de l\u2019ordre d\u2019un 180 relations juillet-août 1999 \tH\t \t\t compromis où l\u2019on maintiendrait les acquis techniques de la société salariale dans une optique d\u2019égalité sociale.L\u2019appareil productif et les bases démocratiques actuelles pourraient être revus et corrigés dans une logique redistributive du progrès social et non dans la volonté de maintenir un écart croissant entre les plus riches et les plus pauvres.Or, aujourd\u2019hui, la croissance économique semble aller de pair avec la croissance des inégalités sociales.Pis, la croissance économique rend légitime la précarisation et l\u2019exclusion ! Il ne faut pas nous dédouaner de nos responsabilités et rejeter la faute uniquement sur les grands argentiers ou hommes politiques; chacun de nous, dans sa vie quotidienne, est amené à poser des jugements et des actes qui entérinent cette logique.On le voit, l\u2019incidence qu\u2019aurait un projet de reprogrammation des orientations culturelles des sociétés développées est énorme, car il signifie une transformation fondamentale des rapports sociaux.En termes de propositions concrètes, cette programmation demande plus que des actions cosmétiques.Il ne suffit pas seulement de proposer un revenu minimum garanti pour contrer le fait que les sociétés occidentales ne produisent plus d\u2019emplois de qualité en nombre suffisant.Il s\u2019agit plutôt de revoir la définition du travail et notre rapport à la reconnaissance sociale et au prestige.La redéfinition du travail permettrait d\u2019allouer des sommes importantes à des travaux socialement utiles à l\u2019humanité et garants de revenus décents et valorisants pour les travail- 1.Jean-Marc Fontan, Université du Québec à Montréal, département de sociologie.Bernard Fusulier, Université Catholique de Louvain, Unité d\u2019anthropologie et de sociologie (Louvain-la-Neuve, Belgique).Voir un premier article dans Relations de mai 1999, p.120-121: «Repenser l\u2019économie, le politique ou repenser la culture?» leurs concernés.La redéfinition de notre rapport au prestige social passe par le renforcement des dispositifs existants de reconnaissance de la valeur humaine, non pas par sa capacité de dépenser, mais par sa capacité d\u2019empathie, de partage et de solidarité à l\u2019égard d\u2019autrui.Une telle logique ne correspond certainement pas aux propos de la directrice du service de marketing des cartes Visa: Chaque fois que vous sortez une carte de crédit de votre portefeuille, vous affichez votre statut social.Le débat est alors formulé dans les termes suivants: définir le travail autant par sa mission productive que par sa mission sociale; définir la réussite et le prestige social par la contribution La culture mondiale peut difficilement naître en dehors de la signature d\u2019un contrat culturel mondial.autant économique, politique, sociale que culturelle de la personne au bien-être collectif.Il s\u2019agit de redonner vie à l\u2019idée de société.Le grand projet culturel du prochain millénaire mobiliserait le génie créateur social libéré par la mise en place de la modernité en le mettant au service d\u2019une distribution équitable du travail, tout en assurant l\u2019existence de mécanismes qui valoriseraient l\u2019implication de l\u2019individu au développement de la société.Qu\u2019est-ce qui doit faire la grandeur de l\u2019homme?Sa capacité à s\u2019enrichir?Sa capacité à oeuvrer au bien commun?Notre vision de l\u2019avenir va donc à contresens du projet socioéconomique mis de l\u2019avant par la logique néo-libérale.Cette relations juillet-août 1999 181 Photo: Michael Agliolo/RÉFLEXION PHOTOTHÈQUE vision nécessite la préservation d\u2019un contrôle citoyen de l\u2019activité économique et plus largement l\u2019extension des espaces et des niveaux démocratiques de gestion de la société.Cela demande aussi de privilégier une logique de développement durable.Pour ce faire, il y a lieu d\u2019exiger le maintien d\u2019un rôle médiateur et d\u2019une fonction normative forte de la part de l\u2019institution étatique.Le nouveau cadre exige, de la part des détenteurs de capital, de travailler avec les organisations publiques et communautaires pour mettre en place des dispositifs adéquats d\u2019insertion socioéconomiques.Dans un tel cadre, le consensus social s\u2019établit autour de l\u2019importance de miser sur l\u2019intégration des populations et des territoires comme indicateur d\u2019enrichissement national et mondial.Dès lors, les institutions travaillent ensemble et de façon complémentaire.Elles favorisent l\u2019intégration des personnes, des territoires et des activités économiques à la performance sociale de l\u2019humanité et non à la performance économique d\u2019individus ou d\u2019entreprises.Vers une culture mondiale Cette reprogrammation demande aux acteurs de repenser les bases de leurs actions et surtout la finalité de leurs interventions.Cette finalité n\u2019a plus à être centrée sur le développement de l\u2019espace national.Au contraire, le cadre d\u2019intervention institutionnel et organisationnel des acteurs est recentré tant vers le local que vers le mondial.Ces institutions et organisations peuvent ainsi participer à la définition d\u2019un État capable d\u2019accepter une plus grande autonomie à l\u2019échelle régionale/locale et une réelle représentativité démocratique à l\u2019échelle continentale/mondiale.Sous ce jour, on ne peut plus voir la culture nationale comme l\u2019expression d\u2019un particularisme culturel défensif.Au contraire, la culture nationale a avantage à s\u2019ouvrir, à la fois sur l\u2019extérieur (les autres ensembles culturels nationaux ou autres civilisations), et sur l\u2019intérieur (les sous-cultures présentes au sein de l\u2019espace national).Évidemment, il importe de resituer la souveraineté nationale en l\u2019insérant dans un espace civilisationnel mondial, lequel est présentement, qu\u2019on le veuille ou non, en construction.La culture mondiale est un espace à investir en revendiquant la définition d\u2019une souveraineté de l\u2019espace mondial, impliquant l\u2019adoption d\u2019une constitution et d\u2019une déclaration de principes faisant loi en termes d\u2019obligations à respecter et de droits à promouvoir.La culture mondiale peut difficilement naître en dehors de la signature d\u2019un contrat culturel mondial, à l\u2019image de celui préconisé par le Groupe de Lisbonne.À la citoyenneté nationale et régionale, s\u2019ajoute une citoyenneté planétaire, non encore reconnue, mais elle aussi en définition.Le réseau institutionnel support à la mondialisation, présentement meublé d\u2019organisations essentiellement économiques et militaires, trouve une légitimité dans sa capacité d\u2019être représentatif des intérêts civilisationnels portés par les différents groupes sociaux, présents au sein des espaces nationaux et infranationaux.La reprogrammation ne se fera pas toute seule et ne peut être, par ailleurs, l\u2019acte volontaire d\u2019un big brother quelconque.Elle doit être le fruit de notre capacité réflexive, de notre sentiment et de notre volonté d\u2019humanité.Elle requiert un répertoire d\u2019action à la hauteur du projet visé.D\u2019une part, la reprogrammation implique une mobilisation transnationale des acteurs sociaux.D\u2019autre part, elle demande des actions motrices transversales - des travailleurs avec des chômeurs et des sans-chèque; des femmes et des hommes; des identités culturelles variées -dénonçant l\u2019inacceptable, comme l\u2019ont fait la Marche blanche en Belgique et la Marche des femmes au Québec.Les actions mobilisatrices ont avantage à dénoncer, tout en proposant des correctifs et en exigeant leur adoption.Concrètement, le nouveau répertoire d\u2019action en construction repose autant sur des stratégies traditionnelles de mobilisation - manifestations, pétitions, grèves, dénonciations, etc.- que sur des stratégies renouvelées de recherche et d\u2019expérimentation, d\u2019innovation sociale et surtout d\u2019élargissement des bases de la mobilisation des ressources par des actions de concertation et de partenariat entre des acteurs sociaux.Ces nouvelles stratégies d\u2019action s\u2019inscrivent pleinement dans la société des réseaux; elles participent à la formation de réseaux internationaux et utilisent les nouvelles techniques de travail reposant sur la communication par réseaux virtuels.Mais, au-delà des appareils, des organisations et des techniques, la base du travail de reprogrammation repose fondamentalement sur le désir de ramener les valeurs humaines au centre de la logique de développement du projet humain.S\u2019il tient du miracle technologique que de plus en plus de gens puissent être centenaires en âge, il est du supermiracle social que la totalité de l\u2019humanité puisse être assurée d\u2019un partage équitable et responsabilisé des bienfaits, rendu possible par le niveau actuel de développement.C\u2019est donc le moment de se souvenir de ce que dirait Georges Bernanos: «On ne subit pas l\u2019avenir, on le fait».¦ Seules une redéfinition et une redistribution équitable du travail permettraient à tous de bénéficier d\u2019une reconnaissance sociale.182 relations juillet-août 1999 Photo: Normand Blouin/STOCK ETTRE ¦j'jJ ure Aitorj1 i£)j -IMd U Au Québec, les familles et l\u2019Eglise catholique ont jusqu\u2019à maintenant fait confiance à l\u2019école pour assurer la transmission de la foi aux enfants et aux jeunes.Pourtant des changements de perspective se sont introduits, ces dernières décennies.Ils sont passés inaperçus du grand public - dont les parents - si bien que beaucoup n\u2019ont pas vraiment pris conscience de ce virage.Jusqu\u2019en 1985, l\u2019école publique de confessionnalité catholique proposait un enseignement religieux catholique et prenait en charge la préparation aux sacrements du pardon, de l\u2019eucharistie et de la confirmation.Cet enseignement était obligatoire pour tous les enfants, sauf dispense après demande écrite des parents.1.\tCatéchète de profession, l\u2019auteure a travaillé au Centre national de l\u2019enseignement religieux en France, pendant neuf ans, et a été membre du comité de rédaction de la revue Catéchèse.2.\tUn sondage rapide dans diverses paroisses du Québec ferait cependant apparaître la grande disparité de ces démarches sacramentelles, tant au niveau du rythme des rencontres que de leur contenu: d\u2019une seule rencontre avant la célébration à un parcours déployé dans le temps, avec parfois la participation des familles.3.\tLe point sur l\u2019école catholique.Avis au ministre de l\u2019Éducation, Comité catholique du Conseil supérieur de l\u2019éducation du Québec, 1995, p.4 et 9.La possibilité de suivre un enseignement moral a commencé à voir le jour à la fin des années 70.En 1985, le Comité catholique a modifié son règlement et l\u2019école a proposé soit un enseignement moral et religieux catholique soit un enseignement moral, selon le choix des parents ou des élèves (à partir de la troisième secondaire), exprimé annuellement.Ce règlement fut ensuite remplacé par la Loi 107 sur l\u2019Instruction publique, en 1988.Les paroisses ont réagi en offrant une démarche d\u2019initiation aux sacrements du pardon, de l\u2019eucharistie et de la confirmation.Pour accéder à cette sacramentalisation, il était nécessaire d\u2019avoir suivi l\u2019enseignement religieux catholique à l\u2019école1 2.Depuis le milieu des années 1990, le programme d\u2019enseignement moral et religieux vise le développement de l\u2019élève, la présentation de l\u2019héritage catholique et la formation de la conscience morale.Il n\u2019a plus de visée catéchétique, au sens où il ne prétend pas conduire les élèves à un acte de foi3; il comporte avant tout une dimension cognitive et éthique.On peut donc dire que l\u2019école ne prétend plus transmettre la foi.Cependant les paroisses n\u2019ont pas modifié leur manière de faire.Le rapport Proulx, à travers sa proposition de laïcité ouverte, s\u2019inscrit dans cette situation.Il ne la crée pas, puisqu\u2019elle existe déjà.Il a le mérite de la faire apparaître clairement.Un tournant doit être à nouveau pris si l\u2019on veut que de jeunes Québécois connaissent la joie d\u2019être chrétiens.Il est urgent que la communauté catholique se questionne sur la transmission de la foi aux jeunes générations et réfléchisse à de nouvelles perspectives d\u2019éducation chrétienne.Les familles, les groupes et les communautés sont mis face à leur responsabilité d\u2019éducateurs de la foi.Beau défi porteur d\u2019avenir et de créativité.Il ne s\u2019agit pas simplement de réaménager ce qui existe déjà, mais de prendre acte de la rupture qui s\u2019est opérée.Un univers s\u2019écroule, quelque chose de neuf est à inventer.relations juillet-août 1999\t183 La foi, pas seulement la religion Dans un contexte de chrétienté, on a longtemps pensé que la foi se transmettait de génération en génération.On s\u2019attendait généralement à ce que les enfants de parents chrétiens soient eux-mêmes chrétiens.La foi était conçue comme un héritage, qu\u2019on recevait en cadeau en même temps qu\u2019on recevait la vie.On entrait alors spontanément dans un système de croyances, de rites et de valeurs.Cette vision des choses est fortement ébranlée au sein d\u2019une société pluraliste et sécularisée.Des parents très convaincus de leur foi ont des enfants et des petits-enfants qui se disent agnostiques, et des jeunes de familles non pratiquantes demandent le baptême, à la suite d\u2019une rencontre avec le Christ.La sécularisation oblige à repenser les liens qui unissent la religion et la foi, pour ne pas confondre l\u2019une avec l\u2019autre.Car la religion n\u2019est pas la foi, mais le langage ou les formes culturelles dans lesquels une foi se dit et se vit.Ces dernières englobent la profession de foi, la liturgie, la morale et les valeurs, l\u2019organisation ecclésiale.Il n\u2019y a pas de foi vivante sans religion, mais on peut bien avoir une pratique religieuse ou vivre de valeurs héritées du christianisme sans jamais être entré dans l\u2019expérience de la foi.L\u2019illusion consiste à croire qu\u2019une religion établie, stable dans ses formes, objet d\u2019un consensus social, qui marque les moeurs et les lois de la société, signifie à coup sûr la foi vivante de tous ses membres4.La grande majorité des Ouébécois, aujourd\u2019hui, se déclarent encore catholiques.Toutefois, il convient de reconnaître que la Il ne s\u2019agit pas simplement de réaménager ce qui existe déjà, mais de prendre acte de la rupture qui s\u2019est opérée.situation du catholicisme a beaucoup évolué.De référence obligée, il se fait une voix parmi d\u2019autres.Cela ne signifie pas pour autant qu\u2019il ait perdu sa pertinence, loin de là.L\u2019adhésion de foi, dans ce contexte, ne peut donc se contenter d\u2019être une adhésion à des valeurs reconnues par tous; elle est un choix, un acte personnel et réfléchi.Julien Harvey disait: «La véritable foi ne s\u2019établit que dans une personne libre ou du moins capable de liberté5».Cette situation influence beaucoup le modèle de transmission.La foi chrétienne est bel et bien un héritage, mais elle apparaît davantage comme une promesse qui oriente la vie et la dynamise.La foi fait appel à l\u2019engagement personnel et à la liberté.Personne ne peut obliger quelqu\u2019un à croire ou à aimer.Les éducateurs de la foi ont donc à susciter ce climat de liberté pour eux-mêmes et pour les autres, dans le respect de la conscience de chacun et la confiance dans l\u2019action de l\u2019Esprit.En ce sens, la foi ne se transmet pas, Dieu seul la donne à celui ou à celle qui l\u2019accueille.Mais la foi ne naît pas de rien.Elle suppose une annonce (Rm 10,13-15).Saint Paul dit qu\u2019il a transmis ce qu\u2019il a lui-même reçu, à savoir le récit de la mort et de la résurrection de Jésus.La personne du Christ et son Évangile sont donc au centre de l\u2019annonce.Cette Bonne Nouvelle ne se réduit pas à des mots, elle est aussi événement, au sens d\u2019avènement.Pour faire connaître le Père, le Christ a pris chair dans une culture donnée en prenant le risque d\u2019une parole d\u2019homme, limitée et risquée.Des mots peuvent devenir lettre morte, la parole est toujours vive.Elle advient dans une relation et une écoute.Elle prend chair dans des existences et devient ferment du Royaume sur notre terre.La responsabilité des familles et des communautés chrétiennes L\u2019éclosion de la foi nécessite aussi des conditions favorables, un terreau dans lequel l\u2019annonce de la Bonne Nouvelle peut porter du fruit.C\u2019est là que les familles sont appelées à jouer leur rôle.L\u2019éveil à la vie et à la foi, dans le même mouvement, commence dès la petite enfance.Les parents ont à communiquer leur goût de vivre et leur émerveillement devant l\u2019existence, ils ont à transmettre un art de vivre en référence avec l\u2019Évangile.Leur apport est irremplaçable.Personne ne peut jouer ce rôle à leur place, car il s\u2019agit d\u2019une vie qui se communique, d\u2019une osmose qui se réalise et non d\u2019une doctrine à inculquer.L\u2019enfant apprend ainsi à répondre aux grandes questions de l\u2019existence: pourquoi naître et mourir, vivre et aimer, souffrir et lutter?Il apprend aussi à nommer la Source de la vie.Il s\u2019imprégne d\u2019un climat, d\u2019une atmosphère comme d\u2019un parfum.Aimé et respecté, il se situe progressivement dans la relation aux autres, à Dieu.Ses parents lui transmettent des représentations de Dieu qu\u2019il aura à faire évoluer.Par la transmission de récits de toutes sortes, ils nourrissent aussi son imaginaire humain et chrétien.Au fur et à mesure que l\u2019enfant grandit, le témoignage des adultes le construit et lui trace son chemin propre.Se demander ce dont les jeunes générations ont besoin pour bâtir leur vie sur des fondations solides renvoie chacun à une question fondamentale: qu\u2019est-ce qui me fait vivre, qu\u2019est-ce qui fait que la vie a du prix à mes yeux, je fonde mon existence sur quoi?Les adultes que nous sommes sont-ils prêts à s\u2019en parler?Dans les familles, il est sûr que la génération des baby-boomers ne veut pas d\u2019abord transmettre des certitudes, des lois, des dogmes, car elle a fait l\u2019expérience d\u2019avoir été emprisonnée par eux et de passer ainsi à côté de la vie.Le désir de transmettre suppose alors une réconciliation avec son histoire, pour resituer les blessures à leur juste place et se donner la possibilité de les assumer.Cette réconciliation ne sera possible que si l\u2019Église reconnaît elle aussi sa part de responsabilité dans la transmission d\u2019images et de représentations faussées.Les jeunes générations - qui commencent à devenir parents - ont une mémoire à construire et sont disponibles.Mais elles ne savent pas bien sur qui et sur quoi s\u2019appuyer, ayant tout à reprendre à neuf.Être père ou mère, se situer dans la vie professionnelle, s\u2019approprier sa foi sont autant de défis auxquels elles ont 4.\tVoir Les chemins de la vie, chap.6, Jean-Paul Mensior, Novalis/Lumen vitae, 1999.5.\t«L\u2019homme d\u2019ici et le salut offert», J.Harvey, Relations, no 644, octobre 1998.184 relations juillet-août 1999 large de communautés de baptisés qui vivent leur vocation baptismale.Il recouvre actuellement la réalité des paroisses.Chacun garde encore trop souvent à l\u2019esprit un modèle très hiérarchique de l\u2019Église selon lequel les communautés sont d\u2019abord les prêtres aidés de quelques fidèles.En fait, chaque baptisé, par son baptême et sa confirmation, a reçu la mission d\u2019annoncer le Christ et de vivre de l\u2019Esprit qui habitait Jésus.Dans cette perspective, tous les chrétiens dans leur ensemble sont responsables de la transmission de l\u2019Évangile et pas seulement un petit groupe de catéchètes réunis autour de leur curé.La transmission de la foi appartient à la communauté chrétienne.Chacun témoigne à sa manière en son sein.Quelle catéchèse inventer aujourd\u2019hui pour être fidèle d\u2019une part aux enfants et aux jeunes et d\u2019autre part à la Bonne Nouvelle à annoncer?Suffit-il de continuer à proposer un enseignement religieux encore très marqué par la transmission de la doctrine?Quels chemins initiatiques inventer pour susciter une véritable expérience de Dieu et faire goûter la saveur de l\u2019Évangile?À l\u2019époque de la mondialisation et du développement des communications, nous passons d\u2019un modèle unique à des modèles pluriels, du modèle de la transmission d\u2019une doctrine à un modèle de communication où de nombreuses informations sont mises à la disposition de tous.Chacun est invité à trouver la cohérence de sa vie, au sein d\u2019un véritable labyrinthe.La foi cherche à se dire à travers de multiples réseaux, dans la rencontre d\u2019autres religions et de l\u2019agnosticisme.Nous sommes ici face à des problèmes de société nouveaux.La transmission se trouve malmenée.Impossible donc de reproduire des modèles déjà connus.La situation de déconfessionnalisation des écoles devrait être propice à l\u2019inventivité.Quels lieux vont permettre aux personnes de diverses générations de dire Je crois?Ne faudrait-il pas chercher du côté de lieux intergénérationnels qui permettraient à chacun de s\u2019inscrire dans le paysage de la foi?Jusqu\u2019à présent, les enfants et les jeunes sont regroupés à l\u2019école par niveau d\u2019âge.Plutôt que de reproduire l\u2019organisation scolaire, il pourrait être plus profitable de faire collaborer les générations entre elles, des enfants avec des adultes, des adolescents avec des personnes du troisième âge.L\u2019expérience de chacun serait mise au service de tous.De tels lieux n\u2019existent pas, ils sont à créer à partir des quartiers, des paroisses, des centres d\u2019intérêts.Ils seraient un lieu tiers, autre que les familles et les écoles.L\u2019organisation de temps forts plusieurs fois dans l\u2019année, par exemple, permettrait de déployer du temps et favoriserait le cheminement.Ces lieux devraient répondre aux aspirations fondamentales des individus et favoriser divers degrés d\u2019appartenance à l\u2019Église.Une souplesse est requise ainsi que la définition de quelques critères de croissance dans la foi et d\u2019étapes à parcourir.La célébration des sacrements ne se ferait pas en fonction des âges, mais des cheminements.Il faudrait alors revoir le processus d\u2019initiation sacramentelle des jeunes pour retrouver la dynamique de l\u2019initiation chrétienne et pas seulement celle de l\u2019enseignement.Le chemin à parcourir permettrait d\u2019accéder au je et de passer du je au nous.Les pédagogies devraient accorder une large place au récit, aux symboles, au corps et à l\u2019image, pour conduire à une expérience sous forme d\u2019itinéraire.L\u2019intelligence de la foi serait honorée de manière moins livresque, mais plus existentielle.L\u2019Église pourrait être vécue comme vie à la suite du Christ et non seulement comme institution contraignante.Le chantier est ouvert.Les bâtisseurs sont les bienvenus! ¦ à faire face.Souvent, elles éprouvent le besoin d\u2019être soutenues dans cette recherche.Les enfants et les jeunes, quant à eux, vivent dans un univers qui leur est propre.Les adultes doivent trouver une nouvelle façon de les rejoindre dans leur culture.La famille constitue encore le premier lieu social des enfants et des jeunes.Diverses générations s\u2019y croisent et apprennent à se communiquer mutuellement les choses essentielles de la vie.Miser sur la famille pour la transmission de la foi ne renvoie pas nécessairement la foi dans le domaine du privé.Cela l\u2019enracine dans un lieu de transmission globale et souligne le lien qui unit de manière inextricable la vie et la foi.Du chemin reste à parcourir pour que chaque famille se sente concernée par cette transmission et que les adultes acceptent de prendre la part qui leur revient.C\u2019est l\u2019avenir des enfants et d\u2019une société qui est ici en cause.Les familles cependant ne sont pas les seules responsables de la transmission de la foi aux jeunes générations.Elles ont une place à tenir en concert avec d\u2019autres partenaires.Les communautés chrétiennes sont désormais remises face à leur raison d\u2019être, elles qui ont la mission d\u2019annoncer l\u2019Évangile par leur manière de vivre et d\u2019agir dans le monde contemporain, la tâche de catéchiser les enfants que les parents éveillent à la foi, et enfin la charge d\u2019initier à la vie chrétienne par les sacrements.Le terme de communauté chrétienne est employé ici au sens La transmission d\u2019une génération à l\u2019autre n\u2019est pas à sens unique.Chacun est enrichi par ce qu\u2019il reçoit des autres pour construire le sens de sa vie aux différentes étapes.relations juillet-août 1999 185 lectures du mois avec Anne-Marie Aitken, André Beauchamp, Jean-Marc Dufort, Diane Gariépy et Marie de Serres DEVANT LA MORT D\u2019UN ENFANT Marie Laberge, La cérémonie des anges, Montréal, Boréal, 1998; 343 p.La cérémonie des anges est le journal intime juxtaposé de Nathalie et de Laurent qui ont perdu leur fille Erica, décédée à l\u2019âge de deux mois du syndrome de mort subite du nourrisson.La mort de l\u2019enfant entraîne l\u2019éclatement du couple, Laurent et Nathalie étant tous deux incapables de supporter la réaction de l\u2019autre, tellement différente de la sienne.Laurent pleure sa fille et son bonheur perdu.Nathalie cherche à oublier la perte qu\u2019elle est incapable d\u2019affronter en se jetant dans sa vie d\u2019actrice et dans une sexualité effrénée.Elle méprise Laurent qui, selon elle, semble se complaire dans sa peine et ses pleurs.Laurent est rempli de colère devant cette femme qui vit comme si elle n\u2019avait jamais eu d\u2019enfant, elle qui avait tant désiré cette grossesse et été si heureuse avec Erica.En même temps, il ne peut supporter d\u2019avoir perdu la femme qu\u2019il aime et il cherche à la retrouver.Nathalie fuit sa détresse, mais celle-ci la fera basculer à travers son corps qui craque.Petit à petit, en très peu de mots, Nathalie commence à regarder et à nom- mer la douleur qui la terrasse.Entremêlée dans le cheminement de Nathalie et de Laurent, vient se greffer la présence de Rémi, un ami de longue date du couple qui, atteint du sida, fait face à une mort annoncée qui se rapproche de plus en plus.Nathalie et Laurent accompagnent Rémi et à travers lui, grâce à lui, font face à la mort et apprivoisent la perte d\u2019Erica.La cérémonie des anges est une illustration puissante de la déchirure que vivent les couples qui perdent un enfant, quelle que soit la cause du décès.Laurent et Nathalie expriment, chacun à leur façon et sans synchronisme, la réaction de choc, l\u2019engourdissement puis le «dégel» qui fait prendre conscience de l\u2019immensité du vide et du silence laissés par le départ de l\u2019enfant.Ils nous disent aussi la colère et l\u2019angoisse des parents qui cherchent un coupable (en général soi-même ou le conjoint) et une faute quelconque qu\u2019ils auraient commise, car il faut bien «qu\u2019il y ait eu une faute terrible pour causer un tel désastre».Marie Laberge trouve les mots justes pour exprimer l\u2019impuissance des parents, la peur d\u2019oublier l\u2019enfant, la tristesse de ne plus se souvenir de ses traits avec la même précision, la recherche du sens de cette mort inattendue et les aspects particuliers de la mort subite du nourrisson avec ses questions non résolues, sa brutalité, son côté inexplicable d\u2019une enfant qui est «morte normale et en santé.».Cepen- dant, malgré la douleur, à travers elle, en elle, la vie chemine, car «la douleur du deuil, c\u2019est accepter d\u2019être un de ces traîtres qui laissent la vie reprendre le dessus, un de ces traîtres qui laissent les morts se débrouiller seuls.Même les petits bébés morts.» Devant la mort d\u2019un enfant, chaque parent est seul malgré la présence de l\u2019autre.Chacun réagit différemment et cette différence est parfois insupportable.C\u2019est ce que Marie Laberge raconte ici d\u2019une façon saisissante, car l\u2019intensité et la durée de la négation de Nathalie ne sont pas courantes.Le discours de Laurent et celui de Nathalie sont sur deux tons très différents: le ton mordant, incisif, rempli d\u2019un humour acide de Nathalie qui dit détester les analyses intérieures et «l\u2019auto-taponnage de l\u2019âme» contraste avec celui de Laurent qui cherche à décrire les émotions qui l\u2019habitent.Roman sur la mort et le deuil, mais roman aussi sur la force de la vie, La cérémonie des anges nous fait réfléchir sur la souffrance et la mort, mais aussi sur la force de l\u2019amour; sur la sexualité comme force de vie, mais aussi de destruction et sur l\u2019accompagnement de quelqu\u2019un qui va mourir, mais cherche à rester vivant jusqu\u2019à la toute fin.L\u2019attitude de Rémi qui regarde en face la mort proche, mais qui tient à vivre pleinement jusqu\u2019à la fin nous interpelle et est porteuse d\u2019enseignement pour ceux qui accompagnent les personnes en fin de vie.186 relations juillet-août 1999 lectures du mois J\u2019ai aimé le roman de Marie Laberge, mais il ne m\u2019a pas fascinée autant que je l\u2019espérais.La mort subite du nourrisson et le chagrin des parents, je les ai connus de près.Est-ce parce que je ne me reconnaissais pas assez dans les réactions de Nathalie qui met tant de temps à commencer à faire face à sa perte?Une négation aussi intense est sans doute possible, mais plutôt rare.De plus, le récit est rempli d\u2019un grand nombre de drames et d\u2019événements peu courants qui s\u2019entrecroisent dans un court laps de temps.Certes, le but d\u2019un roman n\u2019est pas de donner aux lecteurs qui ont vécu une situation un miroir de ce qu\u2019ils ont ressenti.Mais ce sont peut-être ces éléments qui ont modéré mon enthousiasme et m\u2019ont empêchée, après la lecture, de continuer à vivre un peu avec les personnages de ce livre, comme je le fais bien malgré moi, quand un roman ou un film m\u2019a vraiment touchée.¦ Marie de Serres MARCHER AU JOUR LE JOUR Bernard Houle, Compostelle: une mise en route.Le journal d\u2019un pèlerin, Rawdon, De la Ouareau, 1998; 264 p.En 1997, du 29 juillet au 23 octobre, Bernard Houle, prêtre du diocèse de Joliette, parcourt le long pèlerinage du Puy-en-Velay, à St-Jacques de Compostelle.Le livre est le simple récit, voire les notes de voyage, du pèlerin.Une brève introduction sur les motivations de l\u2019auteur et sur le sens général de pèlerinage, puis le journal de bord du pèlerin.Récit tout simple, sans prétention, qui raconte la marche au jour le jour.Ni élans mystiques, ni grandes envolées, mais des notations presque prosaïques sur la route elle-même, l\u2019état du marcheur, les découvertes esthétiques, les tensions du voyage.Tout est en touches impressionnistes, discrètes, pudiques.C\u2019est à lui-même que le pèlerin est renvoyé, c\u2019est le chemin (le cammino) qui est le véritable pédagogue, dans la lutte du marcheur contre son propre corps, dans la solitude, dans le goût de fuir et la hâte d\u2019en finir.Le récit est vivant, concret, collé sur la réalité de la marche.On souhaiterait plus d\u2019aventures et des rencontres bouleversantes, des portraits enlevés, des analyses plus fouillées.On souhaiterait un cheminement mystique plus explicite: pourquoi donc aller marcher si loin et si longtemps?L\u2019auteur résiste à la tentation.Un récit au premier degré, honnête, presque banal et qui, par sa simplicité même, acquiert une dimension nouvelle.À conseiller à tous ceux et celles qui veulent partir.et ils sont nombreux.¦ André Beauchamp RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE Yves Chevrier, Écoeure-moi pas avec ça, répondit Dieu, Montréal, Du Cram, 1998; 335 p.Le second roman de Chevrier prolonge le livre antérieur Où il est le p\u2019tit Jésus, tabarnac.Même si l\u2019on parle ici de roman, il s\u2019agit beaucoup plus, à mon sens, d\u2019une mise en récit du cheminement de l\u2019auteur.Dans le premier tome, nous voyons Félix Thivierge, religieux des Clercs de Saint-Viateur, curé dans deux paroisses du JAL, dans l\u2019arrière-pays du Témiscouata, au plus fort de la Révolution tranquille.On assiste à la contestation de la religion traditionnelle au profit de l\u2019émergence d\u2019une pensée critique et de l\u2019engagement sociopolitique.Félix, 40 ans, a une aventure amoureuse avec Lyne, dans la trentaine, divorcée et professeure dans une école secondaire de la région de Montréal.Au début du second tome, Félix a rompu avec Lyne et essaie de reprendre pied dans sa vocation.Un conflit profond l\u2019oppose à l\u2019idiot du village, Hector, qui l\u2019a surpris à faire l\u2019amour avec Lyne dans les bois, information qui accule Félix au déni, au mensonge, et donc à un affrontement de plus en plus ouvert avec Hector.Félix poursuit désespérément son insertion dans le milieu.D\u2019une part, il se radicalise sur le plan sociopolitique et devient prêtre-ouvrier, accentuant sa relations juillet-août 1999 rupture d\u2019avec le modèle clérical.D\u2019autre part, la préparation de la fête de Noël l\u2019amène également à une démythologisa-tion des évangiles de l\u2019enfance.Jésus est de moins en moins perçu comme Christ et Sauveur et de plus en plus comme le symbole de l\u2019être-pour-autrui.Suite à une thérapie, Félix identifie son blocage affectif lié à sa mère, selon le schéma classique: Église - mère - castration symbolique -sublimation sexuelle - vocation altruiste.Félix en vient donc à quitter sa communauté religieuse et ses tâches sacerdotales pour vivre authentiquement et amorcer une relation nouvelle avec Lyne.Le second tome du récit de Chevrier a les qualités du précédent.Des chapitres vivants, des aventures savoureuses et justes, la plupart du temps, une écriture sobre et efficace, un sens certain du dialogue et de la mise en scène, une forme de retenue et de discrétion qui évite le grand guignol ou la diatribe.Quelques gaucheries à l\u2019occasion comme celle-ci: «Entreposé chez Alex, le mari d\u2019Alicia, il en parlait tous les jours» (p.235).La sécularisation massive du clergé dans l\u2019Église catholique occidentale est un phénomène d\u2019une extrême importance qui a été, à mon sens, trop peu étudiée.C\u2019est beaucoup plus qu\u2019une crise du célibat.C\u2019est une crise de l\u2019institution.Avec sa simplicité et sa clarté, le récit de Chevrier est une admirable illustration du chemin complexe qui a amené les uns à quitter et les autres à rester, comme son collègue Rodrigue.Dans sa structure même, ce récit pourrait servir à une excellente série télévisée, si on parvenait à lui garder sa discrète retenue.Un reproche que l\u2019on peut faire au récit de Chevrier réside dans l\u2019envers de sa qualité: un caractère trop linéaire et l\u2019absence de profondeur psychologique de ses personnages.Chevrier a le sens du symbole, mais il l\u2019exploite trop peu.La recherche de la castration originaire de la mère, par exemple, tient en quelques pages.Marie Cardinal en aurait écrit trois cents sur le sujet.De même pour l\u2019épisode où Lyne raconte à Myriam le récit du vol des hérons dans lequel elle perçoit l\u2019acquiescement de Dieu à son amour avec Félix.Ou encore le débat trop bref sur la tension entre une situation sacerdotale religieuse qui dure depuis près de vingt ans et la fragilité psychologique de la décision originaire.Pourquoi faudrait-il que la fidélité actuelle ne puisse combler les déficiences de l\u2019origine?Une grande partie du caractère et du narcissisme de la Révolution tranquille repose sur cette confusion.L\u2019introspection 187 lectures du mois de Félix (p.311-312) et les remarques de Rodrigue (p.321) sont simplement élusives.Trop brève est aussi la tension entre l\u2019amour et le devoir qui est l\u2019essence même de la tragédie.La tragédie de Félix est le conflit entre le devoir envers la communauté (une communauté que Félix a bousculée et fait entrer durement dans la modernité) et le désir d\u2019accomplissement amoureux.Pour reprendre la symbolique de l\u2019opéra, le drame me semble moins celui de Butterfly, dévorée par sa passion amoureuse, que celui d\u2019Aïda, déchirée entre sa réalisation personnelle et l\u2019amour de la patrie.Ces remarques n\u2019enlèvent rien au charme et à la finesse du récit de Chevrier.Elles illustrent le fait que Chevrier n\u2019est pas encore un écrivain.Il le deviendra probablement, le jour où il départagera mieux le récit à caractère autobiographique et l\u2019aventure proprement romanesque.¦ André Beauchamp EN QUÊTE D\u2019ABSOLU Georges Lauris, Itinéraire d\u2019un enfant terrible.De Cocteau à Cîteaux, Paris, Presses de la Renaissance, 1998; 223 p.La vie de Jean Bourgoint est l\u2019une des plus émouvantes de notre époque.Jean Coteau l\u2019a immortalisée dans son roman: Les Enfants terribles.Elle traduit le drame intérieur d\u2019un homme assoiffé d\u2019absolu.Le parcours est inattendu.Baptisé à l\u2019âge de vingt ans, Jean a eu pour parrain et marraine Jacques et Raïssa Maritain.Durant une longue période de désespérance, due à l\u2019opium et à son homosexualité cachée, il survit grâce à l\u2019accueil de Jean Hugo (le petit-fils de Victor Hugo) au mas de Fourques, en France, lieu de passage d\u2019un grand nombre de personnalités de l\u2019époque.C\u2019est là qu\u2019il rencontre le père Rzewuski, dominicain.Sa vie prend alors un nouveau tournant qui le mène de l\u2019opium à la Trappe.Le 25 décembre 1948, le monastère de Cîteaux lui ouvre ses portes.Seize ans plus tard, cette même porte s\u2019ouvrira, à nouveau, pour le laisser partir, en Afrique, vivre 188 au milieu des lépreux.Il y mourra, deux ans plus tard, d\u2019un cancer généralisé.Cette biographie ne suit pas l\u2019ordre chronologique précédemment décrit.On saute sans problème d\u2019une époque à une autre.On connaît le dénouement de la vie de Jean avant d\u2019en connaître tous les éléments.L\u2019auteur s\u2019intéresse surtout à l\u2019itinéraire intérieur et aux états d\u2019âme de son héros.À travers Jean, on perçoit les interrogations de toute une génération qui avait besoin de franchir les limites habituellement respectées.Il ne faut pas oublier qu\u2019en Europe, les années trente, situées entre les deux guerres mondiales, furent des années de crise.Drogue, désespoir et non-sens de l\u2019existence s\u2019y côtoyèrent.Georges Lauris, qui a accueilli Jean à la Sainte-Baume, en Provence, nous fait apprécier la beauté et le côté tragique des êtres.Il nous fait également goûter l\u2019étendue de sa culture, aussi bien littéraire qu\u2019architecturale ou historique.Un bel essai qui peut agrémenter cette période de vacances et nous ancrer dans l\u2019espérance.¦ Anne-Marie Aitken PRnrRPPR DE MANIÈRE HUMAINE: LA PENSÉE PATRISTIQUE Jean-Claude Larcher, Pour une éthique de la procréation.Éléments d\u2019anthropologie patristique.Coll.«Théologies».Paris, Les Éditions du Cerf, 1998; 175 p.Cet ouvrage rassemble cinq études sur des questions concernant l\u2019origine de la vie humaine, selon les Pères de l\u2019Église.La contraception et l\u2019avortement en occupent le centre, tandis que l\u2019ouvrage s\u2019ouvre sur le problème de la stérilité, largement évoqué dans la Bible, et auquel les Pères font écho.Fait remarquable, la question du statut de l\u2019embryon, de son animation, de sa formation a suscité chez eux divers courants qui remontent aux sources de la philosophie grecque et à la médecine de l\u2019Antiquité.On la retrouve traitée en fin de livre.L\u2019anthropologie patristique s\u2019est d\u2019abord interrogée sur la nature humaine elle-même, sur ses caractéristiques spécifiques et sa fin spirituelle.Image de Dieu par son esprit, l\u2019homme réalise sa ressemblance virtuelle avec lui dès le début de sa conception, en orientant dynamiquement ses facultés vers Dieu.Sur ce fond, déjà riche de promesses, les Pères ont élaboré des réflexions sur des problèmes généraux qui «mettent en jeu des principes et des valeurs durables» (8).Ces réflexions peuvent renvoyer à des questions préalables ou encore constituer une référence éthique adaptable à des cas particuliers.Ainsi la question de la contraception se pose, dès cette époque, dans le contexte «de la finalité de la sexualité humaine et de la place de la procréation dans la vie du couple» (9).D\u2019autres questions relatives à divers types d\u2019intervention - par exemple l\u2019avortement - relèvent du domaine de l\u2019anthropologie, de la nature de l\u2019homme, de la finalité de ses activités au plan religieux comme au plan social.Il faut néanmoins retenir, au passif des Pères latins, une vision négative de la sexualité affectant l\u2019union sexuelle dans le cadre même du mariage.L\u2019influence d\u2019Augustin, imité en cela par de nombreux évêques et écrivains ecclésiastiques, est ici évidente; même les contrats de mariage stipulaient: «pour procréer des enfants».Une telle rigueur pourrait s\u2019expliquer, d\u2019une part par la présence de courants gnosti-ques qui excluaient la procréation et, d\u2019autre part, par l\u2019influence des stoïciens qui excluaient l\u2019expression de l\u2019amour comme but des relations sexuelles.On voit ici combien la morale chrétienne est sensible aux divers courants qui la sollicitent en tous sens, y compris le courant monastique qui prône une vie communautaire libérée des obligations et des soucis «de ce monde».Le statut de l\u2019embryon a entraîné chez les Pères la question de son animation.Nombre de Pères, tant latins que grecs, ont soutenu que l\u2019existence de l\u2019âme commence à la conception: tels Tertullien, Irénée et Clément d\u2019Alexandrie.La simultanéité de la venue à l\u2019existence des éléments du composé humain reçoit sa justification chez Grégoire de Nysse: c\u2019est l\u2019unité et l\u2019identité de ce composé.À propos des manipulations génétiques, l\u2019A.revient opportunément sur la nature et la personne humaines comme normes éthiques.De la création à l\u2019image et selon la ressemblance de Dieu constitutive de l\u2019être humain, découle pour les Pères la conclusion que tous les êtres relations juillet-août 1999 lectures du mois humains sont fondamentalement égaux et qu\u2019ils possèdent tous, au moins potentiellement, une même dignité.C\u2019est dans la personne que l\u2019esprit, l\u2019âme et le corps de l\u2019homme trouvent une unité, et, malgré leur différence de nature, une solidarité et surtout une identité, la personnalité demeurant absolument unique.De là émanent un certain nombre de devoirs éthiques et le rejet de certaines pratiques liées à la procréation médicale.Ces remarques suffisent à faire ressortir la portée et le mérite de cet ouvrage.Tout en demeurant sensible aux fluctuations de l\u2019éthique ancienne, la pensée des Pères se nourrit d\u2019une anthropologie qui, de nos jours, demeure à tous égards et pour plusieurs le legs précieux d\u2019une réflexion éthique héritée du message biblique.Réflexion qui a suivi au long du temps les chemins de la transcendance qui vont de la personnalité humaine, à commencer par celle du foetus, à l\u2019unité de ses composantes dirigées vers un destin spirituel et ouvertes sur l\u2019infinité d\u2019un monde divin.Des penseurs comme Grégoire de Nazianze, Maxime le Confesseur et Grégoire de Nysse forment constellation dans cet espace.Leur héritage lumineux assigne à cette transcendance des étapes essentielles marquées par la nature même du sujet humain et de son héritage génétique, désormais mieux connu, autant que par les limites de son utilisation et sa relation libre avec Dieu.Bien des familles d\u2019esprit se retrouveront à ce carrefour.¦ Jean-Marc Dufort QUAND SURVIENT LA MALADIE Marianne Hubert, Une femme sur l\u2019autre rive.Itinéraire d\u2019un cri, Montréal, Éditions d\u2019art La Sauvagine, 1998; 315 p.Nous ne saurons pas le nom de l\u2019héroïne de ce livre.Tout au long du récit, elle s\u2019exprime à la première personne du singulier.«Cette femme, chers lecteurs, pourrait être chacun d\u2019entre vous, simplement humain et imparfait, dans une recherche constante d\u2019équilibre et d\u2019amour», nous avertit Marianne Hubert, dans la préface.Suite à la découverte d\u2019un cancer du sein, cette femme dont l\u2019histoire se déroule en Suisse, traverse, à 40 ans, une grave crise d\u2019identité et de remise en cause de son existence.Elle affronte la maladie avec courage et sans biaiser, entourée de ses quatre enfants - dont une fille adoptée - et séparée de son mari.L\u2019agressivité des traitements de chimiothérapie l\u2019éprouve et la pousse vers les médecines douces.L\u2019univers médical est ici dépeint avec finesse et sévérité.Vouloir rester partie prenante de son avenir demande à l\u2019héroïne de faire des choix, quitte à s\u2019opposer aux médecins.Avec eux, la communication s\u2019avère difficile.La vérité ne vient pas vite au jour.Nous suivons aussi les méandres de sa vie amoureuse et de son rapport avec les hommes.Mariée à l\u2019âge de vingt ans, les quinze années de vie commune ont été des années de bonheur et de paix.Et brusquement tout s\u2019est effondré, sans que l\u2019on sache pourquoi.Viennent ensuite des années d\u2019amour instable et décevant.À l\u2019inverse, l\u2019amour qu\u2019elle porte à chacun de ses enfants, et que ses enfants lui rendent, paraît plus heureux, source de nombreuses joies.Seule ombre au tableau: la profonde crise d\u2019adolescence de sa fille adoptive.Là aussi le dépassement est au rendez-vous.Au fil de la lecture, nous nous sentons très proches de cette femme, communiant à son combat et à sa souffrance.Avec elle, nous doutons, nous crions, nous nous révoltons et nous reprenons espoir.Avec elle, nous cheminons sans fuir les difficultés.Nous assistons à sa lente reconstruction.À travers des creux et des élans, la vie se révèle plus forte que tout.Rien ne parvient à la détruire complètement.Comme le sous-titre du livre l\u2019indique, il s\u2019agit bien d\u2019un cri, mais d\u2019un cri articulé qui s\u2019exprime à travers une très belle écriture.La poésie s\u2019allie à la prose et offre des espaces de respiration, bien nécessaires pour poursuivre la route.Au passage, nous faisons connaissance avec Gaston Miron, ami de l\u2019auteure.Il est question d\u2019une autre rive; celle de l\u2019existence de cette femme, inconnue mais dévoilée et élargie au cours de l\u2019épreuve traversée.Celle aussi d\u2019un autre continent.Le roman s\u2019ouvre, en effet, sur un congrès au Québec, et se termine au Pays bleu où l\u2019héroïne s\u2019est installée.Cette traversée de l\u2019Atlantique est symbolique: elle résume relations juillet-août 1999 l\u2019itinéraire de cette femme qui, assumant désormais son passé, s\u2019ouvre à la nouveauté.Tout peut alors recommencer.¦ Anne-Marie Aitken DANS LES ARCHIVES ROMAINES Pierre Hurtubise, Luca Codignola, Fernand Harvey (sous la direction de), L\u2019Amérique du Nord française dans les archives religieuses de Rome, 1600-1922, Ste-Foy, IQRC, 1999; 202 p.Dans le cadre d\u2019un symposium organisé par le Conseil pontifical de la culture, en association avec l\u2019Assemblée des évêques du Québec, les trois directeurs de l\u2019ouvrage ont voulu offrir aux chercheurs en histoire un guide de recherche sur les archives romaines concernant l\u2019histoire religieuse et sociale du Québec, et plus largement de l\u2019Amérique française.L\u2019ouvrage comprend quatre sections: «Rome et l\u2019Amérique du Nord française» (Pierre Hurtubise et Roberto Perin), «Archivistes, historiens et archives romaines» (Luca Codignola et Matteo Sanfilippo), «Description des fonds» (Luca Codignola, Matteo Sanfilippo et Giovanni Pizzorusso, «Chronologie d\u2019histoire civile et religieuse: 1600-1922» (Fernand Harvey et Luca Codignola).La part de lion est celle de la description des fonds: archives secrètes du Vatican, archives de la Propagande (un total de 3917 volumes), autres archives du Saint-Siège, archives d\u2019ordres et instituts religieux, fonds des collèges et universités, bibliothèques, autres archives religieuses et civiles.Il y a là des ressources colossales d\u2019un immense intérêt, que les trois chercheurs italiens (Codignola, Sanfilippo et Pizzorusso) présentent avec soin et rigueur.Jamais je n\u2019avais imaginé qu\u2019il y avait là tant de ressources sur notre histoire, à la fois religieuse et civile, non seulement sur le Québec, mais sur toute l\u2019Amérique française.Le chapitre sur Rome et l\u2019Amérique du Nord française montre bien la distance critique que Rome a toujours gardée à 189 lectures du mois l\u2019égard du fait français en Amérique et au Canada et, à l\u2019inverse, son intérêt pour une stratégie d\u2019insertion dans le monde anglophone plus nombreux et possiblement plus porteur.Et les auteurs de citer la remarque désabusée de Philippe Perrier: «La Providence n\u2019a pas l\u2019air de tenir à la survivance française en Amérique (.).À tout événement, Rome a l\u2019air bien décidé de nous étrangler à brève échéance.» Un livre technique, forcément aride, mais qui ouvre des perspectives immenses sur la recherche historique.¦ André Beauchamp EN ARRIÈRE ET EN AVANT André Beauchamp, La morale entre héritage et nouveauté, Montréal, Médiaspaul, 1998; 296 p.L auteur pourra-t-il me le pardonner?Je n\u2019ai pas trouvé tellement d\u2019idées neuves dans son dernier livre.Mais n\u2019allez pas conclure pour autant qu\u2019il m\u2019a ennuyée! Livre nourrissant, ressourçant, mes grands-parents l\u2019auraient dit «édifiant».J\u2019ai aimé me faire rappeler que la morale ne tient pas dans un grand livre tout fait mais bien dans une recherche incessante.«Il n\u2019y a pas un système moral unique.(.) C\u2019est un chemin ouvert, qui suppose un incessant dialogue avec son milieu».J\u2019ai savouré:«L\u2019éternité est un présent qui déjà émerge dans l\u2019aujourd\u2019hui de nos vies.(.) On pense au point d\u2019orgue qui prolonge et déploie son harmonie dans une durée insaisissable.» J\u2019ai relu plus d\u2019une fois: «La liberté, c\u2019est [alors] peser de tout son poids dans les choix qu\u2019on a faits.» J\u2019ai approfondi: «J\u2019aime les gens qui cultivent la présence de Dieu en eux au point qu\u2019à une certaine étape, iis deviennent simplement transparence de Dieu.» J\u2019ai répété, avec l\u2019auteur: «Pitié pour les politiciens!» Mais je suis restée sur mon appétit au chapitre de la conscience décrite comme étant «un lieu au fond de soi ouvert sur le vrai et sur Dieu, qui permet de dire la voie du bien.» J\u2019aurais aimé que l\u2019auteur développe aussi la notion de conscience «à l\u2019horizontale», c\u2019est-à-dire éclairée par les échanges avec d\u2019autres.Est-ce par modestie?L\u2019auteur réserve l\u2019écologie pour la fin.Comme dans tellement d\u2019autres livres! Pourquoi la morale environnementale est-elle toujours à la fin?Peut-être qu\u2019André Beauchamp veut ainsi faire contrepoids au discours de ceux qu\u2019il appelle les tenants de la «deep ecology».Mais la sensibilité de la moyenne des ours à l\u2019égard de l\u2019équilibre planétaire ne me semble pas justifier une telle prudence.Mais, bon.J\u2019ai quand même aimé cet effort d\u2019intégration des valeurs du passé et de celles qui nous courtisent.Du haut de ses soixante printemps, l\u2019auteur est bien placé pour regarder «en arrière et en avant.» ¦ Diane Gariépy LIVRES REÇUS Voici quelques-uns des livres que les éditeurs ont fait parvenir à Relations au cours des derniers mois.-\tDenis Jeffrey, Jouissance du sacré.Religion et postmodernité, Paris, Armand Colin, 1998; 168 p.-\tJacques Parizeau, Le Québec et la mondialisation.Une bouteille à la mer?, Montréal, VLB, 1998; 46 p.-\tMax Pagès, Le phénomène révolutionnaire: une régression créatrice, Paris, Desclée de Brouwer, 1998; 80 p.-\tRémi Parent, L\u2019Esprit vous rendra libres, Montréal, Fides, 1998; 140 p.-\tJean-Marc Fréchette, La lumière du verger, Paris/St-Hippolyte, Arfuyen/Le Noroît, 1998; 86 p.-\tMarco Micone, Le figuier enchanté, Montréal, Boréal, 1998; 124 p.-\tMauricio Segura, Côte-des-Nègres, Montréal, Boréal, 1998; 300 p.-\tJean-Paul II, Foi et raison.Lettre encyclique Fides et ratio sur les rapports entre la foi et la raison, Montréal, Fides, 1998; 172 p.-\tThérèse Hart, Simplement le bonheur, Montréal, Logiques, 1998; 220 p.-\tChrystine Brouillet, Les neuf vies d\u2019Edward, Paris, Denoël, 1998; 332 p.-\tGertrude Giroux, Jésus.L\u2019homme avant l\u2019Église, Montréal, Carte Blanche, 1998; 294 p.-\tMarie-Paule Malouin, Le Mouvement familial au Québec.Les débuts: 1937-1965, Montréal, Boréal, 1998; 160 p.-\tHenri Tissot, La rencontre, Paris, Presses de la Renaissance, 1998; 280 p.-\tColl, (sous la dir.de Maryse Condé et Lise Gauvin), Nouvelles d\u2019Amérique, Montréal, L\u2019Hexagone, 1998; 180 p.-\tYves Brunsvick et André Danzin, Naissance d\u2019une civilisation.Le choc de la mondialisation, Montréal, VLB, 1998; 115 p.-\tHenri J.M.Nouwen, Ma foi comme une histoire, Ottawa, Novalis, 1998; 174 p.-\tColl, (sous la dir.de Lucien Guissard), Le pari de la presse écrite.Des professionnels chrétiens s\u2019expriment, Paris, Bayard/ Centurion, 1998; 354 p.¦ à signaler ?René Lévesque.Images, textes et paroles, Micro-Intel, 1999.Un cédérom Windows/Macintosh qui se présente comme un voyage aux sources pour se remémorer le Premier ministre du Québec.Ce multimédia contient plus de 200 pages de présentation, regroupées dans treize promenades thématiques incluant 2000 pages de textes écrits par René Lévesque, 7000 photos et manuscrits, 60 minutes d\u2019archives sonores, 30 minutes d\u2019archives visuelles, 1000 notes biographiques contextuelles, 4000 événements présents dans la chronologie.À ne pas manquer! ?Mauve, Pentafolio Multimédia et Médiaspaul, 1998.Un cédérom réalisé dans le but de prévenir et de relativiser les états de crise chez l\u2019adolescent.Fait par et pour les jeunes, il permet à ceux qui sont en difficulté de prendre du recul face à leurs problèmes.190 relations juillet-août 1999 :n\u2018o V ivre ensemble 'pp Y BULLETIN DE LIAISON EN FASTORALE INTERCULTURELLE O\tT CENTRE JUSTICE ET FOI\tSECTEUR DES COMMUNAUTÉS CULTURELLES CENTRE JUSTICE ET FOI SECTEUR DES COMMUNAUTES CULTURELLES Vivre ensemble soutient l\u2019engagement pour une Église et une société où tous, quelles que soient leurs origines, puissent participer dans l\u2019égalité et la coresponsabilité.Ce bulletin concerne autant la population québécoise d\u2019accueil que les nouveaux arrivants.Vivre ensemble est un outil: \u2022\tde réflexion sur les enjeux de l\u2019intégration des nouveaux arrivants au Québec et du pluralisme de la société québécoise; \u2022\tde partage des expériences de rapprochement entre Québécois de toutes origines; \u2022\td\u2019information sur les divers organismes qui oeuvrent à l\u2019accueil et à une meilleure compréhension des diversités culturelles et religieuses; \u2022\tde communication pour tous ceux et celles qui s\u2019intéressent à la question de l\u2019immigration; \u2022\tde sensibilisation aux questions de refuge.Vivre ensemble permet à ses abonnés de former un réseau de personnes passionnées, préoccupées et engagées pour une meilleure convivance et une intégration harmonieuse.À l\u2019occasion, des rencontres de réflexion, de formation et de débat sont offertes.Quelques dossiers ou articles récents: \u2022 Les Églises de rite oriental \u2022 Le Québec pluriel aujourd\u2019hui et demain.La parole aux jeunes \u2022 Femmes d\u2019ici et d\u2019ailleurs \u2022 Quinze ans d\u2019immigration au Québec \u2022 Le jumelage: une manière de vivre ensemble \u2022 Citoyenneté pluraliste \u2022 Accueillir la diversité: un défi à relever en Église \u2022 Pour une nouvelle protection des réfugiés Pour bâtir / une Eglise et une société pluri-ethnique où chacun aurait sa place Vivre ensemble paraît quatre fois par an.Abonnement annuel: 10,00$ Adresser votre chèque à l\u2019ordre du Centre justice et foi et retourner au Centre justice et foi, Secteur des communautés culturelles 25 rue Jarry Ouest, Montréal (Québec) H2P 1S6 * toutes taxes incluses.TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 relations juillet-août 1999 191 relations juillet-août 1999\t3,95$ no 652 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t163 Compassion! Que de crimes on commet en ton nom! (Marie-Paule Malouin) -Journées sociales du Québec à Hull (Jean Bellefeuille) - Le prix de la participation (Abby Lippman) - De la dignité humaine aux États-Unis (Françoise Nduwimana) dossier J\u2019aime le cinéma! J\u2019aime le cinéma!\t168 Le monde à votre porte\t169 Grandeur et misère du\tcinéma documentaire 173 Cinéma et culture\t176 en bref\t179 articles\t180 Jean-Marc Fontan et Bernard Fusulier Quel projet culturel pour le Anne-Marie Aitken\tTransmettre la foi aujourdT lectures Page couverture: conception, Fernand Jutras; photographie, Caroline Hayeur/STOCK.Photographie de la page 167: Kevin Argue/CANAPRESSE VOUS DEMENAGEZ?Si vous déménagez, au cours de l\u2019été, n\u2019ou-\tTéléphonez ou écrivez à Mme Hélène Desmarais, bliez pas d\u2019apporter Relations avec vous! pour laisser votre nouvelle adresse.Prenez note que nos bureaux seront fermés du 24 juin au 25 juillet.Revue Relations, 25 ouest, rue Jarry, Montréal H2P 1S6.Tél.: (514) 387-2541 juillet-août (juin) 1999 Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 XXIe siècle?lui Dominique Boisvert Dominique Boisvert Silvia Galipeau Gaston Roberge 167 "]
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