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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1999-09, Collections de BAnQ.

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[" septembre 1999 3,95$ no 653 penser de nouveaux contrats sociaux mondiaux Une entrevue de Riccardo Petrella, par Dominique Boisvert A lire également: -\tQuelles avenues pour la Francophonie?(Françoise Nduwimana) -\tHaïti: refoulement du mouvement social (Franklin Midy) -\tColombie: entre la terreur et l\u2019espoir (Massimo Panzino) 977003437800009 relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Anne-Marie Aitken ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean Bellefeuille, Normand Breault, Élisabeth Garant, Joseph Giguère, Marie-Paule Malouin, Françoise Nduwimana, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques L.Boucher, René Boudreault, Raymonde Bourque, Guy Dufresne, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 28,00$ (taxes incl.) Deux ans: 49,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 29,00$ Abonnement de soutien : 75,00$ Visa et Mastercard acceptés TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 Que dire de cette grève inachevée des infirmières?À peine avions-nous posé la question que les jeunes Libéraux, assemblés en congrès estival, mettaient de l\u2019avant leurs propositions pour le système de santé.À l\u2019instar de leurs aînés, qui ne cessent de prêcher la réforme du modèle québécois, les jeunes du Parti proposent que les plus fortunés paient de leurs poches un accès privilégié aux soins.Ils prétendent ainsi injecter de nouvelles sommes dans un système de santé mal en point.En vérité, il s\u2019agit de poursuivre une logique qui est déjà en cours dans notre système de santé: l\u2019institutionnalisation du système à deux vitesses.Ceux et celles qui travaillent dans le domaine de la santé savent que la privatisation est déjà une réalité.La gratuité des soins est DES SOINS MAL EN POINT de moins en moins apparente.Depuis quelque temps déjà, alors que le chambardement du virage ambulatoire suscite de l\u2019angoisse et que les compressions réduisent les services disponibles, nous assistons au détournement des voies d\u2019accès au système.La qualité des soins reçus, de même que leur disponibilité, dépendent de plus en plus des ressources financières de chacun, ainsi que du «capital» social dont il dispose: des connaissances pour aborder le système, des contacts pour contourner les listes d\u2019attente, la disponibilité des appuis familiaux.Or, c\u2019est précisément cet état des choses qui nous fait croire que la privatisation est un leurre.D\u2019abord parce que peu de gens pourront se permettre d\u2019assumer les véritables frais reliés à une maladie importante.S\u2019il est possible pour la majorité des gens de rembourser des frais pour des services relativement peu dispendieux (pensons aux prises de sang), le 300$ exigé pour un scanner représente déjà une charge trop lourde pour plusieurs.Quant à un possible accès privilégié aux blocs opératoires, tel que proposé par les jeunes Libéraux, cela n\u2019est réservé qu\u2019à une infime minorité de la population.Mais le plus grand danger est pour le bien commun.La privatisation, dit Ricardo Petrella dans ce numéro, représente l\u2019auto-dépossession de la maîtrise de sa propre survie par une collectivité.Qui entreprendra les chirurgies supplémentaires, effectuées aux frais de l\u2019usager, sinon les mêmes médecins qui traiteront tous ceux et celles qui, par manque de ressources, ou par sens d\u2019équité, patientent sur les listes d\u2019attente?N\u2019est-ce pas de l\u2019angélisme de croire que ceux-ci auront la même sollicitude pour des patients dont la chirurgie est financée par l\u2019État que pour ceux qui le paieront directement, et qui seront donc, en quelque sorte, ses clients à lui?Sommes-nous véritablement prêts à étendre la logique de la compétitivité jusque dans les décisions les plus fondamentales pour notre bien-être physique?La sympathie populaire dont ont joui les infirmières met en évidence la profonde inquiétude de la population québécoise quant à l\u2019avenir du système de santé.Les propositions des jeunes Libéraux rappellent à quel point la pensée néo-libérale remet en question les fondements de notre existence collective.Carolyn Sharp 194 relations septembre 1999 à l\u2019actualité avec Anne-Marie Aitken, Gregory Baum, Dominique Boisvert Guy Dufresne, France Latreille et Brian Tanguay MONTRÉAL, L\u2019AMBIGUË Va pour une nouvelle structure supramunicipale, mais il faudrait d\u2019abord assurer une bonne base démocratique.Dire Montréal, c\u2019est plus souvent qu\u2019autrement créer une zone de confusion entre la ville, la communauté urbaine, la région administrative et la région métropolitaine.On dit que Montréal est en mauvais état, qu\u2019elle est en déclin, que sa position de métropole nécessite une nouvelle distribution des pouvoirs politiques et administratifs.Dans l\u2019actualité, il est de nouveau question d\u2019apporter des modifications à l\u2019organisation de Montréal: que ce soit par la création d\u2019une agglomération métropolitaine, par l\u2019extension du territoire de la Communauté urbaine, ou encore par des fusions municipales visant à faire une île avec une, deux ou trois villes.Ces projets de nouvelles structures ont au moins une caractéristique commune, celle de négliger et souvent d\u2019ignorer la démocratie et les citoyens.La situation générale de Montréal, comme ville et région, est un problème qui se pose depuis longtemps1.Après de nombreuses consultations, rapports et recommandations, le temps n\u2019est plus à la consultation.Actuellement la valse-hésitation du gouvernement du Québec et des acteurs du monde municipal 1.\tRégion métropolitaine de Montréal: cinq régions administratives (en tout ou en parties), seize municipalités régionales de comtés, une communauté urbaine, 111 municipalités.- île de Montréal : vingt-neuf municipalités, une communauté urbaine, une région administrative, des agences régionales.- Ville de Montréal: une municipalité, dix-sept quartiers de consultation.2.\tStructurite: maladie organisationnelle des décideurs qui consiste à masquer des problèmes par la multiplication et la complexification des structures de décision et de mise en oeuvre.semble reprendre avec toutes les caractéristiques d\u2019une structurite2 aiguë.Les nombreux projets de structure avancés pour Montréal peuvent être regroupés en trois modèles.Le premier impliquerait la fusion des 29 municipalités de l\u2019île de Montréal en une seule municipalité (une île, une ville) ou en trois villes (Est, Centre et Ouest de l\u2019île).Le second modèle de structure s\u2019oriente vers la création d\u2019organismes sectoriels, principalement dans le secteur des activités économiques, couvrant la zone métropolitaine.Le troisième modèle s\u2019appuie sur l\u2019idée d\u2019un gouvernement métropolitain, soit par l\u2019agrandissement du territoire de la Communauté urbaine, soit par la création d\u2019une instance gouvernementale métropolitaine.Bien sûr, il importe que Montréal, à titre de ville-région, dispose d\u2019une structure supramunicipale, susceptible de faire converger les actions locales.Le gouvernement du Québec doit prendre une décision sur la structure organisationnelle de Montréal ville-région.Toutefois, il est encore plus important que ces structures reposent sur une base démocratique qui rende possible tout à la fois l\u2019exercice de la responsabilité démocratique et celui d\u2019une citoyenneté active.À quoi sert d\u2019échafauder une structure si la base portante de cette construction est ignorée?La démocratie a pour origine la cité.C\u2019est dans la proximité des problèmes et des solutions que les citoyens peuvent agir et se prononcer.La juxtaposition de structures gouvernementales contribue directement à diluer et à fragmenter la capacité des individus et des groupes à agir sur leur milieu de vie.Qu\u2019il s\u2019agisse du quartier ou de la ville, la contribution des citoyens dans la définition et la résolution des problèmes est essentielle.relations septembre 1999 195 face à l\u2019actualité Si l\u2019on ignore ou néglige cette contribution aux débats et à la décision, il ne reste que des règles de procédures et de structures imposées par le centre gouvernemental.Il y a près de 7,5 millions de personnes au Québec, 3,3 millions dans la région métropolitaine de Montréal, 1,8 million sur l\u2019île de Montréal et plus d\u2019un million dans la ville de Montréal; c\u2019est sans doute pourquoi je me sens bien dans mon quartier.J\u2019habite, en effet, un quartier de Montréal, un fragment de l\u2019univers montréalais.Dans mon quartier vivent des gens, des personnes réelles qui contribuent à faire Montréal et sa diversité.En ce sens, la prise en compte de la responsabilité démocratique et de l\u2019action citoyenne nous invite à considérer la formule des conseils de quartier, mis en place dans la ville de Québec, comme étant une avenue pertinente.À Québec, les conseils de quartier sont créés à la demande du milieu, ils sont composés de personnes élues en assemblée de quartier, et les membres du conseil municipal en sont membres sans droit de vote.Ce type de conseil de quartier dispose d\u2019une autonomie relative pour ce qui concerne le quartier, contrairement à la situation des conseils de quartier de Montréal.Ces derniers sont composés des membres du conseil municipal élus dans les districts électoraux inclus dans le quartier.Cette caractéristique fait en sorte que les conseils de quartier de Montréal prennent l\u2019allure de sous-comités du conseil municipal.L\u2019exemple des conseils de quartier de Québec offre une piste intéressante pour renforcer le rôle et la responsabilité des citoyens dans leur milieu.Lieu de démocratie participative, le conseil est centré sur la proximité du quartier, ce qui rend possibles des débats publics sur le milieu de vie.À l\u2019heure des décisions en matière de structure, la vie politique montréalaise a besoin d\u2019une bonne dose de pratiques démocratiques.¦ Guy Dufresne LA RÉVOLUTION DU BON SENS: PRISE DEUX Malgré tous les efforts des forces anti-Harris, les Conservateurs repartent pour un second mandat.Le 3 juin dernier, Mike Harris devenait, depuis John Robarts (1963 et 1967), le premier Premier ministre à obtenir deux mandats majoritaires consécutifs à la législature de l\u2019Ontario.Les élections de 1999 ont donné au Parti progressiste conservateur la même proportion du vote populaire qu\u2019en 1995 (45 %), même si celle des sièges est passée de 63% (82 sièges sur 130, en 1995) à 57% (59 sur 103 en 1999).On se souviendra que, désormais, suite à une loi des Tories réduisant le nombre de députés provinciaux, les circonscriptions ontariennes couvrent le même territoire électoral que leurs contreparties fédérales.Ces résultats électoraux ont été décevants et quelque peu surprenants, aux yeux de nombreuses personnes et organisations opposées à la Révolution du bon sens des Conservateurs.Suite aux coupes sombres dans le budget, aux fusions forcées de plusieurs administrations municipales, aux nombreuses fermetures d\u2019écoles et d\u2019hôpitaux, à la centralisation accentuée du pouvoir entre les mains d\u2019un petit groupe d\u2019idéologues de droite retranchés dans le bureau du Premier ministre, plusieurs militants pensaient que quatre années de réformes aussi controversées, ayant polarisé la province et provoqué des conflits de travail dans le secteur public, avaient fait des Tories d\u2019assez sérieux candidats à la défaite électorale.Durant les premières années du gouvernement de Mike Harris, des syndicats (notamment les fédérations de professeurs, les employés provinciaux et municipaux, SCFP et le TCA dans le secteur privé) et des groupes communautaires ont formé une large coalition et ont organisé, dans plusieurs villes, des grèves qui, au moins au début, ont semblé susciter beaucoup d\u2019enthousiasme chez les opposants au gouvernement conservateur.Reconnaissant la grande importance des enjeux de l\u2019élection provinciale de 1999, cette coalition (autoproclamée Réseau Élection Ontario) a défini une stratégie relativement nouvelle par rapport aux traditions électorales ontariennes.Après avoir établi une liste de 29 circonscriptions «en balance», les leaders de la coalition ont incité membres et alliés à voter de façon stratégique en appuyant, dans chaque circonscription, le candidat libéral ou néo-démocrate le plus susceptible de défaire le candidat conservateur.Le Réseau Élection a ainsi donné son appui à 17 candidats libéraux et à 12 néo-démocrates.D\u2019une certaine façon, ce vote stratégique fut un succès lors de cette campagne électorale.Le NPD a vu sa part du vote populaire baisser dramatiquement de 13%, atteignant son taux le plus bas depuis 1937.Mais les Libéraux, quant à eux, sont apparus comme la meilleure alternative aux candidats conservateurs, en dépit de l\u2019indifférence massive de l\u2019électorat face à Dalton McGuinty, le doucereux et terne leader libéral; en dépit également de l\u2019opinion largement répandue selon laquelle le parti libéral constituait tout au plus une version Tory plus gentille et plus sympathique.Dans les 29 circonscriptions en balance ciblées par le Réseau Élection Ontario, les Libéraux ont réussi à défaire 8 candidats conservateurs et les Néo-démocrates, 2.Ils ont ainsi atténué l\u2019ampleur de la victoire de Mike Harris.Il demeure que les forces anti-Harris n\u2019ont pas réussi à atteindre leur objectif premier: défaire les Conservateurs.Cet échec est dû en grande partie au fait que les leaders de la coalition ont sous-estimé l\u2019importance du soutien de l\u2019électorat à des éléments clé de la Révolution du bon sens.Bien sûr, de nombreux électeurs en avaient assez du rythme fou des chan- 196 relations septembre 1999 face à l\u2019actualité gements survenus au cours du premier mandat du gouvernement Harris et, particulièrement, des fermetures d\u2019hôpitaux, de la crise des soins de santé d\u2019urgence et du chaos du système scolaire.Dans chacun de ces domaines cependant, des éléments de la politique conservatrice ont rejoint des portions significatives de l\u2019électorat, divisant de façon efficace l\u2019opposition au gouvernement sortant.Mentionnons, par exemple, la plus grande confiance accordée aux examens scolaires standardisés et la réduction de la bureaucratie réalisée grâce à la fusion de municipalités.Facteur plus important: le grand attrait qu\u2019a produit, dans le Centre, région la plus populeuse et la plus riche de la province, le message central des Tories touchant le «frein» fiscal et l\u2019allégement des impôts.Le gouvernement a principalement rejoint le coeur des électeurs des circonscriptions de la ceinture de Toronto, la région 905, dont le nom réfère au nouveau code téléphonique régional octroyé à ces communautés en rapide croissance, situées juste aux portes du Toronto métropolitain.C\u2019est d\u2019ailleurs dans cette région qu\u2019est née la Révolution du bon sens et que les Conservateurs ont raflé les quelque 20 circonscriptions, aussi bien en 1995 qu\u2019en 1999.L\u2019opposition a donc dû se débrouiller pour aller chercher ses votes à Toronto, où les Libéraux ont obtenu 11 des 22 circonscriptions, et dans les régions moins peuplées de la province, le Nord, l\u2019Est ( autour d\u2019Ottawa) et le Sud (près de Windsor) où les Libéraux ont obtenu un assez bon résultat.Le 3 juin dernier, l\u2019électorat a fait savoir aux forces anti-Harris, que le seul fait de s\u2019opposer et de protester ne réussira pas à déloger les Tories.C\u2019est peut-être le plus important message transmis.Face aux Conservateurs, les Libéraux et les Néodémocrates devront présenter une alternative crédible, ce qu\u2019ils ont manifestement omis de faire au cours des quatre dernières années.Les Néo-démocrates restent prisonniers de l\u2019image d\u2019un gouvernement lourd et d\u2019un programme d\u2019imposition élevée, rejoignant de moins en moins les sensibilités de l\u2019électorat.De son côté, le leadership libéral semble paralysé par sa peur de passer au centre gauche de l\u2019éventail politique.Les Conservateurs restent donc le seul parti présentant un programme clair et simple (d\u2019aucuns diront simpliste) qu\u2019ils ont surnommé The Blueprint, le schéma directeur.Mike Harris et son parti ont maintenant quatre années supplémentaires pour gouverner et refaçonner la culture politique de l\u2019Ontario.Quelques observateurs sont confiants qu\u2019Harris va agir de façon plus modérée au cours de son nouveau mandat, ayant redécouvert le bon vieux centre de l\u2019éventail politique.Mais des signes inquiétants ont marqué la dernière campagne électorale, au cours de laquelle il a stigmatisé les professeurs et les bénéficiaires de la sécurité du revenu.Les Ontariennes et les Ontariens peuvent probablement s\u2019attendre à une nouvelle période de changement rapide et contestable.¦ Brian Tanguay Université Wilfrid Laurier, Waterloo, Ontario REMBOURSEMENT DES PRÊTS ÉTUDIANTS Devant l\u2019endettement grandissant des jeunes diplômés, une demande de mesures d\u2019assouplissement.Il y a quelques semaines, Statistiques Canada rendait publics les résultats d\u2019une enquête menée auprès des diplômés de 1995.Les médias ont alors rapporté un des faits saillants, soit que les jeunes diplômés s\u2019en tirent mieux sur le marché du travail que les jeunes sans diplôme.Une réalité qui n\u2019est pas nouvelle, mais qu\u2019il est bon de rappeler, lorsqu\u2019on sait le taux de chômage très élevé qui sévit chez les jeunes.Malheureusement, on a passé sous silence deux autres faits tout aussi importants révélés par cette enquête, soit l\u2019augmentation énorme du niveau d\u2019endettement des étudiants et leurs problèmes croissants de remboursement à la fin des études.Un problème qui inquiète tant le gouvernement que les étudiants et qui peut avoir une incidence négative sur l\u2019intérêt à poursuivre des études supérieures.Ainsi, l\u2019enquête a révélé que les diplômés ayant eu recours aux prêts étudiants devaient en moyenne 38% de plus en prêts étudiants que les diplômés de 1990, et 61 % de plus que ceux de 1.\tStatistiques Canada, Rapport de l\u2019Enquête nationale (1997) auprès des diplômés de 1995, 1999.2.\tInfo-fiche 1998, Fédération canadienne des étudiantes et étudiants.Sept.1998, vol.5, no 2.19861.La dette moyenne des diplômés d\u2019université s\u2019établissait à 12 000$ et celle des diplômés du collégial, à 9000$.Cette hausse s\u2019explique en grande partie par l\u2019augmentation des droits de scolarité.Le gouvernement fédéral a en effet réduit de plusieurs milliards de dollars les paiements de transfert aux provinces pour l\u2019éducation post-secondaire2.Les institutions d\u2019enseignement ont alors été forcées d\u2019augmenter les droits de scolarité, ce qui a eu une incidence directe sur le montant des emprunts.La majorité des programmes d\u2019aide financière hors Québec a remplacé les bourses par des prêts, entraînant une augmentation encore plus marquée du niveau d\u2019endettement.Tout n\u2019est donc pas rose pour les finissants.Un niveau d\u2019endettement trop élevé peut conduire rapidement à une situation financière problématique dans les années qui suivent la fin des études, dans un contexte où les emplois stables et bien rémunérés sont rares et difficilement accessibles.L\u2019enquête de Statistiques Canada révèle d\u2019ailleurs que, même si les jeunes de 25 à 29 ans ayant un niveau de scolarité élevé travaillent plus que les autres, les taux de chômage ne cessent d\u2019être plus élevés chez les jeunes que chez leurs aînés.Également, les diplômés de 95 sont plus endettés que leurs prédécesseurs et rembour- relations septembre 1999 197 face à l\u2019actualité sent leurs prêts plus lentement.Ce qui n\u2019empêche pas toutefois la majorité des ex-étudiants de rembourser leurs dettes d\u2019études.Selon une recherche de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants, en 1995-96, 88% des sommes qui ont été prêtées par le biais du Programme canadien de prêts aux étudiants depuis 1964 avaient été remboursées.Il n\u2019y avait que 7% des débiteurs en défaut de paiement et un très petit nombre d\u2019entre eux ont déclaré faillite3.Malgré tout, la hausse du nombre de faillites chez les exétudiants témoigne des difficultés financières bien réelles auxquelles certains sont confrontés.Au Québec, selon les chiffres de la Direction de la gestion des prêts du ministère de l\u2019Éducation, le nombre de faillites incluant une dette d\u2019études est passé de 1198, en 1993-94, à 4473 en 1997-98.Face à cette situation, plutôt que de s\u2019attaquer aux causes de l\u2019endettement étudiant, le gouvernement fédéral adoptait, en mai 98, une nouvelle disposition législative qui venait imposer un délai de dix ans aux personnes en faillite qui souhaitaient se libérer d\u2019une dette d\u2019études.Parallèlement, il faut le souligner, le gouvernement fédéral a mis en place une série de mesures pour faciliter le remboursement des dettes d\u2019études.Ces mesures ne valent cependant que pour les étudiants des autres provinces qui bénéficient du Programme canadien de prêt aux étudiants, un programme auquel le Québec ne participe pas.Ces mesures se traduisent, entre autres, par des exemptions d\u2019intérêts pendant une certaine période, si le revenu est inférieur à 22 300$, par une prolongation de la période de remboursement et même, dans certains cas, par une réduction de la dette.Pour que les étudiants TRANSMETTRE LA FOI?C\u2019est du côté des communautés de croyants et de leur vitalité qu\u2019il faut se tourner.adhésion au contenu doctrinal et disciplinaire du catéchisme, a été profondément questionné par l\u2019irruption d\u2019une pluralité de sens et d\u2019explications du monde et demande désormais à s\u2019exprimer autrement.Et ce n\u2019est pas d\u2019abord l\u2019arrivée plus importante de nouveaux immigrants, avec leurs religions différentes, qui explique la profonde remise en question actuelle; c\u2019est bien davantage la transformation de la société québécoise «française catholique de souche» elle-même qui en est la cause.Peut-on transmettre la foi?Et comment?Après des siècles où la foi s\u2019est transmise collectivement «en bloc», avec la culture sociale et politique, on doit se demander ce que signifiait cette transmission, et surtout si elle a encore du sens pour aujourd\u2019hui.Il faut d\u2019abord, à mon avis, distinguer deux niveaux: celui de la foi proprement dite, c\u2019est-à-dire l\u2019adhésion personnelle à une Personne ou à un corps de doctrine, et celui de la «quête de sens» ou de la «recherche spirituelle» qui est une démarche partagée par plusieurs, qu\u2019elle débouche ou non sur une expérience de foi proprement dite.La dimension spirituelle ou transcendante de l\u2019existence est, à mon avis, un besoin criant, même si ressenti confusément, de ai deux fils qui sont maintenant de jeunes adultes.La foi est sans doute pour moi le bien le plus précieux.Puis-je me réjouir de leur avoir légué cet héritage?La réponse n\u2019est pas simple, mais elle peut être utile dans le contexte du débat sur la place de la religion à l\u2019école.Mes parents étaient tous les deux des chrétiens pratiquants convaincus et engagés, de bien des façons, dans le milieu communautaire et paroissial de notre petite ville.Ils ont eu sept enfants, entre 1948 et 1960.Tous ont reçu, en gros, la même éducation familiale et la plupart ont poursuivi des études dans des institutions, à l\u2019époque, religieuses.Pourtant, le rapport de chacun de mes frères et soeur à la foi est aujourd\u2019hui bien différent: de la foi chrétienne revendiquée à l\u2019agnosticisme, en passant par la quête de sens et l\u2019indifférence.Que s\u2019est-il donc passé?Il s\u2019est passé que la société québécoise, comme le monde d\u2019ailleurs, a profondément changé et que la foi, expérience religieuse incarnée dans les personnes et leur environnement, ne peut pas être restée la même.Ce qui s\u2019exprimait, dans la société encore relativement monolithique de ma jeunesse, par une québécois puissent au moins bénéficier de ces avantages, il faudrait que des mesures semblables soient mises en place par le gouvernement du Québec.Cette responsabilité incombe au ministère de l\u2019Éducation et nous l\u2019invitons à offrir, sans plus tarder, de véritables mesures d\u2019assouplissement aux étudiants d\u2019ici, pour leur permettre de rembourser leurs prêts dans des conditions réalistes.Nous avons par ailleurs déjà largement dénoncé la disposition de la Loi fédérale sur la faillite et l\u2019insolvabilité qui est venue modifier les conditions de libération des prêts étudiants.Nous insistons une fois de plus pour que cette disposition soit abrogée.Elle est non seulement discriminatoire pour ceux qui choisissent de s\u2019instruire, elle risque aussi de placer certaines personnes dans une situation cul-de-sac, en leur enlevant toute possibilité de réhabilitation financière.Selon l\u2019expérience des conseillers budgétaires des ACEF (Associations coopératives d\u2019économie familiale), la majorité des ex-étudiants qui déclarent faillite n\u2019ont pas d\u2019autres choix.Ils choisissent cette solution parce que c\u2019est le seul moyen qu\u2019ils ont de s\u2019en sortir.¦ France Latreille Fédération des ACEF Cet article est paru dans Le bulletin de l\u2019ACEF du Nord de Montréal, vol.18, n.2, été 99.3.Info-fiche 1998, Fédération canadienne des étudiantes et étudiants.Sept.1998, vol.5, no 2.198 relations septembre 1999 face à l\u2019actualité notre société actuelle.Ce qui explique une large part de l\u2019appui que recueille le maintien de la religion à l\u2019école, non pas comme lieu d\u2019une transmission de la foi, mais comme dernier bastion de cette dimension spirituelle de l\u2019être humain en société.Si nous abandonnons la religion à l\u2019école, qui donc portera encore le flambeau de cette quête de sens?Pourtant, seule une communauté, la famille ou des témoins significatifs peuvent être les instruments de cette grâce, au sens de cadeau gratuit, qu\u2019est la foi.L\u2019école, comme structure sociale, peut transmettre des connaissances ou initier à des comportements.Mais elle ne peut transmettre une expérience qui est celle de croyants.Si nous voulons que le spirituel reprenne une place, sa juste place, dans la société, c\u2019est du côté des communautés de croyants et de leur vitalité qu\u2019il faut se tourner.Seules des communautés vivantes et dynamiques, faisant leur place aux plus UN NOUVEAU PRÉSIDENT EN AFRIQUE DU SUD On a beaucoup d\u2019admiration pour l\u2019Afrique du Sud aujourd\u2019hui.En 1994, la transition du cruel système d\u2019apartheid à la liberté politique s\u2019est produite de façon pacifique et a installé une démocratie stable.Aucune révolte de racistes blancs ni de tribalistes zulus n\u2019a menacé la nouvelle société.La sereine autorité de M.Nelson Mandela, acquise par ses 27 ans de prison, a persuadé les citoyens noirs (plus de 85% de la population) d\u2019opter pour la réconciliation avec leurs anciens oppresseurs.Son gouvernement a mis en place la Commission vérité et réconciliation pour honorer les victimes de l\u2019apartheid et pour créer les symboles qui permettraient à tous les gens du pays de se redéfinir comme un peuple uni.En dépit de ce succès remarquable, un grand problème reste irrésolu.L\u2019abjecte pauvreté de la moitié de la population persiste toujours, si bien que se poursuit la misère et s\u2019accroît l\u2019impatience.Le premier gouvernement dirigé par l\u2019African National Congress (ANC) avait introduit une politique macroéconomique visant la redistribution de la richesse et l\u2019extension de l\u2019éducation et des services de santé.Mais, sous la pression des élites économiques blanches sud-africaines et des institutions financières internationales, le gouvernement fut forcé de changer sa politique économique et d\u2019appuyer plutôt la croissance, la production et l\u2019exportation.Le gouvernement noir était bien conscient que son pouvoir était limité par des forces hors de son contrôle.L\u2019élection récente de juin 1999 a reconfirmé le régime de l\u2019Afri-can National Congress.À l\u2019âge de quatre-vingts ans, M.Nelson Mandela a décidé de se retirer et a cédé la présidence à M.Thabo Mbeki, également éprouvé par la souffrance.En effet, son père a passé 30 ans en prison; son frère et son jeune fils ont jeunes des diverses générations, avec leurs questionnements et leur culture, pourront relever le défi de l\u2019héritage à transmettre.Avons-nous réussi, comme parents et comme famille, à transmettre la foi à nos deux garçons?Certainement pas, si cela doit être mesuré à l\u2019aune de la pratique ou même des connaissances religieuses.Ni non plus, pour le moment, si l\u2019on voulait mesurer l\u2019adhésion personnelle revendiquée à la foi chrétienne.Mais si l\u2019héritage se mesure davantage en termes de valeurs évangéliques partagées, alors la réponse devient plus positive.Et s\u2019il faut apprendre à repérer la foi sous d\u2019autres habits et à la nommer avec des mots renouvelés, alors la véritable réponse reste à venir.Aurons-nous le courage de fabriquer les «outres neuves» dont a besoin le vin nouveau?¦ Dominique Boisvert population?disparu et sont présumés morts.Lui-même a survécu grâce à l\u2019exil.Il a fait des études d\u2019économie en Angleterre et, plus tard, demeurant surtout en Zambie, il a occupé des postes importants au sein de l\u2019African National Congress.Il a joué un rôle de premier plan dans les négociations informelles entre l\u2019ANC et des représentants du gouvernement d\u2019apartheid.On dit que c\u2019est sa personnalité pacifique et son habileté diplomatique qui ont convaincu les négociateurs blancs que l\u2019ANC n\u2019était pas une organisation radicale qui voulait expulser la minorité blanche du pays.Thabo Mbeki partage pleinement la vision de Nelson Mandela sur l\u2019avenir du pays: la création d\u2019une république pluraliste, d\u2019une nation arc-en-ciel.Ce qui lui manque, c\u2019est le charme et le charisme de son prédécesseur.Une question importante demeure: le nouveau président sera-t-il capable de s\u2019attaquer au problème massif qui pourrait sérieusement menacer la paix sociale dans le pays?L\u2019extrême pauvreté et le manque de formation dont souffre la moitié de la population y nourrissent les tensions raciales.Les Noirs deviennent de plus en plus impatients.Puisqu\u2019ils ont maintenant le droit de se déplacer librement, beaucoup de pauvres s\u2019installent dans les rues des centres urbains et rendent ces quartiers peu sûrs.Au temps de l\u2019apartheid, les rues étaient tranquilles; aujourd\u2019hui, la prolifération des crimes à petite échelle nourrit facilement le ressentiment des Blancs.Bien que cette minorité blanche n\u2019ait pas subi de changement significatif dans son statut économique, elle voit d\u2019un mauvais oeil la discrimination positive imposée par le gouvernement, obligeant l\u2019industrie et le commerce à embaucher davantage de Noirs.Ces Blancs mettent facilement sur le dos des employés noirs et de leur «incompétence» le ralentissement de la croissance écono- M.Thabo Mbeki saura-t-il s\u2019attaquer à l\u2019extrême pauvreté et au manque de formation de la relations septembre 1999 199 face à l\u2019actualité mique, davantage causé, cependant, par les forces du marché international.De leur côté, les Noirs se plaignent souvent que, dans ces institutions, on continue à se méfier d\u2019eux et à refuser de leur confier des postes de responsabilité.M.Mbeki se rend bien compte que les conditions économiques accentuent les tensions raciales.Il a franchement expliqué la situation au Parlement: «L\u2019Afrique du Sud est un pays composé de deux nations, une blanche et relativement prospère, l\u2019autre noire et pauvre».Il a demandé à la minorité blanche de faire de plus grands sacrifices financiers pour faire progresser l\u2019éducation et hâter l\u2019émancipation de la majorité noire - un appel qui a été répété par les Églises chrétiennes.Mais il y a peu de signes que cet appui se réalise.Bien que le gouvernement de M.Mbeki n\u2019ait pas abandonné ses idéaux socialistes, il se voit forcé \u2014 comme bien d\u2019autres gouvernements \u2014 de suivre les politiques néolibérales et de renoncer à une politique de redistribution qui seule serait capable de promouvoir une plus grande justice et une meilleure intégration raciale.M.Mbeki a dit au Parlement que «le manque de progrès dans la réconciliation raciale est en train de produire de la rage chez des millions de personnes».À cette occasion, il a cité le poète américain, Langston Hughes: «Qu\u2019arrive-t-il à un rêve différé?Il explose».¦ Gregory Baum L\u2019EUROPE: ENCORE DU CHEMIN À PARCOURIR Le nouveau parlement européen élu en juin dernier devra faire face à de nombreux défis.Alors que les frappes en Yougoslavie redoublaient d\u2019intensité et que de nombreux Kosovars peuplaient toujours les camps de réfugiés, je me suis rendue, le 13 juin dernier, au consulat de France, à Montréal, pour élire 87 députés français au parlement européen.Véritable défi que de vouloir bâtir l\u2019Europe dans un tel contexte! À voir le nombre d\u2019abstentions dans les quinze pays qui constituent l\u2019Union européenne aujourd\u2019hui (moins d\u2019un électeur sur deux a voté, y compris dans les pays où le vote est obligatoire), il est clair que l\u2019Europe n\u2019est pas un sujet qui suscite la passion ou même simplement l\u2019engagement des citoyens au niveau le plus élémentaire: l\u2019élection de leurs représentants! On entend souvent dire sur le vieux continent: «L\u2019Europe n\u2019intéresse pas les gens».Ce n\u2019est pas tant l\u2019idée de l\u2019Europe qui n\u2019inspire pas confiance que les institutions elles-mêmes.En fait, ces institutions, encore en construction, sont mal connues du grand public.Beaucoup ignorent qu\u2019au niveau exécutif, l\u2019Europe est gérée par la Commission européenne.Le législatif, quant à lui, est partagé entre le Conseil des ministres et le Parlement européen, élu au suffrage universel direct.Ce dernier compte 626 députés qui représentent 370 millions de citoyens; ces députés appartiennent à 101 partis politiques différents, originaires des quinze pays membres et s\u2019expriment en onze langues.Le judiciaire possède sa cour de justice à Luxembourg, dont la juridiction couvre tous les pays de l\u2019Union.Revenons au Parlement européen.En dehors des séances plénières qui ont lieu à Strasbourg et à Bruxelles, les parlementaires travaillent dans vingt commissions pour préparer les dossiers qu\u2019ils votent en plénière.Ils ont organisé des regroupements parlementaires transnationaux, dont les deux principaux sont le Parti des socialistes européens et le Parti populaire européen (centre droit).Aux dernières élections, ce Parlement vient de prendre un brutal virage à droite alors que les sociaux- démocrates sont au pouvoir dans douze pays de l\u2019Union.Jusqu\u2019à présent, la droite et la gauche s\u2019équilibraient: 214 contre 201, au profit des socialistes.Ce n\u2019est plus le cas.Désormais les conservateurs seront 225 contre 180 eurosocialistes.Le Conseil des ministres devra donc composer avec un colégislateur passé à l\u2019opposition.Paradoxalement, ce nouveau Parlement aura probablement plus de pouvoirs que le précédent, mais de moins en moins de lien avec les citoyens.La naissance de l\u2019euro, en janvier dernier, a indéniablement marqué un pas de plus dans la construction de l\u2019Europe économique.Or, la question actuelle est de passer d\u2019une Europe strictement monétaire à une Europe sociale et citoyenne.La récente campagne électorale n\u2019a pas franchement favorisé cette perspective.En France, par exemple, les têtes de liste se sont davantage préoccupées de leur avenir politique que de l\u2019avenir de l\u2019Europe.De même, les gouvernements à qui revient la responsabilité d\u2019animer un débat sur les questions européennes ne se sont pas montrés à la hauteur de la tâche.L\u2019Europe sociale a encore du chemin à faire.Continent qui rassemble de grandes ressources intellectuelles, techniques et financières, l\u2019Europe se trouve au pied du mur de l\u2019inégalité et de l\u2019injustice, mur qui sépare ceux et celles qui sont intégrés au système économique de ceux qui ne le sont pas.La lutte à la pauvreté devra donc être la priorité de la nouvelle législature, parmi les autres dossiers que sont la réforme des institutions, la politique de défense, la mise en place concrète de la monnaie unique et l\u2019élargissement de l\u2019Europe.Robert Schuman déclarait, en mai 1950: «L\u2019Europe ne se fera pas d\u2019un coup, ni dans une construction d\u2019ensemble; elle se fera par des réalisations concrètes, créant d\u2019abord des solidarités de fait».Rien ne se fera sans une volonté politique et une capacité d\u2019imagination qui nécessitent la participation des pays qui la composent et de ceux qui la rejoindront à l\u2019avenir.¦ Anne-Marie Aitken 200 relations septembre 1999 rjr: CONTI NO J \\r~ -\\UX -\\ux nr do L\u2019infatigable fonctionnaire militant Italien né en 1941, Riccardo Petrella est docteur en Sciences politiques et sociales, avec une spécialisation en économie politique.Longtemps directeur du programme de «Prospective et évaluation de la science et de la technologie» (FAST) à la Commission européenne, il est le fondateur et principal animateur du Groupe de Lisbonne, composé de dix-neuf membres (universitaires, dirigeants d\u2019entreprises, journalistes et responsables de grandes institutions culturelles) provenant d\u2019Europe occidentale, d\u2019Amérique du Nord et du Japon et qui a publié, en 1995, le manifeste Limites à la compétitivité, Vers un nouveau contrat mondial (Boréal, 230 p.).Professeur à l\u2019Université catholique de Louvain, Riccardo Petrella a également publié, en 1996, Le bien commun, Éloge de la solidarité (Labor, 95p.), puis, en lien avec le Groupe de Lisbonne et la Fondation Mario Soares, Le manifeste de l\u2019eau (Labor, 1998, 151p.).Avec le Groupe de Lisbonne, il s\u2019apprête à publier, cet automne, Le désarmement financier.Rompu aux multiples et complexes défis actuels de la science et de la technologie en raison de ses responsabilités de haut fonctionnaire à la Commission européenne, il est devenu un militant convaincu de la nécessité de renverser le courant actuel et de redonner la priorité à l\u2019humain, dans chaque société comme au niveau planétaire.D.B. entrevue PENSER DE NOUVEAUX CONTRATS SOCIAUX MONDIAUX Entrevue avec Riccardo Petrella Jovial, intarissable, et pourtant attentif à ses interlocuteurs, Riccardo Petrella est un orateur passionné et passionnant Devant un public ou dans le tête-à-tête d\u2019une entrevue privée, jamais il ne se départit de son sourire communicatif, traitant des plus lourdes questions avec un optimisme désarmant Souvent invité au Québec, il est devenu, avec Albert Jacquard et quelques autres, l\u2019un des porte-parole de la lutte au néo-libéralisme.C\u2019est à l\u2019occasion d\u2019une série d\u2019activités québécoises organisées, au printemps, autour de la question de l\u2019eau que nous l\u2019avons rencontré pour Relations.-\tRelations: Vous êtes maintenant connu comme l\u2019un des critiques les mieux articulés du néo-libéralisme.Comment un haut fonctionnaire de la Communauté européenne en est-il arrivé là?-\tRiccardo Petrella: C\u2019est une prise de conscience qui s\u2019est faite en deux temps.D\u2019abord, quand j\u2019ai été forcé, à 18 ans, de quitter ma région natale pour aller étudier à Florence, je me suis demandé: pourquoi dois-je émigrer alors que les gens de Florence n\u2019ont pas à quitter leur ville?Au fond, pourquoi y a-t-il un développement inégal entre les gens, entre les régions?Est-ce une question d\u2019injustice ou est-ce une caractéristique inévitable de l\u2019organisation humaine?Cela m\u2019a d\u2019ailleurs fourni mon sujet de thèse qui a porté sur le développement régional; puis, après bien des articles sur le sujet, j\u2019ai publié, vers la fin des années 70, La renaissance des cultures régionales en Europe, qui est rapidement devenu une sorte de manuel pour les mouvements régionalistes européens (Basques, Corses, Bretons, Gallois, Catalans, Sardes, Occitans, Irlandais, etc.).Pour moi, la renaissance régionaliste était une revendication et une manifestation d\u2019autonomie pour le développement, la démocratie et l\u2019identité.Je suis ensuite devenu directeur du programme de recherche prospective FAST, à la Commission européenne, sur le développement et l\u2019impact des sciences et de la technologie.Nous avions énormément de moyens et je faisais travailler plus de 200 centres de recherche en Europe.Dès le début des années 80, il est devenu évident pour moi que la conception dominante instrumentalisait la technologie au service des logiques financières et des guerres économiques à mener.J\u2019ai alors voulu transformer le programme FAST en un lieu de réflexion et de débat critique sur le rôle de la science et de la technologie dans l\u2019avenir européen.Et c\u2019est vers 1985 que s\u2019est produite la seconde rupture, quand, sous la présidence de Jacques Delors, on a choisi clairement de mettre la technologie au service de la compétitivité de l\u2019industrie européenne.On menait des recherches sur les technologies de l\u2019information et des communications, sur l\u2019automatisation, sur l\u2019ingénierie génétique, sur les matériaux composites, etc.On constatait que tout ce développement obéissait à une logique de maximisation de la rentabilité du capital; et que les nouveaux marchés, produits ou services étaient rarement motivés par une politique de création de la richesse, pour augmenter le «welfare1» social et humain de nos sociétés, mais qu\u2019ils étaient d\u2019abord vus comme des opportunités de conquérir de nouveaux marchés, d\u2019éliminer des concurrents, etc.C\u2019est donc cette prise de conscience sur le rôle de la science et de la technologie qui m\u2019a amené à me radi-caliser, à me considérer comme un militant en faveur d\u2019une politique destinée à maîtriser le développement de la mondialisation des marchés pour la mettre au service des huit milliards de gens qui allaient habiter la planète en 2020.-Rel.: Comment pouviez-vous concilier cette approche militante avec vos fonctions à la Commission européenne?-R.P.: Cela s\u2019est évidemment fait graduellement.Mais il est clair qu\u2019il y avait une opposition grandissante entre l\u2019approche de «Science or Technology for People» que je préconisais et l\u2019approche dominante de «Science for Compétition» ou de «Technology for Competitiveness».Et, à la fin du troisième plan quinquennal, en 1994, le président Delors a mis fin au programme FAST tel qu\u2019on le connaissait alors, malgré son évaluation positive, sous prétexte qu\u2019il n\u2019était pas assez concret ni utilisable pour la compétitivité européenne.Il est intéressant de noter que les «technical assessments» sont utilisés essentiellement pour obtenir la validation, l\u2019aval des experts techniques pour des choix qui sont déjà faits sur le plan scientifique et technologique.Dès que la réflexion devient critique ou remet en question certains choix, elle est dévalorisée sous prétexte que c\u2019est de l\u2019idéologie et qu\u2019elle n\u2019est pas assez scientifique.Autrement dit, le caractère scientifique ou non des travaux est fonction de leur conformité aux choix du politique! Je suis alors devenu professeur à l\u2019Université catholique de Louvain.Mais, depuis un an et demi, je suis de retour à la Commission européenne avec un mandat 1.Riccardo Petrella utilise fréquemment des mots, expressions ou références anglophones, signe de la place très importante qu\u2019occupe l\u2019anglais dans le monde de la recherche et de la construction de l\u2019Europe.Mais sur le choix délibéré de l\u2019expression hybride «État du Welfare» plutôt qu\u2019«État Providence» ou «État du bien-être», l\u2019auteur s\u2019explique dans son livre Le bien commun, p.12.202 relations septembre 1999 \u2022 I \"P***3 VBMmgs*.'*ïœâ2 CTS ,y^* *®mm\u2018 BihiOr> âgptis Dim Le 4 août dernier, une marée noire s'est répandue dans le port de Sydney, en Australie, lors du transfert d'huile d'un cargo italien.spécial du président pour explorer si l\u2019Europe ne pourrait pas, en cette fin de siècle, prendre l\u2019initiative de proposer une mutation des règles du système international dans les domaines du commerce, de la finance, de la science et technologie et du marché du travail (car tout est lié).Après cinq mois, le président aurait préféré que je retourne à l\u2019enseignement.Mais, depuis ce temps, j\u2019ai travaillé, à l\u2019intérieur du Centre de recherche commun, à faire approuver et avancer l\u2019idée que la Commission pourrait prendre l\u2019initiative du contrat mondial patrimonial de l\u2019eau.Avec l\u2019arrivée récente de nouveaux dirigeants politiques à la Commission, j\u2019espère que ces travaux pourront progresser davantage.-\tRel.: Que vous soyez fonctionnaire, professeur ou militant, il semble qu\u2019il y ait une grande complémentarité entre vos différentes interventions des dernières années.-\tR.P.: C\u2019est clair pour moi qu\u2019il y a une filiation entre Limites à la compétitivité, Le bien commun et Le manifeste de l\u2019eau que je considère comme une sorte de trilogie.Dans le premier, avec le Groupe de Lisbonne, nous avons procédé à la critique fondamentale de la logique de compétitivité qui est celle de l\u2019économie de marché capitaliste.Nous avons montré comment il était possible de remplacer cette logique de compétitivité par toute une série de principes comme la coopération, le codéveloppement, la solidarité et le respect de l\u2019autre.Et nous avons proposé une tentative d\u2019alternative sous la forme d\u2019un contrat social mondial, articulé autour de quatre grands chantiers: ceux de l\u2019avoir, de la démocratie, de la culture et de la terre.Le bien commun est un exercice que j\u2019ai fait seul, pour identifier les fondements La notion de bien commun permet une autre narration du monde et de la société, différente de la narration proposée-imposée actuellement par l\u2019économie capitaliste de marché.historiques, philosophiques et culturels de ce contrat social mondial.J\u2019ai tenté de montrer que la notion de bien commun est celle qui permet une autre narration du monde et de la société, différente de la relations septembre 1999 narration proposée-imposée actuellement par l\u2019économie capitaliste de marché.Le bien commun implique une nouvelle ingénierie politique au plan mondial.Il implique aussi de développer tout un droit différent, car le «bien commun mondial», personne ne sait aujourd\u2019hui ce que c\u2019est juridiquement: il n\u2019y a pas de précédent.Même dans le cadre de l\u2019UNESCO, qui a été un des premiers à parler de patrimoine de l\u2019humanité, on ne sait pas encore très bien comment le définir; si bien que l\u2019An-tarctique a été défini non pas comme patrimoine commun mondial, mais comme res nullius, c\u2019est-à-dire comme n\u2019appartenant à personne.Enfin, le bien commun suppose aussi de développer de nouvelles pratiques sociales et culturelles: la nécessité, par exemple, dans des sociétés où se rencontre de plus en plus la diversité des civilisations, d\u2019apprendre à dire bonjour à l\u2019autre plutôt que d\u2019affirmer l\u2019inévitabilité du choc des cultures.Car c\u2019est à travers la rencontre de l\u2019autre et sa connaissance progressive que l\u2019on peut en venir à reconnaître l\u2019existence de l\u2019autre comme la condition de ma propre existence.C\u2019est en travaillant ce petit livre que j\u2019ai réalisé combien l\u2019eau était sans doute la réalité qui permettait le mieux, à tous les humains, de comprendre cette notion de bien commun.Avec l\u2019air, l\u2019eau est à peu 203 entrevue pres la seule «chose» qui est encore perçue comme appartenant à tout le monde parce qu\u2019elle est source de vie.Mais, parce qu\u2019elle est plus rare et partagée plus inégalement que l\u2019air, l\u2019eau constitue pour moi l\u2019enjeu symbolique, politique et social prioritaire pour faire valoir la nécessité d\u2019un bien commun patrimonial mondial.Et c\u2019est ainsi qu\u2019avec l\u2019aide du Groupe de Lisbonne et de la Fondation Mario Soares, j\u2019ai préparé Le manifeste de l\u2019eau, comme un premier exemple concret de ces nouveaux contrats sociaux mondiaux qu\u2019il nous faut développer si nous voulons pouvoir vivre ensemble dans une humanité de bientôt huit milliards d\u2019êtres humains.Les terriens peuvent comprendre cette communalité du bien qu\u2019est l\u2019eau, parce que dans toutes les cultures, l\u2019eau est symbole de la vie; chez les musulmans, par exemple, l\u2019eau est un don du ciel par les nuages; en Chine, le nuage est symbole du couple et de la fertilité.Politiquement, par ailleurs, l\u2019eau est importante parce qu\u2019elle fait comprendre, mieux que toute autre réalité, comment le processus de privatisation correspond, de la part d\u2019une collectivité, à une auto-dépossession de la maîtrise de sa propre survie.L\u2019eau n\u2019est pas une marchandise comme une autre; quand un peuple se dépossède de son eau en la considérant comme un bien privatisable, on est au coeur du «comment on organise le politique» (ce n\u2019est pas du tout comme si on privatise les télécommunications).C\u2019est pour cela que les débats autour de l\u2019eau ont toujours été parmi les plus importants pour savoir si nos générations seront capables ou non de créer des sociétés politiquement organisées au service du vivre ensemble.-Rel.: Au Québec, nous sommes justement au milieu d\u2019une vaste consultation gouvernementale en vue d\u2019établir une politique de l\u2019eau.De nombreux groupes et coalitions, comme Eau secours, luttent contre les multiples tentatives de privatisation.Où cela se situe-t-il par rapport au contexte international?- R.P.: Cette lutte pour garder à l\u2019eau son caractère fondamental de patrimoine commun de l\u2019humanité doit se faire contre de très puissants intérêts.Car c\u2019est la Banque mondiale qui a été chargée, par les diverses instances inter-étatiques, d\u2019élaborer la politique mondiale de l\u2019eau.Et son mandat était clair: transformer l\u2019eau en bien économique.Pour ce faire, la Banque a créé le Conseil mondial de l\u2019eau (CME), qui a son siège à Marseille, présidé par le vice-président de la Banque, M.Seragel- 204 din, et qui, pour la petite histoire, a reçu une forte contribution financière de la Lyonnaise des eaux, l\u2019un des deux géants privés français du commerce de l\u2019eau.Ce n\u2019est donc pas par hasard que le CME soutient les principes mis de l\u2019avant dans les Conférences de Dublin et de Paris qui affirmaient que l\u2019une des causes qui empêchent d\u2019avoir une politique intégrée, durable et mondiale de l\u2019eau, c\u2019est le fait qu\u2019elle ne soit pas considérée comme un bien économique, mais comme un bien gratuit.Pour le CME, l\u2019eau doit devenir un bien économique soumis aux règles du marché: il faut laisser l\u2019offre et la demande J\u2019ai préparé Le manifeste de l\u2019eau, comme un premier exemple concret de ces nouveaux contrats sociaux mondiaux qu\u2019il nous faut développer si nous voulons pouvoir vivre ensemble dans une humanité de bientôt huit milliards d\u2019êtres humains.gouverner la rareté.Dans Le manifeste de l\u2019eau, nous montrons que ce principe n\u2019est pas destiné à éliminer la rareté, mais plutôt à la gérer et à la monnayer.Je trouve particulièrement dangereux le langage dominant qui a fait de l\u2019eau le nouvel or bleu] cela en dit long sur la façon dont les classes dirigeantes abordent ce problème, puisque pour elles seule la logique économique est habilitée à une gestion rationnelle de la rareté.On assiste à la pétrolisation de l\u2019eau.Les gens qui favorisent la privatisation de l\u2019eau ne sont ni bêtes ni méchants.Nous sommes collectivement entrés dans une logique dure, qui a fini par accepter la rareté comme le résultat inévitable de la demande croissante d\u2019une population en expansion incontrôlée.Or, faire croire que le problème est causé par l\u2019augmentation de la population, c\u2019est une supercherie scientifique et politique.Car le problème de l\u2019eau existe déjà en grande partie à cause de l\u2019accélération considérable, au cours des 30 dernières années, de l\u2019agriculture relations septembre 1999 intensive et de l\u2019irrigation massive qu\u2019elle nécessite: 70% de l\u2019usage mondial de l\u2019eau va à l\u2019irrigation de cette production agricole intensive qui ne sert même pas, comme on pourrait s\u2019y attendre, à nourrir la population mondiale en expansion (et qui a faim), mais surtout à produire nos surplus agricoles non distribués.Pendant que l\u2019agriculture intensive du Nord monopolisait de plus en plus d\u2019eau, l\u2019autonomie agricole du Sud ne cessait de dégringoler.De plus, un autre 20% de la consommation mondiale de l\u2019eau est consacré à l\u2019industrie; or, comme le rapport du PNUD de 1998 le rappelait, 88% de la production mondiale des biens industriels se fait chez nous, dans les pays développés.Enfin, un autre thème que développent les responsables mondiaux, c\u2019est que «l\u2019eau va être de plus en plus source de guerres».Ce fatalisme n\u2019a pas de sens! Car si c\u2019était vrai, cela aurait seulement démontré que nos dirigeants, et nous comme citoyens, n\u2019avons pas été capables de nous organiser pour éviter ces guerres.Et nous n\u2019aurions même pas l\u2019excuse de la surprise! On nous annonce ces guerres pour dans vingt ans: où est donc notre intelligence?Où sont tous nos grands experts de la Banque mondiale, du CME, de la Lyonnaise des eaux, etc.?C\u2019est pour contrer cette approche dominante de l\u2019eau comme bien économique que nous avons publié Le manifeste de l\u2019eau et proposé, parmi les mécanismes concrets à développer, la création d\u2019un «Collectif mondial de l\u2019eau pour l\u2019humanité», puis celle d\u2019un Réseau de «Parlements pour l\u2019eau comme bien commun mondial».Deux façons parmi d\u2019autres de redonner toute sa place à la société civile dans ce débat fondamental.-Rel.: Vous aviez annoncé, lors d\u2019une précédente visite, que le Groupe de Lisbonne travaillait sur un nouveau livre qui porterait sur le désarmement financier.Où en est donc le projet?- R.P.: La réflexion autour de cette question a mis en évidence des tensions internes au sein du Groupe de Lisbonne, tensions qui étaient d\u2019ailleurs déjà présentes pour en arriver à s\u2019entendre sur Limites à la compétitivité, mais qui ont été plus fortes cette fois-ci.Malgré un an et demi de retard sur la date d\u2019abord prévue, j\u2019ai bon espoir que nous parvenions à nous entendre à temps sur le texte final pour une parution à l\u2019automne 1999.Et les grandes orientations du texte demeurent que la finance doit être mise au service du «welfare», conformément aux choix déjà faits dans Limites à la compétitivité.- Rel.: À brasser de si grosses questions, dans un contexte où la domination du discours néo-libéral semble totale et où la mondialisation des marchés semble inexorable, où donc trouvez-vous votre espérance, le carburant qui vous permet de garder votre enthousiasme et de poursuivre la lutte?-R.P.: Dans l\u2019histoire de l\u2019homme.Et ce n\u2019est pas des grands mots: c\u2019est concret, pragmatique.L\u2019histoire des êtres humains montre que, malgré des hauts et des bas, il y a une croissance de la conscience morale, de la sagesse politique, de la maîtrise des ressources matérielles et immatérielles, des liens sociaux.C\u2019est vrai qu\u2019on a eu encore, il y a 50 ans, le nazisme, il y a 25 ans, les Khmers rouges, il y a 5 ans, le Rwanda, et qu\u2019on est encore en train de faire le Kosovo.Il y a ces gouffres énormes dans l\u2019histoire humaine.Mais, d\u2019un autre côté, on constate que, par rapport à il y a 100 ans, les relations qui existaient entre les groupes sociaux et les classes sociales ont radicalement changé, du moins en Occident, et pour le mieux.Ce n\u2019est pas vrai que nous sommes en régression.Bien sûr, comme pour l\u2019évolution des prix, il y a toujours des cycles; mais la tendance constante est quand même à une augmentation des prix.L\u2019évolution de la conscience morale mondiale, c\u2019est un peu comme cela: elle est en croissance constante.Par rapport à il y a 500 ou 100 ans, il y a des choses que plus personne n\u2019oserait dire, des façons de voir l\u2019autre que personne n\u2019oserait adopter.Même chose au plan politique, malgré les difficultés, les régressions et les totalitarismes, les trois formes de la démocratie (représentative, participative et directe) sont en train de se généraliser et de se renforcer dans plusieurs pays, même si dans d\u2019autres, comme nos pays du Nord, on as- siste à certains affaiblissements; c\u2019est d\u2019ailleurs pour cela qu\u2019il faut se battre chez nous pour le maintien des acquis démocratiques.Mais cela n\u2019est pas neuf: c\u2019est en réaction à des reculs comme la première grande guerre et la crise du capitalisme de 1929 que l\u2019on a construit le New Deal et l\u2019État du Welfare, qui ont été une nouvelle ingénierie politique de la démocratie représentative, avec une participation accrue des divers groupes sociaux.Et les syndicats, qui ont joué un rôle énorme dans les gains sociaux du XXe siècle, eh bien! ils n\u2019existaient même pas au début du XIXe.-\tRel.: Vous dites que le Welfare est venu comme réponse à des pressions importantes.Où donc peut-on voir les pressions actuelles qui permettraient maintenant de renverser la vapeur?-\tR.P.: Ce ne pourra plus être, comme au début du siècle, le fordisme et le taylorisme qui seront la base d\u2019un nouveau Welfare, car ils supposent une maîtrise de la monnaie qui n\u2019existe plus au niveau national.Pourtant, des transformations importantes auront lieu.Pourquoi arrivera-t-on, tôt ou tard, à une forme d\u2019allocation universelle?Personnellement, je crois que la meilleure façon d\u2019y arriver (car il y 36 façons d\u2019envisager l\u2019allocation universelle, et à mon avis, certaines peuvent être fort dangereuses), d\u2019ici 25, 30 ou 40 ans et au niveau planétaire, c\u2019est à travers le rétablissement d\u2019une politique de plein emploi mondial.Et non pas à travers la poursuite d\u2019une réduction toujours plus grande du temps de travail nécessaire pour produire la richesse dans le monde.En ce sens, je me démarque de la plupart de mes amis de gauche, en Europe, qui sont braqués sur la réduction du temps de travail.Ma thèse est liée à la politique de la technologie.Pour moi, tant qu\u2019on ne maîtrise pas de nouveau la technologie, toute politique de réduction du temps de travail signifie résidualiser la capacité du monde du travail d\u2019avoir quelque chose à dire sur l\u2019économie.Attention! Je ne vise pas à retourner à la manualisation de toute une série d\u2019activités aujourd\u2019hui faites par la machine.Mais la technologie, à l\u2019heure actuelle, a une 0\tlogique de substitution.Toute technologie fe vise d\u2019abord à remplacer des produits, des | processus ou des services existants en les 1\trendant obsolètes.Car la technologie vise c à augmenter la rentabilité du capital, et o donc la productivité.D\u2019ailleurs, parce qu\u2019on o a de plus en plus augmenté l\u2019intensité du £ capital dans la science et la technologie, on mSL relations septembre 1999 205 entrevue entrevue peut presque désormais dire que la technologie ou le capital, c\u2019est la même chose.La technologie a donc une logique de substitution: des matières premières, du travail, et même du capital.Ma thèse, c\u2019est de dire que la technologie doit au contraire devenir un processus d\u2019accumulation, et donc d\u2019expansion de la richesse commune, et donc des biens communs.Non pas au service de l\u2019appropriation privée de la richesse, mais au service de la création et de l\u2019augmentation de la richesse commune.Alors qu\u2019à l\u2019heure actuelle, la technologie mondiale vise à sucer toutes les ressources existantes; c\u2019est pour cela que, là où il fallait auparavant 427 personnes pour accumuler la même richesse que les 2,5 milliards d\u2019êtres humains les plus pauvres, il n\u2019en faut plus maintenant que 225.Il est vrai que la technologie permet de faire de plus en plus de choses avec de moins en moins de temps de travail: en 1959, par exemple, il fallait 138 heures de travail pour assembler les 3200 composantes d\u2019une voiture; aujourd\u2019hui, il n\u2019en faut plus que 14; et la plupart des gens acceptent de raisonner en se disant que dans dix ans, il n\u2019en faudra peut-être plus que 6! Moi je dis que si on accepte de réduire le temps de travail en conséquence, cela signifie que le travail humain devient de plus en plus résiduel par rapport à la technologie; et que c\u2019est donc la politique technologique qui dicte la place du travail humain, qui détermine la répartition du revenu et des gains de productivité, la politique fiscale, etc.C\u2019est pour cela qu\u2019il faut absolument maîtriser la politique technologique.Non pas se contenter de la gestion résiduelle du temps de travail laissé nécessaire par la technologie pour la production de la richesse, mais renverser l\u2019orientation actuelle et dire que c\u2019est la politique du temps de travail humain qui doit orienter le caractère résiduel ou inté-grationnel de la technologie.C\u2019est là le sacré boulot que nous avons à faire dans la lutte contre l\u2019économie de marché capitaliste.Parce que désormais, le coeur de l\u2019économie capitaliste, c\u2019est le droit de propriété intellectuelle.-\tRel.: Que voulez-vous dire?-\tR.P.: C\u2019est à travers le droit de propriété intellectuelle que désormais le capital privé est en train de s\u2019approprier tout ce qui est une réalité dans la vie matérielle et immatérielle de la planète: les semences, les espèces microbiennes, le génome humain, le capital génétique, le sol, l\u2019air, l\u2019eau, l\u2019image, les logiciels, bref tout.Et c\u2019est une des grandes faiblesses de toute 206 la gauche mondiale que de n\u2019avoir pas réfléchi sur ce droit de propriété intellectuelle et de l\u2019avoir laissé devenir l\u2019instrument d\u2019appropriation clef en main du capital mondial.C\u2019est pour cela que mon intention est de consacrer les prochaines années à bien comprendre le rôle du droit de propriété intellectuelle et d\u2019élaborer des alternatives.Cela fait partie pour moi du travail idéologique si capital à ce moment-ci de l\u2019histoire, c\u2019est-à-dire du travail sur les idées, dans le but de renverser la narration dominante du monde et des rapports entre humains.- Rel.: Vous parlez souvent des nouveaux rapports planétaires que nous avons la responsabilité d\u2019inventer: «être et faire à huit milliards d\u2019êtres humains».Or, l\u2019être humain a jusqu\u2019ici surtout vécu dans Si nous ne réussissons pas à nous donner ces nouveaux mécanismes de représentation et de contrôle, ce seront les techniciens et les propriétaires du capital qui vont tout gérer à notre place.un environnement plus restreint, qu\u2019il pouvait davantage contrôler: sa famille, son village ou même son pays.Dans notre société, on constate de plus en plus de sentiments d\u2019épuisement, de «burn out», d\u2019impuissance ou de cynisme, en même temps que de désengagement de l\u2019Etat.Comment faire pour vivre désormais au niveau planétaire sans se sentir écrasé par la surabondance et l\u2019infinie diversité des stimuli, des informations, des sollicitations et des personnes?- R.P.: À mon avis, il nous faut réinventer et renforcer les mécanismes de représentation politique.Parce que, tant que chacun de nous reste seul, comme «consommateur», il est inévitablement conduit dans le piège que vous venez de décrire: vous consommez l\u2019information, la connaissance, l\u2019art, les relations et forcément, vous ne pouvez pas tout savoir, visiter tous les musées, lire tous les romans ou les journaux, aimer tout le monde, etc.relations septembre 1999 Comme consommateur, si on vous laisse seul devant l\u2019univers, vous allez être écrasé.Alors c\u2019est là qu\u2019il faut reconstituer la représentation politique: non pas la représentation des partis politiques, mais la représentation politique des groupes, des communautés.Et donc développer la confiance que, si vous déléguez, vous êtes représentés: c\u2019est comme si c\u2019était vous, quoi! C\u2019est pour cela que je propose la multiplication de nouvelles formes d\u2019assemblées parlementaires; que le parlement ne soit plus simplement l\u2019expression de la représentation politique électorale, mais que le parlement devienne cette agora permanente où tous les citoyens se retrouvent aujourd\u2019hui représentés par celui-ci, et demain par un autre.De sorte que le citoyen puisse faire confiance à celui qu\u2019il a délégué pour tel sujet: par exemple, que je sache que, pendant les cinq prochaines années, ce groupe de délégués va s\u2019occuper de faire en sorte que les médias traitent des sujets qui nous intéressent vraiment.Et que ces paliers de représentation puissent agir pour l\u2019individu comme une sorte de filtre, d\u2019aide, de médiation face à tous les possibles.Les «parlements de l\u2019eau», proposés dans Le manifeste, sont de cet ordre-là.Je crois que la représentation politique (au sens du politique, et non de la politique) doit se réaffirmer au niveau local, des villes, des communautés, des bassins fluviaux, etc.Sinon vous êtes tout seul; et tant que vous étiez dans une petite communauté villageoise, vous aviez la maîtrise; mais maintenant, face à huit milliards de gens, vous êtes perdu d\u2019avance! Si nous ne réussissons pas à nous donner ces nouveaux mécanismes de représentation et de contrôle, ce seront les techniciens et les propriétaires du capital qui vont tout gérer à notre place.Parce qu\u2019eux ont non seulement les moyens, mais aussi tout intérêt à standardiser, à normaliser, à concentrer, à tout mettre sur la même autoroute de l\u2019information, etc.Alors qu\u2019avec la multiplication des agoras, à tous les niveaux, vous n\u2019êtes plus le navigateur solitaire qui se promène dans le cyberspace et qui, à la première météorite, risque d\u2019être pulvérisé.Mais vous devenez un citoyen intégré et participant, directement et indirectement, de cet univers multiple et diversifié.Et vous ne vous sentez plus seul, obligé de porter tout le globe comme Atlas, quoi! ¦ (Entrevue réalisée par Dominique Boisvert) ïïïïTTT par Françoise Nduwimana QUELLES AVENUES POUR LA FRANCOPHQ Dévoilement du logo du Sommet de la Francophonie de Moncton.On reconnaît Jean Chrétien, à gauche, et Raymond Frenette du Nouveau-Brunswick, à droite.Tout le monde souhaite une Francophonie grande et forte.Cependant des différences d\u2019orientation s\u2019expriment Certains pays mettent l\u2019accent sur la coopération qui résulte d\u2019une langue commune, d\u2019autres souhaitent davantage promouvoir des valeurs communes et intervenir dans des situations de conflits.Le 8e Sommet, quant à lui, cible la jeunesse.Du 3 au 5 septembre, la ville de Moncton, au Nouveau-Brunswick, aura abrité la 8e Conférence des chefs d\u2019État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, communément appelée Sommet de la Francophonie.De l\u2019organisation intergouvemementale, qui en 1970 réunissait seulement vingt et un États, la Francophonie est aujourd\u2019hui un regroupement de 52 États et gouvernements, régi par une charte adoptée en novembre 1997, lors du 7e Sommet.Du point de vue institutionnel, la Francophonie s\u2019est beaucoup développée durant la dernière décennie.L\u2019unique instance intergouvemementale fut longtemps l\u2019Agence de coopération 1.Le Canada et la Francophonie», ministère des Affaires étrangères et du commerce international.culturelle et technique (ACCT), créée à Niamey (Niger) en 1970 et qui, en fait, consacra la naissance officielle de la Francophonie.Mais, au fur et à mesure, la Francophonie s\u2019est dotée d\u2019autres mécanismes de fonctionnement essentiellement orientés vers la coopération, les échanges du savoir et de la culture, l\u2019éducation et la communication.Ce sont notamment les Conférences ministérielles qui réunissent les ministres francophones de l\u2019éducation, de la jeunesse et de la justice, les organes consultatifs comme l\u2019Assemblée parlementaire de la Francophonie, l\u2019Agence universitaire de la Francophonie, l\u2019Union internationale des journalistes et de la presse de langue française, le Conseil international des radios-télévisions d\u2019expression française et, tout récemment, le Secrétariat général.La Francophonie, une organisation encore mal définie?Alors que le gouvernement du Canada1 définit la Francophonie comme une «communauté des peuples parlant le français ou l\u2019utilisant à des degrés divers», ou encore comme un «mouvement de concertation des peuples d\u2019expression française afin de se doter d\u2019un cadre organisé et de structures fonctionnelles de coopération et d\u2019échanges», la 3e Conférence des ministres relations septembre 1999 207 francophones de la justice déclarait, en 1995, que la Francophonie «est un espace de dialogue, de coopération et de partenariat.et que son unité se fonde sur une communauté de valeurs et de langue, consacrée à la promotion de la paix, de la justice, de la sécurité, de la solidarité, de la démocratie, ainsi qu\u2019au respect des droits de l\u2019Homme.».Si ces définitions montrent non pas une divergence profonde, mais une perception différente de la Francophonie, c\u2019est surtout en termes de mandat que le clivage est plus visible.Interrogé à ce propos, Jean-Louis Roy, ancien secrétaire général de l\u2019ACCT répondra, dans une entrevue accordée à Jeune Afrique du 5-11 novembre 1997, que certains «voient encore la Francophonie comme une espèce de mouvement associatif sympathique; ils sont frileux devant une Francophonie appelée à décider.D\u2019autres ont une autre conception: chercher à établir, entre ses membres, des conventions concrètes».Effectivement, si l\u2019organisation veut s\u2019imposer sur l\u2019échiquier international, si elle veut répondre aux attentes des peuples francophones privés de leurs droits les plus élémentaires, si elle veut grandir, elle a tout intérêt à se donner les outils de fonctionnement à caractère exécutoire et ainsi dépasser, quand c\u2019est nécessaire, le caractère très consultatif de ses institutions.Cela suppose, par exemple, que dans des situations de crises politiques, sans nécessairement violer la souveraineté des États, la Francophonie se réserve le droit d'intervenir, de prendre position et d\u2019agir.Or, le principe de la «non ingérence» revient souvent dans la bouche de plusieurs chefs d\u2019États membres de la Francophonie, à telle enseigne que, pour agrandir le cercle, le concept est présenté comme constituant la force de l\u2019organisation.Fragilisée par son passé colonial, la France veut éviter le risque de se faire dire que la Francophonie est une façon détournée de replonger ses anciennes possessions africaines, asiatiques, ainsi que les DOM-TOM2 dans la colonisation.Pour ce pays, la Francophonie est avant tout un espace de résistance à l\u2019impérialisme culturel américain.Cependant, non seulement beaucoup de dirigeants francophones que l\u2019on peut considérer comme étant des «ayants droit naturels» présentent des profils pour le moins discutables, mais en plus, l\u2019obsession de cet envahisseur qu\u2019est le pays de l\u2019oncle Sam, pousse l\u2019organisation à vouloir élargir à tout prix et sans condition le cercle francophone.Si tout le monde souhaite une Francophonie forte et grande, beaucoup estiment cependant qu\u2019il y a un minimum de critères d\u2019éligibilité.Au moment où le Nigeria était suspendu du Commonwealth, n\u2019a-t-on pas vu des tractations se faire entre la France et les dirigeants de ce pays en vue de démarrer un partenariat?La France justifiait cette main tendue par sa politique de s\u2019ouvrir davantage à des pays africains non francophones.En effet, pour contourner l\u2019isolement politique, le français venait d\u2019être reconnu par le régime nigérian comme deuxième langue officielle.Même si ce partenariat n\u2019engageait en rien la Francophonie, il pouvait néanmoins constituer un motif d\u2019agrément futur, d\u2019autant que l\u2019article 12 de la Charte de la Francophonie, qui en fixe les conditions, est elle-même assez vague: «Tout État qui souhaiterait s\u2019associer à certaines activités de l\u2019Agence peut conclure avec celle-ci un accord fixant les modalités de sa participation aux dites activités.».On peut également critiquer le choix de Hanoï pour organiser le 7e Sommet de la Francophonie.Le Vietnam est un pays où le nombre de prisonniers politiques rivalise avec celui des Vietnamiens francophones.Sur 77 millions d\u2019habitants, 500 000 à peine parlent français, la majorité ont plus de 60 ans.Mais le Vietnam se trouve en Asie et la Francophonie voulait à tout prix traverser les cinq continents.L\u2019arrivée de Boutros Boutros-Ghali En nommant l\u2019ancien secrétaire général de l\u2019ONU au poste de secrétaire général de la Francophonie, les pays membres espèrent tirer bénéfice de sa renommée internationale.Ils veulent donner à la Francophonie une voix et un visage.Du côté des ONG, on attend de Boutros-Ghali le développement de la dimension politique, le cheminement vers le politique, le dynamisme et le dépassement du culturel.Le mandat que lui donne la Charte de la Francophonie est assez clair: «l\u2019instauration et le développement de la démocratie, la prévention des conflits et le soutien à l\u2019État de droit et aux droits de l\u2019Homme, l\u2019intensification du dialogue des cultures et des civilisations, le rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle, le renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale, en vue de favoriser l\u2019essor des économies».Avec la nomination de Boutros-Ghali, les ONG impliquées dans la Francophonie espèrent voir l\u2019organisation s\u2019approcher de la philosophie du Commonwealth.On espère voir l\u2019organisation sanctionner publiquement les nombreuses violations des droits humains pratiquées dans l\u2019espace francophone.Il est urgent que les coups d\u2019État qui s\u2019opèrent en toute illégalité en Afrique francophone ainsi que les nombreux conflits armés qui s\u2019y orchestrent mobilisent l\u2019organisation.On attend du secrétaire général qu\u2019il sorte la Francophonie du creux.Le secrétaire général devra donc trancher avec le principe si cher à nos dirigeants francophones: «la non-ingérence».Ses débuts sont prometteurs, mais il est trop tôt pour fonder un jugement de valeur.De passage à Ottawa, il avouera, dans une entrevue3, qu\u2019 il «est inquiet d\u2019un certain nombre d\u2019atteintes à la démocratie, atteintes vues ces derniers temps, dans certains pays membres», sans toutefois les nommer.L\u2019ambiguïté du Canada face à la clarté du Québec Depuis 1996, il s\u2019est formé, au Québec, le Comité de la Francophonie qui regroupe une dizaine d\u2019organisations non gouvernementales (AQOCI, ACAT, Amnistie internationale, Ligue des droits et libertés, Développement et Paix.).À l\u2019occasion du 7e Sommet qui s\u2019est tenu à Hanoï, ce comité avait adressé une note aux gouvernements du Canada, du Québec et du Nouveau-Brunswick: «Pour une francophonie engagée en faveur du développement démocratique et des droits de la personne».Dans ce document, le Comité faisait état des défis du respect des droits observés à travers trois pays: le Rwanda, le Vietnam, Haïti.Il apportait également une réflexion sur la question de 208 relations septembre 1999 l\u2019impunité ainsi que sur les droits les plus couramment bafoués: droits des femmes, des enfants, des réfugiés et des détenus.Le document prenait au mot l\u2019Énoncé du gouvernement canadien qui, en 1995, affirmait que l\u2019aide internationale est un instrument essentiel à la diffusion de la culture et des valeurs canadiennes, comme le respect des droits de la personne et le développement de la démocratie.Le Comité invitait alors le gouvernement Chrétien à défendre la proposition suivante: «Pourquoi la Francophonie ne deviendrait-elle pas une tribune, un tremplin pour la promotion d\u2019un développement axé sur la démocratie, la justice sociale et le respect des droits de la personne?».Mais, à Hanoï, seul le Premier Ministre du Québec s\u2019est résolu à porter haut le message des ONG, privées de tribune.Monsieur Bouchard fut le seul chef de gouvernement à demander officiellement que «soient adoptées des mesures vigoureuses à 2.\tDépartements d\u2019outre-mer et territoires d\u2019outre-mer.3.\tLe Devoir du 7 juillet 1999.4.\t«Pour la démocratie et les droits humains: Des engagements à respecter.Des responsabilités à partager».Monsieur Boutros Boutros-Ghali, lors d'un passage à Ottawa.sïS§É*g mm \\ !4?' ifor - $ Z l\u2019endroit des États qui affichent le plus grand mépris des droits de la personne».Sa proposition fut énergiquement rejetée par la France, curieusement épaulée par le gouvernement du Canada qui, au nom de la diplomatie conciliante, trouva subitement que le modèle des sanctions était révolu.À l\u2019occasion du Sommet de Moncton, le même Comité de la Francophonie vient de préparer un livret4 interpellant les chefs d\u2019État et de gouvernement francophones.Le livret comprend des réflexions sur les thèmes qui demeurent prioritaires pour bon nombre de pays francophones: l\u2019universalité, l\u2019interdépendance et l\u2019indivisibilité des droits de la personne, la Cour pénale internationale, la protection des défenseurs des droits humains, la protection des enfants impliqués dans les conflits armés, ainsi que la reconnaissance et l\u2019exercice des droits humains des femmes.On y rappelle que tous les pays membres de la Francophonie sont également membres de l\u2019Organisation des Nations unies et qu\u2019à ce titre, ils doivent s\u2019inscrire dans l\u2019idéal proclamé par la Déclaration universelle des droits de l\u2019Homme.Par le même engagement, ils doivent non seulement ratifier, mais surtout mettre en application les instruments et mécanismes internationaux relatifs aux droits de la personne.Le Comité a par ailleurs tenu à faire ressortir une faiblesse qu\u2019il a observée au niveau des grandes orientations de la Francophonie, laquelle se traduit par la non-référence, dans le plan d\u2019action francophone (1996-2000), au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.Concernant particulièrement la question des femmes, ce manquement est d\u2019autant plus inadmissible qu\u2019un lien de cause à effet entre la pauvreté et la violence y est établi.Le Comité de la Francophonie vient également de préparer une brochure d\u2019information et de sensibilisation aux droits de la personne, adressée aux jeunes francophones du Québec, du Nouveau-Brunswick et du Canada.Le message qu\u2019on veut livrer à ces jeunes s\u2019articule autour des disparités énormes existant entre les pays membres de la Francophonie, dont dépend aussi Tous les pays membres de la Francophonie sont également membres de l\u2019Organisation des Nations unies et à ce titre, ils doivent s\u2019inscrire dans l\u2019idéal proclamé par la Déclaration universelle des droits de l\u2019Homme.le respect des droits humains.Autant «état des lieux» sur la condition des jeunes à travers le monde entier qu\u2019appel à la mobilisation, la brochure aborde quatre questions faisant couramment objet de violation des droits des jeunes: le droit à l\u2019éducation, l\u2019exploitation au travail, l\u2019exploitation sexuelle, l\u2019utilisation dans les conflits armés.Puisse le thème donné à ce 8e Sommet, «La jeunesse au cœur du sommet de Moncton », inspirer les délégués pour que la Francophonie dépasse le folklore et pour que cette jeunesse-là soit préparée à en porter, dès demain, le flambeau.Pour y arriver, il lui faudra des bases solides.Or, on ne peut construire du solide sur du sable mouvant.¦ relations septembre 1999 209 Au congrès annuel de l\u2019Association catholique canadienne de la santé (ACCS), en mai 1999, les participants ont adopté plusieurs résolutions pressant le gouvernement fédéral d\u2019agir au sujet de trois grandes questions concernant la santé: adopter des mesures législatives sur les techniques de reproduction et de génétique humaines, décider de l\u2019avenir de la Direction générale de la protection de la santé et intervenir dans le débat entourant le financement privé du système de soins de santé canadien.Contact: James Roche, au (613) 731-7148.Le Comité contre l\u2019esclavage moderne, en France, travaille quotidiennement à la libération d\u2019esclaves.Cinq critères définissent cette nouvelle forme d\u2019esclavage moderne: la confiscation des papiers, les conditions de travail et d\u2019hébergement contraires à la dignité humaine, la séquestration, la rupture des liens avec la famille et l\u2019isolement culturel.Depuis sa création, il y a cinq ans, le Comité a traité 147 cas.51 victimes viennent d\u2019Afrique, 47 d\u2019Asie et 14 de Pologne.Les filières liées au travail clandestin sont connues et reliées aux filières mafieuses.C\u2019est ce que l\u2019on appelle l\u2019esclavage pour dettes.La prostitution en constitue une autre forme.Le mot esclavage n\u2019existant plus dans le code pénal, le Comité se heurte au problème de faire appliquer la justice.Ce qui explique que seulement 5 esclavagistes sur 111 sont actuellement en prison.Les femmes ont-elles été diaconesses dans l\u2019Église primitive?Ce diaconat était-il l\u2019équivalent de celui des hommes?Ces questions sur le diaconat féminin permanent ont fait couler de l\u2019encre dans la presse catholique, ces derniers mois.Dans le périodique britannique The Tablet du 8 mai, Joan Wijngaards démontre, à partir du rituel de l\u2019ordination diaconale, que les diaconesses et les diacres exerçaient le même ministère, même si les tâches des unes et des autres différaient beaucoup.Dans un article de La Documentation catholique du 2 mai, Piersandro Vanzan, jésuite, fait le point sur les recherches et les publications sur ce sujet.Il rappelle que Inter insigniores (1976) et Ordinatio sacerdotalis (1994) ont refusé l\u2019accès des femmes au presbytérat et à l\u2019épiscopat, mais n\u2019ont pas fermé la porte au diaconat.La discussion reste donc ouverte en ce qui concerne l\u2019approfondissement théologique du diaconat comme ministère autonome.Anastasia, Macrina, Salvina et les autres diaconesses des premiers siècles auront-elles des soeurs au XXIe siècle?La Bible fournit des raisons de célébrer un jubilé, mais elle n\u2019est pas la seule source inspirante.Les traditions autochtones du Canada possèdent deux rituels de jubilé.L\u2019un est la fête des morts algonquine où l\u2019on échangeait des fourrures, du maïs, du sirop d\u2019érable et des outils.Le rituel comprenait un déterrement des tumulus afin de réaménager les ossements des ancêtres, symbole de la réorganisation sociale des vivants.L\u2019autre était le potlatch qui consistait en une redistribution des biens et en une présentation des blasons de cuivre honorifiques.Il illustrait l\u2019impartialité sociale et économique.La Coalition pour les droits des Autochtones, qui représente un regroupement d\u2019Églises canadiennes, de groupes communautaires et de représentants des peuples autochtones, propose de célébrer le jubilé dans cette perspective à travers sa publication À partir de la terre-mère.Renseignements par téléphone: (613) 235-9956.Le 1er juillet 1999, le parlement de Westminster a transféré une partie de ses pouvoirs ( dont la gestion de la santé et de l\u2019éducation) au premier parlement élu en Écosse en 1707, ainsi qu\u2019à la première assemblée autonome du pays de Galles depuis 500 ans.Même si les partis indépendantistes connaissent une poussée, les travaillistes sont arrivés en tête aux élections du 6 mai, et tout séparatisme est écarté.Le parlement d\u2019Écosse souhaite établir des liens avec l\u2019Union européenne.Les évêques écossais ont soutenu ce désir d\u2019une plus grande autonomie.Les enfants abandonnées en Chine sont plus nombreuses que les orphelines dans les institutions.L\u2019abandon des enfants est un sujet tabou, surtout depuis l\u2019adoption de la politique de l\u2019enfant unique, ces vingt dernières années, dans les milieux urbains, alors qu\u2019à la campagne on permet un deuxième enfant, quand le premier est une fille.Cela ouvre la porte à l\u2019abandon de la fille arrivée la première, dans l\u2019espoir de donner naissance à un fils.En fait, un grand nombre d\u2019enfants sont adoptées illégitimement dans les régions où il n\u2019y a pas d\u2019orphelinat, bien que la Chine ait une entente avec douze pays.Selon les statistiques des ambassades, le_ plus grand nombre d\u2019adoptions à l\u2019étranger se fait aux États-Unis et au Canada.210 relations septembre 1999 J J-J Msj\\ J V^j VJ^xJrji DU MO SOCIA par Franklin Midy1 Depuis le départ du pouvoir du président Aristide, à contrecoeur et dans la dispute, la vie politique haïtienne est surtout faite de conflits partisans extrêmes.Il s\u2019agit de luttes sans concessions, qui s\u2019expriment par la paralysie des institutions de l\u2019État et la mobilisation de la rue instituée quasiment en organe libre de pouvoir.Dans pareille situation, s\u2019accroît le danger d\u2019anarchie.Et la crise nationale s\u2019exacerbe.Port-au-Prince, 28 mai 1999, interruption forcée d\u2019une manifestation d\u2019associations patronales, professionnelles et syndicales Contre l\u2019insécurité et l\u2019anarchie par une contre-manifestation 6'organisations populaires (OP) armées de pierres et du cri de guerre Aristide ou la mort.Ce jour-là, le Champ-de-Mars était devenu un champ de bataille réelle, où campait le peuple contre la bourgeoisie.Où était aussi donné à voir et à lire le message public de l\u2019intolérance en croissance et de la polarisation sociale en hausse.Où se donnaient aussi en spec- 1.\tL\u2019auteur est professeur de sociologie à l\u2019Université du Québec à Montréal.2.\tVoir à ce sujet Henry F.Carey, «Electoral Observation and Democratization in Haiti», in Kevin J.Middlebrook, ed., 1998, Electoral Observation and Democracy.Transitions in Latin America, San Diego, University of California Press, p.141-166.tacle la brutalité de la police contre des journalistes et son incapacité de garantir la sécurité publique.Le même jour, dans la soirée, un commando policier est accusé d\u2019avoir tué de sang froid, d\u2019une balle à la tête, onze personnes qu\u2019il venait d\u2019arrêter et de ligoter dans le quartier populaire de Carrefour-Feuilles.Contre l\u2019insécurité et «les chauffeurs de l\u2019insécurité», une première manifestation avait été plus tôt lancée par JPP (Jeunesse pouvoir populaire), une organisation proche du parti d\u2019Aristide; on y dénonçait la police pour le meurtre présumé d\u2019un partisan de l\u2019ex-président, membre d\u2019une organisation populaire.Elle se termina elle aussi dans la violence et la confusion, par des bris de vitres d\u2019autos, des dommages aux étalages des marchandises de rue et par une panique de populations.Quelle contradiction: dénoncer l\u2019insécurité et la violence d\u2019une manière qui nourrit l\u2019insécurité et la violence! Par ailleurs, le crime sévit dans la cité: meurtres et vols prospèrent à l\u2019abri de l\u2019impunité; la misère et le narco-trafic triangulaire Colombie-Haïti-Floride sont florissants; petit et grand banditismes prolifèrent, à l\u2019instar de la corruption au pouvoir.Quant à la sécurité des vies et des biens, elle est en voie de devenir chose du passé, que seule la nostalgie d\u2019une population aux abois fait encore revivre dans l\u2019imaginaire.Le crime et l\u2019arbitraire en liberté piétinent les libertés fondamentales.Et l\u2019absence de justice laisse le champ libre aux penchants à l\u2019injustice et au désir de représailles.Pendant ce temps, les diverses factions politiques au pouvoir se livrent une lutte sans merci, paralysant les institutions de l\u2019État et sapant leur crédit dans l\u2019opinion publique: neutralisation du Conseil électoral provisoire (CEP) et fraudes électorales1 2; paralysie du gouvernement longtemps privé de premier ministre et chute de l\u2019autorité de l\u2019État; bras de fer opposant l\u2019OPL au président Préval et hara-kiri du parlement; blocage de la réforme judiciaire et silence politique devant la demande de justice; lutte de partis au sein de la police et insécurité publique en hausse.À la faveur de la paralysie programmée de l\u2019État et du discrédit jeté sur ses institutions, relations septembre 1999 211 Photo: Jean-François Leblanc/STOCK l\u2019anarchie occupe le haut du pavé.Les pionniers du mouvement social se retirent, sans cesse plus nombreux, d\u2019un jeu politique désormais jugé opaque et piégé; avec eux, le pays s\u2019éloigne de la voie de la démocratie.Comment expliquer la dérive?Le peuple haïtien ne venait-il pas de s\u2019engager avec ferveur dans un projet de construction d\u2019une société de justice, fondée sur l\u2019égalité et le droit?Il y a douze ans, en effet, un grand mouvement social avait conduit à la conquête des droits élémentaires et à leur inscription dans la constitution de 1987.Le même mouvement social avait conduit, en 1990, aux premières élections libres et à l\u2019instauration du premier régime démocratique.Il attendait de ses représentants élus qu\u2019ils travaillent à la démocratisation effective de la société d\u2019exclusion et à l\u2019intégration du Pays en dehors3.Mais comment traduire dans les faits les droits inscrits dans la constitution?Comment garantir que le régime politique issu d\u2019élections démocratiques soit effectivement au service du peuple?Autrement dit, comment parachever la conquête des droits élémentaires et l\u2019instauration de la démocratie politique par l\u2019invention au quotidien d\u2019une démocratie sociale participative4?Il ne semble pas qu\u2019on puisse y arriver dans la situation concrète d\u2019Haïti, sans la mobilisation des acteurs, des énergies et des espoirs qu\u2019avait mis plus tôt en branle le mouvement social.Dans cette perspective, la crise politique actuelle peut être lue comme un effet immédiat de la mise hors jeu du mouvement social: sous la crise politique, le refoulement du mouvement social.Le travail de refoulement du mouvement social Pour saisir la raison et le sens du refoulement, il faut revenir aux enjeux de la lutte contre la dictature: lutte contre un État totalitaire qui viole tous les droits, lutte contre une société inégalitaire qui impose une forme d\u2019apartheid social.Après la mort de Papa-Doc, au début des années 70, on assiste à la libération progressive d\u2019une parole publique critique.Une presse indépendante à contenu social se met en place, dans la marge du système, tirant profit de la politique de libéralisation commandée par Washington à 212 Duvalier fils.Cette presse alternative donne la parole aux victimes du régime et permet la formation d\u2019une conscience collective d\u2019opprimés: à partir de témoignages divers, l\u2019arbitraire du pouvoir, la répression des droits, l\u2019oppression des paysans, l\u2019exploitation des ouvriers sont exposés et dénoncés.Dans une autre optique, l\u2019Église catholique entreprend de repenser sa mission pastorale dans le contexte de la théologie de libération.Des prêtres, des laïcs, des religieux et religieuses, appuyés par certains évêques, tentent d\u2019incarner dans le champ social la nouvelle option préférentielle pour les pauvres.Ils s\u2019engagent dans l\u2019organisation communautaire et la conscientisation, dénonçant les structures d\u2019oppression, annonçant la libération des opprimés, oeuvrant à la formation de gwoupman peyizan, de 77 legliz, de comités de droits humains.Expérimentation de la démocratie participative à la base, émergence du fond de la marginalité de nouveaux acteurs sociaux, renforcement de la conscience d\u2019opprimé chez les pauvres, organisation et mobilisation populaire pour une société nouvelle, voilà quelques résultats de la présence de l\u2019Église d\u2019Haïti5 6 dans la société.Au début des années 80, les effets combinés de cette présence active émergent en un puissant mouvement social qui appelle au changement de la société.Sous sa poussée, la dictature est renversée en 1986 et la route est alors ouverte à la démocratie.Ce mouvement social pour le changement est depuis devenu un enjeu politique majeur: d\u2019un côté, les gardiens du régime tentent de le contenir, de le déboussoler; de l\u2019autre, ses dirigeants de circonstance tendent à le contrôler, à l\u2019instrumentaliser.Dans les deux cas, le résultat est identique, voulu ou non voulu: refoulement dans l\u2019ar-rière-scène de figurants et de comédiens masqués de la catégorie des nouveaux acteurs créateurs, qui ont émergé du Pays en dehors.Avant de le décrire, il convient de noter que, derrière le refoulement du mouvement social, opèrent, dans des conjonctures différentes, des acteurs différents qui ont des objectifs spécifiques; le résultat final identique ne s\u2019inscrit pas dans une même logique d\u2019action.En clair, le travail de refoulement est à l\u2019oeuvre dans deux temps politiques distincts, le temps de la dictature en retraite et le temps de la transition vers la démocratie.Dans le premier temps, les militaires au pouvoir, dont le départ est réclamé en tant relations septembre 1999 que gardiens de la société d\u2019exclusion et de l\u2019État répressif, cherchent à refouler le mouvement social contestataire.Appelons refoulement-objectif ce résultat attendu.Par contre, dans le second temps, le refoulement obtenu est un effet inattendu des pratiques politiques des dirigeants Lavalas au pouvoir, élus pour diriger la transition vers la démocratie.Appelons-le refoulement-effet.Ces pratiques se réclament des principes et des objectifs de la démocratie; mais, dans les faits, elles se retournent contre la démocratie.Un observateur politique américain, Robert E.White, a souligné ce résultat paradoxal dans un compte-rendu de voyage de novembre 1997 intitulé: Haïti: démocrates contre démocratie.Au temps de la dictature en retraite À la chute de Duvalier fils, en 1986, sous la pression du mouvement social, un Conseil national de gouvernement (CNG) dirigé par l\u2019armée récupère le pouvoir.Bien vite, il entreprend de remettre les pendules 3.\tDans la société haïtienne d\u2019exclusion, les paysans sont péjorativement nommés moun andeyo, les gens en dehors.En réalité, la paysannerie pauvre et ses migrants des bidonvilles ont été depuis toujours tenus en dehors de la société sur tous les plans, économique, politique, culturel.4.\tLa démocratie en Occident s\u2019est exprimée à travers trois grandes formes historiques: d\u2019abord la conquête des droits civiques, base élémentaire de la démocratie; puis la démocratie politique, identifiée à un ensemble de règles faisant consensus; et finalement la démocratie sociale, définie par la recherche active de l\u2019égalité, de la justice, de la solidarité, de l\u2019émancipation collective (voir J.Maheu, «Nouveaux mouvements sociaux, nouveau syndicalisme et démocratie», dans Nouvelles pratiques sociales, vol.IV, no 1, printemps 1991, p.121-132.).5.\tVoir Conférence épiscopale d\u2019Haïti, 1988, Présence de l\u2019Église d\u2019Haïti: messages et documents de l\u2019épiscopat, 1980-1988, Éd.SOS, Paris.6.\tVoir sur cette question J.Nelson-Pailmeyer, «Le conflit de basse intensité des États-Unis: cibler Haïti», dans AQOCI-Haïti, éd., ONG, groupes de base et démocratie en Haïti.Actes du colloque du Fonds délégué AQOCI-Haïti, 24-26 avril 1992, Montréal, p.91-95. à l\u2019heure: Finie la bamboche démocratique!, annonce le général Namphy.Aussitôt après, le CNG part en campagne.Campagne idéologique de stigmatisation du mouvement social et de ralliement des alliés du camp duvaliériste, de l\u2019oligarchie locale et du leadership conservateur du Washington de Ronald Reagan.Le projet de changement social est présenté et dénoncé comme un projet crypto-communiste, dont l\u2019objectif est la suppression des propriétés, celles du riche comme celles du pauvre, surtout le lopin de terre du paysan pauvre.Campagne militaire contre les acteurs du mouvement, en particulier ses nouveaux acteurs de la campagne et des bidonvilles, bref, du Pays en dehors: massacres de paysans à Jean-Rabel et à Piatte par de grands propriétaires terriens forts de l\u2019appui de l\u2019armée, attaques contre les organisations paysannes et ouvrières, les Ti legliz et les organisations de jeunes et de femmes des quartiers populaires; assauts contre les initiatives et les projets alternatifs des classes populaires (destruction de coopératives, de silos et de pharmacies communautaires, de centres d\u2019alpha et de conscientisation).Ce qui est visé, en somme, c\u2019est le démantèlement de la démocratie sociale participative, en expérimen- ta crise politique actuelle peut être lue comme un effet immédiat de la mise hors jeu du mouvement social: sous la crise politique, le refoulement du mouvement social.tation parmi les exclus sociaux depuis le milieu des années 70.Campagne politique contre le processus démocratique même.D\u2019un côté, attaques contre l\u2019exercice des droits fondamentaux: manifestations réprimées, syndicalistes arrêtés et torturés, journalistes brutalisés, médias détruits, militants des droits humains harcelés et parfois enlevés, etc.De l\u2019autre, attaques contre les instruments et les institutions de démocratisation du régime politique: remise en question par le CNG, deux mois après leur adoption massive par référendum, de la constitution de mars 1987 et de sa provision relative au Conseil électoral provisoire (CEP); interruption dans le sang des élections de novembre 1987, alors que la population s\u2019apprêtait à y participer massivement.Mais c\u2019est après la victoire électorale inattendue du mouvement social que les forces opposées au changement se sont réunies pour lui livrer la guerre finale.Une guerre totale, militaire, politique, idéologique, faisant appel aux ressources de tous les alliés, l\u2019argent de l\u2019oligarchie, l\u2019expertise du Département d\u2019État américain en guerre de basse intensité6, les commandos d\u2019exécution recrutés par le FRAPH et conseillés par la CIA.Au jour dit, le 29 septembre 1991, elles déclenchent le déluge contre le mouvement Lavalas: le président élu est chassé du pays, les Le balcon du Palais national de Port-au-Prince sur lequel Jean-Bertrand Aristide aimerait bien revenir.Photo: J.Scott Applewhite/CANAPRESSE animateurs des organisations populaires sont pourchassés, les chantiers communautaires d\u2019intégration sociale et nationale sont renversés, la marche du peuple haïtien vers la démocratie et l\u2019égalité est stoppée.Lourd a été le prix de la victoire populaire aux élections de 1990, tel qu\u2019annoncé par la prophétie auto-réalisatrice de l\u2019ambassadeur américain en Haïti, Alvin Adams, qui avait prédit, le lendemain de cette victoire arrogante: âpre dans, tanbou lou, après la fête, la désolation7.Réalisée aussi la prophétie plus tôt annoncée du général Namphy: finie la bamboche démocratique!.Au temps de la transition vers la démocratie Le coup d\u2019État militaire se brise contre la résistance du mouvement populaire à nouveau debout.La communauté internationale doit en tenir compte; elle ramène le président élu au pouvoir.Mais, fait inattendu, le retour au pouvoir du gouvernement Lavalas d\u2019Aristide ne signifie pas la fin du travail de refoulement du mouvement social.Bien au contraire! Les deux principaux buts visés par l\u2019intervention de la communauté internationale et les décisions concrètes rattachées à ces buts ont réactivé ce travail de refoulement: la réconciliation nationale a justifié le non-désarmement des bourreaux et la confiscation par Washington des documents du FRAPH et de l\u2019armée; elle consacre l\u2019impunité, crée la frustration chez les victimes.La politique d\u2019ajustement structurel a justifié la liquidation des entreprises publiques et la déréglementation sauvage du commerce; elle favorise la contrebande et la corruption, nourrit le désespoir des pauvres, agit comme pomme de discorde nationale et prétexte de manipulation politique des acteurs populaires.Les politiques de la communauté internationale ont pour effet de prolonger le travail de refoulement des acteurs populaires hors de la scène politique active8.Le Rapport du secrétaire général des Nations unies en date du 19 mai 1999 sur la Mission de police civile en Haïti constate: «La masse de la population se trouve en marge des processus économiques structurés et se sent exclue de la vie politique»; l\u2019impunité alimente la frustration politique et l\u2019insécurité publique.Quant aux dirigeants de la Famille Lavalas9, ils ne semblent pas saisir l\u2019importance d\u2019un mouvement social autonome pour le progrès de la démocratie; ils n\u2019en font pas, en tout cas, la promotion.Au contraire, de leur discours et de leurs pratiques politiques se dégage une problématique d\u2019instrumentalisation.Le discours dominant, qui tient lieu d\u2019analyse, personnifie le problème politique et personnalise la solution au problème, pour ensuite diaboliser les personnes-problème et magnifier, «héroïfier» la personne-solution: le problème de la dictature, ce sont les macoutes, les duvaliéristes, représentés sous la figure de santan, fés fènwa, fés lanmà, forces des ténèbres, forces de la mort; le problème du chômage, de la pauvreté, ce sont «les bourgeois», des «sangsues»; le problème de la démo- Le discours dominant, qui tient lieu d\u2019analyse, personnifie le problème politique et personnalise la solution au problème, pour ensuite diaboliser les personnes-problème et magnifier, «héroïfier» la personne-solution.cratie, ce sont «les impérialistes», des «monstres».Pour terrasser ces au-delà maléfiques, on a besoin de Dieu, de héros, d\u2019instruments de leur volonté.De dessous ce discours et ces métaphores personnifiants et personnalisants, n\u2019arrivent pas à émerger, comme objets d\u2019analyse, les structures et rapports d\u2019oppression, ni l\u2019action transformatrice de sujets historiques autonomes.On devine l\u2019énorme impact de ce discours imagé sur l\u2019esprit de la population, quand on sait que l\u2019imaginaire populaire ne connaît pas de mal ni de bien qui ne soit malédiction ou bénédiction du ciel: Dieu, ou le Diable, est responsable de ce qui advient dans la vie.Dans cet imaginaire du surnaturel, tout problème social est destin.Le discours instrumentalisant est accompagné de pratiques d\u2019instrumentalisation: instrumentalisation de la constitution, que l\u2019on tente d\u2019utiliser comme argu- ment de mise à mort de l\u2019adversaire, sans être soi-même disposé à en honorer les principes; instrumentalisation des institutions (Conseil électoral provisoire, gouvernement, parlement, justice, police), dont on cherche à faire des appendices d\u2019appareil de parti; instrumentalisation des organisations populaires, qu\u2019on mobilise au besoin comme arme de combat contre l\u2019ennemi du moment; on recourt à la force de la rue pour vider les conflits politiques.Enfin, le nom choisi pour décliner l\u2019identité du mouvement politique est un ordre de guerre et une image de nature débordante, incontrôlable: opération lavalas.Lavalas (l\u2019avalanche) charrie tout sur son passage; contre lui, on ne peut rien.Dans l\u2019imaginaire populaire, seul le Bon Dieu peut vous venir en aide contre lui ; peut-être aussi, qui sait, son envoyé sur terre: Sa Bondye sere pou ou, lavalas pa kab bwote i, Lavalas n\u2019a pas le pouvoir d\u2019emporter ce que Dieu a mis de côté pour vous.Mais, jouet de Lavalas ou protégé de la puissance divine, dans l\u2019un et l\u2019autre cas de figure, disparaît l\u2019acteur social collectif.Le mouvement social créateur, désormais réduit en opération lavalas, se meurt dans les batailles rangées de rues.La scène sociale est remplacée par le champ de bataille.Et la crise ne peut que s\u2019aiguiser encore plus.Est-ce l\u2019impasse?il semble difficile en tout cas d\u2019en sortir, si le problème à résoudre est mal saisi.Ce problème en Haïti, c\u2019est l\u2019existence, en marge d\u2019une société oligarchique, d\u2019un Pays en dehors majoritaire.En dehors de l\u2019action créatrice des exclus organisés de façon autonome, une solution démocratique au problème de l\u2019exclusion est-elle pensable?¦ 7.\tSur le bilan de la répression, voir F.Midy, «Réconciliation, impunité, justice: la question des droits humains en Haïti», dans Collectif, 1997, Campagne contre l\u2019impunité: portrait et plan d\u2019action.Essais sur les droits humains et le développement démocratique, Montréal, Centre international des droits de la personne et du développement démocratique, p.125-154.8.\tConcernant l\u2019effet d\u2019exacerbation des conflits politiques internes produit par les politiques de la Communauté internationale, voir James R.Morrell, Rachel Neild et Hugh Byrne, «Haïti and the Limits to Nation-Building», Current History.A Journal in Contemporary World Affairs, March 1999.9.\tNDLR: en 1996, Lavalas s\u2019est scindé en deux partis: I\u2019OPL, Organisation politique Lavalas (pro-Préval) et la Famille Lavalas, qui s\u2019oppose aux réformes dites «néolibérales» de Préval et qui, surtout, vise à reporter Aristide à la présidence, en l\u2019an 2000.214 relations septembre 1999 SiüLüùllïll par Massimo Panzirip r J 1 |* iXPLÜ ja dama justicia TRIBUNA Les familles des personnes assassinées, lors du Tribunal international d'opinion à Barranca.Comme l\u2019ont montré les tribunaux d\u2019opinion qui ont eu lieu à Barranca, Montréal et Toronto, le massacre de Barranca, exemple des graves violations des droits humains commis au pays, fait saisir les enjeux qui se cachent derrière les horreurs.Mais la réaction courageuse des citoyens devant la terreur se révèle source d\u2019inspiration.La Colombie est le théâtre d\u2019une hyperviolence parrainée par l\u2019État contre sa propre population.Or, lorsqu\u2019un État a recours à une violence aussi atroce et aussi cruelle, il devient clair qu\u2019il ne 1.\tL\u2019auteur est permanent au Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine.Il a coordonné la mise sur pied, à Montréal, du Tribunal d\u2019opinion sur les droits humains en Colombie.Il s\u2019est également rendu en Colombie afin de participer au Tribunal d\u2019opinion qui a siégé à Barrancabermeja, les 14, 15 et 16 mai derniers.2.\tLors du massacre, un groupe paramilitaire a exécuté sept jeunes de sang froid et enlevé 25 résidents, la plupart âgés de seize à vingt-deux ans.Quelques semaines plus tard, l\u2019escadron de la mort a publié un communiqué dans lequel il annonçait le jugement et l\u2019exécution des personnes séquestrées, «coupables», selon leurs bourreaux, de collaborer avec la guérilla de gauche.Ce massacre n\u2019est qu\u2019une des 198 tueries documentées l\u2019an dernier.Les groupes paramilitaires liés à l\u2019armée se sont rendus responsables de 80% de ces crimes.cherche plus seulement à tuer des êtres humains, mais à anéantir un esprit et à étouffer le projet de société incarné par les victimes.Aux lendemains du massacre de Barrancabermeja1 2 (Barranca), survenu le 16 mai 1998, la population de cette ville pétrolière a poussé un cri d\u2019angoisse qui a retenti jusqu\u2019au Québec.En se basant sur l\u2019histoire judiciaire récente et sur le taux d\u2019impunité des crimes de lèse-humanité (massacre, torture, disparition forcée) qui atteint virtuellement 100% au pays, les familles des victimes se trouvaient confrontées à la douloureuse réalité que leur État n\u2019allait rien faire en vue d\u2019appréhender les assassins de leurs proches.Cette certitude ne devait pas pour autant se traduire par la résignation, elle a plutôt poussé la communauté à apaiser sa soif de justice en utilisant un des seuls outils à sa portée: la solidarité internationale.C\u2019est dans cette optique que les survivants du massacre ont invité la communauté internationale à mettre sur pied des tribunaux d\u2019opinion pour déterminer la responsabilité de l\u2019État colombien, dans la tuerie du 16 mai 1998.Ces tribunaux symboliques devaient précéder la tenue d\u2019un tribunal d\u2019opinion à Barranca même, à l\u2019occasion du premier anniversaire du massacre.Au Québec, une coalition de six organismes, coordonnée par le Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine, a répondu à l\u2019appel.C\u2019est ainsi que le Tribunal d\u2019opinion sur les droits humains en Colombie a siégé à Montréal, les 3 et 4 mai derniers.Nous y reviendrons plus loin.Auparavant, rendons visite à Barranca.relations septembre 1999 215 Le coeur arraché de la Colombie Surnommée le «coeur de la Colombie» par ses 200 000 habitants, Barranca se trouve officieusement divisée en trois grandes zones dont les frontières sont tracées par la classe sociale à laquelle appartiennent les résidents: classes aisées, employés de la raffinerie et pauvres.Ce n\u2019est pas l\u2019emplacement géographique de la ville qui lui a valu son sobriquet, mais plutôt la présence, en son sein, du principal port pétrolier et de la raffinerie la plus importante du pays.Ce qui en fait un centre névralgique.Si une grève paralyse la ville, c\u2019est souvent tout le pays qui est ralenti.La position stratégique de Barranca n\u2019a pas échappé aux divers acteurs sociaux, politiques et militaires, toutes tendances confondues, qui ont tous essayé d\u2019y asseoir leur influence.Ainsi y trouve-t-on l\u2019Armée de libération nationale (ELN)3 qui en contrôle quelques quartiers, imposant sa loi aux habitants et interdisant l\u2019accès aux forces de l\u2019ordre.C\u2019est ici, d\u2019autre part, qu\u2019est née l\u2019Union nationale ouvrière, un des syndicats les plus influents de Colombie.S\u2019y est développé surtout un mouvement populaire et social parmi les mieux organisés et les plus combatifs du pays.Les organisations de ce mouvement ont livré, à Barranca, plusieurs luttes qu\u2019elles ont gagnées.Jusqu\u2019à tout récemment.En 1992, en effet, cette tendance se renverse lorsque l\u2019armée colombienne met sur pied un réseau de tueurs à gages qui assassineront plus de 65 syndicalistes, journalistes et militants populaires4.Les années suivantes, des groupes paramilitaires installent leurs bases d\u2019opération dans les régions environnantes, parvenant, en 1998, à former un étau autour de Barranca.Le 16 mai 1998, ces paramilitaires déclenchent la guerre contre le «coeur de la Colombie».Chronique d\u2019un massacre évitable Dire que Barranca est fortement militarisée est une façon neutre de dire qu\u2019elle est infestée de soldats.Il y en a partout! Trois bases militaires permanentes et plusieurs bases temporaires veillent sur la ville.Le 16 mai 1998 au soir, l\u2019accès aux quartiers Le Campin et Nueve de Abril est contrôlé par des soldats qui, selon les règlements de l\u2019armée5, doivent assumer une présence permanente à ces points d\u2019entrée.Or, environ une demi-heure avant qu\u2019un groupe paramilitaire, composé de quelque trente hommes fortement armés voyageant à bord de trois camionnettes, ne débarque dans ces quartiers, les effectifs en place aux points de contrôle se retirent de leur poste, laissant le chemin libre à l\u2019escadron de la mort.Lors du massacre, qui dure trente minutes, les paramilitaires tirent plus de 60 coups de feu d\u2019armes automatiques, pleinement audibles par les militaires.En quittant les lieux, les trois camionnettes transportant les paramilitaires et les vingt-cinq résidents de Barranca, qui crient au secours à tue-tête, passent devant la base militaire de Pozo Siete (aujourd\u2019hui démantelée), située à trois minutes des quartiers où la tuerie vient de se dérouler.Plus de trente militaires y sont en service à ce moment.Malgré tous ces faits, les forces armées ne sont pas intervenues, laissant les paramilitaires perpétrer leur sale besogne en toute impunité.C\u2019est pour cela qu\u2019on peut affirmer que les militaires ont péché par omission et ont fait preuve d\u2019aveuglement volontaire.Par ailleurs, il est impensable que les paramilitaires aient pu agir sans le consentement des militaires.Plus d\u2019un an après ces événements, aucune enquête digne de ce nom n\u2019a été menée.Deux suspects arrêtés pour leur participation au massacre (dont un militaire) ont été remis en liberté moyennant une caution dérisoire de cent pesos (cent dollars canadiens).Des desseins sinistres Selon le CINEP6, l\u2019incursion paramilitaire avait pour objectif de terroriser l\u2019ensemble du mouvement populaire de Barranca, bien implanté dans la population pauvre et marginalisée.L\u2019attaque devait à la fois asséner un dur coup à ce mouvement et établir la suprématie des paramilitaires dans la région.C\u2019est avec cette clé de lecture qu\u2019il faut interpréter la plupart des massacres réalisés en Colombie.Sous prétexte de saper les bases sociales de la guérilla, les paramilitaires s\u2019en prennent aux populations civiles non combattantes qui vivent dans des régions riches en organisations sociales et populaires.Ces régions sont également riches en ressources naturelles convoitées par les grandes entreprises nationales et multinationales.En semant la terreur, les paramilitaires cherchent à déchirer le tissu social des communautés visées et à provoquer un déplacement massif de la population, «nettoyant» les terres de leurs habitants7.Amnistie internationale, le Haut-Commissariat aux droits de l\u2019Homme de l\u2019ONU, Human Rights Watch et la Commission intercommunautaire de justice et paix (Colombie), pour nommer seulement les organisations les mieux connues, ont toutes conclu que la majorité de ces massacres (environ 140 par année depuis 1995) n\u2019aurait pu survenir sans l\u2019appui et la complicité des forces de sécurité présentes dans les régions frappées.On aurait ainsi «privatisé» la terreur et les crimes de lèse-humanité en confiant leur réalisation aux groupes paramilitaires.Ce «transfert» permet à l\u2019armée et au gouvernement de clamer leur innocence.3.\tL\u2019Armée de libération nationale (ELN), deuxième guérilla au pays, compte 3000 combattants.Les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC), principale guérilla, regroupent plus de 12 000 membres, disséminés dans plus de la moitié des 1017 municipalités du pays.Les FARC ont vu le jour en 1954, ce qui fait d\u2019elles la guérilla la plus ancienne d\u2019Amérique latine.4.\tL\u2019architecte de ce réseau, le lieutenant-colonel Rodrigo Quinonez Cardenas, est aujourd\u2019hui candidat au rang de général.En Colombie, il est fréquent de voir des militaires responsables de graves violations promus à des grades supérieurs.5.\tDocument interne du Bataillon Nueva Granada: «Orden de Operaciones No.100/FURIA», daté du 16 mai 1998.6.\tLe Centre de recherche et d\u2019éducation populaire (CINEP) est une ONG colombienne reconnue mondialement.Les deux défenseurs de droits humains, Elsa Alvarado et Mario Calderon Villegas, étaient membres de cette organisation lorsqu\u2019ils ont été assassinés à Bogota, le 19 mai 1997.De nombreux observateurs imputent les meurtres au chef suprême des paramilitaires, Carlos Castano, qui en serait l\u2019auteur intellectuel.7.\tLa Colombie compte plus d\u2019un million et demi de réfugiés internes, déplacés par la force.La violence de la guérilla provoque, elle aussi, des déplacements massifs de la population.216 relations septembre 1999 Le hic est le suivant: en vertu du droit international, l\u2019État colombien est responsable des crimes de lèse-humanité perpétrés sur son territoire, à partir du moment où il ne prend aucune mesure en vue de les prévenir.La Cour inter-américaine des droits de l\u2019Homme en est arrivée à cette conclusion dans le jugement Velasquez-Rodriguez qui a fait jurisprudence à maintes reprises.En ne menant pas d\u2019enquêtes efficaces et en ne poursuivant pas les auteurs de ce genre de crimes, l\u2019État colombien viole ses obligations internationales et engage, en conséquence, sa responsabilité envers les victimes.Quand une opinion ébranle les puissants Deux tribunaux d\u2019opinion sur le cas de Barranca ont siégé à Toronto et à Montréal, au printemps dernier8.Les deux instances ont réuni des juristes, des leaders syndicaux, des religieux et des parlementaires (anciens et actuels).Deux témoins experts et quatre témoins oculaires du massacre sont venus témoigner devant ces tribunaux.Deux des témoins sont restées veuves après le fatidique 16 mai et l\u2019une d\u2019elles a perdu son frère.Bien qu\u2019empreint de douleur, de colère, d\u2019incompréhension et d\u2019amertume, leur récit témoignait de courage, de persévérance, d\u2019espoir et de faim de justice.Les deux tribunaux ont conclu à la 8.À Toronto, les 29 et 30 avril, à Montréal, les 3 et 4 mai.Le jugement du Tribunal de Montréal est disponible auprès du Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine (tél.: 514-387-2541 ).On peut se procurer le jugement torontois en communiquant avec le Inter Church Committee on Human Rights in Latin America (tél.: 416-921 -0801).responsabilité de l\u2019État colombien dans la tuerie du 16 mai.Plus encore, ils ont jugé que les crimes commis à Barranca, perpétrés lors d\u2019un conflit interne, étaient tout de même des crimes de guerre punissables à l\u2019étranger en vertu de la compétence universelle des États et des juridictions internationales.Le Canada aurait donc la compétence juridique pour juger ces crimes en raison du fait que ces derniers constituent des crimes contre l\u2019humanité, puisque répétés de façon systématique et généralisée.Ces jugements ont suscité une telle controverse que les médias colombiens ont couvert comme événement important le Tribunal d\u2019opinion qui s\u2019est déroulé à Barranca, les 14, 15 et 16 mai derniers.Selon les organisateurs du Tribunal en Colombie, les tribunaux organisés au Nord ont permis de briser l\u2019isolement et l\u2019anonymat dans lesquels sombrait la population civile de Barranca et de rompre le silence entourant ce cas, en particulier, et la question de l\u2019impunité, en général.La classe politique et les militaires colombiens ont été visiblement ébranlés par l\u2019expérience, la qualifiant de «show», de «farce» et «d\u2019ingérence indue dans les affaires internes» et dénonçant la perte de souveraineté nationale.Or, ce qui les a vraiment dérangés a été l\u2019appropriation, par la population civile, d\u2019un instrument conçu pour réparer un tort et sanctionner les criminels et leurs complices: l\u2019appareil et les normes judiciaires.Bien que ces derniers aient été pervertis depuis longtemps par l\u2019usage qu\u2019en fait l\u2019État colombien, il n\u2019en demeure pas moins que les familles des victimes ont versé des larmes de victoire à l\u2019occasion de la condamnation morale, par trois tribunaux d\u2019opinion, des responsables de la mort de leurs proches.À défaut d\u2019une condamnation pénale des auteurs de tant de souffrances et de douleurs, un geste symbolique comme le jugement d\u2019un tribunal d\u2019opinion prend une dimension et une importance insoupçonnées.¦ .\\ * ^ mrtf » Une habitante de Barranca: «Je recherche mon époux».Photo: Nibaldo Gralleguilos La pétition de la Coalition oecuménique pour le Jubilé 2000, en date du 2 mai, était signée par 625 000 personnes.Le 11 mai dernier, à Ottawa, des représentants de la Coalition ont fait une présentation symbolique de la campagne pour l\u2019annulation de la dette à la ministre de la Coopération internationale, madame Diane Marleau.La journée a commencé par une conférence de presse à la Chambre des Communes, pour dire ce que la Coalition attendait du gouvernement canadien au Sommet du G-7, à Cologne.Les festivités se sont ensuite prolongées sur la place publique avec un démarrage en fanfare.Rappelons-nous qu\u2019en hébreu le mot Jubilé signifie trompette.Après la lecture de quelques textes bibliques, des participants ont brisé les chaînes de la dette, tandis qu\u2019un tracteur apportait les pétitions, vivement applaudi par les 500 personnes rassemblées pour réclamer l\u2019annulation de la dette.On sait depuis que la pétition a été signée par 17 millions de personnes à travers le monde.Le congrès de l\u2019Entraide missionnaire a lieu les 11 et 12 septembre 1999, au Cégep Ahuntsic à Montréal.Le thème choisi cette année est la mondialisation à l\u2019heure des solidarités.Il s\u2019adresse à tous ceux et celles qui veulent réfléchir aux nouveaux enjeux éthiques dans un contexte mondial en profonde mutation, et qui veulent ouvrir des chemins inédits de solidarité au Nord comme au Sud.Pour informations, par télécopieur: (514) 270-6156.Le 1er avril 1999, naissait le Nunavut.Pour la première fois dans l\u2019histoire du pays, le Canada compte un gouvernement majoritairement autochtone.Jack Okalik en est le Premier ministre, lui qui a vaillamment travaillé à la création de ce territoire et à la reconnaissance des Inuits.Le projet était en marche depuis les années 60.Couvrant le cinquième de la superficie du Canada, le gouvernement du Nunavut tentera de répondre aux revendications et aux préoccupations des Inuits qui forment 85% de sa population.La moitié des habitants a moins de 25 ans.Longue vie à ce nouveau territoire! Si le Parlement approuve la proposition de loi sur la prohibition de la vente d\u2019armes à feu à la population civile, le Brésil rejoindra le petit nombre de pays qui l\u2019ont déjà interdite, dont la Grande-Bretagne et l\u2019Australie.La proposition de loi veut restreindre le droit de porter une arme à feu aux militaires, à la police et aux agents de sécurité des grandes compagnies privées.Le puissant lobby pour les armes à feu y est bien sûr opposé, ainsi que l\u2019industrie des armes.Rio de Janeiro a déjà adopté une loi qui va dans ce sens.Des meurtres commis par des adolescents sur leurs camarades de classe et le fait que beaucoup d\u2019élèves se rendent à l\u2019école avec des armes a encouragé le président Cardoso à soutenir la cause.Peu de temps avant le déclenchement des hostilités entre l\u2019Otan et Belgrade, les évêques de la Commission des épiscopats de la communauté européenne faisaient part de leur réflexion sur la paix en Europe.Dans un document intitulé Vérité, mémoire et solidarité : clés de la paix et de la réconciliation, ils offrent un programme d\u2019action pour établir une paix durable en invitant chaque État à dépasser les intérêts particuliers en vue du bien commun et à fonder l\u2019avenir de l\u2019Europe sur la justice et la solidarité.Ils soulignent que les sociétés européennes sont soumises à de nouvelles secousses: épreuve des migrations avec leur lot de réfugiés, violence, chômage, trafic mafieux, problèmes de frontières et droits des minorités.Ils regrettent notamment la manière dont sont traités les problèmes de migrations internationales et les propositions actuelles concernant le droit d\u2019asile et le droit des réfugiés dans les divers pays membres.Ce texte est disponible sur le site Internet de la conférence épiscopale française: www.cef.fr.L\u2019année 1999 marque le 50e anniversaire de l\u2019arrivée des Soeurs Auxiliatrices au Québec.Pour fêter l\u2019événement, elles viennent de publier Des femmes de convictions, aux Éditions Francine Breton.Ce livre retrace leurs 50 années de présence ici.Que de chemin parcouru pendant un demi-siècle par cette communauté originaire de France! À Granby, Montréal, Saint-Jean, Saint-Hyacinthe, Sept-îles, Longueuil et Saint-Jérôme, leur mission a toujours consisté à dénoncer les injustices faites aux personnes appauvries, permettre une réinsertion sociale à des ex-détenus, épouser la cause des femmes discriminées, être présentes à des personnes malades, exclues ou réfugiées, accompagner jeunes et moins jeunes dans leur cheminement, etc.Nous leur souhaitons bonne fête! 218 relations septembre 1999 lectures du mois avec Anne-Marie Aitken, Dominique Boisvert et Robert Mager UN PROCESSUS DE SÉCULARISATION René Rémond, Religion et société en Europe, Paris, Seuil, 1998; 310 p.Le 26 août 1789, l\u2019article 10 de la Déclaration des droits de l\u2019homme et du citoyen, voté par l\u2019Assemblée constituante, déclarait: «Nul ne peut être inquiété pour ses opinions mêmes religieuses».Désormais il ne sera plus nécessaire, en France, de faire la preuve de son appartenance au catholicisme pour jouir de tous les droits, civils et politiques, attachés à la citoyenneté.René Rémond voit dans cette dissociation entre la confession et la citoyenneté l\u2019initiative fondatrice qui aboutira à la sécularisation de l\u2019Europe.Le propos du livre est de retracer, sur deux cents ans, l\u2019histoire du processus de la sécularisation du vieux continent, avec une question en toile de fond: peut-on dire que la religion exerce une influence déterminante ou restreinte sur la conduite des sociétés?Le projet était ambitieux, car comment avoir un regard qui englobe, d\u2019un seul coup d\u2019oeil, la réalité européenne tout en respectant les caractéristiques de chaque pays et de chacune des confessions chrétiennes?Au fil de la lecture, l\u2019histoire révèle en fait des convergences, et un modèle des relations entre religion et société, propre à l\u2019Europe, s\u2019ébauche peu à peu.Il faut reconnaître qu\u2019une place importante a été faite à la France, qui la première a posé le problème de la sécularisation dans toute sa radicalité.Mais aujourd\u2019hui la France ne fait pas figure d\u2019exception.La laïcité est un des éléments de l\u2019entente entre les pays membres de l\u2019Union européenne.Elle donne sens à leur vouloir-vivre commun.L\u2019auteur distingue plusieurs étapes dans la sécularisation qui ont permis le passage de l\u2019État confessionnel à la neutralité de l\u2019État.La première étape a consisté dans l\u2019abrogation des discriminations confessionnelles, condition d\u2019une effective liberté de conscience.En effet, des dispositions juridiques frappaient d\u2019incapacités nombreuses quiconque ne professait pas la religion de l\u2019État.En Angleterre, par exemple, seuls les fidèles de l\u2019Église établie étaient éligibles et pouvaient faire une carrière politique.Les membres des autres confessions protestantes avaient un statut inférieur, mais ils étaient considérés comme des Britanniques.Il n\u2019en allait pas de même pour les catholiques et les juifs.Il faudra près d\u2019un siècle à l\u2019Angleterre libérale, qui avait pourtant devancé la France dans la pratique de la tolérance sous l\u2019Ancien Régime, pour rejoindre le point où celle-ci s\u2019était établie dès 1790.À la fin du XIXe siècle, en Europe, la neutralité de l\u2019État à l\u2019égard de la religion n\u2019est cependant nulle part encore reconnue.L\u2019État demeure confessionnel, mais il a cessé de s\u2019identifier exclusivement à une religion particulière et il admet la pluralité des confessions ainsi que l\u2019égalité de leurs fidèles au regard de la loi.La deuxième étape a consisté dans le désétablissement des Églises d\u2019État par une institutionnalisation d\u2019un pluralisme confessionnel et par l\u2019institution d\u2019un état civil distinct de la tenue des registres où était consignée la réception des sacrements.Deux solutions se sont alors présentées: soit un état civil distinct pour ceux qui n\u2019avaient pas de religion ou qui étaient d\u2019une autre confession, soit un état civil pour tous les citoyens avec la suppression de toute mention religieuse.Aujourd\u2019hui, des quinze pays membres de l\u2019Union européenne, la Grèce est la seule qui fasse encore figurer la mention de la religion sur la carte d\u2019identité de ses ressortissants.La question s\u2019est aussi posée pour les cimetières: cimetières particuliers avec des sections par confession ou banalisation du secteur communal.La seconde solution faisait franchir un pas décisif à la déconfessionnalisation de l\u2019État et à la sécularisation de la société.La plupart des pays s\u2019en sont tenus longtemps à la première.relations septembre 1999 219 lectures du mois Le mouvement de sécularisation, déjà bien avancé, ne s\u2019est pas arrêté là.Au troisième stade, l\u2019évolution s\u2019est opérée selon deux directions.Dans les sociétés protestantes, on a surtout exploré la voie qui consistait à reconnaître le fait religieux et à l\u2019institutionnaliser sur la base du pluralisme.Les Pays-Bas en sont un exemple typique.La société a été organisée sur le principe de la coexistence de plusieurs familles d\u2019esprit étendue aux agnostiques baptisés humanistes.Du côté catholique, on est allé plus loin dans la dissociation entre religion et société, jusqu\u2019à concevoir un État totalement neutre à l\u2019égard des croyances.Une laïcisation s\u2019en est suivie.C\u2019est le cas de la France qui a vécu une séparation totale de l\u2019Église et de l\u2019État, en 1905, avec comme conséquence une éviction progressive de toutes références religieuses dans l\u2019espace public, pas seulement l\u2019État mais aussi la société civile.L\u2019école a été un des lieux où les débats ont été les plus vigoureux.Au XXe siècle, les Églises ont été mises face à leur indépendance et ont été confrontées au totalitarisme et au communisme.La sécularisation a suivi son cours.Une nouvelle phase s\u2019est instaurée, avec une distinction de plus en plus nette entre le moral et le légal.Jusqu\u2019à une date encore récente, l\u2019État reconnaissait la morale prescrite par les Églises, mais désormais la législation civile diffère de la morale chrétienne.Ainsi le divorce et l\u2019avortement sont reconnus comme légaux dans la plupart des pays européens.Chaque individu est donc renvoyé à sa conscience pour faire des choix et diriger sa vie.La foi devient un acte éminemment personnel.Cependant, il faut aussi reconnaître que la foi comporte nécessairement une dimension collective et des expressions sociales.L\u2019expérience a fait toucher du doigt le caractère illusoire de l\u2019idée libérale que l\u2019on pouvait enfermer le religieux dans la sphère du privé.Dans les faits, la distinction privé/public s\u2019avère être trop réductrice.En conclusion, l\u2019auteur souligne que la question de la sécularisation ne sera jamais une question réglée une fois pour toutes.Les débats du passé sont toujours prêts à resurgir.Des situations nouvelles, telle la présence de l\u2019Islam, se font jour.Elles appellent des solutions inédites.Voici donc un ouvrage d\u2019envergure, très détaillé sans perdre de vue les grandes lignes de fond, très argumenté sans s\u2019enfermer dans un seul angle de vue.Il rend 220 un bel hommage à la collection Faire l\u2019Europe, dirigée par Jacques Le Goff, et invite à mieux saisir les enjeux actuels de l\u2019Europe.L\u2019exemple d\u2019un autre continent peut aider les lecteurs québécois à mieux prendre conscience de ce qui se joue différemment, dans leur propre pays, quant à la sécularisation et à la déconfessionnalisation.¦ Anne-Marie Aitken UNE SOCIÉTÉ «HORS RELIGION»?Marcel Gauchet, La religion dans la démocratie.Parcours de la laïcité, Paris, Gallimard, 1998, 127 p.Il y a quinze ans, Marcel Gauchet faisait paraître un ouvrage intitulé Le désenchantement du monde.L\u2019essai, situé au carrefour de la philosophie, de la sociologie et de l\u2019histoire, défendait la thèse d\u2019un lien étroit entre religion et politique et ce, en trois temps.Première proposition: si l\u2019on considère la plus grande partie de l\u2019histoire humaine, la religion se trouve au fondement du lien social et de l\u2019organisation politique.Deuxième proposition: l\u2019évolution de ce lien et de cette organisation à travers les âges révèle un processus de «sortie de la religion», celle-ci devenant de moins en moins déterminante pour la vie commune.Troisième proposition: loin de contredire ce processus, le christianisme en a été un agent essentiel; il est «la religion de la sortie de la religion».Le livre étant dense et de lecture exigeante, plusieurs lecteurs s\u2019en tinrent à son apparente convergence avec la thèse courante de la sécularisation: l\u2019histoire aurait pour sens la conquête de la liberté (autonomie) par émancipation à l\u2019égard de la religion (hétéronomie).Le propos était pourtant plus radical, qui esquissait une véritable archéologie religieuse des rapports sociaux.Le caractère explosif de la troisième proposition ne manqua cependant pas d\u2019alarmer les théologiens.Gauchet poursuit aujourd\u2019hui sa réflexion dans un essai sur la laïcité française, intitulé La religion dans la démo- relations septembre 1999 cratie.Au seuil d\u2019un nouveau millénaire, alors que les manifestations multiformes du religieux ramènent la question des rapports entre religion et modernité, Gauchet persiste et signe.Non seulement ne faut-il pas céder au mirage d\u2019un quelconque «retour du religieux», encore peut-on discerner vers 1970 l\u2019amorce d\u2019une troisième phase de sortie de la religion: «Pour la première fois, notre compréhension temporelle de nous-mêmes - je parle de la compréhension spontanée, quotidienne, pratique - est réellement et complètement soustraite à l\u2019immémoriale structuration religieuse du temps.» (p.23) Là se situerait, selon l\u2019auteur, le foyer de sens permettant d\u2019analyser et de comprendre les conditions sociopolitiques présentes dans leurs caractéristiques essentielles.L\u2019ouvrage est beaucoup plus court que le premier et son écriture est également plus aérée.Il n\u2019en offre pas moins une réflexion foisonnante et suggestive qui se déploie par touches successives.Le premier chapitre rappelle la thèse de la «sortie de la religion», en déploie quelques implications et l\u2019actualise: la situation présente se caractériserait par un effondrement du croire que l\u2019auteur vérifie par une fine analyse de «la fin de la religion de l\u2019art».Le chapitre suivant esquisse une histoire politique de la laïcité française, de sa phase «absolutiste» (XVIle-XVIIle s.) à sa phase «libérale et républicaine» (XIXe s.- 1970), cette dernière ayant fait place à une nouvelle phase que les chapitres suivants s\u2019efforcent de caractériser.Ils décrivent ainsi la «neutralisation démocratique» d\u2019un État qui n\u2019est plus en mesure de proposer un horizon de signification et qui se cantonne dans un rôle d\u2019arbitrage face à une société civile plurielle exaltant la dimension privée de l\u2019existence, le libéralisme économique et les droits individuels.Pris entre une «sphère publique sans transcendance» et une «sphère privée sans discrétion» (p.74), les individus en panne de croyances communément partagées se mettent en quête d\u2019identité, une identité qu\u2019ils ne peuvent réaliser qu\u2019en mettant en valeur leurs particularités.La société déploie alors un jeu complexe de représentation et de reconnaissance des différences, la «saisie de soi» étant cherchée «à travers la figuration de soi» (p.126).C\u2019est dans cette perspective d\u2019un effondrement des croyances communes et de la transcendance politique qu\u2019il faudrait lectures du mois comprendre la nouvelle visibilité publique des croyances particulières.La société en quête d\u2019horizon invoque les religions en tant que systèmes de sens et non en vertu de leur caractère proprement religieux.L\u2019objet de cette quête, écrit Gauchet, «n\u2019est pas le vrai, mais le sens et, pour être tout à fait précis, non pas l\u2019objectivité du vrai, mais la nécessité objective du sens pour une subjectivité» (p.108).Gauchet décrit ainsi l\u2019avènement d\u2019une société qui, pour la première fois de l\u2019histoire, ne serait plus du tout structurée par la religion.Le débat est rouvert.D\u2019aucuns seront agacés par l\u2019idée d\u2019un «sens de l\u2019histoire» qui marque encore cette pensée.D\u2019autres estimeront que l\u2019hypothèse d\u2019un effondrement du croire collectif fait l\u2019impasse sur d\u2019importantes manifestations de croyance commune, notamment au plan économique (le libre marché, la compétitivité, etc.) et qu\u2019il est préférable de parler d\u2019une «recomposition du champ religieux» (Raymond Lemieux, Danièle Hervieu-Léger).Il demeure que cet ouvrage de Gauchet met au défi de penser les conditions actuelles d\u2019une humanité qui «n\u2019est décidément que son oeuvre à elle-même, oeuvre précaire, à la signification indéfiniment révisable» (p.23).¦ Robert Mager Département de théologie Université du Québec à Trois-Rivières LEURRE OU ESPOIR?Coll., sous la direction de Hervé Defalvard et Véronique Guienne, Le partage du travail, bilan et perspectives, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, 260 p.Deux ans après le Sommet socioéconomique du gouvernement Bouchard, les promesses d\u2019aménagement et de réduction du temps de travail, qui devaient créer quelques dizaines de milliers d\u2019emplois, ont donné peu de résultats et semblent avoir été reléguées aux oubliettes.Faut-il abandonner l\u2019idée d\u2019un partage du travail («travailler moins pour travailler tous») comme solution à la crise de l\u2019emploi?Un groupe d\u2019universitaires français s\u2019est penché sur la question, suite à l\u2019adoption par le gouvernement socialiste de la Loi des 35 heures.Pour eux, malgré certains aspects positifs, cette loi est le produit d\u2019un débat qui a mal tourné.Car, au-delà des caricatures que représentent les positions strictement économiques (pour qui il s\u2019agit d\u2019une simple «règle de trois»: moins de travail par individu, pour une même quantité de travail nécessaire, va nécessairement entraîner du travail pour plus d\u2019individus) ou les positions strictement socio-logiques (les gens ont toujours souhaité se libérer du travail et les progrès technologiques rendent ce rêve réalisable), les auteurs croient que le partage du travail n\u2019a pas réussi, jusqu\u2019ici, à répondre à la question centrale qui se pose à l\u2019origine: le chômage massif et persistant qui exclut de plus en plus de gens des rapports sociaux.Pour les auteurs, il faut resituer le débat à la frontière même de l\u2019économique et de la sociologie.C\u2019est là seulement que le partage du travail peut prendre sa signification véritable: celle d\u2019une répartition nouvelle des rôles et des responsabilités dans la «fabrication» de la société.Au fond, la question n\u2019est pas tellement «comment partager l\u2019emploi pour que plus de gens travaillent?»; mais plutôt «quelle répartition du travail serait juste?» Car la perspective globale de l\u2019ouvrage en est une de justice sociale.Et les auteurs montrent bien qu\u2019en matière d\u2019emploi, comme en tout autre domaine, «une place pour chacun ne peut pas être un simple effet mécanique, mais demeurera toujours un choix politique».Dans une première partie, divers auteurs font successivement un bilan des expériences internationales, puis des initiatives locales françaises, avant de faire une analyse politique des diverses conceptions du partage du travail.La seconde partie aborde certaines dimensions oubliées du partage, ce qui empêche entre autres de situer celui-ci dans une perspective de «justice»: en particulier au niveau des discriminations ethniques et raciales, puis de celles qui s\u2019exercent à l\u2019égard des femmes.Quant à la troisième partie, elle est directement centrée sur la recherche de nouvelles formes de justice sociale et leur impact sur la répartition du travail dans la société.Malgré le caractère technique et pluridisciplinaire de l\u2019ouvrage, celui-ci a l\u2019avantage de resituer le débat sur le partage du travail bien au-delà des recettes à court terme pour résoudre les problèmes du chômage.Il nous invite à revoir tout le relations septembre 1999 dossier du travail, dans une perspective d\u2019inclusion et de participation de chacun à la société.¦ Dominique Boisvert LE PRÉSIDENT D\u2019UN KOSOVO MÉCONNU J.Y.Carlen, S.Duchêne, J.Ehrhart Ibrahim Rugova, Le frète colosse du Kosovo, coll.«Témoins d\u2019humanité», Paris, Desclée de Brouwer, 1999; 149 p.Sorti de l\u2019imprimerie au moment même où l\u2019OTAN commençait à bombarder la Yougoslavie, en mars dernier, ce petit livre est plus que jamais d\u2019actualité six mois plus tard, au moment où les populations d\u2019origines serbe et albanaise tentent de reconstruire une coexistence dans un Kosovo sous protectorat international.Dernier-né de la collection «Témoins d\u2019humanité» qui cherche, en moins de 150 pages, à faire connaître des personnages remarquables qui ont marqué l\u2019histoire récente dans les domaines les plus divers (Nelson Mandela, Dietrich Bonhoeffer, Tolstoi, Freud, Gandhi, Édith Piaf, Primo Levi et une quinzaine d\u2019autres jusqu\u2019ici), Ibrahim Rugova a le mérite de nous présenter autant un peuple et une histoire qu\u2019un leader politique méconnu.Car il était difficile, ici, de tracer la biographie de Rugova en présumant que le contexte historique, social et politique du Kosovo était connu des lecteurs.C\u2019est d\u2019ailleurs cette ignorance généralisée et persistante du Kosovo qui est en partie la cause de la tragédie qu\u2019a vécue la région depuis plus d\u2019un an: car tous s\u2019entendent pour reconnaître qu\u2019une attention et une priorité plus grandes accordées au Kosovo il y a quelques années, au moment où se négociait le «règlement» de la guerre en Bosnie et où le président Rugova cherchait, par tous les moyens, à obtenir l\u2019appui de l\u2019Occident pour la résistance pacifique du peuple kosovar, auraient probablement permis d\u2019éviter la crise majeure que vient de vivre le Kosovo.C\u2019est là l\u2019originalité d\u2019ibrahim Rugova: écrivain et critique littéraire estimé de la 221 lectures du mois communauté albanaise, il ne s\u2019est investi en politique que «par indignation citoyenne, par fidélité aux idéaux démocratiques».Élu président du Kosovo à deux reprises (en 1992 et en 1998), lors de scrutins parallèles non reconnus par le gouvernement yougoslave, il a été l\u2019artisan tenace et systématique d\u2019une résistance non violente inédite en Europe.Lui qui, encore bébé, avait perdu son père et son grand-père, arrêtés et exécutés comme «ennemis du peuple» par le régime de Tito à cause de leur engagement en faveur du maintien de l\u2019identité albanaise, il a choisi la nonviolence comme une nécessité politique et stratégique.C\u2019est ainsi que pendant plusieurs années, la société albanaise du Kosovo a courageusement défendu et renforcé son identité en réorganisant de manière autonome et parallèle ce que les autorités serbes lui ont enlevé de force: ses écoles, son système de santé, ses institutions politiques.Au début des années 90, «il n\u2019y a pas d\u2019armes au Kosovo, mais une force d\u2019âme».C\u2019est cette forte solidarité communautaire qui va permettre aux Albanais du Kosovo et à ceux de la diaspora de financer volontairement, par une sorte d\u2019«impôt» de 3 à 5% de leurs revenus, ces infrastructures parallèles.Et celles-ci sont non seulement une forme de résistance à l\u2019oppression serbe mais aussi une façon de construire déjà le Kosovo dont ils rêvent.Tout au long des années 90, le président Rugova cherche à intéresser les pays occidentaux au sort du Kosovo.Il mise sur la résistance pacifique et sur l\u2019auto-organi-sation courageuse de son peuple pour gagner la sympathie internationale à l\u2019autonomie kosovare et éviter la guerre civile toujours menaçante.Nos gouvernements le reçoivent avec les honneurs mais n\u2019agissent pas.Bien pire, certains pays occidentaux choisissent plutôt de développer et d\u2019armer une «Armée de libération du Kosovo», l\u2019UCK, dont les activités militaires fourniront bientôt le prétexte à la justification de la répression serbe.L\u2019engrenage de la «guerre du Kosovo» est en marche.Non seulement avec sa terrible «purification ethnique» des Albanais par les Serbes, avec ses centaines de milliers de réfugiés kosovars, avec ses milliers de morts albanais et serbes sous les bombardements de l\u2019OTAN, mais aussi avec le travail extraordinairement difficile de reconstruction du Kosovo qui s\u2019amorce: celle des infrastructures matérielles certes, mais surtout celle de la coexistence des peuples albanais et serbe.C\u2019est pour mieux comprendre la réalité et les enjeux de ce conflit qui a monopolisé l\u2019actualité pendant presque trois mois qu\u2019il faut lire ce petit livre.Et peut-être aussi pour mieux comprendre les défis et les difficultés considérables dont nous serons témoins, au Kosovo, au cours des prochains mois.Car la paix est souvent plus difficile à gagner que la guerre.Quel que soit le rôle futur que pourra y jouer Ibrahim Rugova, l\u2019aventure de cet intellectuel visionnaire, devenu président presque malgré lui dans la poudrière des Balkans, à travers un destin qui n\u2019est pas sans rappeler celui de Vaclav Havel en Tchécoslovaquie, mérite d\u2019être mieux connue.Car il aura contribué, de manière importante, au développement de la nonviolence au XXe siècle.¦ Dominique Boisvert LIVRES REÇUS Voici quelques-uns des livres que les éditeurs ont fait parvenir à Relations au cours des derniers mois.- Jean Egen, François, le mendiant magnifique, Paris, Du Signe, 1998; 204 p.-\tPaul Dreyfus, Saint Jean.Un grand reporter sur les traces de l\u2019évangéliste, Paris, Bayard/Centurion, 1998; 334 p.-\tMichel Brisacier, La foi du Général, Montrouge, Nouvelle Cité, 1998; 174 p.-\tColl, (sous la dir.de Robert David), Faut-il attendre le messie?Études sur le messianisme, Montréal, Médiaspaul, 1998; 238 p.-\tAldina da Silva, André Myre et Tereza Pinto, Les juifs portugais.Exil, héritage, perspectives 1496-1996, Montréal, Médiaspaul, 1998; 184 p.-\tScott Peck, La quête des pierres, Paris, Robert Laffont, 1998; 378 p.-\tColl, (sous la dir.de Diane Lamou-reux), Les limites de l\u2019identité sexuelle, Montréal, Du Remue-Ménage, 1998; 198 p.-\tColl, (sous la dir.d\u2019Élisabeth J.Lacelle), «Ne dormons plus, il est temps de se lever» Catherine de Sienne (1347-1380), Paris/Montréal, Cerf/Fides, 1998; 216 p.-\tBernard Daly, Mae Daly et Bishop Remi J.De Roo, Even Greater Things.Fiope and Challenge after Vatican II, Toronto, Novalis, 1998; 264 p.-Serge Latouche, L\u2019autre Afrique.Entre don et marché, Paris, Albin Michel, 1998; 250 p.-\tRonald Rudin, Faire de l\u2019histoire au Québec, Sillery, Septentrion, 1998; 280 p.-\tColl, (sous la dir.de Diane-Gabrielle Tremblay), Objectif plein emploi.Le marché, la social-démocratie ou l\u2019économie sociale?, Ste-Foy, Presses de l\u2019Université du Québec, 1998; 282 p.-\tSusanna Tamaro, Un coeur en chemin, Paris/Montréal, Desclée de Brouwer/Bellarmin, 1998; 169 p.-\tGinette Pelland, Ouvrez quelques cadavres.Portrait psychologique d\u2019un président des États-Unis, Montréal, de la Pleine Lune, 1998; 368 p.¦ à signaler ?Les silences de la doctrine sociale catholique, Jean-Yves Calvez, Éditions de l\u2019Atelier, Paris, 1999,160 pages.Fin connaisseur de l\u2019enseignement social de l\u2019Église, l\u2019auteur dresse ici un bilan critique de l\u2019apport de Jean-Paul II dans ce domaine.Il indique quatre questions sur lesquelles l\u2019enseignement de l\u2019Église doit rompre le silence: l\u2019emploi, la finan-ciarisation de l\u2019économie, la propriété du capital des entreprises, les Droits de l\u2019Homme et la démocratie.?Croire en liberté, sous la direction de Jean-François Malherbe et Jean Desclos, Fides, Montréal, 1999.Les auteurs affirment que croire est possible, mais pas dans la soumission à des doctrines déformées, pas dans la naïveté d\u2019une pensée prêt-à-porter.Le défi de ce livre est de dire, d\u2019une manière intelligible, les éléments essentiels de la foi chrétienne à l\u2019intention d\u2019un large public.222 relations septembre 1999 Nouveautés MEDIASPAUL ÉCRITS ET MILIEU DU NOUVEAU TESTAMENT LES PARABOLES DE JÉSUS CHEZ MARC ET MATTHIEU\t\tUn plaidoyer en FAVEUR DE L\u2019UNITÉ \t\t ü.\t\tÉÜ \t\t Le suicide chez les jeunes Un cri pour la vie Sous la direction de Marie-Line Morin 224 p.* 18,95 $ Une approche psycho-socioreligieuse du monde des adolescents qui permet de mieux cerner leur quête d\u2019identité et de mieux saisir les causes du suicide.Écrits et milieu du Nouveau Testament Une introduction Sous la direction de Odette Mainville 296 p.* 25,95 $ Des contributions originales sur le milieu géographique et historique dans lequel a vécu Jésus de Nazareth et une présentation des différents ensembles littéraires qui forment le Nouveau Testament.Les paraboles de Jésus chez Marc et Matthieu D\u2019amont en aval Michel Gourgues 272 p.* 24,95 $ Une étude rigoureuse, mais très accessible.Chaque parabole est considérée en relation avec son lieu de surgissement, mais surtout, avec celui de son aboutissement: la foi et l\u2019expérience croyante d\u2019aujourd\u2019hui.Un plaidoyer EN FAVEUR DE L\u2019UNITÉ La lettre aux Romains Odette Mainville 160 p.* 23,95 $ Une lecture rafraîchissante de La lettre aux Romains, où la théologie est essentiellement au service de l\u2019éthique.Un plaidoyer de Paul en faveur de l\u2019unité et de l\u2019égalité qui doivent régner au sein de la communauté chrétienne.iteitrl fXirw A la rencontre d'un Dieu-Amour Dieu le l'ire tlons lu RiUe Mwie Andrée R»y/4jpthr I ^fnrnmv cWémoircs d\u2019elles Fragments de ries et spiritualités de femmes ,rJ> -fie(mha.Ua JLumiata À LA RENCONTRE d\u2019un Dieu-Amour Dieu le Père dans la Bible Marcel Dumais 128 p.* 15,95 S À la découverte d\u2019un Dieu qui se fait connaître comme infiniment bon.En plus, une dizaine de questions, parmi les plus fréquemment posées sur Dieu, sont abordées à la fin des chapitres.Quand l\u2019appel se fait récit Lectures sémiotiques de textes de vocations littéraires et religieuses En collaboration 208 p.* 21 $ Cet ouvrage collectif présente le résultat des analyses effectuées par les auteurs sur un ensemble de récits de vocation, tant religieuses que profanes.Mémoires d\u2019elles Fragments de vies et spiritualités de femmes Marie-Andrée Roy et Agathe Lafortune 320 p.* 24,95 $ Ce recueil de courtes biographies donne un aperçu de la contribution des femmes au développement de la vie spirituelle et religieuse de la tradition chrétienne.Admirable lumière Itinéraire de contemplation Yvon Daigneault 104 p.* 11,95 $ Le parcours de la vie de Jésus, tel que la Liturgie le trace et le célèbre, dans l\u2019adoration et la joie, dans la célébration annuelle des fêtes qu\u2019elle réserve à Jésus et aux événements révélateurs de sa vie.En vente chez votre libraire relations septembre 1999 223 relations septembre 1999\t3,95$ no 653 SOMMAIRE \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t \t\t Photographie de la page couverture et de la page 201 : Normand Blouin/STOCK NOS PROCHAINES SOIRÉES RELATIONS À Montréal: Les gangs de rue: quelle solution?Au CJF, 25 Jarry Ouest (métro Jarry ou de Castelnau) le lundi 20 septembre 1999, à 19h30 À Québec: Fini l\u2019État-providence! Au Centre de spiritualité Manrèse 2370, rue Nicolas-Pinel, Ste-Foy le lundi 4 octobre 1999, à 19h30 Renseignements: à Montréal, 514-387-2541.À Québec, 418-653-6353 Contribution volontaire: 5,00$ septembre 1999 Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 Port payé à Montréal 25.rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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