Relations, 1 juin 2000, Juin
[" I770034II378QQQI relations juin 2000 3,95$ no 661 fKwrfr «Wag A lire aussi dans ce numéro: Carolyn Sharp sur les chrétiennes et la Marche mondiale Guy Paiement sur le bien commun et la convivialité relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTEUR Jean Bellefeuille RÉDACTEUR EN CHEF Jean Pichette SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Anne-Marie Aitken ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Michel Beaudin, Jean Bellefeuille, Normand Breault, Élisabeth Garant, Joseph Giguère, Françoise Nduwimana, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, René Boudreault, Raymonde Bourque, Guy Dufresne, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 28,00$ (taxes incl.) Deux ans: 49,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 29,00$ Abonnement de soutien: 75,00$ Visa et Mastercard acceptés TPS: R119003952 TVQ : 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans Y Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 En janvier prochain, Relations fêtera ses 60 ans.La revue a surpris, dérangé, voire choqué au fil des articles, des dossiers, des positions parfois difficiles qu\u2019elle a défendues.Elle l\u2019a fait par souci du bien commun, qui exige d\u2019aller à l\u2019encontre des modes et du prêt-à-penser, même si cela requiert de ses lecteurs et lectrices un effort que n\u2019exige pas une simple adhésion tranquille aux idées du temps.Nous reviendrons sur ces années de combat, avec la parole pour seule arme, afin de nourrir l\u2019idéal de justice de la revue.Afin de rester fidèle à un héritage dont elle est fière, Relations procédera à compter de septembre à des changements importants.Elle demeurera traversée par le même objectif, celui de porter une parole d\u2019espoir, informée par l\u2019analyse critique.Mais elle L\u2019AGGIORNAMENTO DE RELATIONS le fera de façon différente.Après tout, quand le monde change, il convient non pas de s\u2019y adapter béatement, comme des pans entiers du discours politique nous y invitent aujourd\u2019hui, mais de se donner les moyens de bien mettre en lumière les lignes de fond des transformations en cours.Le numéro que vous tenez entre vos mains est donc l\u2019avant-dernier dans sa présentation actuelle.Et ne craignez rien, vous ne pourrez pas manquer les changements en septembre: ils seront bien visibles! Le premier est de taille: le revue passera de 32 à 44 pages, avec huit parutions par année.Malgré une augmentation de 10 pour cent du nombre de pages, sur une année, le coût de la revue demeurera sensiblement le même.Ce qui ne nous empêchera pas de vous offrir une présentation graphique entièrement renouvelée, beaucoup plus aérée, afin de faciliter et de rendre plus agréable la lecture de la revue.Ajouter à cela une couverture en couleurs et une iconographie tirant profit des nouvelles technologies, et vous découvrirez qu\u2019un bain de jouvence peut parfaitement s\u2019harmoniser avec le maintien d\u2019une ligne classique.Les changements ne seront pas qu\u2019esthétiques.Les dossiers resteront au coeur de chaque numéro, mais de nouveaux éléments viendront s\u2019y greffer.Mentionnons notamment un espace de débat, où deux positions différentes sur une même question particulière seront défendues, et une rubrique de r«ailleurs», qui permettra à la revue de s\u2019ouvrir tous les mois sur une région du monde oubliée ou méconnue.Deux chroniqueurs réguliers reviendront aussi tous les mois dans nos pages.L\u2019un d\u2019entre eux abordera les grands enjeux contemporains à travers le prisme de la culture, ce qui témoigne bien de notre volonté d\u2019élargir nos cadres d\u2019analyse afin de toujours mieux prendre le pouls du monde actuel.Tout cela, et bien d\u2019autres choses encore, est à notre agenda de septembre.Ne manquez pas ce rendez-vous.ni le prochain numéro (juillet-août), qui sera certainement à la hauteur d\u2019une tradition qui n\u2019entend pas mourir, même si elle se pare de nouveaux atours.Jean Pichette 130 relations juin 2000 à l\u2019actualité avec Anne-Marie Aitken, René Boudreault, Jean Lapalme et Jean-Claude Ravet LE CHOC DES NATIONALISMES AUTOCHTONE ET QUÉBÉCOIS La volonté de coexistence harmonieuse semble absente du décor.Le Grand Conseil des Cris du Québec n\u2019y est pas allé de main morte dans son intervention contre le Projet de loi 99 portant sur l\u2019exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l\u2019État du Québec, lors de son étude en Commission parlementaire.Certains y verront le présage à une situation explosive en progression exponentielle, d\u2019autres la simple suite d\u2019une logique conflictuelle depuis longtemps prévisible.Le ton digne d\u2019une déclaration de guerre du Grand conseil des Cris a été rehaussé par les déclarations agressives et non moins acerbes des leaders de l\u2019Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador et du Conseil tribal Mamit Innuat de la Côte-Nord concernant le projet de loi.Les Cris ont qualifié de «fictif» et «inventé» le concept de peuple québécois, en indiquant qu\u2019ils contesteraient devant les tribunaux la légalité de la loi qu\u2019ils qualifient de colonialiste, discriminatoire, antidémocratique et anticonstitutionnelle.Les autres représentants autochtones menacent de demander l\u2019intervention de l\u2019Organisation des Nations Unies pour que leur droit à l\u2019autodétermination et leurs territoires ancestraux soient sauvegardés.Le fossé entre les deux visions de l\u2019avenir d\u2019un Québec autonomiste est béant.Pour appuyer en force leur recours, les organisations autochtones sont intervenues aussi lors des audiences de la Chambre des communes relatives à l\u2019adoption de la Loi donnant effet à l\u2019exigence de clarté par la Cour suprême du Canada dans son avis sur le Renvoi sur la sécession du Québec.Elles ont fait ajouter l\u2019obligation d\u2019être consultées et de prendre en compte leurs résolutions et déclarations concernant l\u2019examen de la clarté de la question référendaire et celui portant sur la majorité claire de la population de la province qui voudrait éventuellement faire sécession.Elles ont aussi gagné une mention à l\u2019effet que toute modification constitutionnelle ne pourra se faire sans le traitement négocié des droits, intérêts et revendications constitutionnelles des peuples autochtones du Canada.La position des Premières Nations du Québec n\u2019est pas nouvelle, même si elle affirme de plus en plus de mordant.Le 19 mai 1999, elles ont adopté vingt-six principes orientant leurs interventions dans le dossier de l\u2019avenir constitutionnel du Québec et elles reprennent maintenant essentiellement ces principes.L\u2019argumentation consiste à se définir comme peuples et nations distinctes au sens du droit international et interne, étayant par là leur droit à l\u2019autodétermination et leur pouvoir à déterminer librement leurs droits politiques et leurs propres rapports.Les Premières Nations vont cependant encore plus loin car, à leur avis, tout changement constitutionnel et politique du cadre canadien nécessitera leur consentement libre et éclairé.Ils refusent en sus toute notion d\u2019intégrité territoriale québécoise, de souveraineté non autochtone et d\u2019effectivité législative ou réglementaire que les gouvernements voudraient leur imposer.On peut comprendre et légitimer le fait que les peuples autochtones veulent prendre les moyens nécessaires pour protéger leurs droits fondamentaux dans l\u2019hypothèse de l\u2019indépendance du Québec et l\u2019intervention faite en ce sens au Parlement fédéral est de bonne guerre.On comprend cependant moins que le droit à l\u2019autodétermination se traduise par un ton agressif et frôlant le mépris dans la négation de l\u2019existence de la nation québécoise et son propre droit à l\u2019autodétermination.On comprend encore plus difficilement le contrôle que certains peuples autochtones relations juin 2000 131 face à l\u2019actualité veulent exercer sur la clarté de la question référendaire et sur la majorité nécessaire dans le cadre d\u2019un exercice, cautionnant ainsi une approche fédérale juridique rigide, niant pratiquement la souveraineté de l\u2019Assemblée nationale et le droit du peuple québécois de disposer de lui-même.La négation du droit de l\u2019autre aidera-elle la reconnaissance du sien propre?On peut en douter.D\u2019un point de vue autochtone, le projet original de loi québécoise paraît mièvre et simpliste en ce sens qu\u2019il ne fait qu\u2019énoncer le fait que le Québec a constamment affirmé son respect des droits des nations autochtones du Québec.Ce n\u2019est pas toujours évident quand on siège depuis plusieurs années à des tables de négociation avec les représentants gouvernementaux, ou quand on prend connaissance de la position juridique indigne et abjecte du Québec sur les droits autochtones devant les tribunaux, tous partis politiques confondus.À quelques exceptions près, l\u2019approche minimaliste gouvernementale règne en maître.Ce projet de loi a été temporairement retiré du processus parlementaire et un nouveau projet du ministre Facal devra tenir plus compte de la position actuelle du gouvernement en matière autochtone.Un ajustement de cet ordre ajoutera sans doute peu de substance eu égard à l\u2019ampleur du différend existant avec les organisations autochtones.En admettant que ce soit le cas, ce qui n\u2019est pas évident, les peuples autochtones qui voudraient négocier une niche constitutionnelle valable dans le sens de leur propre droit à l\u2019autodétermination au sein d\u2019une future structure politique d\u2019un Québec indépendant ne trouvent certainement pas écho à leur besoin dans le projet de loi québécois ni dans les politiques récentes du gouvernement québécois.La négation du droit à l\u2019autodétermination des uns et des autres semble conduire directement à un cul-de-sac.La stratégie de l\u2019eau dans le gaz prime de toute évidence dans notre conjoncture actuelle sur celle de l\u2019eau dans le vin.Même si cette stratégie n\u2019incarnait que le positionnement des généraux avant la mère des batailles, elle laissera sans doute des séquelles si on s\u2019évertue de part et d\u2019autre à se traiter de moins que rien.Cette approche est malheureuse quand on considère les réussites importantes de nos relations autochtones-allochtones dans certaines régions, par exemple dans des partenariats authentiques en matière de développement économique, social et culturel.Le Québec s\u2019est ouvert à la perspective d\u2019un forum politique commun, mais les conditions posées par les uns et les autres y ont fait jusqu\u2019à maintenant échec.Il semble que la volonté de coexistence harmonieuse à ce haut niveau politique de nos relations soit absente du décor.Sans ce forum, il semble que nous soyons condamnés à nous crier des noms d\u2019un côté à l\u2019autre de l\u2019arène.La clairvoyance et la sagesse des leaders actuels qui chemineraient sur le chemin de Damas ou l\u2019arrivée de nouveaux leaders plus éclairés et plus souples semblent être les seules issues de cette problématique qui a toutes les chances de nous habiter encore longtemps.¦ René Boudreault Consultant en affaires autochtones MONDIAL SUR LEAU LE DEUXIEME FORUM Un pas en avant fait dans le sens de la marchandisation de l\u2019eau Le deuxième Forum mondial sur l\u2019eau, tenu à La Haye du 16 au 22 mars 2000, a été marqué par une progression de la tendance à la privatisation et à la marchandisation de l\u2019eau au sein des institutions internationales, et par un début de structuration des ONG des cinq continents, sur la thématique spécifique de l\u2019eau.La plate-forme adoptée par celles-ci, à la fin du congrès, exige que l\u2019accès à l\u2019eau soit considéré comme un droit fondamental de l\u2019humanité, que «l\u2019eau soit retirée du GATT ainsi que de l\u2019OMC», signifiant par là que l\u2019eau ne saurait être traitée comme une marchandise.Il s\u2019agissait là d\u2019un progrès énorme par rapport à la première version de cette plate-forme.Les efforts de la Coalition Eau Secours!, du Contrat Mondial de l\u2019eau, et du Conseil des Canadiens ne sont pas étrangers à cette progression.Par ailleurs, dans l\u2019atelier synthèse qui précédait immédiatement la cérémonie de clôture du deuxième Forum mondial sur l\u2019eau, M.Ismail Serageldine, président de la Commission mondiale sur l\u2019eau pour le XXIe siècle, déclarait fermement «qu\u2019il fallait passer de l\u2019idéologie au pragmatisme».Du même souffle, il n\u2019hésitait pas à ajouter qu\u2019il fallait «abolir le mot privatisation et parler plutôt de gestion des ressources en eau».Il a terminé cette sortie «musclée» en s\u2019engageant, entre autres, à mettre sur pied un groupe de travail sur la détermination des prix de l\u2019eau! On croyait rêver, mais le fait est que le président de la Commission mondiale sur l\u2019eau pour le XXIe siècle appelait les participants à pratiquer la pensée unique sur fond d\u2019idéologie «tout au marché», tout en les exhortant à ne pas être idéologiques! La déclaration suite à la réunion ministérielle qui s\u2019est tenue parallèlement au Forum, refusant de reconnaître l\u2019accès à l\u2019eau et à la sanitation comme un droit fondamental, s\u2019est fixé comme défi «de reconnaître l\u2019accès à l\u2019eau en qualité et en quantité suffisante ainsi qu\u2019à la sanitation comme besoins humains de base».Elle appelle également à aller de l\u2019avant «vers l\u2019établissement de prix des services d\u2019eau qui reflètent leurs coûts»! On aura compris que le débat entre l\u2019accès à l\u2019eau comme droit fondamental de l\u2019humanité, d\u2019une part, et l\u2019eau comme besoin de base d\u2019autre part, n\u2019est pas qu\u2019une querelle sémantique.Si l\u2019eau est réduite au statut de besoin fondamental, ni les États, ni les pouvoirs publics, ni, à plus forte raison, les entreprises privées, ne sont tenus, en raison du droit international, de satisfaire ce besoin de base; et, dans le cadre d\u2019une économie 132 relations juin 2000 face à l\u2019actualité de marché, ce besoin risque de n\u2019être satisfait que s\u2019il est «solvable».Tout au long de ce Forum, on a senti omniprésente la manoeuvre bien orchestrée par les organisateurs, qui consiste à faire adhérer les gens à la thèse selon laquelle, pour surmonter la pénurie d\u2019eau grandissante, il va falloir engager des sommes faramineuses.que seul le secteur privé pourra trouver! Heureusement, tous ne sont pas de cet avis.Lors d\u2019un atelier, M.Patrick Margron, directeur de l\u2019Europole de l\u2019Arbois, est intervenu longuement pour démontrer, précisément, que le secteur privé n\u2019est pas le messie qu\u2019on attend.Il a contribué à démystifier ce qui s\u2019avère ici un mythe tenace: à savoir que les quelque 180 milliards de dollars par an qu\u2019on juge devoir investir, d\u2019ici 2025, aux fins d\u2019assurer à toute l\u2019humanité le droit à l\u2019eau et à la sanitation, sont, somme toute, une goutte d\u2019eau si on les compare à toute la richesse produite annuellement sur la planète.Une conférence de presse donnée par l\u2019Internationale des services publics, un regroupement mondial de syndicats de la fonction publique, a également contribué à lever le voile sur les causes cachées de la soi-disant incapacité des États à financer les infrastructures de l\u2019eau.Selon PSI, les institutions financières internationales, dont le FMI et la Banque mondiale, imposent aux pays la privatisation des services publics, dont les services d\u2019eau, comme condition d\u2019obtention de prêts.Ce fut le cas au Mozambique, en 1999, qui dut privatiser ses Il faut nous ressaisir de notre capacité politique pour stopper une course sans frein vers le vide.Stéphan Bureau, le commentateur vedette de Radio-Canada, laissait échapper dernièrement un lapsus mémorable, tant il lève un coin du voile, pourtant épais, qui couvre les mécanismes idéologiques de la machine médiatique.Alors qu\u2019il était à New York, prêt à interviewer un économiste sur les fluctuations inquiétantes de la Bourse, il introduisit son reportage en l\u2019intitulant «Frisson à Hollywood» au lieu de «Frisson à Wall Street».Son interlocuteur, médusé de se voir ainsi identifié malencontreusement à un critique de spectacle, a su lui faire sentir, par le ton glacial avec lequel il a répondu aux questions, qu\u2019il ne l\u2019avait guère apprécié.Comment ne pas se réjouir de cette gaffe et de cette impertinence bien involontaire, mais combien riche en signification, d\u2019un mandarin de l\u2019information révélant le «devenir-spectacle du monde», pour reprendre les termes de Guy Debord.Car ces moments de démystification sont exceptionnels dans les médias eux-mêmes, qui savent si bien se mettre en valeur comme d\u2019indispensables espaces démocratiques.Mais il faut savoir les lire aussi comme de formidables outils de dépolitisation et d\u2019apathie civique, par leur exposition insistante d\u2019une vision du monde uniformisée, marchandisée, banalisée, où toute valeur est vidée de son sens, en regard de la seule considération de la logique services d\u2019eau pour obtenir un prêt de 117 millions de dollars devant servir à améliorer les mêmes services! En 1997, la Banque mondiale a pressuré le gouvernement bolivien pour que celui-ci considère le privé comme maître d\u2019oeuvre des services d\u2019épuration et de filtration de l\u2019eau.Peu de temps après, le même gouvernement refusait de garantir un prêt consenti à la coopérative SAGUAPAC, active dans les services d\u2019eau, et ce, malgré son excellente réputation concernant le remboursement de ses prêts antérieurs.La Banque mondiale entend maintenant offrir de l\u2019assistance technique dans le but de privatiser les coopératives boliviennes de l\u2019eau, y compris SAGUAPAC! Plusieurs militants ont affirmé leur volonté de préparer une contre-offensive à cette marchandisation de l\u2019eau, notamment à l\u2019occasion de la conférence ministérielle de la Zone de libre échange des Amériques qui se tiendra à Québec, en avril 2001.L\u2019eau y sera un enjeu fondamental puisque qu\u2019on veut étendre aux deux Amériques l\u2019infâme chapitre 11 de l\u2019ALÉNA qui permet aux compagnies d\u2019intenter des poursuites contre les États qui légiféreraient contre les exportations d\u2019eau en vrac.On sait que la compagnie Sun Belt Water, de San Diego, a récemment entrepris une poursuite de 10,5 milliards de dollars US contre le gouvernement du Canada parce qu\u2019une loi de la Colombie-Britannique interdit de telles exportations! ¦ Jean Lapalme Eau Secours! DES MÉDIAS?économique qui se déploie ainsi tous azimuts, sans friction.Devant le bombardement quotidien de pseudo-événements du téléjournal, il est difficile de ne pas être saisi par le phénomène de déréalisation qui émane de l\u2019entreprise médiatique de mise en spectacle du monde, de diversion et de divertissement.Un exemple frappant de ces pseudo-événements a été la nouvelle rabâchée ad nauseam des intentions non avouées du ministre des Finances, Paul Martin, de devenir chef du Parti.Quelle désopilante effervescence journalistique devant ce fait insipide, et autour d\u2019acteurs souvent tirés des obscures officines du Parti libéral, faisant foi à la rumeur ou la récusant avec véhémence.Y faisaient figures de proue un Jean Chrétien imperturbable, mais étiqueté d\u2019entêté, affirmant à tout vent son autorité à qui voulait l\u2019entendre, et un Paul Martin, qualifié, lui, d\u2019incontournable pour l\u2019avenir du Parti, mais niant catégoriquement une quelconque velléité à la chefferie.Que comprendre de cette frénésie feuilletonnesque qui dura presque tout le mois de mars, sinon que nous avions affaire à une fabuleuse métaphore de l\u2019imbrication actuelle du pouvoir et du spectacle?Que penser aussi face à la kyrielle de commentateurs «indépendants», économistes patentés de grands consortiums, qui Y A-T-IL UNE RÉALITÉ AU-DELÀ relations juin 2000 133 face à l\u2019actualité défilèrent devant le petit écran, pour faire la louange de la politique fiscale tant du gouvernement fédéral que du Québec, unanimes devant la réduction des impôts des particuliers, tout en mettant en sourdine la réduction fiscale généreuse envers le capital?Nous étions tous assimilés à des consommateurs, heureux des économies annoncées, si ce n\u2019est à des investisseurs avérés qui sauraient mettre à profit l\u2019argent récupéré.Mais aucun mot sur notre condition de citoyens soucieux du bien commun, de la solidarité et de la responsabilité sociale.Ce vide médiatique par rapport aux vrais enjeux, l\u2019absence de débats sur les questions de fond qui sortent du ronron médiatique quotidien a été souligné lors de la soirée Relations de mars sur la fiscalité.En temps de pensée unique, la primauté incontestable de l\u2019économie redéfinit les rôles des différents acteurs, y compris RETOUR SUR UN VOYAGE Le dialogue entre les juifs et les chrétiens est le principal bénéficiaire du voyage du pap Du 20 au 26 mars, Jean-Paul II s\u2019est rendu en Terre sainte, comme il le souhaitait vivement, pour marquer le Jubilé de l\u2019An 2000.Dans une lettre publiée le 29 juin 1999, il décrivait ainsi l\u2019état d\u2019esprit qui l\u2019animait à la veille de ce périple: «Le grand Jubilé ne consiste pas en une série de choses à accomplir, mais en une grande expérience à vivre.J\u2019ai l\u2019intention de parcourir à nouveau les traces de l\u2019histoire du salut sur la terre où elle s\u2019est déroulée.Il s\u2019agit d\u2019un pèlerinage exclusivement religieux, tant par sa nature que par ses finalités, et je serais peiné si l\u2019on attribue à mon projet des significations différentes.» Comme bien des fois, ce voyage a provoqué maints commentaires et une certaine méfiance avant même qu\u2019il ne soit accompli.Force est de reconnaître que le pape s\u2019en est bien tiré, car le parcours était parsemé d\u2019embûches.La frêle silhouette de ce vieillard voûté a su conquérir les coeurs.Il a posé des gestes symboliques plus parlants que de longs discours.On se souviendra longtemps de la main tremblante de Jean-Paul II caressant les pierres du mur du Temple à Jérusalem, et de sa demande de pardon à Dieu pour la souffrance des fils d\u2019Abra-ham, en vue de vivre une fraternité authentique avec le peuple de l\u2019Alliance.À Yad Vashem, lieu consacré au souvenir de la Shoah, il a voulu vivre un moment de silence, car les paroles ne sont pas assez fortes pour dire cette terrible tragédie.Comme lors de la repentance du dimanche 12 mars, à Rome, il a demandé pardon pour l\u2019antisémitisme dont les juifs ont été victimes de la part des chrétiens.«Construisons un avenir dans lequel il n\u2019y aura plus de sentiments anti-juifs parmi les chrétiens, et de sentiments antichrétiens parmi les juifs, mais un respect réciproque de qui adore l\u2019unique Créateur et Seigneur, et voit en Abraham le père commun dans la foi.» Et c\u2019est peut-être ce qui ressort de ce voyage: le principal bénéficiaire se trouve être le dialogue entre le catholicisme et le judaïsme.Ehoud Barak a évoqué l\u2019hypothèse d\u2019une «nouvelle l\u2019État, au nom de l\u2019adaptation aux impératifs du marché.Cette soirée se concluait par l\u2019appel à multiplier ces lieux de discussion, de prise de parole, de pensée critique qui font contrepoids aux chiens de garde de l\u2019ordre social que sont devenus en grande partie les médias.Il faut nous ressaisir de notre capacité politique pour stopper cette course sans frein vers le vide, la démesure économique qui dénigre précisément le politique dans sa prétention à poser des limites à l\u2019intérieur desquelles les citoyens peuvent orienter collectivement le devenir de la société.Avant que notre endormissement soit devenu tel que nous contemplions notre propre déchéance comme un spectacle distrayant.¦ Jean-Claude Ravet Centre justice et foi en Terre sainte.ère» de dialogue entre juifs et chrétiens.Le ministre de la Sécurité intérieure, Shlomo Ben-Ami, quant à lui, faisait remarquer que si le pape a touché le Mur, le Mur l\u2019a aussi touché et qu\u2019un pas a été franchi dans l\u2019histoire.Rappelons-nous que Jean-Paul II a été le premier pape à se rendre, en 1986, à la synagogue de Rome, à parler des juifs comme de ses «frères aînés», à qualifier «d\u2019irrévocable» l\u2019alliance de Dieu avec le peuple juif.Il a signé de nombreux documents qui prouvent la filiation entre le judaïsme et le christianisme, encouragé les catholiques à expurger leurs textes et à retrouver leurs racines juives.Enfin c\u2019est lui qui normalisa les relations de l\u2019Église avec Israël, en 1993.Certes les autorités israéliennes n\u2019ont rien obtenu du pape cette fois-ci sur la question de Jérusalem, et son attachement renouvelé à la cause palestinienne montre bien qu\u2019il ne leur donne pas son accord.En mars 1998, la longue déclaration de la Commission du Saint-Siège pour les relations avec le judaïsme Nous nous souvenons.Réflexions sur la Shoah avait suscité de vives critiques de la part du Comité international juif pour les consultations interreligieuses, au sujet de la dichotomie introduite entre antijudaïsme et antisémistisme.Un autre point de litige résidait dans le procès de béatification de Pie XII.L\u2019ambassadeur d\u2019Israël au Vatican, Aharon Lopez, avait émis le voeu, en novembre 1998, du renvoi du procès à 50 ans et de l\u2019ouverture de toutes les archives du Vatican afin d\u2019éliminer tout doute sur la personne de Pie XII.Jean-Paul II n\u2019a fait aucune mention de Pie XII durant ce voyage.Nous ne pouvons que souhaiter que son geste de repentance se traduise en actes concrets d\u2019ouverture; le premier et non le moindre serait celui de l\u2019ouverture des archives du Vatican pour permettre une enquête historique et sortir d\u2019un secret qu\u2019il est difficile de justifier.¦ Anne-Marie Aitken 134 relations juin 2000 dossier dossier LES EXCLUS DU FESTIN par Jean Pichette Après Seattle, en décembre dernier, la ville de Washington a été le théâtre, en avril, d\u2019un affrontement entre quelque 2000 policiers et 10 000 manifestants opposés au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale.Quelques jours avant que les grands argentiers du monde soient «condamnés» à se réfugier derrière les murs du FMI, le président de la Banque mondiale, James D.Wolfensohn, lançait un cri du coeur: « Ce que je trouve démoralisant, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas une organisation sur terre qui fait plus que nous pour les pauvres.La mondialisation n\u2019est pas quelque chose que la Banque mondiale peut renverser.Ce n\u2019est pas quelque chose que le FMI peut arrêter.Nous pouvons seulement aider les gens et les pays à s\u2019adapter, à essayer de réduire les écarts.» Et avec quel succès! Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le cinquième de la population mondiale, regroupée dans les pays les plus riches, s\u2019accapare 86% du PIB (produit intérieur brut) mondial.À l\u2019autre extrémité, le quintile le plus pauvre recueille 1 % de la richesse produite dans le monde.On ne s\u2019étonnera donc pas que plus de 1,6 milliard d\u2019habitants de la planète n\u2019aient pas accès à l\u2019eau potable.Ces écarts entre pays riches et pauvres ne doivent cependant pas cacher les inégalités présentes à l\u2019intérieur même des pays.Ainsi une étude récente du Conseil canadien de développement social indique qu\u2019au milieu de la décennie 90, les villes canadiennes comptaient 34% de ménages pauvres, dont 41 % à Montréal, ainsi auréolée du titre de «capitale de la pauvreté».Rien n\u2019indique que la situation se soit améliorée depuis.Un indice: entre 1994 et 1999, le nombre de prêteurs sur gage a quadruplé à Montréal.C\u2019est donc dire que pendant que les meilleurs clients des banques profitent de toutes sortes de privilèges, ils sont de plus en plus nombreux ceux qui ont accès à des prêts à des taux variant de.300 à 500%! On pourrait multiplier les exemples.Alors que les trois hommes les plus riches de la planète ont une fortune supérieure au PIB des 35 pays les plus pauvres, près de trois milliards d\u2019habitants vivent avec moins de trois dollars par jour.Et le PNUD indiquait, en 1998, que si «en 1960, les 20% de la population mondiale vivant dans les pays les plus riches avaient un revenu 30 fois supérieur à celui des 20% les plus pauvres, en 1995, leur revenu était 82 fois supérieur».Bref, si la production de richesses augmente, celle de la pauvreté croît encore plus rapidement.Au festin de l\u2019humanité, tous ne sont décidément pas conviés! ?** Lors de l\u2019«envolée lyrique» évoquée plus haut, le président de la Banque mondiale a rappelé ce qu\u2019aime dire son col- Si la production de richesses augmente, celle de la pauvreté croît encore plus rapidement.Au festin de l\u2019humanité, tous ne sont décidément pas conviés! lègue de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC), Mike Moore: « Nous blâmer pour la contestation sociale et la pauvreté, c\u2019est comme blâmer la Croix-Rouge pour la guerre».Vraiment?Les trois articles qui suivent montrent, chacun à leur façon, que M.Moore fait la part (très) belle aux grandes institutions financières internationales.Bernard Élie cherche d\u2019abord à dégonfler le mythe de la mondialisation, qui doit selon lui s\u2019entendre plutôt comme une régionalisation.À travers le déploiement d\u2019une logique de l\u2019échange centrée sur les mécanismes financiers, c\u2019est essentiellement un nouveau mécanisme de distribution de la richesse qui se met en place.Plus que les flux de marchandises, ce sont d\u2019abord les flux financiers qui sont en train de modifier en profondeur le paysage éco- nomique de la planète.C\u2019est pourquoi M.Élie croit qu\u2019il faut saper à sa base le mouvement effréné de capitaux, qui permet, à l\u2019occasion par exemple de mouvements spéculatifs importants sur certaines devises, de faire basculer une économie du jour au lendemain.Dans cette optique, la taxe Tobin sur les mouvements de capitaux ne lui paraît pas être à la hauteur du problème qu\u2019elle vise à contrer.Il ne s\u2019agit pas pour M.Élie de s\u2019opposer à la création d\u2019un fonds de développement qui pourrait profiter aux pays les plus démunis.Mais la constitution d\u2019un tel fonds doit être découplée de celle des mouvements spéculatifs de capitaux, un problème qui exige selon lui la création d\u2019une véritable monnaie internationale.Michel Chossudovsky met en lumière le rôle des institutions financières internationales dans « la mondialisation de la pauvreté».Non seulement les politiques d\u2019ajustement structurel mises en place par le FMI et la Banque mondiale depuis une vingtaine d\u2019années n\u2019ont-elles pas réussi à juguler les problèmes économiques, elles les ont au contraire exacerbés, au Sud comme au Nord.Comme dans le texte précédent, l\u2019accent est mis sur une dynamique d\u2019ensemble, et il permet de préciser des liens entre des mouvements planétaires et des politiques locales.La mise à jour de cette logique globale ne diminue bien sûr en rien certaines responsabilités des élites locales (du Sud comme du Nord), pas plus qu\u2019elle ne doit faire oublier que les mouvements de capitaux dont il est ici question comprennent aussi ceux (énormes!) des fonds de pension.Une question sur laquelle il faudra revenir.Pour clore (momentanément) ce dossier, Jean-Marc Éla se demande comment dire Dieu à l\u2019heure du marché.À partir d\u2019un regard sur l\u2019Afrique, il oppose au catéchisme de la Banque mondiale une lecture de la Bible qui réaffirme tout son «potentiel subversif».Cela lui permet d\u2019en appeler à la construction d\u2019une théologie de la fraternité, afin de contrer « le génocide silencieux du marché».¦ 136 relations juin 2000 par Bernard Élie1 à ®' ¦p pp ¦¦inm rre * pour T f&Vf» a|.| Jl J ¦ : ci tin \u2022\t\u2014O)», Nouveau mythe contemporain, la mondialisation porte très mal son nom.En fait, elle ne profite qu\u2019à un petit club très sélect, et se nourrit du développement fulgurant des marchés financiers, qu\u2019une éventuelle «taxe Tobin» ne pourrait contrer.Une solution s\u2019impose: la création d\u2019une vraie monnaie internationale.Le dictionnaire Robert définit la mondialisation comme «/e fait de devenir mondial, de se répandre dans le monde entier».La mondialisation doit donc intéresser la planète entière.Cet événement, soi-disant nouveau, nous est présenté comme une ouverture sur le monde nécessaire à tous, normale et inévitable.Personne ne devrait s\u2019y opposer.De toutes les façons, la résistance est inéluctablement vouée à l\u2019échec.Il reste peu d\u2019espace au doute.Il n\u2019est pas fortuit si ïinternational-entre nations - a cédé la place au mondial, la terre entière.Ainsi, l\u2019Organisation mondiale 1.Professeur, Université du Québec à Montréal.du commerce (OMC) devait se nommer l\u2019Organisation internationale du commerce (OIC), dans le projet de Bretton Woods.Également, la vraie dénomination de la Banque mondiale est la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD).L\u2019ère des nations serait révolue.Cette vision homogénéisatrice - que plusieurs qualifient de pensée unique - est plus qu\u2019une mode: elle procède de la vénérable pensée économique libérale du début du XIXe siècle.Adam Smith et David Ricardo ont bien été relayés par les économistes contemporains.La mondialisation est indissociable du libre-échange, c\u2019est-à-dire de la réduction des contraintes à la circulation des biens et des capitaux.Le credo de la majorité des économistes fut et est toujours le libre-échange: de celui de Ricardo à celui de l\u2019OMC.La mondialisation entendue comme le résultat d\u2019une liberté d\u2019échange plus grande est un coup de force.Le modèle construit par la pensée libérale nous dit qu\u2019un marché libre assure la meilleure allocation des ressources.Donc, en éliminant les contraintes et les contrôles aux échanges internationaux, le marché plus libre ainsi obtenu ne pourrait que conduire à une situation meilleure, la mondialisation.Aujourd\u2019hui, ce discours est aussi celui des autorités politiques, amplifié par les médias.La liberté d\u2019échange, c\u2019est le gros bon sens! Comment, face à une évidence aussi élémentaire, peut-il exister encore des gens pour douter des bienfaits absolus du libre-échange?Seuls des malades, des fous peuvent défier les lois économiques, les lois du marché.Ces dogmes de la pensée libérale conduisent à des positions antidémocratiques.«Une personne comme moi, qui considère la liberté comme essentielle pour le relations juin 2000 137 Photo: Jane Wooster Scott, The Dow is up! SUPERSTOCK dossier Volumes quotidiens des opérations de change en milliards de $ des É.U.\t1992\t1995\t1998\t%\trang Royaume-Uni\t291\t464\t637\t32,3\t1 États-Unis\t167\t244\t351\t17,8\t2 Japon\t120\t161\t149\t7,6\t3 Singapour\t74\t105\t139\t7,1\t4 Allemagne\t55\t76\t94\t4,8\t5 Suisse\t66\t87\t82\t4,1\t6 Hong-Kong\t60\t90\t79\t4,0\t7 France\t33\t58\t72\t3,6\t8 Australie\t29\t40\t47\t2,4\t9 Pays-Bas\t20\t26\t41\t2,1\t10 Canada\t22\t30\t37\t1,9\t11 Reste du monde\t139\t192\t244\t12,4\t29 Total\t1076\t1573\t1971\t100\t Source: Revue de la Banque du Canada, hiver 1995-1996 et hiver 1998-1999.Étude triennale de la BRI.bon fonctionnement des relations entre les individus, et qui pense (cette fois, non plus sur le mode de la conviction, mais avec des preuves scientifiques à l\u2019appui) que pour préserver la liberté, il faut limiter le rôle du gouvernement et accorder une importance primordiale à la propriété privée, au libre marché, et aux accords de volonté, sera naturellement portée à ne pas douter des effets précis que pourraient avoir des mesures favorables à une politique fondée sur la libre concurrence2.» Nous vivons aujourd\u2019hui une nouvelle révolution technologique qui a plus d\u2019ampleur que celle qui a vu l\u2019introduction de la machine à vapeur ou du métier à tisser.Comme toute révolution technologique, les nouvelles technologies permettent une forte croissance de la productivité et de la richesse globale.Le problème est justement de savoir comment répartir cette richesse et pour qui.Le modèle libéral nous dit: en théorie, une mobilité internationale accrue des capitaux et des marchandises devrait se traduire par des avantages importants pour la majorité.La liberté de commerce, en favorisant les entreprises les plus performantes, assure la meilleure qualité des produits et aux prix les plus bas.La plus grande mobilité des capitaux, qui ne sont plus confinés à leur marché intérieur, permet aux investisseurs de rechercher les occasions d\u2019investissement offrant les rentabilités les plus élevées sur la planète et garantit que les capitaux soient dirigés vers là où les besoins sont les plus criants.Les pays pauvres ne devraient plus voir leurs possibilités limitées par un manque de capitaux.Mais la réalité est tout autre! La mondialisation en quelques tableaux - Les échanges de marchandises.Les effets de libéralisation des échanges internationaux sont très significatifs.Cependant, ils ne correspondent pas au modèle.D\u2019une part, il y a les oubliés du tiers monde, en particulier l\u2019Afrique subsaharienne, qui, loin d\u2019obtenir les avantages promis, voient augmenter leurs dépendances technologique, financière et surtout de débouchés.D\u2019autre part, assistons-nous vraiment à une mondialisation ou sommes-nous plutôt devant une régionalisation des échanges?La mondialisation se veut un vaste mouvement de croissance et d\u2019intégration des échanges.Mais, pour participer à ce jeu, il faut avoir quelque chose à échanger, quelque chose de vendable.Vendable veut dire qui correspond aux besoins des acheteurs et à des prix concurrentiels.Les pays les plus pauvres n\u2019ont pas les ressources financières, techniques et humaines pour des productions aptes à les emmener à un développement plus avancé.Ils sont confinés à être des fournisseurs de matières premières, peu productives d\u2019effets économiques multiplicateurs, ou encore de produits manufacturés élémentaires, peu demandeurs en connaissances et faibles en valeur ajoutée (textile, chaussures, jouets).Malgré la solidité de certains projets d\u2019investissement, la mobilité internationale accrue des capitaux n\u2019est pas pour eux.Parler de mondialisation est abusif, puisque l\u2019on assiste à une très forte intégration régionale des échanges commerciaux autour de trois pôles: l\u2019Europe de l\u2019Ouest (l\u2019Union européenne), l\u2019Amérique du Nord (États-Unis et Canada surtout), le Japon avec les pays émergents de son empire.Les pays industrialisés commercent surtout entre eux et les pays en développement et en transition (émergents ou pas) sont de plus en plus dépendants des marchés des pays industrialisés, ceux regroupés dans l\u2019OCDE3 (l\u2019Organisation de coopération et de développement économique).Les deux tiers des échanges de biens et de services sont le fait de dix-huit pays industrialisés (États-Unis, Canada, les 15 de l\u2019Union européenne et le Japon)4.Hors de ce petit club, seuls les pays d\u2019Asie (autres que le Japon) peuvent prendre une part significative aux échanges.Pourtant, les échanges de ces derniers avec les membres de l\u2019OCDE ne représentent que 11 % du commerce de l\u2019OCDE.L\u2019Amérique, hors de l\u2019ALENA, tout comme l\u2019Europe orientale et le Moyen-Orient ne contribuent que très peu aux échanges des membres de l\u2019OCDE: 3,1%, 2,5%, 2,5% respectivement.L\u2019Afrique, en déliquescence, est limitée à une part, de plus en plus congrue, d\u2019un peu plus de 2%.- Du côté monétaire et financier.Il y a six mois, le 13 octobre 1999, Robert A.Mundell obtenait le Prix des sciences économiques de la Banque de Suède, en mémoire d\u2019Alfred Nobel.Ce prix était 2.\tMilton Friedman, Inflation et systèmes monétaires, Calmann-Lévy, 1976, p.46.3.\tL\u2019OCDE est composée des États-Unis, du Canada, des 15 de l\u2019Union européenne et du Japon, à qui s\u2019ajoutent l\u2019Australie, la Corée, la Hongrie, l\u2019Islande, le Mexique, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, la Pologne, la République tchèque, la Suisse et la Turquie, soit 29 membres.4.\tLes pays de G-7 (États-Unis, Canada, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie et le Japon) ont la responsabilité de plus de 50% des échanges.138 relations juin 2000 décerné à un chercheur qui s\u2019était particulièrement fait remarquer par son analyse des zones monétaires optimales, dans les années 1960-1970.Bien que toujours pertinente sous plusieurs aspects, l\u2019analyse de Mundell semble dépassée dans notre monde actuel.L\u2019univers monétaire et financier international n\u2019est plus celui des années 60.À l\u2019époque, on pouvait encore croire à des politiques monétaires capables d\u2019agir sur les taux de change et sur les flux de capitaux.On parlait même de choix entre un taux de change fixe ou flottant, les autorités monétaires pouvaient encore contrer les flux de capitaux déstabilisateurs.Mais, aujourd\u2019hui, les fluctuations des taux de change sont surtout le fait des agents privés et des marchés financiers hors de contrôle des autorités monétaires.Les crises de ces dernières années nous le montrent bien: celle du Mexique (1994-95) ou encore celle des pays dits émergents du Sud-Est asiatique, à l\u2019été 1997, et enfin la crise, à l\u2019été 1998, du rouble et de notre dollar suivie, à la fin de 1998, de celle du real brésilien.- Les flux financiers.En lisant les rapports et les analyses de la dernière décennie sur l\u2019évolution des marchés internationaux des capitaux, un mot revient régulièrement: record.Les cinq dernières années ont vu l\u2019explosion de toutes les données relatives aux flux de capitaux (en vingt ans les sorties brutes de capitaux provenant des pays industrialisés ont été multipliées par 10, à plus de 2500 milliards Les cinq dernières années ont vu l\u2019explosion de toutes les données relatives aux flux de capitaux.de dollars; les investissements de portefeuille ont eu la plus forte croissance: leur volume a augmenté 30 fois).L\u2019abondance des capitaux a été le moteur de l\u2019explosion des marchés des capitaux.Cette abondance a été alimentée par deux sources principales.D\u2019abord, ce que certains nomment pudiquement «l\u2019assainissement des finances publiques» a libéré des centaines de milliards de dollars à la recherche de placements sur un marché devenu ainsi plus étroit.En Europe, dans la foulée des mesures pour la mise en place de l\u2019union monétaire, le recours aux emprunts par le secteur public a considérablement diminué.En Amérique du Nord, les gouvernements centraux annoncent des surplus budgétaires de plus en plus importants et ceux des États ou des provinces sont déjà en surplus budgétaire ou en bonne voie de l\u2019être.Puis, il y a eu la croissance gigantesque des fonds institutionnels d\u2019investissement alimentés par les baby-boomers désireux de s\u2019assurer une retraite dorée devant la réduction des allocations publiques qui deviendront plutôt des fonds d\u2019assistance que des fonds de retraite véritable.Cette surabondance entraîne une série de conséquences qui débutera avec la croissance spectaculaire des prix des actifs financiers.Mais la rareté relative des meilleures signatures a poussé les investisseurs, en quête de rendements toujours plus élevés, à se tourner vers des débiteurs de qualité inférieure souvent non notés par les agences de notation, telles que Moody\u2019s et Standard and Poors.Ces crédits, davantage à court terme, ont aussi contribué à développer l\u2019activité sur les marchés secondaires, particulièrement en Asie, jusqu\u2019à l\u2019été 1997.Cette plus grande Q, activité, dans un contexte plus risqué O (instabilité des taux de change et des taux ^ d\u2019intérêt, volatilité des capitaux et moins bonne qualité des débiteurs), a entraîné un essor spectaculaire des marchés des produits dérivés dont la valeur nominale est passée de 16 246 milliards de dollars, en 1993, à 64 546 milliards, en 1998.Ces instruments financiers, comme leur nom l\u2019indique, dérivent d\u2019une opération antérieure, et visent à protéger l\u2019investisseur des risques de fluctuation des taux d\u2019intérêt et des taux de change.En accordant à l\u2019investisseur une apparente sécurité, ils le poussent ainsi à être de plus en plus audacieux.Dans le jargon financier, l\u2019effet de ce filet de sécurité constitue un aléa moral: les agents du marché croient échapper, en partie, aux conséquences de leurs actes.Cette couverture contre les risques est ainsi un facteur de spéculation.La possibilité de gains faciles et moins risqués encourage d\u2019autres transactions sur les marchés.En plus de pousser vers de nouveaux sommets les prix des actifs financiers, les Les monnaies européennes se fondent pour devenir l\u2019EURO.relations juin 2000 139 Photo: SUPERSTOCK dossier produits dérivés font croître le risque global ou risque systémique.Ces derniers avaient déjà fortement augmenté, d\u2019abord, par la contagion plus rapide grâce aux nouvelles technologies de communication, puis par le plus grand mimétisme d\u2019acteurs nerveux et informés de façon homogène.Une dernière inquiétude, soulevée par la Banque des règlements internationaux Le libre échange, loin de profiter à la majorité, ne bénéficie qu\u2019à une petite minorité.En réalité, nous avons affaire à une régionalisation.depuis plusieurs années, est la répartition des créances détenues par les banques.Ces prêts s\u2019élevaient à 11 048 milliards en équivalents dollars américains, en 1998, dont 5563 milliards de dollars de dépôts interbancaires (soit plus de 50% du total).Cette interdépendance entre les banques accroît les risques de contagion et les risques systémiques en cas de problème.Alors qu\u2019il y avait deux pôles de croissance sur la planète, il y a dix ans; aujourd\u2019hui celui du Sud-est asiatique s\u2019est effondré (1997) et les marchés américains se sont emballés.Les pays émergents ne sont pas encore remis de la crise, mais l\u2019Europe de l\u2019Ouest, surtout l\u2019Irlande et la France, a emboîté le pas aux États-Unis en 1998, suivi du Canada en 1999.L\u2019économie américaine, avec une balance commerciale déficitaire depuis plus de trente ans, est littéralement subventionnée par le reste de la planète.Ce déficit qui sera record cette année, à plus de 350 milliards, permet aux États-Unis de vivre aux crochets des autres qui font crédit à ce pays sans jamais lui réclamer d\u2019être remboursés.Avec un tel déséquilibre commercial, selon la théorie économique, le dollar devrait être fortement dévalué.Les créanciers de la première économie mondiale, loin de refuser de prêter à ce mauvais partenaire, lui accordent tous les crédits nécessaires de peur de voir la valeur de leur portefeuille chuter au même rythme que le dollar.Contrairement aux pays du tiers monde, la dette extérieure de l\u2019économie américaine est libellée en dollars.Plus ce phénomène perdure, plus le dollar s\u2019apprécie face aux autres monnaies, d\u2019autant plus que les titres américains sont les valeurs refuges pour tous les capitaux de la planète.La croissance des indices boursiers américains depuis 1994 le prouve.La spéculation est devenue la règle de comportement sur les marchés.Les volumes négociés sur les marchés des changes sont d\u2019autres indicateurs de la frénésie des flux de capitaux.- Les marchés des changes.Depuis dix ans, les interventions des autorités monétaires sur les marchés des changes ont porté sur des montants de plus en plus importants, répondant à l\u2019accroissement des flux de capitaux et à la volatilité plus grande des taux de change.En avril 1998, la Banque du Canada (avec 42 autres participants) a participé à l\u2019enquête triennale sur l\u2019activité des marchés des changes coordonnée par la Banque des règlements internationaux (BRI).Le volume quotidien des opérations de change pour l\u2019ensemble des participants atteignait 1971 milliards en équivalent dollars américains, soit 75% de la valeur totale des réserves en devises des autorités monétaires, à chaque jour! Sur une base annuelle, ces transactions sur les marchés des changes représentent 225 fois l\u2019ensemble des réserves officielles.Le marché des changes canadien contribuait pour 37 milliards, soit plus de 4% du PIB du Canada.Les établissements financiers réalisent 90% de ces opérations.L\u2019instabilité des changes et les coûts que cela entraîne poussent plusieurs pays à souhaiter abandonner leur monnaie nationale pour le dollar, c\u2019est la «dollarisation» (Argentine, Équateur, Brésil).La question des zones monétaires a été mise au devant de la scène avec l\u2019arrivée de l\u2019EURO, le 1er janvier 1999.Onze des quinze pays de l\u2019Union européenne (UE) ont ainsi renoncé à leur souveraineté monétaire pour une monnaie unique destinée, entre autres, à réduire les risques de fluctuations des changes entre leur ancienne monnaie.Près de 80% de leurs échanges en biens et services se font entre eux et maintenant sans fluctuation de change.Peut-on réguler les marchés?Récapitulons.La mondialisation des échanges des biens est faite pour et par les dix-huit pays les plus riches.Le libre échange, loin de profiter à la majorité, ne bénéficie qu\u2019à une petite minorité.En réalité, nous avons affaire a une régionalisation.Les flux financiers se concentrent eux aussi dans les pays industrialisés, surtout aux États-Unis.Leur volume et leur caractère spéculatif amplifient l\u2019instabilité des changes, au détriment des petites monnaies.La volatilité des flux de capitaux et les coûts économiques et sociaux qu\u2019elle entraîne doivent être limités.L\u2019objectif de restrictions sur les mouvements de capitaux au niveau international est de réduire, idéalement d\u2019annuler, la spéculation contre les monnaies.Toutes les entreprises, pas seulement les établissements financiers, gèrent leur portefeuille de devises en pariant et en provoquant des variations des taux de change profitables.Cette spéculation constituant un pillage de la richesse nationale des pays victimes de ces attaques aux profits de quelques-uns.Il s\u2019agit d\u2019arrêter les mouvements de certains capitaux et non de former un fonds d\u2019aide pour le développement.En ce sens, une taxe sur les mouvements de capitaux, comme la taxe Tobin, ne permet pas de résoudre le problème à sa base.La détention privée des liquidités internationales demeure.De plus, comme plusieurs taxes, elle serait transférable aux consommateurs.La solution n\u2019est pas fiscale, surtout pas par une taxe ad valorem.Elle doit être d\u2019ordre juridique et réglementaire.Il faut que l\u2019accès au marché des changes soit déterminé par l\u2019opération économique sous-jacente.Cette opération doit être réelle: achats de biens, de services ou de valeurs mobilières de long terme et investissements directs.Tous les mouvements de capitaux destinés à constituer un portefeuille de devises seraient interdits.Les flux assignés aux titres de courts termes seraient réglementés pour assurer leur caractère non déstabilisateur.Le projet doit limiter la détention privée des liquidités internationales et doit redonner aux autorités monétaires les pouvoirs d\u2019intervention pour garantir la stabilité des taux de change, en les mettant à l\u2019abri de la voracité des spéculateurs.L\u2019idéal serait d\u2019abolir le change en instituant UNE vraie monnaie internationale.Une monnaie qui ne soit pas une monnaie nationale promue à un rôle international, comme l\u2019ont été la livre sterling et le dollar américain.Il faut étendre l\u2019expérience de l\u2019EURO à la planète entière.Dans une étape intermédiaire, plusieurs monnaies régionales pourraient coexister.¦ 140 relations juin 2000 Des fillettes indiennes puisent l'eau au puits communautaire, au Chiapas, Mexique.mm **'-
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