Relations, 1 octobre 2000, Octobre - Novembre
[" ftyvyv Dominique Méda Un nouvel emploi du temps ReLatiONS société politique religion NuméRO 664 octoBRe-NovemBRe 2000 Le modèle américain Un peuple élu\t^\t'\t* Le XXe siècle\t\\ étatsunien.et après?Violence individuelle et violence étatique ^ w \u2019> Controverse : Peut-on réparer la justice?La Première Guerre mondiale africaine ARTISTE INVITE SERGE CLÉMENT sommaiRe NuméRO 664, octOBRe-NovemBRe 2000 4 actuaLités émeRgeNce 9\tUN CONTRAT PIÉGÉ?Guy Paiement 25\teN BRef aiLLeuRS 26\tÀ QUI PROFITE LA GUERRE EN RDC?Denis Tougas coNtROveRse 28 PEUT-ON RÉPARER LA JUSTICE?Thérèse de Villette et Jean Pichette RegaRD 50\tUN NOUVEL EMPLOI DU\tTEMPS Dominique Méda 54\tUN PATRIMOINE À LÉGUER André Beauchamp pRisme 56\tLE DÉFI DE L'AMÉRIQUE Wajdi Mouawad 58 muLtiméDias 40 LiVRes Photo du CONGO : Canapress/David Guttenfelder DOSSieR 10 LE MODÈLE AMÉRICAIN Nous connaissons mal nos voisins du sud, qui éliront dans quelques jours leur nouveau président.Peut-être notre trop grande proximité - et une volonté de nous démarquer d\u2019eux - nous empêche-t-elle de bien saisir la façon de penser et d\u2019articuler les rapports entre les gens que les États-Unis ont inaugurée.Aujourd\u2019hui sans réelle opposition, le modèle américain est en train de conquérir le monde; examiner l\u2019Amérique d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est donc peut-être lire notre propre avenir.12 LE POLITIQUE DANS LE MIROIR DU PURITANISME Entrevue avec Sacvan Bercovitch Jean Pichette 16 LE XXe SIÈCLE AMÉRICAIN.ET APRÈS?Jean-François Côté 20 VIOLENCE INDIVIDUELLE ET VIOLENCE ÉTATIQUE Pierre Landreville ARTISTE INVITÉ Serge Clément est l'une des figures dominantes de la photographie québécoise.Il présente actuellement à Hong Kong une exposition solo dont les œuvres, regroupées sous le titre Fragrant Light, sont disponibles dans un livre éponyme (de Tilly-Blaru Editions).Sa dernière exposition solo québécoise, une installation, a été présentée le printemps dernier à la Galerie Occurrence, de Montréal.De 1991 à 1997, Serge Clément a parcouru le monde à la recherche d\u2019images laissant subsister « les traces d'un passé, la promesse d'un ailleurs, la fragilité d\u2019un avenir ».Vertige-Vestige, issue de cette recherche, a été exposée dans plusieurs villes européennes, en 1998 et 1999, et a fait l\u2019objet d'un livre (Éditions Les 400 coups, 1998).ReLatiONS La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca DIRECTEUR Jean Bellefeuille RÉDACTEUR EN CHEF Jean Pichette RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Anne-Marie Aitken SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Jean-Claude Ravet DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Michel Beaudin, Guy Dufresne, Élisabeth Garant, Joseph Giguère, Vincent Greason, Fernand Jutras, Nicole Laurin, Françoise Nduwimana, Guy Paiement.Carolyn Sharp.Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, René Boudreault.Normand Breault, Marc Chabot, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau IMPRESSION HLN.Sherbrooke ABONNEMENTS Hélène Desmarais 8 numéros (un an) : 30 $ (taxes incluses) Deux ans : 55 $ (taxes incluses) À l'étranger : 35 $ Étudiants : 25 $ TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 2 ) ReLatiONS octobre-novembre 2000 eDitORiaL Des citoyens ISO Serge Clément, Hong Kong, 1996 citoyens et de l\u2019Immigration, Robert Perreault, semble avoir de la citoyenneté.Le Forum national sur la citoyenneté et l'intégration, tenu en septembre dernier, en témoigne avec éloquence.Le document de consultation soumis à la « discussion » - les guillemets s\u2019imposent, tellement le temps accordé à l\u2019exercice était court - laisse pantois.La question du statut politique du Québec est à ce point présente dans le document, comme un contrepoint plus ou moins avoué, qu\u2019elle donne souvent l'impression que la participation citoyenne ne constitue pas l\u2019enjeu réel de la réflexion.Voilà une belle occasion manquée d\u2019ouvrir un véritable débat sur le genre de société que nous voulons construire! La citoyenneté fait aujourd\u2019hui partie de ces concepts - comme celui de « société civile » - qui, à force d\u2019être répétés comme un mantra, finissent par ne plus rien vouloir dire.11 est désolant de devoir rappeler que citoyenneté et politique se conjuguent au même mode.L\u2019une ne va pas sans l\u2019autre.Aussi les appels incessants à la participation citoyenne, servis dans un discours ne remettant aucunement en question la logique de la mondialisation, résonnent-ils aujourd\u2019hui comme une vulgate idéologique voilant le sacrifice du pays réel, pour reprendre l\u2019idée du beau livre de Gérard Beaudet (Le pays réel sacrifié).On ne peut vider le politique de toute sa substance, au nom d\u2019une nécessaire adaptation au libéralisme mondialisé, sans dérober à la citoyenneté sa capacité de peser de façon signifiante sur les grandes orientations de la société.Du coup, la citoyenneté se trouve réduite à un exercice devant simplement permettre aux « citoyens » de s\u2019adapter localement à une misère qui se développe selon une logique sur laquelle ils n\u2019ont En août dernier, quelques jours avant la rentrée des classes, on apprenait que la Fédération des commissions scolaires du Québec souhaitait voir ses établissements se doter de la norme internationale ISO.Le temps serait venu d\u2019étendre à l\u2019éducation l\u2019emprise de l\u2019Organisation internationale pour la standardisation, grande prêtresse du contrôle de la qualité.Faut-il vraiment s\u2019étonner qu\u2019on rêve désormais de jauger l\u2019éducation à la même aune que les ampoules électriques et les téléviseurs?Après tout, notre ministre de l\u2019Éducation, François Legault, n\u2019a jamais caché sa conception entrepreneuriale de l\u2019éducation, où le moindre idéal devrait s\u2019effacer derrière les « compétences à acquérir ».On connaît le rôle central joué par l\u2019éducation dans la construction de la figure moderne du citoyen, appelé à participer, dans l\u2019espace politique, aux choix présidant à l\u2019avenir de la société.11 n\u2019est donc pas surprenant de constater que la vision étriquée de l\u2019éducation du gouvernement Bouchard trouve son écho dans la conception fort triste que le ministre des Relations avec les aucune prise - et sur laquelle on ne semble vouloir leur en donner aucune, les décisions étant « naturellement » prises au-dessus de leur tête, dans un no man's land transnational érigé en ultime garant de la démocratie.Faut-il alors s\u2019étonner que le document de consultation trahisse une telle obsession pour l\u2019intégration des immigrants?Ici, citoyenneté et liberté ne semblent pas du tout rimer : un bon citoyen est d\u2019abord un citoyen obéissant, respectueux des lois au point de ne pouvoir les remettre en question, même dans l\u2019arène politique.L\u2019immigrant bien intégré est donc celui qui a renoncé à participer aux vrais débats politiques, ceux sur lesquels s\u2019érige un pays, pour se fondre dans un moule où des citoyens standardisés s\u2019affairent à conquérir leurs parts des marchés mondiaux.Cela, convenons-en, est un travail accaparant, laissant bien peu de temps pour réfléchir à ce que pourrait être l\u2019envers d\u2019un pays réel sacrifié.On devine ce qu\u2019un tel projet (apolitique peut avoir d\u2019« exaltant » pour les nouveaux arrivants au Québec.Cela justifie-t-il pour autant l\u2019impression désagréable que laisse la lecture de ce document, traversé par l\u2019idée qu\u2019un immigrant bien intégré serait au fond un immigrant souverainiste?Plutôt que d\u2019enrôler les citoyens d\u2019ici ou d\u2019ailleurs dans une cause d\u2019autant plus brandie comme un hochet qu\u2019on la vide de son contenu, il est temps de leur redonner un véritable espace pour qu\u2019ils puissent, collectivement, politiquement, reprendre en main leur destinée.Le forum de septembre dernier n\u2019aura été, dans cette optique, qu\u2019un magistral coup d\u2019épée dans l\u2019eau.Jean Pichette RÉDACTEUR EN CHEF octobre-novembre 2000 ReLatiONS ( 3 actuaLites Le laquais canadien L'auteure est RECHERCHISTE au Centre justice ET FOI Serge Clément, Hong Kong, 1996 Paul Martin est fier de dire que le Canada donne le bon exemple! Louise Boivin Les 24 et 25 octobre prochain, Montréal accueillera la réunion du G-20, réunissant le Groupe des sept pays les plus riches, la Russie et plusieurs pays du tiers-monde rebaptisés « économies de marché émergentes ».Le G-20 est présidé, de 1999 à 2001, par le ministre canadien des Finances, Paul Martin, un des principaux architectes du démantèlement des services publics et programmes sociaux canadiens pendant les années 90.Si les effets dramatiques de la libéralisation des marchés sur les conditions de vie des populations n\u2019inquiètent pas les chefs d\u2019orchestre de la mondialisation économique, il n\u2019en va pas de même pour l\u2019impact des crises financières.L\u2019effondrement en cascade des systèmes financiers durant la dernière moitié des années 90, au Mexique, en Asie, en Indonésie, en Russie et au Brésil, a eu un effet domino sur les investisseurs, sur les économies nationales et sur Wall Street.Le G-20 a été créé en septembre 1999, lors de la rencontre du G-7 à Washington, pour juguler ces crises financières.Parallèlement, le G-7 créait un mégafonds d\u2019urgence de 90 milliards de dollars qui constitue, en fait, un Plan Marshall pour les banques et les spéculateurs menacés de pertes lors de crises financières.Le mandat du G-20 est de promouvoir la mise en place de mesures de « stabilité financière » (déréglementation et normes communes) au sein des pays importants pour le commerce mondial.C\u2019est la raison pour laquelle le G-20 regroupe, en plus des pays industrialisés membres du club sélect qu\u2019est le G-7 (les États-Unis, le Canada, le Japon, l\u2019Italie, le Royaume-Uni, l\u2019Allemagne, la France), la Russie, l\u2019Afrique du Sud, l\u2019Arabie Saoudite, l\u2019Australie, l\u2019Argentine, le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, l\u2019Inde, l\u2019Indonésie, le Mexique, la Turquie et l\u2019Union européenne.Des représentants de la Banque centrale européenne, du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de leurs comités stratégiques siègent également au G-20.Les « politiques saines » que préconise le G-20 pour atténuer les crises financières consistent, entre autres, à réduire la dette publique des États (réduction draconienne des services publics, des programmes sociaux et des subventions à l\u2019agriculture et à l\u2019alimentation de base) ainsi qu\u2019à accroître la participation du secteur privé dans la prévention et le règlement des crises.La recherche de « stabilité » du système financier que privilégie le G-20 doit aussi passer par l\u2019instauration de normes uniformes pour les banques, les titres financiers et les entreprises.Bref, ce que le G-20 présente comme une « nouvelle architecture financière » consiste essentiellement à poser des © ReLatiONS octobre-novembre 2000 actualités bases solides pour une déréglementation accrue des systèmes financiers, une concentration économique et financière plus grande et la subordination des économies locales aux élites financières nationales et internationales.C\u2019est un pas de plus vers la disparition du contrôle démocratique des sociétés sur les leviers économiques.Conséquence des manifestations de rue et des actions internationales simultanées qui accompagnent, depuis quelques années, chaque rencontre des institutions clés de la mondialisation, le discours de ces dernières insiste désormais, en toute démagogie, sur la lutte à la pauvreté, la réduction des inégalités sociales, etc.Il n\u2019est donc pas étonnant que le président du G-20, Paul Martin, affirme dans son communiqué de presse que « la réunion d\u2019octobre sera l\u2019occasion tout indiquée de pousser plus loin les efforts déployés à l\u2019échelle internationale afin que la croissance soutenue de l\u2019économie mondiale se traduise par de meilleures conditions de vie, des revenus plus élevés et une plus grande sécurité pour la population de tous les pays ».Paul Martin a révélé un peu plus ses orientations en matière de politiques macroéconomiques dans un discours prononcé devant le Comité des affaires étrangères et du commerce international, le 18 mai 2000 : « Aucun d\u2019entre nous ne croit vraiment que l\u2019État devrait dicter au secteur privé où et comment investir au Canada.Ajoutons que les investisseurs privés doivent avoir toute liberté de décider à quel endroit et dans quels secteurs ils veulent investir au niveau international ».Paul Martin est fier de dire que le Canada a été le premier pays à faire l\u2019objet d\u2019une évaluation de ses règles financières par la Banque mondiale et le FMI.De là à se vanter de sacrifier la souveraineté nationale, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Pour enrober le tout, le politicien bien avisé fait l\u2019éloge de la « consultation de la société civile » pour résoudre les problèmes de la mondialisation : « Dès mon entrée sur la scène politique, j\u2019ai compris que le dialogue avec les organisations non gouvernementales et les autres membres de la société civile pouvait être extrêmement fructueux ».Un dialogue fructueux, certes, mais pour qui?\u2022 Léa Roback 1903 - 2000 Organisatrice syndicale hors pair et négociatrice redoutable, elle inspirait une grande confiance aux syndiqués.Elle fut de tous les combats pour la justice Madeleine Parent Le 28 août 2000, Léa Roback est décédée dans la maison d\u2019accueil où elle habitait.Frêle mais toujours lucide et engagée, elle avait accordé une entrevue pour la télévision la veille de son décès.Deuxième d\u2019une famille juive polonaise de neuf enfants (tous nés au Québec), Léa s\u2019intégra au milieu francophone de Beauport, où ses parents tenaient un commerce, alors qu\u2019on parlait le yiddish à la maison.La famille étant revenue à Montréal, Léa y décrocha rapidement un emploi, fit des économies à même son modeste salaire et traversa l\u2019Atlantique pour découvrir l\u2019Espagne, l\u2019Italie, la France (où elle étudia la littérature à l\u2019Université de Grenoble) et enfin Berlin, où Henri, son frère, étudiait la médecine.Partout, elle se trouvait du travail : enseignement de l\u2019anglais, garde d\u2019enfants pour assurer et préserver son indépendance.À Berlin, le nazisme progressait rapidement, prenant surtout pour cibles les Juifs et les travailleurs accusés de communisme dès qu\u2019ils revendiquaient.Elle adhéra au Parti communiste pour participer à la résistance, mais elle dut quitter l\u2019Allemagne dès 1932, un an avant l\u2019arrivée d\u2019Hitler au pouvoir.Revenue à Montréal, elle trouva un emploi, fit quelques économies et reprit le bâton de pèlerin, cette fois en direction de New York, où elle travailla dans une école pour filles délinquantes avant de faire un court stage en Russie.C\u2019était à l\u2019époque où ses jeunes frères et sœurs vivaient toujours à la maison paternelle.Plus tard, Léa leur promit qu\u2019ils n\u2019auraient pas à s\u2019inquiéter pour leur mère puisqu\u2019elle projetait de ne pas se marier et d\u2019en prendre soin.Elle tint parole.Nommée organisatrice syndicale de l\u2019Union Internationale des Ouvriers du Vêtement Pour Dames (UIOVD), en 1936, elle s\u2019est donnée tout entière à la syndi- l'auteure est calisation dans les manufactures de ce une ex-syndicaliste qu\u2019on appelait « la guenille ».Montréal était, après New York, le plus grand centre de cette industrie sur le continent.Les femmes constituaient environ 85 % de la main-d\u2019œuvre et elles y étaient fortement exploitées.On les payait à la pièce des prix dérisoires, et seules quelques favorites des patrons et surintendants recevaient les meilleurs paquets de tissus à coudre.Durant la forte saison, les femmes travaillaient de très longues heures, puis étaient mises à pied sans savoir si le patron les rappellerait à la reprise puisqu\u2019elles ne bénéficiaient d\u2019aucun droit d\u2019ancienneté.Dans certaines usines, les octobre-novembre 2000 «.eLatiONS actuaLites Léa Roback avec Madeleine Parent, 1998.Photo : Jean-François Leblanc, Stock l'auteur, POLITICOLOGUE, VIENT DE PUBLIER Petrotyranny, AUX ÉDITONS DUNDURN Group, à Toronto © femmes souffraient du froid en hiver et suffoquaient de chaleur aux pires jours de l\u2019été, toujours au rythme du travail à la pièce.Ajoutons que l\u2019organisation syndicale rencontrait des difficultés particulières dans cette industrie.Une partie de la main-d\u2019œuvre était constituée d\u2019immigrantes et d\u2019immigrants juifs dont certains étaient arrivés au pays avec une expérience syndicale.Mais les femmes canadiennes-françaises et catholiques en formaient la grande majorité.Le clergé catholique du temps leur enseignait qu\u2019il fallait se méfier des Juifs et que c\u2019était péché de se joindre à un syndicat neutre ou américain.Léa Roback demeurait à l\u2019écoute des femmes canadiennes-françaises.Elle s\u2019informait de leurs conditions de travail, voire des injustices et des humiliations quelles subissaient, et les encourageait à agir.Elles ont enfin osé joindre les rangs du syndicat aux côtés des femmes immigrantes.En 1937, cette solidarité les a menées à la première grève de femmes couronnée de succès à Montréal.Elles étaient environ 5000.L\u2019apport de Léa avait été déterminant dans cette réussite.En 1941, durant la Deuxième Guerre mondiale, notre héroïne a été embauchée à l\u2019usine RCA Victor de Saint-Henri, où quelque 4000 personnes, surtout des femmes, fabriquaient des instruments de communication pour les forces armées.Au bout d\u2019un an, plus de 95 % des employés avaient adhéré au syndicat et la nouvelle convention collective était déjà en vigueur.Longtemps active à la Voix des femmes, elle s\u2019opposa à l\u2019invasion du Vietnam par les forces armées américaines, aux armements nucléaires, aux bombardements en Irak et à toutes les agressions militaires.On l\u2019a retrouvée aux côtés des femmes et des hommes noirs qui protestaient contre le régime d\u2019apartheid en Afrique du Sud et aux côtés des Mohawks de Kanehsatake, en 1990.Ayant connu la tragédie de jeunes ouvrières enceintes contre leur gré et consciente de la misère d\u2019enfants non John Bâcher Depuis trois décennies, les cycles de l\u2019économie ont été largement tributaires des oscillations des prix du pétrole.Ces fluctuations tarifaires peuvent modifier considérablement le destin des gouvernements du monde entier.Mais il n\u2019est pas facile d\u2019en mesurer les effets, car elles apportent autant d\u2019avantages que d\u2019inconvénients.En nourrissant l\u2019inflation et la hausse des taux d\u2019intérêt, l\u2019augmentation des prix du pétrole risque d\u2019entraîner un voulus entassés dans des orphelinats, elle a revendiqué le droit des femmes à l\u2019avortement thérapeutique.En réponse à une question de l\u2019au-teure Nicole Lacelle dans Entretiens, aux Éditions du Remue-Ménage, elle a déclaré avoir quitté le Parti communiste en 1958 à cause de la question nationale : « La maison-mère du Parti était à Toronto et ces gens-là ne parlaient pas un mot de français ».Lors de son 90e anniversaire, ses amies lui ont fait cadeau de la Fondation Léa Roback, dont le mandat est d\u2019attribuer des bourses à des femmes désirant continuer ou reprendre leurs études mais n\u2019en ayant pas les moyens.Elle croyait fermement à l\u2019éducation gratuite.Au mois d\u2019octobre, à l\u2019occasion de la Marche mondiale des femmes, et après, beaucoup de Québécoises se souviendront de l\u2019inlassable dévouement de Léa Roback à la cause des femmes et de l\u2019humanité.Personnellement, je lui dois le choix de militantisme syndical que je n\u2019ai jamais regretté.\u2022 retour massif du chômage.Elle menace aussi les régions non cultivées du Canada, car la recherche d\u2019alternatives passe par la mise en branle de projets nocifs pour l\u2019environnement, comme l\u2019exploration intensive des sables bitumineux de l\u2019Alberta.Les hausses de prix rendent également plus attrayant le développement, avec d\u2019énormes subventions gouvernementales, de projets pétroliers jusque-là jugés non rentables.Les prix élevés du pétrole vont provoquer d\u2019importants mouvements de populations en recherche d\u2019emploi au Canada.La flambée des prix du pétrole IL est maintenant temps pour le Canada de jeter un regard sur les perspectives ouvertes par le choc pétrolier ReLatiONS octobre-novembre 2000 - actuaLites De nombreux habitants des provinces de l\u2019Atlantique se déplaceront ainsi vers l\u2019Ouest canadien, riche en pétrole, pour trouver un emploi dans des industries pétrolières largement subventionnées.L'Alliance canadienne, qui aime dénoncer les transferts d\u2019argent du gouvernement fédéral vers les provinces de l\u2019Atlantique, garde pourtant le silence sur ce financement gouvernemental dont profite l\u2019industrie pétrolière.Dans le lointain Canada arctique, on finance actuellement les compagnies d\u2019énergie pour quelles cherchent du pétrole.Les subventions gouvernementales accordées pour l\u2019exploration sont fixées à des taux qui font de ces compagnies pétrolières les plus profiteuses des corporations d\u2019assistés sociaux! Les hausses des prix du pétrole, tout en rendant plus dispendieux le (polluant) transport en automobile, favorisent cependant un assainissement de l\u2019air.Elles prolongent ainsi la vie de milliers de Canadiens atteints de maladies respiratoires telles que l\u2019asthme.La montée des prix de l'essence, en incitant les automobilistes à bien réfléchir avant d\u2019utiliser leur véhicule pour se rendre au magasin du coin, ne peut qu\u2019aider ces gens.Cette flambée des prix du pétrole stimulera également le développement de sources d\u2019énergie renouvelable, l\u2019énergie solaire et éolienne devenant plus compétitives face aux carburants fossiles polluants.La nature ambiguë des conséquences de ces hausses rend improbable une intervention gouvernementale sur les prix du pétrole.Comme le mentionnait Amory Lovins, défenseur de l\u2019environnement, la seule chose que les environnementalistes et les cadres pétroliers aient en commun est leur amour des prix élevés du pétrole.L\u2019Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) est le principal artisan de cette hausse de prix, obtenue grâce à une discipline stricte du cartel.Ce furent des vétérans sociaux-démocrates vénézuéliens qui inspirèrent la création de l\u2019OPEP.Plusieurs d\u2019entre eux avaient été forcés à l\u2019exil, entre 1949 et 1958, par une dictature militaire qui recherchait les faveurs des compagnies pétrolières étrangères.Le fondateur de l\u2019OPEP, Juan Pablo Perez Alfonso, a plus tard regretté la création de l\u2019organisme, la démocratie restaurée au Venezuela étant selon lui corrompue par l\u2019abondance des richesses pétrolières que son monstre « franken-steinien » avait engendrée.Même s\u2019il jouit d\u2019un bien plus haut revenu per capita, le Venezuela présente de pires statistiques que le Costa Rica, qui ne possède pourtant pas de pétrole, en termes d\u2019espérance de vie, de mortalité infantile et d\u2019alphabétisation.Le Venezuela, comme d\u2019autres pays d\u2019Amé- rique latine ayant été favorisés par les booms pétroliers (l\u2019Équateur, la Colombie, le Pérou et le Guatemala), connaît également une hausse des violations des droits humains.Ce modèle alliant richesse pétrolière et tyrannie est maintenant répandu dans le monde, particulièrement dans le Golfe persique, la région la plus prolifère en pétrole.Les chocs produits par les fluctuations des prix du pétrole militent en faveur d\u2019une utilisation accrue des sources d\u2019énergie renouvelable.Les investissements requis pour effectuer ce virage sont modestes.Des provinces de l\u2019Est canadien, ou même des villes comme Toronto et Montréal, en faisant preuve de leadership, pourraient même mobiliser les fonds nécessaires, actuellement engloutis dans de monstrueux projets de développement pétrolier.Les sommes requises sont minuscules comparées aux 25 milliards de dollars prévus pour les sables bitumineux de l\u2019Alberta, sans compter celles devant servir à divers projets des pétrolières occidentales, comme l\u2019assaut des terres sacrées des autochtones U\u2019wa, en Colombie, l\u2019exploration des forêts tropicales du Cameroun ou l\u2019invasion des terres des autochtones Gwitch, dans l\u2019Antarctique.\u2022 Démocratie-Haïti, SOS! Depuis les élections, la tentation autoritaire est aux portes de la cité Franklin Midy Le spectacle choquant de milliers de bulletins de vote jetés dans les rues comme dans une poubelle publique, au lendemain des élections du 21 mai, qui avaient pourtant reçu la veille le satisfecit de la communauté internationale, donne à mesurer l\u2019écart entre le rêve et la réalité en Haïti.Ce qui, au départ, semblait la solution à une crise politique interminable, n\u2019a servi, une fois de plus, qu\u2019à verrouiller la dernière issue de secours : la création d\u2019institutions démocratiques.Le peuple haïtien pourra-t-il maintenir son rêve de changement social, sauver son projet de société démocratique?On semble loin aujourd\u2019hui de la fameuse résolution du symposium catho- lique de 1982 : « Il faut que ça change ».Loin dans le temps.Loin surtout de l\u2019objectif social.Les inégalités demeurent scandaleuses, la participation citoyenne est un vœu renvoyé aux calendes grecques et la demande de justice un cri dans le désert.Plus loin encore de la possibilité de transformer le système de quasi apartheid social.Le rêve du changement, qui a habité les acteurs jusqu\u2019en 1995, qui les a unifiés et mis en mouvement, les a portés à lutter sans compter leurs peines pour le bien commun, au-delà des intérêts individuels et catégoriels; ce rêve mobilisateur et unificateur est aujourd\u2019hui en L'auteur est PROFESSEUR DE SOCIOLOGIE À l'UQAM octobre-novembre 2000 ReLatiONS de plus en plus massivement à fuir la terre natale au péril de leur vie à la recherche d\u2019un hypothétique mieux-être à l\u2019étranger ».' On peut partout entendre, dans l\u2019intimité des conversations, le SOS d\u2019une population inquiète.L\u2019économie régresse, la pauvreté augmente, l\u2019insécurité s\u2019accroît.Le gouvernement se montre incapable d\u2019imaginer des solutions aux problèmes et perd continûment une partie de sa légitimité.L\u2019État perd son autorité et la mafia voit augmenter sa capacité d\u2019action, de corruption et d\u2019attraction.Les partis ou groupements politiques sont tout occupés à leur guerre sans merci pour le pouvoir, tandis que le pays est resté longtemps paralysé, sans gouvernement constitutionnel et sans parlement.Quand enfin on finit par s\u2019entendre, en mars dernier, pour organiser des élections le 21 mai Serge Clément, Péronnes-lez-binche, Belgique, 1992 sommeil.L\u2019apparente victoire, en 1990, de Jean-Bertrand Aristide et de son Opération Lavalas - manoeuvre politique élaborée - a fini par dérouter et épuiser le Mouvement social pour le changement, apparu au début des années 80.Après l\u2019embargo destructeur de trois années contre les militaires qui ont renversé le président élu, après l\u2019intervention américaine de 1994 pour réinstaller ce dernier au pouvoir et contrôler sur place la situation, après la politique d\u2019impunité, dite de réconciliation, imposée par l\u2019occupant-invité et pratiquée par le protégé-président, après le triomphe des « grands mangeurs » et de la pratique de la grande corruption, après l\u2019enfoncement dans une lutte sans merci pour le pouvoir au sein de la grande famille Lavalas, tout s\u2019est mis à se défaire et à s\u2019emmêler.La fuite éperdue de boat people désespérés, momentanément ralentie après la chute de la famille Duvalier en 1986, a repris de plus belle, malgré le risque connu d\u2019un refoulement presque assuré.Le trafic de paysans pauvres, accablés par un chômage sans assurance et sans fin, a repris sur la frontière Haïti-République dominicaine; ils se jettent littéralement dans les filets des trafiquants de braceros (travailleurs sans papiers et sans protection).Mais pourquoi donc courir soi-même, semble-t-il, au devant de l\u2019oppression ou de la servitude volontaire?La passion de la quête d\u2019un bien rêvé serait-elle plus forte que la raison informée sur la quasi impossibilité de l\u2019obtenir?Espérer contre toute espérance semble préférable à désespérer, faits à l\u2019appui.Il suffit aux damnés de la misère amère de savoir qu\u2019ils s\u2019en vont à la recherche de la vie ailleurs.Retour aussi de la peur devant la prise de contrôle de la rue par des bandes de « chimères » et la montée de l\u2019intolérance politique.Branle-bas dans les classes moyennes : quelques-uns repartent ou regardent vers d\u2019autres terres d\u2019accueil, beaucoup vivent dans la hantise de devoir un jour partir, une fraction critique monte la garde et appelle la société civile à se mobiliser contre « le retour à la situation qui pousse nos compatriotes de plus en plus fréquemment et ReL*tiONS octobre-novembre 2000 suivant, grandes étaient les attentes.L\u2019espoir aussi de sortir enfin de l\u2019impasse.Mais le parti Fanmi Lavalas de l\u2019ex-président Aristide a pris tous les moyens irréguliers pour s\u2019accaparer le pouvoir.Il a imaginé, avec ses fidèles de l\u2019Exécutif et du Conseil électoral, un mode de calcul contraire à la loi électorale, qui lui a permis de rafler tous les sièges au Sénat, sauf un.Depuis cette victoire à la Pyrrhus, le pays est plus que divisé, il est au bord de l\u2019éclatement.\u2022 1.Cent quatre-vingt-treize intellectuels, artistes et professionnels ont lancé en juillet dernier, à Port-au-Prince, une Protestation citoyenne à laquelle fit écho, à Montréal, l'appel de 23 intellectuels et professionnels d'origine haïtienne : Gardons ouverte la voie de la démocratie! actuaLités emeRfieNce Un contrat piégé?L'auteur est agent DE RECHERCHE ET DE DÉVELOPPEMENT au Centre Saint-Pierre Un débat de fond vient de s\u2019ouvrir.À la fin de septembre, en effet, le ministre Perreault tenait un forum national sur la citoyenneté et l\u2019intégration.L\u2019enjeu : la promotion d\u2019une citoyenneté québécoise.11 n\u2019est pas nécessaire d\u2019être diplômé en sciences politiques pour saisir l\u2019importance du sujet.Les tiraillements que subissent les nouveaux arrivants suffisent amplement à comprendre le poids politique d\u2019une telle proposition.Qu\u2019on soit souverainiste ou pas, la citoyenneté devient, de nos jours, un nouvel espace où de plus en plus de gens cherchent à créer un art de vivre ensemble et à y trouver du sens.Il est difficile de croire que la citoyenneté puisse tenir longtemps si le plancher de l'économie réelle lui échappe.Pour situer la réflexion gouvernementale, il me semble utile de rappeler les deux pôles principaux qui orientent, depuis un certain temps, les diverses pratiques.Le premier postule qu\u2019il existe une communauté de citoyens et de citoyennes partageant des valeurs communes.Les gens veulent alors promouvoir ces dernières et les transmettre aux nouvelles générations.Les nouveaux venus devraient s\u2019y intégrer tout en apportant leur dynamisme et leurs façons neuves de voir les choses.Le second pôle s\u2019articule plutôt autour des individus qui, de par les chartes, possèdent tous les mêmes droits.Ces derniers sont protégés par l\u2019État et chacun peut les défendre et les promouvoir.Cette tendance considère ainsi la citoyenneté de photo :\tfaçon plus utilitaire et privilégie les indi- pascale Simard vidus, d\u2019où qu\u2019ils viennent.Le document de consultation se réfère d\u2019abord à la première orientation.On n\u2019est donc pas surpris d\u2019y trouver des valeurs et des principes qui constituent, pour le gouvernement, des éléments non négociables d\u2019une citoyenneté québécoise.Ainsi en est-il des valeurs et des principes de la démocratie, du respect des lois légitimement adoptées, du français comme langue publique commune, de la situation particulière de la communauté anglo-québécoise, de la reconnaissance des nations autochtones ou de la participation à la vie politique, sociale et culturelle.Le gouvernement tire ensuite très rapidement un trait et propose d\u2019emblée un contrat civique : si l\u2019État fait son travail de promouvoir les droits inhérents à ces valeurs communes, le citoyen et la citoyenne devraient, pour leur part, exercer leur citoyenneté et apporter leur contribution.J\u2019avoue que ce raccourci me rend perplexe.Qu\u2019arrivera-t-il si le gouvernement ne respecte pas sa part du contrat?Le citoyen devra-t-il aller contester en cour ou attendre quatre ans pour en élire un autre?Plus fondamentalement, je me demande à qui servira l\u2019exercice de cette citoyenneté.On sait que tout un courant américain cherche à utiliser le sens de l\u2019appartenance et de la citoyenneté pour organiser une collectivité et lui proposer de se serrer les coudes pour mieux affronter les défis de la mondialisation économique.Tout ces efforts pour développer une citoyenneté québécoise aboutiront-ils, eux aussi, à cautionner semblable perspective?La question est d\u2019autant plus recevable qu\u2019on cherche en vain, dans le document de consultation, les réflexions et les propositions pour développer une citoyenneté économique.Or c\u2019est là une omission de taille.Comment croire que la personne qui collectionne des emplois précaires, qui doit courir pour aller chercher le petit dernier à la garderie, s\u2019épuiser dans les transports en commun et s\u2019occuper des repas, puisse avoir l\u2019énergie et le goût de participer à une assemblée de quartier ou à un conseil d\u2019établissement?L\u2019organisation du travail et sa précarité constituent, déjà ici, des obstacles de taille.Passons vite sur la situation absurde de milliers de citoyens et citoyennes qui ont été réduits à l\u2019état de clients et qui ont perdu leur initiative dans les mains des serviteurs de l\u2019État : ils continuent de crier dans le désert! Allons plus loin.Rien, dans le document gouvernemental, n\u2019indique que le monde de la bourse et celui des placements doivent être civilisés, et qu\u2019il appartient aux citoyens et à leur État de trouver des façons de les réguler.Tout se passe comme si l\u2019économie de marché était ici intouchable.Comme si les joueurs compulsifs de l\u2019économie virtuelle n\u2019avaient nullement à tenir compte du bien commun de l\u2019ensemble des citoyens.Comme si les industries n\u2019avaient pas à rendre des comptes pour la « pollution sociale » quelles engendrent lors de licenciements sauvages.11 est ainsi difficile de croire que la citoyenneté puisse tenir longtemps si le plancher de l\u2019économie réelle lui échappe, et si ce que l\u2019on nomme l'économie virtuelle demeure libre comme l\u2019air.À moins de rapatrier la réalité économique et financière dans une responsabilité citoyenne, il y a fort à parier que c\u2019est la seconde tendance classique de la citoyenneté qui sortira gagnante : chacun se servira de la charte des droits et de l\u2019État pour défendre ses seuls intérêts.Le marché continuera de dicter ses volontés aux gouvernants et les joueurs de la bourse pourront ânonner les multiples formes de chantage traditionnels.Dans un tel contexte, que restera-t-il pour les citoyens et les citoyennes, sinon de s\u2019amuser à faire tourner le grand carrousel du marché et défendre bec et ongles leurs droits individuels contre ceux de tous les autres?Guy Paiement octobre-novembre 2000 ReLatiONS ! 9 dOSSieR Le modèle américain Jean-Claude Ravet V A l\u2019occasion des présidentielles étatsuniennes, le temps est venu de se pencher sur ce qu\u2019on appelle communément le « modèle américain ».Il s\u2019impose à l\u2019intérieur du pays comme un mythe indiscutable qui camoufle les brèches, modèle la réalité à l\u2019image qu\u2019on s\u2019en fait et neutralise toute remise en question.À l\u2019extérieur, il se répand tout bonnement, par le biais de l\u2019arsenal économique, technologique et militaire des États-Unis, comme la langue universelle qu\u2019il faudrait consentir à apprendre pour être de son temps.Le président Clinton déclarait récemment que les États-Unis étaient « la seule nation nécessaire dans le monde ».On devine ce qu\u2019une telle affirmation suggère comme vision du monde.On pense bien sûr à la culture hollywoodienne et à la « mcdonaldisation » de la bouffe, mais aussi aux multinationales et à leur logique marchande exclusive, rejetant pour désuétude le politique comme espace public de délibération.On pense encore au pouvoir technocratique et militaire qui s\u2019exhibe comme gendarme du monde.Toutes prérogatives impériales dont il nous faut prendre la mesure, tant pour leur effet sur notre existence individuelle et collective que pour la mise sur pied de moyens de résistance à leur égard.Alors qu\u2019une mère promène son enfant dans un landau, une femme qui les croise s\u2019exclame, admiratrice : « Oh! comme il est joli! ».Et sa mère de répondre aussitôt, flattée : « Et si seulement vous pouviez voir sa photo! » Cette succulente anecdote, tirée d\u2019Image, de Daniel Boorstin, donne à saisir la puissance d\u2019un mythe qui asservit le jugement et se substitue au réel.La résistance ne peut dès lors passer que par le décryptage, la démystification du mythe.Certes, au sein même des États-Unis, des voix s\u2019élèvent contre ce modèle et cherchent à se faire entendre, Mais la fonction du mythe est d\u2019aplanir les discordances et d\u2019étouffer les contre-discours.Les multiples contradictions et paradoxes qui traversent ce pays nous permettent de déjouer l\u2019impérialisme du modèle américain et d\u2019oser l\u2019impertinence subversive du « roi est nu! ».Ce pays, dont l\u2019emblème est la statue de la Liberté, est aussi celui où les prisons prolifèrent comme nulle part ailleurs et celui de la peine de mort, décrétée dans une majorité d\u2019États, même pour des mineurs et des déficients mentaux.L\u2019individualisme, qui fait l\u2019orgueil étatsunien, revendique étrangement comme un droit de propriété le quadrillage policier de la vie publique.Des millions (223!) d\u2019armes à feu, et particulièrement des revolvers (76 millions), circulent librement dans ce pays où est régulièrement battu en brèche le monopole d\u2019État sur la violence légitime.Pays du melting pot, il est aussi celui du racisme larvé et des ghettos.Le fourmillement de sectes de tout acabit et un certain fondamentalisme religieux côtoient et pénètrent l\u2019univers high tech des informaticiens, des entrepreneurs et des savants.Le réalisme pragmatique fait bon ménage avec l\u2019illusion médiatique qui monte les événements comme autant de spectacles.Chez ce géant du monde, il règne une insécurité qui conduit de plus en plus de gens à se replier dans des gated communities (villes fortifiées).Kafka, au début du siècle, dans son roman inachevé Amerika, a révélé avec acuité la figure paradoxale du modèle américain, en remplaçant le fameux flambeau de la statue de la Liberté par un glaive menaçant.Dans l\u2019optique kafkaïenne, ce qui devait guider l\u2019émigrant vers la liberté promise se pervertit petit à petit en un couloir labyrinthique sans issue.Ainsi, le modèle américain n\u2019en appelle pas aux rêves ou aux forces vives de chacun, mais il contraint plutôt l\u2019individu à disparaître dans une masse affairée à se reproduire sans cesse, comme une marchandise.Chacun aura atteint ce but quand, à l\u2019image du héros de Kafka, il se sera convaincu de renier son nom, entaché de trop d\u2019histoires opaques, et de se livrer librement en offrande au Grand Théâtre qui saura le modeler et le vendre à sa juste valeur, la liberté fondamentale de l'Amérique étant celle de la circulation des marchandises.10 ReLatiONS octobre-novembre 2000 Nous ne prétendons pas ici faire le tour de la question du modèle américain.Nous espérons cependant que les articles qui suivent sauront lancer des pistes pertinentes pour des réflexions ultérieures.Le dossier s\u2019ouvre par une entrevue avec Sacvan Bercovitch sur les racines puritaines du « rêve américain ».Tissée à même cette fibre religieuse, l'identité nationale fonde à la fois l\u2019arrachement à un monde ancien condamné au désastre ainsi qu\u2019une conscience d\u2019élection divine qui confèrent aux États-Unis le droit d\u2019aînesse sur les autres nations au sein du nouvel ordre mondial que le pays inaugure.Jean-François Côté retrace par la suite les principales transformations qui ont marqué l\u2019ascension des États-Unis comme « Nation des nations ».La corporation d\u2019affaires devient la structure organisationnelle dominante, aplanissant du même coup la société civile et l\u2019État.Cette structuration modèle également l\u2019ordre mondial, conformément à la logique de la nouvelle « civilité » impériale américaine décrite dans l\u2019article.Finalement, avec l\u2019article de Pierre Landreville, nous entrons de plain-pied dans la réalité cauchemardesque des États-Unis.État carcéral et violence étatique, racisme systémique et ghettoïsation de communautés nous convainquent, avec la force que confèrent des statistiques aussi crues, que le modèle américain est loin d\u2019être une société modèle.La lutte contre le fatalisme ambiant passe par le rêve - comme agent de transformation du réel, non comme son substitut - et sa capacité de créer des histoires, des utopies qui creusent une brèche dans un présent en apparence intouchable.« Notre nation a été choisie par Dieu et mandatée par l\u2019histoire pour servir de modèle de justice (.).» George W.Bush, candidat des Républicains à la Maison-Blanche octobre-novembre 2000 ReLatiONS dOSSieR Le politique dans le miroir du puritanisme Une entrevue avec Sacvan Bercovitch La religion occupe une place bien particulière dans l'imaginaire américain.Elle semble se frayer un chemin jusque dans l'espace politique, à l'encontre de ce que prévoit pourtant la Constitution.Qu'en est-il au juste des rapports entre religion et politique aux États-Unis?Pour en discuter, nous avons rencontré Sacvan Bercovitch, titulaire de la chaire Charles S.Carswell à la Faculté d'anglais et de littérature américaine de l'Université Harvard.Ce Montréalais d'origine a notamment publié The Puritan Origins of the American Seif et The Rites of Assent Transformations in the Symbolic Constructions of America.Relations : Comment en êtes-vous venu à vous intéresser aux origines puritaines de la société américaine?Sacvan Bercovitch : Quand je suis arrivé aux États-Unis, dans les années 60, j\u2019ai été impressionné par la place que la religion y occupait.C\u2019est un pays séculier, né pendant une période rationaliste, celle des Lumières; mais même si l\u2019Église et l\u2019État sont séparés, le pouvoir de la religion y est fantastique.Les symboles puritains y sont en effet encore très présents aujourd\u2019hui, et tous les classiques de la littérature américaine ont été influencés par les écrits puritains.Cela m\u2019a surpris parce que les Puritains ont constitué un très petit groupe religieux, dans une région, le Massachussetts, qui a cessé d\u2019avoir une importance nationale au moment de la Révolution.Leur présence dans cet État n\u2019a au fond duré qu\u2019une soixantaine d\u2019années, jusqu\u2019en 1680.C\u2019est la persistance de cette influence que j\u2019ai essayé de comprendre.La vision puritaine du cours de l'histoire faisait du Nouveau Monde la dernière étape de l'histoire.Rel.: Comment un si court épisode de l\u2019histoire américaine naissante a-t-il pu avoir une influence aussi profonde?S.B.: C\u2019est parce qu\u2019ils constituent le premier groupe à avoir donné une identité au Nouveau Monde que les Puritains sont si importants.Toutes les autres colonies du Nouveau Monde étaient des postes coloniaux d\u2019une puissance européenne.Quand on parlait de Nouvelle-France ou de New Amsterdam, par exemple, on parlait clairement d\u2019un poste colonial lié à l\u2019Ancien Monde.Les Puritains considéraient au contraire la Nouvelle-Angleterre comme un exemple pour l\u2019Ancien Monde, une cité sur la montagne, pour reprendre une phrase célèbre.Ils sont venus ici avec une mission, et le terme « Nouveau » référait pour eux à quelque chose de meilleur, à un stade supérieur, comme le Nouveau Testament par rapport à l\u2019Ancien Testament.11 s\u2019agissait ainsi d\u2019accomplir une prophétie, et il ne faut alors pas se surprendre que les Puritains aient légué un certain vocabulaire au pays, dont le mot « nouveau », qui s\u2019entend ici d\u2019une façon bien particulière.La nouveauté fait partie de la vision américaine du monde : si vous voulez vendre quelque chose ici, vous devez dire que c\u2019est nouveau! Mais c\u2019est nouveau dans le sens de progrès, de renouveau spirituel.L\u2019identité conférée au Nouveau Monde par les Puritains n\u2019est donc pas liée à l\u2019Ancien Monde, au contraire vu comme dépravé et corrompu.En donnant cette connotation péjorative à l\u2019Ancien Monde, les Puritains ont procédé à une inversion symbolique fantastique : les colons devenaient le centre d\u2019un nouvel empire, voulu par Dieu pour un peuple spécial devant arriver à un certain moment pour réaliser ce dessein divin.La vision puritaine du cours de l\u2019histoire, issue de la Réforme protestante, faisait du Nouveau Monde la dernière étape de l\u2019histoire.Le plan de Dieu, jusque-là gardé secret, pouvait alors apparaître au grand jour, et le Nouveau Monde se dévoiler comme un accomplissement des choses.C\u2019est en ce sens que Lincoln parlait des « derniers et meilleurs rêves humains ».Rel.: C\u2019est sur cette toile de fond historique que s\u2019inscrit la déclaration de Bill Clinton faisant des États-Unis le seul pays nécessaire au monde.S.B.: Certainement.Cela fait partie de la rhétorique présidentielle, comme on l\u2019a vu aussi avec Reagan et Kennedy, qui ont tous parlé d\u2019un destin spécial pour l\u2019Amérique.Pour les Le paradoxe canadien Le problème du Canada est d\u2019être un pays sans mythologie.Les Canadiens se font une fierté de ne pas être Américains, ce qui est paradoxal parce qu\u2019ils sont aussi Américains que les gens des États-Unis.Ils reconnaissent l\u2019Amérique comme un symbole qu\u2019ils abandonnent cependant aux États-Unis, préférant rester à l\u2019extérieur de ce symbole.Mais leur seule identité se situe justement dans le refus de ce symbole, dans le fait d\u2019être à l\u2019extérieur de lui.Les Canadiens essaient de se donner des valeurs communes, mais le problème est que celles-ci n\u2019ont aucune dimension spirituelle : ils se disent qu\u2019ils sont des gens bien, qu\u2019ils ont un système public de santé, etc.Tout cela n\u2019a pas la force spirituelle du mythe américain, qui en est un d\u2019espoir dans le futur.S.B.12 ReLatiONS octobre-novembre 2000 Puritains, le nouvel Israël de l\u2019Ancien Testament devenait chrétien, et la Terre promise s\u2019appelait désormais l\u2019Amérique, un nom ainsi investi d\u2019une forte charge symbolique.Les Puritains ont d\u2019ailleurs été les premiers à présenter les colons comme des Américains, un nom désignant jusque-là les autochtones.Ils se désignaient comme tels parce qu'ils croyaient que cette terre leur appartenait.Robert Frost (1874-1963) a ainsi écrit un poème célèbre dans lequel il dit que « la terre nous appartenait avant que nous lui appartenions ».Rel.: Cette idée d\u2019un peuple élu traverse ainsi toute l\u2019histoire américaine.S.B.: Lorsqu\u2019ils discutèrent du premier emblème du nouveau pays, Franklin, John Adams et Jefferson, un groupe très rationaliste, ont envisagé la traversée de la Mer rouge par les Israélites.Ils n\u2019ont finalement pas retenu cette idée, mais ils ont adopté l\u2019expression, dans le même esprit, d\u2019un « nouvel ordre du monde » (New World Order), une façon efficace de mobiliser la population, que Jefferson savait utiliser : l\u2019idée que l\u2019Amérique devait répondre à un appel spécial avait en effet plus de poids que la simple question de la taxation.On pouvait bien sûr prendre à la lettre cette idée de terre promise, comme c\u2019est par exemple le cas pour les Mormons, partis chercher Sion dans le désert de l\u2019Utah.Mais on pouvait aussi entendre cet appel comme une métaphore, une reconstruction symbolique de la Terre promise.Rel.: Comment cette représentation prophétique des États-Unis peut-elle être conciliée avec le caractère séculier de ce pays?S.B.: Les Puritains ont donné une signification spirituelle, une identité spirituelle à ce qui était essentiellement une entreprise séculière.Ce faisant, ils ont créé un fantastique moyen d\u2019assimiler les immigrants : le processus d\u2019immigration devenait un processus de conversion, où il s\u2019agissait désormais de devenir une nouvelle personne.Le Nouveau Monde, c\u2019était donc aussi la voie vers le salut personnel, ce qui, traduit dans des termes séculiers, signifie accomplissement personnel et opportunités à saisir.En ce sens, l\u2019Amérique a fondé la doctrine de l\u2019individualisme, étroitement liée à l\u2019idée de terre d\u2019élection.Ce n\u2019était pas seulement un lieu où on pouvait devenir riche : on s\u2019y développait aussi moralement, spirituellement.C\u2019est pourquoi l\u2019Amérique aime se présenter comme un phare pour le monde entier.Pour les Puritains, l'immigration devenait un processus de conversion.Tijuana, Mexique (frontière des États-Unis), 1997.Photo : Rel.: On voit donc poindre dès l\u2019origine la symbolique qui justifiera l\u2019impérialisme américain.S.B.: Absolument.Et cela explique l\u2019extraordinaire symbolique entourant la conquête de l\u2019Ouest américain, comme si CONTACT Press, tirée DU LIVRE SeBASTIÂO Salgado, Exodes, Paris, Éditions de La Martinière, 2000 ¦ .?\u201e¦ * - i m octobre-novembre 2000 ReLatiONS (13 dOSSieR cette avancée vers l\u2019Ouest accomplissait un plan historique.Il ne s\u2019agissait pas simplement d\u2019aller vers des contrées où la civilisation était absente, comme auraient pu le faire les Français ou les Anglais.Pour l\u2019Amérique, l\u2019Ancien Monde aussi était barbare, et devait être civilisé.La nouveauté américaine consistait en une espèce de nouvelle civilisation religieuse, investie d\u2019une mission divine : c\u2019est pour cela quelle se représentait comme le nouvel Israël.VoiCi LA TCRRE PRoW'îE Qut frE'1 N°o5 A MT ., U *EPV£C 'JùfurJS ÊEÜAADf I.CÎ TC«JT£5 L\u2019idée d\u2019un territoire libre, d\u2019une terre vierge (virgin land) à conquérir, est donc très différente de celle qu\u2019on trouve par exemple au Canada.Dans un de ses livres, la Canadienne Margaret Atwood dépeint le Canada comme un pays de brousse, où a toujours prévalu le sentiment qu\u2019il n\u2019était au fond pas civilisé, la « Police montée » (Mounties) ayant par ailleurs pour mission de protéger ce territoire.À l\u2019opposé, aux États-Unis, un tel sentiment n\u2019a jamais existé.L\u2019expansion de la nation y réclame au contraire la terre que Dieu a donnée avec sa promesse.La terre appartient donc au peuple nouveau, pas aux autochtones.Il est d\u2019ailleurs intéressant de noter que ce sentiment d\u2019avoir une mission à accomplir trouve déjà chez Luther, au début du XVIe siècle, son ancrage théologique.Rappelons que dans la célèbre controverse sur l\u2019eucharistie, Luther en vint à expliquer pourquoi l\u2019Église s\u2019est retrouvée dans les ténèbres pendant 1500 ans, jusqu\u2019à ce qu\u2019un peuple nouveau se lève et terrasse ce qu\u2019il appelait la Bête de Rome.Il présentait ainsi le mouvement protestant comme la dernière étape de l\u2019histoire, annonçant qu\u2019une nation venant du Nord finirait par renverser la Bête.Il a cru, pendant un certain temps, que l\u2019Allemagne serait cette nation.Il a dû par la suite déchanter, mais cette idée d\u2019un peuple choisi devant combattre les catholiques et amorcer une ère nouvelle est demeurée dans le mouvement protestant, notamment chez les Puritains.Rel.: C\u2019est donc dire que le rêve américain est un rêve religieux.S.B.: Oui, mais un rêve religieux traduit dans des termes séculiers, parce qu\u2019on est dans un monde moderne.C\u2019est la conjonction entre puritanisme et modernité qui, au fond, caractérise l\u2019Amérique.C\u2019est pourquoi, au siècle dernier, Tocqueville parlait d\u2019une religion civile aux États-Unis.L\u2019énorme ressentiment contre les catholiques aux États-Unis, pendant très longtemps, est à cet égard révélateur.L\u2019une des raisons profondes de ce ressentiment logeait dans l\u2019inimitié entre catholiques et protestants, depuis l\u2019époque de Luther.Mais il s\u2019explique également parce que les Américains craignaient que les catholiques prêtent allégeance à Rome et au Pape, conformément à la logique de l\u2019Ancien Monde, plutôt qu\u2019à la nation américaine.Kennedy l\u2019avait bien compris.Aussi a-t-il affirmé que sa première loyauté allait à la Constitution, à son pays.C\u2019est, ironiquement, une des grandes leçons de l\u2019Amérique que de montrer l\u2019importance de la religion pour toute communauté, même sécularisée.Rel.: Mais les multiples dénominations religieuses aux États-Unis ne menacent-elles pas cette symbolique que vous voyez au cœur de l\u2019Amérique?S.B.: Je ne pense pas.Les différents groupes religieux sont assimilés par la religion civile américaine.Par exemple, quand les Juifs sont venus aux États-Unis, en provenance d\u2019une communauté pourtant très fermée, ils sont devenus Américains, acquérant en quelque sorte une double identité.Un miracle et son envers Rolande Pinard L'auteure, sociologue, VIENT DE PUBLIER La révolution du TRAVAIL, AUX ÉDITIONS Liber, à Montréal Au cours de la présente campagne présidentielle américaine, l\u2019administration sortante fait grand cas du « miracle économique » qui a coïncidé avec les huit années d\u2019administration démocrate à Washington : croissance soutenue des emplois, baisse du taux de chômage, maintien de l\u2019inflation à un taux minimal.La baisse concomitante du chômage et de l\u2019inflation tout au long des années 1990 constitue un renversement par rapport aux quarante années précédentes.Entre 1991 et 1998, l\u2019inflation américaine est passée de 3,4 % à 1,5 %, alors que le taux de chômage passait de 7,5% à 4,5 %.1 La croissance économique, effectuée dans des conditions apparemment idéales, se double cependant d\u2019un autre renversement de tendance : une baisse du salaire réel moyen sans précédent depuis la Grande Dépression, frappant de façon particulièrement brutale les salariés du bas de l\u2019échelle.Le pouvoir d\u2019achat du salaire horaire moyen a ainsi diminué de 20 % depuis 1970.La chute draconnienne du taux de syndicalisation aux États-Unis (de 30 % dans les années 1960 aux environs de 1.Toutes nos données sont tirées, sauf exceptions, du livre d\u2019Anton Brender et Florence Pisani.Le nouvel âge de l\u2019économie américaine, Paris.Économica, 1999.14) ReLatiONS octobre-novembre 2000 Les gens peuvent vivre à différents niveaux : ils peuvent être catholiques, Juifs ou Allemands à un niveau, et être Américains à un autre, c\u2019est-à-dire vouloir que leurs enfants deviennent Américains, individualistes, membres de cette cité sur la montagne.L'Amérique a un merveilleux pouvoir d\u2019assimilation parce quelle est fondamentalement une religion séculière, celle de l\u2019individualisme.Rel.: Mais dans l\u2019énorme variété des manifestations religieuses aux États-Unis, le phénomène des preachers ne vous inquiète-t-il pas?S.B.: Les preachers ont toujours été importants, mais ils ne peuvent durer que parce qu\u2019ils supportent l'esprit américain et la place qu\u2019il fait à la Constitution.Et peu importe ici que ces groupes soient de droite ou de gauche.La droite religieuse est certainement très pro-américaine, et la gauche religieuse critique la société, mais précisément au nom de l\u2019accomplissement du rêve américain.Pensons à Martin Luther King, par exemple.Quand je suis arrivé aux États-Unis, j\u2019étais étonné de l\u2019entendre dire que la ségrégation et le racisme étaient contraires à l\u2019idée de l\u2019Amérique : toute l\u2019histoire des États-Unis en est une de ségrégation et de racisme! Mais il a su élever l\u2019Amérique en lui rappelant quelle ne pouvait faire de discrimination, en la rappelant à ses promesses.Rel.: La réalité américaine, comme l\u2019illustre par exemple la question du racisme, est toujours en porte-à-faux avec le rêve qui la définit, Comment ce rêve peut-il alors survivre?S.B.: 11 y a eu récemment un sondage dans les quartiers pauvres de Philadelphie.On a demandé aux gens s\u2019ils croyaient que leur fils pouvait devenir président des États-Unis : 98 % ont répondu non.On leur a ensuite demandé s\u2019ils croyaient qu\u2019en Amérique, tous les garçons pouvaient devenir président : 98 % ont répondu oui.À une troisième question, les gens ont répondu qu\u2019ils ne voteraient pas pour quelqu\u2019un qui leur dirait qu\u2019en Amérique, tous les garçons ne peuvent pas devenir président.C\u2019est comme ça qu\u2019un rêve survit, parce qu\u2019il est plus profond que les réalités politiques.Oui, un petit pourcentage de la population s\u2019accapare une part croissante des richesses aux États-Unis.Mais ça n\u2019empêche pas les gens de croire au rêve américain, même dans les familles les plus pauvres, où on dit souvent « ce n\u2019est peut-être pas pour moi, mais peut-être pour mes enfants ou mes petits-enfants ».C\u2019est comme cela qu\u2019un symbole fonctionne.Et c\u2019est ce qui rend le rêve américain efficace, au sens où ça permet aux gens de vivre avec des contradictions.Rel.: Peut-on conclure de tout ça que le système symbolique américain peut vivre avec n\u2019importe quelle contradiction?S.B.: Le symbole de l\u2019Amérique constitue un formidable mécanisme d\u2019intégration, qui a pu faire des États-Unis une grande terre d\u2019accueil.Aujourd\u2019hui, je crois que la mondialisation offre cependant le plus gros défi auquel l\u2019Amérique a eu à faire face.L\u2019idée de l\u2019Amérique ne pourra survivre que si la mondialisation se traduit par l\u2019américanisation du monde.Si les Américains, par exemple, commencent à voir le Japon ou la France comme le centre du monde, la place où aller, le lieu où l\u2019action se déroule, l\u2019Amérique va perdre ce combat, ce qui n\u2019est pas le cas pour l\u2019instant.Personnellement, je ne souhaite pas que la mondialisation se traduise par une américanisation du monde.Mais j\u2019ai peur que cela arrive.Je ne le désire pas, parce que je trouve le système américain injuste, et je crois qu\u2019il faut assurer une meilleure distribution des richesses.Mais le problème, actuellement, est qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre système religieux - si l\u2019on peut voir l\u2019Amérique comme un système religieux - adapté au monde moderne.Le défi, et il est de taille, consiste donc à trouver une alternative à la symbolique américaine de la religion civile.\u2022 (entrevue réalisée par Jean Pichette) Les preachers ont toujours été importants, mais ils ne peuvent durer que parce qu'ils supportent l'esprit américain et la place qu'il fait à la Constitution.10% dans les années 1990) a eu un effet important sur le niveau des salaires.Certains économistes estiment ainsi qu\u2019un cinquième de la croissance des inégalités serait imputable au déclin du syndicalisme américain.Les onze millions d\u2019emplois qui ont été créés aux États-Unis entre 1993 et 1998 correspondent à un rythme de croissance comparable à celui qui a prévalu depuis les années 1950.Ce qui est par contre inhabituel est la persistance d\u2019un faible taux de chômage, qui s\u2019explique par des taux de croissance similaires - depuis le début des années 90 - de l\u2019emploi et de la population active.11 en allait tout autrement du début des années 70 jusqu\u2019au milieu des années 80, alors que la population active augmentait plus vite que les emplois.Le « mi- racle de l\u2019emploi » est donc dû à un ralentissement du rythme de croissance des personnes en âge de travailler, plus important que le ralentissement du taux de croissance des emplois.Des emplois polarisés Les emplois créés au cours de la dernière décennie Font été dans le secteur des services, principalement dans le commerce de détail (surtout la restauration) et les « autres services » (surtout les services aux entreprises), deux secteurs où les gains de productivité ont été stagnants depuis vingt ans.Mais c\u2019est la polarisation des types d\u2019emplois créés qui frappe quand on examine la situation de plus près.Lorsque considérés par secteurs, les emplois créés se situent dans les secteurs à faible ?octobre-novembre 2000 ReLatiONS 15 dOSSieR Le XXe siècle américain.et après?Le siècle américain, qui vient de se terminer, n'a pas seulement marqué l'avènement d'un nouvel empire à l'échelle mondiale.C'est une façon inédite de penser la société et d'articuler les rapports entre ses membres qu'a inaugurée la société étatsunienne.Comment le siècle qui s'ouvre saura-t-il composer avec ce nouveau modèle?Jean-François Côté / said that / had begun by saying that after all to-day America was the oldest country in the world and the reason was that she was the first country to enter into the twentieth century.Gertrude Stein ( Wars I Have Seen) L'auteur est professeur AU DÉPARTEMENT DE SOCIOLOGIE de l'Université du Québec à Montréal L\u2019association de la société américaine et du XXe siècle nous semble aujourd\u2019hui assez banale.Pourtant, ce qui transparaît au travers de la banalité apparente de ces développements devenus quotidiens, passant ainsi souvent inaperçus, ce sont justement les transformations historiques qu\u2019ils signifient et qui leur confèrent une certaine originalité.La force du modèle de société développé aux États-Unis est ainsi d\u2019être (ou, en réalité, d\u2019être devenu) self-evident- même lorsqu\u2019il a dû s\u2019imposer par la force des armes diverses qui devenaient ainsi les relais de son pouvoir effectif - en faisant justement oublier ses assises originales.Un modèle de société L\u2019origine de ce modèle n\u2019est pas bien mystérieuse, même si son originalité véritable et les modalités particulières de son expression plongent dans les méandres de toute la tradition culturelle antécédente.Le problème auquel fait face la société étatsunienne vers la fin du XIXe siècle est tout simplement celui de la réorganisation de la vie sociale provoquée par le développement du grand capitalisme industriel.Ce problème se réfléchit pratiquement, mais aussi symboliquement, par la transformation générale des catégories de la vie sociale, une transformation qui voit, par exemple, dans le domaine économique, la figure typique du bourgeois disparaître graduellement derrière la structure organisationnelle de la corporation d\u2019affaires.Cette transformation, qui met plus que jamais de l\u2019avant la puissance effective des corporations au sein de la vie sociale (dans le domaine économique de la production et de la consommation, mais également dans les domaines politique et culturel), suscite au départ des tentatives de contrer l\u2019unilatéralité de ce pouvoir.Aux premières lignes, l\u2019organisation syndicale sera ainsi appelée à faire face à la corporation d\u2019affaires dans les relations de travail, en même temps quelle fera disparaître la figure du prolétaire pour faire émerger celle du « syndiqué », s\u2019assimilant ainsi au modèle corporatif de regroupement des intérêts individuels spécifiques.Les États-Unis n\u2019ont pas inventé le syndicalisme, mais la forme typique qui s\u2019y est développée a restreint son domaine d\u2019expression au monde du travail, en y reproduisant de ce fait la logique corporatiste du monde des affaires.La réorganisation de la vie sociale qui s\u2019accomplit au travers des luttes de pouvoir entre organisations, entamées depuis la fin du XIXe siècle, ne parvient pas à résoudre tous les problèmes, même sur le plan économique.Le mouvement de la technocratie, qui apparaît au tournant du XXe siècle en proposant de supplanter les règles du marché et l\u2019anarchie dans la production et la distribution économiques par une planifica- L'organisation syndicale, appelée à faire face à la corporation d'affaires dans les relations de travail, fera disparaître la figure du prolétaire pour faire émerger celle du « syndiqué ».revenu : le commerce de détail et les « autres services ».Lorsque considérés par catégories professionnelles, il ressort que les deux tiers des emplois créés entre 1989 et 1998 se trouvent dans les professions les mieux rémunérées : les cadres de direction et les professionnels (salaires dépassant de 60 % le salaire médian de l\u2019ensemble de l\u2019économie).Par ailleurs, un nombre très important d\u2019emplois à faible revenu ont aussi été créés là où le salaire médian est de 50 % sous le salaire médian de l\u2019ensemble de l\u2019économie.Ce développement de l\u2019emploi accentue le phénomène des working poor, ceux dont le salaire est inférieur au seuil de la pauvreté : ils représentaient 12 % des travailleurs à temps plein en 1979, contre 16 % en 1994.Le creusement des iné- galités est d\u2019ailleurs un problème crucial, beaucoup plus aigu aux États-Unis que dans tout autre pays industrialisé.Le cinquième des Américains les plus pauvres recevaient 4.4 % du revenu total en 1977 et 3.6 % en 1997.Dans la même période.la part du cinquième le plus riche passait de 43,6 % à 49,4 %.Si l\u2019on exclut les transferts monétaires et que l\u2019on ajoute les revenus du capital et la part des employeurs à l\u2019assurance-maladie, la distribution devient encore plus inégalitaire : la part du cinquième le plus pauvre passe alors de 3,6 % à 0,9 %! Si le taux de pauvreté est resté stable aux États-Unis (13 %) depuis la fin des années 1960, cela représente quand même, en chiffres absolus, dix millions de pauvres de plus en 16 ReLatiONS octobre-novembre 2000 tion sociale dirigée par des experts, scientifiques et techniciens, montre la direction que prend tendanciellement la solution aux problèmes du développement du capitalisme industriel.L\u2019État, sans être tout à fait dissout dans la technocratie qu\u2019il introduit tout de même massivement en son sein, réussit à se ménager un espace relatif de temporisation politique propre au-dessus des rapports de pouvoir direct des diverses organisations corporatives, et au-delà des luttes que se livrent les groupes d\u2019intérêts corporatifs.En face du Big Business et du Big Labor, le Big Government.À cet égard, on aurait tort de croire que le reaganisme des années 80, malgré ses prétentions, s\u2019est complètement éloigné du modèle d\u2019intervention établi lors du New Deal des années 1930; l\u2019outil de planification de premier plan que représente la Réserve Fédérale américaine, avec son levier de contrôle sur les taux d\u2019intérêts, montre que la technocratie étatique joue encore aujourd\u2019hui un rôle bien réel et crucial dans le type de régulation politique des affaires économiques établi depuis les premières ébauches de ce contexte.On trouve d\u2019ailleurs ici le fondement d\u2019une nouvelle logique générale ; toutes les luttes sociales ultérieures seront appelées à devenir éventuellement politiques en étant d\u2019abord modulées par le mot d\u2019ordre d\u2019organisation et de regroupements plus ou moins précisément « corporatifs », c\u2019est-à-dire centrés sur la défense d\u2019intérêts spécifiques et immédiats.En particulier, si le contexte post-industriel dans lequel nous baignons depuis les années 60 a vu le grand syndicalisme perdre graduellement son pouvoir d\u2019opposition, c\u2019est pour céder sa place à cette tendance plus générale : pour faire valoir leurs intérêts divers, les individus seront tenus d\u2019adhérer à des associations ou à des regroupements capables de les représenter et de contrer, dans une certaine mesure, le pouvoir toujours grandissant des grandes corporations d\u2019affaires.L\u2019État, sur ce plan, s\u2019est retiré dans un lieu qui, sans être celui de la neutralité, est un espace « libéral » à l\u2019écart de ces affrontements directs.C\u2019est surtout sur le plan international que sont dès lors reportées les grandes luttes idéologiques, qui s\u2019épuiseront cependant à leur tour à l\u2019issue de la Deuxième Guerre mondiale, puis de la guerre froide.Ce développement de l\u2019« américanisme » comme idéologie est plus instructif aujourd\u2019hui pour comprendre notre situation que les tentatives concurrentes qu\u2019ont été, au XXe siècle, le fascisme et le communisme.Cela n\u2019empêche évidemment pas de constater que, justement sur le plan international, les grandes corporations possèdent des chiffres d\u2019affaires supérieurs au PNB de nombreux pays, et que le rapport de force dans lequel s\u2019affrontent ces entités est encadré lui aussi par une technocratie internationale (FMI, Banque Mondiale, OMC, etc.) qui tente de 1997 qu\u2019en 1968.La minorité noire demeure la plus touchée par la pauvreté aux États-Unis : le tiers (32 %) des ménages noirs avaient des revenus inférieurs à 15 000 $ en 1997; c\u2019était le cas de 27 % des ménages d\u2019origine hispanique et de 17 % des ménages blancs.Si l\u2019économie américaine est entrée dans un « nouvel âge », il s\u2019agirait donc, pour emprunter à l\u2019historien britannique Eric Hobsbawm, d'un « âge des 2.Richard B.Freeman, « Toward an Apartheid Economy?».in Harvard Business Review.sepL-oct.1996.extrêmes », synonyme de la croissance des inégalités.Seuls les 20 % déjà les mieux nantis de la société ont profité d\u2019une augmentation de leur salaire réel et les gains les plus importants ont été concentrés dans les 5 % les plus riches.2 octobre-novembre 2000 RelatiONS dOSSieR Tirée de Diane Keaton (ed.), Mr.Salesman, Twin Palms Publishers, Santa Fe, 1993 favoriser ou de temporiser le passage universel à l'ordre mondial américain.Les tensions soulevées par le différend qui existe entre les politiques internationales de l\u2019ONU et celles des États-Unis illustrent ainsi à quel niveau se situe la puissance du modèle de société en cause : il s\u2019agit ni plus ni moins de statuer sur la gouverne démocratique du monde économique.La transformation advenue dans la démocratie de masse est tout aussi significative.Dès le XIXe siècle, avant le développement de la production et de la consommation de masse, la démocratie de masse donne sa configuration d\u2019ensemble et sa structure globale de fonctionnement et de légitimité politiques à l\u2019ordre social américain.En passant du bourgeois au common man, puis, éventuellement, à son statut « atomique », la figure du citoyen s\u2019est fondue petit à petit à la « masse », et seuls quelques représentants individuels à la « personnalité organisée » (de façon « méritocratique », bureaucratique, démocratique, ou même médiatique) sont désormais appelés à figurer dans la sphère de l\u2019identification singulière du pouvoir.Ainsi, pour un Bill Gates « inc.», des milliers d\u2019administrateurs répartis dans les différentes aires de la structure bureaucratique et des dizaines de millions de petits « investisseurs » et/ou de « consommateurs » indirects et anonymes; pour un représentant de groupe de pression élu par des centaines ou des milliers de supporteurs actifs, des millions d\u2019individus catégorisés selon un intérêt qui les rejoint quelque part; pour une figure médiatique, des millions de téléspectateurs rejoints en mode de diffusion.Si l\u2019individualisme peut se perpétuer aujourd\u2019hui, c\u2019est donc en flagrante contradiction avec les pratiques qui structurent et encadrent l\u2019existence individuelle « organisée ».L\u2019ordre mondial sera modelé en bonne partie sur cette structure de même que sur les impératifs menés par la figure du président, représentant central du pouvoir exécutif.Le monde a aujourd\u2019hui un empereur, qui voit personnellement à la gestion des affaires domestiques comprises comme étant les affaires du monde - de tout le monde - et vice-versa, puisque les affaires du monde sont devenues pour la présidence américaine des affaires domestiques.La civilité impériale américaine Ce modèle de société prend corps essentiellement dans la transformation de toutes les catégories de la société civile.Si son horizon paraît aujourd\u2019hui civilisationnel, il ne possède encore justement que les marques d\u2019une certaine « civilité ».La civilité européenne moderne s\u2019était développée autour des pôles de référence ultimes que sont l\u2019individu et l\u2019État-nation bourgeois; la civilité qui émerge aujourd\u2019hui possède plutôt, Si l'individualisme peut se perpétuer aujourd'hui, c'est en flagrante contradiction avec les pratiques qui structurent et encadrent l'existence individuelle « organisée ».elle, un cadre d\u2019exercice « post-individuel » et « post-national », et cela même si son ancrage est paradoxalement davantage « américain », puisqu\u2019il a été formé dans son origine en bonne partie aux États-Unis.Cette civilité n\u2019est donc plus formée expressément par les manières bourgeoises modernes, mais bien plutôt par les manières se développant au sein de la société de masse, du capitalisme industriel et post-industriel, de la production et de la consommation de masse, et de la société de communication, qui ont imposé une nouvelle manière d\u2019être aux relations sociales.Dans les faits, et selon la répartition des privilèges sociaux découlant de cette civilité, cela conduit à une reconfiguration sociale généralisée : une overclass internationale, qui regroupe les individus directement insérés, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, au modèle d\u2019opération des corporations transnationales ou des technocraties nationales et internationales; une underclass regroupant, pêle-mêle, les exclus des sociétés nationales (et même des nations entières du monde) qui ne trouvent pas place au sein des développements transnationaux du commerce et des organisations; et, entre les deux, une middle class, pierre d\u2019assise, dans tous les contextes nationaux et transnationaux des démocraties de masse, de la bonne marche de ce système, et livrée à ses aléas1.Cette civilité impériale, qui continue de prendre forme aujourd\u2019hui, s\u2019est ainsi d\u2019abord affirmée au sein de la société étatsunienne elle-même, en appelant du même coup des reconsidérations vis-à-vis de l\u2019identité nationale des États-Unis, quelle contribuait à transformer.C\u2019est sur le plan de l\u2019expression de l\u2019identité nationale quelles ont le plus contribué à affirmer une configuration nouvelle pour la société étatsunienne et pour le monde entier - sous le couvert du phénomène de l\u2019américanisation.L\u2019identité « nationale » étatsunienne La redéfinition du concept de nation qui s\u2019est opérée au travers de la réflexion et des pratiques politiques étatsuniennes du XXf\u2019 siècle est ici à souligner, puisqu'elle acquiert une signification profonde, voire universelle.En effet, cette redéfinition n\u2019envisage pas seulement la fusion interne des différentes cultures 18) ReLatiONS octobre-novembre 2000 immigrantes au creuset d\u2019une civilité redéfinie en fonction des exigences d\u2019un nouveau type de société.Elle implique également que le mode de civilité qui en découle devienne dorénavant le modèle de référence en fonction duquel toutes les nations du monde se doivent de comprendre leur propre évolution.Deux expressions typiques sont utilisées dans les suites de la Première Guerre mondiale pour décrire le projet et la place de la société étatsunienne dans le monde, de même que sa nouvelle configuration interne.D\u2019un côté, Woodrow Wilson parle à ce moment des États-Unis comme « the Nation of Nations », alors que, d\u2019un autre côté, l\u2019on identifie le processus de fusion interne de l\u2019identité nationale à celui d\u2019un melting pot.La première expression caractérise à partir de ce moment la société étatsunienne dans sa vision impériale vis-à-vis de l\u2019extérieur.On voit donc émerger ici un concept de nation (ou plutôt, un dédoublement de ce concept) qui renvoie à deux horizons de sens très distincts.Un premier sens pointe vers l\u2019horizon impérial de la nation américaine (qui devient ainsi la nation des nations), et un second sens vers la transformation interne qui se produit aux États-Unis (qui ainsi devient la nation des nations) sous la pression, notamment, de l'immigration massive alimentant le développement du capitalisme industriel.Nous avons ainsi deux définitions de la nation, qui renvoient chacune à la description d\u2019un aspect spécifique de la société contemporaine.Or ce que masque et révèle du même coup l\u2019expression de Woodrow Wilson (et les développements qui se sont produits depuis lors), ce ne sont pas tant deux définitions opposées de la nation (civique et ethnique) que deux définitions qui sont superposées l\u2019une à l\u2019autre, ainsi intégrées en une vision cohérente et unifiée.La nation civique correspond désormais au cadre d\u2019action régi par la civilité impériale, à laquelle est subordonnée la nation ethnique dans ses contextes nationaux, régionaux et locaux - ce dont les politiques liées au multiculturalisme donnent une illustration.De son côté, la deuxième expression de melting pot témoigne d\u2019une volonté d\u2019intégration des individus à une société capable des les transformer intégralement et uniformément.En effet, à l\u2019origine, l\u2019idée de melting pot ne représente pas, comme on le pense souvent, un rassemblement hétéroclite d\u2019individus liés ensemble de façon indéterminée et aléatoire.Elle propose au contraire un véritable creuset qui devait permettre de fondre l\u2019ensemble des différences (individuelles, sociales, culturelles) au sein d\u2019un ordre social national plus large et plus cohérent, correspondant aux développements du type de société alors en formation.Dans le contexte de la diffusion impériale de ce type de société, cependant, l\u2019idée de melting pot s\u2019ouvre surtout à une indétermination dans la reconnaissance d'une tradition culturelle nationale.Mais du point de vue de sa réalisation mondiale inspirée de l\u2019hégémonie américaine et de la subordination de la définition ethnique de la nation à sa définition civique, ce qui ressort est une possibilité de reconnaissance des « traditions culturelles nationales ethniques » à l\u2019intérieur d\u2019un « modèle civique inter-national » : c\u2019est ce que représente la logique du multiculturalisme depuis les années 60 et jusque dans le contexte actuel, et la prévalence de cette idée sur le plan interna- tional.À l\u2019origine, dans le Civil Rights Act de 1964, la revendication allait dans le sens d\u2019une intégration des « exclus » de l\u2019ordre civique, mais cette logique de recomposition du corps social a finalement précipité dans la reconnaissance positive de caractéristiques « ethnico-culturelles » devenues des intérêts spécifiques aux individus.Ces développements ont pour ainsi dire encore « cours légal » aujourd\u2019hui : le seul nationalisme auquel s\u2019opposent en général les États-Unis est celui qui demeure fermé à cette civilité impériale.Évidemment, tout cela peut jouer clairement, à l\u2019inverse, dans le sens d\u2019une appropriation locale.Si le nationalisme économique du Québec inc.a connu le développement phénoménal que l\u2019on sait depuis la Révolution tranquille, c\u2019est parce qu\u2019il a traduit, dans son langage à lui, le corporatisme du capitalisme transnational, tout en se glissant habilement dans les habits de la civilité impériale issue du modèle étatsunien.Dès lors, Bombardier ou Québécor oeuvrent aux États-Unis et ailleurs dans le monde dans une réciprocité parfaite avec la façon dont le font GM ou IBM en sol québécois - et le monopole d\u2019une société d\u2019État comme Hydro-Québec peut apparaître comme un irritant, dans la seule mesure où il est régi-menté politiquement sur le plan « national », ou peut-être même mieux : « nationaliste ».Une certaine confusion idéologique perdure donc assurément à ce titre au Québec, mais elle permet apparemment du même coup une cohérence expressive permettant d\u2019embrasser la ligne libre-échangiste à l\u2019échelle continentale (et mondiale) en marquant par là le développement d\u2019une «autonomie nationale ».ce qui n\u2019est évidemment pas un mince paradoxe.Du XXe siècle au XXIe En intégrant à sa façon l\u2019histoire universelle, en inversant, même, son cours par la revendication d\u2019un droit d\u2019aînesse, le modèle étatsunien a aussi ouvert la porte à la possibilité de reproductions ouvertes sur l\u2019inconnu; l\u2019Europe unifiée, la négociation du modèle en question en Asie, la réflexion en cours sur l\u2019Amérique du Nord et l\u2019Amérique du Sud, sont des lieux de reproduction qui ne correspondent pas aux données initiales du modèle.Et partout s\u2019impose le défi d\u2019une gouverne véritablement démocratique des développements présents et à venir.Ce sont ces lieux qui demeurent la source des inventions que produira le XXIe siècle.Un modèle de société ne fait pas nécessairement une société modèle.Sur ce plan, la (re)création vivante sachant reconnaître les origines de certains développements, mais sachant aussi reconnaître des différences avec ses origines, devient un enjeu pour ainsi dire global.\u2022 1.Voir à ce sujet Michael Lind, The Next American Nation, New York, Free Press, 1996.Le seul nationalisme auquel s'opposent en général les États-Unis est celui qui demeure fermé à la civilité impériale américaine.octobre-novembre 2000 ReLatiONS 19 dOSSieR Violence individuelle et violence étatique Ce n'est pas le moindre des paradoxes des États-Unis que la violence logeant au coeur de la philosophie politique de ce pays soit en même temps devenue la hantise de sa population qui s'arme pour davantage y faire face.Aussi, le pays le plus farouchement anti-étatiste au monde voit-il proliférer les prisons et les policiers, représentants des forces de l'ordre, un ordre dont les Afro-américains font souvent les frais.Pierre Landreville L'auteur est professeur à l'École DE CRIMINOLOGIE de l'Université de Montréal La violence criminelle La violence criminelle, particulièrement les homicides et les vols qualifiés [robbery), a atteint un seuil record aux États-Unis durant les années 1975-1995.Le taux d\u2019homicide (entre 8 et 10 par 100 000 habitants) y était de quatre à cinq fois plus élevé qu\u2019au Canada.Mais ces taux d\u2019homicides sont plus élevés dans les États du Sud que dans les États du Nord.Les États limitrophes du Canada ont des taux relativement semblables aux nôtres.La violence criminelle est aussi le fait des grandes villes : les homicides, par exemple, y sont quatre à huit fois plus nombreux qu\u2019en milieu rural, selon les régions.Cette violence criminelle est aussi fort différente selon les groupes sociaux.Elle est, entre autres, beaucoup plus Les États-Unis dominent les autres pays sur plusieurs plans (économique, culturel, militaire) et peuvent imposer directement ou indirectement leur point de vue au reste de la planète.Dans de nombreux domaines, ils font figure de précurseurs ou d\u2019envahisseurs dont le modèle se répand dans toutes les régions du monde, mais ce pays reste tout à fait atypique parmi les pays occidentaux par le niveau de violence individuelle et étatique qu\u2019on y observe.Même si plusieurs croient que cette violence américaine nous envahit de plus en plus, il est bon de réaliser que ce qui se passe dans la plupart des autres pays occidentaux est sans commune mesure avec la violence qui se déploie aux États-Unis.Par ailleurs, il faut aussi reconnaître que cet immense pays n\u2019est pas homogène et qu\u2019il est impérieux d\u2019analyser la grande diversité des niveaux de violence à l\u2019intérieur même des États-Unis.Malgré une violence globale très élevée, il faut se méfier d\u2019une approche qui mettrait l\u2019accent sur le « modèle américain » et qui laisserait entendre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un tout homogène, du moins en ce qui concerne la violence.S\u2019il y a plus de violence aux États-Unis que partout ailleurs en Occident, celle-ci varie considérablement dans le temps et dans l\u2019espace.présente chez les Afro-américains.Ceux-ci courent six fois plus de risques d\u2019être victimes d\u2019un homicide criminel que les Blancs.Ce ratio est encore beaucoup plus élevé chez les jeunes hommes afro-américains.Si cette violence a augmenté de façon très importante dans les années 1970 et 1980, elle a plafonné au début des années 1990 pour chuter sensiblement après.11 ne fait aucun doute que ces taux très élevés d\u2019homicides (et un taux semblable de suicides) sont reliés aux armes à feu.Aux États-Unis, environ les deux tiers des homicides criminels ont été commis au moyen d\u2019une arme à feu, comparativement à un tiers au Canada.Les Américains en possèdent beaucoup.Plusieurs d\u2019en- tre eux, comme les Texans (qui possèdent en moyenne quatre armes à feu par habitant), considèrent que le droit de posséder ce genre d\u2019arme est un droit fondamental.De nombreux lobbies, telle la toute puissante National Rifle Association, s\u2019opposent farouchement à tout contrôle de ces Les Noirs représentent 12 % de la population des États-Unis, 13 % des consommateurs de drogue, 35 % des personnes arrêtées pour possession de drogue, 55 % des personnes poursuivies pour cette infraction et 74 % des personnes emprisonnées pour cette raison.(Source : Bureau of Justice, 1996) armes.Peu de politiciens osent vraiment proposer un contrôle un tant soit peu efficace.Une idéologie individualiste et libertarienne, ainsi que de puissants groupes d\u2019intérêts, se conjuguent pour empêcher de réduire un des facteurs importants de cette violence létale très atypique.La violence étatique La violence étatique justifiée par la guerre aux crimes et aux drogues a atteint, surtout ces dernières années, des sommets qui placent aussi les États-Unis dans une catégorie à part parmi les pays occidentaux.Lors des dernières campagnes électorales, cette rhétorique belliqueuse contre les ennemis de l\u2019intérieur a conduit à une très forte augmentation des forces de l\u2019ordre, à des législations très punitives et à une augmentation sans précédent du nombre de personnes incarcérées.Les codes pénaux du fédéral et des divers États prévoient en effet des peines minimales ou fixes pour de nombreuses infractions, particulièrement celles reliées aux drogues.Plusieurs États ont adopté des lois « 2 et 3 strikes » qui entraînent des peines deux fois plus sévères, ou même des peines à vie, pour ceux qui sont trouvés coupables de crimes ( felony) pour une deuxième ou une troisième fois, ainsi que des lois qui obligent certains délinquants à purger au moins 80 % de leur peine en prison.La peine de mort a été rétablie dans 20) ReLatiONS octobre-novembre 2000 38 États et 16 d'entre eux autorisent même la peine de mort pour des mineurs.Toutes ces législations font en sorte qu\u2019il y a actuellement plus de deux millions d\u2019Américains en prison, soit un taux de détention de près de 700 personnes incarcérées par 100 000 habitants, six fois plus qu\u2019au Canada qui est le deuxième pays occidental qui incarcère le plus.En 1999, il y a eu aussi 98 exécutions et plus de 3500 personnes attendent d\u2019être exécutées dans les « couloirs de la mort ».Cette répression s\u2019est accentuée ces dernières années, les taux de détention passant de 212 en 1980 à près de 700 actuellement, alors qu\u2019au Canada ils n\u2019ont subi qu\u2019une légère augmentation de 97 à 115 durant la même période.Si, pendant les années 1970 et 1980, l\u2019accroissement de la population car- La privatisation a également gagné la gestion des prisons.Il n\u2019y avait pas de prisons privées aux États-Unis en 1983, mais on comptait 4 630 places dans de telles prisons en 1988, 32 555 en 1993, et 132 572 en 1998.On prévoit que ce nombre aura doublé l\u2019an prochain.(Source : Private Adult Correctional Facility Census, 1999) cérale reflétait en partie l\u2019augmentation de la criminalité violente, la multiplication par deux des taux de détention depuis 1990 s\u2019est produite alors qu\u2019il y avait une stabilité, puis une diminution prononcée de cette criminalité.Le bond considérable du nombre de personnes incarcérées s\u2019explique surtout par les peines très sévères prononcées pour des infractions relatives aux drogues, souvent pour simple possession.Le fort taux d\u2019incarcération américain et les politiques répressives ne sont pas non plus uniformes.Certains États, surtout, mais pas uniquement ceux du Sud, ont des politiques et des pratiques punitives particulièrement sévères.La Louisiane, le Texas, la Géorgie et la Californie ont, par exemple, des taux de détention trois fois plus élevés que le Vermont, le Maine ou le Rhode Island.Moins du tiers des États prévoient la peine de mort pour des mineurs et le Texas est responsable à lui seul du tiers de toutes les exécutions depuis 1977.Dix États du Sud privent du droit de vote à vie les personnes reconnues coupables de crimes {felony), de sorte qu\u2019en Alabama et en Floride, près du tiers des hommes afro-américains n\u2019ont plus le droit de vote.Cette violence de l\u2019État frappe plus durement les Afro-américains, surtout depuis la déclaration de guerre à la drogue des dernières années.S\u2019ils ne consomment pas plus de drogues que les Blancs, ils sont plus souvent arrêtés, condamnés et incarcérés pour des infractions reliées aux drogues.Ils purgent aussi des peines plus longues pour ce type d\u2019infraction.En 1996, 37 % des Afro-américains admis dans les prisons d\u2019État (peine d\u2019un an et plus) ont été admis pour une infraction relative aux drogues.L\u2019exemple le plus frappant et le plus choquant de discrimination est celui des lois fédérales et des lois de certains États, qui prévoient une même peine minimale de 5 ans dans les cas de possession, avec l\u2019intention d\u2019en Death in the Electric Chair.Tirée de Joel-Peter Witkin (ed.)( Harms Way, Twin Palms Publishers, Santa Fe, 1994 octobre-novembre 2000 ReLatiONS (21 dOSSieR Phénomène sans précédent dans une société démocratique : la population carcérale a presque triplé en 15 ans (1985-1999), avec en moyenne 83 000 nouveaux détenus chaque année.En 1998, le taux d\u2019incarcération (668 détenus pour 100 000 habitants) est de 6 à 10 fois celui des pays européens.(Source : Bureau of Justice, 1999) faire le trafic, de 500 g de cocaïne ou de 5 g de crack.Et l\u2019on sait que le crack est surtout populaire parmi les Afro-américains.En 1994, ils représentaient 85 % des personnes condamnées pour possession de crack et 88 % de celles condamnées pour le trafic de cette substance.La « fureur répressive » américaine est certes reliée en partie aux taux très élevés de crimes de violence, particulièrement d\u2019homicides, que l\u2019on retrouve aux États-Unis, mais cette explication ne rend compte que très partiellement de la situa- Un peuple de non-élus Jean Pichette Si les États-Unis aiment se représenter comme un peuple « élu », l\u2019histoire américaine témoigne qu\u2019au royaume de l\u2019individu, certains sont plus égaux que d\u2019autres, pour reprendre la formule que George Orwell - avec son humour féroce - appliquait aux animaux dans un de ses textes célèbres.Cette terre d\u2019immigration, qui fait du travail la voie du salut, promet la réussite et l\u2019ascension sociale à tous ceux qui sauront saisir les opportunités qui s\u2019offrent à eux.C\u2019est la force de ce rêve qui attire encore aujourd\u2019hui tant de gens vers l\u2019Amérique.Mais peut-on oublier que les États-Unis ont aussi été peuplés par des hommes et des femmes qui n\u2019avaient pas choisi d\u2019y émigrer?Il a en effet fallu attendre jusqu\u2019en 1808 pour que cesse l\u2019« importation » d\u2019esclaves arrachés à leur Afrique natale.Un demi-siècle plus tard, en 1857, la Cour statuait, dans l\u2019affaire Dred Scott v.Sandford, que les esclaves étaient des choses dont on peut être propriétaire : ils ne pouvaient donc pas poursuivre en justice.On ne pouvait exprimer plus clairement que le peuple élu comptait sur son territoire des hommes, des femmes et des enfants qui faisaient clairement partie, eux, du peuple des non-élus.Étonnant?Pas vraiment quand on sait que chacune des treize colonies américaines unies contre l\u2019Angleterre au moment de la Révolution reconnaissait la légalité de l\u2019esclavage.Et si la fin de la guerre de Sécession, en 1865, mettait fin à cette pratique en reconnaissant l\u2019égalité de tous les hommes, tel que l\u2019énonçait la Déclaration d\u2019indépendance, ce chapitre honteux de l\u2019histoire américaine n\u2019allait pas moins connaître de nouveaux développements, jusqu\u2019à hanter encore aujourd\u2019hui le « leader du Monde libre ».La parution de Without Sanctuary.Lynching Photography in America (Twin Palms Publishers, 2000) rappelle qu\u2019on n\u2019en finit jamais vraiment avec la question raciale aux États-Unis.Ce livre, en présentant des photographies et des cartes postales de lynchages, jette un éclairage saisissant sur une période suivant de près la guerre de Sécession.Les quatre millions de Noirs que cette guerre a en effet permis d\u2019émanciper n\u2019allaient pas tarder à se rendre compte que la thèse de la suprématie blanche n\u2019était pas morte à la célèbre bataille de Gettysburg, en 1863.Entre 1882 et 1968,4742 Noirs ont ainsi été lynchés par la foule, dans le cadre de ce qu\u2019un journal noir décrivait en 1911 comme un « sport national ».C\u2019est dans les années 1890 que le lynchage était le plus fréquent, dans le Sud des États-Unis, avec une moyenne de 139 par an, dont 75 % de Noirs.Le nombre de ces véritables spectacles a par la suite baissé (et même significativement après 1930), mais le pourcentage de Noirs qui en étaient victimes est monté, lui, à 90 %.Rappelons que c\u2019est à cette époque, en 1896, que la Cour déclarait constitutionnelle la séparation des Noirs et des Blancs « égaux mais séparés ».Des « jugements » expéditifs, sans procès, permettaient ainsi d\u2019identifier rapidement des « coupables », « exemples » rappelant aux membres de la communauté noire quelle place ils devaient occuper dans la société étatsunienne.Une certaine idée de la civilisation chrétienne, présumée affirmer la suprématie des Blancs, « justifiait » ainsi la communauté de se ranger derrière les principaux artisans des lynchages, jamais dérangés par une « justice » se disant incapable d\u2019identifier les auteurs de ces crimes.pourtant souvent photographiés devant leurs « proies »! L\u2019activiste Ida B.Wells pouvait ainsi déclarer, au tournant du siècle, que « les chrétiens américains sont trop occupés à préserver les âmes des chrétiens blancs des feux de l'enfer pour sauver les vies des Noirs qui brûlent présentement dans les feux allumés par les chrétiens blancs ».Ces gens « ordinaires », travailleurs, fermiers, avocats, médecins, étudiants, hommes, femmes, étaient convaincus qu\u2019il était de leur devoir de se prémunir contre le « péril noir ».Comme l\u2019expliquait un commerçant de Memphis à un visiteur britannique, en 1909, « nous, les Blancs, avons appris à nous protéger contre les nègres, de la même façon que nous nous protégeons contre la fièvre jaune et la malaria ».Cette monstruosité « prophylactique », immortalisée sur des cartes postales dont la Poste fédérale n'a interdit l\u2019acheminement qu\u2019en 1908, était à ce point ancrée dans les consciences que même un président libéral comme Franklin Delano Roosevelt -le Roosevelt du New Deal- n\u2019a pas osé se mettre à dos ses supporters blancs du Sud, en appuyant une législation fédérale anti-lynchage que des activistes blancs et noirs appelaient de leurs vœux.C\u2019était moins d\u2019une décennie avant la Deuxième Guerre mondiale, qui allait voir plus d'un million d\u2019Afro-améri-cains partir se battre pour la défense de la démocratie.22 ReLatiONS octobre-novembre 2000 & Ÿ 'WA* HK* ^^JZeJL/^\t«\u201eSBSS *» ««E 0 ° ' La surreprésentation massive et croissante des Noirs à tous les paliers de l\u2019appareil pénal éclaire d\u2019une lumière crue la seconde fonction [la première consistant à comprimer le niveau réel de chômage] qu\u2019assume le système carcéral dans le nouveau gouvernement de la misère en Amérique : suppléer au ghetto comme instrument d\u2019enfermement d\u2019une population considérée comme déviante et dangereuse autant que superflue [.] Loïc Wacquant, Les prisons de misère, p.91 Pour prolonger la réflexion LIVRES EN FRANÇAIS BRENDER, Anton et Pisani, Florence, Le nouvel âge de l'économie américaine, Paris, Éditions Économica, 1999.DAVIS, Mikes, City of Quartz.Los Angeles, capitale du futur, Paris, La Découverte/Poche, 2000 (1990).LASCH, Christopher, La culture du narcissisme.La vie américaine à un âge de déclin des espérances, Paris, Éditions Climats, 2000 (1979).WACQUANT, Loïc, Les prisons de la misère, Paris, Éditions Raisons d'agir, 1999.REVEE EN FRANÇAIS ACTUEL MARX, n° 27, « L\u2019hégémonie américaine », Paris, Presses Universitaires de France, 2000.LIVRES EN ANGLAIS ALLEN, James et ALS, Hilton, Without Sanctuary.Lynching Photography in America.Santa Fe, Twin Palm Publishers, 2000.BELLAH, Robert N.et al., Habits of the Heart.Individualism and commit- ment in American life, Berkeley/Los Angeles/London, University of California Press, 1996 (1985).BERCOV1TCH, Sacvan, The Puritan Origins of the American Self, New Haven/London, Yale University Press, 1975.BERCOVITCH, Sacvan, The Rites of Assent.Transformations in the Symbolic 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de personnes incarcérées ou sous surveillance pénale s\u2019explique principalement par les décisions politiques prises ces dernières années.Les peines minimales ou fixes prévues par les lois, les lois prévoyant l\u2019incarcération à vie pour une troisième condamnation pour felony et celles obligeant un certain nombre de détenus à purger 80 % de leur sentence sont grandement responsables de cette incroyable inflation carcérale.Les décisions de rétablir la peine de mort et d\u2019exécuter, tout comme celles de priver des délinquants de leur droit de vote à vie, sont aussi des décisions politiques.Tant les taux très élevés de violence criminelle que les politiques et les pratiques pénales très répressives, exceptionnelles pour une société occidentale développée, doivent être analysés en fonction des inégalités sociales très prononcées de la société américaine.Plus l\u2019écart socio-économique ou les rapports de pouvoir sont grands dans une société, plus la punition des défavorisés risque d\u2019être forte.De plus, on peut certainement soumettre l\u2019hypothèse que la société est tolérante à l\u2019égard de ce niveau de punitivité absolument ahurissant, qui serait jugé inacceptable presque partout ailleurs, car les victimes de cette répression sont en bonne partie des éternels exclus, les Afro-américains.Cette société subit encore le poids de son histoire d\u2019esclavage.\u2022 Les jeudis de ReLatioNs Si les États-Unis offrent au monde un modèle à prétention universaliste, sommes-nous contraints, à cause de notre situation géographique, d\u2019y adhérer béatement?Peut-on au contraire, au nom des racines françaises qui nous distinguent, rejeter du revers de la main ce que l\u2019Amérique, dont nous sommes également, offre d\u2019inédit?Pour réfléchir sur le thème de l\u2019américanité du Québec, dans la foulée de notre dossier, nous vous invitons à une table-ronde à laquelle participeront Jean-François Côté, professeur au département de sociologie de l\u2019UQAM David Homel, romancier d\u2019origine américaine Wajdi Mouawad, Directeur artistique du Théâtre de Quat\u2019Sous.Cet événement aura lieu à la librairie Olivieri, 5219, chemin de La Côte-des-Neiges (métro Côte-des-Neiges), Montréal, le jeudi 2 novembre, à 19 h 30.Entrée libre Prochain numéro Le numéro de décembre de la revue Relations sera disponible en librairies à compter du 5 décembre.Il comprendra notamment : \u2022\tun dossier sur le devoir de mémoire et le pardon, offrant, en cette fin d\u2019année jubilaire, une réflexion sur la difficulté de concilier la responsabilité collective à l\u2019égard des injustices passées et la nécessité politique de délier le présent des déterminations du passé, afin de maintenir l\u2019histoire ouverte; \u2022\tun article sur les désillusions de la jeunesse roumaine, une décennie après la mort de Ceausescu; \u2022\tdeux regards sur les campagnes de prévention en santé publique; \u2022\tla chronique de Guy Paiement sur les masques de la charité à l\u2019occasion de la fête de Noël; \u2022\tla suite de la réflexion de Wajdi Mouawad sur Le défi de l'Amérique; \u2022\tdes oeuvres de notre artiste invitée, la peintre Stéphanie Béliveau.Stéphanie Béliveau, Silence, 1994, techniques mixtes ET COLLAGE SUR PAPIER, 53 X 56 CM.octobre-novembre 2000 eN BRef Le Rapport sur le développement Le Canada pourrait faire bien davantage pour aider à la réduction de la pauvreté dans les pays en voie de développement, déclare le Rapport canadien sur le développement 2000 que vient de publier l\u2019Institut Nord-Sud.En effet, notre aide publique a diminué de plus de 30 % entre 1992 et 1999.Elle se situe maintenant à 0,29 % du PNB.Le Rapport recommande que le gouvernement canadien s\u2019engage à exécuter un plan à long terme pour rebâtir cette aide publique au développement en la portant à 0,35 % du PNB d\u2019ici 2005-2006.Il prévient aussi que l\u2019allégement de la dette des pays les plus démunis ne devrait pas se faire aux dépens du budget d\u2019aide.Enfin, il recommande une plus grande cohérence dans notre programme d\u2019aide et une meilleure intégration entre ce dernier et les initiatives du gouvernement en matière de finance, de commerce, de sécurité humaine et d\u2019environnement, à domicile et à l\u2019étranger.De jeunes Canadiens à Genève Le 21 août dernier, dix jeunes Canadiennes et Canadiens provenant du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et du Québec ont rencontré des représentants des Nations Unies, à Genève, pour déposer une pétition de 67 000 noms demandant de mettre fin à l\u2019exploitation sexuelle des enfants.Cette pétition était adressée à madame Mary Robinson, haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l\u2019Homme, et demandait aux pays membres de signer et d\u2019entériner le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l\u2019enfant, concernant la vente, l\u2019exploitation et la pornographie impliquant des enfants.Cette pétition avait été lancée par l\u2019ACAT-Canada dans le cadre du dixième anniversaire de la Convention relative aux droits de l\u2019enfant (20 novembre 1989).La Marche mondiale à l'ONU Au moment de la sortie de ce numéro, le 17 octobre, une délégation politique formée d\u2019une représentante par pays membre, des membres du Comité de liaison international et de dix membres du comité de coordination de la Marche mondiale des femmes, est sur le point de remettre à Kofi Annan, lors de la rencontre annuelle de l\u2019ONU à New York, les revendications de la Marche.Céline Girard y représente les chrétiennes féministes.La beauté de la sainteté v A l\u2019occasion de son 150e anniversaire, le diocèse anglican de Montréal organise une exposition sur les trésors qu\u2019il possède, intitulée La beauté de la sainteté.Celle-ci se tiendra du 10 septembre au 5 novembre 2000, au musée Marc-Aurèle Fortin, 118 rue Saint-Pierre, dans le Vieux-Montréal.Elle présente de magnifiques mobiliers en bois sculpté et en métal, des vêtements et des bannières ainsi que des pièces d\u2019orfèvrerie, des broderies et des peintures.Pour tous renseignements : Bruce H.Russell, tél.(514) 289-1906.Manifestations contre le libre-échange Pendant les manifestations massives tenues lors de la 55e réunion du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, du 26 au 28 septembre à Prague, le déploiement d\u2019effectifs policiers fut d\u2019une ampleur jamais vue depuis les manifestations de 1969 contre l\u2019écrasement du « Printemps de Prague » par les Soviétiques.C\u2019est une coalition tchèque nommée Initiative against Economie Globalization qui avait appelé à la tenue de manifestations, d\u2019un contre-sommet et d\u2019un festival culturel de résistance.Une « journée mondiale d\u2019action contre le capitalisme » avait aussi été convoquée le 26 septembre par le réseau Action Mondiale des Peuples (AMP), qui avait organisé les manifestations de Seattle.La prochaine mobilisation du genre pourrait bien avoir lieu en avril 2001, lors du Sommet des Amériques qui réunira dans la ville de Québec les 34 chefs d\u2019État participant aux négociations sur la Zone de Libre-Échange des Amériques (ZLEA).octobre-novembre 2000 neLatioNS 25 ailleuRS A qui profite la guerre en RDC?Un peu plus d'un an après la signature d'un accord de cessez-le-feu, la paix n'est toujours pas revenue en République Démocratique du Congo (RDC) et, dans les faits, une partition du pays s'est installée.Plus de la moitié du territoire échappe à Kinshasa, la capitale, et se trouve divisée en trois zones contrôlées militairement par le Rwanda ou l'Ouganda et administrées par autant de groupes rebelles congolais.Denis Tougas RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO HAUT-ZAIRE Kisangani ÉQUATEUR GABON RWANDA ) BANDUNDU \u2022\u2022C Kinshasa BURUNDI BAS-ZAÏRE^ TANZANIE SHABA ANGOLA ZAMBIE L'auteur coordonne DES CONCERTATIONS touchant l'Afrique des G ran DS-Lacs, à l'Entraide missionnaire En février 2000, le Conseil de sécurité de l\u2019ONU a approuvé l\u2019envoi au Congo d\u2019un premier contingent de 5500 soldats devant superviser la mise en application du cessez-le-feu.Mais l\u2019ONU a éprouvé d\u2019énormes difficultés de financement pour sa mission, en plus de subir les brimades du président Kabila qui lui a longtemps refusé l\u2019accès aux villes sous son autorité.L\u2019Organisation de l\u2019Unité Africaine (OUA) a nommé modérateur du dialogue intercongolais, prévu dans l\u2019entente pour établir un nouvel ordre politique, l\u2019ex-président du Botswana, Keith Masire.Jugé trop favorable aux positions rwandaises, il a cependant été récusé par Kinshasa.De surcroît, Kabila a récemment institué un parlement provisoire, rendant encore plus compliquée l\u2019organisation du débat national.Avec les combats qui ont repris dans la province de l\u2019Équateur, la viabi- lité de l\u2019accord est donc plus que jamais mise en doute.Pour comprendre l\u2019évolution confuse de cette « Première Guerre mondiale africaine » et permettre de mieux évaluer les positions des différents acteurs, il faut se demander à qui elle profite.Les vrais dessous de la guerre Au fil des événements se dessinent plus nettement les enjeux réels du conflit en RDC.Parmi les vérités qui se sont imposées graduellement, certaines expliquent mieux l\u2019imbroglio actuel.Le conflit ne peut plus être qualifié « d\u2019interne »; il s\u2019agit d\u2019une agression de la part du Rwanda et de l\u2019Ouganda, qui occupent une partie du territoire.On se souvient qu\u2019en 1996, ces deux pays s\u2019étaient coalisés avec l\u2019Angola et le Zimbabwe pour renverser Mobutu et installer Kabila à sa place.Ce dernier, pour contrer le mécontentement grandissant des Congolais vis-à-vis des « étrangers » qui en réalité détenaient le pouvoir, leur avait demandé, en juillet 1998, de quitter le pays.La réponse fut immédiate : sous le couvert d\u2019une soi-disant rébellion nationale, le Rwanda et l\u2019Ouganda envahirent les provinces frontalières et, par une opération audacieuse, attaquèrent Kinshasa à plus de 2000 km de leurs frontières.Ce fut le début d\u2019une guerre aux dimensions régionales.Malgré les dénonciations répétées des populations congolaises, il aura fallu attendre presque deux ans pour que le Conseil de sécurité reconnaisse les violations de la « souveraineté et de l\u2019intégrité territoriale de la RDC » par les deux pays et exige le retrait « sans plus tarder » de leurs troupes.Après que leurs soldats se soient affrontés à coups de canons, à trois reprises, en plein cœur de Kisangani, il devint évident que les motifs d\u2019insécurité invoqués jusqu\u2019à présent par Kigali (capitale du Rwanda) et par Kampala (capitale de l\u2019Ouganda) pour expliquer leur présence en RDC n\u2019étaient pas les plus importants.Deux pays étrangers, et soi-disant alliés, se sont affrontés pour le contrôle de la capitale d\u2019une des provinces les plus riches du Congo, faisant fi des conventions internationales et de la vie de centaines de civils.Par la résolution 1304 de juin dernier, le Conseil de sécurité a précisé la nature du conflit, mais a fourni des arguments à Kinshasa pour réclamer des changements majeurs à l\u2019accord en vigueur.Alors que l\u2019entente de Lusaka, en Zambie, cautionnait la présence des troupes rwandaises et ougandaises en RDC jusqu\u2019à la toute fin du processus de paix et de réconciliation nationale, la résolution a exigé leur départ immédiat.Ces deux années de conflit ont démontré le caractère artificiel des rébellions congolaises.À l\u2019exception peut-être du Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, natif de la province de l\u2019Équateur, où il a établi son quartier général grâce au soutien ougandais, aucun des groupes n\u2019a réussi à obtenir un quelconque soutien populaire.Déchirés par d\u2019incessantes luttes pour le pouvoir, affaiblis par les défections, les deux factions opposées du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) ne doivent leur maintien qu\u2019au support militaire de leur parrain respectif.La population les accuse de cautionner l\u2019occupation étrangère et le pillage des ressources naturelles, et d\u2019être complices des nombreux massacres qui ont endeuillé la région.Face à un double mouvement de résistance -l\u2019un, armé, de milices locales (les Mayi Mayi) soutenues par les rébellions rwandaises et burundaises, et l\u2019autre, pacifique, de la société civile - les deux groupes ont opté pour la répression.Des 26) ReLatiONS octobre-novembre 2000 aiLLeuRS W-k: paysans soupçonnés d\u2019aider la résistance ont fait l'objet de nombreux massacres à plusieurs reprises, tandis que des leaders de la société civile ont été emprisonnés ou éloignés de force, à l\u2019exemple de l\u2019archevêque de Bukavu.Pour les groupes rebelles congolais, le dialogue national prévu dans l\u2019accord, qui leur confère un statut égal à celui du gouvernement de Kinshasa, représente une planche de salut.Par contre, le départ des troupes rwandaises et ougandaises leur serait fatal.Les instances mandatées pour résoudre le conflit sont divisées par les rivalités d\u2019intérêt.C\u2019est à qui tirera le plus d\u2019avantages de la situation.Ainsi, au sein de la Southern Africa Development Community (SADC), qui pilote les démarches pour la paix depuis le début, le Zimbabwe, principal allié de Kinshasa, et l\u2019Afrique du Sud, proche de Kigali à qui elle a fourni des armes jusqu\u2019en mars 1999, s\u2019opposent.Les deux pays sont en compétition, non seulement pour la direction politique de la SADC, mais aussi pour l\u2019accès aux richesses du Congo.Au Conseil de sécurité, les divergences sont apparentes.Pour les Américains, qui ont à faire oublier leur rôle négatif lors du génocide rwandais, la stabilité du pouvoir à Kigali semble primer sur le principe de l\u2019intégrité nationale congolaise.Et alors que la France, désireuse de reprendre de l\u2019initiative en Afrique centrale, proposait d\u2019inclure dans la dernière résolution du Conseil de sécurité un retrait des troupes rwandaises et ougandaises dans un délai de quatre mois, les États-Unis ont imposé qu\u2019au- cune limite de temps n\u2019y soit inscrite.En outre, le refus de Washington, le 26 juin dernier, de hausser ses contributions pour les missions de maintien de paix de l\u2019ONU, rend encore plus difficile l\u2019envoi d\u2019une réelle mission de pacification au Congo.L\u2019asymétrie des décisions des institutions financières internationales a également de quoi surprendre.Depuis le début de la guerre, le Rwanda et l\u2019Ouganda ont continué de bénéficier de leurs programmes d\u2019aide : plus de 350 millions SUS pour le Rwanda, alors que l\u2019Ouganda a été déclaré éligible au programme du FMI pour les pays les plus fortement endettés.De l\u2019autre côté, le Congo s\u2019est vu refuser toute aide et les programmes pour le Zimbabwe ont été suspendus.L\u2019accès aux ressources naturelles du Congo explique en bonne partie le prolongement de cette guerre.Sur ce point, le scandale est à ce point gros que le Conseil de sécurité, sur proposition de la France, a mandaté un groupe d\u2019experts pour enquêter sur l\u2019exploitation illégale des ressources congolaises et ses liens avec la guerre.Le pillage en cours va du démantèlement pur et simple de certaines infrastructures acheminées par la suite hors frontières, à l\u2019extraction des métaux précieux ou rares.Ainsi, l\u2019Ouganda et le Rwanda sont devenus exportateurs d\u2019or, de diamants ou encore de colombo-tantalite ou de niobium, qu\u2019on retrouve essentiellement au Kivu et en Province Orientale.Quant au Zimbabwe, il se fait rembourser son effort de guerre par l\u2019octroi d\u2019importantes concessions diamantaires au Kasaï, mettant même en péril la section congolaise de l\u2019industrie.Les informations qui filtrent sur le sujet montrent que les réseaux d\u2019exploitation sont contrôlés par des officiers supérieurs des armées en présence, en lien avec d\u2019anciens généraux de Mobutu, les milieux mafieux internationaux et les trafiquants d\u2019armes.Des populations appauvries Le prolongement de la guerre profite donc à plusieurs pendant qu\u2019une véritable catastrophe humanitaire s\u2019abat sur la population congolaise.Selon le Comité international de secours, la mort de 1,7 million de personnes depuis août 1998 serait directement liée au conflit et le Programme alimentaire mondial (PAM) estime pour sa part à 1,3 million le nombre de déplacés, dont la majorité n\u2019a pas accès à l\u2019aide d\u2019urgence.Jusqu\u2019à présent, seule la société civile congolaise, par sa Campagne nationale pour une paix durable, a tenté, avec peu de moyens et malgré la répression dont elle est victime des deux côtés de la ligne de front, de contrer la dynamique guerrière à l\u2019œuvre dans toute la région.Mais pour l\u2019instant, et à défaut d'une mobilisation populaire d\u2019envergure, son influence reste marginale face à la force des armes.À l\u2019évidence, les solutions sont complexes et dépassent le cadre national de la RDC.Le Congo, affaibli par 30 ans de dictature, a servi d\u2019exutoire à tous les conflits de la région.Des neuf pays frontaliers, sept ont des dirigeants installés par les armes et vivent des conflits internes.Réclamer le dialogue national et la démocratie pour le seul Congo est une supercherie.Par ailleurs, les répercussions actuelles et futures de la guerre sur toute l\u2019Afrique centrale exigent une intervention résolue de l\u2019ONU et de la communauté internationale.S\u2019y concentrent des maux qui gangrènent nombre de pays du Sud et qui risquent d\u2019hypothé-quer tout effort de paix : le trafic des armes et des matières précieuses, certes, mais surtout l\u2019appauvrissement extrême des populations.\u2022 Réfugiés congolais FUYANT LEURS MAISONS, 12 AOÛT 1998.Photo : Canapress/David Guttenfelder octobre-novembre 2000 ReLatiONS (27 coNtRoveRse Peut-on réparer la justice?L'auteure achève UNE MAÎTRISE EN CRIMINOLOGIE À l'Université de Montréal Thérèse de Villette La justice réparatrice vise, d'un côté, à faire prendre conscience au contrevenant de la gravité de ses actes et de sa responsabilité et, d'un autre, elle promeut la guérison des blessures des victimes et leur réparation.Lorsqu\u2019un crime est commis, c\u2019est comme une pierre jetée dans un étang : les cercles sur l\u2019eau s\u2019agrandissent et s\u2019agrandissent, ne semblant jamais pouvoir s\u2019arrêter ».Qu\u2019est-ce que notre société peut répondre au soupir de cette mère de jeune contrevenant?Qui pourra arrêter ces cercles de souffrance?La loi?Un tribunal?Une prison?La justice réparatrice nous invite à un retournement de perspective.Un nouveau paradigme?Paradigme nouveau ou renaissance d\u2019une ancienne pratique des sociétés traditionnelles (arbre à palabre ou cercle de guérison), la justice réparatrice met le dommage au centre de ses préoccupations.Par là, elle se distingue nettement du système de justice actuel.En effet, là où la justice rétributive considère une infraction à la Loi, la justice réparatrice identifie une blessure, un coup porté à des personnes et à des relations.Considérant l\u2019État comme seule victime, la justice rétributive a pour objectif d\u2019établir une culpabilité et d\u2019administrer une peine, tandis que la justice réparatrice vise une prise de conscience de la gravité de ses actes par le contrevenant et des obligations qui en découlent.Pour la victime, elle promeut la réparation des dommages et la guérison des blessures.Puisque victimes et contrevenants sont considérés comme des personnes avec leurs appartenances sociales, la communauté, par ses représentants, devient partie prenante de la gestion du conflit dans les conditions d\u2019équité et de dialogue nécessaires à une réconciliation.L\u2019espace nécessaire à une guérison se trouve en effet dans le dialogue, la compassion et l\u2019écoute.La médiation victime/contrevenant, qui est l\u2019expression typique de la justice réparatrice, se définit comme « le processus plus ou moins formel par lequel un tiers neutre tente, à travers la conduite d\u2019une réunion, de permettre aux parties de confronter leurs points de vue et de rechercher avec son aide une solution au litige qui les oppose ».À travers le monde et au Québec Née en 1974 à Kitchener, en Ontario, sous l\u2019impulsion des mennonites et du mouvement de déjudiciarisation Alternative Dispute Resolution, la justice réparatrice s\u2019est répandue en Amérique du Nord, puis en Europe, jusqu\u2019en Nouvelle-Zélande et au Japon.Le Québec après une première expérience qui s\u2019annonçait prometteuse pour les adultes dans les années 80, a dû transférer le projet à la politique pénale des jeunes contrevenants.Actuellement, le Ministère reprend sa recherche dans le secteur adultes en trois points pilotes (Longueuil, Hull et Rivière-du-Loup) pour examiner les conditions d\u2019application de l\u2019article 717 du Code criminel, prévoyant la médiation comme mesure de rechange.« Réalité plurielle », la médiation pénale pourrait se situer à différentes étapes du processus judiciaire.J\u2019ai eu la chance de participer personnellement à l\u2019une de ses formes appelée « face à face » entre victimes et détenus, dans le cadre de la pastorale carcérale, et d\u2019en observer les effets sur les participants (tous volontaires).Les effets de la médiation J\u2019ai pu constater que les résultats du « face à face » rejoignaient ceux des recherches empiriques antérieures menées dans des contextes différents, portant à 90 % environ le taux de satisfaction tant des contrevenants que des victimes.Pour faire vite, disons que mis dans un climat de confiance et d\u2019échange où respect, vérité et compassion invitent chacun à s\u2019exprimer à part égale, le contrevenant entend les questions, les interpellations et les souffrances que ses actes ont pu provoquer.Quant à la victime, enfin considérée en tant que telle, elle peut nommer ses blessures, libérer sa peur et sa colère et recouvrer la paix intérieure tout en découvrant un visage nouveau de l\u2019agresseur qui parle aussi de ses blessures.Une fois les préjugés tombés, les rencontres permettent alors une réelle communication et.dans certains cas, une entente de réparation.Si la communauté peut participer à cette médiation, elle devient davantage garante des engagements et facilite la réinsertion sociale du contrevenant.C\u2019est, par exemple, le rôle d\u2019un cercle de soutien comme celui qui prend naissance actuellement à Laval.Comme on le voit, la mise en œuvre de la justice réparatrice requiert un changement de mentalité profond, tant du public que du personnel judiciaire qui craint trop souvent d\u2019être dépossédé de ses fonctions.Or le rôle de l\u2019Etat n\u2019est ni supprimé, ni minimisé, mais transformé.Toujours garant de l\u2019équité et de la sécurité publique, son rôle serait davantage de soutenir les organismes communautaires dans l\u2019exercice de ce mode de justice, confiant aux personnes impliquées dans un événement criminel la responsabilité de la gestion de leurs problèmes.Est-ce utopique ?\u2022 28 ReLatioNS octobre-novembre 2000 coNtRoveR.se Les victimes d'actes criminels ont la cote depuis quelques années, comme l'a illustré un important congrès sur la victimologie ( ! ), tenu à Montréal l'été dernier.L'attention qui leur est consacrée, véritable appel à un soutien accru aux personnes traversant des épreuves souvent très douloureuses, mérite certainement d'être appuyée.S'ensuit-il pour autant que le système pénal doive être revu en profondeur afin de faire écho à ce recentrement sur la victime, comme le souhaitent les défenseurs de la justice réparatrice?Jean Pichette La justice réparatrice remet en cause toute notre conception de la justice.Le virage envisagé, au nom de la compassion et de la possible transformation de l'accusé, risque cependant d'entraîner des effets qui dépassent largement la question d'une bonne « gestion » de la criminalité.Rappelons d\u2019abord un fait.En droit pénal, c\u2019est la Couronne - et non la victime - qui poursuit l\u2019accusé d\u2019un acte criminel, alors qu\u2019en droit privé, c\u2019est la personne s\u2019estimant lésée qui doit entreprendre une action en justice.Cette différence s\u2019explique aisément: en matière pénale, le tort n\u2019est pas causé uniquement à la victime, puisque c\u2019est l\u2019ordre social qui se trouve menacé.La médiation de l\u2019État en droit criminel s\u2019est lentement imposée dans l\u2019histoire, en corollaire du monopole de la violence légitime que l\u2019État allait finir par acquérir, interdisant du même coup à quiconque de se faire justice lui-même.En favorisant le face à face entre la victime et son agresseur, la justice réparatrice ne prône bien sûr pas une nouvelle version du Far West; elle contribue néanmoins à affaiblir - en minant sa légitimité - une institution fondée sur sa position d\u2019extériorité à l\u2019égard des membres de la société.Sans ce tiers désintéressé (l\u2019État), c\u2019est l\u2019idée même de justice qui devient problématique, jusqu\u2019à se perdre dans les méandres de sa gestion, quitte à oublier ce qu\u2019il s\u2019agit de « gérer ».Quelle médiation?L\u2019idée d\u2019un tiers n\u2019est bien sûr pas totalement absente chez les défenseurs de la justice réparatrice : le thème de la médiation occupe en effet une place centrale dans leurs discussions.Ce mécanisme, qui offre une souplesse indéniable (bien connue en droit de la famille), n\u2019est pourtant pas sans poser problème en droit criminel.Passons sur les cas où une telle médiation est impossible : une prostituée (l\u2019accusée) face à son « client » (la victime?) ou un trafiquant de drogue face à un consommateur, entre autres cas de figure.Le problème fondamental, avec un tel mécanisme, c\u2019est qu\u2019il réduit la médiation au statut de simple interface entre deux personnes devant régler un différend centré sur la question de la réparation du tort dont l\u2019une d\u2019elles a été victime.Cela ne veut pas dire que la justice réparatrice veuille priver l\u2019État de sa capacité d\u2019édicter la norme; mais en écartant le plus possible l\u2019État (voire en l\u2019excluant complètement) de l\u2019application de cette norme, on tend à enlever à celle-ci son caractère « transcendant », à l\u2019étioler dans toutes sortes d\u2019accomode-ments n\u2019ayant pas reçu l'imperium de l\u2019État, par le fait même amputé d\u2019une partie de sa puissance.Une affaire de symbole Derrière l\u2019idée de justice réparatrice, on retrouve au fond celles de transparence et d\u2019authenticité, qui imprègnent si fortement l\u2019air du temps présent.Comme s\u2019il suffisait de « se mettre à table », de parler franchement de ses remords (voire, de ses souffrances) pour que le préjudice subi puisse être sinon réparé, du moins atténué, et éventuellement pardonné.Il y a là une conception psychologisante de la réalité sociale qui fait l\u2019impasse sur la dimension symbolique - irréductible aux bonnes intentions - qui la fonde.La justice pénale est d\u2019abord une affaire symbolique.Elle est l\u2019affirmation de l\u2019Interdit sur lequel s\u2019érige le monde.Nous sommes donc ici dans l\u2019ordre du non négociable : aucune technique de gestion - même guidée par un souci d\u2019efficacité ou de compassion - ne saurait réduire la distance entre le monde et la représentation qu\u2019on s\u2019en fait sans briser le miroir dans lequel la société se réfléchit et se donne à elle-même les normes de son action.Le monde humain est une réalité instituée, fondée sur des images qui en tracent les limites.L\u2019État est au coeur de cette fiction, dont il assure la pérennité afin de maintenir l\u2019ordre social.Quand un crime est commis, quand l\u2019Interdit est transgressé, cette fiction se trouve remise en question; ce n\u2019est pas une multitude de petits fiefs engagés dans des mécanismes de médiation qui peuvent alors rétablir une image commune du monde, prenant pour chacun une valeur d\u2019injonction à respecter.Le support aux victimes est une chose (tout comme la réhabilitation des criminels); l\u2019affirmation étatique de l\u2019Interdit (continuellement réitérée dans la « gestion » de la criminalité) en est une autre.À trop vouloir les mélanger, on risque de faire de la société une victime dont les préjudices subis seraient alors irréparables.\u2022 octobre-novembre 2000 ReLatiONS (29 RegaRD_____ Un nouvel emploi du temps L'expérience particulière et les aspirations des femmes doivent aider à repenser la place du travail dans la société et le type de développement que nos sociétés modernes souhaitent désormais promouvoir.Sans un tel changement, les conditions d'une réelle égalité entre les hommes et les femmes ne seront pas réunies.Dominique Méda L'auteure est philosophe, SPÉCIALISTE DE QUESTIONS SOCIALES en France.Elle a PUBLIÉ NOTAMMENT Le travail.Une valeur EN VOIE DE DISPARITION, Aubier, 1995, et Qu'est-ce que la richesse?Champs-Flammarion, 2000 (1999) La situation des femmes dans les pays occidentaux - particulièrement en France - est paradoxale.Le taux d\u2019activité des femmes françaises est au plus haut (près de 80 % des femmes âgées de 25 à 49 ans sont actives) et semble devoir converger avec celui des hommes dans la décennie à venir.Les jeunes femmes sont désormais plus qualifiées que les jeunes hommes, elles réussissent mieux que ceux-ci au baccalauréat et dans les premiers cycles d\u2019études supérieures.Et pourtant, les inégalités entre hommes et femmes subsistent, tant dans le domaine professionnel que dans la sphère domestico-familiale.Les femmes sont surreprésentées dans le chômage et dans les formes d\u2019emploi précaires, notamment le temps partiel (85 % des effectifs).Elles sont toujours moins bien payées que les hommes « toutes choses égales par ailleurs », et se heurtent toujours au « plafond de verre »; c\u2019est-à-dire qu\u2019à formation identique, elles n\u2019accèdent pas comme les hommes aux différentes positions professionnelles.Elles continuent, d\u2019autre part, et c\u2019est évidemment ce qui explique en grande partie les inégalités professionnelles, à assurer 80 % des tâches domestiques et leur temps parental est le double de celui des hommes (25 heures environ contre moins de 13 heures hebdo- madaires), phénomène à l\u2019origine d\u2019une « double journée de travail » féminine plus longue que celle des hommes.Une transformation mal préparée Rappelons qu\u2019en France, au début des années 60, lorsque les femmes sont revenues massivement et durablement sur le marché du travail, les transformations nécessaires n\u2019ont pas été engagées : les entreprises n\u2019ont pas revu leur organisation du travail; les services de garde d\u2019enfants n\u2019ont pas été développés à la hauteur des besoins (encore aujourd\u2019hui, seuls 9 % des enfants de trois ans ont une place en crèche); les hommes n\u2019ont pas revu leur investissement dans le travail, au contraire.Pire, aucun débat public n\u2019a été engagé sur le bouleversement qu\u2019allait représenter, à très court terme, la volonté des femmes de s\u2019investir dans le travail, c\u2019est-à-dire de remettre en cause la division sexuée des tâches et la répartition traditionnelle des rôles qui prévalait jusqu\u2019alors.Le fait que la société s\u2019orientait vers un modèle de couples « bi-actifs » n\u2019a ainsi en aucune manière été préparé, sans doute parce qu\u2019il n\u2019était pas du tout évident, à l\u2019époque, qu\u2019une telle discussion aboutisse à un accord.11 n\u2019en reste pas moins que les actuels paradoxes de l\u2019inégalité entre hommes et femmes s\u2019expliquent en majeure partie par cette absence de préparation, les femmes assumant en fait aujourd\u2019hui à la fois leur ancien rôle de présence active auprès des enfants, de prise en charge du domestique et leur nouveau rôle de femmes actives sur le marché du travail.Depuis quelques années, le caractère primordial d\u2019un système d\u2019accueil performant des jeunes enfants pour l\u2019égalité entre hommes et femmes a été reconnu, notamment sous la pression de la Commission européenne, qui, à travers sa politique d\u2019égalité des chances, incite les États à mettre en place un véritable droit à la garde des jeunes enfants.Le temps partiel en France : une mesure contestée Dominique Méda Le temps partiel a été, depuis le début des années 90, promu comme une mesure qui pouvait permettre de créer des emplois et de faciliter l\u2019entrée ou le retour des femmes sur le marché du travail.Cette mesure a été fortement subventionnée par les pouvoirs publics, grâce notamment à des abattements de cotisations sociales.Le nombre d\u2019emplois à temps partiel a considérablement augmenté, permettant un enrichissement de la croissance en emplois, mais cette mesure a été très contestée, en particulier par les organisations de femmes.Le temps partiel, massivement utilisé dans des secteurs à main d\u2019œuvre majoritairement féminine, comme la grande distribution, a en effet été utilisé sous prétexte de conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle comme une mesure de flexibilité.Entre 30 et 40 % des emplois à temps partiel entrent dans la catégorie « temps partiel contraint », c\u2019est-à-dire que les personnes souhaiteraient travailler davantage.Ces emplois ont de surcroît une durée courte, souvent émiettée dans la journée (coupures qui ne permettent pas cependant aux salariées qui habitent loin de leur lieu de travail de revenir chez elles), et souvent placée tôt ou tard le soir dans des conditions qui compliquent la vie familiale au lieu de la faciliter.Cette mesure ne semble donc pas avoir amélioré la conciliation entre la vie de travail et la vie familiale : de nombreuses enquêtes monographiques l\u2019ont montré.Elle semble au contraire, non seulement rendre la vie des femmes plus difficile du point de vue de l\u2019articulation de la vie familiale, mais aussi être l\u2019une des raisons de l\u2019accroissement de la présence des femmes parmi les travailleurs pauvres.30) ReLatiONS octobre-novembre 2000 Mais des mesures quantitatives (acccroître le nombre de places disponibles) et qualitatives (augmenter l\u2019amplitude horaire d\u2019ouverture des services d'accueil de manière à ce que ceux-ci s\u2019adaptent aux horaires de travail atypiques) dans ce domaine ne suffiront pas.D\u2019abord, parce que nous devons nous interdire de répercuter sans limite les contraintes du système socioproductif sur la vie sociale.Ensuite, parce qu\u2019une véritable égalité concrète entre les hommes et les femmes ne pourra s\u2019établir que si tous les acteurs concernés s\u2019accordent pour placer la question de la coordination des temps sociaux au centre de leurs préoccupations.Ce qui signifie concrètement, au-delà d\u2019un système d\u2019accueil performant, des entreprises capables de revoir entièrement leur organisation du travail pour permettre aux hommes et aux femmes des investissements équivalents dans le travail et dans les activités parentales, et des hommes capables de limiter leur investissement dans le travail pour prendre en charge d\u2019autres activités.Une nécessaire remise en cause Mais la promotion de mesures qui inciteraient les entreprises et les hommes à de telles révisions nécessite à l\u2019évidence - et nous nous trouvons à ce moment charnière - tout à la fois un changement dans nos représentations classiques du bien-être social, un véritable débat public et des politiques cohérentes.Continuer à penser qu\u2019une société riche est simplement une société qui a un gros produit intérieur brut (PIB) et non pas une société qui permet à chaque individu, homme et femme, d\u2019avoir accès à l\u2019ensemble des activités constitutives du bien-être individuel et social (activités productives; politiques; amicales, parentales, amoureuses; culturelles) constitue un premier obstacle.Si nous ne reconnaissons pas que des activités comptant pour rien dans le PIB sont pourtant essentielles à l\u2019équilibre et au développement harmonieux de nos sociétés et des individus qui la composent, rien ne sera possible.Il est ensuite absolument nécessaire de rendre visibles toutes ces questions, ainsi que les dysfonctionnements que provoque leur absence de résolution.La situation des Pays-Bas me paraît de ce point de vue exemplaire.Certes, les femmes néerlandaises ont été tenues plus longtemps à l\u2019écart du marché du travail que celles d\u2019autres pays et occupent aujourd\u2019hui, dans des proportions beaucoup plus importantes qu\u2019ailleurs, des postes à temps partiel.Mais leur arrivée sur le marché du travail et leur volonté d\u2019y participer ont été accompagnées de manière bien différente.Rappelons d\u2019abord que le terrain avait été préparé dès les années 60 par des féministes qui soutenaient que les femmes ne s\u2019émanciperaient vraiment du travail domestique que si les hommes s\u2019émancipaient également du travail et soutenaient la revendication de cinq heures de travail par jour pour tous, hommes et femmes; que syndicats et partis politiques ont très vite relayé ces revendications parce que les femmes s\u2019y sont largement investies; que plusieurs partis, y compris politiquement opposés, ont soutenu ce que l\u2019on appelle la « politique de l\u2019Émancipation »; et que des commissions officielles se sont réunies pour traiter de ces sujets, en particulier de la question centrale suivante : si nous entrons dans une société de couples bi-actifs, que vont devenir les tâches parentales et domestiques?Quelle valeur leur accordons-nous, quel statut voulons-nous leur donner?Qui doit les prendre en charge?En 1995, une commission avait ainsi proposé plusieurs scénarios de conciliation ou de combinaison entre travail et hors-travail, allant d\u2019une répartition très classique des rôles à une marchandisation totale des activités hors travail pour retenir une solution très intéressante : un temps partiel conséquent (trente deux heures par semaine pour tous), permettant des investissements équivalents des hommes et des femmes dans le travail et dans les autres activités; et le\tSerge Clément, développement de l\u2019offre de garde des jeunes enfants.^\tBarcelone, 1997 J ' ¦ - Y L octobre-novembre 2000 ReLatiONS (31 ReflaRD Le plus intéressant est que cette décision politique a ensuite été suivie d\u2019effets concrets, en particulier en ce qui concerne les entreprises, à travers deux importantes lois sur le temps de travail, en 1996 et en 2000, dont on pourrait résumer la philosophie en disant que l\u2019entreprise doit revoir l\u2019organisation de son travail en fonction des contraintes, notamment (mais pas seulement) familiales, de ses salariés : la norme d\u2019emploi est ainsi, en quelque sorte, modelée de l\u2019extérieur grâce à la prise en compte, par l\u2019entreprise, des considérations hors travail.« Québec offre des garderies 24 h sur 24.Les parents de jeunes enfants dont les horaires de travail s\u2019écartent du traditionnel neuf à cinq peuvent reprendre espoir : le ministère de la Famille commence à se préoccuper de leur sort.Au moins dix projets pilotes de services de garde aux horaires atypiques, dont près de la moitié dans la région montréalaise, ont été approuvés et débuteront d\u2019ici quelques jours ».Katia Gagnon, La Presse, 30 août 2000 Les pays du Nord de l\u2019Europe semblent aussi être parvenus, précisément parce qu\u2019ils accordent depuis longtemps une grande importance à des considérations extra-économiques (telles que la place de l\u2019enfant ou l\u2019égalité entre hommes et femmes), à ce que leur norme d\u2019emploi soit, plus qu\u2019ailleurs, informée par les contraintes extérieures à l\u2019entreprise, permettant ainsi une meilleure répartition des tâches et des investissements entre les femmes et les hommes.L\u2019Italie, et son expérience du « temps des villes », illustre quant à elle la capacité des acteurs locaux à instaurer, au niveau du bassin de vie quotidien, des principes de concordance des temps.La notion de « table de négociation quadrangulaire », autour de laquelle prennent place employeurs, salariés, élus et institutions structurantes des rythmes quotidiens (crèches, écoles, universités, commerces, administrations.), constitue un instrument central dont la France devrait s\u2019inspirer.Dans cet exemple, ce sont les femmes qui agissent sur une structure locale, la mairie, pour articuler les temps et les horaires au lieu de continuer à jouer le rôle de charnière.Des comportements à modifier Reste la question, non moins centrale, des hommes et plus généralement des comportements masculins.Plusieurs études françaises ont encore récemment mis en évidence le fait que l\u2019identité masculine est beaucoup plus dépendante du travail que celle des femmes : celles-ci semblent, historiquement, plus construites sur la multi-activité que les hommes.Elles revendiquent une identité plurielle forgée en même temps par le travail, la conjugalité, les enfants, les amis.Parallèlement, d\u2019autres études indiquent que les jeunes hommes français, notamment les jeunes cadres, semblent aujourd\u2019hui attacher de plus en plus d\u2019importance à l\u2019équilibre entre leur vie professionnelle et ce que l\u2019on continue d\u2019appeler de façon peu appropriée leur vie privée.Les négociations engagées à l\u2019occasion du passage de la durée légale hebdomadaire du travail à trente-cinq heures, en France, l\u2019ont abondamment illustré.On verra bien si les hommes maintiendront ou non cette revendication dans leurs négociations avec les entreprises, et si celles-ci seront capables de prendre la mesure du problème.\u2022 La situation chez nous En 1999, au Québec, 55 % des femmes de 15 ans et plus font partie de la population active, comparativement à 71 % des hommes.De plus, près de 25 % des femmes occupent un emploi à temps partiel, comparativement à 10 % chez les hommes.Les femmes occupent 70 % du travail à temps partiel et ce pourcentage ne fait qu\u2019augmenter au fil des ans.36 % d\u2019entre elles occupent un tel emploi faute de travail à temps plein.En 1999, les femmes travaillant à temps plein au Canada gagnaient en moyenne 73 % du salaire des hommes.Au Québec, en 1996, cette proportion était de 70 %.66 % des personnes travaillant au salaire minimum en 1999 étaient des femmes.Les femmes accordent en moyenne une fois et demie plus de temps aux travaux domestiques que leur conjoint.(Source : Francine Descarries, Les enjeux sociaux : les femmes DANS LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE 1999).Selon une enquête menée auprès de 500 mères travailleuses de Montréal, ces dernières consacrent en moyenne 15 heures au travail ménager et 18,5 heures aux soins aux enfants par semaine, en plus de leurs 36 heures de travail salarié, soit en moyenne 69,5 heures par semaine, voire 74,2 heures pour les mères monoparentales.Les mères travailleuses investissent, en moyenne, 10,2 heures de plus que leur conjoint par semaine dans l\u2019espace domestique, soit 530 heures de plus par année.Le tiers des conjoints consacreraient moins de 5 heures par semaine au travail ménager ou au soin des enfants.(Francine Descarries, Articulation FAMILLE-TRAVAIL, QUELLES RÉALITÉS SE CACHENT DERRIÈRE LA FORMULE?COWÊmŒ, MARS 2000).« Il est primordial d\u2019amener les hommes à participer activement et significativement aux débats et à la quête de solutions.Car tant et aussi longtemps que les mentalités et les pratiques ne permettront pas d\u2019atteindre un meilleur équilibre dans la prise en charge des enfants et du travail domestique, une meilleure articulation famille/travail n\u2019est guère pensable pour l\u2019avenir ».Francine Descarries et Christine Corbeil, Articulation famille-travail, quelles réalités se cachent DERRIÈRE LA FORMULE?, COMMUNICATION, MAI 2000 ReLatiONS octobre-novembre 2000 Des livres et des idées LE FRANÇAIS AU QUÉBEC Québec ^ 'KK)ï Sous la direction de Michel Plourde Avec la collaboration de Hélène Duval et Pierre Ceorgeault LE FRANÇAIS AU QUÉBEC 400 ans d\u2019histoire et de vie Des spécialistes bien connus, appartenant à toutes les disciplines, ont apporté leur contribution à cette fresque inusitée qui trace le portrait des quatre cents ans d\u2019histoire et de vie en français au Québec.Une aventure étonnante, à la mesure de l\u2019Amérique.Coédition Publications du Québec 528 pages \u2022 34,95 $ Sous la direction de Roch Côté QUÉBEC 2001 L\u2019annuaire complet de l\u2019état actuel de la société québécoise vue par des spécialistes dans les domaines de la géographie, des sciences sociales, politiques et économiques.Le dossier spécial de cette année est consacré à la question nationale sur le thème du Québec dans son évolution identitaire.540 pages \u2022 21,95 $ WAN LAMONDE Histoire sociale des idées au Québec 1760-1896 - é ^.F I D E S Yvan Lamonde HISTOIRE SOCIALE DES IDÉES AU QUÉBEC 1760-1960 Volume 1 :1760-1896 Cette première synthèse de l\u2019histoire intellectuelle du Québec trace sur près de deux siècles de - 1760 à 1896 -la double trame des grands courants d\u2019idées et du développement des institutions culturelles de la colonie britannique qu\u2019est alors le Québec.560 pages \u2022 34,95 $ Sousadii 1 de Pierre tod dirent [.ES INTERVENTIONS AUPRÈS DES FAMILLES Enjeux âltiques Willy Apollon Lise Binet L jurcnue Ojvarmi \u2022 dam l\u2019x-rie Paul i\u2019-imt Mune Pstcnaadc Lnuiv Ptpm Theresa Sheriff cahiers de recherche Ethique u F 1 D E S XA\\n y Sous la direction de Pierre-Paul Parent LES INTERVENTIONS AUPRÈS DES FAMILLES Enjeux éthiques Face à des situations souvent tragiques - violence, abus sexuels -, les intervenants psychosociaux doivent résoudre un véritable dilemme éthique.Dans ces situations, comment concilier le respect des individus avec la notion de la norme sociale ?Cahiers de recherche éthique, n° 23 180 pages \u2022 24,95 $ Des livtes pour tous PIERRE VADEBONCOEUR L\u2019humanité improvisée Pierre Vadeboncoeur L\u2019HUMANITÉ IMPROVISÉE Avec la finesse et l\u2019élégance qui le caractérisent, Pierre Vadeboncoeur dénonce, dans cet essai percutant, la dictature de la postmodernité.Après un chapitre sur l\u2019ineffable beauté de la poésie de Gaston Miron, l\u2019auteur poursuit sa réflexion en opposant sans cesse aux défauts du postmodernisme des modèles à redécouvrir, à admirer et à suivre.Bellarmin \u2022 Collection L\u2019essentiel 160 pages \u2022 19,95 $ Jean-Luc Hétu BILAN DE VIE Quand le passé nous rattrape L\u2019auteur aborde chacune des étapes de la relecture de vie, identifiant les écueils à éviter.Les objectifs de sa démarche sont d\u2019en arriver à une plus grande harmonie avec son passé et avec soi-même et d\u2019en aider d\u2019autres à progresser dans cette voie.160 pages \u2022 14,95 $ Fl DES RegaRD_____ Un patrimoine à léguer Une réflexion sur le bien commun conduit à poser, comme exigence politique, la subordination des intérêts économiques purement immédiats à une éthique intergénérationnelle.Celle-ci considère à la fois le bien-être de la collectivité, comme long terme, et la préservation du patrimoine écologique.André Beauchamp Il vous arrive sans doute d\u2019emprunter en automobile le pont Jacques-Cartier depuis Longueuil vers Montréal.En descendant la dernière section du pont, il vous faut effectuer un assez fort virage à droite avant de vous engager à gauche sur De Lorimier, direction nord, ou amorcer un autre virage à droite vers le sud.Vous vous demandez peut-être quel est l\u2019ingénieur qui a mis là un virage si dangereux (en fait, il s\u2019agit de P.L.Pratley), et pourquoi le pont ne continue pas tout simplement vers le nord.À l\u2019origine, le plan prévoyait un tracé rectiligne et la démolition d\u2019un édifice appartenant à la compagnie de savon Barsalou.Mais le propriétaire de la compagnie refusa de vendre son usine.À cette époque, aucune loi ne prévoyait le droit d\u2019expropriation pour la construction d\u2019un pont.Compte tenu du nombre d\u2019accidents, de morts et de blessures survenus à cet endroit et des innombrables nuisances en temps et en pollution créées par cette courbe, on se dit qu\u2019il eût mieux valu plus de souplesse de la part des acteurs du temps et une généreuse compensation financière pour parvenir à une solution acceptable : déménager l\u2019usine Barsalou et garder la sortie du pont en ligne droite.Si on met dans la balance les nuisances subies par la société pendant 70 ans (le pont Jacques-Cartier a été inauguré en 1929) et les inconvénients qu\u2019aurait eu à subir la compagnie, il paraît aujourd\u2019hui que le bien commun eût été mieux servi par le déménagement de l\u2019entreprise, avec les compensations d\u2019usage.Il faut comprendre le bien commun comme un ensemble de richesses, le mot n'étant pas pris au sens monétaire, mais au sens des valeurs, des traditions, des institutions d'une société.Un concept de référence Traditionnellement, le bien commun désigne l\u2019ensemble du bien-être d\u2019une société, la totalité des biens en tenant compte du fait que le tout est supérieur à la somme de ses parties.Ricardo Petrella affirme dans Le bien commun que « l\u2019objet du bien commun est la richesse commune, à savoir l\u2019ensemble des règles, des institutions et des moyens qui permettent de promouvoir et de garantir l\u2019existence de tous les membres d\u2019une communauté humaine ».Cette définition est très proche de celle du Concile Vatican II.« Quant au bien commun, il comprend l\u2019ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s\u2019accomplir plus complètement et plus facilement » (Constitution pastorale, L\u2019Église dans le monde de ce temps, 74,1).En réalité, le bien commun est un concept de référence.Il nous permet de prendre des décisions quand il s\u2019agit de départager le bien privé individuel du bien-être de l\u2019ensemble de la collectivité.Mais il nous permet aussi de contenir la violence de la société à l\u2019égard des droits et des biens essentiels des individus.Chez les scolastiques du Moyen Âge, le bien commun désignait principalement trois réalités : la collectivité au sens presque tyrannique du terme, la communauté juridique et politique, et, enfin, Dieu lui-même comme bien commun suprême.Dans la société sécularisée où nous sommes, il n\u2019y a pas de consensus sur le contenu d\u2019une société bonne, et moins encore sur une référence à Dieu comme bien suprême et norme de l\u2019action.Il faut donc comprendre le bien commun comme un ensemble de richesses, le mot n\u2019étant pas pris au sens monétaire, mais au sens des valeurs, des traditions, des institutions d\u2019une société.Les enjeux du bien commun Cette référence (explicite ou implicite) au bien commun est courante en environnement lorsqu\u2019il s\u2019agit de décider de la réalisation d\u2019un projet qui apporte des bénéfices à la collectivité, mais aussi de possibles inconvénients, ou nuisances, ou risques à une partie de la communauté.Les bénéfices pour l\u2019ensemble de la collectivité justifient-ils qu\u2019on porte atteinte au bien-être d\u2019une partie de la collectivité?Une analyse purement économique est-elle suffisante?Par exemple, est-il légitime de charcuter un quartier populaire pour tracer une autoroute?Le droit des automobilistes prévaut-il sur le droit des habitants d\u2019un quartier?Valait-il le coup, il y a 30 ans, d\u2019exproprier les habitants de Mirabel (dix fois plus de terrains que nécessaire) pour y construire un aéroport, rendu ensuite à peu près inutile par la décision du même gouvernement d\u2019agrandir l\u2019aéroport Pearson à Toronto, et enfin de rapatrier les vols internationaux de Mirabel à Dorval?Vaut-il la peine d\u2019exproprier des citoyens pour faire passer une ligne de transport électrique afin de prévenir le verglas quand une analyse plus approfondie laisse entrevoir que la vraie raison du projet pourrait être l\u2019exportation d\u2019électricité?Quand, près de trente ans plus tard, on visite les territoires cris et inuit et que l\u2019on comprend ce que cela a signifié pour les nations affectées, on se demande si la soif d\u2019énergie du Sud justifiait tant de mépris envers elles.Plus de discussion, plus d\u2019information, une entente moins pressée auraient peut-être permis une harmonisation des rapports politiques.Comment décider où implanter une usine polluante, un site d\u2019enfouissement, un centre de détention?34 ReLatiONS octobre-novembre 2000 ,gj ' 3 #*7 sUp T##r *\u2022 Dans certains milieux, on qualifie vite les réactions des populations locales affectées comme un réflexe purement individualiste (complexe Nimby : not in my back-yard), mais il faut aussi y voir une requête pour être traité comme un sujet et un acteur de plein droit plutôt que comme un objet.Avez-vous remarqué qu'on n\u2019implante jamais un équipement controversé chez les riches?Pour juger du bien commun et pour décider s\u2019il faut imposer une nuisance ou un risque à certaines personnes pour le bien de la communauté, ou au contraire s\u2019il faut renoncer à un projet parce qu\u2019il porterait atteinte à des valeurs fondamentales de la société, il faut une analyse approfondie du dossier.D\u2019où l\u2019idée d\u2019une étude d\u2019impacts et d\u2019un examen public.Le projet est-il nécessaire?Est-il rentable pour l\u2019ensemble de la société?Quels en sont les enjeux à court et à long terme?Y a-t-il des risques pour la santé et d\u2019autres inconvénients?Les gens appelés à subir des préjudices ont-ils été informés et consultés?Si le projet doit avoir lieu, quelles sont les mesures d\u2019atténuation et de compensation possibles?La notion de bien commun suppose aussi une certaine égalité des acteurs et, par voie de conséquence, des règles de procédure pour civiliser le développement.Au fond, la règle du plus fort n\u2019est pas nécessairement la plus juste et l\u2019articulation du bien individuel sur le bien commun oblige à dépasser l\u2019antagonisme gagnant-perdant.Un patrimoine écologique En environnement, la notion de bien commun n\u2019est pas appliquée uniquement à la communauté humaine, mais également à l\u2019ensemble de l\u2019écosystème.Dans la littérature anglophone, on évoquera souvent l\u2019idée que chaque espèce a une valeur intrinsèque, et non pas une simple valeur instrumentale.Cet élargissement du bien commun consiste donc, pour certains, à reconnaître des droits au milieu écologique lui-même, droits qui viennent tempérer la violence humaine.Dans la littérature francophone, la réflexion utilise à cette fin le concept de patrimoine.Le patrimoine est à la fois ce que je reçois et ce que je lègue.Ce n\u2019est pas qu\u2019un bien monétaire, mais à la fois un héritage, une tradition, une culture, un milieu biophysique transformé par l\u2019histoire et habité par sa propre dynamique.Le patrimoine s\u2019inscrit dans un temps long et dans une intégration du bâti et du milieu.Il intègre donc l\u2019éthique intergénérationnelle, mais aussi des considérations sur le milieu écologique lui-même, particulièrement sur la biodiversité.Dans la consultation publique sur la gestion de l\u2019eau, il me semble que c\u2019est une pareille référence à un patrimoine commun que les gens exprimaient en se demandant si on peut exporter l\u2019eau massivement, si on peut la vendre, ou se l\u2019approprier, si le fleuve ou la rivière appartient exclusivement au propriétaire riverain ou si les citoyens non propriétaires de la rive peuvent avoir accès aux cours d\u2019eau.L\u2019eau, objet de commerce ou chose commune?L\u2019eau, partie intégrante du bien commun qui ne peut être soumise aux seules lois du marché?À la fois symbole quasi sacré et richesse à mettre en valeur, l\u2019eau semble faire partie du patrimoine commun de l\u2019humanité et du patrimoine québécois.L\u2019harmonisation de tous ces niveaux de signification montre à quel point le concept de bien commun a encore devant lui un bel avenir.\u2022 Serge Clément, Hong Kong, 1996 octobre-novembre 2000 ReLatiONS pRisme Le défi de l'Amérique L'auteur est DIRECTEUR ARTISTIQUE du Théâtre de QuAfSous L\u2019Amérique vient au monde au moment où l\u2019Europe s\u2019effondre.Au moment où la première bombe atomique explose au visage d\u2019Hiroshima, l\u2019Amérique prend possession d\u2019un monde dominé depuis 2500 ans par l\u2019Europe, cette Europe qui, à l\u2019instant précis où l\u2019ère atomique débute tragiquement, découvre les horreurs des camps de concentration et des chambres à gaz.Hiroshima, c\u2019est le cri d\u2019horreur du monde lancé à la vue de cadavres enterrés à la pelle, de cette humanité égarée, perdue, selon le mot d\u2019Alain Einkielkraut.En niant la réalité amérindienne, en tentant d'exterminer les Premiers Peuples d'Amérique, puis de les intégrer à sa propre culture, l'Amérique est passée à côté de son histoire.Devant la vision des camps, l\u2019Europe demeure pantelante, secouée, traumatisée.Elle est surtout en peine de s\u2019expliquer comment un continent qui, se posant depuis des siècles la question de l\u2019Homme, de la démocratie et des droits de la personne; un continent qui fut le terreau de toute la lignée des grands penseurs et des grands artistes; qui a eu un rapport au monde explicite, l\u2019ayant parcouru du Nord au Sud et d\u2019Est en Ouest; comment ce continent, qui a vu l\u2019apogée des trois grandes religions monothéistes, a pu en arriver là, à ces corps calcinés, déshumanisés, à cette réalité féroce qui nie, d\u2019un geste, toutes les morales et crache au visage de toute l\u2019histoire de la pensée.Les camps disent à l\u2019histoire qu\u2019il n\u2019y a pas de sens et que photo :\tla philosophie, non seulement ne peut Maryse warda sauver le monde, le guider et en être la lumière, mais quelle aura été, au contraire, à la source de sa débandade.Face à ce mur, à ce poids, se sont alors dressés en Europe des hommes et des femmes qui, à l\u2019instar de Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Jan Patocka et Emmanuel Levinas, ont tenté de comprendre et de donner un sens à toute la violence de l\u2019histoire.Leur génie a justement été de retourner magistralement la situation, en s\u2019appuyant, pour expliquer l\u2019écroulement généralisé, sur toute la tradition philosophique qui les précède, une tradition que cet écroulement tentait de nier par tous les moyens.Que Jan Patocka soit parvenu, au milieu de la débandade généralisée et de l\u2019oppression, à penser « la solidarité des ébranlés » témoigne de cet effort considérable pour relever l\u2019Europe devant son propre désespoir.Un géant fragile Dans cet espace fugace et terrible qui sépare la découverte des camps et l\u2019explosion de la bombe, le monde sait désormais que l\u2019Europe vient de déposer les armes et que cette course folle, qui l\u2019a conduite à précipiter le monde dans une destruction sans commune mesure avec ce qu\u2019il avait connu jusque-là, l\u2019écarte de son idéal à tout jamais, en ce sens que le hurlement de Hiroshima est une sentence lancée par les jeunes États-Unis d\u2019Amérique pour dire que l\u2019Europe ne pourra plus jamais redevenir ce qu\u2019elle fut auparavant, quelle ne pourra plus établir sur le monde son emprise faite de conquêtes, de lubies colonialistes et d\u2019onirisme philosophique.Une idée nouvelle devra - et va - s\u2019établir.De Nouveau Monde, l\u2019Amérique devient un monde nouveau.Un monde qui tient tout de même de l\u2019Europe son système juridique, ses notions de république et de démocratie, et sa religion.Un monde qui, surtout, tient de l\u2019Europe la précieuse liste des droits de l\u2019Homme qui lui servira à établir son propre Bill of Rights; en ce sens, l\u2019Amérique d\u2019aujourd\u2019hui profite de la Révolution française.Aussi, y a-t-il une certaine douleur, qui s\u2019exprime de manière souterraine, lorsque l\u2019Amérique se souvient que les grandes idées qui la façonnent ne relèvent pas de son histoire propre mais constituent au contraire l\u2019héritage d\u2019un monde ancien.C\u2019est justement là le talon d\u2019Achille de ce géant qui, en cinquante ans, est parvenu à poser sur le monde une hégémonie unique dans l\u2019histoire, puisqu\u2019elle ne s\u2019appuie pas sur un empire colonial, ni sur des guerres de conquêtes, mais sur la diffusion, par tous les moyens possibles, des valeurs, de la culture et de la morale qui lui sont propres, ainsi que sur cette capacité, hors du commun, de convaincre le plus de citoyens possible, provenant de toutes les origines possibles, qu\u2019il est acceptable d\u2019adopter les valeurs du Nouveau Monde, sans pour autant être un traître à sa patrie.La diffusion de cette culture, qui a débuté par la reconstruction de l\u2019Europe et de son économie, lui a permis de tisser une telle toile d\u2019araignée que le monde entier est pris entre ses mailles.Le talon d\u2019Achille de cette puissance vient justement du fait que toute la pensée de ce monde nouveau, de cette Amérique, s\u2019est bâtie en ne parvenant pas à s\u2019arracher définitivement de la puissance idéologique de l\u2019Europe.Nous pourrions dire que l\u2019Amérique est telle parce que l\u2019Europe l\u2019a bien voulue - telle mère, telle fille - mais les événements prennent une tournure tragique, presque « sophoclienne », lorsqu\u2019on constate que les États-Unis d\u2019Amérique sont responsables de cet attachement à l\u2019Europe, de même qu\u2019ils furent les assassins de leur unique possibilité de pouvoir, un jour, parvenir à une véritable Amérique, de parvenir finalement à s\u2019émanciper de l\u2019Europe.Cette tragique erreur prend sa source dans l\u2019extermination des Premiers Peuples.36 ReLatiONS octobre-novembre 2000 pRisme Wajdi Mouawad octobre-novembre 2000 Une mythologie à revoir En niant la réalité amérindienne, en tentant d\u2019exterminer les Premiers Peuples d'Amérique, puis de les intégrer à sa propre culture (cette culture de Blancs, d\u2019Européens), l\u2019Amérique est passée complètement à côté de son histoire.Elle est passée à côté de la véritable Amérique.Elle s\u2019est, dès le départ, amputée de son territoire, le refaçonnant de manière artificielle, le délimitant avec des frontières en contradiction avec la compréhension millénaire que les Premiers Peuples en avaient.Ce fut là un rendez-vous manqué.Car il ne pourra y avoir une véritable pensée américaine.une véritable culture américaine, en dehors d\u2019une réconciliation avec les Premiers Peuples.Or il est difficile aujourd\u2019hui de dire si une telle réconciliation est possible, tant les injustices et l\u2019aveuglement sont grands, tant les tabous sont criants lorsque la question est évoquée.En attendant, bien sûr, l\u2019économie et la force militaire sont les apanages de cette Amérique qui tente aujourd\u2019hui, par tous les moyens, de s\u2019imposer comme rédempteur à un monde en manque de symboles.Le temps est toutefois compté pour l\u2019Amérique si elle veut véritablement être à la hauteur de ses aspirations.L\u2019Europe, encore sous le choc, se relève, « se devient », et travaille à sa réunion.Depuis dix ans, depuis la réunification de l\u2019Allemagne, les frontières de l\u2019Europe occidentale sont définitivement établies.Il reste pour l\u2019Europe à régler l\u2019épineuse question des Balkans, l\u2019intégration des pays de l\u2019Est à la Communauté européenne, puis à se concerter, de nouveau, autour de ce qu\u2019elle a toujours été, pour former une unité culturelle et économique telle quelle fut rêvée par les pères fondateurs de l\u2019Europe.Si l\u2019Amérique n\u2019amorce pas un travail similaire face à sa propre mythologie, face à sa propre histoire, une histoire qui remonte aux sources de l\u2019humanité, et si elle ne parvient pas à établir le plan nécessaire à une révolution qui lui permettrait de rencontrer les cultures des Premiers Peuples, elle pourrait fort bien devenir un corps musclé, puissant et rayonnant, mais dépossédé de sa particularité, ce qui l\u2019arracherait à la comparaison avec sa grande sœur, l\u2019Europe.Le bruit de la bombe et les cris d\u2019hor- Serge clément, reur des camps sont encore dans nos Hong Kong, 1996 oreilles, dans les oreilles même des gens de ma génération, nés longtemps après ces horreurs, et le choix qui semble se poser à nous lorsqu\u2019on regarde le monde est parfois tragique : si l\u2019existence consiste à se construire autour d\u2019une puissance économique et militaire, quel sens pouvons-nous donner au bonheur, à l\u2019amour, à l\u2019amitié, au mal, au bien, à l\u2019Autre, lorsqu\u2019on sait que ces grandes questions de la vie ne trouvent leur achèvement que dans la pensée et dans le désintéressement le plus absolu?\u2022 (À suivre) muLtimeDias SITES INTERNET WWW Musées & Millénaire mumi.org Initiative du Musée de la civilisation de Québec, ce site rassemble des expositions de douze musées, principalement d\u2019Europe, mais aussi d\u2019Afrique et d\u2019Amérique.Selon la perspective propre à chacune d\u2019entre elles, sont abordés les thèmes majeurs que charrie avec lui le passage au troisième millénaire, tels que l\u2019importance de la mémoire et du sens de la vie; notre rapport à l\u2019étranger, au corps et à la technique; la peur de la mort et la sauvegarde de la planète.?:\tNetscape: Musées & Millénaires : Métissages Roload\tHorn*\tSearch Netscape\tPrint Security Shop\t\ta a ml Location :.^ |http://r\tnumi or g /met isseqes Hr / index html\t1 CTw\t L'Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, symbolise ici le mouvement perpétuel.Tel le métissage, il n\u2019a ni début ni II traverse les âges, les cultures et les sphères de la vie qui s'affrontent, s'entremêlent et se fusionnent.Il vous invite à arrêter le temps et à choisir ou hasard un point d'entrée pour amorcer un voyage.Chaque visite sera différente.Douze thèmes en tout, autant de regards sur l\u2019être humain, qui nous donnent à penser sur ce que nous sommes et devenons : Métissages (Québec); le Culte des ancêtres (Antananarivo, Madagascar); SLO 2000 (Ljubjana, Slovénie); les Millénaires de Dieu (Grenoble, France); Mémoires du XXe siècle (Sao Paulo, Brésil); Religions au quotidien (Stockholm, Suède); le Jardin planétaire - Réconcilier l'homme et la nature (Paris, France); Désir d\u2019apprendre (Paris, France); l\u2019Étranger - nos images de l'autre (Dresden, Allemagne); Célébrations (Rome, Italie); l\u2019Art de vieillir (Boston, États-Unis); la Grande illusion (Neuchâtel.Suisse).Cette oeuvre collective, tapisserie de réflexions, d\u2019images, de témoignages, certes, est d\u2019inégale valeur.Deux exposi- tions se distinguent de l\u2019ensemble : La Grande illusion, que nous offre le Museum d\u2019histoire naturelle de Neuchâtel; et Métissages, inspirée de l\u2019exposition de Robert Lepage, au Musée de la civilisation de Québec.Elles sont sans contredit les plus intéressantes, tant par leurs trouvailles infographiques que par leur contenu.Avec La Grande Illusion, nous entreprenons un étrange voyage à travers les fantasmes d\u2019immortalité qui poussent, entre autres, à chercher dans la technique les moyens de réaliser nos rêves, quitte à résorber par tous les moyens notre humanité fragile dans la Machine.« Le clonage n\u2019est-il pas un cul-de-sac où le savant joue à Dieu pour dupliquer l\u2019homme à son image?» Corps réparé, dupliqué, conservé, représenté, réinventé, sont les sous-thèmes de cette exposition grinçante et critique.Métissages, pour sa part, une exposition inspirée de celle conçue par Robert Lepage pour le Musée de la civilisation - qu\u2019il faut absolument aller voir à Québec - fait écho par certains aspects à l\u2019exposition suisse, en particulier quand elle aborde l\u2019homme-machine, le métissage des espèces (les xénogreffes) et la technologie génétique qui « remet en question le concept même d\u2019évolution et présente l\u2019homme comme un assemblage de cellules et de tissus remplaçâmes ».Les autres thèmes (les métissages linguistique et culturel) lancent des pistes de réflexion provocantes.Partant de la prémisse que toute identité, toute vie même, est constituée à même les fibres du métissage {mai tissage), l\u2019exposition revisite l\u2019idée d\u2019authenticité en la rattachant directement à celle d\u2019impureté.À cet égard, Robert Lepage considère le clonage comme une forme de « mixophobie ».Par ailleurs, le site offre la possibilité de réagir à chaque exposition, en l\u2019enrichissant de ses propres réflexions et commentaires grâce à une fenêtre « débat » qui les recueille et les offre aux autres visiteurs.Jean-Claude Ravet disques Niafunké, Ali Farka Touré, Hannibal HNCD 1443 Ni crayon, ni papier, mais l\u2019esprit, la foi et les doigts, aime dire le musicien.C\u2019est vrai, ce paysan malien ne sait ni lire ni écrire.Et quand on lui demande d\u2019où vient son génie musical, il répond simplement : « C\u2019est dans le sein de ma mère que loge le secret, je suis né dedans ».Récemment, un documentaire au titre révélateur.Ça coule de source, lui a été consacré, retraçant un parcours fulgurant.Niafunké, titre de son dernier album, est en même temps le nom de son village natal.À ceux qui diront qu\u2019il n\u2019y pas d\u2019infrastructures en Afrique, l\u2019album (enregistré dans un village coupé du monde et sans électricité), grâce à l\u2019entêtement d\u2019Ali à rester près de sa « source », est une réplique! Sa musique est un vibrant témoignage d\u2019amour pour le Mali.À l\u2019ère où les artistes rêvent d\u2019être vedettes et de rayonner sur les grandes capitales occidentales, Ali, lui, dit dans sa chanson All's Here que l\u2019argent gagné grâce à sa musique doit être investi, dans son village, pour le développement de la collectivité.Sa musique réfère à la culture mandingue, où l\u2019on découvre un Islam teinté d\u2019animisme.Pendant que ses mains magiques donnent à la guitare une marque de blues natif, ses paroles nous renvoient à cet univers du désert, du sol ingrat, de l\u2019effort surhumain déployé quotidiennement par les paysans afin de nourrir leurs familles.Mais ne vous méprenez pas : la mélodie de ses chansons se confond si bien aux mugissements du fleuve Niger et à la poésie pastorale quelle nous renvoie aussi à une certaine générosité de la nature, où la pêche et l\u2019élevage viennent rompre le cycle de fatalité.Touré commente ses succès avec tellement d\u2019abnégation et de simplicité que l\u2019on se demande s\u2019il fait partie de cette culture marchande où un Grammy (prix qui lui fut décerné en 1994) est considéré par beaucoup de ses confrères comme une consécration, alors que lui est pressé de 38 ReLatiONS octobre-novembre 2000 muLtimeDias rentrer dans son Sahel pour irriguer ses champs! À ceux qui sont rompus à la gloire effrénée, il aime rappeler ce proverbe : « Quand tu cherches le bon Dieu et que tu ne rencontres que le prophète, sois quand même satisfait ».Françoise Nduwimana vidéos Clonage ou l'art de se faire doubler Scénario et réalisation : Karl Parent et Louise Vandelac Production : Éric Michel, ONF Documentaire, vidéo, couleur, 52 min Ne regardez surtout pas cette vidéocassette pour vous détendre : le sujet est trop sérieux, il prête à la réflexion.Vous risquez même d\u2019attraper la chair de poule en écoutant, notamment, le discours des raëliens qui pensent que l\u2019avenir réside dans le clonage des êtres humains et qui l\u2019affirment haut et fort, avec une grande sérénité, devant une assemblée de huit cents personnes venues écouter leurs leaders, Raël - le fondateur - et Brigitte Boisselier - biochimiste et évêque raëlienne - récemment à Montréal.Car c\u2019est bien de l\u2019avenir de l\u2019humanité, ni plus ni moins, dont il s\u2019agit dans ce documentaire.En choisissant de produire du vivant destiné à ne constituer qu\u2019un matériel de laboratoire, la médecine a aujourd\u2019hui ouvert la porte à de fabuleuses manipulations géné- _ tiques qui effritent les paramètres biologiques, sociaux et psychiques, et brouillent tous les repères.La voie au clonage d\u2019êtres humains est désormais ouverte.Sont remis en cause non seulement l\u2019être humain dès sa conception, mais aussi notre conception de l\u2019être humain.« Qu\u2019est-ce que le vivant?» se demande-t-on tout au long du vi-sionnement.De tous temps, l\u2019humanité a fait le rêve de mettre la main sur la vie, de se reproduire à l\u2019identique, de devenir immortelle, occultant ainsi l\u2019altérité, l\u2019inscription dans l\u2019histoire et les liens des générations.Au début de ce troisième millénaire, le clonage d\u2019embryons et d\u2019animaux se banalise en faisant la une des journaux .Nous pourrons bientôt choisir le type d\u2019enfants que nous voulons reproduire ou éliminer.Apparaît subtilement le spectre redoutable d\u2019un nouvel eugénisme.Et cela nous est présenté comme un progrès remarquable, sinon comme un progrès inévitable.Pour débattre de ces questions, Karl Parent et Louise Vandelac ont fait appel à de grands spécialistes dont les disciplines (médecine, biologie, psychanalyse, génétique, droit, philosophie, économie) apportent des éclairages différents, mais convergents.Je retiens surtout les propos de la psychanalyste Monette Vacquin, qui montre que la perturbation des liens familiaux risque de produire des êtres totalement désaffiliés, incapables de se situer dans l\u2019univers et dans l\u2019échelle des générations.Nous nous questionnons déjà beaucoup actuellement sur notre identité.Qu\u2019en sera-t-il demain si nous continuons sur cette lancée?Anne-Marie Aitken une ylmte, fa De Trois-Rivières, un grand magazine d'actualités religieuses.Le dînmehe de 23 h à minuit u 4 Une émission de Michel Morin Cote-Nord CBGA Les Iles CJBR-FM Bas-Saint-Laurent CBJ-FM Lac-Saint-lean 88,1 FM Mauricie Centre-du-Québec 101.1\tFM Estrie 95.1\tFM Montréal CHLM Abitibi- Témiscamingue 90,7 FM Ottawa-Hull 106,3 FM Québec première chaîne Radio-Canada octobre-novembre 2000 ReLatiONS (39 LivRes Pour ne plus être de trop Françoise Collin, L'homme est-il devenu superflu?, Paris, Fayard, 1999; 332 P.Le livre de Françoise Collin sur la pensée de la philosophe Hannah Arendt fait partie de ces livres qui apportent un vent de fraîcheur.Il jette, en effet, un regard neuf sur son oeuvre en privilégiant un angle d\u2019approche peu exploré.Il propose une clé d\u2019interprétation qui ouvre de nouvelles pistes de compréhension, bouleverse les habitudes de pensée, fait tomber des a priori, et, surtout, révèle l\u2019actualité d\u2019une oeuvre qui risquerait autrement d\u2019être visitée comme un musée, par souci de culture.L\u2019apport original de Françoise Collin est d\u2019aborder cette pensée en mettant l\u2019accent sur la notion de natalité.Ainsi, la coupure tant soulignée par les commentateurs entre privé et public et souvent pensée comme un mépris envers le privé, est resituée dans une perspective de complémentarité indissociable entre les petits bonheurs de la vie dans l\u2019intimité et le bonheur public, proprement politique.Si l\u2019existence humaine nais-santielle est déjà inscrite dans un monde commun, condamnée au sens et à la liberté, elle doit être cependant comprise, assumée comme une tâche à accomplir, et non comme une nature donnée.Si le monde humain est la condition sine qua non pour que notre existence soit humaine, c\u2019est la mise en oeuvre de cette humanité en tant que pluralité dialogique - à savoir la politique comme seconde naissance - qui assure à ce monde sa pérennité.Par ailleurs, ce qui est caractéristique chez Arendt et que Collin met bien en lumière, ce sont les paradoxes d\u2019une pensée qui pense l\u2019événement, qui cherche à donner sens au présent, mais non à faire système ou recettes.Bien quelle travaille avec minutie les concepts, elle brouille en même temps leur fonctionnalité; ils sont davantage des feux de camps lors d\u2019expéditions que des lampadaires sur une promenade.Arendt tente de comprendre le monde où elle s\u2019est vue confrontée de par sa judéité à la non-existence, à l\u2019im-monde.Cette expérience-choc l\u2019incitera à rechercher les conditions de sauvetage à l\u2019intérieur desquelles le monde humain soit encore possible, en toute lucidité.Le titre du livre de Collin : L\u2019homme est-il devenu superflu?situe d\u2019emblée l\u2019enjeu central autour duquel tourne toute la FRANÇOISE COLLIN L\u2019HOMME EST-IL DEVENU SUPERFLU ?HANNAH ARENDT pensée arendtienne.Car le totalitarisme, pour Arendt, n\u2019est en rien derrière soi, comme un mauvais rêve, il est l\u2019horizon obscur de notre monde qui rend toujours possible l\u2019inimaginable.L\u2019humanité devient une tâche qui incombe aux hommes de manière pressante, une possibilité incertaine dans la mesure où son contraire, un mode inhumain d\u2019existence, s\u2019affiche de plus en plus comme la normalité.L\u2019existence devient un projet subversif au sein d\u2019une société devenue système, enfin libérée de l\u2019idée encombrante et improductive d\u2019humanité.L\u2019heure est à la résistance.Quand le monde est menacé de toutes parts de non-sens, la tâche humaine imprescriptible est de faire sens, d\u2019établir des espaces de liberté, de pensée, de parole et d\u2019agir, qui préservent l\u2019habitation humaine du monde du mouvement incessant du flux de la vie où tout est emporté sans finalité.Ainsi, en même temps quelle décrit les fondations grecques et romaines de la politique, elle s\u2019intéresse aux moments insurrectionnels, éphémères, qui mettent en scène une « politique des oasis », îlots d\u2019humanité au milieu du désert croissant, marchand et technique.La politique n\u2019est pas pour elle un modèle à imiter, à reproduire, mais se présente comme une chance qu\u2019ont les êtres humains de s\u2019émanciper d\u2019une vie enfouie dans la routine, la non-pensée, le non-jugement, la servitude volontaire, la monotonie du même.Elle s\u2019offre comme un don, un miracle qui arrache l\u2019homme à son destin catastrophique, auquel l\u2019attache une vie entièrement fondue à l\u2019ordre naturel des besoins (dont participe la maîtrise technique contemporaine).L\u2019actualité d\u2019Arendt réside dans le fait qu\u2019elle ne tente pas simplement de penser la crise de la modernité, mais de la penser dans la crise, en refusant tout « réenchantement du monde », cherchant à surprendre l\u2019inouï dans sa contingence même, à souligner les initiatives inventives susceptibles de garder en éveil l\u2019amour du monde au coeur « des sombres temps », à rappeler, contre vents et marées, la faculté humaine de faire des miracles qu\u2019est la politique : cette « part non fatale du devenir ».Jean-Claude Ravet La biologie muette devant certaines questions André Klarsfeld et Frédéric Revah, Biologie de la mort, Paris, Odile Jacob, 2000; 289 P.rfiologie de la mort s\u2019ouvre sur une .Dquestion d\u2019apparence simple : la biologie a-t-elle quelque chose à dire sur la mort?Question à laquelle les auteurs, André Klarsfeld et Frédéric Revah, répondent par une hypothèse audacieuse : de fait, soutiendront-ils tout au long des quelque 280 pages de leur ouvrage, « il n\u2019existe aucune loi supérieure qui condamnerait inexorablement tout être 40) ReLatiONS octobre-novembre 2000 LiVRes vivant au vieillissement et à la mort ».Pour ces neurobiologistes français, le facteur clé de la sélection naturelle - à laquelle ils vouent une passion fervente -reste et demeure la reproduction du vivant.Mort et vieillissement apparaissent alors comme des conséquences, plus ou moins fâcheuses, du vaste mouvement à travers lequel toute forme de vivant assure sa reproduction.Évidemment conscients que ces thèmes hantent depuis toujours la conscience humaine, les auteurs insistent lourdement pour situer leur propos sur le strict plan de la biologie.Cette orientation bien définie, ils proposent des distinctions nécessaires entre des concepts que le commun des mortels confond aisément.Ainsi, les chapitres 2 et 3, passionnants à plusieurs égards, sont l\u2019occasion d\u2019une attaque en règle contre une vision strictement chronologique du vieillissement où, les jours s\u2019ajoutant aux jours, le vivant devient condamné à un dépérissement plus ou moins lent, mais certain, suivant un rythme semblable.Or, entre le temps des cellules (beaucoup plus important que la science ne l\u2019avait d\u2019abord compris), celui des tortues (dont plusieurs passent de la maturité sexuelle à la mort, sans trace de décrépitude), celui des larves (qui peuvent accumuler plus de dix ans de vie larvaire pour quelques semaines de vie à l\u2019air libre), des condors (rares cas où le taux de mortalité n\u2019augmente pas après la maturité sexuelle) ou celui des arbres (dont certains ont une longévité certifiée de 5000 ans), entre tous ces modes de vieillissement donc, martèlent les auteurs, il n\u2019y a pas de commune mesure! Et, quelque usage que veuillent en faire les humains, toutes les montres du monde perdent leur valeur universelle devant l\u2019infinie diversité des rythmes du vivant! Pour les auteurs, « le vieillissement - du plus spontané au plus imperceptible - ne serait qu\u2019un élément de l\u2019histoire de la vie, inextricablement imbriqué dans les autres et susceptibles d\u2019évoluer avec eux ».Suivant la même logique, ils s\u2019attaquent ensuite aux concepts de longévité et de « mort naturelle » - « luxe » auquel peu de vivants ont accès, compte tenu des nombreux aléas de la vie.À travers leur survol - souvent étourdissant - de la diversité du vivant, les auteurs montrent ainsi qu\u2019à moins d\u2019être frappés par la foudre ou l\u2019intervention humaine, des buissons de myrtilles sauvages peuvent vivre plus de 16 000 ans alors que, par ailleurs, de nombreuses espèces animales et végétales offrent des exemples spectaculaires où la mort suit brutalement la reproduction.D\u2019où, encore une fois, l\u2019arbitraire de toute référence universelle.Après huit chapitres où les explications scientifiques voisinent plutôt agréablement les exemples, et malgré les ANDRÉ KLARSFELD FRÉDÉRIC REVAH BIOLOGIE DE LA MORT / EDITIONSX /ODILE JACOBS mises en garde d\u2019usage, les auteurs prennent le risque de (se) résumer de manière simpliste et offrent leur conclusion : « la mort naturelle, écrivent-ils, n\u2019a pas de valeur de loi; son existence résulte plutôt de l\u2019inutilité biologique de système de réparation qui empêcherait tout vieillissement.Tout organisme vivant, même a-vieillissant, même « amortel » est voué au provisoire, parce qu\u2019il est périssable.Un accident, une maladie, un prédateur peut interrompre le cours de sa vie.Les délais dont il dispose pour procréer ne sont donc pas infinis.Or c\u2019est à l\u2019aune de la procréation (.) que la sélection naturelle juge.Tous les moyens sont bons pour réussir cet examen même s\u2019ils conduisent à raccourcir progressivement, au fil de l\u2019évolution, la longévité de l\u2019espèce considérée.Pressé par le terme fatal, originellement dû aux seules causes externes, l\u2019organisme n\u2019a en effet pas le temps, ni de ressources à perdre dans des réparations trop parfaites.(.) cela le conduira à se négliger, assez pour qu\u2019apparaissent le vieillissement et la mort naturelle.Face à la menace mortelle, qui le terrassera un jour ou l\u2019autre, il doit parer au plus pressé et mener sa tâche à bien ».La citation est longue mais reflète parfaitement la position des auteurs, du moins dans leur identité de neurobiologistes.Mais, humains en même temps que « vivants », Klarsfeld et Revah sentent que la mort est également une aventure intime, unique, douloureuse souvent.Aussi, admettent-ils, en toutes dernières lignes, que, s\u2019il y a un sens à lui donner, c\u2019est peut-être du côté de la philosophie ou de la théologie qu\u2019il faut se tourner.Comme quoi, même pour ses plus ardents partisans, la sélection naturelle n\u2019apporte pas toutes les réponses et reste muette devant certaines des interrogations que nous, étranges et merveilleux mortels, continuons de poser! Francine Tardif Un bel exemple de vulgarisation Mathieu-Robert Sauvé, L'éthique et le fric.Montréal, VLB, 2000; 331p.Si vous cherchez un livre simple pour comprendre certaines des questions du champ de la bioéthique, pour en saisir les dimensions philosophiques et sociales, en percevoir les enjeux, connaître les acteurs, L\u2019éthique et le fric est le livre qu\u2019il vous faut.Le titre est faux en partie puisqu\u2019on ne traite pas de toute l\u2019éthique, mais surtout et presque exclusivement de la bioéthique, en général des questions soulevées par les conquêtes de la médecine et de la biologie dans le domaine de la vie humaine.Quant au fric, il en est question, mais pas tant que cela, l\u2019auteur ?octobre-novembre 2000 LiVR.es abordant bien d\u2019autres aspects de la demande d\u2019interventions accrues dans le secteur de la biologie.Les titres Bioéthique et société, ou encore Bioéthique, demandes sociales et questions de valeurs eussent été plus appropriés, mais peut-être moins vendables.Ce qui tend à montrer que le fric, ou l\u2019appétit de la renommée, peut corrompre même la démarche la plus généreuse.Le livre se divise en trois grandes sections (naître, vivre, mourir), et une conclusion qui n\u2019en est pas une, affirmant que « ce que la science peut faire, elle le fera ».« Réinventer le bien et le mal n\u2019est pas une mince tâche, d\u2019autant plus que les réponses absolues et définitives n\u2019existent guère.Fini le temps où des saintes Écritures interprétées par des hommes en soutane montraient le droit chemin à un peuple élevé dans le paternalisme.Voici venir le règne de la réflexion et de la nuance.L\u2019intelligence a un grand rôle à y jouer ».Et pourtant, l\u2019auteur conclut : « Il y a quelque chose de louche dans la médecine.Et dans le sens de la vie ».m -f=*-T Hieu r ?-e -E R T 'e là naissance à la mort: la science prend le contrôle ?lb éditeur Le livre a trois mérites : il est clair, il est ample, il est documenté.C\u2019est un livre de journaliste et de vulgarisateur qui nous explique en peu de mots des situations et des questions complexes.Un très bel exemple de vulgarisation.C\u2019est aussi un livre relativement complet qui LIVRES REÇUS Voici quelques-uns des livres que les éditeurs ont fait parvenir à Relations au cours des derniers mois.ANDRÉ ROUMIEUX, L'Abbé Pierre, le pèlerin d\u2019Emmaiis, Paris, Presses du Châtelet, 1999; 303 p.GILLES VAN GRASDORFF, Panchen-Lama Guendun.L\u2019enfant oublié du Tibet, Paris, Presses de la Renaissance, 1999; 258 p.GILBERT COLLARD ET GILLES VAN GRASDORFF, Cent mille éclairs dans la nuit, Paris, Presses de la Renaissance, 1999; 293 p.COLLECTIF, The Twentieth Century.A Theological Overview, Ottawa, Novalis, 1999; 263 p.RÉJEAN DUCHARME, Gros mots, Paris, Gallimard, 1999; 311 p.ÉDOUARD BONÉ, Dieu, hypothèse inutile?, Bruxelles, Racine/Lumen Vitae, 1999; 200 p.octobre-novembre 2000 COLLECTIF, Démocratiser la république.Représentation et participation du citoyen, Paris, Bayard/Centurion, 1999; 237 p.GROUPE D\u2019AMITIÉ ISLAMO-CHRÉTIENNE, Musulmans et chrétiens.Politiques d\u2019accueil dans les terres d'origine ou d\u2019immigration, Paris, Bayard/Centurion, 1999; 220 p.FÉDÉRATION INTERNATIONALE ACAT, Responsables des droits de l'homme.Rapport annuel 1998, Paris, Bayard/Centurion, 1999; 157 p.GASNER JOINT, Libération du vaudou dans la dynamique d\u2019inculturation en Haïti, Roma, Éditrice Pontificia Université Gregoriana, 1999; 450 p.PIERRE PELLETIER, Le nectar et le poison.Les Gourous et les Maîtres, Montréal, Médiaspaul, 1999; 279 p.DENISE DESROCHERS, La convivialité.Une interprétation de la spiritualité de la libération chez Gustavo Gutiérrez, Montréal, Médiaspaul, 1999; 184 p.JEAN-FRANÇOIS ROUSSEL, Paul Evdokimov.Une foi en exil, Montréal, Médiaspaul, 1999; 255 p.PIERRE MAISONNEUVE, Michel Dumont.Grandeur nature, Montréal, Novalis, 1999; 192 p.aborde à peu près toutes les questions de l\u2019heure : la procréation assistée, les mères porteuses, les banques de sperme, la prévention génétique, les OGM.la culture des embryons, l\u2019ablation préventive, la mort, l\u2019acharnement thérapeutique, l\u2019euthanasie.Il s\u2019agit enfin d\u2019un ouvrage bien documenté qui associe l\u2019information journalistique, les interviews de spécialistes et la littérature scientifique adéquate.Une bibliographie sélective donne les références essentielles, bien que l\u2019auteur oublie d\u2019y inclure les ouvrages de Guy Durand, un spécialiste reconnu en bioéthique, alors qu\u2019il a pris la peine de remercier ce dernier en introduction.Le ton est léger, parfois un peu trop.Mais l\u2019auteur est intelligent et nuancé; il évite le piège qui consiste à dénigrer le passé et les sagesses anciennes.Comme tout bon journaliste, il est d\u2019abord critique, sans être nihiliste.Il donne à penser et c\u2019est beaucoup.André Beauchamp NORMAND PROVENCHER, Dieu le vivant, Ottawa, Novalis, 1999; 219 p.JEAN PORTER, Natural and Divine Law.Reclaiming the Tradition for Christian Ethics, Ottawa, Novalis, 1999; 340 VINCENT LEMIEUX, Les réseaux d\u2019acteurs sociaux, Paris, Presses Universitaires de France, 1999; 148 p.JACQUES LE GOFF, Saint François d'Assise, Paris, Gallimard, 1999; 220 p.HANS BLUMENBERG, La légitimité des temps modernes, Paris, Gallimard, 1999; 689 p.COLLECTIF (sous la dir.de Serge Cordellier), Le nouvel état du monde.80 idées-forces pour entrer dans le XXIe siècle, Paris, La Découverte, 1999; 263 p.GUY BOURGEAULT, Éloge de l'incertitude, Montréal, Bellarmin, 1999; 179 p.STANISLAS BRETON, L'avenir du christianisme, Paris, Desclée de Brouwer, 1999; 248 p.JUAN ARIAS, Un Dieu pour l'an 2000, Montréal, Fides, 1999; 255 p.JEAN MONBOURQUETTE, À chacun sa mission.Découvrir son projet de vie, Montréal, Novalis, 1999; 201 p.MICHEL RÉGNIER, Antipodes.Nouvelles de la fragilité, Montréal, Écosociété, 1999; 282 p. SoiRées ReLatiONS À MONTRÉAL Le sida: victimes au Sud, remèdes au Nord.Avec notre invité spécial, David Thompson, du Centre bioéthique de 1TRCM.Françoise Nduwimana du Centre justice et foi, ainsi que Myriam Gervais du Centre d\u2019études sur les régions en développement de l\u2019Université McGill, réagiront à sa conférence.Le lundi 20 novembre 2000, de 19 h À 21 h 30, au CJF, 25, rue Jarry Ouest (métro Jarry ou de Castelnau).À QUÉBEC Fusions municipales : solidarité régionale ou rationalisation?Avec Réjean Lemoine, chroniqueur municipal à la radio de Radio-Canada et Alexandre Turgeon, du Conseil régional de l\u2019environnement.Le lundi 4 décembre 2000, de 19 ii A 21 h 30, À L\u2019autre Caserne, 325, 5e rue, quartier Vieux-Limoilou.Renseignements au (514) 387-2541 ou fnduwimana@cjf.qc.ca Contribution volontaire : 5 $ ReLatiONS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES Oui, je désire un abonnement de______________an(s), au montant de\t$ NOM_____________________________________________________________________________ ADRESSE_________________________________________________________________________ VILLE __________________________________________________________________________ ABONNEZ-VOUS.CODE POSTAL TÉLÉPHONE (___________) Un an : 30 $ Deux ans : 55 $ À l'étranger (un an) : 35 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) par téléphone : (514) 387-2541 par télécopieur : (514) 387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : Relations a/s Mme Hélène Desmarais 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 Je désire également envoyer un abonnement de__________________an(s), au montant de_____________$ à la personne suivante : NOM____________________________________________________________________________________________ ADRESSE________________________________________________________________________________________ VILLE _________________________________________________________________________________________ CODE POSTAL ______________________________ TÉLÉPHONE (________) _______________________________ Montant total :_______________$ Je paie par chèque (à l'ordre de Relations) EU Visa ?Mastercard Eli NUMÉRO DE LA CARTE ____________________________________________________________________________ EXPIRATION__________________________ SIGNATURE_________________________________________________ ' T* INTER PARES : 25 ANS D\u2019ACTION INTERNATIONALE « ENTRE ÉGAUX » Inter Pares, qui signifie « entre égaux », est une organisation canadienne de justice sociale fondée en 1975.Notre mission est de contribuer à la promotion de la transformation sociale ici et dans plus de 20 pays du monde.Nous travaillons avec des organismes d\u2019Afrique, d\u2019Asie, d\u2019Amérique latine, du Québec et du Canada pour contrer les causes et les effets de la pauvreté en appuyant les efforts de reconstruction des communautés et le développement de la cohésion sociale nécessaire à l\u2019existence de sociétés humaines et inclusives.« Entre égaux » décrit bien l\u2019approche féministe qui sous-tend notre méthodologie de travail et ce, tant dans nos relations avec nos homologues outre-mers que dans notre fonctionnement interne : le personnel forme une équipe de gestion participative fondée sur l\u2019égalité de salaire et de responsabilités et la prise de décision consensuelle.Comment procède Inter Pares ?Inter Pares participe à la conception et la mise en œuvre des programmes de plus de 55 organisations homologues par la mise en commun des problèmes, la discussion ouverte et critique des activités et la construction de liens entre organisations du Sud comme du Nord.Par exemple, au Mali, nous travaillons avec ACORD, une coalition internationale d\u2019ONG œuvrant en Afrique, qui appuie les coopératives locales, associations de femmes, organismes de crédit et associations communautaires dans leurs efforts pour établir un développement durable au service des citoyens, tout en encourageant la responsabilisation des différents paliers de gouvernements.Auparavant exclus de la gestion et du processus décisionnel, ces groupes et personnes prennent maintenant part à la planification régionale pour le développement et même les fonctionnaires de la vallée du Niger améliorent leur capacité de gestion et de planification afin de tenir compte des besoins définis par la population et apporter des solutions pacifiques aux problèmes de la région.Inter Pares appuie de façon similaire des organismes en Amérique latine et en Asie qui prônent une citoyenneté active, des politiques socio-économiques démocratiques, la transformation pacifique des communautés et l\u2019adoption de moyens de subsistance durables, afin de créer un monde plus juste.Nous tirons les leçons de ces expériences afin de les partager au Québec et au Canada.Au niveau domestique, notre travail se partage entre la sensibilisation du public, la collaboration avec des organisations et aussi la participation à des coalitions de syndicats, d\u2019églises, de groupes de solidarité et d\u2019organismes non-gouvernementaux.Ces alliances nous permettent d\u2019appuyer conjointement des programmes dans le Sud mais aussi d\u2019influencer les politiques canadiennes et québécoises.Inter Pares nous offre une façon différente d'exprimer notre solidarité avec les peuples du Tiers monde.Je crois que l'approche d'inter Pares est efficace parce que les idées et les efforts viennent des gens eux-mêmes.En ce vingt-cinquième anniversaire, j'espère que, tout comme moi, vous choisirez d'appuyer le travail d\u2019inter Pares et de ses partenaires afin de participer à la création de meilleurs lendemains pour nous tous.Merci! Jacques Languirand Comment pouvez-vous appuyez ces processus DE CHANGEMENT SOCIAL?Depuis 25 ans, Inter Pares s\u2019est constitué un noyau stable de donatrices et de donateurs engagés et solidaires que nous considérons comme partie prenante de ces processus.Par nos publications, nous les informons du travail qu\u2019ils et elles soutiennent et des changements qui s\u2019opèrent au sein des groupes et communautés appuyés.Chaque don envoyé à Inter Pares permet d\u2019assurer la continuité des actions en faveur de la promotion de la paix, de l\u2019équité et de la justice sociale.Joignez-vous à nous dans ce projet.Faites parvenir vos dons dès maintenant en utilisant le coupon et l\u2019enveloppe inclus dans cette revue.Pour toute information ou pour recevoir notre Rapport annuel, veuillez nous écrire Inter Pares, 58 rue Arthur, Ottawa (Ontario) Canada KIR 7B9 Tél : (613) 563-4801 Téléc : (613) 594-4704 25 ANS ENTRE ÉGAUX INTER PARES - 1975-2000 "]
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