Relations, 1 juillet 2001, Juillet - Août
[" 770034 ReLatiONS société politique religion NuméRO 670 août 2001 Nos amies, les bêtes?Question animale,\tIII question politique\tIII Goq-à-l\u2019âne\tIII avec Charles\t1RS Les nouveaux\tI [ * Û loups-garous La tragédie oubliée des Kurdes ARTISTE INVITEE : ÉLIANE EXCOFFIER \t\tgj\t\t\tïTrjTTl I \t\tau\t\t\t 977003437800008 sommaiRe NuméRO 670, juiLLet-août 2001 4 actuaLités émeRgeNce 9 EN REVENANT DE QUÉBEC Guy Paiement 25 eN BRef DOSSieR ÎO NOS AMIES, LES BÊTES?Les animaux sont aujourd\u2019hui partout et nulle part à la fois.Ils sont souvent devenus de facto des membres de la famille, en même temps qu\u2019on les cache derrière les murs des abattoirs - sans parler du fait qu\u2019on les voit tous les jours dans notre assiette.Que nous dit sur nous-mêmes notre façon de penser et de vivre avec -ou dans l\u2019oubli - des animaux?Peut-être la fièvre aphteuse et la vache folle finiront-elles par nous convaincre que c\u2019est au fond une certaine idée de l\u2019être humain qui est folle.aiLLeuRS 2 6 LA TRAGÉDIE OUBLIÉE DES KURDES Isaac Isitan coNtRoveRse 28 STRATÉGIE NON VIOLENTE OU DIVERSITÉ DES TACTIQUES?Evelyne Pedneault et Michael Gagné 12 QUESTION ANIMALE, QUESTION POLITIQUE Entrevue avec Élisabeth de Fontenay Jean Pichette 16 COQ-À-L'ÂNE AVEC CHARLES Fernand Jutras 20 LES NOUVEAUX LOUPS-GAROUS Jean Pichette RegaRD 50 LA GRANDE PAIX DE MONTRÉAL : 300 ANS PLUS TARD Denys Delâge et Roméo Saganash pRisme 56 LA MORT DE MON PÈRE Wajdi Mouawad 38 muLtiméDias 40 LiVRes Photo des kurdes : Canapress/Allen McInnis ReLatiONS La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25.rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca DIRECTEUR Jean Bellefeuille RÉDACTEUR EN CHEF Jean Pichette RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Anne-Marie Aitken SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Jean-Claude Ravet DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert RÉVISION/CORRECTION Éric Massé IMPRESSION HLN, Sherbrooke ARTISTE INVITÉE Après avoir complété un baccalauréat combiné en histoire de l\u2019art et en arts plastiques à l\u2019Université de Montréal, Éliane Excoffler poursuit depuis quelques années un travail photographique déjà ponctué de trois expositions individuelles et de nombreuses expositions collectives.Deux ans après Rituels, présentée en 1997, Petit lexique de beauté prolongeait ainsi, à travers une pratique minutieuse des surimpressions et des bougés, une réflexion sur le corps de la femme et sur la peur de vieillir.Ce travail lui a valu une mention spéciale du jury pour le prix Contact des artistes de la relève, dans le cadre du Mois de la photo, en 1999.L\u2019œuvre d\u2019Éliane Excoffier comprend notamment plusieurs photographies d\u2019animaux, qui devraient un jour faire l\u2019objet d\u2019une exposition.COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Michel Beaudin, Guy Dufresne, Élisabeth Garant.Joseph Giguère, Vincent Greason, Fernand Jutras, Nicole Laurin, Françoise Nduwimana, Guy Paiement, Carolyn Sharp, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec.ABONNEMENTS Hélène Desmarais 8 numéros (un an) : 30 $ (taxes incluses) Deux ans : 55 $ (taxes incluses) À l'étranger : 35 $ Étudiants : 25 $ TPS: R119003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP).pour nos dépenses d'envoi postal.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 (J) ReLatiONS juiltet-aout 2001 eDitoRiaL Un cercle d'initiés?Nos élus fédéraux savent parfois agir rapidement.Le mois dernier, ils ont adopté à toute vapeur une loi prévoyant une augmentation de salaire de 20 % pour les députés et les sénateurs, cette hausse atteignant 40 % dans le cas du Premier ministre.Cela se passait moins de deux semaines après qu\u2019une commission « indépendante » - dirigée par un ancien ministre libéral - ait déposé des recommandations en ce sens.Avant la relâche parlementaire d\u2019été, les élus ont donc prouvé qu\u2019ils pouvaient être efficaces.Bien sûr.nos élus travaillent fort et leurs salaires étaient gelés depuis sept ans.Méritent-ils pour autant de recevoir désormais 131 500 $ par année?Ce n\u2019est pas la meilleure façon d\u2019abor- \u2022 Vil , ________________________________________________________________________ Éliane Excoffier, Petit lexique de beauté, n° 18, 1999 der la question.Il y a en effet toute une rhétorique autour de cette affaire qui témoigne d\u2019un problème beaucoup plus grave.Le Parlement est vu comme un conseil d\u2019administration devant gérer les affaires d\u2019un État réduit au statut d\u2019entreprise vendant des services, qu\u2019il doit bien sûr offrir au meilleur coût s\u2019il ne veut pas perdre ses « clients ».D\u2019où la nécessité, entend-on régulièrement, d\u2019offrir aux élus des salaires suffisamment élevés pour attirer les personnes les plus « compétentes » : des gens qui s\u2019y connaissent en gestion, qui savent équilibrer un budget, quitte à devoir « rationaliser » les opérations.La démocratie trouverait-elle son sens dans la possibilité - le privilège! -d\u2019élire les gens les plus compétents?On ne demande pas aux gestionnaires d\u2019avoir une vision du monde : il suffit qu\u2019ils règlent des problèmes.L\u2019espace politique apparaît dans cette optique comme un lieu « neutre », se prétendant à l\u2019abri des idéologies.On y cherche des réponses pragmatiques à des questions semblant toujours à l\u2019abri du miroir déformant des valeurs ou des idéaux qui pourraient justifier une intervention dans l\u2019espace public.On devine évidemment quelles « élites » d\u2019aucuns rêvent alors de voir occuper les sièges du Parlement.Des gens d\u2019affaires, qui pourraient montrer au bon peuple que la société n\u2019est au fond pas différente d\u2019une « société commerciale ».C\u2019est du reste ce que bon nombre de nos élus s\u2019évertuent déjà à faire comprendre à leurs commettants, citoyens réduits en « clients » à qui il s\u2019agirait de vendre des solutions, comme d\u2019autres (peut-être eux-mêmes dans une « vie antérieure ») vendent des automobiles ou des « produits financiers ».Mais si tout est affaire de gestion, n\u2019est-il pas périlleux de remettre la sélection de ces « bons gestionnaires » entre les mains « incompétentes » des électeurs?Ceux qui aiment clamer la fin des idéologies devraient aller au bout de leur raisonnement : ils pourraient proposer que l\u2019embauche des gens appelés à « gérer » la société se fasse par examens plutôt que par élections, ce qui permettrait d\u2019éviter tout biais idéologique.Les gens pourraient ainsi vaquer à leurs occupations quotidiennes en ayant l\u2019esprit en paix : ils sauraient que des gens « compétents » - et payés en conséquence - s\u2019occupent d\u2019administrer le bien commun, si une telle expression devait encore avoir du sens.La démocratie, déjà confondue avec l\u2019idée de marché, pourrait ainsi se libérer complètement de la tutelle du politique.On sait pourtant ce que signifie une « bonne gestion » pour nos élites économiques : des réductions des coûts de main-d\u2019œuvre et des politiques sociales, afin d\u2019assurer une meilleure compétitivité et de plus grands bénéfices pour les entreprises.et ceux qui les dirigent! Bel exemple pour le gouvernement, qui décide d\u2019augmenter le salaire des élus au moment où il accumule d\u2019immenses surplus, après avoir notamment sabré dans l\u2019assurance-emploi et dans les transferts aux provinces pour un système de santé qui prend l\u2019eau de partout.Augmenter les émoluments des élus est une chose.Souhaitons toutefois que cela n\u2019attire pas davantage de représentants de nos « élites économiques ».Leur esprit plane déjà suffisamment dans nos enceintes parlementaires.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi ils ne lorgnent pas davantage de sièges de députés : ils ont déjà une énorme influence et ils n\u2019ont pas besoin de salaires de députés.Une enquête interne de l\u2019Agence des douanes et du revenu du Canada révélait récemment que « près des deux tiers de toutes les entreprises canadiennes ayant déclaré des revenus annuels de moins de 15 millions n\u2019ont pas versé un sou d\u2019impôt fédéral entre 1995 et 1998 [.] Cela équivaut à 716 000 entreprises pendant une année donnée » (La Presse, 22 mai 2001).Si nos élus faisaient payer leur juste part d\u2019impôts aux entreprises, ils ne seraient peut-être pas les seuls à pouvoir profiter d\u2019une hausse de revenus.Jean Pichette juillet-août 2001 ReLatiONS 3 actuaLites Pas de soleil pour les immigrants Trois mois sans carte d'assurance-maladie pour les nouveaux arrivants au Québec Élisabeth Garant Au moment où André Boulerice, secrétaire d\u2019État à l\u2019accueil et à l\u2019intégration des immigrants, annonçait que le Québec avait l\u2019intention d\u2019instaurer une cérémonie d\u2019accueil pour « marquer l\u2019arrivée des nouveaux arrivants sur le sol québécois », le conseil des ministres adoptait un nouveau règlement de la Régie de l\u2019assurance-maladie du Québec (RAMQ) imposant, dès le 31 mai 2001, un délai de trois mois avant que ces mêmes arrivants puissent bénéficier de la carte soleil.Triste ironie du sort! Après tout, sans nier la valeur des gestes symboliques, le meilleur accueil qu\u2019un pays puisse offrir aux nouveaux immigrants ne réside-t-il pas d\u2019abord dans la qualité de vie des personnes, laquelle comprend l\u2019accès aux services de santé?NOUVEAUX IMMIGRANTS HÔPITAL Cette nouvelle mesure remet en question l\u2019universalité des soins accordés à l\u2019ensemble de la société québécoise -dont les nouveaux arrivants font partie.Brèche inquiétante qui pourrait atteindre les droits d\u2019autres groupes et même s\u2019étendre à des acquis sociaux qui ne sont pas encore menacés.Par ailleurs, le délai de trois mois vient rendre encore plus complexes les rapports des nou- veaux arrivants avec les institutions de santé.Aux obstacles linguistiques et culturels vont s\u2019ajouter les démarches administratives, dans un univers où les ressources humaines sont déjà limitées.Les expériences vécues par les revendicateurs du statut de réfugié avec le Fonds de santé intérimaire du gouvernement fédéral laissent entrevoir les difficultés auxquelles devront désormais faire face les individus, les institutions de santé et les services sociaux.À la suite des nombreuses objections qui ont été soulevées, le gouvernement a dû réviser son règlement afin d\u2019éviter certaines conséquences dramatiques.Les réfugiés selon la Convention de Genève, les travailleurs saisonniers, les bénéficiaires de l\u2019aide sociale, les femmes enceintes sélectionnées avant le 31 mai 2001 et arrivant au Québec avant le 31 mars 2002, et les mineurs sélectionnés dans le cadre de la réunification familiale ne sont finalement pas touchés par la nouvelle mesure.Certains programmes parallèles doivent être mis en place pour répondre aux cas de violence conjugale, aux grossesses survenant après le 31 mars 2002 ainsi qu\u2019à la vaccination des enfants.Le Québec doit enfin respecter des ententes de sécurité sociale établies avec certains pays européens accordant une couverture médicale à leurs ressortissants.Le délai de trois mois concerne donc surtout des personnes du tiers monde voulant émigrer au Canada.Le lucratif marché des assurances privées saura certainement élaborer des produits pour ces citoyens potentiels du Québec.On soupçonne les coûts et les conséquences que les moins fortunés auront à assumer.La volonté du Québec d\u2019ajuster ses programmes à ceux déjà en vigueur dans d\u2019autres provinces, principalement l\u2019Ontario et le Nouveau-Brunswick, est le principal argument utilisé par le gouvernement et la RAMQ pour justifier cette mesure.Elle aurait pour effet d\u2019empêcher le départ vers les provinces limitrophes de ceux et celles qui bénéficient des soins de santé offerts au Québec dès leur arrivée au pays.Bernard Landry indiquait qu\u2019il s\u2019agissait de « réprimer la magouille », de contrer « des gens indélicats utilisant notre système de santé sans droit ».La RAMQ estimait à 1,3 millions en 1997 et à 2 millions de dollars en 1998, les dépenses médicales occasionnées par des immigrants de passage « utilisant le Québec comme porte d\u2019entrée universelle».Mais aucune preuve de ces allégations de fraude n\u2019a pu être rendue publique, malgré plusieurs interventions demandant de clarifier les bases justifiant le nouveau règlement.11 est donc inquiétant de voir notre Premier ministre prendre position publiquement et laisser planer des soupçons sur les immigrants en qualifiant les gestes posés de « magouille ».Cette intervention inadéquate et malheureuse vient confirmer une certaine opinion publique dans ses préjugés face à l\u2019immigration.Quant aux migrations entre provinces du Canada, elles existent depuis très longtemps, bien avant la mise en place de la disparité des régimes d\u2019assurance-maladie.Elles sont dues à de multiples facteurs : disponibilité du travail, attrait de l\u2019anglais, etc.Puisque le Québec veut augmenter son taux d\u2019immigration durant les prochaines années, il serait plus intéressant de miser sur l\u2019offre d\u2019une qualité de vie compensant les coûts d\u2019admission au pays qui sont plus élevés au Québec que dans d\u2019autres provinces.Le silence du MRCI, de qui relève l\u2019accueil et l\u2019intégration des personnes nouvellement arrivées ainsi que l\u2019application de la Charte des droits et libertés, et le refus du secrétaire d\u2019État de s\u2019impliquer activement face à cette nouvelle réglementation sont particulièrement éloquents.\u2022 G) ReLatiONS juillet-août 2001 Un embryon de loi pour l'industrie du vivant L'avant-projet de loi fédéral sur les technologies de reproduction est trop timide pour contrer les dérives actuelles Louise Vandelac Deux semaines après avoir déposé un avant-projet de loi sur les technologies de reproduction, en mai dernier, le ministre fédéral de la Santé, Allan Rock, proposait la rédaction d'une convention internationale sur les technologies de reproduction, à l\u2019occasion de la réunion annuelle de direction de l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS).Le Devoir pouvait ainsi titrer : « Le Canada se pose en leader anticlonage ».Après les 28 millions dépensés pour les consultations de la commission Baird et un projet de loi mort au feuilleton en 1996, on peut certes saluer cette initiative politique tardive - d\u2019un des pays les plus laxistes en la matière - visant à freiner les dérives par des lois nationales et des conventions internationales.L\u2019examen des textes de l\u2019avant-projet de loi canadien révèle toutefois une déconcertante absence de perspectives et des préoccupations centrées davantage sur l\u2019image que sur le fond, sur l\u2019accessoire plutôt que sur l\u2019essentiel.Ainsi, l\u2019interdiction - certes bienvenue - de cloner des êtres humains et de créer des embryons pour la recherche n\u2019entrave ni la recherche sur les em- bryons dits « surnuméraires », pour production de lignées cellulaires, ni les brevets sur le vivant humain, véritables enjeux commerciaux.De même, si on peut se réjouir de la remise en question du commerce marchand des gamètes et des grossesses, leur commerce institutionnel ne blanchit pas pour autant le sens, la portée et les impacts sociaux de ces pratiques.Ce projet de loi, réaction tardive et partielle évitant de froisser les véritables intérêts économiques en jeu, se contente d\u2019encadrer en aval certains effets pervers de la production technicisée de vivant qui réduit des êtres, aussi embryonnaires soient-ils, à de simples objets, instruments et marchandises.Il doit faire plus et intervenir également en amont pour protéger les conditions environnementales, socio-économiques et culturelles de l\u2019engendrement.À titre d\u2019exemple, on ne peut ignorer les impacts des polluants persistants et leurs effets sur le déclin du nombre de spermatozoïdes (1 % à 3 % par année en Amérique du Nord et en Europe, malgré d\u2019importantes variations régionales) : si la tendance se maintient, cela risque de conduire, d\u2019ici 30 ans, au seuil de fertilité naturelle, accélérant alors de façon phénoménale la technicisation de la reproduction et ses innombrables dérives.Autrement dit, ce ne sont pas seulement les dérives annoncées et les faits accomplis imposés depuis 20 ans qui méritent désormais l\u2019attention, ni seulement les nouveaux développements scientifiques théoriquement balisés, mais surtout possiblement avalisés par cette loi révisée aux cinq ans.En fait, la actuaLités © hauteur béante des problèmes soulevés l'auteure est exige de changer de cap : il faut sortir de professeure au la conception productivité et techni- département cienne du vivant pour penser ces ques-\tde sociologie tions dans le cadre d\u2019une écologie de l\u2019en-\tet à l'Institut gendrement centrée sur une approche des sciences de écosystémique de la santé reproductive l'environnement visant à préserver les fragiles équilibres de l'uqam environnementaux, psychiques et sociaux permettant aux êtres de naître à eux-mêmes et au monde - condition sine qua non d\u2019un développement viable.Outre les outils législatifs et réglementaires essentiels, il faut donc mettre en place des outils d\u2019analyse, de débat, d\u2019examen rigoureux, d\u2019évaluation d\u2019impacts et d\u2019encadrement en amont des technosciences du vivant.Centrés sur l\u2019humain, certes, mais en étroite relation avec l\u2019animal et le végétal, comme l\u2019exigent déjà la transgénèse, les xénogreffes et le clonage de chimères, ces dispositifs permettraient enfin d\u2019amorcer l\u2019indispensable démocratisation des rapports entre sciences et société sur ces brûlants enjeux éthiques.Mériterait ainsi d\u2019être développée une approche écosystémique de l\u2019engendrement centrée sur la protection des conditions de fécondité, avec audiences publiques et évaluation d\u2019impacts des nouvelles pratiques qui risquent de modifier les paramètres de l\u2019engendrement et de réifier l\u2019humain et sa descendance, le tout doublé de suivis rigoureux et indépendants des pratiques et de leurs effets biomédicaux et socioculturels.juillet-août 2001 ReLatioNS actuaLites Éliane Excoffier, Frétillement, 2001 Déjà, tout projet significatif de modification des écosystèmes, de construction de barrage ou d\u2019aménagement d'une marina est soumis à des études d\u2019impact et à des audiences publiques préalables, pour préserver, entre autres, les fragiles équilibres de reproduction des poissons (ou du moins de l\u2019industrie de la pêche).Ne serait-il pas logique d\u2019accorder au moins autant d\u2019attention aux générations qui nous suivent qu\u2019à celle des saumons?Il a fallu la pollution et la dégradation de l\u2019environnement pour penser enfin à la préservation des écosystèmes.La modification radicale des paramètres biologiques et socioculturels de l\u2019engendrement, depuis au moins 20 ans, n\u2019exige-t-elle pas également d\u2019assurer la pérennité des écosystèmes sociaux et psychiques de l\u2019engendrement?Cela permettrait en outre de contrer les effets d\u2019illusion des dispositifs éthiques qui, impuissants, depuis 20 ans, à infléchir la trajectoire des technologies de reproduction et de leurs dérivés, se sont contentés d\u2019accompagner et d\u2019accommoder l\u2019impensable, en des termes sinon convenables, du moins convenus, sans toutefois en penser la genèse et le sens, ni baliser les effets majeurs de ces mutations de la société et de l\u2019espèce.L\u2019actuelle emprise technologique sur le vivant soulève la question de savoir si nous pouvons penser globalement ces mutations de l\u2019être et de la société autrement qu\u2019en acquiesçant benoîtement à l\u2019emprise technoscientifique.En ce sens, il est impératif que le droit, notamment, échappe au prisme de conceptions techniciennes et « managériales » réduites à spéculer sur les modalités de mise en marché de l\u2019être et de son corps.Comme le souligne la juriste française Catherine Labrusse-Riou.« le droit est instance de jugement, et non simple alignement sur les faits ni mode d\u2019enregistrement des demandes sociales ou scientifiques ».L\u2019avant-projet de loi du gouvernement canadien, beaucoup trop timoré, ne peut, dans sa facture actuelle, opposer une résistance réelle à l\u2019effritement symbolique, à la déperdition de sens, voire à la complète désacralisation de l\u2019être humain que nourrit cette industrie des technologies de reproduction dont l\u2019objet fétiche, l\u2019embryon, dérive désormais vers l\u2019industrie du vivant.\u2022 «ÜÜÉ ¦Bill iillS © ReLatiONS juillet-août 2001 actuaLites Montréal : L'élection municipale de quels enjeux?Un nouveau jeu de rapports politiques est à prévoir avec la création des conseils d'arrondissement Guy Dufresne Les citoyens de Montréal se rendront aux urnes le 4 novembre prochain.Les contraintes liées à cette élection, c\u2019est-à-dire une organisation nouvelle du territoire et un calendrier serré, font en sorte qu\u2019il y a tout à la fois peu et beaucoup d\u2019enjeux dans cet exercice démocratique.En effet, il est possible de considérer la première élection municipale de la nouvelle ville de Montréal comme étant déjà gagnée par Pierre Bourque, en campagne électorale continue depuis un an.Toutefois, de nouveaux enjeux démocratiques apparaissent dans cette élection.Ils tiennent à la structure politique en voie d\u2019être mise en place à l\u2019échelle des arrondissements.Cet élément vient modifier de manière profonde le jeu politique des élus municipaux, des administrations et des citoyens.Avec la nouvelle ville de Montréal, le jeu électoral ne se limite pas à une course à la mairie.À moins d\u2019un revirement soudain, le premier maire de la nouvelle ville de Montréal devrait être Pierre Bourque.Son organisation partisane quadrille déjà la ville actuelle, qui compte plus d\u2019un million d\u2019habitants sur une population qui atteindra 1,8 million après le regroupement de Hie.Non seulement son parti est-il majoritaire au conseil municipal actuel de Montréal, mais il profite également de la désorganisation des forces de l\u2019opposition.De plus, les contraintes liées au calendrier électoral font ressortir l\u2019inégalité des forces partisanes engagées.Dans le contexte actuel, qui pourrait constituer une opposition sérieuse et provoquer une véritable course à la mairie?Pour l\u2019instant, seul Gérald Tremblay-appuyé par un regroupement des forces de la banlieue de l\u2019île - est officiellement en lice contre Pierre Bourque.Le regroupement de la banlieue autour de Gérald Tremblay ne saurait suffire pour en faire une menace.La désorganisation des partis municipaux de Montréal, particulièrement celle du Rassemblement des citoyens de Montréal (RGM) ainsi que l\u2019improvisation partisane issue des maires de la banlieue, ne menacent pas sérieusement Pierre Bourque.Il sera maire de Montréal, mais ce sera pour découvrir un nouveau jeu politique avec des forces qui ne seront pas nécessairement présentes au conseil de ville et qui seront démocratiquement légitimes et responsables.Dans cette dynamique politique municipale, la ville sera davantage soumise à la pression politique des citoyens.Le maire aura donc à jouer un rôle véritablement politique.En fait, de nouveaux acteurs ou de nouvelles manières de faire la politique municipale pourront sans doute émerger dans l\u2019assemblage inédit de fonctions administratives et politiques qui se met en place.Traditionnellement, c\u2019est autour du maire et du conseil de ville que gravitait la vie politique municipale.Avec la création des arrondissements, une dynamique plus ouverte peut voir le jour et contribuer à une gestion plus transparente et démocratique de la vie de la cité.Cette nouvelle dynamique tient en grande partie à deux dimensions des arrondissements.La première est celle du caractère politique des conseils d\u2019arrondissement, puisque ceux-ci seront composés d\u2019élus.La seconde dimension est de type administratif, puisque les conseils d\u2019ar- rondissement auront des responsabilités en matière de services locaux.Soulignons que l\u2019existence des arrondissements n\u2019est pas soumise à la seule volonté du maire et de son conseil de ville, contrairement à ce que demandait Pierre Bourque lors de son passage en commission parlementaire sur la loi 170.Les pouvoirs et l\u2019existence des conseils d\u2019arrondissement sont garantis par la loi.L\u2019idée générale de la réorganisation municipale de Montréal tient à une forme simple qui permet de distinguer les actions de planification qui seront attribuées à l\u2019exécutif de la ville de celles de l\u2019offre et de la prestation de services qui relèveront des conseils d\u2019arrondissement.Si cette distinction est aisée en théorie, dans la réalité elle s\u2019opère à travers l\u2019échange et l\u2019arbitrage politique.Le jeu des rapports politiques qui risque de s\u2019établir entre les arrondissements, ceux dominés par le parti du maire et ceux qui le seront par des opposants, les liens nécessaires entre le pouvoir central de la ville et celui des arrondissements, seront certainement d\u2019une autre nature que le centralisme des dernières années.L\u2019organisation des 27 arrondissements de Montréal vient modifier en profondeur le jeu des rapports politiques au plan municipal.Composés d\u2019élus municipaux, les conseils d\u2019arrondissement contribueront à un nouvel arrangement des liens politiques à l\u2019intérieur de la ville.Dans le contexte actuel de la politique municipale montréalaise, il est fort possible qu\u2019une avancée démocratique émerge précisément de la dynamique politique des échanges qui se joueront entre les conseils d\u2019arrondissement et la mairie de la ville.Les forces d\u2019opposition, qui rendent possible le débat public, seront peut-être minoritaires ou absentes au conseil de ville, mais majoritaires dans certains conseils d\u2019arrondissement à partir desquels elles pourront et devront interpeller le pouvoir central de la ville et de son maire.\u2022 7z) juillet-août 2001 ReLatiONS actuaLites Une visite historique Pour la première fois dans l'histoire du christianisme, un pape est accueilli dans une mosquée! Gregory Baum Le 6 mai dernier, à Damas, Jean-Paul Il s\u2019est déchaussé avant d\u2019entrer dans la mosquée des Omey-yades et de rencontrer le grand mufti Ahmad Kaftaro ainsi que les autres responsables de la communauté musulmane.Événement sans précédent dans l\u2019histoire de l\u2019Église et de la papauté! Il y a quelques années, le pape s\u2019était rendu dans une synagogue à Rome; l\u2019an dernier, à Jérusalem, il a manifesté sa solidarité avec la communauté juive; il vient maintenant de poser un geste envers les musulmans.I 1 J \\t
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