Relations, 1 janvier 2002, Janvier - Février
[" cmvui ue rubie-puuncdiiun \u2014 cnreyisiremem no uy ~\t* ' i i i \u2022 nn'iiii ¦ - sacres de Sabra et Chatila, a pu lancer les forces armées israéliennes dans une offensive contre l\u2019Autorité palestinienne, qu\u2019il accuse de ne rien faire contre les Palestiniens commettant d\u2019ignobles actions terroristes.On accuse ainsi Yasser Arafat de complaisance à l\u2019égard des ter- roristes palestiniens tout en s\u2019acharnant à détruire la capacité de l\u2019Autorité palestinienne à lutter contre le terrorisme.Une capacité d\u2019autant plus faible qu\u2019en refusant de fait le dialogue politique avec les Palestiniens, l\u2019État israélien s\u2019enferme dans une logique de puissance où la seule langue commune aux deux parties en présence devient celle de la force brute, avec son cortège de massacres et de morts innocents - et avec, évidemment, un déséquilibre des forces parfaitement lisible dans le bilan des morts, beaucoup plus important du côté des Palestiniens.Toujours soutenu par son fidèle allié américain, qui se présente néanmoins comme « médiateur » dans ce conflit, Israël continue d\u2019ignorer superbement les résolutions de l\u2019ONU l\u2019enjoignant de se retirer des territoires quelle occupe depuis 1967.Non seulement elle refuse de se plier aux demandes de l\u2019ONU, mais elle poursuit la colonisation des territoires palestiniens, demeurant sourde aux innombrables condamnations des différentes capitales du monde - refusant ainsi de reconnaître le droit international.C\u2019est pourtant au nom de la défense de la démocratie et de la primauté du droit qu\u2019on prétend aujourd\u2019hui combattre le terrorisme.Et c\u2019est au nom des mêmes idéaux que le gouvernement canadien, comme tant d\u2019autres, adopte des lois anti-terroristes faisant fi de certains droits élémentaires.La situation au Proche-Orient révèle, en la grossissant à la loupe, la dynamique explosive dans laquelle se retrouve le monde quand il abandonne l\u2019idéal de paix à un commun assujettissement à une puissance économique, militaire et technique régnant pratiquement sans partage.La paxamericana, puisque c\u2019est bien de cela dont il est ici question, nous est le plus souvent présentée comme l\u2019extension à l\u2019échelle du globe de la démocratie et du respect des droits.Mais comment parler de démocratie quand l\u2019ONU est transformée en simple béni-oui-oui des volontés américaines, comme si ce qui est bon pour l\u2019Amérique était nécessairement bon pour tout le monde?Le fait qu\u2019un forum à l\u2019intérieur duquel se déroulent des débats politiques se trouve incapable de traduire dans les faits les décisions qui y sont prises contribue à ériger un mur entre les mots et les actes, comme si les uns et les autres pouvaient demeurer totalement étrangers entre eux.Faut-il rappeler que le terrorisme trouve là son humus, lui qui déferle précisément là où la parole s\u2019absente, laissant parler les faits, qui sculptent à leur façon un silence en train d\u2019envelopper la planète?Ce numéro spécial de Relations, dans ses multiples facettes, témoigne à sa façon de ce péril qui menace aujourd\u2019hui le monde : l\u2019enfermement dans une logique de puissance où la parole, au mieux, ne servirait plus qu\u2019à voiler les intérêts en présence, ou, au pire, disparaîtrait complètement, devenant le vestige d\u2019une époque où les questions de sens - et les mots qui les portent - façonnaient le monde en lui ouvrant l\u2019horizon.Nous n\u2019en sommes pas encore là, certes.Mais l\u2019inféodation du politique aux contraintes policières et militaires -au nom de la sécurité - menace de miner plus avant un espace public que la logique marchande a déjà largement réduit à un simple espace publicitaire.C\u2019est pourquoi le sort réservé aux Palestiniens prend valeur de test et nous concerne tous.Y a-t-il de la place, dans un monde « mondialisé », pour le politique?Peut-on sans cesse se soustraire, en toute impunité, à la volonté de la communauté internationale?Il ne s\u2019agit nullement ici de remettre en question l\u2019existence de l\u2019État d\u2019Israël, qui est là pour rester.Mais il faudra bien un jour que celui-ci reconnaisse, comme le font d\u2019ailleurs de nombreux israéliens, que les Palestiniens ont aussi droit à un État.Et que l\u2019actuelle logique de terreur dans laquelle il s\u2019enfonce constitue une voie sans issue.Jean Pichette janvier-février 2002 ReLatiONS actuaLites Quelques leçons d'un départ annoncé La saga des Expos montre que nationalisme et affaires font bien mauvais ménage Dominique Boisvert J \u2019étais trois fois propriétaire des Expos : comme citoyen de la Ville de Montréal, comme membre des Caisses Desjardins et comme actionnaire du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec, trois des copropriétaires québécois de « nos Zamours ».Grand amateur de baseball, j\u2019ai vu des tas de matches, au parc Jarry comme au Stade olympique.J\u2019ai souhaité activement leur survie à Montréal.Et pourtant, je les regarde maintenant partir sans le moindre regret.Ou plutôt, avec le seul regret de « nous » être fait rouler par un aventurier américain! Pourquoi?Engouements et désintérêts sont des réalités fragiles.Et à notre époque de super marketing, ce sont des réalités largement fabriquées.Le sport professionnel en est un exemple type : l\u2019identification à une équipe repose de moins en moins sur la qualité du jeu lui-même, ou sur la stabilité d\u2019un noyau d\u2019athlètes, ou même sur une longue tradition gagnante.Ce qui compte, de plus en plus, c\u2019est la mise en marché du produit, sa publicité à coup de nombreuses pages sportives, depuis le camp d\u2019entraînement jusqu\u2019aux éventuelles « séries éliminatoires ».Et dans cette fabrication de la passion, la logique a moins de place que le conditionnement : le stade magnifique qui accueillait annuellement deux millions et demi d\u2019amateurs au début des années 80 était devenu, après plusieurs millions de dollars d\u2019améliorations, un stade pourri, aux foules confidentielles, à la fin des années 90! Pendant des années, la propriété collective québécoise des Expos a réussi à maintenir un intérêt important pour le baseball malgré l\u2019origine étrangère du sport et de la plupart des joueurs, les « ventes de feu » de nombreuses vedettes et l\u2019incapacité de gagner des championnats.Un peu comme les Gaulois d\u2019Astérix, les Expos parvenaient, avec des budgets minuscules et de jeunes joueurs peu connus mais talentueux, à tenir tête à beaucoup plus riches et puissants qu\u2019eux.Il y avait sans doute là un peu de la fierté de David au pays des Goliath.Mais quand la logique marchande s\u2019est définitivement emparée du club, quand il a fallu construire un nouveau stade au centre-ville, comme on fait aux USA, et chercher de nouveaux investisseurs américains (qui allaient rapidement devenir les véritables propriétaires), l\u2019identification au caractère distinct des Expos s\u2019est rapidement effritée.Pire, on s\u2019est même mis à détester, à travers Jeffrey Loria, tout ce que les Américains peuvent symboliser de suffisance, d\u2019arrogance et de recherche individualiste du profit.Et dire qu\u2019on s\u2019était laissé impressionner par le fait que le marchand d\u2019art parlait français! S\u2019il y a une leçon à tirer de cette interminable saga, c\u2019est que nationalisme et affaires font bien mauvais ménage.Quand Marcel Aubut a vendu les Nordiques, plusieurs lui ont reproché d\u2019avoir préféré son profit personnel immédiat à la survie problématique d\u2019une équipe de hockey professionnel au Québec.Rétrospectivement, nos propriétaires québécois des Expos auraient mieux fait de Limiter et de vendre carrément l\u2019équipe à © ReLatiONS janvier-février 2002 actuaLités des intérêts américains il y a deux ans, plutôt que d\u2019être graduellement et honteusement dépouillés de leur chemise par leur nouveau partenaire américain.11 n'y a pas de mal à vouloir préserver des acquis ou des symboles collectifs, même en matière de sport professionnel : mais il faut être prêts à en payer le prix.Si nous voulons conserver des équipes dans des ligues professionnelles américaines, il nous faut absolument être prêts à fonctionner différemment, ne serait-ce qu\u2019en raison du bassin de population, de la valeur de la monnaie canadienne, de la culture francophone, etc.Et tenir tête ainsi aux Américains ne pourra se faire que d\u2019une manière collective.C\u2019est pourquoi la survie des Expos à Montréal aurait été davantage possible si les propriétaires québécois avaient choisi d\u2019y associer directement les amateurs et la population, en en faisant une propriété collective, plutôt que d\u2019aller chercher des renforts auprès d\u2019investisseurs privés étrangers.Dans le meilleur des cas, l\u2019équipe continuait de se développer à Montréal.Et dans le pire des scénarios, tous les investisseurs québécois, individuels et collectifs, tiraient eux-mêmes profit de la vente ou de la fermeture de la concession! Que risque-t-on de perdre avec les Expos?Certes pas le baseball ni la pratique sportive, que plus de 30 années d\u2019Expos n\u2019ont pas sérieusement développés.Nous perdrons l\u2019un des innombrables spectacles disponibles en ville, une industrie peu génératrice d\u2019emplois, surtout saisonniers, une vitrine touristique nord-américaine et un symbole sportif auquel Montréal pouvait s\u2019identifier.Mais il nous reste le Canadien au hockey.Et peut-être mieux encore les Alouettes, au football, qui ont réussi depuis cinq ans tout ce que les Expos ont gâché : l\u2019intégration du sport professionnel dans la communauté.\u2022 Péril en la demeure La démocratie fera-t-elle les frais de la lutte contre le terrorisme?Claude Rioux On nous a prévenus : la guerre au terrorisme sera longue et se mènera sur tous les fronts.Telle une arme biochimique, la politique de George W.Bush est extrêmement nocive pour la santé démocratique de son pays et celle du monde entier.Le président des États-Unis vient de créer des tribunaux militaires spéciaux pour juger, condamner et exécuter en secret les étrangers résidant dans le pays et soupçonnés d\u2019entretenir des liens avec l\u2019ennemi.Ces commissions militaires pourront opérer dans n\u2019importe quel pays.C\u2019est presque devenu un automatisme aux États-Unis.En effet, les commissions militaires ont été instituées pour la première fois durant la guerre de conquête contre le Mexique (1846-48), guerre au cours de laquelle le tristement célèbre général Winfield Scott a fait juger et exécuter des milliers de civils mexicains défendant leur territoire contre l\u2019invasion impérialiste.Conjuguée à la volonté du FBI d\u2019interroger plus de 5 000 personnes d\u2019origine arabe résidant aux États-Unis, cette politique réactivée par les soins de M.Bush évoque le sort réservé aux civils (citoyens ou non) d\u2019origine allemande et japonaise se trouvant sur le territoire étatsunien durant la Deuxième Guerre mondiale, lesquels ont été parqués par milliers dans des camps de concentration.Contrairement à ce qu\u2019on pourrait croire, cette façon de rendre « justice » est n\u2019importe quoi sauf négligente et téméraire.11 suffit, pour s\u2019en convaincre, de se placer dans la perspective de l\u2019accusateur.L\u2019avantage évident de ces tribunaux saute alors aux yeux : ils sont secrets et les preuves déposées par la poursuite sont protégées du sceau de la confidentialité.Tout indique, en effet, que parmi ceux qui seront accusés de collusion avec le terrorisme se trouvent de nombreux informateurs et collaborateurs des services secrets des États-Unis.Les commissions militaires spéciales pourront donc faire taire les curieux qui pourraient se demander, par exemple : quelle était la teneur des discussions tenues entre Oussama ben Laden et un agent de la CIA en juillet dernier, à l\u2019occasion d\u2019une rencontre dans un hôpital américain de Doubaï, aux Émirats arabes unis?Ou encore : quelle est la nature des liens qui unissent les familles Bush et ben Laden depuis plus de 20 ans?On sait que de tels rapprochements - imprudents, insolents, outranciers - pourraient être suggérés par des commentateurs naïfs de l\u2019actualité, surtout s\u2019ils savent que M.George Bush père était un magnat du pétrole texan et un ancien directeur de la CIA.Cette façon de mener la guerre contre le terrorisme devrait d\u2019autant plus nous inquiéter que le Canada s\u2019apprête lui aussi à renforcer son arsenal répressif avec les projets de loi C-36 et C-42.Définition d\u2019acte de terrorisme frisant la paranoïa, détentions préventives, liquidation du droit au silence, création de zones militaires, resserrement des mesures contre les réfugiés, désignés à la vindicte populaire comme autant de terroristes potentiels : désormais, toute personne pourra être emprisonnée 72 heures sans voir un juge, interrogée sans avoir droit au silence, suivie, policée, surveillée, fichée, observée, espionnée, filmée.Comme disait l\u2019autre, « pour un tel inventaire, il faudrait un Prévert ».Mais pourquoi, au juste, une loi antiterroriste?N\u2019existe-t-il pas déjà un code pénal?Détourner un avion sur la tour Ville-Marie, séquestrer une personne, faire exploser une bombe dans une L'auteur est AGENT DE RECHERCHE au Centre justice ET FOI janvier-février 2002 ReLatiONS (D L'auteur, professeur DE SOCIOLOGIE À l'UQAM, est DIRECTEUR DU GROUPE DE RECHERCHE SUR l'intégration CONTINENTALE Consensus contre la mondialisation néolibérale Les opposants au projet de ZLEA se mobilisent pour construire des Amériques solidaires Dorval Brunelle 0 uelque chose a changé sur la scène internationale avec les manifestations de rue survenues lors de la rencontre de l\u2019APEC, à Vancouver, en 1997; durant celle de l\u2019OMC, à Seattle, en décembre 1999; pendant le troisième Sommet des Amériques, à Québec, en avril 2001; puis la rencontre du G-8, à Gênes, en juillet 2001.Il n\u2019est plus une seule rencontre internationale, voire une rencontre multilatérale, qui ne soit occasion pour les opposants à la libéralisation extrême des marchés de manifester leur opposition aux négociations en cours.Mais ces oppositions de rue ne représentent qu\u2019un aspect, sans doute mineur, du phénomène de remise en question des paramètres du néolibéralisme et de la contestation de la libéralisation.Car toutes ces organisations qui s\u2019emploient à définir les paramètres d\u2019une mondialisation alternative représentent une autre dimension de l\u2019actuelle remise en cause de l\u2019ouverture sélective des marchés.Pour un nombre important d\u2019entre elles, la mondialisation n\u2019est pas venue se substituer aux dossiers et aux enjeux sur lesquels elles travaillaient antérieurement; elle est venue tout simplement s\u2019y ajouter.On pense ici au mouvement syndical, au mouvement des femmes, aux groupes environnementalistes, aux asso- ReLatiONS janvier-février 2002 actuaLités Lino, Guerre noire, 2001 pizzeria ne sont-ils pas déjà des actes criminels sanctionnés par la loi et passibles des peines les plus lourdes?Faut-il vraiment donner des pouvoirs renforcés aux forces policières?N\u2019ont-elles pas auparavant procédé en toute impunité à des arrestations abusives, à des écoutes électroniques généralisées, à une répression musclée de manifestations légales pacifiques et à plus de 3 000 arrestations de militantes et militants au cours des cinq dernières années?Les raisons profondes d\u2019un tel durcissement répressif résident évidemment ailleurs et visent au moins autant les supposés terroristes que les organisations antimondialisation.À cet égard, les dispositions visant à déclarer des zones de sécurité militaire (dans lesquelles les soldats pourront agir en toute impunité), si cela s\u2019avère nécessaire pour les « relations internationales », ne sont pas étrangères au fait que le Canada s\u2019apprête à être l\u2019hôte du sommet du G-8, à Kananaskis, au printemps prochain.\u2022 actuaLités dations étudiantes et aux groupes voués à la défense des droits humains qui ont été aux premières lignes de la mise sur pied de coalitions et autres réseaux d\u2019opposition à la libéralisation extrême ces dernières années.Le mouvement d'opposition au libre-échange dans les Amériques représente à cet égard un cas d\u2019espèce tout à fait intéressant.Né au Québec et au Canada dans la foulée des toutes premières négociations de libre-échange engagées entre le Canada et les États-Unis, en 1985, ce mouvement s\u2019est rapidement étendu aux États-Unis et au Mexique dans la foulée des négociations engagées à trois, à compter de l\u2019hiver 1991, qui ont conduit à la signature de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), en 1993.Il s\u2019est déployé ensuite vers le Sud, dans la foulée cette fois du premier Sommet des chefs d\u2019État et de gouvernement des Amériques, tenu à Miami en décembre 1994.On se souvient que c\u2019est à l\u2019occasion de ce Sommet qu\u2019a été dévoilé le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).En 1997, à Belo Horizonte, des coalitions du Sud et du Nord ont mis sur pied l\u2019Alliance sociale continentale (ASC), sous l\u2019égide de laquelle a été organisé le premier Sommet des peuples des Amériques, à Santiago, en avril 1998, tout juste avant le deuxième Sommet des Amériques.C\u2019est aussi sous l\u2019égide de l\u2019ASC qu\u2019a été organisé le deuxième Sommet des peuples des Amériques dans la ville de Québec, en avril 2001, sous la responsabilité conjointe du Réseau québécois sur l\u2019intégration continentale (RQIC) et de Common Frontiers, le réseau canadien.Depuis le deuxième Sommet des peuples, la lutte contre le projet de ZLEA s\u2019est considérablement amplifiée, comme peut en témoigner la convocation de la première Rencontre continentale de lutte contre la ZLEA, à La Havane, en novembre dernier.Cette rencontre visait, entre autres choses, à préparer le Forum social mondial II qui aura lieu, cette fois encore, à Porto Alegre, du 31 janvier au 5 février 2002.Le moment fort de cette rencontre de plus de 800 délégués venus de la quasi totalité des pays des Amériques a été l\u2019adoption d\u2019une déclaration et la mise au point d'un plan d\u2019action.La déclaration Consensus de La Havane prend le contre-pied du Consensus de Washington, qui représente une sorte de manifeste néolibéral auquel souscrivent la Maison-Blanche et les grandes organisations économiques internationales ayant leur siège social dans la capitale.La Déclaration définit clairement les enjeux : pour construire des Amériques solidaires, il faut mener le combat contre le projet de ZLEA.Le Plan d\u2019action prévoit le lancement d\u2019une campagne continentale d\u2019information et de formation sur le projet des Amériques, l\u2019élargissement des coalitions, de même que le resserrement des liens entre les réseaux et les mouvements opposés à la libéralisation extrême à travers les Amériques, l\u2019interpellation des parlementaires et la mobilisation des peuples.Dans ce contexte, deux évènements à venir revêtent une grande importance : la septième Rencontre des ministres du Commerce des Amériques à Quito, en Équateur, en novembre 2002 et, bien sûr, le quatrième Sommet des Amériques, à Buenos Aires, en 2003.11 s\u2019agit non de concentrer toutes les énergies sur l\u2019organisation de manifestations là-bas, mais bien de mobiliser partout dans les Amériques à ces occasions.Le RQIC est toujours très actif dans le dossier, mais il n\u2019est pas le seul, loin de là, puisque de nombreux autres groupes étaient à La Havane et que ceux qui n\u2019y étaient pas n\u2019ont pas fait relâche.C\u2019est dire que les coalitions et autres tables de convergence conservent encore et toujours leur raison d\u2019être.Site à consulter : alcaabajo.cu.\u2022 Le réaménagement du territoire rural La participation des citoyens est plus que jamais une condition nécessaire à la survie et à la consolidation du monde rural Guy Dufresne Au Québec, l\u2019organisation municipale connaît depuis longtemps l\u2019alternance de deux politiques, l\u2019une visant les pôles urbains et l\u2019autre l\u2019espace dit régional.Ainsi, si les années 1970 ont été celles des Communautés urbaines, les années 1980 furent celles des municipalités régionales de comté (MRC), alors que les années 1990 ont été marquées par la régionalisation administrative.Plus récemment, le gouvernement semble être revenu à des préoccupations plus locales en procédant à la réorganisation des pôles urbains (réfor- janvier-février 2002 ReLatiONS ( 7 mes Trudel et Harel).Déjà, le gouvernement est en train de mettre en oeuvre la réorganisation des 96 MRC.Quelles pistes d\u2019action sont privilégiées?Quels intérêts dominent?L\u2019objectif premier était de diminuer le nombre de municipalités de façon à consolider les pôles urbains et à accroître la capacité administrative de ceux-ci.Cette opération passait par des regroupements, des fusions municipales, dans les régions métropolitaines et par la suite dans les principales agglomérations de recensement.L\u2019organisation de ces nouvelles entités municipales, surtout issues de la loi 170, fut modifiée par l\u2019adoption, actuaütes en juin 2001, de la loi 29.Ces nouvelles municipalités sont en place depuis janvier 2002.Il reste au gouvernement à procéder à des ajustements de manière à en stabiliser le fonctionnement.La réforme municipale modifiée par la loi 29 venait également introduire un autre front en matière de réorganisation du territoire, celui des MRC.La loi 29 distingue, pour la première fois, deux catégories de MRC dans l\u2019espace régional.La première catégorie est celle des 28 MRC, à caractère rural et urbain, avec une agglomération urbaine de plus de 10 000 habitants.La seconde catégorie est composée des 48 MRC rurales qui n\u2019incluent pas d\u2019agglomération de recensement, selon Statistique Canada.À la catégorie des MRC rurales, il faut ajouter Aufray et Bécancour, qui ont demandé ce statut, soit un total de 50 MRC rurales.Bien que la loi 29 autorise une MRC rurale à élire son préfet au suffrage universel, seulement trois d\u2019entre elles ont jusqu\u2019à présent fait ce choix.Il s\u2019agit là d\u2019une bien faible avancée démocratique.Enfin, on ne peut aborder la situation des MRC rurales sans prendre en compte la loi 184, adoptée elle aussi en juin 2001, qui consacrait une place privilégiée aux représentants agricoles avec la création des Comités consultatifs agri- coles (CCA) au sein des MRC, un dispositif essentiellement corporatiste.La loi 29 introduit deux compétences obligatoires supplémentaires en matière de gestion des cours d\u2019eau et devaluation foncière, ainsi que quelques compétences facultatives.La MRC qui, dans l\u2019exercice de ses pouvoirs, déciderait d\u2019aller au-delà des normes gouvernementales devra justifier sa décision devant le CCA.Dans l\u2019état actuel de l\u2019organisation du monde agricole, c\u2019est donner beaucoup de place à l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA).Limiter la ruralité aux seuls intérêts agricoles est une courte vue quand on sait qu\u2019aujourd\u2019hui les agriculteurs constituent moins de 10 % de la population du monde rural.L\u2019enjeu premier de la réorganisation des MRC rurales, pour les citoyens du territoire concerné, consiste à ne pas se laisser réduire à une fonction de stricte ressource agricole.La difficulté à penser le territoire rural de manière plus large est manifeste dans la perspective dominante du gouvernement et de l\u2019UPA.Or les instances politiques locales sont redevables devant les citoyens, qu\u2019ils soient producteurs agricoles ou non.Les municipalités et les MRC en milieu rural demandent une consolidation en termes de démocratie locale et d\u2019action citoyenne.Pour cela, il importe que la diversité et la complexité du vivre ensemble sur un territoire soient tout à la fois soutenues et confortées par les outils collectifs que sont les institutions politiques et administratives locales.La domination d\u2019intérêts corporatistes ou gouvernementaux qui contribuent à réduire le territoire rural et ses habitants à une fonction de ressource, de manière à limiter toute autre possibilité de développement socio-économique, fait peu de cas de l\u2019avenir de ces territoires.L\u2019avancée possible d'une démocratie locale en milieu rural exige que les collectivités disposent de capacité réelle de s\u2019orienter et de se coordonner.Il importe que le gouvernement du Québec respecte la capacité et la volonté des populations locales et de leurs élus de réglementer leur territoire.Bien sûr, la cohabitation des usagers et des intérêts appelle un arbitrage; c\u2019est là précisément le rôle de la politique municipale que de contribuer à la construction de l\u2019intérêt général d\u2019une collectivité.Mais pour que cela soit non seulement possible mais réalisable, encore faudrait-il que le gouvernement construise l\u2019organisation politique et administrative du territoire rural à partir de la représentation et de l\u2019action des citoyennes et des citoyens, plutôt que de miser sur ses liens privilégiés avec des intérêts spécifiques.\u2022 A?\u2022i.'Arw 0^ v ~\t, L si§§M| Scène de la vie RURALE, CANAPRESS/ MICHAEL LEA, 2000 mszé mm ReLatiONS janvier-février 2002 HORIZONS A l'ombre du divertissement L'auteur, jésuite, EST DIRECTEUR ARTISTIQUE du Centre DE CRÉATIVITÉ DES SALLES DU GeSÙ Daniel LeBlono Depuis mon enfance, je suis fasciné par l\u2019image.Je suis né avec l\u2019avènement de la télévision et très tôt j\u2019ai été initié à la photographie, découvrant et explorant les capacités de mon regard, scrutant mon environnement à la recherche de je ne sais trop quoi.Par la suite, l\u2019image s\u2019est faite mouvement; le cinéma et la vidéo sont devenus mes moyens privilégiés d\u2019expression.Il y a dix ans, ce goût de l\u2019image en mouvement a soudainement disparu.J\u2019ai découvert alors le plaisir intense et silencieux du dessin et de la peinture.Depuis lors, je peins.Avec cette découverte, mon regard et ma réflexion sur l\u2019art ont changé.Par le cinéma, j\u2019étais au cœur de l\u2019industrie et du divertissement; par la peinture, je me sens plus près de la création.Fidèle à l\u2019intensité du combat avec la matière, l\u2019artiste se libère de ses conditionnements pour communiquer avec son être profond et développer une vision singulière de l\u2019univers, de l\u2019existence, de l\u2019humain.La création est avant tout course à la liberté, forage intérieur, loin du discours tout fait et du jugement : un art au service d\u2019aucune cause, un art en quête, en recherche.Tel est l\u2019enjeu remis entre les mains qui refaçonnent la matière, qui réinventent les sons, qui remodèlent le corps en mouvement.D\u2019œuvre en œuvre, l\u2019artiste creuse sa singularité.Il apprivoise son mystère.Au cœur de sa recherche souvent souffrante, teintée d\u2019angoisse et de peur, jaillit l\u2019émerveillement.Une ouverture le propulse hors de lui, sur le chemin de la rencontre de l\u2019univers, des autres, de l\u2019Autre.Par cette relation, l\u2019artiste dé- couvre sa véritable singularité qui l\u2019ouvre sur l\u2019universel et lui fait rencontrer tous les humains au-delà des différences.Debout, il se sent actif, en parfaite harmonie avec l\u2019élan vers la vie qui l\u2019habite.Loin de l\u2019industrie de l\u2019art et du divertissement, dans des ateliers de solitude et souvent de misère, mais peuplés de lumière, j\u2019ai rencontré des créateurs et des créatrices fidèles, cherchant au risque de leur vie, de leur équilibre, à être, cherchant l\u2019Être.Un art qui donne à être.L'art erre, cherche et découvre le droit à l'erreur, se libère des modes et des morales, des esthétiques et des regards pour reconquérir sans cesse l'être toujours en mouvance.La matière a ses contingences, ses limites, sa singularité.Elle aspire, elle aussi, à les transcender et à être.Seul l\u2019humain par son regard, son geste habile et habité, la remet au monde et lui donne une véritable existence.L\u2019artiste la transforme, lui infuse son expérience intérieure et incarne en elle ce qu\u2019il a d\u2019unique.Un art qui donne à être, voilà selon moi la véritable nature de l\u2019art, voilà l\u2019art « sacré ».Celui-ci prend place dans notre société et ses défis majeurs.Nous vivons dans le faire, dans le contrôle, sous le joug de plus en plus lourd des règlements, morale sournoise de notre temps.Nous sommes asservis par des conditionnements, des blessures, des plaies ouvertes.L\u2019art peut nous redonner le goût d\u2019être, le goût de l\u2019Autre et de notre dignité.Nous devons effectivement travailler sans répit à éliminer la faim et la misère matérielle qui nient les droits essentiels à toute dignité.Mais cette dignité est désormais mise en péril par l\u2019absence d\u2019intériorisation, d\u2019intégration, de créativité, de singularité, de générosité.L\u2019art participe en profondeur à l\u2019ouverture de l\u2019être, au don de soi.La liberté fondamentale de l\u2019art est provocante, dérangeante.Elle se pose toujours en terme de marginalité et souvent d\u2019exclusion.L\u2019artiste met toujours les idées reçues, les certitudes de chaque époque sur l\u2019humain et son destin, au banc des accusés.Pourtant l\u2019art s\u2019est souvent travesti pour servir d\u2019autres causes : religieuses, idéologiques, économiques.Or l\u2019art n\u2019est esclave de personne ni de rien.11 erre, cherche et découvre le droit à l\u2019erreur, se libère des modes et des morales, des esthétiques et des regards pour reconquérir sans cesse l\u2019être toujours en mouvance.Cet art existe et vit dans notre monde qui parfois voudrait l\u2019asservir à la théorie ou l\u2019anéantir dans le divertissement et l\u2019engourdissement.Nombreux sont ceux et celles qui interrogent par leurs pratiques artistiques et qui remettent en question les évidences de notre société d\u2019aujourd\u2019hui.Ils cherchent désespérément à se réapproprier leur dignité, à s\u2019ouvrir généreusement à la vie et à dépasser les conditionnements de tous ordres.Voilà l\u2019effet humanisant et divinisant des chefs-d\u2019œuvre qui ont traversé le temps, voilà aussi le cri et le prophétisme d\u2019œuvres actuelles souvent occultées par nos regards asservis par l\u2019apparence et la matière.\u2022 janvier-février 2002 ReLatiONS dOSSieR Sur un pied de guerre Jean-Claude Ravet Le monde entier a été mis sur un pied de guerre dès la mobilisation générale lancée par l'ultimatum du président Bush, au lendemain des événements du 11 septembre : « Si vous n\u2019êtes pas avec nous, vous êtes avec les terroristes! ».Les sociétés démocratiques décrètent des lois qui frisent celles d\u2019États policiers, sans compter que le chemin vers la Guerre des étoiles est dorénavant aplani.La paix n\u2019a jamais été autant indésirable! Et pourtant le discours médiatique laisse peu entendre la dissonance face à cette logique de guerre qui se subordonne les institutions juridiques et politiques (voir La logique de terreur).Relations veut offrir un autre son de cloche à ce concert belliqueux.L\u2019article d\u2019Anne-Marie Gingras (Médias sous surveillance) lève en ce sens un pan du voile qui couvre les médias en temps de guerre.L\u2019absence de paroles de femmes sur la guerre, dans les médias entre autres, est à la fois problématique et significative.Cette invisibilité est d\u2019autant plus révélatrice quand on la met en lien avec la récupération de la ques- tion des femmes, de la part des belligérants, pour justifier après coup la guerre.Ce silence a fait l\u2019objet d\u2019une table ronde, Où sont les femmes?, à laquelle ont participé quatre femmes du comité de rédaction de la revue.Robert Mager, dans Dieu enrôlé, jette un regard critique sur les discours qui détournent la religion au service d'une guerre - sans métaphore - du Bien contre le Mal.Cette polarisation délirante du « eux » et du « nous », au nom de soi-disant guerres de religion ou de chocs de civilisation.masque « l\u2019intolérable déséquilibre socioéconomique du monde actuel » et le rôle que jouent les certitudes immuables dans cette fuite en avant dans la guerre.Michel Freitag, pour sa part, nous fait sentir la menace que fait peser la nouvelle barbarie, propre à la mutation postmoderne de la société.En effet, avec la modernité -même si la révolution rationaliste battait en brèche la pluralité de civilisations, le destin commun de l\u2019humanité se réduisant au progrès de la Raison -.l\u2019écart était toujours maintenu entre la réalité empirique et les représentations idéales qui lui servaient de légitimation.Celles-ci permettaient un regard critique sur le réel et donc sa remise en cause.Or la domination sans phrase d'une logique purement opérationnelle, où le politique se dissout dans l\u2019économie et la technique, abolit cet écart : seul compte le fonctionnement auto-régulé, efficace, productif du système.Ce qui est bon est ce qui est, rien de plus.« Cela représente la négation même du concept de civilisation ».La guerre déclarée au nom de la liberté immuable sera-t-elle le fossoyeur de la démocratie?Ce dossier fera l'objet d\u2019une entrevue à l\u2019émission Une planète, des religions, diffusée le dimanche, à 23 h 00.à l\u2019antenne de la Première chaîne de la radio publique de Radio-Canada.L\u2019entrevue sera disponible sur Internet, à l\u2019adresse suivante : www.radio-canada/radio/planete 10) ReLatiONS janvier-février 2002 IL ÉTAIT UNE FOIS AÏTAROUN À Montréal-Nord, il existe un petit quartier surnommé par ses habitants « Le petit Aïtaroun ».Ces habitants sont en majorité des gens déplacés par les Forces de défense israélienne lors de leur occupation du Liban Sud.Jusqu'à tout récemment, à Montréal-Nord, on pouvait voir dans leur demeure des photos de leur maison de ferme ou de leur terre, et dans leurs yeux, on distinguait nettement l'espoir du retour.Aïtaroun est le nom de leur village d'origine.De 22 000 habitants en 1978, au début de l'occupation des terres, la population était passée à moins de 6 000 habitants lors du retrait des troupes israéliennes en mai 2000.En août 2000, j'ai accompagné un de ces déplacés qui retournait à Aïtaroun.Une quinzaine de photographies et de courtes légendes retracent les retrouvailles de cet homme avec ses amis de jadis, avec sa terre et, surtout, avec les lourds souvenirs qui hantent encore les lieux.Ce projet est un hommage aux individus déplacés par les conflits armés actuels : ils sont plus de 20 millions aujourd'hui.Des nomades malgré eux.Josée Lambert x .\u2022«' mm La porte d'entrée de la maison de son enfance C'est Là que La guerre toucha La familLe de pLein fouet, Le 13 octobre 1977, Lorsqu'une baLle perdue tua Nazha, La jeune sœur de monsieur Mansouri.Nazha n'avait que 17 ans.arabe », leur présence massive en Asie, en Afrique et, de plus en plus, en Europe, aux États-Unis, etc.Pour sa part, le directeur d\u2019un quotidien libanais remarquait récemment que « si la confrontation actuelle était vraiment un conflit de civilisations ou de religions, en particulier islamo-chrétien, le Liban avec ses dix-sept communautés, précisément musulmanes et chrétiennes, en aurait été la caisse de résonance idéale et l\u2019explosion s\u2019y serait déjà produite » (Le Monde, 10 novembre 2001).Les actes terroristes ont pourtant bien eu lieu et leurs auteurs présumés se réclament de l\u2019islam.Protester que « l\u2019islam est une religion de paix » et citer en ce sens des passages du Coran ne vide pas la question.Toute religion est susceptible de verser dans la perversion, l\u2019oppression et la violence.Cette cri- janvier-février 2002 ReLatiONS (13 dossieR tique est amorcée, et pas seulement à l\u2019externe.Said cite Eqbal Ahmad qui, en 1999, fustigeait dans un hebdomadaire pakistanais « les mutilations de l\u2019islam opérées par les absolutistes et les tyrans fanatiques, dont l\u2019obsession de régir le comportement privé favorise \u201cun ordre islamique réduit à un code pénal, dépouillé de son humanisme, de son esthétique, de ses quêtes intellectuelles et de sa dévotion spirituelle\u201d.Ce qui \u201centraîne l\u2019affirmation absolue d\u2019un seul aspect de la religion, généralement sorti de son contexte, au total mépris de l\u2019autre.Ce phénomène dénature la religion, altère la tradition et fausse le processus politique partout où il se développe\u201d.» De même, l\u2019écrivain Tahar Ben Jelloun dénonçait récemment « le front du refus, refus du dialogue, refus de vivre ensemble, refus de l\u2019État de droit, un front où l\u2019amour de la vie a été remplacé par l\u2019amour mystique de la mort, la mort qu\u2019on se donne et qui se donne au plus grand nombre d\u2019ennemis, un front qui a cultivé le ressentiment et les certitudes » (Le Monde, 2 novembre 2001).Ressentiment et certitudes Ressentiment et certitudes : deux mots clés qui permettent d\u2019éclairer un peu la situation.Le ressentiment d\u2019abord.On ne naît pas terroriste; le refus des explications, sous prétexte quelles « excuseraient » la folie meurtrière, ne mène à rien.Par-delà la richesse de ben Laden et les motivations de sa mouvance, la symbolique de l\u2019attentat et la joie mal contenue qu\u2019il a suscitée dans nombre de pays pointent vers l\u2019intolérable déséquilibre socioéconomique du monde actuel et le rôle actif que jouent les États-Unis dans le maintien de ce désordre.Baudrillard écrit : « Ce n\u2019est donc pas un choc de civilisations ni de religions, et cela dépasse de loin l\u2019islam et l\u2019Amérique, sur lesquels on tente de focaliser le conflit pour se donner l\u2019illusion d\u2019un affrontement visible et d\u2019une solution de force.Il s\u2019agit bien d\u2019un antagonisme fondamental, mais qui désigne, à travers le spectre de l\u2019Amérique (qui est peut-être l'épicentre, mais pas du tout l\u2019incarna- La sœur de monsieur Mansouri, Zaïnab C'est elle qui, au cours des années d'occupation, veilla sur les biens de la famille.Au cours des 10 dernières années, Zaïnab fut ° la seule de la famille à demeurer au village.La légende dit qu'elle aurait caché dans son grenier à grains plusieurs jeunes qui fuyaient l'enrôlement forcé au sein de la milice alliée de l'État israélien.On les recrutait dès l'âge de 15 ans.tion de la mondialisation à elle seule) et à travers le spectre de l\u2019islam (qui lui non plus n\u2019est pas l\u2019incarnation du terrorisme), la mondialisation triomphante aux prises avec elle-même.» Ce questionnement est fondamental, et aussi difficile à mener aux États-Unis que l\u2019autocritique de l\u2019islam l\u2019est en pays musulman, comme a pu le constater l\u2019écrivaine Susan Sontag, dont les charges dans le New Yorker contre « la superpuissance autoproclamée » a provoqué « un tollé d\u2019une rare violence » (Sylvie Kauffmann, « Le consensus patriotique », Le Monde, 14 novembre 2001).C\u2019est que là où régnent les certitudes, la critique ne fleurit pas.La certitude - qui n\u2019est pas la foi! - réduit l\u2019espace de jeu nécessaire à la formation du jugement.S\u2019il y a dans la religion, monothéiste ou autre, un potentiel d\u2019intolérance et de violence, comme dans tout système de croyances (politiques, scientifiques, économiques, etc.), c\u2019est précisément dans la mesure où celles-ci peuvent dégénérer en certitudes immuables.Le fondamentalisme religieux et l\u2019idéologie néolibérale sont ici sur Médias sous surveillance Anne-Marie Gingras La guerre et la lutte contre le terrorisme soulèvent un paradoxe : c\u2019est le moment où l\u2019intérêt des citoyens et des citoyennes pour l\u2019information politique est, semble-t-il, le plus vif, alors que l\u2019information est la plus contrôlée et la plus trompeuse.Rappelons-nous la guerre du Golfe.On l\u2019avait déclenchée après une campagne de relations publiques fondée sur l\u2019histoire du vol des incubateurs de bébé dans les hôpitaux koweïtiens par des soldats irakiens.Ces derniers en auraient profité pour abandonner à leur triste sort plusieurs dizaines - les chiffres ont varié - de nouveaux nés prématurés, jetés sans ménagement sur le plancher froid de l\u2019hôpital.Le Congrès américain, l\u2019ONU et même Amnistie internationale, entre autres, avaient condamné cette barbarie qui avait suscité un vent d\u2019indignation.La publicité autour de cette affaire avait pavé la voie à un vote majoritaire (mais de fort peu) au Congrès permettant de déclencher la guerre contre l\u2019Irak.Cette histoire, inventée de toutes pièces, était le cœur de la stratégie de la compagnie de relations publiques Hill & Knowlton.Une soi-disant réfugiée koweïtienne réclamant l\u2019anonymat était le seul témoin des faits et elle avait comparu avec force émotions lors des audiences du Congrès américain; c\u2019était la fille de l\u2019ambassadeur koweïtien qui s\u2019exécutait avec talent devant des congressistes bouleversés.Les gouvernements, même démocratiques, cherchent à façonner autant que faire se peut leur image publique et celle de leur héritage politique.En temps de guerre, cette tendance prend des proportions inquiétantes.Un rapport de l\u2019organisme Reporters sans frontières rendu public un mois après les attentats du 11 septembre faisait état des nombreux obstacles 14 ReLatioNS janvier-février 2002 le même terrain, qui ne laisse place à aucun doute et qui revient à se mettre « en position de Dieu (de toute-puissance divine et de légitimité morale absolue) » (Baudrillard).Au God Bless America, l\u2019écho répond alors « God is America », et la bonne conscience s\u2019avère prête à tout.« On ne fait jamais si bien le mal que lorsqu\u2019on le fait avec conscience », disait Pascal.Maintenir l\u2019écart Le nom de Dieu devient alors un objet de manipulation.Ce péril guette toute expérience religieuse, dans la mesure où ce sont toujours les humains qui disent Dieu et proclament sa transcendance.11 est facile de perdre de vue l\u2019écart que la parole religieuse instaure et masque d\u2019un même souffle.Ce n\u2019est pas le monothéisme qui est « génétiquement » intolérant, mais bien toute croyance qui perd le sens de ' ¦ \" AK > à la production d\u2019informations indépendantes et critiques; on licencie des journalistes pour avoir critiqué le président américain, on note une surveillance accrue du Web, l\u2019administration américaine intervient auprès des médias pour faire taire la voix de ben Laden - pourtant d\u2019intérêt public -, CNN demande à ses journalistes de ne pas trop faire état des victimes civiles, etc.Lors de la rédaction de cet article, une deuxième réunion venait d\u2019avoir lieu entre l\u2019administration américaine et les producteurs de cinéma.Les réflexions se poursuivaient quant à l\u2019opportunité pour Hollywood de contribuer à l\u2019effort de guerre.Si le recours au cinéma nécessite une certaine planification, il n\u2019en va pas de même pour les quotidiens, la télévision et la radio.Dans ces médias, les messages gouvernementaux s\u2019insèrent naturellement dans une routine organisée, celle de la cueillette d\u2019informations dans des lieux jugés pertinents et auprès de sources estimées crédibles.Dans les médias traditionnels, c\u2019est surtout l\u2019expertise des sources, leur légitimité et leur représentativité qui déterminent la valeur de la nouvelle (en plus de son caractère sensationnel).Or les gouvernements sont des sources crédibles par excellence.En temps de guerre, ils constituent les principaux « définisseurs primaires » dictant le sens premier à donner aux événements.Trois problèmes majeurs se posent aux journalistes en temps de guerre.D'abord, la vérification de l\u2019information est au mieux périlleuse, au pire inexistante.Les journalistes sont condamnés à reproduire les messages officiels et les rumeurs qui émanent des ministères de la Défense, des agences de services secrets, etc.Les messages des gouvernements alliés ne font l\u2019objet d'aucune vérification et à la moindre remise en cause, les journalistes sont rabroués.Personne ne peut attester des opérations militaires - même a posteriori - bien quelles constituent au plus fort des combats l\u2019essentiel des nouvelles (et non l\u2019essence de l\u2019information).Les journalistes relaient les interprétations militaires et politiques de leur gouvernement et des instances politiques diverses, comme l\u2019ONU.Les voisins de monsieur Mansouri à Aïtaroun, la famille Taoubeh Hanna Taoubeh, que l'on voit ici en compagnie de ses parents, est l'une des villageoises qui a payé cher le prix de l'occupation.Détenue pendant plus d'un an, en 1988, sans accusations précises, la milice en place, l'Armée du Liban Sud (ALS), lui aurait ensuite confisqué ses papiers.Ils étaient plusieurs au village à devoir rester sur place, comme Hanna.Aïtaroun était devenu sa prison.Seule l\u2019expertise extérieure aux officines gouvernementales peut faire contrepoids aux informations officielles, mais le sens critique des analystes ainsi que leur degré d\u2019assentiment au pouvoir ne sont pas toujours très clairs.Pour l\u2019opération Liberté immuable, les journalistes relaient aussi les informations provenant de médias situés en pays musulmans (comme la chaîne Al-Jazira du Qatar), en précisant toutefois que les événements ne peuvent être vérifiés.L\u2019information périlleuse qu\u2019on veut confirmer sur le terrain a aussi une valeur relative.Mis à part les grands mouvements de troupes et la prise de certaines villes, les journalistes sont condamnés à faire du « journalisme de trottoir », c\u2019est-à-dire à produire des nouvelles sans ressources d\u2019archives et sans experts.Ils discutent avec les individus rencontrés ça et là.Quelquefois des représentants de groupes sont interviewés sans que leur représentativité, leur position idéologique et leur passé ne soient connus.Cela mène au deuxième problème majeur auquel sont confrontés les journalistes : l\u2019interprétation à donner aux faits s\u2019insère dans les schémas intellectuels des journalistes et colle L'auteure est PROFESSEURE DE SCIENCE POLITIQUE À l'Université Laval janvier-février 2002 ReLatiONS (15 dOSSieR * M £ -i; l\u2019incommensurable distance.« Ainsi, quand de soi-disant \u201cmonothéistes\u201d se trouvent engagés dans des actes d\u2019arrogance, d'intolérance et, à l\u2019extrême, de persécution, nous pouvons être sûrs que ces actions résultent d\u2019un malentendu radical en ce qui concerne un des éléments critiques du monothéisme religieux.En agissant avec certitude et en déniant catégoriquement toute valeur à l\u2019opinion des autres, on érige une idole dans la mesure où l\u2019on comble l\u2019abîme entre l\u2019être humain et Dieu, où l'on oublie le kiv\u2019yachol [\u201cpour ainsi dire\u201d], où l\u2019on prétend confiner l\u2019universel dans le particulier et connaître parfaitement ce qui ne peut être connu qu\u2019imparfaite-ment.Le vrai monothéiste ne connaît jamais l\u2019entière vérité et .spjfïps, s»b^lj uLill 5 I Monsieur Mansouri en compagnie du directeur de l'école du village, monsieur Khalil Haydar Monsieur Haydar a été détenu d'octobre 1989 à novembre 1991 au centre de détention de Khiam, situé à quelques kilomètres du village.Les miliciens l'ont arrêté et torturé parce qu'il refusait de leur remettre les 4750 dollars que des Libanais ayant émigré au Canada lui avaient remis pour restaurer l'école.Monsieur Haydar tient à leur dire que l'argent a été caché dans sa maison pendant toutes ces années et que les travaux ont bel et bien commencé à l'été 2000.ne peut donc jamais dire que l\u2019autre n\u2019a aucune vérité.Le vrai monothéiste ne peut être que pluraliste.» (Roger C.Klein, « A Monotheism Which Compels Pluralism », Sh\u2019ma 13/243, 10 décembre 1982).Le philosophe Paul Ricœur ne parle pas autrement quand il décrit l\u2019expérience religieuse authentique comme une expérience « poétique », qui nourrit et inspire mais ne se laisse enrôler dans aucune croisade.Son entreprise essentielle : « libérer le fond de bonté de l\u2019homme ».Jean-Paul 11 a fait récemment de multiples interventions en ce sens, dénonçant la manipulation de la religion contre les humains et appelant à ce que « le nom de Dieu [devienne] toujours davantage ce qu\u2019il est en réalité : un nom de paix ».Il s\u2019agit pour tous, quelles que soient leurs appartenances, de tracer ensemble une voie d\u2019avenir dans un monde déchiré par les inéquités.Nous tous, hommes et femmes « coincés dans les eaux profondes, entre tradition et modernité » (Eqbal Ahmad).Comme l\u2019écrit Said : « Nous nageons tous dans ces eaux profondes, Occidentaux, musulmans et autres pareillement.» \u2022 à leurs stéréotypes ou à ceux de leur société.Sauf pour de rares journalistes possédant un bagage intellectuel approprié et des ressources adéquates, la majorité rapporte et interprète les faits d\u2019une manière étrangère à la culture ou l\u2019histoire de la société dans laquelle se déroulent les événements.Voir une manifestation est une chose, en saisir les sources politiques et culturelles et les conséquences en est une autre.La distance inévitable entre soi et l\u2019Autre produit une humanité à géométrie variable.Les victimes civiles sont transformées en « dommages collatéraux »; leurs visages sont moins émouvants que ceux des rescapés du World Trade Centeret leurs souffrances sont minimisées pour ne pas ébranler le soutien des opinions publiques occidentales ou donner des munitions aux pacifistes.Troisièmement, une des missions des journalistes est de rendre le monde intelligible.Or il arrive souvent que la guerre soit inintelligible, qu\u2019on ait besoin de temps et de recul pour y voir clair.Mais pour les journalistes couvrant la guerre, impossible de dire : « Je ne sais pas ».La complexité du jeu politique en contexte culturel différent, l\u2019action diplomatique secrète des gouvernements alliés, la confusion inévitable sur le terrain peuvent rarement être présentés comme tels.Certains fabriquent donc une intelligibilité pour satisfaire leurs patrons de presse et leur public.Seul le recul permet de comprendre à quel point on ne comprend rien.Rappelons-nous les « frappes chirurgicales » des Patriots de la Guerre du Golfe qui ont - a-t-il été dit par la suite - généralement raté leur cible.Liberté immuable est-elle compatible avec la liberté de la presse?Certes non! Le reconnaître serait un geste de réalisme et d\u2019humilité de la part des journalistes.\u2022 16 ReLatiONS janvier-février 2002 Entre Islam et islamismes Qussaï Samak On doit les termes « islamiste » et « islamisme » à des néo-orientalistes français.En remplaçant le familier « intégrisme » par un autre terme spécifique à l\u2019univers arabo-islamique, l\u2019innovation visait à éviter que les militants d'un Islam politique et « intégral » soient assimilés aux catholiques « intégristes » anticonciliaires de Mgr Lefebvre.Elle visait aussi à éviter le terme « fondamentalisme », jugé trop péjoratif et plus applicable au protestantisme politique de droite.Le néologisme a cependant deux inconvénients.Premièrement, l\u2019usage réservé au mot « islamisme » satanise un terme qui aurait pu conserver les mêmes connotations neutres que « bouddhisme », « christianisme » ou « judaïsme ».D\u2019autre part, l\u2019usage du terme au singulier est trompeur, car s\u2019il est un seul islam en tant que foi et cadre moral de référence, plusieurs islamismes se disputent le terrain politique et les esprits dans Faire arabo-islamique.Islamismes au pluriel Côté pouvoir, il y a tout d\u2019abord l\u2019islamisme traditionnel, tel que pratiqué par l\u2019Arabie Saoudite, pays natal d\u2019Oussama ben Laden.L\u2019islamisme de la famille de Saoud en est un, somme toute, de façade, voire d\u2019hypocrisie selon les détracteurs de ce régime, et ce malgré son rigorisme apparent.L\u2019islamisme saoudien n\u2019a de radical que son attachement de mauvais goût à des pratiques pénales barbares (exécutions publiques des condamnés pour meurtre ou pour crimes politiques, amputation des mains pour vol sans circonstances atténuantes, châtiment biblique pour adultère, etc.).Il y a aussi les deux islamismes qui se côtoient dans la tension au sein de l\u2019État, en Iran.Il y a celui du président Khatami, massivement élu - à deux reprises - par des élections libres : modéré, ouvert au monde, inclusif et respectueux du rôle public des femmes dans la vie du pays.Mais il y a aussi l\u2019islamisme du Guide de la révolution, l\u2019Ayatollah Khamenei : moins ouvert, rigoriste et antilibéral en matière de droits civils et de libertés politiques.À cela doit s\u2019ajouter l\u2019islamisme modéré de l\u2019État dans la plupart des pays arabes.Dans ces pays, l\u2019islam est reconnu comme « source principale » - et non la source unique - des lois.Ainsi, seules les dispositions de la loi islamique (charia) concernant la famille (mariage, divorce, garde des enfants) et les règles d\u2019héritage et de succession sont reprises dans les lois de ces pays.ï La maison où monsieur Mansouri a fondé sa famille Le 20 février 1965, madame Saada Fakih prenait pour époux monsieur Toufic Mansouri.C'est ici qu'elle a donné naissance à leurs sept enfants.Le 10 avril 1990, à la suite de l'arrestation de son mari, elle prenait la fuite avec ses enfants vers le Canada : la vie au village était devenue insupportable pour eux.Il y a finalement, en dehors ou en marge des États, l\u2019isla-\tl'auteur est ingénieur- misme armé de la résistance, qui se divise en deux catégories.\tchimiste et conseiller Il y a d\u2019abord l\u2019islamisme territorialement circonscrit, qui se\ten santé-sécurité du nourrit de profondes injustices ou d\u2019abus de pouvoir créés ou\ttravail à la csn entretenus par les systèmes politiques en place.Dans cette catégorie se trouvent le mouvement politico-militaire d\u2019Hezbollah au Liban; le Hamas et autres groupuscules islamistes palestiniens; les groupes armés anti-indiens dans l\u2019État de Jammu-et-Cachemire; le groupe Abu-Sayyaf dans le sud des Philippines; ainsi que les groupes terroristes de mouvance islamiste du FIS et du G1A en Algérie.Le deuxième type de cet islamisme armé est plus global, au sens stratégique du terme.11 est né dans l\u2019enfer de la guerre contre l\u2019URSS en Afghanistan, même s\u2019il trouve ses fondements théoriques dans les œuvres de Sayyed Qütb (dirigeant et intellectuel des Frères Musulmans, en Égypte, pendu par Nasser en 1966), et d\u2019Abul-Ala al Mawdudi (penseur panislamiste radical du Pakistan, mort aux États-Unis en 1979).C\u2019est dans le creuset afghan que s\u2019est forgé ce nouveau mouvement politico-militaire, inspiré de ces penseurs, formé des jeunes volontaires venus de partout dans le monde islamique, mais particulièrement des pays arabes, pour se battre du côté des frères afghans contre l\u2019oppresseur soviétique.L\u2019Afghanistan est devenu ainsi le foyer par excellence d\u2019un processus de fanatisation en règle qui a atteint son paroxysme dans le bûcher du 11 septembre.janvier-février 2002 ReLatiONS (17 dOSSieR Il s\u2019agit d'un islamisme anachronique, doctrinaire et violent, qui conçoit sa mission historique à travers le concept archaïque de la Maison de l\u2019Islam (Dar-ul Islam).C\u2019est un islamisme rendu moralement « autiste » par l\u2019immensité des injustices commises contre des masses populaires sans défense dans l\u2019aire arabo-islamique, notamment en Palestine, .mm mm ¦ ^ pi?' K - »» Le poteau électrique de la place du village Le matin du 19 décembre 1989, la population entière d'Aïtaroun a été forcée d'assister à l'exécution de Mohammed Hassan.La veille, le jeune Mohammed avait assassiné un milicien de l'ALS.C'est au petit matin que des miliciens sont venus l'attacher à ce poteau électrique.Avant de déverser de l'essence sur son corps et d'y mettre le feu, les miliciens ont tiré plus de 600 balles de mitraillettes sur lui.D'après les gens du village, l'exécution a duré plus de cinq heures.mais donl le caractère spectaculaire n\u2019a d\u2019égal que sa marginalité.Certes, avec une réserve de 2 000 à 3 000 militants, l\u2019alliance politico-militaire de ben Laden peut encore faire des dégâts, mais elle est loin de pouvoir fournir une alternative politique viable ou intéressante au 1,2 milliard de musulmans dans le monde.Islam, ordre temporel et modernité Si l\u2019islam partage avec le christianisme l\u2019universalité non ethnique de sa foi, il est proche du judaïsme par les règles explicites censées gouverner la vie individuelle et collective dans une société musulmane.Comme c\u2019est le cas en Israël (démocratie parlementaire qui possède officiellement une religion d\u2019État), de telles règles sont suffisamment présentes pour rendre difficile l\u2019émergence d\u2019un civisme constitutionnel radicalement laïque dans un pays musulman.Mais ce qui est difficile n\u2019est pas nécessairement impossible.Comme Israël a réussi, malgré d\u2019importantes contradictions morales et politiques, à créer un ordre social moderne et ouvert sur le monde, des pays islamiques, comme la Malaisie, la Turquie, l\u2019Indonésie et la quasi totalité des pays arabes, possèdent des structures sociales et étatiques à la fois modernes et « modernisantes ».Dans ces pays, le droit de vote est accordé, sur une base universelle, à tout adulte, homme ou femme; tous les niveaux d\u2019enseignement sont ouverts gratuitement aux filles comme aux garçons; des femmes se trouvent aux postes les plus importants à travers les structures étatiques et para-étatiques.Des femmes se trouvent massivement présentes dans toutes les universités, aussi bien comme étudiantes que comme pro-fesseures.À cela, il faut ajouter que l\u2019islam n\u2019a jamais engendré dans son histoire, à part la démence sociocide et misogyne des talibans, des courants de pensée ouvertement antimodernistes et technophobes.C\u2019est donc dire que l\u2019islam ne saurait être réduit à un quelconque islamisme violent, pas plus que ne pourrait l\u2019être le catholicisme par rapport à l\u2019intégrisme sans compromis des catholiques anticonciliaires, le protestantisme américain par rapport à la démence meurtrière d\u2019un Timothy Mc Veigh, ou le judaïsme même par rapport au fanatisme fascisant, casqué et botté, des colons juifs israéliens en Cisjordanie ou à Gaza.Le monde islamique a cependant toujours devant lui des défis de taille à relever.Force est de constater que la tentation obscurantiste de placer un texte fétichisé et sacralisé, toujours avare et oppressif, avant l\u2019esprit de la foi, toujours plus généreux et ouvert, constitue un danger qui surgit de temps à autre çà et là en Terre d\u2019islam (application cruelle et barbare d\u2019une charia fanatisée, au nord du Nigeria et au Pakistan, contre des filles et femmes enceintes hors mariage, violence sporadique contre des communautés chrétiennes en Indonésie et au Pakistan, etc.).Mais il serait injuste d\u2019attribuer tout ce qui se passe en Terre d\u2019islam à la foi qui y règne, et de façon complètement détachée de la réalité sociale, politique et économique des millions de personnes qui y vivent.\u2022 18 ReLatiONS janvier-février 2002 La nouvelle barbarie Entrevue avec Michel Freitag La « guerre contre le terrorisme », lancée à l'initiative des États-Unis, a été présentée par ses instigateurs comme un combat pour la défense de la civilisation contre la barbarie.Que signifie cette opposition?Cacherait-elle autre chose?Michel Freitag, professeur au Département de sociologie de l'UQAM, a gentiment accepté d'en discuter avec nous.Relations : Que pensez-vous de l\u2019opposition entre civilisation et barbarie, dont on nous a tant parlé depuis le 11 septembre dernier?Michel Freitag : Cette opposition est très ancienne, mais elle a changé radicalement de sens lorsqu\u2019elle a été reprise par l\u2019Occident dans les temps modernes, dans le cadre de l\u2019expansion coloniale.Toutes les sociétés ont articulé de manière forte leur rapport aux autres sociétés, à l\u2019altérité.On peut dire en caricaturant que les sociétés primitives, archaïques, avaient tendance à réserver à leurs membres le monopole de l\u2019huma-nitude et à considérer les autres comme des êtres pas tout à fait humains à divers égards.Ainsi, il est fréquent que le nom commun qu\u2019elles se donnent signifie « Nous, les hommes ».Mais cette vision ne portait en elle aucune dynamique : elle régulait simplement des rapports en maintenant des frontières de manière statique.Elle mettait chaque forme d\u2019être à sa place et voyait à ce que les différentes sociétés ne se mélangent pas toutes à l\u2019occasion de leurs fréquentations territoriales.Rel.: 11 existe une espèce d\u2019égocentrisme civilisationnel qui n\u2019est pas le propre de l\u2019Occident?M.F.: En effet, ce n\u2019est pas nouveau que les sociétés voient les autres de manière négative, privative.L\u2019opposition entre civilisation et barbarie n\u2019a cependant vraiment pris forme que dans les sociétés unifiées par un pouvoir centralisé, dans les royautés et empires traditionnels.Ces sociétés établissent un nouveau rapport réflexif à la culture qui est médiatisé par l\u2019écriture, par la création d\u2019une littérature tant religieuse que profane et par la constitution d\u2019artisanats spécialisés dont l\u2019esprit est animé par la recherche d\u2019une identité stylistique idéalisée.L\u2019activité d\u2019élaboration politique, juridique et culturelle conduit ces sociétés à prendre conscience d\u2019elles-mêmes comme sociétés « civilisées », dont l\u2019ordre raffiné et consciemment élaboré contraste avec le mode de vie fruste ou 4 'V -,AL W Leila Hassan en compagnie de ses deux filles devant la maison incendiée de ses parents Leïla fut la seule à rester au village après l'exécution de son frère Mohammed.Au cours de la nuit qui a précédé l'exécution, deux autres de ses frères, Aldelkarim et Hassan, ont été tués par les miliciens.Au même moment, d'autres miliciens violaient sa mère devant son père.Quelques heures plus tard, les miliciens mettaient le feu à la maison familiale.grossier des populations « incultes » de l\u2019intérieur et des « barbares » de l\u2019extérieur, qui représentent toujours pour elles une menace.Mais de telles sociétés « cultivées » et « policées » restent susceptibles de se reconnaître mutuellement à travers leurs différences, pour entrer en conflit ou en compétition les unes avec les autres.L\u2019ethnocentrisme qui les habite n\u2019exclut pas une certaine ouverture à la reconnaissance d\u2019autres valeurs civilisationnelles, ni la recherche de cohabitation avec d\u2019autres puissances politiques de nature équivalente.Entre elles, les phénomènes d\u2019hybridation et de syncrétisme furent nombreux et profonds, comme en témoigne par exemple l\u2019expansion du bouddhisme d\u2019origine indienne dans la civilisation chinoise ou encore la pénétration de l\u2019islam dans l\u2019espace hindouiste et dans l\u2019Indonésie fortement indianisée.Le concept traditionnel de la civilisation implique la reconnaissance, toujours conflictuelle et compétitive, d\u2019un pluralisme civilisationnel.janvier-février 2002 ReLatiONS (\\Q dOSSieR SRiif ¦ m Rel.: Qu\u2019en est-il maintenant de l\u2019Occident?M.F.: Il existe une dynamique propre à l\u2019Occident, dont la spécificité va avant tout être caractérisée par la genèse de ce que nous avons appelé, historiquement et sociologiquement, la modernité.Celle-ci plonge ses racines dans l\u2019antiquité occidentale et proche-orientale, dans le judaïsme monothéiste, la Grèce classique et la romanité.Mais le rôle du christianisme et l\u2019irruption du monde germanique « barbare » dans l\u2019Empire romain furent tout aussi déterminants! Or, si c\u2019est bien dans cette dynamique que s\u2019est opérée une mutation fondamentale de la conception de la « civilisation » et de la représentation quelle se donnait de la « barbarie », la signification de cette opposition dans l'histoire presque trois fois millénaire de l\u2019Occident doit néanmoins être appréhendée à partir de la naissance des Temps Modernes, que les historiens situent entre la fin du XIVe et le début du XVIe siècle, alors que la société se détachait formellement du Moyen Âge et de toute filiation directe avec l\u2019Antiquité.En simplifiant, disons que jusqu\u2019au XVe siècle, la conception occidentale de la civilisation et de son contraste avec la barbarie reste essentiellement traditionnelle.C\u2019est un mélange de mépris et de crainte, d\u2019esprit de supériorité et d\u2019admiration critique et sélective où la volonté de défense et d\u2019illustration de l\u2019identité ne se convertit pas en l\u2019affirmation d\u2019un modèle à portée universelle.Les Grecs, définitivement, vivent dans un monde pluriel, et même l\u2019expansion de l\u2019hellénisme dans l\u2019empire alexandrin ne peut se faire que par l\u2019acceptation du métissage.Traditionnelle aussi est la manière dont l\u2019empire romain affronte les sociétés qu\u2019il asservit ou qu\u2019il s\u2019intégre par la violence ou par le pacte, et traditionnelle encore est la manière dont il perçoit les barbares germaniques.C\u2019est encore ce type de rapports que l\u2019Occident va entretenir avec le monde islamique au Moyen Âge, lors des Croisades par exemple.Et rappelons qu\u2019alors, ce sont les croisés francs qui prennent figure de barbares aux yeux de l\u2019islam proche-oriental.Mais ces deux mondes, qui se haïssent d\u2019une certaine manière puisqu\u2019ils obéissent à des versions dogmatiques du monothéisme qui s\u2019excluent mutuellement en raison de leurs prétentions universalistes, entretiennent pourtant des relations entre eux qui impliquent certaines formes de reconnaissance et de respect.L\u2019Occident non seulement importe des produits d\u2019Orient qui sont plus élaborés techniquement et esthétiquement, mais il entretient aussi avec le monde islamique des échanges intellectuels : on n\u2019a qu\u2019à penser à la transmission des classiques Grecs par des penseurs Arabes qui sont reconnus par les philosophes chrétiens, indépendamment de la question de la foi.Le monde musulman, de son côté, et malgré son rejet du paganisme, a emprunté la coupole romaine, qu\u2019il va faire évoluer dans un tout autre sens que ne le fera l\u2019Occident dans l\u2019art roman.jgltüliï ¦ «S Le bureau officiel de l'ALS à Aïtaroun Dès les premières heures suivant le retrait des troupes israéliennes et de l'ALS du Liban, la population du village est venue spontanément saccager le bureau officiel de La milice.Modernité et altérité Rel.: Quelle est alors la spécificité du nouveau rapport à l\u2019altérité qui va caractériser la modernité?M.F.: La conception traditionnelle de l\u2019identité et de l\u2019altérité reste essentiellement une conception statique, dans laquelle le mouvement a un 20) ReLatiONS janvier-février 2002 caractère cyclique.Cela va changer radicalement dans la conscience et dans la pratique occidentales, à partir du XVIe siècle, qui connaît notamment la révolution cosmologique copernicienne, coïncidant avec la navigation autour du globe et l\u2019expansion coloniale.On a dit que les sociétés traditionnelles habitent un monde clos dont elles occupent le centre, mais il faut souligner aussi que ce monde clos est un monde plane qui reste ouvert sur des confins incertains et fabuleux, qui ne sauraient être appropriés et dominés, et auxquels se rattache une altérité confuse, multiple et irréductible.Dans la conception sphérique de la terre, qui s\u2019ouvre désormais sur un espace infini purement rationnel et formellement unifié, c\u2019est aussi le monde terrestre qui se referme sur lui-même, avec pour effet que le changement y acquiert une orientation cumulative à l\u2019intérieur d\u2019un temps lui-même orienté et unifié.Cette révolution cosmologique va coïncider avec le développement non seulement du rationalisme mais de l\u2019individualisme et de l'utilitarisme.S\u2019en trouve bouleversée toute la signification de l\u2019histoire, désormais orientée par l\u2019idée d\u2019une irréversibilité témoignant d\u2019un progrès de la Raison.En englobant ainsi toute l\u2019histoire humaine, cette loi du progrès va servir de commune et unique mesure de toute reconnaissance, de toute valeur humaine.C\u2019en est fini de la reconnaissance, même marginale, d\u2019un pluralisme civilisationnel : l\u2019humanité entière se trouve désormais unifiée dans un même destin, qui est celui que tracent empiriquement pour elle les sociétés les plus « avancées ».Toutes les différences entre les sociétés s\u2019ordonnent ainsi selon une même échelle qui comporte d\u2019un côté l\u2019évaluation de divers degrés d\u2019avancement ou de retard à l\u2019égard de la Raison et du Progrès, et qui implique de l\u2019autre la négation radicale de toute valeur en soi pour les formes sociales particulières.Du XVIe au XXe siècle, l\u2019Occident va associer cette conception de l\u2019universel, qui réalise l\u2019unification de l\u2019humanité sous la rigueur d\u2019un principe d\u2019exclusion de la différence sociétale, à sa pratique concrète de domination mondiale.Il se présente comme le sauveur ou l\u2019émancipateur des individus à l\u2019égard de l\u2019obscurantisme de leur société et du despotisme des pouvoirs qui les régissent.Le concept de civilisation change alors de sens : il devient unique, en s\u2019identifiant au mouvement unique qui régit l\u2019histoire.L\u2019humanité se trouve ainsi réduite à l\u2019ensemble des individus appelés à y participer en abandonnant du même coup toute identité collective distincte : le particularisme social et civilisationnel devient un signe d\u2019arriération.Rel.: Ces deux visions - disons traditionnelle et moderne - que vous avez présentées de l\u2019opposition entre civilisation et barbarie sont-elles encore à l\u2019œuvre aujourd'hui?La cellule de détention à l'arrière du bureau de l'ALS Pas moins de 300 personnes du village ont été détenues dans ce placard de 1,3 X 2 mètres qui tenait lieu de cellule.On y entassait jusqu'à quatre personnes pour des périodes allant jusqu'à un mois.Au cours des 22 ans de l'occupation du sud, pas un seul habitant de cette région n'a eu droit à un procès.M.F.: Disons d\u2019abord que la figure moderne de l\u2019altérité condamnée à disparition (dans « les poubelles de l\u2019histoire ») s\u2019est longtemps superposée à l\u2019ancienne, traditionnelle, qui n\u2019impliquait pas tant la condescendance que la peur et l\u2019envie, la fascination et la répulsion.Mais c\u2019est elle cependant, par son caractère désormais dynamique, qui a été au cœur de la nouvelle conception de La civilisation, comprise comme un janvier-février 2002 ReLatiONS dOSSieR %% '/ W ^ T mouvement progressiste unifié devant lequel les autres formes sociales ne pouvaient être reconnues que comme figées dans leurs particularismes.Dans ce tableau d\u2019ensemble de l\u2019histoire universelle, les autres formes de société ne pouvaient figurer que comme des survivances, des étapes antérieures et dépassées du développement de l\u2019humanité.Cette conception est mise en œuvre dans une forme particulière de relations sociales : l\u2019échange marchand.L\u2019emprise pratique que l\u2019Occident a conquise sur le monde s\u2019est, dès le XVIe siècle, placée sous l\u2019égide double d\u2019une conquête politique et culturelle (incluant la dimension religieuse) de type impérial, et d\u2019une expansion commerciale.Chacune avait son principe propre de légitimation, et il est remarquable de constater que c\u2019est un théologien, Vitoria, qui au début su XVIe siècle va opérer le passage d\u2019une légitimation proprement religieuse et politique de la conquête du monde par l\u2019Occident (alors chrétien) à une justification par la légitimité intrinsèque de l\u2019expansion illimitée de l\u2019échange marchand.Une telle légitimité n\u2019est plus attachée à aucun lieu ni aucun pouvoir et, à ses yeux, toute autorité qui reste attachée à un lieu particulier tend à devenir illégitime.C\u2019est ainsi que l\u2019altérité a pu être vue comme un simple obstacle à l\u2019ouverture du monde aux intérêts marchands et économiques de l\u2019Occident.Dans cette conception moderne de la civilisation, les manifestations de l\u2019altérité ne répondent plus à proprement parler au concept de la barbarie mais à celui de l\u2019arriération.Pour comprendre la signification du regain contemporain de la « peur des barbares », comme elle s\u2019exprime par exemple dans le discours de Bush, il faut l\u2019examiner sous l\u2019angle d\u2019une crise de la modernité - qui touche à l\u2019idée même que la civilisation occidentale s\u2019était donnée d\u2019elle-même comme civilisation universelle - et de l\u2019émergence d\u2019un tout nouveau tableau civilisationnel, qu\u2019on peut associer au concept de la post-modernité.u V H CrU\\i o ,/r Monsieur Mansouri à côté du poteau de la cour intérieure du centre de détention de Khiam C'est à ce poteau que monsieur Mansouri a été attaché pendant 68 jours.Cagoule sur la tête, mains menottées au poteau, les gardiens l'aspergeaient tantôt d'eau chaude, tantôt d'eau froide.Plus de 2 OOO personnes ont été détenues dans ce centre.Certains y sont restés 15 ans.La barbarie postmoderne Rel.: De quoi s\u2019agit-il plus précisément du point de vue civilisationnel?M.F.: Les deux concepts de civilisation évoqués jusqu\u2019ici - le concept particulier qui s\u2019applique aux sociétés traditionnelles et le concept universaliste auquel s\u2019est identifié l\u2019Occident moderne - ont quelque chose en commun.Ils réfèrent tous les deux à une dimension idéelle : la société peut jeter un regard réfléchi et critique sur elle-même à travers l\u2019écart qui s\u2019établit entre la réalité empirique et la représentation idéale quelle se fait d\u2019elle-même.La civilisation avec laquelle s\u2019est identifiée la modernité occidentale ne se résume pas au procès empirique de « modernisation » : elle comporte une tension vers des valeurs posées comme universelles (liberté, égalité, etc.) qui définissent a priori une orientation des pratiques sociales dans les domaines politique, juridique, scientifique, culturel.L\u2019idéal qui a orienté la modernité était porteur de contradictions (par exemple entre le principe de la liberté individuelle et la recherche de justice sociale).Ces contradictions ont été immensément amplifiées lorsque le développement concret des sociétés occidentales et leur emprise sur l\u2019ensemble du monde s\u2019est pratiquement confondu avec le développement et l\u2019expansion mondiale du capitalisme industriel, qui échappait à toute finalité idéale.Pour dire les choses rapidement, les lois qui régissent le développement de l\u2019économie capitaliste ont un caractère immédiatement opérationnel : leur « fonctionnement » abolit tout écart entre la réalité du mouvement empirique et une finalité idéale qui lui fournirait une orientation et lui servirait 22 ReLatiONS janvier-février 2002 de justification.Rien ne le montre mieux que ce qu\u2019a été la condition ouvrière au XIXe siècle, dans laquelle la liberté formelle s\u2019accomplissait dans une nouvelle condition de misère et de servitude.Cela a bien sûr provoqué diverses réactions, où était réaffirmée une certaine préséance de la solidarité collective et renouvelée l\u2019idée démocratique d\u2019une prise en charge réfléchie du développement et de ses conditions sociales.Pensons par exemple au mouvement socialiste et social-démocrate, dont l\u2019idéal a cependant été désavoué depuis une trentaine d\u2019années.Cela ne veut pas dire que les sociétés contemporaines n\u2019ont pas répondu à leur manière aux contradictions de la modernité avancée mais quelles l\u2019ont fait de manière purement pragmatique.Elles se sont engagées massivement dans la mise en place de mille procédures de « gestion de problèmes », de mille programmes de contrôle, dans l\u2019élaboration de mille modalités d\u2019adaptation des formes locales de la réalité sociale aux paramètres évolutifs d\u2019une réalité globale dont le mouvement d\u2019ensemble était abandonné aux « forces du marché », dominées elles-mêmes par la spéculation financière.Dans la mutation postmoderne de la société, toute référence idéale est abandonnée au profit du déploiement de modalités de régulation strictement opérationnelles, à caractère systémique.Cela représente la négation même du concept de civilisation tel qu\u2019il a été défini et compris jusqu\u2019ici.itM fi g -«s X Rel.: Peut-on sortir de cette voie?M.F.: Nos sociétés ont renoncé à l\u2019affirmation d\u2019une identité enracinée et signifiante, d\u2019où elles pouvaient affronter d\u2019autres identités signifiantes plantées dans leurs racines propres, avec lesquelles il s\u2019agirait justement de produire une histoire commune dans laquelle les ethnocentrismes réciproques seraient non pas niés mais dépassés.Faut-il alors s\u2019étonner que les « anciens barbares », je veux dire les gens de l\u2019extérieur répondant au concept traditionnel et maintenant anachronique de la barbarie, sortent des poubelles de l\u2019histoire, où les avait relégués la modernité triomphante, pour attaquer avec violence la nouvelle barbarie déferlant sur eux comme sur nous?La question est alors : où est la violence la plus grande?Où est le déferlement de puissance le plus débridé?Où est la plus grande menace pour l\u2019avenir de l\u2019humanité et du monde?Dire quelle vient des talibans est une réponse manifestement dérisoire.Il est cependant plus difficile de trouver et d\u2019ajuster la bonne réponse.Mais une chose est sûre : la domination du système (plutôt : des fonctionnements systémiques) n\u2019est pas l\u2019accomplissement de la civilisation universelle mais sa négation.Et une autre chose l\u2019est peut-être aussi, moins évidemment sans doute : la civilisation occidentale, celle de la Monsieur Mansouri sur le terrain de la future demeure de la famille Dès L'annonce de La Libération de son village, monsieur Mansouri est retourné au Liban pour entreprendre La construction d'un petit bâtiment de six appartements pouvant abriter Les famiLLes de ses frères et sœurs vivant presque tous à L'étranger.IL prévoit y installer un ascenseur, le premier à Aïtaroun.modernité, est une composante d\u2019un accord civilisationnel qui est encore à construire et dans lequel il n\u2019y aurait plus, a priori, de « barbares ».La condition est quelle quitte le piédestal où elle s\u2019est mise : l\u2019avenir de l\u2019humanité reste incertain, et aucune tradition à elle seule n\u2019en détient la clé, même pas la tradition moderne de la sortie de la tradition.Quant à nous, occidentaux (et sans honte de l\u2019être!), c\u2019est en refusant la nouvelle barbarie postmoderne que nous pourrons défendre les valeurs civilisationnelles modernes dans l\u2019édification d\u2019une réalité mondiale - et non pas seulement globale - qu\u2019on osera dire civilisée, pour tous et par tous.\u2022 (Entrevue réalisée par Jean Pichette) janvier-février 2002 ReLatiONS (23 dOSSieR I Une logique de terreur L'idée d'une guerre du Bien contre Le Mal porte en elle Les germes d'une guerre totale, qui asservit La politique à sa Logique et rend La démocratie insignifiante.Jean-Claude Ravet ¦ J >SVvV.> \u2022'«*< La guerre des États-Unis en Afghanistan, George W.Bush l\u2019a nommée « la première du XXIe siècle », pour en souligner la nouveauté : la guerre du Bien contre le Mal.Cette rhétorique ronflante, en plus d\u2019être manichéenne, révèle une inquiétante absence de médiation politique dans le discours du chef de l\u2019État le plus puissant du monde.La guerre n\u2019est plus la continuation de la politique par d\u2019autres moyens, selon la définition classique : elle devient une fin en soi, et la politique est mise à son service.Selon cette logique, il s\u2019agit d\u2019imposer un ordre mondial qui ne supporte aucun questionnement.À cet égard, le langage fanatique de ben Laden, appelant à la guerre sainte contre le Grand Satan, au nom d\u2019une idée de l\u2019islam, procède d\u2019une même logique qui instrumentalise l\u2019humain, le réduisant à n\u2019être qu\u2019un moyen en vue d\u2019une fin irrévocable.Nous aimerions penser comme d\u2019aucuns que nous assistons à une « guerre juste ».Qu\u2019elle ait des effets positifs au pays des talibans, comment pourrions-nous en douter?Mais la légitimer pour cela serait participer de la même logique qui ramène tout à l\u2019efficacité d\u2019un rouage inhumain, se satisfaire de la poudre aux yeux et rester aveugle à ce quelle masque, à ce quelle scelle.N\u2019est-ce pas d\u2019ailleurs à cela que nous contraint la fiction médiatique qui nous fait voir une guerre comme si elle n\u2019avait pas lieu, invisible, sans victimes.dont on ne voit que les effets qu\u2019on veut bien nous montrer?Les bottes de monsieur Mansoun à l'ombre d'un olivier de son village Monsieur Mansouri est resté près d'un an à Aïtaroun à la recherche de ses souvenirs, de ses amis et de ses racines avant de revenir auprès de sa femme et de ses enfants au Canada.Feu le politique Si nous fixons notre attention sur les guerres récentes entreprises par les États-Unis, plusieurs similitudes significatives ressortent de l\u2019analyse - qui n\u2019interfèrent en rien, bien sûr, avec la spécificité géopolitique de chacune d\u2019elles.Elles sont faites contre des adversaires diabolisés qui furent pour la plupart des alliés précieux avant que le vent ne tourne et qui devinrent soudain des monstres sanguinaires.Elles sont menées comme un combat du Bien contre le Mal, au nom de motifs humanitaires; le principe de « mort zéro » sous-tend ces opérations qui se réduisent essentiellement à des raids aériens, à des bombardements massifs au moyen d\u2019appareils sophistiqués; les cibles civiles sont considérées médiatiquement comme des « dommages collatéraux » d\u2019une guerre qui serait chirurgicale et propre; les motifs économiques et géopolitiques en sont totalement escamotés.Sur ce point, mentionnons seulement que le contrôle du Bassin caspien, l\u2019une des sources d\u2019hydrocarbures les plus prolifiques au monde, est un enjeu clé de la guerre en Afghanistan.Ces ressemblances frappantes donnent à penser l\u2019enracinement de la guerre moderne dans le dépérissement du politique - sous la forme de son instrumentalisation et de sa mutation en technocratie.Ainsi, les lois « naturelles » du marché se substituent aux rapports de force et de domination; le lien social n\u2019est plus fondé sur le conflit des opinions et le débat mais sur le diktat des décisions techniques; cette domination technique s\u2019impose au nom d\u2019une idée abstraite d\u2019humanité et ne recule pas devant le sacrifice de masses d\u2019hommes et de femmes pour arriver à ses fins, tout en prenant soin de masquer, au moyen d\u2019une rhétorique humaniste, les motifs inavouables d\u2019accaparement des richesses.Serait-ce là la nouveauté de la guerre?L\u2019avènement d\u2019une civilisation qui aurait banni la réflexion et le jugement politiques, qui ne se fierait plus qu\u2019à l\u2019efficacité et à la puissance technique qui imposent ordre et silence à un monde dans lequel la parole, le débat et le jugement, dangereusement improductifs et inefficaces, doivent se plier au diktat d\u2019une logique de guerre généralisée.Un fait peu souligné aide à comprendre cette logique envahissante.La guerre des États-Unis qui a cours n\u2019en est pas une officiellement.Elle est représailles à une attaque armée, selon les termes de l\u2019article 51 de la Charte de l\u2019ONU.Pourtant, elle en a toutes les apparences, pour ne pas dire la réalité, avec ses pluies incessantes de bombes qui durent depuis des semaines, avec son lot de morts civils et les milliers de réfugiés quelle jette sur les routes, acculés à la famine.Ainsi, faire une guerre sans déclaration de guerre permettrait - outre de jamais la perdre - de la poursuivre indéfiniment, d\u2019en déplacer les bornes à volonté, de la substituer même à la politique.On ne fait plus la guerre pour la gagner, mais pour imposer un ordre, le fortifier, le généraliser.Rap- 24) ReLatiONS janvier-février 2002 peler qui est le maître.N\u2019assistons-nous pas à l\u2019avènement d\u2019une politique impériale d\u2019un nouveau genre?La guerre au terrorisme, par États interposés, n\u2019est plus de l\u2019ordre de la métaphore : elle se subordonne les juges, la police, les politiciens.Ne tend-elle pas à instaurer des mesures permanentes de contrôle, de sécurité, de répression?Au nom d\u2019une démocratie vidée de son sens, la liberté se muerait en sujétion et la politique en stratégie militaire au service d\u2019un ordre économique mondial.La minimisation croissante du rôle de l\u2019ONU au profit de l\u2019OTAN, laissant davantage les coudées franches aux États-Unis, participe de cette instrumentalisation du politique.Elle se perçoit également dans ces tours de passe-passe stratégiques qui font d\u2019un pays, d\u2019un dirigeant, d\u2019un gouvernement, un jour un défenseur de la liberté, un autre jour un suppôt du diable, ou vice versa.Hussein et ben Laden furent soutenus, armés par les États-Unis - les talibans eux-mêmes furent louangés à la Maison-Blanche comme des combattants de la liberté.Et le Pakistan, aujourd\u2019hui un grand allié, était hier un ennemi.Que sera-t-il demain?Le mépris du monde L\u2019instrumentalisation du monde n\u2019est pas non plus étrangère à la transformation d\u2019êtres humains en machines à tuer, comme en témoignent les attentats-suicides du 11 septembre.À cet égard, le principe de « mort zéro » scandé par les dirigeants militaires américains mérite d\u2019être dénoncé, car il signifie à toute fin pratique pour les populations civiles une guerre de terreur.Ce type de guerre ne peut trouver mieux pour secourir les victimes, au nom desquelles elle est pourtant faite, que de réduire leurs terres en cendres et leur monde en désert, sous un orage d\u2019acier, sans qu\u2019on ne livre une vie pour elles, si ce n\u2019est la leur.Ce principe sous-tend une théorie de la guerre totale qui ne fait aucune distinction entre combattants et non-combattants comme cibles stratégiques.Si les premières victimes des frappes sont les populations civiles, c\u2019est qu\u2019au fond cette guerre est indifférente à leur sort.Ces avions « furtifs », sans pilote, orchestrant cette guerre de matériel, ne sont-ils pas le symbole même d\u2019un univers technique, faisant œuvre de civilisation dans le plus grand mépris à l\u2019égard du monde humain?La guerre devient un mode de civilisation, la façon d\u2019habiter pleinement le monde comme s\u2019il n\u2019était qu\u2019un désert, dans lequel les oasis n\u2019auraient même plus de raison d\u2019être.\u2022 Monsieur Mansoun en compagnie de sa fille Nazha à Montréal-Nord À son retour, son père lui a parlé de la nouvelle maison.Toutefois, comme le dit sa mère, Nazha parle plutôt du retour impossible.Ses études, ses amis : tout son avenir est dans son pays d'accueil.Née un 13 octobre, date anniversaire du décès de sa tante, Nazha a hérité de son nom.Un nom qui aujourd'hui prend le sens d'un lien de mémoire qui réunit les continents.POSTFACE Le 11 septembre au matin, j'accrochais cette petite série dans une salle du Gesù au moment même où les tours s'écroulaient.Cette série se voulait et se veut toujours un hommage à monsieur Mansoun : mon effort personnel en quelque sorte pour qu'il ait droit à une forme de justice à défaut d'un accès réel à la Justice.Pour ses opinions, monsieur Mansouri a été emprisonné à trois reprises au Liban Sud.En ce matin du 11 septembre, j'ai vite compris que cette justice que je lui souhaitais tant serait de moins en moins probable, car les bourreaux de monsieur Mansouri prétendaient - et prétendent toujours - que leurs actes (il faut lire ici, crimes de guerre) visaient à combattre le terrorisme.À titre informatif, tous les responsables des centres de détention, à quelques exceptions près, ont pris la fuite et vivent en toute impunité, dont plusieurs au Canada.Fait à noter, la torture était systématique dans ces centres.Monsieur Mansouri a eu cette malchance de naître dans une région du monde que les dirigeants actuels de notre planète ont, manu militari et sans égard aux populations civiles, déclaré « fief de terroristes ».La famille Mansouri a payé de sa liberté pour avoir osé s'opposer par la parole aux atrocités commises par les Forces de défense israélienne et leur allié de l'Armée du Liban Sud (ALS) lors de l'occupation illégale de la région.Forcés à l'exil, les Mansouri ont choisi Montréal comme cité refuge.Souhaitons que leur choix, que je crois en être un de cœur, ne soit pas assombri par les politiques et décisions de nos gouvernants inscrites dans cette terrifiante expression « Vous êtes avec nous ou contre nous ».Josée Lambert janvier-février 2002 dOSSieR I Où sont les femmes?Les nombreux conflits qui agitent le monde laissent souvent les femmes dans l'ombre.Et pourtant, nul doute qu'elles sont présentes dans les divers conflits, particulièrement dans la résistance et la reconstruction de leur pays après les combats.Nicole Laurin, Françoise Nduwimana, Élisabeth Garant et Anne-Marie Aitken, toutes quatre membres du comité de rédaction de Relations, nous livrent quelques réflexions recueillies lors d'une table ronde.Silence dans les médias Quelques femmes et groupes de femmes ont donné leur opinion sur les attentats du World Trade Center, au Québec, en France ou aux États-Unis, mais globalement ce sont les hommes qui ont pris la parole dans les journaux et à la télévision.Je me suis demandée pourquoi la parole des femmes à propos du conflit en Afghanistan ne perçait pas dans les prises de position publiques.Lors de rencontres amicales, c\u2019étaient aussi les hommes qui parlaient de la guerre.Les femmes, nous en parlions dans la cuisine, c\u2019est-à-dire à côté.J\u2019en conclus que nous ne nous sentons pas autorisées à parler de cette question.La guerre est une affaire d\u2019hommes.Ce sont des hommes qui la décident et qui la font, parce que la guerre est une affaire de pouvoir, l\u2019ultime exercice du pouvoir fondé sur la force.Le pouvoir est masculin, au moins symboliquement.Nous, les femmes, nous sommes en dehors.La guerre se passe en Afghanistan, la réaction des femmes ici n\u2019est pas la même que celle des femmes qui la subissent là-bas.Beaucoup de femmes, particulièrement au Sud, sont encore élevées dans la vertu du silence : « Tu souffres, mais si tu es une vraie femme, tu gardes ta souffrance pour toi.» Cela a un impact effroyable.Elles acceptent parce qu\u2019elles sont femmes.Mais c\u2019est une chose qu\u2019il faut dénoncer, et heureusement cela commence à se faire.Au Pakistan, au Bangladesh, en Inde et en Afghanistan, des coutumes répriment les libertés individuelles et collectives.Pensons à tous les lynchages, à tous les crimes d\u2019honneur que quelques rapports d\u2019Amnistie internationale dénoncent, mais que les femmes subissent et quelles acceptent, malgré elles, au nom des droits coutumiers.La guerre se situe dans cette logique.Cela ne veut pas dire que toutes les femmes se taisent pour autant.Ici, des femmes se mobilisent au nom de la solidarité, alors que là-bas, des femmes se mobilisent parce qu\u2019elles sont victimes.26 ReLatiONS janvier-février 2002 La guerre est une affaire d'hommes.Ce sont des hommes qui la décident et qui la font, parce que la guerre est une affaire de pouvoir.Des femmes ont été très présentes sur Internet à travers de nombreux sites féministes.Ces sites fournissent de nombreuses informations alternatives qui les concernent et dans lesquelles elles sont actrices.Là, elles ne parlent pas de guerre mais de paix, des conditions de la paix.Je me demande si cette situation de silence dans les grands médias et de paroles échangées entre femmes sur le Web, en faveur de la paix, ne renforce pas un stéréotype que nous dénonçons : les femmes seraient avant tout des pacifistes car elles cherchent à protéger la vie de leurs enfants.N\u2019est-ce pas enfermer, une fois de plus, les femmes dans leur fonction maternelle et ne pas les reconnaître comme citoyennes à part entière, ayant voix au chapitre dans la sphère publique?(.] Pas seulement victimes Si on perçoit la participation à la guerre uniquement en termes d\u2019affrontement militaire, oui on peut dire que ce sont majoritairement les hommes qui font la guerre.Mais certaines guerres sont aussi le combat des femmes.Pensons aux guerres de libération et aux conflits interethniques dans lesquels les femmes s\u2019identifient avant tout à la cause des leurs.On ne peut pas dire quelles sont simplement victimes.En Erythrée, les effectifs féminins constituaient 40 % des combattants de la liberté.Au Rwanda, en plus de l\u2019appui logistique sur le front militaire, les femmes ont joué un rôle important dans l\u2019entretien de la fibre patriotique.Cela s\u2019est fait par le truchement de la mobilisation artistique et par l\u2019éducation aux valeurs traditionnelles dispensées aux générations nées en exil.Dans un autre registre, beaucoup d\u2019exemples montrent que les femmes peuvent participer à des actions destructrices.Je mettrais donc des bémols à la définition des femmes comme victimes des guerres uniquement.Dans certains conflits ethniques, les femmes ne sont pas plus prêtes que les hommes à ramener un peu de raison.C\u2019est l\u2019exemple de l\u2019ex-Yougoslavie.Le livre de Madeleine Gagnon, Les femmes et la guerre, est absolument frappant là-dessus.Elle a rencontré des femmes qui ont été blessées, meurtries, mais qui étaient incapables d\u2019accepter que les femmes de l\u2019autre camp aient aussi été victimes de viol.Elles associaient ces propos à de la propagande.Cependant, il faut reconnaître que, dans tous les pays du monde, les femmes sont avant tout des réconciliatrices.Autant les hommes sont au premier plan pour lancer la guerre, autant les femmes le sont quand il s\u2019agit de reconstruire.On l\u2019a vu au Liban, au Sri Lanka.En Europe, durant la Deuxième Guerre mondiale, les femmes voulaient la chute d\u2019Hitler, elles étaient contre le fascisme, , .EasSm Yl *¦¦>¦¦ '¦ XS\"'i^£ À i-Or/ wmi :¦ \\ ,v \"H*' elles ont participé à ia résistance.En Algérie aussi.Mais on ne peut pas nier que les femmes soient solidaires, jusqua un certain point, de leur société, de leurs hommes, des valeurs au nom desquelles se fait la guerre.Pendant la Première Guerre mondiale, les femmes canadiennes ont pris la place des hommes au travail, elles sont ensuite revenues à la maison.Durant la Deuxième Guerre mondiale, les femmes sont de nouveau allées en usine, mais quand les hommes sont revenus, elles ne sont pas toutes retournées pour autant à la maison.Elles ont revendiqué le droit de continuer à travailler.Peut-être qu'à force de luttes, elles auraient fini par gagner une place dans certains secteurs de travail, mais la guerre a accéléré les choses jusqu\u2019à un point de non-retour.C\u2019est là le paradoxe.Les femmes ne sont pas particulièrement favorables à la guerre, mais l\u2019histoire leur apprend que des guerres ont fait avancer certaines questions sociales, dont leur cause.Les femmes afghanes partageaient aussi cette ambivalence : elles ne souhaitaient pas que des civils meurent, elles ne voulaient pas que la guerre reprenne ou continue, mais en même temps elles ne pouvaient être indifférentes à la perspective d\u2019être libérées de la cruauté des talibans.Beaucoup de gens s\u2019arrêtent à ces gains positifs de la guerre qui servent presque à la justifier après coup.Cependant à y regarder de plus près, on se dit que la guerre n\u2019est pas la solution parce qu\u2019à long terme, plein de choses ne sont pas réglées.I.I Les talibans sont peut-être partis, mais il est trop tôt pour dire que la situation des femmes va changer, parce que l\u2019Alliance du Nord a été la première formation à brimer leurs droits.Or l\u2019Alliance sort gagnante de cette guerre.Attention à la récupération de la question des femmes par la communauté internationale, par l\u2019administration Bush en l\u2019occurrence! On essaie de nous faire croire que cette guerre a été faite pour libérer les\tiva zimova, femmes afghanes! Or c\u2019est au nom et uniquement au nom de la\tfemme en burqa, lutte contre le terrorisme que les bombardements américains Afghanistan, 2001 ont été menés.Qu\u2019à l\u2019instar des talibans, des régimes oppriment les femmes ailleurs dans le monde, cela n\u2019a jamais suscité une offensive militaire.[.] Héroïnes de la reconstruction Dans certains pays, la reconstruction après la guerre repose principalement sur les épaules des femmes, mais ce n\u2019est pas valorisé.Les femmes ne sont jamais considérées comme des héroïnes de la guerre.Ce quelles font paraît normal.Au début, les États-Unis ont dit qu\u2019ils ne voulaient pas participer à la reconstruction de l\u2019Afghanistan, c\u2019est pourquoi après le temps des bombardements, ils vont confier le leadership à l\u2019ONU qui est tout à coup revigorée dans son rôle.La reconstruction en tant que telle n\u2019est vraiment pas leur priorité.L\u2019aide internationale n\u2019est d\u2019ailleurs pas leur priorité quand on sait qu\u2019ils donnent seulement 0,1 % de leur PIB, alors qu\u2019ils devraient aller jusqu\u2019à 0,5 %.De même, on ne peut pas dire que leur politique intérieure apporte un soutien aux femmes qui vivent dans la pauvreté ou dans des situations de détresse.[.] Les femmes afghanes vont être dans une situation de dépendance, elles vont voir arriver les organismes internationaux qui vont leur dire ce quelles doivent faire.Vont-ils leur demander comment elles veulent reconstruire?Probablement pas, ils vont venir les gérer.I.] Les initiatives de paix viennent beaucoup des femmes.Il y a des exemples assez pertinents.Je pense à l\u2019Association des janvier-février 2002 ReLatiONS (27 dOSSieR veuves du génocide du Rwanda dont on m\u2019a partagé l\u2019expérience.Ces initiatives de femmes ne sont pas appréciées à leur juste valeur par le gouvernement.Si des hommes faisaient ces petites choses, ils seraient perçus comme des héros.Mais les femmes, non! Cela se vit au quotidien, en continuité avec la maternité.Autant il y a un certain appui à la guerre quand il s\u2019agit de sauver sa culture, de sauver son territoire pour ses enfants, parce qu\u2019on ne veut pas qu\u2019ils perdent tout; autant il y a ce souci de reconstruire, de refaire, de recommencer, de bâtir la paix.Les femmes se rendent assez vite compte que la violence ne mène à rien.Si elles veulent vraiment un avenir pour leurs enfants, elles doivent faire les choses autrement.Les femmes se rendent assez vite compte que la violence ne mène à rien.Si elles veulent un avenir pour leurs enfants, elles doivent faire les choses autrement.C\u2019est de la vie dont nous sommes responsables collectivement, que nous ayons des enfants ou pas.Responsables de la vie quotidienne et du fait que la société soit viable.Il faut que les gens puissent vivre.[»\u2022] De nouveaux rapports de pouvoir?« Bien loin de subvertir l\u2019ordre des sexes, les guerres l\u2019ont toujours renforcé.Elles radicalisent le masculin et approfondissent le fossé entre les hommes et les femmes.» écrit Benoîte Groult dans la préface du livre de Madeleine Gagnon.Peut-être que les guerres et la violence s\u2019enracinent même dans la domination d\u2019un sexe sur l\u2019autre! tances où l\u2019État peut user de la force.Tu as des droits mais si tu fais telle chose, la police peut te « tirer » dessus.Dans les affaires internationales, il y a un droit aussi, mais quand les choses vont trop loin, on décide de faire la guerre.Si les rapports hommes-femmes dans le quotidien, dans la vie politique et sociale, étaient davantage des rapports de collaboration que de domination, la manière de concevoir la guerre changerait peut-être.Si la relation homme/femme dans la société était pensée et vécue en termes de différence et non de conflit, elle contribuerait peut-être à instaurer d'autres rapports sociaux et internationaux.Je pense que c\u2019est vrai aussi dans l\u2019autre sens.Qu\u2019est-ce qui fait que les rapports hommes-femmes sont ce qu\u2019ils sont, sinon que les hommes disposent collectivement du pouvoir?Pour changer ces rapports, il faudrait qu\u2019il y ait quelque chose qui se passe dans l\u2019exercice du pouvoir lui-même.Les quelques femmes qui se retrouvent au pouvoir entrent dans la logique de guerre, parce quelles sont dans un exercice du pouvoir qui est dominant.La représentativité des femmes dans les organes décisionnels pose question.En Afrique, c\u2019est rare que les femmes soient massivement présentes au gouvernement.Ce sont plutôt des unités.Ces femmes qui occupent des ministères proches de la vie des femmes (famille, affaires sociales, condition féminine.) sont là, pour la plupart des cas, parce quelles ont été portées par un courant politique.Mais elles ne sont pas tellement là pour les femmes, même si elles ont été choisies pour les représenter.Arrivées dans ces organes de pouvoir, elles servent avant tout la ligne du parti.Les guerres révèlent les rapports de pouvoir.Le pouvoir est toujours fondé sur la force, sinon il n\u2019y a pas de pouvoir.On essaie dans nos sociétés de fonder le pouvoir sur le droit.Même quand le pouvoir est fondé sur le droit, il y a des circons- Les rapports sociaux, fondés sur le pouvoir, sont des rapports entre groupes dominants-dominés.Quand les rapports sociaux ne seront plus fondés sur la force, les relations hommes/ femmes pourront changer.Mais comment va-t-on faire pour en arriver là?\u2022 Pour prolonger la réflexion LIVRES BARBER, Benjamin, Jihad versus McWorld : mondialisation et intégrisme contre la démocratie, traduit de l\u2019américain par Michel Valois, Paris, Desclée de Brouwer, 1996.BEN-AMI, Shlomo, Quel avenir pour Israël?, Paris, PUF.2001.BENSAÏD, Daniel, Contes et légendes de la guerre éthique, Paris, Textuel, 1999.BERQUE, Jacques, Mémoires des deux rives, Paris, Seuil, 1989.BERQUE, Jacques, Le Coran.traduction.Paris, Sindbad, 1991.BERQUE, Jacques, Relire le Coran, Paris, Albin Michel, 1993.BRISAR.Jean-Claude et DESQUIÉ, Guillaume, Ben Laden : la vérité interdite, Paris, Denoël, 2001.GAGNON, Madeleine, Les femmes et la guerre.Montréal, VLB Éditeur, 2000.GHAL10UN, Burhan, Islam et politique, Paris, La découverte, 1997.HUNTINGTON, Samuel, Le choc des civilisations, traduit de l\u2019anglais par Jean-Luc Fidel, Paris, 0.Jacob, 2000.MATTÉI, Jean-François, La barbarie intérieure.Essai sur / immonde moderne, Paris, PUF, 1999.RASHID, Ahmed.L'ombre des talibans, Paris, Éditions Autrement Frontières, 2001.SAÏD, Edward, Israël-Palestine : l'égalité ou rien, Paris, La Fabrique, 1999.SFEIR, Antoine, Les réseaux d'Allah- Les filières islamistes en France et en Europe, Paris, Plon, 2001.WARSCHAWSKI, Michel, Le défi binational, Paris, Textuel, 2001.28 ReLatiONS janvier-février 2002 Vous avez manqué I nimKEEM irT ReLatiONS ReLatiONS Sommet dos Am< la démoa entmu ReLatiONS U fatigue politique du Québec ReLatiONS RefatiONS Nos amies, les bêtes?ReLatiONS ReLatiONS La sexualité interdite?Ensemble contre le racisme un numéror Numéros de Relations encore disponibles : Apocalypse now?(N° 666, JANVIER-FÉVRIER 2001) Sommet des Amériques/La démocratie emmurée (n° 667, mars 2001) La fatigue politique du Québec (n° 668, avril-mai 2001) La société dans le miroir de la maladie mentale (n° 669, juin 2001) Nos amies, les bêtes?(N° 670, JUILLET-AOÛT 2001) La sexualité interdite?(N° 671, SEPTEMBRE 2001) Ensemble contre le racisme (N° 672,OCTOBRE-NOVEMBRE 2001) Chaque numéro est offert au prix de 3 $.Téléphonez à Hélène Desmarais, au (514) 387-2541, ou écrivez-lui à relations@cjf.qc.ca Prochain numéro Le numéro de mars de la revue Relations sera distribué en kiosques et en librairies dans la semaine du 4 mars.Il comprendra notamment : \u2022\tun dossier sur les fonds de pension, que la logique financière tend à enfermer de plus en plus dans la spéculation, au détriment d'un régime public fondé sur la répartition; \u2022\tun article sur l\u2019Angleterre qui, sous la gouverne de Tony Blair, apparaît aux yeux de plusieurs comme une voie à suivre pour la social-démocratie; \u2022\tune controverse sur le « mariage » homosexuel; \u2022\tune réflexion sur l\u2019éducation de la foi au Québec dans le contexte de la déconfessionnalisation des écoles; \u2022\tle cinquième épisode du feuilleton de Wajdi Mouawad, Architecture d'un marcheur, illustré par Marc Séguin; \u2022\tdes œuvres de notre artiste invité, David Lafrance.A * *!¦, » ¦ôSM *¦ i JËkt- I3M David Lafrance, Malade, Eau forte, 1999.janvier-février 2002 aiLLeuRS Le Soudan en otage La proclamation d'une république islamique au Soudan a enflammé les velléités du sud et attisé les tensions entre le nord et le sud, tandis que les grandes entreprises internationales qui exploitent le pétrole font le jeu du gouvernement en place.Simone Dumoulin EGYPTE LIBYE ARABIE SAOUDITE TCHAD Kreartoum/*, >YEMEN SOUDAN ÉTHIOPIE CENTRAFRIQUE L'auteure est PRÉSIDENTE DE Vigilance Soudan, ASSOCIATION MEMBRE de la Coalition EUROPÉENNE CONTRE l'exploitation DU pétrole au Soudan (ECOS) L \u2019ambiguïté de la société soudanaise est la source des 35 années Ide guerre intérieure que le pays a connues depuis l\u2019indépendance, en 1956.Un racisme latent donne aux Soudanais du centre nord un sentiment de supériorité à l\u2019égard de leurs compatriotes du nord qui n\u2019ont pas de sang arabe.Ce sentiment est encore plus fort à l\u2019égard de ceux des autres régions dont la langue maternelle n\u2019est pas l\u2019arabe.Il atteint son paroxysme à l\u2019égard de ceux qui ne sont pas musulmans au sud, dans les monts Nouba et le Haut-Nil bleu.Il s\u2019accompagne dans la vie publique d\u2019une propension à accaparer pouvoir et richesses.Cette attitude est la part d\u2019ombre d\u2019un peuple très attachant.De 1899 à 1956, le Soudan fut un condominium anglo-égyptien.Peu avant son accès à l\u2019indépendance, un comité de soudanisation attribua aux Soudanais du nord les postes jadis occupés par les Anglais, sans même imaginer que des sudistes pourraient y prétendre.Ce fut la principale cause de la première guerre du sud, qui éclata dès août 1955.Pour résoudre le problème, le gouvernement voulut uniformiser le pays en imposant l\u2019arabisation et l\u2019islamisation dans le sud, ce qui ne fit qu\u2019exacerber les tensions.En 1969, l\u2019armée fit un coup d\u2019État et, en 1972, le nouveau chef d\u2019État, Nimeiri, signa l\u2019Accord d\u2019Addis-Abbeba qui procura au sud une large autonomie et onze années de paix.En 1983, Nimeiri, imaginant qu\u2019il n\u2019avait plus rien à craindre du sud, lui retira son autonomie pour des raisons jamais vraiment éclaircies.Dans le nord, il se tourna vers le petit parti des Frères Musulmans (le futur Front national islamique), dont il appliqua l\u2019un des chevaux de bataille, la charia.Sur ce, le pétrole ayant été découvert dans le sud, il décida que le brut serait acheminé par oléoduc vers le nord.La coupe étant pleine, la seconde guerre du sud fut déclenchée avec la naissance du Mouvement/Armée de Libération du Peuple Soudanais (M/ ALPS) du colonel Garang.Ce leader demandait un Soudan laïc, démocratique et unifié.Pourquoi laïc?L\u2019imposition de la charia La charia est un système global qui régit les individus et la société dans le cadre d\u2019un mode de vie culturel et économique précis, étranger à beaucoup de Soudanais, même musulmans, et dont le corollaire est que les non-musulmans sont des citoyens de seconde zone.On annonça que l\u2019aspect pénal de la charia (flagellation, amputation, .) ne devait pas être appliqué dans le sud.Les autres aspects subsistaient et les non-musulmans dans le nord étaient toujours soumis à la charia.Les musulmans eux-mêmes n\u2019appréciaient pas cette surveillance pointilleuse de leur vie.En 1989, un gouvernement démocratiquement élu, après accord avec le colonel Garang, décida finalement de ramener la paix en supprimant la charia.Mais au parlement, Tourabi, leader cha- rismatique et fin stratège du Front national islamique (FNI), déclara qu\u2019il fallait faire la guerre sainte.Le programme du FNI prônait l\u2019instauration d\u2019une république islamique, sans que le contenu de cette institution n\u2019ait jamais été précisé.Le parti était composé d\u2019étudiants issus de milieux modestes, de jeunes loups à l\u2019intelligence vive et aux dents longues que le FNI nommait à des postes de l\u2019administration après les avoir aidés financièrement pendant leurs études -profitant de l\u2019inconscience des gens en place.En effet, le parti était riche.Il avait su gérer la manne venue d\u2019Arabie Saoudite et en 1984, année de sécheresse et de famine, il avait fait des profits substantiels avec l\u2019accaparement des grains.Les musulmans en général considéraient le FNI comme un groupe d\u2019ambitieux sans scrupules, se servant de la religion à leurs propres fins.Quatre jours avant la concrétisation des premières mesures qui devaient mener à la suppression de la charia et à la paix, le Front national islamique fit un coup d\u2019État.Se révélèrent alors les méthodes et le programme du nouveau régime.« Tous les droits de l\u2019homme sont violés à grande échelle dans tout le pays », écrit à cette époque Gaspar Biro, rapporteur spécial des droits de l\u2019Homme des Nations unies.Dans les régions musulmanes, le nouveau régime interdit les partis politiques, même l\u2019Umma et le parti unioniste démocratique (PUD) qui plongent leurs racines dans l\u2019islam traditionnel soudanais réunissant soufis et musulmans modérés.De nombreuses personnalités politiques se sont enfuies à l\u2019étranger.Au fil des ans, la pression s\u2019est relâchée : aujourd\u2019hui, moins de personnes sont torturées par les forces de sécurité.Selon certains, la peur aurait enseigné la prudence.Selon d\u2019autres, 12 ans de propagande intensive par la radio, la télévision et les livres scolaires auraient converti la population à l\u2019islamisme militant, Quoi qu\u2019il en soit, le régime essaie aujourd'hui de redorer son blason.La 30 ReLatiONS janvier-février 2002 aiLLeuRS Constitution accorde beaucoup de droits fondamentaux, sans permettre toutefois l\u2019abrogation des lois contraires.Ainsi, de nombreuses lois contredisent la liberté de religion quelle proclame.Plusieurs millions d\u2019animistes et de chrétiens déplacés du sud vers le nord sont touchés par la discrimination.Souvent, ils n\u2019ont pas droit à la protection que la loi devrait leur accorder.La Constitution organise aussi un certain partage des pouvoirs.Cependant il faut adhérer au système existant pour se présenter à des élections parlementaires truquées.1^ guerre du pétrole En 1992, le régime a su utiliser des rivalités de personnes, d\u2019ethnies, et des ambitions inassouvies pour diviser la rébellion et s\u2019allier des milices sudistes qu\u2019il armait, augmentant encore les malheurs des civils.En vue de gagner la guerre, le djihada été déclaré, donnant aux recrues l\u2019envie de tuer et le courage d\u2019être tué.Cependant, les réconciliations au sud, sous la houlette du Conseil des Églises, et le fait que le régime n\u2019ait pas tenu ses promesses aux rebelles ralliés ont quasiment arrêté ce processus.Des nomades arabes voisins continuent à recevoir du régime des armes qui leur permettent de faire des razzias dans le sud, dont les bénéfices sont leur seul salaire.C\u2019est à eux que l\u2019on doit les milliers de réductions en esclavage dont souffre le Soudan.Depuis 1983, la guerre a causé de deux à trois millions de morts chez les civils, de quatre à six millions de personnes déplacées à l\u2019intérieur du pays.Des millions d\u2019autres ont fui à l\u2019étranger.Mais l\u2019horreur ne s\u2019arrête pas là.L\u2019exportation du pétrole a commencé en 1999.Son exploitation, par les sociétés d\u2019État chinoise et malaise, la canadienne Talisman, la suédoise Lundin et l\u2019autrichienne OMV, s\u2019est accompagnée d\u2019une politique systématique de terre brûlée.11 ne s\u2019agit pas de bavures, mais d\u2019une tactique destinée à assurer la sécurité du personnel et des installations.Trop de sources le rapportent pour qu\u2019on puisse en douter.Les autorités ne disent pas à la population de quitter la région mais, sur une distance allant jusqu\u2019à 300 km autour des puits à exploiter, les villages sont bombardés, les villageois mitraillés par des hélicoptères.Puis les forces armées ou milices brûlent les maisons, tirent sur les fuyards, violent les femmes, pillent le bétail.Ceux qui s\u2019échappent meurent souvent de faim, d\u2019autres survivent et témoignent.Dans un même temps, l\u2019argent du pétrole alimente l\u2019intensification de la guerre.Les experts s\u2019accordent pour estimer que depuis l\u2019exportation du pétrole en 1999, les dépenses militaires ont doublé (2 millions $US par jour).À la suite de la campagne canadienne poussant les actionnaires à désinvestir leur argent de Talisman, beaucoup se sont déclarés en faveur de l\u2019arrêt de l\u2019exploitation du pétrole au Soudan avant que n\u2019intervienne une paix juste et durable.Citons la Conférence des Evêques du Soudan, la Mission œcuménique canadienne au Soudan et la Coalition Européenne contre l\u2019Exploitation du Pétrole au Soudan (ECOS), regroupant une soixantaine d\u2019associations.Dans tout le Soudan, la stratégie consiste à établir un contrôle rigoureux des ressources politiques, économiques et humaines.Les améliorations sont de façade; seule une poignée de personnes a le droit quasi officiel de critiquer le régime.Les discours intérieur et international sont souvent opposés.Lorsque la pression occidentale se fait trop forte, le régime lâche un peu de lest sur un point qu'il considère comme mineur, par exemple l\u2019esclavage.De même, le flamboyant prophète Tourabi a été limogé, mettant en sommeil la visée expansionniste d\u2019une vision despotique de l\u2019islam.Mais le véritable but du régime reste inchangé : se maintenir au pouvoir.\u2022 Des femmes de la Force nationale de défense populaire MANIFESTENT LEUR SOUTIEN AU PRÉSIDENT al-Beschir, en 2000, Canapress/A.RAOUF janvier-février 2002 ReLatiONS (31 coNtRoveRse Quels tribunaux internationaux pour juger les crimes contre l'humanité?L'auteur est PROFESSEUR DE DROIT INTERNATIONAL À l'UQAM On peut émettre des doutes sur le mode de création des tribunaux internationaux.Cependant, ceux-ci donnent un remarquable souffle de vie au droit humanitaire Marco Sassôli Pour beaucoup d\u2019observateurs, il ne fallait pas réagir par la guerre aux attaques du 11 septembre 2001 mais par les moyens du droit pénal international, car elles constituaient des crimes et non pas une agression armée, notion traditionnellement réservée à des actes étatiques.D\u2019aucuns ont même proposé de traduire leurs auteurs devant des tribunaux internationaux, puisqu'il s\u2019agirait d\u2019un crime contre l\u2019humanité, donc d\u2019un crime international.L\u2019obligation de réprimer universellement ce genre de crime est longtemps restée lettre morte.Ce n\u2019est qu\u2019à la suite des exactions commises en ex-Yougoslavie, qui ont particulièrement marqué l\u2019opinion publique occidentale, que cette obligation est ressuscitée.Les États ont réagi avec le seul procédé d\u2019urgence que connaît le droit international actuel, soit une résolution du Conseil de sécurité de l\u2019ONU, en établissant le Tribunal pénal international pour l\u2019ex-Yougoslavie (TPIY).Par la suite, le double standard aurait été trop évident si celui pour le Rwanda (TPIR) n\u2019avait pas été créé.L\u2019on peut certes exprimer des doutes sur le mode de création de ces tribunaux internationnaux (TPI).Mais, en pratique, si l\u2019on avait eu recours au mode traditionnel permettant de créer de nouvelles institutions internationales, soit celui d\u2019une convention, aucun de ces tribunaux n\u2019aurait probablement encore vu le jour.Compétences et avantages Ils sont compétents pour reconnaître les actes de génocide, de crimes contre l\u2019hu- manité et de crimes de guerre.La compétence du TPIY s\u2019étend à toute personne ayant commis l\u2019un de ces crimes sur le territoire de l\u2019ex-Yougoslavie depuis 1991, incluant donc ceux qui continuent à être commis au Kosovo et en Macédoine.Le TPIR, en revanche, n\u2019est compétent qu\u2019à l\u2019égard des crimes commis au cours de l\u2019année 1994.Tout tribunal développe et précise le droit qu\u2019il est censé appliquer.La jurisprudence des TPI peut être critiquée à maints égards, mais elle donne un souffle de vie remarquable au droit international humanitaire qui sert de base à ses décisions.Sans ces tribunaux ad hoc, le statut de la Cour pénale internationale (CPI) n\u2019aurait certainement pas encore été adopté, comme ce fut le cas, le 17 juillet 1998, à Rome.Celle-ci sera compétente pour les mêmes crimes que ceux jugés par les TPI, mais sans être soumise aux mêmes limitations géographiques.Ce traité n\u2019obligera que les États qui y seront parties prenantes.Si l\u2019État sur le territoire duquel ont eu lieu les crimes ou si l\u2019État dont est ressortissante la personne poursuivie est lié par le statut de Rome, la CPI sera compétente.Aucun consentement de l\u2019État concerné ne sera nécessaire lorsque le Conseil de sécurité déférera une situation à la CPI.Début décembre 2001, 47 des 60 États nécessaires pour son entrée en vigueur avaient ratifié le statut de Rome.Le Canada est de ce nombre, tandis que les États-Unis s\u2019y opposent avec ferveur parce que la CPI pourrait juger des Américains contre la volonté de leur gouvernement.Cette hostilité diminue, bien évidemment, de beaucoup la crédibilité de l\u2019engagement des États-Unis en faveur des TPI.En effet, celui qui veut promouvoir la justice pour les autres doit accepter d\u2019y être également soumis.Dans la conception traditionnelle du droit international, seuls les États pouvaient se rendre coupables d\u2019une violation et faire l\u2019objet de sanctions.En réalité, les violations résultent inévitablement d\u2019actes ou d\u2019omissions d\u2019individus.Auparavant, ces individus ne pouvaient être punis que par l\u2019État qui servait d\u2019écran entre eux et le droit international.L\u2019établissement des TPI a percé ce voile et rendu visible la responsabilité individuelle devant le droit international.Ces tribunaux et la CPI sont donc les manifestations les plus évidentes d\u2019une nouvelle couche du droit international : le droit interne de la communauté internationale composée de six milliards d\u2019êtres humains.Les procès pénaux ont des avantages évidents, si on les compare à la réaction traditionnelle à des violations, soit les sanctions.D\u2019abord, ils sont déclenchés dans une procédure régulière, formalisée et égale pour tous, sans droit de veto et beaucoup moins influencée par des considérations politiques que les résolutions du Conseil de sécurité, seul organe de la société internationale habilité à décréter des sanctions.Ensuite, de tels procès sont dirigés contre les coupables présumés et non pas, comme le font inévitablement les sanctions militaires ou économiques, contre des innocents.De plus, l\u2019action pénale n\u2019individualise pas seulement la punition, mais aussi la responsabilité.Elle reconnaît que les crimes n\u2019ont pas été commis par des peuples, mais par des individus.Aussi longtemps que la responsabilité restait celle des États et donc, des peuples, chaque violation comportait le germe de la prochaine guerre.C\u2019est ici que repose la mission civilisatrice et pacificatrice de la justice pénale internationale.\u2022 32 ReLatiONS janvier-février 2002 coNtRoveRse Un processus sans précédent dans\tl'histoire est désormais\tinstitutions ont primauté de compétence sur les juridic- en marche : celui de\tla création\td'institutions suprana-\ttions nationales.Mais le nouvel « ordre mondial» qui est tionales chargées de\tsanctionner\tles crimes exception-\ten train de se bâtir n'instaure-t-il pas, dans les faits, une nels qui placent leurs\tauteurs au\tban de l'humanité.Ces\tjustice de vainqueurs?La justice pénale internationale est dans une impasse car elle est l'expression du pouvoir hypocrite des grandes puissances Michael Mandel En mai 1999, avec un groupe d'avocats d\u2019Amérique du Nord et du Sud, j\u2019ai déposé une requête de crimes de guerre contre 68 dirigeants de l\u2019OTAN.Nous sommes allés à La Haye pour demander au TPIY d\u2019inculper l\u2019OTAN.En juin 2000, Caria Del Ponte a répondu quelle estimait que l\u2019OTAN n\u2019était coupable d\u2019aucun crime et, que de ce fait, elle n\u2019ouvrirait pas d\u2019enquête.Elle fit paraître un rapport de blanchiment sans motifs convaincants.Heureusement Amnistie internationale, de son côté, fit aussi paraître un rapport qui concluait que l\u2019OTAN était coupable de crimes de guerre.À la lecture de ces deux rapports, il est difficile d\u2019affirmer que celui du TPIY n\u2019est pas frauduleux! lin tribunal corrompu La guerre menée par l\u2019OTAN a été une violation consciente du droit international et de la charte des Nations unies.On l\u2019a qualifiée « d\u2019intervention humanitaire » de manière à la rendre sinon légale, du moins plus acceptable.Mais l\u2019humanitaire cachait d\u2019autres motifs qui n\u2019ont rien à voir avec lui : la nécessité de donner un nouveau rôle à l\u2019OTAN après la Guerre froide, l\u2019implacable campagne de sape de l\u2019autorité des Nations unies menée par les États-Unis, l\u2019expansion de l\u2019industrie militaire, l\u2019expérimentation de nouvelles armes, d\u2019importants contrats de reconstruction, enfin le contrôle d\u2019un pipeline pétrolifère dans la mer Caspienne.À l\u2019heure actuelle, la « guerre d\u2019agression » ne figure pas parmi les crimes reconnus par les statuts du Tribunal de La Haye.Il en est ainsi parce que les États-Unis n\u2019ont pas voulu que cela y figure, de la même manière qu\u2019ils n\u2019ont pas voulu que ce crime figure dans le statut de la Cour pénale internationale, adopté à Rome, en 1998.C\u2019est un fait qui sape sa légitimité.Mais le droit international, lui, inclut les « crimes contre l\u2019humanité », dont le « meurtre » et « autres actes inhumains ».Les responsables de l\u2019OTAN ont planifié une campagne de bombardements dont ils savaient quelle était contraire aux principes fondamentaux du droit international et quelle occasionnerait la mort ou les blessures de milliers de civils, parmi eux des femmes et des enfants.Les responsables de l\u2019OTAN ont délibérément et illégalement pris pour cibles des lieux sans aucun enjeu militaire.En procédant ainsi, ils ont cherché à décourager et à affaiblir la volonté du peuple et non à imposer une défaite à l\u2019armée.Ils sont donc coupables de tueries.Même si Milosevic était coupable, le fait que les crimes de l\u2019OTAN ne soient pas poursuivis enlève tout crédit au TPIY.La justice pénale internationale dans une impasse Grâce à un important lobby occidental, le statut de la Cour pénale internationale exclut donc le crime d\u2019agression et définit les crimes de guerre en favorisant les grandes puissances (tendant à exclure la manière dont elles se conduisent dans leurs interventions « humanitaires » et d\u2019autodéfense).11 permet aussi des ac- cords entre États pour passer outre au devoir d\u2019arrêter les criminels de guerre.Cependant la Cour pénale internationale a cela de bon que les juges et les procureurs ne sont pas soumis au veto des États-Unis (comme c\u2019est le cas pour les juges et les procureurs du TPIY, via le Conseil de sécurité).C\u2019est la raison pour laquelle les États-Unis ne la ratifieront jamais.Or qui oserait penser une justice pénale internationale qui ne serait pas appliquée par la plus grande puissance du monde?11 en ressort que la Cour pénale internationale est réduite à jouer un rôle de pure propagande, en faisant croire que la punition des ennemis de l\u2019Amérique s\u2019inscrit dans un mouvement universel de lutte contre l\u2019impunité.Dans les faits, la guerre contre l\u2019Afghanistan a déjà fourni la preuve que le droit pénal international joue un rôle unidimensionnel de légitimation de la guerre.La possibilité de procédures criminelles envers Oussama ben Laden ou autres suspects des attentats du 11 septembre devant une cour internationale impartiale a été largement réclamée par les défenseurs de la paix, et même par le gouvernement afghan, comme une sérieuse alternative de paix, mais elle a été rejetée par les Américains car elle ne correspondait pas à leur plan de guerre.Ainsi le droit pénal international semble-t-il destiné à n\u2019être que la manifestation d\u2019un pouvoir hypocrite qui refuse toute discussion sur les vrais motifs de la guerre, se limitant à dia-boliser l\u2019ennemi, comme dans la « guerre au terrorisme ».Ne devrions-nous pas chercher à développer les conditions qui permettraient à la paix et aux droits humains de s\u2019épanouir, au lieu de les laisser se détériorer pour de simples raisons de cupidité?\u2022 L'auteur est professeur À Osgoode Hall Law School, York University, Toronto janvier-février 2002 ReLatiONS (33 eN BRef Arrestations aux États-Unis En octobre dernier, un groupe de 20 organisations américaines de défense des droits ont protesté auprès des autorités américaines et demandé que soient divulguées les informations concernant les centaines de personnes arrêtées depuis le 11 septembre.Ils exigeaient que soient connus les noms, les nationalités, les noms des avocats et les motifs de détention de ces personnes.Kate Martin, directrice du Centre d\u2019études sur la sécurité nationale, soulignait que rien ne justifiait que soient gardées secrètes les informations relatives à plus de 800 personnes arrêtées depuis des semaines.Le silence des autorités sur ces cas est inquiétant.Source : The Nation.Saturnisme à Paris L\u2019AFVS (association des familles victimes du saturnisme) évalue à 2 500 le nombre des immeubles dans lesquels un empoisonnement au plomb menace les habitants, et tout particulièrement les enfants.L\u2019intoxication par le plomb se traduit par des atteintes cérébrales et nerveuses sans retour, provoquant des retards de développement mental dont les conséquences s\u2019étaleront sur une vie entière.L\u2019association lance un cri d\u2019alarme pour alerter les pouvoirs publics (État et communes) sur le péril dans lequel vivent trop d\u2019enfants issus souvent de familles étrangères, de sans-logis et sur le fait que les dossiers ouverts mettent un temps infini à déboucher sur une solution.Nouveau centre spirituel v A la suite d\u2019une longue réflexion sur l\u2019évolution de la recherche spirituelle au Québec, le Comité consultatif pour les Associations de fidèles et des Communautés nouvelles et le diocèse de Montréal ont étudié la pertinence d\u2019ouvrir un centre dont la mission serait d\u2019offrir des services à l\u2019accompagnement de la recherche spirituelle.C\u2019est chose faite depuis le début du mois de septembre 2001, après que les Pères de Sainte-Croix aient donné leur accord pour prendre le leadership de ce dossier.Le centre Le Pèlerin forme des accompagnateurs spirituels compétents, offre un service d\u2019accompagnement spirituel au plus grand nombre et met en place des projets pour répondre aux différentes situations humaines d\u2019accompagnement.Courriel : lepelerin@ lepelerin.org.Tél : (514) 737-6262.Forêts menacées Dans une étude récente, Sauvegarder ou supprimer?, Greenpeace fait état de la situation de crise dans laquelle se trouvent les dernières forêts anciennes du globe.Greenpeace en impute la faute aux gouvernements responsables de la perte de 80 % du capital forestier, mettant en lumière que ceux-ci n\u2019ont pas mis en place des politiques préventives de conservation et qu\u2019ils ont échoué à établir des mesures internationales de contrôle sur les produits forestiers.Le Canada n\u2019a pas encore honoré l\u2019engagement pris lors du Sommet de la terre à Rio, en 1992, et le sort de 380 espèces menacées au pays est incertain.Greenpeace demande aux gouvernements de la planète d\u2019arrêter l\u2019exploitation forestière jusqu\u2019à l\u2019approbation de plans d\u2019exploitation durable de la ressource.Chantier Passages L\u2019OCQ (Office de catéchèse du Québec) vient d\u2019ouvrir un site Web dans le cadre du chantier Passages qui accompagne le passage de la catéchèse à l\u2019école à la communauté chrétienne, dans le cadre de la Loi 118.Le site www.edufoi.org fournit de nombreuses rubriques d\u2019éducation de la foi consacrées aux enfants, aux adolescents et aux adultes.Il renvoie aussi à Radio Ville-Marie et à la chaîne de télévision Canal Vox, qui diffuse l'émission Parole et vie.Toutes deux proposent des émissions régulières d'éveil religieux.On y trouve aussi les actes du Carrefour 2001 qui a eu lieu fin octobre et qui a rassemblé 600 personnes venant de tout le Québec.Prix Sakharov Trois personnes se partageront cette année le prix Sakharov, l\u2019hommage annuel rendu par le parlement européen à la liberté de la pensée.La Conférence des présidents du parlement a annoncé que le prix 2001 serait conjointement décerné à Don Zacarias Kamwenho, archevêque de Lubango, en Angola, qui est un des leaders de la campagne pour la paix dans son pays; et à deux écrivains et universitaires, l\u2019une israélienne : Nurit Peled-Elhanan, l\u2019autre palestinien, Izzat Ghazzawi.Tous deux font activement campagne en faveur de la paix au Moyen-Orient.Source : Europe Infos, mensuel de la COMECE et de l\u2019OClPE, B-7000 Bruxelles, Belgique.34 ReLatiONS janvier-février 2002 CÔTÉ COUR, CÔTÉ JARDIN Voyage intérieur en 365jours Marie Gratton 648 pages * 29,95 $ Au fil des jours et des saisons, l\u2019auteure invite lecteurs et lectrices à effectuer avec elle un fascinant voyage intérieur.POUR UNE ÉCOUTE EN PROFONDEUR La Valeur fondamentale Marie-Line Morin 336 pages * 32,00 $ Centre unificateur de Fidentité psychologique et spirituelle, la Valeur fondamentale se veut une clé de compréhension pour les intervenants de l\u2019écoute.SURVIVRE AUX SOINS Défi du soignant Mariette Danis 120 pages * 17,95 $ Une oeuvre qui questionne aussi bien la qualité des interventions personnelles des soignants que l\u2019organisation actuelle des soins de santé.DE MOÏSE À JÉSUS Marc Girard 208 pages * 21,00 $ Prélevant dans la Bible onze figures de prophètes, ce livre expose leur pensée et leur engagement concret en matière politique.Côté cour, côté jardin Maire Une Mwm Pour une écoute en profondeur La Valeur fondamentale Surdidre aux soins Défi du soignant & MARIE-THERESE NADEAU ODETTE MAINVILLf DANIEL MARGUERAT Résurrection l'âfrti mort BRÈCHES THÉOIOCIQUESI usait! UNE MÉMOIRE SANS PAREILLE L'EUCHARISTIE PARCOURS D\u2019ÉVANGILE rw rE$e /H aise à Çésus L 'option politique cheat les prophètes et dans le monde actuel Iéschoua dit Jésus rT RÉSURRECTION Odette Mainville et Daniel Marguerat (dir.) 344 pages * 28,95 $ A la lumière du Nouveau Testament et des témoignages du monde ancien, des spécialistes revisitent la question toujours brûlante de l\u2019après-vie.UNE MÉMOIRE SANS PAREILLE L'Eucharistie Marie-Thérèse Nadeau 168 pages * 23,95 $ Une synthèse indispensable pour mieux comprendre, apprécier et célébrer l\u2019Eucharistie, mystère central du culte chrétien.PARCOURS D\u2019ÉVANGILE Georges Convert 128 pages * 14 S Une initiation à la vie chrétienne en douze étapes, agrémentée de lectures d\u2019Évangile, de commentaires éclairants et de prières.IÉSCHOUA DIT JÉSUS Georges Convert 304 pages * 18 S Le témoignage d\u2019un croyant sur sa foi en Jésus, et un chemin d\u2019initiation à la vie de disciple de Jésus.Complément de Parcours d'Evangile.MÉDIASPAUL www.mediaspaui.qc.ca \u2014 2fn vente chez votre Ci6raîre feuilletON Architecture d'un marcheur 4.Le troisième bras des hommes pressés Texte : Wajdi Mouawad Illustration : Marc Séguin Le grand guerrier Wacklam Macklak vécut, au début du VIIe siècle, dans les régions désertiques du nord de la Scandinavie.Il ne faisait partie d\u2019aucune légion et n\u2019appartenait à aucune tribu.Toutes les armées l\u2019auraient voulu dans leurs rangs mais lui, toujours, arpentait les landes glacées sur son cheval, un cheval bleu lorsque brillait le soleil mais qui préférait les rafales de pluie, par lesquelles il se laissait emporter pour galoper quelques mètres au-dessus du sol.Wacklam Macklak parcourait sans cesse le pays.Lorsqu\u2019il y avait bataille, on le voyait souvent s\u2019élever dans le ciel sur sa monture puis, comme un rocher qui tombe, s\u2019abattre parmi les hommes pour prendre part au carnage.Il combattait de ses poings nus contre les lances et les épées et se battait contre tous, pour tous.Puis il repartait vers la mer, où il était né, disait-on, car personne n\u2019a jamais su dire d\u2019où venait Wacklam Macklak; simplement, tous connaissaient son existence, comme on connaît l\u2019existence du vent.Mais d\u2019où venait le vent, ça, personne n\u2019en avait la moindre idée.Certains disaient que Wacklam Macklak était comme un demi-dieu, mais avec la réalité d\u2019un arbre.Plusieurs paysans l\u2019avaient déjà aperçu au loin, immobile, debout au milieu du désert, les bras grand ouverts, la tête penchée vers le haut.Avec ses habits d\u2019écorce, même les aigles étaient confondus et venaient se tenir debout sur ses épaules.Les enfants voyaient en lui, à tort, l\u2019un des leurs; les vieux disaient qu\u2019il était la mémoire vivante de tout ce qui a déjà été; les femmes sans caractère espéraient de lui une visite qui pourrait leur redonner confiance.Mais Wacklam Macklak était seul.À toutes les nuits, il regardait les vagues glaciales des mers du Nord puis s\u2019abandonnait à elles le temps du sommeil.« Le jour de ma mort, elles ne me rejetteront pas sur la plage comme elles le font depuis déjà si longtemps à chaque matin, mais elles m\u2019emporteront et me gar- Pour nous donner l'illusion que nous savons où nous allons, il nous a suffi d'inventer des machines qui vont vite.Mais nous ne savons pas.deront avec elles, comme un trésor merveilleux.» Ainsi vivait Wacklam Macklak, le grand guerrier, bien heureux de ne pas avoir à se préoccuper de la mort, qui était toute sa vie et qu\u2019il nourrissait victorieusement à chaque bataille.Une voiture freine brusquement à côté de moi.Les pneus crissent.Je m\u2019arrête pour regarder la tête du conducteur.C\u2019est un homme d\u2019une quarantaine d\u2019années, avec une casquette sur la tête.Pourquoi donc s\u2019est-il arrêté?Je regarde autour de moi et je ne vois aucun feu rouge qui aurait pu l\u2019obliger à freiner ainsi, à la dernière minute.Dans la rue, il n\u2019y a que nous.Lui, dans son auto, moi, sur le trottoir.Il me regarde, me fait un petit salut de la tête.Je me remets en route.C\u2019est alors que j\u2019aperçois au loin une porte qui s\u2019ouvre.Une silhouette apparaît.Elle se dirige vers la voiture et fait un geste de salut à l\u2019homme.C\u2019est une femme.Peut-être sa femme, peut-être pas.Ils se sont donné rendez-vous.Peut-être travaille-t-elle de nuit; il est venu la chercher pour la reconduire.Sait-on jamais.À quoi je rêvais?Je marche vers le pont.Toujours.La voiture derrière moi redémarre.Me dépasse.S\u2019éloigne.S\u2019éteint.À quoi je rêvais?Avant la femme, avant la voiture, je rêvais.à quoi je rêvais?Je regarde le pont.J\u2019ai hâte de sortir de la ville.La sensation d\u2019aller loin, je ne la ressens que lorsque je marche.En voiture, les quelques fois où il m\u2019est arrivé de rouler longtemps, de rouler des centaines de kilomètres, je n\u2019ai jamais senti que j\u2019avais parcouru une plus grande distance que celle que je parcours lors d\u2019une journée de marche, un peu comme un enfant qui croit que sa mère le quitte pour toujours alors quelle n\u2019est partie que quelques instants.Je savais bien, pourtant, que j\u2019étais allé au-delà de toutes les promenades et que je venais de réaliser l\u2019impossible pour le marcheur.C\u2019est vraiment une chose étrange de la part des hommes que de monter dans des machines pour avancer plus vite.Nous marchons car nous ne savons pas vers quoi nous allons.Si nous le savions, nous nous mettrions à courir et la course, aussitôt, deviendrait une seconde nature, elle deviendrait notre moyen normal de locomotion, comme pour les animaux qui courent pour fuir et chasser.Aussi, pour nous donner l\u2019illusion que nous savons où nous allons, il nous a suffi d\u2019inventer des machines qui vont vite.Mais nous ne savons pas.La preuve en est que de par le monde, il y a officiellement, chaque année, des milliers de morts dues à des accidents de la route.Les oiseaux, dans le ciel, vont vite car c\u2019est leur état naturel.Ils savent un peu plus que nous vers quoi ils volent : c\u2019est pourquoi, malgré leur vitesse, ils ne font jamais d\u2019accident.L\u2019escargot aussi évolue à la hauteur de ses connaissances.Il ne s\u2019invente aucun stratagème pour se déplacer plus janvier-février 2002 ¦h feuiLLetON I r' l vite.Il n\u2019a pas de prétention.Nous, notre prétention et notre soif de savoir roulent trop vite, dérapent, carambolent et nous décapitent.J'appartiens à une génération qui ne marche pas.Une génération pour qui marcher est une perte de temps.Les gens de cette génération ne marchent que dans le but de profiter du beau temps.On les voit souvent sortir de chez eux pour aller faire quelques pas au jardin public.J'appartiens à une génération où les gens marchent deux par deux pour profiter des dimanches ensoleillés.Les gens de ma génération, souvent, marchent en se parlant et en se racontant leurs histoires.Ils marchent le long des avenues et des rues achalandées puis, en revenant chez eux, ils savourent la vie à la vue de leur voiture stationnée le long de la rue où ils habitent.La voiture leur servira sans doute demain pour aller loin, très loin et très vite, bien plus vite et bien plus loin que le marcheur le plus chevronné.J\u2019appartiens à une génération qui a perdu son corps puisqu\u2019elle ne connaît pas la fatigue qui aiguise notre perception du monde.Ménageant son souffle, la génération à laquelle j\u2019appartiens n\u2019a plus besoin d\u2019aide, puisque tout est là, à portée de la main, que tout est possible, que tout est permis.Les objets sont tous là, aux étalages des magasins, dans une lumière crue.Car vraiment, la génération à laquelle j\u2019appartiens ne croit qu\u2019à la condition de voir, et de bien voir, de voir complètement, entièrement.La perte de foi que vivent, avec la plus grande ignorance, les gens de mon âge, est peut-être due à l\u2019erreur dans laquelle nous ont plongés nos parents, à savoir que la technologie allait enfin nous sortir, et cette fois pour du bon, du Moyen Âge.Il est possible qu\u2019en lui ajoutant une troisième main, un homme devienne plus performant.Qu\u2019il ait alors la possibilité d\u2019exécuter au piano des oeuvres d\u2019une très haute complexité, qu\u2019il puisse, dans son quotidien, aller plus rapidement dans l\u2019exécution des choses, par exemple en transportant trois valises à la fois ou en tapant à trois mains sur le clavier d\u2019un ordinateur, qu\u2019il puisse aussi, dans un autre ordre d\u2019idée, se brosser les dents le troisième bras, tout en se savonnant les mains.Mais un 2001, graphite homme à trois mains sera toujours dé- sur papier possédé de son véritable corps.La technologie de la vitesse est devenue, à l\u2019instar de ce troisième bras, une proéminence si efficace qu\u2019il nous est devenu impossible de nous en débarrasser.Aujourd\u2019hui, nous allons encore plus vite, et un jour, peut-être rattraperons-nous la lumière.Mais cette fuite vers l\u2019inconnu devient meurtrière car la génération à laquelle j\u2019appartiens va de plus en plus vite et sait de moins en moins vers quoi elle se dirige.Ce rapport inversement proportionnel entre la technologie et l\u2019esprit a créé une brèche dans la foi.Et cette brèche s\u2019élargit d\u2019autant plus que la vitesse est attirante.C\u2019est pourquoi, lorsque je regarde le monde, j\u2019entends cette phrase tirée du livre de l\u2019Ec-clésiaste : « Ne va pas trop vite vers la connaissance ».\u2022 janvier-février 2002 ReLatiONS (37 muLtimeüias SITES INTERNET >/ L'antipublicité adbusters.org antipub.net Les fêtes nous auront gavés de victuailles et de cadeaux.Elles nous auront aussi étourdis par les bombardements publicitaires.Pourquoi ne pas s\u2019aérer l\u2019esprit et reprendre pied en faisant un détour sur des sites qui nous rappellent des évidences enfouies sous des montagnes de slogans, avant que ne reprennent les hostilités aux approches de la Saint-Valentin et de Pâques?Bien sûr il y a l\u2019incontournable site du regroupement Adbusters de l\u2019Ouest canadien.On y retrouve des analyses de grande qualité sur un lot de sujets qui touchent de près ou de loin la consommation, la publicité, l\u2019écologie.Il faut évidemment faire un tour sur l\u2019exposition de leurs fausses publicités et de leurs contre-publicités.La statue de la liberté prise d\u2019obésité; une femme, chargée de paquets, au visage flanqué d\u2019un groin; le ventre gonflé, difforme, d\u2019un enfant famélique au côté d\u2019une « bedaine de bière », ou encore le drapeau américain qui a troqué ses étoiles pour des logos de grandes firmes commerciales.Ceux et celles qui sont allergiques à la langue anglaise peuvent visiter un site français équivalent qui regroupe l'association Résistance à l\u2019agression publicitaire et la revue Casseurs de pub, dont les noms disent bien leurs objectifs.Là aussi textes, images et même vidéo nourrissent une réflexion critique sur l\u2019omniprésence de la pub, l\u2019idéologie de la consommation qui nourrit un pillage insensé de la terre aux conséquences désastreuses pour les générations qui viennent.Nous y trouvons le texte particulièrement intéressant d\u2019une saynète antipublicitaire jouée en théâtre de rue lors de la Journée sans achat, le 24 novembre.Parodiant une liturgie, elle met en scène un prêtre au temple de la consommation présidant la grand-messe à la gloire du Grand Capital.La célébration comprend entre autres un sermon imprécatoire contre les hérétiques qui mettent en doute le dogme de la croissance économique infinie et contre l\u2019obscurantisme des disciples de ce Jésus qui prêchait la simplicité et la pauvreté.L\u2019offertoire est particulièrement cinglant : « Prenez et mangez-en tous, ceci est le corps de la terre que nous allons piller pour vous.Prenez et buvez-en tous car ceci est le calice de la sueur des hommes, la sueur de ceux qui travaillent pour nous.» Jean-Claude Ravet Les grandes figures du monde moderne JOSIANE BOULAD-AyOUB ET FRANÇOIS BLANCHARD, Québec, Les Presses de l'Université Laval, 2001 CD-ROM et ouvrage de référence met à profit les supports CD-Rom et Internet.Dans une pochette à l\u2019endos de la couverture, un CD-ROM offre le contenu du livre en format pdf.Les illustrations en noir et blanc, d\u2019ailleurs très nombreuses, y sont reproduites en couleurs.Un aspect plus significatif : à la fin de chaque chapitre-et il y en a 25 - ont été ajoutés de nombreux hyperliens (près de 300) qui renvoient à des sites Internet touchant au sujet traité.Cette idée originale est sujette, cependant, aux fluctuations trépidantes dont souffre le Net.Près du tiers des sites listés sont en effet déjà devenus inopérants.De plus, comme si les auteurs avaient été fatigués de la m| ü*._ ns [fj »n ?* Dnsn w «\t¦ _ .'SK'r: La paire formée de Jan van Meer et de Hellequin, deux êtres torturés par l\u2019imaginaire, est féconde d\u2019un onirisme très attachant.Le premier est passionné par le folklore qui surgit des cauchemars des soldats, un arsenal de superstitions et de présages annonçant leur mort prochaine.David B.peuple son livre de ces mythes des tranchées que les barbus échangeaient entre murmures et chuchotements, fantasmes et légendes effrayantes.Hellequin, quant à lui, s\u2019égare du côté de cette folie poétique qui mène le scientifique à lire les lettres de l\u2019alphabet dans les ruines et les décombres ou sur les traits des cadavres qui jonchent les boyaux fangeux d\u2019Ypres, pour y déchiffrer le message de la guerre : « Il n'y aura que des vaincus.Nous allons tous mourir ».Ces personnages, que n\u2019aurait pas reniés Jorge Luis Borges, nous entraînent jusque dans les bas-fonds de Londres, où les Zeppelin allemands sèment la mort et les ruines.On y rencontre une foule cosmopolite et bigarrée de bandits, un capitaine britannique amputé de toutes parts, un policier français entretenant des liens douteux avec ceux qu\u2019il devrait pourchasser ainsi qu\u2019une femme étrange, Mina, qui d\u2019abord s\u2019opposera aux desseins de van Meer, mais dont l\u2019amour pour le héros servira d\u2019épilogue au livre.L\u2019histoire hallucinée de La lecture des ruines, peuplée de personnages incongrus, est en même temps une plongée dans l\u2019horreur de la Grande Guerre et un voyage poétique dans son inconscient.Un onirisme que l\u2019on retrouve dans le remarquable parti pris graphique adopté par David B.: un trait naïf marqué par l\u2019encre noire indélébile, alternant le chaud et le froid par des couleurs très tranchées qui, tout en rendant les personnages sympathiques, n\u2019aseptise en rien le cauchemar des tranchées.Bande dessinée sombre, La lecture des ruines nous rappelle, à une époque où l\u2019on prétend mener la guerre comme on fait une grosse lessive, que les matériaux premiers de tout conflit sont d\u2019abord la boue et le sang.Claude Rioux Les femmes changent le temps Dominique Méda, Le temps des femmes.Pour un nouveau partage des rôles, Paris, Flammarion, 2001, 199 p.Grâce aux études quelles mènent avec autant de succès que les hommes, sinon plus, les femmes accèdent aujourd\u2019hui à toutes les sphères du travail salarié, même s\u2019il reste encore des progrès à faire dans l\u2019équité salariale.Face à cette nouvelle situation, Dominique Méda, sociologue française, constate que les structures sociales et les mentalités n\u2019ont pas évolué.Les représentations du partage des rôles entre les hommes et les femmes sont restées les mêmes, si bien que les femmes se retrouvent à faire des journées doubles de celles des hommes.Pour remédier à cette disparité, l\u2019au-teure ouvre plusieurs avenues : partager totalement les tâches domestiques et parentales entre les hommes et les femmes, revoir en profondeur l\u2019organisation du travail dans les entreprises et dans la fonction publique, rendre effectif le droit à la garde des jeunes enfants.Sans en avoir l'air, ces propositions constituent un retournement de perspectives.11 ne s\u2019agit pas seulement d\u2019aménager le temps de travail, par exemple en proposant des temps partiels aux femmes, ce qui est une manière de recréer une nouvelle disparité.Ce qui est en cause est le sens du travail qui polarise une grande partie de la vie.Les femmes ne souhaitent pas seulement l\u2019égalité professionnelle, elles souhaitent une meilleure qualité de vie en consacrant du temps au travail, mais aussi aux enfants et à la vie sociale et militante.Elles revendiquent donc de changer les mentalités et une nouvelle organisation du travail.L\u2019auteure étaye sa réflexion sur des expériences européennes, notamment celles des pays nordiques et de l\u2019Italie, dans lesquelles a eu lieu un vaste débat public sur le projet de société désiré, à la recherche de modèles plus diversifiés se caractérisant par le souci d\u2019équilibre entre les différentes sphères de la vie : Dominique Méda Le temps des femmes Pour un nouveau partage des rôles Flammarion amoureuse, parentale, amicale, sociale et professionnelle.Dans ce domaine, les débats purement techniques et économiques sur le développement des services de proximité ou de garde doivent absolument être encadrés par des débats de société pour ne pas s\u2019en tenir à de seuls propos marchands.Anne-Marie Aitken 42 ReLatiONS janvier-février 2002 SoiRées ReLatiONS À MONTRÉAL Peut-on encore réhabiliter le politique au Québec?Avec M.Jean-Pierre Charbonneau, président de l'Assemblée nationale Lundi 21 janvier 2002, 19 u 00, À la Bibliothèque nationale, 1700, rue Saint-Denis.Conscience africaine, valeurs planétaires Plusieurs artistes et intellectuels d'origine africaine seront présents Lundi 11 février 2002, 17 u 00, au Gesù, 1200, rue de Bleury.À QLÉBEC Israël-Palestine : la paix impossible?Débat après visionnement d'un film sur la réalité palestinienne Mardi 29 janvier 2002, 19 h 00.À l\u2019Université Laval (Salle à confirmer).Renseignements : Françoise Nduwimana (514) 387-2541 ou fnduwimana@cjf.qc.ca Contribution volontaire : 5 $ ReLatiONS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 S PLUS TAXES Oui, je désire un abonnement de______________an (s), au montant de_______________$ NOM______________________________________________________________________________ ADRESSE _________________________________________________________________________ VILLE ___________________________________________________________________________ ABONNEZ-VOUS.CODE POSTAL TÉLÉPHONE (___________) Un an : 30 $ Deux ans : 55 $ À l'étranger (un an) : 35 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) par téléphone : (514) 387-2541 par télécopieur : (514) 387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : Relations a/s Mme Hélène Desmarais 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 Je désire également envoyer un abonnement de__________________an(s), au montant de_____________$ à la personne suivante : NOM____________________________________________________________________________________________ ADRESSE________________________________________________________________________________________ VILLE _________________________________________________________________________________________ CODE POSTAL ______________________________ TÉLÉPHONE (________) _______________________________ Montant total :_______________S Je paie par chèque (à l'ordre de Relations) EU Visa ?Mastercard EU NUMÉRO DE LA CARTE ____________________________________________________________________________ EXPIRATION__________________________ SIGNATURE_________________________________________________ LE DEVOIR Un témoin incontournable C'est bien pensé, bien écrit.C'est différent.Le journal indépendant L, _ "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.