Relations, 1 mars 2002, Mars
[" Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 Le feuilleton de Wajdi Mouawad ReLatiONS société politique religion NuméRO 675 maRS 2002 Quel régime pour la retraite?Radiographie d\u2019un système L\u2019épouvantail démographique Un fossé qui persiste Les visées internationales de Tony Blair ARTISTE INVITE : DAVID LAFRANCE 977003437800003 sommaiRe NuméRo 675, maRS 2002 4 actuaLités HoRiZoNs 9\tLES NOUVEAUX EXCLUS Guy Paiement 27 eN BRef aiLLeuRS 2 8 LES VISÉES INTERNATIONALES DE TONY BLAIR Alex Macleod coNtROveRse 30\tFAUT-IL METTRE DES LIMITES À L'UNION CIVILE?Michel Morin et Marie-Blanche Tahon RegaRD 52\tSILLONS POUR L'ÉDUCATION DE LA\tFOI Anne-Marie Aitken feuiLLetON 56\tARCHITECTURE D'UN MARCHEUR (5) Wajdi Mouawad 38 muLtiméDias 4o LiVRes DossieR 10 QUEL RÉGIME POUR LA RETRAITE?La retraite, ça se prepare, dit-on! Pour éviter que nos vieux jours deviennent synonymes de pauvreté, il convient d'épargner quand on travaille.Mais encore faut-il avoir de l'argent à mettre de côté.Quand le système de retraite devient de plus en plus une affaire privée, chacun de nous doit se transformer en boursicoteur et lier son sort aux marchés financiers.Une valeur fondamentale, la solidarité, subit alors une incessante fluctuation à la baisse.C\u2019est pourquoi il est nécessaire d\u2019examiner de plus près la question des régimes de retraite.12 RADIOGRAPHIE D'UN SYSTÈME Michel Lizée 18 L'ÉPOUVANTAIL DÉMOGRAPHIQUE Jean Pichette 23 UN FOSSÉ QUI PERSISTE Ruth Rose ARTISTE INVITÉ Charme, séduction, haine et révolte frappent ses corps et ses portraits.Peints ou gravés, les héros des œuvres du jeune peintre montréalais David Lafrance subissent des doubles traitements : séduction et fuite, lutte et paresse, amour et cruauté.La beauté sert d\u2019appât; la douleur est un costume; sous de brillants et détaillés ornements, se dissimule la pire attitude.Les émotions sont débordantes, conclusion de malaises et de fous rires.L\u2019homme et la femme se côtoient de façon chaotique, illustrant les grands thèmes de la réussite, de la confiance et de la compétition.ReLatiONS La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTEUR EN CHEF Jean Pichette RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Anne-Marie Aitken SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Jean-Claude Ravet DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Garnotte Lino (ecco_lino@hotmail.com) Marc Séguin RÉVISION/CORRECTION Éric Massé IMPRESSION HLN.Sherbrooke COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Michel Beaudin, Céline Dubé.Guy Dufresne.Élisabeth Garant, Joseph Giguère, Fernand Jutras, Nicole Laurin, Françoise Nduwimana, Guy Paiement.Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp.Dominique Boisvert.René Boudreault, Marc Chabot, Jean-Marc Éla.Vivian Labrie.Wajdi Mouawad, Jean-Paul Rouleau Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans i'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec.ABONNEMENTS Hélène Desmarais 8 numéros (un an) : 30 $ (taxes incluses) Deux ans : 55 $ (taxes incluses) À l'étranger : 35 $ Étudiants : 25 $ TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 2 ) ReLatiONS mars 2002 éDitORiaL L'alchimie médicale Dans un rapport déposé en décembre dernier, le comité permanent sur la Santé aux Communes s\u2019opposait au brevetage des « composantes biologiques humaines ».En janvier, le comité apprenait pourtant, comme à peu près tout le monde, que l\u2019Office de la propriété intellectuelle du Canada émet déjà des brevets pour des gènes humains, et ce, depuis une vingtaine d\u2019années.Le président de la Commission d\u2019appel des brevets justifiait même cette pratique en disant qu\u2019un gène « n\u2019est pas vraiment quelque chose qui se produit naturellement »! Faut-il s\u2019étonner, dans un contexte où plusieurs acceptent que l\u2019identification d\u2019un gène suffise à conférer un droit de propriété à son découvreur, que des pressions en faveur d\u2019une privatisation - même partielle - du système de santé puissent désormais s\u2019exercer ouverte- 'c *0?mfit) » w David Lafrance, Malade, eau forte, 1999 ment?C\u2019est en effet une marchandisation de la vie humaine qui se dessine dans tout ce qui gravite autour de «l\u2019industrie de la santé ».Le rapport Mazankowski, qui accordait récemment le blanc-seing à une plus grande place du secteur privé dans le système de santé albertain, ne constitue donc pas une surprise : il s\u2019inscrit parfaitement dans cette logique.La santé, au Québec et au Canada comme partout ailleurs, constitue aujourd\u2019hui le fer de lance d\u2019une campagne sans précédent de privatisation du monde.Bien sûr, ce n\u2019est pas là le seul endroit où se font entendre les sirènes de l\u2019efficacité et de la responsabilité individuelle - la question des régimes de retraite, qui fait l\u2019objet du dossier de ce numéro, le montre très bien.Mais la santé, maintenant érigée en véritable religion, constitue le lieu par excellence du développement d\u2019une demande virtuellement infinie de soins, comme l\u2019avait bien compris le célèbre Dr Knock, selon qui « tout homme bien portant est un malade qui s\u2019ignore ».La porte se trouve ainsi ouverte pour une explosion des coûts de santé, qui deviennent de plus en plus difficiles à supporter.De là à se tourner vers le privé, il n\u2019y a qu\u2019un pas, que certains franchissent allègrement.Si la santé est d\u2019abord une affaire individuelle, pourquoi priver des meilleurs soins ceux qui sont prêts à en défrayer eux-mêmes les coûts, ce qui contribuerait du même coup à désengorger le système public de santé?Cette façon d\u2019aborder le problème de l\u2019accès aux soins de santé fait actuellement tache d\u2019huile dans le débat sur l\u2019avenir du système de santé.Elle réduit ainsi à une question technique, administrative, un problème d\u2019abord d\u2019ordre philosophique : comment penser l\u2019articulation entre individu et société dans le domaine de la santé, si intimement lié -bien qu\u2019irréductible - à ce qu\u2019il y a de plus singulier en chacun de nous?La santé renvoie à une certaine conception de la normalité, par opposition au pathologique, lié à la maladie.Elle demeure ainsi indissociable d\u2019un rapport à l\u2019autre, sans lequel l\u2019idée même d\u2019une norme s\u2019évaporerait.Dans un mode où chacun tend à devenir pour lui-même le seul arbitre de la norme légitime, il ne faut toutefois pas s\u2019étonner que la définition de la santé devienne de plus en plus élastique, jusqu\u2019à évoquer chez certains un possible dépassement de la mort comme ultime idéal à atteindre.L\u2019abolition de toute limite à la vie tendant ainsi à devenir la raison d\u2019être du système de santé, on comprend que l\u2019industrie du vivant trouve là une mine d\u2019or à exploiter, avec la complicité du marché, habitué à dissoudre toute norme (toute limite) dans la seule valeur - le prix - acceptée en son sein.Mais comment faire tenir dans un même monde un ensemble dispersé d\u2019individus vivant dans l\u2019illusion de leur souveraineté absolue?À défaut de poser franchement cette question, le fractionnement du monde en une multitude d\u2019îlots individuels risque de faire éclater l\u2019individu lui-même en une quantité infinie de « matériaux biologiques », « réparables » par une médecine high-tech.Tous les apôtres de la « propriété intellectuelle » dans le domaine du vivant travaillent en ce sens avec acharnement, et avec une insondable légèreté.Tout cela ne signifie bien sûr pas qu\u2019il faille mettre fin au combat contre la maladie.Il s\u2019agit de sortir la question de la santé du cadre étroit de l\u2019offre et de la demande de soins dans lequel on tend à l\u2019enfermer.Autrement, on n\u2019en finira jamais avec cette chimère des idéologues du privé nous offrant une nouvelle version de la transmutation chère aux alchimistes.Ce n\u2019est pas vrai que tout ce que touche le privé se transforme en or.Et même si ce l\u2019était, il faudrait peut-être commencer à craindre le spectre du roi Midas.Jean Pichette mars 2002 actuaLites Le plan antiterroriste canadien : attention danger! L'auteure, juriste au Pays basque espagnol et assistante de recherche, TERMINE UN DOCTORAT EN CRIMINOLOGIE À l'Université de Montréal David Lafrance, Voyeurs, huile/toile, 32 x 36, 2001 Les pressions américaines mettent en péril les droits et libertés des Canadiens i ¦» m Estibalitz Jimenez Plusieurs pays ont accusé le Canada d\u2019etre une « passoire » pour les terroristes et d\u2019avoir des lois trop laxistes face aux immigrants et aux réfugiés.George W.Bush souhaiterait une harmonisation des lois de l\u2019immigration.de la sécurité et des douanes.Afin de garantir les relations politiques et commerciales entre les deux pays, le Canada semble prêt à céder aux pressions américaines et à abandonner certaines compétences en matière de politique étrangère.Le gouvernement a ainsi développé un plan antiterroriste (projet de loi C-36, Loi antiterroriste, projet de loi C-42, Loi sur la sécurité publique, et projet de loi C-44 sur la divulgation d\u2019informations relatives aux passagers des compagnies aériennes) qui a été sévèrement critiqué comme portant atteinte aux droits et aux libertés des Canadiens.Ce plan poursuit plusieurs objectifs : empêcher les terroristes d\u2019entrer au Canada; fournir des outils permettant d\u2019identifier, de poursuivre en justice, de condamner et de punir les terroristes; empêcher que la frontière canado-améri-caine ne soit bloquée par la surveillance antiterroriste; collaborer avec la communauté internationale et aborder les causes profondes du terrorisme.Une somme de 7,7 milliards de dollars a été réservée à ces fins.Ces projets modifieront au moins une vingtaine de lois et devraient permettre la ratification des deux conventions des Nations unies sur la lutte antiterroriste.Le Canada a renforcé les mesures en matière d\u2019immigration : contrôle de sécurité au début du processus de détermination du statut de réfugié; capacité de détention accrue des ressortissants étrangers au Canada qui ne sont pas en mesure de s\u2019identifier de manière satisfaisante; suspension ou cessation des procédures de détermination du statut de réfugié s\u2019il y a des motifs raisonnables de croire que le demandeur d\u2019asile est un terroriste; intensification des mesures d\u2019expulsion; embauche de nouveaux employés aux frontières et à l\u2019étranger; peines plus sévères envers les personnes qui se livrent à l\u2019introduction de clandestins; etc.Toutes ces mesures risquent de compromettre la protection que le Canada doit aux réfugiés en vertu de la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés.La Loi antiterroriste (Projet de loi C-36).entrée en vigueur le 24 décembre 2001, est la source de multiples controverses.Les pouvoirs supplémentaires ac- cordés à l\u2019Exécutif et aux forces de l\u2019ordre soulèvent beaucoup d\u2019inquiétudes.Plusieurs sont d\u2019avis que le Gouvernement dispose déjà de nombreux outils juridiques et que les nouvelles mesures risquent de restreindre l\u2019exercice des droits et libertés, sans s\u2019avérer pour autant efficaces.Pour la première fois, la loi définit « l\u2019activité terroriste ».Cette définition est trop vaste et trop floue.Des juristes défendant des personnes accusées d\u2019infractions terroristes et des journalistes entretenant des rapports particuliers avec certaines de leurs sources pourraient être visés.La loi n\u2019établit pas de distinction claire entre terrorisme, activité criminelle non terroriste et dissidence politique non terroriste.La Loi antiterroriste vise aussi à donner de nou- © ReLatiONS mars 2002 actuaLites veaux instruments d\u2019enquête aux agences de renseignements et aux organismes d\u2019application de la loi.La Loi antiterroriste fera l\u2019objet d\u2019un examen par le Parlement trois ans après son adoption.Seules les dispositions relatives à la détention préventive et aux audiences d\u2019investigation sont soumises à une clause crépusculaire particulière.Nous sommes donc loin de l\u2019exigence des partis d\u2019opposition et des organismes de défense des droits civils d\u2019une clause crépusculaire générale applicable à l\u2019ensemble des mesures exceptionnelles adoptées par la loi.Le projet de loi C-42 sur la sécurité publique autorise, quant à lui, deux mesures particulièrement controversées : déclarer l\u2019état d\u2019urgence sans qu\u2019il y ait une guerre officiellement déclarée et sans examen parlementaire pour vérifier s\u2019il est conforme à la Charte canadienne des droits et libertés; établir des « zones de sécurité militaire » afin de protéger le personnel et l\u2019équipement des Forces canadiennes et des forces étrangères qui se trouvent à l\u2019extérieur des installations de la Défense nationale.En vertu du projet de loi C-44 sur la divulgation d\u2019informations relatives aux passagers des compagnies aériennes, entré en vigueur le 18 décembre 2001, les com- pagnies aériennes devront désormais fournir « toute » information requise par un pays étranger.Le Commissaire à la protection de la vie privée au Canada a publiquement dénoncé cette loi.du fait qu\u2019aucune restriction ne soit imposée aux États-Unis quant à la façon dont ces renseignements peuvent être utilisés par la suite.Le Canada pourra difficilement résister aux pressions américaines en faveur de mesures répressives.Certains invoquent l\u2019abandon de la souveraineté canadienne.Le pire serait l\u2019abandon d\u2019une certaine conception du droit et des droits.\u2022 Senghor après la mort de Senghor Il faut redécouvrir l'œuvre du poète sénégalais au-delà des divergences d'appréciation de sa politique et de ses engagements Joseph Djossou Léopold Sédar Senghor, dont la pensée et l\u2019action politique auront marqué toute une époque, est mort en décembre dernier.Celui qui s\u2019était volontairement retiré - fait rare - de la présidence de la république du Sénégal, en 1980, laisse une œuvre intellectuelle considérable.Un héritage pour tous ceux pour qui.en Afrique et dans le monde, penser signifie encore quelque chose.Léopold Sédar Senghor était, en effet, un penseur polymorphe.Son œuvre a polarisé l\u2019attention de la jeunesse africaine pendant les deux premières décennies des indépendances.Y a-t-il eu un débat théorique, pendant cette période, qui ne soit tombé directement ou indirectement dans le champ conceptuel élaboré par le penseur de la négritude?Son œuvre concerne des genres aussi variés que la poésie (Chants d'ombre, Hosties noires.), la linguistique ( La dialectique du nom-verbe en wolof.), la politique (Liberté I.Négritude et humanisme.Liberté II.Nation et voie africaine du socialisme, Pour une relecture africaine de Marx et de Engels.).Est-il nécessaire de rappeler, ici, le contexte qui a donné naissance à cette activité intellectuelle?« Tiens, maman, voilà un nègre! » C\u2019est ainsi que s\u2019exclamait à Paris, en tremblant, dans les années 30 du siècle dernier, le petit Blanc qui courait se blottir dans les bras de sa mère.Enfant, il avait déjà intégré à sa spontanéité, malgré.lui, l\u2019intolérante question du personnage de Montesquieu : « Comment peut-on être persan?» Comme on sait, la question est une affirmation : elle est l\u2019expression la plus achevée du mépris et de la négation de l\u2019Autre, en l\u2019occurrence le Noir.Le moment d\u2019engendrement de cette négation, c\u2019est celui de la rencontre avec l\u2019Europe.Il faut appeler d\u2019un vilain nom cette vilaine chose : la colonisation.Nous autres, Noirs, nous avons fait de façon dramatique l\u2019expérience de la métaphore hégélienne du maître et de l\u2019esclave.La négritude de Senghor est à la fois la prise de conscience de ce mépris de l\u2019homme noir et une façon de le combattre.Jean-Paul Sartre rend bien compte de ce qu\u2019a pu être la négritude pour ses initiateurs, Senghor et Césaire, lorsqu\u2019il écrit : « Puisqu\u2019on l\u2019opprime dans sa race et à cause d\u2019elle, c\u2019est d\u2019abord de sa race qu\u2019il (le Nègre) lui faut prendre conscience.» L\u2019œuvre de Senghor apparaît donc rétrospectivement comme une tentative de récupération, de réhabilitation de l\u2019être culturel des peuples noirs en général, africains en particulier.« Nous ne voulons plus être des sujets », écrit-il dans un texte de Liberté.Autrement dit : nous voulons nous affranchir de la tutelle coloniale et de toutes les formes d\u2019assujettissement.On voit donc, clairement, que la finalité de l\u2019écrivain, quoi qu\u2019on ait pu écrire ou penser de la négritude, reste fondamentalement politique.Il faudra, pour s\u2019en convaincre, relire aujourd\u2019hui, avec toute l\u2019attention quelles méritent, ces lignes pourtant limpides : « Mais pourquoi ce titre de Liberté ?C\u2019est que les écrits ici réunis ont pour thème général la conquête de la liberté, comme recouvrement et affirmation, défense et illustration de la personnalité collective des L'auteur est PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE AU COLLÈGE FRANÇOIS- Xavier-Garneau mars 2002 ReLatiONS (D actualités L'auteur est PROFESSEUR AU Département DE TRAVAIL SOCIAL de l'Université du Québec à Hull © peuples noirs : de la négritude.L\u2019indépendance nationale ne saurait avoir un autre sens.» On peut donc considérer historiquement la négritude non seulement comme un moment provisoire, passager de la pensée du poète-président, le moment où le Nègre se pose en s\u2019opposant, mais aussi comme la philosophie, le fondement de sa politique, une politique fondée sur une certaine idée de l\u2019homme noir.Nous n\u2019avons donc pas affaire chez Senghor à une simple mode littéraire mais à un mouvement progressif, il faut même dire progressiste.Curieusement, et en dépit de sa générosité, nous avons eu affaire à une œuvre mal aimée, et pour cela même malmenée : sur des registres parfois différents, mais toujours avec la même veine et la même ardeur, Wole Soyinka, Marcien Towa, Stanislas Adotevi, Yves Bénot, René Depestre ont sonné, tour à tour, la charge contre la négritude sen-ghorienne.Il y avait quelque chose d\u2019excessif dans cette polémique et qui ne permettait pas de se rendre compte de ce que nous avons appelé le caractère progressif de l\u2019œuvre, de ses retours parfois subtils, sur elle-même.Il est vrai cependant que l\u2019œuvre de Léopold Sédar Senghor n\u2019est pas exempte de tout péché.Certaines formules abruptes ont pu faire croire au lecteur que sa négritude fonctionnait davantage comme une sorte de scarification indélébile qui nous collait à la peau, indifférente aux variations du temps.C\u2019est, en effet, Senghor, dont le génie nous paraît, pourtant, comme une sorte d\u2019évidence sensible, qui a écrit, en 1939 que « l\u2019émotion est nègre comme la raison est hellène ».Il reste à savoir, encore aujourd\u2019hui, dans quelle mesure de telles formules accomplissent le sens véritable de l\u2019œuvre.Il faut que nous apprenions à redécouvrir Senghor après la mort de Senghor et que nous le lisions avec toute la rigueur qui s\u2019impose, en dépit des appréciations nécessairement divergentes du bilan de sa politique et des réserves face à certains de ses engagements.\u2022 Remous dans le quartier chinois de Montréal L'attrait du jeu serait-il le signe d'une difficulté d'intégration des Chinois à leur société d'accueil?Ammon Jacob Suissa Le 17 janvier dernier, plusieurs journaux révélaient l\u2019existence d\u2019un projet - gardé secret jusqu\u2019à cette date - prévoyant l\u2019implantation d\u2019un « mini casino » dans le quartier chinois de Montréal.Certains responsables de la communauté chinoise se sont prononcés publiquement contre ce projet, dénonçant dans la même foulée les dégâts déjà fort nombreux des jeux de hasard au sein de leur communauté qui compte environ 50 000 membres.Selon un sondage réalisé en mai 1996 auprès de celle-ci, 3 % des personnes interrogées seraient des joueurs à problèmes et 1,7 % des joueurs pathologiques.Ce pourcentage est plus élevé que la moyenne québécoise à la même période.Comment expliquer que la communauté chinoise soit plus encline à pratiquer des jeux de hasard?En Occident, pour comprendre le phénomène des jeux pathologiques, on a développé un discours qui blâme l\u2019individu au lieu de promouvoir un discours qui analyse les structures, les acteurs sociaux et culturels à la source de ces problèmes sociaux.Privilégiant un vocabulaire et des métaphores d\u2019origine biologique et médicale, ce discours sert encore aujourd\u2019hui de point de référence pour élucider tel ou tel problème relié aux dépendances (toxicomanie, jeu.dépendance affective, etc.).Ceci étant, des études scientifiques réalisées au Canada et en Australie montrent que les communautés asiatiques, et notamment les communautés d\u2019origine chinoise, sont porteuses d\u2019une conception du jeu qui attribuent la fortune, acquise par la chance et le hasard, à certaines traditions et à certains rituels.Des auteurs parlent même de « culture de la chance ».La Chine populaire, se basant sur la classification chinoise des désordres mentaux, ne reconnaît pas l\u2019excès dans le jeu comme relevant d\u2019un trouble de santé mentale, comme c\u2019est le cas en Occident.Elle comprend le jeu comme le produit d\u2019une société dysfonctionnelle, relevant plus d\u2019une mauvaise influence sociale que d\u2019une maladie mentale.Dès lors, en Chine, la réponse sociale est davantage punitive, envisagée dans une perspective de rééducation sociale.Selon cette logique, on comprend mieux pourquoi, dans les communautés chinoises qui vivent en Occident, le jeu pathologique, taxé de « maladie mentale », est plus tabou et davantage sous-estimé qu\u2019il ne l\u2019est en Chine.Des études menées auprès des communautés chinoises de Hong Kong et des États-Unis ont montré que ces personnes croient que les événements de leur vie sont davantage dictés par des forces externes que par des forces internes, telles la connaissance, la confiance et la ReLatiONS mars 2002 actuaütes bonne estime de soi.Des croyances fortes influencent leurs comportements et les incitent à jouer de manière excessive.Autrement dit, les Chinois misent sur la chance et le hasard pour leur apporter la prospérité économique.Les valeurs socioculturelles étant déterminantes dans la relation que les individus établissent avec le jeu de hasard, l\u2019alcool ou les médicaments, on ne peut transposer les modalités d\u2019intervention ou de traitement d\u2019une culture à une autre.Celles-ci relèvent de trajectoires sociales et historiques particulières, non interchangeables.Il serait donc sage que la direction de Loto-Québec décrète un moratoire sur l\u2019expansion des jeux de hasard afin justement d\u2019étudier les répercussions sociales et économiques auprès des groupes sociaux et culturels les plus susceptibles de développer des relations de dépendance et d\u2019excès.Deux cents millions de dollars viennent d\u2019être investis dans des appareils de loterie vidéo sophistiqués.La nomination, à la tête de Loto-Québec, de M.Frigon, connu pour son approche de rendement et de rentabilité à tout prix lorsqu\u2019il était directeur de la Société des alcools du Québec, laisse penser qu\u2019on privilégie actuellement la piste d\u2019une augmentation des revenus provenant du casino et des jeux de hasard plutôt que celle d\u2019un temps d\u2019arrêt pour évaluer l\u2019action.Il faut féliciter certains responsables de la communauté chinoise de s\u2019être élevés contrer le projet de minicasino et surtout d\u2019en avoir débattu ouvertement dans l\u2019espace public.Enfin, l\u2019État québécois, en tant que responsable d\u2019une grande partie de la croissance de la production d\u2019espaces de jeu, pourrait lancer un message clair aux citoyens et aux citoyennes du Québec quant aux dangers réels rattachés à celle-ci, en offrant des mesures qui iraient dans le sens d\u2019une réduction des incidences pathologiques plutôt que de leur augmentation.\u2022 Le désastre argentin L'Argentine se retrouve aujourd'hui en faillite publique et privée Graciela Ducatenzeiler et Jorge Niosi / Elève modèle du consensus de Washington et de la théorie économique néolibérale, l\u2019Argentine connaît une des pires crises de son histoire.La population vivant sous le seuil de la pauvreté a atteint 15 millions de personnes (sur un total de 38 millions) et les inégalités ont battu tous les records.Les files d\u2019émigrants potentiels s\u2019allongent devant les ambassades et les bidonvilles se multiplient, Les dettes de l\u2019État et de nombreuses entreprises industrielles ont franchi des seuils intolérables.Le 20 décembre 2001, l\u2019administration radicale a été renversée, non pas par un coup d\u2019État militaire mais par un coup de casseroles accompagné de saccages, lui rappelant quelle n\u2019avait pas tenu ses promesses.La nouveauté de cette crise est l\u2019absence des militaires qui, depuis les années 1930, se sont chargés de dénouer les conflits politiques en imposant une paix autoritaire.Cette fois-ci, le gouvernement a été renversé par ceux qui avaient voté pour lui deux ans auparavant, principalement les classes moyennes.Ce mouvement spontané - sans leader, ni organisation, ni drapeaux partisans - a été provoqué par la rage, la frustration et l\u2019impuissance face à un gouvernement qui leur faisait payer les frais de l\u2019échec des politiques économiques néolibérales.La classe politique a été pointée du doigt pour son inaptitude à gouverner, son manque de transparence, son abus de pouvoir, sa corruption et sa démission face au capital étranger.Entre le 20 décembre 2001 et le rr janvier 2002, il a fallu quatre présidents, plus de 30 morts, des centaines de blessés, des « festivités » que seule une guerre aurait pu rendre plus tristes et plus désolantes, pour que la classe politique comprenne que le temps était venu de baisser les drapeaux partisans et d\u2019entamer une politique d\u2019accords.Le 1er janvier 2002, Eduardo Duhalde, vice-président durant le premier mandat les auteurs sont de Carlos Menem, ex-gouverneur de la respectivement province de Buenos Aires et sénateur, professeure de science assumait la présidence de la nation.Dans politique à l'Université un geste de grandeur, ce personnage con- de Montréal et traversé, épousant les pires défauts et professeur de gestion les quelques vertus de la classe politique à l'uqam argentine, renonçait à poser sa candidature à la présidence en 2003 au nom du Parti péroniste.Il démissionnait de tous les postes qu\u2019il occupait à l\u2019intérieur de son parti et proposait un gouvernement formé par des représentants des différents secteurs du spectre politique.Si le problème politique paraît réglé, au moins à court terme, reste à résoudre le désastre économique.Quelles ont été les raisons de la crise?Le carcan de la convertibilité, qui établissait la parité entre le dollar et le peso, mars 2002 ReLatiONS actuaütes Manifestation DEVANT LA COUR suprême de Buenos Aires, en janvier 2002, Canapress/ Daniel Luna, 2002 IS# : **ïïÆW*.mm m*r.\t\t\t \tfïÊ$ I\t\t*5 Hf|lv\tEUf * 1\t\twl \t\t\t ¦\ts\t\t \t\t\t \t\t\tlr> \tTIWS i -\t\t Pijf\t\tPwJt \t\tJr'.«L\u201c' I ri avec son corollaire de dette, de destruction de l\u2019industrie locale et de chômage généralisé, a provoqué des retraits massifs de devises des banques.Le gouvernement a gelé les avoirs des particuliers et a limité leurs retraits à 250 $US, mettant ainsi le feu aux poudres, car cette mesure a particulièrement touché la classe moyenne, les riches ayant déjà envoyé leurs avoirs à l\u2019étranger.Le gouvernement Duhalde a adopté une série de mesures pour enrayer la crise : dévaluation et abandon de la convertibilité pour réduire les importations et augmenter les exportations, maintien des restrictions aux retraits bancaires et transformation des dettes des particu- liers et des PME envers les banques, de dollars en pesos, jusqu\u2019à un montant de 100 000 $.Par ailleurs, il a supprimé le droit des entreprises privatisées de comptabiliser leurs tarifs en dollars et de les indexer à l\u2019inflation.Ces mesures sont de nature à apporter un certain soulagement à court terme, mais ne peuvent en aucune façon mettre fin à la crise.D\u2019une part, une partie de l\u2019industrie argentine n\u2019existe plus et ne peut donc être réanimée par la dévaluation.D\u2019autre part, le gouvernement n\u2019a rien proposé pour réduire la position dominante d\u2019une poignée d\u2019entreprises sur leur marché respectif.Par ailleurs, le maintien des restrictions bancaires risque de provoquer les manifestations d\u2019une population abusée.Le gouvernement navigue de Charybde en Scylla : en permettant aux épargnants de retirer leurs économies des banques, il risque de mettre le système financier en faillite; en le leur interdisant, il affaiblit encore plus la demande des consommateurs et compromet la relance, avec le risque de subir la colère populaire.La capacité du gouvernement de sortir l\u2019Argentine de la crise dépend, d\u2019une part, des appuis politiques qu\u2019il sera en mesure d\u2019obtenir aussi bien à l\u2019intérieur de son propre parti, affaibli par des luttes intestines, qu\u2019auprès d\u2019une population méfiante à l\u2019égard des politiciens et dont les classes moyennes ont traditionnellement été antipéronistes.Elle dépend, d\u2019autre part, des liens de coopération qu\u2019il pourra créer, tant auprès des organisations financières internationales que des entreprises étrangères qui ont été si généreusement servies par la convertibilité.\u2022 ReLatiONS mars 2002 HoRiZoNs Les nouveaux exclus L'auteur est agent DE RECHERCHE ET DE DÉVELOPPEMENT AU Centre Saint-Pierre Guy Paiement Ouand la société change, la façon de comprendre la question sociale se modifie aussi.Malheureusement, beaucoup de personnes, à commencer par nos décideurs, ne semblent pas avoir tiré les conclusions qui s\u2019imposent.La question sociale a une longue histoire.Qu\u2019il suffise de rappeler que nous avons partagé, lors de la Révolution tranquille, la dynamique de la modernité.Nous avions des retards à rattraper et nous avons mis les bouchées doubles.Pour ce qui a trait à la pauvreté et à l\u2019exclusion quelle engendre, nous avons avalisé les idées du temps.L\u2019instruction et le progrès économique permettaient d\u2019entrer dans la modernité et l\u2019État qui se construisait avait pour tâche de favoriser l\u2019accès de toute la société à ce progrès.D\u2019où un État interventionniste qui prenait acte des interdépendances engendrées par les nouvelles divisions du travail et qui pouvait tabler sur celles-ci pour en appeler à la solidarité de tous.Certes, un bon nombre de citoyens ne pouvaient guère suivre le rythme d\u2019ensemble.Des problèmes de santé, de manque d\u2019instruction ou de vieillesse les reléguaient au bord de la route.L\u2019objectif politique consista dès lors à les intégrer à la société moderne en marche.Les exclus pouvaient ainsi espérer profiter, un jour, des promesses de la modernité.Comme les nouvelles structures qui se mettaient en place n\u2019étaient alors pas remises en question, il revenait à l\u2019État de se doter de moyens pour aider les exclus à mieux fonctionner dans celles-ci.Chaque fonctionnement « problématique » allait être circonscrit et distingué des autres et, pour chacun d\u2019entre eux, on pouvait trouver un spécialiste qui travaillerait à l\u2019intégration de la personne exclue.Même si cette dynamique de la modernité a produit de nombreux fruits, elle est aujourd\u2019hui dépassée.Nous sommes désormais entrés dans un autre contexte qui n\u2019est plus la modernité mais la mondialisation des marchés, la transformation du rôle de l\u2019État et la complexification des identités personnelles et sociales.Dans cette mouvance, l\u2019État n\u2019est plus perçu comme le seul maître d\u2019œuvre des progrès de la société.Il devient plutôt le haut-parleur qui rappelle De nouveaux exclus apparaissent en la personne des travailleurs sans emploi durable qui ne sont plus jugés utiles pour la bonne marche de la mondialisation de l'économie.les contraintes extérieures qui lui échappent, qu\u2019il s\u2019agisse du déficit zéro ou de notre place dans la mondialisation.De nouveaux exclus apparaissent en la personne des travailleurs sans emploi durable qui ne sont plus jugés utiles pour la bonne marche de la mondialisation de l\u2019économie.Or, de multiples acteurs de la société civile ont déjà pris acte des changements en cours et revendiquent d\u2019être, eux aussi, les définisseurs des limites.Limites pour l\u2019environnement, limites pour assurer le développement des personnes, limites pour avoir prise sur leur territoire et leur milieu de vie.L\u2019État, pour sa part, a pris acte des mutations en cours et tente de se mettre à l\u2019heure des changements qui se dessinent.Mais il le fait encore trop souvent avec la mentalité d\u2019hier.Comme s\u2019il suffisait de trouver de meilleures techniques de gestion pour tout prévoir et tout encadrer.Comme s\u2019il s\u2019agissait de faire du retour à l\u2019emploi une sorte de mantra et d\u2019intégrer, à n\u2019importe quel prix, les exclus aux structures économiques qui produisent et produiront encore des exclus.Voilà pourquoi des groupes de plus en plus nombreux rappellent au gouvernement qu\u2019il lui appartient de jouer à fond la carte de sa propre compétence.Qu\u2019il s\u2019agisse de la Marche des femmes contre la violence et la pauvreté ou encore du Collectif pour une loi contre la pauvreté, des milliers de citoyens disent aux élus que notre société doit se donner des balises pour assurer le développement des personnes et de leurs milieux et être ainsi en mesure de jouer un rôle original dans le nouveau contexte mondial; que cette tâche appartient en propre à l\u2019État et qu\u2019il y gagnerait à ne pas utiliser les régions ou les milliers de groupes communautaires pour se dérober à sa tâche.On pense, bien sûr, à une politique fiscale qui chercherait clairement à diminuer les écarts entre les différentes catégories de citoyens.On songe à un grand débat sur un revenu minimum garanti ou encore un revenu de citoyenneté.On pourrait ajouter une politique de la famille et de la population, ou encore une redéfinition du rôle du député ou de la possibilité d\u2019un vote proportionnel.Toutes ces propositions circulent depuis un certain temps, mais nos décideurs donnent l\u2019impression d\u2019avoir peur de ce qui ne sort pas de leurs officines.Pour le reste, les arrimages devront se faire progressivement, mais avec un climat de confiance dans les capacités de la société civile à imaginer, elle aussi, les orientations pour demain.Nous sommes encore loin du compte.\u2022 mars 2002 ReLatiONS dOSSieR Quel régime pour la retraite?Jean Pichette Chaque année, peu de temps après les campagnes de solidarité ponctuelle propres au temps des Fêtes, la saison des REÉR reprend de plus belle.Les propositions alléchantes pour nous assurer une retraite dorée viennent alors de partout, avec, à la clef, une incitation de taille : des économies d\u2019impôts! En ces temps où tout ce qui gravite de près ou de loin dans les arcanes de l\u2019État devient suspect, la promesse d\u2019une diminution des charges fiscales prend des airs de sésame ouvrant la porte du bonheur à 65 ans (ou moins encore pour les plus chanceux).L\u2019idée est on ne peut plus simple : il suffit à l\u2019État de laisser souffler les pauvres contribuables pour leur permettre de préparer adéquatement leurs vieux jours.Il peut paraître saugrenu aujourd\u2019hui de réfléchir sur la pertinence d\u2019un régime de retraite qui fait la part si belle à l\u2019initiative individuelle.Après tout, ceux qui sont trop portés sur la prodigalité ne devraient-ils pas assumer eux-mêmes les conséquences de leur insouciance?Ainsi posée, la question appelle une réponse qui semble aller de soi.Les choses sont pourtant loin d\u2019être aussi simples.À trop vouloir conjuguer la retraite sur le mode de la responsabilité individuelle, nous risquons de préparer des lendemains qui déchantent, même pour les plus économes.Il y a quelque chose de pourri au royaume des régimes de retraite.La logique dans laquelle nous nous enfonçons contraint chacun d\u2019entre nous à un choix pernicieux : nourrir un système qui détruit jusqu\u2019à l\u2019idée de solidarité ou se préparer à vivre notre retraite dans la pauvreté (à moins de repousser toujours plus loin le moment de la sortie du marché du travail).Comme si la voie de la solidarité devait nécessairement mener à la pauvreté, au partage de simples miettes.Sous le regard bienveillant - et avec la bénédiction -des institutions économiques internationales, les systèmes de retraite de par le monde subissent actuellement d\u2019immenses pressions pour briser la solidarité entre les générations, au nom d'une efficacité accrue.D\u2019immenses Des régimes pour tous les goûts.Régime à cotisations déterminées : régime collectif de retraite où les cotisations à payer par les participants au régime sont déterminées d'avance, contrairement au montant des prestations qui seront versées à la retraite, qui dépend des cotisations accumulées et des rendements obtenus sur les placements.Régime à prestations déterminées : régime collectif de retraite où le montant des prestations versées à la retraite (ou la façon de calculer ce montant) est établi à l'avance, contrairement au montant des cotisations à verser par les travailleurs actifs, qui dépend des calculs (variant dans le temps) tentant d\u2019estimer le niveau requis de cotisations permettant d\u2019assurer que l\u2019actif du système soit suffisant pour verser les prestations établies.Régime de retraite par capitalisation : régime de retraite dans lequel les cotisations versées pour la retraite sont injectées dans les marchés financiers, afin que les sommes ainsi prélevées auprès des travailleurs actifs puissent fructifier et permettre le versement des prestations de retraite au moment où ces travailleurs quitteront le marché du travail.Régime de retraite par répartition : régime de retraite dans lequel des prélèvements effectués sur le salaire des travailleurs actifs, au cours d\u2019une période donnée, financent directement les prestations versées aux personnes retraitées, pour la même période.Régime enregistré d\u2019épargne-retraite (REÉR) : régime individuel d\u2019épargne pour la retraite qui permet, aux fins de l'impôt, de déduire de son revenu pour l\u2019année courante les sommes investies dans ce régime et de ne pas y ajouter les revenus générés par ces placements.Les montants ainsi épargnés, et les revenus de placement en résultant, ne deviennent imposables qu\u2019au moment où l\u2019épargnant les retire du régime.10 ReLatiONS mars 2002 .\t:\u2022;' «cui.^ \u2019 ;¦£ iBife fe^'aag.mm sommes d\u2019argent susceptibles d'assurer une meilleure répartition de la richesse entre les générations sont ainsi détournées vers des canaux privés promettant aux meilleurs investisseurs de belles plages ensoleillées pour les dernières années de leur vie.Quant aux autres.Il n\u2019est pourtant inscrit nulle part qu\u2019il faille vider les goussets collectifs et abandonner chacun à son sort, bon ou mauvais.Un régime de retraite digne de ce nom ne peut encourager chacun à passer entre les mailles du fisc pour faire fructifier son argent dans des circuits financiers aveugles à toute considération sociale.C\u2019est pourquoi la question de la retraite en est une éminemment politique.Il ne s'agit pas simplement de choisir entre des « recettes » techniques plus ou moins efficaces mais de rappeler qu\u2019un régime de retraite n\u2019est jamais neutre et qu\u2019il met en jeu des valeurs fondamentales qu\u2019on ne peut voiler sous une raison gestionnaire.En proposant un dossier sur les régimes de retraite, l\u2019équipe de Relations ne cherche aucunement à condamner ceux et celles qui sont contraints d\u2019entrer dans la ronde des « produits financiers » - REÉR et autres subterfuges -pour éviter la pauvreté à leur sortie du marché du travail.Nous voulons plutôt replacer cette question dans son orbite politique, parce que nous croyons que c\u2019est la seule façon de sortir d\u2019un dilemme inacceptable.David Lafrance, Seul et musclé, Eau forte, 2000 mars 2002 ReLatiONS H dOSSieR ' Radiographie d'un système Nos trop modestes régimes publics condamnent à la pauvreté les personnes âgées n'ayant pas d'autres sources de revenus.Les régimes privés se présentent alors comme une panacée.pour ceux et celles qui en ont les moyens.Rien n'interdit pourtant de modifier les régimes publics afin de les bonifier.Michel Lizée l'auteur est\t\"l y n raison de sa complexité apparente, la question des économiste et\t1^ régimes de retraite est souvent une question que nous coordonnateur\t,1 J renonçons à comprendre, quitte à nous en préoccuper du Service aux un peu plus quand nous serons près de la retraite.Pourtant, collectivités\taprès avoir vécu de nos revenus de travail pendant un peu plus à l'uqam\tde 30 ans, nous dépendrons de nos régimes publics et com- plémentaires de retraite pendant une période presque aussi longue, compte tenu de l\u2019espérance de vie accrue des personnes qui prennent leur retraite aujourd\u2019hui.Il ne faut donc pas attendre le moment de la retraite pour commencer à nous en préoccuper.Un peu comme le lièvre de la fable, se réveiller à 54 ans est un peu tard pour commencer à s\u2019occuper sérieusement de sa sécurité de revenu à la retraite.D\u2019autant plus que pour beaucoup trop d\u2019entre nous, la retraite maintient, voire accentue, notre pauvreté.Rappelons qu\u2019en 1998.14 % des couples de plus de 65 ans étaient pauvres, de même que 39 % des hommes seuls de plus de 65 ans et.56 % des femmes seules de plus de 65 ans! Nos régimes publics de retraite sont à ce point modestes qu\u2019ils condamnent à la pauvreté les personnes âgées n\u2019ayant pas d\u2019autres sources de revenus que ceux provenant des régimes de retraite privés et des REÉR.Mais comment fonctionnent nos régimes publics de retraite?Et comment s\u2019articulent- TABLEAU 1 - Revenus provenant des régimes publics dans le cas d\u2019une retraite à 65\t\t\t ans et revenus additionnels requis (provenant de régimes complémentaires de retraite ou de REÉR) pour réaliser l'objectif d\u2019un taux de remplacement du revenu de 75 %\t\t\t (barèmes 2001)\t\t\t \tAmélie\tRonald\tJean-Pierre % DL SALAIRE MOYEN EN 2001\t50 % (19 150 $)\t100 % (38 300 $)\t150 % (57 450 $) Régimes publics\t\t\t PSV\t5176$\t5176$\t5176$ RRQ\t4 650 $\t9 300 $\t9 300 $ SRG Maximum\t3 827 $\t1 502 $\t1 502 $ Total\t13 653 $\t15 978 $\t15 978 $ Taux de remplacement maximum DES RÉGIMES PUBLICS\t71%\t42%\t28% Revenu RCR/REÉR requis POUR UN TAUX DE REMPLACEMENT DE 75 %\t2 978 $\t14 249 $\t28 612 $ ÉPARGNE REQUISE POUR ASSURER CE TAUX DE REMPLACEMENT DE 75 %*\t42 156 $\t201 722 $\t405 051 $ * Nous avons présumé ici un taux de rendement net de 7.5 %, un taux d'inflation de 3 % et un décès à 85 ans.ils avec les régimes complémentaires (privés) de retraite, qui bénéficient d\u2019une aide fiscale de l\u2019État?Un système à plusieurs volets D\u2019un pays à l\u2019autre, la façon dont s\u2019imbriquent les régimes publics, complémentaires et privés de retraite varie considérablement.Le Canada, à l\u2019instar des autres pays anglo-saxons, se caractérise par des régimes publics modestes qui n\u2019assurent même pas un revenu égal au seuil de pauvreté.Ce n\u2019est que grâce aux régimes de retraite d\u2019employeurs et aux REÉR, qui bénéficient d\u2019une aide fiscale considérable sous forme de déduction des cotisations, mais surtout de non-imposition des revenus de placement, que nous pouvons espérer maintenir notre niveau de vie à la retraite, ce qui requiert un revenu équivalent à environ 75 % du revenu gagné auparavant.Pour mieux comprendre comment ces différents étages s\u2019articulent entre eux, prenons l\u2019exemple de trois personnes, Ronald, Amélie et Jean-Pierre, qui prennent leur retraite à 65 ans (tableau 1).Ronald est un travailleur « moyen », qui a gagné pendant chaque année de sa vie active un salaire égal au salaire industriel moyen.Amélie, moins fortunée, a gagné en moyenne seulement la moitié de ce salaire industriel moyen, ce qui la placerait un peu en haut du seuil de pauvreté, tandis que Jean-Pierre, plus chanceux, a gagné une fois et demie ce salaire moyen.En ce qui a trait aux régimes publics, ces trois personnes auront droit à la Pension de sécurité de vieillesse (PSV), une prestation de 5 176 $ versée aux personnes résidentes canadiennes de plus de 65 ans.Ce programme, administré par le gouvernement fédéral et financé à même nos impôts, était une mesure universelle, mais le gouvernement Mulroney a introduit en 1989 une coupure qui prévoit une récupération, à compter d\u2019un revenu net de 53 960 $, de 15 cents pour chaque dollar de revenu supplémentaire.Au Québec, Ronald, Amélie et Jean-Pierre auront également droit au Régime des rentes du Québec (RRQ), mis sur pied en 1966, qui est fondé sur les revenus gagnés pendant toute la vie active, soit entre 18 ans et l\u2019âge de la retraite.Il assure une rente égale à 25 % du niveau des revenus gagnés jusqu\u2019à concurrence du Maximum des gains admissibles (MGA), lequel s\u2019élève à 38 300 $ en 2001.Enfin, si leur revenu total est insuffisant, elles auront droit au Supplément de revenu garanti (SRG), un programme fédéral d\u2019assistance non imposable qui vise à assurer un revenu minimal.Le montant maximum versé par le SRG est de 6 152 $, mais ce montant est réduit de 50 *v\u2014 ***?¦&* *a- ir tit À 4NMN**' üÊBMÊEk conseillers en placements, souvent filiales de banques ou d\u2019ins- David lafrance, titutions financières canadiennes ou étrangères, qui gèrent ces Martyr, eau forte, milliards et disposent donc du pouvoir économique et financier 2001 qui en découle.Ce sont, par exemple, ces intermédiaires financiers qui exercent les droits de vote des actions détenues pour élire les administrateurs des entreprises, approuver leurs systèmes de rémunération ou voter sur les propositions soumises par des actionnaires, et ce, sans même en informer les propriétaires véridiques de ces actions, vous et moi! Nous sommes, bien sûr, plusieurs à souhaiter que nos cotisations pour la retraite ne servent pas à de la spéculation financière mais à créer ou à renforcer une activité économique viable, favorisant ainsi le développement de communautés qui, lors de notre retraite, seront prospères, exemptes de violence et de dégradation urbaine et environnementale.C\u2019est pourquoi, afin d\u2019éviter le contrôle de fait de nos actifs pour la retraite par les institutions financières, plusieurs favorisent l\u2019investissement socialement acceptable.Doing better by doing good.plaident les promoteurs de cette approche, et on pourrait démontrer que celle-ci n\u2019a pas nécessairement un coût au chapitre du rendement, au contraire.\u2022 mars 2002 ReLatioNS (17 dOSSieR ' L'épouvantail démographique On le dit et on le répète partout : la population vieillit.Cela justifie-t-il la transformation de la population en une masse de boursicoteurs rêvant de « produits financiers » capables de leur assurer la doice vita à 55 ans?Petit voyage au pays des sophismes emballés dans une logique financière.Jean Pichette Le Québec vient de clore sa saison des REÉR.Encore une fois, les institutions financières ont redoublé d\u2019imagination pour nous convaincre de leur faire confiance en leur confiant nos épargnes, petites ou grandes.C\u2019est la même chose chaque année : nous sommes inondés d\u2019une myriade de promesses de retraite dorée.pour ceux qui auront choisi le bon « véhicule » financier! Vous aimez les placements risqués?Vous êtes plutôt du genre prudent?Vous préférez les portefeuilles équilibrés?11 y en a pour tous les goûts : faites vos jeux! L\u2019idée que l\u2019avenir de chacun d\u2019entre nous passe par de bons placements financiers est à ce point ancrée dans nos têtes qu\u2019il nous semble devenu impossible d\u2019imaginer que la question de la retraite puisse être abordée autrement.Aujourd\u2019hui, penser l\u2019après-travail rime avec « marchés financiers » : non seulement faut-il épargner pour ses vieux jours, il faut en plus investir aux bons endroits afin de s\u2019assurer les meilleurs rendements possibles.Nous devrions donc, selon la religion du capital, mettre de l\u2019argent de côté en espérant qu\u2019il pourra fructifier le plus possible - cela s\u2019appelle la capitalisation -afin d\u2019en jouir le moment venu (si Dieu nous prête vie!).Elle est révolue l\u2019époque où l\u2019argent dormait dans des bas de laine : désormais, nos épargnes entrent dans des circuits financiers de plus en plus complexes et en ressortent enrichis par le passage du temps - du moins pour ceux qui savent être de bons «gestionnaires ».Quant aux autres.ils auraient dû savoir que l\u2019époque du financement public des régimes, où l\u2019État répartit la richesse collective en opérant des transferts entre gens actifs et inactifs, sans passer par l\u2019alchimie financière, est terminée.Une campagne bien orchestrée Autres temps, autres mœurs.C\u2019est en tout cas ce qu\u2019indiquent les scénarios catastrophes de la Banque mondiale, de l\u2019OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) et autres institutions économiques internationales, qui répètent ad nauseam que le vieillissement de la population Elle est révolue l'époque où l'argent dormait dans des bas de laine : désormais, nos épargnes entrent dans des circuits financiers de plus en plus complexes et en ressortent enrichis par le passage du temps.rend les régimes publics incapables d\u2019assurer une retraite méritée aux cohortes de population qui quitteront sous peu le marché du travail.La conclusion semble alors s\u2019imposer d\u2019elle-même : chacun doit veiller à faire fructifier ses économies grâce aux marchés financiers prêts à les accueillir à bras ouverts.Le tocsin avait déjà été entendu à plusieurs reprises dans les années 80, alors que les chantres de la libéralisation, de la déréglementation et de la privatisation abattaient leurs cartes.Plus récemment, en 1994, la Banque mondiale sonnait l\u2019hallali avec la publication d\u2019un document intitulé Averting the Old Age Crisis : Policies to Protect the Old and Promote Growth (Prévenir la crise du vieillissement : politiques pour protéger les personnes âgées et promouvoir la croissance).Le spectre des caisses de retraite vides allait désormais pouvoir hanter le monde.Heureusement (sic), la Banque mondiale, qui rêve d\u2019« un monde sans pauvreté », accompagnait son diagnostic d\u2019une solution : les prélèvements publics obligatoires nourrissant les caisses par répartition devaient être limités afin de permettre à chacun d\u2019épargner pour ses vieux jours et de choisir lui-même comment répartir ses revenus sur l\u2019ensemble de sa vie.La voie royale vers le paradis avant la fin de ses jours était ainsi tracée pour qui savait agir de façon responsable.Abondamment relayée par les médias, cette logique du « gros bon sens » trouvait un écho favorable dans les franges d\u2019une jeunesse inquiète de devoir supporter tout le poids de la belle retraite apparemment promise aux baby-boomers.Tout le monde est bien sûr pour la justice intergénérationnelle, mais les jeunes devraient-ils vider leurs poches afin que leurs aînés puissent jouer au golf à temps plein?Campée dans un conflit de générations où les groupes d\u2019âge se découvraient comme par magie des intérêts communs transcendant les autres clivages (celui des classes sociales, par exemple), la question des pensions semblait trouver dans le « chacun pour soi » une solution à ce qui paraissait pour à peu près tout le monde un fait incontournable : le changement de la structure démographique marquait la fin (après une agonie plus ou moins lente selon les pays) des régimes de retraite publics.Il était révolu le temps où des prélèvements auprès des gens actifs sur le marché du travail pouvaient être immédiatement redistribués aux gens retraités.Dorénavant, les retraités allaient se nourrir comme le font l\u2019hiver les écureuils prévoyants, à cette différence près que ces derniers, étrangers aux techniques financières, ne connaissent pas la multiplication des noix! C\u2019est au moment où les systèmes de retraite arrivaient enfin à leur maturité, procurant ainsi aux retraités des niveaux de pension relativement élevés, que l\u2019idée de la bombe à retardement démographique a éclaté.« Cela participe d\u2019un mouvement plus général de remise en cause des systèmes de protection sociale dans la plupart des pays, remarque Pierre 18 ReLatiONS mars 2002 s* VWv1?ààs£' Concialdi, de l\u2019Institut de recherches économiques et sociales (1RES), à Paris.Au moment même où on stigmatise les prélèvements publics obligatoires, qui financent les prestations sociales, l\u2019idée d\u2019augmenter les cotisations pour les retraites apparaît inacceptable.Dans cette logique, il faudrait donc revoir à la baisse le niveau des pensions.» Est-ce à dire que le poids démographique croissant des retraités, poids que doivent supporter les travailleurs actifs, rendrait incontournable l\u2019abandon des pensions par répartition et le recours croissant aux pensions par capitalisation?Pierre Concialdi refuse d\u2019aborder le problème sous cet angle réducteur.« La question de la retraite doit être considérée dans l\u2019ensemble plus vaste des questions du financement de la protection sociale en général.On peut constater tout simplement qu\u2019à tout moment, les gens actifs sur le marché du travail financent non seulement les retraités mais aussi des gens inactifs pour toutes sortes de raison : des chômeurs, des gens malades, des enfants, des étudiants, etc.Ce qui est pertinent du point de vue de la charge qui pèse sur les personnes qui sont en emploi, ce n\u2019est pas uniquement la dépense qui se dirige vers les retraités mais le financement de toutes ces catégories de gens inactifs.» Dans le débat sur les retraites, on construit habituellement un indicateur présentant le ratio nombre de retraités/nombre d\u2019actifs (travailleurs) ou de cotisants.Mais on peut construire un autre indicateur, qui est le nombre de personnes inactives (au sens économique où elles ne sont pas actives sur le marché du travail : chômeurs, étudiants, malades, etc.) par rapport au nombre de personnes qui travaillent.Cela donne la mesure de ce que doivent « supporter » ces dernières pour assurer le financement des situations évoquées plus haut.Le portrait brossé par un tel indicateur a tôt fait de faire disparaître l\u2019épouvantail démographique.Toujours selon Pierre Concialdi : « La croissance d\u2019un tel indicateur au cours des 20 ou 30 prochaines années est beaucoup moins rapide que celle du ratio retraités/cotisants.Cela tient simplement au fait que s\u2019il y aura plus de personnes âgées à l\u2019avenir, il y aura notamment de moins en moins de jeunes.Autrement dit, les personnes qui vont travailler financeront plus de pensions pour les retraités mais auront moins de dépenses pour les jeunes.En France, par exemple, le ratio retraités/cotisants pour la période comprise entre 1995 et 2040 augmente de 80 %.Si on regarde plutôt l\u2019autre ratio, prenant en compte toutes les catégories d\u2019inactifs, on constate qu\u2019il augmente d\u2019à peine 12 % pour la même période.L\u2019écart est donc très considérable.Cela ne met bien sûr pas fin au débat mais permet de regarder le problème autrement.La vraie question devient celle-ci : les gens actifs accepteront-ils demain de payer plus pour financer les pensions de leurs parents en contrepartie de charges moins élevées pour l\u2019éducation de leurs enfants?» Une richesse à partager Sortie du cadre étroit de l\u2019opposition entre générations, la question des retraites permet ainsi de poser celle, beaucoup David Lafrance, Graveurs, Eau forte, 2000 mars 2002 ReLatiONS 19 dOSSieR L'auteur est ANTHROPOLOGUE plus large, des mécanismes de répartition de la richesse.Il devient alors difficile de dissocier cette question de celles du chômage et de l\u2019aide sociale : le contexte financier dans lequel s\u2019est opérée la campagne de marginalisation des systèmes publics de pension a aussi nourri les pressions à la baisse sur les conditions de travail.François Chesnais, économiste ayant notamment publié La mondialisation du capital et dirigé un ouvrage collectif intitulé La mondialisation financière, explique à cet égard que le passage en cours - à un rythme variable selon les pays - d\u2019un système de retraite par répartition à un système par capitalisation s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019un processus où les marchés financiers jouent un rôle central dans la valorisation du capital.Entre la libéralisation et la déréglementation des marchés financiers, d\u2019une part, et la question des pensions, d\u2019autre part, un lien étroit peut ainsi être établi.« Les marchés obligataires, et plus encore les marchés boursiers, ne fonctionnent que s\u2019ils sont nourris par un flux constant de ressources nouvelles.C\u2019est un peu comme pour le vélo : dès qu\u2019on s\u2019arrête, on tombe.Les marchés boursiers ont impérativement besoin de nouveaux investisseurs : la liquidité du marché ne peut être soutenue que s\u2019il y a tout le temps des capitaux qui arrivent.Les cotisations pour la retraite apparaissent alors comme une source extraordinaire de capitaux.» Pensons seulement, dans le cas du Canada, aux sommes faramineuses détenues par le régime de retraite des enseignantes et enseignants de l\u2019Ontario : un actif de plus de 73 milliards de dollars à la fin de l\u2019an 2000, dont environ 60 % Des investisseurs de poids Emmanuel Bertrand-Gauvin L* institutionnalisation de la gestion de l\u2019épargne, au sein du capitalisme financier, a favorisé la concentration de la gestion financière entre les mains de quelques firmes de gestionnaires.Au Québec, ce phénomène prend de l\u2019ampleur et a pour effet la canalisation de l\u2019épargne à l\u2019extérieur de la province.Les effets des pratiques actuelles de thésaurisation, où l\u2019institutionnalisation de la gestion de la richesse remplace les bas de laine, concentrent le pouvoir financier de milliers d\u2019individus entre les mains de quelques gestionnaires.Elle laisse ainsi à un petit nombre le soin de décider de l\u2019utilisation actuelle de notre richesse.La forte poussée du capitalisme industriel en Amérique du Nord a engendré de profondes transformations sociales.C\u2019est à l\u2019intérieur de ces transformations que se sont développées de nouvelles pratiques d'épargne-retraite.À la fin du XIXP siècle et au début du XXe, le paysage industriel nord-américain a vu apparaître les grosses entreprises; c\u2019est peu après, à la suite se composent d\u2019actions de sociétés ouvertes ou fermées et de contrats dérivés sur rendement d\u2019actions.L\u2019entrée massive des cotisations pour les retraites dans les marchés financiers permettrait, selon la nouvelle doxa financière, de contrer le vieillissement relatif de la population.« Mais la capitalisation ne change rien à cette réalité », s\u2019insurge François Chesnais.« Elle déplace simplement les risques, qui sont de plus en plus portés par les salariés et les retraités.» Catherine Sauviat, de LIRES, dénonce également ce transfert de risques, dont elle a examiné de près les effets dans la société américaine.Elle remarque d\u2019abord que ce système est très inégalitaire puisqu\u2019il concerne essentiellement les salariés des grandes entreprises : le taux de couverture des salariés à ces régimes d\u2019employeurs, que ce soit à prestations déterminées ou à cotisations déterminées, y a atteint son maximum - environ 45 % - dans les années 70.« Mais cette stabilité masque en fait des transformations en profondeur qui sont le développement de ce qu\u2019on appelle les régimes à cotisations déterminées, où le risque est transféré aux salariés.Dans ces régimes-là, c\u2019est le salarié qui choisit le montant de sa cotisation et ses options d\u2019investissement, mais le capital accumulé sera évidemment dépendant des aléas du marché boursier.Ce sont principalement ce genre de régimes qui se développent aujourd\u2019hui, au détriment des fonds de retraite à prestations déterminées, où c\u2019est l\u2019employeur qui cotise principalement, en garantissant à son salarié des droits de retraite en fonction de son salaire et de son ancienneté dans l\u2019entreprise.» Si le pourcentage des travailleurs affiliés à des régimes d\u2019employeurs, aux États-Unis, est demeuré stable à environ 45 % depuis les années 70, sa composition est très différente des pressions des mouvements ouvriers et parfois patronaux, que sont apparus les premiers fonds de retraite.Les fonds de retraite sont généralement mis en place dans des institutions et des industries employant plusieurs personnes.On retrouve cette formule tant dans le domaine privé que dans le domaine public.Les fonds de retraite sont particulièrement présents au sein des institutions où les travailleurs sont syndiqués.Ils sont mis en place, entre autres, pour assurer le bien-être économique des travailleurs ayant atteint la retraite.Ce phénomène est très répandu dans notre société depuis le début des années 60.tout comme dans la plupart des pays industrialisés.Dans le passé, les fonds étaient gérés et investis au sein des entreprises dans lesquelles oeuvraient les cotisants.Ce sont maintenant des compagnies indépendantes qui canalisent différents fonds de retraite et assurent l\u2019accroissement du capital.Cette manière de gérer la richesse fait en sorte que les propriétaires de l\u2019épargne confient quotidiennement leurs avoirs à un gestionnaire.Au Québec, l\u2019institutionnalisation de la gestion de la richesse s\u2019est imposée dans les pratiques d\u2019épargne-retraite.Plusieurs institutions et industries basées au Québec ont des 20) ReLatiONS mars 2002 aujourd'hui.« En 1975, 6 % des travailleurs étaient affiliés à des régimes à cotisations déterminées et 39 % à des régimes à prestations déterminées.Aujourd'hui, ces deux types de régimes sont à égalité à environ 23 %.Cela peut avoir des effets dévastateurs sur les conditions de vie et de retraite des travailleurs, sur qui le risque financier est transféré.Pendant les années 90, une période de hausse exceptionnelle du marché boursier, des salariés ont vu leur plan à cotisations déterminées gonfler, gonfler.Avec la récession et la faillite de nombreuses entreprises, certains salariés se retrouvent avec des régimes d\u2019épargne qui ont perdu 90 % de leur valeur, comme environ 12 000 des salariés de Enron, le courtier en énergie qui a fait faillite à l\u2019automne.On se retrouve ainsi dans une situation où on fait supporter aux salariés presque tous les risques, le risque de perte d\u2019emploi, le risque des marchés financiers, etc., et on leur demande en plus d\u2019être de bons salariés, de faire des gains de productivité, et même parfois d\u2019être de bons actionnaires, comme chez Enron.» Un combat pour la justice Alors que les opposants au système de retraites par capitalisation luttent actuellement en France pour le maintien du système par répartition, Catherine Sauviat constate que le contexte nord-américain est très différent, Elle comprend que les syndicats revendiquent le contrôle de l\u2019épargne accumulée dans les fonds de retraite.« Mais compte tenu de la façon dont fonctionnent les marchés financiers et compte tenu de la puissance des intermédiaires financiers, je ne vois pas très bien comment les comportements financiers, souvent très grégaires, pourraient être modifiés au profit de critères éthiques.» fonds de retraite importants, notamment la fonction publique, Hydro-Québec, les centrales syndicales (notamment la FTQ et la CSN) et les professeurs des différentes universités.Les fonds de retraite institutionnels sont présentés comme une réforme aux allures sociales.Pourtant, ces fonds ont massivement servi la cause des industriels dans la mesure où ils permettent d\u2019injecter de l\u2019argent dans les entreprises pour prendre le contrôle de celles-ci.D\u2019ailleurs, les regroupements ouvriers et les syndicats ont longtemps été écartés de la gestion des fonds qui, dit-on, ont été créés pour répondre aux besoins des travailleurs.La gestion des fonds de retraite se fait principalement dans un contexte où les gestionnaires ont les mains libres quant à l\u2019utilisation des sommes thésaurisées pour l\u2019avenir des travailleurs.Certes, certaines règles obligent désormais les gestionnaires à investir l\u2019argent des fonds de retraite en se basant sur les normes émises par les comités des fonds, en donnant préséance au bénéfice des retraités.Mais ces gestionnaires et les cotisants/investisseurs cherchent principalement des bénéfices.Lorsqu\u2019on y regarde de plus près, on s\u2019aperçoit que cette épargne, massivement thésaurisée par le biais des fonds de retraite, est recyclée sur les marchés financiers.Les fonds de U - 'm.\t.ÆBÊmr-ïïM \u2022 mît m* - Egi-n fîi mm 'Uâ>'F * Wm WÆ & ¦mm vm, L' &.¦ \u2022¦'yr.a».retraite, qui représentent les lieux d\u2019accumulation de l\u2019épargne\tDavid lafranœ, à l\u2019heure actuelle, jouent un rôle décisif sur ces marchés.Par\tcamion homme, exemple, les deux tiers des activités boursières des États-Unis eau forte, 1999 et de la Grande-Bretagne dépendent des investisseurs institutionnels, et donc en grande partie des fonds de retraite.Les sommes en jeu sont colossales : au Canada, le 1er janvier 2000, les 15 557 régimes de retraite agréés, regroupant plus de 5.2 millions d\u2019adhérents, possédaient des actifs de 684 milliards de dollars! À titre de comparaison, l\u2019actif du Régime de pensions du Canada était de 37.5 milliards; celui du Régime des rentes du Québec, de 13,3 milliards.(Statistique Canada, Les régimes de pension au Canada, document nu 74-401).Le poids des fonds de retraite sur les marchés financiers associés à la gestion institutionnelle engendre parfois des interactions économiques qui peuvent soulever bien des interrogations.La caisse de retraite des professeurs de l\u2019Ontario était, en 1997, le plus gros actionnaire (41,1% des actions) de la compagnie Maple Leaf Foods, qui procédait alors à la mise à pied de plusieurs employés travaillant dans ses usines ontariennes.Le comité de gestion de la caisse de retraite des professeurs de l\u2019Ontario n\u2019avait probablement pas exigé de Maple Leaf Foods la mise à pied des employés.Mais c\u2019est ce qui s\u2019est produit.Le mars 2002 ReLatiONS dOSSieR Lino, Adhésion Théorique, 2000 Une chose est en tout cas certaine : les critères éthiques ne sauraient remplacer de façon efficace une réglementation étatique des marchés financiers.La lutte actuelle pour le contrôle de l\u2019épargne constitue peut-être au fond une étape dans le combat plus vaste pour une nouvelle politique - et non une simple technique! - de répartition de la richesse collective qui reconnaisse enfin que le modèle (moderne) plaçant le travail en son centre ne fonctionne plus.Quand le travail ne suffit plus à assurer la distribution de la richesse avec un minimum de justice; quand, au contraire, les écarts de richesses s\u2019accentuent, ici comme ailleurs, il ne faut pas s\u2019étonner que le système de financement de l\u2019après-travail entre lui-même en crise.On peut alors s\u2019amuser à clamer que la faute en incombe à un facteur exogène, le vieillissement de la population, et essayer de placer au cœur de la logique des pensions une conception étroite de la responsabilité individuelle qui a fait long feu dans le monde du travail - même si d\u2019aucuns, oublieux de l\u2019histoire, rêvent de retrouver un « vrai » marché du travail, enfin libéré des « entraves » syndicales à son bon fonctionnement.On peut, autrement dit, prendre pour du cash les rêves en couleurs que nous vendent les marchés financiers.Mais attention au réveil.\u2022 comité a fixé des balises quant aux rendements attendus.Le gestionnaire financier, voulant atteindre ses objectifs, a fait pression pour que ses investissements rapportent ce qui était attendu.De son côté, Maple Leaf Foods a pris des mesures afin de respecter les normes de rentabilité quelle avait annoncées à ses actionnaires : pendant que les professeurs ontariens étaient en grève pour protester contre la réforme de l\u2019éducation dans leur province, l\u2019entreprise tentait ainsi de réduire ses coûts salariaux du tiers! Pour être certains d\u2019atteindre ces objectifs, les dirigeants peuvent couper dans les dépenses; c\u2019est généralement l\u2019enveloppe salariale qui y passe.Mettre du monde à la porte permet de diminuer rapidement les dépenses et donc d\u2019atteindre dans les rapports comptables les normes de rentabilité exigées ou attendues par le marché.Ces événements sont possibles en raison du contrôle qu\u2019exercent certains créanciers sur la circulation de l\u2019argent, la création de monnaie et les fluctuations des taux d\u2019intérêt.Et ces créanciers tirent une bonne partie de leur pouvoir économique du contrôle qu'ils exercent sur l\u2019argent des fonds de retraite et sur les possibilités de choisir comment utiliser cette richesse collective.Dans ces situations, les fonds de retraite passent rapidement du statut d\u2019outil de réforme sociale à celui d\u2019instrument financier incisif et décisif pour les décideurs économiques.Les gestionnaires font des profits et les investisseurs/cotisants font des profits.Les rendements obtenus au présent pour les besoins futurs sont basés sur l'anticipation des performances d\u2019une entreprise ou d\u2019un État.Mais les anticipations sont lourdes de conséquences et la gestion active, actuellement en vogue, ne fait qu\u2019augmenter la cadence des fluctuations, déstabilisant constamment l\u2019économie.La pression exercée pour atteindre les objectifs de rendement sont énormes.Elle force les entreprises à faire des mises à pied afin de toujours tendre vers une plus grande compétitivité.Le pouvoir décisionnel de changer les manières de faire des gestionnaires financiers est entre les mains des possesseurs de la richesse.Le poids économique des thésauriseurs est trop grand pour être négligé.Les thésauriseurs encouragent un système qui, tôt ou tard, tentera de les exclure : il revient donc à tous les cotisants/investisseurs de questionner l\u2019utilisation présente de leur épargne et de prendre conscience des effets globaux de leurs pratiques économiques.\u2022 22 ReLatiONS mars 2002 Un fossé qui persiste Le combat pour l'équité salariale est loin d'être terminé : les femmes restent sous-payées par rapport aux hommes.L'écart se creuse quand elles prennent leur retraite.Les chiffres parlent d'eux-mêmes.Ruth Rose Au cours des dernières décennies, les femmes ont fait énormément de progrès dans la scolarisation et l\u2019intégration sur le marché du travail.Il y a eu une diminution, lente mais visible, des écarts salariaux entre hommes et femmes, quoiqu\u2019en 1999, les travailleuses gagnaient en moyenne seulement 64,1 % du salaire des hommes, selon Statistique Canada.Malheureusement, on doit constater que les femmes déjà à la retraite continuent d\u2019avoir des revenus très inférieurs à ceux des hommes.Encore plus choquant : les données sur la participation des femmes aux régimes de retraite publics et privés, ainsi qu'aux Régimes enregistrés d\u2019épargne retraite (REÉR), laissent prévoir que l\u2019écart ne sera pas comblé dans les 40 prochaines années.Les femmes déjà à la retraite En 1998, 56 % des femmes québécoises de 65 ans et plus vivant seules avaient des revenus inférieurs au seuil de faible revenu de Statistique Canada.Ce taux chute à 39 % pour les hommes et à 14 % pour les couples âgés.Tant les femmes que les hommes ont bénéficié d\u2019une diminution significative du taux de pauvreté depuis 1980 (environ 30 points de pourcentage pour l\u2019ensemble des Canadiens).Cette diminution est attribuable principalement à une amélioration du Supplément de revenu garanti (SRG) pour les personnes seules et à la maturation du Régime des rentes du Québec et du Régime de pensions du Canada (RRQ/RPC).Néanmoins, un écart de 10 % entre les hommes et les femmes du Canada est demeuré à peu près constant.Au Québec, l\u2019écart est de l\u2019ordre de 17 %, selon le Conseil national du bien-être social.En 1999, 60 % des femmes âgées de 65 ans et plus recevaient une rente de retraite du RRQ, soit trois fois plus qu\u2019en 1980.À ce chiffre, on peut ajouter 18 % qui reçoivent une rente de conjointe survivante, alors que 19 % reçoivent les deux.Néanmoins, presque le quart des femmes à la retraite ne reçoivent rien du tout du RRQ.En comparaison, plus de 99 % des hommes bénéficient d\u2019une rente de retraite ou d\u2019une rente de conjoint survivant, en hausse par rapport à 68 % en 1980.Les femmes reçoivent 262 $ en moyenne par mois, soit seulement 57 % de la rente moyenne de 463 $ que reçoivent les hommes (Le régime des rentes du Québec, Statistiques 1999).Les femmes reçoivent également beaucoup moins de sources privées.En 1997, 29 % d\u2019entre elles recevaient une rente ou une prestation viagère en provenance d'un régime d\u2019employeur, comparativement à 52 % des hommes.En moyenne, les femmes recevaient un total de 6 900 $ des diverses sources privées comparativement à 12 174 $ pour les hommes, soit presque le double.Globalement, le revenu moyen des femmes âgées était de 17 158$; celui des hommes était de 25 816 $ pour un ratio de 66,5 % (Statistiques fiscales des particuliers, année d'imposition 1997).Rappelons que la presque totalité des femmes, comme les l'auteure hommes, reçoivent aussi la Pension de sécurité de vieillesse est professeure (PSV) et un plus grand pourcentage bénéficie du Supplément de sciences de revenu garanti (SRG) dont l\u2019objectif est précisément de\téconomiques combler le revenu des personnes âgées n\u2019ayant pas assez de\tà l'üqam ressources privées.En effet, les femmes doivent compter, beaucoup plus que les hommes, sur les régimes de retraite publics de base.Les femmes nouvellement arrivées à la retraite Parce que le RRQ a été créé relativement récemment, les personnes qui ont pris leur retraite avant 1967 n\u2019y étaient pas admissibles et celles qui ont pris leur retraite entre 1967 et 1976 reçoivent, au mieux, une rente partielle.Parce que les femmes vivent plus longtemps que les hommes en moyenne, une plus grande proportion d\u2019entre elles ne reçoit pas de prestations ou reçoit des montants plus faibles parce quelles ont pris leur retraite pendant cette période de maturation ou avant.Malheureusement, la situation est à peine meilleure pour les femmes qui ont pris leur retraite en 1999.La rente moyenne des nouvelles retraitées était de 258 $ en 1999, soit 57 % de celle des hommes (451 $).Bref, les hommes et les femmes reçoivent moins en moyenne que les personnes ayant pris leur retraite avant 1999 et le ratio des rentes femmes/ hommes est le même.La rente moyenne du RRQ diminue, d\u2019une part, parce que la formule de calcul a été modifiée à la baisse en 1998 et, d\u2019autre part, parce que les gens prennent leur retraite de plus en plus tôt et que la rente est réduite lorsqu\u2019une personne prend sa retraite avant l\u2019âge de 65 ans.Et les retraitées des 40 prochaines années?Les jeunes femmes d\u2019aujourd\u2019hui sont plus scolarisées que les hommes et leur taux de participation au marché du travail est presque aussi élevé.Peut-on alors s'attendre à ce que l\u2019écart des revenus à la retraite s\u2019amenuise au cours des prochaines années?Malheureusement non, et ceci pour trois raisons.Premièrement, les salaires des femmes continuent d\u2019être significativement plus faibles que ceux des hommes et cela même à scolarité et expérience égales.Or.les prestations du RRQ et des régimes de retraite complémentaires, ainsi que la capacité d\u2019épargner, sont toutes fonction des salaires gagnés.Deuxièmement, les femmes travaillent plus souvent pour des mars 2002 ReLatiONS (23 dOSSieR David Lafrance, Artiste, Eau forte, 2000 petites firmes qui n\u2019offrent pas de régime de retraite complémentaire.Troisièmement, les femmes continuent d\u2019assumer la plus grande part des responsabilités pour les enfants, le travail ménager et, maintenant, les soins aux adultes malades et en perte d\u2019autonomie.En conséquence, elles travaillent plus souvent à temps partiel et elles interrompent plus souvent leur carrière, ce qui a pour résultat des pertes énormes dans leur régime de retraite quand elles en ont un.Regardons quelques chiffres à cet égard.En 1980, 80,8 % des hommes et seulement 50,6 % des femmes âgés de 18 à 69 ans contribuaient au RRQ.En 1997, l\u2019écart était plus petit mais toujours présent puisque 68,6 % des hommes et seulement 54,6 % des femmes contribuaient.Le plus inquiétant est le fait que cette diminution de l\u2019écart vient beaucoup plus d\u2019une diminution du taux des hommes (12 points) que d\u2019une augmentation de celui des femmes (4 points).De plus, en 1997, le gain moyen sur lequel la contribution des femmes était calculée représentait 82 % de celui des hommes, ratio qui était sensiblement le même qu\u2019en 1980.Bref, on doit s\u2019attendre à ce que la rente de retraite RRQ moyenne des hommes aille en diminuant, alors que celle des femmes s\u2019accroîtra, mais pas de beaucoup.La rente de conjointe survivante sur laquelle beaucoup de femmes doivent compter diminuera également en proportion à la baisse de la rente des hommes.Qu\u2019en est-il des régimes complémentaires?En 1995, seulement 599 450 Québécoises, comparativement à 726 801 Québécois, ont contribué à un régime complémentaire.Quoi que ces chiffres représentent 37 % des femmes actives et 36 % des hommes actifs, le fait que le taux d\u2019activité des femmes soit inférieur à celui des hommes signifie, quand même, qu\u2019un plus petit pourcentage de la population totale des femmes accumule des pensions de cette façon.Rappelons également que lorsqu\u2019une personne change de régime ou arrête de travailler avant de prendre sa retraite, la perte au niveau de la pension éventuelle est plus importante que le simple nombre d\u2019années qui manquent.En effet, la pension éventuelle sera proportionnelle au salaire au moment de l\u2019interruption du travail et non pas à celui de la fin de carrière.Les femmes se tirent-elles d\u2019affaires en cotisant à un REÉR?Malheureusement non.En 1997, seulement 28,3 % des femmes, comparativement à 35,5 % des hommes, ont contribué à un REÉR.Les montants moyens versés étaient de 3 983 $ pour les hommes et de 2 868 $ pour les femmes, soit 28 % de moins.Lorsqu\u2019on calcule ces chiffres sur l\u2019ensemble des contribuables, on se rend compte que les femmes accumulent des actifs d\u2019un REÉR à un rythme de seulement 57,5 % de celui des hommes.(Statistiques fiscales des particuliers, 1997) On peut donc s\u2019attendre à ce que les retraitées des prochaines générations tirent davantage de revenus des régimes complémentaires et des REÉR que celles déjà à la retraite.Néanmoins, les sommes demeureront modestes et l\u2019écart par rapport aux hommes persistera.Des pistes de solution La première solution pour améliorer le revenu des femmes à la retraite est d\u2019améliorer les régimes publics, à la fois la Pension de sécurité de vieillesse et le RRQ/RPC.Seuls les régimes publics couvrent tout le monde (tous les travailleuses et travailleurs dans le cas du RRQ/RPC) et seuls ces régimes offrent une rente pleinement indexée sans pénaliser les personnes qui interrompent leur carrière pendant plusieurs années au cours de leur vie active.Depuis longtemps, les groupes de femmes et de personnes âgées, ainsi que le mouvement syndical, reven- 24 ReLatiONS mars 2002 cliquent une hausse du taux de remplacement du RRQ/RPC de 25 % à 50 % et une augmentation du maximum des gains admissibles de 100 % du salaire industriel moyen à 150 %.Les femmes bénéficieraient de ces augmentations non seulement en ce qui concerne leur propre rente de retraite, mais aussi par le biais de la rente de conjointe survivante.Le deuxième type de solution envisageable est de faire reconnaître le travail non rémunéré des femmes au sein de la famille dans les régimes publics.Le Québec et le Canada ont déjà fait deux pas dans cette direction.La première est de prévoir le partage obligatoire des crédits de rente accumulés dans le RRQ/RPC, les régimes de rente complémentaires et les REÉR lors d\u2019un divorce ou d\u2019une séparation.Cette mesure reconnaît que la contribution des femmes aux actifs familiaux par le biais du travail vaut autant que la contribution monétaire des hommes.Malheureusement, le plus souvent, elle revient à partager la pauvreté des femmes, plutôt que la richesse des hommes.En effet, chacun se retrouve avec la moitié des crédits de pension des hommes, généralement modestes, et la moitié de ceux des femmes, généralement faibles.De plus, à moins de trouver un nouveau conjoint ou conjointe, chacun perd la possibilité de recevoir une éventuelle rente de conjoint survivant.La deuxième mesure déjà en place est celle de l\u2019exclusion des années passées au foyer avec un enfant de moins de 7 ans dans le calcul de la rente RRQ/RPC.Ceci a pour effet d\u2019augmenter les gains moyens sur lesquels est basée la rente d'une femme qui s\u2019est retirée du marché du travail (ou qui a travaillé à temps partiel) pour s\u2019occuper d\u2019un jeune enfant.Cependant, les améliorations sont minimes et les femmes qui ne sont pas retournées sur le marché du travail pendant une période assez longue n\u2019en bénéficient à peu près pas.De plus, le plus souvent, la moitié de l\u2019amélioration a seulement pour effet de diminuer le Supplément de revenu garanti.Une des revendications traditionnelles des femmes est d\u2019accorder carrément des crédits aux personnes qui s\u2019occupent de jeunes enfants - mesure que l\u2019on appelle « inclusion » - au lieu de simplement exclure ces années.Une telle mesure aurait pour effet de faire bénéficier toutes les femmes qui s\u2019occupent de jeunes enfants, notamment celles qui ne retournent pas sur le marché du travail parce quelles ont une famille nombreuse, parce qu\u2019il y a peu d\u2019emplois dans leur région ou pour toute autre raison.Notons que cette mesure aurait peu d\u2019impact sur le revenu des femmes à la retraite si elle ne s\u2019accompagne pas Pour éliminer les écarts, on doit se rabattre sur des mesures d'égalité des femmes sur le marché du travail : accès à l'égalité en ce qui concerne l'embauche et la promotion, équité salariale et partage réel des tâches familiales.d\u2019une amélioration du RRQ, telle que proposée précédemment.Une autre façon d\u2019atteindre le même objectif serait d\u2019accorder un supplément à la PSV en fonction du nombre d\u2019enfants dont s\u2019est occupée une femme.Ces deux mesures, surtout la première, auraient pour effet d\u2019améliorer de façon significative les revenus de presque toutes les femmes à la retraite, mais aussi ceux des hommes.Les hommes bénéficieraient aussi de la reconnaissance du travail des femmes au foyer lorsqu\u2019il y a partage des crédits en cas de divorce et dans la mesure où ils reçoivent une rente de conjoint survivant.Ces deux mesures contribueraient à réduire les écarts de revenu entre les femmes et les hommes, mais de façon très partielle.Pour les éliminer, on doit se rabattre sur des mesures d\u2019égalité des femmes sur le marché du travail : accès à l\u2019égalité en ce qui concerne l\u2019embauche et la promotion, équité salariale et partage réel des tâches familiales.\u2022 Pour prolonger la réflexion LIVRES Banque mondiale.Averting the Old Age Crisis.Policies to Protect the Old and Promote Growth.New York, Oxford University Press, 1994.(11 existe un résumé en français sous le titre La crise du vieillissement, Mesures destinées à protéger les personnes âgées et à promouvoir la croissance : résumé).CHESNAIS, François (s.dir.de), La mondialisation financière.Genèse, coût et enjeux, Paris, Syros, 1996.ESPING-ANDERSEN, Gosta.Les trois mondes de l'État-providence, Paris.PUE, 1999(1990).FUNG, Archon, HEBB, Tessa et ROGERS, Joel.Working capital.The Power of labor's Pensions.1RL Press/Cornell University Press, 2001.G1LL10N, John, TURNER, John, BAILEY, Clive et LATUL1PPE, Denis, Social Security Pensions : Development and Reform.Genève.Bureau international du travail.2000.MYLES, John, Old Age in the Welfare State.The Political Economy of Public Pensions.Lawrence, University Press of Kansas.1989.NIKONOFF, Jacques, La comédie des fonds de pension.Paris, Arlée.1999.O\u2019BARR, William M.et CONLEY, John M\u201e Fortune and Folly.The Wealth and Power of Institutional Investing.Homewood.Business One Irwin.1992.REBELLO, François et ADIB, S., L\u2019investissement responsable : un choix réaliste pour les caisses de retraite?, Document rédigé à l\u2019intention de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) et du Fonds de solidarité de la FTQ.The Social Investment Organization, « A comprehensive survey of socially responsible investment in Canada », in Canadian Social Investment Review 2000, décembre 2000.mars 2002 ReLatlONS [de te résistance RelatiONS Sommet des U dérr ReLatiONs La fatigue politique du Québec ReLatiONs ta société dans le de la maladie mentale\ta RefatioNs Nos amies, tes bêtes?ReLatiONs uté interdite?ReLatiONs y b JÈ&i \u2022 i\\-\t' J*-.Comn*fnt résister ;\tau Noél marchand ?ReLatiONs Ensemble contre le racisme Æ Les voies] Vous avez manqué un numéro?Numéros de Relations encore disponibles : Sommet des Amériques/La démocratie emmurée (n° 667, mars 2001) La fatigue politique du Québec (N° 668, AVRIL-MAI 2001) La société dans le miroir de la maladie mentale (n° 669, juin 2001) Nos amies, les bêtes?(N° 670, JUILLET-AOÛT 2001) La sexualité interdite?(N° 671, SEPTEMBRE 2001) Ensemble contre le racisme (n° 672,octobre-novembre 2001) Les voies de la résistance (N° 673, DÉCEMBRE 2001) Chaque numéro est offert au prix de 3 $.Téléphonez à Hélène Desmarais, au (514) 387-2541, ou écrivez-lui à relations@cjf.qc.ca \u2022 des œuvres de notre artiste invité, François Vincent.François Vincent, La clef, Huile sur panneau, 61 X 77 CM, 1998 Prochain numéro Le numéro d\u2019avril-mai de la revue Relations sera distribué en kiosques et en librairies à la mi-avril.Il comprendra notamment : \u2022\tun dossier sur l\u2019Église catholique au Québec.À l\u2019époque où les institutions sont en crise et où la foi se trouve reléguée dans la sphère privée, quels sont les chemins que l\u2019Église doit emprunter pour être crédible dans la sphère publique?\u2022\tun article sur l'Iran, que le président George W.Bush situe dans « l\u2019axe du mal »; \u2022\tune controverse sur l\u2019économie sociale; \u2022\tune réflexion sur la part de l\u2019Occident dans le conflit israélo-palestinien; \u2022\tle sixième épisode du feuilleton de Wajdi Mouawad, Architecture d\u2019un marcheur, illustré par Marc Séguin; 26 ReLatiONs mars 2002 eN BRef Les francophones de l'Église unie Lors de sa réunion de novembre dernier, l\u2019exécutif du conseil général de l\u2019Église unie du Canada a voté une restructuration administrative complète.Le nouvel organigramme, plus léger que l\u2019ancien, comprendra dix unités de travail qui seront mises en place le 29 avril.La dixième de ces unités regroupera tous les ministères en français de l\u2019Église unie.Pour la petite communauté francophone qui comprend moins de 1 % des membres répartis en huit paroisses, ce sera un défi de taille.Politiquement c\u2019est un pas de géant car il est peu fréquent qu\u2019une Église protestante canadienne, majoritairement anglophone, accorde à son secteur francophone une telle reconnaissance et une totale gestion de ses ministères, de ses besoins et de sa mission.Site : www.egliseunie.org Aide publique au développement Le budget fédéral de décembre dernier indique une augmentation de un milliard de dollars sur trois ans de l\u2019aide publique au développement, si l\u2019on tient compte du fonds d\u2019un demi-milliard conditionnel destiné à l\u2019Afrique.En 2001-2002, le pourcentage du produit national brut (PNB) canadien consacré à l\u2019aide passerait à environ 0,30 %.Ce qui est loin de l\u2019objectif annoncé du gouvernement canadien d\u2019atteindre un financement de l\u2019aide publique au développement de 0,70 % du PNB.Le Canada a longtemps joui d\u2019une réputation et d\u2019une influence enviables auprès des pays du Sud, en raison des engagements de ses organismes de coopération et de solidarité envers le développement international durable.Cette renommée risque de se ternir avec les réductions des dernières années à l\u2019aide publique.Célébration pour la paix Pour une deuxième année consécutive, la Conférence mondiale des religions pour la paix, de concert avec les organisateurs de la Semaine d\u2019actions contre le racisme à Montréal, invite à une célébration interreligieuse ayant pour thème : la religion, l\u2019art et la culture.Des membres des communautés afro-haïtienne - dont Augustin Joseph -, musulmane, sikh, bahaïe et arménienne présenteront une facette de leur tradition artistique sacrée.Cette célébration aura lieu le dimanche 17 mars, à 19 h 30, à la salle du Gesù.Pour de plus amples renseignements : (514) 845-8026.100e anniversaire du prix Nobel v A l\u2019occasion de cet anniversaire.100 lauréats ayant obtenu ce prix ont signé une déclaration disant que la paix du monde repose avant tout sur le respect de l\u2019environnement et la justice sociale.À l\u2019avenir, le danger ne viendra pas d\u2019actes irrationnels commis par quelques États ou individus, mais de la situation d\u2019injustice concernant la répartition de la richesse qui crée beaucoup de laissés-pour-compte, dont la plupart vivent sous des climats équatoriaux.Les signataires affirment qu\u2019il est temps d\u2019abandonner les recherches de sécurité unilatérales grâce auxquelles les pays riches s\u2019abritent derrière des murs.À l\u2019inverse, il faut persister à mettre en place des instruments de droit international tels que le traité antimissile, la convention sur les changements climatiques, etc., et faire en sorte que les gouvernements les ratifient et les appliquent de manière à ce que le droit soit un antidote à la guerre.Au service de la paix et de la justice Durant le mois de décembre a eu lieu, au Vatican, une rencontre présidée par Jean-Paul II sur la paix en Terre sainte et l\u2019avenir des chrétiens.Le Saint-Siège discerne cinq conditions pour la résolution du conflit israélo-palestinien : la garantie de la sécurité de l\u2019État d\u2019Israël, la naissance d\u2019un État pour le peuple palestinien, l\u2019évacuation des territoires occupés, un statut spécial internationalement garanti pour les parties les plus sacrées de Jérusalem et une solution équitable pour les réfugiés palestiniens.Les participants ont lancé un vibrant appel aux chefs religieux du judaïsme et de l\u2019islam afin qu\u2019ils collaborent pour aider les responsables israéliens et palestiniens dans leurs efforts en faveur de la justice, de la paix et contre la violence.Développement humain Chaque année, depuis 1990, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) rend public un rapport mondial sur le développement humain.L\u2019ouvrage est une mine de renseignements sur la santé, l\u2019éducation, les conditions de vie, l\u2019égalité entre les hommes et les femmes, etc., dans les différents pays du monde.L\u2019édition de 2001 étudie particulièrement les conséquences des nouvelles technologies sur le bien-être humain.On y trouve aussi une classification entre les pays selon l\u2019indice de développement humain qui intègre la durée de vie, le niveau d\u2019éducation et le niveau de vie.Cette année arrivent en tête la Norvège, l\u2019Australie, le Canada, la Suède et la Belgique.mars 2002 ReLatiONS aiLLeuRS Les visées internationales de Tony Blair L'auteur est DIRECTEUR DU CENTRE d'études des politiques ÉTRANGÈRES ET DE SÉCURITÉ, À l'UQAM La politique de Blair vise à consacrer la place de la Grande-Bretagne non seulement au premier rang des puissances moyennes, mais aussi comme chef de file de l'Occident dans la lutte contre le terrorisme déclenchée par les événements du 11 septembre 2001.du Nord Océan ' S Atlantique ri ROYAUME-UNI Éaimbourç IRLANDE .Londres, Manche FRAN3 Alex Macleod Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, deux premiers ministres britanniques ont réussi à marquer la politique internationale, Margaret Thatcher et Tony Blair.La première s\u2019est surtout servie d\u2019un discours ferme et d\u2019une réputation de ténacité, voire d\u2019obstination, dans la défense d\u2019une vision très étroite de l\u2019« intérêt national » britannique pour affirmer la prétention de son pays à jouer un rôle international de premier plan.La guerre des Malouines, l\u2019opposition tonitruante à toute menace européenne envers la souveraineté nationale et l\u2019appui indéfectible à l\u2019Amérique du président Reagan symbolisent bien l\u2019approche thatchériste de la politique étrangère.Malgré quelques similitudes sur le plan du discours, la politique étrangère de ces deux premiers ministres est toutefois très différente.À la recherche de la « troisième voie » Plus jeune chef de l\u2019histoire du Parti travailliste, élu à 41 ans en juillet 1994, Tony Blair a poursuivi le travail de ses deux prédécesseurs immédiats en vue de pousser le parti vers le centre.En particulier, il n\u2019était plus question d\u2019intervention gouvernementale dans l\u2019économie ni d\u2019augmentation des impôts pour favoriser les dépenses sociales.Peu après avoir pris les commandes du parti, il a déclaré que le travaillisme traditionnel devait céder la place à celui du New Labour, devenu par la suite synonyme d\u2019une « troisième voie « permettant aux travaillistes de naviguer entre le néolibéralisme des conservateurs et la social-démocratie à l\u2019ancienne mode.Ce faisant, il a réussi à éliminer ou, du moins, à faire taire son opposition de gauche, et à présenter un parti relativement uni, surtout sur la question européenne.Tony Blair a su profiter d\u2019un concours de circonstances favorables à une victoire électorale des travaillistes après trois défaites consécutives, en mai 1997, pour devenir le plus jeune premier ministre de son pays, depuis 1812.Le Parti conservateur ne s\u2019est jamais relevé du départ forcé de la « dame de fer » en 1990.Son successeur, John Major, n\u2019a jamais réussi non plus à s\u2019imposer face à un parti profondément divisé sur la question de l\u2019engagement dans l\u2019Union européenne.À l\u2019extérieur, la fin de la guerre froide a fait disparaître les dissensions des travaillistes sur la politique de défense - notamment la question de l\u2019arme nucléaire britannique - que les conservateurs avaient toujours exploitées à leur avantage.En politique intérieure, la « troisième voie », transformée en doctrine par le sociologue Anthony Giddens, s\u2019est soldée par une politique économique et sociale semblable à celle des conservateurs, y compris un projet de privatisation du métro de Londres, que même Madame Thatcher n\u2019avait jamais osé proposer.Par contre, le gouvernement Blair n\u2019a pas hésité à adhérer à la Charte sociale de l\u2019Union européenne garantissant plusieurs droits aux travailleurs et que les conservateurs avaient toujours rejetée au nom de la concurrence.C\u2019est sur le plan constitutionnel que Blair a fait preuve de la plus grande audace.11 a fait adopter des statuts spéciaux pour l\u2019Ecosse et le pays de Galles, a restauré et renforcé le poste de maire de Londres, a proposé une réforme de l\u2019administration locale et a entamé la réforme de la Chambre des Lords.Mais sans aucun doute, l\u2019acte de politique interne le plus important du gouvernement Blair jusqu\u2019ici a été l\u2019accord du Vendredi saint (le 10 avril 1998), la première tentative sérieuse de régler le problème de l\u2019Irlande du Nord de la part d\u2019un gouvernement britannique depuis le début des troubles en 1969.Avec la recherche d\u2019une solution à la question irlandaise et l\u2019ouverture des négociations avec l\u2019Espagne sur l\u2019avenir de Gibraltar, en octobre 2001, on peut dire que le gouvernement Blair est en train de liquider les derniers vestiges du colonialisme britannique en Europe.La politique internationale Appliquée à la politique étrangère, la notion de « troisième voie » paraît franchement nébuleuse.Cependant, on peut remarquer une évolution de la politique britannique depuis mai 1997 vers l\u2019affirmation d\u2019un rôle de premier plan dans le système international, clairement distinct de la vision des conservateurs.Les événements du 11 septembre 2001 ont durci le trait à cet égard.Moins de deux semaines après la victoire de mai 1997, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Robin Cooke, déclarait que la politique britannique prendrait une dimension morale et que son pays avait l\u2019intention de devenir une « force pour le bien dans le monde ».La déclaration de guerre contre le terrorisme qualifiée de « guerre du Bien contre le Mal » par le président américain était 28/ ReLatiONS mars 2002 aiLLeuRS une occasion en or pour le montrer.La « troisième voie » en politique étrangère rejetterait donc des positions fondées uniquement sur une conception étroite de l\u2019intérêt national et la doctrine de la souveraineté des États, sans pour autant faire totalement abstraction de ces deux valeurs.Certes, la vente des armes, en particulier au régime indonésien en train de réprimer les indépendantistes du Timor oriental, montre l\u2019écart qui peut exister entre les beaux principes qui légitiment l\u2019action et l\u2019action elle-même.La « relation spéciale » entre la Grande-Bretagne et les États-Unis représente un des fondements de la politique étrangère britannique depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.Perçue de l\u2019extérieur comme du simple suivisme -notamment dans le cas des bombardements de l\u2019Iraq -, cette relation doit être comprise avant tout comme la base d\u2019une stratégie d\u2019influence pratiquée par un pays qui sait qu'il ne peut plus aspirer au rang de grande puissance.Comme la France, la Grande-Bretagne tient à sa place au Conseil de sécurité de l\u2019ONU, à son appartenance au club nucléaire et aux pays du G8, pour maintenir son rôle international, mais elle voit aussi dans ses rapports avec les États-Unis un moyen de multiplier son influence, en pesant sur les décisions de ces derniers.Les événements du 11 septembre ont été particulièrement propices pour faire valoir l\u2019importance de cette « relation spéciale ».Dans son discours du 21 septembre 2001 devant le Congrès, le président Bush n\u2019a pas hésité à déclarer que « l\u2019Amérique n\u2019a pas d\u2019ami plus loyal que la Grande-Bretagne ».En assumant la direction de la lutte contre le terrorisme au sein des alliés, Tony Blair a sans doute voulu lui donner raison.Malheureusement, les résultats n\u2019ont pas toujours été à la hauteur des attentes.À la suite de sa visite en Syrie, le premier ministre britannique a dû reconnaître les limites de ses capacités de persuasion au Moyen-Orient.Poliment applaudi en Inde, et un peu plus chaleureusement au Pakistan, il a pu constater que l\u2019influence britannique ne pèse pas très lourd dans des situations où elle est avant tout morale.Par contre, la Grande-Bretagne semble agir comme une force de dissuasion sur la volonté américaine d\u2019étendre la guerre contre le terrorisme à d\u2019autres régions du monde.Si monsieur Blair suit les traces de madame Thatcher dans sa politique envers les États-Unis, toute ressemblance disparaît quand il s\u2019agit de l\u2019autre pôle de la politique étrangère britannique.l\u2019Europe.À l\u2019encontre de son illustre prédé-cesseure, Blair a toujours déclaré son appui à l\u2019Union européenne.Mais la méfiance de l\u2019électorat britannique à l\u2019égard de cette institution, alimentée abondamment par le Parti conservateur et la majorité des journaux populaires, l\u2019oblige à avancer avec beaucoup de prudence.Cela explique, par exemple, ses hésitations à adhérer à l\u2019euro.Il a donc choisi Malgré quelques succès indéniables, la politique étrangère de Tony Blair doit toujours faire face au dilemme permanent des Britanniques : comment concilier les exigences de la « relation spéciale » et leur engagement irréversible dans l\u2019Union européenne?La suite des événements du 11 septembre ont semblé lui offrir une solution.D\u2019un côté, la Grande-Bretagne a réussi à établir sa position comme alliée numéro un des États-Unis dans la lutte contre le terrorisme et, de l\u2019autre, elle a pris la tête des forces de V \u201e le domaine où la Grande-Bretagne peut encore prétendre jouer un rôle de leader, celui de la politique de sécurité et de défense.Sans la participation de ce pays, une telle politique serait très limitée.La décision de Blair, contre toute attente, de s\u2019entendre d\u2019abord avec la France, puis avec les autres pays de l\u2019Union, en décembre 1998, sur les grandes lignes de la Politique de sécurité et de défense européenne (PESD), lui a permis de saisir l\u2019initiative et d\u2019orienter dans une grande mesure la direction que cette politique devait prendre par la suite.maintien de la paix en Afghanistan, en veillant à ce que cette opération soit avant tout une initiative européenne.En y regardant de plus près, on constate qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une initiative qui s\u2019inscrit dans le cadre de la PESD, mais plutôt d\u2019une contribution à une action voulue et menée par les Américains.Le balancement entre les États-Unis et l\u2019Union européenne perdure.\u2022 Tony Blair en compagnie DE MILITAIRES de la Force internationale d'assistance POUR LA SÉCURITÉ EN Afghanistan, janvier 2002, Canapress/ Brennan Linsley mars 2002 ReLatiONS 29 coNtROveRse Faut-il mettre des limites à l'union civile?«f L'opposition à L'adoption d'enfants par Les gais et les lesbiennes constitue le dernier bastion de l'homophobie L'auteur enseigne à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa Michel Morin Au Québec, les conjoints de fait ont les mêmes droits, quelle que soit leur orientation sexuelle.En décembre 2001, le ministre de la Justice a rendu public un avant-projet de loi « instituant l\u2019union civile des personnes de même sexe ».Celle-ci accorderait aux gais et aux lesbiennes les droits qui sont actuellement réservés aux époux, tels celui de réclamer des aliments de leur partenaire ou de bénéficier d\u2019un patrimoine familial.Elle serait célébrée par un ministre du culte ou par un greffier.Le décès d\u2019un partenaire y mettrait fin, de même qu\u2019une déclaration commune notariée ou un jugement constatant que « la volonté de vie commune est irrémédiablement atteinte ».En ce qui concerne l\u2019adoption, à l\u2019heure actuelle, toute personne majeure peut présenter une demande à cette fin, seule ou conjointement avec une autre.Le Code civil du Québec n\u2019exige pas que ces personnes soient mariées et garde le silence sur leur orientation sexuelle.On peut soutenir qu\u2019il tient pour acquis, dans d\u2019autres contextes, la présence d\u2019un seul père et d\u2019une seule mère.L\u2019adoption consiste justement à créer une filiation fictive, indépendamment de la réalité biologique.Au moins trois décisions rendues dans d\u2019autres provinces ont examiné une abondante preuve scientifique pour conclure que les aptitudes parentales des gais ou des lesbiennes ne diffèrent pas de celles des hétérosexuels.Interdire l\u2019adoption aux premiers constituerait donc une forme de discrimination.Mais les organismes québécois intervenant dans ce domaine se gardent bien d\u2019adopter officiellement cette position.Or, l\u2019avant-projet reconnaît indirectement le droit des couples gais ou lesbiens d\u2019adopter, ajoutant une définition à la loi d\u2019interprétation qui envisage expressément l\u2019hypothèse des conjoints de fait « de sexe différent ou de même sexe » qui « deviennent parents, par procréation ou par adoption, d\u2019un même enfant ».La déclaration du ministre de la Justice, selon laquelle l\u2019avant-projet de loi ne touche pas à cette question, est donc quelque peu trompeuse.L\u2019avant-projet de loi pose le problème de l\u2019étendue de la compétence législative du Parlement fédéral en matière de « mariage ».Si les juges devaient considérer que « l\u2019union civile » proposée constitue une nouvelle forme de mariage, celle-ci serait déclarée inconstitutionnelle.D\u2019autre part, selon certains juges, le refus de permettre aux couples gais et lesbiens de se marier ne constitue pas une violation de la Charte canadienne des droits et libertés.À leur avis, en assimilant les unions de même sexe au mariage, on porterait atteinte à une institution qui est fondamentale pour la reproduction et l\u2019éducation des enfants.Pourtant, bien des gais ou des lesbiennes élèvent des enfants qu\u2019ils ont adoptés, issus d\u2019une union précédente ou conçus par insémination artificielle.Le mariage gai ou lesbien viserait une catégorie d\u2019individus qui sont incapables de concevoir des enfants ensemble, mais qui peuvent en avoir autrement s\u2019ils le désirent, tout comme cer- mars 2002 tains conjoints hétérosexuels.En quoi cela constitue-t-il une menace pour la société?L\u2019opposition à cette modification ne consiste-t-elle-elle pas à affirmer au plan symbolique la supériorité de la conception et de l\u2019éducation des enfants par des parents hétérosexuels?Certes, l\u2019ampleur de ce changement peut susciter des réticences, mais il existe de nombreuses études scientifiques pour les dissiper.Ainsi, la longévité des unions homosexuelles est semblable à celle des couples hétérosexuels, tout comme la proportion de leurs enfants qui sont gais ou lesbiennes.D\u2019autre part, si le mariage comporte une forte connotation religieuse, des communautés protestantes célèbrent déjà des mariages gais ou lesbiens tandis que des débats animés ont lieu dans d\u2019autres communautés sur cette question.La signification du mariage est matière à débat pour certains chrétiens.J\u2019éprouve à l\u2019égard du mariage la même ambivalence que beaucoup de mes amis hétérosexuels, dont un nombre sans cesse croissant vivent en union libre.Il m\u2019est arrivé de m\u2019imaginer en train de marcher sous les confettis au bras de mon conjoint en présence de nos parents et amis.Mais 16 ans après l\u2019entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés, 11 ans après avoir débuté notre vie commune, je ne suis pas habité par un sentiment d\u2019urgence.Néanmoins, je trouve inacceptable que l\u2019on refuse aux gais et aux lesbiennes l\u2019accès à une institution qui symbolise puissamment l\u2019approbation de la société, qu\u2019il s\u2019agisse du mariage proprement dit ou de l\u2019union civile.Et quand je pense au taux de suicide effarant des jeunes gais au Québec, je suis convaincu qu\u2019il faut pourchasser les préjugés homophobes dans leurs derniers retranchements, même s\u2019ils concernent la procréation et l\u2019éducation des enfants.\u2022 coNtROveRse L'avant-projet de loi sur l'union civile, déposé en décembre dernier par le ministre Paul Bégin, modifierait le Code civil et accorderait aux personnes de même sexe choisissant ce type d'union les mêmes droits et obligations qu'aux personnes mariées.La question des droits parentaux et de filiation des couples homosexuels n'est cependant pas soulevée.Comment peut-on aborder ce sujet épineux?La parentalité, qu'elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle, n'est pas un droit de la personne Marie-Blanche Tahon Il a fallu attendre que soit rapatrié au sein de la famille le principe moderne selon lequel « tous les hommes naissent libres et égaux en droit » pour que disparaisse l\u2019inégalité formelle des femmes et des hommes.Cela n\u2019a été possible qu\u2019après que fut reconnu aux femmes le droit de contrôler elles-mêmes leur fécondité.11 n\u2019est pas étonnant, dans cette logique d\u2019égalité, que la reconnaissance légale du mariage - ou de l\u2019union civile -puisse être légitimement étendue aux couples de même sexe.Cela ne dénoue pas pour autant certaines difficultés logeant au cœur de la famille post-moderne, des difficultés qui n\u2019ont pas attendu les unions gaies ou lesbiennes pour se manifester.Le principal avatar auquel est confronté la famille tient en effet au privilège des femmes : elles seules donnent naissance aux filles et aussi aux garçons.Elles produisent du même et du différent.Ce privilège a été partout bridé par les hommes, jusqu\u2019à la révolution du dernier quart du XX1\u2019 siècle, alors que la volonté du contrôle de la reproduction passait des hommes aux femmes, sonnant le glas de la famille moderne.La domination masculine n\u2019est cependant pas sans ressource.Dès que chaque femme a été mise en position de pouvoir (se) dire, dans les démocraties modernes, « un enfant, si je veux, quand je veux », une armada de candidats au prix Nobel de médecine s\u2019est ingéniée à faire miroiter la possibilité de rencontrer l\u2019aspiration du « si je ne peux pas, quand je ne peux pas ».Ce passage du vouloir des femmes au pouvoir des scientifiques marque le déni d\u2019un problème anthropologique : la stérilité.À partir du moment où il est communément admis qu\u2019un couple hétérosexuel a droit à un « bébé-Céline », au nom de quoi refuser qu\u2019un couple homosexuel n\u2019ait pas le même droit?Une certaine doxa féministe étant passée par là, il devient impensable de prétendre que le premier y aurait droit car il est conforme à la nature - il faut la rencontre d\u2019un spermatozoïde et d\u2019un ovule pour faire un enfant, même si cette rencontre a lieu en laboratoire - tandis que l\u2019autre, non conforme à la nature, n\u2019y aurait pas droit.11 devrait toutefois être attendu d\u2019une « vraie » féministe quelle fasse valoir, à ce point de l\u2019argumentation, qu\u2019il n\u2019en va pas de même pour un couple de lesbiennes et pour un couple de gais.Aux premières, il suffit de recourir à une pipette contenant le précieux liquide obtenu par des moyens peu attentatoires à l\u2019image de la virilité.Des seconds, il est exigé qu\u2019ils se lancent à la recherche d\u2019une femme disposée à accepter de vivre, pendant neuf mois, avec un petit qui ne sera jamais son enfant.On ne quitte pas l\u2019univers du « deux poids, deux mesures ».Et on ne quitte pas non plus cet univers par le recours à l\u2019adoption, légitimée pour les couples hétérosexuels et pour les célibataires.Les bourgeois bohèmes (les « bobos ») en mal d\u2019enfant - qu\u2019ils soient en couple hétéro ou homosexuel, ou qu\u2019ils soient célibataires - ont tout intérêt à ce que les femmes du tiers monde ne soient pas, elles, mises dans les conditions de pouvoir (se) dire « un enfant, si je veux, quand je veux ».La mondialisation n\u2019implique pas seulement la délocalisation des entreprises : elle valorise aussi celle des utérus.Que conclure de tout ça?La parenta- l'auteure est professeure lité, qu\u2019elle soit hétéro ou homo, n\u2019est pas au département de socio-un droit de la personne.Elle ne peut logie à l'Université l\u2019être à l\u2019égard de l\u2019enfant à naître.d'Ottawa Comment un enfant produit en laboratoire ou adopté pourrait-il être conforme au désir de ceux ou celles qui l\u2019ont voulu?Cette question se pose pour les enfants produits selon la méthode traditionnelle.Toutefois, en ce cas, les parents sont magiquement rappelés à la réalité dès l\u2019apparition du nouveau venu : il ou elle n\u2019est pas celui ou celle qu\u2019ils avaient espéré et, le plus souvent, ils font avec.Ils n\u2019ont pas le choix.C\u2019est ce manque de choix qui, pour le meilleur et pour le pire, permet à l\u2019enfant de devenir lui.La désespérance des parents à l\u2019égard d\u2019un rejeton surprogrammé ou surinvesti est-elle soluble dans l\u2019amour avec un grand A?Rien n\u2019est moins sûr.La stérilité - volontaire ou non - est une épreuve.Elle rappelle que les humains ne sont pas des dieux : ils ont mieux à faire que de reproduire leurs fantasmes.Un enfant oblige, il n\u2019est pas un dû.Ce principe moderne n\u2019est pas démodable.\u2022 mars 2002 ReLatiONS (31 ReçaRD Sillons pour l'éducation de la foi Les catholiques du Québec ne sont pas les seuls à se poser des questions sur la transmission de l'héritage chrétien; ceux des pays européens repensent eux aussi leur dispositif.En Occident, le temps semble venu de passer à une autre étape.La recherche de solutions d'avenir requiert audace et patience.Anne-Marie Aitken L* intéressant débat sur la place de la religion à l\u2019école que le rapport Proulx a suscité, en 1999, a conduit à la déconfessionnalisation de l\u2019école québécoise.Avec la loi 118, les structures scolaires, à tous les échelons, sont désormais laïques.Seul demeure, dans le curriculum, un enseignement religieux confessionnel qui n\u2019a pas plus de place que les petites matières, parents pauvres du programme, et qui ressemble à un enseignement culturel du christianisme sans toutefois en porter le nom.Quant à l\u2019animation pastorale, elle s\u2019est transformée en service d\u2019animation spirituelle et d\u2019engagement communautaire sans appartenance religieuse.Cette nouvelle situation de laïcité scolaire modifie en profondeur les relations que l\u2019Église catholique a entretenues pendant plusieurs décennies avec la société québécoise par le biais de l\u2019éducation et l\u2019amène à concevoir autrement sa manière de proposer la foi.Comme le mentionnaient les évêques du Québec, dans une déclaration du 18 octobre 2000.un virage est à prendre.Mais lequel?Le récent colloque Carrefour 2001, organisé à l\u2019initiative de l\u2019Office de Catéchèse du Québec (OCQ) qui a réuni plus de 600 personnes à Montréal, a permis de tracer quelques sillons : notamment une réflexion sur l\u2019évangélisation, sur une catéchèse de cheminement à tous les âges de la vie, sur l\u2019accompagnement d\u2019itinéraires diversifiés, sur le passage d\u2019un enseignement à une véritable initiation.Sillons qu\u2019il est nécessaire de continuer à creuser, la terre ayant été longtemps laissée en jachère.À vin nouveau, outres neuves L\u2019Église catholique fait face aujourd\u2019hui à une situation totalement inédite au Québec, comme dans la plupart des pays occidentaux.Bien qu\u2019encore majoritaires dans les statistiques, les chrétiens se perçoivent souvent comme minoritaires car la société laïque puise de moins en moins ses références dans l\u2019héritage judéo-chrétien, même si celui-ci demeure encore un terreau fertile.L\u2019accès à la foi s\u2019en trouve totalement modifié.Il concerne tous les âges de la vie et non plus seulement les enfants et les jeunes d\u2019âge scolaire.Le virage à prendre exige donc de reconsidérer la situation et d\u2019innover.Le temps des belles floraisons est passé, les couleurs de l\u2019automne ont elles aussi disparu.Avant de voir germer de nouvelles pousses, il nous faut consentir à l\u2019hiver pour nous enraciner profondément dans l\u2019humus du monde actuel et nous laisser bousculer par la montée d\u2019une sève encore inconnue.Face à ces exigences, nous risquons d\u2019avoir la tentation de transférer purement et simplement ce qui se faisait à l\u2019école vers le sous-sol de la paroisse en offrant soit un cours d\u2019enseignement religieux rebaptisé « catéchèse », soit une animation pastorale durant les grands temps liturgiques.Il suffirait pour cela de former quelques catéchètes et le tour serait joué.Les enfants et les jeunes continueraient à se préparer aux sacrements du pardon, de l\u2019eucharistie et de la confirmation comme auparavant, leur permettant ainsi d\u2019être en règle en vue d\u2019un éventuel mariage religieux.Bien qu\u2019attirante, une telle Avant de voir germer de nouvelles pousses, il nous faut consentir à l'hiver pour nous enraciner profondément dans l'humus du monde actuel et nous laisser bousculer par la montée d'une sève encore inconnue.démarche serait une impasse.L\u2019éducation de la foi des jeunes ferait alors partie des services offerts par les paroisses : une affaire de spécialistes loin des familles et des chrétiens, mais qui ne transformerait en rien les communautés ecclésiales.La pratique ecclésiale continuerait à démontrer quelle n\u2019a pas d\u2019emprise réelle sur la vie, faisant seulement partie d\u2019un rite qui agrémente l\u2019existence sans la modifier en profondeur.Mais alors, qu\u2019inventer qui corresponde à la situation québécoise et ne soit pas une simple importation de l\u2019étranger?Où puiser l\u2019inspiration innovante qui soit suffisamment mobilisatrice pour abattre les murs de l\u2019habitude ou du découragement?Les périodes les plus fécondes de la vie de l\u2019Église ont été celles qui ont conduit les chrétiens à un retour aux sources, à une redécouverte de trésors enfouis et de pratiques anciennes, non pour les ressusciter dans un retour sclérosant au passé mais pour les laisser se déployer à nouveau et offrir de nouvelles possibilités.Un regard sur la manière dont l\u2019Église proposait la foi aux débuts de son existence peut être éclairant.L\u2019éducation de la foi se vivait à travers une véritable initiation lors du catéchuménat.On devenait chrétien au sein d\u2019une société païenne.Cela prenait du temps pour se détourner des idoles et demandait une réelle conversion au Christ et à son évangile.Ce catéchuménat comportait trois temps : l\u2019apprentissage d\u2019une nouvelle manière de vivre; la catéchèse avec la remise du Symbole des apôtres afin de le comprendre et de se l\u2019approprier de manière personnelle conduisant à la célébration des sacrements de l\u2019initiation (baptême, eucharistie et confirmation); enfin la catéchèse dite « mystagogique » qui explicitait le mystère célébré dans chacun de ces sacrements 32) ReLatiONS mars 2002 >\u2022 ü £-*bj ia- $. SP* :im DE Marie 4 l'irruption d\u2019un monde centré sur l\u2019expression, l\u2019art, la raison, le politique.Paradoxale métamorphose d\u2019un événement qui substitue pourtant le bruit des armes à la parole, la stratégie à l\u2019argumentation, la destruction à la création.La danse du guerrier, documentaire de Marie Brodeur qui met en scène une vingtaine de danses guerrières à travers le monde, se conclut par cette parole : « Quand le guerrier danse, il ne fait pas la guerre ».Non parce qu\u2019il est occupé à autre chose, mais parce qu\u2019en la dansant, il transfigure la guerre en énergie vitale, il la canalise de telle façon quelle soit créatrice et non destructrice.Comme le feu qui brûle, mais qui réchauffe aussi, illumine la nuit, apaise le regard.On se rend compte à la vue de ces danses - à part le drill militaire trop collé à l\u2019utilité et à l\u2019efficacité stratégique - quelles n\u2019ont plus rien à voir avec la guerre qui se fait, mais quelles aident à affronter les peurs, à palper l\u2019invisible, à transcender le réel.L\u2019agressivité n\u2019est pas la violence, comme le laisse d\u2019ailleurs entendre l\u2019étymologie latine du mot qui signifie marcher en avant.Elle est partie prenante de la vie.Une des danses du film est celle des Maoris de Nouvelle-Zélande.La danse guerrière chez ce peuple est appelé haka, qui signifie « souffle de vie ».Les gestuels de la danse ont rapport au battement du cœur de la terre et des êtres humains.Je pense alors aux propos énigmatiques du philosophe grec Héraclite qui disait : « La guerre (polemos) est à l\u2019origine de toute chose »! En ces temps de guerre généralisée qui tend à ordonner le vivre ensemble, à travestir la liberté en sécurité, et la justice en contrôle, peut-être faudrait-il apprendre à danser la guerre.Pour ne pas la faire, et édifier plutôt un monde où la justice et la liberté ne sont pas que des drapeaux ou des statues, mais la raison d\u2019être de notre existence.Et notre manière d\u2019être.Car une guerre anonyme s\u2019immisce dans la quotidienneté et devient banale, elle nous désapprend à marcher et à nous tenir debout, à sourire à la vie; au son des mots d\u2019ordre, elle nous fait ramper et nous terrer dans notre confort mesquin.La paix, comme l\u2019humanité et la liberté, n\u2019est pas un état, elle requiert engagement, responsabilité, action concertée, elle est une tâche jamais achevée.Pour quelle ne devienne pas la vie douillette d\u2019un esclave qui vit tranquille parce que docile au diktat de son maître, la symbolisation de la guerre, à travers la danse, comme à travers la narration ou la peinture, peut contribuer à demeurer vigilant, en gardant éveillé en nous le souffle de la vie.Ce à quoi oeuvre à sa manière aussi cette sourate du Coran qui rappelle que la véritable guerre sainte est celle que l\u2019on livre en soi-même, ou encore ce moine bouddhique qui passe sa vie entière, seul, à maîtriser l\u2019art du sabre.Jean-Claude Ravet mars 2002 ReLatioNS 39 LivR.es « Toujours serviables, jamais servantes » Raphaëlle de Groot et Élizabeth Ouellet, Plus que parfaites.Les aides familiales à Montréal, 1850-2000, Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2001 Dans ce livre, les auteures abordent, révolution du travail domestique selon une perspective sociohistorique.Centrée sur la ville de Montréal qui a longtemps attiré les migrantes des campagnes québécoises et des pays d\u2019outremer, l\u2019étude retrace les principales mutations de ce métier et du profil des femmes qui l\u2019ont pratiqué.Cette évolution complexe a été façonnée par les transformations du cadre urbain, de la technologie, de la vie familiale et de la condition féminine elle-même.Avant 1850, la domesticité se définissait davantage comme un contrat d\u2019entraide sociale que comme un contrat de travail.De 1850 à 1920, les services domestiques ont acquis une nouvelle image, touchés par l\u2019accroissement de Montréal, de sa population et par la richesse des nouveaux capitalistes.Les femmes qui employaient du personnel domestique étaient investies socialement et prenaient des initiatives publiques pour régler certains problèmes tels que la pénurie de personnel et la formation des travailleuses.La croissance des années 20, la crise économique des années 30 et le retour de la prospérité pendant la Seconde Guerre mondiale ont eu des effets directs sur les services domestiques.La récession a entraîné une réduction du personnel dans les grandes résidences de Montréal.La tendance était plutôt d\u2019engager une « bonne à tout faire ».Les travailleuses domestiques devaient alors jongler entre les besoins des employeurs, des enfants, de la maison, et leurs propres besoins.En plus, elles devaient avoir belle apparence, bien parler et être capables de changer de rôle d\u2019une minute à l\u2019autre! Les technologies modernes dont elles disposaient pour accomplir leurs tâches variaient selon les employeurs, mais elles n\u2019ont pas apporté les gains de temps espérés.Pendant la Seconde Guerre, plusieurs travailleuses domestiques abandonnèrent le métier pour des emplois dans les manufactures et les usines de munitions.Elles suivirent les autres tra- ÿii»j Raphoul !» Ides familiale i 1 850.JI vailleuses québécoises qui.ayant obtenu le droit de vote en 1940, s\u2019acheminaient vers une plus grande indépendance.Au cours des années 1945-1980, la croissance économique a favorisé l\u2019ascension d\u2019une nouvelle bourgeoisie.L\u2019accessibilité aux études supérieures, après le rapport Parent, et la mise en place de programmes de santé et de services sociaux, dans les années 70, ont ouvert la voie du travail professionnel à des femmes jusque-là satisfaites d\u2019être « reines du foyer ».Celles-ci ont fait partie de syndicats ou de corporations professionnelles.Ces femmes qui s\u2019interrogeaient alors sur la valeur et l\u2019invisibilité des travaux domestiques étaient-elles conscientes de constituer dans les services publics de vastes ghettos d\u2019emploi féminin?Tous ces changements ont posé un problème de recrutement du personnel domestique au Québec.Le gouvernement canadien a alors mis sur pied divers pro- grammes d'immigration visant à inciter des jeunes femmes de différents pays à venir travailler comme domestiques.Dès 1973, est apparu le programme de recrutement spécifique accordant un permis de travail temporaire à des domestiques résidant chez l\u2019employeur, assorti de conditions restrictives destinées à limiter leur mobilité.Pendant ce temps, des technologies dévalorisaient socialement le métier, car elles contribuaient à maintenir l\u2019image d\u2019un travail peu exigeant et sans valeur.Aujourd\u2019hui, les femmes ont du mal à concilier les exigences du travail et les responsabilités familiales.Les mesures gouvernementales en matière de services de garde demeurent insuffisantes pour les familles.Le recours à diverses formes de services domestiques apparaît comme une solution à l\u2019essoufflement des femmes.Celles-ci font ce choix pour réserver leur temps à d\u2019autres responsabilités ou à des activités plus créatives, plus intéressantes.Les statistiques basées sur le recensement de 1996 font état de 9 875 travailleuses œuvrant comme aides familiales ou gardiennes d\u2019enfants dans la zone métropolitaine de Montréal et de 23 760 dans l\u2019ensemble du Québec.Les tâches concernent toujours les travaux ménagers et les soins aux enfants.S\u2019ajoutent des services de domestiques résidantes pour prendre soin de personnes âgées et d\u2019enfants ou d\u2019adultes handicapés.Le livre comporte aussi le témoignage de plusieurs aides familiales qui savent, avec des mots très simples, recréer une atmosphère, partager leurs joies et leurs peines, rendre vivantes les conditions de travail et l\u2019état d\u2019esprit de ces milieux bourgeois qui les ont employées.Parallèlement à la parution de ce livre, une exposition conçue par Raphaëlle de Groot, Chronique du travail en maison privée 1920-2000.se tient jusqu\u2019au 28 avril au Centre d\u2019histoire de Montréal, en collaboration avec l\u2019Association des aides familiales du Québec.Ce chef-d\u2019œuvre d\u2019exposition vise à sensibiliser le grand public à la valeur de ce travail.Expo- mars 2002 LivR.es sition bienvenue au moment où le gouvernement s\u2019apprête à réformer la Loi sur les normes du travail.CÉLINE DUBÉ Une pensée clarifiée Ladrière, Jean, Les enjeux de la rationalité, Montréal, Liber, 2001, 233 P.Le texte de base du présent ouvrage n\u2019est pas nouveau.11 a déjà paru en 1977, à Paris, chez Aubier-Montaigne/ Unesco.Les enjeux de la rationalité porte en sous-titre Le défi de la science et de la technologie aux cultures.11 s\u2019agit d\u2019une réflexion de Ladrière à partir des études et des débats d\u2019un colloque tenu en juillet 1974 sur le thème « Science, éthique et esthétique ».À ce texte, la présente édition ajoute les échanges entre Jean Ladrière et Jean-François Malherbe lors d\u2019une rencontre tenue à Sherbrooke, le 19 octobre 1992.À la fois mathématicien et philosophe, Jean Ladrière a beaucoup réfléchi sur l\u2019impact de la science et de la rationalité scientifique sur la culture et sur l\u2019éthique.La réflexion qu\u2019il nous propose dans Les enjeux de la rationalité est une synthèse tout à fait remarquable de la question.C\u2019est un texte d\u2019une seule venue, Jean Ladrière Les enjeux de la rationalité Le défi de la science et de la technologie aux cultures Nouvelle édition Suivi de Existence, éthique et rationalité Liber sans notes, ni références, ni appareil critique.La pensée se développe en trois parties regroupant neuf chapitres.La première partie décrit la science et la technologie.La seconde partie cerne l\u2019impact sur les cultures : les mécanismes de l\u2019impact, les effets de la déstructuration, les effets d\u2019induction, l\u2019impact sur l\u2019éthique, l\u2019impact sur l\u2019esthétique.La troisième partie est un essai d\u2019appréciation : jugement critique et prospective.Même si le texte date de plus de 25 ans.il n\u2019a pas vieilli.Il s\u2019agit d'une synthèse exceptionnelle, dense et difficile, quoique déjà plus facile que d\u2019autres travaux de Ladrière.Dans ce genre d\u2019étude, il convient d\u2019éviter deux écueils : condamner sans rémission la science et la technique qui nous conduisent à l\u2019inhumain; accueillir sans réserve la science et la technique et annoncer la mort des cultures traditionnelles.La culture offre un enracinement et des finalités.Par leur abstraction et leur rationalisation, science et technique prescrivent le détachement, la suppression de tout point de vue.D\u2019où la tension jamais résolue entre enracinement et détachement.Ladrière pousse beaucoup plus loin que le simple constat des tensions entre science et culture et cherche les lieux de réconciliation et de fécondation réciproque.« La véritable signification humaine des systèmes doit être trouvée au niveau de l\u2019action [.].C\u2019est, dès lors, par et dans l\u2019action que les systèmes sont appelés à communiquer, non dans une sorte de confrontation directe qui devrait se résoudre en termes d\u2019inclusion ou d\u2019exclusion.Si l\u2019action puise dans la culture ce qui lui donne son enracinement [.] et ses finalités [.], elle est appelée, d\u2019autre part, à puiser dans la science et la technique les connaissances et les instruments efficaces sur lesquels elle pourra s\u2019appuyer ».11 n\u2019y a donc pas de schéma facile de réconciliation, de recette magique, mais une ouverture constante du chantier.« Les conditions qui créent le risque sont les conditions même qui augmentent les chances de la créativité.Mais ces chances ne sont pas du côté des conditions, qui ne les font apparaître que négativement, elles sont du côté de la liberté ».Signalons que les réponses aux dix questions posées par J.-F.Malherbe permettent à l\u2019auteur de clarifier et de compléter sa pensée d\u2019une manière plus simple et plus accessible.Il s\u2019agit en ce sens d\u2019un complément très utile.André Beauchamp L'émergence d'un monde autre Pablo Richard, L'Apocalypse, reconstruction DE L'ESPÉRANCE, TRADUIT DE L'ESPAGNOL PAR Normand Breault, Montréal, éd.Paulines, 2001, 246 P.11 y a une exégèse biblique de la libération, de même qu\u2019il y a une théologie de la libération.L\u2019une et l\u2019autre cherchent à comprendre la foi et la Bible sans faire PABLO RICHARD reconstruction abstraction de la réalité sociale, politique, économique, culturelle dans laquelle la foi et les textes fondateurs prennent naissance et dans laquelle le croyant aujourd\u2019hui se situe.Cette clef d\u2019interprétation est partie prenante de l\u2019option en faveur des pauvres.Elle est pétrie à même les situations d\u2019oppression, d\u2019in- /â mars 2002 ReLatiONS (41 LiVR.es justice, de domination dont souffrent les exclus du monde et d'où sourdent leurs cris, leur espérance et leur poésie.Cette façon de faire oeuvre d\u2019interprétation est très bien mise en scène par Pablo Richard dans son commentaire de l\u2019Apocalypse.Bibliste chilien, il travaille depuis plusieurs années au Costa Rica comme responsable de la formation d\u2019agents de pastorale en Amérique latine.Pablo Richard nous révèle la pertinence, la richesse, l\u2019actualité et même le caractère essentiel de l\u2019Apocalypse pour le christianisme, souvent mis à l\u2019écart par les autorités ecclésiastiques, considéré comme dangereux parce que prêtant flanc à interprétation hérétique et à délire prophétique.Selon l\u2019auteur, cette mise à l\u2019écart a contribué à renforcer le caractère autoritaire des institutions ecclésiales, dont l\u2019Église cherche encore à se dépêtrer, et à la rationalisation de la théologie, la coupant de ses racines historiques, politiques et populaires.Paradoxalement, l\u2019Apocalypse n\u2019est pas apocalyptique, du moins selon le sens généralement donné à ce mot, à savoir discours sur la fin du monde.Le livre ne recèle pas de secrets sur l\u2019avenir qu\u2019il faudrait déchiffrer à la manière des prophéties de Nostradamus, par exemple : « Dieu nous demande vigilance, non divination ».C\u2019est moins l\u2019avenir que le présent qui lui importe, le présent compris comme kairos : lieu de décision, avènement de la présence du ressuscité au sein de la communauté et dans le monde en tant que source d\u2019espérance et de résistance.Si le présent est le lieu de la présence de Dieu, il n\u2019en n\u2019est pas l\u2019icône pour autant.L\u2019Apocalypse révèle le germe subversif de la foi chrétienne, rebelle à la domination, arrache à la réalité son masque de fatalité et creuse la brèche dans l\u2019immuable pour donner sens à la liberté.Un monde autre - qui n\u2019est pas un autre monde - est possible.Le temps de l\u2019Apocalypse est celui des communautés chrétiennes au sein de l\u2019Empire romain qui cherchent à résister à l\u2019emprise idéologique, à sa vision du monde impériale autant qu\u2019aux persécutions.Il s\u2019y développe une « critique théologique de l\u2019Empire », de son système d\u2019oppression et d\u2019exclusion, de ses mécanismes d\u2019endoctrinement, comme le donne à voir le cœur de l\u2019Apocalypse, les chapitres 12 à 15, selon l\u2019analyse qu\u2019en fait Pablo Richard.Selon l\u2019auteur, nous sommes confrontés aujourd\u2019hui à une situation similaire avec le néolibéralisme comme système de domination.Et ce texte biblique à première vue rébarbatif, tant y foisonnent les symboles et les mythes, se révèle être une source où puiser force et espérance dans la résistance à l\u2019idolâtrie du marché.Bonne nouvelle en temps de sécheresse! Jean-Claude Ravet Cri d'alarme Jean-Paul Lefebvre, Lettre aux évêques du Québec.L'Église en péril, Montréal, LESCOP, 2001, 78 P.Un certain nombre de lecteurs connaissent Jean-Paul Lefebvre, le fondateur du réseau Culture et foi.Plusieurs Jean-Paul Lefebvre Lettre aux évêques du Québec L\u2019Église en péril ÉDITIONS L 6SCOP visitent d\u2019ailleurs régulièrement le site sur Internet.Dans cette lettre qu\u2019il adresse aux évêques du Québec, l\u2019auteur crie à la fois sa souffrance et son amour de l\u2019Église.Oui, il faut aimer l\u2019Église pour oser mettre sur la table ce qui la défigure et l\u2019empêche d\u2019être une joyeuse annonciatrice du Royaume.Il faut aimer l\u2019Église pour oser s\u2019adresser directement aux évêques qui en sont les pasteurs et non répandre son amertume à qui veut bien l\u2019entendre.Agir ainsi est assumer sa responsabilité de laïc chrétien adulte.Rares sont ceux et celles qui se donnent la peine d\u2019exposer ouvertement leurs positions.L\u2019ouvrage se présente un peu comme un testament, mêlant des éléments autobiographiques à des réflexions sur la place des laïcs dans l\u2019Église, sur l\u2019autoritarisme romain, l\u2019absence de débat et les impasses actuelles.Un réel désir de vivre selon l\u2019esprit évangélique et la recherche de crédibilité sous-tend l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage.Véritable plaidoyer pour que les baptisés soient reconnus à part entière et exercent leurs responsabilités au sein du peuple de Dieu tel que le concile Vatican II l\u2019a remis en valeur.L\u2019auteur a aussi le souci de la transmission de l\u2019héritage chrétien, particulièrement à la jeunesse.Enfin, il exprime son admiration pour les femmes : « La souffrance, l\u2019humiliation et la colère accumulées par les femmes, religieuses et laïques, qui militent encore dans l\u2019Église catholique, représentent une énergie énorme.Je dirais quelles sont les principaux piliers du temple.Il ne faudrait pas qu\u2019on les néglige trop longtemps.» Une lecture tonifiante, des propos faits pour réveiller ceux et celles qui seraient guettés par l\u2019assoupissement.Anne-Marie Aitken 42) ReLatiONS mars 2002 SoiRées ReLatiONS À MONTRÉAL Fini F État providence?En compagnie de : Ruth Rose, professeure au Département de sciences économiques de l\u2019UQAM, Guy Paiement, agent de recherche et de développement au Centre Saint-Pierre, François Saillant, FRAPRU.Lundi 25 mars 2002, de 19 ii 00 À 21 u 30, À la Maison Bellarmin, 25, rue Jarry Ouest (métro Jarry ou De Castelnau).À QUÉBEC La science se fout-elle de l\u2019éthique?Conférenciers, date et lieu à préciser.Renseignements : Françoise Nduwimana (514) 387-2541 ou fnduwimana@cjf.qc.ca Contribution volontaire : 5 $ ReLatiONS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES Oui, je désire un abonnement de______________an(s), au montant de________________$ NOM______________________________________________________________________________ ADRESSE__________________________________________________________________________ VILLE ___________________________________________________________________________ ABONNEZ-VOUS.CODE POSTAL TÉLÉPHONE (___________) Un an : 30 $ Deux ans : 55 $ À l'étranger (un an) : 35 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) par téléphone : (514) 387-2541 par télécopieur : (514) 387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : Relations a/s Mme Hélène Desmarais 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 Je désire également envoyer un abonnement de__________________an(s), au montant de_____________S à la personne suivante : NOM____________________________________________________________________________________________ ADRESSE________________________________________________________________________________________ VILLE _________________________________________________________________________________________ CODE POSTAL ______________________________ TÉLÉPHONE (________) _______________________________ Montant total :_______________$ Je paie par chèque (à l'ordre de Relations) EU Visa EE Mastercard EU NUMÉRO DE LA CARTE ____________________________________________________________________________ EXPIRATION__________________________ SIGNATURE_________________________________________________ LE DEVOIR Un témoin incontournable bien écrit.C'est bien pensé, bien écrit C'est différent.Le journal indépendant "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.