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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2002-12, Collections de BAnQ.

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[" Jl À |p\tLe bénévolat : résistance ^^Swlk\t^ la logique marchande ¦HBkMKki MMk^ \u2022 ReLatiONS société politique religion NuméRO 681 DecemBRe 2002 Naissances incertaines Une démographie chétive Quelles politiques familiales?Les enfants du désir La folle gestion des déchets 4.95 $ ARTISTE INVITÉE : MTfHFI F nPI TCI F\t?MTfHFI F nFI TCI F 977003437800012 sommaiRe NuméRO 681, DécemBRe 2002 4 actuaLités HoRiZoNs 9\tTENT CITY André Brouillette aiLLeuRS 24\tL'ESPOIR DÉÇU\tDU\tPEUPLE\tBIRMAN Jean-Michel Archambault-Cyr coNtROveRse 2 6\tLE BÉNÉVOLAT\t: RÉSISTANCE À\tLA LOGIQUE\tMARCHANDE?Jacques T.Godbout et Lucie Bélanger 28 eN BRef DossieR ÎO NAISSANCES INCERTAINES La population du Québec vieillit.Depuis quelques décennies, les naissances ne permettent plus de remplacer la génération précédente, cela malgré des politiques familiales qui privilégient la conciliation travail-famille et accordent une attention particulière à la petite enfance.Aujourd\u2019hui que signifie « mettre des enfants au monde »?Dans quel monde les introduisons-nous pour qu\u2019ils y prennent leur place?N\u2019est-ce pas ce monde qui est devenu particulièrement incertain?12 UNE DÉMOGRAPHIE CHÉTIVE Jacques Henripin 16 QUELLES POLITIQUES FAMILIALES?Marianne Kempeneers et Renée B.-Dandurand 19 LES ENFANTS DU DÉSIR Entrevue avec Laurence Gavarini Anne-Marie Aitken RegaRD 29\tLA FOLLE GESTION DES DÉCHETS François Morin 52\tLE TESTAMENT D'UN THÉOLOGIEN Gregory Baum sîLLons 56\tPHOTOGRAPHIE DES OMBRES Hélène Dorion 58 muLtiméDias 40 LiVRes ReLatiONS ARTISTE INVITÉE De l\u2019espace relativement plat des « Grandes tables » (1999-2000), dont les couleurs éclatantes servent de parade au pathos de ces natures mortes, dorénavant plus viande que bêtes, les peintures de Michèle Delisle ont pris un nouveau virage en 2002.Ce peintre, qui vit depuis 1985 entre le Québec et l\u2019Italie où elle enseigne pour l\u2019Université Concordia, et la France, a rapporté de Marseille un ensemble de portraits.Dans ces grands tableaux, l\u2019instant représenté dépasse sans cesse l\u2019anecdote, car il est rattaché à l\u2019expérience plus vaste et plus complexe de la peinture.Commentaire de Leopold Plotek, tiré du catalogue DE L\u2019EXPOSITION À LA GALERIE ËRIC DEVLIN, OCTOBRE 2002.La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTRICE EN CHEF Anne-Marie Aitken SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Jean-Claude Ravet ASSISTANTE À LA RÉDACTION Martine Paquette DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Elmyna Bouchard Lino (eccoJino@hotmail.com) Jean Villemaire RÉVISION/CORRECTION Éric Massé IMPRESSION HLN, Sherbrooke COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Michel Beaudin, Céline Dubé, Guy Dufresne, Élisabeth Garant, Joseph Giguère, Fernand Jutras, Nicole Laurin, Guy Paiement COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Hélène Dorion, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans F Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec.ABONNEMENTS Hélène Desmarais 8 numéros (un an) : 30 $ (taxes incluses) Deux ans : 55 $ (taxes incluses) À l'étranger : 35 $ Étudiants : 25 $ TPS: RI 19003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP).pour nos dépenses d'envoi postal.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 2 ) ReLatiONS décembre 2002 eDitORiaL Le prix de la paix Parmi les prix Nobel, celui de la paix, décerné chaque année le 10 décembre, à l\u2019Hôtel de Ville d\u2019Oslo, est certainement le plus prestigieux.Depuis sa création en 1901, attribué 82 fois, le prix a souligné les efforts de 109 personnes ou organismes en vue de construire la paix.Parmi la centaine de candidatures présentées cette année, le comité, présidé par Gunnar Berge, directeur de la Direction générale du pétrole de Norvège, ancien député et ministre du gouvernement norvégien, a choisi l\u2019ancien président Jimmy Carter.Avaient également été proposés comme candidats, le premier ministre du Royaume-Uni, Tony Blair et le président des États-Unis, George W.Bush, « pour leur action décisive contre le terrorisme »! Les raisons officielles qui ont incité le comité Nobel pour la paix à décer- 4 fM I & Michèle Delisle, Le démaquillage, HUILE SUR TOILE, 65 x 85 cm, 2002.Photo : Richard-Max Tremblay ner le prix au président Carter s\u2019appuient sur ses « efforts infatigables en faveur d\u2019une résolution pacifique des conflits internationaux, de la démocratie, des droits de l\u2019homme et du développement économique et social.» Dans une déclaration qui a suscité un important malaise à l\u2019intérieur même du comité de sélection du Nobel de la paix, le président de ce comité a été clair sur l\u2019interprétation qu\u2019on pouvait donner au choix du président démocrate Jimmy Carter comme lauréat du prix Nobel.Répondant aux journalistes, Monsieur Berge a affirmé que ce choix comportait en effet une critique des politiques anti-irakiennes du président Bush.Le prix Nobel de la paix prend tout son sens quand il est interprété comme une désapprobation du discours guerrier de George W.Bush.Il représente alors un poids important dans le mouvement d\u2019opposition à une seconde guerre contre l\u2019Irak.Mais malgré les milliers de manifestants qui, aux États-Unis et à travers le monde, ont récemment marqué leur refus de la guerre, malgré les 120 scientifiques, artistes et intellectuels américains qui ont produit le 6 octobre dernier le manifeste Pas en notre nom, malgré les prises de positions des diverses Églises, le président Bush continue ses pressions pour légitimer une guerre que bien peu de gens désirent.Et tout cela, au nom de la lutte contre le terrorisme.Quels sont les véritables enjeux d\u2019une guerre en Irak?Dans son discours sur l\u2019état de la Nation, le 29 janvier dernier, le président Bush montrait du doigt les nouveaux ennemis de l\u2019Amérique : la Corée du Nord, l\u2019Iran et l\u2019Irak, identifiés comme « l\u2019axe du Mal », armés pour menacer la paix du monde.Alors que c\u2019est bien timidement qu\u2019il demande à la Corée du Nord de neutraliser les armes atomiques que le gouvernement nord-coréen avoue avoir en sa possession, le président Bush frappe d\u2019un ultimatum sévère l\u2019Irak qu\u2019il accuse de poursuivre la fabrication d\u2019armes de destruction massive, accusation pourtant rejetée par l\u2019ancien inspecteur des armements de l\u2019ONU, Scott Ritter.Il est évidemment plus facile d\u2019attaquer l\u2019Irak que la Corée du Nord! Affaibli depuis la Guerre du Golfe, avec une population des plus appauvries, un taux de mor- talité infantile de 9,17 % et une espérance de vie de 58,7 ans, l\u2019Irak demeure tout de même un pays dont la réserve de pétrole est la deuxième plus importante du monde.Belle prise possible pour les entreprises pétrolières américaines! «Si tu veux la paix, prépare la guerre », disait l\u2019adage romain.Quel prix est donc prêt à faire payer George W.Bush pour défendre la paix dont le monde serait menacé?Avec le numéro d\u2019octobre, Jean Pichette signait son dernier éditorial dans Relations.Pendant près de trois ans, il a su, comme rédacteur en chef, faire prendre un tournant important à la revue.Les transformations que Relations a connues et dont Jean fut le maître d\u2019œuvre principal portent l\u2019empreinte de ses options : un souci de la vérité, une recherche de sens et une préoccupation réelle des laissés-pour-compte de notre société de marché.Il a ainsi fait sienne la tradition de Relations, pour qui la justice sociale, bien que souvent à contre-courant, n\u2019est pas un mot vide ou une idée dépassée.La beauté et l\u2019harmonie si chères à Jean feront désormais partie des orientations de Relations.Nous remercions Jean pour l\u2019ardeur avec laquelle il s\u2019est donné à sa tâche et son engagement qui n\u2019aura laissé personne indifférent.Anne-Marie Aitken, qui travaille à Relations depuis quatre ans, prend le relais comme rédactrice en chef, avec Jean-Claude Ravet et Martine Paquette, nouvellement intégrée à notre équipe.Anne-Marie animera le comité de rédaction et l\u2019équipe de production qui tentent, grâce à l\u2019analyse sociale, de porter un regard critique sur la société et de proposer une réflexion hors des sentiers battus.Jean-Marc Biron décembre 2002 ReLatioNS 3 actuaLites actuaLites L'auteure est directrice du Conseil CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS Halte aux déportations! Largement relayés par les médias, les cris des Algériens menacés de déportation et de ceux qui les soutiennent, ne peuvent nous laisser indifférents Janet Dench Ces Algériens réclament la restauration du moratoire sur les déportations vers l\u2019Algérie et la régularisation du statut de ceux et celles qui vivent au Canada depuis des années.Un « moratoire » sur les renvois dans le pays d\u2019origine, malgré les limites qu\u2019on peut lui reconnaître, offre une protection aux ressortissants qui connaissent une situation de risque généralisée.Cette protection se distingue du statut des réfugiés.Ceux-ci ont dû démontrer qu\u2019ils faisaient face à un risque portant atteinte à leur personne.Si, dans le langage courant, le terme de « réfugiés » englobe les personnes qui fuient la guerre ou d\u2019autres catastrophes massives, la loi actuelle quant à elle est plus précise : la personne doit être exposée à des risques, « alors que d\u2019autres personnes, originaires de ce pays ou qui s\u2019y trouvent, ne le sont généralement pas » (Loi sur l\u2019immigration et la protection des réfugiés, article 97).Par un effet pervers, plus le risque est généralisé, plus il peut être difficile de satisfaire la définition de « personne à protéger », car le candidat au statut de réfugié doit se démarquer de ses malheureux concitoyens.Ceux qui ne réussissent pas à satisfaire aux exigences de la loi, ou qui ont la malchance de subir une décision erronée dans un système sans droit d\u2019appel, peuvent bénéficier d\u2019un moratoire offrant un filet de sécurité.Dans le cas de l\u2019Algérie, le moratoire sur les renvois a été imposé par le gouvernement canadien, en 1997.Les personnes qui en relèvent bénéficient des avantages suivants : la protection contre la déportation et, en principe, le droit à un permis de travail, même si celui-ci est souvent refusé - le Ministère ignorant ses propres règles! En pratique, ces personnes se trouvent dans une situation de vide juridique, sans reconnaissance de statut et sans droit d\u2019accès, ultérieurement, à celui de résident permanent.Ces dernières années, le gouvernement fédéral s\u2019est montré particulièrement réticent à imposer des moratoires.11 invoquait la difficulté de lever un moratoire une fois imposé et le risque d\u2019attirer des ressortissants du pays en question.Mais ces deux craintes sont quasiment impossibles à justifier, car il n\u2019est pas plus compliqué de lever un moratoire que de l\u2019imposer.Par ailleurs, le Canada a déjà pris soin de mettre en place toute une série d\u2019obstacles à l\u2019arrivée des Algériens et autres demandeurs potentiels du statut de réfugié.Depuis que le Zaïre (aujourd\u2019hui la RDC) s\u2019est ajouté à la liste des pays touchés par le moratoire en 1997, le gouvernement a gelé le processus d\u2019évaluation des pays, à cause de critiques reçues sur son manque de transparence.En attendant la mise en place d\u2019un système plus satisfaisant, le gouvernement a renoncé soit à ajouter des pays à la liste, soit à en enlever.À l\u2019automne 2001, il a mis en place une nouvelle procédure visant une amélioration du processus.Celle-ci comprend une demande formelle de commentaires de la part d\u2019acteurs extérieurs.Le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) a saisi cette occasion pour présenter des soumissions à l\u2019égard des trois pays que le gouvernement a Go back to where you Vous trouvez ça came from! Why don't you go home?C'est une maudite place pour vivre ici I'm never made to feel at home here I don't feel at home here I'm sick of your views Je ne veux pas m'en about immigrants aller maman This is our home too! J'veux pas retourner décidé d\u2019étudier en priorité : l\u2019Algérie, le Burundi et le Rwanda.Le CCR soulignait l\u2019incapacité de l\u2019État algérien de protéger ses citoyens et le climat persistant d\u2019insécurité en raison duquel le gouvernement du Canada déconseille aux Canadiens de se rendre dans ce pays.C\u2019est en avril 2002 que le ministre de la Citoyenneté et de l\u2019Immigration, Denis Coderre, a annoncé la levée du moratoire des déportations vers l\u2019Algérie.Rares sont ceux qui pensent que la décision a été prise uniquement en fonction d\u2019une évaluation objective de la situation algérienne.11 est à noter que le ministre n\u2019a même pas pris la peine de se prononcer sur les cas au Burundi et du Rwanda! Sans doute parce que l\u2019Algérie intéresse davantage le Canada.Les médias rappellent sans cesse le cas d\u2019Ahmed Ressam, cet Algérien qui aurait planifié un attentat terroriste aux États-Unis et qui aurait été déporté du Canada s\u2019il n\u2019y avait pas eu de moratoire.On pourrait riposter que, même avec un moratoire, on aurait facilement pu le déporter si nos services d\u2019intelligence avaient fait preuve de plus d\u2019intelligence! Les intéressés font aussi remarquer que l\u2019annonce a eu lieu au moment même où le premier ministre du Canada se trouvait en Algérie, à la tête d\u2019une délégation com- merciale.Une régularisation du statut de l\u2019Algérie servait probablement les intérêts commerciaux des deux pays.La régularisation du statut des Algériens qui vivent ici depuis des années a bénéficié de beaucoup moins de soin que ces accords commerciaux.Le CCR maintient que, même si le moratoire est levé, il faut prévoir des mesures permettant aux personnes en attente d\u2019accéder au statut de résident permanent.Le ministère paraissait d\u2019accord Cliniques à louer La Clinique de médecine familiale de l'est de Montréal a fermé ses portes le 28 septembre.Triste reflet de la pénurie de médecins de famille à Montréal! Francine Léger ?Etablie dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve depuis plus de 25 ans, la Clinique médicale de l\u2019est a dû cesser ses activités.Certains l\u2019ont connue sous le nom de « Clinique médicale des travailleurs de l\u2019est ».Huit médecins, engagés socialement, y travaillaient au début.À la fin, il n\u2019en restait que trois, ce qui était totalement insuffisant pour couvrir les frais et offrir un service de qualité.Pour- tant, la clinique aurait pu donner du travail à 15 médecins.La fermeture de cette clinique n\u2019est pas un cas isolé.Soixante-cinq cliniques médicales ont déjà fermé leurs portes à Montréal depuis l\u2019an 2000.Quelles en sont les causes?En 1982, un décret ministériel punitif entrait en vigueur (il vient d\u2019être aboli) dans le but d\u2019inciter les jeunes médecins à pratiquer en région.Durant ses trois premières années de pratique, un jeune médecin qui s\u2019ins- sur le principe, mais lorsqu\u2019il a fallu passer à l\u2019action, il a préféré l\u2019inaction.Le résultat est là : des menaces de déportation pèsent sur des familles algériennes, au pays depuis plusieurs années, et dont certains des enfants sont nés au Canada.Pour éviter ce genre de situation, nous devons nous donner une définition claire de la « personne à protéger », qui prenne en compte les réalités des personnes qui font face à des risques réels et généralisés; un processus d\u2019évalua-tion des pays relevant d\u2019un moratoire sur les renvois au pays d\u2019origine qui soit davantage à l\u2019abri des considérations politiques; enfin, un mécanisme offrant aux personnes qui demeurent depuis des années au Canada sous le coup d\u2019un moratoire la possibilité d\u2019accéder au statut de résidents permanents.\u2022 talle à Montréal, et dans toute région universitaire, reçoit 70 % du salaire prévu.Ce décret a atteint son objectif : très peu de jeunes médecins se sont installés depuis à Montréal.En 1994, face aux besoins criants de la population qui ne pouvaient être comblés, des activités médicales particulières (AMP) ont été également instituées.Pendant les dix premières années de sa pratique, un médecin doit consacrer 12 heures par semaine à une activité jugée prioritaire par chaque région.Si ce n\u2019est pas le cas, il se trouve encore rémunéré à 70 % de son salaire, jusqu\u2019à sa dixième année.Ces mesures sont tout à fait justifiables et légitimes.Mais le problème réside dans le fait qu\u2019à Montréal, les Murale de l'artiste Ken Lum exposée sur LA FAÇADE DU MUSÉE CONTEMPORAIN DE LA PHOTOGRAPHIE À Vancouver, Canapress/ Fred Chartrand L'auteure, médecin, EST CHEF DU SERVICE DE PÉRINATALITÉ AU CHUM 7ï^ © ReLatiONS décembre 2002 décembre 2002 ReLatiONS actuaLites Michèle Delisle, Le BOUCHER, HUILE SUR TOILE, 195 X 114 cm, 2001 © pratiques en cabinet ne sont pas toutes considérées comme prioritaires.Pourtant, c\u2019est bien là que le médecin peut remplir l\u2019essentiel de sa tâche comme médecin de famille et prendre en charge la santé de ses patients.Les jeunes médecins tendent ainsi à délaisser le cabinet au profit d\u2019une pratique en établissement (hôpital, CLSC, centre de longue durée, etc.) considérée, elle, comme AMP.En 1996, l\u2019objectif du gouvernement du Québec d\u2019atteindre le déficit zéro a eu de nombreuses conséquences sur les effectifs médicaux.Le programme d\u2019allocation de fin de carrière, visant à inciter les médecins à prendre leur retraite, a provoqué une véritable saignée parmi les effectifs de Montréal où se concentraient le plus grand nombre de médecins de 50 ans et plus, lesquels prenaient traditionnellement leur retraite vers l\u2019âge de 70 ans.Plus de 200 se sont prévalus du programme.La diminution du nombre d\u2019admissions dans les facultés de médecine, de 1992 à 1997, est une autre conséquence de l\u2019objectif déficit zéro, qui a fait en sorte que Montréal ne suffit pas à combler les effectifs manquants.La pénurie de médecins touche également la gestion très coûteuse des cliniques.Si moins de médecins contribuent à payer les dépenses, celles-ci doivent être réparties entre ceux qui restent.Cette situation crée un cercle vicieux qui alimente la désertion progressive des cliniques de la part des médecins.D\u2019autant plus qu\u2019au début des années 1990, lors de l\u2019institution de l\u2019harmonisation de la TPS et de la TVQ, les frais ont soudainement augmenté de 15 % : taxes sur le loyer, sur le matériel médical et de bureau.Les médecins n\u2019ont pu refiler ces dépenses supplémentaires aux patients, comme l\u2019ont fait d\u2019autres professionnels (dentistes, avocats, notaires, etc.), étant donné qu\u2019ils sont payés directement par la Régie de l\u2019assurance-maladie du Québec.Ils ont donc puisé à même leur salaire, ce qui en a démotivé plusieurs.Décrété à la même période, le gel des salaires, qui allait durer 10 ans, a fini par convaincre bon nombre de médecins d\u2019abandonner leur pratique en clinique.À cette même époque - encore ces chères années 1990! - on a assisté à une prolifération de cliniques sans rendez-vous, reflet de notre société fast food.Parce que je veux régler mes problèmes tout de suite, sans attendre, et qu\u2019un rendez-vous prend trop de temps, alors vive le «sans rendez-vous»! Le même mot d\u2019ordre a été lancé pour revaloriser les CLSC en région urbaine, et ainsi désengorger les urgences hospitalières.De plus, pour les médecins, cette pratique est plus payante, car elle relève d\u2019une rémunération à l\u2019acte et non d\u2019une tarification à salaire, même en CLSC.Cette accessibilité accrue du « sans rendez-vous » a eu des effets pervers : diminution du temps réservé aux rendez-vous et augmentation du délai pour obtenir une consultation.Le patient est ainsi incité indirectement à délaisser son médecin de famille - qui connaît bien son dossier et qui seul peut faire le point avec lui sur sa santé - pour une relation impersonnelle avec le médecin de garde du « sans rendez-vous », pas nécessairement le même d\u2019une fois à l\u2019autre.Par ailleurs, étant donné que la rémunération des médecins en clinique est basée sur la tarification à l\u2019acte et qu\u2019aucun code ne différencie les consultations sans rendez-vous de celles avec rendez-vous, plusieurs médecins ReLatiONS décembre 2002 actuaLités Le mal ivoirien délaissent celles-ci au profit de celles-là.Car un rendez-vous dure toujours plus longtemps, le double, ou même le triple de temps : le médecin traite le patient dans une perspective plus globale: suivi, prévention, prise en charge, etc.11 faut, aussi, plus de temps pour rédiger des notes complètes au dossier, examiner les résultats des tests de laboratoire, rappeler les patients.Qui, parmi les jeunes médecins, choisira de pratiquer ainsi, alors qu\u2019une autre pratique peut rapporter davantage et être moins exigeante?Nombreux sont les médecins qui délaissent cette partie de leur profession à contrecœur : pour des raisons d\u2019épuisement, de manque de temps et d\u2019argent.Ils ressentent la pénurie au quotidien.À cela, s\u2019ajoute la mauvaise évaluation des multiples rôles des médecins de famille, lors de la planification des effectifs.On les retrouve dans les établissements de santé publique, les industries (à la CSST), les CLSC, les diverses cliniques, en soins à domicile.À l\u2019hôpital, ils s\u2019occupent des hospitalisations, de l\u2019urgence, des soins intensifs, palliatifs et de longue durée, de l\u2019obstétrique, etc.En région, plusieurs d\u2019entre eux tentent de pallier le manque de médecins spécialistes.Lorsque j\u2019ai commencé l\u2019exercice de ma profession à la Clinique de médecine familiale de l\u2019est, il y a près de 20 ans, mes motivations, à l\u2019instar de mes autres collègues, étaient axées sur une médecine de qualité et une écoute attentive.Notre clinique offrait divers services à la communauté de ce quartier populaire, dont le suivi de familles monoparentales et des femmes enceintes de tout âge, souvent très jeunes et défavorisées socio-écono-miquement.Nous prenions le temps.Le quartier Hochelaga-Maisonneuve perd une bonne clinique.Cette fermeture, une parmi tant d\u2019autres, est inquiétante pour l\u2019avenir de la médecine familiale à Montréal.\u2022 La guerre que se livrent les différents groupes en Côte-d'Ivoire n'est pas tant une guerre de reconnaissance identitaire que le signe d'une décomposition de l'espace public Tessy Bakary Pour expliquer la crise ivoirienne actuelle, analystes et journalistes se livrent, depuis le 19 septembre 2002, à un exercice simple et convenu de recherche des « causes ».Selon la majorité de ces spécialistes de la Côte-d\u2019Ivoire, la cause semble entendue.Elle se réduit à une formule sans appel dans l\u2019éditorial du journal Le Monde, en date du 21 septembre 2002, « Le prix de l\u2019ivoirité [.] un concept d\u2019exclusion, une fuite en avant - et une bataille pour le pouvoir - dont l\u2019ethnicisation des conflits politiques et sociaux est devenue le principal ressort ».Selon l\u2019éditorialiste, il en résulte « .une division du pays par scissiparité : entre les Baoulés du centre-sud, les Bétés de l\u2019ouest et les Dioulas du nord; entre chrétiens, animistes et musulmans; entre côtiers, forestiers et gens de la savane.Nul n\u2019est plus ivoirien, la carte nationale est un palimpseste identitaire devenu illisible ».Ainsi, la guerre qui se déroule en Côte-d\u2019Ivoire ne serait qu\u2019une guerre de reconnaissance entre les différents groupes identitaires, comme au Libéria voisin ou plus loin dans la région des Grands Lacs.La belle unanimité des analystes sur l\u2019origine de la crise laisse cependant sceptique quant à l\u2019enchaînement de cause à effet entre le déterminant et le produit final qui serait une guerre de reconnaissance, laissant dans l\u2019ombre le facteur idéologique que constituerait l\u2019ivoirité.Par ailleurs, cette approche relève beaucoup plus de la stigmatisation que de l\u2019explication.Elle accrédite l\u2019idée d\u2019une guerre tribale africaine de plus et le lieu commun qui veut que les changements politiques en Afrique ne l'auteur est professeur s\u2019opèrent que sur le mode de la vio- au département de lence.\tSCIENCE politique La recherche des causes ne devrait de l'université laval pas occulter ce qui se joue dans cette guerre.Un des principaux enjeux réside dans rétablissement de la démocratie et sa consolidation.Les fragiles fondements de celle-ci ont été ébranlés par le coup d\u2019État du 24 décembre 1999 et le formidable hommage que la vertu a rendu au vice pour cause d\u2019ivoi-rité.Il s\u2019ensuivit un processus de banalisation de la violence, de barba-risation des mœurs politiques que nourrissent les apologies de la violence et une vision martyrologique de l\u2019histoire et du changement politique.L\u2019image d\u2019étudiants qui se découpent à la machette sur le campus universitaire en est une parfaite illustration emblématique.Cette construction démocratique est de loin le défi le plus important.En effet, la résolution de la crise ivoirienne se trouve dans l\u2019adhésion à la démocratie, à ses principes et à ses valeurs, dans le refus de la violence au cœur de l\u2019action politique, dans le respect de règles du jeu acceptables et acceptées par la majorité.En contrepartie, la course au pouvoir semble être devenue la principale préoccupation de tous les protagonistes.Les moyens et les stratégies qu\u2019ils utilisent depuis 1993 - notamment les coups d\u2019État, et à présent la guerre -, l\u2019acharnement frisant le pathologique avec lequel ils s\u2019appliquent à détruire méthodiquement l\u2019héritage du père fondateur, Félix Houphouët- décembre 2002 ReLatiONS actuaLites Abidjan : incendie DE BARAQUEMENT LORS LA MUTINERIE DE SEPTEMBRE 2002, Canapress/Christine Nesbitt Boigny, prouvent leur âpreté et leur férocité ainsi que l\u2019importance qu\u2019ils accordent au trophée : mettre la main sur la Côte-d\u2019Ivoire.Il convient aussi de parler de l\u2019ivoirisation, ce processus complexe par lequel les peuples qui vivent sur le territoire du lieu-dit « Côte-d\u2019Ivoire », peu importent leurs origines, sont devenus ivoiriens à part entière.Cette ivoirisation a généré à la fois une hybridation et une homogénéisation des cultures locales qui a produit un mode de vie typique, reconnaissable entre tous : un ensemble de valeurs partagées, que désignait originellement l\u2019ivoirité.Or, celle-ci se voit menacée de perversion politicienne autour du pouvoir.À cet enjeu est lié celui de Youest-africanisation de la Côte-d\u2019Ivoire.Il s\u2019agit de l\u2019extension de l\u2019ivoirisation dont les débuts remontent aux années 1930.Elle avait redéfini très tôt les contours de la communauté politique illustrée par le vote des « étrangers » aux différentes élections.Cette architecture politique a été remise en cause, en 1990, avec le retour au multipartisme, par certains acteurs sociaux du fait de leurs stratégies de conquête du pouvoir.Celles-ci n\u2019étaient pas seulement fondées, semble-t-il, sur des raisons politiciennes, mais davantage sur l'ignorance du fait que la Côte-d\u2019Ivoire vivait depuis longtemps dans 1ère de la globalisation, confrontée à l\u2019impérieuse et urgente nécessité de i redéfinition d\u2019une communauté politique ivoirienne moderne, inscrite dans un processus d\u2019ouest-africanisation.Les réverbérations ouest-africaines de la crise ivoirienne constituent, à cet effet, une parfaite illustration de sa «glocalisation » (le fait qu\u2019un événement local ait des conséquences mondiales ou sous-régionales).Elles montrent que l\u2019action politique en vue de diriger ou de vouloir diriger en Côte-d\u2019Ivoire entraîne inévitablement des conséquences qui ne sont pas seulement nationales ou locales.Ce que les protagonistes de la crise actuelle ne semblent pas réaliser, chose pourtant que tous les prétendants à l\u2019exercice du pouvoir doivent désormais intégrer dans leur réflexion et leurs pratiques politiques.Nous assistons bel et bien, avec cette guerre, à la fin ce que d\u2019aucuns ont appelé l\u2019exception ivoirienne.La Côte-d\u2019Ivoire comme modèle de stabilité sociale et politique, « miracle économique », « vitrine de l\u2019Occident », etc., fait place à un processus de normalisation et de banalisation qui s\u2019apparente, depuis le 19 septembre 2002, à une véritable descente aux enfers.\u2022 © ReLatiONS décembre 2002 HoRiZoNs Tent City André Brouillette Errant au hasard dans la métropole canadienne, quelle ne fut pas ma surprise de voir se dessiner, sur le rivage du lac Ontario, à quelques pas du centre-ville, une maisonnette sommaire : murs composites l'auteur, jésuite, est et toit en toile plastifiée.Puis une étudiant en histoire à autre, et d\u2019autres encore, plus ou l'Université de moins élaborées.Je venais de décou-toronto\tvrir Tent City : « la ville des tentes », bi- donville établi sur un terrain possédé par Home Depot, un géant de la rénovation.Les habitants de Tent City étaient des sans-abri qui avaient choisi de se bâtir un chez-soi avec vue sur l\u2019eau d\u2019un côté et sur le centre-ville de l\u2019autre.Le tout sur un terrain lourdement contaminé.Quelques jours plus tard, les journaux torontois faisaient leur manchette de l\u2019expulsion des résidants et de la destruction des frêles habitations du bidonville, après quatre années de tergiversations.It's not Toronto, a déclaré Mel Last-man, maire de Toronto, au moment de la démolition du bidonville.C\u2019était cependant un visage de la ville de Toronto, mais certainement pas celui quelle veut donner d\u2019elle-même.Plutôt que de pointer la crise du logement, les prix qui flambent - trois fois ceux de Montréal - il faut voir la « réalité » : les luxueuses tours d\u2019habitation qui poussent au centre-ville et toutes celles qui sont déjà annoncées.Que les plus démunis soient exclus n\u2019est qu\u2019un détail, un « dommage collatéral » aux vues du si bel et unanime progrès de la construction domiciliaire - et des profits des propriétaires.L\u2019issue de la controverse entourant ce terrain ne faisait pas de doute.Usage de drogue, prostitution, branchements illégaux au réseau public d\u2019électricité, contamination du terrain, tels furent les arguments invoqués par le porte-parole de Home Depot.Le propriétaire était dans son droit, les policiers étaient présents pour qu\u2019aucun débordement n\u2019ait lieu - les habitants de Tent City ayant leurs appuis -, le courrier des lecteurs des quotidiens reprenait la kyrielle habituelle de remarques de « payeurs de taxes » : que les pouilleux de Tent City travaillent et « fassent donc comme tout le monde! » Faire comme tout le monde.La société libérale postmoderne est une société La société libérale postmoderne est une société homogénéisée qui a peur de la différence ultime, celle qui choque le progrès : la différence dans les aspirations.homogénéisée qui a peur de la différence ultime, celle qui choque le progrès : la différence dans les aspirations.Si de nombreuses différences ont été acceptées par la société au cours des dernières décennies (race, religion, orientation sexuelle), l\u2019emprise idéologique de la société marchande progresse dans l\u2019imaginaire collectif.Et elle est fermée à la déviance quant à sa logique première.Mais les habitants de Tent City, en bonne partie à cause d\u2019une incapacité, en partie par volonté, n\u2019adhèrent pas à ce modèle.Ils n\u2019y ont d\u2019ailleurs pas leur place.L\u2019histoire de Tent City est peut-être plus que celle d\u2019une intervention musclée.De leurs pauvretés, les habitants de ce bidonville nous révèlent quelque chose de la grandeur humaine dans la volonté de reprendre sa vie, de se construire une vie à soi - fut-ce avec des matériaux usagés, des meubles ramassés aux ordures, dans des conditions sanitaires déplorables -, de reprendre le contrôle de son existence.Ils sont des êtres humains, animés de désirs et non seulement de besoins; il ne suffit pas toujours d\u2019être un numéro et d\u2019avoir - parfois - un lit dans un refuge; on peut désirer avoir un lieu à soi, une identité, une communauté.Obnubilées par la norme, insatiables dans la création de nouveaux « besoins », nos sociétés peinent à reconnaître l\u2019essentiel de notre humanité.Elles peinent aussi à entendre l\u2019appel des plus démunis de leurs citoyens à une vie non seulement « vivable », mais à une vie digne.Tent City représentait la fierté de l\u2019homme qui a bâti sa maison, qui s\u2019est repris en main.Tent City représentait un choix pour ceux qui ont trop longtemps subi.Les habitants de Tent City sont différents, mais ils dérangent aussi parce qu\u2019au fond de leur misère, ils sont aussi comme nous, parce qu\u2019ils rappellent aux citoyens aseptisés le combat pour l\u2019aspiration à une autre vie.La liberté est dans les interstices, dans le goût d\u2019un ailleurs, d\u2019un meilleur, d\u2019un différent.Tent City exprime à la fois une certaine gêne face à l\u2019éradication de la différence, mais aussi l\u2019implacable rationalisation qui vainc.Tent City était illégal.Tent Cityétait dangereux.Mais Tent City était surtout encombrant.Il rappelait cette aspiration enfouie à un mieux vivre, à une liberté.Tent City était un témoin gênant d\u2019une dissidence dans une société qui progresse si rapidement et inéluctablement vers le bien, vers le mieux-être.Tent City était l\u2019espoir et la fierté de ceux qui n\u2019ont rien.Et il leur a été enlevé.\u2022 décembre 2002 ReLatiONS 9 dOSSieR Naissances incertaines Anne-Marie Aitken Un enfant ne naît pas seulement de la rencontre de deux gamètes.Un enfant ne se réduit pas non plus au fruit de l\u2019amour entre deux êtres.Un enfant vient de loin.La plupart du temps, sa venue au monde s\u2019inscrit dans le désir des adultes de lui transmettre la vie, de l\u2019inscrire dans le chaînon des générations et de l\u2019introduire ainsi dans une histoire qui le précède.Ses parents le lui manifestent par la parole qu\u2019ils lui adressent, une parole qui l\u2019a porté bien avant de naître, une parole de reconnaissance qui le lie aux autres et l\u2019engage dans l\u2019aventure humaine tout en lui donnant sens.Notre naissance n\u2019est donc pas seulement biologique, elle s\u2019enracine dans une généalogie qui nous permet de prendre notre place dans la fratrie, d\u2019êtres fils ou fille d\u2019un père et d\u2019une mère avant de le devenir à notre tour; une place qui nous est désignée d\u2019avance, sans que nous ne la choisissions.Cette expérience fondatrice nous permet de prendre notre place dans la société et dans la culture qui nous accueillent, d\u2019en être acteur.Aujourd\u2019hui ces certitudes sont brouillées, parfois profondément remises en cause par un air du temps qui situe les êtres et les choses dans un unique horizon de consommation, gommant la pertinence du temps.L\u2019enfantement devient incertain.Nous sommes tous, individuellement et collectivement, à la fois responsables du monde laissé aux êtres naissants et de l\u2019ouverture au monde qui leur est faite.Louise Vandelac, « Éthique de la parole donnée », Espaces et temps de la maternité, 2002 Les progrès scientifiques et techniques, d\u2019une part, ont profondément bouleversé notre rapport à la procréation, nous donnant l\u2019illusion que nous pouvons maîtriser le mystère de la vie, jusqu\u2019à choisir le sexe de l\u2019enfant, la couleur de ses yeux et pourquoi pas son caractère pour le « faire » davantage comme nous le souhaitons! Sans nier l\u2019apport indéniable de la science, la confiance mise en elle peut masquer la peur du risque et un déni de la précarité humaine.Les familles contemporaines, d\u2019autre part, se sont diversifiées, notamment avec l\u2019accès des femmes à l\u2019égalité et l\u2019apparition d\u2019un nouveau rapport entre les sexes.Ne vivant plus sous le mode de la hiérarchie, homme et femme dans le couple ont un nouvel équilibre à trouver.Ils doivent inscrire leur projet dans une construction qui n\u2019est ni donnée d\u2019avance ni assurée pour la vie entière.Ce qui autrefois était uni dans le mariage est maintenant dissocié : le couple, la famille, la filiation.Si selon la belle définition d\u2019Irène Théry, « on peut considérer la famille comme l\u2019institution qui articule la différence des sexes et la différence des générations », un immense travail reste à faire pour retisser la toile des liens conjugaux et des liens parentaux.Ouvrage nécessaire afin que les êtres naissants puissent trouver leur identité et devenir à leur tour sujets de leur vie.C\u2019est sur ce fond de tableau, comparable à du sable mouvant, qu\u2019il faut situer les données démographiques.Depuis plusieurs décennies, en effet, les naissances sont moins nombreuses qu\u2019auparavant et ne permettent plus de remplacer les générations précédentes.La population québécoise vieillit.Ce faisant, le Québec ne dépare pas parmi les sociétés occidentales dans lesquelles la présence des immigrants n\u2019est pas une antidote à la dénatalité.N\u2019en tirons cependant pas trop vite la conclusion que tous les jeunes couples ou toutes les jeunes femmes ne veulent pas d\u2019enfants parce qu\u2019ils seraient plus individualistes! Si le choix d\u2019avoir un enfant relève d\u2019un projet personnel, il s\u2019inscrit aussi dans des conditions de possibilité auxquelles participent à la fois nos gouvernements et la société marchande.10 ReLatiONS décembre 2002 Sans demander aux couples d\u2019avoir des enfants à tout prix comme il fut un temps, il revient toutefois aux collectivités publiques de soutenir par des mesures appropriées les familles qui désirent avoir plusieurs enfants, ainsi que les personnes monoparentales dont les finances sont bien souvent limitées.Reste aussi à creuser la conciliation entre le travail et la famille, question qui ne concerne pas seulement les femmes, mais aussi la création de nouveaux rapports au travail et la réalisation d\u2019un nouvel emploi du temps pour tous.Car, il ne suffit pas de donner la vie, il faut aussi l\u2019accompagner et la faire grandir, l\u2019éduquer afin de conduire les enfants et les jeunes à l\u2019âge adulte.Le monde incertain que nous leur léguons ne trouvera sens à leurs yeux que si nous reconnaissons notre responsabilité collective à l\u2019égard de la terre qui nous est commune.C\u2019est ensemble que nous achèverons alors de naître.Michèle Delisle, Acquapendente-1 9h30 HUILE SUR TOILE, 100 x 81 CM, 2002 décembre 2002 ReLatiONS (11 dOSSieR L'auteur est PROFESSEUR ÉMÉRITE au Département DE DÉMOGRAPHIE de l'Université de Montréal L'auteur est professeur adjoint au Département DE GÉOGRAPHIE DE l'Université Laval Une démographie chétive La population du Québec ne compte que pour un millième de la population de la planète et pour moins de 1 % du monde occidental.Ces proportions invitent à la modestie.Le droit et le plaisir d'exister ne dépendent toutefois pas uniquement du poids démographique.Jacques Henripin V A de nombreux égards, la population du Québec - chiffrée à 7,4 millions d\u2019habitants - a un comportement assez proche de celui de l\u2019ensemble de l\u2019Occident : naissances déficitaires, nuptialité légale en régression, fréquentes ruptures d\u2019unions taux de mortalité en baisse aux âges avancés, accueil d\u2019immigrants du tiers-monde.La population de l\u2019ensemble du monde industrialisé (Europe, Amérique du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande et Japon) va augmenter très légèrement encore pendant quelques années, puis va décroître lentement pour atteindre, en 2050, le nombre d\u2019habitants recensés en 2000.À cela correspondra évidemment une perte de poids relatif considérable.La population totale des pays riches représentait un tiers de la population mondiale en 1950, un cinquième aujourd\u2019hui; d\u2019après les pronostics moyens des Nations unies, elle n\u2019en représentera qu\u2019un huitième en 2050.C\u2019est donc dire que pour chaque riche, il y a 50 ans, il y avait deux pauvres; dans 50 ans, si l\u2019on suit cette logique arithmétique, il y en aura sept.Mais on peut s\u2019attendre à ce que certains pays passent du camp des pauvres à celui des riches, comme cela a déjà commencé à se faire.Les pays dits développés se caractérisent par une faible mortalité et une très faible fécondité.À vrai dire, il n\u2019y a pratiquement plus que les États-Unis qui affichent une fécondité suffisamment forte pour assurer ce que les démographes appellent le remplacement des générations.Pour cela, il faut que chaque femme donne naissance en moyenne à 2,1 enfants au cours de sa vie.Pour l\u2019ensemble des pays développés, cet indicateur de fécondité est actuellement égal à 1,6; soit un déficit de près de 25 %.Si cette situation se maintient, cela signifie que chaque génération produit une génération-fille dont les effectifs sont inférieurs de près de 25 % aux effectifs de la génération-mère.Cela veut dire aussi que tous les 28 ou 30 ans - durée écoulée entre deux générations successives -la population serait réduite de près de 25 %.C\u2019est beaucoup et il est peu probable que l\u2019Occident puisse compenser par l\u2019immigration venant du tiers-monde.Non pas parce qu\u2019il n\u2019y a pas de candidats, mais parce qu\u2019on risquerait alors de perturber l\u2019organisation des sociétés réceptrices, qui auraient du mal à intégrer de telles masses de nouveaux venus provenant de cultures assez différentes.Est-ce là une prudence excessive?On nage ici dans l\u2019incertitude car, dans le passé, les populations humaines n\u2019ont probablement jamais eu à combler par l\u2019immigration une fécondité aussi déficitaire.Ce qui, en revanche, est prévisible, c\u2019est que cette faible fécondité va entraîner le vieillissement des populations concernées.Canada et Québec Contrairement à l\u2019Europe, dont toutes les régions vont voir leur population se réduire au cours du demi-siècle prochain, le Canada devrait voir la sienne augmenter d\u2019environ 30 % (celle des États-Unis augmentera de 40 %), alors que celle du Québec, après s\u2019être accrue légèrement, sera vraisemblable- Depuis quelques années, le reste du Canada a rejoint le Québec avec un indicateur de fécondité qui avoisine en moyenne 1,6 enfant par femme, ce qui correspond au comportement de l'ensemble des Occidentaux.ment revenue à ses effectifs actuels.Par rapport au monde industrialisé, la stagnation du Québec ne fait donc pas exception.Ce sont les cas de croissance (Canada, États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande) qui sont exceptionnels, avec une croissance d\u2019ailleurs modérée.Le Québec s\u2019était d\u2019abord distingué du reste du Canada par une fécondité exceptionnellement élevée.Cette « revanche des berceaux », comme on l\u2019a appelée, est disparue vers 1960 et fut rapidement suivie par une sous-fécondité qui en a étonné plusieurs.Ce n\u2019était pas une raison pour lui attribuer une espèce de championnat mondial de cette catégorie, que le Québec n\u2019a d\u2019ailleurs jamais mérité.Depuis quelques années, Le boom du tiers-monde?Frédéric Lasserre Le tableau démographique de ce qu\u2019on appelle globalement le tiers-monde présente des aspects très variés d\u2019un pays à l\u2019autre.Ces différences s\u2019expliquent par le phénomène de la transition démographique ; le passage d\u2019un régime démographique traditionnel, où la fécondité et la mortalité sont élevées, à un régime moderne de fécondité et de mortalité beaucoup plus faibles.Dans cette transition, la baisse de la mortalité intervient en premier.Elle procède de facteurs d\u2019ordre économique et technique tels que l\u2019amélioration de l\u2019hygiène et de l\u2019organisation des services de santé, de l\u2019alimentation et de la productivité agricole.Ces facteurs entraînent à leur tour une transformation des causes de décès, les maladies infectieuses disparaissant progressivement au profit des maladies chroniques et des accidents.12) ReLatiONS décembre 2002 77VS* ~T * le reste du Canada a rejoint le Québec avec un indicateur de fécondité qui avoisine en moyenne 1,6 enfant par femme, ce qui correspond au comportement de l\u2019ensemble des Occidentaux.Ce qui maintenant différencie le Québec du reste du pays, ce sont les courants migratoires.Le Québec reçoit seulement 15 % de l\u2019immigration et perd ensuite une bonne partie de ces immigrés, alors que le Canada les garde davantage.Signalons en passant que c\u2019est le reste du Canada qui a un pouvoir d\u2019absorption exceptionnel, tandis que le Québec, toute proportion gardée, en a à peu près autant que les États-Unis, ce qui n\u2019est pas négligeable.Bien entendu, ces conditions entraînent une réduction progressive du poids démographique et économique du Québec dans l\u2019ensemble canadien.Ce n\u2019est peut-être pas catastrophique en soi, mais comme cette province devient de plus en plus le foyer des francophones canadiens, il y a là, à long terme, quelque danger pour le statut du français dans l\u2019ensemble du Canada.Évolutions québécoises Durant la décennie 90-99, la population québécoise est passée de 6 962 000 à 7 364 000 habitants, soit une croissance de 40 200 ou 0,6 % par an.11 est utile de décomposer cette croissance en trois éléments.l.La croissance naturelle : 88 000 naissances et 52 000 décès donnent un accroissement de 36 000 (taux annuel de 0,5 %).Mais ce taux devrait bientôt diminuer, compte tenu de l\u2019augmentation du pour- Michèle Delisle, Le verre de champagne, HUILE SUR TOILE, 195 x 114 CM, 2002 La baisse de la natalité n\u2019intervient souvent que plusieurs décennies plus tard.Elle découle avant tout de la modification nécessairement lente de comportements socioculturels.Les facteurs y contribuant sont notamment l\u2019éducation des femmes et leur autonomie dans l\u2019économie locale, ainsi que la diminution de la pauvreté des ménages, qui rend moins prégnante la perception de la famille comme force de travail.Dans cette évolution des mentalités, la contraception n\u2019est qu\u2019un moyen, dont l\u2019usage se généralise très lentement si les structures sociales et culturelles n\u2019évoluent pas.Le décalage manifeste qui s\u2019opère entre cette baisse de natalité et la baisse de la mortalité, provoquée par l\u2019amélioration directe des conditions de vie, est à l\u2019origine des taux d\u2019accroissement importants de la population, qui sont associés au tiers-monde.Or, l\u2019équation « tiers-monde = démographie galopante » est simpliste et réductrice.Cette évolution démographique a aussi prévalu en Occident au XIXe siècle, dès les débuts de la révolution industrielle : la chute de la mortalité ne s\u2019est pas accompagnée non plus d\u2019une baisse parallèle de la natalité.Aujourd\u2019hui, les pays occidentaux ont achevé leur transition : tant la natalité que la mortalité y sont faibles, provoquant en retour de faibles taux d\u2019accroissement de la population.De plus, il existe une très grande disparité démographique entre les pays du tiers monde.Certains ont à peine entamé leur transition démographique; leur mortalité y est en baisse rapide, mais leur natalité demeure élevée, en Afrique subsaharienne notamment.À l\u2019inverse, d\u2019autres pays, surtout en Amérique latine et en Asie, voient leur taux de natalité diminuer rapidement, indice d\u2019une transition démographique avancée.On peut ainsi distinguer trois phases dans la transition démographique.La première se caractérise par une mortalité en baisse, mais une natalité qui demeure élevée : l\u2019accroissement naturel augmente.La deuxième voit s\u2019amorcer une baisse de la natalité, mais avec une mortalité très faible : l\u2019accroissement naturel est maximal.La troisième voit la diminution de la natalité s\u2019accentuer : l\u2019accroissement naturel diminue rapidement.décembre 2002 ReLatioNS 13 dOSSieR centage des personnes âgées et de la diminution du nombre des adultes - à moins qu\u2019advienne en même temps une hausse du taux de fécondité.2.Les migrations internationales : 35 000 arrivées et 6000 départs, ce qui donne un solde positif (29 000) un peu plus fort que d\u2019habitude.3.Les migrations interprovinciales : 21 000 arrivées et 35 000 départs, soit un solde négatif de 14 000.Ce solde négatif n\u2019est certes pas inévitable, mais il a presque toujours affecté le Québec.Il est en bonne partie le résultat de la forte propension des anglophones et des allophones à émigrer vers d\u2019autres provinces.Le Québec ne gagne donc pas grand chose dans ces échanges migratoires internationaux et interprovinciaux.Pour la décennie examinée, le solde est légèrement positif (15 000 par an, soit 0,2 % ), mais il a souvent été négatif.Si l\u2019on se rapporte aux perspectives des démographes de Statistique Canada ou de l\u2019Institut de la Statistique du Québec, il y a peu de chances qu\u2019au-delà de 2010 ou 2020 un solde migratoire positif compense une croissance naturelle qui deviendrait négative.Le Québec va donc probablement entrer dans une ère nouvelle : celle de la décroissance démographique.Certaines régions du Québec ont d\u2019ailleurs précédé l\u2019ensemble de la province dans cette voie.Baisse de la fécondité Sans remonter à l\u2019abondance d\u2019autrefois, on peut signaler qu\u2019il n\u2019y a pas si longtemps, la fécondité était généreuse : les femmes nées vers 1920 ont mis au monde en moyenne 3,6 enfants.Ces enfants sont nés surtout entre 1940 et 1955 et leurs parents furent donc les plus ardents artisans du baby-boom.Les générations suivantes ont été de moins en moins fécondes; les dernières qui ont eu suffisamment d\u2019enfants (en moyenne 2,1) pour assurer leur remplacement sont nées vers La tendance mondiale est donc à la progressive diminution du taux d\u2019accroissement de la population, au fur et à mesure que les pays du tiers monde avancent dans le processus de transition démographique.Il est bien évident, compte tenu des facteurs qui influent sur la baisse de la natalité, que la croissance durable favorise une transition accélérée.Le pic de l\u2019augmentation de la population mondiale a été enregistré en 1989, avec un accroissement de 87 millions de personnes.En 2000, l\u2019accroissement net de la population mondiale était de 77 millions.Conséquence : alors que l\u2019on prévoyait, en 1975, une population de l\u2019ordre de 7 milliards d\u2019habitants pour 2000 et de près de 15 milliards pour 2020, alimentant des scénarios catastrophiques de famine généralisée, on a enregistré une population de 6 milliards en 2000, et les prévisions moyennes actuelles de l\u2019ONU tablent sur 9,3 milliards de personnes en 2050, et sur une stabilisation de la population mondiale aux environs de 9,6 milliards.1943.Par la suite, la réduction s\u2019est poursuivie jusqu\u2019à la génération des femmes (et des hommes) nées vers 1960, qui n\u2019ont donné naissance qu\u2019à 1,6 enfant en moyenne.C\u2019est moins de la moitié de la descendance des femmes nées 40 ans plus tôt.Les générations qui suivent n\u2019ont pas encore tout à fait achevé leur période de fécondité, mais il est à peu près certain qu\u2019il n\u2019y a pas de reprise chez les femmes nées entre 1960 et 1970.Avec, en moyenne, 1,6 enfant par adulte, il faudrait que la moitié des hommes et des femmes aient un enfant de plus pour atteindre le « niveau de remplacement des générations ».Il est abusif de dire, comme on l\u2019entend souvent, que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ne veulent plus d\u2019enfants.Il est vrai que près d\u2019un quart des jeunes hommes et des jeunes femmes n\u2019en auront aucun, une fraction fort proche de ce qu\u2019on peut estimer pour le début du XXe siècle.Seulement, à cette époque, les « grosses familles » compensaient ce pourcentage, tandis qu\u2019aujourd\u2019hui, les familles de quatre enfants ont presque disparu.Avec, en moyenne, 1,6 enfant par adulte, il faudrait que la moitié des hommes et des femmes aient un enfant de plus pour atteindre le « niveau de remplacement des générations ».On enregistrerait alors 104 000 enfants par année au lieu des 72 000 de l\u2019année 2000 : ce serait 32 000 de plus.Si l\u2019on désirait compenser cette défaillance par l\u2019immigration, il faudrait davantage que 32 000 immigrants par an, nombre qui ne tient pas compte du transfert migratoire vers d\u2019autres provinces ou d\u2019autres pays.11 en faudrait près de 100 000 par an (venant de l\u2019étranger ou des autres provinces).À ce régime, au bout de trois quarts de siècle, la population québécoise serait constituée en majorité par des personnes nées à l\u2019extérieur du Québec ou par leurs descendants proches.La plupart viendraient probablement du tiers monde.On peut imaginer qu\u2019un tel afflux transformerait profondément la culture québécoise.Bref, si la fécondité reste à son niveau actuel, le choix à long terme est le suivant : ou bien la population du Québec se contracte, ou bien elle se transforme radicalement du point de vue de sa composition ethnique.Vieillissement à l\u2019horizon La population vieillira également beaucoup.Nous touchons là un des problèmes les plus fondamentaux du futur demi-siècle.11 est simple dans ses causes, prévisible, lourd de conséquences.Vers 1900, à peu près 5 % des Québécois étaient âgés de plus de 65 ans.En 1950, cette fraction était de 6 %; en 1975, 8 %; et elle est maintenant de près de 13 %.Les prévisions sont les suivantes: 15 à 16 %, en 2010; 18 à 21 %, en 2020; 22 à 27 %, en 2030; 23 à 28 %, en 2040.Nous avons donc parcouru, en 100 ans, moins de la moitié du chemin; le reste se fera en 40 années environ.Nous 14 ReLatiONS décembre 2002 L'immigration : une solution?Marc Termote Si le Québec n\u2019avait pas accueilli quelque 850 000 immigrants depuis 1971, soit environ 27 000 par an, la décroissance démographique aurait déjà commencé.Mais cette immigration permettra-t-elle de reporter encore longtemps le début du déclin?Selon les dernières prévisions de l\u2019Institut de la statistique du Québec, l\u2019effectif de la population québécoise devrait commencer à baisser au début des années 2020, soit dans une vingtaine d\u2019années, et cela, en supposant une fécondité légèrement supérieure à celle des dernières années et une immigration internationale de 32 000 personnes par an, soit un niveau nettement supérieur à celui observé en longue période par le passé.Si l\u2019on suppose, en étant optimiste, que l\u2019on parviendra à maintenir pendant les 20 prochaines années le niveau proche de 40 000 immigrants des dernières années, plutôt que celui observé en moyenne au cours des dernières décennies, l\u2019échéance serait évidemment quelque peu reculée, mais pas tellement.Pour pouvoir empêcher le déclin, il faudrait élever à quelque 80 à 90 000 le nombre d\u2019immigrants, soit le double du chiffre actuel et le triple de celui observé en longue période par le passé.Eu égard à son effectif de population, le Québec figure déjà au palmarès des sociétés les plus accueillantes au monde : parmi les pays les plus industrialisés, il n\u2019est dépassé que par le reste du Canada et les États-Unis (immigrants clandestins compris).Il est difficile d\u2019imaginer qu\u2019il puisse encore doubler, a fortiori tripler, sa performance.Car il ne suffit pas de « faire venir » 40 ou 50 000 immigrants de plus, il faut encore leur offrir des emplois, des logements, des services.À cet égard, il serait erroné de croire que l\u2019immigration apporte un gain économique net à la population d\u2019accueil.Toutes les études ayant tenté de mesurer l\u2019impact économique de l\u2019immigration concluent à un effet marginal, proche de zéro.Dans le cas du Québec, la problématique de l\u2019immigration est marquée par la très forte concentration de l\u2019immigration à Montréal, et par le fait que les immigrants sont très majoritairement non francophones.Les coûts socioculturels de l\u2019immigration (aggravation de la dichotomie entre Montréal et le reste du Québec, diminution du poids relatif du groupe francophone, etc.) ne doivent pas être sous-estimés.Si l\u2019immigration ne peut pas résoudre le problème du déclin démographique, elle ne peut pas non plus apporter une solution à celui du vieillissement de la population.Sans doute l\u2019âge moyen des immigrants est-il nettement inférieur à celui de la population d\u2019accueil (30 ans au lieu de 38), mais la part de ces immigrants dans la population totale est beaucoup trop faible pour pouvoir affecter significativement la structure par âge de l\u2019ensemble.La seule manière de rajeunir une population est d\u2019augmenter le nombre de ceux qui ont l\u2019âge zéro, c\u2019est-à-dire de relever la natalité.L'auteur est PROFESSEUR À l'Institut national DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE (INRS) et au CIED (Centre INTERUNIVERSITAIRE d'études démographiques) de l'Université de Montréal n\u2019avons donc vu que le début d\u2019un vieillissement inévitable, qui pourrait cependant être atténué par le redressement de la natalité.En effet, contrairement à ce qu\u2019on croit souvent, ce phénomène est imputable surtout à la baisse séculaire de la fécondité.Cette baisse a un effet à retardement, de sorte que la chute de la fécondité, qui a cessé vers 1970, produira ses effets jusqu\u2019en 2040.Cependant, depuis 1970, un autre facteur amplifie l\u2019action de la faible fécondité : la réduction de la mortalité aux âges avancés.Ce vieillissement ira de pair, étant donné sa cause principale, avec une vieillesse individuelle, plus solitaire, du moins en ce qui concerne le support des enfants, des frères et des sœurs.Le français menacé?On s\u2019est beaucoup inquiété de la question de la majorité francophone, non sans raison; on s\u2019en inquiète encore, surtout pour Montréal, avec un peu moins de raison.Le dernier quart de siècle devrait rassurer les frileux : depuis le recensement de 1971, le pourcentage des Québécois de langue française s\u2019est accru, à Montréal également.Mais attention : la communauté montréalaise, c\u2019est la région métropolitaine et non seulement l\u2019île de Montréal.En choisissant 111e comme définition, on met de côté 55 % des francophones du Grand Montréal.Le français n\u2019est donc pas menacé dans l\u2019agglomération montréalaise; il maintient son poids relatif et les anglophones voient leur fraction se réduire assez rapidement, au profit des allophones.Que peut-on augurer pour le quart de siècle qui vient?Très probablement une stagnation de la population du Québec, résultat d\u2019une réduction des effectifs de certaines régions au profit de la grande région de Montréal.Il n\u2019est pas impossible que la fécondité se redresse, mais bien peu d\u2019observateurs le prévoient, aussi bien pour le Québec que pour l\u2019Occident dans son ensemble.Nous sommes entrés, semble-t-il, dans l\u2019ère d\u2019une éthique du court terme.Elle a peut-être une parenté avec l\u2019ambiance morale perçue par Alexis de Tocqueville aux États-Unis, vers 1830, ambiance qu\u2019il appliquait aux autres sociétés démocratiques : « Ainsi, il pourrait bien s\u2019établir dans le monde une sorte de matérialisme honnête qui ne corromprait pas les âmes, mais qui les amollirait et finirait par détendre sans bruit tous leurs ressorts » (De la démocratie en Amérique, le monde en 10-18, 1963, p.289).Tocqueville prédirait-il que la société occidentale s\u2019éteindra sans bruit, pour laisser la place à des groupements humains plus vigoureux?On peut toutefois espérer que l\u2019évanescence progressive de la population occidentale va finir par susciter des mesures qui rendront la vie de parents moins astreignante et renforceront le bataillon des « deux enfants et plus ».Il n\u2019est pas impensable que la fécondité retrouve son niveau de remplacement des générations, ce que réussissent nos voisins du Sud.\u2022 décembre 2002 ReLatiONS 15 dOSSieR Quelles politiques familiales?Loin de combler tous les besoins des parents, les nouvelles dispositions de la politique familiale adoptée au Québec en 1997, si elles étaient mises en pratique, représenteraient un pas significatif vers la reconnaissance de la responsabilité sociale de l'État à l'égard des familles.Marianne Kempeneers et Renée B.-Dandurand Les auteures SONT PROFESSEURES au Département DE SOCIOLOGIE de l'Université de Montréal, À l'Institut de LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE, Urbanisation-Culture et société Depuis son implantation en 1987, la politique familiale québécoise a connu une évolution notoire de ses objectifs qui sont devenus, au fil des années, de moins en moins explicitement natalistes, mais de plus en plus orientés vers la petite enfance et la conciliation famille-emploi.Du point de vue des familles, on ne peut que se réjouir de cette évolution qui tend à miser sur la qualité de vie des familles plutôt que sur le nombre d\u2019enfants mis au monde, assurant ainsi aux parents des mesures de soutien plus adéquates et plus stables.Mais auparavant, rappelons les principales mesures de cette politique.Des politiques en faveur des familles Si les préoccupations concernant la famille ne datent pas d\u2019hier au Québec, ce n\u2019est qu\u2019à partir du début des années 1980 que l\u2019on voit peu à peu se concrétiser la volonté de certains acteurs des pouvoirs publics et d\u2019un bon nombre de groupes de la société civile de doter le Québec d\u2019une politique explicite en faveur des familles.Dès avant cette date cependant, plusieurs jalons avaient été mis en place.En effet, les années 1960, caractérisées par une baisse considérable de l\u2019influence de l\u2019Église, voient l\u2019État québécois se constituer comme intervenant de plus en plus légitime auprès des familles.Dans un premier temps, l\u2019intérêt de l\u2019État est teinté de préoccupations sociales, c\u2019est-à-dire qu\u2019on s\u2019intéresse en priorité aux familles démunies.Dès 1966, l\u2019aide aux familles s\u2019exprime déjà par des mesures concrètes, puisque c\u2019est à ce moment qu\u2019est mis en place le premier programme provincial d\u2019allocations familiales.Les années 1970 voient, quant à elles, apparaître les premières mesures pour concilier famille et emploi, autant au niveau provincial que fédéral.En 1971, sous l\u2019impulsion du mouvement des femmes et dans la foulée du rapport de la Commission d\u2019enquête sur la situation de la femme (Bird, 1970), le gouvernement canadien décide d\u2019offrir aux travailleuses le premier congé de maternité.En 1973, la nouvelle loi sur les allocations familiales est votée au fédéral, haussant les prestations.Et c\u2019est en 1974 qu\u2019est instaurée la première politique québécoise de services de garde à l\u2019enfance (Plan Bacon).Autant de mesures, donc, qui attestent d\u2019une volonté de plus en plus affirmée de soutenir les familles.Mais le Québec des années 1970 a d\u2019autres préoccupations qui prennent le pas sur ces amorces de projet de politique familiale.C\u2019est en effet l\u2019époque de l\u2019instauration du régime d\u2019aide sociale, de l\u2019assurance santé, de l\u2019implantation des CLSC, autant de projets d\u2019envergure qui mobilisent les pouvoirs publics.Il faut attendre la période 1980-1987 pour que s\u2019amorce l\u2019implantation d\u2019une politique familiale explicite.On observe, pendant cette décennie, deux orientations différentes des gouvernements canadien et québécois à ce chapitre.Alors que le gouvernement fédéral se dirige vers des aides de plus en plus sélectives, le gouvernement québécois instaure de nouvelles mesures, généralement universelles, qui feront partie de la première politique familiale énoncée en 1987.Dans la première phase de l\u2019élaboration de cette politique, le gouvernement québécois crée une structure d\u2019encadrement composée d\u2019un Secrétariat à la famille et d\u2019un Conseil consultatif du même nom.Un premier énoncé de mesures est présenté en 1988, comprenant notamment les spectaculaires et controversées primes à la naissance.Jugées par la suite peu efficaces pour relever le taux de natalité, ces allocations sont abolies en 1997, date qui marque le début d\u2019une seconde phase d\u2019élaboration de la politique, axée davantage sur la conciliation entre la famille et l\u2019emploi et témoignant d\u2019une préoccupation grandissante pour la petite enfance.Pour marquer cette nouvelle orientation et l\u2019importance qu\u2019il accorde à la politique familiale, le gouvernement crée un ministère de la Famille et de l\u2019Enfance, qui succède à un Secrétariat à la famille, et demeure accompagné d\u2019un Conseil consultatif.Les mesures avancées dans la politique de 1997 sont un ensemble de mesures de soutien financier aux familles et de mesures favorisant la conciliation famille-emploi.Parmi les premières, mentionnons l\u2019allocation familiale dite alors unifiée, remplaçant désormais les prestations qui existaient auparavant sous la forme d\u2019allocations familiales, allocation pour jeunes enfants et allocation à la naissance.Jusque-là universelles, ces allocations sont, depuis 1997, sélectives à l\u2019image des prestations fiscales canadiennes pour enfants, implantées en 1993 : plus élevées pour les familles à bas revenu, ces allocations sont clairement une incitation au maintien ou à l\u2019insertion en emploi.Le programme APPORT (Programme d\u2019aide aux parents selon leurs revenus de travail), en particulier, s\u2019adresse aux parents à faible revenu et ayant au moins un enfant à charge, à condition qu\u2019ils travaillent.Cette prestation est établie annuellement et calculée d\u2019après les revenus de travail que la personne prévoit gagner au cours de l\u2019année.Le soutien aux familles se fait également par le biais de la fiscalité.Au Québec, le crédit d\u2019impôt remboursable et la réduction d\u2019impôt pour enfant ainsi que le crédit d\u2019impôt remboursable pour frais de garde (lorsque les parents n\u2019ont pas accès aux services à 5 $/jour) en sont les principales mesures.16 ReLatiONS décembre 2002 \u2014 Michèle Deusle, La liseuse, huile sur TOILE, 146 X 114 CM, 2001 Parmi les mesures visant à concilier famille-emploi, l\u2019instauration de services de garde à contribution réduite (5 $ par jour) constitue la mesure la plus innovatrice de ce nouvel énoncé de politique familiale.Des services de garde éducatifs sont mis en place pour les enfants de 0-4 ans, alors que, relevant du ministère de l\u2019Éducation, les enfants plus âgés sont pris en charge par la maternelle à plein temps et que sont offertes des garderies en milieu scolaire à contribution réduite.Instaurés graduellement, les services de garde éducatifs à la petite enfance (0-4 ans) sont régis par des centres de la petite enfance (CPE) et proposent deux formules : des services « en installation » et « en milieu familial ».Ces services ont une vocation explicitement éducative; ils visent le développement global de l\u2019enfant et sont présentés comme des lieux de prévention qui favorisent la réussite scolaire des enfants.Peu coûteux pour les parents, ces services ont dû faire face à une demande grandissante de places : alors qu\u2019entre 1987 et 1997, l\u2019augmentation annuelle s\u2019était chiffrée autour d\u2019une moyenne de 4000 places, depuis 1997 elle s\u2019est faite au rythme d\u2019environ 16 000 places supplémentaires chaque année.Ce qui est encore insuffisant, car près du tiers des parents auraient encore au moins un enfant sur une liste d\u2019attente.Quelle intervention de l\u2019État?Cette politique québécoise n\u2019a pas d\u2019équivalent ailleurs en Amérique du Nord.Le Québec se distingue en effet de son voisinage nord-américain par une conception qui, à l\u2019exemple de la France et de la Suède, favorise plutôt un interventionnisme étatique à l\u2019égard de la famille.11 s\u2019oppose en cela à la tradition anglo-saxonne qui prévaut au Canada et aux États-Unis et qui privilégie une conception privatiste des relations entre famille et État, basée sur les principes de respect de la vie privée et de non-ingérence de l\u2019État dans la vie des individus et des familles.Deux types d\u2019objectifs peuvent guider une option interventionniste en matière de politique familiale : un objectif familial proprement dit, ou alors un objectif d\u2019accès à l\u2019emploi et d'intégration sociale.Dans le premier cas, l\u2019État intervient pour soutenir l\u2019institution familiale, c\u2019est-à-dire qu\u2019il se donne comme finalité le mieux-être des familles (aides financières, soutiens aux parents travailleurs).Cette finalité peut être assortie d\u2019une préoccupation nataliste plus ou moins explicite.C\u2019est la France qui incarne le mieux ce modèle, avec sa tradition unificatrice et interventionniste de l\u2019État, non seulement auprès des familles mais à l\u2019égard de la société civile en général.Dans le second cas, l\u2019État intervient pour garantir l\u2019accès à l\u2019emploi (politique d\u2019intégration sociale) et l\u2019égalité des décembre 2002 ReLatiONS dOSSieR sexes.La Suède incarne ce modèle qui se définit prioritairement par une référence à l\u2019emploi, à l\u2019accès à l\u2019emploi qui constitue le fondement de toute politique sociale de ce pays, y compris la politique à l\u2019égard des familles.Le modèle suédois se caractérise ainsi par une aide généreuse pour les parents au travail.Ces mesures ne sont toutefois nullement motivées par un objectif pronataliste, Cet intérêt pour la petite enfance et la conciliation famille-travail sont les deux domaines qui préoccupent actuellement le plus les pays développés.mais plutôt par un objectif d\u2019égalité entre hommes et femmes face à l\u2019emploi, ainsi que par souci de l\u2019intérêt de l\u2019enfant.On peut dire que le Québec se situe aujourd\u2019hui entre ces deux grands pôles, mais plus près du pôle interventionniste que, par exemple, les autres provinces canadiennes.Et sur ce pôle interventionniste, si le Québec s\u2019est dans un premier temps beaucoup rapproché du modèle français (de 1988 à 1997), il aurait tendance aujourd\u2019hui à s\u2019orienter davantage vers le modèle suédois.Cet intérêt pour la petite enfance (en particulier l\u2019importance d\u2019une intervention éducative précoce) et la conciliation famille-travail sont les deux domaines qui préoccupent actuellement le plus les pays développés.La plupart des chercheurs conviennent que le soutien financier à seules fins natalistes ne donne pas de résultats probants.Par contre, l\u2019amélioration des conditions de vie des familles, en particulier le soutien aux parents travailleurs, en plus de s\u2019inscrire dans un projet de société guidé par la qualité de vie des familles, est davantage susceptible d\u2019améliorer les taux de fécondité.Si le Québec poursuit dans cette voie, notamment avec l\u2019instauration de l\u2019assurance parentale et la consolidation du système des services de garde à contribution réduite, le projet de société qu\u2019il propose par le biais de cette politique concilie à notre avis de façon équilibrée les préoccupations natalistes et les préoccupations de mieux-être auxquelles aspirent l\u2019ensemble des sociétés occidentales aujourd\u2019hui.\u2022 L'auteure est PROFESSEURE DE SOCIOLOGIE À l'Université Laval Être parents : un parcours semé d'embûches Diane Lamoureux Un spectre hante le gouvernement du Québec, celui de la natalité! Voilà nommé le problème, déterminé le prochain enjeu.Pour le conjurer, une parade de remaniement ministériel: un ministre délégué à la population.Pour l\u2019instant la structure institutionnelle est légère, mais s\u2019apparente tout de même à une bio-politique à la Foucault (contrôle des corps et contrôle de l\u2019espèce) et laisse présager le pire, alors qu\u2019un examen attentif des politiques publiques par rapport à la parentalité aurait permis de poser autrement le problème : comment se fait-il que l\u2019on fasse encore des enfants - peu importe leur couleur - au Québec?Qu\u2019en est-il des parents potentiels?Le chômage est fort élevé pour les jeunes de 25-34 ans des deux sexes, ceux et celles qui ont un emploi doivent souvent se contenter d\u2019un travail flexible, précaire et à horaires variables; bref, l\u2019argent est loin de rentrer en quantité industrielle et surtout de façon stable.Il est même étonnant de constater que plusieurs de ces jeunes arrivent à former et à maintenir des relations de couple.Quant au logement, il est de notoriété publique que depuis une quinzaine d\u2019années, en se désintéressant à toute fin pratique du domaine, les divers paliers de gouvernement nous ont concocté une crise majeure : peu de logements locatifs en bon état et à prix abordables, surtout dans les zones urbaines centrales.Et essayez d\u2019obtenir un prêt hypothécaire lorsque vous avez un emploi précaire; on vous répondra que les banques ne sont pas des entreprises de charité! Admettons que, malgré cette course à obstacles, des jeunes décident quand même de faire des enfants.Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est qu\u2019ils ne sont pas au bout de leurs peines.D\u2019abord, la femme enceinte apprendra qu\u2019elle est « malade » puisque, en dehors de l\u2019institution fort restreinte des sages-femmes, c\u2019est le système médical qui prend en charge la grossesse et l\u2019accouchement.Si elle a un emploi précaire ou un travail autonome, son congé de maternité sera à ses propres frais.Quant au père, s\u2019il a un emploi syndiqué à temps plein (ce qui est une situation très répandue chez les jeunes.), il aura droit à un généreux cinq jours de congé de paternité.L\u2019un des deux, après la naissance de l\u2019enfant, pourra se prévaloir d\u2019un congé parental aux frais, mais aussi aux conditions (admissibilité et niveau de prestation), de l\u2019assu-rance-emploi.Comme l\u2019arrivée d\u2019un enfant représente un coût supplémentaire, qui peut se permettre cette baisse de revenus?18) ReLatiONS décembre 2002 Les enfants du désir Entrevue avec Laurence Gavarini À l'aube du XXIe siècle, le rapport à la procréation connaît de profondes transformations.Sociologue, maître de conférences à l'Université de Paris VIII où elle anime le groupe de recherche « Éthique, enfance et éducation », Laurence Gavarini a publié plusieurs ouvrages sur les enfants, notamment Le magasin des enfants (1990), La fabrique de l'enfant maltraité (1998) et La passion de l'enfant (2001).Elle a accepté de s'entretenir avec nous des nouvelles configurations familiales.Relations : Alors que dans les sociétés occidentales, les taux de natalité sont très bas, nous n\u2019avons jamais autant parlé de « désir d\u2019enfant ».Comment expliquez-vous ce paradoxe?Que recouvre ce désir aujourd\u2019hui?Laurence Gavarini : Le désir d\u2019enfant est omniprésent dans la société, dans les médias, dans les discours, etc.Il est apparu sous sa forme actuelle avec la maîtrise de la fécondité.En fait, la « pression à la maternité » et, d\u2019une certaine manière, le désir d\u2019enfant se sont davantage généralisés dans la période contemporaine que dans les périodes antérieures.La baisse générale de la fécondité dans les sociétés occidentales a eu pour effet que l\u2019enfant est devenu plus précieux.Geneviève Delaisi disait, dans un ouvrage qui est déjà ancien, que l\u2019enfant est d\u2019autant plus désiré qu\u2019il se fait plus rare.Aujourd\u2019hui, le fait de rester sans enfant, « nullipare » comme disent les démographes, est considéré comme pratiquement « hors norme ».Le nombre d\u2019enfants par femme en âge de procréer a régressé ces dernières années, et c\u2019est essentiellement à cause de la réduction de la taille des familles.Car le nombre de femmes sans enfant a aussi considérablement diminué.Depuis les années 70, les politiques natalistes se sont redéployées de manière nouvelle, non plus telles qu\u2019on les préconisait - en France, par exemple, au lendemain de la Première Guerre mondiale en disant aux Françaises : « Il faut repeupler, mettre au monde des petits Français! » Sans doute jusqu\u2019à une période récente, plus ou moins en lien avec le développement de la contraception médicalisée et la mutation des rapports sociaux de sexe, les enfants se faisaient par devoir, mais aussi par dette envers les générations antérieures.L\u2019injonction faite aux individus « émancipés » est maintenant devenue plus subtile.L\u2019enfant représente mani- La venue de l\u2019enfant fait surgir de nouveaux obstacles.D\u2019abord, trouver une place en garderie.Certes les garderies à 5 $, c\u2019est très bien, mais peu de garderies accueillent les enfants de moins de deux ans.On ne peut tout de même pas les ranger dans un tiroir ou dans un placard en attendant la date de mûrissement.Bref, c\u2019est la débrouille entre les horaires complémentaires (exit la vie de couple et bonne chance pour les monoparentales), la famille (mais les grands-parents ne sont pas tous de jeunes préretraités ou intéressés à redevenir quasi parents) et les amis.À la précarité du lien d\u2019emploi s\u2019ajoute donc la précarité des formes de garde.Quant aux coûts, ce n\u2019est certainement pas le montant des allocations familiales qui les couvre.Une fois que l\u2019enfant a atteint deux ans, d\u2019autres problèmes surgissent alors pour lui : trouver une garderie qui a des places pour ce groupe d\u2019âge, sans être trop loin, et espérer que ses heures d\u2019ouverture soient compatibles avec les horaires de travail des parents.Actuellement, les horaires de garderies correspondent aux horaires des parents qui travaillent de « huit à quatre » ou de « neuf à cinq », du lundi au vendredi.Mais le développement de la flexibilité du travail et des horaires variables, autre nom de la compétitivité et de la mondialisation, crée un décalage important entre les horaires parentaux et ceux des garderies.Sans parier des solutions de dépannage nécessaires en cas de maladie de l\u2019enfant ou de travail en dehors du lieu habituel pour l\u2019un ou l\u2019autre des parents, ou les deux.Puis vient l\u2019âge de l\u2019école.Notre système scolaire, tout normé qu\u2019il soit par des équipes de plus en plus importantes de fonctionnaires dont le critère d\u2019embauche semble être de n\u2019avoir jamais mis les pieds dans une école et encore moins dans une salle de classe depuis leur petite enfance, fabrique en série des analphabètes diplômés et n\u2019arrive pas à inculquer à l\u2019ensemble d\u2019une classe d\u2019âge ces savoirs de base que sont la lecture, l\u2019écriture et le calcul.Les services de garde parascolaires y sont en outre profondément sous-développés.Les coupes sombres qui ont été pratiquées durant la dernière décennie dans le personnel présent dans les écoles rend aussi de plus en plus complexe le maintien des enfants « atypiques » (tous ceux et celles qui ne correspondent pas au modèle de l\u2019« apprenant » des ineffables documents ministériels) dans les classes ordinaires, d\u2019où la popularité du Ritalin.De plus, dès l\u2019école primaire, les parents doivent trouver des moyens de concilier les congés scolaires avec leurs propres congés.Il est temps qu\u2019on arrête d\u2019aborder les politiques publiques en pièces détachées, à la petite semaine, en accordant une place centrale aux programmes plutôt qu\u2019aux personnes qui doivent fonctionner dans ces programmes, le tout dans une mentalité gadgétique.Bien des aberrations - à nos frais, cela va sans dire - pourraient ainsi nous être épargnées.décembre 2002 ReLatiONS dOSSieR festement pour les jeunes parents moins un ancrage dans la généalogie ou une quelconque tradition qu\u2019un investissement dans l\u2019avenir.Certains psychanalystes vont même jusqu\u2019à dire que les enfants constituent un capital narcissique pour les parents.Rel.: Voyez-vous d\u2019autres causes à ce désir d\u2019enfant?L.G.: Il ne faudrait pas oublier la pression du marché.Le bébé fait vendre - que l\u2019on songe, par exemple, à la présence des bébés dans les médias et dans la publicité, à la profusion d\u2019ouvrages de puériculture ou portant sur la prime-enfance et la prime-éducation depuis une vingtaine d\u2019années.Mais c\u2019est surtout l\u2019offre médicale qui représente un marché financier aux profits considérables qui sait se faire discret en tant que tel aux yeux des principaux intéressés que sont les couples inféconds.Cette offre a été Michèle delisle, extrêmement forte, ciblée et soutenue depuis le le chat bleu,\tdébut des procréations médicalement assistées, huile sur toile, à la fin des années 70.L\u2019Amérique du Nord a été, 130 x si cm,\tcomme la France ou le Royaume-Uni, pionnière 2002\tdans le développement de ces techniques et dans leur promotion.On a fait du « surf » sur la notion de désir d\u2019enfant et, entre autres, sur la souffrance causée par l\u2019absence d\u2019enfant, par la stérilité.Ce fut une pression sans relâche mélangeant en permanence espoirs thérapeutiques, défis et fantasmes scientifiques, via un certain sensationnalisme médiatique.Certaines causes, plus intimes, sont liées à la maîtrise de la procréation.Les enfants ont été de plus en plus programmés.Mais le corps n\u2019étant pas une mécanique bien réglée, pas plus d\u2019ailleurs que le désir et la vie psychique, le revers de la médaille ne s\u2019est pas fait attendre : ce désir d\u2019enfant s\u2019est accompagné d\u2019échecs dans la programmation.Devant ces aléas biologiques, somatiques, sexuels, de nombreuses femmes se sont senties « mauvaises programmatrices », coupables de ne pas réussir à procréer en temps et en heure.Je parle au passé, je pourrais parler au présent; cela constitue, pour elles, en plus d\u2019un sentiment conscient d\u2019échec personnel, une blessure narcissique importante.En instrumentalisant ainsi le désir d\u2019enfant, en perdant parfois de vue la signification symbolique et imaginaire de la procréation, il n\u2019est guère étonnant que des femmes et des hommes se soient soumis volontairement aux promesses et à certains mirages de la médecine de la reproduction! Quand j\u2019observe la génération des jeunes femmes actuelles, je vois poindre, de façon de plus en plus aiguë, un sentiment d\u2019infertilité qui tient pour beaucoup à ce nouveau rapport à la procréation, au corps, au désir.Si elles ne par- viennent pas à être enceintes dans les mois qui suivent l\u2019arrêt de la contraception, ces jeunes femmes paniquent et mettent rapidement cela au compte d\u2019une stérilité justifiant d\u2019entreprendre immédiatement un traitement, synonyme aujourd\u2019hui d\u2019une assistance médicale à la procréation.Et globalement, le discours social se fait l\u2019écho de ce sentiment bien que, du point de vue épidémiologique, il ne soit pas établi, à notre connaissance, que la stérilité accuse une nette progression.Science et technique ont profondément modifié la représentation que les couples se font de la procréation, en particulier les femmes.On dit maintenant qu\u2019on fait un enfant avec l\u2019aide du médecin.Celui-ci est devenu un recours incontournable, non seulement pour toute procréation, mais aussi pour le suivi de la grossesse, celle-ci étant devenue un état quasiment pathologique si l\u2019on considère la démultiplication des examens et des tests médico-biologiques.Je force un peu le trait, ici, pour faire comprendre l\u2019évolution sociale actuelle.Rel.: Dans ce nouveau contexte, les relations entre les hommes et les femmes se modifient profondément.Comment peut-on situer aujourd\u2019hui la différence sexuelle?L.G.: Vaste question! C\u2019est vrai que les rapports entre les hommes et les femmes ont radicalement changé.Les rapports de domination ne sont plus de mise.Même s\u2019ils existent encore sournoisement (par exemple à travers la persistance 20) ReLatiONS décembre 2002 des inégalités hommes/femmes, de la division sexuelle des tâches domestiques, du harcèlement, etc.), on ne peut plus les afficher avec autant d\u2019aplomb et de cynisme qu\u2019aupara-vant, du moins en Occident.Les sociétés évoluent vers des modèles plus paritaires devenant progressivement normes sociales.Le nouveau rapport à la procréation prend place dans les nouvelles configurations du lien conjugal, matrimonial, mais aussi filial.Il appartient aux sciences humaines, aujourd\u2019hui, de comprendre quelles sont les relations existant notamment entre l\u2019apparition des techniques de procréation médicalement assistées, sur la scène médicale, et les modifications du rapport entre les sexes, sur la scène privée.Nous avons affaire à des changements non seulement technologiques et biomédicaux, mais aussi socioculturels dont le sens le plus souvent nous échappe.Toutes ces modifications interviennent dans de nouvelles configurations de la famille.Certains sociologues parlent d\u2019une désinstitutionnalisation de la famille, pouvant entraîner une « désaffiliation » des individus.Je n\u2019irai peut-être pas dans cette direction là, car elle fige notre regard sur une réalité trop apparente, si j\u2019ose dire.Certes, il y a changement de représentations et sans doute aussi, dans les faits, changement d\u2019un certain ordre familial ou de coordonnées familiales très liées à la tradition de la domination masculine et au patriarcat.La façon dont se pose la question de la procréation dans la vie sexuelle et conjugale pourrait être un indicateur de cette évolution.Après avoir dissocié la sexualité de la reproduction, ainsi que la conjugalité de la procréation, il est désormais de l\u2019ordre des possibles de séparer les fonctions reproductives des fonctions sexuelles, et en particulier de s\u2019affranchir de l\u2019hétérosexualité et de la différence des sexes pour envisager la filiation.Avec en toile de fond un lobby homosexuel qui revendique l\u2019accès «libre » à la parentalité.Ce que l\u2019on a autorisé pour le traitement de la stérilité devrait l\u2019être également pour toute demande au nom du principe d\u2019égalité entre les individus.Sous l\u2019influence biomédicale, on a tendance à penser aujourd\u2019hui que l\u2019enfantement est d\u2019abord une affaire de gamètes qu\u2019il suffirait d\u2019agencer, d\u2019apparier, le cas échéant in vitro, en court-circuitant les limites humaines.Or, la psychanalyse et l\u2019anthropologie nous apprennent que, pour se construire psychiquement, l\u2019enfant a besoin aussi de symbolique.L\u2019amour conscient qu\u2019on lui porte ne suffit pas non plus.Jusqu\u2019à maintenant, ce symbolique s\u2019organisait dans le principe de la différenciation sexuelle et la famille distribuait des places dans une lignée, dans une généalogie.Rel.: Les fonctions paternelles et maternelles se recomposent : « Couple un jour, parents toujours », affichait récemment une publicité.On parle volontiers de « fonctions parentales ».Que recouvre ce terme?L.G.: Le parental est très présent dans les discours.On dit qu\u2019il faut éduquer les parents, soutenir la parentalité.Comme le désir d\u2019enfant, le parental est une invention ré- cente.Cette notion est apparue depuis que la famille a entrepris sa réorganisation en sortant du double principe de différenciation sexuelle des fonctions et de division des rôles et du travail auquel la famille traditionnelle s\u2019articulait.Le parental est une nouvelle façon de désigner la présence, l\u2019activité, la responsabilité que les parents, père et mère, doivent exercer auprès de l\u2019enfant.Le parental est une sorte de compromis trouvé face à des liens conjugaux que nous savons désormais précaires.Le parental est censé continuer au-delà du divorce : on se sépare du conjoint, mais on ne se sépare pas des enfants et l\u2019on reste Nous avons affaire à des changements non seulement technologiques et biomédicaux, mais aussi socioculturels dont le sens le plus souvent nous échappe.Toutes ces modifications interviennent dans de nouvelles configurations de la famille.parents ensemble.On garde une espèce de souci commun qui ne devrait pas être dissout par la rupture des liens matrimoniaux.Le parental représente une alternative ou un substitut à la division sexuelle des rôles.Avec l\u2019idée d\u2019une plus grande parité entre les hommes et les femmes, c\u2019est comme si la distinction des rôles père-mère devenait obsolète.Il y a là une idée de neutralité éducative et affective dans la présence aux enfants.Cela peut introduire une confusion vis-à-vis des fonctions.Imaginairement et symboliquement, un père n\u2019est pas une mère, et réciproquement.Rel.: Quelles conséquences cette recomposition sociale peut-elle avoir sur la filiation?L.G.: La filiation aujourd\u2019hui connaît sans doute les plus grands remaniements de son histoire.Nous sommes dans quelque chose de très étrange.L\u2019imaginaire génétique est très prégnant dans nos représentations.À la formule : « Sang de mon sang, chair de ma chair », par laquelle les poètes et les parents évoquaient métaphoriquement la filiation, se substitue la formule « Gènes de mes gènes ».Nous pensions que la filiation se déployait plutôt sur un registre culturel, affectif, symbolique; maintenant, nous faisons parler l\u2019ADN.Quand l\u2019ADN devient le garant d\u2019une paternité, on va davantage dans le sens de la technique que dans celui de la civilisation.Toutefois, les recherches en paternité ne sont pas illégitimes ou non fondées, lorsqu\u2019elles permettent à une mère, par exemple, de faire valoir les obligations morales et pécuniaires d\u2019un homme qui est, parfois par inconscience ou légèreté, parfois à son insu, devenu géniteur.Mais cela ne suffit pas à l\u2019engager dans une filiation ou dans sa paternité.Le ?décembre 2002 ReLatiONS dOSSieR L'auteur est PROFESSEUR DE SOCIOLOGIE À Concordia Un enfant pour soi?Daniel Dagenais Aujourd\u2019hui, on veut souvent un enfant pour soi, afin de vivre l\u2019expérience enrichissante d\u2019assouvir son désir d\u2019enfant.Il s\u2019agit moins de fonder une famille, expression devenue suspecte, sinon « réactionnaire »; de réaliser une dimension de notre être qui nous paraîtrait aller de soi (être homme, être femme); ou d\u2019accepter que l\u2019arrivée à l\u2019âge adulte entraîne la nécessité de s\u2019accomplir comme parent.Non.Il s\u2019agit d\u2019assumer notre rapport à l\u2019enfant comme on assume d\u2019autres expériences individuelles : pour la construction de soi.Cette nouvelle place symbolique de l\u2019enfant dans nos vies influence bien sûr la fécondité de toute une société.Lorsqu\u2019il devient un projet existentiel, le désir d\u2019enfant équivaut à d\u2019autres projets individuels tout aussi attrayants : voyages annuels, vie sociale active, investissement de soi dans la carrière, vie culturelle enivrante, etc.En d\u2019autres termes, on peut fort bien décider que d\u2019autres projets existentiels sont plus importants, pour soi, et donc de ne pas avoir d\u2019enfant.De plus, si avoir un enfant revient à réaliser pour soi une expérience enrichissante, cette expérience s\u2019avère totalement assouvie avec la venue au monde d\u2019un seul enfant! Le rapport existentiel à l\u2019enfant n\u2019atteint pas que le nombre d\u2019enfants qu\u2019on a.Très souvent, on en vient à considérer que la présence d\u2019enfants « nuit à la vie de couple », au lieu de la réaliser.De la même manière, vécu comme projet existentiel, le rapport à l\u2019enfant modifie la façon d\u2019exercer le rôle de parent : il s\u2019agit, au fond, d\u2019être « bien avec son enfant ».D\u2019égal à égal, mieux, d\u2019ego à ego.C\u2019est ce rapport « démocratique » à l\u2019enfant qui produit les interminables séances parlementaires où on voit un parent s\u2019évertuer à expliquer à son enfant ce que « lui fait » ce qu\u2019il fait, comme si la maturation était le résultat d\u2019un processus de discussion rationnel! Que ce parent, épuisé, ait tôt fait de se changer en « négociateur syndical » menaçant de faire grève ne fait qu\u2019éclairer que, dans un cas comme dans l\u2019autre, on est « entre individus ».Nous commençons seulement à réaliser que ce nouveau rapport implique un abandon du rôle pédagogique.Les enfants qui, aujourd\u2019hui, vivent des problèmes d\u2019adultes (stress, toxicomanie, violence, etc.) sont simplement laissés à eux-mêmes.Iis manquent de parentage.C\u2019est sans importance qu\u2019on identifie ce manque à un manque de « protection maternelle » ou « d\u2019autorité paternelle ».Les deux carences ne font qu\u2019une.Laissée à elle-même, cette critique du rapport existentiel à l\u2019enfant serait unilatérale.En effet, pour paraphraser le sociologue allemand Ulrich Beck, le rythme effréné exigé aujourd\u2019hui par la société du travail constitue, au fond, un appel à une société de célibataires.Cela n\u2019a aucun sens.En réponse à cet impérialisme de la société du travail sur l\u2019espace-temps de la vie privée, il faut bien sûr revendiquer.Les garderies ne sont qu\u2019une réponse partielle, car elles ne permettent pas toujours d\u2019échapper au rythme dément de la société du travail et concourent parfois à y faire entrer les enfants qui font aussi du « huit à six ».Cela passe par une vigoureuse politique familiale qui permette d\u2019aménager dans nos vies un espace propice à la fondation d\u2019une famille.Mais il faut aussi que nous aménagions dans nos pratiques et notre éducation un espace symbolique à une famille qui, sans être celle de nos parents soit, tout de même, une famille.Autrement, nous faisons le jeu du système.Quelle forme cela peut-il prendre?Entre autres, celle de l\u2019éducation.À nos enfants qui approchent de la vingtaine, nous pourrions transmettre le message suivant, tout en admettant que nous ne l\u2019avons pas tout à fait appliqué : vivez votre jeunesse avec enthousiasme, folie et pleine consécration; amusez-vous, étudiez, voyagez avec toute l\u2019intensité que vous pouvez y mettre, mais faites-le avec l\u2019intime conscience que cette vie jeune doit connaître son achèvement dans quelque chose qui ne concerne pas que soi, à savoir, la fondation d\u2019une famille.gène n\u2019est ni vrai ni faux.Le gène parle le langage génétique, il ne parle pas un langage humain.Il faut donc être très attentif au risque de réductionnisme, lorsqu\u2019on s\u2019appuie sur lui pour fonder une preuve de filiation en particulier.Rel.: Pendant que les fonctions parentales se recomposent, un nouveau rapport à l\u2019enfance est aussi en train de se tisser.Comment voyez-vous cette évolution de la place de l\u2019enfant dans la société?Qu\u2019est-ce qui a été déterminant dans cette évolution?L.G.: Depuis une trentaine d\u2019années, nous avons assisté à une espèce de révolution silencieuse qui a radicalement changé notre regard sur l\u2019enfant, mais aussi sur la famille.On ne peut pas en effet imaginer un nouvel enfant sans une nouvelle famille et sans de nouveaux éducateurs.J\u2019ai essayé de comprendre les liens entre des événements très différents en apparence survenus depuis la fin des années 70 et qui par- ticipent de cette révolution ; la naissance sans violence, puis la médicalisation de l\u2019entrée dans la vie, la multiplication des procréations médicalement assistées et l\u2019émergence d\u2019un « droit à l\u2019enfant »; la découverte du fœtus, du bébé et du petit enfant et de leurs compétences; l\u2019importance accordée à la parole dans les relations avec les tout-petits; la reconnaissance des traumatismes de l\u2019enfance et de la naissance.On a dit que tout se joue avant 6 ans, puisque tout se joue avant 3 ans, pour finalement affirmer que tout se joue à la naissance et même avant la naissance.La petite enfance est une période de la vie au cours de laquelle peuvent, en effet, prendre place un certain nombre d\u2019événements traumatiques, d\u2019où l\u2019idée de faire de la prévention précoce, de parler au bébé, de lui livrer des éléments sur ses origines, de le stimuler, de l\u2019éveiller, y compris d\u2019ailleurs par des apprentissages précoces, comme par exemple l\u2019apprentissage de ia musique ou de la lecture dès le berceau! 22 ReLatiONS décembre 2002 Après le droit à l\u2019enfant, on assiste aussi à la recherche de l\u2019enfant parfait.On est passé d\u2019une aspiration à naître sans handicap ou maladie grave à une aspiration à naître normal.L\u2019émergence du droit des enfants a été déterminante dans la construction sociale d\u2019une nouvelle sensibilité à l\u2019égard de l\u2019enfance.Une modification que je n\u2019ai pas encore évoquée est la dénonciation des violences faites aux enfants, aussi bien les violences institutionnelles que les violences privées, comme la maltraitance, les abus, l\u2019inceste ou la pédophilie, en particulier dans la vie familiale.C\u2019est l\u2019ultime phase à laquelle nous sommes parvenus à la fin du XXe siècle.Un nouveau sentiment collectif se fait jour : l\u2019enfance, toute l\u2019enfance est en danger potentiel.L\u2019intérêt pour l\u2019enfant, est suspecté, et l\u2019on finit par ne plus savoir départager avec certitude le normal du pathologique, la bonne de la mauvaise distance dans les relations adultes/enfants.L\u2019adulte devrait en tous cas être toujours sur ses gardes.Ce qui frappe beaucoup c\u2019est la mise à distance progressive du corps des enfants.Leur corps c\u2019est leur corps.Ainsi, le message de prévention repris à la lettre a pour effet que les adultes demandent une permission avant toute démonstration d\u2019affection, voire toute assistance.Dans mon livre, j\u2019ai utilisé une formule choc : « L\u2019avenir est dans l\u2019enfance ».C\u2019est pour montrer comment nous sommes passés d\u2019une société adulto-centrée à une société pédo-centrée, une société dans laquelle nous avons pris conscience que tout se jouait très tôt pour les enfants et qu\u2019il ne fallait pas passer à côté de cet enjeu social majeur.Cette prise de conscience aiguë est presque dramatique ou dramatise l\u2019enfance.Tout se joue dans l\u2019enfance, il faut donc vraiment mettre beaucoup de moyens au service de l\u2019éducation, et de la prime éducation en particulier.\u2022 (Entrevue réalisée par Anne-Marie Aitken) « é £s55S Pour prolonger la réflexion LIVRES DESCARRIES, Francine et CORBE1L, Christine (dir.), Espaces et temps de la modernité, Montréal, les Éditions du remue-ménage, 2002.DELUMEAU, Jean et ROCHE, D\u201e Histoire des pères et de la paternité, Paris, Larousse, 1990.GAVARIN1, Laurence et al., Le magasin des enfants, ouvrage collectif sous la direction de Jacques Testart, Paris, François Bourin, 1990.GAVAR1NI, Laurence, La fabrique de l\u2019enfant maltraité.Un nouveau regard sur l\u2019enfant et la famille, avec Françoise Petitot, Paris, Érès, 1998.GAVAR1N1, Laurence, La passion de l\u2019enfant.Filiation, procréation et éducation à l\u2019aube du 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au bout de ses peines.La Birmanie est un pays lourdement hypothéqué.Jean-Michel Archambault-Cyr CHINE BIRMANIE Golfe Du Bengale Rangoon THAÏLANDE Mer D'Adaman Golfe * Tl de Siam Le 5 mai 2002, les médias internationaux portaient leur attention sur la Birmanie.La junte militaire, au pouvoir depuis 1988, annonçait triomphalement qu\u2019une nouvelle page s\u2019ouvrait pour le peuple birman et la communauté internationale : Madame Aung San Suu Kyi, leader du mouvement démocratique birman et prix Nobel de la paix, était libérée après 19 mois d\u2019assignation à résidence.L\u2019annonce de sa libération a été faite par une firme de relations publiques basée à Washington, DCI Associates, -ayant des liens avec George W.Bush -, et qui a récemment signé un contrat de 450 000 $US avec la junte afin de redorer l\u2019image internationale de celle-ci et d\u2019améliorer ses relations avec les États-Unis.Les médias birmans, contrôlés par la junte, n\u2019ont quant à eux jamais fait état de cette libération.Les observateurs de la situation birmane avaient cependant accueilli la nouvelle avec un optimisme prudent, la junte étant reconnue pour être revenue sur ses promesses à maintes reprises dans le passé.C\u2019est lors d\u2019un soulèvement populaire, en 1988, que la junte a pris le pouvoir, renversant le vieux régime du dictateur Ne Win et écrasant dans un bain de sang les manifestants.Arrivée au pouvoir sous le nom du Conseil d\u2019État pour la restauration de la loi et de l\u2019ordre (SLORC), la junte s\u2019est toujours présentée comme une solution temporaire, allant même jusqu\u2019à organiser des élections en 1990.Mais alors que le SLORC s\u2019attendait à être plébiscité, la Ligue nationale pour la démocratie (NPD) de Aung San Suu Kyi remportait plus de 80 % des sièges.Depuis, c\u2019est l\u2019impasse.La junte, rebaptisée en 1996 Conseil d\u2019État pour la paix et le développement (SPDC), s\u2019accroche toujours au pouvoir malgré les nombreuses condamnations de la communauté internationale.Une libération sur fond de crise Alors qu\u2019elle faisait face à d\u2019énormes pressions internes et que le pays paria croulait sous les sanctions internationales, la junte se devait de frapper un grand coup symbolique en libérant la plus célèbre dissidente du monde.En effet, l\u2019opposition politique, observant une trêve plus ou moins officielle les mois précédents, commençait à perdre sérieusement patience.De plus, ses pairs de l\u2019ASEAN (l\u2019Association des pays d\u2019Asie du Sud-Est), malgré leur longue tradition de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays membres, éprouvaient de plus en plus de difficulté à présenter un front uni dans les forums internationaux pour défendre cette brebis galeuse, accueillie dans la controverse en 1997.Depuis cette date, l\u2019Union européenne refuse d\u2019ailleurs de rencontrer l\u2019ASEAN afin de protester contre l\u2019entrée de la Birmanie au sein de cette association régionale.En novembre 2000, dans une décision sans précédent, l\u2019Organisation internationale du travail (OIT) demandait à ses 175 États membres de revoir leur relation avec Rangoon et d\u2019imposer les mesures nécessaires afin de faire cesser les travaux forcés imposés à la population.L\u2019on estime de deux à huit millions de Birmans, soit environ un sixième de la population, le nombre de victimes de cette forme d\u2019esclavage.Assénant le dernier grand coup, le Sénat américain étudie présentement, avec le Bill 926, la possibilité d\u2019interdire toute importation de textile birman en protestation liberté retrouvée : « Ma libération ne doit pas être considérée comme une percée essentielle en faveur de la démocratie.Une véritable percée résiderait dans le fait que tous les Birmans bénéficient des libertés élémentaires ».Alors que la communauté internationale se félicitait de ces développements et que les projecteurs des grands médias se tournaient vers d\u2019autres horizons, les différents acteurs de la société birmane, avec en tête la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) et les leaders des minorités ethniques, allaient de l\u2019avant en proposant un dialogue tripartite avec la junte, afin de parler de transition, de partage de pouvoirs, de constitution et d\u2019aide étrangère.L\u2019Australie et, surtout, le Japon, impatients à l\u2019idée d\u2019asseoir leur influence sur ce territoire riche en ressources naturelles non exploitées, annonçaient les jours HHHH f : y.' ,w.~ -\t.7\t\u2019*1 V?;.,, contre les conditions de travail qui prévalent en Birmanie.Toutes ces pressions ont fini par faire fléchir la junte et la forcer à libérer la lauréate du prix Nobel de la paix pour sa lutte non violente en faveur de la démocratie.Tactique de diversion Celle que l\u2019on surnomme la « dame de Rangoon » avait pourtant mis tout le monde en garde, le jour même de sa suivants le financement de projets d\u2019aide au développement de plusieurs millions de $US.Près de six mois plus tard, le fameux dialogue n\u2019a produit aucun résultat.Il est toujours aussi aléatoire, sans transparence, soumis au bon vouloir de la junte qui en exclut encore les représentants des minorités ethniques, lesquelles représentent pourtant près du tiers de la population, disséminées principalement dans le nord du pays et dans les camps de réfugiés de Thaïlande.Passée maître dans l\u2019art de détourner l\u2019attention et de gagner du temps, la junte s\u2019est engagée quelques semaines après la libération de Madame Suu Kyi dans une guerre de mots avec l\u2019ennemi commode de toujours, la Thaïlande.Prétextant une violation de son territoire par l\u2019armée thaïlandaise, qui répliquait à une attaque de milices des barons de la drogue protégés par la junte - laquelle tirerait du narcotrafic jusqu\u2019au tiers de ses revenus, selon certains observateurs -, Rangoon a fermé unilatéralement les frontières communes, multiplié les accusations virulentes et les discours guerriers contre Bangkok à travers ses médias contrôlés, expulsé plusieurs centaines de travailleurs thaïlandais, organisé des manifestations anti-thaïlandaises aux frontières, etc.Le message est clair : en ces temps « difficiles » pour la sécurité nationale, nulle dissension ne sera tolérée et tous doivent se ranger derrière la junte sous peine de se voir accuser de trahison.Un régime de misère Pendant ce temps, la situation économique et sociale des Birmans continue à se détériorer.Même si la junte a renoncé depuis 1998 à produire des statistiques économiques officielles (personne n\u2019était dupe de la manipulation qu\u2019on leur faisait subir), l\u2019économie est dans un marasme profond.Les quelques compagnies étrangères toujours présentes se retirent les unes après les autres, à la suite des pressions de groupes de consommateurs occidentaux.La monnaie nationale est maintenue artificiellement par la junte à un taux de 6 kyatts contre un $US, alors que le florissant marché noir offre 1300 kyatts contre ce même dollar, ^hyperinflation a rendu les nécessités de base, comme le riz et l\u2019huile, difficilement accessibles et fait craindre à plusieurs des émeutes semblables à celles de 1988, qui avaient fait plusieurs milliers de victimes.Du côté scolaire, les universités sont toujours étroitement surveillées et, la plupart du temps, arbitrairement fermées.En août dernier, 15 étudiants ont été arrêtés pour avoir formé un groupe de lecture et de discussion sur la démocratie.Quelques mois plus tôt, un recteur d\u2019université de 73 ans a été condamné à sept ans de prison pour avoir déposé une pétition réclamant la libération de prisonniers politiques.Aucune liberté de presse n\u2019est accordée et, dans son plus récent rapport annuel, l\u2019organisme Reporters sans frontières écrit que « la Birmanie garde le triste privilège d\u2019être la plus grande prison du monde pour les journalistes.» Les minorités ethniques, quant à elles, affluent toujours régulièrement vers les pays limitrophes malgré les risques, fuyant les travaux forcés, les relocalisations massives et autres persécutions.Environ un million de Birmans sont réfugiés en Thaïlande.La vaste majorité le sont de façon illégale et sont donc sans recours face aux abus et aux exploitations dont ils sont victimes.L\u2019avancée du VIH et du sida, niée par la junte, prend des proportions endémiques dans certaines régions, où un adulte sur 50 est infecté par le VIH : un des taux les plus élevés du monde.C\u2019est donc un pays lourdement hypothéqué qu\u2019Aung San Suu Kyi a retrouvé en mai dernier.Malgré les espoirs suscités au moment de sa libération, il est clair que la junte militaire n\u2019a aucunement l\u2019intention de négocier pour remettre en place une administration civile et respecter le résultat des élections de 1990, quelle avait elle-même organisées.Après 40 ans de régime militaire et de sang versé par de nombreuses générations, le mouvement démocratique n\u2019est pas encore au bout de ses peines.La communauté internationale doit s\u2019engager beaucoup plus sérieusement afin de mettre fin à la misère affligeant les habitants de la Birmanie qui, au moment de l\u2019accession du pays à l\u2019indépendance en 1948, était le plus grand exportateur de riz du monde et la seule démocratie de la région.Il figure aujourd\u2019hui parmi la liste des dix pays les moins développés, selon l\u2019ONU.\u2022 Des femmes birmanes PLANTENT DU RIZ près de Rangoon, Canapress/Richard Vogel 24 ReLatiONS décembre 2002 décembre 2002 ReLatiONS 25 coNtRoveRse Le bénévolat : résistance à la logique marchande?L'auteur, sociologue, EST PROFESSEUR À l'INRS-Urbanisation L'acte de bénévolat, libre et gratuit, est un geste de contestation radicale de la mondialisation marchande, laquelle affirme que le temps n'est que de l'argent Jacques T.Godbout Le bénévolat appartient à l\u2019univers du don.Le mouvement actuel de mondialisation marchande cherche à nous imposer une société fondée sur la croissance des marchandises.Il vise d\u2019abord et avant tout à accroître la circulation des choses transformées en produits.Et pour cela, il doit les détacher de plus en plus des êtres, les alléger de leur poids symbolique et éliminer tout ce qui nous relie les uns aux autres sans recherche d\u2019intérêt.C\u2019est pourquoi le modèle marchand menace le rapport de don : le marché prétend tout simplement s\u2019en passer.Donner du temps au temps Une des dimensions les plus précieuses de notre vie que le marché prend un soin particulier à organiser, à quantifier, à découper en tranches de plus en plus fines et précises, c\u2019est le temps.Le marché aspire depuis ses débuts à détenir le monopole du temps; il rêve que tout notre temps lui soit consacré, soit à produire, soit à consommer.Tous connaissent la phrase de Benjamin Franklin : Time is money.Le bénévolat s\u2019attaque de front à cette prétention.Il accorde, au contraire, plus d\u2019importance au lien qu\u2019au produit, il accorde du temps au temps.C\u2019est pourquoi on peut penser qu\u2019il sera de plus en plus dans la mire du marché : pour l\u2019encadrer, le soumettre à des objectifs qui ne sont pas les siens, diminuer l\u2019importance de la relation que le bénévole entretient avec la personne qui reçoit ses services, sacrifier la qualité du lien à l\u2019efficacité des résultats, alors que, souvent, la qualité du résultat est justement dans le lien.Cheap labor Pour l\u2019instant, le danger vient surtout de l\u2019État.Les gouvernements ont tendance à soumettre le geste bénévole à leurs impératifs et à leurs priorités, à l\u2019utiliser pour des motifs étrangers au bénévolat, pour régler par exemple leurs problèmes financiers, ce qui altère le sens du bénévolat qui devient du travail non payé, du cheap labor.On utilise de plus en plus des critères appartenant au monde salarial pour évaluer son efficacité : ce temps que donnent les bénévoles pourrait bien être de l\u2019argent.Si le bénévolat accepte de s\u2019intégrer à ce modèle, il est perdu.Le bénévolat aura de moins en moins de place et finira par n\u2019avoir plus qu\u2019un seul statut, celui de cheap labor.Un contre-modèle S\u2019il veut avoir un avenir, le bénévolat doit avoir un statut autre que celui d\u2019activité non salariée et ne pas essayer à tout prix de s\u2019intégrer dans ce modèle productiviste.C\u2019est l\u2019enjeu fondamental.Sinon, il est condamné à devenir instrumental et, par ce fait même, à disparaître.Le bénévolat doit résister à cette définition hétéronome, qui confine à l\u2019impossible reconnaissance de l\u2019activité bénévole, et penser, au contraire, la société à partir des valeurs qui lui sont propres : les valeurs du don, fondées sur le lien social.Pour ce faire, il faut adopter un modèle qui part vraiment du relationnel, et non pas des catégories propres au rapport salarial et au marché définissant le bénévolat par la négative - comme du personnel non rétribué.Il désigne plutôt la liberté du geste, il réfère au don, à un autre modèle, à une autre matrice.Chaque fois qu\u2019on donne, on affirme la valeur du geste gratuit, de la création, contre la tendance à tout produire.Chaque fois qu\u2019on donne, on réaffirme ce droit des membres d\u2019une société de refuser le modèle comptable, de se priver de leur droit au retour, de prendre le risque de la relation.Le don ajoute en permanence quelque chose aux équivalences comptables, mais le système marchand tend toujours à réintégrer ce surplus qu\u2019introduit le don, à le ramener à un échange équivalent.Avec la mondialisation et la généralisation du libre-échange, on entend de plus en plus raconter une seule histoire, celle du marché, comme si l\u2019humanité ne vivait que de commerce, comme si tout n\u2019était que produits.Ce siècle verra l\u2019opposition entre un nouvel homme, produit et producteur, et l'homo donator, celui qui conteste cette vision de l\u2019humanité.Les bénévoles seront au cœur de cette opposition majeure qui se dessine.Parce que le bénévolat est la preuve constante que le temps n\u2019est pas de l\u2019argent, témoignage permanent de la nécessité d\u2019autres valeurs que celles marchandes, fondées sur la production.(Voir «Prendre la mesure du bénévolat », Nouvelles pratiques sociales, vol.XVI, n° 1) \u2022 26 ReLatiONS décembre 2002 coNtRoveRse Il peut, cependant, s'inscrire dans la logique de la mouvance néolibérale dominante.S'il est un élément central de la résistance à la marchandisation du monde, il risque aussi d'en être un allié servile.Sans bénévoles, les organisations communautaires et populaires ne pourraient mener à bien leurs luttes acharnées pour la justice sociale.Le bénévolat est sans conteste une forme de prise en charge, hors de la logique marchande, de multiples services d'entraide essentiels au vivre ensemble.Le travail bénévole court le danger d'être instrumentalisé au service des priorités néolibérales Lucie Bélanger LJ action bénévole, dans le champ des services d\u2019entraide, est un lieu privilégié de la responsabilité citoyenne: prendre soin, nourrir, faciliter l\u2019accès, éduquer., dans autant d\u2019espaces de vie que l\u2019école, la culture, les loisirs, la santé, l\u2019environnement.Elle consiste à tisser des liens de solidarité entre les générations, entre diverses communautés culturelles et des groupes de personnes exclues et isolées socialement, entre voisins d\u2019un quartier, pour que le quotidien des personnes - menacé d\u2019envahissement par les rapports marchands - ait un sens et soit vécu humainement.Cela résume l\u2019histoire des petites et grandes corvées qui contribuent à façonner le monde que nous voulons laisser en héritage.Un regard critique Le travail bénévole ne s\u2019exerce pas en vase clos, à l\u2019abri des grands enjeux sociaux actuels liés à la mondialisation néolibérale et à la primauté accordée à la marchandisation de nos sociétés.Nous assistons à une transformation radicale du rôle de l\u2019État.Celui-ci renonce de plus en plus à sa souveraineté et à sa responsabilité sociale, pour devenir gestionnaire au service des pouvoirs économiques, au détriment du bien-être collectif des populations.Les bénévoles sont en première ligne pour constater les ravages que ce virage génère dans les services de santé, d\u2019éducation, de soutien social aux familles, aux personnes seules ou âgées, etc.Parallèlement à ces ajustements structurels s'opère un ajustement des valeurs de solidarité en faveur d\u2019une incitation à la résignation politique, propageant une culture du fatalisme, de la désespérance, mais aussi de la méritocratie.Les outils de promotion de la justice sociale deviennent des « irritants sociaux ».La défense des droits collectifs cède la place à la promotion de l\u2019individualisme et la solidarité, à l\u2019antagonisation des rapports sociaux.Sur ce terrain miné, l\u2019État lance un appel pressant aux ressources du bénévolat, pour compenser son désengagement social.La réponse est généreuse, mais peut-elle se contenter de combler les vides de la solidarité sociale créés par ce désengagement?Dans l\u2019action bénévole, le discernement et la vigilance s\u2019imposent donc.L\u2019invisibilité des femmes Ce discernement doit s\u2019ancrer dans l\u2019analyse féministe.Celle-ci est d\u2019autant plus indispensable qu\u2019historiquement le bénévolat d\u2019entraide a d\u2019emblée été confié aux femmes.Sans leur accorder la reconnaissance de leur travail bénévole, sans leur consentir un nécessaire pouvoir d\u2019intervention sur les visées politiques sous-jacentes.11 y a une grande parenté entre les enjeux qui concernent le travail bénévole et ceux du travail domestique des femmes.Ils sont soumis au même processus d\u2019invisibilisation, de dévalorisation et, paradoxalement, à une surenchère louangeuse qui vise à légitimer leur état « harnaché ».Quel est l\u2019objectif de ce double discours, sinon de s\u2019approprier gratuitement le travail des femmes pour l\u2019arrimer aux exigences des politiques néolibérales, génératrices de pauvreté et d\u2019exclusion?Tout comme le travail domestique, le bénévolat s\u2019inscrit dans les marges des sphères officiellement productives générant du profit; il entre dans le temps non marchand : le temps de l\u2019enfance, de la maladie, de la vieillesse.Et pourtant, il est indispensable au fonctionnement d\u2019une économie néolibérale et patriarcale, car il contribue à diminuer les coûts de production et à assurer la paix sociale.Mais on tient à le contrôler étroitement et à étouffer toute forme de questionnement sur les choix de société implicites.Ou sinon, à discréditer les bénévoles : comment des femmes confinées à leur cuisine ou situées dans les marges bénévoles du temps et de l\u2019espace de production pourraient-elles comprendre les complexes enjeux de société?Sont-elles mêmes considérées comme des citoyennes à part entière?Dans le quotidien des gestes d\u2019entraide, d\u2019assistance, d\u2019accompagnement, les bénévoles sont à même de toucher, de voir, de sentir les détresses humaines qui ne s\u2019affichent pas sur les tableaux de la Bourse, mais qui sont le prix à payer pour que d\u2019autres y voient leur cote monter.Ce savoir, il faut le porter haut et fort en public, de même que les solutions de rechange qui s\u2019élaborent dans ces soi-disant marges, mais qui sont en réalité des lieux centraux de résistance pour un autre projet de société.Au Québec, en 1995, et dans plus de 160 pays en 2000, les femmes ont marché pour du Pain et des Roses, pour un monde d\u2019où l\u2019on exclura, non les personnes et leurs besoins, mais l\u2019asservissement des personnes aux profits.Le bénévolat est un geste éminemment politique.Nous devons nous imposer comme interlocuteurs et interlocutrices autonomes, incontournables dans le débat concernant les choix de société.\u2022 L'auteure est une MILITANTE FÉMINISTE, ENGAGÉE DANS LE MOUVEMENT COMMUNAUTAIRE AUTONOME décembre 2002 ReLatiONS 27 eN BRef Pour des lendemains pacifiques Des familles qui ont perdu des leurs lors des attentats du 11 septembre ont mis sur pied un organisme, Peaceful Tomorrows, qui propose des solutions pacifiques aux conflits actuels.L\u2019organisme a notamment envoyé une lettre au président Bush afin de demander que la guerre contre l\u2019Irak soit évitée.Ses actions visent à sensibiliser la population aux conséquences des guerres, à rechercher des actions non violentes et à soutenir les personnes affectées par la violence et la guerre.Peaceful Tomorrows organise divers événements et fournit des renseignements (brochures, vidéos, etc.) que l\u2019on peut trouver sur le site Internet : peaceful-tomorrows.org.Une nouvelle CRC La Conférence religieuse canadienne a pris un nouveau virage afin de simplifier ses structures et de concentrer ses énergies, tout en gardant le cap sur sa mission : être une voix prophétique dans la société et dans l\u2019Église.Nous félicitons l\u2019ancienne directrice de Relations, Gisèle Turcot, qui en est devenue la présidente.Les membres des diverses communautés religieuses se trouvent aujourd\u2019hui face à trois défis à relever : en contexte de mondialisation de la peur, être des témoins de la force du Christ qui les habite; en contexte de mondialisation de la violence, rendre compte de leur option pour la non-violence; et en contexte d\u2019insécurité économique, faire preuve de solidarité avec les personnes exclues du système dominant.Une marche.à suivre Deux ans après la Marche mondiale des femmes de l\u2019an 2000, le comité de suivi de la Marche tire un bilan des revendications nationales et internationales portées par les femmes qui y ont participé, dans une brochure éditée par les Éditions du remue-ménage : Femmes en marche.En plus des regards portés sur les actions et les revendications de la Marche concernant la pauvreté et la violence, cette brochure est surtout un regard tourné vers l\u2019avenir.Car la marche a réussi à démontrer que la solidarité féministe mondiale est possible.Ce mouvement est là pour rester.Mon travail en vaut-il la peine?v A l\u2019occasion de la fête du Travail de 2002, le Congrès du travail, regroupant quelque 2,5 millions de syndiqués au Canada, a publié une étude intitulée Mon travail en vaut-il la peine?L\u2019étude souligne que la plupart des emplois créés en 2002 sont de nature « précaire » (à temps partiel, temporaire, autonome ou une combinaison de ces catégories).Le pourcentage de personnes occupant ces emplois atypiques a atteint 28,3 % en 2001.La mauvaise qualité des nouveaux emplois créés se reflète aussi « dans la proportion des ménages qui affirment ne pas avoir les ressources nécessaires pour satisfaire leurs besoins de base, proportion qui a atteint 19 % par rapport à 14 % l\u2019an dernier », selon l\u2019étude du CTC.Le triomphalisme autour de la création d\u2019emplois n\u2019est donc pas tant celui des travailleurs que celui des investisseurs, qui ont été choyés par les politiques des dernières années.Une coalition contre la guerre et les préjugés racistes La concertation « Comprendre et agir pour une paix juste » a été mise sur pied peu après le 11 septembre 2001, à l\u2019appel de l\u2019Association québécoise des organismes de coopération internationale.Cette coalition, dont fait partie le Centre justice et foi, réunit divers regroupements communautaires, syndicaux et de solidarité internationale.Elle a publié une déclaration intitulée Non à la guerre, non au terrorisme signée par 400 organismes, qui affirme la nécessité de s\u2019opposer « à toute logique guerrière, à la haine quelle suppose et au racisme quelle génère ».Deux outils pédagogiques ont aussi été produits sur les causes des conflits et sur les enjeux de sécurité du point de vue des droits humains, des droits des immigrants, etc.Ils sont accessibles sur le site www.aqoci.qc.ca Copenhague 2002 Le congrès de Copenhague de décembre 2002 prendra une grande décision : celle d\u2019intégrer plusieurs pays d\u2019Europe centrale à l\u2019actuelle Union européenne.Trois pays sont déjà écartés : la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie, n\u2019ayant pas terminé leurs négociations.Les dix pays en course (Lettonie, Estonie, Lituanie, Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Malte et Chypre) devraient être intégrés en 2004, mais ils doivent encore résoudre de nombreux problèmes, notamment les questions d\u2019agriculture et de budgets (Source: Europe Infos, Bruxelles).décembre 2002 RecaRD L'auteur est POLITOLOGUE, CONSULTANT EN ENVIRONNEMENT ET DÉVELOPPEMENT DURABLE Michèle Delisle, La grande table AU POULET, HUILE sur toile, 158 x 114 CM, 1999 La folle gestion des déchets La véritable solution environnementale à la gestion des déchets ne se trouve pas dans un bac plein.Le recyclage, sans être une solution à rejeter, ne doit pas pour autant cacher que l'issue au problème des déchets réside dans notre manière de consommer.François Morin Au Moyen Âge, dans l\u2019Europe fraîchement urbanisée, on jetait les ordures au caniveau, dans la rue, sans se soucier de ce qu\u2019elles allaient devenir.Aujourd\u2019hui, même si nous les mettons dans des contenants idoines, ne faisons-nous pas un peu la même chose?Sommes-nous véritablement davantage préoccupés de l\u2019avenir de nos ordures?Les raisons de nous en inquiéter ne devraient pas manquer, parce qu\u2019une des principales caractéristiques du vivant est de produire des déchets et de générer des résidus.Ces derniers nous en apprennent long sur les habitudes de vie de ceux qui les génèrent.Les dépotoirs et les latrines ne figurent-ils pas parmi les endroits de fouilles de prédilection des archéologues : déchets d\u2019aujourd\u2019hui, artefacts de demain?Dans la société d\u2019abondance, les déchets abondent.Certains diront que nous avons une gestion responsable de nos déchets, que nous pratiquons la récupération et le recyclage et qu\u2019il y aurait lieu d\u2019être optimiste.Est-ce si sûr?Des ordures étouffantes L\u2019été dernier, début juillet, les autorités de la ville de New York ont annoncé la suspension du recyclage de certains déchets, dont le verre, les plastiques et les cartons alimentaires (comme la bonne vieille pinte de lait) pour au moins deux ans.Peu de temps après, certains arrondissements de la nouvelle Ville de Montréal faisaient face, lors des soumissions pour le renouvellement des contrats de collecte sélective, à des hausses de coûts pouvant atteindre plus de 100 %.Montréal obtint même des conditions spéciales de Québec afin de prolonger les contrats existants et recommencer le processus d\u2019appel d\u2019offres.Alors que nous pensions que tout allait pour le mieux, nous nous apercevons que ce n\u2019est pas nécessairement le cas.À l\u2019été 1987, les images d\u2019une barge chargée d\u2019ordures ménagères, tramant depuis deux mois dans la décembre 2002 ReLatiONS (29 région de New York, ont déferlé sur les écrans de télévision du Canada, venant ainsi mettre la question de la gestion des déchets en Amérique du Nord à l\u2019avant-scène de l\u2019actualité.The Thing, Stinky, Wastezilla, quel que soit le nom qui lui fut donné par les médias américains, cette montagne d\u2019ordures et son tour des Amériques à la recherche d\u2019un dépotoir allaient alerter bien des consciences : allions-nous étouffer sous nos ordures?Le Québec n\u2019était pas en reste avec la carrière Miron, à Montréal.Odeurs, vermine et pollution étaient le lot des populations environnantes et la promesse de fermer le site au plus tôt était un préalable pour tout candidat aux élections municipales.Des groupements de citoyens préoccupés par la gestion des ordures virent le jour.Les déchets et leur gestion devenaient le principal enjeu environnemental de la fin des années 1980.De nombreuses initiatives Cet enjeu allait mobiliser d\u2019importantes énergies au cours des années suivantes; il fit même l\u2019objet d\u2019une grande consultation RegaRD publique, en 1996, avec plus de 600 mémoires déposés au BAPE (Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement).Chose surprenante, on ne se contenta pas d\u2019en discuter, on mit également en place une série de mesures.Le gouvernement du Québec alla de la Politique de gestion intégrée au Plan d\u2019actions 1998-2008 pour détourner nos rebuts de l\u2019enfouissement et de l\u2019incinération.De leur côté, les municipalités dotèrent leurs citoyens de bacs de recyclage et, ainsi équipés, ils purent participer aux programmes de collecte sélective.Le recyclage et la récupération devenaient les nouvelles vertus cardinales de la protection de l\u2019environnement et de la préservation des ressources.L\u2019avenir s\u2019annonçait plein de promesses : plus on récupérerait de matières et leur trouverait de nouveaux débouchés, plus on réduirait notre volume de déchets dans des proportions importantes, jusqu\u2019à leur élimination.On alla même, en raison de la connotation péjorative du terme ordure, jusqu\u2019à adopter le terme matières résiduelles pour traduire tout le potentiel que recelaient la récupération et le recyclage.Et maintenant que les bacs de recyclage bien alignés le long des trottoirs attendent sagement d\u2019être vidés de leur contenu de papiers, de boîtes de conserve et d\u2019autres plastiques, que le site de l\u2019ancienne carrière Miron ne dégage plus d\u2019odeurs et que la vermine l\u2019a abandonné en faveur des stationnements des restaurants minute, ne serions-nous pas en droit de nous « péter » les bretelles collectivement et de savourer le triomphe de nos succès?Mais encore faudrait-il qu\u2019il y ait un succès à célébrer! Au début des années 1990, nous produisions près de sept millions de tonnes de déchets; dix ans plus tard, après un ensemble de mesures et de multiples programmes de sensibilisation et d\u2019éducation, nous produisons un peu plus de 12 millions de tonnes de déchets.Ces 12 millions de tonnes de déchets ne sont toutefois pas uniquement constituées d\u2019ordures domestiques.Ces dernières représentent moins du tiers des déchets générés, les deux autres tiers étant occupés, à part approximativement égale, par les déchets produits par les industries et commerces, et par le secteur de la construction et de la rénovation.Le recyclage domestique renferme peut-être moins de potentiel que nous l\u2019aurions cru pour réduire la masse des déchets destinés à l\u2019élimination.Il reste que nous sommes encore loin du taux de récupération possible.Nous pourrions recycler facilement le double de ce que nous recyclons présentement.Devant ce fait, certains répondront que nous devons redoubler d\u2019efforts pour intensifier le recyclage, en utilisant des sacs d\u2019épicerie afin de le rendre plus simple, plus attrayant et plus efficace.cctiïüffîrioA Cependant, si le recyclage fait bel et bien partie de la solution, compter sur cette action pour diminuer la quantité de déchets serait comme écoper le Titanic avec une cuillère à soupe : nous aurons beau y mettre la meilleure volonté du monde, nous risquons davantage de développer une sévère tendinite sociale que de réussir à sauver le navire.Les limites du recyclage Le recyclage des déchets, bien qu\u2019il ait été en progression constante, a été largement distancé par la croissance de la production de déchets.L\u2019écart ne cesse de se creuser.La solution du « tout recyclage » ne tient pas ses promesses, ni sur le plan de la rentabilité économique ni, paradoxalement, sur celui de la protection de l\u2019environnement et de la conservation des ressources.Si le recyclage fait bel et bien partie de la solution, compter sur cette action pour diminuer la quantité de déchets serait comme écoper le Titanic avec une cuillère à soupe.Lorsque fut mise en place la collecte sélective au Québec, on savait que le recyclage n\u2019était pas rentable, que le fait de transformer une matière pour la remettre en circulation avait un coût élevé.On croyait toutefois que cela serait compensé par le développement des marchés pour les produits recyclés et par les économies réalisées sur la diminution d\u2019ordures envoyées à l\u2019élimination.On croyait en effet qu\u2019en garantissant des approvisionnements importants et stables en matière première (déchets), il serait possible de rendre le recyclage rentable.Cela ne s\u2019est cependant pas produit, paradoxalement en raison même de la stabilité de l\u2019offre.Si l\u2019on considère les déchets comme une matière première, on doit aussi prendre en compte le fait que décembre 2002 celle-ci soit en compétition avec la matière première « neuve ».Si le producteur de matière neuve peut moduler l\u2019offre en fonction de la demande, la collecte sélective ne permet pas cette souplesse, car l\u2019offre est constante.Réussir en ce qui concerne le volume de recyclage, c\u2019est donc bien souvent échouer sur le plan financier.Ce problème pourrait être - du moins en partie - compensé par les économies réalisées en raison du fait que nous n\u2019ayons pas à payer pour enterrer les déchets que nous recyclons.Malheureusement, l\u2019augmentation du volume des déchets que nous produisons annule des avantages du recyclage.D\u2019autres conditions sont aussi nécessaires pour parvenir à des réductions de coûts.Les différents contrats de ramassage et de gestion des déchets sont établis sur la base de coûts par résidence, et non en fonction du volume et du poids de déchets ramassés.Pour réaliser des économies, il faudrait qu\u2019il y ait une diminution de service, par exemple, que le volume de déchets baisse suffisamment pour que l\u2019on puisse passer de deux collectes à une seule par semaine.À l\u2019heure actuelle, l\u2019objectif de faire des économies est donc très difficile à atteindre.Et l\u2019environnement?Si nous voulons évaluer la pertinence de cette approche, nous ne devons pas considérer uniquement l\u2019aspect des coûts directs, car il s\u2019agit aussi d\u2019une mesure de préservation des ressources et de protection de l\u2019environnement.Dans cette optique, tout déchet non enfoui et remis dans les circuits de la consommation devrait être un avantage environnemental.Mais, les choses ne sont pas toujours aussi claires.Le recyclage ne préserve des ressources que s\u2019il remplace une matière neuve et ne protège l\u2019environnement que si l\u2019impact environnemental du recyclage est moindre que la production de la matière première; ce qui est loin d\u2019être aussi évident qu\u2019il n\u2019y paraît.La matière neuve ne se remplace pas facilement.Sauf de rares exceptions, elle perd de la qualité au recyclage.Les plastiques, par exemple, ne se recyclent pas en matière «vierge ».Ils sont le résultat du mélange de résines diverses et d\u2019éléments de durcissement qui ne peuvent, à l\u2019heure actuelle, être séparés.On ne peut donc reprendre le processus au départ, ce qui limite fortement les possibilités d\u2019utilisation.11 faut alors se contenter de « fondre », en vue d\u2019emballages industriels ou de bancs de parc, ou fabriquer de nouveaux bacs de recyclage! Pour ce qui est de la protection de l\u2019environnement, il faut se demander ce qui a le moins de conséquences négatives : l\u2019enfouissement ou le recyclage?Le processus de recyclage suppose un investissement en énergie pour transporter, manutentionner et transformer ces matières.Les conséquences sur l\u2019environnement seraient peut-être moindres, dans certains cas, si ces matières étaient enfouies.11 nous faut revoir certaines conceptions populaires par rapport à la protection de l\u2019environnement et à la question de l\u2019enfouissement pour y apporter des nuances importantes.On a toujours vanté les mérites du biodégradable par rapport au non-biodégradable.Si cela est vrai dans la plupart des cas, c\u2019est toutefois loin de l\u2019être en ce qui concerne la gestion des déchets.Le fait d\u2019être difficilement dégradable signifie qu\u2019un plastique sera un déchet stable qui ne contaminera ni La solution du « tout recyclage » ne tient pas ses promesses, ni sur le plan de la rentabilité économique ni, paradoxalement, sur celui de la protection de l'environnement et de la conservation des ressources.l\u2019air ni l\u2019eau en se dégradant, alors que les milliers de tonnes de matières biodégradables qui l\u2019entourent produiront des gaz à effet de serre, comme le méthane, et risqueront de contaminer entre autres les eaux environnantes.Si nous voulons protéger efficacement l\u2019environnement, il est préférable de ne pas enfouir ce qui est biodégradable plutôt que de ne pas enfouir le plastique.Or, nous faisons le contraire.Pensez tôt plutôt qu\u2019agir tard Trop souvent, collectivement et individuellement, le recyclage est plus une excuse environnementale face au gaspillage qu\u2019une véritable solution.Si nous voulons régler le problème des déchets, il faut agir en amont des « poubelles ».Le déchet le plus facilement recyclable, le meilleur pour l\u2019environnement et pour la préservation des ressources, est celui qui n\u2019est jamais produit, fabriqué, consommé.Le véritable enjeu de la question des déchets n\u2019en est pas un de recyclage ou d\u2019enfouissement, mais relève de la consommation.Le déchet ne se génère pas spontanément dans les maisons! L\u2019objectif que nous devrions alors partager collectivement n\u2019est pas d\u2019augmenter le volume du recyclage, mais de réduire globalement le volume de nos déchets.Nous éviterions ainsi que nos produits se ramassent à la poubelle et au recyclage.Concrètement, cela se traduit par une consommation sélective plutôt que par une collecte sélective.Lorsque nous achetons un produit, demandons-nous quelles sont les conséquences environnementales qui résultent de sa fabrication.Quel usage en ferons-nous?Comment en disposerons-nous?Et, finalement, existe-t-il une autre solution, moins polluante?Ces questions valent pour le produit que nous consommons, mais aussi pour celui qui sera fabriqué dans le but de le remplacer sur les tablettes.C\u2019est à cet ensemble de questions qu\u2019il nous faut apporter des réponses, et ce, en visant de ne recourir au recyclage qu\u2019en cas de besoin absolu.Celui-ci n\u2019est qu\u2019une solution complémentaire au problème des déchets, lequel doit être traité de façon prioritaire.\u2022 décembre 2002 ReLatiONS RegaRD Le testament d'un théologien Le dernier Livre d'André Naud, Les dogmes et le respect de l'intelligence, - paru récemment chez Fides - offre une thèse audacieuse sur Le rôLe du magistère eccLésiaL.Les idées novatrices de L'auteur, inspirées par Les écrits de La phiLosophe Simone WeiL, ouvrent un fructueux débat sur une nouvelle manière de concevoir L'enseignement de L'ÉgLise cathoLique, dans Le respect des sujets croyants et une nouveLLe manière pour ceux-ci de L'accueiLLir, sans faire fi de Leur inteLLigence.Gregory Baum Ce livre est une œuvre posthume.Mon ami André Naud, professeur titulaire à la faculté de théologie de l\u2019Uni-versité de Montréal, est mort en juin dernier.Théologien présent au concile Vatican II, André Naud a beaucoup réfléchi dans les dernières années de sa vie à la parole des évêques et au rapport entre la foi et la raison.Il a été très marqué par la pensée théologique de Simone Weil, jeune intellectuelle française, décédée durant la Deuxième Guerre mondiale.« J\u2019ai enfin compris grâce à Simone Weil, que les dogmes ne sont pas faits pour qu\u2019on se voie obligé d\u2019y adhérer, que la liberté de l\u2019intelligence doit être totale et doit pouvoir s\u2019exercer non seulement sur l\u2019ensemble des dogmes mais sur chacun d\u2019entre eux.J\u2019ai appris à savourer tout ce qu\u2019implique le fait que l\u2019intelligence puisse être ce qu\u2019elle est, même dans la foi.», déclara-t-il.La position de Simone Weil D\u2019origine juive, Simone Weil avait découvert le Christ et son œuvre de libération.Sa foi était profonde, mais elle a carrément refusé d\u2019entrer dans l\u2019Église catholique.Son refus résidait d\u2019abord et avant tout dans le fait que l\u2019Église exigeait de la part de ses fidèles une ferme adhésion à ses dogmes.Simone Weil croyait bien à l\u2019Incarnation, à la Trinité et à la Rédemption, mais elle ne voulait pas que sa foi soit un acte d\u2019obéissance à la prédication de l\u2019Église.Selon elle, si l\u2019Église a pour mission de proposer avec autorité les grandes vérités de la foi, elle ne peut cependant pas exiger l\u2019adhésion de ses membres à ces dernières.André Naud LES DOGMES ET LE RESPECT DE L\u2019INTELLIGENCE Plaidoyer inspire par Simone Well Chaque personne reste libre face à la prédication des dogmes jusqu\u2019à ce qu\u2019un souffle divin touche son intelligence et lui laisse entrevoir la lumière que ces dogmes jettent sur son expérience spirituelle, sur sa lecture de la Bible et sur son désir d\u2019aimer.Nous pouvons croire les grandes vérités de la foi quand la Parole de Dieu nous en convainc.Simone Weil ne considérait pas sa foi comme un acte d\u2019obéissance, mais plutôt comme une illumination de l\u2019Esprit, une intelligence au-delà de la raison naturelle, - en d\u2019autres termes - un état d\u2019âme surnaturel.Bien que Simone Weil pensât que l'Église ne devait pas exiger l'adhésion de ses membres à sa doctrine, elle reconnaissait le rôle du magistère.André Naud propose une lecture critique de la pensée de Simone Weil.Grâce à une recherche détaillée et patiente, il découvre que plusieurs théologiens ou prêtres, qui comptaient parmi ses amis, ont mal interprété sa pensée.Tous étaient profondément impressionnés par son génie philosophique et son désir de sainteté.Ils étaient néanmoins troublés par son refus de devenir catholique et par sa critique radicale de l\u2019Église.Ils ont interprété cette attitude critique comme le résultat d\u2019un certain rationalisme ou d\u2019une confiance excessive en l\u2019intelligence humaine.André Naud cite cependant des textes weiliens qui prouvent le contraire.Cette jeune croyante ne s\u2019est pas opposée aux dogmes; elle attendait humblement d\u2019être enseignée par la Parole de Dieu; elle acceptait les grandes vérités de la foi précitées par l\u2019Église comme des mystères surnaturels et reconnaissait que l\u2019intelligence de ces vérités est toujours « dans un miroir, d\u2019une manière confuse » (1 Cor.13, 12).Dans la foi, la connaissance s\u2019accompagne toujours d\u2019ignorance.Bien que Simone Weil pensât que l\u2019Église ne devait pas exiger l\u2019adhésion de ses membres à sa doctrine, elle reconnaissait le rôle du magistère.Selon elle, l\u2019Église avait autorité pour proposer son enseignement et les fidèles étaient tenus de l\u2019accueillir avec respect, de le contempler dans la prière et l\u2019amour.Cependant ils restaient libres.Si, malgré leur prière et leur amour, ils trouvaient qu\u2019ils ne pouvaient pas intégrer cet enseignement dans la vision plus large de leur foi, ils n\u2019étaient pas tenus d\u2019y adhérer.Dans la tradition catholique, Simone Weil considérait que l\u2019axiome Extra ecclesiam nulla salus (« Hors de l\u2019Église, point de salut ») était contraire à tout ce que la foi nous dit du Dieu amour.Ayant étudié les grandes religions asiatiques, la philosophe française avait acquis la ferme conviction qu\u2019il y a dans ces religions des idées et des pratiques par lesquelles la Parole de Dieu introduit les humains à la vie surnaturelle.32 ReLatiONS décembre 2002 /¦*> \u2018 Simone Weil donnait un autre motif pour inviter l\u2019Église à reconsidérer le rôle du magistère.Celui-ci présente son enseignement comme semper idem (toujours identique), alors qu\u2019en réalité ce dernier a évolué au gré des conditions changeantes de l\u2019histoire.L\u2019exemple particulier qu\u2019André Naud analyse dans son livre est l\u2019évolution historique de ce même axiome Extra ecclesiam nulla salus, y compris l\u2019enseignement récent du concile Vatican II qui reconnaît la présence de la Parole de Dieu dans l\u2019histoire.L\u2019interprétation d\u2019André Naud Dans son livre, le théologien québécois nous dit qu\u2019il a été nourri par la pensée de Simone Weil et qu\u2019elle a été pour lui source de soulagement spirituel.À travers la dialectique de la fidélité et de la liberté, il a retrouvé la joie et la sérénité face à son Église.Cependant, André Naud ne resitue pas sa thèse dans le grand débat théologique sur le développement dogmatique qui a eu lieu dans l\u2019Église catholique après le concile Vatican II.11 aurait pu comparer sa propre approche avec la proposition audacieuse d\u2019Avery Dulles, devenu cardinal, sur l\u2019historicité des dogmes et donc sur la nécessité de les réinter- 1.Avery Dulles, «Doctrinal Renewal» : A Situationist View'», The Resilient Church (Garden City, NY : Doubleday 1977), p.45-62.prêter dans un nouveau contexte.1 Avec d\u2019autres théologiens, André Naud prend acte du fait que les catholiques contemporains possèdent une conscience historique et trouvent presque impossible d\u2019embrasser tout le système dogmatique formulé dans une culture tellement différente de la leur.Il est, de plus, pleinement conscient que les catholiques ordinaires qui adhèrent au credo de l\u2019Église retiennent ce qu\u2019ils jugent valable de l\u2019enseignement du magistère, surtout sur les questions morales.Conquis par les grandes valeurs évangéliques - l\u2019amour, la justice et la paix - les fidèles ont tendance à prendre seuls leurs décisions devant les défis concrets de leur vie personnelle.Comme Simone Weil, André Naud croit fermement aux dogmes définis par les grands conciles de l\u2019époque des Pères de l\u2019Église : l\u2019Incarnation, la Trinité, la Rédemption et la Résurrection.À l\u2019instar de bien des théologiens, - y compris des orthodoxes, des anglicans et des protestants -, André Naud accueille ces dogmes comme une clarification de la Révélation présente dans le Nouveau Testament.Mais, par ailleurs, il se demande si l\u2019Église, surtout depuis la Réforme du XVIe siècle, n\u2019est pas allée trop loin en précisant toujours davantage la Révélation divine, cumulant doctrine sur doctrine, précepte moral sur précepte moral, au point que l\u2019Évangile de Jésus est devenu un volumineux catéchisme.D\u2019après lui, le développement doctrinal depuis le concile de Trente a été inspiré, en partie, par le désir de créer une unanimité théologique dans l\u2019Église et de renforcer le pouvoir de la papauté sur les âmes et sur les institutions.André Naud défend la liberté des fidèles devant les enseignements ecclésiaux.11 croit même que la mission pastorale de l\u2019Église serait plus fructueuse si la présentation du message évangélique se faisait plus courte et plus concentrée sur les grands mystères de la foi.Puisque les dogmes ne sont pas des vérités abstraites, mais des vérités pratiques qui ouvrent au mystère de Dieu et donnent sens à la réalité terrestre, il est important que les fidèles gardent leur liberté spirituelle et deviennent capables, par la réflexion, la prière et l\u2019amour, d\u2019intégrer les dogmes dans une vision holistique de leur foi.Comme pasteur, André Naud ne pense pas que la théologie du magistère qu\u2019il préconise soit source de confusion dans l\u2019Église.On pourrait penser qu\u2019elle permettrait alors à chaque croyant de se façonner sa propre religion.Mais le théologien québécois n\u2019a aucune sympathie pour « un catholicisme à la Michèle Delisle, L'échange, huile sur toile, 195 x 114 CM, 2002 décembre 2002 ReLatiONS RegaRD carte » qui justifierait une vie facile et agréable, en conformité avec la culture dominante.Selon lui, à travers les grands mystères révélés, clarifiés par les credos classiques, Dieu nous appelle au sérieux de la vie.11 existe une distance entre nous et ce que l\u2019Évangile appelle « le monde », qui exige un dialogue critique avec la culture dans laquelle nous vivons et nous invite à servir la société dans l\u2019optique du Royaume.Dans cette mission, le pluralisme des perspectives est enrichissant, porteur de fruits.Une réflexion à poursuivre Je suis fasciné par le fait qu\u2019André Naud propose à l\u2019Église d\u2019adopter la manière d\u2019enseigner les dogmes que Simone Weil a développée.Toutefois, avant de prendre position face à cette thèse audacieuse, il faudra attendre le débat entre théologiens pour apporter une lumière nouvelle sur le sujet.Selon André Naud, ceux qui veulent défendre la théologie traditionnelle du magistère doivent résoudre le problème, soulevé par Simone Weil, des évolutions de la doctrine officielle de l\u2019Église.Le théologien québécois n'a aucune sympathie pour « un catholicisme à la carte » qui justifierait une vie facile et agréable, en conformité avec la culture dominante.Reprenons l\u2019exemple mentionné par la philosophe française, celui de la formule « Hors de l\u2019Église, point de salut ».Selon l\u2019affirmation solennelle du concile œcuménique de Florence, en 1442, « l\u2019Église croit fermement, professe et prêche qu\u2019aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l\u2019Église catholique, non seulement païens, mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques, ne peuvent devenir participants de la vie éternelle, mais iront dans le feu éternel qui a été préparé par le diable et ses anges, à moins qu\u2019à la fin de leur vie ils ne lui aient pas été agrégés; elle professe aussi que l\u2019unité du corps de l\u2019Église a un tel pouvoir que les sacrements de l\u2019Église n\u2019ont d\u2019utilité en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle, pour eux seuls jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété et exercices de la milice chrétienne enfantent les récompenses éternelles.» (Denzinger, n° 1351).Pour ne pas être mal compris, le Florentinum a ajouté une citation de saint Fulgence (467-532) : « Personne ne peut être sauvé, si grandes soient ses aumônes, même s\u2019il verse son sang pour le nom du Christ, s\u2019il n\u2019est pas demeuré dans le sein et dans l\u2019unité de l\u2019Église catholique.» L\u2019enseignement du Florentinum rappelle la déclaration solennelle de Boniface VIII en 1302 : « Nous déclarons, affirmons et définissons que la soumission au Pontife romain est nécessaire pour le salut de tout être humain.» (Denzinger, n° 875).Simone Weil trouvait épouvantable la formule « Hors de l\u2019Église, point de salut ».André Naud nous rappelle qu\u2019à la fin des années 1940, Leonard Feney, bon prêtre œuvrant dans le diocèse de Boston, avait l\u2019habitude de prêcher la doctrine du concile florentin.Selon lui, tous les protestants devaient aller en enfer.En 1953, après une démarche du diocèse, le Saint-Office condamna la thèse du Père Feney et publia une déclaration adoucissant la doctrine traditionnelle.Il est vrai, dit le Saint-Office, que le salut est offert à l\u2019humanité par l\u2019Église catholique, mais on peut être membre de ce corps in re (réellement) ou bien in voto (par un désir conscient ou inconscient), condition qui s\u2019applique aux protestants de bonne volonté.II est évident que ce n\u2019est pas ce qu\u2019a enseigné le concile de Florence.La nouvelle interprétation de la réalité surnaturelle de l\u2019Église, présentée par le Saint-Office, a été développée de façon audacieuse par le concile Vatican II : « Puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière des humains est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l\u2019Esprit saint offre à tous, d\u2019une façon connue de Dieu, la possibilité d\u2019être associés au mystère pascal.» (Gaudium etSpes, n° 22) Cet enseignement est tout à fait compatible avec la position théologique défendue par les Pères grecs de l\u2019Église, voulant que la Parole de Dieu agisse dans toutes les grandes traditions de sagesse et que l\u2019Église ait commencé avec Abel (Ecclesia ab Abel) et embrasse tous les humains touchés et transformés par la grâce divine.Le concile de Florence et le concile Vatican II peuvent-ils avoir raison tous les deux?Une solution de facilité serait de dire qu\u2019un développement doctrinal, guidé par l\u2019Esprit à travers les siècles, a approfondi la conception de l\u2019Église.Mais cette réponse se heurte à deux difficultés.D\u2019une part, croyons-nous vraiment qu\u2019au temps du Florentinum, tous les chrétiens non catholiques et tous les autres humains allaient en enfer?Non, disons-nous aujourd\u2019hui.Cette idée sous-tend une caricature de la divinité qui rend presque impossible la foi en un Dieu amour.De plus, il faut avouer que cette doctrine de l\u2019exclusion a conduit les catholiques à traiter « les autres » avec mépris.D\u2019autre part, même si l\u2019Église reconnaît un développement doctrinal au cours de son histoire, elle nie catégoriquement qu\u2019un tel développement change le sens des dogmes définis dans le passé.L\u2019évolution dogmatique rend explicite ce qui était implicite dans une doctrine ou bien, utilisant la raison humaine, elle déduit d\u2019une doctrine une nouvelle vérité, mais - selon le magistère - elle ne modifie jamais la signification du dogme, comme le dit un canon du concile Vatican I : « Celui qui dit que, sous l\u2019influence du progrès scientifique, il est possible de donner une signification aux dogmes proposés par l\u2019Église qui soit différente de celle que l\u2019Église a toujours comprise, anathema sit.» (Denzinger, n° 3043).Jusqu\u2019ici, le magistère n\u2019a jamais donné d\u2019explication théologique de ces moments de rupture dans l\u2019évolution doctrinale au sein de l\u2019Église catholique.Je partage l\u2019avis d\u2019André Naud qui dit qu\u2019aucune réfutation de sa thèse sur l\u2019enseignement de l\u2019Église et le respect de l\u2019intelligence des croyants ne sera crédible si elle n\u2019apporte pas une explication convaincante des évolutions qui ont marqué l\u2019enseignement du magistère.\u2022 ReLatiONS décembre 2002 Les Presses de l'Université de Montréal Nouveautés Éthique de l\u2019information ÉTHIQUE DE L'INFORMATION Fondements et pratiques au Québec depuis 1960 Armande Saint-Jean Une étude approfondie sur l\u2019éthique de l\u2019information à travers l\u2019histoire sociale du journalisme au Québec des années 60 à nos jours.306 pages \u2022 26,95 $ Coll.Paramètres THIERRY HENTSCH RACONTE R ET MOULAI R narratives de l*imaginair< IT occidental iXmr «£* RACONTER ET MOURIR Aux sources narratives de l'imaginaire occidental Thierry Hentsch Un ouvrage d\u2019une grande densité sur les récits fondateurs de l\u2019imaginaire occidental.432 pages \u2022 29,95 $ La société efficience LA SOCIÉTÉ EFFICIENTE Pourquoi fait-il si bon vivre au Canada ?Joseph Heath Un essai fascinant et provocateur sur le présent et l\u2019avenir économique et social de la société canadienne.Coll.Champ libre 432 pages \u2022 24,95 $ Le nouveau inonde numérique LE NOUVEAU MONDE NUMÉRIQUE Le cas des revues universitaires Gérard Boismenu et Guylaine Beaudry Le rôle et la place des revues universitaires à l\u2019ère du numérique.Un enjeu stimulant pour la communication scientifique.Coll.Champ libre 180 pages \u2022 24,95$ I \u201e*
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