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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Janvier - Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2004-01, Collections de BAnQ.

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[" Islam, fondamentalismes et modernité Entrevue avec Antoine Sfeir ReLatiONS société politique religion NuméRO 690 févRieR 2004 L'éthique est-elle dans l'impasse?L\u2019histoire d\u2019une confiscation Le retour du tragique Aux sources du politique Controverse : Un pape devrait-il démissionner?mmm y Üi! Ifl) liï 'c.ftOOCTjtR ¦ ^ ma 4.95 $ lâvrHrii-m'i 9 ARTISTE INVITÉE : CÉLINE BOUCHER 977003437800002 sommaiRe NuméRO 690, jaNvieR-févRieR 2004 4 actuaLités HORIZONS 9\tPARLONS D'HORIZON.Fernand Jutras aiLLeuRS 2 6\tLES DÉFIS CONTEMPORAINS DU VIETNAM Yann Roche coNtROveRse 2 8\tUN PAPE DEVRAIT-IL DÉMISSIONNER?Gilles Routhier Marco Veilleux 30\teN BRef RegaRD 31\tISLAM, FONDAMENTALISMES ET MODERNITÉ Entrevue avec Antoine Sfeir Jean-Claude Ravet DOSSieR 10 L'ÉTHIQUE EST-ELLE DANS L'IMPASSE?Dans une société rompant avec la capacité humaine de définir collectivement ses finalités, ses orientations et son devenir, la demande d'éthique est le symptôme d'un malaise social profond qu\u2019il nous faut interroger.Si l\u2019éthique est une réponse adéquate à l\u2019incertitude contemporaine sur nos manières d\u2019agir et au cynisme ambiant refusant les normes, la surenchère éthique - quant à elle - tend à dissoudre la dimension politique de l\u2019existence.Cette surenchère ne peut qu\u2019être combattue.12 L'HISTOIRE D'UNE CONFISCATION Hubert Doucet 14 ÉTHIQUE ET MANAGEMENT : DEUX LOGIQUES IRRÉCONCILIABLES Omar Aktouf 18\tNOS GÈNES DANS LES MAINS DES EXPERTS Marco Veilleux 19\tLE RETOUR DU TRAGIQUE Entrevue avec André Duhamel Anne-Marie Aitken 2 2 AUX SOURCES DU POLITIQUE Jean-Claude Ravet 23 L'AFFIRMATION DE NOTRE LIBERTÉ Henri Lamoureux \taLeNtouRS 36\tLE BONHEUR Hélène Monette 38\tmuLtiméDias 40\tLiVRes Couverture : Céline Boucher, Cadence, 2001 ARTISTE INVITÉE Détentrice d'une maîtrise en arts visuels de l'Université Concordia, Céline Boucher enseigne les arts plastiques au Cégep du Vieux Montréal depuis 1991.Elle a participé à de nombreuses expositions individuelles ou de groupe à Montréal, au Québec et à l\u2019étranger.L'artiste poursuit un questionnement sur les activités fondamentales de l'être humain, sur la place de celui-ci dans l\u2019univers et dans la société.Une grande part de sa démarche est intuitive.Travaillant dans l\u2019incertitude, ses tableaux sont inachevés.Ils montrent les liens qui s'établissent entre les humains engagés dans la rythmique de la vie.ReLatiONS La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca foNDée eN 1941 DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTRICE EN CHEF Anne-Marie Aitken RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Jean-Claude Ravet SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Marco Veilleux DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Janice Nadeau Olivier Hanigan Mostafa Kriat Lino (ecco_lino@hotmail.com) RÉVISION/CORRECTION Éric Massé IMPRESSION HLN, Sherbrooke COMIT É DE RÉDACTION Gregory Baum, Céline Dubé, Guy Dufresne, Élisabeth Garant, Fernand Jutras, Nicole Laurin, Guy Paiement, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp.Dominique Boisvert, Louise Boivin, René Boudreaull, Marc Chabot, Hélène Monette, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec.ABONNEMENTS Hélène Desmarais 8 numéros (un an) : 32 $ (taxes incluses) Deux ans : 56 $ (taxes incluses) À l'étranger : 40 $ Étudiants : 25 $ TPS: R119003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP).pour nos dépenses d'envoi postal.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n'109261 2 ) ReLatiONS janvier-février 2004 éüitORiaL Trop, c'est trop! LJ hiver 2004 s\u2019annonce chaud.Pas seulement à cause du réchauffement climatique.Le vent de changement qui balaie le Québec depuis l\u2019arrivée au pouvoir du gouvernement Charest n\u2019est pas prêt de s\u2019arrêter.Il va au contraire s\u2019intensifier.Après le vote, sous régime forcé, de plusieurs projets de lois touchant des symboles de notre vie collective - les centres de la petite enfance, le code du travail, les affiliations syndicales, les établissements de la santé, etc.-, le gouvernement veut s\u2019atteler à la politique familiale, la justice administrative, l\u2019avenir des cégeps, le financement des universités, la réforme des institutions démocratiques, le régime des rentes du Québec.On peut se demander si le Plan d\u2019action de lutte contre la pauvreté, sans cesse reporté, apparaît Céline Boucher, La vision, 2000, TECHNIQUES MIXTES SUR PAPIER, 97 X 64 CM vraiment comme une priorité! Cet immense travail est motivé par l\u2019impératif de réduire les dépenses de l\u2019État, d\u2019éponger les déficits hérités du gouvernement précédent mais, surtout, de baisser les impôts et réduire la dette pour être fidèle aux promesses électorales.-HH, ¦VH ¦ -i ! Dans la lettre ouverte qu\u2019il adressait, aux Québécois, le 14 octobre dernier, le premier ministre annonçait clairement ses couleurs : « Graduellement, l\u2019État québécois deviendra plus efficace, il sera moins lourd.Il rendra de meilleurs services à meilleur coût.Il assumera pleinement les siens, comme la santé et l\u2019éducation, il saura déléguer à d\u2019autres, aux municipalités, aux organismes communautaires ou aux entreprises privées, ce que d\u2019autres peuvent faire mieux ou à meilleur coût que lui.» Le discours de Paul Martin, récemment arrivé au pouvoir, ne diffère en rien de celui de Jean Charest.Le gouvernement fédéral a, en effet, annoncé un gel immédiat de certains projets d\u2019investissement, une révision de toutes les dépenses, de même qu\u2019un gel de la taille de la fonction publique fédérale.Au nom d\u2019une « bonne gouvernance », qui s\u2019inscrit dans la droite ligne de la pensée de la Banque mondiale, c\u2019est le rôle de l\u2019État qui est remis en cause au profit d\u2019un transfert de certaines de ses activités au secteur privé et bénévole.Néolibéralisme oblige! Désormais, les politiciens sont poussés à gouverner l\u2019État comme on dirige une entreprise.Dans cette perspective, le bâillon imposé à l\u2019Assemblée nationale en dit long sur la manière de gouverner de Jean Charest.Ce geste politique symbolise bien son refus d\u2019écouter l\u2019opposition.En effet, pourquoi perdre du temps à délibérer au Parlement si les décisions se prennent ailleurs?Les firmes de consultants pèsent plus lourd que le débat démocratique et le bien commun.Si, auparavant, le néolibéralisme avançait sous le masque de la social-démocratie, il apparaît désormais sous son vrai visage, à découvert.Sa logique d\u2019action est manifeste.Déréglementation, privatisation, sous-traitance, flexibilisation, réduction des services publics et des programmes sociaux sont résolument à l\u2019ordre du jour, écrasant tout sur leur passage, notamment ce qui tisse des liens de solidarité entre les citoyens et leur offre un espace commun d\u2019existence et de régulation sociale.Ce chamboulement s\u2019effectue au nom même de la solidarité, de la lutte à la pauvreté, des intérêts historiques du Québec et de tous les Québécois! On savait que les mots étaient polysémiques, mais pas à ce point! Par un effet pervers, la rhétorique les transforme en coquilles vides et sape à la base toute possibilité de vision commune.Réduction du filet de sécurité sociale, coupures de services et conditions de travail inéquitables risquent d\u2019accroître l\u2019exclusion de plus en plus marquée de certains groupes sociaux, notamment des 20 % les plus pauvres de la population québécoise, comme s\u2019ils représentaient une portion d\u2019humanité en trop.Pendant ce temps, les 20% les plus riches voient leurs revenus augmenter et leurs impôts fondre au soleil.Si nous voulons que les mots de « solidarité » et de « justice sociale » gardent leur force et leur poids, nous avons à nous frayer la voie dans la résistance à cette logique marchande de recherche du plus grand profit, de compétitivité et d\u2019écrasement des plus faibles.Il faut résolument tourner le dos à l\u2019idole du pouvoir économique et financier.Les citoyens se sont déjà mobilisés.Ils vont continuer, dans les mois qui viennent, à faire entendre leurs voix et respecter leurs droits.Cette mobilisation sociale, pour garder le cap de la solidarité, doit non seulement défendre les acquis de certains groupes sociaux, mais viser aussi l\u2019inclusion de tous et de toutes, notamment des populations les plus fragilisées de la société.Les écarts sociaux ne sont pas une fatalité.Il est possible de les réduire.Cela passe par une volonté politique.Anne-Marie Aitken janvier-février 2004 actuaütes L'imaginaire politique au pouvoir L'auteur est membre de D'abord solidaires Lino, Émergence, 2003 Les militants de D'abord solidaires viennent de se donner de nouvelles orientations Jacques Fournier Plus de 275 personnes se sont réunies à l\u2019Université de Montréal, les 28, 29 et 30 novembre dernier, pour décider de l\u2019avenir de D\u2019abord solidaires, ce collectif non partisan d\u2019éducation populaire lancé en janvier 2003 à l\u2019initiative de Françoise David et d\u2019autres militantes et militants.Les personnes présentes à ces assises ont décidé à l\u2019unanimité que D\u2019abord solidaires continuerait de se développer comme mouvement non partisan, en mettant l\u2019accent cette fois sur la lutte contre les politiques conservatrices du gouvernement de Jean Charest.Lorraine Guay, militante sociale et féministe très engagée, a accepté d\u2019être la porte-parole principale du Collectif.Une bonne partie des participants ont décidé, par ailleurs, de suivre la voie que proposait Françoise David, à savoir de travailler, en dehors de D\u2019abord solidaires, au développement d\u2019une gauche unifiée dans un parti politique, tenant compte de l\u2019existence de l\u2019Union des forces progressistes (UFP) et du Parti Vert.Cette décision a été prise dans une perspective gagnant-gagnant, c\u2019est-à-dire que les deux projets, le mouvement et le parti, vont coexister chacun de façon autonome.Une troisième option a été présentée : l\u2019option libertaire, qui favorise l\u2019action locale et l\u2019autogestion et qui s\u2019inscrit dans la tendance anarchiste.Sa porte-parole principale est Anna Kruzynski, étudiante au doctorat conjoint Université McGill-Université de Montréal et très engagée dans le quartier Pointe Saint-Charles, à Montréal.Cette option a elle aussi suscité l\u2019intérêt de plusieurs personnes.Elle continuera à faire son chemin, également de façon autonome par rapport aux deux autres options.Pour donner une idée plus précise des forces militantes qui étaient en présence, mentionnons que le dimanche matin, au moment des choix concrets, plus d\u2019une centaine de personnes ont pris part à l\u2019atelier sur l\u2019option partisane, une soixantaine se sont jointes à l\u2019atelier sur le mouvement/réseau et environ 25 ont participé à l\u2019atelier sur l\u2019option libertaire.Au-delà des différences dans les stratégies, toutes et tous se sont entendus pour dire qu\u2019il fallait travailler à « faire de la politique autrement» et à développer l\u2019imaginaire politique.Pour Lorraine Guay, D\u2019abord solidaires ne veut pas prendre la place des mouvements sociaux (femmes, jeunes, écologistes, etc.), mais leur donner son appui.Elle a rappelé le rôle important que D\u2019abord solidaires a joué dans la mise sur pied du Réseau de vigilance, une coalition d\u2019une quarantaine de syndicats et d\u2019organismes communautaires, étudiants, écologistes et fémi- V E 4 ) ReLatiONS janvier-février 2004 actuaütes nistes contre les politiques du gouvernement Charest.Concrètement, le mouvement non partisan D\u2019abord solidaires continuera donc d\u2019exister, avec le même nom, le même logo, le même site Internet, le même numéro de téléphone et une liste de personnes soutenant le projet, etc.Il s\u2019attellera vraisemblablement, au cours des prochains mois, à faire l'analyse des programmes des partis politiques fédéraux à la veille des élections, comme il l\u2019avait fait sur la scène québécoise.Une vingtaine de personnes ont indiqué quelles voulaient faire partie du Collectif national renouvelé.Les collectifs locaux continueront à se développer.« Faisons mouvement! », a lancé Lorraine Guay lors de sa présentation.Françoise David, de son côté, a choisi de mettre ses énergies dans le développement d\u2019une alternative politique unifiée, selon un échéancier qui veut se donner du temps.Il y aura tout d\u2019abord le lancement, au printemps prochain, d\u2019une plaquette, ou manifeste, qui vulgarisera les grandes orientations d\u2019un futur parti.Il y aura aussi des rencontres et des discussions avec l\u2019UFP et les Verts dans un but d\u2019unification.« Si la tendance se maintient, aux prochaines élections québécoises, il y aura un seul parti féministe, de gauche, écologiste, alter-mondialiste, pacifiste et antiraciste », a-t-elle déclaré, sous les applaudissements nourris de la salle.« Nous vivons quelque chose d\u2019extraordinaire», a souligné Manon Massé, une des chevilles ouvrières du rassemblement, lors de la plénière du dimanche.En effet, au lieu de se déchirer pendant trois jours, conformément à la tradition qui a souvent marqué la gauche québécoise au cours des 30 dernières années, les participants ont échangé entre eux, dans le respect, sur les enjeux réels des trois options.Une quatrième option, celle d'un mouvement non partisan qui appuierait occasionnellement des candidats indépendants, a même été examinée.L\u2019ouverture d\u2019esprit était au rendez-vous.\u2022 La « troisième voie » de Paul Martin Incontestablement fondée sur l'acceptation passive de l'ordre capitaliste mondialisé, la troisième voie de Paul Martin peine à s'élever à la hauteur d'un véritable renouveau du projet politique Jean-Philippe Warren Dans une entrevue récente, Paul Martin déclarait refuser les anciennes étiquettes de droite et de gauche.Il se réclamait plutôt de Tommys Douglas - leader du premier gouvernement socialiste en Amérique du Nord - et de son idéal d\u2019un État fédéral moralement à gauche mais fiscalement à droite.On ne compte plus les discours de Paul Martin en faveur d\u2019une consolidation du tissu social et d\u2019une amélioration des conditions des plus démunis.Vraisemblablement, la « troisième voie » qu\u2019il propose ne relève pas d\u2019une idéologie politique qui érigerait le désengagement de l\u2019État en absolu, sur le modèle de ce qui s\u2019est fait en Ontario et en Alberta - et de ce qui s\u2019amorce au Québec.Tout en reconnaissant la nécessité d\u2019une adaptation toujours plus grande aux lois du marché, tout en endossant le discours contemporain de l\u2019efficacité et de la productivité, tout en acceptant la libération tous azimuts des échanges internationaux, Paul Martin considère l\u2019État de manière positive.Par l\u2019argent investi dans les programmes de formation scientifique et technique, il peut assurer une plus grande spécialisation des travailleurs; par des incitatifs fiscaux ciblés, il peut encourager l\u2019investissement de certaines entreprises technologiques de pointe; par l\u2019ajustement rigoureux des taux bancaires, il peut contrôler la croissance économique, etc.L\u2019État est donc investi d\u2019un rôle important.Mais, l'auteur est professeur on le voit bien, il ne s\u2019agit pas de con- de sociologie trer la progression de la logique néo- À l'Université Concordia libérale.Au contraire, il s\u2019agit d\u2019orienter la puissance étatique au service de l\u2019intégration toujours plus grande de la société au système du capitalisme mondialisé.Cette troisième voie refuse aussi de célébrer sans nuances la montée de l\u2019individualisme.Même si elle conçoit que les individus doivent disposer de services gouvernementaux qui répondent à leurs besoins comme « consommateurs », elle se fonde néanmoins sur des principes de communauté, de responsabilité et de devoir, tout autant que sur l\u2019idée d\u2019un bien commun dont l\u2019État est le gardien ou le symbole.Ainsi, Paul Martin parle-t-il souvent d\u2019une solidarité nationale, d\u2019une union des esprits autour d\u2019un même idéal de justice et de paix, et de l\u2019importance d\u2019éveiller les citoyens à leurs devoirs sociaux.Malheureusement, son interprétation de la troisième voie demeure nettement conservatrice.Ses décisions les plus importantes le démontrent clairement.Par exemple, durant la campagne fédérale de 1997, le premier ministre Jean Chrétien et son ministre des Finances avaient promis de respecter une «approche balancée» dans l\u2019attribution des surplus janvier-février 2004 ReLatiONS © actuaütes créés par la lutte au déficit: la moitié irait au paiement de la dette fédérale et à des réductions d\u2019impôts; l'autre moitié servirait à financer certains programmes sociaux jugés prioritaires.Cinq ans après cette promesse, force est de constater quelle est loin d\u2019avoir été respectée.Une analyse des différents budgets présentés par Paul Martin et John Manley révèle que 90 % de l\u2019argent disponible a été employé pour éponger la dette et réduire les impôts, laissant un maigre 10 % pour les programmes sociaux.Pire, les réductions et exemptions de taxes absorbent à elles seules près des 2/3 des nouvelles ressources fiscales.Cette politique fiscale, saluée par les milieux de la finance et de la grande entreprise, relève sans conteste d\u2019une vision de droite.Elle a été rendue plus radicale encore par la façon dont s\u2019est faite cette diminution d\u2019impôts.Par exemple, alors que la moitié de ceux qui payent des impôts ont déclaré des revenus de moins de 30 000 $ par année, le budget de 2000 a consacré la part du lion des réductions fiscales à ceux qui gagnent plus de 65 000 $, soit 6 % de l\u2019ensemble des payeurs de taxes.Quant aux 2 % dont le revenu est supérieur à 100 000 $ par année, ils se sont partagés près de 20 % des réductions d\u2019impôts du budget fédéral 2000.Les entreprises, imposées auparavant à 28 %, ne le sont plus désormais qu\u2019à 21 %, soit le même taux d\u2019imposition que celui auquel sont soumises les personnes à très faible revenu.Enfin, les surplus accumulés par le fédéral ont été réalisés, entre autres, grâce à des coupures sans précédent dans les programmes de l\u2019assurance-emploi, l\u2019éducation (les frais de scolarité ont augmenté de 125% en moyenne au Canada au cours des dernières années) et les soins de santé.Paul Martin prétend qu\u2019il a le cœur à gauche mais la tête à droite.Il vaudrait mieux dire qu\u2019il tient des paroles de gauche mais pose des gestes de droite.Si la troisième voie qu\u2019il propose en est bien une, elle est manifestement fondée sur l\u2019acceptation passive de l\u2019ordre capitaliste mondialisé et peine à s\u2019élever à la hauteur d\u2019un véritable renouveau du projet politique.\u2022 Une « Europe havre de paix » L'auteur est JOURNALISTE Est-ce une autre Europe qui s'est dessinée à travers le Forum social européen?Robert Scarcia Plus de 40 000 délégués, constituant 1500 groupes venant de 60 pays, ont pris le chemin de Paris pour le deuxième Forum social européen (FSE).Pendant trois jours, du 12 au 15 novembre 2003, ils ont été des milliers à assister aux 55 plénières, aux 250 séminaires et aux centaines d\u2019ateliers proposés.Le samedi 15 novembre, une manifestation en faveur d\u2019une « Europe des droits dans un monde sans guerre » a clôturé les rencontres.Les discussions ont permis d\u2019aborder des sujets aussi divers que les politiques de déréglementation, la Constitution européenne, les modes de production et de consommation durables, les luttes contre l\u2019exclusion, les relations entre l\u2019Europe et l\u2019Amérique latine, l\u2019avenir de l\u2019Europe de l\u2019Est dans l\u2019Union européenne, la nouvelle répartition des richesses, la lutte pour la paix, la mondialisation, etc.Impossible de traduire en quelques lignes la diversité des thèmes traités et de relater la profusion d\u2019opinions, de propositions et d\u2019exigences exprimées par les participants d\u2019un mouvement défini comme « altermondialiste », parce que ceux-ci croient qu\u2019« un autre monde est possible ».Le projet politique du FSE est de travailler à la construction d\u2019une « Europe havre de paix» qui devrait exprimer son refus de la guerre dans sa Constitution, et non d\u2019une « Europe puissance» selon la vision des gouvernements en place sur le vieux continent.Il ne s\u2019agirait plus d\u2019une Europe concurrente des États-Unis sur la scène internationale, mais d\u2019une Europe capable d\u2019offrir un modèle alternatif.Celui-ci pourrait également attirer les Américains qui verraient là l\u2019occasion de transformer leur propre système.Prolongeant la réflexion amorcée lors du premier Forum européen de Florence, en 2002, dont la rencontre de Paris a été la continuation, le front de lutte contre la globalisation néolibérale vient de se doter d\u2019un nouveau concept, celui de «guerre globale».Selon les altermondialistes, les campagnes d\u2019Afghanistan et d\u2019Irak démontrent que la globalisation dispose à présent d\u2019un véritable « bras armé ».La guerre globale que mène le capitalisme néolibéral se transforme en « guerre constituante », puisqu\u2019elle devient le fer de lance d\u2019une nouvelle organisation de la vie, basée sur l\u2019écrasement social et économique des faibles, et sur la destruction écologique du monde.La question de savoir si l\u2019Irak devait être attaqué à plusieurs ou par les États- 6 ) ReLatiONS janvier-février 2004 actuautes M\tj\t.\t.ISMLLi: 3u,j li JUJU £5™ Unis seuls n\u2019est pas le cœur du problème.La critique des altermondia-listes porte sur la guerre comme mode de domination basé sur la recherche du profit à tout prix.À cette guerre légitimée a posteriori par l\u2019Europe et les Nations unies à travers l\u2019Accord de reconstruction de l\u2019Irak, il faut selon eux opposer la paix comme valeur non négociable.Dans ce contexte, la désobéissance civile devient une lutte politique et sociale, seule arme efficace pour contrecarrer un retour à la domination coloniale directe dont les pays en voie de développement font les frais.La lutte pour la paix vise également la justice sociale à l\u2019intérieur des pays du Nord dans la mesure où elle veut sauver de la mort des milliers de soldats issus des couches sociales les plus fragilisées, et engagés dans des armées par une «conscription indirecte», celle due à la pauvreté.Certains altermondialistes d'Europe réunis à Paris voudraient relancer une gauche européenne capable de se battre pour des projets radicaux dont la paix serait le pilier.Pour ce faire, ils proposent notamment la rédaction d\u2019un «dictionnaire multilingue de lutte».Il définirait des concepts aussi divers que ceux d\u2019« État » (s\u2019agit-il d\u2019une construction politique encore efficace pour contrecarrer la mondialisation libérale?), de « réforme » ou de « révolution ».Un tel ouvrage permettrait également de réfléchir sur le terme «action» et ses Jean-Mary Louis Le bicentenaire de l'indépendance d\u2019Haïti est, sans nul doute, un motif de gloire et de fierté pour les descendants de ceux qui ont réalisé l\u2019épopée du 18 novembre 1803 : la dernière bataille de Vertières, avant la proclamation de l\u2019indépendance par Jean-Jacques Dessalines, auxGonaïves, le 1er Janvier 1804.Cette page tournée à l\u2019esclavage a, dans les faits, affirmé pour l\u2019humanité entière l\u2019universalité diverses interprétations, selon qu\u2019elles ont été menées sur le plan local, national ou mondial.Autres entrées incontournables : « non-violence » et « action directe ».Quest-ce que la « non-violence »?Que signifie-t-elle concrètement?Comment concilier non-violence et action directe?Les thèmes de réflexion pour le «dictionnaire multilingue de lutte» ne manquent donc pas.\u2022 des droits de l\u2019Homme et l\u2019importance de la dignité de tout être humain.Durant l\u2019année 2004.déclarée « année de commémoration de la lutte contre l\u2019esclavage et de son abolition » par l\u2019UNESCO, des colloques internationaux rassembleront des chercheurs d\u2019Amérique, d\u2019Afrique et d\u2019Europe afin de dresser le bilan de l\u2019influence de cette expérience haïtienne et de dégager sa portée universelle.La commémoration du bicentenaire de l\u2019indépendance a pour toile de fond Le bicentenaire de l'indépendance d'Haïti Les festivités s'ouvrent sur un horizon bien sombre : la pauvreté absolue de 80 % de la population, une économie en lambeaux et un gouvernement controversé sur fond de crise politique Céline Boucher, Autochtones, 2001, ACRYLIQUE, AQUARELLE, COLLAGE SUR PAPIER, 28 X 43 CM L'auteur est ÉTUDIANT AU DOCTORAT EN SCIENCES POLITIQUES À l'UQAM janvier-février 2004 ReLatiONS 11 actuaütes Terrain vague dans LE BIDONVILLE DE Cité Soleil, Port-au-Prince.Photo : Olivier Hanigan \u2022% la pauvreté absolue de 80 % de la population haïtienne, une crise politique ininterrompue depuis près d\u2019un quart de siècle, une économie en lambeaux, un gouvernement controversé et un pays délabré.En 200 ans d\u2019histoire, la colonie la plus prospère de la France est devenue le pays le plus pauvre des Amériques - l\u2019un des plus pauvres au monde - un joueur négligeable dans l\u2019économie mondiale.Devant ce bilan social, politique et économique peu reluisant des 200 ans d\u2019existence comme nation indépendante, il est impossible de ne pas se demander pourquoi est-ce ainsi, qui en porte la responsabilité et quel est le poids de l\u2019histoire dans la réalité actuelle?Coincé entre les aspirations et les revendications de ses électeurs qu'il ne peut satisfaire et l\u2019embargo de la communauté internationale sur l\u2019aide au développement imposé à Haïti depuis mai 2000, le gouvernement actuel n\u2019a pas hésité longtemps à pointer du doigt la communauté internationale comme faisant partie du problème.11 l\u2019a fait en soulevant la question de la restitution-réparation ou la question du transfert d\u2019argent et des ressources d\u2019Haïti vers les pays riches comme l\u2019une des causes historiques de la misère au pays.En effet, le 7 avril 2003, le gouvernement a réclamé à la France la restitution à Haïti de plus de 21 milliards de dollars ou l\u2019équivalent en mon- naie actuelle des 150 millions de francs versés par Haïti à l\u2019ancienne métropole comme remboursement de la dette de l\u2019indépendance.Cette demande, quoique juste et légitime, ne mobilise pas réellement toutes les forces sociales du pays.Des intellectuels, des artistes et des écrivains renommés ont manifesté publiquement, dans une «déclaration de principe», leur refus de s\u2019associer à cette démarche qu\u2019ils qualifient de « recherche impossible de légitimité » du gouvernement.Dans un pareil contexte, il est peu probable que la France ouvrira cette boîte de Pandore qui pourrait susciter des réclamations en série dans les continents ayant subi un passé colonial, le commerce des esclaves et l\u2019esclavage reconnu, depuis peu, comme un crime contre l\u2019humanité.La déchéance du pays, bien quelle soit attribuable en partie aux politiques des grandes puissances envers Haïti depuis son indépendance, est surtout et avant tout le résultat et l\u2019expression des pratiques des élites politiques et économiques du pays.De 1804 à aujourd\u2019hui, elles ont maintenu leurs privilèges et leur pouvoir exclusif aux dépens de la nation, du bien commun et de la majorité de la population.La persistance de la crise depuis mai 2000, pendant qu\u2019agonise le pays, illustre assez bien le fait que l\u2019élite se sert beaucoup plus de la nation quelle ne la sert.Si les élites avaient démontré, de part et d\u2019autre, une volonté réelle pour négocier de bonne foi dans l\u2019intérêt de la nation, une issue serait déjà trouvée à la crise politique pour permettre au peuple de vivre dignement et à la nation de se mettre debout pour commémorer en beauté le bicentenaire.Les passions sont déchaînées, les tensions sont vives, le chaos s\u2019installe, les manifestations et les contre-manifestations se multiplient dans plusieurs endroits du pays déchiré et polarisé pour appuyer le gouvernement ou réclamer sa démission avant les grandes célébrations du bicentenaire.Entretemps, le gouvernement se prépare à accueillir des dignitaires et des chefs d\u2019État pour la commémoration des 200 ans d\u2019indépendance.Vraisemblablement, la société civile et l\u2019opposition politique n\u2019auront pas raison du gouvernement avant les célébrations, mais le défi restera le même pour le pays et les 80 % de sa population vivant au-dessous du seuil de pauvreté absolue.Faudra-t-il attendre encore 200 ans pour construire une nation inclusive, bâtir une société juste et démocratique et créer un État de droit?\u2022 8 ReLatiONS janvier-février 2004 HoRiZoNs Parlons d'horizon.Fernand Jutras Dans les abords du lac Témis-camingue existe une grande plaine que j\u2019aimais beaucoup traverser en voiture, avec mon père.Ce qui fascinait l\u2019enfant que j\u2019étais, c\u2019était le bout du ciel, là, devant nous, qui semblait rencontrer la terre à la crête du premier vallon.J\u2019espérais toujours m\u2019en approcher, mais hélas! ce bord de firmament devenait tout aussi éloigné quand nous avions fini de traverser la vallée.Je crois bien que c\u2019est le premier mystère que j\u2019aie rencontré et j\u2019en étais fort étonné.Cette naïve expérience me fait sourire aujourd\u2019hui.Et pourtant elle m\u2019introduisait au plus grand des mystères, celui de l\u2019horizon.Je me représente la vie comme une longue marche.Avec des compagnons et compagnes de route, je forme caravane.Pour nous guider, cet horizon, avec ses étoiles.Maintenant que j\u2019ai marché tant d\u2019années et avec tant de gens, je sais que le chemin est autant en dedans de moi qu\u2019à l\u2019extérieur.Je sais aussi que l\u2019horizon sera toujours aussi loin, tout en étant surpris de le sentir si proche, qui m\u2019appelle et me guide.Car lui aussi je le sens intérieur à moi, en creux, comme ce grand miroir du télescope du mont Palomar, qui capte les étoiles les plus lointaines.Sur cette route de ma vie, j\u2019ai toujours été étonné par l\u2019émotion que je ressens parfois en écoutant un artiste ou en lisant un roman, en regardant un film ou une peinture.Ou encore devant certaines pages de la Bible.D\u2019où vient ce bouleversement, cette impression à la fois de lumière et de plénitude?Quel est le lien entre moi et ce guerrier japonais du XVe siècle, qui crache et qui grogne, qui n\u2019a probablement jamais existé dans la réalité, et qui pourtant hier, dans cette page de roman, m\u2019a profondément touché?Qu\u2019y a-t-il entre moi et cette parole d\u2019un bouvier hébreu du VIe siècle avant notre ère, qui se dit prophète?Pourquoi ses rudes paroles me hantent-elles depuis des jours?Comment m\u2019expliquer cette émotion profonde?J\u2019entrevois maintenant la réponse.C\u2019est que j\u2019y reconnais une bribe de ma propre vie.Je me souviens d\u2019avoir surpris un ami, un jour, en déclarant qu\u2019on n\u2019ap- Je sais aussi que l'horizon sera toujours aussi loin, tout en étant surpris de le sentir si proche, qui m'appelle et me guide.prend vraiment que ce que l\u2019on sait déjà.Je ne suis pas certain que je savais très bien ce que je disais à cette époque-là.Mais je puis dire aujourd\u2019hui ce que cette intuition contenait.Bien sûr, il est des choses qu\u2019on apprend vraiment: tout ce qu\u2019on nous enseigne à l\u2019école, par exemple.Mais il en existe d\u2019autres que l\u2019on n\u2019apprend pas.On les reconnaît plutôt.Elles sont enfouies au fond de soi, à peu près indiscernables tant qu\u2019on ne les a pas rencontrées dans le récit d\u2019un autre.Des expériences, mais aussi des désirs et des rêves.Et quelle émotion de reconnaître tout à coup un filon de sa propre vie dans une chanson, un roman, une peinture! Les artistes carburent à ce genre d\u2019émotions.Et nous rendent un immense service en nous les faisant revivre par leur art.Bien sûr, il ne suffit pas de lire et relire ces parcelles de vie.Il faut aussi les relier.Comme ces points que les enfants relient pour voir apparaître un dessin.Ou comme ces fragments de parchemins trouvés dans les vases de Qumran.C\u2019est alors quelles deviennent des bouts d\u2019itinéraires, qui guident et éclairent ce qui me semble le plus difficile dans une vie : trouver son propre chemin, trouver un sens.Oui, ce qui me fait marcher, c\u2019est une quête de sens, sens qui est déjà là mais qui est surtout à venir.Ce que l\u2019Écriture appelle la « promesse ».Car la caravane dans laquelle m\u2019a mis la vie est profondément marquée par l\u2019héritage judéo-chrétien.Un livre inspiré, la Bible?Oui, mais pas d\u2019abord au sens où Dieu s\u2019y révélerait par quelque message tombant d\u2019en haut.J\u2019ai appris à concevoir l\u2019Écriture comme un atlas que nous ont laissé ceux qui ont marché avant nous.Un vieux livre de famille, écorné, tout en bribes, mille fois annoté, sali par l\u2019usage.Une merveilleuse consignation d\u2019expériences de vie, où chaque génération relit (et relie) sa propre expérience à celle des temps passés.Des expériences bien humaines, mais qui pointent vers l\u2019Inconnu et y tendent.Un livre qui ouvre des horizons.\u2022 (V) janvier-février 2004 ReLatiONS dOSSieR L'éthique est-elle dans l'impasse?Jean-Claude Ravet Le monde est hors de ses gonds.Étroite est l\u2019ouverture qui mène au sens.Chacun doit se faire son passage.La route n\u2019est plus tracée, évidente, obligatoire, unique.Elle est singulière, donc plurielle.Telle est l\u2019aventure éthique.Pour cela, faut-il se mettre en marche.Le monde environnant, affairé à produire, à accumuler, semble nous dire que la quête est vaine, que le chemin ne mène nulle part.Sans comprendre que c\u2019est précisément là que réside la raison d\u2019être de l\u2019éthique : nous arracher de la servitude de l\u2019utile.Vivre n\u2019est pas seulement produire, avoir un rôle à jouer, remplir une fonction, faire des choix.C\u2019est aussi inscrire nos gestes, nos paroles, nos œuvres dans le temps et l\u2019espace, leur conférer du sens.Essentielle au vivre ensemble, l\u2019éthique implique un retour sur nos actions et sur notre existence, de telle sorte qu\u2019elles soient reliées à des finalités, à des visées de sens - le bien, le beau, le juste.Grâce à l\u2019éthique, l\u2019existence étend ses racines vers ce qui la constitue mystérieusement - le langage, autrui, le monde -.loin des projecteurs de l\u2019évidence et de l\u2019objectivité.Un monde refait surface tissé à même la singularité et la pluralité de la vie humaine.Le monde n\u2019est plus simplement le sol qui nous relie les uns aux autres, un support commun, il est aussi en quelque sorte le trait d\u2019union qui, nous séparant et nous unissant en même temps, fait apparaître un horizon pluriel de sens.C\u2019est là que l\u2019éthique rejoint le politique institué pour que ces paroles, ces présences, ces regards singuliers s\u2019affrontent et puissent constituer un monde de liberté, d\u2019égalité et de justice.On comprendra sans peine que l\u2019éthique est mise à mal par la déferlante capitaliste qui s\u2019abat sur la société.Cette vague dissout la profondeur du monde et l\u2019énigme humaine, sous le grand soleil de la logique instrumentale, ne laissant qu\u2019une surface plane, sur laquelle peut se déployer sans obstacle la mainmise lucrative sur tout ce qui existe.Dans ce contexte, l\u2019éthique représente certainement une recherche nécessaire de balises, si ce n\u2019est de bouées de sauvetage, qui jettent du sens ou en assurent à des pratiques qui tendent à s\u2019affranchir de tout contrôle social et politique.Mais la prolifération de comités d\u2019experts et de codes de conduite parcellarisés dans tous les secteurs de la vie peuvent apparaître aussi comme une façon de discipliner la population et de légitimer des processus pour eux-mêmes, hors de remise en question : des règlements pour manœuvres scrupuleux.Dépasser ce confinement, qui fait souvent de l\u2019éthique un cataplasme sur une jambe de bois, est un enjeu central dans une perspective de résistance à la globalisation néolibérale! L\u2019éthique doit pouvoir jeter de l\u2019ombre sur la table de travail et la place du marché qu\u2019est devenu le monde : tout n\u2019est pas que marchandise ni que matière première.Les interdits, les limites symboliques sont aujourd\u2019hui malmenées, elles sont pourtant les garants d\u2019une dignité humaine qui doit être fondée au-delà de tout fondement.Urgence en cette époque où la démesure n\u2019est plus simplement fantasme à exorciser, mais aussi possibilité techniquement réalisable.Plus que jamais, un système inhumain pourrait se normaliser et s\u2019accommoder d\u2019hommes et de femmes individuellement vertueux.L\u2019éthique et le politique sont ainsi intimement imbriqués l\u2019une dans l\u2019autre.Leur articulation est la voie royale vers la condition humaine de liberté dans laquelle les êtres humains ne sont plus ravalés au rang de simple moyen en vue d\u2019autre chose, mais au contraire reconnus dans leur dignité et leur capacité d\u2019instituer un monde commun.10) ReLatiONS janvier-février 2004 < ;< c ^ 2: n Vj x cf ^ a.^ U_ ' X 3 / | Céline Boucher, P.G.M., 2001, ACRYLIQUE SUR TOILE, 71 X 81 CM Éthique et politique se conjuguent dans l\u2019obstination des êtres humains à se distinguer de la « nature », à déjouer la logique du nécessaire, la fatalité - qu\u2019elle soit technique ou marchande.Elles lui substituent le pouvoir à la fois d\u2019apposer des limites aux possibles et d\u2019instituer des espaces où la parole puisse agir, l\u2019agir se faire entendre, dans le domaine des affaires humaines, espaces au sein desquels les citoyens débattent et décident de leur devenir.Éthique et politique jettent à la figure de la société la non-évidence de la réalité et impulsent la transformation du monde en habitation humaine, contre vents et marées.« Dans le duel entre toi et le monde, choisis d\u2019être le témoin du monde.» Franz Kafka 11 janvier-février 2004 ReLatiONS dOSSieR L'histoire d'une confiscation L'auteur est DIRECTEUR DES Programmes DE BIOÉTHIQUE À l'Université de Montréal Céline Boucher, Je suis où je suis, 2001, ACRYLIQUE SUR TOILE, 61 X 51 CM Dans Les années 1960, nous avons rêvé d'une éthique qui favoriserait Le développement d'un monde dans Lequel Les citoyens ne seraient pas réduits à L'état d'objets.Le fondement de L'entreprise était humaniste.Dans Les faits, La voie qui s'est imposée a privilégié La voix des experts et des principes normatifs.Hubert Doucet Le mot éthique est partout, du conseiller en éthique de Jean Chrétien, dont le rôle consiste à ridiculiser tant le mot que la réalité, jusqu\u2019aux états dame de tout un chacun affirmant à la moindre occasion « c\u2019est mon éthique », en passant par une chronique hebdomadaire dans La Presse du samedi où, à l\u2019image des courriers du cœur, les lecteurs qui ont «des interrogations éthiques, des dilemmes moraux déchirants et autres questionnements existentiels » sont invités à faire parvenir leur questionnement.Si le mot a tant d\u2019attrait, il doit bien témoigner d\u2019un sens et d\u2019une aspiration! Une protestation contre le mai Le regain d\u2019intérêt pour ce que l\u2019on nomme aujourd\u2019hui l\u2019éthique a vu le jour aux États-Unis, au milieu des années 1960.Les scandales en biomédecine et dans le secteur des affaires ont constitué les premiers lieux de ce renouveau.Ils ont fait prendre conscience du mensonge et de la tromperie érigés en système.En 1966, dans un célèbre article publié dans le New England Journal of Medicine, l\u2019anesthésiste et professeur de Harvard, Henry Beecher, soutenait, preuves à l\u2019appui, que de nombreuses expérimentations réalisées par ses collègues américains ressemblaient aux pires expériences nazies quant aux souffrances imposées aux vieillards et aux enfants, deux groupes particulièrement vulnérables.Ces recherches étaient cependant soutenues par les plus hautes autorités scientifiques et gouvernementales! Quant à la business ethics, sa naissance provient de la même prise de conscience.Des professeurs des facultés d\u2019administration se rendaient compte qu\u2019ils formaient de futurs gestionnaires qui produiraient des objets dont l\u2019absence de qualité était planifiée en vue d\u2019une détérioration rapide.La protestation contre ce mal constitue un acte tout aussi fondateur que la reconnaissance des enjeux soulevés par le développement technologique.En effet, la prise de conscience que les développements se faisaient en réduisant les citoyens à l\u2019état d\u2019objets a entraîné une perte de confiance dans l\u2019ensemble de l\u2019organisation sociale et de ses responsables, en 12) ReLatiONS janvier-février 2004 particulier des experts.Le contexte de l\u2019époque n\u2019a fait qu\u2019aviver une radicale mise en cause et appeler une nouvelle manière de penser et d\u2019agir.Peut-être faut-il rappeler ici que les discussions d\u2019alors n\u2019étaient pas confinées au monde universitaire, mais constituaient de véritables débats publics, tant au Congrès des États-Unis que dans les médias.Si.en Europe, dans le même temps, des courants philosophiques puissants ont animé la vie collective, il n\u2019en allait pas de même dans l\u2019Amérique anglosaxonne.La philosophie morale des milieux universitaires ne témoignait d\u2019aucune préoccupation pour les problèmes concrets des milieux de recherche biomédicale et d\u2019affaires.Dans un célèbre article intitulé How Medicine Saved the Life of Ethics, Stephen Toulmin soutint que cette inaptitude de la philosophie d\u2019alors à entrer en dialogue avec les problématiques concrètes a profondément déçu les professeurs de médecine et de gestion ainsi que les autres intellectuels désireux de transformer la situation.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019un certain nombre de médecins ont cherché, à travers le dialogue avec d\u2019autres disciplines, à inventer une éthique qui réponde aux défis et aux enjeux de l\u2019heure.Place à l\u2019inventivité Cinq traits caractérisaient l\u2019éthique qui cherchait alors à prendre forme.Ils sont éclairants pour évaluer la situation présente.Le premier trait est bien décrit par le mot « œcuménisme ».Le monde possède une pluralité de perspectives correspondant à la pluralité des êtres humains, pour reprendre un thème cher à Hannah Arendt.L\u2019éthique à construire devait donc rendre compte de la diversité des traditions religieuses et de la pluralité des perspectives culturelles.Cette idée que l\u2019éthique devait exprimer la richesse de la diversité morale, et non une fausse universalité, a été au fondement de la création, en 1971, de l\u2019un des centres de réflexion éthique les plus importants des États-Unis, le Kennedy Institute of Ethics.Les commissions et groupes de travail que l\u2019on mit alors sur pied pour étudier des problématiques éthiques étaient composés en majorité de non-experts dans le domaine, de manière à mieux rendre compte des multiples perspectives citoyennes.Le second trait de cette éthique correspondait à une vision communautaire.Les communautés locales, même les conseils municipaux, discutaient des enjeux du nucléaire ou de la génétique.La responsabilité d\u2019une vie sociale harmonieuse relevait de la communauté locale.Ainsi, pour réduire les scandales en recherche biomédicale, la solution trouvée a résidé dans la mise sur pied de comités locaux d\u2019examen des projets d\u2019expérimentation.La composition de ces comités reflétait d'ailleurs cet esprit puisqu\u2019elle exigeait que la majorité des membres ne soit pas des chercheurs mais des citoyens sensibles aux valeurs de la communauté.Les Américains les appelleront des Institutional review boards.Le Canada, quelques années plus tard, adoptera le même système d\u2019évaluation tout en lui donnant le nom de comité d\u2019éthique de la recherche.L\u2019accent était alors mis sur la responsabilité des citoyens dans leurs communautés.Le troisième trait concerne la formation des professionnels.Les universités américaines mettaient alors en place des formations qui s\u2019adressaient aux futurs professionnels: le business ethics des écoles de gestion, l\u2019éthique médicale des facultés de médecine et le caring ethics des facultés de nursing.Les facultés de médecine américaines ont introduit dans le cursus des études non seulement l\u2019éthique formelle, mais L'éthique, qui devait rendre possibles des discussions sur des questions de sens, de cohérence et d'engagement dans la société, vise maintenant la conformité à la règle.aussi les humanities.Il s\u2019agissait de former des professionnels qui non seulement respecteraient les règles déontologiques, mais qui auraient un souci global du patient.Quatrième trait : l\u2019éthique qui s\u2019installait reconnaissait le rôle important des diverses traditions religieuses.11 ne s\u2019agissait pas tant de se soumettre aux différents dogmes qu\u2019elles professent que de prendre en compte le souci spirituel qu\u2019elles développent et, ainsi, grâce à leur expérience, rejoindre l\u2019être humain avec une vision large.Un cinquième et dernier trait résume tous les autres.L\u2019éthique, dans le contexte de la lutte pour le respect des minorités et la reconnaissance des droits de la personne, visait le respect des citoyens les plus faibles, particulièrement les malades et ceux qui étaient fragilisés par la vie.Elle était une sorte de happening où l\u2019on refaisait le monde, plutôt qu\u2019un ensemble de courants philosophiques ou théologiques étudiés dans les chaires universitaires.Des promesses non tenues L\u2019éthique a-t-elie été à la hauteur des espoirs qu\u2019elle soulevait?La réponse est mitigée.Les efforts pour développer l\u2019éthique ont été et demeurent remarquables.Celle-ci s\u2019est imposée comme un lieu incontournable de nos organisations sociales.Dans ce sens, elle correspond à un besoin des sociétés en pleine mutation qui ont perdu les fondements qui donnaient sens à leur vie.En valorisant le respect des droits des individus et en affirmant la dignité fondamentale de tout être humain, de grands progrès ont été accomplis.Dans un secteur comme celui de l\u2019éthique médicale, l\u2019obligation d\u2019informer le patient et de demander son consentement constitue un remarquable acquis dont il faut se réjouir; cette obligation favorise ie dialogue entre deux personnes que tout sépare.Des exemples tirés d\u2019autres secteurs d\u2019activité vont janvier-février 2004 ReLatiONS dOSSieR dans le même sens : les prestataires de services sont invités à développer une conscience plus grande de leurs responsabilités.Les exigences de plus en plus fortes à l\u2019égard des comportements des hommes et des femmes politiques, de même qu\u2019à l\u2019égard des gestionnaires publics en témoignent amplement.C\u2019est là un progrès certain.Le droit a joué un rôle de la plus haute importance.D\u2019une part, l\u2019éthique a adopté certains de ses concepts.D\u2019autre part, les tribunaux ont permis des avancées considérables pour assurer le respect des citoyens.Si bien que, selon des modalités différentes, le droit est devenu le lieu de l\u2019expression de l\u2019éthique dans tous les pays occidentaux.En France, l\u2019Assemblée nationale détermine les lois de la bioéthique.Aux États-Unis, les tribunaux - plus que les législateurs - prennent les décisions fixant les balises des orientations éthiques.Cette place prise par le droit n\u2019est pas sans contrepartie.L\u2019éthique s\u2019est judiciarisée; les avocats ont pris un leadership certain, notamment dans le champ de la bioéthique.Les procès sur le droit des patients à décider des traitements à interrompre se sont non seulement multipliés aux États-Unis, mais animent le débat éthique et en fixent les paramètres depuis près de 30 ans.Le langage et l\u2019esprit de l\u2019éthique de la recherche, qui prend aujourd\u2019hui une place si importante, sont déterminés par le droit.L\u2019éthique a pris une orientation jurisprudentielle.À y regarder de plus près, l\u2019éthique, qui devait rendre possibles des discussions sur des questions de sens, de cohérence et d\u2019engagement dans la société, vise maintenant la conformité à la règle.Trois exemples éclairent cette affirma- tion.Les règles de ïÉnoncé de politique des trois Conseils (Conseil de recherches médicales, Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, Conseil de recherches en sciences humaines) qui, au Canada, régit l\u2019éthique de la recherche, ne proviennent pas des chercheurs qui en auraient exprimé le besoin, mais des agences gouvernementales qui les ont imposées aux scientifiques.Si le principe de cette réglementation est maintenant accepté par la majorité de ces derniers, les règles elles-mêmes ne font pas l\u2019unanimité dans Les experts en éthique qu'on appelle éthiciens ou bioéthiciens peuvent être comparés à de nouveaux clercs.Ils servent de consultants et leurs discours visent à rassurer.la communauté scientifique.De plus, si elle vise à protéger les personnes qui sont sujets de recherche en exigeant leur consentement et en les protégeant contre des risques possibles, cette éthique de la recherche ne favorise pas le dialogue citoyen sur ses orientations ni sur le sens des recherches.Le deuxième exemple concerne un rapport du vérificateur général du Québec qui, en 2001, a été consacré à l\u2019éthique au sein de l\u2019appareil gouvernemental.Le vérificateur note de nombreux manquements en faisant ressortir que des règles élémentaires ne sont pas respectées et que l\u2019État ne contrôle pas bien ses propres activités.Le gouvernement a répondu à ces critiques en obligeant chaque ministère et organisme public à se doter d\u2019un code d\u2019éthique et de déontologie.Vérificateur et gouvernement se rencontrent sur leur conception de l\u2019éthique : élaborer des règles pour éviter les conflits d\u2019intérêt et accroître la confiance du public à l\u2019égard des institutions publiques.La Éthique et management : deux logiques irréconciliables Omar Aktouf l'auteur est\tT^in novembre 2003, on apprenait que Sir Conrad Black, professeur titulaire\tun des magnats de la presse et de la finance interna- de management aux JL tionale, était au cœur d\u2019un scandale où les énormités hec à Montréal des montants détournés en sa faveur rivalisaient avec les déclarations mensongères : des dizaines de millions de dollars auraient été soustraits aux gains de l\u2019entreprise pour aller en toute illégalité dans les poches de M.Black et de certains membres de son conseil d\u2019administration.La même semaine, une cinquantaine de courtiers en bourse étaient inculpés aux États-Unis pour délits d\u2019initiés et tromperies envers les investisseurs.Nous sommes aussi chaque jour informés de l\u2019arrestation de l\u2019un ou l\u2019autre des ex-dirigeants d\u2019Enron, Aol-Warner, Tyco, Xerox, ou des magouilles des uns et des autres pendant que «leur» entreprise connaît de sérieuses difficultés et que les petits actionnaires sont ruinés : depuis les 125 millions versés à John Roth juste avant la décrépitude de Nortel, aux 775 donnés à Steve Jobs, les 600 empochés par Dennis Koslowski de Tyco, les 188 accaparés par Richard Grasso, le patron de la New York Stock Exchange Commission, etc.On a également vu comment, et avec quelle célérité, des banques bien établies, canadiennes, américaines, suisses.se sont empressées de fuir avec les dépôts des citoyens argentins lors de la dramatique chute de l\u2019économie de l\u2019Argentine en 2000-2001.À moins de changer radicalement ce que l\u2019on entend par management, business, affaires.et ce à quoi ces termes renvoient dans leur esprit et leur pratique, je ne vois absolument pas ce qui les rapprocherait d\u2019un quelconque comportement éthique, considérant cette notion dans son acception fondamentale, sociale, philosophique et morale, aristotélicienne surtout, Moins que jamais aujourd\u2019hui, on ne pourra rapprocher la pratique des affaires et l\u2019idée même d\u2019éthique.Il y a quelque 14 ReLatiONS janvier-février 2004 mm réflexion sur la mission de l\u2019État et de ses services se fait ailleurs, à un autre niveau, celui de la science politique.Le troisième exemple a trait au soin des malades en fin de vie.Au nom de l\u2019éthique, les soignants doivent transmettre une information juste aux personnes malades et obtenir leur consentement avant toute action médicale, afin de respecter l'autonomie des patients.La libre détermination de ces derniers devient ici le moyen d\u2019affirmer leur dignité.Ces règles qui se sont maintenant imposées répondent-elles à la situation réelle de la personne gravement malade?Pour elle et les siens, les directives préalables et le consentement éclairé sont-ils ce qui compte le plus en pareille situation?La personne malade ne veut-elle pas plutôt sentir qu\u2019elle existe encore pour les autres, que le médecin est un ami sur qui elle peut se fier et que les infirmières sont attentives à ses besoins, en un mot qu\u2019elle est aimée par ses proches?Aujourd\u2019hui, les patients se plaignent surtout de ne pas être invités à prendre la parole pour exprimer leurs angoisses et leurs désirs, et non pas tant du manque d\u2019information en vue de donner leur consentement.Cette éthique ne fait-elle pas l\u2019impasse sur la personne du malade?La mise en œuvre de l\u2019éthique telle qu\u2019elle s\u2019est imposée peut très bien se comprendre.Il s\u2019agissait de résoudre des Céline Boucher, Imaginer, 2002, ACRYLIQUE SUR TOILE, 101,5 x 76,5 cm chose d\u2019hypocrite ou d\u2019inconscient ou d'incantatoire, à parler de business ethics ou de quoi que ce soit qui y ressemble.«Le bien-être de soi et des autres et la recherche des moyens d\u2019y parvenir », voilà une formulation de ce qu\u2019Aristote entendait par éthique.Le concept d\u2019éthique se traduit en tout premier lieu,par un fort souci du collectif, des autres.11 s\u2019agit d\u2019une notion qui renvoie avant tout à une préoccupation du communautaire.À une haute idée de moralité et de justice distributive.Confucius, Socrate et Ibn Khaldun ont toujours exhorté à la mise en avant des intérêts de tous avant les siens propres : organiser la société selon une extension des règles de fonctionnement de la famille, cultiver les vertus de l\u2019âme avant celles du bien-être matériel, prendre garde à ce que la mauvaise monnaie ne l\u2019emporte sur la bonne et partager en toute équité les biens de la nature afin d\u2019assurer la vraie prospérité pour tous.La moindre idée d\u2019éthique est en complète contradiction avec ce que tout bon businessman est invité à faire, y compris dans les plus respectables écoles de gestion : maximiser les gains monétaires de l\u2019entreprise à tout prix.Donc: envers les deux autres facteurs de production (travail et nature) et envers la société, se comporter en égoïste absolu! Où va-t-on chercher une quelconque compatibilité avec l\u2019idée d\u2019éthique là-dedans?À partir de la fameuse phrase du père du néolibéralisme actuellement triomphant, le célèbre Nobel d\u2019économie de Chicago, Milton Friedman : « La seule responsabilité sociale du chef d\u2019entreprise est de maximiser les dividendes des actionnaires; tout autre comportement de sa part est à considérer comme subversif», on a fait, dans toutes les institutions de management, de l\u2019entreprise et des intérêts maximisés des actionnaires, l\u2019alpha et l\u2019oméga de tout ce que management veut dire.Or, ne l\u2019ouhlions pas : le management et le business ne sont que le bras armé de la pensée économique dominante qui, elle, est hautement anti-éthique et amorale, du simple fait qu\u2019elle prône l\u2019individualisme exacerbé, l\u2019égoïsme hyper-compétitif, la concurrence de tous contre tous, la multiplication de l\u2019argent pour l\u2019argent sans autre projet de société que le marché et son aveuglement de rentabilité.\t?janvier-février 2004 ReLatiONS\t\\ 5 dOSSieR Céline Boucher, Généalogies, 2001, ACRYLIQUE, AQUARELLE, COLLAGE SUR PAPIER, 152 X 176 CM problèmes nouveaux, dans un contexte où les valeurs n\u2019étaient plus consensuelles, où les changements sociaux et les défis posés par la technologie étaient considérables.Une éthique jurisprudentielle reposant sur quelques principes communs pouvait apparaître particulièrement utile pour rendre possible la vie en commun et permettre de s\u2019acclimater aux transformations de la société.Dans ce sens, l\u2019éthique s\u2019identifie à la dynamique de la morale dont nous voulions tant nous libérer; les règles sont nouvelles, mais l'esprit demeure le même.Les experts en éthique qu\u2019on appelle éthiciens ou bioéthiciens peuvent être comparés à de nouveaux clercs.Ils servent de consultants et leurs discours visent à rassurer.Leur méthode de travail consiste à appliquer un certain nombre de principes « universels » pour résoudre les dilemmes et les problèmes qui confrontent les individus et les organisations.Au terme, cette forme de travail de l\u2019éthique consiste à parvenir à un consensus de type pragmatique autour de la décision à prendre plutôt qu\u2019à favoriser l\u2019expression des croyances profondes de chacun.De nombreux rapports publiés dans le champ de la bioéthique ont vu le jour en raison de la division et de l\u2019inquiétude de l\u2019opinion publique.Si le fait est habituellement reconnu au début des documents, en cours de route les perspectives des diverses visions se perdent de vue; le besoin du consensus semble primer sur toute autre considération.Ces manières de faire prennent toute la place.D\u2019autres facettes de l\u2019éthique n\u2019arrivent pas alors à s\u2019exprimer dans les débats publics.àà____I 2 MF, Un des pères de la pensée économique contemporaine, Friedrich Von Hayeck, a fort justement statué : « L\u2019idée d\u2019économie de marché est incompatible avec celle de justice sociale! » Pour quelle raison donc, dogmes du néolibéralisme obligent, a-t-on choisi le marché contre la justice sociale?Il est tout à fait clair que cette entité que l\u2019on désigne par marché, et que l\u2019on veut barder, en soi, de toutes les garanties de juste répartition des richesses, des biens et des services, n\u2019est que - comme l\u2019a déjà dit John Kenneth Galbraith - « commode fiction » pour que les économistes puissent faire leurs calculs et les politiciens prendre des décisions qu\u2019ils croient savantes.donc morales.Et voilà où l\u2019illusion d\u2019éthique dans les affaires économiques se glisse de façon pernicieuse.L\u2019économie et les économistes se livrent à des calculs compliqués qu\u2019ils présentent comme science, et la politique et les politiciens envisagent et édictent des mesures supposées dériver de ce que voudrait la science.Le tout bien entendu, entouré, soutenu, enrobé de lois.Or, comme les lois et le droit sont vite identifiés à l\u2019idée de jus- tice, nous voilà en pleine mystification linguistique et sémantique : l\u2019économie, le business et ce qu\u2019ils désirent, c\u2019est de la science; les lois faites par et pour les politiciens qui sont issus de ces mêmes milieux du business, c\u2019est la justice.Ce qui est légal est donc juste et honnête.Voilà comment, au nom de ce qui est prétendu scientifique, de ce qui est prétendu relever du juste et de l\u2019honnête, des générations de faiseurs d\u2019argent sans scrupules se gavent criminellement aux dépens de leurs semblables les plus faibles et de la nature, non seulement en toute impunité, mais aussi en prétendant devoir être les héros adulés de nos sociétés admi-ratives et reconnaissantes.« La grandeur d\u2019une civilisation se mesure à la façon dont elle traite les plus faibles », écrivait Jean Rostand; « Ceux qui dorment dans la rue à New York l\u2019ont librement choisi», rétorquait Ronald Reagan; « Le rôle de l\u2019éducation c\u2019est de donner au marché un bon capital humain », renchérit Jean Charest.Quel progrès humaniste depuis les propos du vénérable savant et philosophe de la fin du XIXe siècle! 16) ReLatiONS janvier-février 2004 Faut-il en Finir avec l\u2019éthique?Dans les années 1960, nous avons rêvé d\u2019une éthique qui allait favoriser le développement d\u2019un monde plus humain.Le fondement de l\u2019entreprise était humaniste.Dans les faits, la voie qui s\u2019est imposée a privilégié la voix des experts et des principes normatifs.Dans le secteur de la recherche et des soins de santé, la solution trouvée a consisté à donner la parole aux individus à travers le consentement éclairé.Si elle Il faut des lieux dans lesquels la délibération citoyenne serait valorisée, chacun pouvant exprimer la profondeur de ses croyances et de ses valeurs tout en étant écouté et questionné.Ce seraient des lieux de débat citoyen.répondait bien à une valeur de l\u2019époque, l'orientation retenue n\u2019a pas entraîné une plus grande humanisation des services de soins.Ce besoin de fond est toujours là.Les mêmes constats se répètent dans le domaine des affaires et de la politique; malgré les lois et les normes, les révélations de scandales se multiplient.D\u2019autres niveaux de réflexion s\u2019imposent donc.En définissant l\u2019éthique comme « la visée de la vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes», Paul Ricœur invite à réexaminer nos pratiques éthiques des dernières années à partir de leur sens.Que cherchons-nous quand nous affirmons donner priorité à l\u2019éthique?Que serait cette vie bonne avec et pour autrui et qu\u2019exige-t-elle de nous tous?Que sont des institutions justes en contexte contemporain?Peut-on discuter d\u2019éthique sans aborder la question du sens de l\u2019humain?Nos sociétés sont devenues plus sensibles au besoin de consultation publique.Donner la parole aux citoyens est reconnu par les autorités publiques qui mettent sur pied des commissions d\u2019étude et des bureaux d\u2019audience publique, pour ne nommer que ces deux formes.Beaucoup de ces consultations ont porté sur des problèmes à consonance éthique, dans le domaine de l\u2019environnement, de la recherche biomédicale ou des services de santé.Ces travaux ont-ils favorisé une réflexion, une prise de parole et des recommandations exprimant les valeurs profondes et les visions anthropologiques des uns et des autres?D\u2019une certaine manière, oui.Peut-être cherchons-nous trop le consensus de manière à pouvoir avancer et ne pas retarder la recherche, le développement et l\u2019innovation, au nom de l\u2019économie du savoir et dans un contexte de compétition internationale?Il faut des lieux dans lesquels la délibération citoyenne serait valorisée, chacun pouvant exprimer la profondeur de ses croyances et de ses valeurs tout en étant écouté et questionné.Ce seraient des lieux de débat citoyen.La facette de l\u2019éthique qui serait alors privilégiée serait celle de la réflexion commune.Cette proposition est naïve et utopique, mais une éthique sans utopie peut-elle encore se considérer porteuse d\u2019idéal?Si la critique faite à l\u2019éthique ne met pas en cause le sérieux du travail de nombreux spécialistes engagés dans ce champ, il importe toutefois de prendre conscience des limites de ce travail s\u2019il n\u2019est pas accompagné d'un autre type de réflexion.Celle-ci ne doit pas se faire en vase clos et relever des seuls spécialistes en éthique.Elle doit être une œuvre commune de toute la société et mettre à contribution des participants de disciplines qui jusqu\u2019ici ont été peu présents.\u2022 Disons-le sans ambages ni hypocrisie ; il y a des décennies que le profit, maximal de surcroît, ne se fait plus que sur le chômage et la pollution.Pas un jour ne passe sans que l\u2019on apprenne que de nouvelles espèces sont menacées de disparition, que des eaux sont contaminées, que des cohortes de licenciements sont envisagées.Comment alors ne pas penser aux prémonitions des classiques : la loi d\u2019airain de la baisse tendancielle des taux de profits, de Karl Marx; celle de l\u2019assèchement de la demande effective par l\u2019hyper concentration de la richesse, de John Hobson?Depuis les honteux traficotages et basses pratiques des Rockefeller (dynamitage des concurrents à la fin du XIXe siècle), des Morgan (escroqueries de dizaines de millions sur le dos de petits actionnaires durant les années 1920), des Kennedy (trafic de l\u2019alcool durant la prohibition).aux scandaleux détournements et «primes» de nos modernes Messier (Vivendi), Welch (General Electric), Grasso (NSEC), Roth (Nortel), Black (Hollinger).c\u2019est au fond la même histoire de déni de justice, d\u2019éthique et de morale qui continue pour que les sociétés humaines puissent admettre en leur sein les extrêmes que redoutait Aristote.Mettre fin aux systèmes qui tolèrent la cœxistence d\u2019extrêmement riches et d\u2019extrêmement pauvres (les seconds étant nécessaires aux premiers) est le tout premier pas d\u2019un chemin vers l\u2019éthique en affaires.Les premiers Rockefeller, Morgan, Kennedy.étaient des escrocs légaux; nos Black, North, Messier, Jobs.commencent à paraître immoraux (mais encore bien difficilement illégaux); le reste des dirigeants et managers actuels, eux, continueront, tant que les conceptions en matière d\u2019économie et de management n\u2019auront pas fini avec les dogmes du business à l\u2019américaine (aussi démentiellement maximaliste qu\u2019ennemi déclaré du travailleur et de la nature), à être les otages d\u2019un actionnariat devenu roi et fou, autant que d\u2019un technologisme broyeur d\u2019humains devenu progrès et productivisme.L\u2019éthique dans tout cela: un semblant de bonne conscience incantatoire et un slogan hypocrite pour habiller de nouveaux cours rituels en écoles de gestion, rien de plus! janvier-février 2004 ReLatiONS dOSSieR Nos gènes entre les mains des experts Marco Veilleux CART@GENE est un projet de recherche d\u2019envergure dont l\u2019objectif principal est la création d\u2019une base de données génétiques représentative de l\u2019ensemble de la population du Québec.Son équipe scientifique multidisciplinaire est constituée d\u2019une trentaine de chercheurs du Réseau de médecine génétique appliquée (RMGA).Il est sous la coupe de l\u2019Institut de population et génétique (IPEG), organisme créé en juin 2003 pour coordonner « dans l'intérêt du public et de la science » tous les projets de recherche québécois en génétique, génomique et protéomique.Pour réaliser ce «portrait de famille génétique», les chercheurs de CART@GENE veulent bientôt recruter entre 50 000 et 60 000 volontaires (un échantillon représentant environ 1 % de la population québécoise).Ce recrutement se ferait dans un bassin de personnes âgées de 25 à 74 ans choisies au hasard dans le fichier de la Régie de l\u2019assurance-maladie du Québec.Rejoints par la poste et par téléphone, ces volontaires seraient invités à remplir un questionnaire concernant leurs antécédents médicaux et familiaux.Par la suite, ils devraient rencontrer une équipe clinique qui prendrait différentes mesures physiologiques et des prélèvements sanguins afin d\u2019établir leur formule d\u2019ADN (molécule constituant le support des gènes qui recèlent l\u2019information génétique et les caractéristiques héréditaires de chaque sujet).Ces données seraient « anonymisées » pour assurer la confidentialité et le respect de la vie privée.La biobanque ainsi constituée permettrait, entre autres, de « cartographier » les gènes de prédisposition (ces gènes qui accroissent les risques de développer certaines maladies) au sein de la population.Elle servirait de base pour « des études cliniques, pharma-cogénétiques ou de santé publique à grande échelle, ainsi que [pour] des recherches pouvant mener à la découverte de nouveaux gènes de susceptibilité à certaines maladies » (www.cartagene.qc.ca).Au printemps 2003, on estimait que le financement public nécessaire à un tel projet s\u2019élèverait à près de 40 millions $ sur trois ans.CART@GENE permettrait au Québec de se hisser en bonne position dans la course pour la conquête du « continent génétique » et de joindre les rangs d\u2019autres projets de génomique des populations qui se développent en Finlande, en Estonie et au Royaume-Uni.On s\u2019en doute bien, CART@GENE soulève de nombreuses questions.Le projet a d\u2019ailleurs été à l\u2019origine d\u2019un avis au gouvernement du Québec produit par la Commission de l\u2019éthique de la science et de la technologie en décembre 2002 sous le titre : « Les enjeux éthiques des banques d\u2019information génétique: pour un encadrement démocratique et responsable » (www.ethique.gouv.qc.ca).La population québécoise est-elle au fait des enjeux soulevés par CART@GENE?Les citoyens et citoyennes qui participeront à cette recherche pourront-ils vraiment en saisir les tenants et les aboutissants?Rien n\u2019est moins sûr.Spontanément, qui ne serait pas heureux de contribuer à l\u2019avancement de la science et à la lutte contre la maladie?Mais l\u2019euphorie à l\u2019égard de la génétique ne doit pas nous aveugler.Par exemple, les personnes qui participent à CART@GENE pourront recevoir de l\u2019information sur leur bagage génétique familial.Or, cette information (à l\u2019instar de toute information médicale), si elle est communiquée à un assureur, pourrait motiver le refus d\u2019une assurance-vie.Est-ce que, plus tard, des employeurs chercheront aussi à obtenir cette information pour discriminer, à l\u2019embauche, des personnes susceptibles de développer certaines maladies?Au-delà de ces effets négatifs sur le plan individuel, il faut voir que c\u2019est l\u2019ensemble des Québécois, qu\u2019ils participent ou non au projet CART@GENE, qui pourraient en subir les conséquences.Par exemple, si les chercheurs arrivent à la conclusion qu\u2019une région est plus à risque pour une maladie, c\u2019est toute cette population régionale qui sera discriminée par les compagnies d\u2019assurance.On entrevoit les dérives possibles.Les compagnies pharmaceutiques, pour leur part, trépignent déjà à l\u2019idée de développer des médicaments « sur mesure », ciblant ces nouveaux « marchés génétiques régionaux » fort lucratifs qui pourraient être identifiés par CART@GENE.Quels seront les rapports entre CART@GENE et ces entreprises privées?Rappelons le cas de l\u2019Islande, où une société pharmaceutique a obtenu, pour 200 millions $US, l\u2019accès exclusif à la banque d\u2019ADN de la population.Le patrimoine génétique d\u2019une population est un bien commun.Peut-on permettre qu\u2019il soit ainsi aliéné sans véritable débat collectif?«Est-il légitime d\u2019inférer une opinion collective à partir de l\u2019agrégation de réponses individuelles?», demandait la Commission de l\u2019éthique de la science et de la technologie.C\u2019est pourtant bien ce que s\u2019apprêtent à faire les dirigeants de CART@GENE en lançant leur campagne de recrutement volontaire.CART@GENE nous donne l\u2019impression d\u2019un train déjà en marche sur lequel la société québécoise n\u2019a jamais pu se prononcer clairement.11 ne faut probablement pas s\u2019attendre, de la part des promoteurs d\u2019un tel projet, à autre chose qu\u2019une bonne stratégie de communication et de marketing (voir Atelier n° 2 sur le site de CART@GENE) visant à nous le «vendre » à grand renfort de promesses médicales et d\u2019espoirs scientifiques.Pourtant, un véritable débat éthique et démocratique, engageant toute la société et l\u2019État, reste encore à faire.18 ReLatiONS janvier-février 2004 Le retour du tragique Entrevue avec André Duhamel Dans nos sociétés dominées par les considérations économiques où toute forme de savoir a tendance à être réduite au savoir scientifique et toute forme d'action à l'action technique, l'éthique se voit mise au service de la rationalité instrumentale.Pour la sortir de cette instrumentalisation, André Duhamel, qui est professeur à la Chaire d'éthique appliquée de l'Université de Sherbrooke, propose de revenir aux sources du tragique.Nous le remercions de l'entrevue qu'il a bien voulu nous accorder.Relations: Le recours à l\u2019éthique est devenu monnaie courante aujourd\u2019hui, souvent pour rendre les choses acceptables, au risque de camoufler de réels enjeux politiques.Pensez-vous que le rôle de l\u2019éthique soit de nous rassurer ou de nous questionner sur nos comportements personnels et collectifs?.André Duhamel : L\u2019éthique a toujours eu une fonction critique.Ancrée dans la rationalité depuis les Grecs, elle cherche à énoncer de bonnes raisons pour que nous soyons capables de préférer une action à une autre.Si, grâce à l\u2019éthique, nous recherchons de bonnes raisons pour faire les bons choix, nous ne nous appuyons pas pour autant sur des vérités toutes faites.L\u2019éthique ne cherche pas à produire des vérités ni à en transmettre.Elle vise Faction concrète et l\u2019engagement.Toute personne qui commence à s\u2019intéresser aux questions éthiques se met donc en recherche.En ce sens, l\u2019éthique questionne nécessairement.Mais l\u2019éthique n\u2019est pas seulement orientée vers la décision, elle cherche aussi à éclairer l\u2019horizon de nos actions, de nos comportements, de nos options.Les éthiques antiques et médiévales étaient situées dans un univers de sens qui permettait d\u2019inscrire l\u2019agir individuel et collectif dans un horizon plus vaste, lui donnant ainsi de la perspective.Avec le reflux des religions, la contestation de toute forme d\u2019autorité et la coupure d\u2019avec la tradition qu\u2019a connus la société québécoise, l\u2019horizon de compréhension de l\u2019éthique se trouve réduit.Quand vient le moment de comprendre nos actions dans la perspective globale d\u2019une vie réussie ou du bonheur - comme disaient les Anciens -, nous sommes démunis, insatisfaits, inquiets et même anxieux face à la direction que prennent nos choix et les résultats non désirés de nos actions.Rel.: Vous vous intéressez au tragique et à la tragédie pour penser l\u2019éthique aujourd\u2019hui.Pourquoi?A.D.: Dans nos sociétés dominées par les considérations économiques, nous avons tendance à réduire toute forme de savoir au savoir scientifique, toute forme d\u2019action à Faction technique et à considérer que l\u2019éthique serait seulement un nouvel instrument pour mieux décider.11 y a donc avantage à éviter de concevoir l\u2019éthique sur le mode technique, l\u2019agir sur le mode du faire ou du produire.S\u2019occuper des situations où même la meilleure décision reste une mauvaise décision, s\u2019occuper des choix que l\u2019on considère comme les meilleurs dans les circonstances où nous les posons, mais qui produisent néanmoins des maux pour nous-mêmes ou pour autrui, est Céline Boucher, Le cœur qui pense, 2000, TECHNIQUES MIXTES, 97 X 64 CM miM \\|\ti Ak / .\t* TMiV1' // > >7 v> ^ v-C '¦ y n ^ < s; W U ta i janvier-février 2004 ReLatiONS 19 dOSSieR une façon de se prémunir contre le danger de confondre éthique et technique.Ce qui m\u2019intéresse dans l\u2019idée de tragédie ou de tragique, c\u2019est que l\u2019éthique non seulement ne se confond pas avec la technique, mais elle ne se réduit pas non plus à une aide à la décision.L\u2019éthique comprend aussi la manière d\u2019interpréter ce que nous avons fait et surtout les actes qui ont échoué.Dans la tragédie grecque, les auteurs s\u2019intéressaient à montrer que les vertus et les meilleures intentions pouvaient conduire aux pires conséquences.La tragédie antique met souvent en scène l\u2019horreur, la violence, la vengeance, la souffrance.Si nos actions dans nos mondes techniques aboutissent à des tragédies, il est important de cesser de penser le mode de l\u2019action sur le mode de l\u2019expertise et de la technique, il est temps de le penser sur le mode du tragique.Paul Ricœur dit que la tragédie peut instruire l\u2019éthique, car elle met au défi nos catégories habituelles d\u2019action et de comportement.Dans plusieurs traditions philosophiques, notamment française et anglosaxonne, depuis deux ou trois décennies, se manifeste un regain d\u2019intérêt pour les éthiques grecques antiques et pour des écrits autres que philosophiques, à savoir le théâtre et la littérature.La tragédie est d\u2019abord une forme d\u2019art dramatique.Il y a donc un héritage à récupérer, une tradition à reprendre et à transformer pour nos propres besoins, pour que nous soyons de nouveau capables de comprendre la dimension existentielle de l\u2019action, celle qui cherche à lui donner sens et pas seulement à orienter la meilleure décision.le montrer.L\u2019éthique s\u2019intéresse davantage aux décisions correctes en répondant à de bonnes raisons; tandis que celles qui, orientées également par de bonnes raisons, mais qui échouent, sont laissées de côté.Dans cette optique, le tragique de l\u2019action n\u2019est pas quelque chose qu'on peut introduire dans une délibération pour mieux décider, c\u2019est quelque chose qui peut être utile après la décision.L\u2019agir ne se réduit pas à la seule décision, il englobe toutes les interprétations que nous faisons rétrospectivement.Rel.: « Cette délibération après décision » ne rejoint-elle pas la tragédie dans la mesure où celle-ci est une mise en scène de l\u2019action, donc une représentation, une interprétation et une relecture?A.D.: Certains pourraient rétorquer que cette éthique est davantage contemplative, parce qu\u2019elle bénéficie de la mise à distance qu\u2019a provoqué l\u2019événement malheureux ou de l\u2019action qui a échoué.L\u2019éthique doit nécessairement inclure ce moment de prise de distance, d\u2019interprétation.Cette mise en scène est une mise en sens.Une action qui devient absurde, parce que les événements nous échappent, doit être reprise pour en reconstruire le sens.Les événements tragiques sont difficilement prévisibles.Quand ils le sont, l\u2019action technique suffit à les contourner.Mais si une fracture est survenue dans notre façon de nous envisager comme personnes responsables, il faut reconstruire le sens de qui nous sommes, après coup.Si nous avons causé la mort d\u2019une personne en la heurtant avec notre voiture, alors que nous avions respecté le code de la route et n\u2019étions pas négligents, il n\u2019y a pas de faute et nous ne pouvons être blâmés.Nous y sommes pourtant pour quelque chose et nous pouvons regretter ce que nous avons causé.Il faut que nous délibérions après coup.Rel.: Mais, au juste, que mettez-vous sous ce terme « tragique »?A.D.: Pour ma part, cherchant comment le tragique peut instruire l\u2019éthique, je retiens un sens que j\u2019emprunte à Ricœur, celui du « tragique de l\u2019action ».11 se produit quand notre agir se renverse en pâtir, quand l\u2019action se retourne contre nous-mêmes et nous met en position de patients.Telle est, par exemple, la position du médecin qui a essayé de sauver un enfant, mais qui n\u2019a pas réussi et qui doit assumer le fait que même si ce n\u2019est pas de sa faute, c\u2019est tout de même par son action qu\u2019une vie a été perdue.Cela s\u2019applique aussi aux décisions concernant les politiques publiques.Par exemple, quand des gouvernements, des ministres ou des fonctionnaires décident de la répartition des fonds en soins de santé.Ils peuvent très bien appréhender que si l\u2019État n\u2019investit pas dans tel secteur, il y aura probablement un nombre de maux ou de décès supplémentaires.Voilà quelque chose à assumer, même si ce n\u2019est pas ce que l\u2019on veut mettre en place.Cependant, ce moindre mal - quand bien même il est moindre - est un mal.L\u2019éthique contemporaine s\u2019intéresse relativement peu à ce type de situations, parce qu\u2019habituellement elle cherche à aider à la décision d'une façon normalisée, surtout en éthique appliquée.L\u2019ensemble des normes de déontologie est là pour Rel.: Par ce biais, l\u2019éthique peut-elle nous aider à donner sens à l\u2019action?A.D.: Oui, car le tragique de l\u2019action concerne les limites, notamment celles de notre autonomie comme agent moral.J\u2019aime à dire que la dimension éthique du tragique de l\u2019action Si nos actions dans nos mondes techniques aboutissent à des tragédies, il est important de cesser de penser le mode de l'action sur le mode de l'expertise et de la technique, il est temps de le penser sur le mode du tragique.est une sorte d\u2019éthique de l\u2019hétéronomie.Les humains façonnent leur monde et la nature, mais ne la contrôlent pas entièrement.C\u2019est de cette manière que l\u2019on retrouve la trace de l\u2019humain.Le tragique de l\u2019action nous invite à nous préoccuper de l\u2019interface de l\u2019humain et du monde.Dans la perspective moderne, l\u2019éthique dépend de nos décisions, d\u2019un monde parfaitement contrôlable par la raison humaine.Or, le tragique de l\u2019action nous invite à voir qu\u2019il y a des limites au contrôle sur notre propre monde, que notre rationalité n\u2019est pas seulement la rationalité technique.Même la rationalité morale nous échappe en partie, de sorte que tout notre 20) ReLatiONS janvier-février 2004 *0ÊÈ V mm v > mm èV ¦ W&i m f \u2022 *¦' T|k> univers éthique est entouré de quelque chose que nous ne voyons pas venir.Ce monde-là nous est en partie obscur.Le tragique de l\u2019action permet d\u2019éclairer cette dimension apparemment irrationnelle de l\u2019existence humaine et de renouer avec un certain sens de l\u2019homme.Il y a du non volontaire dans l\u2019action humaine, des limites à la rationalité.Nos actions, nos perspectives morales sont ancrées dans un corps, des passions, des émotions.La tragédie nous le rappelle.Le monde est contingent.L\u2019humain comprend une part de vulnérabilité et de fragilité.L\u2019ambition technique de nos civilisations oublie cette finitude.Plus notre pouvoir croît, plus nous avons l\u2019impression qu\u2019il suffit d\u2019un surcroît de pouvoir pour régler nos problèmes.Cette impression est souvent trompeuse.Rel.: Comment l\u2019éthique peut-elle être porteuse de sens pour nos sociétés et pas seulement pour les individus?A.I).: Ce n\u2019est pas pour rien que l\u2019éthique et la philosophie sont nées à Athènes, dans un univers où la parole publique était importante.Chez les Grecs, la relation entre éthique et politique n\u2019était pas celle du monde moderne qui limite l\u2019intervention de l\u2019État au nom des droits et libertés individuels.Aristote disait ainsi que le bien de l\u2019individu et le bien de l\u2019État étaient une seule et même chose.La tragédie, dans la représentation théâtrale, pointait du doigt le moment où cette imbrication entre l\u2019éthique et le politique était prise en défaut.Écrite quelques années après l\u2019expédition grecque en direction des Perses, la tragédie d\u2019Eschyle, Les Perses, rappelle aux Grecs que ceux qu\u2019ils ont réduit en esclavage sont des humains comme eux, capables de souffrir.On ne peut donc leur faire subir n\u2019importe quoi.La tragédie ramenait dans le domaine public des considérations sur ce que signifiait être une nation conquérante, avec le risque d\u2019être à son tour conquise et réduite en esclavage.La tragédie permettait de critiquer l\u2019orgueil, l\u2019arrogance et la démesure.Dans le domaine politique, elle permettait de contester le conformisme social, de questionner les idées admises à l\u2019époque.Aujourd\u2019hui, réintroduire la catégorie du tragique permet aussi de questionner l\u2019éthique, notamment l\u2019éthique sociale.L\u2019éthique peut conduire à se prononcer sur des questions collectives et des enjeux collectifs, sur les droits et la justice sociale dans une société donnée.Le domaine propre du politique, c\u2019est la mise en œuvre.Celle-ci n\u2019est pas nécessairement facile.Un débat a eu lieu aux États-Unis, il y a plusieurs années, sur la question « des mains sales » en politique.Dans le domaine de la décision collective ou de la décision politique, il peut aussi y avoir des choix tragiques où des maux sont causés pour en éviter d\u2019autres.Et le tragique de l\u2019action politique sera d\u2019accepter de se salir les mains et d\u2019assumer le jugement qu\u2019on portera sur soi ou que la population portera Céline boucher, sur nos actions, d\u2019assumer le fait que décider pour un moin- mémoriser, 2002, dre mal est quand même causer des maux.Le tragique de l\u2019ac- acrylique sur toile, tion vaut donc autant pour l\u2019action individuelle que pour les 61 x 51 cm décisions collectives.Le tragique de l'action permet d'éclairer cette dimension apparemment irrationnelle de l'existence humaine et de renouer avec un certain sens de l'homme.Il y a du non volontaire dans l'action humaine, des limites à la rationalité.Rel.: Mais ne pensez-vous pas que l\u2019éthique tend aujourd\u2019hui à se substituer au politique en réduisant celui-ci à des procédures efficaces et opérationnelles?A.D.: La vogue éthique actuelle semble tout à fait reléguer au second plan les dimensions politiques ou collectives.On a l\u2019impression qu\u2019elle ne concerne que les individus, que les professionnels, par exemple, avec les codes d\u2019éthique ou de déontologie.L\u2019éthique remplacerait, en quelque sorte, les espoirs mis dans les changements sociaux ou dans la révolution politique, il y a quelques années.Certains pensent qu\u2019à notre époque postmoderne, l\u2019éthique remplace le politique.Ce n\u2019est pas du tout ma conception.Le politique se caractérise par le conflit que l\u2019on ne peut régler en faisant simplement appel à l\u2019éthique, au dialogue, à la délibération.Vivre en société, c\u2019est se donner des moyens institutionnels - à savoir les constitutions, les régimes politiques - pour vivre ensemble avec et malgré un conflit.L\u2019éthique n\u2019englobe pas le politique et ne le remplace pas.Chacun a son domaine propre.Pour moi, ce qui caractérise le politique, c\u2019est surtout le conflit.On ne pourra pas se passer d\u2019institutions politiques, de procédures qui permettent d\u2019aboutir à des compromis plutôt qu\u2019à des solutions.L\u2019éthique peut, bien sûr, parler du politique, au sens où il y a une éthique gouvernementale, une éthique politique tout à fait bienvenue, mais elle ne remplace pas le domaine propre de l\u2019action politique.\u2022 (Entrevue réalisée par Anne-Marie Aitken) janvier-février 2004 ReLatiONS \\2.\\ dOSSieR Aux sources du politique Dans sa quête de repères, l'éthique est une réponse adéquate à l'incertitude contemporaine sur la manière d'agir dans tel ou tel domaine et au cynisme ambiant qui mine tout comportement renvoyant à des normes.La surenchère éthique, par contre, est le symptôme du dépérissement inquiétant du politique, auquel il nous faut répondre par une éthique de la dissidence.Jean-Claude Ravet Il y a des images qui nous arrachent du monde et nous le font oublier, nous consolent de la laideur scandaleuse qui y règne.Captivés par leur beauté, enivrés par ce qu\u2019elles évoquent en nous, nous nous y blottissons comme dans un cocon à l\u2019abri du froid et de la grisaille du dehors.Il en va de certains concepts comme de ces images : ils suspendent le regard critique et la responsabilité d\u2019agir, servent à s\u2019adapter à la réalité, à s\u2019y conformer et à s\u2019y accommoder en la rendant acceptable.Ils font en sorte que soient contenus, apaisés, étouffés l\u2019indignation et son ressort de révolte qui mène au combat pour la justice et pour le bien.Il en est souvent ainsi quand les concepts politiques se pétrifient avec l\u2019usage, oblitérant leur commencement subversif et leur raison d\u2019être, à savoir la volonté de comprendre, de juger et d\u2019agir sur le monde pour en faire une habitation digne, humaine.Étrangement, l\u2019idée d\u2019Humanité peut être de ces mots somnanbulesques qui servent trop souvent de justification à un état de chose intolérable, tel un arbre majestueux qui cache la forêt dévastée d\u2019hommes et de femmes fauchés dans leur dignité, tailladés par la misère et l\u2019exploitation.Ainsi en va-t-il de l\u2019éthique - cet art d\u2019habiter humainement le monde - une fois qu\u2019elle est accaparée par les experts, utilisée comme un lustre humanisant sur un rouage inhumain, comme le goupillon bénissant les troupes conquérantes pour donner bonne conscience avant un massacre appréhendé.Du dépérissement du politique Il ne s\u2019agit pas, bien entendu, de jeter le bébé éthique avec l\u2019eau du bain de son instrumentalisation.Car celle-ci est inextricablement liée à un phénomène plus large, autrement plus inquiétant : la menace de la disparition du politique.Ce qui est en jeu, c\u2019est notre capacité même d\u2019agir dans le monde et de l\u2019habiter humainement; ce qui fonde précisément l\u2019éthique.Que se passe-t-il, en effet, sous les coups répétés de la production déchaînée de marchandises, de l\u2019impatience du profit, du déploiement effréné de l\u2019emprise technique qui impose sa logique du « tout est possible et ce qui est possible doit être fait »?Le monde est de plus en plus perçu seulement comme un inventaire de ressources et un réservoir d\u2019énergies exploitables mis au service d\u2019une logique affairiste, soucieuse de manipulation tous azimuts.Logique dont les maîtres mots sont « efficacité et effectivité », laissant libre cours à l\u2019intervention technique dans tous les domaines de la vie.La grammaire néolibérale fait écho à cette organisation de la société selon le modèle de l\u2019entreprise, dans laquelle les bons gestionnaires - au fait des techniques pour résoudre les problèmes sociaux - s\u2019adjoignent une cohorte d\u2019éthiciens patentés, experts dans l\u2019art du bricolage à la pièce du vivre ensemble, ne serait-ce que pour assurer la paix sociale.Rien d\u2019étonnant, dès lors, à ce que le citoyen soit défini en termes L'affirmation de notre liberté Henri Lamoureux l'auteur, socio-\tT'Vour certains, l\u2019éthique n\u2019est qu\u2019un qualificatif accordant éthicien, enseigne\tl-^un sceau de moralité à des entreprises, à des com- à l'école de travail J_ portements ou à des pratiques.On parle ainsi de fonds social de l'uqam de placement « éthiques », de pratiques politiques « plus éthiques », de modes de fonctionnement « éthiques » ou « peu éthiques », etc.Désormais des éthiciens conseillent des professionnels de la santé, des sciences de la vie, du génie, de l\u2019administration publique, etc.L\u2019éthique crée de l\u2019emploi! Ces éthiciens fournissent des grilles, des recettes techniques, des modèles d\u2019analyse « clef en main », qui font très souvent l\u2019économie d\u2019un savoir, d\u2019une culture indispensable à la compréhension des actions humaines.Les éthiciens peuvent même jouer les Tartuffe de service et être les faire-valoir de pratiques gouvernementales d\u2019une moralité fort douteuse.D\u2019autres, dont je suis, croient que l\u2019intérêt de l\u2019éthique réside dans le fait qu\u2019elle nous permet de définir les valeurs humaines et sociales qui fondent nos existences.L\u2019éthique s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019un univers normatif influencé par des visions du monde où nos valeurs de référence prennent sens.Questionnement critique de la cohérence de nos agirs personnels et collectifs, la réflexion éthique nous convie aussi à nous engager pour transformer notre monde.Une des formes majeures de cet engagement est l\u2019exercice de la citoyenneté par laquelle s\u2019affirme la liberté de chaque être humain et la reconnaissance de sa souveraineté.Cette liberté s\u2019exerce dans le cadre exigeant du rapport à l\u2019autre.Si l\u2019on reconnaît que la réflexion éthique devrait viser la plus grande adéquation possible entre les valeurs humaines et sociales que nous prétendons chérir et notre façon de les actualiser, force est alors de reconnaître que l\u2019engagement citoyen est sans doute la voie royale qui permet de s\u2019approcher au plus près de cet objectif.22) ReLatiONS janvier-février 2004 fie client, de consommateur et d\u2019entrepreneur, évacuant comme superflue la discussion sur les finalités, la réflexion, le jugement et le courage dans Faction collective.Le bien commun est ainsi disqualifié au profit des réflexes d\u2019adaptation, de rentabilité, de marketing, nouvelles vertus cardinales de la citoyenneté présupposant un rapport au monde de l\u2019ordre de l\u2019utilitaire et du fonctionnel.Or, en contre-pied de ce «fonctionnalisme », le mode d\u2019existence que sous-tend le politique implique que le sens n\u2019est pas donné d\u2019avance.Entre soi, les autres et les choses; entre Faction et le réel, il y a un monde dans lequel on ne pénètre que grâce au détour de la parole partagée, avec ses zones d\u2019opacité et d\u2019insaisissable.Cet ébranlement du sol du réel que l\u2019on croyait solide, du sens que l\u2019on croyait évident et donné, fait en sorte que l\u2019être humain ne vit pas simplement pour vivre, mais pour vivre « une vie issue de la liberté et pour la liberté ».Cela ne peut se faire que dans des espaces de pluralité, de débats, d\u2019actions concertées qui instituent la cité, comme nous Font rappelé à leur manière Hannah Arendt et Jan Patocka.L\u2019enjeu est donc de déjouer cette entreprise de domestication, qui nous englue dans une vie routinière et apathique, et dont nous sommes souvent les protagonistes zélés, par peur, intérêt et ignorance.Il s\u2019agit de reprendre possession du politique qui fut l\u2019invention humaine par excellence pour rompre avec la domination.Ce dernier n\u2019occulte pas le fondement du social : le désordre et le conflit.Il institue une fiction qui permet leur dépassement et leur résolution toujours précaire, au sein d\u2019un monde commun qui unit autant qu\u2019il sépare les êtres humains, afin qu\u2019ils se meuvent dans la liberté.De la démobilisation.Notre rapport à la Déclaration des droits de l\u2019Homme - sur lequel se fonde en grande partie la société occidentale - est emblématique de cette neutralisation possible d\u2019un idéal pourtant émancipateur et mobilisateur.La Déclaration est une injonction, un impératif pour faire en sorte que les êtres humains deviennent ce qu\u2019ils sont et qu'ils se reconnaissent Céline boucher, fiesta, comme tels.Elle est, en fait, un rêve incarné : si les êtres\t2001, acrylique sur humains naissent égaux, c\u2019est qu\u2019une fiction juridique leur\ttoile, 61 x 51 cm garantit ce droit.Dans les faits, ils ne le sont pas toujours, loin de là.Ils ne le seront certainement pas sans une décision politique dans un territoire donné.Cette conception humaine ainsi enchâssée dans le droit, faut-il le rappeler, Fa été à travers des luttes sociales et politiques souvent sanglantes : des hommes et des femmes se Il s\u2019exerce à travers les rituels démocratiques par lesquels nous mandatons des personnes pour nous représenter là où s\u2019établissent les lois et les règles qui donnent sens à ia liberté, l\u2019équité, légalité, etc.En effet, les élus déterminent le cadre fiscal qui assure en partie la répartition de notre richesse collective.Ils établissent aussi en notre nom les mesures de solidarité sociales - la sécurité du revenu, le soutien aux familles, l\u2019aide aux étudiants et aux personnes âgées, etc.Trois exigences s\u2019imposent alors.La première est que les mandatés soient responsables de leur mandat auprès des citoyens et leur rendent compte de leur exercice.La deuxième est que les citoyens, riches de cette assurance, accordent à l\u2019élu une marge de manœuvre raisonnable, essentielle à un exercice du pouvoir qui devrait reposer sur le dialogue.Enfin, les mandatés doivent n\u2019avoir qu\u2019un seul objectif : le bien commun.Ces exigences sont difficilement respectées aujourd\u2019hui, tant à cause de la professionnalisation du politique qui transforme les mandatés en mercenaires politiques, souvent acquis aux groupes sociaux dominants, que des comportements politiques éthiquement incohérents.Comment s\u2019étonner alors qu\u2019après avoir assisté au détournement de sens d\u2019un des traits majeurs de la vie démocratique, les citoyens, lassés de tant d\u2019hypocrisie, renoncent à l\u2019expression de leur souveraineté?Nous exprimons aussi notre souveraineté de citoyens à travers les mouvements sociaux et les milliers d\u2019organismes et d\u2019associations qui les composent.Ceux-ci nous offrent la possibilité d\u2019y parler en notre nom, d\u2019exprimer la complexité des problèmes auxquels nous sommes confrontés et d\u2019établir avec les différents niveaux de pouvoir un dialogue dont l\u2019objectif est la satisfaction du bien commun.Par cette forme de citoyenneté, nous manifestons la prise en main de nos conditions d\u2019existence individuelles et collectives.C\u2019est une des expressions de notre liberté pour affirmer avec force que personne ne perd jamais son temps à contribuer, selon ses moyens, à donner toujours plus de sens à ce que l\u2019on nomme « l\u2019humanité ».janvier-février 2004 ReLatiONS (23 dOSSieR sont dressés, et se dressent encore, élèvent la voix et le poing, montent aux barricades, font grève, sont emprisonnés, torturés, assassinés et sacrifient leur vie à cet amour de la vie, à cette passion pour la dignité, la justice et la liberté.Abstraire les droits de cette origine, de ce commencement à renouveler sans cesse, c\u2019est faire œuvre de mystification, c\u2019est laisser croire que l\u2019égalité, la liberté et la solidarité sont Cet ébranlement du sol du réel que l'on croyait solide, du sens que Ton croyait évident et donné, fait en sorte que l'être humain ne vit pas simplement pour vivre, mais pour vivre « une vie issue de la liberté et pour la liberté ».«naturelles» et vont de soi.Elles sont, au contraire, à conquérir.Elles apparaissent dans la lutte elle-même et disparaissent dès qu\u2019on baisse la garde et s\u2019en remet au destin, il n\u2019y a pas de monde véritablement humain sans l\u2019agir politique pour le faire advenir, qui en fait « une œuvre d\u2019art humaine » instituant des normes, des limites au possible et à la démesure.Sans quoi, il n\u2019y a que morale et raison du plus fort! .à une éthique de la dissidence Le mirage économique et technique - comme si l\u2019humanité allait vers son accomplissement par le seul déploiement de forces impersonnelles - qui obnubile l\u2019Occident, fait œuvre de démobilisation et de démoralisation.D\u2019où l\u2019urgence de le contrer, de faire volte face et d\u2019affronter la main de son maître.De se mobiliser.La citoyenneté mise en péril doit pouvoir renouer avec une éthique de la dissidence et de la révolte.La fiction bourgeoise de la citoyenneté s\u2019est d\u2019ailleurs mise en place en occultant les espaces publics populaires - pamphlétaires autant qu\u2019ar-gumentaires - où la passion se conjuguait avec la raison.La passion sans raison n\u2019étant qu\u2019un cri, la raison sans passion qu\u2019un ronflement! Cette éthique de la révolte est au surgissement même du politique qui se dresse contre « l\u2019ordre naturel des hommes disposés en troupeau » et ébranle le sol des certitudes.Elle fait de la liberté, non pas un état, mais une lutte, une tâche et une responsabilité.Cette éthique est indignation convertie en courage de remettre en question la fabrication compulsive de marchandises et la reproduction frénétique d\u2019individus contraints à trouver leur raison d\u2019être dans la fonctionnalité consciencieuse, la productivité assidue, si ce n\u2019est dans leur consommation boulimique.L\u2019écart entre les riches et les pauvres - malgré les inventions techniques - n\u2019a jamais été si grand.De même l\u2019explosion des profits.La faim, les maladies, les guerres et la misère fauchent scandaleusement.Plus près de nous, le gouvernement, pour le bien des « élus » et des gagnants, enchaîne la société au néolibéralisme dont il est enivré.Une aspiration à la bonté, à la beauté et à la justice sourd de nous, du plus profond de nous, comme ne nous appartenant pas mais s\u2019y logeant.Telle la part la plus précieuse, sans laquelle nous ne saurions être nous-mêmes et être libres, elle fonde la dignité inaliénable de l\u2019existence humaine.Elle est source d\u2019espérance et d\u2019engagement.Ainsi, la première prière qui monte vers Dieu, dans la Bible, rappelle qu\u2019on ne peut juguler cette source sans que l\u2019on dérive dans la servitude : « La voix du sang de ton frère crie du sol vers moi.Tu iras dans le monde divaguer et trembler » (Genèse 3, 10-12).L\u2019impératif, avant même de proposer des alternatives, est donc celui de tirer les freins d\u2019urgence d\u2019un train emballé dont le conducteur a fui, et ce malgré la voix rassurante d\u2019un contrôleur soucieux de répéter fidèlement la consigne.\u2022 Pour prolonger la réflexion LIVRES AKTOUF, Omar, La stratégie de l'autruche.Post-mondialisation, management et rationalité économique, Montréal, Écosociété, 2002.COMMISSION DE L\u2019ÉTHIQUE, DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNOLOGIE, Les enjeux éthiques des banques d'information génétique : pour un encadrement démocratique et responsable.Québec.2003.LASVERGNAS, Isabelle (sous la direction de), Le vivant et la rationalité instrumentale, Montréal, Liber, Cahiers de recherche sociologique, Éthique publique, Hors série, 2003.GUILLEBAUD.Jean-Claude, Le principe d'humanité, Paris, Seuil, 2001.LACROIX, André et MALHERBE, Jean-François, L'éthique à 1ère du soupçon.La question du fondement anthropologique de l\u2019éthique appliquée, Montréal, Liber, 2003.LAMOUREUX, Henri, Les dérives de la démocratie, Montréal, VLB, 1999.LORDON, Frédéric, Et la vertu sauvera le monde.Après la débâcle financière, le salut par l\u2019« éthique »?, Paris, Éditions Raison d\u2019agir, 2003.PATOCKA, Jan, Liberté et sacrifice, Grenoble, J.Millon.1990.SOMMERVILLE, Margaret, Le canari éthique.Science, société et esprit humain.Montréal.Liber.2003 24) ReLatiONS janvier-février 2004 Ilf Prochain numéro Le numéro de mars de la revue Relations sera disponible en kiosques et en librairies au début du mois de mars.11 comprendra notamment : \u2022\tUn dossier sur le pouvoir dans l\u2019Église, incluant des articles sur les racines historiques de la conception et des formes actuelles de pouvoir; le rendez-vous manqué de Vatican 11; l\u2019exclusion chronique des femmes; ainsi que sur l\u2019apport novateur de la théologie de la libération.\u2022\tUne controverse sur une association nationale et unitaire de groupes communautaires autonomes.\u2022\tUne analyse de la situation au Guatemala, après les récentes élections présidentielles.\u2022\tLa conférence de Daniel Bensaïd, prononcée à Montréal, à l\u2019automne dernier, sur les défis de la gauche.\u2022\tLa suite de la chronique de l\u2019écrivaine Hélène Monette, illustrée par Janice Nadeau.\u2022\tDes œuvres de notre artiste invitée, Sylvie Leclerc.Sylvie Leclerc, Sans titre, série « Le tombeau vide », 2001 ReLatiONS Visitez notre site : www.mverelations.qc.ca L'', ?N ReLatiONS société politique religion l a Revue s.> * «*« u» rtmovu» u» \u2022\tVoyez le sommaire du numéro courant en page d\u2019accueil.\u2022\tInscrivez-vous à notre liste d\u2019envois par courriel et recevez à l\u2019avance la liste des articles et des auteurs à paraître dans le prochain numéro.\u2022 Consultez nos archives et découvrez un sommaire détaillé des huit derniers numéros, une table des numéros précédents et une banque de 250 textes à imprimer, classés par thèmes.ReLatfoNS \u2022 Voyez les détails entourant nos tables rondes organisées dans le prolongement de l\u2019un ou l\u2019autre des numéros de la revue.\u2022 Cliquez sur @ et faites-nous part de vos commentaires! janvier-février 2004 ReLatiONS (25 aiLLeuRS Les défis contemporains du Vietnam Le tournant vers une économie de marché n'a pas amoindri la poigne de fer du Parti unique sur la société vietnamienne, ne tolérant guère de voix critiques en son sein.La démocratisation du pays demeure ainsi un enjeu majeur dans l'avenir, tant pour des raisons de liberté politique et de respect des droits humains que pour contrer la logique néolibérale.Yann Roche L'auteur est PROFESSEUR AU DÉPARTEMENT DE GÉOGRAPHIE DE l'Université du Québec à Montréal Depuis quelques décennies, le Vietnam s\u2019est éloigné des feux de l\u2019actualité.Les images de combats meurtriers dans les jungles et les rizières s\u2019estompent d\u2019autant plus que le cinéma américain semble s\u2019être lassé de ce conflit au goût amer.On ne parle plus guère à présent du pays du Dragon.C\u2019est seulement en mars dernier, lorsque l\u2019Organisation mondiale de la santé l\u2019a placé sur la liste des destinations à éviter durant la crise du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), que le Vietnam est revenu à l\u2019avant-scène de l\u2019actualité, mais de manière indirecte, presque anecdotique.Funambulisme politique et défis économiques À l\u2019heure où certains pays sont la cible de la vindicte américaine pour leur régime dictatorial, le Vietnam figure parmi les derniers pays marxistes du monde.Depuis son indépendance ac- C H Macai Bit R M A N J E long Kong Haiphong \u2019rabang1 AOS MER DE CHINE MÉRIDIONALE la Nang Vientiane STNAM Bangkok lha Trang PhnorAPenh n Minh-Ville Golfe de Siam quise de haute lutte face aux Français en 1954, le pays est dirigé d\u2019une main de fer par le Parti communiste vietnamien, parti unique dont bon nombre de dirigeants actuels se sont illustrés durant la guerre d\u2019indépendance.D\u2019abord maîtres du Nord-Vietnam, les dirigeants de Hanoi finirent par étendre leur influence au Sud-Vietnam, après la chute de Saigon survenue en avril 1975.Tandis que de nombreux opposants fuyaient alors le pays par tous les moyens disponibles, la réunification politique du Vietnam se fit par la force, toute opposition étant balayée et la presse bâillonnée.La situation n\u2019a guère évolué depuis, malgré quelques tentatives sporadiques et toutes relatives d\u2019ouverture.Le pluralisme politique n\u2019est toujours pas à l\u2019ordre du jour d\u2019un gouvernement dominé par une gérontocratie apparemment inamovible.Du point de vue économique, les choses ont évolué depuis la collectivisation des lendemains de l\u2019indépendance.À cette époque, la collectivisation de l\u2019agriculture notamment, entamée d\u2019abord sans grand succès dans le Nord, fut ensuite appliquée au Sud sans donner de résultats plus probants.Pour ce pays encore essentiellement rural, des réformes étaient donc devenues indispensables, a fortiori à partir de 1979, à la suite de l\u2019échec du Second plan quinquennal qui visait l\u2019intégration économique et politique du Sud-Vietnam.Si la nécessité des réformes avait donc fini par s\u2019imposer au gouvernement, il allait toutefois falloir attendre 1986 pour que cela se traduise par une politique officielle, sous le concept de Doi Moi (« rénovation »).Inspirée de la perestroïka de Gorbatchev, cette politique de rénovation prônait le passage à une économie de marché sans pour autant faire de concession à l\u2019orientation politique, toujours résolument marxiste-léniniste.Cette évolution imposée par les échecs des choix économiques précédents survient à point puisque la fin des années 1980 allait voir la disparition de l\u2019Union soviétique, le principal allié politique et soutien économique du régime de Hanoi.Mais celui-ci demeurait soumis à des sanctions économiques de la part des pays occidentaux, États-Unis en tête, depuis l\u2019invasion du Cambodge en 1978.Cette démarche, associée au retrait des troupes vietnamiennes du Cambodge, en 1989, allait amener une normalisation des relations économiques et diplomatiques avec l\u2019Occident, dont les temps forts furent la fin de l\u2019embargo américain en 1994 et surtout l\u2019admission du Vietnam, en 1995, à l\u2019Association des Nations d\u2019Asie du Sud-Est (ASEAN), le pendant sud-est asiatique de l\u2019Union européenne.La volonté politique de maintenir le Doi Moi n\u2019était pas, loin s\u2019en faut, linéaire, car à chaque période de prospérité relative, le gouvernement ressentait le besoin de reprendre le contrôle de l\u2019économie.Lorsque survint la crise asiatique de 1997, le régime de Hanoi se sentit conforté dans ses choix, le Vietnam étant beaucoup moins sévèrement touché que la Thaïlande, la Malaisie ou l\u2019Indonésie, ce qui faillit remettre définitivement en cause le Doi Moi.S\u2019il est difficile de dresser un bilan des effets du « renouveau » économique vietnamien, il convient tout de même de noter qu\u2019à l\u2019instar du «Un pays, deux systèmes » prôné par la Chine à l\u2019occasion de la rétrocession de Hong Kong, le Doi Moi laisse bien des observateurs sceptiques.Sans entrer dans le 26) ReLatiONS janvier-février 2004 aiLLeuRS mmi 11 .^b9 détail des analyses qui fleurissent à ce sujet, ce sont surtout les effets négatifs de l\u2019économie de marché, notamment la recherche du profit à court terme, qui semblent réussir à franchir les contrôles politiques de l\u2019État, en particulier en matière d\u2019environnement et de durabilité du développement.Une production d\u2019exportation hjpothèque l'environnement Pour les raisons évoquées plus haut, un autre des grands enjeux du Vietnam contemporain est sans doute celui de l\u2019environnement.Comme beaucoup de pays du Sud ayant été colonisés, le Vietnam possède un fort potentiel en termes de ressources naturelles.Son agriculture s\u2019est modernisée et après avoir atteint l'autosuffisance alimentaire, le pays est devenu un exportateur de riz.Mais c'est surtout du côté des cultures commerciales que sont venus les résultats les plus spectaculaires, notamment avec le café.À la fin des années 1990, les producteurs vietnamiens de robusta avaient atteint le second rang mondial.Ces chiffres impressionnants se sont toutefois accompagnés de coûts sociaux et environnementaux très élevés, notamment dans les Hauts Plateaux du centre, principale région productrice du pays.Les nappes phréatiques ont été très fortement sollicitées pour répondre à la production de café et de vastes pans de forêts ont été sacrifiés pour faire de la place aux caféiers, plantés par des colons venus des zones urbaines, sans souci des pratiques «durables» de l\u2019agriculture en zone montagneuse.Le problème de la déforestation est d\u2019ailleurs généralisé à l\u2019ensemble du Vietnam, puisque des 43 % de couverture forestière que comptait le pays en 1943, le World Conservation Monitoring Center estimait, en 1996, qu\u2019il n\u2019en subsistait plus que 16 %.Ces chiffres sont d\u2019autant plus inquiétants qu\u2019ils ne correspondent même pas directement à une transformation des superficies forestières en cultures, mais qu\u2019au moins 30 % de ces surfaces sont des terres dénudées, non cultivables.Certes, les récentes statistiques officielles vietnamiennes font état d\u2019importants efforts de reboisement et d\u2019une lutte efficace à l\u2019exploitation illégale, mais il est permis de douter de la validité de ces chiffres en raison des intérêts économiques qui y sont associés, notamment en matière d\u2019aide internationale et à cause de la manière dont le régime communiste de Hanoi est habitué à gérer l\u2019information.D\u2019autres tempêtes à l\u2019horizon Du point de vue géostratégique, l\u2019admission au sein de l\u2019ASEAN a été un grand pas dans la direction d\u2019un repositionnement régional et d\u2019une normalisation réelle des relations avec les voisins.Le Vietnam n\u2019en demeure pas moins sous la menace constante du puissant voisin chinois, l\u2019ennemi millénaire, avec lequel subsistent des litiges territoriaux en Mer de Chine méridionale, notamment pour la souveraineté des archipels Paracel et Spratly.Ces litiges qui impliquent aussi, dans le cas du second archipel, les Philippines et la Malaisie, ont pour enjeu, en fait, le contrôle de ressources en hydrocarbures ainsi que le rôle de grande puissance régionale que la Chine veut absolument tenir.La situation, si elle n\u2019est pas directement préoccupante, demande toutefois une vigilance constante, mais Hanoi est résolu à ne pas céder le moindre pouce de terrain.Un autre facteur d\u2019instabilité, même s\u2019il est loin d\u2019être nouveau, est la question ethnique.Face à la majorité Kinh (ou Viet) qui dirige le pays et qui compte pour plus de 85 % des quelque 80 millions de Vietnamiens, une mosaïque de groupes ethniques minoritaires refoulés à la périphérie du territoire et des sphères décisionnelles pose régulièrement d\u2019épineux problèmes au régime de Hanoi.Régulièrement, sans que cela fasse la une des journaux occidentaux, des incidents opposent, notamment dans les Hauts Plateaux du centre du pays, des membres de ces groupes et des représentants du Parti.Si ces incidents demeurent encore apparemment isolés, la question des minorités ethniques est au Vietnam extrêmement sensible et doit être suivie d\u2019aussi près que possible.La démocratisation Mais le principal défi auquel le Vietnam contemporain est confronté, à l\u2019aube du troisième millénaire, est celui, plus difficile à relever, de la démocratisation.Sans opposition officielle, le Parti conserve fermement les rênes du pouvoir et veille efficacement à museler toute velléité de réforme politique.Peu de signes laissent croire qu\u2019il puisse survenir dans un proche avenir, quoique ce ne serait pas la première fois que le peuple vietnamien nous surprenne et fasse mentir les pronostics.\u2022 Jeunes de la minorité ETHNIQUE BANA DU village De Ktu, en mai 2001, Canapress/ Richard Vogel janvier-février 2004 coNtRoveRse Un pape devrait-il démissionner?L'auteur est PROFESSEUR À la Faculté de THÉOLOGIE ET DE SCIENCES RELIGIEUSES de l'Université Laval Dans Le débat public actuel, la question de l'éventuelle démission d'un pape est souvent mal posée; pourtant, le droit de l'Église autorise une réflexion sereine et ouverte sur cette question Gilles Routhier On prend souvent comme prémisse que la démission d\u2019un pape est juridiquement impossible et que toute initiative en ce sens représenterait une transgression par rapport à ce qui est permis ou possible.En partant de (\u2019«impossibilité» de la chose comme point de départ de la réflexion, on est vite conduit à conclure que cela ne se fait pas et n\u2019est donc pas envisageable.Ce que dit le droit canon Pourtant, le droit actuel (canon 332 § 2) est clair à ce sujet : « S\u2019il arrive que le Pontife romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et quelle soit dûment manifestée, mais non pas qu\u2019elle soit acceptée par qui que ce soit.» Le cas est donc clairement envisagé par le législateur qui ne fait pas un tabou de la renonciation du pontife romain à sa charge.Cela (et je ne parle pas du cas où le siège serait empêché en raison d\u2019incapacité) devrait être suffisant pour libérer les esprits et pour ouvrir une discussion neuve sur le sujet.Le poids de la coutume Toutefois, un autre élément bloque la réflexion : la coutume.On conclut que cela ne se fait pas parce qu\u2019un tel acte représenterait une rupture par rapport à la pratique habituelle.Les cas de démission d\u2019un pape sont si peu fréquents dans l\u2019histoire qu\u2019on finit par penser qu\u2019il s'agit là de cas singuliers, exceptionnels, et que cette pratique ne peut être envisagée autrement que dans des circonstances extrêmement rares.Mais, dans la situation actuelle, je ne crois pas qu\u2019il soit aidant de réfléchir à partir de la « coutume ».Une situation nouvelle Dans son encyclique Ut unum sint, Jean-Paul II invitait théologiens et responsables ecclésiaux à chercher avec lui « une forme d\u2019exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle ».Nous sommes précisément en présence d\u2019une situation nouvelle.Être pape aujourd\u2019hui, alors qu\u2019il y a plus d\u2019un milliard de catholiques dispersés sur les cinq continents, près de 5000 évêques, des offices curiaux sans cesse plus nombreux et abordant des questions de plus en plus complexes, alors que les médias électroniques comptent davantage et que les voyages sont devenus de plus en plus importants (pour me limiter à ces éléments) ne représente pas du tout la même charge qu\u2019autrefois, alors qu\u2019il n\u2019y avait que quelques millions de catholiques, moins de 1000 évêques, etc.De nos jours, le ministère du pape est différent et il commande, pour la personne qui est appelée à cet office, une vitalité bien plus grande que celle qui était jadis requise de celui qui occupait cette charge.Dans la « situation nouvelle » qui est la nôtre, on ne peut plus réfléchir simplement en recourant aux «coutumes» qu\u2019il ne faut pas confondre avec la tradition.D\u2019ailleurs, la tradition la plus constante (depuis le Nouveau Testament, relayé par les rituels d\u2019ordination ou d\u2019installation dans une charge, en passant par le droit) lie étroitement l\u2019exercice d\u2019un office ou d\u2019un ministère à l\u2019aptitude ou à la capacité d\u2019un candidat.Le droit actuel, lorsqu\u2019il traite de la question de la renonciation d\u2019un évêque à sa charge (canon 401), de l\u2019empêchement d\u2019un siège épiscopal (canon 412) ou de la révocation d\u2019un ministre à son office (canon 1741) en revient toujours à l\u2019aptitude ou à la capacité d\u2019une personne à exercer la charge qui lui est confiée.Voilà donc un critère sûr de discernement et toute la discussion sur la démission ou non d\u2019un pape devrait considérer prioritairement ce critère.On répète sans cesse à quel point le service primatial représente une lourde charge, un ministère essentiel, une fonction capitale dans l\u2019Église catholique.11 faut donc en tirer les conséquences : ce ministère si essentiel et si lourd doit être accompli par une personne qui soit en mesure de l'exercer, autrement, le ministère n\u2019est pas vraiment honoré.La « situation nouvelle » commande une réflexion neuve.Il ne faut donc pas exclure de revoir à nouveaux frais la question de la démission d\u2019un pape sans être paralysés dans notre effort de réflexion par la coutume qui ne nous indique pas le droit.Il faut le faire avec sérénité, sans acrimonie, mais avec toute la liberté que permet le droit de l\u2019Église catholique.\u2022 28 ReLatiONS janvier-février 2004 coNtROveRse Le droit de l'Église prévoit la possibilité pour un pape de remettre sa démission.Puisque cela s'est rarement vu au cours de l'histoire, le fait d'envisager une telle démission soulève des questions de fond sur le sens et les conditions d'exercice de cette charge dans le contexte actuel.Bien que le bon sens puisse nous faire spontanément répondre oui à une éventuelle démission, cette possibilité soulève néanmoins de sérieuses questions Marco Veilleux En fait, un pape peut démissionner.Cette éventualité - bien quelle soit plutôt rare dans l\u2019histoire \u2014 est prévue par le droit de l'Église au canon 332 § 2.Cependant, si l'on en faisait une discipline normale et habituelle, il faudrait revoir en profondeur les conditions d\u2019exercice et la théologie de la papauté.Un âge canonique de démission?Selon l\u2019usage disciplinaire, les évêques doivent démissionner à 75 ans.Or, le pape est l\u2019évêque de Rome.Certains croient donc qu\u2019il devrait démissionner lui aussi à 75 ans.Mais alors, que faire des règles actuelles du conclave qui élit le pape?Les cardinaux ont le droit de vote jusqu\u2019à 80 ans.Est-ce à dire que, parmi les cardinaux électeurs, seuls ceux âgés de moins de 75 ans seraient éligibles à la fonction?Ou alors faudrait-il aussi abaisser l\u2019âge des cardinaux ayant le droit de vote à 75 ans?Ou bien encore fixer l\u2019âge de démission d\u2019un pape à 80 ans, âge auquel les cardinaux perdent présentement leur droit de vote?Mais pourquoi l\u2019évêque de Rome devrait-il démissionner à 80 ans (où à n\u2019importe quel autre âge) si c\u2019est 75 ans pour tous les autres évêques?Ce serait encore deux poids, deux mesures.Puisque le ministère du pape est une fonction élective (contrairement aux autres évêques qui sont nommés), la limite d\u2019âge viendrait brouiller la liberté du processus électoral.En effet, les car- dinaux se détourneraient-ils d\u2019un candidat jugé excellent, mais trop près de la retraite pour être élu?Ou, au contraire, pourraient-ils influer sur « l\u2019orientation gouvernementale » de Rome en plaçant sur le siège de Pierre un homme condamné par son âge à jouer le rôle d\u2019un pape « de transition »?On voit les dangers de prêter flanc à des tentatives de manipulation et d\u2019influence indues.Quelle liberté aurait le nouvel élu, s\u2019il sait qu\u2019il n\u2019en n\u2019a que pour un nombre limité et précis d\u2019années à occuper sa fonction?Même en pleine possession de ses moyens, aurait-il toute l\u2019autorité morale nécessaire à sa charge - tant à l\u2019interne qu\u2019à l\u2019externe de l\u2019Église - à partir du moment où il approche de la retraite?On accuse déjà la curie romaine d\u2019usurper trop de pouvoir; comment un pape pourrait-il affirmer et maintenir son autorité sur cette «bureaucratie» qui deviendrait alors l\u2019unique incarnation d\u2019une continuité institutionnelle que le mandat papal limité ne serait plus en mesure de représenter?Et « l'ancien » pape?De plus, on peut se demander si un pape nouvellement élu aurait l\u2019autonomie et la liberté nécessaires, alors que son prédécesseur serait encore vivant.Le pape retiré, même soumis à son devoir de réserve, aurait-il encore des partisans au sein de la curie et de l\u2019Église?Participerait-il à l\u2019élection de son propre successeur?Servirait-il toujours de référence et de comparaison?Les médias chercheraient-ils à obtenir son opinion sur les décisions du nouveau pontificat?On pourra rétorquer: cette situation se pose déjà dans les diocèses lorsque l\u2019évêque démissionnaire est encore vivant.Mais un pape est entouré d\u2019une telle aura symbolique et universelle, que cette situation n\u2019aurait pas de commune mesure avec ce qui peut se passer au sein d\u2019une Église locale.ê Le symbolisme de la fonction On le voit bien, on ne peut traiter le ministère du pape de la même manière qu\u2019on traite un président de multinationale ou un premier ministre dans une démocratie parlementaire, car au-delà d\u2019une règle disciplinaire, nous touchons ici au symbolisme de la fonction.Avant d\u2019instituer un âge de démission pour un pape, ou de faire de cette démission une chose normale et habituelle, il faudrait donc, en plus de réformer le conclave et la curie, réviser en profondeur la théologie de la papauté.C\u2019est, en effet, tout le ministère du pape - trop souvent présenté et vécu comme celui d'un «super évêque» et d\u2019un empereur - qui devrait être repensé.Au fil des siècles (et particulièrement depuis Vatican 1) on a tellement exalté la papauté qu\u2019on voit mal comment celui qui est considéré comme « le vicaire du Christ» sur terre puisse, à moins d\u2019une situation d\u2019exception, renoncer à sa charge avant sa mort.Au fond, c\u2019est la remise en question de ce type de papauté, conçu sous le mode d\u2019une monarchie de droit divin, que soulève la question de la démission.C\u2019est pourquoi, tant qu\u2019on ne s\u2019attaquera pas à cet immense chantier de réflexion ecclésiologique, la démission d\u2019un pape risque de demeurer exceptionnelle et sans effet sur les enjeux profonds.\u2022 janvier-février 2004 ReLatiONS (29 eN BRef 3000 ans d'esclavage L\u2019année 2004 marque le bicentenaire d\u2019Haïti, première république noire du monde moderne.Pourtant, l\u2019esclavage sévit toujours, autant sur cette île qu\u2019à travers les cinq continents.Une installation vidéo de l\u2019artiste Guy Giard propose une réflexion sur l\u2019esclavage à travers des personnages historiques, du pharaon égyptien Ahmosis, en passant par Marie-Joseph Angélique (esclave noire exécutée à Montréal en 1734), jusqu\u2019aux 300 000 enfants esclaves que l\u2019on retrouve aujourd\u2019hui en Haïti.L\u2019événement se tient à la Maison de la culture de Rivière-des-Prairies, du 6 février au 21 mars.Cinq conférences y seront aussi présentées sur l\u2019histoire de l\u2019esclavage et ses liens avec les nouveaux maîtres contemporains.Pour plus de renseignements : www.guygiard.fr.fm Importation d'armes La Chine est le premier pays importateur d\u2019armes du monde en développement.Elle en a commandé pour 3,6 milliards $ l\u2019année dernière, selon un rapport des services de recherches du Congrès américain.La Corée du Sud se classe au 2e rang avec 1,9 milliards $ de commande, suivie par l\u2019Inde avec 1,4 milliards $.Prix Nobel alternatifs Depuis 1980, des prix Nobel alternatifs sont décernés chaque année pour distinguer des travaux d\u2019utilité publique ignorés par l\u2019Académie suédoise.Les Philippins Waleden Bello et Nicanor Perlas ont été cités pour leurs efforts d\u2019éducation de la société civile sur les effets de la mondialisation et ses alternatives.La Coalition des citoyens pour la justice sociale, ONG sud-coréenne, a été distinguée pour avoir élaboré et diffusé un programme de réformes basé sur la justice sociale et la promotion de la réconciliation avec la Corée du Nord.Un réseau égyptien d\u2019entreprises et de groupes sociaux a pour sa part été récompensé pour son modèle commercial qui prévoit un lien entre la réussite et la promotion du développement social.Enfin, l\u2019ancien premier ministre néo-zélandais, David Lange, s\u2019est vu attribuer un prix honorifique pour son travail infatigable en faveur d\u2019un monde débarrassé des armes nucléaires.Ces prix alternatifs ont été remis en décembre dernier, lors d\u2019une cérémonie au Parlement suédois, quelques jours avant la remise officielle des Nobel.Lettre pastorale sur l'écologie Dans une récente lettre pastorale sur l\u2019écologie, les membres de la Commission des affaires sociales de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) interpellent les catholiques à prendre soin de l\u2019environnement.Les évêques ont choisi le 4 octobre dernier, fête de saint François d\u2019Assise, patron de l\u2019écologie, pour rendre public ce document sur l\u2019impératif écologique chrétien.Le texte évoque les maux que nous causons à notre environnement: défiguration, pollution éhontée, exploitation, gaspillage des ressources, appropriation sauvage.Les problèmes liés à l\u2019eau préoccupent tout particulièrement les évêques.Mettant en lumière les liens étroits qui existent entre solidarité et écologie, la lettre pastorale invite les catholiques à embrasser des formes d\u2019éco-justice: «jeûner» d\u2019actions qui polluent, accepter les inconvénients qui viennent avec la vie quotidienne qui se fait plus « verte », réduire notre consommation d\u2019énergie fossile, prélever une « dîme » en temps, en argent et en talent au service des causes environnementales, etc.Par ce message, les évêques veulent non seulement susciter la réflexion chez les fidèles, mais les amener à poser des gestes concrets pour la sauvegarde et la protection de l\u2019environnement.La lettre pastorale s\u2019accompagne d\u2019une annexe dans laquelle on retrouve des pistes d\u2019action indiquant ce que les chrétiennes et les chrétiens peuvent faire pour protéger l\u2019environnement.11 est possible de se procurer des exemplaires de cette publication à l\u2019adresse: mchabot@cccb.ca Ceci n'est pas une tomate Une personne habitant en Amérique du Nord consomme en moyenne 8 kg de tomates fraîches et 30 kg de tomates en conserves par année.Or, le marché de la tomate s\u2019inscrit dans le réseau de la libéralisation des échanges commerciaux.La tomate est source d\u2019exploitation puisque la travailleuse mexicaine qui la cueille ne gagne que 4,50 $ par jour.Elle est, de plus, un produit arrosé de pesticides, d\u2019insecticides et d\u2019engrais chimiques dont l\u2019utilisation massive menace la santé des consommateurs et des travailleurs tout au long de la chaîne de production.Elle est, enfin, un aliment dont le transport et la mise en marché sont facilités par des modifications de sa structure génétique.C\u2019est là quelques-unes des dimensions que la Table ronde des organismes volontaires d\u2019éducation populaire (OVEP) de l\u2019Outaouais propose d\u2019explorer dans le cadre de sa campagne d\u2019éducation populaire sur la mondialisation intitulée : « Ceci n\u2019est pas une tomate ».Par le biais d\u2019un regard neuf sur cet aliment commun, voilà une nouvelle façon de comprendre les enjeux de la mondialisation.Des sessions de formation et des ateliers sont offerts gratuitement aux groupes membres de la Table et à prix raisonnable aux non-membres qui seraient intéressés (trovepo@globetrotter.net).30) ReLatiONS janvier-février 2004 RecaRD Islam, fondamentalismes et modernité Entrevue avec Antoine Sfeir Directeur des Cahiers de l'Orient, Antoine Sfeir est un spécialiste bien connu du Proche et du Moyen-Orient.Relations a profité de son passage à Montréal, l'automne dernier, pour le rencontrer et clarifier avec lui la question du fondamentalisme et du rapport apparemment problématique de l'islam avec la modernité.écrit.À partir de ce moment, le Coran devient en quelque sorte immuable, d'où la nécessité de l\u2019interprétation, du fameux ijtihad, littéralement effort d\u2019interprétation - qui a, en passant, la même racine (jhcl) que djihad qui veut dire effort et qu\u2019on a trop vite traduit par « guerre sainte ».Donc, ijtihad, c\u2019est, avant tout, effort d'interprétation.Et celui-ci s\u2019est fait principalement à travers le droit musulman, le fiqh.De nombreuses écoles juridiques fleuriront, se démarquant entre elles par leur manière différente d\u2019interpréter le Coran.Ceci jusqu\u2019à l\u2019empire ottoman au XIe siècle, un des plus vastes empires du monde dans l\u2019histoire.Donne moi la flûte ET CHANTE LE CHANT EST LE SECRET DE L'EXISTENCE.Khalil Gibran, CHANTÉ PAR FAIRUZ.Calligraphie de Mostafa Kriat Relations: L\u2019Occident se représente souvent l\u2019islam comme une religion monolithique et homogène, dans laquelle l\u2019interprétation n\u2019a que peu de rôle à jouer.Qu\u2019en pensez-vous?Antoine Sfeir : Il n\u2019y a rien de moins vrai qu\u2019une conception monolithique de l\u2019islam.Autant celle-ci aurait pu se justifier un certain temps, durant l\u2019empire ottoman ; autant l\u2019islam, de nos jours, est éclaté et pluriel, ne serait-ce que depuis la disparition, en 1924, du califat- cette institution centralisée, à la fois temporelle et spirituelle.Pour bien prendre la mesure de cette pluralité, il est bon de revenir aux origines de l\u2019islam.Le mot islam vient d\u2019une racine arabe sim, qui a au départ le sens d\u2019un salut : « Paix! ».Le sim a donné ensuite le verbe aslama qui signifie s\u2019abandonner, sous-entendu à Dieu, et « se rendre », au sens militaire du terme.Tout dans l\u2019islam s\u2019articule autour de ce pivot, d'où la croyance fondamentale, essentielle, du « il n\u2019y a de Dieu que Dieu ».Pour sa part, le mot Coran en arabe veut dire « récitation ».Mahomet, le prophète, a écouté et répété les paroles divines que lui a dictées l\u2019archange Gabriel.Il y a cependant deux époques très différentes dans le Coran, qui transparaissent dans le style même et dans la langue arabe.La première époque (610-622) est celle du souffle poétique et spirituel du Coran, qui concerne les relations de l\u2019être humain avec son créateur.Il faut savoir qu\u2019à la fin de cette période, en 619, Mahomet va connaître l\u2019année du chagrin.Il perd ses deux protecteurs à la Mecque, notables de la ville : son oncle et son épouse.Il doit quitter la ville, renvoyé des siens, humilié.Il cherche alors refuge à Médine, en 622, où il s\u2019imposera comme médiateur dans les conflits qui opposent les tribus de la région.Commence alors la deuxième époque du Coran : discours qui concernent essentiellement les relations des hommes entre eux et l\u2019établissement de règles administratives, sociales, économiques.Mais, même là, on reste toujours dans la récitation.Le Coran n\u2019est pas encore un livre.C\u2019est seulement en 652, 20 ans après la mort de Mahomet, que le Coran sera mis par A Pour des raisons purement politiques, afin d\u2019affermir l\u2019empire devant les révoltes sociales et religieuses, le calife, le successeur du Prophète, qui était alors ottoman, a décrété la fermeture du djihad et ne retint que quatre écoles juridiques.L\u2019école des Hanbalites (en Arabie Saoudite, au Qatar) adopte un critère littéral : « Après le prophète, rien de nouveau », tout est dit dans le Coran « immuable » et la Sunna, la tradition du Prophète.L\u2019école des Chaféites (en Basse-Égypte, en Afrique orientale, aux Philippines, en Indonésie) et l\u2019école des Ma-lékites (en Haute-Égypte, au Maghreb, en Afrique de l\u2019Ouest) s\u2019arrêtent à un critère analogique pour permettre d\u2019intégrer d\u2019autres situations à la lumière de celles exposées dans le Coran.L\u2019école des Hanafites (régions turcophones et Inde) admet l\u2019opinion personnelle, le ray.On comprend que les Hanbalites, plus rigoristes, sont les pères naturels de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui l\u2019islamisme.\t?janvier-février 2004 ReLatiONS 31 RegaRD Ramenez-moi AU DÉSERT S'ÉCRIA LE CACTUS, JE N'AIME ÉCORCHER QUE LE VENT SEC.D'après Hassan Massoudi.Calligraphie de Mostafa Kriat Rel.: Ce qu\u2019on entend sous le mot « islamisme » est donc loin d\u2019être un phénomène récent.À l\u2019instar de l\u2019islam, n\u2019est-il pas perçu à tort comme un mouvement uniforme?A.S.: Nous devons toujours avancer avec prudence et faire beaucoup de nuances dans ce domaine.L\u2019islamisme est un terme récent, créé en 1983 par deux chercheurs français, Bruno Étienne et Gérard Michaud, pour désigner ies intégristes musulmans qui cherchent à islamiser le champ social, politique et économique dans lequel ils vivent.C\u2019est-à-dire à revenir à une sorte de constitution de Médine, du VIIe siècle.Une partie de ces fondamentalistes désirent reprendre à la source diverses formes d\u2019interprétation qui ont existé dans le passé et s\u2019en servir comme d\u2019un nouveau point de départ.On peut les appeler des fondamentalistes « réformateurs ».Ce qui est très différent des islamistes qui veulent, au contraire, revenir à la source pour y rester.On peut les appeler des fondamentalistes «radicaux».Mais même chez ces derniers, tous ne promeuvent pas nécessairement la violence.Parmi les courants islamistes radicaux qui ont influencé et influencent encore énormément le monde musulman contemporain, il y en a deux importants, qui ont tous deux pris naissance à la fin des années 1920.il y a d\u2019abord la confrérie des Frères musulmans qui s\u2019est constituée en Égypte, en 1928, sous la houlette d\u2019un instituteur, Hassan Al-Banna, qui se dresse contre les étrangers.Les étrangers, ce sont les Britanniques qui assuraient le protectorat, mais aussi et surtout la monarchie égyptienne d\u2019origine albano-macédonienne.Pour les arabes, les albano-macédoniens sont des janissaires, des chrétiens convertis à l\u2019islam, qui ont servi de vecteur de pénétration à l\u2019Empire ottoman dans les provinces arabes.Que disent les Frères musulmans?De même qu\u2019à la mort du Prophète, la communauté s\u2019est réunie pour choisir le plus apte, le plus digne, le plus courageux pour devenir calife à la place du Prophète - le mot calife est important car il veut dire « donner naissance à » -, de même, la communauté musulmane (la oumma) doit déléguer la souveraineté divine (ha-kimiyya) au chef du gouvernement, au roi ou au président pour diriger la communauté des croyants.Si celui-ci faillit à son devoir de musulman, la communauté a non seulement le droit mais le devoir de lui retirer cette délégation de souveraineté divine.Et certains parmi les Frères musulmans vont aller jusqu\u2019à dire «à tout prix», par tous les moyens.Introduisant ainsi la problématique de la violence.Je dis bien certains, qui vont d\u2019ailleurs, au fil des ans, devenir des dissidents minoritaires, donnant la Gammat Islamiyya égyptienne, le Jihad islamique, etc.La confrérie va se développer très vite.Au début des années 1930, on la retrouve déjà en Palestine, en Jordanie, en Syrie, au Liban; elle traverse la Méditerranée, pour pénétrer le Maghreb, le Maroc surtout.Puis, dans les années 1960, sous la répression des gouvernements, notamment de Nasser en Égypte, elle s\u2019établit en Europe.Et, bien entendu, en Amérique du Nord.L'islamisme est un terme récent, créé pour désigner les intégristes musulmans qui cherchent à islamiser le champ social, politique et économique dans lequel ils vivent.Le deuxième courant de pensée islamiste radicale prend naissance, en 1928, en Inde, encore colonie britannique; plus précisément à Lahore, dans l\u2019actuel Pakistan.Là, un docteur de la loi, Muhammad Ilyas, crée le Daawat al Tabligh, Appel de la proclamation.Il part d\u2019un constat trop souvent avéré que les docteurs de la loi ont un vocabulaire tellement hermétique que le pauvre croyant n\u2019y comprend rien.Il s\u2019agit donc d\u2019offrir au croyant des principes de vie clairs et simples.Le premier principe, c\u2019est l\u2019imitation du Prophète jusque dans son aspect extérieur.Quand vous rencontrez quelqu\u2019un qui a une calotte blanche, la barbe bien taillée et la djellaba jusqu\u2019au mollet, de couleur plutôt blanche, un collier, il a toutes les chances d\u2019être un tablighi.Autre principe prôné ; la solidarité et la primauté du groupe sur le croyant isolé.Se référant à une parole du prophète, Ilyas soutient qu\u2019une prière communautaire A vaut 27 fois la prière individuelle.Il m insiste beaucoup sur la fierté que tout musulman doit ressentir d\u2019appartenir ' M à la communauté.Mais le principe le T plus important, c\u2019est le sixième qui demande à chaque adepte d\u2019effectuer régulièrement une sortie, une rahla ou une jawla, pour ramener des gens qui ne font pas partie du courant et pour leur montrer à quel point le groupe est solidaire.Ce courant se dit non poli- 32) ReLatiONS janvier-février 2004 tique, mais il s\u2019approprie tellement la vie quotidienne et culturelle du croyant, qu\u2019il est difficile qu\u2019il ne le soit pas, ne fût-ce qu\u2019indirectement.Ce courant se réclame aujourd\u2019hui de plus de 3 millions d\u2019adhérents.11 est fortement installé en Europe.Ces deux courants ne sont pas les seuls.Le courant ot-tomaniste, principalement turc, s\u2019étend un peu en Asie centrale, revendique essentiellement le retour du califat aux mains des Ottomans et donc la résurgence de l\u2019empire ottoman.On ne peut pas, non plus, passer sous silence le mouvement wahhabite.Il se place directement dans la continuité du hanbalisme à travers Taamiyya, un théologien syrien du XIVe siècle, Al Wahhab lui-même au XVIIIe siècle, et bien entendu son incarnation politique: l\u2019Arabie Saoudite.Le wahhabisme reprend l\u2019adage « après le Prophète, rien de nouveau».C\u2019est donc un islam rigoureux avec un gouvernement temporel, une constitution qui est le Coran, et un code pénal et civil qu\u2019est la charia, la loi islamique.Le wahhabisme a été soutenu par de gros moyens financiers, à travers la Ligue islamique mondiale, créée par le prince héritier d\u2019Arabie Saoudite, Faysal, en 1962, et financée par la Banque islamique de développement.En 1975, son fils, le prince Turki, fonde la Légion islamique mondiale, qui jouera par la suite un rôle clé en Afghanistan.Pour la financer, avec l\u2019aide de son frère aîné, Mohamed al Faysal, il crée la Dar al mal al islam!, banque islamique installée à Genève avec des filiales partout dans le monde.La Légion, dirigée au départ contre « les laïques » du monde arabe, va se transformer en une formidable machine de guerre dans le champ de bataille afghan, en formant des combattants.constater qu\u2019une grande majorité des musulmans du Proche-Orient sont déjà dans la modernité et la laïcité, et ce malgré l\u2019islamisme fondamentaliste, difficilement soluble dans la démocratie.Des penseurs, comme Muhammad Shahrour de Syrie (Le Livre et le Coran : une relecture contemporaine) par exemple, procèdent à une relecture du Coran parfaitement axée sur l\u2019articulation entre modernité et islam.Ils cherchent à sortir de l\u2019oubli des écoles juridiques disparues, à les remettre au Rel.: L\u2019Occident se représente couramment l\u2019islam comme s\u2019opposant à la modernité.Cette construction d\u2019une altérité radicale, par rapport au monde occidental ancré dans la modernité, n\u2019a-t-elle pas été au service des visées colonialistes de l\u2019Occident, dans la mesure où celles-ci s\u2019accommoderaient mieux d\u2019une représentation plus ou moins obscurantiste que d'un islam pouvant se réclamer aussi de la modernité?A.S.: Ces islamismes radicaux, dont certains courants sont devenus violents et terroristes, ont été totalement instrumentalisés par les puissances occidentales, notamment les États-Unis, contre les progressistes du monde musulman.Outre ce fait, il y a une démarche volontariste d\u2019opposer à la modernité non pas seulement cet islamisme mais l\u2019islam en général.Mais cela est complètement faux.Mon travail de chercheur dans le monde musulman, depuis 12 ans, me fait GLOBE Revue internationale d\u2019études québécoises Université du Québec à Montréal Département d\u2019études littéraires Case postale 8888, Succursale Centre-ville Montréal (Québec) Canada H3C 3P8 télécopieur : +1 (514) 987-8218 PRÉSENTE DANS PLUS DE 40 PAYS Volume 6 2003 Numéro 1 LE QUEBEC AU CENTRE ET A LA PERIPHERIE DE LA FRANCOPHONIE Présentation du numéro Introduction \u2022 Rachel Killick Manifester la différence.Place et fonctions des manifestes dans les littératures francophones \u2022 Lise Gauvin Écrivains haïtiens au Québec.Une écriture du dépassement identitaire \u2022 Najib Redouane Littérature francophone en Ontario.De l\u2019histoire et de l\u2019écriture \u2022 Yvette Bénayoun-Szmidt L\u2019espace francophone dans l\u2019œuvre manitobaine de Gabrielle Roy \u2022 Rosemary Chapman « Tout le monde croit que je suis un Canadien français.Parce que moi je rêve, je ne le suis pas.» Les conflits identitaires dans Léolo de Jean-Claude Lauzon \u2022 Tony Simons Le débat sur l\u2019aménagement du français au Québec \u2022 Ian Lockerbie ÉTUDES LIBRES Le pouvoir de la parole dans les relations franco-améridiennes en Nouvelle-France au xviic siècle \u2022 Ana Isabel Valero Pena Recensions Parutions récentes en études québécoises On peut se procurer un numéro en librairie ou via www.notabene.ca, ou s\u2019abonner via www.re vueglobe .ca Directeur : Daniel Chartier Secrétaire à la rédaction : Michel Lacroix Comité de rédaction : Lise Bissonnette.Gérard Bouchard, Micheline Cambron, Frédéric Lesemann.Chantal Maillé, Denis Saint-Jacques Comité d\u2019administration : Charles Bellerose, Karine Cellard.Brigitte Faivre-Duboz, Geneviève Laitance, Katri Suhonen janvier-février 2004 ReLatiONS (33 RecaRD A* À TRAVERS LA FENÊTRE DES TÉNÈBRES j'offre mon éveil à l'étoile voyageuse j'éponge la sueur DE MES MOTS ET LA TRISTESSE DE LA PREMIÈRE NUIT.Mohamad Al Achari.Calligraphie de Mostafa Kriat goût du jour, mais d\u2019une manière critique, et à proposer des pistes novatrices qui entrent en dialogue avec la modernité.Mais on n\u2019en parle pas en Occident.Le livre de Shahrour, de plus de 1000 pages, a été vendu à plus de 350 000 exemplaires.C\u2019est un succès de librairie énorme pour le Proche-Orient.Les puissances occidentales n\u2019ont pas intérêt à mettre l\u2019accent là-dessus.Cela reviendrait à ébranler toute leur construction imaginaire de l\u2019islam, fondée sur la domination.Et notamment depuis les 30 dernières années.Depuis le moment où l\u2019on a commencé à dire que la nation arabe ne peut pas exister et, après la première guerre du Golfe en 1992, que l\u2019islam est dangereux, une minorité extrémiste et obscurantiste à l\u2019avant-scène convient certainement mieux aux visées colonialistes et impérialistes de l\u2019Occident.Le rôle des journalistes et des intellectuels occidentaux est donc capital.11 s\u2019agit de faire connaître les courants modernes du monde musulman, de les sortir de l\u2019ombre où ils sont maintenus.L\u2019enjeu est important.Non seulement cela remet en cause une logique séculaire de domination, mais neutralise du même coup la logique terroriste de mouvements islamiques radicaux.Car sur quoi se fonde leur discours?Il repose essentiellement sur le fait qu\u2019ils sont victimes.Ont-ils totalement tort?Non.Quand ils disent que les pays du Sud sont opprimés, peut-on nier que les Occidentaux disposent de 90 % des richesses dans le monde?Ce sont des chiffres qui sont têtus.Quand ils disent qu\u2019en général les populations musulmanes font partie de ces opprimés, on peut bien leur rétorquer qu\u2019il y a les pays du Golfe, les pays de la péninsule arabique, mais il s\u2019agit d\u2019une minorité qui ne représente pas plus de 15 à 20 millions de personnes.Les fondamentalistes radicaux n\u2019ont donc pas tort.Qu\u2019ils fassent de la victimisation une arme politique, c\u2019est autre chose.C\u2019est sur ce front qu\u2019il faut les combattre.Mais se masquer les yeux face à une réalité qui malheureusement est avérée tous les jours, c\u2019est à la limite les aider à recruter.Rel.: Comment voyez-vous actuellement la tentative occidentale, chapeautée par les États-Unis, de remodeler le monde géopolitique, à partir de l\u2019Irak, au nom de la démocratie et de la guerre au terrorisme?A.S.: Quand on parle de « remodelage », on entend d\u2019abord la démocratisation des régimes.Mais en creusant un peu la stratégie des États-Unis en Irak, il s\u2019agit de tout autre chose.Cela pourrait signifier même un remaniement inquiétant des frontières.Je crois qu\u2019on ne peut pas faire les frais d\u2019une telle hypothèse.Surtout avec les idéologues néoconservateurs actuellement en poste à la Maison-Blanche.Penchons-nous sur la carte du Proche-Orient.Si tout d\u2019un coup on assistait en lieu et place de l\u2019Irak, à l\u2019émergence d\u2019un état kurde, pas trop fort pour ne pas gêner les amis turcs, d\u2019un état sunnite au centre et d\u2019un état chiite au sud et au centre-sud; et si on créait un état chrétien entre Mossoul et Alep - on est déjà en Syrie; un état druze entre le Djebel, le Golan et la Bekaa ouest - on est déjà au Liban; un état central arabe autour de Damas, sans façade maritime, donc enclavé, et un état alaouite qui a, lui, une large facette maritime; un état chrétien dans la montagne libanaise, un état chiite dans le Sud Liban, mais qui n\u2019est pas en relation avec l\u2019état chiite d\u2019Irak parce que coupé par ceux des chrétiens, des druzes et des sunnites : eh bien! on est revenu à l\u2019Empire ottoman et à ses millets, ces petites provinces érigées en nations par la «Sublime porte», avant les États-nations décidés par les accords de 1918.Une grande majorité des musulmans du Proche-Orient sont déjà dans la modernité et la laïcité, et ce malgré l'islamisme fondamentaliste, difficilement soluble dans la démocratie.Rel.: Quel serait l\u2019intérêt de cette balkanisation du Proche-Orient?A.S.: Premièrement, les États-Unis pourraient traiter avec des État croupions.Deuxième intérêt énorme : Israël renforcerait son caractère hébreu.Les arabes, chrétiens et musulmans (plus de 20 % de la population) iraient les uns dans l\u2019État chrétien, les autres à Damas.On rejoindrait d\u2019ailleurs les visées de Moshe Sharett, ministre des Affaires étrangères sous Ben Gourion, en 1954, qui disait que la seule manière de cohabiter entre juifs et arabes, était de créer des États communautaristes ou ethniques.Cela écarterait définitivement le danger démographique qui menace Israël.Enfin, cela aurait l\u2019avantage de plaire à toutes les populations autochtones à l\u2019exception des Alaouites en Syrie.Le troisième intérêt, enfin, serait que ces petits États ethniques entreraient « naturellement » en conflit entre eux.Et qui en serait le gendarme tout désigné, sinon Israël, la plus grande puissance militaire de la région?Ainsi, la question de son acception au sein du Proche-Orient se trouverait résolue! \u2022 (Entrevue réalisée par Jean-Claude Ravet) 34) ReLatiONS janvier-février 2004 RENÉ H ABAC HI Lrs monothéismes et la paix Albert Nadcr Courants d\u2019iclées en Islam Du sixième au vingtième siècle PARTOUT OÙ TU IRAS, VrOm %b David et son histoire RENÉ HABACHI Les monothéismes et la paix Chantal Boss 176 p.* 22,95 $ Une synthèse de la pensée de René Habachi.philosophe chrétien de renommée internationale.COURANTS D\u2019IDÉES EN ISLAM Albert Nader 176 p.* 19,95 S Le dynamisme intellectuel de l'Islam depuis ses origines jusqu\u2019aux mouvements politico-religieux du vingtième siècle.PARTOUT OÙ TU IRAS.Michel Gourgues Michel Talbot (éd.) 248 p.* 29,95 $ Les dimensions fondamentales de l\u2019espace, tel que perçu et expérimenté dans la Bible.DAVID ET SON HISTOIRE Walter Vogels 360 p.* 29,95 S Un portrait tout en nuances de David, figure emblématique de la royauté en Israël et des espérances messianiques qu\u2019elle a fait naître.LES LS AIME S Prier [heu avec tes pondes de Dieu Que deviemey\\\\ les morts?Marie Guyart folie de Dieu LES PSAUMES Gilles-Dominique Mailhiot 256 p.* 19,95 S Un regard éclairé et pénétrant sur le monde des Psaumes et sur le Dieu qu\u2019ils célèbrent.QUE DEVIENNENT LES MORTS?Marie-Thérèse Nadeau 144 p.* 17,95 $ La vision de la mort dans les cultures et civilisations anciennes et dans le Christianisme.TOMBER EN VIE Chemin de vie et de guérison d'un médecin Renée Pelletier 192 p.* 19,95 $ Le cri du coeur d\u2019un médecin pour une approche plus humaine de la santé.Un clin d\u2019œil de la vie à la vie! MARIE GUYART FOLIE DE DIEU Roger Paul Gilbert 136 p.* 21.95 $ Une biographie de Marie Guyart, mieux connue sous le nom de Marie de l\u2019Incarnation.MEDIASPAUL www.mediaspaul.qc.ca \u2014 Un vente chez votre Cièraire aLeNtouRS Le bonheur Texte : Hélène Monette Illustration : Janice Nadeau Le bonheur c\u2019est de vous connaître tous en autant qu\u2019on ne s\u2019entretue pas le bonheur c\u2019est de vous connaître tous en autant qu\u2019on ne s\u2019entretue pas nous ne savons pas ce qui se passe ce que nous faisons ici de vivant les gens courent, courent, courent.à toute vapeur tombent sur la tête à la place du cœur les nuages passent à une vitesse folle de tempête tropicale même au nord les amis trébuchent le train-train bascule rien n\u2019avance chacun recule des restants de cyclones font la pluie et le vent c\u2019est la vie, c\u2019est la vie hey! Comment vont les enfants?mais je m\u2019égare, je disais le bonheur, c\u2019est de vous connaître tous en autant que le temps ne défonce pas les fenêtres et si le carnage fait la loi que l\u2019amour ne se retourne pas contre vous et moi nous voyons tout - enfin! ce qui se passe qui va, qui veut bouger maintenant - ou jamais?mais je m\u2019égare, je disais le bonheur c\u2019est de vous connaître tous en autant que le monde ce soit vous.et moi! (Musique : José Acquelin/Héiène Monette) 36) ReLatiONS janvier-février 2004 aLeNtouRS s / g2*£ ' Le bonheur, AQUARELLE ET MINE DE PLOMB, 2003 ¦ T^ejsws gÿ&gjV «SS UêSSe- ; &3E5 \u2022\u2018\u2022S\u2019OJ janvier-février 2004 ReLatiONS 37 muLtimeDias SITES INTERNET Civilités AgenceTopo.qc.ca/civilites \u2014aîsï'i'iijN vertes sur le monde actuel, violent et troublant, sur le thème de la civilité sans laquelle aucune société ne peut se bâtir.Ce qui frappe, au premier abord, est le caractère mobile de cette construc- verselles, à des regards sur l\u2019état du monde», précise Eva Quintas qui a piloté la réalisation de cette toile collective.Au fil du temps, notre intelligence questionne les diverses significations du mot « civilité » : sa richesse %?*.fei;LRÜLll£l ilÊtUf.A tour group of well-dressed Americans break around her like a school of exotic fish Fiction regroupant- dix artistes de Montréal appartenant à des disciplines variées, le site Civilités propose différents regards sur le vivre ensemble.Ces artistes questionnent les possibles espaces de confiance, de réconciliation et de cohabitation des personnes, des peuples et des religions.Des fondamentalismes religieux aux mouvements de foules anonymes dans la ville, les projets abordent l\u2019organisa- tion sociale, les normes culturelles et les espaces collectifs de pratiques communes.De petites histoires se développent comme des fenêtres ou- quand elle conduit à une reconnaissance mutuelle dans l\u2019espace public, mais aussi ses pièges quand elle porte le masque de la domination, de la contrainte, de la violence ou de la politique sécuritaire néolibérale.« Comment vivre ensemble?»; « Êtes-vous prêts à laisser tomber des libertés pour plus de sécurité?»; « Comment faire que la communauté ait sa musique mais respecte le rythme de chacun?» Autant de questions qui surgissent au détour de la promenade, ne nous lâchent plus, forcent la porte de notre intelligence, nous stimulant à donner une réponse ou, du moins, à garder ces questions ouvertes.Après tant de violences vécues au XXe siècle, pouvons-nous repenser les bases communes du vivre ensemble?Est-ce possible?Lancinante, la musique de Norman Nawrocki - qui accompagne la déambulation - nous harcèle au point de nous rendre incapables de la quitter.Elle s\u2019immisce par les pores de la peau, pénètre les os et nous tient en éveil, si bien que notre désir est d\u2019y revenir.C\u2019est sa force de conviction, un tantinet narquoise et malicieuse.tion visuelle et sonore.Les images qui se déroulent devant nos yeux nous invitent à la marche en suivant un itinéraire pour le moins étonnant.C\u2019est un véritable dédale que nous parcourons, tâtonnant pour trouver des ouvertures et nous frayer la route.«J\u2019ai souhaité articuler le projet autour d\u2019une idée d\u2019espace public (celui de la rue) autour duquel pouvaient se greffer des histoires privées, des histoires particulières, des micro récits comme des macrocosmes renvoyant à des situations plus uni- ir*W'**' 38 ReLatiONS janvier-février 2004 muLtimeDias Ce site est une belle réalisation.Dérangeante?Oui.Impertinente?Sûrement.Mais surtout extrêmement sympathique de par son potentiel de créativité, son ouverture sur un aspect du monde et ses clins d\u2019œil en direction de chaque visiteur.Anne-Marie Aitken xsnatious %?y i VIDÉO Le cabinet du docteur Ferron Réalisation et scénario : Jean-Daniel Lafond Production : Office national du film du Canada, Canada, 2003, couleur,.82 min.La médecine était sa profession; l\u2019écriture, sa vie.Médecin engagé, écrivain majeur, polémiste caustique et citoyen politisé, Jacques Ferron aura emprunté tant de visages qu\u2019on connaît finalement peu cet humaniste disparu en 1985.Mariant fiction et biographie, Le cabinet du docteur Ferron redonne vie à l\u2019univers de l\u2019auteur du Ciel de Québec et de La charette, dans une narration composée de nombreux extraits de son œuvre.Le réalisateur et scénariste, Jean-Daniel Lafond, nous convie à un pèlerinage sur les traces de Ferron, à travers les lieux qui l\u2019ont marqué.Recréant le cabinet où le docteur passa des nuits entières à écrire, le long métrage refait le parcours singulier de ce fils de notaire : Saint-Alexis, décor d\u2019une enfance qui eût été idyllique sans la mort prématurée d\u2019une mère adorée; la Gaspésie, où l\u2019homme entreprend sa pratique médicale avant d\u2019être dénoncé en chaire comme «communiste»; l\u2019ancienne banlieue populaire de Un film de Jean-Daniel Lafond Jacques-Cartier où il établira son cabinet, médecin pauvre parmi les pauvres; enfin, l\u2019hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu, où sa grande foi en la dignité humaine amène Ferron à dénoncer le traitement réservé aux « fous ».Le cabinet du docteur Ferron trace le portrait d\u2019un homme à l\u2019éducation bourgeoise qui prendra le parti des démunis et de la justice sociale.Un homme dont la contestation politique prendra aussi des couleurs résolument iconoclastes.En effet, en 1963, alors que naît le Front de libération du Québec (FLQ), l\u2019ancien condisciple de Pierre Elliot Trudeau mise plutôt sur l\u2019arme pacifique de la dérision : il fonde le Parti rhinocéros et se présente sous cette bannière aux élections fédérales.Plus tard, il sera un des premiers à oser mettre directement en cause le gouvernement d\u2019Ottawa dans l\u2019origine de la crise d\u2019octobre.Jacques Ferron revit ici à travers les documents d\u2019archives, les témoignages de ses proches (dont ses sœurs, l\u2019auteure Madeleine Ferron et la regrettée peintre Marcelle Ferron), les confrères et les traducteurs, mais aussi les images poétiques inspirées par son univers littéraire.Voilà donc un singulier destin, partagé entre l\u2019ombre et la lumière, jusqu\u2019à cette conclusion où le fils répétera tragiquement la mort du père.Ce voyage au pays de Ferron lève le voile sur une personnalité complexe, à la fois mélancolique et éthique, entièrement vouée à son art tout en n\u2019étant jamais en retrait des combats politiques et sociaux.Un film à voir pour mieux connaître ou découvrir ce créateur et ce philanthrope pour qui la littérature était un espace d\u2019universalité où « livrer le plus profond de lui-même et de la condition humaine».Une universalité profondément enracinée, cependant, dans les tourments et les espoirs de l\u2019incertain produit par Yves Bisaillon La medecme était sa profession, I écriture sa vie.hi Cal inet É fctesr Fenon \u2022 B lltt S Jean-Daniel latod SIC lACMRtiO Ci labalou Haielin SK Jearfariel laM.Valérie Ancllsit.Marcelle ferron, Marc-Mé fstcter, rÇ^g-OauflefiwtttaaMatWàneferrmMadelàteLaeaUée-ferw SâPJwMiMifiiMtitan ÜMttilM* IMMlMt BÜBÆHhÉflrawÉ 1 * tüBR Sttiie Arieli S«rina Baml.Ansuar Bralten PW9UCIIÜR EXKm Yves Bisaillan nHClHflEMilltt ntiml du lili d« Canada m.iiri ca/lKÉmidwkctewlHrin pays québécois car, pour Ferron, « le Québec est une foi qui ne veut pas mourir».(Une pièce de Michèle Ma-gny, inspirée des derniers textes de Ferron et intitulée « Un carré de ciel », sera présentée au Théâtre d\u2019aujourd\u2019hui du 13 janvier au 16 février.) Marco Veilleux janvier-février 2004 II LivR.es L'être nu Serge Cantin, Nous voilà rendus au sol.Essais sur le désenchantement du monde, Montréal, Bellarmin, collection L'essentiel, 2003, 207 P.La parution d'un essai philosophique au Québec est toujours un plaisir.Le monde, la société, les hommes et les femmes doivent pouvoir avoir sous la main les réflexions des philosophes et autres penseurs de nos sociétés.Serge Cantin enseigne la philosophie à l'Université du Québec à Trois-Rivières.Il est considéré comme un spécialiste de Fernand Dumont, cet autre philosophe québécois qui nous a donné de si beaux livres sur le Québec, la foi, la culture et l\u2019humain.Nous voilà rendus au sol.Essais sur le désenchantement du monde est composé de six textes dont la plupart sont déjà parus dans des revues comme Liberté, L'Action nationale ou Théologiques.Que doit-on entendre par «désenchantement»?Tout simplement, une perte.Celle de nos certitudes, celle de Dieu, celle de l\u2019horizon.Perte qui laisse l\u2019être dans sa nudité et devant une responsabilité terrible: se promener dans un monde qui pourrait facilement devenir inhabitable si nous ne devenons pas des chercheurs de sens.On pourrait aussi lire cet essai comme le résultat de l\u2019errance d\u2019un penseur.Un philosophe se penche sur le cas de Rimbaud, poète déçu, poète qui perd sa foi en la poésie et qui l\u2019abandonne à tout jamais.Un philosophe qui prend la route de Compostelle et devient un marcheur.Il réfléchit dans un petit cahier, comme Jean-Jacques Rousseau.Promenade dans la France profonde, oui peut-être, mais promenade dans les profondeurs de l\u2019âme humaine aussi.Cantin écrit son journal et s\u2019interroge sur l\u2019avenir de la foi et de l\u2019Église.Un philosophe revient sur la notion d\u2019identité, si chère au poète Gaston Miron; il analyse le parcours d\u2019un militant et d\u2019un poète.Oui, le philosophe est un être inquiet et il veut réfléchir sur cette inquiétude.Toute écriture n\u2019est peut-être que ce partage des inquiétudes.Mais d\u2019où pourraient nous venir de nouvelles questions s\u2019il n\u2019y avait pas les incertitudes, les doutes et le désir du sens?À partir de quoi peut-on refaire l\u2019homme?Qu\u2019est-ce que le « je »?Qu\u2019est-ce que le « nous »?Qui croire?Comment croire?Que croire?Tout est là dans cet essai.Le seul reproche que l\u2019on pourrait adresser à ce livre, c\u2019est que Serge Cantin s\u2019incline très rapidement devant la pensée des autres et se laisse parfois peu d\u2019espace.J\u2019aurais aimé le voir s\u2019approcher davantage de sa propre réflexion.Il y a trop de citations, parfois inutiles, parfois trop longues, comme si l\u2019auteur voulait simplement faire la preuve qu\u2019il a lu beaucoup.Les B3B3S&9 Serge Cantin Nous voilà rendus au sol Essais sur le désenchantement du monde (1 + BELLARMIN autres penseurs deviennent de petites béquilles sur lesquelles on s\u2019appuie pour prouver la pertinence de ce que l\u2019on avance.Il y a là des courbettes inutiles.Je sais bien que les philosophes sont prudents, mais nous avons aussi le devoir de nous avancer devant les autres pour penser, même lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un thème abordé par une multitude de personnes avant nous.Ma critique peut sembler sévère.Elle ne devrait pas être une raison suffisante pour ne pas lire Nous voilà janvier-février 2004 rendus au sol.Il y a dans ce livre beaucoup trop de questions intéressantes pour se contenter de passer à côté.Il faut lire et relire « Le silence du bourreau.Contribution tardive à la réflexion sur le crime contre l\u2019humanité au XXe siècle ».Nous, d\u2019Amérique, nous avons pris souvent le parti du silence dans cette histoire que nous avons tendance à ne pas considérer comme la nôtre.Et pourtant, l'Occident, nous en sommes, l\u2019Occident, nous ne pouvons y échapper.L\u2019Occident du mal et l\u2019Occident du bien.Ne laissons pas au président des États-Unis le soin d\u2019essayer de penser à notre place, nous serons floués.Marc Chabot Un système d'exploitation Yolande Geadah, La prostitution, un métier comme un autre?Montréal, VLB éditeur, 2003, 297 P.Beaucoup plus récent qu\u2019en Europe, le débat sur la prostitution au Québec et au Canada remonte à 1996, lors d\u2019un colloque international sur la prostitution et les autres métiers du sexe qui a fait, entre autres, émerger « le mouvement de défense des droits des travailleurs et travailleuses du sexe au Québec ».Ce n\u2019est qu\u2019en 2000, par la Marche mondiale des femmes, que le mouvement féministe québécois est entré au cœur de ce débat.Objet de la troisième partie du livre qui traite des réalités historiques locales à partir desquelles se font les réflexions et les débats.Cette contextualisation est précédée d\u2019une première partie sur la perspective internationale dans laquelle il est indispensable de se situer.On ne peut pas se contenter de faire des choix dans les sociétés du Nord sans en mesurer les conséquences sur les sociétés du Sud et sur le trafic sexuel qui LiVR.es Yolande Geadah LA PROSTITUTION UN MÉTIER COMME UN AUTRE ?prend actuellement une ampleur inquiétante.Notre décision collective doit accepter de chercher une réponse satisfaisante à la question suivante : « Comment concilier l\u2019obligation de respecter un choix de vie pour celles qui revendiquent le droit de se prostituer librement avec l'urgence d\u2019agir pour combattre cette nouvelle forme d\u2019esclavage moderne qui détruit la vie de milliers de personnes partout dans le monde?» La deuxième partie présente les deux approches principales (néo-abolitionniste et néo-réglementariste) qui s\u2019opposent.Yolande Geadah traite de la question avec la rigueur et la profondeur qui la caractérisent.Elle ne se limite pas à soulever les enjeux entourant les différents courants.Sa position sur la prostitution comme système d\u2019exploitation des femmes est connue.Elle la réitère explicitement dans son livre.L\u2019analyse quelle propose vise à montrer les conséquences importantes du choix de société complexe dont nous débattons.Tout en partageant la plupart des convictions et des questionnements qui animent l\u2019auteure, il demeure un certain malaise face à la présentation de l\u2019approche qui favorise la reconnais- sance du travail du sexe.La dénonciation des stratégies privilégiées ne tient pas suffisamment compte des questionnements et des nuances que porte aussi ce courant.Les pistes de solutions de certains pays font l\u2019objet de la quatrième partie.L\u2019Australie, l\u2019Allemagne, les Pays-Bas sont présentés à titre d\u2019exemples de législation, reconnaissant la prostitution comme un travail et assurant une réglementation minimale par l\u2019État.Mais on constate un faible impact sur l\u2019exploitation sexuelle qui se poursuit dans des zones de clandestinité, où les enfants sont de plus en plus vulnérables.La Suède, avec son modèle de responsabilisation en vigueur depuis 1999, est plus sévère envers les clients et les proxénètes, mais tente aussi d\u2019assurer une meilleure protection des prostituées.Bien que ce soit le modèle privilégié par l\u2019auteure, elle reconnaît que l\u2019expérience est encore bien récente pour en évaluer adéquatement les bénéfices pour les femmes.Il est dommage que la législation canadienne n\u2019ait pas fait l\u2019objet d\u2019une analyse plus fouillée par l\u2019auteure, car la piste d\u2019une amélioration du compromis qu\u2019offre déjà notre législation n\u2019est pas encore à exclure totalement.Le mérite principal de ce livre est d\u2019apporter des éléments de réflexion que nous escamotons trop souvent: une meilleure analyse de la violence inhérente à la prostitution qui ne se limite pas à la violence physique, les conséquences dramatiques de la déréglementation sur les femmes immigrantes, l\u2019influence d\u2019une vision néo-libérale de déréglementation sur les débats entourant la prostitution, l\u2019impact d\u2019une reconnaissance du travail du sexe sur les rapports entre les hommes et les femmes, mais aussi les limites que doit poser le bien collectif aux aspirations de « libre choix » exprimées dans ce débat.Cet ouvrage est un complément important au travail de recherche produit par le Conseil du statut de la femme en mai 2002 (La prostitution: profession ou exploitation?Une ré- flexion à poursuivre, 2002, 155 p.) afin d\u2019offrir le plus de renseignements possibles au mouvement des femmes qui tente de mieux comprendre cette problématique et de préciser les formes de solidarité féministe possibles avec celles qui vivent du travail du sexe et de la prostitution.Des outils importants à s\u2019approprier pour surmonter les passions que suscite inévitablement un tel débat et pour éviter le traitement réducteur d\u2019un enjeu extrêmement complexe.Élisabeth Garant Pensée polyphonique Henry Mottu, Dietrich Bonhoeffer, Paris, Cerf, 2002.219 p.Il vaut la peine de signaler ce remarquable livre d\u2019Henry Mottu sur la pensée du pasteur et théologien allemand Dietrich Bonoeffer, exécuté par les nazis en 1945, à l\u2019âge de 39 ans.Certains scrutent Bonoeffer pour la profondeur de sa pensée et ses intuitions stimulantes.Mais combien cherchent aussi en lui le guide spirituel qui enseigne, tant par ses écrits que par sa vie, ce que veut dire croire Henry Mottu Dietrich ionhoeffer janvier-février 2004 LiVRes aujourd'hui.Ne dit-on pas de lui qu\u2019il est le théologien le plus lu du XXe siècle?Dans le monde francophone, il a fallu plusieurs années pour accéder à ses principaux écrits.Certes, Le Prix de la grâce, De la vie communautaire et Résistance et soumission (les fameuses lettres de prison) sont connus depuis longtemps.Mais on commence à peine à découvrir les autres écrits, pourtant importants.La principale difficulté d\u2019interprétation de cette pensée tient surtout au fait que les derniers textes - les plus riches et les plus connus! - sont fragmentaires.Ce qui a entraîné, faute de bien connaître la démarche antérieure de l\u2019auteur, des interprétations parfois franchement farfelues, comme celle des années 1970 qui faisait de Bonoeffer l\u2019initiateur d\u2019une théologie vide de Dieu! On trouvera dans ce livre de Henry Mottu, un des meilleurs spécialistes actuels dans le monde francophone, un bon résumé de l\u2019itinéraire intellectuel et spirituel de Bonoeffer.On y découvre une pensée polyphonique (l\u2019image est de Bonoeffer lui-même), beaucoup plus unifiée qu\u2019il ne paraît.C\u2019est d\u2019ailleurs dans cette polyphonie de sens, sans jamais perdre le cantus firmus, qu\u2019il faut interpréter certaines affirmations percutantes des lettres de prison.Dans un chapitre captivant, Mottu décrit les diverses interprétations qu\u2019on a faites de cette pensée, par exemple l\u2019interprétation des théologiens de la sécularisation, celle de la théologie de la libération ou de la théologie féministe.Preuve que ce pasteur allemand est un auteur qu\u2019il vaut la peine de fréquenter longuement, Henry Mottu prend le temps de décrire, dans un autre chapitre, les étapes de sa propre interprétation de Bonoeffer, au gré des expériences et des années.Voilà une étude qui plaira certainement aux connaisseurs, par sa manière de faire le point sur une pensée dont une des qualités est de rester ouverte.Mais le livre, très abordable, peut aussi fort bien servir d\u2019introduction à tous.Ne serait-ce que pour comprendre comment s\u2019articule, dans la pensée de ce théologien, la notion tellement utilisée et parfois galvaudée de Christ « homme pour les autres ».Fernand Jutras Mémo bien utile Hubert Doucet, L'éthique de la recherche.Guide pour le chercheur en sciences de la santé, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2002, 264 P.Même si le volume est paru depuis un certain temps, il vaut la peine d\u2019en signaler l\u2019existence à nos lecteurs.De plus, bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un livre destiné aux chercheurs en sciences de Hubert Doucet L\u2019éthique de la recherche la santé, son intérêt déborde largement ce public cible.On peut le considérer comme une introduction aux questions éthiques soulevées par les recherches en sciences de la santé et sur les esquisses de solution mises de l\u2019avant par différents courants de pensée.Le livre d\u2019Hubert Doucet propose un parcours simple, pédagogique et bien documenté, chaque chapitre se terminant par un résumé à caractère didactique.Le chapitra 1 situe la problématique du point de vue du chercheur: l\u2019éthique nuit-elle à la bonne science?Le chapitre 2 rappelle le but de la science biomédicale: alléger la souffrance, améliorer la santé du plus grand nombre.Le chapitre 3 évoque le Gode de Nuremberg et la lente prise de conscience des chercheurs américains qui aboutit au Belmont Report.Le chapitre 4 est dédié au chercheur pour l\u2019aider à définir son projet et son inscription dans l\u2019éthique de la recherche.Le chapitre 5 décrit les normes nationales et internationales.Le chapitre 6 décrit les comités d\u2019éthique de la recherche, au Canada comme sur le plan international.Le chapitre 7 s\u2019attarde à la recherche clinique interventionniste, le chapitre 8 à la recherche épidémiologique, le chapitre 9 à la recherche en génétique humaine et le chapitre 10 à la recherche quantitative.La réflexion s\u2019appuie sur quatre préoccupations de base: le souci de rigueur et de méthode pour parvenir à la bonne science; le rappel des exigences courantes de bioéthique (bienfaisance, non-malfaisance, justice, consentement éclairé) et leur mise en oeuvre diversifiée selon les secteurs de recherche; le rappel constant de ramener la recherche à ses finalités humaines essentielles, particulièrement en génétique humaine; l\u2019importance du débat public et d\u2019un désenclavement des experts.Particulièrement utile aux chercheurs désireux de se soumettre aux exigences des conseils d\u2019éthique de la recherche (CER), ce petit guide peut aisément servir de mémo aux membres des CER, à ceux qui consentent à devenir sujets de recherche et à toute personne soucieuse de se mettre à jour sur la question.Bravo! André Beauchamp 42) ReLatiONS janvier-février 2004 SoiRées ReLatiONS\t La laïcité face au pluralisme : l\u2019expérience québécoise\t Cette soirée comprendra une conférence de Micheline Milot, professeure au Département de sociologie de i\u2019UQAM et auteure de La laïcité dans le nouveau monde : le cas du Québec.\t À Montréal LE LUNDI 26 JANVIER 2004 DE 19 II À 21 H 30 Au Centre justice et foi 25, rue Jarry Ouest (Métro Jarry ou de Castelnau)\tA Québec LE MARDI 10 FÉVRIER 2004 DE 19 II À 21 II 30 Agora, pavillon Alphonse-Desjardins (rez-de-chaussée) Université Laval La conférence sera suivie des interventions de : Salah Basalamah (coordonnateur de Présence musulmane et chercheur au Département de traduction de l\u2019Université de Montréal), sur la laïcité et la diversité religieuse; Anne-Marie Aitken (rédactrice en chef de Relations), sur la laïcité scolaire.\tLa conférence sera suivie des interventions de : Guy Saint-Michel (coordonnateur du Service d\u2019animation religieuse de l\u2019Université Laval), sur la laïcité et la diversité religieuse; Élisabeth Garant (responsable du secteur Vivre ensemble au Centre justice et foi), sur la laïcité scolaire.Renseignements : Claude Rioux (514) 387-2541\tContribution volontaire : 5 $ ReLatiONS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES Oui, je désire un abonnement de_____________an(s), au montant de________________$ NOM_____________________________________________________________________________ ADRESSE ________________________________________________________________________ VILLE __________________________________________________________________________ ABONNEZ-VOUS.Un an : 32 $ Deux ans : 56 $ À l'étranger (un an) : 40 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) par téléphone : (514) 387-2541 par télécopieur : (514) 387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : Relations a/s Mme Hélène Desmarais 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 CODE POSTAL ______________________________ TÉLÉPHONE (_________) _______________________________ Je désire également envoyer un abonnement de___________________an(s), au montant de_____________S à la personne suivante : NOM_____________________________________________________________________________________________ ADRESSE ________________________________________________________________________________________ VILLE __________________________________________________________________________________________ CODE POSTAL ______________________________ TÉLÉPHONE (_________) _______________________________ Montant total :________________$ Je paie par chèque (à l'ordre de Relations) EU Visa EE Mastercard EU NUMÉRO DE LA CARTE _____________________________________________________________________________ EXPIRATION__________________________ SIGNATURE__________________________________________________ Présent sur toutes les scènes culturelles Abonnements : (514) 985-3355 1 800 463-7559 "]
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