Relations, 1 décembre 2004, Décembre
[" Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 - CONVENTION : 40012169 \t\t > * *\tA ¥\t \t*\t*r\t.¦ 4i3\t\t:\t: «dtt ReLatiONS société politique religion NuméRO 697 DécemBRe 2004 Autochtones : de l'exil à l'existence politique Histoire d\u2019une mise en tutelle Sortir de la réduction La tribune internationale La femme autochtone : hier, aujourd\u2019hui et demain ARTISTE INVITÉ : OLIVIER HANIGAN 9 rruuo*» ^rouuu Æ 977003437800012 sommaiRe NuméRO 697, DécemBRe 2004 4 actualités HORIZONS 9 UN MAGNIFIQUE LABORATOIRE SOCIAL Bernard Lestienne 25 eN BRef aiLLeuRS 2 6 AUSTRALIE : LA PROSPÉRITÉ AVANT TOUT! Anne-Marie Aitken coNtROveRse 2 8\tPEUT-ON BRICOLER DES RITES?Marco Veilleux Jean-Claude Ravet RegaRD 31\tL'INCLÉMENCE DU TEMPS Marc Chabot 54\tDES FANTÔMES ENFIN RÉDIMÉS Jean-Claude Ravet cLaiRSONnaNce 57\tEST-CE SANS CESSE MOI?Jean-François Casabonne 38 muLtiméDias 40 LiVRes Couverture : Olivier Hannigan, Figure chamanesque, 2004 DOSSieR 10 AUTOCHTONES : DE L'EXIL À L'EXISTENCE POLITIQUE La manière dont les sociétés canadienne et québécoise ont abordé jusqu'ici la question autochtone est caractérisée par un déni des processus sociohistoriques qui ont progressivement mis en place un véritable régime d'apartheid culturel et social faisant des Autochtones des étrangers sur leurs propres terres et des « mineurs » sur le plan politique.Aujourd'hui, cette amnésie mine encore trop souvent l\u2019action et la reconnaissance politiques des Premières nations.Le présent dossier veut dénouer cette impasse en mettant en lumière les zones encore trop occultées qui bâillonnent notre histoire et nous privent des mots justes pour la comprendre.12 HISTOIRE D'UNE MISE EN TUTELLE Propos de Rémi Savard, recueillis par Anne-Marie Aitken 15 SORTIR DE LA RÉDUCTION Entrevue avec Jean-Jacques Simard Jean-Claude Ravet 19\tLA TRIBUNE INTERNATIONALE Renée Dupuis 20\tLA FEMME AUTOCHTONE : HIER, AUJOURD'HUI ET DEMAIN Manon Tremblay ARTISTE INVITÉ Né en 1977, à Montréal.Olivier Ilanigan a d\u2019abord poursuivi des cours en littérature française et en histoire de l\u2019art et du cinéma dans les Laurentides.Passionné par l\u2019image, il a ensuite étudié le cinéma à l'Université de Montréal.Mais après quelques mois, il « décroche » pour se rendre en Suisse.Ce premier voyage outre-mer change sa vie.11 passe un an à parcourir l'Europe et entreprend alors une formation autodidacte en photographie.Il voyage aussi en Amérique du Nord, en Asie et dans les Caraïbes.Le photo-reportage et la politique internationale deviennent ses intérêts premiers.Ses sujets de prédilection sont les êtres humains, leurs conditions de vie et leur environnement.ReLatiONS foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d'une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:(514)387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelatlons.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTRICE EN CHEF Anne-Marie Aitken RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Jean-Claude Ravet SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Marco Veilleux DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Stéphanie Béliveau Jacques Goldstyn Lino RÉVISION/CORRECTION Éric Massé IMPRESSION HLN, Sherbrooke COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum.Céline Dubé, Guy Dufresne, Fernand Jutras, Nicole Laurin.Robert Mager, Guy Paiement, Rolande Pinard d) COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Jean-François Casabonne, Marc Chabot, Pascal Durand.Jean-Marc Éla.Jean-François Filion, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ABONNEMENTS 8 numéros (un an) : 35 $ (taxes incluses) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l'étranger : 45 $ Étudiants : 25 $ TPS: Ri 19003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP).pour nos dépenses d'envoi postal.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 ReLatiONS décembre 2004 eDitoRiaL Un nouveau messianisme Les États-Unis ont choisi de réélire George W.Bush comme président.Les 100 000 civils tués en Irak, le mépris des institutions et du droit international dont ce pays a fait preuve dans son unilatéralisme, la baisse d\u2019emplois notoire dans certains États et l\u2019appauvrissement d\u2019une part non négligeable de la population depuis les quatre dernières années, n\u2019ont pas pesé lourd dans le vote de la majorité des électeurs.Poussés par une peur largement exploitée et entretenue, ceux-ci ont donné priorité à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme.Les idées simples, qui évacuent tout doute possible, l\u2019ont emporté.N\u2019oublions pas que ces élections se sont déroulées sur fond de guerre: Olivier hanigan, une guerre mondiale de lutte entre le teepee amérindien Bien et le Mal, qui s\u2019impose désormais lors d'un pow comme un mode de vie, une nouvelle Wow à maniwake, manière de penser et de se comporter.septembre 2004 Bush s\u2019est, en effet, forgé une vision du monde en «noir et blanc», proche de celle qu\u2019en ont les fondamentalistes chrétiens, notamment ceux de la Bible Belt des États du Sud; même si, de fait, il fréquente des Églises modérées qui se sont désolidarisées de la guerre en Irak.Le retour du religieux ne date pas de George W.Bush.L\u2019ensemble des présidents américains, tout au long du XXe siècle, ont été filmés ou photographiés en train de prier.Dans les années 1970, Jimmy Carter se présentait aussi comme un born again Christian.Il mettait en avant sa foi et ses convictions évangéliques.Là où George W.Bush innove, c\u2019est dans sa volonté d\u2019introduire la religion au cœur même de sa politique, niant l\u2019autonomie de la sphère politique, et la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État inscrite dans la Constitution américaine.Cette instrumentalisation du religieux au service du politique se veut une réponse aux agressions terroristes commises au nom d\u2019Allah.Comme si la revendication laïque se transformait en appui silencieux de ce terrorisme islamique.En d\u2019autres ter-mes, l\u2019offensive islamiste ne pourrait être contrée que par une affirmation religieuse forte, même si le paysage religieux américain aujourd\u2019hui est très contrasté, avec la présence, en plus du christianisme, d\u2019un islam militant, d\u2019un judaïsme actif et d\u2019un bouddhisme en croissance.Ceci a été rendu possible parce qu\u2019autour du président s\u2019est réalisée une étonnante alchimie entre la coalition chrétienne ultraconservatrice et les «néoconservateurs» parfois issus d\u2019une extrême gauche qui a déjà rêvé, dans une «vie antérieure», de changer le monde: les uns et les autres se référant à une vision messianique de l\u2019Amérique.Dans son dernier ouvrage, Que Dieu bénisse l\u2019Amérique, La religion de la Maison-Blanche, paru aux éditions du Seuil en 2004, le sociologue français, Sébastien Fath, tient des propos forts éclairants.11 fait l\u2019hy- pothèse que ce messianisme subit aujourd\u2019hui une radicale mutation.Jadis porté par les Églises protestantes pluralistes, puis par le protestantisme évangélique, il glisserait de plus en plus vers une religion civile plus sécularisée, dans laquelle Dieu ne serait plus transcendant.La seule transcendance étant l\u2019Empire lui-même.Les États-Unis deviendraient ainsi une nation investie des attributs de la divinité.Seuls, sur l\u2019horizon des nations, avec pour grand prêtre George W.Bush qui n\u2019hésite pas à se déclarer sauveur de la nation.«De bras armé du Messie, l\u2019Oncle Sam devient lui-même le Messie.» À la figure de Jésus Christ, sauveur, se substitue la figure d\u2019une Amérique triomphante qui, par ses vertus, son modèle de société et sa technologie instaure le Royaume de Dieu sur terre, se substituant à la légitimité internationale.Désormais, c\u2019est la puissance militaire qui apporte le salut et impose une pseudo-démocratie à l\u2019ensemble du monde.Au lieu de se laisser ainsi kidnapper au nom de la morale et de la défense de la religion, les Églises n\u2019ont d\u2019autre tâche que de dénoncer l\u2019idolâtrie, de rappeler que les États-Unis ne sont pas Dieu et qu\u2019ils ont besoin des autres pour construire l\u2019avenir de la planète.En ce temps des fêtes de Noël, ne nous trompons pas de Messie : celui de l\u2019Évangile vient nu et sans éclat, avec pour seul message une promesse de bonheur et de paix dans la nuit du monde.11 renverse les puissants et relève les faibles.Anne-Marie Aitken décembre 2004 ReLatiONS actuaLites L'auteure est JOURNALISTE INDÉPENDANTE ET INTERVENANTE À l'Institut pratique DE JOURNALISME de Paris Lino, Liberté, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ, 2004 © Anne Duvivier-Ferry En France, l\u2019extrême-droite enregistre des succès électoraux croissants, tandis que les manifestations de racisme et d\u2019antisémitisme se multiplient de façon alarmante.Comment conjurer cette audience massive et l\u2019incapacité actuelle des partis traditionnels à organiser une riposte démocratique?On se rappellera que le dimanche 21 avril 2002, le ciel tombait sur la tête des Français.Au premier tour de l\u2019élection présidentielle, le vieux chef du Front National (FN), le plus grand parti d\u2019extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, devançait le candidat socialiste.En additionnant ses voix et celles recueillies par un autre candidat de même obédience, on arrivait à un résultat de 19,2 %, soit près de 5,5 millions des suffrages exprimés.Le deuxième tour s\u2019est ensuite disputé entre la droite et la droite extrême.Traumatisme de l\u2019opinion, de la presse, de la classe politique qui, déjà, cherchaient des excuses à l\u2019inacceptable: ces électeurs ne seraient «pas vraiment des racistes», beaucoup auraient «simplement voulu envoyer un message».Mais c\u2019était sans compter sur la permanence de ces résultats au fil des consultations.Le FN, insignifiant pendant les années de croissance, prospère dans le creuset de populations frappées par le chômage et l\u2019exclusion.Le système libéral qui règne aujourd\u2019hui sans partage entraîne une brutale régression cïi » r sociale: remise en cause de la réduction du temps de travail hebdomadaire, éloignement de l\u2019âge de la retraite, révision à la baisse des régimes de sécurité sociale, de l\u2019assurance chômage, démantèlement des services publics et désengagement de l\u2019État.sur fond de fermetures massives d\u2019usines et de régions entières désintégrées.Pour la première fois depuis des générations, on ne peut plus se dire que les enfants connaîtront une vie meilleure que celle de leurs parents.La gauche, faute de savoir comment maîtriser le capitalisme financier, ne parvient pas à réinventer un réel modèle politique attractif et laisse donc à l\u2019extrême-droite le monopole de l\u2019alternative.Car le FN, lui, se revendique radicalement antilibéral et prône «une troisième voie» entre libéralisme et socialisme.Doté d\u2019un appareil militant solidement structuré, d\u2019une rhétorique très étudiée, ce parti joue avec les peurs et les frustrations de couches La résurgence de l'extrême-droite en France L'extrême-droite érige l'étranger en commode bouc-émissaire, cristallisant habilement toutes Les frustrations ReLatiONS décembre 2004 actuaLités populaires précarisées, sensibles à la tentation du repli sur soi.Conspuant, d\u2019une part, autant la classe politique et les institutions décrédibilisées que l\u2019Europe (accusée de broyer les identités nationales), maniant habilement, d\u2019autre part, les statistiques de la délinquance pour justifier l\u2019équation «immigration = insécurité et criminalité», le FN érige l\u2019étranger en commode bouc-émissaire, cristallisant tous les fantasmes et les frustrations.Les discours, relayés par une certaine presse, sur la ghettoïsation de banlieues à forte densité de population d\u2019origine étrangère, qui ne connaîtraient que violence et trafics en tous genres, alimentent encore ces sentiments de rejet.Mais cette contamination des esprits n\u2019en reste pas là.Les agressions racistes et xénophobes se banalisent, Jusqu\u2019en 1999, elles touchaient surtout la communauté «arabo-musulmane».Depuis 2002, le nombre des actions antijuives recensées explose.Rien que pour le premier semestre 2004, ce nombre est supérieur à celui enregistré pour toute l\u2019année 2003.Graffitis haineux, incendies, profanations, vols, agressions verbales et physiques.Comme si un tabou était levé.Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la mémoire de la Shoah nous avait préservés d\u2019un antisémitisme qu\u2019on croyait, sinon éteint, du moins indicible.Le conflit israélo-palestinien semble désormais s\u2019être transposé dans les banlieues par l\u2019intermédiaire, notamment, de jeunes d\u2019origine maghrébine.Une aubaine pour l\u2019extrême-droite, voyant avec jubilation les alliances de circonstance se nouer et les pistes se brouiller.Comme le répètent inlassablement les militants des réseaux associatifs, la partie ne se jouera pas à Paris ou dans les grandes villes, mais là où se trouve l\u2019électorat du FN.En Bretagne, observe l\u2019un d\u2019eux, les faibles scores de l\u2019extrême-droite s\u2019expliquent par «de vraies convictions chrétiennes face aux idéologies d\u2019exclusion», mais aussi par «la densité de la vie locale, le foisonnement d\u2019associations, de fêtes, de festivals, de réseaux, ces milliers de personnes qui, dans les villes comme dans les communes rurales, partagent des projets de tous ordres» (voir René Monzat, Les voleurs d\u2019avenir.Pourquoi l\u2019extrême-droite peut avoir de beaux jours devant elle, Paris, Textuel, 2004).Car l\u2019indignation et la dénonciation, même vertueuses, même pédagogiques, ne suffiront pas.Contre la peur, c\u2019est sur le réel qu\u2019il faut agir, restaurer le lien social, nouer de nouvelles solidarités.Ensemble, partout, même modestement, mais sans attendre.\u2022 Une nouvelle pièce du casse-tête de la réingénierie.Le plan d'action du gouvernement en matière d'action communautaire va dans le sens d'une institutionnalisation du mouvement Vincent Greason Cet été, le gouvernement libéral donnait un premier signe officiel de ses intentions face au dossier de l\u2019action communautaire autonome en rendant public le Plan d\u2019action en matière d'action communautaire.Celui-ci engage davantage le communautaire dans la voie de l\u2019institutionnalisation d\u2019un mode d\u2019intervention, autrefois spécifiquement québécois, qui a maintenant tendance à s\u2019américaniser.Alors que le Comité aviseur de l\u2019action com- munautaire autonome (CAACA) a vu dans le Plan d\u2019action une «suite logique» de la Politique de reconnaissance et de financement d\u2019action communautaire du gouvernement précédent, d\u2019autres ont compris qu\u2019il est plutôt une nouvelle pièce du casse-tête que représente le processus de réingénierie étatique visant à réduire l\u2019intervention gouvernementale, à renforcer la présence des intérêts privés dans des secteurs autrefois publics et à confier à d\u2019autres partenaires la tâche du développement social québécois.Rappelons que le CAACA et le gouvernement précédent ont négocié la première Politique en Amérique du Nord qui balise des relations entre l\u2019État et le milieu communautaire.Réuni en instance nationale exceptionnelle, les deux tiers du mouvement communautaire ont trouvé cette Politique acceptable et l\u2019ont entérinée en mai 2001.Par ailleurs, les regroupements dissidents - dont celui l'auteur est membre de l\u2019auteur de ces lignes - ne pouvaient de la table ronde des accepter qu\u2019un mouvement « autonome » ovep de l'Outaouais accueille, à bras ouverts, un document qui consacrait les « ententes de service » comme mode de financement.Ils concluaient que la Politique était plus utile au gouvernement qu\u2019aux organismes d\u2019action communautaire autonome.Trois ans plus tard, et à la suite de l\u2019arrivée d\u2019un gouvernement carrément néolibéral, les dommages sont faits.Le décembre 2004 RelatiONS f 5 actuaLites plan d\u2019action s\u2019éloigne des engagements de la Politique.Le financement «en appui à la mission», dédié uniquement aux organismes d\u2019action communautaire autonome (ACA) par la Politique, est ouvert à d\u2019autres formes d\u2019intervention communautaire: le concept d\u2019ACA étant maintenant dilué au point de ne plus avoir de sens.De même, alors que la Politique excluait de sa portée les organismes d\u2019économie sociale, le plan d\u2019action rebaptise le concept en «organisme communautaire à caractère marchand» et cherche à mieux arrimer son action à celle de l\u2019action communautaire.Alors que la Politique annonçait la volonté gouvernementale de limiter le Fonds d\u2019aide à l\u2019action communautaire autonome au soutien des organismes de défense collective des droits, généralement les plus contestataires et les moins bien subventionnés, le Plan d\u2019action annonce un élargissement du mandat du Fonds.sans aucune augmentation de budget.La Politique garantissait le maintien des acquis financiers des organismes d\u2019ACA jusqu\u2019en 2004-2005; le Plan d\u2019action annonce trois études du milieu qui se déroulent cet automne dans le but d\u2019identifier et d\u2019éliminer le dédoublement et le chevauchement des groupes et des regroupements.Dans l\u2019Ou-taouais, ces études se font sur fond de compressions budgétaires de 750 000$ dans le seul réseau de la santé et des services sociaux.Les organismes communautaires seront appelés à faire leur part dans ces compressions: il faudrait être dupe pour ne pas voir le lien entre compressions budgétaires et l'auteur est membre études sur le dédoublement.Le Plan de l'acat\td\u2019action annonce, par ailleurs, que cer- taines décisions seront prises d\u2019ici le 1er avril 2005.La politique péquiste prévoyait la diversification du financement des organismes communautaires, un concept qui plaît, vraisemblablement, au gouvernement libéral.Rappelons que le regretté Claude Ryan avait proposé dans un document officiel du PLQ, publié à la veille des élections de 1994, que le financement étatique des organismes communautaires ne dépasse pas, en règle générale, le seuil de 50%: un dollar étatique pour chaque dollar de source non publique.Or, le plan d\u2019action annonce une série de mesures qui semblent aller dans ce sens: d\u2019une part, on confie au Secrétariat à l\u2019action communautaire autonome (SACA) le mandat d\u2019établir des partenariats avec des organismes philanthropiques «pour situer l\u2019offre gouvernementale de soutien en complémentarité»; on annonce également des travaux visant à revoir le statut juridique des OBNL.Ce processus, dont l\u2019un des objectifs est de combattre le problème chronique de sous-financement des groupes, est déjà en cours.Au fil des 40 dernières années, le milieu communautaire québécois s\u2019est distingué par son rôle d\u2019innovation et de combativité.Le plan d\u2019action annonce son institutionnalisation, sinon son américanisation.«L\u2019action des organismes communautaires vient contribuer au développement du Québec en complément des services publics» (p.7).En bon «complément de services publics», l\u2019intérêt du gouvernement est d\u2019avoir un mouvement communautaire docile, bon fournisseur de services et fiable relais sur lequel il peut compter.À l\u2019instar du «communautaire américain», les groupes seront plus grands, multi-services, apolitiques et financés par des fondations privées, telles la fondation Lucie et André Chagnon, laquelle d\u2019ailleurs est appelée à jouer un rôle structurant, en partenariat privé-public (PPP), dans la lutte contre la pauvreté (voir Concilier liberté et justice sociale, le plan gouvernemental de lutte contre la pauvreté).\u2022 En faveur de l'abolition La peine de mort n est jamais une solution; Là où elle est pratiquée, elle évite à la société de se poser les vraies questions Normand Breault En octobre dernier, le deuxième Congrès mondial pour l\u2019abolition de la peine de mort réunissait à Montréal quelque 400 abolitionnistes, professionnels (avocats, magistrats, juristes, parlementaires), bénévoles comme les membres d\u2019Amnistie ou d\u2019ACAT (Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture), représentants de familles de victimes et anciens condamnés à mort innocentés ou graciés.La pratique de la peine de mort est contraire aux articles 3 et 5 de la Déclaration des droits humains de 1948 stipulant que « tout individu a droit à la vie.» et que « Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants».Tous les abolitionnistes considèrent que la peine de mort est d\u2019abord et avant tout un acte de vengeance, perpétré de façon plus ou moins violente, et variant selon la nature du crime, la victime (adulte ou enfant), le pays où elle est appliquée.Nulle personne, nul ReLatiONS décembre 2004 actuaLites État ne devrait céder à cet esprit revanchard qui, non seulement ne redonne pas la vie, mais exclut toute possibilité de réhabilitation.De très nombreux condamnés à la peine de mort ont été acquittés des charges pesant contre eux après qu\u2019une recherche plus poussée et une défense plus minutieuse aient fait découvrir leur innocence et les aient soustraits au châtiment suprême.Cela renforce les abolitionnistes dans leur opposition à la peine de mort.Une société civilisée ne peut pas prendre le risque de tuer une seule personne innocente.Aux États-Unis, en Chine, en Iran et dans les autres pays où se pratiquent commis et des personnes atteintes de maladie mentale.En cette période marquée par la lutte contre le terrorisme et par la peur instillée autant par les actes terroristes que par les réactions de certains dirigeants, il faut résister au désir de se venger et de «prévenir», comme l\u2019ont fait récemment le Maroc et les Philippines qui ont recommencé à appliquer la peine de mort.Des pays comme l\u2019Espagne et la Turquie ont, pour leur part, résisté à cette tentation même après avoir vécu leur « 11 septembre» au cours de l\u2019année dernière.Quant aux chrétiens, maître Sylvie Bukhari de Pontual, présidente d\u2019ACAT-France, a bien résumé leur argumentaire contre la peine de mort en affir- justice faillible et discriminatoire.Elle ne protège pas en profondeur la société, car éliminer un coupable fait que la société évite de se poser le vrai problème, celui de la réforme du système pénitentiaire, voire celui du corps social dans son ensemble.Elle ne permet pas au coupable de s\u2019amender: celui que l\u2019on tue maintenant n\u2019est pas exactement le même que celui qui naguère a tué.Un être humain n\u2019est pas réductible à un ou plusieurs actes et n\u2019est pas enfermé dans ce qu\u2019il a fait.11 est plus que ce qu\u2019il a fait.Tous les êtres humains pourraient globalement endosser cette assertion *5tVaJ toujours les exécutions capitales, on a plus de risques d\u2019être exécuté (pendu, empoisonné, lapidé, fusillé.) quand on est pauvre, femme, membre d\u2019un groupe minoritaire, homosexuel, étranger.Accusées d\u2019un crime grave, ces personnes ne bénéficient pas d\u2019une défense pleine et entière comme les personnes riches et puissantes.Ce fait inacceptable milite en faveur de l\u2019abolition universelle de ce châtiment capital.Et - quelle horreur! - ces pays tuent même des criminels qui étaient mineurs au moment où le crime a été mant que cette dernière ne respecte pas le droit à la vie, qui est un droit absolu.Leur conviction s\u2019appuie, entre autres, sur des textes bibliques comme le «Tu ne tueras point» (Ex 20) et le «Va, moi non plus je ne te condamne pas» de Jésus à la pécheresse condamnée à la lapidation (Jn 8, 3-11).La peine de mort n\u2019est pas dissuasive.Des études ont même montré quelle est susceptible d\u2019entraîner une hausse des crimes violents car elle contribue à banaliser les comportements brutaux.Elle s\u2019appuie sur une de Mgr Martino, observateur permanent du Saint-Siège à l\u2019ONU: «La discussion sur la restriction et l\u2019abolition de la peine de mort [.] demande que l\u2019on ait le courage de dire non aux meurtres en tout genre.Elle exige que l\u2019on ait la générosité de donner à ceux qui ont perpétré des crimes, même les plus atroces, la chance d\u2019une vie nouvelle dans une perspective de guérison et de pardon.Si elle agit ainsi, l\u2019humanité peut être sûre quelle sera meilleure» (2 novembre 1999).\u2022 décembre 2004 ReLatiONS © actuaütes Une Charte mondiale des femmes L'auteure est RESPONSABLE DES COMMUNICATIONS À la Marche mondiale DES FEMMES Le 10 décembre 2004, la Marche mondiale des femmes adoptera, au Rwanda, la Charte mondiale des femmes pour l'humanité Brigitte Verdière En presque sept ans d\u2019existence, la Marche mondiale des femmes n\u2019a cessé de rappeler que la pauvreté et la violence envers les femmes ne sont pas une fatalité: elles découlent du patriarcat et du capitalisme et s\u2019enracinent dans le racisme, l\u2019homophobie, l\u2019esclavagisme, le travail forcé.Le monde qui en découle, les femmes membres de la Marche n\u2019en veulent pas.Si elles se battent comme l\u2019ont fait leurs aïeules avant elles, c\u2019est pour créer un autre monde qui sera basé sur l\u2019égalité, la liberté, la solidarité, la paix, la justice.Ce monde renversera les logiques économiques et sociales actuelles pour assurer richesses et sécurité à toutes et à tous.La Charte mondiale des femmes pour l\u2019humanité présente ce monde.Le projet était déjà latent dans les 17 revendications que la Marche a élaborées en 2000 pour éradiquer la pauvreté et la violence envers les femmes.On se rappelle le succès de la Marche au Québec et au Canada: plus de 30 000 personnes dans les rues de Montréal, le 14 octobre; quelque 50000 dans celles d\u2019Ottawa, le 15 octobre.Le 17 octobre, lors de la Journée mondiale pour l\u2019élimination de la pauvreté, pendant que 10 000 femmes marchaient dans les rues de New York, 200 femmes venues du monde entier ont interpellé les Nations unies pour leur demander d\u2019agir.Pour la première fois, la société civile s\u2019invitait à l\u2019ONU.Ces femmes y apportaient cinq millions de signatures en soutien à leurs revendications.La force de la Marche est d\u2019avoir rassemblé des femmes du monde entier autour de ses revendications.Plus de 5500 groupes issus de 163 pays et territoires les ont diffusées, ont manifesté pour les faire connaître et appli- quer dans leur pays.En 2004, ces femmes sont toujours prêtes à agir.Et actions il .y aura en 2005.Issue d\u2019un processus de consultation auprès des groupes membres, la Charte mondiale des femmes pour l\u2019humanité sera adoptée par des déléguées des pays membres le 10 décembre 2004, lors d\u2019une rencontre internationale qui se tiendra à Kigali, au Rwanda.Elle sera ensuite présentée au Forum social mondial de Porto Alegre, fin janvier 2005.Un lancement international aura lieu à Sao Paulo, au Brésil, le 8 mars, suivi des lancements nationaux partout où des femmes en organiseront.La Charte circulera ensuite dans le monde entier, accomplissant un trajet à relais qui la mènera des Amériques, à l\u2019Europe, l\u2019Océanie, l\u2019Asie, le Moyen-Orient et enfin l\u2019Afrique.Cinquante étapes sont déjà établies au cours desquelles des femmes se sont engagées à mener des actions d\u2019éclat.Au Québec, ce sera en mai dans la ville de Québec.À chaque fois, les femmes s\u2019adresseront aux femmes et aux hommes pour qu\u2019ils soutiennent la Charte.Les responsables politiques seront aussi apostrophés pour que toutes et tous s\u2019engagent à respecter les valeurs de la Charte et à les appliquer.Le 17 octobre 2005, la Charte terminera son parcours à Ouagadougou, au Burkina Faso.Ce pays a été choisi parce qu\u2019il est un des plus pauvres de la planète, que les femmes y vivent des violences particulières (lévirat, mariages forcés, mariages précoces, mutilations génitales, etc.) et que la coordination de la Marche y est active depuis le début.Cette même journée, à midi, des femmes à travers le monde accompliront durant une heure toutes sortes d\u2019activités publiques (manifestations, théâtre de rue, murales, actions médiatiques, etc.), en commençant par l\u2019Océanie pour remonter les fuseaux horaires jusqu\u2019à faire un «24 heures de solidarité féministe mondiale».Face à l\u2019ampleur des actions, la Marche mondiale a besoin de l\u2019appui de toutes et de tous.Les actions à mener sont ambitieuses, à la hauteur de nos engagements, de nos projets et de nos rêves.Site Internet: .\u2022 ReLatiONS décembre 2004 HORiZoNs Un magnifique laboratoire social Bernard Lestienne L'auteur, jésuite, EST PRÉSIDENT DU Réseau jésuite INTERNATIONAL POUR LE DÉVELOPPEMENT (IJ ND) Après six années passées à l\u2019Office catholique d\u2019information pour l\u2019Europe (OCIPE), à Bruxelles, je suis revenu en août 1999 au Centre social de la province Centre-Est du Brésil, transféré de Rio à Brasilia.À Bruxelles, j\u2019avais surtout travaillé aux relations de coopération entre l\u2019Union européenne et les pays en développement.Ce fut l\u2019occasion d\u2019approfondir quelques thèmes mondiaux comme la dette ou le commerce.De retour au Brésil, on m\u2019a vite proposé d\u2019être le représentant de l\u2019Ibrades, institut brésilien de développement, dans la Coordination nationale de la campagne Jubilé.Aujourd\u2019hui, cette coordination regroupe les représentants d\u2019environ 40 entités nationales : mouvements sociaux, populaires, culturels, syndicats, Églises et représentants de quelques partis politiques.La campagne s\u2019est articulée, en juillet 1998, lors d\u2019un Symposium sur la dette extérieure.Une des conclusions de celui-ci fut d\u2019organiser un Tribunal de la dette, pour élargir la réflexion et la mobilisation.11 a eu lieu pendant trois jours, en mai 1999.Le verdict final reste très actuel.11 fut alors décidé d\u2019organiser, en l\u2019an 2000, pour les 500 ans de la «découverte» du Brésil, un plébiscite national populaire.Décision audacieuse et créative.Plus de 150000 volontaires animèrent, pendant plusieurs mois, un débat dans tout le pays.La coordination nationale publia de nombreux documents d\u2019éducation pour toutes les couches sociales.Six millions de citoyens votèrent le 7 septembre 2000, fête de l\u2019indépendance nationale.En 2001, la Campagne s\u2019est mobilisée pour organiser un audit citoyen de la dette pour montrer à quoi servirent les emprunts et surtout à qui ils bénéficièrent.Une équipe de juristes et d\u2019économistes continue de travailler sur l\u2019audit.Aujourd'hui encore, de nombreux membres de la coordination demandent aux secteurs engagés de l'Église de continuer à favoriser l'unité, à préserver le contact avec la base et à soutenir une vaste mobilisation.En avril 2001, la rencontre ministérielle sur la ZLEA, à Québec, fut un détonateur.Les menaces d\u2019une invasion de la région par les multinationales états-uniennes se précisaient.Pour mobiliser l\u2019opinion et créer un débat public sur ce thème occulté par le gouvernement, la Campagne a organisé un deuxième plébiscite en septembre 2002.Ce fut une autre victoire politique de la société civile organisée.Dans les écoles, les usines, les gares routières, etc., on parlait de la ZLEA.11 y eut des milliers de débats publics.Plus de 10 millions de citoyens votèrent.Le Brésil est le pays des Amériques le plus sensibilisé et mobilisé sur le sujet.Comment a-t-on obtenu une telle mobilisation?La campagne Jubilé se situe dans un processus de reconstruction démocratique du pays.Elle a bénéficié de cette dynamique, et l\u2019a consolidée.La méthodologie aussi explique son «succès».Participation, créativité, initiatives à la base, pluralisme, diversité et qualité des instruments pédagogiques, dimension politique des débats, unité (parfois bien délicate) des forces sociales et politiques, articulation entre analyse, réflexion et pratiques, etc., la campagne Jubilé a été un magnifique laboratoire social, ouvert à tous et à toutes.Chaque groupe s\u2019est organisé à partir de son expérience, sans acteur protagoniste qui cherchait à dominer.L\u2019Église catholique eut un rôle actif dans ce processus, par le biais des communautés ecclésiales de base, des pastorales sociales, des campagnes de la Fraternité, des Semaines sociales, du «Cri des exclus», des «marches» de la terre, de l\u2019eau, du travail, et de l\u2019action de Caritas, etc.Aujourd\u2019hui encore, de nombreux membres de la coordination demandent aux secteurs engagés de l\u2019Église de continuer à favoriser l\u2019unité, à préserver le contact avec la base et à soutenir une vaste mobilisation.Ma participation à la Coordination nationale est une véritable école de citoyenneté où je découvre et comprends mieux le lien intrinsèque entre la suite du Christ et le service des petits et des pauvres par un travail de transformation des structures.Mon action au sein du réseau jésuite international pour le développement est le lieu privilégié pour partager cette expérience au sein de la Compagnie de Jésus universelle.La Campagne n\u2019a pas peu contribué à l\u2019élection de Lula à la présidence de la République.Les débats sur la dette et le libre commerce continuent, mais la mobilisation est beaucoup plus difficile.La déception est grande au sein des secteurs les plus actifs de la société.La Campagne continue à maintenir une pression pour que les espoirs et les attentes du peuple ne soient pas trop frustrés.\u2022 ( 9 ) décembre 2004 ReLatiONS dOSSieR Autochtones : de l'exil à l'existence politique Jean-Claude Ravet LJ histoire et la politique marchent main dans la main.La manière de comprendre le passé, les différents mythes qui se constituent au fil du temps et tissent la toile de fond d\u2019une nation, tout comme les ombres et les silences suspects qui jettent un voile opaque sur tel ou tel événement d\u2019hier, influencent considérablement la manière qu\u2019a une société de s\u2019ancrer dans le réel, de prendre des décisions politiques, de résoudre les conflits, de percevoir et d\u2019aborder les différents enjeux sociaux auxquels elle a à faire face.Nous ne sommes pas sans racines ni mémoire.Le réel s\u2019affronte avec les armes de l\u2019imaginaire.Quoi qu\u2019on en dise, quoi qu\u2019on veuille nous faire croire pour mieux nous faire avaler des couleuvres.Comme celle, par exemple, très populaire, de faire de la société un composite d\u2019individus atomisés, mus par le seul intérêt particulier.La société n\u2019est pas soluble dans le marché.Ce rapport à l\u2019histoire comporte autant de repères que d\u2019embûches pour le vivre ensemble.Car rien n\u2019est écrit d\u2019avance.Il implique toujours un travail de déchiffrement, de déconstruction, de reconstruction, de mise en sens.Le monde dans lequel nous vivons, nous le construisons en l\u2019interprétant, nous en marquons les bornes par nos paroles et nos actes.C\u2019est la tâche du politique d\u2019instituer cette manière d\u2019être fondée sur la liberté en initiant de nouveaux commencements, en posant des actions qui dénouent le passé tout en engageant le présent dans un projet commun.S\u2019il est important de rappeler ces «vérités» au seuil du dossier sur les Autochtones: de l\u2019exil à l\u2019existence politique, c\u2019est qu\u2019elles permettent de saisir la manière problématique dont les sociétés québécoise et canadienne ont abordé traditionnellement la question autochtone.Elle s\u2019est caractérisée précisément par une méconnaissance - si ce n\u2019est un déni - du processus sociohistorique qui a mis progressivement en place un régime de réduction, véritable apartheid culturel et social, qui a fait des Autochtones des étrangers sur leurs propres terres et les a infantilisés sur le plan politique.Cette politique coloniale systématique requérait pour s\u2019instituer cette mise sous scellés de vastes pans de notre histoire.En retour, cette amnésie contribue aujourd\u2019hui aux sabordages de l\u2019action politique qui, en ignorant les nœuds et les résistances secrètes de cet état de choses, se voit fréquemment détournée de ses fins ou mise en échec sans raison apparente.Le présent dossier veut dénouer cette impasse en mettant en lumière les zones encore trop occultées qui bâillonnent notre histoire et nous privent des mots justes pour la comprendre.Rémi Savard nous accompagne d\u2019un pas ferme dans les détours de cette Histoire d\u2019une mise en tutelle qui culmine avec la Loi sur les Indiens de 1876, au cours de laquelle les Autochtones furent dépossédés de leurs terres, leur concédant tout au plus des enclaves dans la mesure où ils les occupaient comme des enfants, sans la posséder vraiment ni en être responsables, relevant de l\u2019aide «parentale» du gouvernement fédéral.Jean-Jacques Simard, dans Sortir de la réduction, nous brosse l\u2019envers du décor du système: la construction imaginaire de l\u2019Autochtone comme un être à part des Blancs, en quelque sorte hors de l\u2019histoire, possédant une identité rivée à une tradition immémoriale, dont il faudrait préserver la pureté contre la menace du temps moderne.«À l\u2019exil de l\u2019espace va correspondre un exil aussi du temps, un exil de l\u2019histoire qui sera désormais faite par les autres».11 est impérieux de nous libérer de cet enfermement culturel dans une nature inaliénable pour accéder à l\u2019existence politique, qui renvoie à l\u2019appartenance à un même monde, qui nous lie et nous relie, mais aussi nous confronte à décider collectivement de notre devenir.L\u2019émancipation politique ne peut ainsi se fonder uniquement sur des « droits inhérents ».Ce qui est, ce qui advient doit faire l\u2019objet de débats politiques, de discussions publiques à travers lesquelles les acteurs, départageant les responsabilités et les tâches qui leur incombent, mettent en jeu la suite du monde.Les ententes récentes des Cris et des Innus avec le gouvernement québécois illustrent bien cette voie prometteuse.Cela ne veut pas dire, bien entendu, que la culture et l\u2019identité autochtones ne soient d\u2019aucune utilité dans cette insertion politique dans le monde contemporain.Elles en sont partie prenante, aussi fragiles et précaires, aussi contingentes que les autres.Et, à ce titre, elles peuvent participer à faire de ce monde un monde humain.décembre 2004 L\u2019article de Renée Dupuis, La tribune internationale, déplace la conquête de l\u2019autonomie politique sur la scène internationale.Prenant appui sur le droit à l\u2019autodétermination des tions autochtones, décrétée en 1994 par l\u2019ONU qui s\u2019engageait par là à améliorer la situation des 300 millions d\u2019Autochtones de par le monde, ne convient-il pas de rappeler que la question autochtone est loin d'être réglée?C\u2019est ce que prétend faire ce dossier, comme le prochain numéro qui y apportera une suite.peuples, reconnu par l\u2019ONU aux peuples colonisés vivant à l\u2019extérieur des frontières d\u2019un État colonisateur, les Autochtones cherchent à l\u2019étendre aux peuples vivant au sein d\u2019un État, comme c\u2019est le cas pour l\u2019Amérique.« Le progrès n\u2019est pas une nécessité métaphysique : on peut seulement dire que très probablement l\u2019expérience finira par éliminer les fausses solutions et par se dégager des impasses.Mais à quel prix, par combien de détours?» Maurice Merleau-Ponty, Signes Alors que s\u2019achève la Décennie internationale des popula- décembre 2004 ReLatiONS dOSSieR Histoire d'une mise en tutelle C'est vers 1840 que fut élaborée la politique canadienne envers les premiers peuples d'Amérique du Nord, qui a culminé dans la Loi sur les Indiens, en 1876.Ainsi fut mis en place le système qui devait les assimiler et les réduire à l'état de mineurs.Rémi Savard L'auteur, ANTHROPOLOGUE, VIENT DE PUBLIER La forêt vive.Récits FONDATEURS DU PEUPLE innu, Boréal, 2004 Nous avons perdu de vue que, de 1600 à 1815, les couronnes anglaise et française ont considéré qu\u2019il y allait de leur intérêt d\u2019entretenir, avec les peuples originaires d\u2019Amérique, des relations du type de celles qu\u2019elles avaient avec d\u2019autres nations du vieux monde.C\u2019est pourquoi elles s\u2019allièrent par traité à certains d\u2019entre eux, pour mieux faire la guerre à d\u2019autres auxquels leurs concurrents européens avaient pris soin eux aussi de s\u2019allier par traité.Bien que coûteuses, ces alliances étaient jugées fort utiles aux métropoles européennes en raison de la concurrence coloniale sévissant dans le nord-est de l\u2019Amérique du Nord.Mais les choses changèrent rapidement au début du XIXe siècle.La fourrure qui représentait encore 57 % des envois globaux de la colonie en 1786-1788, ne représentait plus que 9,2 % vers 1805.Elle avait cédé la place au bois, comptant alors pour 47,4 % des exportations, à la suite du blocus continental imposé par la France à l\u2019Angleterre.Les spéculateurs cessèrent de considérer les territoires indiens comme des paradis à fourrure, pour y voir d\u2019inépuisables réservoirs de bois et, à court terme, de terres agricoles à vendre aux immigrants européens dont les navires anglais venaient se dégorger à Québec avant de repartir avec leur chargement de bois.L\u2019idée de s\u2019approprier les territoires indiens s\u2019imposa d\u2019elle-même.Ce tournant fut scellé par le traité de Gand, en 1815, qui mit fin au conflit entre l\u2019Angleterre et ses anciennes colonies, et par la nécessité pour le gouvernement anglais de compter sur la force de frappe de certains peuples indiens pour défendre ses colonies américaines.Les États-Unis renonçaient à toute prétention sur le territoire canadien : cette mesure fut bien accueillie à Londres, qui faisait face à d\u2019importantes dépenses militaires dues aux guerres napoléoniennes.L\u2019année suivante, le secrétaire aux colonies demandait au commandant en chef des armées au Canada de «réduire les dépenses pour les Indiens en les ramenant au niveau où elles se trouvaient à la veille de 1811 », date du dernier conflit avec les États-Unis.Il ne lui fut toutefois pas possible de répondre à cette demande avant 1840.Dans le même temps, pour détourner vers le Canada une partie des pauvres gens qui quittaient l\u2019Europe en vue de faire fortune aux Amériques, la spéculation foncière suggéra quelques expériences pilotes de réserves sur la rive nord du Lac Ontario et sur la piste huronne, terrain privilégié de la collusion entre les autorités du Haut-Canada et les spéculateurs de tout acabit.S\u2019appuyant sur un courant de l\u2019opinion publique londonienne qui militait pour une «civilisation» des indigènes, les réserves travesties en œuvre de bienfaisance gagnèrent en crédibilité, tant en Europe qu\u2019en Amérique.Elles étaient en fait un moyen privilégié d\u2019assurer le transfert des terres indiennes à la couronne locale.Ces enclaves avaient d\u2019abord été conçues comme des entités temporaires, véritables chambres de décompression dont l\u2019existence ne devait pas dépasser le temps de l\u2019assimilation de leurs pensionnaires.Dans ce processus particulier d\u2019épuration ethnique, l\u2019école devait jouer un rôle capital en préparant les enfants à un mode de vie différent, en enseignant l\u2019agriculture, l\u2019élevage et l\u2019artisanat et en bannissant l\u2019usage des langues maternelles.S'appuyant sur un courant de l'opinion publique londonienne qui militait pour une « civilisation » des indigènes, les réserves travesties en œuvre de bienfaisance gagnèrent en crédibilité, tant en Europe qu'en Amérique.Main basse sur les territoires En mars 1840, la Chambre des communes de Londres fut saisie d\u2019un projet d\u2019union des deux Canada.Aucune mention n\u2019y était faite des premiers peuples vivant sur ce territoire correspondant à la portion sud du Québec et de l\u2019Ontario d\u2019aujourd\u2019hui, soit environ 1 000 000 de km2.Ce silence sur le sort des premiers peuples des Amériques était en train de devenir la consigne en Europe, tandis que le dossier autochtone devenait la priorité du gouvernement canadien qui mit sur pied deux enquêtes : la Commission Bagot (1842-1846) et la Commission Pennefather (1856-1858).Les recommandations de la première eurent pour conséquences de vider les territoires indiens de leurs habitants et de placer ceux-ci sous le contrôle direct du gouverneur dans des réserves, en vue d\u2019éliminer leurs façons propres de faire les choses et, surtout, les sources symboliques dans lesquelles elles s\u2019enracinaient.En 1850, le législateur fit voter deux lois lui conférant un pouvoir absolu sur les terres indiennes non cédées, cédées ou réservées, en interdisant toute transaction foncière non autorisée par la couronne entre Indiens et non-indiens.Pour souligner que les premiers avaient perdu tout contrôle sur leurs terres, le législateur prévoyait qu\u2019aucun corps public municipal ou provincial n\u2019était autorisé à imposer des taxes 12) ReLatiONS décembre 2004 ' y-.*?>I-Ç ÜïJSÏ aux personnes habilitées à y vivre, c\u2019est-à-dire aux Indiens.Comment ce gouvernement aurait-il pu justifier qu\u2019on fasse payer des taxes à des gens qu\u2019il considérait comme des mineurs?De telles mesures exigeaient évidemment une distinction nette entre les personnes indiennes et les autres, d\u2019où la présence dans ces lois des premières définitions de la personne indienne au Canada.En 1851, deux autres lois vinrent parfaire le travail législatif de l\u2019année précédente.La première resserrait les critères définissant la personne indienne au Bas-Canada, en introduisant pour la première fois la discrimination entre les Indiens et les Indiennes engagés dans des unions mixtes (indien/ blanc).Les Indiennes perdaient leur statut lorsqu\u2019elles épousaient des non-indiens.La seconde loi autorisait le gouvernement à réserver 230 000 acres (une acre équivaut à 4000 m2) de terres appartenant à la couronne dans lesquelles il puiserait au besoin pour créer des réserves dans le Bas-Canada.Le gouvernement considérait alors qu\u2019aucun titre indien n\u2019ayant survécu à la colonisation française à l\u2019est de la rivière des Outaouais, il détenait déjà dans cette partie de la colonie un titre clair cédé par la France lors de la signature du traité de Paris en 1763.Les autorités considéraient que la situation était différente dans la partie occidentale de la colonie, où les traités Robinson-Huron et Robinson-Supérieur avaient prévu la création de réserves en même temps que, selon l\u2019interprétation gouvernementale, ils éteignaient le titre indien.En 1857, avant même que la commission Pennefather ait remis son rapport, le gouvernement de l\u2019union fit voter par la Chambre une de ses législations les plus contestables : « l\u2019Acte pour encourager la civilisation graduelle des tribus sauvages en cette province et pour amender les lois relatives aux Sauvages».Cette loi rendait formel ce qui était déjà implicite dans les lois de 1850 et de 1851, soit l\u2019incapacité légale frappant ceux et celles qui répondaient positivement aux critères prévus par le parlement pour inscrire quelqu\u2019un sur le registre des Affaires indiennes.La loi prévoyait que pour recouvrer la pleine capacité légale reconnue aux autres sujets de Sa Majesté, ces mineurs devaient se soumettre à un processus conduisant à l\u2019émancipation.Une fois celle-ci accordée, leurs noms disparaissaient du registre des Affaires indiennes; dans le cas d\u2019un homme marié, ceux de sa femme et de leurs enfants disparaissaient également.Ce qui se traduisait automatiquement par un rétrécissement de la superficie de la réserve, puisqu\u2019elle était calculée au prorata du nombre des pupilles de l\u2019État y résidant.Olivier Hanigan, Enfant mohawk à l'école de réinsertion DANS LA LANGUE traditionnelle; CERTAINS COURS SONT DONNÉS DANS LA FORÊT, 2004 Une autonomie usurpée La Constitution de 1867 fit du dossier indien un domaine de compétence fédérale.Le paragraphe 91 (24) résume laconiquement la nature de cette responsabilité : « les Indiens et les terres réservées pour les Indiens».Depuis 1857, les membres des premiers peuples ne formaient plus qu\u2019une clientèle de pupilles, dont le gouvernement disait représenter les intérêts et administrer les biens pour le temps que durerait le processus d\u2019assimilation.Après quoi, il ne devait plus y avoir de problème indien, puisqu\u2019il n\u2019y aurait tout simplement plus d\u2019indiens.Le texte même de la Constitution prévoyait l\u2019entrée des autres colonies britanniques d\u2019Amérique du Nord dans la confédération et l\u2019achat des terres de la Compagnie de la baie d\u2019Hudson.Dans ce dernier cas, comme dans celui de la Colombie-Britannique, on ne pouvait invoquer une extinction du titre foncier par la France.Avec le seul achat de ces territoires du Nord-Ouest, en 1869, la superficie du Canada passait subitement d\u2019environ 1 240 000 km2 à près de 7 724 000 km2.L\u2019idée d\u2019annexer les Territoires du Nord-Ouest était dans l\u2019air dès 1850.Des colons arrivés du Québec et d\u2019Ontario avaient même commencé d\u2019y pénétrer.Avec inquiétude, Ojibouais, Cris, Saulteux, Assiniboines, Blackfoot, Mississaugas, Po-touatomis, etc.les voyaient s\u2019installer comme s\u2019ils étaient décembre 2004 ReLatiONS dOSSieR chez eux.Des accrochages se produisirent.Les Métis de la rivière Rouge craignaient également l\u2019envahissement par les Canadiens.Le principal grief des uns et des autres était l\u2019acquisition des Territoires du Nord-Ouest par le Canada.On ne s\u2019opposait pas à l\u2019idée d'accueillir des nouveaux résidents, mais il était hors de question d\u2019accepter la façon dont cette colonie s\u2019apprêtait à prendre possession du territoire sans échange préalable avec ses habitants.Sentant la fièvre monter, le gouvernement se donna les moyens de contrer toute résistance.Le 22 juin 1869 était sanctionnée une loi autorisant le gouverneur général à substituer une forme de gouvernement local, conçu par ses fonctionnaires, aux institutions politiques grâce auxquelles ces peuples avaient évolué jusqu\u2019à ce jour.Après avoir fait main basse sur les territoires indiens au début des années 1850, après avoir réduit formellement la capacité légale des personnes en 1857, voilà qu\u2019en 1869 le législateur canadien procédait à l\u2019annihilation de la capacité de se gouverner.L\u2019assujettissement par les traités Vers la fin des années 1860, la nouvelle fédération fut une fois encore contrainte de poursuivre «l\u2019opération traités», cette fois sur la partie du territoire canadien située entre l\u2019Ontario et la Colombie-Britannique.Les sept premiers de cette série appelée «les 11 traités numérotés» furent signés de 1871 à 1877, entre les Rocheuses et les Grands lacs d\u2019une part, la rivière Saskatchewan et la frontière sud du Canada d\u2019autre part.En l\u2019espace de sept ans, selon la version officielle, le Canada s\u2019est acquitté de ses obligations découlant de la servitude foncière indienne dans une partie des territoires annexés en 1870, soit une superficie de 717 850 km2.11 est important de réaliser que ce second processus de traités fut également dû à l\u2019initiative des premiers peuples, contrairement à une certaine idée reçue voulant que ce soit d\u2019abord le gouvernement qui ait tenu à se conformer à cette prescription de la Proclamation royale.Le malentendu était donc total, car les traités avaient été exigés par les Autochtones eux-mêmes, dans le même esprit que ceux de 1850 - et de ceux signés aux XVIIe et XVIIIe siècles avec les représentants des monarques européens.De plus, diverses publications du Centre de recherche sur les traités du gouvernement fédéral laissent entendre, depuis une vingtaine d\u2019années, que si la cession des terres se retrouve effectivement dans le texte de tous les traités, elle aurait rarement, sinon jamais été mentionnée comme telle lors des négociations.S\u2019il en avait été autrement, des interprètes plus qualifiés que ceux qui accompagnaient les commissaires gou- Après avoir fait main basse sur les territoires indiens au début des années 1850, après avoir réduit formellement la capacité légale des personnes en 1857, voilà qu'en 1869 le législateur canadien procédait à l'annihilation de la capacité de se gouverner.vernementaux auraient été requis pour traduire le concept d\u2019extinction du titre à l\u2019attention de gens dont la tradition juridique excluait toute possibilité d\u2019aliénation d\u2019un tel titre.Cette tradition permettait cependant le partage du territoire avec des gens venus d\u2019ailleurs, dans la mesure où ces derniers faisaient montre d\u2019une élémentaire courtoisie.La plupart des chefs qui signèrent ces traités le firent pour obtenir des autorités canadiennes une aide technique permettant à leurs peuples de passer à l\u2019agriculture, en échange du partage de leur territoire avec les Canadiens.Le bison était en voie de disparition et le gibier ne suffisait plus à supporter un tel accroissement de population.On demandait également une assistance alimentaire temporaire, pour assurer la transition d\u2019un mode de production à l\u2019autre.La signature de ces traités s\u2019est rarement faite d\u2019un seul coup.Dans certains cas, les commissaires obtinrent en une seule rencontre l\u2019adhésion de tous les groupes intéressés dans les terres couvertes par le traité.Dans d\u2019autres, il aura fallu plusieurs années pour l\u2019obtenir.Les signataires des traités n° 1 à 5, à qui ces ententes devaient garantir la sécurité économique et politique, étaient dans l\u2019ensemble plutôt mécontents de la tournure des événements : l\u2019aide à l\u2019agriculture n\u2019arrivait pas et le gibier se faisait rare.Quant à l\u2019aide alimentaire également promise, elle se faisait parcimonieuse.Certains chefs commençaient à comprendre que le gouvernement se servait des traités pour assujettir leurs signataires.De 1876 jusqu\u2019au début des années 1880, les chefs Piapot, Gros Ours, Petit Pin et plusieurs autres multiplièrent les rencontres en vue d\u2019organiser la résistance politique.Le gouvernement mit toutes ses énergies à contrer ce mouvement.Les Affaires indiennes le pressèrent de légiférer en vue d\u2019anéantir les efforts des chefs indiens.La loi édictée, «Acte à l\u2019effet de modifier à nouveau l\u2019acte relatif aux Sauvages» reflétait bien la tension du climat social de cette époque.On y retrouve de véritables accents de loi martiale.Un article fit couler beaucoup d\u2019encre : il interdisait certaines cérémonies auxquelles s\u2019adonnaient les Indiens des Plaines et de la Colombie-Britannique.Cette disposition ne disparaîtra que lors de la révision de la Loi sur les Indiens, en 1951.La situation dégénéra en 1885 dans le nord-ouest de la Saskatchewan, une région fortement militarisée.Il y eut mort d\u2019hommes, Blancs, Métis et Indiens.Louis Riel fut pendu à Regina.Onze jours plus tard, ce fut au tour des Indiens de monter au gibet.Selon certains commentateurs, le gouvernement aurait pris prétexte de la seconde prise d\u2019arme des Métis «pour atteindre un but qui lui échappait depuis 1870 -celui d\u2019obtenir un contrôle absolu sur les Indiens».Cette politique d\u2019usurpation des terres, des formes de gouvernement et du système de références de ces peuples explique le douloureux marasme dans lequel se débattent aujourd\u2019hui plusieurs de ces communautés.\u2022 (Propos recueillis par Anne-Marie Aitken) 14! ReLatiONS décembre 2004 Sortir de la réduction Entrevue avec Jean-Jacques Simard Dans son livre, La Réduction.L'Autochtone inventé et les Amérindiens d'aujourd'hui, paru en 2003, aux éditions du Septentrion (Prix du Gouverneur général 2004), Jean-Jacques Simard, professeur de sociologie à l'Université Laval, voit dans l'affranchissement du système de réduction, véritable apartheid culturel et juridique où sont confinés les Autochtones depuis la colonisation, la condition fondamentale pour accéder à l'existence politique.Relations l'a interviewé pour creuser cette question.Relations : Selon vous, « réduction » serait le terme le plus approprié pour caractériser les ententes traditionnelles que les Blancs ont conclues avec les Autochtones du Canada et ce, jusqua tout récemment.Qu\u2019entendez-vous par cela?Jean-Jacques Simard : Les Autochtones d\u2019Amérique du Nord ont posé un problème crucial à la société coloniale depuis la conquête et, particulièrement, à partir du moment où ils étaient devenus inutiles, n\u2019étant plus nécessaire de s\u2019en faire des alliés.Comme le suggère leur nom, ils étaient enracinés dans l\u2019ensemble du territoire qu\u2019ils se sont partagé depuis des périodes plus ou moins longues selon les nations, au cours des 10 000 ou 15 000 années qui ont précédé l\u2019arrivée des Blancs.Pour installer les nations coloniales, il fallait refouler au fil du temps ces premiers habitants hors de l\u2019espace qui était le leur.Cet exil intérieur a pris la forme institutionnelle d\u2019une mise en réserve des populations autochtones dans des enclos extrêmement réduits ou bien, pour celles du Nord, aux confins des zones urbanisées, agro-industrielles, où s\u2019étend la société canadienne «majoritaire».La condition d\u2019exilés, de marginalisés, ne pouvait se maintenir à long terme sans une espèce de contrat implicite, sans être justifiée par des «raisons communes» acceptées de part et d\u2019autre.La légitimité de l\u2019expropriation s\u2019est ainsi fondée sur l\u2019idée que les Autochtones constituent des êtres humains «à part» des Blancs et qu\u2019ils n\u2019appartiennent pas, en quelque sorte, à l\u2019histoire en marche, mais demeurent destinés à rester ce qu\u2019ils sont depuis les temps immémoriaux.Sur ces bases idéologiques, se mettra graduellement en place un régime paternaliste d\u2019apartheid juridique et administratif, supposé les protéger collectivement du monde ambiant en attendant qu\u2019ils s\u2019y fondent, s\u2019y assimilent un par un.\t?ms-wm ¦ ¦ r .\u201e .\u2019h&ji W~s rj Olivier Hanigan, Une fillette inuite s'isole pendant que DES ENFANTS JOUENT À l'extérieur LORS D'UN RASSEMBLEMENT de l'Association des Inuits de Montréal, 2004 décembre 2004 ReLatiONS 15 dOSSieR Convention de la baie James et du Nord québécois (1975).De façon modernisée, bien sûr, cette convention a quand même repris l\u2019esprit essentiel des traités du XIXe siècle : aliénation du territoire en échange d\u2019avantages financiers et d\u2019appareils d\u2019État exclusifs pour s\u2019occuper de leur bonheur futur, dans leurs «réserves».Grosses différences, toutefois: les Cris et les Inuits sont si majoritaires dans leurs immenses régions ancestrales qu\u2019ils ne se trouvent pas « en réserve » et ils ont obtenu des institutions politiques passablement autonomes.Cela change tout, comme on a pu l\u2019observer depuis bientôt 30 ans.Rel.: Vous avez parlé d\u2019un travail idéologique qui permet de rendre acceptable et légitime cet état de choses.Sur Olivier Hanigan, Parc d'amusement d'une école primaire MOHAWK SPÉCIALISÉE EN RÉINSERTION DANS LA LANGUE TRADITIONNELLE, 2004 À l\u2019exil de l\u2019espace va donc correspondre un exil aussi du temps, un exil de l\u2019histoire qui sera désormais faite par les autres.La place à la fois imaginaire et concrète de l\u2019Autochtone se trouve ainsi désignée une fois pour toutes : c\u2019est précisément de ne pas avoir de place dans la société canadienne et de rester en marge de l\u2019histoire.C\u2019est là tout le sens que je donne au mot réduction.Le système de la réduction est fondé d\u2019abord sur la cession du territoire qui consacre l\u2019expropriation, point de départ de la mise en place des enclaves territoriales, qui s\u2019appelleront plus tard les réserves.Cette réduction géographique a pour prix une dépendance économique et politique.Les Autochtones étant privés de leur territoire, les activités économiques ne peuvent rester les mêmes, ils peinent pour gagner leur vie.Dans bien des cas, les unités familiales, l\u2019équivalent des entreprises de base dans leur économie, sont démantibulées, entraînant graduellement une dépendance envers l\u2019État, d\u2019abord pour les secours en période de crise et de plus en plus régulièrement par la suite.La dépendance économique débouche en retour sur une réduction carrément politique.Ce sont les gouvernements coloniaux d\u2019abord, le gouvernement fédéral ensuite, qui prennent en charge la vie politique locale, la gestion des affaires publiques.On met sur pied des «Conseils de bande», surtout pour donner des interlocuteurs au gouvernement, et non pour exercer quelque autonomie politique que ce soit.Finalement, la Loi sur les Indiens (de 1876, avec ses subséquents amendements dans le même esprit) les place à part de tous les autres citoyens du Canada, en réduisant leur identité au sang, à la généalogie, et en les assujettissant à la tutelle d\u2019un ministre fédéral, comme des enfants.Les traités successifs vont reproduire et consacrer l\u2019édifice de la réduction.Le dernier en date, au Québec, est celui de la quoi repose cette légitimité?J.-J.S.: La clé de voûte qui tient l\u2019édifice historique de la réduction, c\u2019est la Loi sur les Indiens : identité raciale, concentration territoriale, tutelle paternaliste du fédéral.Mais la loi, au sommet, repose sur un consensus culturel de base, incrusté par les siècles dans les mentalités, tant chez les «Dès le XVIIe siècle, [.] apparaît une variété mutante d\u2019Autochtones qui, pour être alors marginale, n\u2019en représente pas moins l\u2019avenir de tous les premiers habitants du continent.Il s\u2019agit de groupes plus ou moins désintégrés par la maladie et les vicissitudes de la guerre et qui trouvent refuge auprès des missionnaires jésuites (les seuls Français qui aient vraiment noué des liens avec les sauvages, quoiqu\u2019on pense du prosélytisme chrétien, des liens d\u2019intimité et de respect mutuel fondés sur autre chose que l\u2019intérêt immédiat).[.] Ces gens se trouvent dépaysés dans leur propre continent, arrachés à leur champ normal de gravitation culturelle.Coupés de leurs terres ancestrales, enclavés dans des établissements restreints aux franges des agglomérations européennes, convertis par la force des choses à des croyances chrétiennes et à des mœurs sédentaires étrangères à leur tradition, ce sont déjà des « apatrides de l\u2019intérieur», j.] Ce sont les jésuites, tuteurs des Amérindiens apatrides, qui tenteront d\u2019abord de définir cette identité exclusive fondée sur l\u2019exclusion.[.] Proches des Amérindiens, chez qui ils ont vécu, dont ils s\u2019efforcent de connaître les coutumes et de pratiquer les langues, ils transcendent, grâce à leur foi, l\u2019univers des Françoys et celui des sauvages.[.Ceux-ci] offrent un matériau inespéré pour ériger, en marge des passions et des vices de ce monde, une communauté utopique conforme à la nature fondamentale- 16 ReLatiONS décembre 2004 descendants des conquérants que chez ceux des premiers habitants : le véritable Autochtone serait voué par nature/ culture, à incarner éternellement l\u2019envers du Blanc, de la société environnante, du monde moderne, etc.Par exemple, s\u2019il chasse, il est fidèle à son être; s\u2019il fait de la comptabilité, il risque de trahir son âme collective.Et c\u2019est cela que la loi doit protéger, pour son bien.Ces constructions imaginaires remontent très loin: quand les philosophes européens des XVIe et XVIIe siècles (comme Hobbes ou Rousseau) ont voulu comprendre la modernité qui emportait leurs sociétés, ils ont pris les Indiens d\u2019Amérique comme miroirs contraires, « naturels», du monde «artificiel» qui les bouleversait.Contre la diversité moderne, contre les appels à l\u2019affirmation et au dépassement de soi, à la maîtrise du destin et à l\u2019organisation de sa propre vie, les Autochtones seraient nés pour ne pas devenir des individus, pour rester fondus dans leurs communautés de naissance, pour reproduire mimétiquement les enseignements ineffaçables de leurs traditions collectives.Contre la transformation technique de la nature, les Autochtones seraient voués à l\u2019harmonie cosmique établie sur les sagesses millénaires d\u2019avant le temps des outils contemporains.Je ne ridiculise évidemment pas ces oppositions philosophiques.Je fais l\u2019hypothèse plutôt qu\u2019elles n\u2019ont pris de sens qu\u2019à l\u2019ère moderne, qu\u2019elles font désormais partie de l\u2019expérience d'un peu tout le monde sur Terre.Ce qui est devenu ridicule, c\u2019est de continuer à ranger en vrac et à jamais les Autochtones d\u2019un bord plutôt que l\u2019autre, alors qu\u2019ils sont eux-mêmes maintenant traversés par ces contradictions, dans ment divine de l'âme humaine, une fois mise à l\u2019abri des corruptions de la civilisation et rendue capable, par l\u2019accueil de la Révélation, de renoncer aux pulsions primaires, animales, qui la sollicitent.Un peu à la manière d\u2019enfants mal élevés, imaginent les jésuites, les Amérindiens possèdent, sous une surface de barbarie, un cœur spontanément pur et candide, un sens inné de la communauté, du partage, de la simplicité et de la noblesse d\u2019âme, Voilà ce que veulent protéger les missionnaires, en fixant les sauvages errants dans des enclaves sédentaires, où il sera du même coup plus facile de discipliner leur bonté naturelle en leur enseignant la vraie religion et les arts sains du travail de la terre.En mettant tout cela à l\u2019heure contemporaine, on dirait qu\u2019il faut sauvegarder leur culture authentique, assurer leur éducation et leur fournir la formation professionnelle nécessaire pour participer, selon leur génie propre, au développement économique.Les jésuites ont donné le nom de réductions aux villages de concentration des réfugiés amérindiens; non seulement espéraient-ils y construire un modèle à l\u2019intention des tribus encore tentées par le nomadisme, mais ils souhaitaient aussi que ce modèle serve d\u2019exemple aux chrétiens eux-mêmes.On sait aujourd\u2019hui que cette utopie ne s\u2019est pas réalisée.» Jean-Jacques Simard, La réduction.L\u2019Autochtone inventé et les Amérindiens d\u2019aujourd\u2019hui, Septentrion, p.26.leur propre vie de tous les jours.Moi aussi je pleure sur les cruautés de l\u2019histoire, mais qu\u2019y peuvent les survivants, sinon assumer la réalité devant soi et essayer d\u2019en signer la suite, autant que possible?La figure de l\u2019Autochtone comme « envers du Blanc » est si bien incrustée dans l\u2019imaginaire moderne, y compris dans les mentalités autochtones contemporaines, qu\u2019elle a apporté au mouvement d\u2019émancipation des premiers habitants une arme symbolique puissante pour compenser leur faiblesse numérique, leur éparpillement politique, leurs maigres ressources économiques.Ainsi, à partir des années 1960, surtout quand les Autochtones se sont mis collectivement à reprendre pied On ne peut prétendre reconquérir son destin, se réapproprier le présent et en même temps prétendre renforcer, en loi et en esprit, une condition d'exilés de l'espace et de l'histoire, liant, dans un monde à part, l'essence même de l'autochtonie à la spiritualité ou aux mœurs «traditionnelles» des temps d'avant le Temps.dans l\u2019histoire, à essayer en quelque sorte de sortir du système des réductions, ils ont naturellement fondé leurs revendications sur ces images communes afin de gagner une sympathie publique, une reconnaissance politique, juridique, administrative et même une certaine puissance économique, puisque l\u2019attachement « immémorial » aux terres ancestrales fournit un sérieux levier pour leur exploitation industrielle.Le milieu est indubitablement animé d\u2019un souffle d\u2019affirmation identitaire et de reconquête de l\u2019autodétermination collective, mais il reste hanté par une ambiguïté profonde : on ne peut prétendre reconquérir son destin, se réapproprier le présent et en même temps prétendre renforcer, en loi et en esprit, une condition généalogique d\u2019exilés de l\u2019espace et de l\u2019histoire, censée distinguer radicalement les peuples originaux de la société ambiante et liant, dans un monde à part, l\u2019essence même de l\u2019autochtonie à la spiritualité ou aux mœurs « traditionnelles » des temps d\u2019avant le Temps.Il y a là des contradictions qui ne pourront être maintenues encore longtemps.D\u2019ailleurs les communautés et les élites montantes sont de plus en plus tiraillées à ce sujet, comme on le voit à Kanesatake ces mois-ci.C\u2019est qu\u2019on ne peut pas se gouverner dans un monde en constante transformation à partir d\u2019un mode d\u2019emploi de la vie supposément fixé depuis toujours.Les innovations emportant la vie quotidienne soulèvent des questions sans précédent, devant lesquelles les registres ancestraux sont au moins partiellement muets.Alors, on est fatalement obligé de discuter publiquement de ce qui nous arrive, d\u2019envisager les alternatives, d\u2019endurer des divergences de vue, de faire des choix, de corriger le tir, et ainsi de suite : le politique, en somme, prend le relais des «voix qui montent de tombeaux» (comme disait décembre 2004 ReLatiONS dOSSieR Esdras Minville autrefois).La participation à la société environnante n\u2019est pas une forme d\u2019aliénation de l\u2019authenticité autochtone, comme on continue encore souvent de le laisser croire.Ce serait plutôt l\u2019incapacité de traduire à sa manière l\u2019évolution de son propre mode de vie qui comporterait un risque d\u2019aliénation.La réalité même le montre bien : ces enjeux ont entraîné à l\u2019intérieur des communautés autochtones du Canada, et en particulier au Québec, une remise en question de la pérennité du système, donc des clivages idéologiques, des conflits politiques inévitables et, dès lors, une expression de plus en plus nette d\u2019un désir de pouvoir parler et décider pour soi-même.Mouvement d\u2019affirmation politique conjugué, bien sûr, avec des revendications juridiques visant à étayer formellement par le droit la reconnaissance de l\u2019identité autochtone.développement industriel, puisque celui-ci n\u2019est pas inscrit dans ce qu\u2019on pourrait appeler les «gènes culturels».Je crains que nous ne soyons en train de nous préparer des problèmes insolubles, parce que cela contredit non seulement certains principes fondamentaux du droit libéral moderne, mais aussi l\u2019évolution sociologique des milieux autochtones, sur le terrain de la vie quotidienne.Dans cette perspective, le juridique ferait plutôt l\u2019effet de bloquer le politique, de fixer dans l\u2019airain de la loi et du droit éternel, naturel, «inhérent» comme on dit - qui vient avec l\u2019existence -, toutes sortes de questions qui ne peuvent en réalité se régler que politiquement.Prenons la difficile question des terres.Il s\u2019agit moins de savoir à qui appartient la terre que de s\u2019en occuper ensemble en départageant politiquement les responsabilités et les tâches.Cette interdépendance de fait favorise le dialogue politique et sort d\u2019une perspective de règlements purement juridiques fondés sur des droits si « inhérents » que le politique ne saurait y avoir prise.Je n\u2019invente rien : c\u2019est ce qu\u2019ont dit Ted Moses et Bernard Landry en concluant la Paix des braves.La participation à la société environnante n'est pas une forme d'aliénation de l'authenticité autochtone, comme on continue encore souvent de le laisser croire.Rel.: La place du judiciaire, en effet, a joué et joue encore un rôle déterminant.Est-ce qu\u2019on peut dire qu\u2019il prépare la table au politique ou, au contraire, qu\u2019il le dessert?J.-J.S.: Toute action historique n\u2019est jamais exempte d\u2019ambiguïtés.Souvent, elle se trouve à consacrer ou à rigidi-fier sous des formes nouvelles les entraves même dont elle prétendait s\u2019émanciper.Les revendications juridiques en sont un exemple.Fondées sur des droits exclusivement autochtones plutôt qu\u2019universalistes, elles en viennent parfois à reposer à leur tour sur le postulat de l\u2019éternité des choses, sur la loi du «sang» et le droit «inhérent» à une espèce bienveillante d\u2019apartheid.La notion de droit autochtone reconnue par la Constitution de 1982 sur laquelle s\u2019appuie la Cour suprême du Canada se référait, comme a dit Charles Taylor, à des documents signés par « des rois morts depuis trois siècles », lors de la cession du Canada à la couronne britannique par la France, en 1763.C\u2019est en vertu de la continuité de l\u2019État que le système juridique, emporté par sa logique procédurale, est en train de couler dans le béton de la loi fondamentale, la Constitution, des droits autochtones attachés à la filiation généalogique et à la conservation de mœurs ancestrales, bref perpétuant le régime des réductions historiques.Cette perspective a, par ailleurs, des conséquences directes sur l\u2019aménagement du territoire : sur la terre ancestrale, les droits fonciers ne permettraient que l\u2019usufruit des terres, selon le mode traditionnel, à savoir de subsistance.Les Autochtones ne pourraient utiliser leur droits, par exemple, pour mettre en œuvre un Rel.: Cette entente avec les Cris, en 2001, et celle amorcée avec les Innus récemment témoigneraient-elles ainsi d\u2019un rapport politique novateur entre les Autochtones et la société québécoise?J.-J.S.: 11 y a une nette différence entre ces ententes et les traités traditionnels, dont la Convention de la baie James est héritière.En 1975, on avait voulu mettre sur papier la vie collective en entier dans un traité de 600 pages.Dans le cas de la Paix des braves et de l\u2019entente préliminaire avec les Innus-Montagnais, il en est tout autrement : il s\u2019agit de documents finalement assez brefs qui circonscrivent d\u2019abord le territoire sur lequel les actions seront posées, puis définissent les juridictions de chacun : des instances gouvernementales du Québec, du fédéral, des collectivités autochtones, avec le partage subséquent des ressources fiscales.Nous n\u2019avons plus affaire à une sorte de convention collective où les gouvernants sont un peu comme un patron qui s\u2019entendrait avec les Autochtones pour garantir leur bonheur pour des siècles et des siècles.Ce sont des ententes politiques, qui établissent de nouveaux rapports entre les paliers de la gouverne.Dans ce sens-là, les ententes rompent au moins partiellement avec le système des réductions et sa logique.Il aura fallu une bonne dose de courage, de part et d\u2019autre, pour sortir du jeu familier de la dépendance et entrer dans l\u2019espace politique, quitte à susciter des débats, divergences, dissidences même.Tout cela fait partie intégrante du processus d\u2019expérimentation du politique et des chemins de l\u2019autonomie.\u2022 (Entrevue réalisée par Jean-Claude Ravet) 18; ReLatiONS décembre 2004 Olivier Hanigan, Figure mohawk UTILISÉE PAR LES CHAMANS LORS DES CÉRÉMONIES La tribune internationale Les multiples interventions des Autochtones sur la scène internationale ont de plus en plus d'influence sur les politiques internes des Etats à leur égard, notamment au Canada et au Québec.Renée Dupuis LJ héritage laissé par les colonisateurs européens est de plus en plus remis en question par les peuples au-I tochtones, non seulement au Canada, mais dans de nombreux autres pays.Les Européens ne les ont pas «colonisés» au sens où ils l\u2019ont fait pour d\u2019autres peuples qu\u2019ils ont rencontrés au hasard de leurs périples autour du monde durant les siècles derniers.Toutefois, beaucoup de peuples autochtones considèrent aujourd\u2019hui qu\u2019ils ont le droit inhérent de se libérer des régimes de tutelle que leur ont imposé les États colonisateurs.D\u2019une manière plus marquée depuis la fin des années 1960, on a vu des Indiens ou Premières nations contester avec de plus en plus de véhémence les régimes politiques et administratifs de tutelle mis en place, au cours des cinq derniers siècles, par les gouvernements de leurs pays respectifs.Ces groupes ont en commun de réclamer la restitution de leurs droits sur leurs terres ancestrales et la réinstauration d\u2019une forme plus ou moins étendue d\u2019autonomie politique allant, selon certains d\u2019entre eux, jusqu\u2019à l\u2019autodétermination complète.Considérées pendant longtemps comme des questions internes à chaque pays, les pressions des Autochtones se sont imposées petit à petit comme objet de réflexion et d\u2019interventions sur la scène internationale.Quelques évé- nements rapportés dans la presse durant l\u2019été 2004 nous le rappellent.En juin 2004, le Sommet des peuples autochtones des Amériques s\u2019est réuni à Paris, rassemblant des représentants de Premières nations venant du Canada, des États-Unis et d\u2019Amérique du Sud.Selon les quotidiens français Le Monde et Libération, une délégation de Premières nations a été reçue officiellement par le président Chirac, profitant de l\u2019occasion pour lui demander son appui au projet de déclaration internationale des droits des peuples autochtones à l\u2019étude à l\u2019Organisation des Nations unies.En réponse, le président leur a indiqué que la France refuse la « fatalité d\u2019une dissolution progressive » des peuples premiers.11 a appelé à une « rupture » politique et juridique, estimant qu\u2019il est temps que «la particularité et la dignité de vos nations soient affirmées et protégées en droit international».Le 11 août 2004, l\u2019édition internationale du New York Times faisait état de confrontations entre les Indiens Ma-puches et des propriétaires terriens du nord-ouest du Chili.Les Indiens contestaient la perte de leurs titres sur leurs Les développements survenus sur la scène internationale depuis trois décennies ont conduit à l'élaboration de textes qui visent à reconnaître des droits collectifs aux peuples autochtones, droits qui vont beaucoup plus loin que ce que la majorité des États où vivent des Autochtones consentent à reconnaître dans leur droit interne.L'auteure, AVOCATE SPÉCIALISTE DU DROIT RELATIF AUX Autochtones, a publié plusieurs ouvrages; ELLE EST ACTUELLEMENT PRÉSIDENTE DE LA Commission des REVENDICATIONS des Indiens décembre 2004 ReLatiONS dOSSieR terres ancestrales à la suite des changements apportés aux politiques gouvernementales dans les années 1920.Une commission gouvernementale spéciale a recommandé la reconnaissance formelle des droits politiques et territoriaux des peuples indiens.Selon les propos des propriétaires fonciers rapportés à cette occasion, une telle reconnaissance va encourager des contestations d\u2019autres groupes autochtones comme celles qui ont eu lieu au Chiapas (Mexique) et même l\u2019émergence de mouvements séparatistes, comme c\u2019est le cas en Bolivie, au Pérou et en Équateur.Au même moment, au Canada, le Chef national de l\u2019Assemblée des Premières nations appelait le gouvernement du Canada à montrer l\u2019exemple aux autres pays, en appuyant l'adoption du projet de déclaration internationale des droits des peuples autochtones.Selon le chef Fontaine, cela représenterait un progrès important pour clôturer l'année 2004, qui est d\u2019ailleurs la dernière année de la Décennie internationale des populations autochtones décrétée par l\u2019ONU en 1994.Une voix sur la scène internationale Les développements survenus sur la scène internationale depuis trois décennies ont conduit à l\u2019élaboration de textes qui visent à reconnaître des droits collectifs aux peuples autochtones, droits qui vont beaucoup plus loin que ce que la majorité des États où vivent des Autochtones consentent à reconnaître dans leur droit interne.La Convention n° 169 de l'Organisation internationale du travail (O.I.T.), adoptée en 1989, en est un exemple.Le projet de Déclaration des droits des peuples autochtones qui chemine lentement au sein des instances de l\u2019ONU en est un autre.Ces deux textes prévoient des instances gouvernementales dont l\u2019autonomie est plus étendue que ce que l\u2019État fédéral accepte de négocier avec des peuples autochtones du Canada.Dans le cas du premier texte, son préambule précise que la Convention n° 169 découle directement de l\u2019évolution de la situation des peuples indigènes et tribaux dans toutes les régions du monde.Elle est le résultat d\u2019une révision en profondeur d\u2019une convention antérieure adoptée en 1957 qui, elle, visait à l\u2019assimilation des populations autochtones.On est passé du texte de 1957, qui préconisait l\u2019intégration et l\u2019égalité de droits pour les citoyens autochtones dans leur société, au texte de 1989, qui préconise le maintien et le développement des peuples autochtones en tant que collectivités distinctes au sein des États où ils vivent.Par exemple, l\u2019article 14 de la convention de 1989 prévoit que les droits de propriété et de possession des Autochtones sur leurs terres traditionnelles doivent être reconnus.Cet article entre en conflit avec le régime juridique canadien.En effet, la constitution canadienne prévoit, depuis 1867, que le droit de propriété des terres appartient aux provinces (et, pour ce qui est des territoires non érigés en provinces - soit le Nunavut, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon -, il appartient au fédéral).Ce n\u2019est La femme autochtone : hier, aujourd'hui et demain Manon Tremblay L'auteure, Crie des Plaines, est COORDONNATRICE AU Centre de soutien AUX ÉTUDIANTS ET ÉTUDIANTES AUTOCHTONES DE l'Université Concordia Le nouveau rapport d\u2019Amnistie internationale sur la discrimination et la violence faites aux femmes autochtones du Canada accuse ouvertement le gouvernement canadien d\u2019ignorer les causes et les conséquences des problèmes socio-économiques qui hantent celles-ci.Ce rapport ne révèle rien de nouveau.Toutefois, Amnistie internationale accomplit ce que les femmes autochtones ne réussissent pas à faire pour et par elles-mêmes : se faire entendre.Les femmes autochtones n\u2019ont tout simplement pas voix au chapitre.que ce soit auprès des autorités canadiennes ou au sein de leurs communautés d\u2019origine.Il n\u2019en a pas toujours été ainsi.Jadis, dans les sociétés iroquoiennes, ce sont les femmes qui détenaient le pouvoir politique.Chez les peuples algonquiens, les femmes contrôlaient l\u2019économie.Chaque membre de la communauté, homme, femme ou enfant, était respecté pour sa contribution.Tout ceci a changé dès les premiers contacts avec les missionnaires et explorateurs de souche européenne qui, en proie à de violents chocs culturels et motivés par des desseins évangéliques ou commerciaux, ont tenté de changer l\u2019ordre des choses.C\u2019est ainsi qu\u2019aux XVIIIe et XIXe siècles, les Autochtones ont appris qu\u2019ils n\u2019y connaissaient rien du tout : la femme n\u2019était pas l\u2019égale de l\u2019homme.Tout au long du XXe siècle, ce message a été renforcé maintes fois par un gouvernement canadien qui, préoccupé par la consolidation de son territoire, voulait en finir une fois pour toutes avec le «problème indien».Il y a eu d\u2019abord la Loi sur les Indiens et les réserves, qui a effectivement privé la femme autochtone de son droit d\u2019être reconnue.Ensuite, il y a eu les pensionnats où, en plus des atrocités qui ont été commises, les jeunes filles apprenaient à s\u2019aliéner de leurs rôles traditionnels et à épouser, à force coups de bâton, les valeurs de la société canadienne.Puis, il y a eu le «Sixties Scoop», époque glorieuse de l\u2019histoire canadienne où les enfants autochtones étaient arrachés des bras de leurs parents et adoptés dans des familles blanches, puisqu\u2019on ne faisait pas confiance à la femme autochtone pour élever ses 20 ReLatiONS décembre 2004 qu\u2019un exemple des conflits entre ces dispositions de droit international et des dispositions du droit interne au Canada.Cela peut expliquer le fait que le Canada n\u2019ait pas ratifié cette convention internationale jusqu\u2019ici.La ratification par le Canada de cette convention l\u2019obligerait à modifier en profondeur des aspects essentiels du régime juridique canadien pour le rendre conforme aux normes de cette convention.Dans le cas du deuxième texte, les discussions s\u2019intensifient autour du projet de Déclaration internationale des droits des peuples autochtones, alors que la Décennie internationale arrive à échéance le 31 décembre 2004.Un des objectifs de cette décennie était l\u2019établissement d\u2019un consensus sur un texte qui devait ensuite être soumis à l\u2019approbation de l\u2019assemblée générale de l\u2019ONU en 2005.Un des différends majeurs entre les représentants des États et des peuples autochtones porte sur la reconnaissance d\u2019un droit à l\u2019autodétermination pour les peuples autochtones au sein des États.Jusqu\u2019ici, le droit à l\u2019autodétermination (qui comprend le droit de sécession) est reconnu en droit international, uniquement aux peuples colonisés vivant à l\u2019extérieur des frontières d\u2019un État colonisateur - comme les anciennes colonies françaises, britanniques ou autres.À l\u2019occasion du Forum sur les droits qui s\u2019est déroulé à Genève en septembre 2004, les représentants des peuples autochtones ont d\u2019ailleurs interpellé publiquement le premier ministre britannique et le gouvernement du Royaume-Uni, à qui ils reprochent de nuire à l\u2019évolution de leurs droits par leur refus d\u2019appuyer une disposition portant sur la reconnaissance de leur droit à l\u2019autodétermination.D\u2019autres pays, comme l\u2019Australie, la France, les États-Unis et la Russie, le refusent également.Par ailleurs, les représentants du gouvernement canadien ont, au cours de ces discussions, indiqué que le Canada a modifié son refus initial.Désormais, il appuie une disposition qui reconnaîtrait le droit des peuples, autochtones ou non, vivant au sein d\u2019un État, d\u2019exercer un droit à l\u2019autodétermination à l\u2019intérieur de cet État (sans droit de sécession).Olivier Hanigan, Elijah Dione, ENSEIGNANTE À L'ÉCOLE DE RÉINSERTION DANS LA LANGUE TRADITIONNELLE, À Kahnawake, 2004 ?propres enfants.Autant de politiques d\u2019assimilation visant le génocide des peuples autochtones du Canada.Loin d\u2019avoir réussi leurs projets d\u2019assimilation, les autorités ont plutôt semé l\u2019anomie dans les communautés autochtones.La pauvreté, le taux de suicide, les problèmes endémiques de santé, la violence conjugale, la corruption politique peuvent tous être attribués à la confusion de peuples en perte de culture et d\u2019autonomie.Malgré tout, les femmes autochtones sont fortes.Loin de se contenter de leur sort, elles se sont ralliées et battues pendant plus de 20 ans pour faire valoir leurs droits.En 1986, l\u2019introduction de la Loi C-31 annonce une nouvelle ère où la femme autochtone se voit reconnue, il fallait s\u2019y attendre, presque au même titre que les hommes.Mais si elle gagne une bataille, la paix tarde à venir puisque les hommes autochtones épousent désormais les valeurs canadiennes bien qu\u2019ils affirment le contraire.La grande majorité du pouvoir politique et économique est maintenant dans les mains des hommes qui font affaire, comme beaucoup de politiciens, sans trop se préoccuper du bien-être de leurs communautés.Dans plusieurs communautés, la femme autochtone n\u2019est pas plus bienvenue depuis la Loi C-31 qu\u2019avant, Des pressions plus ou moins subtiles s\u2019exercent pour l\u2019exclure et elle est souvent forcée de s\u2019exiler dans des milieux urbains en quête d\u2019une meilleure vie pour ses enfants.Afin d\u2019y parvenir, la femme autochtone s\u2019éduque.Dans la grande majorité des universités québécoises et canadiennes, depuis les dix dernières années, les femmes représentent jusqu\u2019à 80 % de la population étudiante autochtone.Leurs choix d\u2019études reflètent souvent leur désir d\u2019investir dans leurs communautés d\u2019origine.Mais la rentrée au bercail n\u2019est pas toujours aisée : la femme éduquée est une cause d\u2019anxiété pour les politiciens autochtones qui ne veulent pas nécessairement que l\u2019ordre des choses change.Mais la femme autochtone est tenace et, petit à petit, mine de rien, elle reprend sa place parmi les siens.Cependant, la partie ne sera complètement gagnée que lorsque les politiciens autochtones et, par leur exemple, l\u2019ensemble de la société canadienne, changeront l\u2019opinion qu\u2019ils ont des femmes autochtones pour les accueillir à bras ouverts, d\u2019égal à égale.En attendant, le rapport d\u2019Amnistie internationale, après son fracas initial, sera largement ignoré.décembre 2004 ReLatiONS (21 dOSSieR Olivier Hanigan,\tIl n\u2019est pas étonnant que les Autochtones multiplient les fillette mohawk interventions pour faire progresser l\u2019adoption de tels textes à l'ecole de\tinternationaux (traités, conventions et déclarations).Ils sont Kahnawake, 2004 conscients du fait que même si ces textes ne s\u2019appliquent pas automatiquement dans les pays membres, ils sont susceptibles de créer une pression politique en faveur de l\u2019insertion de ces normes internationales dans les lois de ces pays.La création d\u2019un forum permanent sur les questions autochtones au sein de l\u2019ONU, qui réunit les populations autochtones de tous les continents, leur a d\u2019ailleurs donné une voix sur la scène internationale, comme le démontre leur participation très active dans les débats entourant le projet de déclaration internationale.L'opinion publique internationale et les instances internationales ont de plus en plus d'influence dans les affaires internes des États.Ce phénomène relativement récent va probablement s'accentuer.Un précédent constitutionnel Sur le plan canadien, les modifications apportées en 1982 à la Constitution, à l\u2019occasion de son rapatriement, ont renforcé le discours des peuples autochtones du pays.En effet, pour la première fois au Canada, la Constitution a reconnu l\u2019existence et le statut de peuples autochtones aux Indiens, aux Inuits et aux Métis.Également pour la première fois, ces peuples se sont vu reconnaître des droits constitutionnels collectifs particuliers : les droits ancestraux (fondés sur l\u2019occu- pation historique de leurs terres ancestrales) et les droits issus de traités (comme les traités historiques consacrant leurs droits de chasse ou de pêche).Ce faisant, les législateurs ont reconnu accorder une primauté relative à ces droits sur les lois.Tant le gouvernement fédéral - qui a l\u2019autorité constitutionnelle de légiférer sur les questions relatives aux Indiens et aux Inuits - que les gouvernements provinciaux ont donc accepté de limiter, jusqu\u2019à un certain point, leur pouvoir de légiférer et d\u2019appliquer leur législation aux peuples autochtones.À ce jour, il n\u2019y a pas de consensus sur la portée de ces droits qui devaient être définis lors de la série de conférences constitutionnelles tenues dans les années 1980.Un des principaux points d\u2019achoppement de ces discussions portait sur la reconnaissance du fait que ces droits particuliers comprennent le droit inhérent à une forme d\u2019autonomie gouvernementale des peuples autochtones (un troisième ordre de gouvernement en plus de l\u2019ordre fédéral et de l\u2019ordre provincial formellement reconnus dans la Constitution canadienne).Des pourparlers constitutionnels ultérieurs, dans les années 1990, n\u2019ont apporté aucun changement quant aux questions autochtones, qui sont retombées à la marge des préoccupations politiques, tant sur le plan fédéral que dans les provinces.En l\u2019absence d\u2019un forum constitutionnel pour débattre de ces questions ou d\u2019un consensus pour préciser la loi constitutionnelle de 1982, on a choisi de laisser les tribunaux définir, au gré de chaque litige qui leur est soumis, les limites des droits constitutionnels reconnus en 1982.La stratégie parallèle du Québec Par ailleurs, le Québec présente une situation inédite au Canada.C\u2019est la seule, parmi les 10 provinces canadiennes, où un parti politique préconisant l\u2019accession de la province à la souveraineté a gouverné, à diverses époques, depuis les années 1970.Dirigé par le Parti québécois, le gouvernement du Québec a donc exprimé la volonté du peuple québécois de réaliser sa propre souveraineté et a d\u2019ailleurs mené deux référendums sur une éventuelle accession du Québec à la souveraineté.Le projet a été rejeté dans les deux cas - mais à une très mince majorité, la deuxième fois en 1995 -, provoquant une crise politique intense au Canada.Dans les années 1980, le Québec a contesté l\u2019adoption de la nouvelle loi constitutionnelle de 1982 (qui ne se limitait pas aux questions autochtones) parce que le gouvernement du 22) ReLatiONS décembre 2004 Québec ne l\u2019avait pas entérinée.Le gouvernement du Québec a alors adopté une stratégie parallèle sur ces questions.Il a fait adopter une déclaration par son conseil des ministres, dont l\u2019essentiel fut ensuite repris dans une motion qu\u2019il a fait adopter par l\u2019Assemblée nationale du Québec, en 1985.Cette motion reconnaît l\u2019existence de nations autochtones au Québec et presse le gouvernement de négocier des ententes définissant leur droit à l\u2019autonomie au sein du Québec.Cette motion est venue se superposer aux droits reconnus dans la Constitution canadienne.Le gouvernement du Québec avait Le sort des minorités, autochtones ou autres, au sein des États, est devenu un objet de préoccupation internationale.Aucun pays ne peut désormais échapper à ce mouvement.alors présenté son action comme une voie alternative à son refus d\u2019appuyer les propositions mises de l\u2019avant par les peuples autochtones dans les discussions constitutionnelles.La décision du Québec d\u2019assister en observateur à ces conférences constitutionnelles avait rendu impossible l\u2019adoption de tout amendement à la Constitution, ce qui avait été critiqué par les Autochtones.Le discours d\u2019affirmation politique des peuples autochtones sur la scène canadienne a donc croisé le discours d\u2019affirmation nationale exprimé par le gouvernement du Québec durant les trois dernières décennies - cette situation unique n\u2019ayant pas d\u2019équivalent dans les autres provinces canadiennes.Des tensions vives en ont résulté au Québec, les Premières nations et les Inuits ayant dénoncé le projet souverainiste.Ceux-ci ont d\u2019ailleurs demandé au gouvernement fédéral d\u2019exercer la responsabilité de fiduciaire que les tribunaux lui ont imposé à leur égard, pour défendre leurs in- térêts face au projet souverainiste du gouvernement du Québec.Ils opposaient leur droit à l\u2019autodétermination au projet du gouvernement du Québec d\u2019accéder à la souveraineté.Ces tensions autour du projet souverainiste, jumelées à la crise d\u2019Oka-Kanesatake en 1990, ont laissé des traces d\u2019incompréhension qui sont encore latentes au Québec.Cette situation, qui a d\u2019abord été vue et considérée comme un phénomène québécois en 1990, n\u2019est pas propre au Québec et n\u2019est pas liée uniquement à la question de la souveraineté québécoise.En effet, des tensions similaires - quoique pour des motifs parfois différents - ont surgi régulièrement dans diverses provinces du Canada depuis le début des années 1990, avec des affrontements violents entre Autochtones et non-Autochtones, en Colombie-Britannique (1990) au Nouveau-Brunswick (1999-2000) et en Ontario (1995).L\u2019opinion publique internationale et les instances internationales ont de plus en plus d\u2019influence dans les affaires internes des États.Ce phénomène relativement récent va probablement s\u2019accentuer.Que ce soit à l\u2019occasion de conflits survenus au Québec ou par le rang attribué au Canada du point de vue de l\u2019indice de développement humain élaboré par l\u2019ONU, l\u2019image internationale du Canada et du Québec ont été écorchées depuis une vingtaine d\u2019années.Le temps où les États pouvaient considérer les droits fondamentaux comme relevant de leur seule prérogative est révolu.Le sort des minorités, autochtones ou autres, au sein des États, est devenu un objet de préoccupation internationale.Aucun pays ne peut désormais échapper à ce mouvement.C\u2019est une réalité avec laquelle les gouvernements au Canada doivent compter.\u2022 Pour prolonger la réflexion LIVRES BOUDREAULT, René, Du mépris au respect mutuel.Clefs d'interprétation des enjeux autochtones au Québec et au Canada, Montréal, Écosociété, 2004.DEPUIS, Renée, La question indienne au Canada, Montréal, Boréal express, 1991.DUPUIS, Renée, Tribus, peuples et nations.Les nouveaux enjeux des revendications autochtones au Canada, Montréal, Boréal, 1997.DUPUIS, Renée, Quel Canada pour les Autochtones?La Fin de l'exclusion, Montréal, Boréal, 2001.MORIN, Michel, L\u2019usurpation de la souveraineté autochtone.Le cas des peuples de la Nouvelle-France et des colons anglais de l\u2019Amérique du Nord, Montréal, Boréal, 1997.SIMARD, Jean-Jacques, La réduction.L\u2019Autochtone inventé et les Amérindiens d\u2019aujourd\u2019hui, Sillery, Septentrion.2003.ARTICLES BOUDREAULT, René, « Le panier de crabes de Kanesatake», Relations, juin 2004.BOUDREAULT, René, « Entente avec les Innus en suspens», Relations, juin 2003.SAVARD, Rémi, « Les peuples américains et le système judiciaire canadien : spéléologie d\u2019un trou de mémoire», Revue canadienne Droit et Société, volume 17, n° 2, 2002.SAVARD, Rémi.«La \"dynamite potentielle\u201d de Monsieur», Relations, novembre 2002.TRUDEL, Pierre, «La paix des braves», Relations, mai 2002.VIDÉO « Journée de réflexion sur les nouvelles ententes entre le Québec et les Autochtones, tenue à Québec le 20 mars 2003 », Recherches amérindiennes.Renseignements : .décembre 2004 ReLatiONS (23 Prochain numéro Le numéro de janvier-février de la revue Relations sera disponible en kiosques et librairies durant la troisième semaine de janvier 2005.Il comprendra notamment : \u2022\tun dossier sur les Autochtones : incluant une entrevue avec le sociologue Denys Delâge sur le blanc de mémoire des Québécois à propos de la place des Autochtones dans l\u2019histoire du Québec et des articles portant sur la mémoire douloureuse des peuples autochtones, l\u2019importance des récits et des traditions; \u2022\tune controverse sur le contrôle de la liberté d\u2019expression à la radio; \u2022\tune analyse de la situation sociopolitique de la Géorgie; \u2022\tun regard sur le trafic sexuel des femmes; \u2022\tla suite de la chronique de Jean-François Casabonne, illustrée par Stéphanie Béliveau; \u2022\tdes oeuvres de notre artiste invitée, Alanis Obomsawin.Alanis Obomsawin, Mère de tant d'enfants, 2004 Recevez par courriel, peu avant sa parution, le sommaire détaillé du numéro en vous inscrivant sur la liste d\u2019envoi.Pour ce faire, cliquez sur la page d\u2019accueil de notre site au .Sornées\t ReLatiONS iaHtMi.iJ.mmuj.1\t Le Darfour : un conflit ambigu\tLe bouclier antimissile (15-11-2004)\t(27-05-2004) Le phénomène religieux au regard\tLe pouvoir dans l\u2019Église : au service de la presse écrite\tde la liberté ou de la soumission?(18-10-2004)\t(24-03-2004) L\u2019altermondialisme en mouvement\tLa laïcité face au défi du pluralisme : (20-09-2004)\tl\u2019expérience québécoise \t(26-01-2004) Achat : 27,00 $ (frais d\u2019expédition inclus)\t Location : (10 jours) 9,00 $ par cassette + frais d\u2019expédition\t TPS ET TVQ SONT COMPRISES DANS CES PRIX.\t Pour obtenir ces cassettes, ainsi que la liste complète des soirées qui ont été enregistrées,\t s\u2019adresser à Pauline Roy, au Centre justice et foi au (514) 387-2541\t ou par courriel : proy@cjf.qc.ca\t 24 ReLatiONS décembre 2004 50e de la Conférence religieuse canadienne La Conférence religieuse canadienne (CRC), l\u2019association qui représente les leaders des communautés religieuses masculines et féminines du Canada, célèbre cette année le 50e anniversaire de sa fondation.Afin de souligner cet événement, la CRC a publié une brève histoire du demi-siècle de son existence.À travers les décennies, la CRC est demeurée à l\u2019écoute de l\u2019évolution de nos sociétés.Elle a su prendre le parti des personnes appauvries en contribuant à l\u2019avènement d\u2019un monde plus juste.À leur dernière assemblée générale, les membres se sont engagés à travailler de manière à supprimer toutes formes de violence - en particulier le trafic des femmes et des enfants - et à approfondir, à la lumière de l\u2019Évangile, le dialogue critique entre mondialisatrion et altermondialisation.Pour en savoir plus: .Un forum jeunesse L\u2019expérience de la Journée mondiale de la jeunesse a éveillé chez les évêques du Québec le besoin d\u2019aller plus en profondeur dans leur rencontre avec les jeunes.C\u2019est pourquoi ils tiendront un forum jeunesse en février prochain.Saisir la culture des jeunes, écouter ce qu\u2019ils vivent, comment ils perçoivent l\u2019Église et la société, tel est le principal objectif de ce forum.Les échanges porteront sur l\u2019un ou l\u2019autre sujet, tels que l\u2019éducation, les relations de couple, l\u2019environnement, l\u2019économie, la pauvreté, l\u2019engagement, etc.Le forum jeunesse réunira des évêques et un certain nom- bre de jeunes, hommes et femmes, couples et célibataires, étudiants et travailleurs, représentant une réelle diversité.Âgés entre 20 et 30 ans, venant des différentes régions du Québec, les participants seront choisis en raison de leur enracinement dans des groupes et des réseaux, capables de refléter la pensée des jeunes de leurs milieux sur la société et l\u2019Église.Espérance de vie Selon Statistique Canada, un homme canadien né en 2002 peut maintenant espérer vivre jusqu\u2019à 77,2 ans.Chez les femmes, l\u2019espérance de vie est restée inchangée; elle est de 82,1 ans.L\u2019écart entre les hommes et les femmes, au pays, se trouve ainsi ramené à un peu moins de cinq ans.Entre 1979 et 2002, au Canada, les hommes ont vu leur espérance de vie s\u2019accroître de 5,8 ans, tandis que celle des femmes a gagné 3,3 ans.Célibat des prêtres Les hauts dignitaires de l\u2019Église catholique du Brésil se sont prononcés contre le célibat obligatoire des prêtres.« Personne ne peut être contraint à demeurer célibataire», a affirmé le responsable des vocations au sein de la conférence nationale des évêques brésiliens.De fait, 41 % des prêtres de ce pays admettent avoir des relations de couple.Dans un pays où plus de 70 % de la population est catholique, la question du célibat des prêtres fait donc débat.Connu pour ses désaccords répétés avec le Vatican, Mgr Paulo Evaristo Arns, archevêque émérite de Sao Paulo, considère le célibat comme «une option et non une obligation».Déportations vers Haïti 11 y a présentement au Canada - et surtout au Québec - plusieurs Haïtiens qui n\u2019ont pas la nationalité canadienne même s\u2019ils sont arrivés jeunes au pays.Parmi eux, certains ont commis des actes criminels, ce qui les a rendu indésirables aux yeux de la loi canadienne sur l\u2019immigration.Ils sont donc condamnés à la déportation en Haïti après avoir purgé leurs peines au Québec.Un documentaire réalisé par Mohamed Lotfi et intitulé « Il neige pas à Port-au-prince», aborde le thème de la déportation de ces jeunes Haïtiens qui ont grandi et construit leur identité au Québec.Pour en savoir plus et pour obtenir une copie de ce documentaire : < www.souverains.qc.ca >.Jean-Claude Leclerc honoré Journaliste et éditorialiste au Devoir de 1967 à 1990, Jean-Claude Leclerc y signe maintenant, chaque lundi, une chronique sur les questions éthiques et religieuses.En octobre dernier, il a reçu le prix Claude-Masson, offert par l\u2019Association canadienne des périodiques catholiques (ACPC) - dont Relations est membre.Ce prix souligne la qualité du travail journalistique d\u2019une personne qui œuvre dans la presse écrite francophone du Canada et qui se distingue par la promotion qu\u2019elle fait de valeurs éthiques et humaines telles que la charité, la justice, la paix, la solidarité et le respect de la vie.Ce prix - créé en 1981 -porte, depuis 2000, le nom de l\u2019éditeur adjoint de La Presse, disparu le 31 octobre 1999 dans un accident d\u2019avion.Trois jours plus tôt, Claude Masson avait prononcé une conférence sur son métier et les valeurs qui l\u2019animaient lors du congrès annuel de l\u2019ACPC.décembre 2004 ReLatiONS ; 25 aiLLeuRS Australie : la prospérité avant tout! Cet article a ÉTÉ RÉDIGÉ AVEC LA PARTICIPATION DE David Holdcroft et de Alison Caddick Le premier ministre conservateur australien John Howard, fidèle allié des Américains et défenseur de l'engagement militaire en Irak, vient d'être reconduit pour un quatrième mandat consécutif.Sur fond de croissance économique, les inégalités sociales n'iront qu'en s'accentuant.Anne-Marie Aitken L 9 enthousiasme n\u2019était pas au rendez-vous des élections fédérales du 9 octobre dernier.Les plates-formes des principaux partis politiques australiens - du Parti libéral (LPA), du Parti national (ANP) et même du Parti travailliste (LPA) -ne différant guère l\u2019une de l\u2019autre, on ne s\u2019attendait pas à des changements majeurs dans les politiques gouvernementales de l\u2019Australie.C\u2019est la coalition conservatrice du libéral John Howard qui a été réélue, avec une majorité plus importante à la Chambre des députés et, pour la première fois en huit ans de gouvernement, un contrôle sur le Sénat.Howard avait basé sa campagne électorale sur les succès de sa gestion économique: plus haut taux de croissance enregistré depuis dix ans et baisse du taux de chômage en-dessous de 6 %.La lutte contre le terrorisme dans un monde instable, les relations industrielles et une politique étrangère établie sur une étroite collaboration avec les États-Unis en matière d\u2019économie et de stratégie, faisaient également partie de son programme.Howard a réussi à reléguer au second plan son engagement en Irak qui avait provoqué les plus importantes manifestations en Australie depuis la guerre du Vietnam.La question de la protection des frontières, qui avait poussé l\u2019Australie à renforcer ses sanctions envers des demandeurs d\u2019asile arrivés par bateau, n\u2019a plus fait recette cette fois-ci, alors quelle avait été très prégnante lors de l\u2019élection précédente.Cela est dû en partie à l\u2019offre du gouvernement d\u2019accorder la citoyenneté aux détenteurs de «visas de protection temporaire» par la voie de l\u2019immigration habituelle.Toutefois, le régime de détention des demandeurs d\u2019asile à toutes les phases du processus d\u2019obtention d\u2019un statut et la rétention des visas de protection demeure partie intégrante de la politique gouvernementale.La logique néolibérale va rester à l\u2019ordre du jour: poursuite du démantèlement de l\u2019État-providence, accroissement des inégalités sociales.À cela, il faut ajouter la mise en place de mesures antiterroristes répressives à caractère ultranationaliste et xénophobe, depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York, et la détérioration de l\u2019environnement aux conséquences particulièrement catastrophiques pour l\u2019Océanie - puisque l\u2019élévation du niveau de la mer causée par le réchauffement de la planète y menace directement l\u2019existence de nombreux archipels.de Timor -> Golfe de &Carpentarii A U S T Brisbane Grande Baie australienne île Kangourou Melbourne Océan Indien pey>0«ttops*s.i rut 3t promo».*)* I Supeehei Panitchpakdi, Thomu S Foley, i branch* Quebec mm WmÊmmm SERVICES D'ELECTRICITE.DC GA2 ET PIPELINE S canadienne 5.9 CS Safeway 5.1 GS McCain tenfopont* Murphy Raymond Royer Coutu Group : (PJC) Inc.BuiMndri Packard (Canada)I Railway I 22.7 G S I eleclncite propriétés ; Investors.Great West Lifcco {CIAIDSS ESTiMISE?SOCIAL \u2018 'T { \\'l l( COHtRC Justice i BSTICE AUMENIS El BOISSONS FORESTERIE I ; TECHNOLOGIES ET TELECOMMUNICATIONS COMMERCES I INDUSTRIE CHIMIQUE COMPAGNIES MINIERES TRANSPORTS FABRICANTS 0 EQUIPEMENT LOURO SOCIETES D'INGENIERIE Bi.fi Une affiche couleur géante (67 x95 cm) Présente les hommes qui contrôlent les plus grandes entreprises du Canada, avec les profits de ces entreposes et les salaires de leurs dirigeants.Voyez qui décide des règles du jeu! a»!™™» «03 Pour vous procurer cette affiche Contactez le MEPACQ Mouvement d\u2019éducation populaire et d\u2019action communautaire du Québec mepacq CfcîCP \u2022 \u2022«> etoa 3575, boulevard Saint-Laurent # 202 Montréal, QC, H2X 2T7 Téléphone :\t(514) 843-3236 Télécopieur : (514) 843-6512 Courriel :\tmepacq@bellnet.ca Travailleurs et travailleuses\t3 $ Personnes sans-emploi et étudiants 2 $ (taxes incluses, frais de port en sus) RegaRD_____ L'inclémence du temps Contre L'indémence du temps, Le philosophe construit des abris pour Les humains en exiL d'eux-mêmes.Marc Chabot L'auteur est PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE AU Collège François-Xavier-Garneau Nous nous enfonçons de nouveau dans une époque qui n\u2019attend plus du philosophe ni une explication ni une transformation du monde, mais la construction d\u2019abris contre l\u2019inclémence du temps» (Nicolas Gomez Davila, Les horreurs de la démocratie, traduction Michel Bibard, Anatolia/Éditions du Rocher, 2003).Selon les siècles et les époques, le métier de philosophe n\u2019est pas toujours le même.Longtemps le philosophe fut celui qui fournissait des explications du monde.11 était le grand questionneur.Déconstructeur des mythes, il cherchait par la raison à expliquer le monde, la nature, Dieu, le politique.Épistémologue, chercheur, analyste.Métaphysicien et scientifique à la fois.Il se plaçait devant l\u2019inconnu et interrogeait les hommes et l\u2019univers.Il nous apprenait la patience tout autant que le doute.Il s\u2019appelait Socrate ou Héraclite.Étudiant tout à la fois les difficultés de parvenir jusqu\u2019à soi et les mouvements de la planète.Puis, le temps passa.Le monde soudain avait une histoire, une épaisseur, des anciens.Les hommes et les femmes de chaque société continuaient de souffrir et de vivre.Ils vivaient majoritairement dans les chaînes.Le pouvoir politique et les riches se satisfaisant de l\u2019état des choses, de l\u2019aliénation.Les hommes et les femmes étaient tenus hors d\u2019eux-mêmes, brisés par l\u2019exploitation et les inégalités.Jean-Jacques Rousseau se mit en tête de fabriquer l\u2019histoire du concept d\u2019inégalité.Sans même le savoir, il prépara des révolutions, il donna au monde un discours qui permettait l\u2019apparition d\u2019une nouvelle conscience de l\u2019être humain.Les malheurs s\u2019expliquaient autrement que par la simple fatalité.Il fallait désormais distinguer entre les inégalités naturelles et les inégalités culturelles.L\u2019univers humain était transformable, repensable.Le concept de « liberté » se pointait.Les hommes voulaient être des hommes, les femmes voulaient être des femmes.L\u2019esclavage s\u2019expliquait.11 n\u2019en fallait pas plus pour que d\u2019autres penseurs viennent raffiner davantage les concepts et nous proposent de transformer le monde.Peut-être que le concept «d\u2019animal politique» pouvait s\u2019entendre autrement?Peut-être que nous pourrions nous accomplir en travaillant autrement la vie en société?Les pensées philosophiques pouvaient maintenant exiger de chacun de nous un engagement dans le monde.Marx n\u2019était pas loin.Le retour de la démocratie s\u2019annonçait.Chacun de nous étant invité à produire une parole libre, con- sciente et ouverte.Une parole libre qui inventait l\u2019individu et la société.Expliquer et transformer.S\u2019engager et devenir soi.Jusque dans les années 80 du siècle dernier, combien de professeurs de philosophie sont entrés dans les classes en ne cachant pas ce plaisir de s\u2019adresser à de nouvelles générations et de refaire ensemble l\u2019histoire de nos libertés?Sans être des politiciens, les philosophes se savaient désignés par le pouvoir pour répandre une interrogation essentielle sur la liberté et la défense de tous.Une démocratie vivante est une démocratie participative.Les grands enjeux sociaux avaient besoin des citoyens et les citoyens avaient besoin des philosophes.Les philosophes se donnaient pour objectifs de ren- Le philosophe s'accroche encore à quelques concepts.Il est encore debout mais les vents sont forts et sa voix est presque inaudible comme celles des écrivains et des poètes.Il a rejoint le clan des artistes.dre les concepts vivants, de refaire l\u2019histoire de nos libertés, de redonner du sens à chaque être, d\u2019inventer une conscience individuelle et collective.Transformer l\u2019esprit et transformer le monde.Préparer l\u2019idée à devenir une action.Dire et agir.Penser avec les autres.Débattre.Rencontrer les autres.Prendre conscience de nos individualités.Responsabiliser le plus grand nombre à la citoyenneté.Marx justifié.S\u2019emparer du monde.Même la dictature du prolétariat pouvait se donner des airs démocratiques.Partout la pensée marchait vers sa libération.Les peuples parlaient.Les peuples se faisaient.Les peuples avaient des idées.La fin de l\u2019histoire Puis, les murs sont tombés.Les yeux se sont ouverts.Il y avait des mensonges.Il y avait des illusions.Il y avait une «fin à l\u2019histoire», même une «fin de l\u2019homme».Des penseurs ont commencé à nous dire que la fin de l\u2019humanité approchait, il ne restait plus rien à penser, il n\u2019y avait plus qu\u2019à répandre la bonne nouvelle.Nous n\u2019avions plus d\u2019idées, nous n\u2019avions qu\u2019un immense chantier à finaliser.La démocratie pouvait crier victoire.On ne pouvait pas nous dire combien de temps encore il nous faudrait pour nous rendre au bout de nos idées, mais le chantier était ouvert.Le capitalisme sortait victorieux.Il accomplissait et accomplirait, même sans nous, cette «fin de l\u2019histoire».Le capitalisme s\u2019est octroyé le droit de cesser de se justifier.Il peut faire son chemin en faisant croire que le mieux décembre 2004 ReLatiONS 31 RegaRD pour tous est la disparition du bien commun et l\u2019invention d\u2019un bien égoïste ou égocentrique.Victoire complète de l\u2019individualisme.Je n\u2019écris pas, victoire de l\u2019individu puisqu\u2019il ne s\u2019agit pas de la même chose.Fin de la dialectique entre le bien et le mal.Place à autre chose.Place à l\u2019aveuglement.Place au droit qui absout les exploitations, les vols et les détournements financiers.L'inclémence du temps nous poursuit.Nous rêvions d'une paix universelle.Il n'y a partout que la guerre et les médias raffolent des images de l'humain déchiré.Mondialisation.Nouveau monde.Défi du progrès.Adaptation aux changements.Mémoire courte.Plus de services, de moins en mois d\u2019humains pour les rendre.Toujours plus avec encore moins.Les racines de l\u2019être arrachées et brûlées vives.Anonymat.Indifférence.L\u2019enfermement dans l\u2019identique en même temps qu\u2019on nous chante partout la force de la différence.Des abris pour les humains Contre l\u2019inclémence du temps, le philosophe construit des abris pour les humains en exil d\u2019eux-mêmes.Une cache pour l\u2019être, pour l\u2019homme, pour la femme et même pour les enfants.L\u2019inclémence du temps nous poursuit.Nous rêvions d\u2019une paix universelle.Il n\u2019y a partout que la guerre et les médias raffolent des images de l\u2019humain déchiré.Le philosophe s\u2019accroche encore à quelques concepts.Il est encore debout mais les vents sont forts et sa voix est presque inaudible comme celles des écrivains et des poètes.Il a rejoint le clan des artistes.Pourtant, ce ne sont pas les discours qui sont vides, mais la souffrance de l\u2019humain ne nous atteint plus.Nous sommes en train de privatiser la souffrance du monde.Que les humains s\u2019arrangent avec.Nous n\u2019avons de la place dans le monde que pour ceux et celles qui sont des compétiteurs.Il y avait les pauvres, il y a maintenant la pauvreté de la culture.Car, elle, la culture, ne pourra jamais être autre chose que « le goût d\u2019agir ensemble».La culture ne peut pas être un mouvement individuel.Elle ne peut pas ne pas parler à tous, sans cela elle n\u2019est plus la culture.Mieux vaudrait abolir le concept.Qu\u2019est-ce que la culture, disent les artistes?Le mouvement vers les autres, le désir répété de l\u2019autre, l\u2019appel d\u2019une présence autre, l\u2019écoute et la disponibilité.Comment ressouder les morceaux de l\u2019être?Comment réinventer un nous?Comment sortir de la malpropreté du simple 32T ReLatiONS décembre 2004 divertissement, de la réduction de la culture en divertissement?Spectacle permanent de la bêtise.Par l\u2019humour, par la chanson.L\u2019artiste ou le philosophe cherche un abri et finit par découvrir qu\u2019il n\u2019y en a pas et qu\u2019il lui faut construire, encore et encore.Il ne change plus le monde, il cherche un moyen d\u2019échapper à sa réalité étouffante.Sans que cette évasion ne soit qu\u2019une échappée dans l\u2019illusion.Le philosophe ou l\u2019artiste ne change plus le monde, il trouve des refuges contre l\u2019humiliation et il le fait avec beaucoup d\u2019humilité.Que fait-il, le philosophe?Il montre les mains tendues.Il renoue avec le désespoir de l\u2019être au lieu de compter les morts.Il fuit le bonheur éphémère.Il comprend que nous sommes prisonniers dans nos corps et nos âmes.Nous naviguons entre l\u2019épicurisme et le stoïcisme, troublés par les incertitudes et l\u2019inclémence du temps.Formulant des rêves inaccessibles, oscillant entre le passé et l\u2019avenir.Si vous lisez un philosophe, c\u2019est que vous acceptez de retourner à la case départ, à celle des questions.Non plus, où est le bonheur, mais qu\u2019est-ce qu\u2019il est?Non plus, où va le monde mais comment y vivre?Non plus, voici la liberté mais qu\u2019est-ce qu\u2019elle est?La case départ.L\u2019étourdissement du langage et le plaisir de l\u2019incertitude.Qu\u2019est-ce qu\u2019un suicidaire?Celui qui vient de trouver une réponse, la réponse définitive?Fin de l\u2019être, fin de la philosophie, fin des questions, fin de la navigation.Revenir aux questions Le philosophe pense encore qu\u2019il y a des abris dans l\u2019être, que rien de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons être n\u2019est définitivement résolu.Revenir aux questions, c\u2019est refaire son éducation.L\u2019accomplissement de l\u2019être ne supporte que très peu de temps les recettes.Il suffit parfois d\u2019une seule génération pour ne plus avoir d\u2019oreilles, ne plus rien entendre des vérités sur le bonheur et la réalisation de soi.On serait étonné de découvrir ce que trouvent les jeunes de cégeps dans Sénèque, Epicure ou Platon.Ils sont actuellement étouffés par l\u2019utilitarisme de la pensée.Ils ont besoin d\u2019air, ils ont besoin de savoir ce qu\u2019ils veulent.Comme me l\u2019écrivait une élève : « Mieux vaut un vieux de quelques siècles avant Jésus Christ et son désir d\u2019être, que les commandements de la consommation de notre monde.» Il faut vivre avec ce que nous avons fait du monde.La seule et véritable adaptation du sujet dans le monde est là.On nous a laissé un monde, on naît dans un réel particulier, on ne vient jamais au monde dans un monde neuf.Le vieux du monde n\u2019est pas nécessairement là où on le pense.Devant nous, l\u2019accompli.Devant nous, le retour des questions.Un passage obligatoire.L\u2019artiste réfléchit sur ce qui reste à faire, l\u2019amuseur public joue avec les mots et les objets pour répandre l\u2019illusion du bonheur accompli.Il se contente de dire ce qu\u2019il faut acheter pour toucher au bonheur, pour le consommer, pour le vider de son sens et du même coup nous vider du sens. SR*Î>- h*'tt - \"'V J.¦-,\t.r.>^ >.l£- 1 v zSÉhï iNW kwMm fVV> v - Krï£\u2019 VJ?® y*y.- «& :.'v; «Désapprendre à rêvasser, apprendre à penser, désapprendre à philosopher, apprendre à dire, cela ne se fait pas en un jour.Et pourtant nous n\u2019avons que très peu de jours pour le faire» (René Daumal, Le Contre ciel, poésie/Gallimard, 1970).11 faut penser ce qui n\u2019est pas encore pensé.Le sujet reste à penser, c\u2019est un thème inépuisable.Être soi est une entreprise toujours à recommencer.Le temps est court.Nous avons une toute petite vie pour nous en approcher.Une toute petite vie qu\u2019il faut vivre contre et avec son temps.L\u2019Occident a fait le sujet et la subjectivité.Il faut en prendre la responsabilité.L\u2019Occident a fait le sujet et l\u2019a abandonné à lui-même.La démocratie ouvre 1ère de la pensée à tous, mais je ne sais pas encore ce quelle pourrait faire de toute cette pensée qui vient de partout.Elle laisse parler.Beaucoup et n\u2019importe comment.Elle confond dire et se répéter, dire et trimbaler sa liste de préjugés.La démocratie a abandonné l\u2019être à sa liberté.Elle l\u2019offre à tous comme un don et pourtant lui refuse l\u2019accès à une pensée qui permettrait la profondeur.Faut-il s\u2019étonner du fait que dans l\u2019inclémence du temps le sujet ne cherche finalement qu\u2019à s\u2019aménager une cache pour retrouver la paix de l\u2019âme?Faut-il s\u2019étonner des étourderies de la liberté?Le philosophe explique encore.Le philosophe transforme encore, mais il se doit de construire des abris.Nietzsche, Schopenhauer, Cioran, Thoreau sont du côté des constructeurs d\u2019abris.Marx, Aristote, Sartre sont du clan des transformateurs.Aristote était un philosophe de l\u2019explication.Mais à l\u2019intérieur d\u2019une œuvre, il y a des espaces pour le doute.Des moments d\u2019hésitation.Des instants de grands troubles.Même pour celui qui explique ou celui qui veut transformer.La peur de l\u2019échec est toujours présente.« L\u2019ambivalence a tout avalé et tout recraché », écrit Peter Sloterdijk dans L\u2019heure du crime et le temps de l\u2019œuvre d\u2019art (Calmann-Lévy, 2000).Majoritairement, les sujets avalent encore et ils regardent avec étonnement ceux qui ont commencé à recracher.Nous en sommes encore à un moment charnière.Les politiciens cherchent à nous faire avaler quelque chose et ils s\u2019étonnent du fait que nous sommes de plus en plus nombreux à recracher.Les mensonges se digèrent mal, comme les fausses promesses, les guerres propres, les réformes incontournables, les obligations du progrès et les excuses qui n\u2019en sont pas quand on traite l\u2019humain comme un moins que rien.Alors, nous recrachons et retournons dans nos abris.Nous sortons des rangs.Nous savons qu\u2019il y aura encore des morts, encore des incertitudes, des désespoirs, des abandons, des tristesses.Nous savons qu\u2019il est difficile de croire et qu\u2019on nous demande seulement de croire.Comme si la croyance avait toujours pour fond la naïveté et l\u2019inconscience.On n\u2019avale plus ces croyances-là.On n\u2019avale plus ce monde-là.C\u2019est tout.\u2022 Olivier Hanigan, Maison laissée à l'abandon dans une RÉSERVE AMÉRINDIENNE, 2004 décembre 2004 RelatiONS 33 RecaRD Des fantômes enfin rédimés Dans Le Quatuor d'Asbestos.Autour de la grève de l'amiante, paru aux éditions Varia en 2004, Esther Delisle et Pierre Malouf redonnent droit de cité à des acteurs dés, pourtant biffés cavalièrement de l'histoire, comme Jean-d'Auteuil Richard, premier directeur de Relations, et son collaborateur, Burton LeDoux.Jean-Claude Ravet En mars 1948, Relations lançait un pavé dans la mare avec la publication de l\u2019article de Burton Ledoux, La silicose, coiffé d\u2019un éditorial du directeur de la revue, le Jésuite Jean-d\u2019Auteuil Richard, intitulé Les victimes de Saint-Rémi sont nos frères.Ces deux articles soulevaient les conditions de vie misérables des mineurs de ce petit village des Laurentides, le ravage que causait la poussière de la silice dans leurs rangs et la lourde responsabilité des propriétaires de la mine à cet égard.Cette dénonciation aussi implacable Esther Delisle et Pierre K.Malouf LE QUATUOR D\u2019ASBESTOS Autour de la grève de l\u2019amiante ^ LES ÉDITIONS A-J VARIA que fouillée allait bouleverser et indigner la société québécoise.La revue avait alors à peine huit ans d\u2019existence.Nous ne sommes pas peu fiers d\u2019être les héritiers de son fondateur, le père Richard, qui paya cher cet affront fait aux puissants propriétaires de la mine, le groupe financier Timmins, qui réussirent, après maintes magouilles en coulisse et menaces - avec la complicité d\u2019alliés jésuites - à avoir sa peau.Il fut en effet démis de ses fonctions, par ordre de ses supérieurs, le 24 juin, et envoyé sur-le-champ en « exil » à Sudbury, en Ontario.Le directeur suppléant signait une rétractation en bonne et due forme - ce qu\u2019avait toujours refusé de faire son prédécesseur - selon les ordres et les consignes des patrons, équivalent ni plus ni moins à leur baiser les pieds en demandant pardon.Ce qui faisait le plus mal au groupe financier Timmins, c\u2019était que les Jésuites avaient joint leur voix à cette dénonciation en règle.Ils conféraient ainsi à celle-ci, dans la société très catholique qu\u2019était le Québec d\u2019alors, une audience et une légitimité qui rajoutait au scandale, ce qu\u2019il fallait à tout prix endiguer.D\u2019autant plus que l\u2019Église avait plutôt, à cette époque, une tradition de complaisance envers les pouvoirs financiers tout autant que politiques.C\u2019est ce qui explique la hargne des Timmins et leur inflexibilité à exiger une rétractation humiliante de la part de Relations : un vassal ne bafoue pas impunément ses maîtres.Les menaces de tramer les Jésuites en procès pour diffamation - ce qui aurait été un «déshonneur» pour le supérieur des Jésuites - comme celle de ne plus verser les donations promises aux œuvres de l\u2019Église, en particulier au St-Mary Hospital (les Timmins en étaient de généreux bienfaiteurs) ont fini par faire plier l\u2019archevêque de Montréal et le supérieur des Jésuites, plutôt enclins au début à défendre la revue.La rétractation eut l\u2019effet escompté : l\u2019humiliation des rédacteurs de Relations, mis au pas, de même qu\u2019un message sans équivoque aux autres revues et institutions ecclésiales : ne faites pas trop de vagues socialement, vous risquez de vous en mordre les doigts.Dans un éditorial à la une du Devoir, Gérard Filion prend bonne note de la charge symbolique d\u2019une telle capitulation dont l\u2019Église s\u2019est trop souvent rendue coupable devant les puissances financières et politiques: «Quand il s\u2019agit de faire des discours et des conférences [.] on les croirait presque révolutionnaires.Mais que survienne un cas concret: un conflit, une grève, une révolution, on les voit abandonner en vitesse leurs positions avancées, opérer un repli stratégique, se mettre prudemment à l\u2019abri des coups.La bagarre terminée, on constate qu\u2019ils ont été une fois de plus du côté des puissants, et contre les faibles sous prétexte de faire respecter l\u2019autorité, de maintenir l\u2019ordre» (p.171).C\u2019est sur cet épisode déconcertant, très bien relaté et documenté, que s\u2019ouvre cet ouvrage historique original de l\u2019his- 34 ReLatiONS décembre 2004 torienne Esther Deslisle, connue surtout pour ses études sur le fascisme au Québec, et de l\u2019écrivain Pierre Malouf.De prime abord rebutant par son étrange facture - étant constitué à 90 % d\u2019extraits d\u2019archives souvent inédits, mis bout à bout par ordre chronologique, les auteurs se contentant de commentaires de-ci de-là relativement modestes - il arrive vite à nous captiver.Sa mise en scène de voix entrecroisées nous plonge dans une époque pas si lointaine «aux odeurs de sacristie », dans une société livrée aux puissances financières et à la poigne de fer du gouvernement Duplessis, mais époque traversée aussi de forces sociales progressistes et plurielles - syndicales, intellectuelles, ecclésiales - en effervescence, résolument engagées dans la lutte contre les conditions de vie infra-humaines des travailleurs et pour la liberté.À travers cette vaste courtepointe archivistique, les auteurs cherchent à montrer que «l\u2019enjeu principal sinon la cause principale» (p.262) de la grève de l\u2019amiante de février- Le rôle courageux d'acteurs jésuites, la contribution essentielle d'un Franco-américain, Burton LeDoux, au mouvement ouvrier, n'étaient peut-être pas ce qu'on souhaitait mettre de l'avant dans un rérit de combat « national» devant prendre valeur de mythe.juillet 1949 a été les problèmes d\u2019hygiène industrielle liés à la poussière d\u2019amiante.Et que cet événement ne peut être, à ce titre, dissocié du scandale de la silicose qui avait remué la société québécoise 11 mois plus tôt et qu\u2019avait orchestré Relations et, après son musellement, Le Devoir par ses prises de position éditoriales.Cette campagne médiatique a culminé le 12 janvier 1949 avec la parution d\u2019un long article de Burton LeDoux.Tout aussi incendiaire que le précédent sur la silicose, il mettait au grand jour les ravages de l\u2019amiantose dans le petit village minier d\u2019East Broughton en Estrie, littéralement étouffé par la poussière d\u2019amiante.Les auteurs prennent ainsi le contre-pied de la lecture qu\u2019en a faite Pierre E.Trudeau, dans l\u2019ouvrage dont il a été le directeur, La grève de l'amiante (éditions du Jour, 1956), qui a scellé dans la mémoire collective l\u2019interprétation juste qu\u2019il fallait en faire.Il a minimisé à outrance, selon les auteurs, pour ne pas dire escamoté toute référence tant à la polémique sociale autour de la silicose et de l\u2019amiantose qu\u2019à l\u2019élimination de la poussière d\u2019amiante qui constituait pourtant une des principales revendications des grévistes.Pour Trudeau, en effet, la grève, « un moment charnière dans l\u2019histoire du Québec, un grand moment de solidarité entre le peuple et la classe ouvrière» (p.19), n\u2019avait d\u2019autre explication que «la fin d\u2019un monde» caduc dans lequel les ouvriers étouffaient.La grève aurait pu éclater ailleurs qu\u2019à Asbestos.11 est difficile, à la lumière des documents d\u2019archives que les auteurs mettent à disposition pour soutenir leur thèse, de ne pas y souscrire globalement, quoique avec nuances.Nuances qu\u2019ils semblent d\u2019ailleurs approuver eux-mêmes - «cause nécessaire mais pas suffisante (il y en eut d\u2019autres en effet) de la grève de l\u2019amiante» (p.487).L\u2019apparition dans l\u2019espace public de ces villages oubliés, ensevelis sous la poussière, «véritables abattoirs humains», et contraints à l\u2019abnégation par les menaces soutenues des patrons soucieux d\u2019exploiter sans éclaboussures leur richesse, ne pouvait être qu\u2019un inestimable appui à la lutte des travailleurs pour sortir de la misère et jouer un rôle important dans le déclenchement de la grève.On ne peut que s\u2019interroger également, avec les auteurs, sur les raisons des omissions et des silences «suspects» de nombreux acteurs de l\u2019époque qui relateront l\u2019événement pour s\u2019affranchir de ce contexte et faire de l\u2019élimination de la poussière meurtrière d\u2019amiante un facteur marginal.Le rôle courageux d\u2019acteurs jésuites, la contribution essentielle d\u2019un Franco-américain, Burton LeDoux, au mouvement ouvrier -par ailleurs particulièrement critique à l\u2019égard des dirigeants syndicaux qui menèrent la grève -, n\u2019étaient peut-être pas ce qu\u2019on souhaitait mettre de l\u2019avant dans un récit de combat « national » devant prendre valeur de mythe.À lire la correspondance qu\u2019il a entretenue avec son ami, le Père Cousineau, collaborateur de la première heure de Relations, Burton LeDoux a tout l\u2019air d\u2019un individu particulièrement polémique, comme peut l\u2019être tout passionné.Il n\u2019en reste pas moins, de toute évidence, un «sacrifié» de l\u2019histoire officielle, et ce n\u2019est pas sans un certain sentiment de revanche, comme un pied de nez au destin, qu\u2019on le voit revivre dans ces pages et reprendre la place qui lui est due.Sa biffure de l\u2019histoire n\u2019est peut-être pas étrangère non plus au fait que les mineurs d\u2019Asbestos, de Thetford Mines ou d\u2019East Broughton continueront, longtemps après la grève, à mourir silencieusement de l\u2019amiantose - maladie connue partout dans le monde sous le nom d\u2019asbestose - et ce, jusqu\u2019en 1975 où, après une grève de l\u2019amiante menée par la CSN, des mesures sérieuses seront enfin prises dans les mines pour enrayer la contamination de la poussière d\u2019amiante.Cette poussière n\u2019est peut-être même pas tout à fait retombée, à observer la mobilisation récente de l\u2019Association des victimes de l\u2019amiante qui joint sa voix à de nombreux organismes internationaux dénonçant le danger des produits à base d\u2019amiante dont le Canada est encore un des principaux producteurs.On saura gré aux auteurs de cet ouvrage d\u2019avoir mis à la connaissance de tous des documents pour la plupart inédits ou peu accessibles qui jettent tout au moins du leste à des épisodes de notre histoire qui semblaient clos.Même si cette façon de faire ne permet pas une argumentation serrée - il en résulte parfois un flou qui dessert la preuve, des digressions anecdotiques sans grande pertinence, sans compter des formules sarcastiques qui laissent songeur -, elle ouvre des pistes nouvelles dans la lecture des événements et rend justice à des oubliés de l\u2019histoire.Cela, cependant, ne pourra faire l\u2019économie d\u2019un travail d\u2019interprétation et d\u2019argumentation davantage assumé.\u2022 décembre 2004 ReLatiONS daiRSONnaNce ,*0k j \u2018-V:7 Carnet d'accompagnement pour Clairsonnance Pages 18 et 19, 14,2 x 19 cm, octobre 2004, Techniques mixtes sur carnet moleskine 36 ReLatiONS décembre 2004 cLaiRSONJiaNce Est-ce sans cesse moi?Texte: Jean-François Casabonne Illustration : Stéphanie Béliveau LJ eau de mes vieux souvenirs décape ton visage.Si, comme l\u2019arbre, ton cerveau, dans ses nervures, contient l\u2019âge de l\u2019humanité, combien les nervures de l\u2019univers en disent long sur toi.Tant qu\u2019il y aura de l\u2019âme en toi, sans cesse ta vie aura de l\u2019expansion.Une expansion accrue dans sa vitesse, coincée dans une minute unique, qui sera encore vivante dans un siècle.Désir de durée plus lointain que mémoire d\u2019homme.Le cri d\u2019un bébé affamé ne réveille-t-il pas la plus exténuée des mères?Un cri qui transperce l\u2019âme la décapite.Une goutte de vie peut traverser des millénaires.Sublime, es-tu disparue?Après quoi cours-je donc?Illusion?Vanité?Osmose des deux?Illunité?Vanision?Tu ne sais rien de moi, pas plus que je ne sais quoi que ce soit de toi.Ma route se disloque, mon auto cherche ton asphalte.Ruelle, chemin d\u2019entre-façade, j\u2019entre dans ton escapade, ton envers du dedans.Corde à linge, arpège épinglée d\u2019asperges, je t\u2019arpente.Sentier de coulisses nervées de ciment, clôture d\u2019herbes grimpantes, les moineaux t\u2019oscillent.J\u2019entends tes enfants, grelots aux travers de tes planches d\u2019animaux dessinés, et le sourire s\u2019accroche à tes joues.Les chats dégringolent des gouttières, le soleil s\u2019oblique dans tes vitraux, le bruit du bonheur d\u2019en arrière.Dans les heures qui suivent cette échappée, c\u2019est le combat.Ma vie s\u2019égraine d\u2019avoir laissé passer tout droit la substance.Le courant des origines disjoncte.Je suis désaimanté.Quand tu es venue m\u2019abreuver, douce flambée, je suis devenu électrique.Une pile sans bornes.À grandes cuillères de louche, je bois à même son lac, soupe de pierres.Marécage translucide dissimulé dans des corps de grenouille.Ils ont défoncé la porte d\u2019en arrière à grands coups de pic.Ils sont allés dans la cave.Il n\u2019y avait rien, mais ils ont tout pris, de l\u2019air jusqu\u2019à l\u2019eau.Je ne m\u2019en suis pas aperçu, j\u2019étais désubstancé.Mon cerveau sillon d\u2019ondes.La mer est dans les parages.Un homme qui ne peut plus marcher m\u2019offre de la boisson.Sa maison est un hospice.L\u2019horizon est dans les parages.Il y a un bateau du nom d\u2019Ania qui vogue, il est rouge et jaune.Ania a donné sa vie pour la patrie.Son bonheur était de peindre son ciel jusqu\u2019à la grafignure de l\u2019étoile.La famille de l\u2019homme nous amène au château, sur la bute.Une fois arrivés, des pauvres sont là, là, là.Il est russe, l\u2019homme qui nous reçoit.Il ne sait pas ce qu\u2019est un diamant.Nous donnons le bain aux enfants malades.Il y a un enfant œsophage, ce n\u2019est qu\u2019une bouche et un tuyau avec des yeux.L\u2019eau se répand partout.Les montagnes sont dans les parages.Je cherche de la liqueur, la machine à café est brisée.Les filaments, Luc les a coupés.Le café sera blême, de noir, il sera bleu.Est-il question de perte?Julie m\u2019offre une paire trop grande de souliers de filles en caoutchouc.Son enfant mange dans une assiette de silex des patates pour enfant.Moi, je lis dans ma soupe une histoire écrite avec le paysage.Elle raconte l\u2019histoire de l\u2019homme qui marche depuis le début des temps.Ses pas n\u2019ont pas de fin, non plus de début.L\u2019enfant mange aussi dans son assiette la terre de ses aïeux mêlée de plumes et de vieilles rivières.Une odeur de sang et d\u2019oubli fume.Sans eux, rien ne fut.Veux-tu mes souliers?Je te les donne.Ils sont monastères.\u2022 décembre 2004 ReLatiONS 37 muLtimeDias SITES INTERNET Questions actuelles de la théologie www.theoLogia.fr Ce site se présente comme un portail d\u2019information.Il offre un excellent tour d\u2019horizon de la vie et de la pensée religieuses dans le monde, ainsi que de nombreuses ouvertures sur le caractère international de l\u2019Église.Piloté par la maison d\u2019édition Bayard, il prend le relais de la revue Questions actuelles dont la publication a cessé récemment.Comme l\u2019indique la charte éditoriale de theologia.fr, la raison d\u2019être de ce site est de promouvoir la connaissance du monde de la théologie et de la théologie dans le monde.Des théologiens reconnus sont donc nos guides tout au long de notre parcours à travers les différentes disciplines théologiques à l\u2019honneur (théologie fondamentale, théologie morale, théologie politique, études bibliques, etc.).Grâce aux «Grands entretiens» et à la rubrique «Thèmes», il est possible de se familiariser avec des réflexions théologiques de pointe, ainsi qu\u2019avec l\u2019apport d\u2019autres spécialistes (anthropologues, philosophes, psychanalystes, etc.).?\thttp://www.theologia.fr/\t\tas j Back\tRefresh\tI AutoFill Print Mail\t\t1 jU http://vrww.theologia.fr/\t\t \t\t le s*e de Quesooru AaueBes t£M0W\u20ac0£tATHÉou>w |reCherch6\tj newsletter |votre©err |ok| I grgfens \u2022$> ECHOS DU MONDE Arabie Saoudite : 300 coups de fouet pour un catholique indien Les chrétiens Indiens réagissent à la condamnation d'un catholique indien résidant en Arabie Saoudite à 10 mois de prtson et 300 coups de fouet pour le délit de \"diffusion du chrtstlanisme\".T lire l'article 1 !( Un appel à la réconciliation entre les USA et la Corée du Nord Il USA : Les anglicans s'opposent à l'occupation des ternroires palesBme_ns _ D AGENDA * La perception de l'islam dans des pays de traditions chrétiennes Un Colloque international de recherche universitaire sur le thème \"La perception de l'islam dans des pays de traditions chrétiennes : regards croisés, britanniques et français\" aura lieu les 29 et 30 octobre à l'Université catholique de Lille.Pire l'article 1 Il Coiîoques de la Faculté de théologie de l'Institut catholique de Paris________________________________ : semaine de réflexion sur l'évangélisation Le religieux dans la vie au Japon Eml Mase Hasegawa.chercheuse japonaise explique la place qu'occupe le religieux au Japon et fait découvrir cette dimension Importante de \"l'âme\" de peuple japonais dont on parle beaucoup mais qui demeure inconnu à de très nombreux Occidentaux, r lire l'article 1 & THEMES L'au-delà Ici et maintenant Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers, partage sa réflexion sur le lien étroit qui existe pour les chrétiens entre \"l'au-delà\" et \"l'icl et maintenant\", f lire l'article 1 M GRANDS ENTRETIENS John Francis Burke (on politics, religion and crossing borders) John Francis Burke, catholique américain \\ et spécialiste en sciences politiques, répond aux questions concernant le métissage aux Etats Unis et l'effet qu'il risque d'avoir sur l'avenir à la fois du pays et de l'Eglise catholique américaine.[ lire l'article 1 I QUESTIONS ACTUELLES [dossier] La Curie romaine La plupart des documents romains non pontificaux sont publiés par l'un(e) ou l'autre des \"Congrégations\" et \"Conseils pontificaux\" qui sont au service du pape et de la communion de l'Eglise.Ce dossier présente ces divers \"dicastères\" de la Curie romaine tels qu'ils sont définis par le pape lui-même.T lire le dossier 1 O RECHERCHES [dossier) Observatoire Méditerranée Europe pour la Paix L'Observatoire Méditerranée-Europe pour la Paix (OMEP), créé à Marseille en septembre 2002, a comme objet de contribuer à la paix dans l'espace euro-méditerranéen en proposant des réponses aux défis que posent la diversité culturelle dans nos sociétés, r lire le dossier 1 El LIVRES B Sur la traduction Dans ce livre, Paul Rlcoeur prend à bras le corps le paradoxe bien connu : en théorie, la traduction est impossible, et pourtant en pratique, on n'a jamais cessé de traduire, f lire l'article 1 [fl REVUES Une revue sur la religion, la politique et la culture Depuis 80 ans, la revue \"Commonweal\" nourrit la réflexion des catholiques américains concernant leur rôle dans la vie de l'Eglise et au sein de la société, r lire l'article 1 KJ ¦Bot ^ Internet z Puisque la foi se vit au cœur de contextes très variées à travers le monde, les manières de la vivre et de la penser sont aussi diverses.Grâce à son réseau international de correspondants et à ses contacts avec des services de presse spécialisés dans les informations religieuses à l\u2019échelle mondiale, theologia.fr nous offre des clés pour saisir les questions qui se posent aux Églises dans les cinq continents.Ainsi, chaque semaine, la rédaction nous propose plusieurs articles sur la vie des multiples Églises locales sous la rubrique «Échos du monde».D\u2019autres textes concernant les croyants à travers le monde se retrouvent dans le guide «Pays» (le nombre de pays répertoriés augmentera au fur et à mesure que le site se développera).Le site donne également accès à des informations pour comprendre divers travaux de recherche théologique en cours ainsi que des renseignements concernant des colloques importants tenus sous les auspices de facultés et départements de théologie de partout dans le monde.Dans le même esprit, le site présente des recensions de livres et des revues portant sur différents enjeux théologiques.De nombreux liens avec d\u2019autres sites permettent à l\u2019internaute de prolonger sa réflexion.On consultera avec un intérêt particulier les dossiers très fouillés que theologia.fr met à notre disposition.Ces derniers vont de « L\u2019Afrique : peut-on pardonner l\u2019esclavage?» en passant par «Le dialogue interreligieux», «Pour comprendre l\u2019Islam» et «La curie romaine».Voilà un site qui témoigne bien de l\u2019actualité et du dynamisme de la réflexion théologique à travers la planète, qui montre comment il est possible de traiter des questions brûlantes de notre époque à la lumière de la foi et qui, à partir de l\u2019univers européen, donne généreusement la parole aux Églises d\u2019Asie, d\u2019Afrique et d\u2019Amérique.Marco Veilleux 38) ReLatiONS décembre 2004 muLtiméDias VIDÉO Une mine?Non merci! Réalisatrice : Diane St-Antoine Producteur: Jean-François Grenier Distribution : Le Vioéographe Canada, 2004, couleur, 52 min.v A mille kilomètres au nord de Lima, une petite ville de cultivateurs de caroubes, de citrons et de mangues a résisté aux assauts répétés d\u2019une compagnie minière canadienne, la Manhattan Minerais Corp., pour y creuser une mine d\u2019or à ciel ouvert - c\u2019était sans compter, en effet, sur l\u2019opiniâtreté des gens de Tambogrande.«Ce qui existe, n\u2019existe pas pour eux! », dénonce l\u2019un des paysans, dans le documentaire de Diane St-Antoine.C\u2019est là une phrase qui devrait être gravée dans la mémoire.Elle nous rend proche Tambogrande et nous alerte face aux mensonges assénés à répétition de telle sorte qu\u2019ils finissent par s\u2019imposer comme vérités, les critères financiers se substituant à l\u2019existence vécue qui devient, en regard de ceux-ci, insignifiante.Pour la compagnie minière, en effet, cette zone agricole florissante n\u2019est qu\u2019un désert, même si ce désert est devenu terre fertile depuis déjà 40 ans, grâce à un plan d\u2019irrigation bien pensé.Cette existence n\u2019importe pas.Le travail de milliers de gens sur ces terres n\u2019importe pas.N\u2019existe que l\u2019or dans le sol, inexploité, à extraire et ce, tout au plus pendant 10 ans, quitte à balayer ce village, à rendre le territoire par la suite balafré, contaminé, inutilisable pour la culture.Il n\u2019y a que désert lucratif dans le monde pour ces chercheurs d\u2019or voraces.Désert avant, désert après.Jaa*\"'.mm msn* s** La cohabitation entre mine et agriculture n\u2019a jamais été heureuse au Pérou.Les lois de protections environnementales n\u2019offrent guère de rempart, le gouvernement étant à la fois trop intéressé à favoriser l\u2019exploitation minière à qui veut l\u2019entreprendre, du fait des bénéfices quelle rapporte à l\u2019État, et trop peu soucieux de la sauvegarde des communautés rurales souvent autochtones.Fort des expériences antérieures peu reluisantes, la population de Tambogrande n\u2019a pas hésité à faire front et à se mobiliser contre le prospecteur, porteur pourtant de belles promesses de développement.Les tromperies stratégiques pour amadouer les gens furent vite percées, comme celles de ne pas toucher au village alors que le plan officiel prévoyait la relocalisation de plus du tiers de la population, soit 8000 personnes, ni de toucher au cours d\u2019eau, capital pour les nombreuses cultures existantes qui, en fait, devait être bel et bien détourné.Le choix n\u2019était pas difficile à faire à la lumière de ces risques, auxquels il faut ajouter celui très sérieux de la contamination de la terre et des sources d\u2019eau qui hypothéquerait à long terme la vocation agricole de la région et le peu d\u2019avantages sociaux qu\u2019entraînait la mise en place de la mine: tout au plus 500 emplois, alors que l\u2019agriculture emploie 25 000 personnes.Il n\u2019est donc pas étonnant qu\u2019au référendum populaire organisé par le maire, en juin 2002, auquel ont participé 70 % des électeurs, le projet ait été rejeté à 98 %, malgré trois ans de démarches administratives et de relations publiques de la part de la compagnie minière pour faire accepter la mine.Certes, sans valeur légale, ignoré du gouvernement et dénoncé par la compagnie minière, ce référendum a cependant enfoncé un clou solide dans le cercueil de la mine.Signe d\u2019une opposition résolue, il a été suivi d\u2019une grève de trois jours, de manifestations et de rassemblements monstres.Finalement, en décembre 2003, le gouvernement - fait inusité -lui refusait le droit d\u2019exploitation.Tambogrande avait gagné.La caméra sensible de Diane St-Antoine nous fait découvrir cette terre et le visage de quelques-uns de ces résidents et résistants, leur mode de vie, l\u2019amour de leur travail menacé par des intérêts financiers à courte vue.Ce film anime ainsi l\u2019espoir.Il pénètre en douceur, à dos d\u2019âne, dans le lieu intime de la résistance au pouvoir aveugle de l\u2019argent: l\u2019amour de la terre.SUCO, organisme de coopération internationale qui a projeté à plusieurs reprises ce documentaire dans ses campagnes de sensibilisation et d\u2019éducation au Québec, le présente à ce titre comme un «film intimiste»; de cette intimité aux sources du combat.Jean-Claude Ravet NE MINE?\u2022iJiAldrTM UN MOIS A TAMBOGRANDE décembre 2004 LiVR.es La matrice de la pensée contemporaine Céline Lafontaine, L'empire cybernétique.Des machines à penser à la pensée machine, Paris, Seuil, 2004, 238 p.Le modèle cybernétique a réussi depuis plus d\u2019un demi-siècle à pénétrer l\u2019ensemble des sciences, tant naturelles qu\u2019humaines, ainsi que la gestion de la vie collective et individuelle.Initialement, la cybernétique s\u2019est présentée comme la « science dédiée à la recherche des lois générales de communication et à leurs applications techniques» ou, plus prosaïquement, Céline Lafontaine l\u2019empire cybernétique DES MACHINES À PENSER À LA PENSÉE MACHINE comme «l\u2019art d\u2019assurer l\u2019efficacité de l\u2019action».On constate ici la rupture d\u2019avec les conceptions modernes de la science, qui visaient la connaissance des lois objectives de la nature et du politique censé référer à une finalité éthique plutôt qu\u2019à une performance calculable.Comment cette technoscience du contrôle et de la communication a-t-elle pu s\u2019imposer comme vision contemporaine du monde?C\u2019est par une analyse des textes fondateurs de la cybernétique et des théories qui en émergèrent que l\u2019auteure montre le rôle crucial de la Seconde Guerre mondiale, où se sont conjuguées la mobilisation totale des scientifiques et la déshumanisation de l\u2019ennemi.En effet, la naissance du modèle cybernétique est intimement liée aux travaux de Norbert Wiener, réalisés pour concevoir une batterie anti-aérienne pré- voyant de manière probabiliste le mouvement des avions et à ceux d\u2019Alan Turing, pour décrypter les codes secrets ennemis.Mais c\u2019est après la guerre que se précisent les contours de cette technoscience, notamment avec la tenue de plusieurs conférences et congrès réunissant des scientifiques de toutes disciplines, qui partagent la ferveur du nouveau converti : la cybernétique, par sa rationalité apolitique, servira désormais la cause de la paix.La société conçue a priori comme chaotique - tels les mouvements ennemis -s\u2019équilibrera moyennant le traitement des informations produites par rétroactions (feedbacks) de son environnement.L\u2019empire cybernétique met le doigt sur la coïncidence entre le pessimisme anthropologique, radicalisé par les horreurs des deux guerres mondiales, et l\u2019abandon de la croyance en l\u2019intériorité subjective - le libre-arbitre ou la conscience de soi.Cette pensée est antihumaniste, puisqu\u2019elle rejette la conception moderne selon laquelle l\u2019intériorité éthico-psychologique des individus, libres et égaux, constitue la source de la responsabilité citoyenne qu\u2019une éducation nationale se doit de concrétiser.Apparemment dépassée, cette conception est remplacée par son contraire, qui valorise le contrôle extérieur d\u2019individus vides, adaptables et inconscients, donc irresponsables.De manière frappante, l\u2019auteure apprend aux lecteurs intéressés par les sciences sociales que l\u2019antihumanisme cybernétique se retrouve (plus ou moins consciemment!) dans plusieurs théories qu\u2019on a l\u2019habitude d\u2019opposer.Ainsi, c\u2019est toujours un avatar de l\u2019homme manipulable que manifestent aussi bien l\u2019adaptation « béhavioriale » de l\u2019individu à l\u2019environnement socioéconomique que la déculpabilisation thérapeutique du névrosé dans le flux des interactions symboliques; aussi bien la détermination inconsciente de la pensée et de l\u2019action par la structure du langage que la réduction systémique de l\u2019acteur social à une série d\u2019actes de communication.Nous assistons aujourd\u2019hui à l\u2019avènement du «cybernanthrope»: l\u2019homme imite les automates qu'il a inventés, aspire même à fusionner son corps avec la technologie.Tant la mesure des effets d\u2019une molécule sur la quantité de plaisir que celle des effets d\u2019une publicité sur l\u2019amour d\u2019un pays reflètent l\u2019étendue de la cybernétique dans nos vies.Malgré quelle mentionne la place d\u2019un Hayek dans l\u2019empire cybernétique, l\u2019auteure n\u2019a pas suffisamment articulé cette idéologie avec la réalité économique.Quel est, en effet, le rôle du capitalisme, doté d\u2019un équivalent universel - l\u2019argent -, dans la réduction des réalités humaines et naturelles à ce qui se mesure dans les laboratoires et s\u2019échange sur le marché?Sans toutefois approfondir cette question, le premier livre de Céline Lafontaine nous aide au moins à la formuler.Shafique Keshavjee, La princesse & LE PROPHÈTE, PARIS, SEUIL, 2004, 298 P.Curieux objet que ce livre, car il tente d\u2019être à la fois roman, essai et manifeste.Intéressante tentative pour jeter des ponts entre des réalités qui ne se fréquentent habituellement guère.Peut-on intéresser à la mondialisation un grand public a priori peu enclin à ce genre de grands débats?L\u2019auteur, Shafique Keshavjee, est un Indien né en 1955 au Kenya, devenu pasteur de l\u2019Église réformée en Suisse et, plus récemment, écrivain à succès avec Le Roi, le Sage et le Bouffon : le grand tournoi des religions (Seuil, 1998).Son histoire personnelle le prédisposait à la médiation interculturelle et interreligieuse: pas étonnant que son plus récent roman s\u2019intéresse aux enjeux planétaires de la mondialisation et que l\u2019action se déroule précisément à Mumbai (Bombay), là où s\u2019est tenu le Forum social mondial de janvier 2004.Car l\u2019Inde incarne, peut-être mieux que tout autre pays, les défis gigantesques de la rencontre du Nord et du Sud, de Jean-François Filion Une belle tentative 40 ReLatiONS décembre 2004 LiVR.es l\u2019explosion démographique, des déchirements entre castes et religions, de la délocalisation des transnationales, etc.Mary, jeune cadre prometteuse d'une multinationale britannique du chocolat, arrive en Inde pour y diriger la mise en marché d\u2019un nouveau produit.Confrontée à la misère omniprésente, personnifiée ici par Ousha, la petite mendiante (la princesse), comme à la compétition féroce des compagnies occidentales concurrentes, Mary va être plongée, bien malgré elle, dans la riche complexité de la société indienne, au-delà des magnifiques façades touristiques.Et c\u2019est ainsi quelle rencontrera Joseph Jesudasan, militant social, émule de Gandhi (le prophète).Fable, parabole, allégorie?11 est clair que le roman sert un but didactique.C\u2019est à la fois sa force et sa limite.On y suit certes des péripéties nombreuses et vraisemblables.Et le livre est bien écrit.Mais chaque personnage illustre une partie de la thèse et la progression des trois parties peut servir de programme: réveil, résis- SHAFIftUE KESHAVJEE A LA PRINCESSE LE PROPHÈTE LA MONDIALISATION EN ROMAN- SEUIL tance, responsabilité.Et quand la réflexion devient trop dense pour être «romancée» ou briserait trop le rythme narratif, l\u2019auteur renvoie le lecteur aux trois annexes qui systématisent la proposition théorique qui sous-tend l\u2019ouvrage (dont l\u2019intéressante annexe 3, «Cinquante actions pour une autre mondialisation - éthique et économique, écologique et oecuménique», sorte de document de synthèse du grand rassemblement de trois jours tenu par les militants de Jesudasan au cœur du roman).Ce n\u2019est pas un roman qui passera à l\u2019histoire.Ni l\u2019ouvrage le plus complet sur les enjeux de la mondialisation.Mais c\u2019est une belle tentative pour faire partager au plus grand nombre, de façon moins austère que les analyses habituelles, les grands et incontournables défis de notre planète.Pour cela, comme pour la largeur de vues et la richesse de sa vision, l\u2019auteur mérite qu\u2019on le lise et qu\u2019on le discute.Dominique Boisvert Identité et tradition Yakov Rabkin, Au nom de la Torah: une HISTOIRE DE L'OPPOSITION JUIVE AU SIONISME, Québec, Presses de l'Université Laval, 2004, 274 P.Le conflit israélo-palestinien suscite l\u2019intérêt et l\u2019inquiétude de la communauté internationale depuis plus d\u2019un demi-siècle.La création d\u2019un État juif en Palestine, si elle combla les vœux des partisans du mouvement sioniste, représenta un désastre pour la population palestinienne et marqua, pour bien des arabes et musulmans, la volonté impérialiste des puissances qui avaient appuyé le projet sioniste.Depuis lors, le Moyen-Orient est devenu le théâtre de conflits incessants entre Israël et ses voisins arabes.Pour certains, l\u2019isolement de l\u2019État hébreu ne fait que confirmer les prémisses de l\u2019idéologie sioniste.Conçue par Théodore Herzl à la fin du XIXe siècle, cette doctrine proclama la nécessité de créer un foyer national pour un peuple confronté à la persécution depuis des millénaires.Malgré l\u2019existence de l\u2019antisémitisme, la communauté juive fut longtemps réticente à l\u2019endroit du sionisme.En effet, cette dernière représentait une rupture fondamentale dans l\u2019histoire du peuple juif.Laïc et modernisateur, le mouvement sioniste entendait créer une nou- velle identité collective affranchie de ses racines religieuses.Ceci ne pouvait que susciter l\u2019hostilité de ceux qui entretenaient une tradition vieille de plusieurs siècles.Au nom de la Torah : une histoire de l\u2019opposition juive au sionisme retrace les jalons d\u2019un débat qui demeure inconnu du grand public.Spécialiste de l\u2019histoire juive, Yakov Rabkin nous explique la genèse et le développement du mouvement antisioniste.Depuis plus d\u2019un siècle, une bonne partie de l\u2019opposition juive au sionisme se démarque, notamment, par une conception particulière de la religion juive et de l\u2019identité collective qui en découle.Le conflit entre sionisme et antisionisme est, avant tout, l\u2019histoire d\u2019un affrontement entre tradition et modernité.Pour les ténors de l\u2019antisionisme, l\u2019identité juive se définissait par son rapport au religieux.C\u2019est la foi elle-même, ainsi que les pratiques issues de la tradition hébraïque, qui donnaient un sens à la vie du peuple juif.Dans cette optique, une conception laïque de la judaïté était absurde car elle niait les fondements de cette identité communautaire.Le sionisme, pour sa part, proclama l\u2019avènement d\u2019une nouvelle identité définie par la mise en valeur d\u2019un nouveau projet collectif.La création d\u2019un État juif en Palestine redonnerait vie à un peuple excessivement conservateur et vulnérable.Une décembre 2004 ReLatiONS 41 LiVR.es forme de nationalisme se substituerait donc au maintien d\u2019une pratique religieuse jugée rétrograde.La confrontation entre ces deux visions antinomiques de l\u2019identité juive allait se poursuivre à travers le XXe siècle.D\u2019ailleurs, l\u2019établissement de l\u2019État hébreu, en 1948, ne marqua pas la fin du mouvement antisioniste.Aujourd\u2019hui encore, des juifs dénoncent le sionisme en invoquant des arguments d\u2019origine théologique.Certains refusent de reconnaître la légitimité d\u2019Israël alors que d\u2019autres dénoncent les politiques d\u2019un gouvernement qui enfreint les obligations morales qui régissent la vie de toute personne se réclamant du judaïsme.Depuis la Guerre des six jours, en 1967, la montée en puissance de l\u2019idéologie sioniste a masqué les rapports ambigus et ambivalents du judaïsme et du sionisme.Les partisans du sionisme ont tendance à identifier l\u2019un à l\u2019autre, entretenant une confusion intellectuelle qui nie certaines réalités historiques.Instrumentalisé par certains membres de la communauté juive, cet amalgame explique une tendance à interpréter toute critique du sionisme comme étant une manifestation d\u2019un antisémitisme récurrent.Au nom de la Torah : une histoire de l\u2019opposition juive au sionisme demeurera un ouvrage essentiel pour toute personne qui s\u2019intéresse à l\u2019histoire du sionisme et de l\u2019anti-sionisme.Yakov Rabkin a réussi un tour de force en racontant une histoire longue et complexe d\u2019une manière passionnante et accessible.Éric Jabbari Un écrit rassembleur Françoise David, Bien commun recherché: UNE OPTION CITOYENNE, MONTRÉAL, ÉCOSOCIÉTÉ, 2004, 109 P.Le discours de clôture de la Marche mondiale des femmes, en 2000, a été marqué par l\u2019énorme déception provoqués par la réponse du gouvernement du Parti québécois.Dans ce contexte, Françoise David soulevait une question: «Peut-être devrions-nous mettre au monde une alternative politique féministe et de gauche?» Réponse, près de quatre ans plus tard: oui! Elle ajoute aussitôt quelle doute fortement que le Parti québécois soit FRANÇOISE DAVID Bien commun recherché Une option citoyenne écosociété un véhicule capable de réaliser un Québec de la solidarité sociale et préfère fonder un nouveau parti.C\u2019est son cheminement face à cette décision qui forme le premier chapitre du livre.Option citoyenne, c\u2019est le nom du mouvement que Mme David a cofondé.Quel serait le programme ou la plate-forme d\u2019un tel parti?L\u2019opuscule ne répond pas à ces questions, il lance le débat.On lit, en conclusion, que des discussions auront lieu entre les différentes organisations de la gauche pour unir leurs forces.L\u2019Union des forces progressistes (UFP) est spécifiquement visée.Les sept chapitres qui forment le corps de l\u2019ouvrage couvrent la plupart des revendications politiques habituelles: démocratie, conditions de vie, vivre ensemble, question nationale, environnement, redistribution de la richesse et services publics.On y retrouve des exposés qui rappellent les fondements sociaux-démocrates et révolution de la situation au Québec.Le constat est désolant, mais juste.Il suscite la remise en question chez ceux et celles qui sont épris de justice sociale.Bref, l\u2019ouvrage accomplit efficacement l\u2019objectif qu\u2019il s\u2019était donné: soulever le questionnement, forcer la réflexion, amener le lecteur à se positionner politiquement.La force de l\u2019écrit réside surtout dans son caractère rassembleur: il n\u2019impose ni une analyse ni les conclusions, il unifie au niveau des bilans.Le bât blesse cependant dans les réflexions sur la question nationale.Certes, c\u2019est le chapitre qui a suscité le plus intense débat pendant la saison estivale.Étrangement, en abordant la question nationale, Mme David ne reprend pas la formule qui lui permet, sur les autres questions, de jouer un rôle unificateur.Contrairement aux autres chapitres, celui sur la question nationale suggère déjà la solution (elle a voté «oui» en 1995).Plus grave encore, bien des aspects historiques sont omis.Plutôt que de laisser l\u2019interprétation historique au lecteur, Mme David s\u2019accroche à une position désuète: celle des deux peuples fondateurs.Le bilan quelle dresse de nos rapports avec le Canada est partiel: la reconnaissance des Québécois comme une nation, la langue et les «chicanes» constitutionnelles avec Ottawa.Au chapitre des solutions, elle évoque la difficulté de la souveraineté populaire dans le contexte de la mondialisation et la pression des marchés financiers sur les gouvernants.L\u2019inadéquation entre les solutions à apporter et le bilan dressé devient alors flagrante: pourquoi ne pas avoir abordé les questions de politiques internationales dans la réflexion sur le Canada?Quoi qu\u2019il en soit, le débat sur l\u2019ensemble des questions abordées est lancé et se poursuivra sûrement.La lecture de ce court recueil nous apparaît incontournable pour comprendre les revirements de la politique québécoise des prochains mois.Pascal Durand ReLatiONS décembre 2004 LE DEVOIR Présent sur toutes les scènes culturelles Abonnements "]
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