Relations, 1 mars 2005, Mars
[" Ch:;,-' 4.95 $ Au nom des femmes, non aux tribunaux islamiques ReLatiONS société politique religion NuméRO 699 maRS 2005 i 'P.'.¦\t' : v- ¦ .\u2022 - ' , ¦ ' \u2022 - \u2022 \u2022 ¦ ¦ .\u2022 ' fl; £\u2022 ?Une surconsommation effrénée La décroissance en débat t : ¦\t: ! '¦ : \u2022.v ¦ y .Changement de cap De la domination à la solidarité Controverse La gauche et la souveraineté «K \u2022.\t¦ \u2019\t\u2022 ;\t\u2022 T.\u2014 PTv\tARTISTES INVITÉS ^fvFVÏïïf;ï les étudiants de lino 977003437800003 ReLatiONS NuméRO 699, maRS 2005 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS De la tragédie à la solidarité\t9 Jojo Fung EN BREF\t26 AILLEURS Panama : un gouvernement du FMI 28 Juan jované CONTROVERSE Quelle place occupe la souveraineté au sein de la gauche?Marc Laviolette\t30 Paul Cliche\t31 REGARD Dénoncez-vous les uns les autres!\t32 Bianca Joubert CLAIRSONNANCE Est-ce toujours moi?\t36 jean-François Casabonne MULTIMÉDIAS\t38 LIVRES\t40 Couverture : Marie-Claude Doyon, Insouciance volontaire, 6x9 po., gouache, fusain, numérique, 2005.Vignette de haut de page : Jonathan Vergobbi, Apagogie, 9x6 po., photo et encre de chine, 2005.dOSSieR L\u2019URGENCE ÉCOLOGIQUE\t10 Notre mode actuel de production et de consommation -avec ses effets dévastateurs sur l\u2019environnement - est non seulement limité à une minorité, mais, s\u2019il était le lot de la majorité, il nous faudrait de 4 à 5 planètes Terre pour répondre à nos besoins.Le constat est donc implacable.Prendre la mesure de l\u2019urgence écologique, c\u2019est d\u2019abord et avant tout changer de cap, ce qui exige une reprise en main du politique et la mise en place de mesures de contrôle et de redistribution des richesses.Mais ce changement politique ne peut que s\u2019accompagner d\u2019un changement de mentalité.Nous ne pourrons changer le monde sans d\u2019abord transformer notre regard sur lui.Une surconsommation effrénée\t12 François Morin La guerre de l\u2019eau\t14 jean-François Filion La décroissance en débat\t15 Paul Ariès Énergie solaire : un potentiel sous-exploité\t16 Steven Guilbeault Changement de cap\t19 jean-Claude Ravet Énergie éolienne : le modèle danois\t21 Steven Guilbeault De la domination à la solidarité\t22 Entrevue avec Jürgen Moltmann Jean-François Filion ARTISTES INVITÉS Demandez à 23 personnes ce qu\u2019elles pensent de l\u2019environnement.Demandez-leur maintenant de fermer les yeux et de dessiner ce qu\u2019elles ressentent.Comment dire 23 fois que nous avons hérité d\u2019une planète malade?Comment avouer qu\u2019on ne se souvient plus des rivières, des montagnes, de l\u2019air qu\u2019il fait bon respirer?Comment dire que nous aurions aimé nous aussi avoir droit à la nature?Et surtout, comment dire sans les mots, juste avec une ligne sur du papier, qu\u2019il faut cesser de nous prendre pour des idiots?Les images que vous découvrirez dans ce numéro ont été réalisées par des étudiants en design graphique de PUQAM, dans le cadre d\u2019un cours d\u2019illustration.J\u2019ai eu la chance d\u2019être là, pour les aider à naître.Elles représentent un cri, un signal d\u2019alarme, mais aussi l\u2019espoir de faire changer les choses.Lino Revue foNDée eN 1941 Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTRICE EN CHEF Anne-Marie Aitken RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Jean-Claude Ravet SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Marco Veilleux DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Stéphanie Béliveau Jacques Goldstyn \u2022 Lino RÉVISION/CORRECTION Éric Massé IMPRESSION HLN, Sherbrooke COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Céline Dubé, Guy Dufresne, Fernand Jutras, Nicole Laurin, Robert Mager, Guy Paiement, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Jean-François Casabonne, Marc Chabot, Pascal Durand, Jean-Marc Éla, Jean-François Filion, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (taxes incluses) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 45 $ Étudiants : 25 $ TPS : RI 19003952 TVQ : 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 mars 2005 RELATIONS Une laïcisation inachevée Le gouvernement Charest, par ailleurs si prompt à transformer en maints domaines le socle sur lequel s\u2019est construit le Québec, s\u2019apprête à reconduire les clauses dérogatoires accordant aux catholiques et aux protestants le privilège d\u2019un enseignement religieux dispensé dans les écoles publiques, au primaire et au secondaire.Échaudé par le tollé qu\u2019a suscité sa décision de financer les écoles privées juives à 100 %, il semblerait que le premier ministre se prépare à opter pour le statu quo, sans se donner la peine de consulter la population afin de connaître son opinion.La déconfessionnalisation du système scolaire, entreprise depuis 1998, reste une œuvre inachevée.Afin de créer un système scolaire commun à tous les jeunes, elle doit être menée à Antoine Fortin, Éden, 8 x12 po.encre, fusain et acrylique, 2005 mT- 'S' .1» 5it 'WA son terme dans une perspective de laïcité ouverte au phénomène religieux qui tient compte de l\u2019évolution de la société québécoise.Reconduire de cinq ans en cinq ans les clauses dérogatoires est une impasse, disons-le clairement.Le maintien de l\u2019enseignement religieux catholique et protestant, à l\u2019intérieur d\u2019un système scolaire entièrement déconfessionnalisé dans ses structures, fait partie du compromis sur lequel s\u2019est établie la Loi 118.En l\u2019absence d\u2019un consensus social sur la question de la religion à l\u2019école, François Legault, à l\u2019époque ministre de l\u2019Éducation, avait voulu ménager la chèvre et le chou.Cinq années plus tard, au nom du respect des droits et libertés, de la liberté de religion et du droit à l\u2019égalité, les clauses dérogatoires ne devraient pas être reconduites parce qu\u2019elles sont discriminatoires envers les autres religions et créent des différences entre les citoyens.Elles pourraient également ouvrir la voie au communautarisme dans la mesure où chaque religion ou spiritualité pourrait revendiquer ce qui lui est refusé pour l\u2019instant.Étant donné la diversité culturelle et religieuse du Québec, cette solution communautariste n\u2019est ni souhaitable, ni réalisable au sein de l\u2019école publique.Si nous ne voulons pas exclure de l\u2019école la dimension religieuse de la vie humaine, la seule solution réside dans la proposition d\u2019un enseignement culturel du phénomène religieux à tous les élèves, incluant un enseignement éthique.Cet enseignement devrait inclure au moins quatre dimensions : le sens de la vie, le patrimoine religieux québécois (pas seulement le catholicisme mais aussi le protestantisme, le judaïsme et la spiritualité autochtone), l\u2019introduction aux grandes traditions religieuses et le développement de l\u2019esprit critique en matière religieuse.Cela suppose de donner sa place à l\u2019intelligence du phénomène religieux dans la société actuelle et dans l\u2019histoire, et d\u2019entrer dans la compréhension de la diversité des croyances.Cela suppose aussi d\u2019apprendre à parler du phénomène religieux en dehors d\u2019un contexte confessionnel, sans oublier qu\u2019un certain nombre de nos contemporains vivent sans référence à une religion.Le recours aux clauses dérogatoires durant les cinq dernières années aurait dû nous donner le temps, comme société, de nous préparer à la nouvelle situation.Or, il n\u2019en est rien.Le chantier est quasiment resté en l\u2019état.Presque tout est à bâtir, sauf en secondaire IV où est prévu depuis la loi 118 un enseignement éthique et de culture religieuse.Les enseignants font souvent face à un manque d\u2019outils pédagogiques, de temps et de ressources.Peut-être serait-il nécessaire de prévoir une période de réelle transition en reconduisant les clauses dérogatoires pour trois ans, uniquement dans le but d\u2019élaborer de nouveaux programmes, et non pour repousser indéfiniment la décision.Il convient aussi de poursuivre la réflexion sur l\u2019expression de la diversité religieuse à l\u2019école publique.Les remous provoqués autour des écoles privées confessionnelles en manifestent l\u2019urgence.La diversité est une richesse, mais elle est aussi une source de tensions et de conflits.Le Québec a su jusqu\u2019à maintenant trouver des «accommodements raisonnables» pour éviter les discriminations.À l\u2019image de la société que nous souhaitons bâtir, l\u2019école publique demeure le lieu privilégié de l\u2019apprentissage d\u2019un vivre ensemble harmonieux et respectueux des différences.Elle en est le ferment.À ce titre, elle mérite toute notre attention.Il en va de l\u2019intégration de tous et de toutes.ANNE-MARIE AITKEN RELATIONS mars 2005 Q actuaLites Au nom des femmes, © non aux tribunaux islamiques! Le rapport Boyd prête flanc à un système de justice inéquitable et parallèle.ANNE SARIS L'auteure est doctorante et chargée de cours à la Faculté de droit de l\u2019Université McGill Croyantes oui! Mais assujetties au droit musulman, certainement pas! », se sont écriées de nombreuses musulmanes lorsque, en décembre 2003, Monsieur Muntaz Ali Syed a fait part au gouvernement ontarien de la création d\u2019un tribunal arbitral musulman qui traiterait notamment de litiges familiaux, et a affirmé que tout bon musulman devrait y recourir.La création d\u2019un tribunal religieux n\u2019est pas chose nouvelle au Canada où, en vertu du principe de la liberté de religion prévu dans les chartes, une certaine autonomie est laissée aux communautés religieuses; l\u2019État ne s\u2019ingérant pas dans leurs affaires tant qu\u2019elles ne touchent pas les droits civils.Dans la plupart desdites communautés - qu\u2019elles soient chrétiennes, juives ou musulmanes -, il existe ainsi divers mécanismes de résolution de conflits qui traitent de problèmes de droit interne (exclusion d\u2019un membre), de litiges commerciaux (il en est ainsi du tribunal rabbinique de Montréal) mais aussi de litiges familiaux, à l\u2019exception du divorce civil qui ressort de la compétence exclusive des tribunaux étatiques.Généralement sans force juridique, ces décisions restent inconnues de notre système judiciaire.Ceci n\u2019est pas le cas lorsque, revêtant la forme de sentence arbitrale, elles ont force de loi entre les parties.C\u2019est ainsi qu\u2019en Ontario, depuis 1991, il est possible de recourir à l\u2019arbitrage pour régler selon un droit religieux des questions familiales: répartition des biens matrimoniaux, pension alimentaire, garde d\u2019enfant.À l\u2019inverse, au | mars 2005 RELATIONS Québec, ces matières étant considérées d\u2019ordre public, aucun arbitrage n\u2019est possible.C\u2019est seulement au stade de la médiation que les imams, travaillant en collaboration avec un médiateur agréé, guident les familles dans leur négociation d\u2019une entente de séparation qui sera ensuite souvent contrôlée et, au besoin, révisée par le juge.Cela est donc bien différent d\u2019une sentence arbitrale que le juge ne contrôle que lors d\u2019un appel ou d\u2019une demande d\u2019annulation, procédures rares car coûteuses.Alors qu\u2019une entente de séparation inspirée par des principes de droit musulman traitant de façon inégalitaire les conjoints sera sans doute révisée par le juge québécois, cette inégalité ne pourra justifier, en Ontario, une demande d\u2019annulation de la sentence d\u2019un tribunal arbitral musulman.Les enjeux sont donc bien différents.Scandalisés par cet aval potentiel d\u2019un droit religieux inégalitaire, des groupes de la société civile se sont mobilisés et c\u2019est pour répondre à leurs préoccupations qu\u2019un rapport a été commandé à Marion Boyd, ancienne ministre ontarienne de la Condition féminine.Rendu public à la fin de décembre 2004, il pose que l\u2019arbitrage appliquant un droit religieux n\u2019est pas contraire au principe de la séparation Église/État, qu\u2019il est hors de question de mettre fin au mouvement de privatisation du droit de la famille et que, si l\u2019intérêt de l\u2019enfant est d\u2019ordre public, tel n\u2019est pas le cas de l\u2019égalité des sexes.Quant aux craintes de pressions communautaires sur les femmes, Marion Boyd y répond en proposant un certain nombre de garde-fous procéduraux bien insuffisants.Ainsi, pour s\u2019assurer du consentement éclairé, elle suggère que les parties aient la faculté (la renonciation étant possible) d\u2019obtenir les conseils juridiques d\u2019avocats sans préciser qui les paiera.Il reviendra aussi aux dits avocats de certifier que la déclaration d\u2019arbitrage religieux est, selon eux, parfaitement compréhensible.Mais peut-on comparer leur niveau de compréhension avec celui d\u2019une immigrante faiblement scolarisée?Pour éviter tout arbitrage sous la contrainte, elle enjoint aux arbitres de s\u2019assurer, selon une procédure uniformisée à définir, que le consentement est bien libre.Mais elle ne prévoit pas de sanctions contre l\u2019arbitre négligent.L\u2019absence de recommandations visant la sensibilisation du personnel judiciaire aux normes culturelles et religieuses des communautés musulmanes laisse craindre que, contrairement à ce que clame Marion Boyd, s\u2019instaure alors un système de justice parallèle.En effet, ne sera-t-il pas tentant pour un juge, face à la demande qui lui serait formulée par l\u2019une des parties, de prendre en considération une norme culturelle ou religieuse musulmane, de s\u2019estimer peu outillé pour ce faire et de la renvoyer devant les tribunaux arbitraux musulmans?Outre le fait que ceci pourrait bien sonner le glas de l\u2019esprit de dialogue propre au multiculturalisme, l\u2019on peut craindre que ne soit porté atteinte à la liberté de conscience dans la religion.En effet, il est probable que le tribunal arbitral musulman n\u2019aura pas les moyens financiers d\u2019offrir un arbitrage selon les différents rites et écoles d\u2019interprétation existant dans l\u2019islam et que l\u2019école choisie, auréolée par l\u2019aval indirect de l\u2019État, s\u2019imposera dans la communauté comme seule façon de vivre sa foi.Or, la Cour suprême du Canada a toujours répété avec force que la liberté de religion, c\u2019est « le droit de croire ce que l\u2019on veut en matière religieuse».\u2022 actuaLites La sauvegarde de nos forêts La commission Coulombe dénonce l\u2019écrémage et la surexploitation des ressources.BERNARD HUDON En décembre dernier, la commission Coulombe - chargée d\u2019examiner la gestion des forêts publiques - a publié son rapport final.Après avoir analysé 303 mémoires, commandé huit études et nécessité un budget de 3,8 millions de dollars, elle conclut qu\u2019il existe des vices majeurs dans le calcul actuel de la possibilité forestière, soit la quantité de bois que l\u2019on peut couper à perpétuité.Elle recom- mande une baisse de 20 %, applicable à toutes les régions, et ce, jusqu\u2019à ce que le modèle de calcul soit amélioré.La Commission dénonce l\u2019écrémage des ressources et la surexploitation.Les cris d\u2019alarme de Richard Desjardins ne sont pas restés sans écho.Lors de la sortie de son film L'Erreur boréale, en 1999, une coalition s\u2019était formée pour donner son appui au chanteur.Elle regroupait des envi-ronnementalistes, des syndicalistes et des groupes sociaux - dont les évêques et la Conférence religieuse canadienne, ainsi que la nation crie.La commission Coulombe reprend aujourd\u2019hui les principales revendications de la défunte coalition.Elle recommande la création d\u2019un poste de forestier en chef, nommé par l\u2019Assemblée nationale, qui serait responsable des calculs de la possibilité forestière, ainsi que celle d\u2019un vérificateur des forêts, relevant du vérificateur général du Québec.La commission recommande un taux de 8 % d\u2019aires protégées dans chacune des provinces écologiques du sud du Québec et de 12 % en forêt boréale.On sait que le rapport Brundtland de l\u2019ONU, quant à lui, place le seuil des territoires protégés à 12 %.Les commissaires préconisent un changement de paradigme en remplaçant l\u2019actuelle gestion de la matière ligneuse par un aménagement écosystémique.Cette nouvelle perspective se définit ainsi: «Un concept d\u2019aménagement forestier ayant comme objectif de satisfaire un ensemble de valeurs et de besoins humains en s\u2019appuyant sur les processus et les fonctions de l'écosystème et en maintenant son intégrité» (p.47).Ainsi, il deviendrait nécessaire de maintenir les écosystèmes et non seulement d\u2019assurer le retour du bois.Les commissaires posent également un regard sévère sur les objectifs de développement durable que s\u2019est donnés le ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs: ceux-ci restent des mots qui n\u2019opèrent pas de changements tangibles sur le terrain.En ce qui concerne la gestion étatique, la commission propose une Francis Lévesque, Le cri, 8x12 po., techniques mixtes et numériques, 2005 L\u2019auteur, membre du Centre justice et foi, est agent de recherche en environnement RELATIONS mars 2005 actuaLites L\u2019auteur est chargé de cours à l'UQAM Ukraine : une grande victoire pour la démocratie?Il est possible d\u2019espérer que la « révolution orange » soit l\u2019aurore d'une lutte à poursuivre.décentralisation axée sur des objectifs plutôt que sur des normes.Les consultations sur les contrats d\u2019aménagement et d\u2019approvisionnement forestier ne seraient plus faites par les industriels, ce qui s\u2019avérerait une bonne chose.Les commissaires incitent le gouvernement à favoriser un mode de développement local appelé «forêt habitée» qui est un modèle de forêt communautaire.Ce concept avait été mis de l\u2019avant dans le mémoire de la Conférence religieuse canadienne, puis repris par d\u2019autres groupes.La commission accorde un statut particulier aux Autochtones quant à la gestion forestière, mais elle ne s\u2019est pas prononcée sur l\u2019épineuse question des droits ancestraux.Cette omission est probablement la cause de la réception glaciale du rapport par les autorités autochtones.La gestion forestière québécoise est actuellement un exemple de partenariat public/privé (PPP) : on privatise les profits et on socialise les dommages.La commission n\u2019a pourtant pas voulu s\u2019attaquer aux problèmes structurels, sauf en mentionnant la fragilité de l\u2019industrie québécoise de la transformation du bois.Aujourd\u2019hui, les contributions, les redevances et autres participations des compagnies au gouvernement ne couvrent même pas les dépenses gouvernementales.En 2003-2004, la participation des industriels représentait 368,7 millions $, alors que les dépenses du ministère s\u2019élevaient à 463,2 millions $.Le rapport Coulombe propose d\u2019arrêter le programme de remboursement à 100% des frais de reboisement des terres publiques, soit une somme de 63 millions $ par année.Ceci établirait un équilibre dans la gestion de la ressource forestière.Pays de forêts et de lacs, pourquoi devons-nous attendre si peu d\u2019une richesse collective?\u2022 YANN BREAULT Généralement ignorée des médias, l\u2019Ukraine a brusquement été portée à l\u2019avant-scène de l\u2019actualité ces derniers mois.Le public a assisté à une vaste mobilisation populaire faisant échec à la falsification du résultat de l\u2019élection présidentielle.D\u2019abord officiellement défait par 3% des voix, le candidat de l\u2019opposition Victor Iouchtchenko allait diriger la « révolution orange » - ainsi baptisée à cause de la couleur des marronniers qui jalonnent la Place de l\u2019Indépendance.C\u2019est là que, pendant 17 jours consécutifs, plus de 100 000 manifestants ont bravé les intempéries pour exprimer un désir de démocratie et de rapprochement vers l\u2019Europe.Est-ce à dire que la victoire de Iouchtchenko annonce un avenir meilleur pour la démocratie ukrainienne?Il est trop tôt pour le dire.S\u2019il y a aujourd\u2019hui lieu de se réjouir, c\u2019est surtout du fait que le pays a su traverser sans violence une grave crise.Ordonnée par un jugement de la Cour suprême, la reprise du second tour de la présidentielle s\u2019est déroulée dans le calme, le 26 décembre 2004, sous la surveillance des observateurs internationaux.Comme on l\u2019avait prévu, cette fois Iouchtchenko l\u2019emporta haut la main (52 % des voix) contre le premier ministre Victor Ianoukovitch (44 % des voix).L\u2019année 2005 sera donc celle d\u2019un changement de régime à Kiev.La version rassurante véhiculée dans les médias occidentaux est bien connue : Iouchtchenko, partisan avoué du libéralisme économique et politique, a réussi grâce au soutien des masses à empêcher que le régime en place organise sa succession frauduleuse en catimini.Après avoir survécu à un empoisonnement que l\u2019on croit ordonné par les services de sécurité, Iouchtchenko aurait également contrecarré les plans du Kremlin qui, en soutenant activement la candidature de Ianoukovitch, cherchait à ramener l\u2019Ukraine dans son giron.Alors que la crise atteignait son paroxysme, l\u2019action de l\u2019Union européenne (UE) a été d\u2019un grand secours à Iouchtchenko.Pendant qu\u2019évoluait d\u2019heure en heure la configuration des rapports de force entre les élites politico-économiques ukrainiennes, divisées en multiples clans régionaux, les présidents polonais et lituanien, accompagnés du haut-commissaire aux Affaires extérieures de l\u2019UE, sont intervenus pour convaincre le président sortant, Léonide Koutchma, de laisser tomber son premier ministre.Ce faisant, l\u2019UE aurait aidé le pays à échapper à l\u2019emprise de la Russie.Pour l\u2019Ukraine - cette jeune nation post-soviétique dont l\u2019apathie politique était notoire -, l\u2019émergence d\u2019une société civile capable d\u2019influencer le cours des événements a certes été remarquable.Les cyniques rappelleront toutefois que les groupes d\u2019opposition ayant organisé la manifestation Qj mars 2005 RELATIONS actuaütes avaient obtenu du financement auprès d\u2019agences américaines (officiellement dévouées à l\u2019avancement de la démocratie).Les mêmes techniques pacifiques de renversement de régime utilisées contre Milosevic en Yougoslavie (1999) et contre Chevardnadze en Géorgie (2003) y ont été enseignées et soigneusement appliquées.Dans la région, beaucoup croient que la fameuse révolution n\u2019est qu\u2019un autre stratagème des États-Unis visant à faire avancer leurs intérêts géopolitiques.Bien que Washington fasse effectivement deux poids, deux mesures en matière de démocratie, cette lecture simpliste des choses tient difficilement la route.Le régime en place avait su garder de bons liens avec l\u2019administration Bush, notamment en faisant de l\u2019Ukraine la quatrième plus importante force de maintien de la paix en Irak.Quelques mois avant la présidentielle, George Bush père avait même accepté de venir en Ukraine à l\u2019invitation personnelle du gendre du président Koutchma (réputé être le deuxième homme le plus riche du pays).À l\u2019instar des puissances européennes - qui ne sont d\u2019ailleurs absolument pas intéressées à ouvrir la voie à une éventuelle accession de l\u2019Ukraine à l\u2019UE - c\u2019est surtout pour plaire à l\u2019électorat, notamment à l\u2019importante diaspora ukrainienne, que les États-Unis ont offert une caution morale à l\u2019opposition en dénonçant les irrégularités du scrutin.Non seulement Iou-chtchenko a-t-il promis de retirer les troupes ukrainiennes d\u2019Irak, mais pour se faire accepter de la population plus russophile de l\u2019est et du sud du pays, il n\u2019aura d\u2019autre choix que de maintenir d\u2019étroites relations avec Moscou -d\u2019autant plus que l\u2019Ukraine demeure économiquement dépendante de la Russie.Il ne faut donc pas exagérer l\u2019impact géopolitique de la « révolution orange».Avec la défaite de Ianou-kovitch, ce n\u2019est pas tant l\u2019Ukraine que la Russie qui a perdu sa capacité de faire croire au monde qu\u2019elle respecte la démocratie.Pour le moment, la victoire appartient surtout aux élites des régions moins industrialisées du centre et de l\u2019ouest, qui étaient exclues d\u2019un gouvernement contrôlé depuis trois ans par les oligarques de l\u2019est.Il reste à voir dans quelle mesure cela se traduira par une croissance économique et une meilleure répartition de la richesse au sein de la population.S\u2019il est vrai que la mobilisation populaire n\u2019aurait jamais eu lieu sans le soutien économique et logistique des élites du centre et de l\u2019ouest (incluant le maire de Kiev), il n\u2019en demeure pas moins que la « révolution orange » aura été une réelle dénonciation d\u2019un régime corrompu.Que les manifestants aient été utilisés dans le cadre d\u2019une lutte politico-économique interne ne change rien au fait qu\u2019ils auront ainsi découvert ce qu\u2019est la participation politique active.\u2022 *4! * tin i ; Mur !\"\" \u2018JJ'M 111 IkMM» liai | 'Un mi Uagg ¦ \u2014*¦ zm | / \u2022: Place de l\u2019Indépendance, à Kiev, décembre 2004, Canapress/Sergey Chuzavkov RELATIONS mars 2005 Q actuaLites L'auteure est économiste et spécialiste en théorie macro-économique Place au rendement financier Le gouvernement actuel privatise un des piliers du modèle québécois de développement, empêchant les Québécois de pouvoir se dire maîtres chez eux.JOAN SIELA Le projet de loi n° 78 qui modifie la Loi sur la Caisse de dépôt et placement du Québec a été adopté le 15 décembre dernier, grâce à une procédure accélérée dite du bâillon, et par un résultat de 69 voix pour et de 49 voix contre.Dans la nouvelle loi, la Caisse a désormais pour mission «de recevoir des sommes en dépôt conformément à la loi et de les gérer en recherchant le rendement optimal du capital des déposants dans le respect de leur politique de placement tout en contribuant au développement économique du Québec».En somme, l\u2019idée exprimée par Jean Lesage le 9 juin 1965 (dans un discours préparé par Jacques Parizeau), est désormais inscrite dans la loi.Pourquoi alors une adoption accélérée du projet de loi?Pourquoi un vote si serré?La réponse à ces questions se trouve dans les conséquences bien réelles qu\u2019entraînera la nouvelle loi, puisqu\u2019il semble qu\u2019elle sonne le glas du rôle traditionnel de la Caisse qui est de soutenir le développement économique du Québec.C\u2019est ce que soulignait François Legault en déclarant que «dorénavant, la mission de développement économique de la Caisse sera subordonnée au rendement financier à court terme ».Trois événements sont venus renforcer les craintes des opposants à la nouvelle loi.Tout d\u2019abord, la Caisse avait proposé l\u2019année dernière sa propre définition du mandat qui était «de gérer les avoirs collectifs de ses déposants en recherchant le rendement de leur capital dans le respect de leur politique de placement.Poursuivant cet objectif, la Caisse contribue au développement économique du Québec ».L\u2019objectif de rendement financier acquérait ainsi un statut prépondérant.Ensuite, l\u2019amendement proposé par F.Legault, qui visait à distinguer clairement les deux missions de la Caisse en remplaçant les termes «tout en contribuant » par ceux de « et de contribuer », a été rejeté par l\u2019entourage du premier ministre Charest.Enfin, le premier ministre précisait que «la Caisse de dépôt et placement du Québec, c\u2019est l\u2019épargne des citoyens du Québec.Ce n\u2019est pas l\u2019argent du gouvernement du Québec [.]», remettant ainsi en cause le caractère public de l\u2019institution financière.Le double mandat de la Caisse est un sujet qui ne doit pas être pris à la légère, car il témoigne d\u2019un double enjeu pour la société québécoise.Sur le plan économique, on assiste actuellement à une période de redéfinition du rôle du secteur financier.En France, la Caisse des dépôts et consignations, dont la mission est de financer le logement social et le développement des petites entreprises, a été intégrée dans un groupe financier public de dimension européenne.Aux États-Unis, de nombreux fonds de pension publics, dont le célèbre fonds CALPERS, soutiennent le développement économique local à travers des programmes spécifiques.Les Nations unies et la Communauté européenne font actuellement la promotion de l\u2019investissement socialement responsable.Cinquante ans plus tard, le passage du discours de Jean Lesage, dans lequel il précisait que « la Caisse ne doit pas être envisagée comme un fonds de placement au même titre que tous les autres, mais comme un instrument de croissance », conserve donc toute son actualité.Sur le plan politique, la nouvelle loi atteste un abandon des valeurs du Parti libéral.Pour Jean Lesage, le conseil d\u2019administration de la Caisse devait servir de lieu de concertation entre les différents acteurs sociaux du Québec.La Caisse a ainsi soutenu le financement des infrastructures publiques et la croissance des entreprises en concertation avec les partenaires sociaux (syndicats, dirigeants d\u2019entreprises et pouvoirs publics).La nouvelle loi interdit toute avancée dans le domaine de la démocratisation des institutions financières.Le gouvernement actuel «privatise» ainsi un des piliers du modèle québécois de développement, empêchant les Québécois de pouvoir se dire « maîtres chez eux ».Les conflits à répétition entre le ministre des Finances, Yves Séguin, et le premier ministre, flanqué de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, démontrent que le Parti libéral est en train de perdre son aile progressiste et de tomber dans un manichéisme conservateur qui oppose État et marché, replongeant le Québec dans le contexte économique et politique des années 1950 et niant ainsi le tournant social des idées libérales au XXe siècle.\u2022 Caisse de dépôt et placement du Québec mars 2005 RELATIONS HORIZONS De la tragédie à la solidarité G* JOJO FUNC Entre la fin de 2004 et le début de 2005, un bouleversement s\u2019est produit à l\u2019échelle de la planète.Le monde a détourné son regard des attentats du 11 septembre et de la lutte contre le terrorisme pour se fixer sur l\u2019Asie du Sud-Est, atteinte par la catastrophe naturelle du tsunami.Tel un trou noir, cet événement a laissé son empreinte.Il nous a remis devant notre difficulté à comprendre la raison de la souffrance humaine.Chez certains, il a même suscité une interrogation sur le mystère du mal : comment Dieu a-t-il pu tolérer une telle destruction de la vie de ces peuples côtiers dont la plupart étaient des innocents et des pauvres?Quoi qu\u2019il en soit de ces questions radicales, mêlées d\u2019une peine intense et de doutes déstabilisants, nul ne peut nier que la tragédie asiatique ait déclenché une immense vague de sympathie et de solidarité sans précédent dans l\u2019histoire.La communauté internationale a répondu largement en envoyant de l\u2019aide financière et humanitaire.Ici, en Malaisie, le tsunami nous a saisis alors que nous étions sous le choc de deux terribles événements liés au fléau de la pédophilie : le viol de deux fillettes, l\u2019une de 10 ans jetée dans les égouts après avoir été sodomisée à Johore Baru, et l\u2019autre, de 9 ans, dont le corps a été retrouvé à Kedafj dans la cour arrière d\u2019une usine de caoutchouc.Les Malais de diverses religions et cultures ont réagi au tsunami par des prières et des collectes de fonds pour venir en aide à leurs voisins asiatiques.La douleur est un langage que tout cœur humain peut ressentir.Pour nous, chrétiens qui méditons la passion de Jésus, l\u2019événement de Gethsé-mani n\u2019est pas seulement un film pour le grand public, mais tout simplement ce qui se déroule sous nos yeux à travers les victimes du tsunami et les survivants traumatisés.Si le récent film de Mel Gibson a pu susciter la ferveur, la tragédie de l\u2019Asie du Sud-Est a rempli nos cœurs de désolation et de chagrin, Ce seront toujours des pauvres qui seront heurtés de plein fouet par les catastrophes naturelles que sont les tremblements de terre, les inondations, les épidémies et les ouragans, tant que subsistera l\u2019inégalité structurelle entre les pays développés et ceux en voie de développement.d\u2019incrédulité et de dégoût envers certains comportements, mais aussi d\u2019un grand désir de soulager le maximum de victimes.Nous avons été invités à traduire concrètement notre sympathie en actes de solidarité et de générosité.La tragédie a provoqué un véritable réveil de l\u2019humanité en ce début d\u2019année.En dépit de toutes les barrières ethniques et politiques, la compassion et la solidarité humaines n\u2019ont pas connu de frontières.La générosité a été proportionnelle à l\u2019ampleur de la tragédie.Cependant, ce seront toujours des pauvres qui seront heurtés de plein fouet par les catastrophes naturelles que sont les tremblements de terre, les inondations, les épidémies et les ouragans, tant que subsistera l\u2019inégalité structurelle entre les pays développés et ceux en voie de développement.Certes, la formidable générosité des nations en réponse à la tragédie sud-asiatique est un pas significatif dans la construction de la paix entre pays riches et pays pauvres.Mais la paix du monde demande aussi une volonté concertée des responsables politiques de réduire la pauvreté qui rend les peuples vulnérables.Pour faire évoluer leur situation critique et, au nom de la simple justice, il est absolument nécessaire de respecter le consensus de Monterrey, élaboré en mars 2002, qui demandait aux pays développés de consacrer 0,7 % de leur produit national brut au soutien des pays en développement.Désormais, la vague a laissé place à la reconstruction des maisons, des infrastructures et de la vie des familles.Nous, Asiatiques, devons faire preuve d\u2019une grande vigilance et mettre en place un système d\u2019alerte efficace qui permettra de minimiser les conséquences des futurs tsunamis.Mais cela ne suffit pas.Nous devons aussi transformer notre rapport à la nature et arrêter de demander à la Terre ce qu\u2019elle ne peut produire.Nous devons aussi partager de manière équitable les richesses qui sont à notre disposition.À travers les nombreuses victimes, c\u2019est l\u2019humanité tout entière qui a été blessée.Nous devons apprendre à reconnaître notre vulnérabilité face aux catastrophes naturelles, mais aussi la puissance de la solidarité qui résiste à la mort et à la destruction.Là est notre espérance.\u2022 L\u2019auteur, jésuite de Malaisie, travaille auprès des indigènes RELATIONS mars 2005 dOSSieR L\u2019urgence écologique JEAN-CLAUDE RAVET Les ressources naturelles se raréfient à un rythme effarant depuis une trentaine d\u2019années et, d\u2019ici 30 autres, les ressources en hydrocarbures seront épuisées.Notre mode de production et de consommation provoque sécheresse, désertification et pluies diluviennes, réchauffement climatique, pollution et contamination des mers, des nappes phréatiques, du sol, dont les pays pauvres font les frais plus souvent qu\u2019à leur tour, bien qu\u2019ils rejettent dans l\u2019atmosphère 12 fois moins de dioxyde de carbone que les pays occidentaux.Un fossé ne cesse de se creuser scandaleusement sous forme d\u2019abîme entre ces deux mondes -20 % des plus riches détiennent 86 % du PIB mondial.Il y a là quelque chose d\u2019obscène et de pathologique.Non seulement 1 'American way of life est-il limité à une minorité, mais, s\u2019il était le lot de la majorité, ou pire encore de la totalité de la population mondiale, il nous faudrait de 4 à 5 planètes Terre pour répondre à nos besoins en énergie, en ressources et en absorption de C02.Déjà, selon certaines études (World Wild Fund, Redefining Progress), nous vivons au-dessus de nos capacités sans trop nous en apercevoir, une minorité de pays accaparant et consommant la majorité des ressources.Mais pas pour longtemps.La Chine et l\u2019Inde, tout naturellement, tentent de rattraper leur retard.C\u2019est la dure réalité sans fard qui nous rattrapera et nous projettera en plein visage l\u2019image de la folie de notre mode de vie, de production et de consommation.Le constat est implacable.Il faut que cela change.Il y a une insouciance qui s\u2019apparente à une fuite en avant.Comme si le savoir-faire technique et la soi-disant main invisible du marché nous dispensaient de nous inquiéter outre mesure.Remettre à plus tard est, en l'état actuel des choses, ni plus ni moins un déni de justice à la fois pour la grande majorité des habitants de cette terre - dont on hypothèque sérieusement les chances de subvenir un jour à leurs besoins essentiels, eux qui vivent avec moins de deux dollars par jour-, et pour les générations futures à qui nous léguerons une Terre ravagée.Il ne s\u2019agit pas de considérer comme inutiles le Protocole de Kyoto - qui vient d\u2019entrer en vigueur - ni même, à l\u2019échelle nationale, le plan de développement durable du ministre de l\u2019Environnement, mais d\u2019être conscient de leurs insuffisances.Prendre la mesure de l\u2019urgence écologique, c\u2019est d\u2019abord et avant tout changer de cap et faire en sorte que les chants de sirènes envoûtants du capitalisme triomphant - et son principe de croissance illimitée - ne nous bercent plus d\u2019illusions et ne nous précipitent, le sourire aux lèvres, dans ses fonds.Cette démesure nous fait habiter notre monde comme s\u2019il n\u2019était pas partie prenante de notre condition humaine et terrestre, comme si la Terre n\u2019était qu\u2019un entrepôt de marchandises, de ressources et d\u2019énergie illimitées.Il nous faut rompre la grande chaîne de la production et de la consommation effrénées, pour ne pas dire emballées, qui serait l\u2019avenir béni de l\u2019humanité alors qu\u2019elle n\u2019est que le bonheur sans avenir d\u2019une mince minorité.Il n\u2019est pas étonnant que, parmi les maîtres du monde, il y en ait qui affûtent leurs armes, plaçant leurs pions.Leur mode de vie n\u2019est pas négociable.Prolonger le statu quo mortifère leur fera sortir les crocs, en lieu et place de leurs belles promesses, quand la réalité ayant grugé tous les rêves apparaîtra telle qu\u2019elle est, cauchemardesque.Le livre de Robert Kaplan, influent idéologue néoconservateur du Pentagone, ne laisse pas de doute sur la stratégie militaire qui accompagne la mondialisation capitaliste pour éliminer la menace des pauvres, non seulement superflus mais dangereux : « La mondialisation est darwinienne.Cela signifie la survie économique des plus aptes.» Les cultures «incapables» d\u2019être compétitives seront une menace pour la paix (Warrior Politics.Why Leadership Demands a Pagan Ethos, NY, 2003, p.119).Les guerres de Bush se situent dans cette logique darwinienne de survie.Rompre est donc le mot d\u2019ordre avant tout politique, toute la société étant fondée sur ce mode de production et de consommation.Celui-ci s\u2019appuie sur la dépolitisation, qui permet à la logique marchande de se déployer sans entraves tous azimuts dans la société.Changer de cap exige une reprise en main du politique, une refonte des structures, la mise en place de mesures de contrôle, de redistribution des richesses et de reconversion, un investisse- EQ mars 2005 RELATIONS Ï-'. Aurore Petit, Sans titre, il x 8 po., techniques mixtes sur papier, 2005 histoire ne peut pas seulement avoir une mémoire, elle doit aussi renfermer une espérance et un dessein.C\u2019est ainsi que la théologie en arrive à une problématique commune avec l\u2019astrophysique et les sciences de la Terre.Rel.: Que répondez-vous aux critiques de la démesure technico-économique qui accusent la conception chrétienne de l\u2019être humain d\u2019être à la racine de la destruction des écosystèmes?J.M.: Un précepte de l\u2019anthropologie biblique révèle aux humains leur destination : « Dominez la Terre » (Gn 1,28) et « Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la Terre » (Gn 1,26).À l\u2019époque où cela a été écrit, les humains formaient des peuples de pasteurs nomades, complètement dépendants de la nature et, pour cette raison, adoraient les forces de la nature et la fécondité de la terre comme des dieux.Dans ce contexte, ces paroles opéraient comme une exhortation adressée à des êtres soumis aux aléas de la nature pour qu\u2019ils prennent conscience de leur propre valeur.Cependant, le rapport des humains à la nature s\u2019est inversé et ils ne sont plus dépendants de la nature, mais c\u2019est plutôt la nature qui est devenue dépendante des humains.Dès lors que nous vivons dans ce nouveau contexte, ces paroles se sont perverties et opèrent de manière destructrice sur la nature extérieure et sur la nature du corps humain en anéantissant finalement les deux.Qui plus est, cette anthropologie de la domination n\u2019est même pas chrétienne.Une anthropologie chrétienne s\u2019oriente d\u2019abord vers le Christ.Sa domination est amour et guérison des blessures; elle libère la création de la douleur de la corruptibilité pour une « Terre nouvelle où la justice habite » (2 P 3, 13).Dans la lumière du Christ, nous comprenons les phrases de la Genèse de la manière suivante : aimez cette Terre comme vous-mêmes, vivez en communauté avec les poissons dans la mer, les oiseaux dans le ciel et toutes les créatures terrestres, car ils sont comme vous des créatures de Dieu et le reflet de sa vitalité.Ce renversement du rapport à la nature est un processus d\u2019apprentissage qui exige une nouvelle spiritualité de la vie et de la Terre, ainsi que la production d\u2019une science et d\u2019une technologie nouvelles.Aussi, dans la mesure où elle intègre les écosystèmes et les communautés de la nouvelle pensée écologique, la théologie trinitaire pourrait faire école et amener d\u2019autres religions - par exemple, l\u2019hindouisme et le taoïsme chinois - à adopter cette perspective écologique.Les peuples sont aujourd\u2019hui menacés par des dangers communs : guerres nucléaires, catastrophes écologiques et misère sociale.Ce n\u2019est que grâce à une solidarité plus forte et à une coopération plus concrète que nous survivrons.Rel.: La crise écologique et la peur du risque technologique discréditent la philosophie des Lumières.Celle-ci devait libérer l\u2019homme de la superstition et de la rareté matérielle.En quoi la perspective trinitaire parvient-elle à critiquer les Lumières, sans tomber dans un antihumanisme réactionnaire?J.M.: Le mouvement des Lumières, au XVIIIe siècle, a conçu une image mécaniste du monde par les sciences RELATIONS mars 2005 m dOSSieR Isabelle Malenfant, La porteuse d'eau, 5 x 7,5 po., crayons de bois et acrylique, 2005 (Scelle, MqMfot)' t: te K' L \u2022?-! naturelles et les techniques.Avec ses représentations mécanistes des lois naturelles, Newton a exorcisé l\u2019ancienne vénération pour l\u2019«Âme du monde».La Mettrie a expliqué l\u2019homme par la machine.Les successeurs de Descartes ont morcelé la réalité en sujet, «chose pensante », et en objet, « chose étendue ».C\u2019est ainsi qu\u2019un anthropocentrisme fort s\u2019est avancé à pas mesurés.Le divin a été exclusivement mis en relation avec la subjectivité spirituelle de l\u2019homme.La critique légitime déplorant la destruction de la nature et l\u2019auto-destruction de l\u2019homme ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui.En effet, dès le début de l\u2019époque des Lumières, une nouvelle pensée holiste intégrant le corps a commencé à voir le jour avec Comenius, Bôhme et Swedenborg, ainsi qu\u2019avec les théologiens Oetinger et Hamann.À partir de ces sources, la philosophie romantique a pris naissance, laquelle permettait de penser ensemble l\u2019esprit et la nature, l\u2019âme et le corps, le masculin et le féminin, et finalement le divin et le mondain.La pensée écologique et la médecine psychosomatique contemporaines proviennent de cette philosophie.C\u2019est un des défis les plus importants de notre époque que de lier les déclarations des droits humains de l\u2019ONU, qui commencent toutes avec la seule « dignité de l\u2019homme », et la Charte de la Terre, qui désigne les humains comme « une partie de la nature ».La nouvelle pensée trinitaire -qui apprend à voir Dieu dans le monde et toute chose en Dieu - peut dépasser le nihilisme et l\u2019hostilité rationaliste envers la nature, tout en contribuant simultanément au développement de la dignité humaine, des droits humains et du vivre-ensemble démocratique des humains les uns avec les autres et avec la nature.Rel.: Comment la théologie trinitaire de l\u2019histoire entrevoit-elle le dépassement du règne moderne de la liberté - liée au droit de propriété - que l\u2019on retrouve à la base de la croissance économique et technologique?J.M.: Qu\u2019est-ce que la véritable liberté humaine?La première détermination de la liberté que nous connaissons dans l\u2019histoire politique définit la liberté en tant que domination.Celui qui gagne le pouvoir est « libre ».Il peut faire et laisser faire ce qu\u2019il veut.Celui qui perd dans le combat pour le pouvoir n\u2019est pas libre.Il devient soumis et ne peut rien faire.Celui qui recherche sa liberté dans la domination se reconnaît seul comme sujet; tous les autres et toutes les choses constituent les objets qu\u2019il s\u2019approprie.Il ne reconnaît pas les autres comme des personnes autonomes.Dans la société moderne individualiste, chacun doit être son propre maître.Personne ne détermine l\u2019autre, chacun se détermine soi-même.Chacun est libre, mais personne ne se soucie de l\u2019autre.Est-ce la véritable liberté humaine?Dans quel lieu nous sentons-nous véritablement libres?Est-ce au supermarché où nous pouvons acheter ce que nous voulons, mais où personne ne nous connaît ni ne nous parle, là où la caissière ne nous regarde jamais dans les yeux?Ou bien, est-ce dans un voisinage où nous nous connaissons, nous adressons la parole et nous regardons en face, là où nous nous sentons considérés tels que nous sommes?La liberté du supermarché est la réalité moderne de la liberté de choix individuelle; la liberté au Les peuples sont aujourd\u2019hui menacés par des dangers communs : guerres nucléaires, catastrophes écologiques et misère sociale.Ce n\u2019est que grâce à une solidarité plus forte et à une coopération plus concrète que nous survivrons.m mars 2005 RELATIONS sein d\u2019une communauté humaine est la réalité d\u2019une liberté communicationnelle.La première liberté se réfère aux choses, la seconde aux personnes.Si nous voulons survivre, nous devons différencier les deux types de liberté et ne pas les confondre.Lorsqu\u2019un sujet humain se réfère à des objets, alors sa liberté prend la forme de la domination; lorsque les sujets humains se réfèrent les uns aux autres, alors leur liberté gagne la forme de la communauté dans la reconnaissance réciproque de leur dignité humaine et l\u2019acceptation mutuelle de leur individualité personnelle.Lorsque d\u2019autres êtres humains sont réduits à n\u2019être que des objets, des esclaves, des forces de travail, des consommateurs ou des matériaux humains, ils sont privés de leur humanité.La Terre dans laquelle nous vivons est-elle un objet ou bien un sujet d\u2019un genre particulier?Les animaux sont-ils des objets ou des sujets semblables aux humains?C\u2019est seulement si nous continuons à développer les idées fondamentales de la liberté communicationnelle que nous arriverons à une communauté durable et viable avec l\u2019organisme terrestre et le monde animal.La loi allemande de protection des animaux de 1986 désigne les animaux comme « co-créatures » (Mitgeschôpfe) et évoque de cette façon la communauté de création et le Créateur.Il s\u2019agit d\u2019un rapport communautaire, aucunement d\u2019un rapport unilatéral de domination.Jusqu\u2019à maintenant, dans la mondialisation des marchés, la Terre n\u2019a pas été prise en considération parce que ces marchés se concentrent seulement sur les humains et sur les marchandises.Et pourtant nous vivons tous de l\u2019organisme terrestre.Jusqu\u2019ici, la Terre a été la martyre muette de nos exploitations et de nos pollutions.Mais, dans l\u2019avenir, nous devrons développer une politique de la Terre et faire entrer l\u2019organisme terrestre, qui maintient la vie, dans tous les calculs économiques et politiques.D\u2019objet de la domination humaine, la Terre doit devenir la source de tous les êtres vivants vénérée et respectée en tout lieu.Nous devrons aussi formuler les droits de la Terre.Car s\u2019il n\u2019y a plus de monde, il n\u2019y a pas non plus de marché mondial, ni de politique mondiale, ni de religion mondiale.Les recherches scientifiques sur l\u2019histoire de la Terre, sur l\u2019évolution de la vie et des écosystèmes dans cette planète nous permettront de connaître la mémoire de la nature et la sagesse de la création qui s\u2019y trouve sauvegardée.Pour la théologie et la spiritualité, il importe de penser Dieu et la Terre ensemble.\u2022 (ENTREVUE RÉALISÉE ET TRADUITE PAR JEAN-FRANÇOIS FILION) POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES ATTAC, Le développement a-t-il un avenir?Pour une société économe et solidaire, Paris, Mille et une nuits, 2004.BASTAIRE, Hélène et Jean, Pour une écologie chrétienne, Paris, Cerf, 2004.BEAUCHAMP, André, De la terre et des humains.Regards écologiques, Montréal, Éditions l\u2019Essentiel, 1996.BECK, Ulrich, La société du risque, Paris, Flammarion, 2003.BERNARD, Michel, et al.(sous la dir.), Objectif décroissance.Vers une société viable, Montréal, Écosociété, 2003.BOOKCHIN, Murray, Une société à refaire, Montréal, Écosociété, 1993.BOOKCHIN, Murray et Dave FOREMAN, Quelle écologie radicale?Écologie sociale et écologie profonde en débat, Lyon, ACL, 1994.DUBOIS, Pierre, Les vrais maîtres de la forêt québécoise, Montréal, Écosociété (édition revue et augumentée), 2002.HALL, Douglas John, Être image de Dieu Le stewardship de l\u2019humain dans la création, Montréal/Paris, Bellarmin/ Cerf, 1998.HELLER, Chaia, Désir, nature et société, Montréal, Écosociété, 2003.JONAS, Hans, Une éthique pour la nature, Paris, Desclée de Brouwer, 2000.JURDANT, Michel, Le défi écologiste, Montréal, Boréal, 1988.LATOUCHE, Serge, Survivre au 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global de la pauvreté.Il permet de constater que, bien que toujours très élevé, le nombre de personnes pauvres a diminué à Montréal.L\u2019étude démontre aussi que les personnes qui sont pauvres le sont de plus en plus et que certains groupes de la population, tels que les immigrants et les familles monoparentales, sont davantage touchés par la pauvreté.Par exemple, en 1980, 29,3% des personnes immigrantes étaient pauvres.Or, en 2000, ce taux s\u2019élève à 41 %.La pauvreté touche même des personnes ayant un travail, mais qui se retrouvent malgré tout sous le seuil de faible revenu.Le Forum régional sur le développement social de l\u2019île de Montréal est un organisme qui relève de la Conférence régionale des élus.On peut prendre connaissance de son étude en consultant la rubrique « Quoi de neuf » du site : .NOUVEAU DIRECTEUR Monsieur Stuart E.Brown a récemment été nommé directeur du Centre canadien d\u2019œcuménisme.Originaire de Colombie-Britannique, M.Brown possède un doctorat en études islamiques de l\u2019Université McGill.Au cours de sa carrière d\u2019enseignant, il s\u2019est intéressé au dialogue interreligieux et à l\u2019histoire de l\u2019œcuménisme.Il a été membre du Conseil œcuménique des Églises, à Genève, de 1983 à 1988 et secrétaire général du Conseil canadien des Églises de 1988 à 1993.Il est le premier anglican et le premier laïc à devenir directeur du Centre canadien d\u2019œcuménisme, un organisme fondé en 1963 dans le but de promouvoir la compréhension et la coopération entre croyants.POPULATION CANADIENNE Selon Statistique Canada, la population canadienne a dépassé la barre des 32 millions d\u2019habitants.L\u2019Ontario - qui représente 39 % du total de la population - a enregistré au cours du troisième trimestre de 2004 le taux de croissance provincial le plus élevé, soit 0,4 %.L\u2019île-du-Prince-Édouard, le Yukon et le Nunavut ont enregistré une baisse démographique de 0,1 % au cours de la même période.Pour sa part, le Québec a vu sa population croître de 0,2 % pour atteindre 7 560 592 habitants au 1er octobre dernier.PRIMAT DE L\u2019ÉGLISE ANGLICANE Le 37e synode général de l\u2019Église anglicane du Canada a récemment élu Monseigneur Andrew S.Hutchison, archevêque de Montréal, comme 12e primat (dans la communion anglicane, le primat est l\u2019évêque qui préside une Église nationale).Mgr Hutchison était l\u2019un des quatre candidats présentés aux quelque 300 délégués représentant les 30 diocèses du pays.Âgé de 65 ans et évêque de Montréal depuis 1990, il est le deuxième évêque de cette ville à être élu primat (le premier étant M.® William Bennett Bond, élu il y a exactement 100 ans).L\u2019ACAT A 30 ANS Fondée en France en 1974, l\u2019Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture (ACAT) a célébré ses 30 ans d\u2019existence.Ce mouvement trouve son origine dans l\u2019initiative de deux femmes protestantes, très vite rejointes par des amis catholiques, orthodoxes et quakers qui décidèrent de sensibiliser les chrétiens et leurs Églises au scandale de la torture.Son but est d\u2019œuvrer pour l\u2019abolition de la torture et de la peine de mort partout dans le monde, en soutenant les victimes et en concourant à leur protection.LAÇAT reconnaît dans le Christ crucifié le frère de tous les torturés et s\u2019engage, au nom de l\u2019Évangile, à prendre leur défense, sans distinction de race, de sexe, de nationalité, de croyance ou d\u2019opinion.Elle regroupe plus de 900 bénévoles à travers le monde, des milliers de sympathisants et d\u2019adhérents, dont 450 communautés religieuses et monastiques.Pour en savoir plus, consultez le site de l\u2019ACAT-Canada : .m mars 2005 RELATIONS MEDIASPAUL Collection «Spiritualités en dialogue» La rencontre des cultures et des religions offre à un nombre croissant de personnes de s\u2019engager dans un dialogue profond et intérieur avec l\u2019altéri-téreligieuse.Cette nouvelle collection s\u2019adresse à toute personne engagée dans une démarche spirituelle à la croisée de plusieurs traditions.LE DÉSERT DE L\u2019ALTÉRITÉ Une expérience spirituelle du dialogue interreligieux Fabrice Blée 232 p.* 26,95 $ L\u2019auteur montre comment sa rencontre avec le bouddhisme lui a permis de retrouver la profondeur spirituelle de sa propre tradition religieuse.HORS DE L'ÉGLISE PLEIN DE SALUT HORS DE L\u2019ÉGLISE, PLEIN DE SALUT Pour une théologie dialogale et une spiritualité interreligieuse Richard Bergeron 224 p.* 29,95 $ Un appel au dialogue entre la spiritualité chrétienne et la pluralité culturelle et religieuse actuelle pour ouvrir de nouvelles voies.LA TRADITION htrKttt I tu* trvcvhtr LA TRADITION Un héritage à faire fructifier Marie-Thérèse Nadeau 152 p.* 19,95 $ La tradition est un aspect de la culture humaine et religieuse qui influence nos comportements.Ce livre attire l\u2019attention sur la nécessité d\u2019exercer sa liberté face à ce qui vient de l\u2019extérieur.LA BIBLE DES PEUPLES En collaboration 1744 p.* 29,95 S Avec CD-ROM * 39,95 $ Cette traduction simple et accessible de la Bible constitue l\u2019instrument privilégié d\u2019une catéchèse ancrée sur la Parole de Dieu.QUE RENDRAI-JE AU SEIGNEUR Aborder la religion par l\u2019éthique Maxime Allard 616 p.* 49,95 $ Que pourrait être un discours théologique sur la religion, sur Y interreligieux1} La réponse offerte dans cet ouvrage passe par une rencontre dialectique entre théologie et sciences humaines dans l\u2019acte de croire.www.mediaspaul.qc.ca Tn vente chez votre Cibraire L'ESPRIT EST AMÉRINDIEN L\u2019ESPRIT EST AMÉRINDIEN Quand la religion amérindienne rencontre le christianisme Achiel Peelman 160 p.* 22,95 $ Comment la spiritualité amérindienne peut contribuer à la revitalisation de la spiritualité et de la théologie chrétienne.AnM Catm «t F wqw Wuji La présence du royaume Utp noMAc «cnn * l dwq* Je M»?L\u2014*\tjé* __________________ LA PRÉSENCE DU ROYAUME Une nouvelle lecture de l\u2019évangile de Marc André Couture et François Vouga 200 p.* 24,95 $ Une nouvelle lecture de l\u2019évangile de Marc qui prend ses distances par rapport à la vision christocentrique à laquelle nous sommes habitués, en proposant une réflexion sur la connaissance conjointe de Dieu et de la condition humaine. aiLLeuRS Panama : un gouvernement du FMI Martin Torrijos, du Parti révolutionnaire démocratique, au pouvoir depuis septembre dernier, semble avoir comme objectif principal de mettre en application les politiques néolibérales dictées par le FMI.JUAN JOVANÉ L'auteur\tA vant d\u2019évaluer la trajectoire du est professeur\t/ \\ nouveau gouvernement quel- d'économie\t/ \\ques mois après son inaugura- à l\u2019Université\ttion, il est important de prendre en de Panama\tcompte le contexte dans lequel le Pa- nama se voit imposer un modèle de société par le Fonds monétaire international (FMI).Il s\u2019agit d\u2019un nœud bigarré et complexe de problèmes où les vieux fantômes d\u2019institutions obsolètes et d\u2019un autre temps se mêlent aux démons libérés par l\u2019application stricte du néolibéralisme.Ce qui en résulte peut être illustré par un simple exemple : bien que le Panama soit qualifié par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) de pays à développement humain moyen, plus de 45 % de sa population se trouve en-dessous du seuil de pauvreté, et ce, dans des conditions de répartition des revenus et de la richesse extrêmement inégales.Ceci reflète un système politique et économique incapable de générer un volume d\u2019emplois suffisamment décents pour assurer une existence convenable à la population.Ainsi, selon les statistiques officielles de 2003, le sous-emploi touche 27 % de la population San hndreas (Col.) NICARAGUA Mer des Antilles COSTA RICA Cono/cfe g£pl°n SANJOSft )\t' Colfe de Panama Océan Pacifique active, en plus d\u2019un taux de chômage avoisinant 13 %.Dans le meilleur des cas, 40 % des travailleuses et des travailleurs panaméens sont mal insérés dans le marché du travail.La situation du travail est d\u2019autant plus précaire que plus de la moitié des travailleurs se retrouvent dans le secteur informel de l\u2019économie.LA SOLUTION NÉOLIBÉRALE Malgré cette réalité désastreuse, le plan d\u2019action du nouveau gouvernement, dans la mesure où il se précise de plus en plus, se dirige vers une application stricte des politiques néolibérales, émanant des organisations financières internationales, tels le FMI et la Banque mondiale, et connues sous le nom de « consensus de Washington ».Le document clé, qui semble servir de base, ou d\u2019accord fondamental, dans la formulation et l\u2019application de la politique socio-économique du gouvernement de Martin Torrijos est le Rapport du FMI, publié le 26 mars 2004, à la suite des consultations pour 2004, au titre de l\u2019article W avec le Panama.Les membres du conseil exécutif du FMI y établissent ce qui, à leur jugement -évidemment fondé sur leur position particulière au sommet du pouvoir financier international -, devrait être la politique économique du gouvernement panaméen, si du moins celui-ci désire qu\u2019elle soit qualifiée de saine et de responsable.Elle se résume en cinq réformes.En premier lieu, et de manière urgente, il y est enjoint de réformer le système de sécurité sociale selon les termes généraux proposés par les organismes financiers internationaux.La réforme doit ainsi inclure l\u2019augmentation de l\u2019âge de la retraite, spéciale- ment des femmes, l\u2019accroissement des taux et du tarif de la contribution des travailleurs, la réduction des pensions et l\u2019introduction des comptes individuels d\u2019épargne, dans la logique d\u2019une capitalisation des régimes de retraite et d\u2019une plus grande privatisation dans le système de santé.Au fond, il s\u2019agit là d\u2019une proposition qui ne vise aucunement à sauver le système de sécurité sociale.Elle consolide plutôt les finances publiques afin que le pays soit en mesure de payer ponctuellement non seulement les intérêts de sa dette publique extérieure mais aussi une part de son capital, en accord avec les exigences du FMI, créant ainsi un espace pour un nouvel endettement, en prévision de l\u2019élargissement du canal de Panama.Les récentes déclarations d\u2019importants membres de l\u2019actuel gouvernement mettent en relief la volonté de celui-ci de transformer les fonds de la sécurité sociale en une espèce de bourse collatérale assurant le financement de ce projet.S\u2019il est vrai que la Caisse de sécurité sociale a bien des problèmes financiers, il est aussi vrai que son mode solidaire n\u2019en est pas la cause.Ils proviennent principalement de détournements et d\u2019abus de la part des classes dominantes.L\u2019un des plus importants consiste en l\u2019évasion fiscale qui correspond approximativement à 26 % de la cotisation de tous les salariés.Ces abus, si on les ajoute à ceux commis sous les gouvernements précédents des dix dernières années, se chiffrent à presque 6,5 milliards de dollars pour cette période, constituant près de la moitié de la valeur de la production annuelle du pays.Le gouvernement, comme il fallait s\u2019y attendre, a choisi la position du FMI et des secteurs dominants manœuvrant, il est vrai, dans le secret, cachant bien son jeu par rapport aux propositions concrètes.Il s\u2019agit d\u2019une situation comportant un potentiel élevé de con- m mars 2005 RELATIONS aiLLeuRS flits sociaux qui, sans doute, marqueront l\u2019évolution du pays au cours des prochains mois.UNE FISCALITÉ AU SERVICE DES RICHES La seconde proposition du FMI, qui a été également acceptée par l\u2019actuel gouvernement, se réfère à l\u2019introduction d\u2019une nouvelle réforme de la fiscalité, conçue selon les paramètres du Consensus de Washington en cette matière.Elle vise formellement à réduire les impôts et à accroître la base d\u2019imposition; en termes clairs, à imposer davantage les secteurs moyens et bas, et à réduire les impôts des plus riches et des grandes entreprises, notamment les transnationales.L\u2019annonce de cette politique fiscale a suscité une remarquable inquiétude parmi de larges secteurs de la population.Car cette mesure, dont la raison d\u2019être est d\u2019assurer le service de la dette sans affecter les secteurs ayant les plus gros revenus, ne pourra que creuser encore plus le clivage dans la répartition des revenus, en même temps qu\u2019elle contractera la demande interne en biens et services, générant ainsi une tendance négative dans le fonctionnement de l\u2019économie et dans l\u2019emploi.LE LIBRE-ÉCHANGE AVEC LES TRANSNATIONALES La troisième proposition du FMI, déjà mise en œuvre sous le gouvernement antérieur, vise à une plus grande ouverture du commerce extérieur.Elle prend sa forme la plus achevée dans la signature d\u2019un traité de libre-échange avec les États-Unis.Cette politique peut être qualifiée de « dure » pour le pays pour plusieurs raisons.D\u2019abord, parce que le secteur agricole panaméen ainsi que ce qui reste du secteur industriel ne pourront résister à la compétition étatsunienne.Ensuite, parce que les États-Unis n\u2019ont aucun intérêt à la conservation et au développement de la Zone franche de Colon - une des plus importante du monde - et du Centre bancaire inter- national du Panama, puisqu\u2019ils entrent en compétition avec les facilités qu\u2019offre la ville de Miami.La puissance impériale mobilisera sans doute son pouvoir de négociation pour consolider ses intérêts sur ce front.Il s\u2019agit en résumé d\u2019une politique qui, loin de résoudre les problèmes d\u2019emploi, les aggravera, contribuant ainsi à frustrer de nouveau les attentes légitimes de la population panaméenne.Par ailleurs, cette mesure ne compromet pas seulement l\u2019avenir économique du pays, mais aussi sa souveraineté même.Au niveau actuel des négociations entourant le traité de libre-échange, le gouvernement a non seulement accepté d\u2019introduire des points relatifs aux problèmes de sécurité mais, fait sans précédent, il s\u2019apprête également à offrir un traitement de faveur aux États-Unis en ce qui concerne le processus de financement et de construction dans le dossier de l\u2019élargissement du Canal.La souveraineté nationale sur la principale ressource du pays se voit ainsi véritablement menacée, sachant que le traité de libre-échange permet la réalisation de travaux publics par le biais de concession accordée par qui les finance, quel qu\u2019il soit.UN AUTRE PANAMA EST-IL POSSIBLE?Les deux autres réformes proposées dans le document de mars constituent une attaque en règle contre la valeur de la force de travail.L\u2019une d\u2019elles, en effet, vise à générer un nouveau changement dans la législation du travail, afin d\u2019obtenir une meilleure flexibilité, en clair, une plus grande facilité à congédier les travailleurs et à les faire travailler dans des conditions précaires.L\u2019autre réforme est orientée vers l\u2019élimination des droits des travailleurs et travailleuses de la fonction publique, parmi lesquels se retrouvent les enseignants du primaire et du secondaire, les professeurs d\u2019université, le personnel de la santé, etc., sous le prétexte d\u2019assurer la stabilité des finances publiques.Il s\u2019agit là encore de mesures hautement conflictuelles socialement, car elles ne peuvent qu\u2019engen- drer pauvreté et chômage et affecter sérieusement le fonctionnement de l\u2019économie.En un mot, le gouvernement de Martin Torrijos, élu pour le changement, s\u2019avère du pareil au même.Il ne représente déjà plus la population, ayant préféré servir les vieux et puissants intérêts locaux et étrangers.La frustration et le désenchantement de la population sont dès lors imminents.L\u2019enjeu est donc de les transformer en mouvement positif, en un véritable projet politique, basé sur l\u2019organisation des secteurs populaires, animé par l\u2019idée qu\u2019un Panama autre est possible.\u2022 Canal de Panama, Canapress/Pool \u2014A- ^ -\t«I ' A >\t% ^ Efi.JOSSZ' RELATIONS mars 2005 m coNtRoveRse Quelle place occupe la souveraineté au sein de la gauche?Le nationalisme québécois est un mouvement populaire; la gauche qui s\u2019en isole est vouée à la marginalisation politique.MARC LAVIOLETTE L'auteur est membre de Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre) Pour SPQ libre, la question sociale et la question nationale, au Québec, sont clairement liées.L\u2019avancement de l\u2019une est intimement lié à l\u2019autre.À chaque fois que les souverainistes se sont détournés de la question sociale, ils ont perdu le pouvoir.L\u2019objectif de la souveraineté donne un aspect positif au projet social.Nous avons une société basée sur le bien commun à bâtir.C\u2019est pourquoi, pour SPQ libre, la question nationale n\u2019est pas, dans son essence, une question constitutionnelle.L\u2019indépendance nationale est d\u2019abord l\u2019aspiration démocratique la plus profonde du peuple québécois.Si cette idée a pu connaître un développement si fulgurant en seulement une quarantaine d\u2019années, malgré la lutte acharnée et vicieuse que lui ont mené les milieux fédéralistes et d\u2019affaires, c\u2019est qu\u2019autour de cette idée se sont greffées les revendications sociales de tout un peuple.UN LONG DÉBAT Il y a plus de 35 ans, la gauche québécoise débattait sur le socialisme et l\u2019indépendance.Lequel de ces deux objectifs venait en premier?Ceux qui répondirent le socialisme organisèrent le mouvement « M-L» des années 1970 et se marginalisèrent jusqu\u2019à leur disparition au début des années 1980.La gauche souverainiste, quant à elle, participa à la fondation du Parti québécois qui prit le pouvoir avec le gouvernent Lévesque en 1976, gouvernement qui nous donna les lois les plus progressistes de notre histoire, comme la loi anti-scab, la formule Rand E2 mars 2005 RELATIONS dans le code du travail, la loi 101, la loi sur le financement des partis politiques, celle de l\u2019assurance automobile et celle sur le zonage agricole.Après l\u2019échec référendaire de 1980, le PQ se cassait les dents sur la crise économique de 1982 et les baisses de salaire de 20 % dans le secteur public - se coupant ainsi de ses principaux appuis.Il perdait le pouvoir en 1985.La gauche québécoise se pose toujours la même question fondamentale.Qu\u2019est-ce qui vient en premier : la lutte pour le bien commun, le combat alter-mondialiste, féministe, écologique ou la souveraineté?Aujourd\u2019hui, elle se la pose dans le contexte de l\u2019arrivée au pouvoir du gouvernement Charest, en 2003, après l\u2019éclatement de la grande coalition souverainiste (partenaires pour la souveraineté) à la suite de l\u2019application des politiques néolibérales de déficit zéro par la direction du PQ.Depuis, le gouvernent Charest ne cesse d\u2019affaiblir l\u2019État et les syndicats de façon à imposer à la société québécoise l\u2019ordre du jour patronal.LA GAUCHE PEUT INFLUENCER LE MOUVEMENT NATIONALISTE L\u2019œuvre de démolition sociale et la gestion provinciale « asymétrique » du gouvernement Charest, d\u2019une part, et un système fédéral rendant «ingérable» pour le Québec la protection et le développement de nos acquis sociaux, économiques et culturels, d\u2019autre part, imposent deux objectifs urgents: se débarrasser du gouvernement Charest et réaliser la souveraineté le plus tôt possible.Dans Le Devoir du 18 octobre 2004, Bernard Landry reconnaissait «qu\u2019un grand coup de barre s\u2019impose» pour que le PQ retrouve sa capacité mobilisatrice.Il parlait de « recréer la vaste coalition » à l\u2019origine du PQ.Le chantier de modernisation de la «saison des idées», proposera donc d\u2019importantes modifications aux statuts du parti pour le congrès de juin 2005, dont la reconnaissance des clubs politiques - groupes de militants pour la souveraineté qui veulent promouvoir l\u2019expression politique d\u2019une perspective spécifique.Différents clubs peuvent être envisagés: altermondialistes, féministes, communautés culturelles.Plusieurs sont en gestation.Ils interviendront aux diverses instances du parti : conférence nationale, conférence des présidents, commission politique et congrès national.Cette proposition est le fruit de la saison des idées et du travail des membres de SPQ libre auprès des instances du parti.La création de ces clubs politiques a le potentiel de régénérer la vie politique.Ceux et celles qui veulent défendre au sein du parti un point de vue particulier, une orientation, une conception du monde, pourront le faire à visière levée.La reconnaissance des clubs politiques par le PQ interpelle la gauche indépendantiste québécoise, du moins si elle veut se débarrasser du gouvernement néolibéral actuel et ne pas se faire broyer aux prochaines élections (puisque le mode de scrutin ne sera pas encore réformé).Elle favorise la formation d\u2019une grande coalition capable de mener le Québec à l\u2019indépendance nationale, tout en conservant aux membres de cette coalition une autonomie politique et organisationnelle.L\u2019alliance nécessaire entre la question sociale et la question nationale trouve là une voie d\u2019avenir.\u2022 coNtRoveRse Dans sa volonté d\u2019articuler la question nationale et la question sociale, la gauche semble se diviser en deux mouvances : celle de SPQ libre, qui préconise un renouvellement de l\u2019aile gauche du Parti québécois pour demeurer fidèle à un mouvement populaire, et celle de l\u2019UFP qui propose d\u2019en faire l\u2019occasion d\u2019un vaste projet de démocratie délibérative.L\u2019indépendance ne pourra se faire que grâce à un exercice de démocratie participative.PAUL CLICHE X A plus de 165 ans de la défaite des Patriotes, après quatre mandats du Parti québécois et deux référendums perdus, la question nationale est toujours dans l\u2019impasse, même si, depuis la Révolution tranquille, la démarche du Québec est devenue affirmative.Il y a dans cet échec de quoi générer du désenchantement, voire de la démission.Mais, aux yeux de l\u2019UFR il faut garder le débat ouvert, puisque faire l\u2019indépendance est une nécessité plus pressante que jamais.C\u2019est pour cela d\u2019ailleurs que notre parti affiche fièrement les couleurs des Patriotes et que, dès le préambule de sa plate-forme politique, il définit clairement sa position sur la question.À mon avis, ce cadre trace un corridor assez large pour permettre l\u2019expression de diverses sensibilités de la mouvance progressiste-indépendantiste.Il va de la conception plus radicale selon laquelle la question nationale a comme référence essentielle l\u2019oppression nationale et le mouvement de libération des peuples, jusqu\u2019à celle, plus modérée, pour qui elle se réduit grosso modo au problème constitutionnel dont le règlement, grâce un fédéralisme radicalement renouvelé, suffirait à lever l\u2019hypothèque sur l\u2019avenir du Québec.ARRIMAGE DE DEUX VALEURS FONDAMENTALES Je compte parmi ceux pour qui la délicate opération d\u2019arrimage de la question sociale à la question nationale ne signifie pas occulter l\u2019une par rapport à l\u2019autre, comme le fait le PQ en subordonnant la lutte pour la justice sociale et contre le néolibéralisme à celle contre l\u2019oppression nationale.Ces deux combats doivent être considérés comme les deux faces d\u2019une même stratégie de libération.SPQ libre, lui aussi, veut lier la lutte nationale à la lutte sociale, mais il sera paralysé par la conception consensuelle qu\u2019impose l\u2019appartenance à un parti d\u2019union nationale comme l\u2019est le PQ.En effet, l\u2019agenda péquiste dissimule, sous son programme officiel à saveur sociale-démocrate, l\u2019exact opposé d\u2019un véritable projet progressiste et indépendantiste.Sa conception met entre parenthèses les problèmes sociaux que le PQ évite d\u2019aborder pour ne pas compromettre l\u2019union sacrée entre ses différentes tendances qui couvrent pratiquement le spectre idéologique.C\u2019est pour cela que le PQ ne peut conserver le monopole de l\u2019indépendance - qu\u2019il a d\u2019ailleurs troquée pour l\u2019appellation «souveraineté».Maintenant, il existe un parti progressiste assez crédible pour s\u2019inscrire dans la lutte nationale à ses côtés.Si l\u2019UFP propose l\u2019indépendance nationale en fonction de la justice sociale, ce parti n\u2019en fait toutefois pas une fin en soi, mais un moyen pour réaliser le projet de société qu\u2019il préconise.Il veut aussi éviter un certain dogmatisme qui risquerait de faire dégénérer le débat en invectives.C\u2019est ainsi qu\u2019il reconnaît que son membership ne forme pas un bloc monolithique sur la question nationale; la diversité des points de vue étant le reflet de la diversité existant dans l\u2019ensemble de la gauche.Quand il soutient aussi que le mouvement de revendication nationale est porté par les classes populaires et que l\u2019indépendance est le seul moyen pour obtenir des changements sérieux du côté social et économique, il considère que ce sont là des arguments de poids mais il n\u2019en fait pas une religion.Les raisons qui ont poussé la génération précédente à privilégier la souveraineté étaient surtout de nature identitaire (langue, culture, etc.).Ces raisons apparaissent souvent dépassées pour les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui qui ne considèrent pas la souveraineté pour elle-même mais comme un moyen de changer leur vie.Comme l\u2019UFP, les jeunes altermondialistes veulent plutôt prouver qu\u2019un autre monde est possible et penser le devenir de la nation québécoise en dehors des « règles » des marchés financiers.SOUVERAINETÉ POPULAIRE L\u2019UFP propose que le processus d\u2019accession à la souveraineté soit l\u2019aboutissement - et non le point de départ, comme c\u2019est le cas pour le PQ et son allié le SPQ libre - d\u2019un exercice en profondeur de démocratie participative, par la création d\u2019une Assemblée constituante permettant à la souveraineté populaire de s\u2019exercer.Il veut ainsi mettre de côté l\u2019approche prosélyte du PQ et bannir les « astuces », afin de rendre le peuple partie prenante de la définition et de la démarche de son propre affranchissement.De cette façon, l\u2019avenir du Québec cesserait d\u2019être l\u2019apanage des seuls partis politiques pour devenir l\u2019affaire de tout le monde, comme l\u2019ont souhaité les États généraux de la fin des années 1960.Certes, la concrétisation d\u2019une telle démarche nécessiterait un leadership sociopolitique très fort, qu\u2019on ne voit pas poindre à l\u2019horizon.Mais il faut avoir confiance, car la « révolution citoyenne » pourrait emprunter des voies insoupçonnées aujourd\u2019hui.\u2022 L\u2019auteur est membre de l\u2019Union des forces progressistes RELATIONS mars 2005\t19 RegaRD Dénoncez-vous les uns les autres! L'auteure est étudiante en journalisme Sous ses faux airs d\u2019acte de haute qualité civique, la délation reste un mal intimement lié à la répression.Dans la lancée de la lutte contre le terrorisme et du récent scandale des commandites, le Canada doit s\u2019interroger sur les conséquences de l\u2019implantation d\u2019un système de dénonciation qui ne cesse de faire des petits.BIANCA JOUBERT Impliquant un certain régime de pouvoir, la délation fait partie des comportements politiques des sociétés depuis la nuit des temps.Les chasses aux sorcières et les actes de délation changent de visage et de cible au gré des époques, mais le phénomène est ancien et figure avant même la création des premières Cités grecques.À vrai dire, aucun régime politique n\u2019y échappe vraiment et certains, dans l\u2019Histoire, se sont même fondés sur elle.De l\u2019Empire romain à l\u2019Inquisition, en passant par l\u2019occupation nazie et le maccarthysme aux États-Unis, la délation figure en bonne place au palmarès des actes susceptibles de créer un climat de peur et d\u2019autocensure dans une société.À la moindre crise de la démocratie, elle revient en force et prolifère en se mettant au service de l\u2019autorité.Depuis le 11 septembre, le Canada n\u2019y échappe pas, dépendant qu\u2019il est, à bien des égards, de son voisin du Sud.Au chapitre de la dénonciation, les militants qui œuvrent sur la place publique sont maintenant refoulés, fichés, voire emprisonnés, alors que ceux qui trahissent dans l\u2019ombre sont encouragés et mis sous la protection de la loi.On n\u2019a qu\u2019à penser à cette fameuse loi C-36, la loi antiterroriste qui accorde des pouvoirs extraordinaires aux forces de l\u2019ordre.Sur la seule base « d\u2019informations sensibles » qui peuvent provenir d\u2019un simple signalement, des individus peuvent être arrêtés sans mandat et mis en détention préventive.Sujet peu aisé, la délation soulève bien des problèmes d\u2019éthique et renvoie dos à dos la loi du silence, qui peut elle aussi être vicieuse, et le climat de peur de l\u2019autre qui s\u2019installe lorsque la dénonciation devient un fait de société encouragé par l\u2019État.Dans bien des cas, il reste difficile de démarquer ceux qui dévoilent au nom de leur conscience et ceux qui n\u2019obéissent qu\u2019à leurs intérêts.La question qui se pose est celle du type de société dans laquelle nous voulons vivre, au Québec et au Canada; pour des motifs de sécurité nationale et de morale, sommes-nous en train de voir l\u2019État s\u2019immiscer de plus en plus profondément dans la vie privée pour des fins de contrôle?DE LA CIGARETTE À LA TORTURE Le 26 octobre dernier, Postes Canada annonçait son intention d\u2019établir un système de délation permettant à ses employés de dénoncer, dans l\u2019anonymat, les collègues de travail dont ils jugent les actes « non appropriés ».À cet effet, un service téléphonique, une adresse électronique et un site Internet devaient être mis sur pied avant la fin de l\u2019année 2004.Plus tôt dans l\u2019année, le gouvernement du Canada avait fait la proposition d\u2019un projet de loi visant à faciliter aux fonctionnaires la dénonciation d\u2019actes «répréhensibles» de la part des employés.Cette loi serait également applicable aux employés de la Couronne, dont Postes Canada fait partie.Engagés sur la même voie, Santé Canada, Citoyenneté et Immigration Canada, et même Radio-Canada ont déjà leurs propres lignes téléphoniques ou adresses électroniques de dénonciation en tout anonymat.Le Service de lutte contre le tabagisme du gouvernement du Québec met à la disposition des «apprentis-rapporteurs» un numéro de téléphone permettant de livrer les noms de ceux qui fument dans leur commerce ou accueillent des clients fumeurs là où la loi l\u2019interdit.Pour les agents d\u2019immigration Canada, la délation est la première source de renseignements dans la chasse aux sans-papiers, dénoncés par leurs voisins ou leurs collègues de travail.Au Bureau des Assurances du Canada, on protège et encourage les citoyens qui dénoncent les pratiques frauduleuses en matière d\u2019assurances, et ce, sous la menace silencieuse des hausses de primes.Les exemples de systèmes de dénonciation sont nombreux, tant au Québec qu\u2019au Canada.Le scandale des commandites semble avoir mis le vent dans les voiles des éventuels délateurs et dénonciateurs.Si la tendance se maintient, la dénonciation - anonyme de préférence et publique en dernier recours - devrait avoir de plus en plus la cote.Même les mouvements de protection de la langue française se sont mis au parfum au Québec et prêtent assistance aux indicateurs par le biais d\u2019Internet.Si certaines dénonciations sont payantes, le marché du « mouchardage » a tout de même évolué et le « métier » n\u2019est pas toujours rémunéré.Des lois de plus en plus insi- la délation soulève bien des problèmes d\u2019éthique et renvoie dos à dos la loi du silence, qui peut elle aussi être vicieuse, et le climat de peur de l\u2019autre qui s\u2019installe lorsque la dénonciation devient un fait de société encouragé par l\u2019État.m mars 2005 RELATIONS dieuses sont mises en vigueur et cherchent à créer l\u2019obligation de dénoncer.Nonobstant le secret professionnel, l\u2019avocat, le médecin et le personnel des banques sont tenus de livrer leurs clients, que ce soit parce que ceux-ci sont jugés potentiellement dangereux au volant ou parce qu\u2019on les soupçonne de gagner leur pain d\u2019une manière considérée louche par l\u2019État.Toutes ces pratiques ramènent à un conformisme qui se veut au service de l\u2019autorité et questionne encore le contrôle de plus en plus accru des citoyens.L\u2019exemple récent le plus frappant à cet égard est peut-être celui du Canadien d\u2019origine syrienne, Maher Arar, qui, selon la Ligue des droits et libertés, « illustre la collaboration et même la délation des services de sécurité [canadiens] auprès des autorités américaines ».Cette petite dénonciation «entre amis» a conduit à la déportation de M.Arar dans son pays d\u2019origine (et non au Canada, comme il se devait, puisqu\u2019il est citoyen canadien), où il a été détenu et torturé avant d\u2019être innocenté et ramené au Canada.LE CONCEPT DE L\u2019INTOLÉRABLE Occupant une place importante au sein des institutions, doit-on considérer la délation comme une bavure ou comme un acte naturel lié à la morale d\u2019un peuple?La question pose un véritable casse-tête aux législateurs, lesquels mettent pourtant facilement les délateurs du côté de la loi pour servir leurs intérêts alors que la délation elle-même a un rapport non éthique à la loi.Le philosophe René Villemure, président de l\u2019Institut québécois d\u2019éthique appliquée, craint « qu\u2019on érige la dénonciation en système et qu\u2019on impose dans les milieux de travail des politiques de délation proches de celles des Soviets et de la Gestapo ».Selon M.Villemure, la dénonciation n\u2019est justifiable que lorsque « la sécurité du public est clairement en péril.La dénonciation doit alors être immédiate ».De plus, le dénonciateur doit, selon lui, avoir au préalable évalué que « l\u2019acte reproché a vraiment franchi la frontière de l\u2019intolérable » et exclure tout intérêt personnel.Au Québec, c\u2019est justement la notion « d\u2019intolérable » qui pose problème.La culture québécoise, d\u2019inspiration latine, mais également teintée par la culture anglo-saxonne, est coincée entre deux traditions qui définissent différemment le concept de l\u2019intolérable.Dans la culture latine ou européenne, « la ligne entre le tolérable et l\u2019intolérable est plus fuyante et contextuelle ».\t^ tttTTTTTTB W ViJw* - Allô, ce serait pour dénoncer mes parents.Ils disent que Bush est un con.et ils m\u2019obligent à manger du brocoli! RELATIONS mars 2005\t10 RegaRD Pour ce philosophe, la loi fédérale visant à la protection des fonctionnaires dénonciateurs, proposée l\u2019an dernier, a toutes les chances d\u2019être un échec.« On met dans les mains de tous un outil utilisable en tout temps alors qu\u2019il devrait être utilisé seulement de manière exceptionnelle.C\u2019est une machine à saper la confiance entre les fonctionnaires et leurs supérieurs.» ATTEINTE À LA CONVIVIALITÉ Il n\u2019y a pas que dans les milieux de travail que la délation tente de s\u2019immiscer.Si on est encore loin de l\u2019œil de Big Brother en permanence dans nos vies, certaines lois et certains principes, développés ici même au Canada, tendent vers un conformisme caricatural susceptible de créer un malaise de société.Prétextant la lutte contre le banditisme ou le terrorisme, la dénonciation encouragée à tout propos banalise des comportements portant atteinte à la convivialité et même à la solidarité des voisinages.Le voisin qui dénonce pour un oui ou un non des agissements jugés suspects, qu\u2019ils soient réels ou supposés, sans prendre le temps d\u2019évaluer au minimum la situation, c\u2019est en quelque sorte l\u2019État qui s\u2019insère dans la vie privée de manière insidieuse.Si n\u2019importe qui peut être victime d\u2019une dénonciation, intéressée ou pas, il est un groupe qui en souffre un peu plus que les autres: celui des minorités ethniques.Le 11 septembre 2001 a contribué à empoisonner un peu plus la vie des immigrants, au Canada comme ailleurs en Occident.L\u2019étranger est devenu suspect; sa proximité peut être vécue comme un danger, et c\u2019est justement la délation, cet acte de langage libérateur, qui peut nous en délivrer.Coupables de non-conformisme à la mode vestimentaire occidentale ou aux mœurs québécoises, ou tout simplement d\u2019avoir une « sale gueule », les « étrangers » restent des cibles de choix pour ceux dont la langue les démange.Elaheh Machouf, représentante de l\u2019Association des femmes iraniennes de Montréal (AFIM), connaît bien ce qui en découle.Selon elle, la délation de la part des voisins est monnaie courante en Iran.Constatant que le Québec n\u2019est pas à l\u2019abri de ces pratiques répressives, elle cite l\u2019exemple d\u2019une famille iranienne de Montréal.Lors d\u2019une cérémonie de deuil à son domicile, la famille a reçu la visite de policiers, appelés par les voisins qui dénonçaient un « rassemblement suspect étant donné la nationalité de ces personnes ».Des cas comme celui-ci, s\u2019ils se multiplient, mènent à l\u2019autocensure et contribuent à l\u2019isolement au lieu de le briser.Nous ne sommes plus alors dans la dénonciation sur présomption de fraudes ou d\u2019actes illégitimes, mais dans la paranoïa avec pour motif de départ la couleur de la peau, la nationalité ou le simple fait d\u2019être rassemblés.L\u2019AUTRE CÔTÉ DE LA MÉDAILLE Quoi qu\u2019il en soit, tout acte de dénonciation n\u2019est pas nécessairement négatif.La victime d\u2019un acte condamnable, capable d\u2019identifier le coupable, devrait bien sûr le dénoncer.Cependant les témoins d\u2019actes graves sont parfois longs à se manifester.Au Québec, la délation a mauvaise presse, car l\u2019on considère qu\u2019elle est presque toujours guidée par des intérêts.Sans motivation personnelle, les gens préfèrent se taire.Et c\u2019est en cela que le militantisme, qui exige de prendre des risques et de dénoncer sur la place publique, est le parfait revers de la délation, souvent secrète et anonyme.Au Royaume-Uni, un organisme de bienfaisance, le Public Concern at Work, a été mis sur pied pour conseiller et aider les employés qui possèdent des renseignements sur des actes illicites commis par leur employeur.L\u2019organisme tente d\u2019aider les employés à soulever des questions d\u2019intérêt public ainsi qu\u2019à obtenir l\u2019appui et la reconnaissance de la population au lieu d\u2019être sanctionnés et humiliés.Aux États-Unis, le General Accountability Project a les mêmes visées et une fondation, la Cavallo Foundation, décerne même annuellement des prix aux employés qui osent révéler des pratiques mettant en danger le public ou compromettant l\u2019intérêt public.Rien de similaire pour l\u2019instant au Canada, mais la tempête provoquée par le dossier des commandites et des fonds pour l\u2019unité nationale devrait provoquer une réflexion à ce sujet.La dénonciation n\u2019a jamais fait partie de notre culture, semble-t-il.Loin de nous les horreurs des polices secrètes d\u2019Europe de l\u2019Est ou de l\u2019ère stalinienne.Pourtant, l\u2019enquête du juge McDonald sur la Gendarmerie royale a révélé que la GRC avait embauché des milliers de gens qui surveillaient pour elle leur environnement avec fierté, au nom de la sécurité du pays.Ce système devait rester secret, mais sa révélation nous montre que nous ne sommes à l\u2019abri de rien.Les mobiles de la dénonciation sont parfois clairs, parfois insaisissables.Ils relèvent autant de la morale que des bassesses les plus sordides, en passant par l\u2019intention inavouée de contrôler les populations.À l\u2019ère de la désinformation, les nouveaux moyens technologiques permettent de rassembler une multitude de renseignements à la vitesse de l\u2019éclair.Au tour maintenant des citoyens de garder l\u2019œil ouvert sur la machine, et non le contraire.\u2022 Si n\u2019importe qui peut être victime d\u2019une dénonciation, intéressée ou pas, il est un groupe qui en souffre un peu plus que les autres : celui des minorités ethniques.mars 2005 RELATIONS soirée ReLatioNS Écologie et capitalisme : rupture ou adaptation?Le lundi 21 mars 2005, de 19 h à 21 h 30 à la Maison Bellarmin, 25, rue Jarry Ouest, Montréal (métro Jarry ou de Castelnau) Pour en savoir plus, consulter le site .Renseignements : Pascal Durand (514) 387-2541, pdurand@cjf.qc.ca Contribution volontaire : 5 $ Prochain numéro Le numéro d\u2019avril/mai de la revue Relations sera disponible en kiosques et en librairies dans la troisième semaine d\u2019avril.Il comprendra notamment : \u2022\tUn dossier sur les chrétiens et l\u2019engagement social à l\u2019occasion du 700e numéro de la revue.Comment penser aujourd\u2019hui le rapport entre religion et politique?Qui sont les chrétiens engagés?Qu\u2019apporte à la société l\u2019engagement social des chrétiens?\u2022\tune controverse sur les conseils régionaux des élus : recul ou avancée dans le développement régional?\u2022\tun « Ailleurs » sur le Liban, à quelques mois des prochaines élections; \u2022\tla suite de la chronique de Jean-François Casabonne illustrée par Stéphanie Béliveau; \u2022\tdes œuvres de notre artiste invité, Marcel Lapointe, graveur.Recevez, peu avant sa parution, le sommaire détaillé de chaque numéro.Pour ce faire, inscrivez votre adresse de courriel à l\u2019endroit indiqué sur la page d\u2019accueil de notre site Internet : .Marcel Lapointe, Bois II (1/12), gravure, 1970 A *»»**, RELATIONS mars 2005\t13 .V, ; ¦¦¦\t.ÿff.\u2018 cLaiRSONnaNce is mars 2005 RELATIONS Carnet d'accompagnement pour Clairsonnance Pages 24 et 25, 14,2 x 19 cm, janvier 2005 Techniques mixtes sur carnet moleskine cLaiRSONiiaNce Est-ce toujours moi?O TEXTE : JEAN-FRANÇOIS CASABONNE ILLUSTRATION : STÉPHANIE BÉLIVEAU Nous sommes tous dans le capot, à dévisser, nous sommes tous là à regarder un spectacle qui n\u2019a pas lieu.Les arbres accordéons s\u2019accordent.Tantôt, ils sont une maison, tantôt une guitare, tantôt un bateau.La marche est de plus en plus haute et l\u2019inertie de plus en plus stable.D\u2019où vient cette musique, comme un long cri d\u2019avertissement qui chante à tous vents?Qui m\u2019asperge de ses mains?Quelle langue se dessalive à dire du mal de moi?Je ressens l\u2019onde des mal-disant sur ma peau.Dans le hangar, le moteur est éteint.Les coteaux sont devenus des oiseaux.J\u2019use de ruse avec mes semblables.Je suis pourtant si fatigué d\u2019onduler dans cette salade de lames.Le soleil a une lumière pleine et personne n\u2019a le rhéostat du soleil.Je n\u2019en peux plus d\u2019être en degrés d\u2019amitié ou en degrés de relation.Le chapeau n\u2019a pas sa tête et les arbres dégagent une fumée ballerine.Il y a un climat d\u2019inquiétude et Bob Moral est dans l\u2019arbre, il étend son poison.Un policier vient faire son enquête au sujet du climat anormal qui plane.J\u2019attends que Bob Moral arrive dans la pièce.Il discute avec une femme hautement médecin.Le colloque est à peine commencé et tout le monde prend des notes.La musicienne joue dans les allées de la guitare aérienne et c\u2019est la prière.L\u2019impatience monte.Les couloirs n\u2019ont plus de sens, je n\u2019arrive pas à passer dans la porte, je crains qu\u2019elle ne me dépossède.J\u2019ai trop à me souvenir.Les détails, les histoires, les impressions, ma tête décortique, cède sous la charge, je suis un vaste réservoir qui se vide de sa lumière et j\u2019aime mieux devenir une lumière qu\u2019une eau prisonnière.Bob Moral arrive par la gauche.Il se déguise en feu de circulation.Au fond du cylindre de l\u2019édifice, il y a une machine à copulation.Le savon s\u2019en donne à cœur joie.Bob Moral fait sa sieste.Il suspend ses tentacules.Je suis suspendu au bout d\u2019une corde et je tourne, je fais des cercles en volant.J\u2019atteins presque la cime des cerisiers de chez nous, c\u2019est fou.Chez nous, c\u2019est un lac.Je tourne et j\u2019ai un élan de moulin à vent.Je frôle le lac, le vent que je fais lui donne des frissons.Pourvu que je n\u2019échappe pas le bébé que je tiens.Un amas de vie chiffon chuchote.Il y a un trou et il faut l\u2019agrandir.Pourquoi le réalisateur n\u2019arrive-t-il pas à tourner son plan?Quelle étrange percée! Moi, je cogne une pointe de roche avec un gros bâton de fer et ma force est dans la vibration.La confusion est forte.Je regorge d\u2019une force confuse.Dois-je répondre à l\u2019appel?À tout appel en moi?Je vibre comme un ressort.La présence sort de l\u2019arbre, de la fleur, mes oreilles ont soif d\u2019un bruit vierge, mon âme se flétrit.Trop de sons stériles.\u2022 13 RELATIONS mars 2005 muLtimeDias les marques de reconnaissance à son endroit pour son engagement, son service, sa présence auprès des mal aimés, des clochards, des sans abri.Autant de traces de son existence dont il a longtemps douté.Ce CV c\u2019est sa vie, dit-il.Étrange preuve de bonheur.Ne pas avoir de nom, errer comme un fantôme, sans être entendu, regardé - victime du pouvoir incroyable d\u2019exclusion que chacun possède en se détournant du visage de l\u2019autre -, c\u2019est un mal qui ronge, qui tue.Il a conquis son nom et acquis ainsi une demeure heureuse en se tournant vers l\u2019autre, en y puisant sa joie.Bien fragile et précieux, mais chemin de justice.Ainsi va le train, ainsi va le film.Petit voyage au pays du bonheur.La réalisatrice met en épigraphe une très belle citation d\u2019Anne Sylvestre: «En mettant bout à bout toutes nos solitudes on pourrait se sentir un peu moins effrayés».Au terme du documentaire, un poème de Prévert remonte en moi, que mon petit garçon aime tant chanter : « En sortant de l\u2019école nous avons rencontré un grand chemin de fer qui nous a emmenés tout autour de la terre dans un wagon doré.» JEAN-CLAUDE RAVET encore en accompagnant des mourants.Ce sont des leçons de vie, livrées un peu comme des leçons de choses.La main - parfois si loin du cœur tant elle s\u2019agite, s\u2019agrippe et se crispe - nous est montrée à son naturel.Dansante sur un pinceau, caressante sur l\u2019épaule de la douleur ou à l\u2019approche de la mort, jouant des notes, pétrissant la terre, aidant.Le rêve devient familier; la fragilité, pouvoir.Je retiens en particulier Jean-Noël.C\u2019est lui qui ouvre la ronde et qui la ferme.Cet homme est le père d\u2019un schizophrène qui s\u2019est suicidé.Pris dans les mailles de la culpabilité, il a trouvé sa rédemption dans la peinture.Il a transformé un buffet de la gare en atelier où des jeunes, comme son fils, viennent tirer du fond d\u2019eux-mêmes les mots qui apaisent en y jetant le filet de l\u2019art.Sa main trace sur la toile - mais aussi dans notre œil et jusqu\u2019au cœur-les voix muettes de la passion, les voix ténues de la tendresse : un zèbre rouge, son fils ou deux mains qui se joignent autour d\u2019un vide plein de lumière.Un ancien écorché vif, qui travaille comme bénévole à l\u2019Accueil Bonneau depuis plus de 13 ans, offre ce qu\u2019il aurait tant voulu qu\u2019on lui donne quand il était dans la rue, prostitué et délinquant: un coup de main.Le plus précieux dans sa vie, c\u2019est un cahier dans lequel il a recueilli LES MAINS DU MONDE RÉALISATION : ANAÏS BARBEAU-LAVALETTE PRODUCTION : INFORMACTION CANADA, 2004, COULEUR, 52 MIN.Les enjeux politiques de l\u2019heure ne peuvent nous détourner des petits, mais puissants gestes d\u2019entraide, qui tissent la vie quotidienne de bien des gens et leur sauvent la vie.Avec Les mains du monde, nous sommes conviés à un beau voyage au pays de la bonté et du don, petit coin ensoleillé de cette terre où souffle une Drise prmiamere rairai-chissante et qui ranime l\u2019espérance.Un train nous y emmène, de récit en récit d\u2019hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, qui s\u2019entrelacent comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une même histoire, mais chaque fois racontée d\u2019un point de vue différent.Photos : Robert Vanherweghem, InformAction Films inc.Illustration : Jean-Noël Bilodeau Une caméra lente, attentive, presque pudique, nous fait découvrir des personnes qui se sont lassées d\u2019être impuissantes, ont rompu la longue chaîne des regards fuyants et des solitudes imposées.Ayant reçu, elles donnent, simplement.Elles ont appris de la souffrance comme de l\u2019amour, elles partagent, l\u2019une en devenant Grande sœur, un autre en donnant des cours de peinture à des jeunes atteints de maladie mentale, un autre encore en s\u2019engageant à l\u2019Assistance aux enfants en difficulté, à l\u2019Accueil Bonneau ou >vY m mars 2005 RELATIONS muLtimeDias .Heated I ésuites
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