Relations, 1 octobre 2005, Octobre - Novembre
[" Duncan Cameron La gauche au Canada ReLatiONS société politique religion NuméRO 704 NOvemBRe 2005 Les dérapages pharmaceutiques 1 \u2019 À qui profitent les médicaments?Contre l\u2019apartheid sanitaire Inéluctable finitude L\u2019Église comme épouvantail 9 r MJUD4 JfOUUU ARTISTE INVITÉE : JOANNE BOUCHARD 977003437800011 ReLatiONS NuméRO 704, octOBRe-NOvemBRe 2005 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS La justice vue d\u2019Amérique latine\t9 joào Batista Libânio EN BREF\t23 AILLEURS Taïlande : histoire\td\u2019une\toligarchie\t24 Dominique Caouette CONTROVERSE Entre science et théologie : une alliance possible?Jean-François Filion\t26 Gregory Baum\t27 REGARD L\u2019Église comme épouvantail\t28 Jean-Philippe Warren La gauche au Canada\t31 Duncan Cameron PASSAGERS Voyage d\u2019essoufflé\t36 Pascale Quiviger MULTIMÉDIAS\t38 LIVRES\t40 Couverture : Joanne Bouchard, Tracé de mémoire, détail dOSSieR LES DÉRAPAGES PHARMACEUTIQUES Il est indéniable que, durant les dernières années, les entreprises pharmaceutiques ont fabriqué et commercialisé un grand nombre de médicaments très précieux qui ont soulagé d\u2019immenses souffrances et sauvé un nombre incalculable de vies.En dénonçant les dérapages de l\u2019industrie pharmaceutique, Relations ne veut pas jeter le discrédit sur les avancées médicales.À travers ce dossier, la revue se propose plutôt d\u2019analyser les rouages d\u2019un mécanisme qui s\u2019est grippé en tournant le dos à sa mission première : être au service de la santé des populations du Nord aussi bien que du Sud.À qui profitent les médicaments?\t12 Entrevue avec Jean-Claude St-Onge Pour une véritable politique du médicament\t14 Gabrielle Pelletier Contrer l\u2019apartheid sanitaire\t17 Françoise Nduwimana Inéluctable finitude\t20 Raymond Lemieux ARTISTE INVITÉ Après des études en arts visuels à l\u2019Université du Québec à Montréal, Joanne Bouchard a entamé sa recherche ayant pour questionnement central la mémoire.Plusieurs expositions individuelles ont émergé de ce questionnement, entre autres, Fragments de mémoire et Mémoire transgénérationnelle en 2003 et 2004, ainsi que Tracé de mémoire, réalisée au Gesù en 2005.L\u2019artiste a également pris part à divers événements, performances ou expositions collectives, notamment lors des Femmeuses, en 2001, ou dans le cadre de Porta, Mémorium, Persona à Saint-Hubert, en 2004.Revue foNDée eN 1941 Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTRICE EN CHEF Anne-Marie Aitken RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Jean-Claude Ravet SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Marco Veilleux DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Jacques Goldstyn Lino Pascale Quiviger RÉVISION/CORRECTION Éric Massé IMPRESSION HLN, Sherbrooke COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Céline Dubé, Guy Dufresne, Fernand Jutras, Nicole Laurin, Guy Paiement, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Pascal Durand, Jean-Marc Éla, Jean-François Filion, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau, Pascale Quiviger Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans X Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (taxes incluses) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l'étranger : 45 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ TPS : RI 19003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 | octobre-novembre 2005 RELATIONS éDitORiaL L\u2019œil de l\u2019ouragan Il y a quelques mois, en même temps qu\u2019on annonçait une croissance continue de l\u2019économie américaine, le bureau des statistiques des États-Unis notait que, pour la quatrième année consécutive, 1,1 million d\u2019Américains de plus avaient rejoint la cohorte des plus pauvres, faisant monter leur nombre à plus de 37 millions.Parmi les États américains les plus lourdement affectés par la pauvreté, figuraient le Mississippi avec 17,7% de sa population et la Louisiane avec 17 %.C\u2019est cette population pauvre qui a le plus souffert de l'ouragan Katrina.En les touchant, il a mis en évidence la fragilité interne du système économique américain qui, s\u2019il fonctionne bien, en apparence, dans une perspective macro-économique, creuse toujours davantage l\u2019écart entre riches et pauvres.Comment les plus pauvres parmi la population pouvaient-ils fuir joanne Bouchard, Tracé de mémoire, technique mixte, 18 x 13 cm, 2005 le cataclysme quand on recommandait aux habitants de la Nouvelle-Orléans d\u2019évacuer la ville au plus vite?Ils n\u2019avaient ni moyens de transport, ni lieu où aller se réfugier.Après l\u2019ouragan, livrés à eux-mêmes, sans toit, sans nourriture et sans eau, comment pouvaient-ils s\u2019en sortir autrement qu\u2019en prenant les victuailles là où elles se trouvaient, dans les magasins cadenassés, au risque d\u2019être taxés de voleurs et de pillards?C\u2019est de cette même population dont parlait Barbara Bush, ancienne First Lady et mère du président actuel, lors de l\u2019émission Marketplace, après sa visite à l\u2019Astrodome de Houston : « De nombreuses personnes qui sont dans ce stade étaient de toute façon très défavorisées, aussi, tout cela n\u2019est pas si mal pour eux.» Ces paroles méprisantes n\u2019en restent pas moins le miroir grossissant de l\u2019idéologie dominante américaine qui voit dans l\u2019esprit d\u2019entreprise la clé de la richesse.Dans cette logique, les pauvres sont pauvres parce qu\u2019ils manquent d\u2019initiatives.Acculés à des situations limites, ils apprendraient à s\u2019en sortir par eux-mêmes.L\u2019infortune des pauvres n\u2019est donc pas un mal dont il faudrait combattre les causes, elle est l\u2019occasion pour eux de se prendre en main.Leur existence misérable comme telle est insignifiante et voisine l\u2019inexistence.Quand le malheur atteint les riches, c\u2019est une autre affaire.Il s\u2019agit là, selon l\u2019esprit du capitalisme américain, d\u2019une véritable injustice qu\u2019il faut, au plus vite et à tout prix, réparer.Katrina, par son souffle meurtrier, aura déchiré le voile qui sépare les autorités - et le monde des riches - du pays réel de la pauvreté et de ses causes.Elle aura rappelé que la solidarité est le fondement de la richesse, si on veut que celle-ci ne se bâtisse pas sur la misère des autres.Comme nous le rappelle le Collectif pour un Québec sans pauvreté, «vivre la pauvreté c\u2019est faire l\u2019expérience des inégalités, de la discrimination et des préjugés».Même si la fracture sociale est moins visible chez nous que chez nos voisins, elle existe.Elle se creuse.Des pays de l\u2019OCDE, le Canada est, après les États-Unis, celui qui a le plus haut taux d\u2019emplois mal rémunérés.Plus de la moitié des enfants de familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté.On pourrait allonger la liste.Céderons-nous à la logique qui place les pauvres devant le défi de s\u2019en sortir seuls ou accepterons-nous de nous engager dans la recherche commune d\u2019une vraie solidarité sociale où aucun pan de la société n'est laissé pour compte?* * * Dans le dernier numéro de Relations, Anne-Marie Aitken, rédactrice en chef, nous annonçait son départ après sept ans à la revue.Elle nous manquera.Nous garderons d\u2019elle le souvenir d\u2019une personne généreuse, constante dans le travail, une personne à la pensée claire, précise et soucieuse de vérité et de justice.Nul autre que Jean-Claude Ravet n\u2019était mieux placé pour la remplacer.Entré à Relations comme secrétaire de rédaction en août 2000, il est devenu rédacteur en chef adjoint en septembre 2002.Il sera assisté de Marco Veilleux, qui devient rédacteur en chef adjoint et de notre nouvelle secrétaire de rédaction, Louise Dionne, qui nous apportera sa riche expérience de travail au sein d\u2019organisations sociales.Ils continueront, avec la passion qui les habite, l\u2019œuvre de la revue: se mettre au service de la construction d\u2019un monde commun basé sur la justice.JEAN-MARC BIRON RELATIONS octobre-novembre 2005 actuaütes La conférence de Montréal © sur le climat L\u2019auteur est théologien et consultant en environnement Lino, Les derniers humains, acrylique et collage sur papier, 2005 première conférence des parties (CdP 1) a eu lieu à Berlin en 1995 et a permis de fixer des objectifs plus précis dans le cadre d\u2019un Protocole adopté à Kyoto en 1997.Une fois le Protocole signé par les parties, il devait ensuite être ratifié par les gouvernements concernés.Il fallait la signature de 55 pays représentant au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre.La tractation fut longue.Les États-Unis (5 % de la population mondiale, 25% des émissions) n\u2019ont pas ratifié le Protocole.C\u2019est finalement la ratification de la Russie, en 2004, qui lui a permis d\u2019entrer en action.À Montréal, il y aura 189 parties à la convention dans le cadre du CdP 11 (incluant les États-Unis) et 140 parties à la rencontre des partenaires du Protocole (MdP 1), les États-Unis n\u2019en étant pas membres.La Conférence de Montréal devrait regrouper environ 7000 participants : 3000 délégués, 1000 journalistes, 3000 observateurs d\u2019organismes gouvernementaux internationaux et d\u2019ONG et un nombre indéter- Il s'agira d\u2019une rencontre d\u2019une grande importance et fortement médiatisée.ANDRÉ BEAUCHAMP Du 28 novembre au 9 décembre 2005, Montréal sera à l\u2019heure des changements climatiques, puisqu\u2019elle accueillera la onzième Rencontre des parties à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CdP 11) et la première Rencontre des parties au Protocole de Kyoto (MdP 1).Ce devrait être pour le public québécois une occasion de sensibilisation majeure sur les défis qui se posent aux citoyens que nous sommes.La question des changements climatiques est une question complexe et âprement débattue.L\u2019évidence scientifique, cependant, devient de plus en plus claire: la planète se réchauffe.Le climat est changeant d\u2019un jour à l\u2019autre, d\u2019une année à l\u2019autre.Cela, nous le savons fort bien.Il est aussi changeant sur de longues périodes, selon des alternances de réchauffement et de refroidissement (glaciations) qui ont marqué l\u2019histoire de notre planète.Le réchauffement en cours correspond possiblement à un cycle normal de l\u2019équilibre planétaire.Mais il est aussi amplifié par les activités humaines qui produisent des gaz à effet de serre.Le processus est en cours et risque d\u2019entraîner des bouleversements très considérables des climats dominants et une plus grande variabilité des températures et des incidents climatiques (verglas, inondations, canicules, ouragans, etc.).En 1992, lors de la rencontre de Rio, les Nations unies ont créé un groupe de travail et une convention-cadre qui définissait des objectifs généraux.La octobre-novembre 2005 RELATIONS actuaütes miné de politiciens.En plus de la conférence elle-même, il y aura un grand nombre d\u2019événements parallèles à Montréal et d\u2019activités satellites un peu partout au Québec.La délégation canadienne devrait être dirigée par le ministre fédéral de l\u2019Environnement qui présidera la réunion.Pour le Canada, l\u2019enjeu du Protocole de Kyoto est extrêmement important car il s\u2019est engagé, d\u2019ici 2012, à diminuer de 6% les niveaux d\u2019émissions de 1990.Les émissions étaient alors de 596 mégatonnes de gaz à effet de serre, si bien que la cible est de 560 mégatonnes.Mais depuis 1990, les niveaux d\u2019émission ont considérablement augmenté (830 mégatonnes).L\u2019objectif réel à atteindre par rapport à la situation actuelle se situe autour de 270 mégatonnes, ce qui veut dire une diminution de 30 %.L\u2019enjeu de la Conférence portera aussi sur l\u2019après 2012, car c\u2019est à moyen terme qu\u2019on pourra juger du sérieux des engagements et de l\u2019adéquation des moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs.La mise en œuvre du Protocole de Kyoto soulève des questions éthiques considérables, celle de la légitimité de notre course folle à la consommation et à l\u2019émission de polluants; celle de l\u2019équité entre les pays riches et les pays dits en voie de développement, plus fragiles aux changements climatiques; celle de la mise en œuvre du principe de précaution car les efforts auxquels nous ne consentirons pas auront des effets délétères sur les générations suivantes.Ces questions seront certainement évoquées lors de la conférence mais aussi lors des événements parallèles et des activités satellites.On s'attend d\u2019ailleurs à de fortes délégations de militants venus des États-Unis et les comités d\u2019accueil sont déjà à l\u2019œuvre.C\u2019est dans ce contexte d\u2019autoresponsabilisation et de solidarité avec les victimes que se tiendra une rencontre interreligieuse de prière, le dimanche 4 décembre, à l\u2019Oratoire Saint-Joseph.Ce sera festif et haut en couleurs.Quelle belle occasion pour la communauté chrétienne d\u2019ici, encore si frileuse à l\u2019égard de l\u2019environnement, de s\u2019éveiller à cette question et d\u2019assumer sa part de responsabilité.À n\u2019en pas douter, c\u2019est un rendez-vous.\u2022 En course vers un pays?La course à la chefferie du Parti québécois n\u2019aura pas donné lieu aux débats de fond, espérés par beaucoup, sur les visions divergentes du mouvement souverainiste.CAROLINE SAURIOL Cette course, qui aurait pu mettre en valeur le leadership des aspirants-chefs et leur vision particulière du pays, a jusqu\u2019à maintenant occulté ces dissensions pour focaliser sur l\u2019intensité des convictions souverainistes des candidats en présence et sur leur capacité à faire des alliances.Elle aura donc ressemblé davantage à une course aux pétitions, chacun affichant ses appuis de membres, d\u2019exécutifs de comtés, de députés et éventuellement d\u2019autres candidats disposés à se rallier.Ce sont certes là des habiletés requises du prochain chef à qui ce parti tiraillé demandera principalement de faire du Québec un pays dans les plus brefs délais.Cependant, lors du déclenchement de la course, plusieurs espéraient qu\u2019elle mettrait au grand jour le contenu, les motivations et les modalités du projet souverainiste - et de faire ainsi des choix qui serviraient ensuite à orienter les actions et à convaincre la population.L\u2019élection du chef aurait pu mettre en lumière certains débats latents, renouveler la cohésion et lancer la quête de nouveaux appuis, externes au parti.Toutefois, d\u2019autres jugeaient plutôt que l\u2019exposi- uauteure est étudiante tion des tensions internes, propre aux au doctorat en sociologie débats de fond, risquait d\u2019insécuriser à i-uqam ceux et celles dont la faveur souverainiste fluctue selon les enjeux et le contexte.La divergence sur l\u2019opportunité d\u2019une course s\u2019ancrait d\u2019ailleurs dans ces dissensions idéologiques plus profondes qui rendent de plus en plus dif- RELATIONS octobre-novembre 2005 actualités L\u2019auteure a été agente de communication et d'information au Projet accompagnement Québec-Guatemala ficile la cohésion de ce mouvement politique.En effet, si la souveraineté rassemble les militants péquistes au sein d\u2019une même formation politique, les raisons et les moyens d\u2019y accéder n\u2019y font pas l\u2019unanimité.Tout autant le rêve d\u2019une génération qui se retire, qu\u2019une aspiration « affirmatrice » d\u2019une génération mondialisée, les motivations à la souveraineté oscillent entre les pôles du passé et de l\u2019avenir, entre la protection d\u2019une identité et la prise en charge des moyens de l\u2019actualiser.Au Parti québécois, il y a des raisons «nobles» de vouloir l\u2019indépendance, informées par l\u2019histoire, dynamisées par la culture et nourries par le rejet de l\u2019oppression.Et il y a aussi des raisons « utilitaires », que l\u2019on peut mesurer en déséquilibre fiscal, en échanges commerciaux, en politiques sociales.Les tenants des premiers arguments valorisent la pureté et l\u2019intensité indéfectible au projet de pays - et jugent souvent les arguments utilitaires comme l\u2019apanage des peu convaincus, risquant de s\u2019effriter lorsque viendra le temps de passer à l\u2019action.C\u2019est à cette aune que s\u2019évaluent les différentes visions portées au sein du parti.En effet, si les arguments utilitaires trouvent une oreille attentive dans la population en général, les arguments nobles sont ceux qui trouvent résonance chez les militants impatients de réaliser le pays et anxieux de tirer profit du contexte politique actuellement favorable à l\u2019indépendance.Dans cette course, les candidats ont fait le choix stratégique d\u2019être discrets sur les questions de fond, en vue de préserver leurs appuis auprès de l\u2019ensemble le plus large possible de militants.On aura donc peu vu les candidats clamer leur préférence pour un article ou l\u2019autre du programme, et encore moins remettre celui-ci en question.Une course au leadership sert à mesurer la trempe du chef et, dans ce cas-ci, elle s\u2019est mesurée non pas à l\u2019aune des idéaux mais bien à celle de la conviction : celui ou celle qui aura le mieux démontré sa fermeté et sa capacité à négocier ses appuis sera jugé le plus apte à gagner le prochain référendum.Ainsi, le choix du prochain chef péquiste se sera déroulé comme un exercice tactique d\u2019une stratégie référendaire déjà définie.Il n\u2019aura pas été l\u2019occasion du débat public qu\u2019il aurait pu être et n\u2019aura pas permis de renouveler les visions au sein du parti, ni d\u2019exposer les valeurs et les motivations du chef de l\u2019opposition - et peut-être du prochain premier ministre.Si, dans VALÉRIE GRENIER-LAFON Malgré ce que proclament les compagnies minières canadiennes - qui exploitent 80 % des mines au Guatemala - et le gouvernement du Canada soucieux de protéger les intérêts des investisseurs canadiens, les exploitations minières au Guatemala sont loin d\u2019être une voie de développement privilégiée.Ces ex- cette course, les militants choisissent le chef le plus convaincu envers la souveraineté, on peut penser que lorsqu\u2019il sera temps de choisir le prochain gouvernement, les citoyens chercheront des arguments plus pragmatiques.Puisque la société s\u2019enrichit toujours de ces débats qui soulèvent des questions de fond et de valeurs, espérons que lors du prochain rendez-vous démocratique, le Parti québécois saura leur accorder une place centrale.\u2022 ploitations contaminent le sol et les nappes d\u2019eau qui sont à la base de la survie des communautés locales essentiellement agricoles.Les emplois qu\u2019elles créent pour la main d\u2019œuvre locale sont peu nombreux et sous-payés.Les communautés du département d\u2019Izabal se préparent à un dur et long combat.Une fois de plus, leur région fait l\u2019objet de la convoitise d\u2019une corn- Un développement économique profitable à qui?La lutte des populations locales contre les compagnies minières canadiennes au Guatemala, qui menacent de contaminer l\u2019eau et les terres agricoles, continue de plus belle.octobre-novembre 2005 RELATIONS actuaütes pagnie minière canadienne, la Sky Ressources, qui a déjà investi des millions pour poursuivre ses recherches de gisements de nickel.Dans les années 1970-1980, la présence des concessions minières d\u2019une autre compagnie canadienne, INCO, dans la région, avait provoqué des dommages environnementaux, la délocalisation des communautés, des assassinats de dirigeants et de paysans autochtones ainsi que de nombreux autres problèmes sociaux.Forts de cette expérience, les communautés ont maintenant décidé de prendre les devants.Elles mettent des bâtons dans les roues des prospecteurs en obstruant les voies d\u2019accès sur le territoire convoité; la confrontation directe a jusqu\u2019à présent été évitée.Les communautés explorent, en même temps, les avenues d\u2019une lutte politique et juridique, même si ces domaines sont les prés carrés des grands propriétaires du pays où règne l\u2019impunité.Le cas des communautés du département de San Marcos est là pour en témoigner.La compagnie canadienne Glamys Gold continue d\u2019y opérer, contre la volonté de la population locale qui craint la contamination des sources d\u2019eau et de leur terre par le cyanure - extrêmement nocif - utilisé pour l\u2019extraction de l\u2019or.À San Marcos, le gouvernement guatémaltèque octroyait, en 2004, une licence pour extraction minière, sans consultation préalable ni aucune étude d\u2019impacts environnementaux et sociaux.Ces études sont pourtant prévues par la Convention 169 sur les droits des peuples autochtones et tribaux de l\u2019Organisation internationale du travail, ratifiée par le gouvernement guatémaltèque.Selon cette convention, toute décision ayant des répercussions sur la vie des communautés locales concernées doit être approuvée par celles-ci.Le gouvernement s\u2019est également engagé, dans les Accords de paix de 1996, à promouvoir la participation de la population autochtone aux décisions.De toute évidence, le gouvernement a agi illégalement, même si le ministère de l\u2019Énergie et des Mines rétorque qu\u2019il a respecté le processus légal, étant donné que le sous-sol est propriété de l'État.Cela n\u2019a pas empêché les communautés locales d\u2019organiser, d\u2019avril à par le gouvernement guatémaltèque est certainement un facteur qui complique la résolution du conflit en faveur des communautés locales.En effet, ce traité contient une clause -semblable au chapitre 11 de l\u2019ALENA- «fcssfe \t\ty ,1 'Àfth\tKm ?\tVr\tm m\t juin 2005, leur propre consultation -après le fait accompli.Elles y ont exprimé leur refus catégorique, quasi unanime, d\u2019une présence minière et elles ont remis les résultats de cette consultation au gouvernement.La compagnie Glamys Gold rejette la validité de cette consultation populaire, alléguant que la manière de procéder était illégale.Cependant, la Cour constitutionnelle, une des plus hautes instances judiciaires du pays, a confirmé la légalité de la procédure.La compagnie canadienne a porté le cas en appel.La signature, au printemps dernier, du Traité de libre-échange entre les États-Unis et l\u2019Amérique centrale (CAFTA) qui protège les multinationales.Selon Diane st-Antoine, cette clause, une compagnie qui subit Marche de protestation des pertes financières à la suite d\u2019une de femmes à décision gouvernementale ou d\u2019un Chimaltenango, 1991 changement de loi a le droit de tramer ce gouvernement en justice.Si une réglementation environnementale forçait une expropriation - même partielle - d\u2019une compagnie minière, celle-ci serait en droit d\u2019exiger réparation.Glamys Gold connaît bien ce genre de procédures, y ayant déjà eu recours en Californie en réclamant, en 2003, 50 millions $US au gouvernement californien à cause de ses lois environnementales contraignantes.\u2022 RELATIONS octobre-novembre 2005 j£J| actuaLites Journée mondiale de la jeunesse: © un double discours À Cologne, le pape a parlé d\u2019ouverture et de solidarité devant les représentants des autres religions; il n\u2019a malheureusement pas repris ces thèmes dans son message aux jeunes.GREGORY BAUM X L'auteur est théologien A l\u2019occasion de la journée mon-L\\ diale de la jeunesse, tenue à /\\Cologne en août dernier, Benoît XVI s\u2019est adressé aux juifs et aux musulmans qu\u2019il a rassurés en s\u2019engageant à appliquer la déclaration Nostra aetate portant sur l\u2019Église et les religions non chrétiennes - dont on célèbre le 40e anniversaire - et à suivre l\u2019exemple de Jean-Paul II dans la promotion de la paix entre les religions.Cela est important car, dans la déclaration Dominus Jesus, publiée en 2000, le cardinal Ratzinger avait critiqué le relativisme religieux, dénoncé « l\u2019idéologie de dialogue» et mis l\u2019accent sur les erreurs des grandes religions plutôt que sur les grandes valeurs qu\u2019elles partagent toutes.Aux juifs, Benoît XVI a rappelé que l\u2019origine de la synagogue de Cologne remonte aux temps de l\u2019empire romain et qu\u2019ils étaient «chez eux» dans cette ville pendant des siècles; ils ont été exilés au XVe siècle et, plus récemment, ils ont subi l\u2019extermination sous le régime nazi.Aujourd\u2019hui, les assure le pape, la ville fait un effort pour que les juifs s\u2019y sentent encore une fois « chez eux».Benoît XVI regrette qu\u2019il y ait de nouveau des signes d\u2019antisémitisme dans le monde.Ce que l\u2019Église veut, dit-il, c\u2019est une plus grande amitié entre la communauté catholique et la communauté juive.Il se réjouit donc de ce qu\u2019il appelle «les valeurs com- octobre-novembre 2005 RELATIONS munes de respect réciproque, de solidarité et de paix».Dans la rencontre avec les représentants des communautés musulmanes d\u2019Allemagne, le pape manifeste la même ouverture.Il admire leur grande foi en Dieu et leur désir de vivre selon la volonté divine.Il se réjouit qu\u2019ils aient condamné les actes terroristes dans des déclarations publiques.Le pape cite les beaux textes sur l\u2019Islam tirés de la déclaration Nostra aetate et reprend les paroles d\u2019amitié et de respect à l\u2019égard des musulmans prononcées par Jean-Paul II.Ce que Benoît XVI désire, c\u2019est la solidarité entre musulmans et catholiques, de même que leur engagement commun pour la paix.Dans ces deux discours, le pape souligne le message du concile Vatican II : l\u2019Église a la mission de promouvoir la paix, la justice et la réconciliation dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, déchiré par les injustices, les préjugés et les conflits violents.C\u2019est un message important pour l\u2019Allemagne - et pour les autres pays européens - où le nouveau pluralisme religieux produit souvent hostilité et discrimination.L\u2019Église se veut ainsi animatrice du dialogue et de la coopération.Il est étonnant que Benoît XVI n\u2019ait pas répété ce message si important dans les deux grands discours qu\u2019il a adressés aux jeunes rassemblés sur la place Marienfeld.Dans ces discours, il a mis l\u2019accent sur la foi catholique et la pratique religieuse, sans aucune référence à la mission de solidarité de l\u2019Église dans le monde.Il n\u2019a fait aucune allusion aux conflits et aux tensions sociales dans les pays européens.Il a présenté aux jeunes une véritable catéchèse de l\u2019eucharistie; il parle de l\u2019adoration de Jésus, Fils de Dieu, de sa présence réelle dans l\u2019hostie consacrée, de l\u2019importance d\u2019assister à la messe dominicale, de l\u2019acceptation de tout ce que le magistère enseigne et de la vocation à la sainteté personnelle.Au lieu de recommander aux catholiques la lecture de la Bible, comme l\u2019a fait le concile Vatican II, Benoît XVI promeut plutôt deux autres livres.« Le pape Jean-Paul II nous a donné une œuvre merveilleuse, dans laquelle la foi des siècles est expliquée de façon synthétique : le catéchisme de l\u2019Église catholique.Moi-même, récemment, j\u2019ai pu présenter l\u2019abrégé de ce catéchisme, qui a également été élaboré à la demande du pape défunt.Ce sont deux livres fondamentaux que je voudrais vous recommander à tous.» Une question se pose : l\u2019Église a-t-elle un discours pour ceux qui sont « dehors » et un autre pour ses propres membres?Un discours d\u2019ouverture et de solidarité utile pour ses public relations, et un discours d\u2019identité intégrale pour les croyants?Le grand mérite du concile Vatican II a pourtant été de nous révéler la pertinence universelle de l\u2019Évangile.Comme le précisait si bien Gaudium et spes: «Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n\u2019est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur.» \u2022 HoRiZoNs La justice vue d\u2019Amérique latine JOÀO BATISTA LIBÂNIO Nul doute que la justice est une aspiration mondiale, mais nous sommes souvent face à un semblant de justice.D\u2019un côté, il y a justice; de l\u2019autre, injustice.Comment exercer alors un jugement critique?Qui juge la justice?La justice s\u2019accompagne toujours de qualificatifs que l\u2019on peut passer au crible de la critique.On parle d\u2019abord de justice commutative: je te donne pour que tu me donnes.Sur elle se fondent les relations marchandes.Il y a injustice si en échange du paiement que je fais je ne reçois pas ce qui m\u2019est dû ou si je ne paie pas ce que l\u2019on me donne.En bref, le contrat doit être transparent.On distingue ensuite la justice légale.Il y a des lois.Est juste celui qui les respecte, injuste celui qui les viole.La justice légale est étroitement liée à la précédente, car les lois conditionnent le fonctionnement des prix ou la réalisation du contrat commutatif.Puis vient la justice distributive.Pour saint Thomas, elle était mue par le principe de prééminence, à savoir la position que l\u2019on occupait dans la société.Les seigneurs distribuaient l\u2019aide aux pauvres de l\u2019abondance de leurs biens.L\u2019enseignement de l\u2019Église insistait sur cette justice qui reposait davantage sur la générosité que sur une obligation réelle.Plus tard, l\u2019État a pris pratiquement en charge cette justice, prélevant des «prééminents » - des impôts - afin de les rendre aux nécessiteux à travers les services sociaux.Pour les Grecs, la justice était implicitement sociale, elle était pensée dans la cité et impliquait une distribution des biens.De nos jours, sa signification est liée aux droits sociaux et, en Amérique latine notamment, à la réalité des pauvres et des exclus.Dans la société capitaliste actuelle, la justice commutative fonctionne selon les lois du marché régies par la libre concurrence - pas si libre qu\u2019on le dit.Le prix est imposé tantôt par les vendeurs, tantôt par les acheteurs, selon le rapport de force.Ce n\u2019est pas la justice qui est mise en œuvre, mais la force.Celle-ci se nomme «le capital».Les pays riches, industrialisés déterminent le prix de la matière première vendue par les pays pauvres, de telle sorte que Il est donc urgent de créer un organisme international qui légifère sur la justice commutative et distributive en faveur des pauvres et des exclus.la balance penche en leur faveur.Ceux qui commercialisent le café, par exemple, font des profits totalement disproportionnés par rapport à ce que gagnent les producteurs.D\u2019autant que la distribution mobilise peu de gens.Ce sont là des richesses injustement acquises.La justice sociale exige de changer les lois internationales du marché.Elle doit être le critère régissant la justice commutative.Cette réflexion vaut pour la justice distributive.Sur le plan national, le grand distributeur est l\u2019État.Qui compose l\u2019État?Essentiellement trois pouvoirs: l\u2019exécutif, le législatif, le judiciaire avec son bras armé, la police.Selon ce discours, l\u2019État représenterait le pouvoir du peuple.Par conséquent, il serait le juste distributeur par excellence.En même temps, dans de nombreux pays, de puissants groupes économiques, des lobbies gigantesques exercent des pressions sur lui.Ainsi, la justice distributive, au lieu de favoriser ceux qui sont dans le besoin, rémunère les plus riches.Au tiers-monde, la dette publique, interne et externe, qui consomme la grande partie des impôts perçus, prend à la gorge l\u2019État qui voudrait agir justement.L\u2019État enrichit le déjà richissime pouvoir financier.Et la justice légale?Qui fait les lois?Le parlement élu, nominalement par le peuple, mais en réalité par le pouvoir économique.De nouveau, celui-ci fait la loi et régit la justice en sa faveur.Ainsi, suivre la loi peut être injuste.Il est donc urgent de créer un organisme international qui légifère sur la justice commutative et distributive en faveur des pauvres et des exclus.Par ailleurs, la société de demain sera dépendante de la connaissance.La loi sur les brevets est l\u2019une des grandes injustices à l\u2019égard des pays pauvres qui n\u2019ont pas les conditions favorables pour produire ce type de connaissance et qui restent dépendants des pays riches.Le principe éthique de la justice sociale devrait prévaloir.Tout ce qui se fait pour le bien et pour la vie humaine, et particulièrement celle des pauvres, appartient à tous.De tels brevets n\u2019ont donc pas lieu d\u2019exister.\u2022 L'auteur, jésuite brésilien, est considéré comme un des grands théologiens de la libération RELATIONS octobre-novembre 2005 jj^ dOSSieR Les dérapages pharmaceutiques ANNE-MARIE AITKEN Il est indéniable que, durant les 50 dernières années, les entreprises pharmaceutiques ont fabriqué et commercialisé un grand nombre de médicaments très précieux qui ont soulagé d\u2019immenses souffrances et sauvé un nombre incalculable de vies.Pensons simplement à la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming et à sa commercialisation dès 1941.Pensons aussi à la fabrication des antibiotiques, si efficaces pour lutter contre les microorganismes responsables d\u2019innombrables décès dans le monde.Reconnaissons aussi que la recherche sur le traitement des maladies, de plus en plus spécialisée, a redonné espoir à de nombreuses personnes dont l\u2019avenir paraissait bouché.En dénonçant les dérapages de l\u2019industrie pharmaceutique, Relations ne veut pas jeter le bébé avec l\u2019eau du bain ni jeter le discrédit sur les avancées médicales.À travers ce dossier, la revue se propose d\u2019analyser les rouages d\u2019un mécanisme qui s\u2019est grippé en tournant le dos à sa mission première : être prioritairement au service de la santé des populations du Nord aussi bien que du Sud.Ces dérapages ont été longtemps tenus cachés, mais peu à peu la lumière se fait et des voix osent s\u2019élever pour sortir du mensonge qui les entoure.Avant la Deuxième Guerre mondiale, à la fin des années 1930, l\u2019industrie pharmaceutique fonctionnait principalement sur la base de petites entreprises tournées vers les marchés nationaux.Celles-ci visaient les consommateurs immédiats, en fournissant des ingrédients actifs aux pharmaciens qui fabriquaient eux-mêmes le composé final.Les bénéfices étaient modestes et la recherche moins importante qu\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est à la fin de la guerre que tout a changé, époque à laquelle s\u2019opéra alors une profonde transformation : grâce à l\u2019extension rapide des marchés, les vieilles entreprises - en s\u2019ouvrant à une dimension internationale - se sont converties en gigantesques compagnies aux bénéfices mirobolants.Sciemment ou non, elles sont devenues partie intégrante d\u2019un système économique et social basé sur le profit et l\u2019avidité, où l\u2019accumulation du capital et le pouvoir économique sont récompensés par des privilèges sociaux et médicaux garantis à vie pour certains, alors qu\u2019ils sont refusés à la grande majorité de la population.« Le courage, c\u2019est de chercher la vérité et de la dire; c\u2019est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe.» Jean Jaurès ES octobre-novembre 2005 RELATIONS fi- ^ ¦ v \u2022«.**!* \\ >-'¦ i Dans l\u2019entrevue qu\u2019il nous a accordée et qui s\u2019intitule À qui profitent les médicaments?, Jean-Claude St-Onge dévoile les profits des plus grosses firmes et démontre ainsi que l\u2019industrie pharmaceutique est un des empires les plus profitables au monde, loin devant Wal-Mart ou General Motors.Cette accumulation de fonds repose, entre autres, sur la prolongation de la durée de protection des brevets et sur l\u2019invention incessante de nouveaux produits à mettre sur le marché, mais qui en réalité n\u2019apportent pas grand-chose de neuf par rapport aux précédents sinon qu\u2019ils créent de nouveaux brevets.Le cercle vicieux pointe alors son nez.L\u2019appât du gain pousse les firmes à médicaliser tous les événements de la vie, de la naissance à la mort, en passant par la ménopause ou l\u2019andropause, nous faisant croire que nous sommes des malades qui nous ignorons.Seule une politique du médicament digne de ce nom pourrait infléchir l\u2019obésité des firmes pharmaceutiques.Françoise Nduwimana, dans Contrer l\u2019apartheid sanitaire, crie son indignation devant l\u2019immense écart qui sépare le Sud et le Nord en ce qui touche les traitements et la recherche médicale.Non seulement des populations entières meurent du VHS/sida, mais les maladies infectieuses que l\u2019on a le pouvoir d\u2019éradiquer depuis longtemps au Nord RELATIONS octobre-novembre 2005\t| continuent à tuer des millions d\u2019enfants au Sud.C\u2019est donc la santé mondiale dans son ensemble qu\u2019il faut repenser à un niveau politique si l\u2019on veut assurer l\u2019avenir de la planète, en commençant par revoir les règles appliquées par l\u2019OMC.Enfin, Raymond Lemieux, en sage et en éthicien, esquisse quelques avenues dans Inéluctable jïnitude pour penser une éthique basée sur la solidarité, qui peut nous protéger des excès d\u2019un progrès sans limites qui devrait faire sans cesse reculer l\u2019échéance de la mort que nous ne voulons ni voir ni entendre, cultivant l\u2019illusion de la faire disparaître.Il nous avertit qu\u2019il est temps d\u2019amorcer un virage si nous ne voulons pas courir à la catastrophe.Il en va de la santé de tous et de toutes.Joanne Bouchard, Tracé de mémoire, technique mixte, 18 x 65 cm, 2005 dOSSieR À qui profitent les médicaments?Entrevue avec Jean-Claude St-Onge Sur la base d\u2019importantes découvertes scientifiques et à la faveur de la logique de l\u2019économie de marché, les firmes pharmaceutiques contrôlent les marchés mondiaux, protégées par leurs brevets qui leur permettent de défier toute concurrence à l\u2019échelle internationale.Les pauvres du Nord, mais surtout du Sud, sont les premières victimes de cette configuration perverse.jean-Claude St-Onge, professeur de philosophie et d\u2019économie - qui vient de publier L\u2019envers de la pilule - a aimablement accepté de répondre à nos questions.Relations : La production et la vente des médicaments sont devenues une puissante industrie.Que représente cet empire pharmaceutique aujourd\u2019hui?Jean-Claude St-Onge: Quelques géants dominent le marché.Ce sont surtout des firmes américaines: Pfizer, Johnson & Johnson, Merck et, jusqu\u2019à un certain point, Shering-Plough.On trouve aussi de grosses firmes franco-allemandes comme Sanofi-Aventis et britanniques comme AstraZeneca et GlaxoSmithKline.En 1990, leur nombre s\u2019élevait à 37; en 2000, il se réduisait à 16.Compte tenu de la «Loin d\u2019être un à-côté, la dimension publicitaire des campagnes dites d\u2019information concernant les médicaments constituent une des pointes de l\u2019effectivité thérapeutique.La diffusion du médicament dans l\u2019univers publicitaire n\u2019est pas différente de la mise en marché d\u2019une crème antiride, d\u2019un rouge à lèvres ou d\u2019un fond de teint.[.] Ce sera manquer à la sagacité la plus élémentaire que de dissocier l\u2019artefact moléculaire de l\u2019ingéniosité de sa diffusion auprès des prescripteurs et des consommateurs.L\u2019antidépresseur s\u2019insère dans le prolongement des techniques de maquillage, d\u2019intériorisation accomplie des impératifs d\u2019affabilité, de disponibilité des femmes pour leurs tâches, voire pour leur vocation sociale.Serait-ce une sorte de Botox® contre le froncement morose des esprits et l\u2019instabilité existentielle?» Christian Saint-Germain, Paxil® Blues m octobre-novembre 2005 RELATIONS concentration frénétique qui sévit, on peut s\u2019attendre à ce que, dans les prochaines années, ce nombre diminue encore.En 2002, parmi les 500 plus grandes entreprises figurant sur la liste dressée par le magazine Fortune, dix ont enregistré des profits supérieurs aux 490 autres.Il s\u2019agissait de dix sociétés pharmaceutiques étatsuniennes.La même année, un groupe de 210 membres du Congrès américain -qui ne sont pourtant pas réputés être ennemis du libre marché! - dénonçait les prix élevés des médicaments et les bénéfices excessifs de l\u2019industrie pharmaceutique.Ces 35 dernières années, celle-ci a occupé le premier ou le deuxième rang dans l\u2019échelle des profits.Et les taux sont en continuelle progression.Dans les années 1970, les entreprises pharmaceutiques récoltaient une marge bénéficiaire moyenne de 8,9%, comparativement à 11,1% dans les années 1980 et à 15,1 % dans les années 1990.Avec un chiffre d\u2019affaires mondial s\u2019élevant à 32 milliards de dollars en 2001 et un chiffre de ventes de 1 milliard de dollars au Canada, Pfizer remportait la palme dans la course aux profits: 7,8 milliards de dollars en 2001, montant supérieur aux profits combinés de toutes les sociétés figurant sur la liste de Fortune œuvrant dans les secteurs du chemin de fer, de l\u2019édition, de la construction domiciliaire et du vêtement.Pfizer s\u2019enorgueillit d\u2019avoir plus de dix médicaments appelés des blockbusters, c\u2019est-à-dire des produits dont le chiffre d\u2019affaires annuel dépasse le milliard de dollars.En 2002, la marge bénéficiaire de Pfizer était deux fois plus élevée que celle de General Electric, neuf fois plus élevée que celle de Wal-Mart et 31 fois supérieure à celle de General Motors.Rel.: Qu\u2019en est-il du Québec, où le secteur pharmaceutique est en développement?Quelles conséquences sur l\u2019emploi et sur l\u2019économie québécoise?J.-C.St-O.: Au Québec, c\u2019est Pfizer qui occupe le sommet, un peu comme à l\u2019échelle mondiale.Vient ensuite AstraZeneca.Évidemment, l\u2019industrie pharmaceutique y crée des emplois.Toutefois, chaque dollar dépensé dans le pharmaceutique crée six fois moins d\u2019emplois que dans les autres secteurs, parce que les salaires y sont extrêmement élevés.En même temps, cette industrie reçoit des crédits d\u2019impôt d\u2019une générosité étonnante de la part des deux paliers de gouvernement, aussi bien du provincial que du fédéral.Pour chaque 100 $ dépensé en salaire de recherche-développement, elle reçoit 80,50 $ de crédits d\u2019impôt.De fait, c\u2019est nous qui payons la recherche! Rien à voir avec l\u2019Inde qui, à partir des années 1970, a développé une industrie pharmaceutique extraordinaire grâce à une loi qui lui a permis de produire des génériques à partir des médicaments brevetés.L\u2019emploi y a été multiplié par 48.Cette industrie a rendu disponibles sur le marché indien des produits pharmaceutiques à très bas prix; beaucoup plus bas qu\u2019au Pakistan, qui a conservé l\u2019ancienne loi britannique sur les brevets.Mais, mondialisation oblige, en 2005 l\u2019Inde a dû se plier aux règles de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC).Elle ne pourra donc plus copier des médicaments brevetés à l\u2019avenir.Rel.: Une industrie suppose un marché.Peut-on aller jusqu\u2019à dire qu\u2019au-jourd\u2019hui on crée des maladies ou qu\u2019on surmédicalise les patients pour stimuler le marché?J.-C.St-O.: On surconsomme et on surmédicalise.À toute fin pratique, on assiste à une véritable médicalisation des événements normaux de la vie des individus.Si l\u2019on se fie à une récente publicité réalisée par une société qui fabrique des anxiolytiques, même l\u2019entrée à l\u2019université devient un facteur anxiogène qui nécessite un traitement.«Tout un nouveau monde.d\u2019anxiété s\u2019ouvre à vous! » pouvait-on lire au bas de l\u2019affiche.Par ailleurs, nous faisons une utilisation abusive de certains produits.Une enquête de Santé et Bien-être Canada, en 1990, révélait que 40% des antibiotiques utilisés dans les hôpitaux l\u2019étaient à mauvais escient.Des études ont aussi montré que 30 à 40 % des gens qui prennent des médicaments pour faire baisser l\u2019hypertension réussissent finalement à contrôler leur pression lorsqu\u2019ils adoptent un régime contenant moins de gras, moins de sel, moins d\u2019alcool, etc.Très souvent, nous optons pour une thérapie médicamenteuse alors qu\u2019il existe des solutions de rechange.À mesure que les compagnies pharmaceutiques s\u2019intéressent à nos maux, ceux-ci semblent gagner en ampleur.C\u2019est ainsi que GloxoSmithKline a trouvé un nouveau nom pour la timidité.Il s\u2019agit désormais de «phobie sociale » qui se traite avec des antidépresseurs.Au Canada, la consommation de ces derniers par des enfants de 6 à 12 ans a augmenté de 142 % en quatre ans.Le journal de l\u2019Association médicale canadienne a obtenu un document interne de Glaxo enjoignant son personnel de garder sous clé les résultats des études cliniques indiquant que son antidépresseur vedette - Paxil en Amérique du Nord , Seroxat en Grande-Bretagne - n\u2019était d\u2019aucune utilité pour traiter les mineurs.Une étude montrait qu'il n\u2019est pas plus efficace qu\u2019un placebo et l\u2019autre que le placebo est même plus efficace que l\u2019antidépresseur! En juillet 2003, les autorités canadiennes ont publié une mise en garde contre l\u2019utilisation pédopsychiatrique des antidépresseurs.D\u2019après le Dr Garland, en plus de la faiblesse des preuves concernant l\u2019efficacité de ces produits dans le traitement de la dépression chez les jeunes, les observations lors des essais cliniques et les rapports de cas indiquent que 25% des enfants qui les consomment éprouvent d\u2019autres effets indésirables, dont l\u2019agitation, l\u2019irritabilité et la désinhi-bition.De même, la régurgitation qui est un phénomène tout à fait naturel chez les bébés a été rebaptisée reflux œsophagien pathologique.En France, dans les garderies et les À toute fin pratique, on assiste à une véritable médicalisation des événements normaux de la vie des individus.Joanne Bouchard, Tracé de mémoire, technique mixte, 18 x 13 cm, 2005 RELATIONS octobre-novembre 2005 KO dOSSieR crèches, on s\u2019est mis à soigner cette soi-disant maladie au moyen du Prépulsid.Dans les unités néonatales aux États-Unis, jusqu'à 20 % des prématurés ont également été traités avec ce médicament.Or, le Prépulsid a été retiré de la circulation parce qu\u2019il était trop dangereux, associé à des morts et à des problèmes cardiaques.À l\u2019autre bout de la vie, la naturelle sénescence est devenue insuffisance de circulation cérébrale.On irrigue alors le cerveau au moyen de pilules.Mais, en même temps, le ministère français de la Santé affirme que le concept même d\u2019insuffisance de circulation cérébrale est un non-sens! Le nombre de maladies mentales qui figurent maintenant dans la bible des psychiatres américains, le DSM-IV, a augmenté de façon exponentielle depuis quelques années.On encourage par ce biais une consommation de pilules.Qui plus est, plusieurs « maladies » sont en réalité le résultat de la consommation de certains de ces médicaments.Le groupe de recherche en santé aux États-Unis a répertorié 129 médicaments pouvant causer des dysfonctions sexuelles, 40 pouvant provoquer des symptômes proches de la maladie de Parkinson, 35 de l\u2019insomnie, 166 de la dépression.Plutôt que de revoir la médication, on soigne ces maladies en prescrivant d\u2019autres médicaments.Ceux et celles qui en font les frais sont surtout des femmes, des enfants - jusqu\u2019à un certain point - et des personnes âgées.Lorsqu\u2019un médicament est approuvé et consommé par la population, toutes sortes d\u2019effets indésirables se manifestent chez ces catégories de personnes, notamment parce qu\u2019elles ont été sous-représentées dans les essais cliniques.Rel.: La plupart des médicaments sont brevetés.Comment peut-on justifier ces brevets?J.-C.St-O.: Il n\u2019y a aucune justification, sinon la soif de l\u2019or.Les brevets ne profitent qu\u2019à leurs détenteurs, en général une poignée de multinationales et d\u2019individus.Pourtant, ils reposent sur le savoir-faire et les efforts antérieurs d\u2019une multitude de chercheurs, souvent ano- Les brevets ne profitent qu\u2019à leurs détenteurs, en général une poignée de multinationales et d\u2019individus.nymes, qui ont mis au point des théories, des molécules et des procédés sans lesquels ces découvertes n\u2019auraient pas eu lieu.Une grande partie des médicaments brevetés ont vu le jour grâce au financement public et aux larges déductions fiscales dont jouit l\u2019industrie.Le brevet donne un monopole de facto sur un médicament.Il y a environ cent ans, la durée de protection d\u2019un brevet était de six mois.Elle est maintenant de 20 ans.Les États-Unis ont même réussi, grâce à des négociations bilatérales avec des pays comme le Maroc, à la prolonger jusqu\u2019à 30 ans.L\u2019auteure est coordonnatrice de la Coalition Solidarité Santé Pour une véritable politique du médicament GABRIELLE PELLETIER Lj idée d\u2019une politique du médicament n\u2019est pas nouvelle.La Loi 33, qui a créé l\u2019actuel régime général .d'assurance médicaments (RGAM), en 1996, prévoyait déjà l\u2019élaboration d\u2019une politique en matière de médicaments par le ministre de la Santé et des Services sociaux.Ce régime public a vu le jour au Québec parce qu\u2019il y avait un consensus social sur la nécessité d'avoir accès aux médicaments, et que le gouvernement pouvait garantir cette accessibilité.Les médicaments font partie intégrante du système de santé puisque leur apport est nécessaire à la protection et à l\u2019amélioration de la santé des personnes.Les personnes malades n\u2019ont généralement pas le choix d\u2019acheter ou non les médicaments qui leur sont prescrits.Près de dix ans après la mise en place du régime de l\u2019assurance médicaments, voilà qu\u2019un projet de politique a été déposé par le gouvernement libéral à l\u2019hiver 2005.Même s\u2019il évoque certaines avenues prometteuses en ce qui a trait aux pratiques d\u2019utilisation et de prescription des médicaments, de même qu\u2019à l\u2019information destinée à la population, ce projet déçoit à plusieurs égards.Tout d\u2019abord, et ce malgré les engagements électoraux du Parti libéral du Québec, le projet ministériel n\u2019accorde la gratuité qu\u2019aux 46 000 aînés qui reçoivent la prestation maximale du supplément de revenu garanti, alors que la promesse était de l\u2019offrir aux 712 000 personnes prestataires de la sécurité du revenu et aux aînés qui reçoivent le supplément de revenu.Les personnes sous le seuil de faible revenu ne devraient pas à avoir à payer pour l\u2019achat d\u2019un bien aussi indispensable que les médicaments.Cela les place devant un dilemme odieux: choisir entre les médicaments, la nourriture, le loyer et les autres dépenses essentielles, et s\u2019exposer ainsi à des conséquences néfastes sur leur santé conduisant à une utilisation accrue des services de santé.De plus, ce projet contient diverses propositions visant à augmenter la rentabilité de l\u2019industrie pharmaceutique.En K) octobre-novembre 2005 RELATIONS Les compagnies pharmaceutiques déclarent que la mise en marché d\u2019un nouveau produit coûte très cher.Or, il a été démontré par le Congrès américain que les sommes qu\u2019elles dépensent pour fabriquer de nouveaux produits représentent environ 14% de ce qu\u2019elles prétendent dépenser.Les compagnies pharmaceutiques affirment aussi qu\u2019elles ont besoin d\u2019importants profits pour mettre au point des nouveaux produits qui vont sauver des vies.Sur tous les nouveaux produits qui ont été mis en marché depuis 1975 - selon les enquêtes de la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis, de la revue Prescrire en France et du DrLexchin au Canada - seulement 3 à 8,7 % des nouveaux médicaments représentent des avancées thérapeutiques significatives.La majorité d'entre eux sont donc des quasi répliques de produits qui existent déjà.C\u2019était le cas duVioxx.À une époque, le Canada a encouragé la production de médicaments sous licence.Cela a aidé à créer une industrie de génériques.Quand Brian Mulroney est arrivé au pouvoir, il a porté la durée de protection des brevets à 17 ans.Maintenant, elle a été portée à 20 ans et les compagnies pharmaceutiques font des pressions pour l\u2019augmenter! Elles trouvent des astuces.Ainsi, lorsque le brevet du Prilozec -qui sert à soigner les brûlures d\u2019estomac et les ulcères - est arrivé à échéance, la molécule a été séparée en deux.Une des deux images miroir a été conservée et on l\u2019a brevetée sous le nom de Nexium.Aux États-Unis, le Nexium se vend 4 $US la pilule et le Prilozec 0,70 $.Comme par hasard, on effet, tout un chapitre est consacré à assurer le maintien du dynamisme de cette industrie au Québec.Or, ce chapitre n\u2019a rien à faire à l\u2019intérieur d\u2019une politique de santé et devrait être étudié par le ministère du Développement économique.Répondant aux pressions de l\u2019industrie, le ministre envisage notamment de mettre fin à la politique de non augmentation du prix des médicaments, et il refuse d\u2019abolir la règle de protection accordée aux médicaments brevetés (qui coûtent nettement plus cher que les génériques).On s\u2019attendait plutôt à des mesures de contrôle des prix ainsi qu\u2019à des mesures d\u2019encadrement très strict des pratiques commerciales d\u2019une industrie pharmaceutique extrêmement puissante et profitable.Nous savons que les médicaments sont la partie la plus inflationniste du système de santé.L\u2019assurance médicaments en subit les conséquences.Depuis la mise en place du régime, en 1996, les primes ont presque triplé, passant de 175 $ à 521 $.Le Parti libéral avait promis de limiter la hausse des primes au niveau du coût de la vie et pourtant, depuis qu\u2019il est au pouvoir, il y a eu augmentation à chaque année; soit 9 % en 2003,7,4 % en 2004 et 5,4 % en 2005, alors ne trouve plus de Prilozec sur le marché, alors qu\u2019il devrait désormais être disponible en générique.Avec le néolibéralisme triomphant, qui valorise la propriété privée avant même la vie et la santé, on essaie de tout breveter.La cupidité n\u2019a plus de limites.On tente de faire passer ce qui appartient au patrimoine de l\u2019humanité dans le domaine de la propriété privée pour en tirer le plus de bénéfice personnel.Pour l\u2019industrie, toute atteinte aux brevets signifie la mort des recherches et la fin du progrès.Cet argument est à la fois faux et cynique.Rel.: Les firmes pharmaceutiques fabriquent les médicaments, mais ce sont les médecins qui les prescrivent.Sont-ils suffisamment informés pour garder leur indépendance vis-à-vis de ces firmes?J.-C.St-O.: La plupart des médecins sont honnêtes.Ils connaissent bien les médicaments qui ont fait leurs preuves.Mais lorsqu\u2019il s\u2019agit de prescrire des nouveautés comme le Vioxx, le Celebrex ou le Nexium, c\u2019est différent.Environ 88 nouveaux médicaments sont approuvés aux États-Unis chaque année, pratiquement autant au Japon, peut-être plus en Europe et un peu moins au Canada.Un éditorial du Journal de l\u2019Association médicale canadienne, en juillet 2002, soulignait que les médecins n\u2019ont ni le temps ni les connaissances nécessaires pour consulter les que la hausse du coût de la vie se situait en dessous de 3 % pour ces trois dernières années.Ainsi, c\u2019est encore la population qui écope du manque de volonté politique du gouvernement de contrôler les coûts et d\u2019encadrer sévèrement l\u2019industrie pharmaceutique.Une véritable politique du médicament devrait comprendre une série d\u2019interventions concrètes visant la réduction des coûts, et elle devrait mettre fin aux pratiques abusives de mise en marché et aux privilèges accordés à une industrie qui coûtent très cher à l\u2019État québécois.Dès maintenant, et même sans attendre l\u2019adoption d\u2019une telle politique, le gouvernement doit assurer l\u2019accès gratuit aux médicaments prescrits à l\u2019ensemble des personnes sous le seuil de faible revenu.Il est grand temps que les médicaments soient reconnus comme partie intégrante du système universel et public de santé, et que les intérêts des citoyennes et citoyens passent en premier.Pour en savoir plus sur les demandes et les positions de la Coalition Solidarité Santé, consultez le site : .RELATIONS octobre-novembre 2005 ES dOSSieR visuels, jaunisse, perte de cheveux, fibromes utérins, etc.Nous sommes face à une véritable désinformation.recherches originales.Ils n\u2019ont pas suffisamment de formation en pharmacologie.Une enquête menée par la Coalition des médecins pour la justice sociale signale que 79 % des médecins prescrivent des médicaments coûteux par ignorance des prix.Les grandes sociétés pharmaceutiques disposent de sommes d\u2019argent colossales pour faire mousser la vente de leurs pilules.L\u2019industrie investit 20 000 $ canadiens par année par médecin au Québec pour faire la promotion de ses produits.Les salaires des représentants constituent souvent la principale dépense de marketing.Ces visites aux médecins portent le nom de «visites médicales ».Au Canada, 85 % à 90 % des médecins reçoivent la visite d\u2019un représentant tous les 15 jours.Leurs activités sont réglementées par le code de l\u2019Association canadienne de l\u2019industrie du médicament.Ce code exige qu\u2019ils fournissent une information complète et factuelle sans déformer la réalité.Assurément, un petit cercle de médecins est très sensible à l\u2019information véhiculée par l\u2019industrie pharmaceutique.Ils ont tendance à prescrire davantage d\u2019antibiotiques, davantage de médicaments brevetés que de médicaments génériques, davantage de médicaments plus coûteux que les autres.Certains leaders d\u2019opinion sont pratiquement à la solde de l\u2019industrie pharmaceutique : ils sont payés très cher pour faire des conférences à d\u2019autres médecins afin que ceux-ci prescrivent les médicaments qui viennent d\u2019être mis sur le marché.Les sommes généreuses consacrées à l\u2019information et à la publicité ne sont pas sans effet sur les patients.La publicité fait vendre.Face à cela, les patients auraient avantage à s\u2019informer des effets secondaires des médicaments prescrits, tels qu\u2019ils apparaissent dans les pages bleues du Compendium des produits et spécialités pharmaceutiques.Car l\u2019information distribuée par l\u2019industrie pharmaceutique est déficiente, voire mensongère.Prenons le cas du tamoxifène utilisé pour traiter le cancer du sein.La compagnie qui le fabrique a essayé de le faire approuver pour prévenir le cancer du sein.Cela soulève alors de redoutables problèmes.Le feuillet qu\u2019une des grandes chaînes pharmaceutiques distribue mentionne certains effets indésirables du tamoxifène: nausées, vomissements, bouffées de chaleur, irritation de l\u2019estomac.Il passe toutefois totalement sous silence certains autres effets relativement rares mais inquiétants: cancer de l'endomètre, embolie pulmonaire, caillots aux jambes et aux poumons, troubles Rel.: À quoi et à qui sert la recherche pharmaceutique?J.-C.St-O.: Toutes les données montrent que l\u2019industrie pharmaceutique n\u2019est pas très innovatrice, puisque la grande majorité des «nouveaux» médicaments sont des versions légèrement modifiées des produits existants.Beaucoup d\u2019argent est investi pour fabriquer des quasi répliques de médicaments, uniquement pour enlever des parts du marché aux concurrents.Les bénéficiaires en sont les actionnaires des firmes pharmaceutiques.Si on produisait moins de répliques, on pourrait utiliser les sommes d\u2019argent qui y sont consacrées pour fabriquer des médicaments véritablement efficaces et beaucoup plus sécuritaires.D\u2019après la Coalition canadienne de la santé, environ 75% des dépenses de recherche consenties par les géants de la pharmacie le sont pour que les nouveaux médicaments passent à travers le processus d\u2019approbation réglementaire.Bien peu est consacré à la recherche fondamentale.Les sociétés pharmaceutiques ne sont pas obligées de fournir de preuve que leur nouveau produit est plus performant que les médicaments existants, sur les plans de la sécurité et de l\u2019efficacité.La seule chose qu\u2019elles sont tenues de prouver, c\u2019est que leur produit est plus efficace qu\u2019un placebo, pilule de sucre sans principe actif.La majorité de la recherche est faite et financée par des sociétés pharmaceutiques.Ce qui est une très mauvaise chose.La plupart des chercheurs sont dépendants de ces sociétés.Auparavant, la grande majorité des recherches se faisaient dans les instituts nationaux de la santé ou dans les universités.Depuis quelques années, cette recherche-là est financée la plupart du temps par l'industrie pharmaceutique.De sorte que les chercheurs sont de moins en moins indépendants.L\u2019industrie pharmaceutique investit là où le marché existe.Sur les 1223 molécules mises en marché de 1975 à 1997, 13 seulement concernent les maladies tropicales.Dans le tiers-monde, on estime que 25 000 enfants meurent quotidiennement faute de médicaments.Mais on ne s\u2019y intéresse pas car le pouvoir d\u2019achat n\u2019existe pas.On produit des médicaments contre le cholestérol, l\u2019hypertension, le diabète, l\u2019obésité, etc.: des maladies de pays riches.Dans les années 1950, Georges Merck disait que les médicaments étaient pour les gens et non pour le profit.Il faut reconnaître que nous sommes loin de cette perspective.\u2022 ENTREVUE RÉALISÉE PAR ANNE-MARIE AITKEN Dans les années 1950, Georges Merck disait que les médicaments étaient pour les gens et non pour le profit.Il faut reconnaître que nous sommes loin de cette perspective.ES octobre-novembre 2005 RELATIONS Contrer l\u2019apartheid sanitaire Face à la recrudescence des maladies infectieuses dans le Sud et au désintérêt croissant des problèmes de santé qui ne touchent pas les pays développés, il est plus que jamais urgent de repenser la santé mondiale et les lois qui régissent ce processus de plus en plus inéquitable.FRANÇOISE NDUWIMANA LJ Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 90 % des décès imputables aux maladies infec-i tieuses sont dus à six d\u2019entre elles: pneumonie, tuberculose, diarrhée, paludisme, rougeole et VIH/sida.À cette réalité, s\u2019ajoutent des maladies dites «orphelines» que sont la diphtérie, la poliomyélite, la coqueluche, le tétanos, la variole, la fièvre jaune, etc.- oubliées au Nord, mais qui menacent la santé publique des pays pauvres.Cela soulève plusieurs questions d\u2019ordre éthique et moral.D\u2019une part, exception faite du VIH/sida et de la tuberculose, toutes les maladies nommées sont des maladies tropicales qui ne sévissent actuellement que dans les pays pauvres.Éradiquées depuis belle lurette dans les pays riches, elles ne sont pas considérées comme un défi de santé publique.N\u2019étant plus une priorité pour le Nord, la que 80% des 300 médicaments considérés par l'OMS comme étant «essentiels», ne sont plus protégés par les brevets.La disponibilité des médicaments sur le marché mondial ne signifie pas pour autant qu\u2019ils sont accessibles aux populations nécessiteuses.Cette inadéquation s\u2019explique par l\u2019absence de ressources humaines et financières qui permettraient aux pays pauvres de reconstruire leurs systèmes de santé, de former et de garder sur place le personnel médical, de défrayer les coûts médicaux, estimés minimaux dans les pays riches, alors qu\u2019ils sont exorbitants là où le revenu par habitant est inférieur à 1 $ par jour.À cela s\u2019ajoute l\u2019inaccessibilité, dans le tiers-monde, des uauteure est vaccins contre les six maladies infectieuses considérées par consultante en l\u2019OMS comme étant la principale cause de décès chez les développement enfants : diphtérie, coqueluche, rougeole, tétanos, tubercu- international lose et poliomyélite.Dans les pays pauvres, les maladies à prévention vaccinale causent annuellement la mort de 3 millions de personnes, dont 2 millions d\u2019enfants (OMS/ UNICEF, 2003).SANTÉ ET INÉGALITÉS SOCIO-ÉCONOMIQUES Les pays riches portent en grande partie la responsabilité morale du fait que trop de gens meurent, non pas tellement de maladies incurables, mais parce qu\u2019ils vivent à l\u2019écart des progrès médicaux et technologiques du monde industriel.Les décès liés aux maladies qui ravagent les popula- recherche les concernant ne reçoit presque pas de financement.D\u2019après l\u2019Institut Pasteur, 90% de l\u2019argent investi dans la recherche et le développement de nouveaux médicaments ne répond qu\u2019aux besoins des 10 % les mieux nantis de la population mondiale.Le paludisme qui est responsable de 3 % des décès dans le monde, et de 10 % en Afrique subsaharienne, ne reçoit que 0,1 % des fonds destinés à la recherche (OMS).D\u2019autre part, la controverse suscitée par la protection juridique de plusieurs médicaments par les brevets, laquelle protection exclut de facto les populations du Sud de l\u2019accès aux dits traitements, ne doit pas nous faire oublier fions marginalisées, à y regarder de plus près, relèvent davantage de la non-assistance à personnes en danger.Certes, la mort fait partie de l\u2019expérience humaine, et pour paraphraser feu Émile Ollivier, nous sommes tous de passage.Mais la mort «gratuite», c\u2019est à dire celle qu\u2019on peut éviter et qu\u2019on aurait pu éviter, devrait secouer la conscience de l\u2019humanité et lui faire réaliser l\u2019existence de plusieurs types de terrorisme.Il n\u2019y a pas que les attentats terroristes pour nous faire comprendre la fragilité du monde dans lequel nous vivons.Il y a aussi des atteintes à la vie, apparemment sans auteurs, mais tout autant criminelles et moralement inacceptables parce qu\u2019elles révè- joanne Bouchard, Tracé de mémoire, technique mixte, 18 x 91 cm, 2005 RELATIONS octobre-novembre 2005 ES dOSSieR lent la juxtaposition de la pauvreté et de l\u2019opulence dans un monde qui se prétend humain et solidaire.Comment considérer les pauvres du tiers-monde comme nos semblables et accepter que notre espérance de vie soit de 78 ans au Nord mais seulement de 47 ans en Afrique subsaharienne?Comment se dire égaux quand 30 ans de vie sont arrachés aux pauvres d\u2019Afrique, quand des millions de femmes meurent en donnant la vie, quand la vie de millions d\u2019enfants est fauchée par manque de vaccins, de nourriture et d\u2019eau potable?Jean Ziegler, rapporteur spécial de l\u2019ONU chargé du droit à l\u2019alimentation, rappelle que plus de 2,2 millions de personnes, essentiellement des nourrissons et des enfants meurent chaque joanne Bouchard, année pour avoir consommé de l\u2019eau polluée.Il est difficile Tracé de mémoire, de ne pas remettre en cause l\u2019insensibilité des dirigeants de technique mixte,\tce monde quand on sait que l\u2019aide extérieure accordée par 30 x 23 cm, 2005\tles pays du G8 aux projets liés à l\u2019eau, en Afrique, est inférieure à l\u2019argent qu\u2019ils dépensent en aliments pour chiens (Rapport mondial des Nations unies sur la mise en valeur des ressources en eau, mars 2003).La santé est un ensemble de facteurs étroitement liés.L\u2019accès à l\u2019eau potable est à l\u2019intersection de tous ces facteurs car, d\u2019une part, l\u2019eau est indispensable à la production d\u2019aliments et, d\u2019autre part, les maladies liées à la pollution de l\u2019eau comme la diarrhée, le paludisme, le choléra, etc., constituent les causes de mort les plus courantes dans les pays pauvres.Or, 400 millions de personnes en Afrique subsaharienne, soit la moitié de la population du sous-continent, n\u2019ont pas accès à l\u2019eau potable.De même, l\u2019UNESCO estime que la moitié de la population urbaine du continent africain n\u2019a pas accès à des services d\u2019assainissement appropriés.Dans plusieurs villes africaines, seulement 10% à 30% des habitations ont des toilettes raccordées à un égout public ou à une fosse septique.POUR UNE VÉRITABLE SOLIDARITÉ NORD-SUD Les problèmes évoqués, tout comme l\u2019absence d\u2019équipements médicaux, l\u2019inaccessibilité aux technologies, aux traitements et soins de première nécessité, la difficulté qu\u2019éprouvent les gouvernements à retenir en Afrique un personnel médical qualifié, sont tous liés au manque de ressources financières.L\u2019hémorragie provoquée par la fuite des cerveaux, au moment même où l\u2019Afrique est secouée par la pandémie du sida, est tellement grande que l\u2019on se demande si on n\u2019est pas en train d\u2019assister à une solidarité à l\u2019envers: c\u2019est l\u2019Afrique qui vient en renfort aux pays développés.Entre 1999 et 2004, le nombre de médecins formés au Ghana qui, sitôt diplômés, sont allés pratiquer en Grande-Bretagne, a doublé.De même, les trois quarts des médecins zimbabwéens ont émigré après avoir obtenu leurs diplômes et on trouve plus de médecins éthiopiens prati- EH octobre-novembre 2005 RELATIONS .'Viÿ-v.- quant à Chicago qu\u2019en Éthiopie.Ce type de coopération Sud/Nord, a fait dire à l\u2019organisation Physicians for Human Rights que chaque fois que le Malawi forme un médecin, qui ensuite va pratiquer en Grande-Bretagne, il aide ce pays du G8 à épargner 184 000 $US.Alors que, dans les pays riches, on compte environ 1000 infirmiers et 300 médecins pour 100 000 habitants, des pays comme le Malawi et l\u2019Ouganda ne comptent respectivement que 17 infirmiers et 6 médecins pour 100 000 habitants.Dans certaines localités du Sénégal, il n\u2019y a qu\u2019un médecin pour 300 000 habitants.Cela veut-il dire, comme on l\u2019entend souvent, que les pays africains n\u2019ont pas investi dans la formation de médecins et d\u2019infirmiers?Non.C\u2019est la crise économique et politique africaine qui favorise en quelque sorte cette fuite de cerveaux.Or, si cette crise repose aussi sur des causes endogènes, elle remet en question l\u2019indifférence et la compromission des pays riches.On ne peut pas comprendre les fondements des crises sociales qui sévissent en Afrique, dont la santé, si on ne conteste pas, d\u2019un côté, le paradigme nord-centriste qui modèle les rapports Nord/Sud et, de l\u2019autre, la privatisation de la recherche en santé, elle-même responsable de la commercialisation de la santé.LA SANTÉ N\u2019EST PAS UN BIEN QUI RELÈVE DU COMMERCE Dans les pays développés, les milieux de la recherche scientifique et technologique n\u2019ont pas résisté à l\u2019incorporation du savoir dans la nouvelle architecture économique mondiale.Les sciences et les connaissances sont même devenues le fer de lance de l\u2019économie de marché.Réduite à une affaire de profits, la recherche en santé fut ainsi déviée de son but premier : la protection de la vie humaine. Cependant, un paradoxe marque ce nouveau rapport de la recherche médicale à la santé publique.Car si les entreprises se définissent comme étant privées, force est de constater qu\u2019elles n\u2019ont jamais bénéficié d\u2019autant de fonds publics et de mesures fiscales incitatives.En réalité, elles n\u2019ont de privé que le droit qu\u2019elles se sont arrogé de gérer les résultats de la recherche selon une logique mercantile.Que l\u2019État subventionne des entreprises vouées à la recherche et au développement est une chose.Mais que ces mêmes entreprises n\u2019aient de comptes à rendre qu\u2019à elles-mêmes est pour le moins inacceptable.Un gouvernement responsable ne peut pas laisser des firmes financées à même les fonds publics définir les priorités en recherche et fixer les modalités de la redistribution du fruit de la recherche à l\u2019échelle mondiale.En se désengageant de la recherche médicale et en intégrant la science et la technologie dans la très compétitive économie de marché, les pays riches se sont du même coup rendus coupables de la déchéance sanitaire que vivent les pauvres à travers le monde.Le résultat est désolant: aujourd\u2019hui, la recherche médicale est dictée, non pas par les besoins mondiaux en santé, mais par la capacité financière des patients à amortir les investissements monétaires qui y sont relatifs.Autrement dit, ce ne sont pas les maladies les plus meurtrières dans le monde qui accaparent la plus importante enveloppe de la recherche.Selon Médecins sans frontières, seulement 1% des 1393 nouveaux médicaments enregistrés entre 1975 et 1999 étaient destinés au traitement des maladies tropicales et de la tuberculose.Plus récemment, en 2004, sur les 70 milliards $US qui ont été dépensés dans le développement de nouveaux médicaments, seulement 0,001 % de ces dépenses était affecté aux nouveaux traitements des maladies qui sévissent dans les pays pauvres.À ce problème qui illustre l\u2019absence de compassion face aux maladies qui ravagent les pays pauvres, s\u2019ajoute une question éthique relative à la non-redistribution équitable des fruits de la recherche médicale.Question qu\u2019il ne faudrait pas réduire à la responsabilité de l\u2019industrie pharmaceutique vis-à-vis des populations sur qui des essais cliniques ont été effectués, mais bien au-delà.Car même si la responsabilité «thérapeutique» des firmes vis-à-vis des candidats aux essais est absolument inconditionnelle, elle l\u2019est tout autant pour toute personne en attente de soins, de traitements ou de vaccins.Les années 1990 ont été marquées par plusieurs scandales relatifs à des essais cliniques effectués dans les pays pauvres où la déréglementation autorisait les firmes pharmaceutiques à éviter les normes et les règles en vigueur dans les pays riches.Les instituts américains de recherche en santé auraient ainsi effectué des essais cliniques sur des milliers de femmes enceintes atteintes du sida, vivant en Afrique et en Asie, et ces femmes n\u2019auraient pas par la suite, et conformément aux standards respectés dans les pays riches, bénéficié des traitements efficaces existants.1 Un tel scandale révèle un mépris total des firmes à l\u2019endroit des malades des pays pauvres.Il révèle aussi la difficulté de faire respecter un minimum de principes moraux dans un contexte où seul le profit compte.Les tenants du « relativisme éthique » expliquent un tel comportement par le fait qu\u2019il ne servirait à rien de garantir des traitements de qualité à une poignée de malades ayant fait l\u2019objet d\u2019essais cliniques, alors que le reste de la population n\u2019y a pas accès.Ils oublient volontairement, puisqu\u2019ils la combattent, la Déclaration d\u2019Édimbourg, adoptée en octobre 2000 sous l\u2019égide de l\u2019Association médicale mondiale, qui édicte une série de principes devant régir la recherche médicale, dont la solidarité, l\u2019intérêt supérieur du sujet, le consentement libre et éclairé du patient.L\u2019article 19 de cette déclaration dit clairement qu\u2019«une recherche médicale sur des êtres humains n\u2019est légitime que si les populations au sein desquelles elle est menée ont des chances réelles de bénéficier des résultats obtenus ».Dans le même ordre d\u2019idées, le Groupe européen d\u2019éthique des sciences et des nouvelles technologies (GEE) publiait un avis le 4 février 2003, dans lequel il réaffirmait trois principes fondamentaux: que les investissements privés ou publics faisant leur recherche dans les pays en voie de développement ont un devoir moral de contribuer à y réduire les inégalités socio-économiques; que les activités de recherche impliquant les êtres humains ne peuvent pas être exclusivement assimilées à une activité économique; que la santé doit être considérée comme un bien public plutôt qu\u2019un produit de commerce.C\u2019est la conjonction de ces trois principes inspirés de la solidarité et de la justice sociale, qui peut garantir le droit d\u2019accès universel aux bienfaits de la science médicale, droit qui sans contredit, constitue l\u2019un des principaux moyens d\u2019éradiquer la pauvreté dans le monde.Le G8 l\u2019a-t-il compris?Arrivera-t-il un jour à rompre définitivement avec des politiques autocentristes?Aidera-t-il l\u2019Afrique à trouver les 7 milliards $ qu\u2019il lui faut pour former un million de travailleurs en santé d\u2019ici 2015?La Déclaration finale du Sommet de Gleneagles, en juillet 2005, indique que ce pari demeure très hypothétique.\u2022 1.Mylène Bothol-Baum, L'éthique de la recherche médicale, Université catholique de Louvain, 2001.En se désengageant de la recherche médicale et en intégrant la science et la technologie dans la très compétitive économie de marché, les pays riches se sont du même coup rendus coupables de la déchéance sanitaire que vivent les pauvres à travers le monde.RELATIONS octobre-novembre 2005 m dOSSieR Inéluctable finitude Un refoulement est à l\u2019œuvre dans l\u2019engouement pour les médicaments, refoulement dont il est important de saisir la logique dans la mesure où il révèle un certain état plus global de nos sociétés.RAYMOND LEMIEUX L'auteur, professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l\u2019Université Laval, est titulaire de la Chaire religion, spiritualité et santé Les médicaments envahissent des aspects de plus en plus nombreux de nos existences.Sans contester les bienfaits des avancées pharmacologiques - pensons seulement aux antibiotiques -, ce phénomène soulève néanmoins des problèmes de société impossibles à nier.C\u2019est comme si, ivres des succès de la pharmacologie, nous en venions à négliger la complexité des pathologies humaines, à oublier l\u2019importance de leurs facteurs sociaux et culturels et, surtout, à occulter la mort qui, pourtant, finit toujours par survenir.Dans ce contexte, le gel de la souffrance du patient à l\u2019aide du biochimique remplace souvent l\u2019écoute de son désarroi devant la maladie.Or, écouter les sujets impliquerait d\u2019admettre que nous ne sommes pas tout-puissants et que, finalement, les médicaments ne nous protègent pas de tout, et surtout pas de la mort.Joanne Bouchard, Tracé de mémoire, technique mixte, 36 x 14 cm, 2005 LA FUITE EN AVANT TECHNOLOGIQUE Sur les champs de bataille de la maladie, comme dans l\u2019ensemble des relations humaines, la guerre ne connaît qu\u2019une loi : l\u2019escalade.Par exemple, dès la fin des années 1960, on a vu apparaître des générations mutantes de gonocoques capables de résister aux traitements.À ces supergonocoques, il a fallu alors opposer des machines de guerre plus puissantes, plus efficaces, mieux ciblées.De même, dans le champ de la santé mentale, la vie clinique utile d\u2019un neuroleptique étant d\u2019une douzaine d\u2019années, il faut sans cesse mettre au point des générations plus performantes de ces derniers, nécessitant des recherches plus poussées et, en conséquence, coûtant plus cher.Ajoutons à cela le fait que de nouvelles maladies font leur apparition.La nomenclature des maladies mentales, par exemple, s\u2019est beaucoup enrichie depuis un quart de siècle; sans compter les maladies industrielles et celles qui tiennent aux mauvaises habitudes de vie : obésité morbide, cancers liés au tabagisme, vulnérabilités coronariennes, allergies, dépendances diverses, détresse émotionnelle, fatigue d\u2019être soi.Les maux de l\u2019humain, déchargés aux urgences des hôpitaux - souvent parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autres lieux où les sujets pourraient espérer être entendus - sont innombrables.octobre-novembre 2005 RELATIONS x ¦\t' Sjf.y.r-', Nous appelons fuite en avant technologique l\u2019attitude qui consiste à innover sans cesse, sur le plan technique, sans se préoccuper des causes effectives - souvent socioculturelles, c\u2019est-à-dire complexes et diffuses - du développement des pathologies.Une telle attitude n\u2019est pas spécifique au monde médical; elle relève plus largement des logiques sociales contemporaines qui, au nom du progrès, semblent incapables de prendre en compte la finitude humaine.Cette fuite en avant enferme alors l\u2019humain dans un imaginaire aliénant dont les résultats, à terme, peuvent devenir catastrophiques.En effet, les possibilités de l\u2019humain sont indéfinies; elle ne sont toutefois pas infinies.C\u2019est pourquoi, si le progrès est un moteur du dynamisme moderne, il peut aussi devenir proprement aliénant quand il se donne non pas pour ce qu\u2019il est - une idée régulatrice, un idéal -, mais plutôt comme une réalité naturelle qui imposerait sa loi.Il devient alors une illusion, au sens même que Freud donnait à ce terme : une croyance non critiquée.Dans ce contexte, chacun devient, dans sa vie quotidienne, comme un coureur de fond en quête illimitée de performance : il doit dépasser ses limites et, pour cela, non seulement investir sans cesse de nouveaux efforts, mais s\u2019acharner à corriger les handicaps qui viennent de son âge, de sa condition physique, de sa situation sociale, voire des solidarités dans lesquelles il est engagé.Le corps, l\u2019esprit, l\u2019autre, deviennent des adversaires à dominer.Dans cette quête de santé devenue performance, la mé-dicamentalisation, à l\u2019instar des drogues et des interventions visant à changer la condition du corps humain, est toujours refoulement des limites - ces dernières étant, pour chacun, le rappel quotidien qu\u2019il est un être mortel.De manière paradoxale, ce refoulement devient alors le plus court chemin vers la mort.Il mène, en effet, à vivre dans la fantasmagorie plutôt qu\u2019à accepter le réel.Il aveugle littéralement le sujet sur sa condition effective.« Un peu à la manière des firmes spécialisées dans les aliments préparés pour les chats domestiques, afin qu\u2019ils reconnaissent, à l\u2019ouverture de la conserve, les effluves viandeux rappelant le fumet de quelque minuscule carnage, les entreprises pharmaceutiques constituent des groupes de travail rassemblant des psychiatres qui les conseillent dans le choix des teintes et des noms et dans le mode de présentation.Une immense pastorale biochimique remplace les congrès eucharistiques à l\u2019ancienne.Une rencontre annuelle de psychiatres américains recèle, pour l\u2019éthicien, de précieuses indications quant au développement des sociétés de consommation avancées, tout comme les rencontres de vétérinaires spécialisés dans le traitement des bovins laitiers permettent à l\u2019observateur d\u2019entrevoir les avancées des technologies de reproduction assistée, ultérieurement adaptées à la fécondité des femmes.De la même manière aussi que les rencontres des fabricants d\u2019automobiles à Détroit permettent l\u2019exposition somptuaire des nouveaux modèles et prototypes, les Jeux olympiques présentent, pendant un court moment, la vitrine universelle des prouesses pharmacocinétiques des corps modifiés, de l\u2019état des connaissances quant au maquillage requis par l\u2019idée de performance.» Christian Saint-Germain, Paxil® Blues LE MÉDICAMENT CONTRE LA SANTÉ Un exemple bien simple nous permettra de saisir cette logique de régulation sociale dans sa dimension élémentaire : si je prends un analgésique pour soulager mon mal de dents, je ne sentirai plus ce dernier.Cela ne contribue toutefois en rien à le guérir.Le mal continuera de travailler ma dentition sans que je m\u2019en rende compte.Si je ne décide pas d\u2019intervenir autrement et continue plutôt de l\u2019endormir, le mal finira vraisemblablement par avoir raison non seulement des dents malades ou gâtées, mais de l\u2019ensemble de mon être.Le problème de la médicamen-talisation de la vie, en ce sens, est bien celui d\u2019un dopage qui, loin de ne concerner que les sportifs et les déprimés, devient un déterminant de la notion commune de santé.L\u2019habitude du médicament fait de la quête de la santé une recherche du « bien-être », à l\u2019opposé de l\u2019angoisse que suscite l\u2019expérience des limites et de la mort.Elle réduit d\u2019ailleurs cette notion même de bien-être au seul fait de « se sentir bien » qui devient ainsi une illusion de santé.Peu importent les limites, peu importe le mal qui ronge le corps ou l\u2019esprit, peu importent les exigences invraisemblables de performance qu\u2019on s\u2019impose pour se conformer à l\u2019image qu\u2019on veut donner aux autres, il faut « se sentir bien dans ce qu\u2019on fait ».La lecture subjectiviste du monde qui s'ensuit pousse alors à oublier les conditions réelles de l\u2019existence, qu\u2019elles se présentent comme limites du corps ou comme violence du monde ambiant.Certes, cet oubli n\u2019est jamais que momentané, le réel finissant toujours par s\u2019imposer.Mais, justement, à cause du caractère éphémère de ses résultats eux-mêmes, la quête de bien-être doit sans cesse être recommencée et devient illimitée.Elle engendre alors une dépendance qui n\u2019a même pas besoin d\u2019être soutenue chimiquement pour imposer sa loi.Le fantasme de santé, le rêve d\u2019échapper à la condition humaine tourne alors au cauchemar : il devient mépris de vie, littéralement, au profit des illusions données en véritables objets de culte.Cette fuite en avant devient un mode de vie.On sait qu\u2019elle va aujourd\u2019hui jusqu\u2019au culte du corps parfait, c\u2019est-à-dire capable de répondre aux canons de la séduction tels que les célèbrent les médias.Pour «se sentir bien dans leur peau », certains n\u2019hésiteront pas à mettre leur vie en jeu afin que le regard des autres confirme leur fantasme de pouvoir.LOGIQUE MARCHANDE ET ÉTHIQUE On comprendra alors qu\u2019une telle attitude sociale à l\u2019égard de la question de la santé et des médicaments présente des occasions en or pour les marchés.La logique marchande est du même ordre que celle de la performance technique et de la quête de santé.Elle consiste, essentiellement, à articuler dans un rapport rationnel et contrôlé, profitable pour chacune des parties, des besoins et des satisfactions.Si le sentiment d\u2019être bien dans sa peau devient une norme sociale, il est normal que se développe une industrie du « bien-être ».Et la demande de « biens de santé » conformes à cette quête doit être soutenue, quitte à créer pour cela de nouveaux besoins.La santé devient ainsi un fantasme à renouveler sans relâche : non seulement parce que le réel de la vie lui impose ses limites, mais parce que la logique marchande elle-même ne peut se contenter de ses acquis.Dans cette quête de santé devenue performance, la médicamentalisation, à l\u2019instar des drogues et des interventions visant à changer la condition du corps humain, est toujours refoulement des limites.RELATIONS octobre-novembre 2005 m dOSSieR Joanne Bouchard, Tracé de mémoire, technique mixte, 18 x 25 cm, 2005 V'4 ism* Mr Investir dans le bien-être rapporte d\u2019autant plus que celui-ci est éphémère.Le conseil d\u2019administration d\u2019une compagnie pharmaceutique, à ce titre, n'est pas là pour prendre soin de la fragilité humaine, mais bien pour rapporter des profits à ses actionnaires.Aussi, prendra-t-il ses décisions en fonction des paramètres qu\u2019il peut contrôler, en l\u2019occurrence la conjoncture marchande qu'il peut évaluer.Il laissera vraisemblablement à d\u2019autres le courage politique qui consisterait à prendre des décisions en fonction de la santé publique plutôt que privée, ou qui viseraient la prévention en ne se contentant pas des interventions thérapeutiques, une fois le mal évident.La régulation du monde par les marchés, à ce titre, favorise les opérations à court terme qui refoulent la conscience de mort, de la même manière qu\u2019elle cherche POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES BLECH, jôrg, Les inventeurs de maladies.Manœuvres et manipulation de l'industrie pharmaceutique, Paris, Actes Sud, 2005.HUGNET, Guy, Antidépresseurs.La grande intoxication, Paris, Le Cherche-Midi, 2004.PIGNARRE, Philippe, Le grand secret de l\u2019industrie pharmaceutique, Paris, La Découverte, coll.«Cahiers libres», 2003.SAINT-GERMAIN, Christian, Paxil® Blues.Antidépresseurs: la société sous influence, Montréal, Boréal, 2005.SHIVA, Vandana, La vie n'est pas une marchandise.Les dérives des droits de propriété intellectuelle, Montréal, Écosociété, coll.« Enjeux Planète», 2004.ST-ONGE, jean-Claude, L\u2019envers de la pilule.Les dessous de l\u2019industrie pharmaceutique, Montréal, Écosociété.2004.VAN DUPPEN, Dirk, La guerre des médicaments.Pourquoi sont-ils si chers?, Anvers, éd.EPO, 2005.SITES INTERNET Food and Drug Administration : www.fda.gov Observatoire des transnationales : fr.transnationales.org Prescrire: www.prescrire.org Santé Canada : www.hc-sc.gc.ca obstinément à contenir celle-ci au-delà des frontières du bien-être des nantis, aux dépens des projets à long terme qui exigeraient une éthique de la finitude humaine.Une telle éthique, en fait, suppose une culture non pas de la force mais bien de la fragilité, pour créer de la solidarité entre les humains à partir du partage de la conscience de leurs limites.Elle suppose donc une conscience critique, volontairement réaliste, qui refuse de se laisser aliéner par les illusions.Les logiques régulatrices du marché ne sont sans doute ni plus ni moins aliénantes que celles des sociétés féodales d\u2019antan.Elles génèrent toutefois leur idéal social d\u2019une manière qui leur est propre.Si le champ de la santé nous révèle aujourd\u2019hui les impasses de cet idéal de façon incontournable, c\u2019est que la fuite en avant y laisse présager des catastrophes.Il met ainsi directement en cause le courage des acteurs sociaux, individuels et collectifs, qui seraient en mesure de discerner les choix politiques qu\u2019il faudra bien effectuer un jour.La haute technologie des avancées pharmaceutiques contemporaines peut-elle être mise au service de la solidarité humaine plutôt qu\u2019à celui du profit et de la puissance?Commencer à saisir les implications de cette question suppose de voir plus loin que la seule mécanique de l\u2019organisme, de tenir compte de la complexité des facteurs humains de la santé et de la maladie et, surtout, de ne pas perdre de vue que les thérapies, comme les médicaments, ne vaincront jamais la finitude.Tenir compte de la complexité véritable de l\u2019humain, c\u2019est aussi reconnaître ce qu\u2019il sait bien, au fond de lui-même : il est un être mortel.Quand la technologie l\u2019oublie, dans les paradis artificiels des médicaments ou ailleurs, quand elle s\u2019érige en culture d\u2019apprentis sorciers, elle échappe à tous, promoteurs comme utilisateurs.En perdant ainsi le contrôle, nous courons tous, tristes ou joyeux, vers la catastrophe.\u2022 octobre-novembre 2005 RELATIONS eN BRef PAUVRETÉ AU JAPON La classe moyenne japonaise est en train de disparaître.Le pays figure parmi les puissances mondiales qui présentent les plus fortes disparités de revenus.Selon l\u2019OCDE, le pourcentage de ménages percevant moins de la moitié du revenu moyen des habitants du pays atteint 15,3% (la moyenne des pays membres est de 10,2%).Le vieillissement de la population et l\u2019évolution des conditions de travail - restructuration des entreprises, gel des embauches, contrats à durée déterminée - seraient en grande partie responsables de ce brusque accroissement des disparités.LES 30 ANS DU CAPMO Fondé il y a 30 ans à Québec, le Carrefour de pastorale en monde ouvrier (CAPMO) est un lieu où les personnes s\u2019arrêtent pour réfléchir, pour apprendre et pour agir.Au fil des trois dernières décennies, le CAPMO a contribué à ouvrir des voies nouvelles pour arrimer la pensée et l\u2019action, les valeurs et les pratiques collectives, en vue d\u2019une plus grande justice sociale.Ses activités se concentrent autour de quatre axes: l\u2019actualité populaire et ouvrière, le projet de société, la solidarité internationale et la vie spirituelle des personnes engagées socialement.Pour en savoir plus sur le CAPMO et sur les célébrations entourant son 30e anniversaire, consultez le : .UN JÉSUITE CANONISÉ Alberto Hurtado est né en 1901 au Chili.Dès son enfance, il expérimente la condition des pauvres.Grâce à une bourse d\u2019études, il fréquente le collège des Jésuites de Santiago.Il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus en 1923, où il s\u2019engage dans un ministère intellectuel et pastoral très fructueux.Avec des ouvriers chiliens, il cherche à développer une conception du travail authentiquement chrétienne.Dans cette perspective, il lutte pour la création d\u2019un syndicat et œuvre dans l\u2019Action catholique.Peu avant sa mort, en 1952, il lance la revue Men-saje, périodique toujours publié aujourd\u2019hui et qui a pour objectif de diffuser la doctrine sociale de l\u2019Église.L\u2019option préférentielle pour les pauvres de ce Jésuite chilien lui vaudra d\u2019être canonisé le 23 octobre 2005.BÉNÉVOLES RECHERCHÉS Organisme communautaire sans but lucratif, Suicide Action Montréal (SAM) peut offrir, grâce à ses 250 bénévoles, différents services d\u2019aide aux personnes suicidaires, à leurs proches ainsi qu\u2019aux personnes en deuil après un suicide.Ce fléau cause 1500 décès par année au Québec et SAM reçoit annuellement plus de 20 000 appels.Pour cet organisme, le bénévolat est donc une question de vie.L\u2019invitation est donc lancée à toute personne de 18 ans et plus se considérant apte à aider et prête à s\u2019engager pour 150 heures/ année.Téléphoner au (514) 723-4000.MORTALITÉ INFANTILE Selon l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS), une femme meurt chaque minute dans le monde à la suite de complications pendant la grossesse ou au moment de l\u2019accouchement.De plus, le taux de mortalité des nouveau-nés et des enfants est encore élevé dans nombre de pays.Quotidiennement, 40 000 enfants décèdent de maladies qui, dans 70 % des cas, sont guérissables ou pourraient être évitées par des mesures de prévention et d\u2019hygiène.LE FRANÇAIS AU QUÉBEC Le pouvoir d\u2019attraction de l\u2019anglais demeure plus élevé que celui du français auprès des immigrants, selon les dernières observations publiées récemment par l\u2019Office de la langue française.Ce sont 147 700 nouveaux Québécois qui ont choisi de vivre en anglais contre seulement 124 800 qui ont opté pour le français en 2001.La situation est toutefois meilleure qu\u2019en 1991, alors que le taux d\u2019attraction des immigrants vers la langue française n\u2019était que de 35,8% (dix ans plus tard, il est de 45,7%).La situation dans la région de Montréal est encore plus préoccupante: trois transferts linguistiques sur cinq s\u2019y font en faveur de l\u2019anglais.De plus, sur l\u2019île de Montréal, on compte désormais un habitant sur cinq qui utilise une autre langue que l\u2019anglais et le français au foyer.RELATIONS octobre-novembre 2005 E0 aiLLeuRS Thaïlande: histoire d\u2019une oligarchie L\u2019histoire contemporaine de la Thaïlande est caractérisée par une succession de dictatures militaires et par le règne d\u2019une oligarchie financière qui plonge le pays dans une grave crise sociale.DOMINIQUE CAQUETTE L\u2019auteur est professeur adjoint au Département de science politique et chercheur à la Chaire de recherche du Canada en études asiatiques de l\u2019Université de Montréal Souvent présentée comme étant le seul pays de la région à n\u2019avoir pas connu une expérience coloniale, la Thaïlande - avec sa population de près de 64 millions d\u2019habitants - est un pays aux immenses contrastes.Derrière ses magnifiques plages et ses temples bouddhistes aux charmes mystiques, se cachent un tourisme sexuel grandissant, des réseaux de prostitution juvéniles imposants - estimés à près de 2,8 millions de femmes thaïs, dont le tiers sont des mineures - et une marginalisation croissante de certaines régions du pays.Le gouvernement actuel, dirigé d'une main de fer par le puissant et richissime homme d\u2019affaires Thaksin Shinawatra, maintient solidement le cap sur le modèle économique néolibéral à l\u2019ombre duquel fleurit l\u2019industrie touristique prête à tout pour attirer les devises étrangères.S\u2019il innove par son style populiste combiné à une utilisation adroite des médias, sa réélection récente s\u2019explique parfaitement Cmne Golfe de Tonkin iirmanie laïlande de Bengale , Vietnam Bangkok Ho ChiMinh-Ville Golfe de Siam d\u2019 Andaman Mer de Chine Méridionale Malaisù (Indonésie) par le rôle central que jouent les puissantes familles du pays dans l\u2019arène politique.DE LA MONARCHIE À LA DICTATURE En 1932, la monarchie des Rama, qui régnait sur la Thaïlande jusque-là, est renversée par un coup d\u2019État dirigé par un petit groupe de civils et de militaires, sur la base du nationalisme et de l\u2019inauguration d\u2019une démocratie constitutionnelle.Dans ce pays rural dont la seule institution solide était l\u2019armée et où la classe ouvrière et la bourgeoisie à peine naissantes étaient essentiellement composées d\u2019immigrants chinois, c\u2019est plutôt à une succession de dictatures militaires que l\u2019on assiste jusque dans les années 1970.Au tournant de ces années, en effet, le pouvoir quasi absolu des militaires est progressivement remis en question.Plusieurs facteurs expliquent ce virage.Tout d\u2019abord, l\u2019alignement de la Thaïlande sur les États-Unis, lors de la guerre du Vietnam, a pour effet l\u2019arrivée massive de capitaux, non seulement pour le développement de l\u2019armée, mais aussi pour les télécommunications et les infrastructures économiques.La présence de 50000 soldats américains sur son territoire - avec la prostitution et le trafic de drogue qu\u2019elle entraîne - aura également pour effet d\u2019intensifier le sentiment nationaliste et d\u2019encourager Pékin et Hanoi à mobiliser le parti communiste thaï jusque-là relativement marginal.L\u2019accès à l\u2019éducation supérieure a élargi aussi de manière significative une classe moyenne composée de Thaïs, indépendante de la bureaucratie gouvernementale.Par ailleurs, de nombreux étudiants thaïs partis étudier aux États-Unis reviennent au pays.Ayant connu le mouvement pacifiste américain et même milité au sein de celui-ci, ils deviennent de plus en plus critiques face à la position du gouvernement thaïlandais qui agit dans la région à titre de satellite de Washington.Devant ce climat d\u2019effervescence politique, les deux généraux alors au pouvoir décident de rédiger eux-mêmes une nouvelle constitution et de rétablir les élections.Grâce au contrôle qu\u2019ils exercent sur l\u2019appareil militaire et policier et sur le ministère de l\u2019Intérieur, les militaires obtiennent une large majorité des sièges dans les campagnes mais perdent de manière magistrale dans la capitale, où la bourgeoise thaïe et sino-thaïe et la majorité de la classe ouvrière émergente résident.Ils ne peuvent contenir longtemps la grogne populaire qui ne cesse de croître.À l\u2019automne 1973, les demandes pour une nouvelle constitution et des élections, lancées par un petit groupe d\u2019étudiants libéraux et d\u2019enseignants universitaires, font boule de neige et près de 500 000 personnes sortent dans les rues, une véritable explosion de participation démocratique sans précédent dans l'histoire de la Thaïlande.La dictature militaire s\u2019effondre et un régime intérimaire dirigé par le professeur Sanya occupe le pouvoir jusqu\u2019à la tenue d\u2019élections en février 1975.DÉMOCRATIE FRAGILE Les élections de 1975, les plus compétitives jamais organisées, donnent un parlement où pour la première fois des partis de gauche modérés sont représentés.Des partis conservateurs font également leur apparition et serviront de base au gouvernement.Le pays expérimente alors une importante période de participation politique, avec l\u2019ouverture de la presse, la formation de m octobre-novembre 2005 RELATIONS aiLLeuRS *ùr'ù mtkxs )') ' /¦- - s-jHj *\u2022¦\t:, ^7* 2 JJL a 4 véritables syndicats et d'organisations paysannes, l\u2019exercice du droit de grève ainsi qu\u2019une mobilisation grandissante pour le retrait de la présence américaine.L\u2019extrême droite, extraparlementaire, exacerbée avec la chute de Saigon, en 1975, se mobilise et commande de nombreux assassinats de personnalités de la gauche et de leaders ouvriers et syndicaux.Le coup d\u2019État sanglant d\u2019octobre 1976 pousse un nombre important d\u2019étudiants et de militants, la plupart membres du parti communiste thaï, à vivre dans la clandestinité ou à se réfugier dans les campagnes et à l'extérieur du pays.Cependant, le juge qui préside à une coalition entre l\u2019aristocratie, les militaires et les politiciens de droite est si violent et absolutiste que les militaires le déposent en moins d\u2019un an.Pour la première fois de l\u2019histoire de la Thaïlande, un coup d\u2019État se fait au nom de la restauration démocratique.Durant plus d\u2019une décennie, des élections sont organisées de manière régulière et produisent une série de parlements sans véritable représentation de la gauche, mais dominés par les entrepreneurs provinciaux et les généraux les plus puissants donnant à la démocratie thaïlandaise un caractère oligarchique.LE SAUT DU TIGRE La croissance économique des « tigres » de l\u2019Asie du sud-est (Thaïlande, Malaisie, Indonésie et Philippines) s\u2019organise essentiellement autour de l\u2019entrée massive de capitaux étrangers, de la libéralisation des marchés domestiques et d\u2019un haut niveau d\u2019intégration entre les marchés financiers nationaux et internationaux.L\u2019arrivée massive d\u2019investissements directs en provenance du Japon viendra prendre la relève des capitaux américains, à la suite de l\u2019accord de Plaza, en 1985, qui force le gouvernement japonais à apprécier substantiellement la valeur du yen face au dollar US.Devant l\u2019abondance de main-d\u2019œuvre bon marché, les compagnies japonaises déplacent leurs processus de production vers l\u2019Asie du sud-est.Graduellement, Taiwan, Hong Kong et la Corée du Sud imitent le Japon et investiront massivement dans la région.Avec les premiers ralentissements de l\u2019économie japonaise, au début des années 1990, l\u2019élite thaïlandaise se tournera, afin de maintenir sa croissance économique, vers de nouvelles sources de capitaux provenant de l\u2019OCDE, en gardant des taux d\u2019intérêt à haut niveau et des taux de change fixe et en libéralisant les marchés boursiers pour faciliter l\u2019entrée et la sortie de capitaux spéculatifs.La libéralisation et la déréglementation rapide des marchés de capitaux débouchent sur une profonde crise d\u2019endettement, à partir de juillet 1997.La dette extérieure de la Thaïlande passe de 21 milliards $US en 1988 à plus de 89 milliards $US en 1997, dont 80% est de nature privée.Au moment de la crise, les arriérés des banques privées représentent alors près de 20 % du PNB.Il importe de souligner le caractère particulier de cette crise: une grande partie des capitaux financiers qui sont entrés dans la région ont été investis dans l\u2019immobilier pour la construction d\u2019édifices à bureau, de condominiums, de gigantesques centres commerciaux, de complexes touristiques et d\u2019innombrables terrains de golf (plus de 200!) qui n\u2019ont contribué en rien à la consolidation des structures industrielles du pays.Par ailleurs, la crise a exposé au grand jour la collusion et la corruption des milieux des affaires et des politiciens et le manque de transparence du secteur bancaire.Un des effets les plus significatifs de la crise a été de permettre l\u2019acquisition à des prix de « vente de feu » d\u2019un grand nombre de compagnies nationales, dont certaines étatiques, par des intérêts étrangers, en particulier les géants américains, japonais et plus récemment chinois.La Thaïlande constitue une véritable aubaine pour eux.La main-d\u2019œuvre y est relativement peu dispendieuse, il existe un marché domestique potentiel pour certains biens de consommation et les politiques étatiques y sont des plus permissives.LA RÉVOLTE DU SUD Depuis deux ans, on assiste à une escalade de la violence.Plus de 800 personnes ont péri au cours d\u2019affrontements dans trois provinces du sud de la Thaïlande (Narithiwat, Pattani et Yalta) où vit la minorité musulmane qui constitue 8 % de la population du pays.La minorité musulmane a peu bénéficié du boom économique des années 1990 et reste très marginalisée dans l\u2019appareil gouvernemental.La politique répressive de Bangkok - déclaration de la loi martiale, offensive de l\u2019armée contre une mosquée vénérée de Pattani qui a fait 32 victimes, arrestations massives de supposés terroristes - même si elle est couplée à des promesses de développement économique et social, n\u2019est pas pour apaiser une population musulmane de plus en plus mobilisée.\u2022 Prières et offrandes à Wat Phra Kaew, Bangkok, Canapress/ Marco Simoni RELATIONS octobre-novembre 2005 coNtROveRse Entre science et théologie une alliance possible?Il y a une manière de voir le monde qui permet de tenir ensemble des dimensions qui ont été séparées depuis des siècles.L\u2019auteur est chargé de cours au Département de sociologie de l'UQAM JEAN-FRANÇOIS FILION LJ ampleur de la crise écologique nous oblige à reconsidérer notre ¦ vision du monde.Depuis des siècles, au nom d\u2019une conception de la raison qui a dominé la modernité, il est devenu naturel de séparer le visible et l\u2019invisible, l\u2019ici-bas et l\u2019au-delà, etc.Or, cette manière de penser contribue à élargir le fossé entre le système techni-co-économique destructeur et toute visée éthique et écologique.Dans les temps modernes, les théologiens ont encaissé les bouleversements issus des sciences qui contredisaient la vision traditionnelle du monde : le cosmos fermé et hiérarchisé où toute chose est à sa place, la noblesse par rapport à la plèbe, l\u2019homme par rapport à la femme.En revanche, la vision scientifique moderne du monde consistait en un univers infini, mécanisé et égalisé.Ce changement de représentation a connu de fortes résistances dans l\u2019Église.Galilée dut se rétracter lors de son procès pour avoir adhéré à l\u2019héliocentrisme selon lequel les planètes tournent autour du Soleil, opposé au géocentrisme selon lequel les astres tournent autour de la Terre - promu jadis par l\u2019Église.Ainsi, devant le succès incontestable des sciences, les théologiens ont trouvé une solution pour ne plus se trouver dans la position de condamner des innocents : séparer les discours sur la nature réservés aux scientifiques de ceux concernant l\u2019action humaine.UNE SCIENCE PAS SI NEUTRE Le rapport rationalisé à la nature ne se résume pas aux découvertes de lois uni- m octobre-novembre 2005 RELATIONS verselles; il inclut surtout les transformations technico-économiques de notre milieu.À côté des scientifiques, des ingénieurs, des entrepreneurs et des économistes nous ont bien montré qu\u2019il était profitable de concevoir la nature comme un lieu de ressources infinies, disponibles aux innovations.Mais le défaut de la représentation scientifique de l\u2019univers comme ramassis calculable de poussières d\u2019étoiles consiste en la dévalorisation de la Terre, prise comme poussière parmi tant d\u2019autres.L\u2019effet pervers de la représentation scientifique de la nature est qu\u2019elle plante le décor à la destruction technocapitaliste de la planète.Si tout est ou bien hasard ou bien nécessité, comment alors justifier rationnellement une opposition à la spoliation d\u2019une planète vouée de toute façon à disparaître quand le Soleil s\u2019éteindra?UNE VISION ÉCOLOGIQUE DU MONDE La religion chrétienne est associée par de nombreux écologistes aux manières de penser et d\u2019agir contribuant à la crise écologique.La conscience écologique tend pour cette raison vers les spiritualités orientales retraduites sous la forme du Nouvel Âge (culte de Gaïa, etc.) et de la cybernétique.La force du paradigme oriental-cybernétique est de permettre des connexions entre les processus naturels et l\u2019immanence d\u2019un ordre systémique autorégulé (comme on le voudrait du marché).Le danger de la conscience écologique orientalisante est d\u2019oublier la spécificité de la dignité humaine, l\u2019acquis indépassable du christianisme, en considérant l\u2019être humain au mieux comme une partie indistincte du grand Tout, au pire comme son fruit parasitaire.La théologie trinitaire de la création de Jürgen Moltmann et la philosophie de la nature de Hegel, par exemple, forment un pas dans la direction d\u2019un nécessaire renouveau cosmologique.Ces manières de voir permettent de réunir dans les processus vivants des dimensions que l\u2019on tient séparées depuis des siècles : le corps et l\u2019esprit, l\u2019immanence et la transcendance, la société et la nature.La conception trinitaire permet de se représenter l\u2019immanence terrestre de la transcendance aussi bien dans les processus naturels que dans les affaires humaines.Que l\u2019orbite de la Terre rende possible la vie ou que le corps se guérisse lui-même de nombreuses maladies constituent des faits objectifs.De là, on devrait tirer des conclusions qui ébranleraient les métaphysiques nihilistes du hasard dont se nourrit le néolibéralisme.C\u2019est en misant sur l\u2019émerveillement que produit l\u2019immanence terrestre du sens que les théologiens devraient réactiver, en accord avec les découvertes scientifiques, une nouvelle forme de «géocentrisme».La Terre n\u2019est pas une poussière virevoltant dans le vide, mais bien le centre de notre monde.Ce nouveau géocentrisme devrait servir de base concrète à l\u2019oecuménisme, car la pollution ne fait pas de distinction confessionnelle, et mener à une théologie écologiste s\u2019articulant à une écologie politique.Contre le nihilisme technocapitaliste, il faut que se produise une alliance entre les croyants et ceux qui, comme l\u2019auteur de ces lignes, ne croient pas au Jugement dernier mais à celui des générations futures.\u2022 coNtRoveRse La crise écologique contemporaine, à laquelle ne sont pas étrangères les avancées de la science et de la technique, pousse à réfléchir sur un nécessaire supplément d\u2019âme à l\u2019intérieur de la recherche scientifique.Cela signifie-t-il qu\u2019il faille rompre l\u2019étanchéité qui s\u2019est établie en modernité entre le discours scientifique et le discours éthique et théologique?Ou, au contraire, raison et transcendance doivent-elles demeurer irréductibles?Dans quelle mesure envisager de nouveaux rapports entre science et théologie?Nous sommes nettement en présence de deux modes de penser le réel : l\u2019un empirique, l\u2019autre métaphysique.Ils sont irréductibles.GREGORY BAUM Aujourd\u2019hui, des scientifiques disent que les nouvelles théories sur la structure du cosmos appuient le message biblique d\u2019un Dieu créateur.Et des théologiens croient que les découvertes scientifiques nous aident à mieux comprendre le plan divin révélé dans la Bible.De ces derniers, Teilhard de Chardin demeure le plus célèbre.D\u2019autres sont tentés, à la lumière de la crise écologique actuelle, de chercher dans les Écritures une vérité sur l\u2019orientation du cosmos.Je me méfie de ces idées.Comme théologien, je fais une distinction très nette entre science et théologie : ce sont deux modes différents de penser le réel.La science ne peut ni invalider les vérités révélées ni apprendre d\u2019elles quelque chose pour ses propres investigations.La théologie ne peut rien trouver dans les sciences qui appuie la foi en la révélation divine.Les scientifiques cherchent à comprendre le monde suivant une approche empirique.Ils examinent des objets concrets, élaborent une théorie pour expliquer ce qui se passe dans les phénomènes observés, puis ils essaient de prouver cette théorie par des observations plus précises et plus méthodiques.Les résultats de ces recherches sont valables s\u2019ils peuvent être vérifiés par d\u2019autres scientifiques.Les sciences empiriques ont rendu un service inestimable à la culture humaine.Nous désirons, par contre, que le progrès et l\u2019application des sciences soient guidés par une vision éthique du monde.Mais la connaissance scien- tifique ne peut générer cette vision éthique.MÉTAPHYSIQUE ET EMPIRISME La science empirique n\u2019a rien à dire sur les valeurs qui définissent la culture, de même que sur la vocation et le destin de l'humanité.La science n\u2019est pas la philosophie qui, elle, peut se prononcer sur les valeurs éthiques.La science ne peut rien dire sur la dimension invisible de la réalité.La science doit admettre que les méthodes qu\u2019elle utilise ne lui permettent pas de prononcer une affirmation métaphysique.Qu\u2019est-ce que la théologie?C\u2019est une réflexion de foi sur la révélation biblique, une sagesse destinée à illuminer et à transformer la vie humaine.Ce que le récit biblique de la création nous dit n\u2019a rien à voir avec ce que la science peut nous dire sur l\u2019origine de l\u2019humanité et du monde.La vérité en théologie est métaphysique; la vérité en science est empirique.Le récit biblique de la création nous révèle que Dieu est créateur, que le monde créé reflète la gloire de Dieu, qu\u2019il mérite notre admiration et qu\u2019il ne doit jamais être réduit à un instrument au service des êtres humains.Que ceux-ci sont créés à l\u2019image de Dieu, donc porteurs d\u2019une grande dignité et d\u2019une responsabilité morale pour les réalités terrestres.Voilà l\u2019impératif écologique de la Bible.Le récit de la création nous révèle aussi que les humains ont la même origine, qu\u2019aucun groupe humain ne peut donc se dire supérieur aux autres.Il nous explique pourquoi le monde n'est pas comme il devrait être, pourquoi le monde créé bon est devenu un champ de bataille et pourquoi nous ne faisons pas toujours ce que nous voudrions faire.Le récit biblique de la création contient beaucoup d\u2019autres messages spirituels et salvateurs, mais aucun ne réfère aux questions examinées et étudiées par les sciences.Les croyants trouvent dans la Bible la réponse à la question : pourquoi l\u2019existence et non le néant ?Une question que la science ne se pose pas.L\u2019IMPÉRATIF ÉCOLOGIQUE Réfléchissant sur l\u2019évolution biologique, je suis mal à l\u2019aise quand je vois la lutte constante pour la survie et la victoire des plus forts et des plus adaptés.Je sais que le philosophe anarchiste russe, Pierre Kropotkine, a proposé une théorie de l\u2019évolution fondée sur la coopération, mais ses arguments ne me convainquent pas.L\u2019évolution biologique laisse de côté les petits, les faibles et les défavorisés, tendance qui continue à se manifester dans l\u2019histoire humaine.Comme théologien, je suis persuadé que la religion biblique et, en fait, toutes les religions sont des forces qui s\u2019opposent à l\u2019évolution: elles apportent aide et appui aux petits, aux faibles et aux défavorisés.Les religions cherchent à humaniser le genre humain, c\u2019est-à-dire à libérer les humains de l\u2019héritage violent lié à leur origine biologique, à les amener à une vie de coopération, de justice et de paix, et à les rendre gardiens responsables de la Terre - l\u2019impératif écologique.\u2022 L\u2019auteur est théologien RELATIONS octobre-novembre 2005 m RefiaRD L\u2019Église comme épouvantail L\u2019auteur est professeur de sociologie à l'Université Concordia Un anticléricalisme chargé de ressentiment se perpétue dans l\u2019imaginaire québécois.Comment expliquer ce phénomène, alors que d\u2019autres sociétés - dont l\u2019histoire est bien plus trouble - ont su développer une mémoire plus sereine?JEAN-PHILIPPE WARREN Le fait est aussi brut qu\u2019incontestable : parmi la frange de la population la plus médiatique et la plus politisée du Québec - si ce n\u2019est parmi les Québécois en général -, l\u2019Église catholique est l\u2019objet d\u2019un ressentiment quasi unanime, pour ainsi dire naturel et spontané.Ce ressentiment, la récente mort du pape ne l\u2019a point effacé, malgré le flot de bons mots que l\u2019on s\u2019est soudain senti obligé de déverser sur sa dépouille.Depuis 40 ans, au Québec, il semble qu\u2019on n\u2019en finit plus de vouloir s\u2019arracher au passé religieux.Il importe de s\u2019interroger sur ce fait intrigant.Voilà une société qui s\u2019est entièrement sécularisée, une société qui n\u2019entretient plus avec l\u2019Église catholique que des rapports ténus et privés, et dont la représentation de soi est encore fortement animée par un imaginaire anticlérical.Voilà, en d\u2019autres mots, une société qui a rompu avec l\u2019Église catholique en nationalisant les vieilles institutions d\u2019encadrement social et en confiant l\u2019éducation aux bureaucrates d\u2019un ministère provincial et qui, pourtant, continue de décrier le pouvoir ecclésial.C\u2019est un peu, toutes proportions gardées, comme si en France, aujourd\u2019hui, on s\u2019acharnait à maudire les monarchistes.LE CAS DU CATHOLICISME ESPAGNOL Le fait intrigue d\u2019autant plus que l\u2019Église québécoise n\u2019a pas été, autant qu\u2019ailleurs, compromise avec les idéologies les plus réactionnaires du dernier siècle.Prenons le cas de l\u2019Église catholique espagnole.Non contente de participer activement à la guerre civile, sa hiérarchie s\u2019est aussi associée au régime franquiste jusqu\u2019à la mort du leader fasciste.Pendant cette guerre civile, 145 000 personnes sont mortes au combat et un nombre presque égal ont été fusillées.Au cours des années qui ont suivi l\u2019établissement de la dic- tature, des milliers d\u2019Espagnols ont dû fuir le pays, ont été emprisonnés ou ont été exécutés.Le général Franco n\u2019a pourtant eu, jusqu\u2019à sa mort, de plus puissants et fidèles alliés que les évêques et les cardinaux - plusieurs d\u2019entre eux faisant d\u2019ailleurs partie de l\u2019Opus Dei.En 1975, l\u2019abîme entre les forces démocratiques et l\u2019institution cléricale, sans être infranchissable, était on ne peut plus profond.Or, dans l\u2019Espagne d\u2019aujourd\u2019hui, les taux de pratique religieuse n\u2019ont pas chuté comme ils l\u2019ont fait au Québec depuis cette époque révolue où les Canadiens français allaient en masse assister aux messes dominicales.Les églises ne sont pas, là-bas, aussi tristes et désertées.Les ouvrages historiques portant sur le passé national, tout en mentionnant les complicités fascistes de l\u2019Église catholique, relèvent aussi des moments plus héroïques et heureux; ils se refusent à porter sur le passé un regard tout entier honteux.Comment donc expliquer une attitude si différente?Pourquoi, d\u2019une part, les Espagnols - dont le passé religieux est aussi noir et terrible et, dans certains cas, tout à fait inexcusable - ne refusent-ils pas aujourd\u2019hui le compagnonnage de l\u2019Église?Pourquoi, d\u2019autre part, maints Québécois francophones - eux dont l\u2019histoire, tout en étant parfois xénophobe et cruelle, demeure sobre dans l\u2019intolérance et la violence - fustigent-ils l\u2019institution cléricale, même aujourd\u2019hui où elle est devenue une puissance politique et sociale négligeable?UNE GRANDE NOIRCEUR PLUTÔT GRISE Faisons d\u2019abord valoir ceci: pour les jeunes Québécois des collèges et des universités, comme pour le public éclairé en général, la Grande Noirceur est une période qui correspond au moment le plus infamant et le plus réactionnaire de l\u2019histoire du Québec.Grâce à l\u2019aide obséquieuse et intéressée de l\u2019Église catholique, Maurice Duplessis contrôlait la province et cherchait à instaurer un ordre qui faisait plus que tourner le dos à l\u2019Amérique: cet ordre enfonçait la province dans un âge autoritaire et obscurantiste digne de « l\u2019époque mérovingienne » ou de « l\u2019Ancien régime » - j\u2019emprunte librement ici les expressions de certains historiens et sociologues des années 1960.Au milieu de multiples faits et événements supposés donner créance à cette description de l\u2019entre-deux-guerres et de l\u2019immédiate après-guerre, retenons-en deux: la mise à l\u2019index du livre de Jean-Charles Harvey, Les demi-civilisés, en 1934, et le renvoi de Paul-Émile Borduas de son poste à Depuis 40 ans, au Québec, il semble qu\u2019on n\u2019en finit plus de vouloir s\u2019arracher au passé religieux.m octobre-novembre 2005 RELATIONS l\u2019École du meuble, après la publication du Refus global, en 1948.Ces deux événements font figure de preuves irréfutables de l\u2019atmosphère de répression qui prévalait avant la Révolution tranquille.Rappelons seulement que Les demi-civilisés est un bien mauvais roman et que si Paul-Émile Borduas a été cavalièrement mis à la porte de l\u2019École du meuble, c\u2019était, trois ans plus tôt, Charles Maillard qui devait remettre sa démission comme directeur de l'École des Beaux-Arts devant l\u2019opposition d\u2019Alfred Pellan (ce dernier ayant publié son manifeste Prisme d\u2019yeux quelque temps avant Refus Global).La postérité a été bonne pour le journaliste-romancier et le peintre automatiste parce qu\u2019elle s\u2019est saisie d\u2019eux pour en faire des martyrs.En fait, ces deux événements ne peuvent se comparer avec la violence de la guerre civile espagnole, pas plus qu\u2019avec les assassinats d\u2019opposants politiques perpétrés par les chemises noires sous la dictature mussolinienne, ou encore la censure exercée en Irlande dans les années qui suivirent l\u2019indépendance.Nulle question d\u2019affirmer - ce qui serait un propos éhonté - que le Québec de la Grande Noirceur n\u2019a pas été une période de vexation, de répression et de censure.La Grande Noirceur a bel et bien eu lieu.Il faut être reconnaissant aux révolutionnaires tranquilles - dont bon nombre de catholiques progressistes - d\u2019avoir lutté pour en sortir.Il s\u2019agit seulement de faire remarquer que, interprétée sous un angle comparatif, cette période perd beaucoup de sa teinte et de sa stature.Si elle est aussi commune, pourquoi les Québécois ont-il senti le besoin de la grossir?Si elle est plutôt grise, pourquoi les Québécois ont-il senti le besoin de la noircir?Pourquoi, en d\u2019autres termes, ont-ils senti le besoin d\u2019en faire un mythe?Car, à n\u2019en pas douter, la Grande Noirceur est un mythe - non pas au sens d\u2019une « fabulation », mais au sens d\u2019un « grand récit » s\u2019imposant à la conscience commune de manière presque obsédante.UN CHANGEMENT DE RÉFÉRENCE Pour comprendre le mythe de la Grande Noirceur, il importe donc de se rappeler que la Révolution tranquille correspond au passage de la référence collective cana-dienne-française à la référence collective québécoise.Une collectivité qui s'appelait canadienne-française a décidé, dans les années 1960, de se rebaptiser québécoise - laissant les francophones hors Québec fonder leur identité sur une base provinciale et devenir Fransaskois, Franco-Ontariens, Franco-Manitobains, etc.En l\u2019espace de quelques années à peine (les États généraux du Canada français de 1967 tenant lieu de date commode), une civilisation qui avait duré plus de 100 ans fut littéralement engloutie, disparaissant soudain de la carte avec l\u2019abandon de ses institutions et de ses symboles, pour ne laisser comme souvenir de son ancien empire que quelques îlots de francophonie à la dérive.Or, qu\u2019est-ce que le Canada français?Pris dans sa plus simple expression, le Canada français, c\u2019est un monde tenu ensemble symboliquement et institutionnellement par l\u2019Église catholique.En 1840, après l\u2019échec des Patriotes, lorsque l\u2019horizon politique s\u2019est refermé sur le Bas-Canada, l\u2019Église est devenue en quelque sorte l\u2019État d\u2019une société sans État.Quand, avec la montée de l\u2019État-providence, les frontières qui définissent les groupements humains sont redevenues politiques, et non plus strictement culturelles, le mouvement souverainiste - interrompu pendant 100 ans - a pu prendre un nouveau souffle et refonder l\u2019identité nationale.C\u2019est ce qui explique que l\u2019écroulement du Canada français, comme référence collective des Québécois francophones, sera l\u2019exact contemporain de la répudiation de l\u2019Église catholique comme mode privilégié d\u2019encadrement social.L\u2019Église catholique avait tenu symboliquement ensemble le Canada français en le munissant de traditions (fêtes, rites, etc.), de symboles (tels le drapeau du Sacré-Coeur) et Joanne Bouchard, Tracé de mémoire, technique mixte, 36 x 28 cm, 2005 RELATIONS octobre-novembre 2005 ES RefiaRD de discours (le messianisme, l\u2019agriculturisme, etc.).Elle l\u2019avait aussi tenu institutionnellement par ses mouvements (tels l\u2019ACJC), ses organisations et ses institutions (coopératives, écoles, etc.) et ses structures hiérarchiques (telles les paroisses).En dehors de l\u2019institution cléricale, il n'y avait pas d\u2019espace possible pour un Canada français.Un Canadien de langue française qui n\u2019était pas baptisé était un non-sens, voire une anomalie.A contrario, les Juifs émigrant au pays - affirmera le premier ministre Taschereau -devaient apprendre l\u2019anglais pour devenir de bons Canadiens; il ne lui serait jamais venu à l\u2019idée de les inciter à apprendre le français pour devenir de bons Canadiens français.Maintenant, qu\u2019est-ce que la Révolution tranquille?Au plus simple, c\u2019est le passage du Canada français au Québec étatique.Comme l\u2019écrivait l\u2019auteur Pierre Maheux, en 1963, dans la revue Parti pris, c\u2019est l\u2019avènement de l\u2019homme québécois après 200 ans de règne du dieu canadien-français! Le Canada français est ce contre quoi les membres de la « nouvelle clé-ricature bureaucratique» se sont définis: pour mieux en refuser l\u2019héritage, ils se sont acharnés à cultiver la honte de ce passé paysan, inculte, châtré et colonisé.Ils n\u2019ont pas eu de mots assez durs pour rejeter aux oubliettes de l\u2019histoire un monde dont ils sortaient à peine.Ils ont voulu creuser une opposition d\u2019autant plus absolue entre un avant et un après que la fracture entre les deux mondes n\u2019est pas nette.Déjà en 1963, avec la fondation de la revue Parti pris, percent des commentaires qui, parlant de 1958, affirment avec une bonne dose de naïveté : « On était-tu colon dans ce temps-là! » LE CATHOLICISME COMME REPOUSSOIR IDENTITAIRE Nous percevons déjà quelques-unes des conséquences qui affecteront et continuent d\u2019affecter le rapport des Québécois à l\u2019Église catholique.Si le Canada français, c\u2019est l\u2019Église, et si le Québec s\u2019est défini en opposition au Canada français, la première cible des discours nationalistes des révolutionnaires tranquilles n\u2019a pu être, par un mouvement somme toute naturel, que l\u2019institution cléricale.Les Polonais peuvent affirmer que, sans l\u2019action de l\u2019Église catholique, il n\u2019y aurait pas de Pologne.« Seulement sous cette croix / Seulement sous ce signe / La Pologne est la Pologne / Et un Polonais est un Polonais», écrivait le grand barde polonais, Adam Mickiewicz.De même, les Irlandais peuvent affirmer que, sans l\u2019Église, il n\u2019y aurait pas d\u2019Irlande.On pourrait dire la même chose des Portugais ou des Espagnols.Ces derniers peuvent œuvrer aujourd\u2019hui El octobre-novembre 2005 RELATIONS La Grande Noirceur est un mythe - non pas au sens d\u2019une «fabulation », mais au sens d\u2019un « grand récit » s\u2019imposant à la conscience commune de manière presque obsédante.à séculariser leur pays; l\u2019Espagne demeure toujours pour eux l\u2019Espagne.Ils n\u2019ont pas émigré au milieu du XXe siècle pour s\u2019en aller coloniser un autre imaginaire.Les conflits d\u2019interprétation modifient sans la dénaturer leur référence collective nationale.C\u2019est ainsi que même les intellectuels les plus anticléricaux s\u2019entendent pour dire que l\u2019Église catholique fait partie de l\u2019histoire espagnole, comme une page peut-être obscure, mais comme une page néanmoins du grand roman national.La situation est bien différente dans le cas du Québec.Les membres de la « nouvelle cléricature bureaucratique », ceux et celles qui, dans les années 1960, se sont emparés des postes traditionnellement liés à l\u2019Église, ne peuvent pas affirmer que, sans l\u2019action de l\u2019Église catholique, il n\u2019y aurait pas de Québec.Bien au contraire : pour l\u2019élite issue de la Révolution tranquille, ce qui a retardé la formulation d\u2019une référence collective basée sur le territoire provincial et axé vers l\u2019affirmation de l\u2019État national, c\u2019est justement l\u2019Église catholique, puisque celle-ci est associée à la survivance et au développement du Canada français - une réalité que les révolutionnaires tranquilles ont farouchement et violemment répudiée.Reconnaître l\u2019action de l\u2019Église catholique, ce n\u2019est pas reconnaître le Québec.Reconnaître l\u2019action de l\u2019Église catholique, tout à l\u2019opposé, c\u2019est reconnaître une référence symbolique que le Québec a dû dénoncer pour pouvoir s\u2019affirmer! Pour que le Québec «moderne» existe, il a fallu que les révolutionnaires tranquilles rejettent dans une espèce de Moyen Âge appelée «Grande Noirceur» l\u2019institution qui informa pendant près de 100 ans la symbolique commune et l\u2019encadrement social de la population francophone du Canada et de la Nouvelle-Angleterre.La majorité des Québécois liés à la petite bourgeoisie des affaires et de l\u2019État a donc un rapport trouble à l\u2019histoire de l\u2019Église pour une raison très simple.Sans l\u2019Église catholique, il n\u2019y aurait pas eu de Canada français.Mais, réciproquement, avec l\u2019Église, il n\u2019y aurait pas eu ce Québec dont ils sont devenus l\u2019élite dirigeante.Ces Québécois le savent, et c\u2019est pourquoi ils ont refoulé l\u2019Église hors de leur conscience.Ce qu\u2019ils aiment de l\u2019Église, s\u2019ils en aiment quelque chose, c\u2019est justement de pouvoir en faire un épouvantail, un conte pour enfants, un bonhomme sept heures.Parlant des sociétés bouleversées par l\u2019histoire, le comte de Chateaubriand écrivait : « Quand un peuple, transformé par le temps, ne peut rester ce qu\u2019il a été, le premier symptôme de sa maladie, c\u2019est la haine du passé et des vertus de ses pères.» Au Québec, cette détestation du passé a trouvé dans l\u2019Église son objet.En finir avec le damned canuck, comme le déclarait Gaston Miron, en finir avec l\u2019infamie que représente le fait d\u2019être Canadiens français, comme l\u2019écrivait Paul Chamberland, c\u2019était aussi, dans les années 1960, en finir avec l\u2019Église.Ce l\u2019est toujours.L\u2019aversion à l\u2019égard de l\u2019Église a donc devant elle un bel avenir.\u2022 La gauche au Canada Au cours de l\u2019histoire, la collaboration entre parti, mouvement social et intellectuels a revêtu une importance cruciale dans l\u2019évolution de la gauche canadienne.DUNCAN CAMERON La gauche au Canada a trois composantes.La première est le Nouveau parti démocratique (NPD) qui a remplacé, en 1961, l\u2019ancienne Cooperative Commonwealth Federation (CCF) socialiste, ainsi que le Congrès du travail du Canada (CTC).La deuxième composante est l\u2019ensemble des forces sociales que sont les syndicats, les groupes de femmes, les groupes chrétiens, les groupes environnementaux et de nombreuses organisations non gouvernementales.Parce qu\u2019elles représentent des millions de personnes, ces organisations populaires sont capables de s\u2019opposer au pouvoir en place et de contrer l\u2019influence des milieux d\u2019affaires.La troisième composante, enfin, est celle des intellectuels, des écrivains et des penseurs de gauche qui jouent un grand rôle, quelle que soit la conjoncture politique, parce qu\u2019ils sont capables de raisonner, d\u2019argumenter, d\u2019analyser et d\u2019exprimer clairement une vision d\u2019avenir.PARTI, MOUVEMENT SOCIAL, INTELLECTUELS Les bonnes relations entre ces trois groupes ont été d\u2019une importance cruciale dans l'évolution de la gauche canadienne.Quand les intellectuels et le parti ont travaillé ensemble, comme ils l\u2019ont fait dans les années 1930, le programme social qu\u2019ils ont élaboré a pu devenir plus tard un véritable programme politique national.Les fondateurs du CCF avaient rêvé d\u2019un parti regroupant cultivateurs et travailleurs.Le manifeste de Regina, adopté en 1933, énonçant les principes du parti, ont fait écho à ce rêve.Il a été l\u2019œuvre des intellectuels de la League for Social Reconstruction (LSR), dont plusieurs avaient été formés à Oxford et influencés par la British Fabian Society dans leur effort pour repenser les politiques de gauche.La grande dépression des années 1930 a été un facteur décisif dans la promotion de voies alternatives au capitalisme.Socialistes et communistes se sont alors âprement disputé l\u2019adhésion des membres des syndicats.Durant une bonne partie de son existence, le CCF a vu dans le parti communiste un rival majeur; banni par la Loi des mesures de guerre en 1940, ce dernier n\u2019est réapparu plus tard sur l\u2019échiquier électoral qu\u2019en joueur mineur.Durant la guerre, la vitalité du mouvement syndical a favorisé la création du Congrès du travail du Canada, en 1940.Le gouvernement libéral a été pour ainsi dire contraint d\u2019adopter des pans entiers du programme économique du CCF, prônés aussi par la LSR, pour soutenir les efforts de guerre au pays : contrôle des salaires et des prix, nationalisation des industries, investissements ciblés et rationnement des crédits.Il en a résulté un plein emploi et une faible inflation qui ont fait disparaître les bas niveaux de production et le chômage engendrés par la crise de 1930.Les femmes sont alors entrées massivement sur le marché du travail.La Deuxième Guerre mondiale a marqué un pic de popularité de la gauche canadienne.Au milieu des années 1940, les sondages d\u2019opinion réalisés en Ontario démontraient que beaucoup de personnes étaient prêtes à voter pour le CCF dont les idées imprégnaient profondément la vie politique.En Saskatchewan, sous la direction de T.C.Douglas, le CCF gagnait les élections provinciales de 1944.Il assumait le pouvoir pour la seule fois de son existence et devenait le seul gouvernement au nord du Mexique à épouser des principes socialistes.Il est demeuré à la tête du pays jusqu\u2019au début des années 1960.La collaboration entre les intellectuels de la LSR et le CCF a grandement contribué au succès du programme de réformes d\u2019avant et d\u2019après-guerre.Leur collaboration a donné lieu à la création de la Banque du Canada, de la CBC/ Société Radio-Canada, d\u2019Air Canada, des Chemins de fer nationaux du Canada et à l\u2019adoption de l\u2019assurance-chômage, des allocations familiales, de l\u2019assurance-maladie universelle et des pensions de vieillesse.Il s\u2019agit-là d\u2019initiatives issues des politiques du CCF, initialement proposées par la LSR.En adoptant ces mesures, les libéraux et les conservateurs n\u2019ont fait que céder à la pression de la gauche.LA MARGINALISATION D\u2019APRÈS-GUERRE Après la guerre, le programme social du CCF a toujours fait l\u2019objet de débats.Certains de ses éléments ont été adoptés jusqu\u2019à la fin des années 1960.Le modèle économique de nationalisation et d\u2019intervention de l\u2019État a cependant été L\u2019élection sur le libre-échange de 1988 a vu naître une coalition nationale des mouvements sociaux, le Pro-Canada Network, invitant avec force les Canadiennes et Canadiens à s\u2019opposer à ce traité commercial.Ce réseau établit un partenariat avec la Coalition québécoise contre le libre-échange, regroupant les centrales syndicales.L\u2019auteur collabore au Centre on Global Political Economy à l\u2019Université Simon Fraser et au Canadian Centre for Policy Alternatives, en Colombie-Britannique RELATIONS octobre-novembre 2005\t19 RegaRD mis de côté.En effet, avec l\u2019essor économique d\u2019après-guerre et la croissance du revenu national, le message socialiste du CCF a été mis en veilleuse dans les politiques nationales.Les libéraux se sont départis des industries de guerre et n\u2019ont plus fait du plein emploi une de leurs priorités politiques et économiques.L\u2019incapacité du CCF à dépasser ses origines populistes de l\u2019Ouest et à rejoindre la minorité nationale du Québec ressemble beaucoup à l\u2019incapacité des intellectuels anglophones à faire cause commune avec leurs vis-à-vis francophones.Seuls certains syndicats, certaines organisations non gouvernementales et certaines Églises pouvaient travailler dans les deux langues, dans le respect des différences régionales.La question nationale, qui a fait son apparition au Québec en 1960, a rallié la majorité des intellectuels de gauche du Canada anglais.Ces derniers se sont cependant retirés au moment critique, laissant l\u2019initiative à Pierre Trudeau.Ils ont ainsi donné un appui tacite à une vision unitaire du Canada.Cela s\u2019est produit malgré les efforts pour faire reconnaître le caractère national du Québec, comme le montre la transformation du CCF en Nouveau parti démocratique (NPD).Le parti se qualifiait désormais de «fédéral» et non plus de «national» et réclamait un statut particulier pour le Québec.Ces prises de position amenèrent deux intellectuels de haut calibre, Ramsey Cook et Eugene Forsey, à quitter le parti et à épouser la position constitutionnelle de Trudeau.En 1968, quand le nouveau groupe d\u2019intellectuels radicaux dirigé par Mel Watkins et James Laxer, le Waffle, a remis en question le caractère providentialiste du programme du NPD et a réclamé l\u2019autodétermination du Québec, il s\u2019est fait mettre dehors par les autorités du parti.En brisant la relation entre les penseurs indépendants et le parti, le NPD a fait le choix de se laisser décapiter.À cette même époque, l\u2019arrivée de Pierre Trudeau sur la scène politique a consolidé le NPD dans son statut de troisième parti.Au cours du gouvernement minoritaire de 1972-1974, il a pu favoriser la création de Pétro-Canada, l\u2019adoption d\u2019une politique nationale d'énergie et la fondation de l\u2019Agence canadienne d\u2019examen de l\u2019investissement étranger.Toutefois, ces succès politiques tactiques ont probablement masqué l\u2019incapacité du parti à se renouveler.La forte inflation des prix des années 1970, avec un retour de la stagnation économique, a remis en question l\u2019État-providence et le capitalisme à économie mixte de la période d\u2019après-guerre.Depuis lors, le NPD a poursuivi sa lutte d\u2019arrière-garde et, ironiquement, s\u2019est présenté comme le champion de l\u2019État-providence mis en place par 13 octobre-novembre 2005 RELATIONS les libéraux.Pour promouvoir son programme social, le NPD et ses syndicats affiliés se sont alors mis à la remorque des libéraux de gauche du Québec, dont l\u2019ex-ministre Monique Bégin.LEADERSHIP DES MOUVEMENTS SOCIAUX Les troubles sociaux et économiques de la fin des années 1970 et 1980 ont vu émerger de nouveaux mouvements sociaux et le retour de mouvements sociaux plus anciens.Pour la plupart, ces organisations de la société civile entretenaient des relations tendues avec le NPD qui se méfiait d\u2019elles.Les libéraux voulaient renforcer ces groupes quand cela leur convenait.Gérard Pelletier, alors secrétaire d\u2019État, avait établi des mécanismes de financement des acteurs de la société civile, tels que le National Action Committee on the Status of Women (NAC) qui compensaient la prédominance évidente des intérêts des entreprises dans la politique publique.À partir de l\u2019action des organisations de femmes qui voulaient introduire la clause d\u2019égalité (section 15) dans la Charte des droits et des libertés, les mouvements sociaux ont établi des liens avec les intellectuels et ont eu recours à une recherche minutieuse ainsi qu\u2019à des communications adaptées pour rejoindre l\u2019opinion publique.Une fois la légitimité de ces mouvements sociaux reconnue par le public, les libéraux ont accepté à l\u2019occasion de jouer leur rôle traditionnel de conciliateurs.Le mouvement des travailleurs, quant à lui, était divisé : des syndicalistes sociaux voulaient travailler avec d\u2019autres mouvements dans des coalitions régionales et nationales sur des enjeux particuliers; tandis que d\u2019autres estimaient m h ¦ que le NDP était suffisant comme bras politique du monde du travail.Le CTC n\u2019a pas déployé beaucoup d\u2019efforts pour introduire les droits économiques et sociaux dans les débats entourant la Charte des droits.Le NPD était lui-même divisé sur la Charte, des parlementaires socialistes traditionnels s\u2019en tenant au concept de la suprématie du parlement, même si la Charte a été mise de l\u2019avant par son ancien président, Frank Scott, membre fondateur de la LSR, professeur de droit à McGill et ami personnel de Pierre Trudeau.La grande récession de 1982 a conduit les libéraux à remettre en cause l\u2019État-providence et les politiques économiques d\u2019après-guerre.Trudeau a mis sur pied la commission McDonald sur l\u2019économie, qui plus tard a remis son rapport aux conservateurs de Mulroney, élus avec une écrasante majorité lors de l\u2019élection de 1984, après le départ de Trudeau.Le programme des grandes entreprises - libre-échange, privatisation et dérégulation -, défini par le Business Council on National Issues, a été adopté par le gouvernement Mulroney.C\u2019est le plus grand défi auquel la gauche a été confrontée après la grande dépression.L\u2019élection sur le libre-échange de 1988 a vu naître une coalition nationale des mouvements sociaux, le Pro-Canada Network, invitant avec force les Canadiennes et Canadiens à s\u2019opposer à ce traité commercial.Ce réseau établit un partenariat avec la Coalition québécoise contre le libre-échange, regroupant les centrales syndicales.Le NPD remporta alors le plus grand nombre de sièges de son histoire, mais les libéraux avaient pris le leadership politique dans la lutte au libre-échange.Ce qui devait faire la force du NPD est plutôt devenu son point faible; en effet, le parti chercha à remplacer les libéraux comme deuxième parti d\u2019opposition plutôt que de s\u2019attaquer au libre-échange.Là où le NDP était fort (Colombie-Britannique, Saskatchewan et Manitoba), il a recueilli le vote contre le libre-échange, même si durant sa campagne nationale il avait essayé de ne pas aborder la question.La division souvent amère entre les mouvements sociaux et le NPD à propos du libre-échange a contribué à marginaliser le parti fédéral qui n\u2019a pas réussi à obtenir le statut de parti officiel après l\u2019élection qui porta les libéraux de Jean Chrétien au pouvoir en 1993.Toutefois, la force des mouvements sociaux, à la suite de la campagne nationale menée par Pro-Canada, a conduit à l\u2019élection en Ontario d\u2019un gouvernement NPD dirigé par Bob Rae, en 1990.Le parti provincial était alors mal préparé pour prendre le pouvoir et incapable de contrer les attaques massives des milieux d\u2019affaires.Avec les attaques quotidiennes de tous les médias, dont aucun ne présenta le programme du NPD de façon juste et équilibrée, Rae a été incapable de trouver des appuis.Il a fini par abandonner ses propres politiques réformistes, comme le régime public d\u2019assurance-auto.Il a bien essayé de «discipliner» les syndicats, mais il perdit alors ses propres supporters.C\u2019est ce qui arrive aux partis de gauche qui abandonnent leurs appuis naturels pour rechercher - ce qui est toujours peine perdue - une légitimité auprès du monde des affaires.Le NPD est revenu dans la lutte sur la scène fédérale lors de l\u2019élection qui a donné une seconde majorité au gouvernement Chrétien.Dès lors, il est devenu un petit parti de protestation, présent en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et détenant quelques sièges dans l\u2019Ouest.Il a conservé son statut précaire durant la troisième majorité d\u2019affilée des Libéraux de Chrétien.Avec le gouvernement minoritaire de Paul Martin (2004), le NPD était tout près de détenir la balance du pouvoir au Parlement.Son leader, Jack Layton - malgré le fait qu\u2019il provienne de l\u2019Ontario -, a toutefois fait face à de sérieux problèmes électoraux dans cette province devenue nouveau château fort libéral en remplacement du Québec.FACE AU MONDE DES AFFAIRES Les mouvements sociaux ont perdu beaucoup de leur force dans les années 1990, épuisés par des années de lutte acharnée contre le gouvernement Mulroney.L\u2019opposition Les mouvements sociaux ont perdu beaucoup de leur force dans les années 1990, épuisés par des années de lutte acharnée contre le gouvernement Mulroney.RELATIONS octobre-novembre 2005\t19 RefiaRD effective aux politiques économiques est venue du Conseil des Canadiens et du Centre canadien pour des politiques alternatives.La majorité de la gauche universitaire restant enfermée dans ses activités académiques, le leadership est passé aux intellectuels engagés dans les mouvements sociaux et à un petit nombre d\u2019universitaires fidèles.En fin de compte, l\u2019économie a rebondi sous le gouvernement libéral, grâce à la politique protectionniste de dévaluation du dollar, alors qu\u2019il a maintenant adopté officiellement le libre-échange.Les libéraux ont retiré leur appui aux organisations de la société civile et ont refusé d\u2019entrer sérieusement en dialogue avec le monde du travail, délaissant toute forme de partenariat.Privés de financement public, les leaders féministes ont vu leur visibilité considérablement diminuer.Les groupes de justice sociale des Églises ont été moins actifs.Des révélations de scandales sexuels touchant des Autochtones ont sérieusement nui à plusieurs congrégations religieuses et organisations d'Église.Les libéraux, rejetés par le Québec francophone, ont vu agoniser leur aile sociale.Les quelques libéraux sociaux hors Québec, Sheila Copps et Lloyd Axworthy par exemple, restent alors isolés à l\u2019intérieur du parti.Durant la plus grande partie des années 1990, le mouvement syndical a été pris de court par la stagnation économique faisant suite au libre-échange et au manque d\u2019argent.Avec le leadership le plus progressiste de l\u2019histoire du CTC, et en dépit de l\u2019absence de gains véritables, il a préparé le terrain pour une coopération internationale renouvelée et la reconstruction du mouvement social au pays.La gauche politique du Canada réalise maintenant que la majorité des habitants du monde vivent sous des formes de tyrannie politique ou économique, et ses adeptes continuent de poursuivre l\u2019idéal de libérer ces personnes victimes d\u2019oppressions quotidiennes.Les enjeux spirituels et éthiques vous interpellent?Que vous soyez croyant ou non, notre Faculté vous ouvre ses portes.Vous voulez approfondir une réflexion personnelle ou acquérir une compétence professionnelle?Nous vous offrons, sur le campus, hors campus et à distance, une vaste gamme de cours et de programmes en théologie, en sciences des religions et en éthique qui répondront à vos attentes.Informez-vous dès maintenant ! (418) 656-3576 1877 785-2825, poste 357.6 ftsr@ftsr.ulaval.ca www.ftsr.ulaval.ca \t\t \t\tUNIVERSITÉ LAVAL Faculté de théologie et de sciences religieuses L\u2019AVENIR La social-démocratie est devenue le credo des syndicats et du NPD, comme le montre leur appui à l\u2019État-providence.Le socialisme a été supplanté, victime des politiques de la guerre froide ainsi que d\u2019autres facteurs.La tyrannie politique de Staline et de ses successeurs a fait que de nombreux intellectuels ont craint d\u2019utiliser un langage assimilé aux enseignements marxistes-léninistes.Même le marxisme vécu en Occident a fait l\u2019objet de remises en question chez ceux qui ne voulaient pas être identifiés aux régimes politiques qui lui ont été associés.La gauche politique du Canada réalise maintenant que la majorité des habitants du monde vivent sous des formes de tyrannie politique ou économique, et ses adeptes continuent de poursuivre l\u2019idéal de libérer ces personnes victimes d\u2019oppressions quotidiennes.Il n\u2019est pas vrai que la tyrannie politique découle du marxisme ni que le capitalisme procède du libéralisme.La tyrannie et le capitalisme sont assez puissants pour fonctionner selon des démarches indépendantes et dans de multiples contextes.Si la démocratie demeure toujours l\u2019objectif politique de la gauche canadienne, celle-ci doit définir son projet économique.Là où les sociaux-démocrates veulent faire du marché le serviteur des gens et non leur maître, ils ne doivent pas oublier qu\u2019il y a, dans le capitalisme, plus que le marché.Débarrassée de toute idéologie, l\u2019économie, c\u2019est d\u2019abord des personnes qui travaillent ensemble pour répondre aux besoins des uns et des autres.Dépasser la social-démocratie de l\u2019État-providence constitue un défi pour le NPD qui, avec l\u2019émergence du Parti Vert, n\u2019a plus le monopole électoral dans le secteur de la politique partisane.Les syndicats se sont interrogés pour savoir si les relations établies entre les travailleurs et le parti ont servi les intérêts des syndicalistes, alors que leurs membres ne votent pas automatiquement pour le parti.Cet appui devant être conquis pour chaque membre.Tout compte fait, la gauche ne peut pas lutter efficacement sans les intellectuels.Il serait sûrement plus approprié que, au lieu de se retirer de la société, les intellectuels exercent leur citoyenneté politique et s\u2019engagent dans la construction de ce que Frank Scott a appelé la société juste.Et pourquoi pas dès maintenant?\u2022 IS octobre-novembre 2005 RELATIONS Visitez notre site: www.revuerelations.qc.ca R a*, o \u2022\tVoyez le sommaire du numéro courant en page d\u2019accueil.\u2022\tInscrivez-vous à notre liste d'envois par courriel et recevez à l\u2019avance la liste des articles et des auteurs à paraître dans le prochain numéro.ReLatioNS \u2022 Consultez nos archives et découvrez un sommaire détaillé des huit derniers numéros, une table des numéros précédents et une banque de 250 textes à imprimer, classés par thèmes.\u2022 Voyez les détails entourant nos tables rondes organisées dans le prolongement de l\u2019un ou l\u2019autre des numéros de la revue.\u2022 Cliquez sur @ et faites-nous part de vos commentaires! Sornées ReLatioNS SUR DVD ou vhs Parution du 700e numéro de Relations : l\u2019avenir de la revue au sein de la société et de l\u2019Église (26-05-2005) Écologie et capitalisme : rupture ou adaptation?(21-03-2005) Pourquoi une charte mondiale des femmes?(21-02-2005) La réforme de l\u2019éducation : pour qui, pour quoi?(17-01-2005) Le phénomène religieux au regard de la presse écrite (18-10-2004) L\u2019altermondialisme en mouvement (20-09-2004) Le bouclier antimissile (27-05-2004) Le pouvoir dans l\u2019Église : au service de la liberté ou de la soumission?(24-03-2004) La laïcité face au défi du pluralisme : l\u2019expérience québécoise (26-01-2004) Achat : 27,00 $ (frais d\u2019expédition inclus) Location : (10 jours) 9,00 $ par cassette + frais d\u2019expédition TPS ET TVQ SONT COMPRISES DANS CES PRIX.Pour obtenir ces cassettes, ainsi que la liste complète des soirées qui ont été enregistrées, s\u2019adresser à Christiane Le Guen, au Centre justice et foi au (514) 387-2541 ou par courriel : cleguen@cjf.qc.ca RELATIONS octobre-novembre passageRS C\u2019est parfait pour lui: son esprit a besoin d\u2019être nulle part, son corps a besoin de bouger.Dernièrement, il n\u2019a trouvé de confort que dans le voyage, un certain type de voyage : voyage d\u2019essoufflé, voyage dont les trajets hasardeux et multiples ne s\u2019arriment qu\u2019à d\u2019évanescentes destinations.Du genre : Montréal?Ben.pourquoi pas.Il paraît qu\u2019il y a un grand jardin botanique.Rimouski?OK.Un lieu qui contient le mot «ski» ne peut pas me décevoir.Ka-mouraska?Fin fond des creux, mais ça sonne bien.Un lieu qui contient le mot « amour» ne peut pas me décevoir.À la fin, tout de même, il est toujours un peu déçu, mais ce n\u2019est ni à cause des skis ni à cause de l\u2019amour: il est déçu d\u2019être arrivé.Il ne sent de soulagement que dans l\u2019aller-très-loin, le courir-après, le partir-d\u2019ici.Moteur d\u2019un espoir déraisonnable: Montréal, jusqu\u2019à ce qu\u2019on se casse la gueule dans les escaliers extérieurs, demeure potentiellement un immense jardin botanique où les gens circulent à bicyclette sous un ciel de papillons libres et de lanternes chinoises, où les transports en commun sont des tandems et des traînes sauvages, ou «bien-être social» est une description adéquate de la situation collective et « priorité de virage à gauche» une réaffirmation ponctuelle de principes d\u2019équité.Tant qu\u2019il voyage, il arrive à rêver.Dans les sillons de la piste de ski, dans l\u2019épuisante ascension des Ap-palaches, sur le dernier banc de l\u2019autobus nocturne.Mais arriver quelque part est une tout autre histoire.Arriver exige de lui qu\u2019il regarde la réalité en face : Montréal juste avant que le camion de vidanges ne passe, par exemple, ou l\u2019épicerie des pauvres, souvent si riche en graisses.octobre-novembre 2005 RELATIONS I Voyage d\u2019essouflé TEXTE ET ILLUSTRATION : PASCALE QUIVIGER La rupture du sommeil se fait tout d\u2019un coup ce matin, ce qui est contraire à son habitude.Il remonte comme par un ascenseur affolé, soudain parfaitement réveillé, dans quel lit?Ah oui.Montréal.Lundi.C\u2019est l\u2019appartement déserté d\u2019une vague connaissance.Hmm.est-ce que j\u2019y reste quelques jours ou est-ce que je repars tout de suite?La partie hivernale de son long voyage est la plus difficile.Pas de camping sauvage, pas de longs trekkings.Juste un peu de ski de fond, deux ou trois nuits dans les refuges, puis les trajets d\u2019autobus en vue des villes, grandes ou petites.Le manque de poésie des autobus est tel qu\u2019il frôle la poésie absolue, la poésie de la route et du mal des transports, du derrière ankylosé, des stations service et des sandwichs aux œufs.Poésie du tout pareil, rendue exponentielle par ces distances de fous, et tout entière issue de ce seul paradoxe : être nulle part tout en ne cessant de bouger. passageRS Le problème n\u2019est pas celui de Montréal en particulier, ni de la réalité elle-même.Le problème, il est à l\u2019intérieur de lui, le voyageur.Le problème c\u2019est son manque d\u2019anticorps.Les enfants s'étonnent naturellement de la violence, de l\u2019injustice, des abus de pouvoir, et on croit bon de leur enseigner à cesser de s\u2019étonner.Au mieux, on leur dit qu\u2019il y a peut-être quelque chose à faire et qu\u2019ils pourront décider quand ils seront grands.En général, on se contente de leur confirmer que c\u2019est bien dommage, en effet.Au pire, on ne se rend pas compte de leur étonnement.Ou alors, on prône soi-même la violence, l\u2019injustice, les abus de pouvoir.Les enfants s\u2019adaptent, bien sûr, puisque c\u2019est leur métier.Le problème du voyageur, c'est qu\u2019il a échoué à s\u2019adapter.La conséquence, c\u2019est qu\u2019il souffre dès qu\u2019il commence à voir.Sa réaction, c\u2019est de s\u2019acheminer, un verbe qu\u2019il s\u2019obstine à rendre intransitif.Le voyageur n\u2019est pas un faible, puisqu\u2019il persiste à voir, mais il n\u2019est pas non plus un héros.S\u2019il avait du courage, il arriverait à bouger à même le réel et cela ferait bouger le réel.Mais ils sont très peu nombreux ceux-là, ils sont rares : ceux qui voient et qui restent pourtant et qui pourtant se déplacent en fonction de l\u2019espoir.Ceux qui transforment.Le réveil est étonnamment brutal ce matin.Il ne se souvient même pas du rêve duquel il émerge.Ah oui.Montréal.Il y a un delicatessen proche de la station de métro, il l\u2019a remarqué hier soir.Il remarque toujours les delicatessen, surtout ceux qui affichent « spécialité : mets canadiens, chinois, italiens».Ce sont les lieux d\u2019immobilité les plus proches du mouvement.Les banquettes fixes les plus proches d\u2019un nulle part.Il digère toujours mieux quand il a mangé dans un delicatessen.Pourquoi ne pas y déjeuner ce matin?Il s\u2019extirpe de son sac de couchage.Même le ciel s\u2019achemine, comme c\u2019est beau la neige, comme c\u2019est réconciliant.En tournant le coin de la rue, il voit l\u2019autobus arriver.Il ignore où est l\u2019arrêt, mais il court, au cas où, le trottoir est glissant et ça le fait rire.L\u2019autobus le dépasse, s\u2019arrête, l\u2019attend.Il paie son dernier voyage en petite monnaie.\u2022 \t Voyage d\u2019essoujlé, acrylique et encre sur carton, 21,8 cm X 5,8 cm, 2005 RELATIONS octobre-novembre 2005 m muLtimeDias FILM LA NEUVAINE SCÉNARIO ET RÉALISATION : BERNARD ÉMOND PRODUCTION : BERNADETTE PAYEUR, ACPAV AVEC ÉLISE GUILBAULT ET PATRICK DROLET COULEUR, 97 MIN.Ce n\u2019est pas l\u2019habitude de Relations de recenser un film qui vient de sortir sur grand écran, surtout après avoir reçu des prix lors d\u2019un grand festival, ici celui de Locarno en Suisse.Mais une fois n\u2019est pas coutume.La découverte de La NeuvaineM un véritable coup de cœur que nous voulons partager avec nos lecteurs et lectrices.Bernard Émond, do-cumentariste, cinéaste de la perte et de la mémoire, est arrivé à la fiction avec un long métrage d\u2019une âpre beauté, La Femme qui boit.Invité à participer à la Semaine internationale de la critique au festival de Cannes, en 2001, le film a soulevé l\u2019enthousiasme de la critique au Québec et l\u2019auteur a reçu le prix Radio-Canada du meilleur premier scénario de long métrage de fiction.Le film a mérité plusieurs prix à son interprète principale, Élise Guilbault.Bernard Émond a réalisé ensuite 20 h 17 rue Darling, présenté lui aussi à la semaine internationale de la critique du Festival de Cannes 2003, et qui a valu à Luc Picard le prix de la meilleure interprétation masculine au Festival du film francophone de Namur.Le sujet de La Neuvaine est grave et son traitement austère.L\u2019œuvre invite a une attention soutenue si nous ne voulons pas déserter les questions cruciales dans lesquelles elle nous plonge.Rien de moins qu\u2019une interrogation radicale sur le sens de la vie, de la souffrance et de la mort.Une approche philosophique en un sens, mais arrimée au concret de l\u2019existence.Pas de réponses toutes faites; plutôt une quête ou une avancée.Place est laissée au creux et au vide.Deux regards se croisent, ponctués de nombreux silences : celui du croyant, pourtant malmené dans l\u2019existence mais comme simplifié par la vie; et celui de l\u2019agnostique qui ne peut se défaire de sa culpabilité et de son angoisse.La vie a-t-elle un sens?Si oui, lequel?Si non, pourquoi continuer à vivre?est personnelle, existentielle; elle tient parfois à un fil, à une rencontre, à une parole qui touche le cœur, à un geste d\u2019autrui envers nous.Elle s\u2019enracine parfois dans la foi, comme un don offert mais sur lequel il est impossible de mettre la main au risque de la perdre ou de l\u2019étouffer.Elle affleure aussi dans la contemplation de la beauté de la nature, sauvage et mystérieuse.Le jeu des personnages est magnifique.Leurs visages occupent tout l\u2019écran, livrés au regard d\u2019autrui dans leur nudité et leur fragilité.Nimbés de pénombre ou de lumière.Ils expriment toujours une certaine dignité et de la retenue.Pas de voyeurisme.Atmosphère juste qui respecte la liberté de chacun, dans le respect mutuel.Chose Comment surmonter le désespoir, les événements si douloureux, quasiment insurmontables, qui vous écorchent à jamais?Ce sont des questions que tout être humain se pose un jour ou l\u2019autre parce que la vie l\u2019y accule.La réponse -A.______ rare dans les films québécois: pour une fois, la figure du prêtre apparaît sous son jour lumineux, vêtu d\u2019une aube blanche, prêt à bénir ceux et celles qui le lui demandent.Une réelle affection s\u2019exprime.Se pourrait-il que l\u2019époque du ressentiment envers l\u2019Église et les choses de la foi soit derrière nous?En tout cas, une aube nouvelle se lève.ANNE-MARIE AITKEN m octobre-novembre 2005 RELATIONS ¦ ¦¦I muLtiméDias vivent, souffrent, créent et aspirent, cherchent à construire une commune humanité où leur héritage, relu et réinterprété, enrichit le vivre ensemble plutôt qu\u2019il ne le divise.REGARDS ET NOUVELLES AUTOCHTONES www.tshinanu.tv www.aborinews.com Tshinanu.tv fait écho à un magazine télévisuel du même nom diffusé sur une chaîne spécialisée.Ce tout récent site permet d\u2019apprécier différents aspects de la vie et de la culture des Premières nations aujourd\u2019hui et les grands enjeux sociaux auxquels elles sont confrontées.Les vingt-cinq thèmes qui y sont abordés avec intelligence et à-propos sont autant de portes d\u2019entrée dans ce questionnement.Ils consistent en un assemblage de ré- flexions audio et de textes, de photos et de vidéos qui incitent les visiteurs à interagir par le biais de commentaires, réactions, questions et témoignages.Ces thèmes vont du rire au suicide, de la cuisine au sport, du développement économique à la vieillesse, de la santé à la politique, de l\u2019exil à la musique, la danse et les rituels.Sur le suicide, on lira, par exemple, des témoignages poignants de survivants.Sur la cuisine, par ailleurs - et dans un tout autre registre d\u2019émotion, il va de soi -, on s\u2019initiera à des recettes comme la ba-nique, sorte de pain, ou divers ragoûts de viandes sauvages -caribou, ours, castor, rat musqué, phoque.Accompagnant chaque thème, une liste de ressources disponibles est offerte, permettant d\u2019en savoir plus, de prolonger la réflexion, de s\u2019engager davantage ou de demander simplement des services.Les nombreux témoignages qu\u2019on peut y lire dégagent une impression d\u2019air frais, agréable, apaisant, qui nous libère un instant de l\u2019étroitesse pesante de notre regard sur le monde auquel nous contraignent trop souvent les œillères de la logique marchande qui domine la société actuelle.Mais il nous fait aussi peser la dose d\u2019isolement et de mal-être que vivent certains dans leur communauté.À cet égard, ce site est un espace de dialogue et de débats dont il faut saluer l\u2019apparition.Il est ouvert particulièrement aux peuples autochtones eux-mêmes, afin que circule entre eux la parole sur les grandes questions de sens et de société - tshi-nanu signifie «nous ensemble» en innu.Cet espace l\u2019est aussi à tous ceux et celles qui, s\u2019intéressant à ce qu\u2019ils AboriNews est certainement aussi un des sites qu\u2019il faut visiter pour qui veut être au fait de l\u2019actualité politique et des grands enjeux sociaux touchant les peuples autochtones, d\u2019ici et d\u2019ailleurs, des Amériques à l\u2019Océanie.La déforestation y est un thème récurrent et inquiétant.Source précieuse de renseignements, ce bulletin de nouvelles, hebdomadaire et bilingue, compile les nouvelles, les dossiers, les avis traités dans les médias francophones et an- glophones.On peut s\u2019inscrire sur une liste d\u2019envoi pour le recevoir à chaque semaine dans sa boîte de courrier électronique.JEAN-CLAUDE RAVET \u2022 Le monde \u2022 Politique \u2022 Economie \u2022 Science et Santé La «paix des braves» remise en question L'aménagement du nouveau\tD complexe hydroélectrique implique le\t_ dd1ouinem«nt de la mita Rupart\t« vert le nord Matthew Mukash, qui\tiajVm* \u2022'était à l'époque vigoureusement opposé i la signature de l'entente, déplore le fait que le courant de la Rupeit soit réduit de 90 % * Encore cette semaine, j'ai vu des gens pleurer i l'idée de perdre la nviére où ils ont toujours péché ».affirme le chef des Cns qui se dit déterminé i sauver la nnère dici la fin de son mandat, en 2009 Matthew Mukash.qui a été élu la semaine dernieie, désire éviter la confrontation avec les aulontés québécoises et le recours aux tnbunaux H entend plutôt convaincre le gouvernement et Hydro-Québec de se tourner vers l\u2019énergie eolienne HÆÉftË POINT DE RUPTURE FAUT-IL SAUVE! .i.A_AmrrtmrmsT Et vous ?Qu\u2019est-ce qui vous fait sourire, rire ou cramper ?Koey Koey Ataro, Me'taleyn, Tansi, Auneen, Sel:on, Kwey, Boojhoo, OU, Welcome, Bonjour.SITES INTERNET RELATIONS octobre-novembre 2005 m LiVR.es L\u2019ESSENTIEL DE LA SIMPLICITÉ VOLONTAIRE Dominique Boisvert L\u2019ABC DE LA SIMPLICITÉ VOLONTAIRE Montréal, Écosociété, 2005, 158 p.Face aux abus de la société de consommation et au dérapage d\u2019une certaine mondialisation, le mouvement dit de la simplicité volontaire prend de l\u2019aplomb.Dominique Boisvert, militant engagé dans d\u2019innombrables combats sociaux et membre fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV), nous propose ici un survol de ce qu\u2019est la simplicité volontaire, de son histoire, de ceux et celles qui la pratiquent, etc.Sur environ 90 pages distribuées en 20 chapitres, il dit l\u2019essentiel.En dire autant en si peu d\u2019espace est un tour de force, relevé avec clarté et brio.C\u2019est simple, clair et mobilisateur.Dominique Boisvert est convaincu et cherche à convaincre avec un minimum de moyens.L\u2019ABC de la simplicité volontaire n\u2019est pas à proprement parler un abécédaire mais le chapitre VII (p.37-48) l\u2019est, avec bonheur.Belles petites sections sur l\u2019argent, le temps et l\u2019environnement.Le chapitre XIV « oui, mais.Réponses à des objections courantes» ressemble aux vade-mecum qu\u2019on remet parfois à des politiciens en campagne électorale ou référendaire! Le chapitre XVIII aborde la question cruciale du courant social ou du mouvement social.L\u2019auteur opte carrément pour la seconde option, qui est le but du RQSV Un bon chapitre XIX sur les expériences ailleurs dans le monde.L'ABC de la simplicité volontaire À signaler enfin la deuxième section du volume indiquant les ressources disponibles: livres, sites Internet, mouvements et organisations et faisant des suggestions de mise en œuvre.Un livre comme celui-là ne peut pas traiter la question en profondeur.En son genre, le volume est une réussite.Les questions qui subsistent en moi ne visent pas le volume mais le fond de la question de la simplicité volontaire elle-même et du mouvement social qu\u2019elle voudrait incarner.Dans toute société d\u2019abondance, il y a une protestation en faveur de l\u2019être contre l\u2019avoir.On le voit chez les prophètes en Israël quand la société s\u2019enrichit, en Grèce puis dans l\u2019empire romain avec le stoïcisme et les courants ascétiques, au Moyen Âge avec les ordres mendiants (et le béguinage en Belgique).Il faudrait sur ce point des études historiques approfondies.L\u2019auteur ne fait aucune allusion au mouvement coopératif qui s\u2019est affronté au capitalisme naissant au XIXe siècle.Qu\u2019est-ce qui fait l\u2019originalité de la simplicité volontaire?L\u2019opportunité de travailler moins en consommant peu?C\u2019est à la fois du bon sens et une opportunité offerte par une société où l\u2019abondance est démocratisée, dans le premier monde, bien sûr.La question cruciale à mes yeux de la pratique de la simplicité volontaire en famille est peu abordée.Qu\u2019on la pratique à 40 ou 50 ans parce qu\u2019on fait un burn out, ça va de soi.Mais dans une société où le marché est axé sur les enfants et à un âge où la pression des pairs semble très lourde et souvent méchante, l\u2019enfant de la simplicité volontaire peut-il survivre?La réponse des pages 81 et 82 est insuffisante.Enfin, le passage du courant social au mouvement social pose le problème de son organisation, de sa structuration et de la construction d\u2019un appareil, d\u2019une part, et la question du passage au politique, d\u2019autre part.Je crois beaucoup au courant social et à son influence à long terme sur la politique.Mais en faire directement un mouvement social me semble illusoire car on passe du simple au complexe et du volontaire à l\u2019obligé: on ne peut faire d\u2019une société un monastère.Sur ce point, le débat est ouvert.ANDRÉ BEAUCHAMP STRATÉGIE POLITIQUE Sébastien Fat DIEU BÉNISSE L\u2019AMÉRIQUE: LA RELIGION DE LA MAISON BLANCHE Paris, Seuil, 2004, 244 p.Politique et religion font-ils bon ménage?Cette question a de quoi surprendre.Dans la plupart des sociétés occidentales, la séparation du pouvoir temporel du pouvoir spirituel est un principe qui fait l\u2019objet d\u2019un large consensus.Depuis plus de deux siècles, la laïcité et la sécularisation ont progressivement marginalisé le fait religieux.La pratique religieuse est devenue, par la force des choses, une affaire strictement privée.Les États-Unis incarnent une exception à cette tendance.Comme le rappelle Sébastien Fath, la vie politique américaine est marquée par une référence constante au spirituel.La classe politique, et surtout le président, sont les titulaires d\u2019une obligation morale.Mis à part ses responsabilités constitutionnelles, le président est porteur d\u2019une autorité morale qui dépasse le cadre strictement politique.Cette dimension du pouvoir présidentiel illustre une exception américaine : il n\u2019existe pas, en Amérique, de démarcation stricte entre le temporel et le spirituel.Cette réalité demeure paradoxale à plus d\u2019un titre.Les premières colonies octobre-novembre 2005 RELATIONS LiVR.es avaient été établies par les membres de sectes protestantes qui fuyaient l\u2019intolérance et la répression qui sévissaient dans l\u2019Ancien Monde.Ils imposèrent le principe laïque au niveau politique, ce qui devait éviter une répétition des abus dont ils avaient été les victimes.Aujourd\u2019hui, la société américaine est caractérisée par une sécularisation poussée, un phénomène qu\u2019on identifie souvent à la modernité elle-même.Ces considérations historiques et contemporaines ne suffisent pas à expliquer la complexité de la civilisation américaine.S\u2019il est vrai que la laïcité trouve son origine dans une volonté de garantir la liberté religieuse, il n\u2019en demeure que la religion ne fut jamais évacuée de la sphère publique.En effet, des thématiques religieuses ont toujours marqué les discours de la vie politique américaine.Au cours du XIXe siècle, par exemple, partisans et opposants de l\u2019esclavage justifièrent leurs positions respectives en se référant à la Bible.La sécularisation a eu, quant à elle, un impact ambigu sur la société, la culture et la politique.Durant les années 1960-70, l\u2019évolution des mœurs a provoqué une réaction de ceux qui craignaient la déchéance des valeurs traditionnelles.La révolte de certains milieux protestants mènera à l\u2019émergence du Christian Right.Œuvrant au sein du Parti républicain, cette droite religieuse cherchera à contrecarrer une sécularisation qui est synonyme, à ses yeux, du laxisme moral et de la décadence nationale.L\u2019actuel président américain, George W.Bush, représente, dans une large mesure, la montée en puissance de cette mouvance politico-religieuse.Tout au long de sa carrière politique, il a rappelé l\u2019importance de sa foi religieuse, des témoignages qui lui ont valu l\u2019appui des milieux évangélistes.Doit-on conclure que l\u2019Amérique est en passe de devenir une théocratie?L\u2019auteur n\u2019en est pas convaincu.Sans remettre en doute la foi du président, il considère que le discours et les initia- tives de l'administration Bush illustrent la diversité idéologique du gouvernement américain.En effet, l\u2019on peut penser que ce sont surtout les néoconservateurs qui jouissent actuellement de la plus grande influence.La rhétorique religieuse du président ne serait, finalement, qu\u2019une stratégie politique visant à rassembler la droite religieuse sous son enseigne.Pour Sébastien Fath, l\u2019émergence de la droite religieuse ne serait que l\u2019ultime avatar de milieux dépassés par la modernisation et la sécularisation.Nous assistons, au bout du compte, à l\u2019ultime sursaut d\u2019un milieu condamné à un déclin inexorable.ÉRIC JABBARI UNE FOI RISQUÉE Henri Madelin s.j.SI TU CROIS.L\u2019ORIGINALITÉ CHRÉTIENNE Paris, Bayard, 2004, 188 p.Le jésuite français Henri Madelin a publié, en 2004, un livre pour le moins déroutant.Dans Si tu crois, l\u2019enseignant chevronné de l\u2019Institut d\u2019études politiques de Paris - Sciences Po, écrit-il -, qui a habitué son public à des bouquins sur le christianisme social et les idéologies politiques, tient ici des propos sur la foi, «une aventure personnelle dans un monde parfois hostile, souvent saturé d\u2019incompréhensions à son égard, plus généralement indifférent».L\u2019ex-provincial des Jésuites de France examine, à grands traits, les confrontations entre la croyance et les acquis des cultures contemporaines.Une société où règne la science et la raison.Un monde où on tue au nom même de Dieu.Et au lendemain d\u2019un siècle qui «a engendré deux guerres mondiales et Auschwitz ».Un livre déroutant aussi parce qu\u2019il emprunte diverses avenues pour raconter les risques de la foi : un chapitre traite de l\u2019expérience du désert et de la solitude qu\u2019éprouve aujourd\u2019hui le chrétien; un autre montre les hésitations actuelles des historiens et des sociologues qui annonçaient, il y a peu, la mort de Dieu; un autre encore reconnaît les progrès techniques tout en soulignant la difficulté des scientifiques à qualifier le quantitatif, à donner un sens à la vie dans cet univers que l\u2019on comprend toujours davantage.Enfin, dans le dernier chapitre, le lecteur retrouve avec plaisir les grands thèmes souvent abordés - ici avec une passion contagieuse et un sens de la formule-choc - par l\u2019ex-rédacteur en chef de la revue jésuite Études, comme les conflits au Proche-Orient, les fondamentalismes et la mondialisation.Déroutant encore par les différents personnages, témoins et acteurs qui viennent appuyer ou contredire les thèses de l\u2019auteur.Mère Teresa et ses doutes, Max Weber et le désenchantement du monde, Nicodème et son attente du Royaume, George W.Bush et l\u2019axe du mal, le pape Jean-Paul II et son refus obstiné du recours à la guerre : tous entrent en scène, en fonction des thèmes des chapitres et viennent confronter, à leur manière, la foi chrétienne d\u2019aujourd\u2019hui.Quant à Teilhard de Chardin, cet « aventurier de l\u2019esprit», il intervient à différents endroits dans les pages de ce bouquin.Nommé directeur du Centre Sèvres, lieu de formation des étudiants jésuites, puis engagé, en 1991, comme conseiller spirituel du Mouvement chrétien des cadres et dirigeants, Henri Madelin a pu lier, sa vie durant, une réflexion intellectuelle à un travail d\u2019animation auprès de gens confrontés à des problèmes exigeants de sens.Des jeunes et des professionnels qui ten- HENRI MADELIN s.j.Si tu crois L originalité chrétienne RELATIONS octobre-novembre 2005 ES LiVR.es
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