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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2006-12, Collections de BAnQ.

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[" Le sens du dialogue interreligieux Entrevue avec jean Mouttapa ReLatiONS société politique religion NuméRO 713 DécemBRe 2006 Les veines ouvertes -jr- 's?À qui profite l\u2019extraction minière?La filière de la spéculation Les mains sales du Canada Complices malgré nous ARTISTE INVITÉE : MARIE-DENISE DOUYON 06538527434712 ReLatiONS NuméRO 713, DécemBRe 2006 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS L\u2019art : dialogue entre foi et culture\t9 Jan Koenot AILLEURS Le cri du Lesotho\t28 Lise Gagnon CONTROVERSE Marie : figure libérante ou aliénante?Louise Melançon\t30 Marie Gratton\t31 REGARD Le sens du dialogue interreligieux\t32 Entrevue avec Jean Mouttapa EN BREF\t35 MOTIFS Le cœur double de Lord\tDurham\t36 Jean-Marc Desgent MULTIMÉDIAS\t38 LIVRES\t40 Couverture : Marie-Denise Douyon, Le chant du rossignol, 1998-1999 (tryptique), monotype, 70 cm x 45 cm x 3 dOSSieR 10 LES VEINES OUVERTES DE L\u2019AFRIQUE\t10 L\u2019image que nous avons de l\u2019Afrique est souvent celle d\u2019un continent pauvre et à la dérive, livré aux épidémies et à la famine.Pourtant, en plus de son impressionnante diversité géographique et culturelle, ce continent possède de grandes richesses naturelles.Pourquoi ne profitent-elles pas à ses citoyens?Ce dossier veut faire la lumière sur le pillage systématique des ressources naturelles de l\u2019Afrique, pillage qui se solde par une violation éhontée des droits des Africains et par des tragédies humanitaires aux conséquences funestes pour leur développement social, politique et économique.À qui profite l\u2019extraction minière?\t12 Entrevue avec Bonnie Campbell Un débat pancanadien\t17 Denis Tougas La filière de la spéculation\t18 Fodé-Moussa Keita Les mains sales du Canada\t20 Lindlyn Tamufor Résistance et dissidence\t21 Lindlyn Tamufor Un code de conduite obligatoire\t23 David Fines Complices malgré nous\t24 Patrick Martineau ARTISTE INVITÉE Marie-Denise Douyon, d\u2019origine haïtienne, puise son inspiration à la source de sa culture ancestrale, aux racines de l\u2019Afrique.Sa dernière série rend hommage au courage et à la noblesse des peuples massai.Ces huiles sur bois, vibrantes d\u2019émotions et de lumière, témoignent de la richesse d\u2019un univers traditionnel et de la grandeur d\u2019un patrimoine culturel en voie de disparition.Ses œuvres récentes - d\u2019expression figurative - s\u2019inspirent directement de proverbes, d\u2019adages, d\u2019images, de contes ou de chants reliés aux traditions orales d\u2019Afrique et d\u2019Amérique.Elles tracent un parallèle fascinant entre le langage pictural et la parole, de même qu\u2019entre l\u2019art contemporain et certaines techniques artisanales - comme celles des forgerons du vaudou.Pour en savoir plus sur l\u2019artiste et sur sa démarche, consultez son site : .Revue foNDée eN 1941 Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Marco Veilleux SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Louise Dionne DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Goldstyn, René Lavoie RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Élisabeth Garant, Nicole Laurin, Guy Paiement, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Jean-Marc Desgent, Jean-Marc Éla, Osire Glacier, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau IMPRESSION Impart Litho, Victoriaville Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 45 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ TPS : RI 19003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.Canada Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 décembre 2006 RELATIONS eDitORiaL Éloge de la solidarité DJ abord, le rapport du Fonds mondial de la nature, Planète vivante 2006, sonnait l\u2019alarme.«La capacité de régénération de la Terre ne peut plus désormais suffire à la demande des humains, qui transforment en déchets les ressources plus vite que la nature ne peut les régénérer» et menacent d\u2019épuisement les écosystèmes naturels.La population animale, en 30 ans, aurait fondu de près du tiers.Quelques jours plus tard, le rapport de Nicholas Stern, sur les conséquences économiques du réchauffement climatique, enfonce le clou.Si rien n\u2019est fait dès maintenant, une crise économique de l\u2019ampleur de celle de 1929 attend les pays développés.On aurait à faire face, à brève échéance, à des inondations, un manque d\u2019eau potable, des pénuries de récoltes et de poissons, des cen- \u2014y\t- '* \u2022\u2022 -¦ 1 r >m?- .\t-\"t Marie-Denise Douyon, Makonde I (détail), 2006, huile sur bois et canevas - buste en bandes de plâtre, 155 cm x 51 cm taines de millions de déplacés de par le monde.Le dossier de Relations de mars 2005, L\u2019urgence écologique, le rappelait déjà avec force.Ce qui change, c\u2019est que des voix s\u2019élèvent du cœur du système et non plus de sa marge contestatrice.Ceux-là même qui jouissent aujourd\u2019hui de la manne financière et productive d\u2019un mode de production qui saccage la Terre pointent du doigt, effarés, le cul-de-sac où nous nous engouffrons à vive allure.Un geste révolutionnaire consisterait à appliquer courageusement les freins.L'American way of life semblait fondée sur un rêve, elle s\u2019avère plutôt cauchemardesque.La production déchaînée et la consommation boulimique ont transformé le monde en réserve de matières premières et d\u2019énergies soi-disant inépuisables, selon le dogme capitaliste de la croissance illimitée et de la maximisation du profit.Sous la promesse du bonheur de l\u2019humanité se cachait une perversion fondamentale, la satisfaction mesquine, autant insatiable que sans avenir, d\u2019une minorité repue et aveuglée par son pouvoir technique et économique.Une politique écologique est urgente et prioritaire, mais pas suffisante.C\u2019est notre regard sur le monde et notre rapport à lui qu\u2019il faut changer.Notre manière de vivre.La mainmise technique sur le vivant, la marchandisation du monde, la science sans conscience, l\u2019affairisme sans jugement, la société spectacle, la dépolitisation technocratique, la poursuite effrénée du provisoire et du «prêt-à-jeter», qui laissent une terre dévastée comme jamais.La tâche est vaste et radicale.Elle touche la racine des choses.Or, Stephen Harper ose même tourner le dos à Kyoto et tergiverse sur les mesures environnementales à prendre.Comme son ami Bush.Cette fuite en avant n\u2019est pas étrangère à une certaine pensée religieuse qui voit dans la destruction du monde un pas encourageant vers Dieu! L\u2019influence des courants fondamentalistes chrétiens derrière le gouvernement Harper - un des principaux conseillers de la ministre de l\u2019Environnement n\u2019en est-il pas issu?- est à cet égard inquiétante.On aura beau la fuir, la réalité nous rattrapera toujours.La lucidité - «la blessure la plus rapprochée du soleil » (René Char) - est ainsi de mise.Elle pénètre l\u2019évidence des choses et la retourne comme un gant, laissant à vif les injustices «naturelles» sur lesquelles l\u2019ordre établi se fonde.Elle fait l\u2019éloge du partage et de la solidarité plutôt que l\u2019éloge indécent de la richesse et impulse au combat pour empêcher que le monde ne se défasse, comme disait Camus.Dans cette perspective, une petite nation comme la nôtre, si elle le veut, a certainement un avenir politique.Sa force, elle doit la trouver dans la culture et dans l\u2019art.Sa grandeur, elle ne peut la tenir d\u2019une élite, mais du pouvoir citoyen et du projet de société qu\u2019elle est capable de mettre en branle.C\u2019est là la garantie de ne pas être le laquais des puissances qui l\u2019entourent, pantin à leur service ou ripailleuse de miettes.Le temps de Noël ramène à nos oreilles un vieux récit.Dieu, créateur, contemplant la souffrance du monde, aurait décidé de quitter l\u2019Éternité où il trônait tout puissant, à l\u2019abri de l\u2019histoire, et de faire sa demeure dans le monde, se dépouillant entièrement de sa condition divine.Il serait né dans une étable, couché dans une mangeoire.Aurait partagé son existence auprès des pauvres, combattu l\u2019injustice, appelé à la solidarité et au partage.Il aurait fini sa vie sur un gibet, condamné pour subversion, par les maîtres de son temps, et abandonné de Dieu.Comme bien d\u2019autres avant lui et après.On raconte cependant qu\u2019on peut l\u2019apercevoir encore parmi les hommes et les femmes luttant avec acharnement contre le destin, pour l\u2019avenir du monde.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS décembre 2006 actuaLites L\u2019auteure, professeure associée au Département de science politique de l\u2019UQAM, a été ministre des Relations internationales du Québec et, à ce titre, responsable de la Francophonie Sommet de la Francophonie: un premier bilan Le XIe Sommet de la Francophonie, qui s\u2019est tenu les 28 et 29 septembre dernier à Bucarest, en Roumanie, marque l\u2019arrivée d\u2019une douzaine de pays au sein de l'organisation.LOUISE BEAUDOIN CJ était la première fois que les chefs d\u2019État et de gouvernement des pays membres de cette organisation internationale se réunissaient dans cette région du monde.Ils voulaient ainsi marquer l\u2019importance qu\u2019ils accordent à l\u2019arrivée dans la Francophonie d\u2019une douzaine de pays d\u2019Europe centrale et orientale.Dans un premier temps, il faut signaler que le processus d\u2019élargissement s\u2019est poursuivi avec l\u2019adhésion, comme nouveaux membres de plein droit, de l\u2019Albanie, d\u2019Andorre, de la Macédoine et de la Grèce; comme membres associés, de Chypre et du Ghana; comme observateurs, du Mozambique, de la Serbie et de l\u2019Ukraine.Ce qui porte à 68 le nombre d\u2019États et de gouvernements participant à l\u2019Organisation internationale de la Francophonie.L\u2019avenir de la langue française préoccupant peu la plupart de ces pays, il faut en conclure que la Francophonie a choisi de privilégier sa mission politique tout en s\u2019affirmant, sur la scène mondiale, en tant que regroupement géoculturel favorable à la diversité linguistique et culturelle.Les pays membres, anciens ou actuels, ont tout de même pris un certain nombre d\u2019engagements relatifs à l\u2019usage de la langue française dans les organisations internationales, ce qui doit être considéré comme une avancée lorsqu\u2019on sait que le français est en repli dans l\u2019ensemble de ces institutions.Un vade-mecum énumérant de façon précise les obligations de chacun a été adopté après d\u2019âpres discussions.Reste à voir si ces bonnes intentions seront suivies d\u2019effets et si la tendance IF MAM (COFIHIdDMfilE tecU*1 aüi.'fy&t&ciAX.UA- pnvL.ép*- â-SoCi-eZê.ck*.fewr constatée au cours des dernières années en faveur de l\u2019utilisation d\u2019une langue unique dans les enceintes internationales, souvent avec la complicité de pays francophones, pourra être inversée.Comme prévu, mais encore plus, le Liban a été au cœur des discussions de ce XIe Sommet.D\u2019abord parce les autorités roumaines, à l\u2019instigation du président Jacques Chirac, ont invité le premier ministre Fouad Siniora plutôt que le pro-syrien président Émile Lahoud à participer au sommet.Une partie de bras de fer entre la présidence libanaise et le gouvernement s\u2019en est suivie; le gouvernement a tenu bon et c\u2019est le ministre de la Culture, Tarek Mitri, qui a occupé le siège du Liban.Ensuite, parce que le Canada w m K décembre 2006 RELATIONS -\tfidèle à sa position dans le conflit qui a opposé cet été Israël au Hezbollah -\ta mis son veto à un amendement libano-égyptien rappelant les conséquences dramatiques pour la population libanaise des attaques israéliennes.Le Canada a accepté un compromis après plusieurs heures de négociations particulièrement tendues, mais les journalistes et observateurs ont souligné qu\u2019en s\u2019isolant ainsi, Stephen Harper avait raté son entrée en Francophonie; alors que Jean Charest, à l\u2019instar de tous les premiers ministres québécois avant lui, jouait son rôle et occupait toute la place que lui autorise le statut particulier du Québec.Le thème des technologies de l\u2019information dans l\u2019éducation, qui aurait dû normalement être au cœur du sommet, a été largement éclipsé par la question du Liban et d\u2019autres dossiers politiques préoccupants.On a quand même discuté de cette question éminemment importante pour le développement des pays du Sud et plusieurs pages de la déclaration finale y sont consacrées.Le Québec et nos universités, notamment l\u2019UQAM, à laquelle est rattachée la Télé-université, sont fort bien préparés à répondre aux besoins criants qui s\u2019expriment dans ce secteur et l\u2019on peut espérer qu\u2019une fois la poussière du sommet retombée, la Francophonie donnera suite aux demandes pressantes de certains pays en matière d\u2019éducation et de transition vers la société du savoir.Le bilan de ce XIe Sommet est contrasté.Le plus inquiétant étant sans doute qu\u2019avec cet élargissement sans fin, la Francophonie risque de se diluer et de perdre de vue sa mission essentielle: s\u2019assurer que le français demeure une grande langue internationale.Mais le pire n\u2019est pas certain.Peut-être qu\u2019au contraire, le rayonnement du français et le pluralisme linguistique seront-ils mieux assurés ainsi.L\u2019avenir nous le dira.\u2022 actuaLites Uaccès des femmes\tI aux ministères ordonnés\t@ Les 27 et 28 octobre dernier, à Montréal, plus de 130 personnes se sont rassemblées pour débattre d\u2019une question incontournable pour la crédibilité de la foi et l\u2019avenir de l\u2019Église.MARCO VEILLEUX Organisé par le Centre justice et foi, en partenariat avec le Centre Saint-Pierre, Femmes et Ministères et L\u2019autre Parole, ce colloque avait pour titre «L\u2019accès des femmes aux ministères ordonnés dans l\u2019Église catholique: une question réglée?» Véritable succès d\u2019assistance -faisant mentir ceux qui croient qu\u2019il n\u2019y a plus personne qui s\u2019intéresse à ce débat -, ces assises ont été l\u2019occasion de constater que, malgré l\u2019interdit « officiel », des recherches et des expérimentations se poursuivent au sein même du catholicisme.En effet, des catholiques déconstruisent les arguments qui servent à justifier le refus d\u2019ordonner des femmes, reconnaissent le discernement de celles qui aspirent au diaconat et au presbytérat, renouvellent la théologie des ministères, expérimentent d\u2019autres pratiques de leadership ecclésial et s\u2019intéressent à l\u2019expérience des Églises qui ont ouvert la voie ministérielle aux femmes.Ainsi, lors de la conférence inaugurale du colloque, l\u2019exégète Olivette Genest a relu, à la lumière de l\u2019exégèse biblique, les arguments avancés par les autorités romaines pour refuser l\u2019accès des femmes aux ministères ordonnés.Selon elle, «les passages bibliques retenus comme réservant le sacerdoce ministériel aux hommes sont fort vulnérables.En leur qualité de textes mar- ginaux et mineurs par rapport au grand enjeux théologiques et chris-tologiques de la Bible, ils ne peuvent guère servir à étayer des conclusions doctrinales en théologie des ministères.Surtout, étant donné leur complexité, ils demeurent en attente d\u2019une herméneutique plus poussée ».Le lendemain matin, Marie-Thérèse van Lunen Chenu, cofondatrice de l\u2019association française Femmes & Hommes en Église, a rappelé que « si, dans la société civile des pays qui se réfèrent à la norme des droits humains, le sexisme est prohibé par les lois mais perdure dans les mœurs, dans les structures institutionnelles catholiques, le sexisme est encore la règle - à la fois dans les mœurs et dans les lois ».Cet enfermement du catholicisme sur lui-même pourra-t-il perdurer?Susan Roll, théologienne de l\u2019Université Saint-Paul, a ensuite parlé de l\u2019impact «symbolique», pour les croyantes, de la non-représentation des femmes au sein de la hiérarchie catholique - en termes d\u2019image de soi, de rapport au pouvoir et de rapport au sacré.Puis, Pauline Jacob - dans la foulée de sa thèse doctorale soutenue à l\u2019Université de Montréal -, a rendu compte de sa recherche fort interpellante auprès de femmes qui discernent présentement un appel à l\u2019ordination dans l\u2019Église catholique du Québec.En après-midi, une table ronde à teneur œcuménique a permis à Patricia Peacock, prêtre anglicane, et à Faye Wakeling, ministre de l\u2019Église unie, RELATIONS décembre 2006 actualités Gao Qinrong et son épouse Duan Maoying, RSF d\u2019exposer les processus et instances de décision, au sein de leur Église respective, ayant favorisé l\u2019accès des femmes aux ministères institués.En écho à ces présentations, Gisèle Turcot, ancienne présidente de la Conférence religieuse canadienne, a dressé l\u2019historique et le portrait de la situation actuelle au cœur du catholicisme où, malgré le «blocage romain», de multiples lieux d\u2019expérimentation, de résistance et de discernement s\u2019organisent.À partir de ces riches exposés - et sous l\u2019habile animation de la sociologue Marie-Andrée Roy -, ce colloque a permis aux participantes et aux participants de s'approprier le débat par le biais d\u2019un travail en ateliers, où ils ont pu élaborer des pistes d\u2019action pour contrer le sentiment d\u2019impasse et interpeller l\u2019institution.Ces pistes se regroupent en cinq volets : 1) mettre en réseau les femmes qui discernent un appel à l\u2019ordination et établir des alliances entre différents groupes nationaux, internationaux et œcuméniques qui sont préoccupés par cet enjeu; 2) rompre le silence sur la question de l\u2019ordination des femmes en développant des stratégies de communication pour que ce débat soit présent dans l\u2019espace public et pour que les «pratiques ministérielles» qu\u2019accomplissent déjà nombre de femmes dans l\u2019Église catholique soient enfin reconnues; 3) faire mieux connaître la recherche, les arguments favorables à l\u2019ordination des femmes et la fragilité des positions romaines par un travail d\u2019éducation et de sensibilisation de la population; 4) interpeller nos évêques, leur présenter des candidates au sacerdoce soutenues et accompagnées par des communautés chrétiennes et leur demander de tenir compte de ce discernement; 5) enfin, mettre en œuvre des actions ponctuelles: colloques, interventions médiatiques, activités attirant l\u2019attention sur un «autre visage » de l\u2019Église.Une liturgie d\u2019envoi, présidée par Annine Parent, a conclu ces assises en célébrant la reprise d\u2019une parole col- lective, au sein du catholicisme québécois, sur cet enjeu fondamental.«Obéir, c\u2019est aussi résister!», disait le théologien Marie-Dominique Chenu, réduit au silence par Rome en 1954 pour avoir soutenu les prêtres-ouvriers.Cette résistance - et les pistes d\u2019actions pour l\u2019incarner - a été le JEAN-CLAUDE RAVET Plus de 120 journalistes sont actuellement emprisonnés dans le monde.De ce nombre, une trentaine rien qu\u2019en Chine.Leur crime : divulguer des vérités gênantes.Corruption, mensonge, violence, répression.autant de réalités qui rendent passible de châtiment quiconque les rend publiques.Se rappeler le nom des victimes et le pourquoi de leur arrestation, participer à des campagnes de soutien, faire pression pour leur libération, c\u2019est au moins, déjà, les soustraire de l\u2019oubli.C\u2019est prendre parti contre le silence des geôles et l\u2019arbitraire des pouvoirs.C\u2019est faire sienne la vérité qui rend libre.Parmi ces journalistes emprisonnés, Gao Qinrong, de l\u2019agence officielle Xinhua, est détenu depuis 1999 dans la prison de Qixian dans la province de Shanxi, au cœur de la Chine.Son crime, avoir publié un article accablant sur la ressort de ce colloque (un enregistrement DVD de l\u2019événement, pouvant servir d\u2019outil d\u2019animation et de réflexion, est disponible au Centre justice et foi).\u2022 corruption à grande échelle dans la région de Yuncheng : des milliers de réservoirs d\u2019eau sans connections à un point d\u2019eau ni tuyaux d\u2019acheminement vers les champs, emblème absurde d\u2019un «grand projet d\u2019irrigation» de plus de 26 millions $US.Vanté par les autorités locales comme un modèle de SK ffcil lutte contre la sécheresse, il permit plutôt à celles-ci de s\u2019enrichir grâce à un vaste détournement de fonds.Le journaliste qui avait été alerté par des paysans indignés fît son enquête et la rendit publique, avec photos à l\u2019appui.Censure et corruption en Chine Le 23 novembre 2006, la 17e Journée de soutien aux journalistes emprisonnés, organisée par Reporters sans frontières, nous a rappelé que censure et corruption riment violemment en Chine.décembre 2006 RELATIONS actuaLites PERSONNE NE DEVRAIT POUVOIR EMPECHER UN JOURNALISTE DE S\u2019EXPRIMER La nouvelle fît scandale.La télévision nationale prit le relais du journaliste, au grand dam des autorités locales qui ne le lui pardonneront pas.Arrêté le 4 décembre 1998 à Pékin, Gao Qinrong allait en payer chèrement le prix.Il est immédiatement transféré dans la capitale de la province de Shanxi où il est jugé pour corruption, détournement de fonds et proxénétisme! Le 28 avril 1999, à la suite d\u2019un procès autant bidon qu\u2019expéditif, tenu à huis clos, où se succèdent de faux témoignages les uns à la suite des autres, il est condamné à 13 ans de prison ferme.Il en est à sa huitième année.Sa libération n\u2019est prévue qu\u2019en 2011.Sa santé mentale et physique ne cesse de se dégrader.Son épouse, Duan Maoying, fait des pieds et des mains pour faire réviser son procès.Les instances politiques, juridiques et journalistiques chinoises font, jusqu\u2019à maintenant, la sourde oreille.Quelques journalistes chinois ont osé se porter à la défense du journaliste.Certains, pour cela, ont été congédiés.Peu de temps après sa condamnation, Gao Qinrong avait adressé une lettre à la direction du Parti communiste.On peut y lire : « Le combat contre la corruption est une décision du Comité central du Parti communiste.Étant membre du Parti et journaliste, je pensais qu\u2019il était de mon devoir de rapporter les doléances du peuple.» Mais entre les dires et les faits, il y a un long chemin qui se perd souvent, en régimes despotiques, dans les dédales de l\u2019arbitraire.Gao Qinrong en a fait les frais.La rhétorique de la lutte à la corruption s\u2019y met souvent au service de l\u2019épuration.Elle incommode rarement les amis du système - comme les autorités de Shanxi, pourtant incriminées.L\u2019espoir de Gao Qinrong d\u2019obtenir justice, de retrouver son épouse et sa PIERRE GAUDREAU LJ été dernier, l\u2019arrondissement Ville-Marie a posé un geste de i plus pour chercher à contrôler et repousser l\u2019itinérance.Il a adopté un règlement interdisant de se trouver, la nuit, dans une quinzaine de parcs du centre-ville montréalais.Ce nouveau pas dans la fermeture des espaces publics a été dénoncé tant par les personnes itinérantes que par les organismes de défense des droits humains.fille adolescente, repose sur la solidarité internationale.À ce titre, Relations se joint aux multiples médias de par le monde qui lui ont prêté leurs voix.Nous invitons ainsi nos lecteurs et lectrices à signer une pétition, mise à la disposition du public sur le site de Reporters sans frontières au et adressée à l\u2019ambassadeur de Chine à Ottawa, plaidant pour sa libération immédiate.Ce petit geste, qui ne coûte rien, peut cependant être la goutte qui lézarde la digue du silence, l\u2019atroce silence imposé à la vérité comme à Gao Qinrong.Ne le lui refusons pas.\u2022 Quotidiennement, des milliers de personnes se retrouvent sans domicile à Montréal.Des centaines d\u2019entre elles utilisent le réseau des refuges et des hébergements temporaires.D\u2019autres se retrouvent en chambre, chez des connaissances, pour un soir ou deux, squattent des logements ou des espaces vacants, etc.Les parcs ou espaces publics ont toujours été aussi un autre lieu privilégié où se retrouvent les personnes qui ne peuvent ou ne veulent fré- Mettre dehors de nulle part! La fermeture des espaces publics aux sans-abri, en plus d\u2019être inconséquente et de ne rien résoudre, conduit directement à la judiciarisation et la criminalisation de l\u2019itinérance.L'auteur est coordonnateur du Réseau d\u2019aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal RELATIONS décembre 2006 Q actuaLites quenter les refuges.Ces derniers, qui accueillent de 30 à 250 personnes, se doivent pour fonctionner d\u2019avoir des règles : des heures d\u2019entrée et de sortie, l\u2019impossibilité d\u2019y consommer, d\u2019y amener son chien ou d\u2019y être en couple.Et c\u2019est sans compter la grande promiscuité qu\u2019on y retrouve.Autant d\u2019éléments qui font que des personnes refusent d\u2019y aller ou en sont exclues.Depuis plusieurs années, la Ville de Montréal a graduellement fermé l\u2019espace public aux sans-abri.Le règlement interdisant l\u2019accès aux parcs de minuit à six heures a été étendu à des endroits comme le Carré Viger ou le Carré Berri, fréquentés par la population itinérante.Ces masses de béton ont été déclarées parc pour permettre leur fermeture la nuit.L\u2019été dernier, la Ville a terminé de « boucler» la ville en étendant cette interdiction à une quinzaine d\u2019autres squares, derniers refuges légaux extérieurs des sans-abri - tel le Square Cabot, en face de l\u2019ancien Forum; la Place de la Paix, en face du Monument national, etc.«Qu\u2019ils aillent dans les refuges ou qu\u2019ils s\u2019en aillent », leur dit-on à la Ville.Pas si simple.On ne peut forcer ces personnes à fréquenter les refuges.En attendant, interdits de présence, ces personnes recevront d\u2019autres contraventions, pour flâner, être dans un parc après minuit, avoir consommé de l\u2019alcool dans un espace public, etc.Cette judiciarisation de la situation des sans-abri a de nombreuses conséquences.Une étude de 22 685 contraventions données à 4036 personnes itinérantes différentes, de 1994 à 2004, a démontré que, dans 72 % des cas, ces contraventions se concluaient par une incarcération.Les tickets s\u2019accumulent, impayés.La facture double et atteint rapidement des milliers de dollars.Jugées généralement en l\u2019absence des personnes itinérantes, non rejointes parce que.sans domicile fixe, ces amendes pour non-paiement se transforment en une journée d\u2019incarcération pour chaque tranche de 28 $ due.On incarcère donc des personnes pour de simples infractions à des règlements municipaux.On leur fait perdre leur lien avec les réseaux d\u2019entraide naturels, communautaires et institutionnels pour les mettre en contact avec le milieu carcéral et le crime organisé.Des sommes considérables sont ainsi dépensées dans cette répression de l\u2019itinérance: du policier qui donne la contravention, au système judiciaire jusqu\u2019au système carcéral.Pendant ce temps, les organismes qui hébergent, accueillent le jour et rejoignent dans la rue les personnes sans-abri souffrent de sous-financement chronique.Nous vivons dans une société où les écarts de richesse ne cessent de croître.Le centre-ville de Montréal vit un développement rési- dentiel où poussent les condos de luxe, alors que les prestations d\u2019aide sociale réussissent à peine à payer les rares chambres et logements qui restent accessibles aux plus démunis.Pendant ce temps, le gouvernement génère de l\u2019itinérance en ne soutenant pas assez les jeunes qui sortent des centres jeunesse, par ses nouvelles vagues de désinstitutionnalisation, par les faiblesses de ses politiques sociales, etc.Fermer les parcs la nuit n\u2019est pas une solution.« Mettre dehors de nulle part », cette expression de Dan Bigras, parrain du Refuge des jeunes de Montréal, dit bien ce qu\u2019elle veut dire.C\u2019est fermer les yeux sur une réalité, en espérant ne plus la voir.La réalité pourrait être tout autre.Comme le disait le commandant Marc Riopel, du poste de quartier 21 dans le centre-ville, au sujet du règlement adopté cet été : « On peut avoir un problème avec 15 personnes à un seul endroit, où les déloger et se retrouver avec 15 petits problèmes un peu partout» [La Presse, 23/10/06).\u2022 Photos : Philippe Desrochers, Constats d'une injustice, expo-photo sur la judiciarisation de l'itinérance, 2005 décembre 2006 RELATIONS L\u2019art: dialogue entre foi et culture JAN KOENOT, S.J.Le dialogue entre foi et culture, à l\u2019instar de l\u2019engagement pour la justice et le dialogue interreligieux, est au cœur de la mission des jésuites dans le monde.Si ce dialogue est souvent interprété, à juste titre, comme une invitation à s\u2019ouvrir à la richesse des cultures non occidentales et des traditions non chrétiennes, elle est aussi, à mon sens, une invitation à entrer en dialogue avec notre propre culture occidentale en profonde mutation.La «mort de Dieu» a succédé aux Lumières, sous l\u2019influence des critiques philosophiques et scientifiques et l\u2019expérience bouleversante des camps de concentration.Ces événements ont été à l\u2019origine d\u2019ondes de choc qui nous secouent toujours.Comment vivre aujourd\u2019hui sa foi et en témoigner si l\u2019on évite la confrontation avec la culture dans laquelle nous baignons?L\u2019art contemporain témoigne de façon saisissante des conflits et de l\u2019état d\u2019ébranlement qui caractérisent aujourd\u2019hui notre monde, mais aussi de la liberté retrouvée et d\u2019une incontestable quête spirituelle.L\u2019histoire de l\u2019art moderne et contemporain peut se lire comme un journal spirituel soustrait au premier regard.Cette présence et le rayonnement de cette dimension spirituelle chez la plupart des grands artistes de notre époque rendent le domaine de l\u2019art passionnant pour les jésuites.C\u2019est pourquoi son exploration est une voie privilégiée dans le dialogue entre foi et culture.L\u2019héritage d\u2019Ignace de Loyola offre également des balises utiles en vue de ce dialogue.J\u2019en évoquerais trois.Lorsque, dans les Exercices spirituels, Ignace donne des indications en vue de la composition du lieu à contem- pler, il laisse toute liberté à l\u2019imagination du méditant.Au cours des siècles, les représentations de la vie de Jésus ont été si étroitement codifiées que l\u2019on devait en arriver à s\u2019en débarrasser complètement.«Trop montré, trop peint, Dieu meurt», ainsi l\u2019écrivait l\u2019historien de l\u2019art, dominicain français, François Boespflug.La liberté qu\u2019Ignace accorde à notre imagination convient à la manière spontanée et non dogmatique avec laquelle les artistes contemporains tentent d\u2019évoquer les capacités spirituelles des hommes et des femmes, et les profondeurs du réel.L\u2019histoire de l\u2019art moderne et contemporain peut se lire comme un journal spirituel soustrait au premier regard.Ce qui compte surtout pour Ignace, c\u2019est l\u2019image intérieure.Les représentations extérieures peuvent tout au plus être un moyen, telle l\u2019échelle de Wittgenstein dont on doit se débarrasser dès que l\u2019on est monté assez haut.Il y a évidemment un rapport entre l\u2019image visible et l\u2019image intérieure, ainsi que l\u2019exprime d\u2019ailleurs un passage du récit de sa conversion [Récit du Pèlerin).Bill Viola, un maître de l\u2019art vidéo - une des formes caractéristiques de l\u2019art contemporain - a souligné dans plusieurs entrevues qu\u2019il a accordées que ce qui importe finalement pour lui, ce ne sont pas tellement les images extérieures (artistiques ou autres) que nous percevons mais qui restent en dehors de nous, ce sont les images intérieures.Les œuvres d\u2019art ne sont pas dépourvues pour autant de signification, car de la qualité de celles-ci, formant et nourrissant notre regard, dépend l\u2019authenticité des images intérieures.Dans Contemplation pour parvenir à l\u2019amour, Ignace invite à regarder - L\u2019auteur, jésuite, d\u2019un regard intérieur - la manière dont est Provincial de la Dieu est à l\u2019œuvre, dans toutes les créa- Belgique flamande tures et en nous-mêmes, à la manière d\u2019une présence vivifiante et bienveillante.Il nous suggère que le dynamisme créateur et aimant - la justice, la bonté, la compassion, etc.- dont Dieu est la source, pénètre la création tout entière, jusqu\u2019aux particules les plus ténues de la matière et ne cesse d\u2019agir en elle.Or, d\u2019ordinaire, l\u2019iconographie chrétienne classique attire le regard sur les « mystères » de la vie de Jésus et sur les particularités de la vie des saints.On reste dans la sphère du religieux explicite.Le regard est sollicité rapidement vers le haut! À l\u2019inverse, dans l\u2019art contemporain, le regard est maintenu dans l\u2019ici-bas: la passion, non du Fils de Dieu, mais des êtres humains, leur aspiration à vivre, leur vie amoureuse, les objets familiers, les événements historiques, les ruses de la nature.Tout élément susceptible de faire surgir un autre monde possible, le caractère absolu de l\u2019apparition de l\u2019humain dans l\u2019espace, le don précieux de l\u2019insaisissable lumière qui donne à voir, le prodigieux dynamisme de la vie au-delà de toute souffrance, la plénitude rassasiante du réel le plus humble.C\u2019est là ce qu\u2019Ignace invite à contempler : « Tous les biens et tous les dons descendant d\u2019en haut comme du soleil les rayons et de la source les eaux» qui éveillent à la vie le réel.L\u2019art contemporain contribue à rendre visible la densité, la profondeur du réel, et à apprendre à le voir.\u2022 RELATIONS décembre 2006 dOSSieR Les veines ouvertes de l\u2019Afrique MARCO VEILLEUX En 1948, Relations publiait un dossier-choc sur la silicose, une maladie qui décimait les travailleurs de l\u2019industrie minière québécoise.La revue levait alors le voile sur le mépris des droits fondamentaux des ouvriers et de leur famille.Elle dénonçait leur scandaleuse exploitation par de puissantes compagnies qui s\u2019appropriaient, telles de véritables rapaces, nos richesses naturelles - et ce, avec l\u2019odieuse complicité du gouvernement.À l\u2019époque, les pressions des compagnies incriminées furent si vives, qu\u2019elles menèrent à la rétractation de la jeune revue jésuite et à la destitution de son premier directeur, le père Jean-d\u2019Auteuil Richard (voir L\u2019Affaire silicose, sous la direction de Suzanne Clavette, PUL, 2006).Cette « affaire » sera toutefois le prélude d\u2019une série de conflits et de prises de conscience qui modifieront profondément nos rapports sociaux et le cours de l\u2019histoire du Québec.« Nos lecteurs comprendront sans aucun doute que nous ne publions pas ce formidable dossier pour le plaisir d\u2019étonner - notre revue n\u2019est pas à sensation -, mais uniquement pour rendre témoignage à la vérité.En démocratie, l\u2019opinion publique a droit de savoir et de se faire écouter; la pire des attitudes, pour des citoyens libres, serait de taire de pareilles situations, sous le prétexte de ne pas ameuter les masses.Les chrétiens, ceux en particulier qui veulent faire entrer dans les faits la doctrine de l\u2019Église, ont le devoir de prendre l\u2019initiative en dénonçant les abus.» Jean-d\u2019Auteuil Richard, s.j.(extrait de l\u2019éditorial de Relations de mars 1948 dénonçant le drame de la silicose).Un demi-siècle plus tard, les articles rassemblés dans le présent dossier montrent que ces abus, dénoncés par Relations en 1948, se reproduisent maintenant à grande échelle, sur la scène d\u2019une industrie minière de plus en plus mondialisée.C\u2019est aux opérations que cette dernière mène dans les pays d'Afrique que nous consacrons les pages qui suivent.L\u2019image que nous avons de l\u2019Afrique est souvent celle d\u2019un continent pauvre et à la dérive, livré aux épidémies et à la famine.Pourtant, en plus de son impressionnante diversité géographique et culturelle, ce continent possède de grandes richesses naturelles.Pourquoi ne profitent-elles pas à ses citoyens?Une partie de la réponse se trouve certainement du côté des fameux «Programmes d\u2019ajustement structurel» imposés aux Africains, depuis les années 1980, par les institutions financières internationales - FMI et Banque mondiale en tête.Nous méconnaissons toutefois jusqu\u2019à quel point l\u2019exploitation outrancière des matières premières de ce continent - par nos entreprises, avec l\u2019aval de nos gouvernements et au plus grand bénéfice des marchés boursiers -, alimente de nombreux conflits régionaux et cause des ravages environnementaux.Ce dossier veut donc faire la lumière sur ce pillage systématique des ressources naturelles des Africains, pillage qui se solde par une violation éhontée de leurs droits et par des tragédies humanitaires aux conséquences funestes pour leur développement social, politique et économique.De fait, le discours des pays occidentaux sur l\u2019Afrique est si contradictoire qu\u2019il frise l\u2019hypocrisie.En même temps qu\u2019ils y prônent la démocratie, la bonne « gouvernance » et le développement, ces pays mettent en place et solidifient des cadres économiques, juridiques et commerciaux qui contraignent les États africains à être davantage imputables aux grandes compagnies étrangères qu\u2019à l\u2019égard de leur propre parlement et communauté nationale.Q décembre 2006 RELATIONS Cela nous interpelle directement, car les intérêts canadiens en Afrique, dans le secteur des mines, sont non seulement en tête du peloton, mais on prévoit qu\u2019ils doubleront - passant d\u2019une valeur de 6 milliards de dollars en 2004, à plus de 14 milliards en 2010.Au début de l\u2019année 2005, 634 projets miniers canadiens étaient en marche dans différents pays africains.De plus, 60% des entreprises d\u2019exploitation, dans le monde, sont inscrites en bourse au Canada.Ces firmes contribuent pour 40% aux budgets mondiaux de l\u2019exploration.Les enjeux sont donc colossaux! Cette présence massive s\u2019explique par l\u2019indéniable savoir-faire canadien en matière d\u2019activités minières.Elle s\u2019explique également par nos politiques fiscales et nos lois extrêmement favorables à cette industrie.Le gouvernement canadien va jusqu\u2019à mettre ses ambassades et consulats, dans les pays d\u2019Afrique, au service des missions commerciales de ces entreprises.Il est donc essentiel que la population soit mieux informée du rôle central que jouent les compagnies minières canadiennes en Afrique, de même que du soutien financier et logistique que leur apporte - grâce à nos impôts - notre gouvernement.Nous pourrons alors devenir plus vigilants sur la manière dont sont menées leurs activités là-bas et, ainsi, faire la vérité sur un système qui nous relie à des matières premières « tachées de sang».Le gouvernement canadien ferme actuellement les yeux sur des comportements qui seraient pourtant jugés illégaux et condamnés au Canada.L\u2019absence de surveillance et de mécanismes contraignants pour baliser le fonctionnement de nos compagnies minières est inacceptable.Nous avons la responsabilité, en tant que citoyens, d\u2019exiger que le Canada cesse d\u2019être associé à des injustices, à des crimes et à des violations flagrantes des droits humains en Afrique.Développement et paix, l\u2019Église unie du Canada et l\u2019Entraide missionnaire - par exemple -, avec d\u2019autres groupes de la société civile, ici et en Afrique, prennent maintenant l\u2019initiative de dénoncer cette situation et s\u2019engagent pour changer les choses.Relations veut aussi contribuer à cette prise de conscience et à cette mobilisation.'*\u2022***' Marie-Denise Douyon, Le guérisseur, 2004, huile et encre sur contre-plaqué, 91 cm x 61 cm RELATIONS décembre 2006 Q dOSSieR À qui profite Pextraction minière?Entrevue avec Bonnie Campbell L\u2019Afrique est un continent convoité.Mais bien peu d\u2019Africains en profitent.Les entreprises minières, les institutions financières internationales ainsi que les gouvernements occidentaux jouent un rôle central dans cette situation scandaleuse et le Canada n\u2019est pas en reste.Comment en est-on arrivé là?Qu'est ce que cela signifie pour les populations locales?Que faire pour changer la donne?Professeure en science politique à l\u2019UQAM et directrice du Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique (GRAMA), Bonnie Campbell'' a bien voulu répondre à nos questions.Relations: L\u2019Afrique est un continent riche en ressources minières.Mais l\u2019extraction des minerais est exécutée de telle manière par les compagnies étrangères que certains n\u2019hésitent pas à la dénoncer comme un « pillage légalisé».Comment comprendre ce qui est en train de se passer en Afrique?Bonnie Campbell: Nous touchons là à un paradoxe.L\u2019image qui nous est présentée le plus souvent de l\u2019Afrique est celle d\u2019un continent pauvre, à la dérive, livré aux épidémies et à la famine.Pourtant, le continent africain abrite environ 30% des réserves des ressources minières mondiales, soit 45% du diamant, 50% de l\u2019or, 81% du chrome, 61% du manganèse, 60% du cobalt, 40 % de la bauxite (nécessaire à l\u2019industrie de l\u2019aluminium), 24 % du tantale, et j\u2019en passe.Il semble y avoir une construction sélective dans notre imaginaire qui nous fait oublier cette immense richesse.Ce n\u2019est pas le cas des entreprises minières canadiennes ni des autres acteurs importants dans l\u2019extraction minière en Afrique, nous y reviendrons.* Elle est également membre du comité consultatif d\u2019experts chargé de guider les Tables rondes nationales sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises minières canadiennes à l\u2019étranger, organisées par le ministère des Affaires étrangères La question est donc de savoir pourquoi cette richesse ne profite pas à l\u2019Afrique.La réponse est à chercher dans l\u2019histoire et, entre autres, du côté des Programmes d\u2019ajustement structurel (PAS) imposés aux pays africains, depuis les années 1980, parles institutions financières internationales comme le FMI et la Banque mondiale, en réponse aux difficultés de ces pays de s\u2019acquitter du service de leur dette.Celles-ci voyaient dans les PAS et voient malheureusement toujours dans les réformes qui leur succèdent, la clé de voûte du développement de l\u2019Afrique, malgré l\u2019échec flagrant de 20 ans de mise en application.Les PAS ont signifié privatisation, réduction des dépenses dans les services publics et sociaux, déréglementation dans le but de créer des situations dites propices à l\u2019investissement étranger qui amènerait la croissance et le développement économique en Afrique.Non seulement cela ne s\u2019est-il pas produit, mais ils ont permis aux investisseurs étrangers - du fait de l\u2019introduction de nouveaux cadres réglementaires tels les nouveaux codes miniers - d\u2019accaparer légalement, entre autres choses, les ressources minières, exportées le plus souvent sous forme brute, sans que cette industrie en effervescence ait en contrepartie des retombées économiques importantes dans les pays africains.Prenons l\u2019exemple du Ghana, deuxième producteur d\u2019or d\u2019Afrique.L\u2019or au Ghana est le premier produit d\u2019exportation.Par contre sa contribution à la richesse du pays est insignifiante, environ 3 % du produit national brut.Élève modèle des institutions financières internationales, le Ghana a mis en place, dès 1986, une législation et un cadre réglementaire concernant l\u2019extraction minière conformes au PAS.Cela a abouti à la privatisation du secteur minier - jusque-là en bonne partie sous contrôle national - racheté par des sociétés minières étrangères; à une réduction importante du taux des redevances (passé de 6% de la valeur totale de la production en 1975, à 3 % en 1987) et du taux d\u2019imposition sur les bénéfices des sociétés (de 55% en 1975 à 45% en 1986, et 35% en 1994); à l\u2019accélération importante de l\u2019amortissement fiscal visant à permettre aux investisseurs de recouvrer leurs dépenses en immobilisation (de 20 % par an en 1975 à 50 % en 1986), ainsi qu\u2019à la suppression de différents droits miniers et de taxes qui contribuaient aux recettes de l\u2019État.Dans le milieu des années 1990, devant les dégâts environnementaux de l\u2019industrie minière, les institutions financières reconnaissent que la déréglementation a été La question est donc de savoir pourquoi cette richesse ne profite pas à l\u2019Afrique.La réponse est à chercher dans l\u2019histoire et, entre autres, du côté des Programmes d\u2019ajustement structurel (PAS) imposés aux pays africains, depuis les années 1980.23 décembre 2006 RELATIONS :\u2022£ \u2022 ~ trop loin et qu\u2019il faut mettre en oeuvre des mesures correctives à un développement minier considéré toujours comme « exemplaire ».La législation minière de la Guinée, datant de 1995, témoigne de ce léger changement de cap : on fait dorénavant appel au bon vouloir des compagnies minières pour s\u2019autoréguler dans les domaines de la protection de l\u2019environnement.Cela n\u2019a évidemment changé que peu de chose à la contamination croissante de l\u2019air par la poussière de bauxite et à la dégradation du sol provoquée par la déforestation massive, tous des impacts liés à l\u2019exploitation minière au Ghana.Rel.: Ainsi, ces dégâts environnementaux, qui affectent les communautés locales, seraient moins accidentels que d\u2019ordre structurel; de même le peu de retombées économiques pour l\u2019Afrique, que génère l\u2019industrie minière : leur cause étant l\u2019absence de garde-fou institutionnel et politique.Ne risque-t-on pas, dans ces conditions, de ne jamais en voir la fin?B.C.: C\u2019est à craindre en effet, si rien n\u2019est fait pour sortir de cette autorégulation et réglementation volontaire des entreprises.Les rapports sur l\u2019héritage de cette période de libéralisation et de déréglementation dans le secteur minier sont, en effet, assez accablants.Si la troisième génération de cadres réglementaires introduit effectivement des mesures qui visent la protection de l\u2019environnement, des lacunes importantes persistent dans ce domaine.Il en est de même en ce qui a trait aux impacts sociaux et à la création des conditions nécessaires pour que les États africains soient à même de profiter de l\u2019expansion exceptionnelle du secteur minier.Ainsi, on trouve dans les législations minières récentes de pays d\u2019Afrique, des choses inacceptables et qui risquent de servir de précédent pour des réformes à venir.Celle de 2003, au Burkina Faso, par exemple, prévoit une exemption de la nécessité de faire une étude d\u2019impacts environnementaux dans les phases d\u2019exploration.Et pour la suite, c\u2019est toujours de l\u2019ordre de la réglementation volontaire.Le même code exempte les compagnies minières de toute responsabilité dans le déplacement des populations, occasionné par l\u2019implantation d\u2019une mine dans une zone habitée.Dans certains cas, on parle de dizaines de milliers de personnes ainsi déplacées.Enfin le nouveau code du Burkina ne fait pas mention de la nécessité, pour les compagnies, d\u2019accorder une priorité aux ressortissants nationaux en matière de formation et d\u2019emploi.Les exonérations fiscales sont maintenues.Le processus de libéralisation et de privatisation demeure, selon la même croyance que les investissements étrangers dans le secteur minier vont favoriser la croissance et le développement et réduire la pauvreté.Mais comme cela est allé de pair avec l\u2019affaiblissement institutionnel et politique des États, ceux-ci se retrouvent impuissants devant les compagnies minières, tellement le rapport de forces entre les acteurs étatiques et les acteurs privés est asymétrique.Quand apparaît un problème, l\u2019État dont on a exigé qu\u2019il accueille les investissements, est très mal placé pour y remédier, et pour faire appliquer des règlements.Au Mali, par exemple, à la suite de la mort suspecte d\u2019animaux et d\u2019oiseaux et d\u2019un taux de fausses couches anormalement élevé chez les femmes de villages situés à proximité d\u2019exploitations minières, des échantillons d\u2019eau ont été prélevés qui se sont avérés très préoccupants.Mais le gouvernement demeure impuissant à intervenir, le pays étant dépendant des ressources du secteur privé.Les équipements d\u2019investigation ainsi que les experts eux-mêmes proviennent le plus souvent des compagnies minières.Marie-Denise Douyon, Cavalier félin, 2000, dyptique, huile et encre sur isorel, 101 cm x 63 cm ?RELATIONS décembre 2006 Q dOSSieR p3p wmf './0 Q (M^ vm.isr Qkkx&gM \u2018vto'A' V .'i?¦': Marie-Denise Douyon, Histoire d'aurore, 2000, dyptique, huile et encre sur isorel, 112 cm x 48 cm Dans ce contexte, on ne mesure pas assez les contradictions, qui frisent parfois l\u2019hypocrisie, du discours des pays occidentaux sur la démocratisation en Afrique.En même temps qu\u2019ils prônent la démocratie, ils agissent de telle sorte qu\u2019ils contraignent les États africains à être plus imputables aux institutions financières internationales et aux entreprises minières, plutôt qu\u2019à leur communauté nationale ou même à leur parlement.En outre, les pays occidentaux dénoncent facilement la corruption des élites politiques africaines, le manque de transparence des gouvernements en Afrique, comme la source principale du dysfonctionnement du système.Certes, il existe des problèmes graves de dysfonctionnement.Mais ils laissent dans l\u2019ombre ce qui l\u2019entretient et le stimule.Je parle notamment de la manière particulière dont sont conclus certains accords entre les compagnies minières étrangères et les gouvernements locaux.Elle pose, en effet, un très grave problème de transparence.Des annexes « confidentielles » sont parfois soustraites au regard ER décembre 2006 RELATIONS du parlement, accords particuliers qui lient les gouvernements pour des dizaines d\u2019années ou encore favorisent d\u2019une manière exorbitantes les investisseurs étrangers sur la question du partage des bénéfices.Un rapport récent du parlement tanzanien a dénoncé, en juin 2006, ce manque de transparence des compagnies minières, en rapport à la répartition des bénéfices, qui s\u2019avère la plupart du temps inique.La corruption des élites est ainsi incitée et encouragée par de telles pratiques des compagnies minières qui y trouvent leur avantage.Rel.: Vous disiez que le gouvernement canadien et les compagnies canadiennes sont des acteurs prédominants dans le secteur minier en Afrique.Qu\u2019en est-il réellement?B.C.: Les intérêts canadiens en Afrique sont non seulement en tête du peloton, il est prévu un énorme accroissement, passant d\u2019une valeur de 6 milliards de dollars en 2004 à plus de 14 milliards d\u2019ici 2010.Au début de 2005, il y avait 634 projets miniers canadiens en marche dans les différents pays d\u2019Afrique.Cette présence massive s\u2019explique par le savoir-faire canadien indéniable dans l\u2019activité minière.Il existe en La retraite des premiers ministres Après la politique, quelques premiers ministres canadiens ont trouvé une niche pour leur retraite comme conseillers du secteur des ressources naturelles canadiens.En septembre 2006, par l\u2019entremise de la firme Heenan Blaikie et d\u2019un de ses prestigieux conseillers, l\u2019honorable Jean Chrétien, la compagnie pétrolière canadienne Buried Hill Energy a obtenu un important contrat d\u2019exploration et de forage au large des côtes gambiennes.Jean Chrétien n\u2019est pas seul à conseiller ce secteur.Brian Mulroney est membre du comité aviseur de Barrick Gold Ltd, une importante société minière de Toronto présente, depuis au moins 1996, en Tanzanie et en République démocratique du Congo.En plus d\u2019un ancien premier ministre, Barrick Gold peut compter sur les conseils d\u2019un ancien sénateur canadien, Howard Baker et de l\u2019ancien ambassadeur canadien aux États-Unis, Edward Neys.L\u2019ancien président américain George H.Bush figure aussi sur la liste de ses conseillers.Joe Clark a lui aussi offert ses services de conseiller à First Quantum Minerais, une entreprise minière de Vancouver bien implantée, depuis 1990, en Mauritanie, en Zambie et en République démocratique du Congo et qui a aussi quelques projets d\u2019exploration dans d\u2019autres pays africains.LOUISE DIONNE outre un cadre réglementaire et une législation très favorables à l\u2019industrie minière.Le gouvernement canadien met également ses ambassades au service des missions industrielles dans les pays d\u2019Afrique.Le Fonds d\u2019investissement pour l\u2019Afrique (FICA), qui a pour objectif de soutenir les entreprises canadiennes dans des secteurs porteurs, a annoncé récemment des octrois d\u2019une valeur de 100 millions de dollars pour l\u2019Afrique : quatre des projets appuyés sont du secteur extractif - minier et pétrolier.Il est regrettable que la population soit peu informée du rôle que jouent certaines compagnies minières canadiennes en Afrique, de la présence centrale qu\u2019elles seront amenées à avoir et du soutien financier et logistique que leur apporte le gouvernement canadien, en partie, grâce aux impôts qu\u2019elle lui paie.Nous pourrions être ainsi plus vigilants sur la manière dont sont menées les activités minières là-bas.En faisant fi de la reconnaissance de la fragilisation institutionnelle, financière et politique des gouvernements africains, le gouvernement canadien tend à suggérer que ce sont les pays hôtes qui doivent assurer la surveillance et le respect des normes environnementales, sociales et fiscales qui encadrent la prospection et l\u2019exploitation minière en Afrique.L\u2019absence de capacité locale pour assurer la surveillance et de mécanismes qui balisent le fonctionnement de ces compagnies est, pour le moins, préoccupante.J\u2019ai été moi-même témoin de déplacements forcés de populations à l\u2019arrivée de compagnies minières dans une région d\u2019Afrique.Normalement, les villageois doivent donner leur accord.Mais les gouvernements africains sont pris à la gorge financièrement.Ils doivent faire en sorte que les compagnies minières s\u2019établissent.Ils n\u2019ont parfois pas le choix.Les compagnies le savent.En cas de refus, la police et l\u2019armée sont mises à contribution pour expulser les populations récalcitrantes.La population d\u2019un village du Ghana, qui est pourtant reconnu comme un modèle de bonne gouvernance, a refusé, en 1999, de partir, à cause du trop faible dédommagement que la compagnie leur accordait.Le déplacement « volontaire » des villageois récalcitrants a eu lieu à 4 h du matin et de force.Par la suite, pour qu\u2019ils ne reviennent pas, leur école et leurs maisons ont été détruites et leurs eaux polluées.Un groupe d\u2019observateurs étrangers, dont je faisais partie, a été témoin des résultats.La compagnie responsable du déplacement était canadienne et avait son siège social à Toronto.Au Mali, il y a eu des déversements de cyanure, servant à l\u2019extraction de l\u2019or, dans les nappes d\u2019eau essentielles d\u2019une région désertique.Si cela s\u2019était produit ici, le gouvernement serait intervenu.La compagnie aurait été mise à l\u2019amende et contrainte à des mesures de réparation.En Afrique, ce type de solution est encore très difficile à obtenir.Nous sommes devant un régime à deux poids, deux mesures.Cette absence d\u2019intervention n\u2019a rien à voir avec le respect de la souveraineté des États.Il s\u2019agit d\u2019actes irresponsables laissés impunis au nom de règlements absolument inadéquats fondés sur l\u2019autorégulation des compagnies minières.Tout récemment, des mineurs artisanaux - incluant des enfants - travaillant dans une mine au Congo ont été ensevelis.Le travail des enfants est interdit au Canada.Ces types d\u2019actions et de dégâts se reproduiront tant qu\u2019on ne ACTIFS MINIERS CANADIENS ACTUELS ET ANTICIPÉS EN AFRIQUE l8 Anticipés Actuels 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 mettra pas en place des mécanismes contraignants envers source: Resources les compagnies pour qu\u2019elles respectent là-bas les normes naturelles canada, qu\u2019on juge valables ici, et qu\u2019on ne rendra pas responsable 2006 le pays d\u2019où elles proviennent - lorsque les pays dont elles exploitent les ressources ne sont pas en mesure d\u2019édicter et de faire respecter ces normes.Le gouvernement canadien a, dans ce dossier, une lourde responsabilité - compte tenu du nombre de compagnies minières canadiennes présentes à l\u2019étranger, des investissements et des bénéfices qu\u2019elles retirent de leurs activités d\u2019extraction.L\u2019OCDE elle-même, dans ses lignes directrices pour les entreprises, reconnaît aux populations locales ou aux gouvernements le droit de faire rapport sur l\u2019agissement des compagnies au pays d\u2019origine.Le Canada, jusqu\u2019à présent, a refusé ce mécanisme d\u2019investigation.La Suède, la Belgique, la Finlande ont mis en place des mécanismes rigoureux permettant, entre autres, une enquête à la suite d\u2019une plainte.Si l\u2019on se fie au passé, il serait difficile de ne pas conclure que le Canada manque de volonté politique dans ce dossier.Le rapport du Comité permanent des affaires étrangères et du commerce international de juin 2005 a émis des recommandations à l\u2019endroit des compagnies et du gouvernement canadiens qui vont dans la direction d\u2019une responsabilisation des acteurs.Par exemple : faire enquête à la suite de plaintes.Arrêter l\u2019aide gouvernementale versée RELATIONS décembre 2006 Q dOSSieR Source: Resources naturelles Canada, 2006 ACTIFS MINIERS CANADIENS EN 2005 ACTIFS MINIERS CANADIENS ANTICIPÉS EN 2010 Plus de 1 milliard $ DE 5OO M $ À 1 MILLIARD $\t?De 100 M $ À 500 M $\t?Moins de 100 $ M\t?Aucun\t?aux compagnies impliquées.Appliquer les mêmes normes qui sont appliquées chez nous.Ne pas permettre d\u2019investissements même si le retour sur le capital peut être important, dans les zones de conflits.Faire des analyses d\u2019impacts sociaux et environnementaux.Évaluer les conséquences sur le respect des droits humains si une compagnie cherche à s\u2019implanter dans une zone à risque de conflits.Le rapport offrait un large spectre de recommandations.Cependant, il a été mal reçu par le gouvernement libéral de Paul Martin qui l\u2019a mis sur les tablettes.Celui-ci a plutôt décidé de mettre en branle un processus de consultation à travers le Canada afin de savoir ce qu\u2019en pense la population.Les tables rondes qui en résultent sont composées de représentants de huit ministères, de l\u2019industrie, de la société civile et du milieu universitaire.Le processus a pour objectif de recueillir des mémoires de la population pour arriver à des recommandations qui doivent être déposées en début d\u2019année 2007.Mais l\u2019enjeu fondamental, c\u2019est de responsabiliser autant le gouvernement canadien que les entreprises.Aux compagnies, il revient de conclure des accords transparents et équitables dans les pays d\u2019Afrique.Il faut que cesse la réglementation volontaire, et plutôt légiférer sur des ré- glementations contraignantes, des mécanismes de surveillance et de vérification, et des modes de recours au Canada même.Et le rôle de chien de garde vis-à-vis des compagnies minières ne peut pas revenir aux seules ONG.Il faut clairement impliquer les institutions nationales et internationales.Il faut également interroger la compatibilité entre le degré de libéralisation et de déréglementation politique et les soi-disant retombées positives du secteur minier dans ces pays.Il faut, enfin, comprendre que les enjeux discutés ici sont d\u2019une énorme importance économique, financière et politique pour l\u2019avenir des pays en question.Plus fondamentalement, la dignité humaine a malheureusement peu de poids à côté des bénéfices financiers escomptés.La logique du profit à court terme semble primer, pour l\u2019instant, sur l\u2019intérêt des communautés affectées.Mais si nous ne controns pas celle-ci, ce sont nos enfants qui auront à faire face au désespoir et à la colère de ces gens que nous aurons spoliés, en laissant faire les compagnies minières à leur guise, et même en les soutenant par l\u2019entremise de nos impôts.\u2022 ENTREVUE RÉALISÉE PAR JEAN-CLAUDE RAVET Mais l\u2019enjeu fondamental, c\u2019est de responsabiliser autant le gouvernement canadien que les entreprises.Aux compagnies, il revient de conclure des accords transparents et équitables dans les pays d\u2019Afrique.^ décembre 2006 RELATIONS Un débat pancanadien DENIS TOUCAS Le parlement peut-il obliger les compagnies minières canadiennes à respecter les droits humains et l\u2019environnement à l\u2019étranger?La question n\u2019est pas incongrue.Elle est même débattue présentement sous toutes ses facettes à l\u2019occasion de «tables rondes» organisées par le gouvernement à travers le pays.Ce n\u2019est pas d\u2019hier que des horreurs liées aux activités d\u2019entreprises minières font les manchettes: déversements toxiques, déplacements de villages, répression des opposants.les exemples se multiplient en même temps que les promesses d\u2019autorégulation de l\u2019industrie.Et c\u2019est loin d\u2019être terminé! La course aux dernières réserves de minerais encore inexploitées sur la planète accroît toujours plus la compétition entre entreprises minières et populations locales pour l\u2019accès à des biens de plus en plus rares : l\u2019eau, l\u2019air, la terre.Depuis une décennie, la plupart des pays industrialisés ont été secoués par de tels scandales.De manière inédite, cependant, il n\u2019y a qu\u2019au Canada où des parlementaires se sont saisis du problème et ont réclamé du gouvernement des actions concrètes : en juin 2005, après de longues audiences sur la responsabilité sociale des entreprises minières dans les pays en développement, le Comité permanent des affaires étrangères et du commerce international, à l\u2019unanimité de ses membres, a adressé 10 recommandations au gouvernement Martin.Les quatre principales ont résonné comme un coup de tonnerre dans certains ministères : organiser un débat entre représentants de l\u2019industrie, de la société civile, des autochtones ainsi que des experts, pour amender les politiques en vigueur.Conditionner l\u2019aide financière gouvernementale pour le développement d\u2019activités à l\u2019étranger au respect de normes précises sur la responsabilité sociale des entreprises.Mettre en place des mécanismes efficaces de surveillance des activités des minières dans les pays en développement.Et surtout, établir des normes juridiques claires sur le respect des droits de la personne et de l\u2019environnement, sur lesquelles les entreprises canadiennes devront rendre compte.Quelques données fournies par le gouvernement aident à saisir la commotion causée par ces recommandations: 60% des entreprises d\u2019exploration et d\u2019exploitation minière dans le monde sont inscrites au Canada, ce qui fait des bourses canadiennes les plus importantes sources de capital de risque au monde.Ces firmes contribuent pour 40 % aux budgets mondiaux de l\u2019exploration minière et possèdent des intérêts dans 3200 projets miniers, dont plus de 600 en Afrique.Les enjeux sont majeurs! En octobre 2005, le gouvernement a répondu point par point aux recommandations du comité.Une réponse politique et technique documentée qui explique pourquoi le Canada ne pourrait pas et ne devrait pas se démarquer en la matière.Très sommairement, les principaux arguments sont les suivants : dans le contexte de mondialisation, le Canada ne peut agir unilatéralement; imposer un cadre réglementaire aux entreprises les ferait fuir vers des lieux moins exigeants.Choisir des normes et des modes d\u2019évaluation parmi les multiples propositions avancées actuellement et pour lesquelles aucun consensus ne se dessine serait contre-productif.Le Canada ne peut légiférer pour des actions commises hors de son territoire.Il revient aux pays hôtes d\u2019adopter et de faire respecter ces lois; au mieux, l\u2019aide canadienne peut soutenir l\u2019accroissement des compétences de bonne gouvernance dans ces pays.La réponse gouvernementale, par contre, développe longuement et encourage le recours juridique, au civil notamment, pour les individus ou les groupes qui se sentent lésés.Chacun de ces arguments peut être contredit et l\u2019a été lors des premières tables rondes.Mais pendant que les discussions pointues sur l\u2019application du droit international, des normes et des mécanismes d\u2019évaluation ont cours, la question de fond des parlementaires risque d\u2019être reléguée aux oubliettes.Dans les pays en développement, pauvres et endettés pour la plupart, l\u2019exploitation minière profite avant tout aux entreprises étrangères.Les codes d\u2019investissement et les règlements miniers de ces pays, adoptés selon un modèle identique sous la pression des institutions financières internationales, le permettent et même, le garantissent.Quelle part de responsabilité revient au gouvernement du Canada qui, d\u2019un côté, soutient « ses » entreprises dans ces mêmes pays et de l\u2019autre, proclame sa participation à la lutte contre la pauvreté et au respect des droits?Le gouvernement organise depuis juin dernier une série de tables rondes pour recevoir «des recommandations sur les moyens de renforcer les démarches de gestion des répercussions externes des activités commerciales internationales».Un espace public y a été aménagé pour prendre le pouls de la population.Des groupes issus de la société civile canadienne ont créé le Réseau canadien sur la reddition de comptes des entreprises et, au Québec, la Coalition sur les mines formée d\u2019organismes de coopération internationale, d\u2019associations de solidarité et de défense des droits entend faire valoir le point de vue, peu présent, des populations directement touchées.L\u2019auteur est coordonnateur de la Table de concertation sur la région des Grands Lacs africains à l\u2019Entraide missionnaire RELATIONS décembre 2006 Q dOSSieR L\u2019auteur est membre du Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique décembre 2006 La filière de la spéculation De petites entreprises spécialisées dans le secteur de l\u2019exploration minière sont très présentes sur le continent africain.Hautement spéculatives, elles assument les risques de l\u2019exploration et assurent de rapides profits.À quel prix?FODÉ-MOUSSA KEITA Les États africains étranglés par le poids de leurs dettes, héritiers d\u2019une structure économique coloniale et n\u2019étant plus en mesure d\u2019investir dans l\u2019exploration et l\u2019exploitation minières, subissent les effets de la présence d\u2019entreprises comme les juniors.Les États africains en tirent des bénéfices dérisoires en élaborant une politique minière nationale dont les éléments lui sont soufflés à l\u2019oreille par les organisations financières internationales telle que la Banque mondiale.On les appelle les juniors, car elles possèdent peu de capital.Ce sont des entreprises d\u2019exploration et de développement minier dont les activités sont principalement financées par l\u2019émission d\u2019actions spécifiques à leurs activités.Il leur est difficile d\u2019établir un budget ou de planifier des opérations en fonction de revenus issus d\u2019activités minières.Elles peuvent toutefois avoir des actifs dans la production minière.Par opposition à cette définition, les grandes entreprises comme Barrick Gold, De Beers ou AngloGold Ashanti sont des majors, puisqu\u2019elles ont les moyens de planifier leurs activités par le réinvestissement des revenus issus de leurs exploitations minières.Évidemment, cela n\u2019empêche pas ces dernières de se financer en passant par les marchés boursiers.Dans le monde, 45 % de l\u2019exploration se fait par les juniors et les ressources minières les plus courues sont l\u2019or, le diamant et les métaux rares.La sous-traitance du risque Les juniors utilisent généralement des stratégies différentes de celles des autres entreprises minières.Peu d\u2019entre elles produisent du minerai, elles sont instables et leurs revenus dépendent de la confiance de leurs investisseurs.Leur survie en tant qu\u2019entreprises inscrites en bourse est tributaire des attentes des actionnaires.Contrairement aux majors, une mauvaise estimation des risques (mauvaise évaluation du dépôt, conflits avec les communautés) peut signifier très souvent la faillite.Par exemple, certains ana- RELATIONS lystes financiers sont inquiets des performances de l\u2019entreprise Golden Star Resources (une junior en passe de devenir une major) en conflit avec la communauté de Bogoso (Ghana) - surtout avec les mineurs artisanaux illégaux (galamseyers).Lié aux difficultés techniques entourant l\u2019exploitation du gisement, l\u2019avenir de cette entreprise n\u2019est plus aussi prometteur, surtout si une baisse du prix de l\u2019or se produit.Toutefois, la petite taille de ces entreprises compense le handicap du risque de faillite en leur conférant une flexibilité face aux changements économiques et politiques qui se produisent dans les régions où elles mènent leurs activités.C\u2019est le cas de Banro Corporation qui a réussi à maintenir sa présence en République démocratique du Congo depuis 1985.Elle a été témoin de la chute du régime de Mobutu et des guerres qui ont sévi de 1990 à 2000.À l\u2019occasion, sa petite taille lui permet aussi d\u2019exploiter de petits dépôts miniers dédaignés par les majors, mais offrant une certaine rentabilité pour un projet à petite échelle.La niche particulière occupée par ces petites entreprises dans l\u2019industrie minière mondiale ne les place pas en compétition avec les grandes.Il y a une synergie entre ces deux types d\u2019entreprises: les grandes soutiennent financièrement les petites, alors que ces dernières assument les risques de l\u2019exploration.Plusieurs grandes entreprises accordent des contrats d\u2019exploration aux petites près de leurs sites miniers en exploitation (ex.: Barrick Gold en Tanzanie ou AngloGold Ashanti au Ghana).D\u2019autres fois, la junior lancera des travaux d\u2019exploration dans des régions non exploitées et s\u2019associera avec une major pour l\u2019exploitation ou vendra les droits d\u2019exploitation à une autre entreprise, encaissant les bénéfices de la vente.Si la junior ne trouve pas de gisement mais suscite une augmentation de sa valeur boursière, elle demeure tout aussi rentable pour les investisseurs.Le caractère spéculatif caractéristique de ce secteur d\u2019activité fait que les juniors sont souvent la source de tensions avec les communautés locales.Elles arpentent des territoires en déboisant et en creusant les terrains.Elles effectuent des forages exploratoires qui provoquent bruits et vibrations exposant à la contamination les sols et l\u2019eau par le risque de fuites des carburants utilisés.Dans la plupart des cas, l\u2019entreprise ne trouvera rien et quittera le territoire prospecté, dévasté, laissant les sols impropres à l\u2019agriculture ou à l\u2019élevage.Leur façon de s\u2019approprier, pour l\u2019exploration, d\u2019anciens sites miniers abandonnés ou des zones où travaillent déjà des mineurs artisanaux ou des micro-entreprises locales constituent une autre cause de conflit.Dans les régions qui n\u2019ont pas de vocation minière, Dans le monde, 45 % de l\u2019exploration se fait par les juniors et les ressources minières les plus courues sont l\u2019or, le diamant et les métaux rares. r l\u2019arrivée de géologues suscite souvent de faux espoirs auprès des populations locales.L\u2019entreprise, sachant qu\u2019elle risque de ne rien découvrir, jugera trop prématurés les contacts avec ces populations et aura tendance à les éviter.Ainsi, sans qu\u2019un seul coup de pelle ne soit donné, une relation conflictuelle peut s\u2019installer entre elle et les populations locales.LE CANADA TERROIR FERTILE DE JUNIORS Les transformations de l\u2019économie - mondialisation et libéralisation des marchés - au cours des années 1990, expliquent leur présence accrue dans l\u2019industrie minière.Elles ont profité, d\u2019une part, de l\u2019accessibilité au capital et de la diminution des risques d\u2019investissements grâce aux différents outils financiers mis à la disposition des investisseurs (marchés à terme, syndication, swaps) et d\u2019autre part, de la diminution des stocks de minéraux de qualité dans les mines des pays développés et de l\u2019ouverture des pays dits « en voie de développement » aux investissements miniers étrangers.Dans le secteur de l\u2019or, entre 1990 et 1995, le budget mondial d\u2019exploration aura presque doublé, passant de 1,5 à 2,5 milliards $.La part de l\u2019Afrique dans ce budget était de 310 millions $ en 1995, après avoir quadruplé depuis 1990, une progression inégalée dans les autres continents.Selon Ressources naturelles Canada, en 2003, près de 375 millions SUS ont été investis pour l\u2019exploration minière en Afrique par 117 entreprises.Un fait important à relever est que 53 d\u2019entre elles, soit 42%, étaient canadiennes.Le Canada, par l\u2019entremise de la bourse de Toronto, de l\u2019expertise de son industrie minière et de ses secteurs affiliés (firmes d\u2019analystes, d\u2019avocats, équipementiers, etc.), est l\u2019État qui héberge plus de la moitié des juniors du monde.En effet, en août 2006, la bourse de Toronto en abritait plus de 1000 sur un total de 1223 entreprises minières.C\u2019est deux fois plus que les cinq bourses concurrentes réunies: l\u2019ASX d\u2019Australie, le LSE-AIM de Londres, l\u2019AMEX et le NYSE américains et le JSE sud-africain! En 2004, seulement huit États africains n\u2019ont pas été explorés par ces entreprises.Certains États sont littéralement envahis par les canadiennes.En 2003, on pouvait en dénombrer plus d\u2019une vingtaine en Afrique du Sud, 18 au Ghana, 12 au Mali et 11 au Burkina Faso.Les juniors canadiennes ont été impliquées dans différents conflits avec les communautés africaines.L\u2019exemple le plus criant est celui des agissements de certaines d\u2019entre elles en République Démocratique du Congo.En 2002, un rapport de l\u2019ONU a directement ciblé des entreprises canadiennes qui auraient profité de la situation chaotique due à la guerre pour exploiter illégalement les ressources minières du pays.Quelques unes comme Tenke Mining et Banro Corporation ont été pointées du doigt par le rapport.Elles auraient profité du désordre pour accéder aux ressources minières par l\u2019entremise de pots-de-vin.Les entreprises réfutent ces accusations.Plus grave encore est l\u2019implication d\u2019une entreprise dans des actes de guerre.En octobre 2004, Anvil Mining, une entreprise canado-australienne, aurait, selon le réseau de télévision australien ABC, prêté ses véhicules aériens et terrestres à l\u2019armée congolaise pour perpétrer un massacre ayant fait 100 victimes.Elle affirme qu\u2019on ne lui a pas laissé le choix.Il demeure qu\u2019Anvil Mining est aujourd\u2019hui toujours présente au Congo et s\u2019apprête à devenir un producteur de cuivre de premier plan.On ne pourra plus vraiment la définir comme une junior.Ces exemples traduisent toute l\u2019impunité dont jouissent certaines de ces entreprises canadiennes en Afrique.Les États africains sont rarement en mesure de les sanctionner et le Canada ne semble entreprendre aucune action visant à contrôler leurs activités hors de son propre territoire.Le Canada a un rôle à jouer dans la recherche d\u2019une issue que les États africains tentent de trouver, puisqu\u2019il est le principal pays d\u2019origine des juniors.Il peut tenir un rôle de premier plan dans l\u2019établissement de normes internationales prescrivant la conduite responsable des entreprises.Malheureusement, tout indique qu\u2019il a fait le choix de stimuler la croissance de son industrie minière, un secteur économique dans lequel il a un statut de puissance mondiale.Ce choix risque de donner encore plus de latitude et de place au secteur des juniors.Beaucoup d\u2019investisseurs/spéculateurs y voient une occasion de s\u2019enrichir grâce à l\u2019instabilité et à la volatilité des valeurs boursières.L\u2019inaction du gouvernement canadien est donc vue d\u2019un bon œil.Sur le terrain, cela a malheureusement un effet néfaste sur le bien-être des populations africaines.\u2022 Marie-Denise Douyon, Makonde IV, 2006, huile sur bois et canevas - buste en bandes de plâtre, 155 cm x 51 cm En 2002, un rapport de l\u2019ONU a directement ciblé des entreprises canadiennes qui auraient profité de la situation chaotique due à la guerre pour exploiter illégalement les ressources minières du pays.RELATIONS décembre 2006 dOSSieR L\u2019auteure est chargée de programme au sein de l\u2019équipe Environnement du Third World Network-Africa Marie-Denise Douyon, Pieds poudrés, 2004, huile et encre sur contre-plaqué, 51 cm x 62 cm décembre 2006 Les mains sales du Canada Des entreprises canadiennes, avec le soutien du gouvernement, sont impliquées dans une scandaleuse exploitation des ressources minières au Ghana, aux effets environnementaux, économiques et sociaux désastreux pour les populations concernées.LINDLYN TAMUFOR Les espoirs que les pays africains pouvaient mettre dans l\u2019exploitation de leurs ressources naturelles et minières, comme instrument de croissance et de développement, ne se sont pas concrétisés.En effet, le cadre financier et juridique dans lequel ont été négociées les lois sur les mines et les métaux, dans la plupart des pays africains, sert d\u2019abord les intérêts de l\u2019industrie minière et vise à attirer les investissements étrangers.De surcroît, les lois canadiennes contribuent au « pillage », par nos entreprises, des métaux précieux de l\u2019Afrique.DES RÈGLES INÉQUITABLES À cet égard, le Ghana (autrefois appelé la Côte de l\u2019or), constitue un exemple probant.Le gouvernement de ce pays a favorisé une exploitation accrue de ses ressources naturelles et minières par des mesures «attrayantes» pour les entreprises étrangères.Ces mesures leur accordent des exonérations fiscales, exigent un faible taux de dividendes, leur permettent de rapatrier dans leur pays 100% des capitaux, imposent peu d\u2019exigences environnementales et mettent à leur disponibilité, à des fins d\u2019exploitation, toutes les terres du pays.Ce gouvernement est allé encore plus loin en créant une agence - la Commission des mines - pour faciliter l\u2019immatriculation des entreprises minières et leurs opérations.Le gouvernement canadien, pour sa part, a mis en place des politiques et des lois facilitant les investissements dans l\u2019exploitation minière à l\u2019étranger - en particulier pour les petites entreprises (les juniors) qui assument des risques élevés.Le cadre juridique canadien a permis, entre autres, de développer des mécanismes pour faciliter l\u2019obtention de capital de risque.Ainsi, la souplesse du système canadien pour acheter, vendre ou transférer la valeur des propriétés RELATIONS minières, assure aux compagnies une grande fluidité de leurs liquidités.De plus, d\u2019autres mesures de protection -dont des mécanismes boursiers - rassurent les investisseurs et contribuent à la création d\u2019entreprises dans le domaine minier.Enfin, la fiscalité canadienne soutient ces investissements à l\u2019étranger.Pour ne prendre qu\u2019un exemple, elle offre aux compagnies de généreux crédits d\u2019impôts sur les intérêts générés par leurs emprunts lors d\u2019investissements effectués dans leurs filiales à l\u2019étranger.Ce n\u2019est là qu\u2019un élément, parmi l\u2019ensemble des mesures d\u2019exonération fiscale qui leur sont accordées.RAVAGES ET MÉFAITS DE NOS COMPAGNIES Dans un tel contexte, il n\u2019est pas étonnant que, de 1992 à 1996, le nombre d\u2019entreprises minières canadiennes présentes en Afrique ait augmenté de 75 %.Plusieurs entreprises aurifères, au Ghana, sont bien petites selon les s&jwwrrsi normes canadiennes.Elles ont pourtant acquis une réputation de négligence en ce qui a trait au respect des droits humains et de l\u2019environnement.Il est ainsi largement reconnu que des entreprises canadiennes sont responsables d\u2019atrocités, causées par leur indifférence à l\u2019égard de la vie des personnes touchées directement ou indirectement par leurs explorations.Par exemple, en 2004, Bonte Gold Mines Ltd, une société détenue à 85 % par des intérêts canadiens, a fait faillite.Elle était enregistrée à la bourse de Toronto et exploitait une mine alluviale, avec un bail de 30 ans, sur le site de Bonteso, dans la région ghanéenne de l\u2019Ashanti.La société était en activité depuis 15 ans lorsque, en mars 2004, elle a tout liquidé en une semaine - un tribunal de première instance a ordonné la faillite le 25 mars 2004 et la décision a été exécutée le 30 du même mois.Bonte Gold Mines Ltd a laissé derrière elle des terres dévastées, aucune compensation pour ses méfaits et une dette de 18 millions $US envers diverses instances gouvernementales du Ghana - dont l\u2019Agence de protection de l\u2019environnement et la Compagnie électrique.Une poursuite a été engagée contre Bonte Gold Mines Ltd pour l\u2019obliger à payer ses dettes.Toutefois, l\u2019espoir de récupérer les sommes dues est très mince.En effet, bien qu\u2019opérant au Ghana, 60 % des profits de l\u2019entreprise sont détenus dans des comptes à l\u2019étranger - en conformité avec les « attrayantes » lois minières ghanéennes.Or, cet argent permettrait d\u2019indemniser les travailleurs impayés et de revitaliser les sols contaminés.Actuellement, les procédures judiciaires sont retardées parce que les directeurs de l\u2019entreprise ont déserté le pays.Bogoso Gold Ltd (BGL) est une autre société canadienne opérant au Ghana, filiale de Golden Star Resources Ltd -enregistrée à la bourse de Toronto sous le titre de GSC et à l\u2019American Stock Exchange (AMEX) sous celui de GSR.En septembre 1999, GSR a acquis 70% des titres participatifs de BGL.Depuis, GSR exploite une mine de surface dans la région de WassaWest et a débuté ses activités minières sans que les communautés locales soient déplacées.Elles subissent donc des dynamitages et des vibrations qui détruisent leurs maisons, affectant leur vie et leur santé.L\u2019hôpital, la station d\u2019essence et le terrain de foot ont été rasés pour les besoins de la mine.Évidemment, ces communautés ont exprimé leurs désaccords par des marches de protestation et des grèves visant à dénoncer les effets nocifs des mines.BGL et le gouvernement ghanéen ont répliqué par le harcèlement, la répression policière et l\u2019intimidation militaire des opposants.En juin 2005, huit personnes ont été blessées par balles alors qu\u2019elles manifestaient contre les activités de la compagnie.Cette dernière n\u2019a pas condamné ces actes de violence et le gouvernement est demeuré silencieux sur l\u2019événement.BGL est aussi responsable de deux déversements de cyanure, en 2004 et en 2005, autour des sites où la société mène ses activités.Ces déversements ont conta- miné les plans d\u2019eau des communautés rurales de Bogoso et de Dumase.L\u2019industrie minière canadienne, comme plusieurs autres, est engagée dans la course à l\u2019exploitation des ressources aurifères des réserves forestières du Ghana.En principe, les réserves assurent une protection à des ter- Résistance et dissidence LINDLYN TAMUFOR La majorité des activités minières au Ghana ont lieu dans les régions rurales ou semi-rurales.Les communautés isolées qui y vivent sont généralement expropriées, forcées à abandonner leurs terres et leur mode de vie.En ce qui concerne la négociation des compensations dérisoires versées pour la perte de leur territoire, elles ont toujours été à la merci des compagnies minières.Les promesses d\u2019emploi et de développement faites par les sociétés et les autorités ne sont jamais réalisées.Le mécontentement de ces communautés n\u2019a donc fait que croître, d\u2019autant plus qu\u2019elles ont constaté que les compagnies minières n\u2019avaient cure de leurs droits sociaux et économiques.Les communautés ont exigé réparation.Elles ont organisé des manifestations publiques et des actions de dissidence.Les compagnies ont eu recours aux forces armées du Ghana et à des agences de sécurité privées pour attaquer ces communautés qui osaient revendiquer pacifiquement leurs droits.Il s\u2019en est suivi une escalade de la violence qui a fait de nombreuses victimes.La Coalition nationale sur l\u2019exploitation minière (NCOM), qui regroupe des individus, des organisations et des communautés engagés dans la promotion de la justice, la défense des droits et la protection de l\u2019environnement, a intitulé sa campagne de 2006 : « Mettre fin à la violence dans le secteur de l\u2019exploitation minière.» Elle veut ainsi alerter l\u2019opinion publique sur les violences perpétrées contre les communautés vivant aux abords des mines.Au cours de l\u2019année, NCOM en a appelé aux instances gouvernementales - telles que la Commission des droits miniers, responsable de la promotion de l\u2019activité minière, et le ministère de la Défense - pour qu\u2019elles s\u2019engagent à faire cesser la violence.Elle a aussi exigé que la Commission des droits de la personne et le département de la Justice fassent enquête sur les cas particuliers de violation des droits des communautés vivant près des mines.NCOM avait mené, en 2003, une campagne contre les activités minières dans la réserve forestière du Ghana, à RELATIONS décembre 2006 dOSSieR ritoires reconnus pour leur importance écologique et biologique.Pourtant, la superficie totale des territoires protégés du Ghana est passé de 8,2 millions d\u2019hectares en 1900 à 1,6 millions en 2006.Or, au cours des trois dernières années, sous la pression d\u2019importants lobbies, le gouvernement du Ghana a ouvert ce qu\u2019il lui reste de réserves à l\u2019industrie minière.Trois sociétés canadiennes - Nevsun la suite des demandes de permis d\u2019exploration par des compagnies minières telles que Newmont Ghana Ltd, Red Back Gold Mining et Chireano Ltd.La campagne comprenait l\u2019envoi de lettres de protestations et de pétitions à la Banque mondiale et à d\u2019autres institutions qui finançaient ces compagnies.Même si Newmont a reçu son permis, la campagne a toutefois réussi à sauver une partie de la réserve qui était menacée.C\u2019était la première fois que des organisations de la société civile, notamment celles concernées par la conservation de la forêt et des groupes pour la justice sociale, se rassemblaient au sein d\u2019une même campagne.Cette coalition a été d\u2019autant plus nécessaire que les départements des mines, des forêts et des territoires ont été regroupés sous un même ministère, le ministère des Terres, de la Forêt et des Mines.En 2004, lorsque ce ministère a voulu imposer une réforme de la législation minière, la NCOM a lancé une importante campagne pour retarder l'adoption du projet de loi.La NCOM a ainsi exigé une consultation publique pour permettre au peuple ghanéen de s\u2019exprimer sur le secteur minier, étant donné son importance économique.La coalition a demandé aussi l\u2019adoption d\u2019une politique nationale sur les mines avant d\u2019entreprendre une réforme de la Loi sur les mines de 1986.À la fin de 2005, le parlement du Ghana a adopté la nouvelle loi sur les mines et les minerais, après avoir concédé des changements qui atténuent les effets des activités minières sur les communautés.En réponse aux demandes et au plaidoyer de la NCOM, la Commission des droits miniers et le ministère des Mines ont reçu le mandat d\u2019élaborer une politique nationale sur les activités minières.La NCOM continue malgré l\u2019opposition des institutions gouvernementales à faire entendre ses recommandations pour l\u2019élaboration de la politique.La Coalition maintient le dialogue avec la Commission des droits de la personne et le département de la Justice en vue d\u2019approfondir les causes de la violence et des abus observés dans le secteur de l\u2019exploitation minière et de mettre en place des mesures correctives.Ce dialogue explore aussi des voies pour assurer de meilleures compensations et retombées économiques ainsi qu\u2019une meilleure qualité de vie dans les communautés affectées, dans l\u2019espoir d\u2019éviter de futurs conflits.Resources, Satellite Goldfields et Birim Goldfields - ont reçu des droits d\u2019exploitation.Ces entreprises ont déjà cédé leurs droits à d\u2019autres compagnies, desquelles elles reçoivent des redevances.Comme on le constate, de telles activités minières violent de manière flagrante le droit des populations à un environnement sain et sécuritaire.De plus, elles détruisent leur modeste mode de vie traditionnel sans que leurs membres ne reçoivent de compensation, de formation ou de nouveaux moyens de subsistance.Loin de contribuer à l\u2019amélioration du sort des habitants de ces régions, ce type d\u2019exploitation se pratique sans considération pour leurs opinions et avec le plus grand mépris pour leurs droits fondamentaux.DES POLITIQUES PERVERSES Beaucoup de citoyens africains vivant dans des pays riches en ressources naturelles sont préoccupés par ces problématiques générées par l\u2019industrie minière, notamment les déplacements de population, la contamination des sols et des plans d\u2019eau, le soutien à des gouvernements répressifs, les violations des droits des travailleurs et des autochtones, les agressions et les meurtres par les forces paramilitaires.Il est indéniable qu\u2019il incombe aux gouvernements de ces pays de réglementer l\u2019industrie minière, d\u2019en réduire les impacts négatifs, d\u2019en récolter et d\u2019en partager les bénéfices.Or, au contraire, leurs exigences ne cessent de diminuer et la fiscalité est revue au profit du secteur minier.Il est tout aussi indéniable, toutefois, que les entreprises étrangères doivent se conformer aux normes internationales en matière de «saine gestion» et de respect des droits humains.Malheureusement, l\u2019application de ces normes demeure volontaire.Il semble donc que les activités des entreprises canadiennes ne se soumettent pas aux mêmes règles à l\u2019étranger que lorsqu\u2019elles sont en sol canadien.Le soutien financier, juridique et politique du gouvernement canadien envers les entreprises de son industrie minière est considérable.D\u2019autant plus qu\u2019en encourageant les stratégies de financement multilatéral, le Canada impose de facto au secteur minier africain un programme de libéralisation et d\u2019allégement réglementaire.Ces politiques étrangères canadiennes ont donc pour effet de saper la capacité de pays comme le Ghana de légiférer en faveur de leurs propres intérêts et de ceux de leur population.\u2022 Il est ainsi largement reconnu que des entreprises canadiennes sont responsables d\u2019atrocités, causées par leur indifférence à l\u2019égard de la vie des personnes touchées directement ou indirectement par leurs explorations.| décembre 2006 RELATIONS Un code de conduite obligatoire DAVID FINES Le 12 septembre dernier, l\u2019Église unie du Canada a fait une présentation aux Tables rondes nationales sur la responsabilité sociale des entreprises et le secteur de l\u2019exploitation minière canadienne dans les pays en développement.Cette séance avait lieu à Toronto, dans le cadre d\u2019une tournée des grandes villes canadiennes.À cette occasion, l\u2019Église unie a recommandé au gouvernement canadien d\u2019imposer aux compagnies canadiennes exerçant leurs activités à l\u2019étranger des normes sévères assorties de mécanismes de surveillance et d\u2019observation.Cette recommandation concerne particulièrement les compagnies minières, gazières et pétrolières.Elle s\u2019appuie sur le fait que, depuis plusieurs années, nombreux et congruents sont les rapports négatifs des partenaires œcuméniques de l\u2019Église unie d\u2019Asie, d\u2019Afrique et d\u2019Amérique latine, quant aux agissements de ces compagnies canadiennes de prospection, d\u2019extraction ou d\u2019exploitation de minerais.Ces compagnies sont connues et les noms ont été fournis au gouvernement du Canada.Ces rapports relatent de nombreux cas, de plus en plus fréquents, tant de destruction de l\u2019environnement que de dommages écologiques (déforestation majeure, déversements sauvages de produits toxiques ou contamination des écosystèmes).Ces rapports font état de violations des droits des travailleurs, de la démocratie locale et des droits humains, incluant des déplacements de populations.Les pires situations dénoncées se retrouvent aux Philippines, en République démocratique du Congo et au Guatemala.L\u2019une des raisons du problème vient du fait qu\u2019il y a, dans nombre de pays où ces compagnies sont à l\u2019œuvre, un manque de réglementations ou alors un certain laxisme dans les mesures de protection de l\u2019environnement et des droits de la personne.Il n\u2019en demeure pas moins que la protection des écosystèmes et la mise en application de normes du travail acceptables représentent des coûts auxquels beaucoup de compagnies s\u2019opposent.Non seulement les compagnies canadiennes résistent-elles à se conformer à ces normes - quand elles existent - ou à les dépasser, mais elles agissent souvent sans rendre de comptes à qui que ce soit.Ces actes nocifs et ces attaques aux droits humains et à l\u2019environnement seraient immédiatement jugés illégaux et condamnés au Canada.Les compagnies subiraient les sanctions prévues par les lois.Certaines de ces compagnies pourraient même être déclarées totalement dans l\u2019illégalité.Par une déclaration en quatre points, l\u2019Église unie a demandé au gouvernement canadien, premièrement, d\u2019obliger les compagnies minières - et les autres secteurs industriels - à se conformer aux lois canadiennes, ou du moins à une réglementation s\u2019en rapprochant, incluant des normes obligatoires et exécutoires.Deuxièmement, d\u2019accompagner ces normes de mécanismes de contrôle efficaces, essentiels pour assurer un comportement respectueux de l\u2019éthique à ces entreprises canadiennes.L\u2019approche des «normes volontaires» actuelle n\u2019est tout simplement pas satisfaisante, car aucun traité, accord officiel ou signature, ne contraint les compagnies à s\u2019y conformer.Les deux autres points demandent au gouvernement canadien d\u2019instaurer un mécanisme d\u2019imputabilité de la part des compagnies et de leurs dirigeants et de se faire l\u2019avocat de l\u2019instauration de standards quant aux droits humains et environnementaux auprès d\u2019institutions internationales - comme la Banque mondiale.L\u2019autre aspect de la déclaration est la dénonciation - à la suite de la divulgation d\u2019information crédible - d\u2019une pratique établie de soutien consulaire aux compagnies minières œuvrant à l\u2019étranger.Plusieurs consulats canadiens à l\u2019étranger, en effet, fournissent de l\u2019assistance politique et même de l\u2019aide financière à ces compagnies minières.On y retrouve même une personne désignée à cette fonction.Ainsi, par ses impôts payés au gouvernement fédéral, c\u2019est toute la population canadienne qui contribue aux activités nocives, dangereuses et même parfois illégales de ces compagnies.Déjà, en 2001, l\u2019Église unie avait tiré une première sonnette d\u2019alarme dans le cadre de la série télévisée Spirit Connection dénonçant les impacts dévastateurs de l\u2019exploitation minière sur les populations autochtones.Kairos (Initiatives œcuméniques canadiennes pour la justice) avait fait de même en 2004.L\u2019Église unie revenait à la charge, en 2005, par l\u2019envoi au gouvernement canadien d\u2019une lettre co-signée par de nombreux partenaires de la société civile.De fréquents articles ont aussi paru dans les diverses revues de l\u2019Église unie sur ce sujet.Ce laisser-aller des compagnies extractives et ce soutien immoral de la part du gouvernement ne peuvent plus être tolérés, car ils tournent en dérision l\u2019engagement pour la démocratie, les droits humains et la protection de l\u2019environnement dont se targue le Canada.L'auteur est responsable des communications publiques pour l\u2019Église unie du Canada RELATIONS décembre 2006\t£9 dOSSieR L\u2019auteur est membre du Croupe de recherche sur les activités minières en Afrique m décembre 2006 Complices malgré-nous À travers différents objets de notre vie quotidienne, nous sommes reliés à l\u2019exploitation minière congolaise.Comprendre \\a « route» qu\u2019emprunte le coltan pour se rendre jusqu\u2019à nous donne aussi la responsabilité d\u2019exiger que sa commercialisation cesse d\u2019être associée à des crimes et à des violations flagrantes des droits humains.PATRICK MARTINEAU Dans les luxuriantes contrées des Kivus, dans la région Est de la République démocratique du Congo (RDC), des milliers de Congolais triment dur dans les sites miniers pour assurer leur quotidien.L\u2019une des ressources vedettes de cette région est le coltan.Or, ce minerai fait office de ressource stratégique et économique pour des individus et des réseaux de la région, dont certains commettent des crimes importants, en violation directe des droits humains.Pourtant, cette matière trouve toujours son chemin jusque dans notre quotidien.DANS NOS OBJETS D\u2019USAGE QUOTIDIEN En effet, les lecteurs DVD, téléphones portables, caméras numériques, ordinateurs portables, consoles de jeux vidéo et certaines composantes de nos voitures sont des objets d\u2019usage courant qui vous unissent à l\u2019exploitation des ressources minières en RDC.Leur dénominateur commun?Le coltan.Le terme « col-tan » est une expression populaire qui vient d\u2019Afrique centrale.Il fait référence à la colombo-tantalite.Il s\u2019agit donc d\u2019un diminutif, ou d\u2019un surnom, donné à un minerai composite, soit la colombite et la tantalite.Une fois raffinée, la colombite deviendra un produit métallique, le colombium (ou niobium) et, de son côté, la tantalite deviendra du tantale.Que fait-on avec du colombium et du tantale?Des millions de composantes électroniques utilisées dans des secteurs comme les hautes technologies, l\u2019automobile, l\u2019aérospatiale et l\u2019armement.Ainsi, le condensateur de tantale - une composante pas plus grosse qu\u2019une tête d\u2019épingle - permet de miniaturiser une multitude de composantes de votre ordinateur et de votre téléphone portable.Il est, à toute fin pratique, l\u2019un des éléments clefs du succès du secteur des communications sans fil.La RDC regorge de ce minerai que l\u2019on exploite dans sa partie orientale depuis plus de 30 ans.Elle aurait d\u2019ailleurs fourni, depuis les années 1990, plus de 10% de la matière première nécessaire pour satisfaire les marchés mondiaux.Or, au début des années 2000, un important processus spéculatif - phénomène répandu à l\u2019ensemble du secteur minier - s\u2019est produit.Ses effets dévastateurs se font ressentir, encore aujourd\u2019hui, dans toute la partie orientale de la RDC.LA GRANDE SURCHAUFFE Entre mars 2000 et mai 2001, le prix moyen pour se procurer, sur les marchés hautement spéculatifs, un kilo de tantalite, est passé de 60$US à 485 $US.Au paroxysme du jeu de l\u2019offre et de la demande, des transactions supérieures à 1000 $US ont même été notées.Pourquoi une telle surchauffe?En 1999, alors que l\u2019industrie des hautes technologies vivait ses jours de gloire, une soudaine «course aux condensateurs de tantale » fût lancée sous l\u2019impulsion des fabricants de téléphones cellulaires.Le NASDAQ semblait bien en selle et le potentiel des marchés asiatiques (surtout chinois) faisait rêver.Ces manufacturiers entrevoyaient des possibilités immédiates et quasi illimitées pour leurs produits.Mais, pour ce faire, il fallait mettre la main rapidement sur ces précieux condensateurs.La course au coltan était ainsi lancée.En seulement quelques mois, les commandes des raf-fineurs ont doublé, puis triplé.Leurs affaires roulaient rondement, mais leurs réserves de tantalite fondaient comme neige au soleil.Le fournisseur principal, l\u2019entreprise australienne Sons of Gwalia, tournait déjà à plein régime et les petits fournisseurs commençaient eux aussi à s\u2019essouffler.Une pression fut ainsi exercée sur les quelques tonnes disponibles de par le monde, dont celles de la RDC.Un seul problème se posait: la région était déjà dévastée par un conflit violent entre des réseaux politique et économique de la région qui, dans leur déploiement, commettaient des crimes en violation directe des droits humains.L\u2019un des motifs de ces crimes: l\u2019accès aux rentes de ce nouvel or high tech.Ainsi, progressivement, la filière coltan congolaise fut totalement contrôlée par des agents associés aux milices locales et régionales, dont les méthodes de commercialisa- Les lecteurs DVD, téléphones portables, caméras numériques, ordinateurs portables, consoles de jeux vidéo et certaines composantes de nos voitures sont des objets d\u2019usage courant qui vous unissent à l\u2019exploitation des ressources minières en RDC.RELATIONS Marie-Denise Douyon, Secret de deux, 1998-1999, monotype, 70 cm x 45 cm oma ï.x\" ' ¦ » Exemples d\u2019entreprises canadiennes ABDULAI DARIMANI Tanzanie: depuis les 15 dernières années, la Tanzanie a connu une croissance rapide de l\u2019exploitation minière.Les entreprises minières canadiennes jouent un rôle central dans cet essor.Cependant, les activités de ces compagnies ont été fortement critiquées par les organisations de la société civile et par les communautés locales.Celles-ci les ont accusées d\u2019être responsables de pollutions environnementales diverses aussi bien que d\u2019expulsions forcées, de massacres de population et de beaucoup d\u2019autres violations de droits humains.Des entreprises minières canadiennes telles que Kahama Mining Corporation et Barrick Inc.ont été nommées, en rap- port à des allégations de meurtres et de nombreuses évictions illégales de mineurs artisanaux à Bulyanhulu.Mali : une recherche commanditée par Third World Network\u2014Africa a révélé des problèmes environnementaux et socio-économiques causés par les opérations des mines de Sadiola et de Yatela au Mali.L\u2019exploitation de ces installations minières a contribué à la destruction de près de huit villages et elle est aussi responsable de la pollution de l\u2019eau potable.La production minière, en s\u2019appropriant les terres, a aussi entravé la capacité des populations locales à pratiquer leur mode traditionnel de culture.Une société minière canadienne, IAMGold, possède une grande partie de ces mines : elle en détient 38 % à Sadiola et 40% à Yatela.Afrique de l\u2019Ouest : les sociétés minières Alcan, Golden Star Resources, International Gold Resources et Mano River Resources, toutes quatre canadiennes, exécutent des travaux d\u2019exploration dans les environs de la rivière Mano.Cette région, à la convergence de la Guinée, du L\u2019auteur est membre du secrétariat du Third World Network-Africa RELATIONS décembre 2006\t^ i rrj'f*/ : là Marie-Denise Douyon, Le vin et l'eau, 1998-1999, monotype, 70 cm x 67 cm dOSSieR feV.F ¦¦ rë>l ,-'&?/ } mm, ,!\u2022 ' M ¦ \u2018y:\\ S » s 'n i *v*.' -MT* \\ v\\ tion incluaient de multiples actes de violence et des massacres.Ces agents ont imposé les pires conditions de travail, dont le travail forcé et l\u2019exploitation des enfants soldats.Cette année-là, la RDC aurait fourni plus de 20 % de la tantalite globale.La plupart des profits de cette commer- Sierra Leone et du Liberia, est connue pour la richesse de sa biodiversité.Celle-ci a été souvent une source de conflits entre les trois voisins.Étant donné ce contexte hautement conflictuel, l\u2019exploration et l\u2019exploitation minières se doivent d\u2019être menées de façon juste et équitable.La présence, en particulier, de Mano River Resources, a considérablement attiré l\u2019attention des groupes environnementaux qui craignent que la biodiversité soit détruite.République démocratique du Congo: en 2001, une équipe d\u2019experts des Nations unies enquêtant sur l\u2019exploitation illégale de ressources a pointé du doigt huit entreprises minières canadiennes: American Minerai Fields, Banro, First Quantum, Hrambee Mining, International Panorama Resources, Kinross Gold, Melkior Resources et Tenke.(Extraits d\u2019Impacts of Activities of Canadian Mining Companies in Africa, TWN-Africa, octobre 2005) cialisation furent récupérés par des réseaux rwandais proches de la présidence, alors en guerre avec la RDC.L\u2019une des causes de cette guerre et de son prolongement fut le contrôle des lucratifs pôles d\u2019approvisionnement de coltan en RDC.Pour faire la guerre et assurer sa domination sur le territoire, il fallait de l\u2019argent.Il s\u2019ensuivit ainsi un cercle vicieux entre la course à l\u2019argent et la perpétuation de cette guerre.L\u2019ONU, ainsi que des organisations transnationales de la société civile, ont alors dénoncé cette exploitation et le coltan congolais.Ce dernier a fait l\u2019objet d\u2019un embargo moral : l\u2019ONU a alors demandé aux pays importateurs et aux industriels de boycotter le coltan congolais, sans toutefois imposer un mécanisme de surveillance ou de sanction.Peu après, le prix mondial de la tantalite a retrouvé sa valeur «normale».Ce phénomène s\u2019explique par deux autres facteurs.Premièrement, l\u2019administration américaine, responsable des stocks stratégiques1, avait déversé sur le marché mondial des inventaires considérables de tantalite.Elle dopa ainsi les marchés et réduisit la pression qui existait alors sur eux.Deuxièmement, les industriels associés au coltan ont réajusté les communications entres les agents de 1.On considère en effet, à Washington, le colombium et la tantalite comme des matières essentielles pour la sécurité des États-Unis, en raison de ses liens avec les produits militaires - satellites, armes de destruction massive, avions, etc.décembre 2006 RELATIONS la filière occidentale de cette matière première, afin de rendre celles-ci plus fluides.Ces agents ont ainsi constaté que la pénurie n\u2019était que le fruit d\u2019une fausse « perception du marché ».Du coup, la surchauffe de la filière congolaise a diminué et les trafiquants se sont tournés vers la cassitérite, laquelle faisait aussi l\u2019objet, à ce moment, d\u2019une envolée spéculative sur les marchés boursiers.LA FILIÈRE COLTAN AUJOURD\u2019HUI Actuellement, le risque d\u2019une surchauffe des prix est donc contrôlé, bien que la consommation de tantale ne cesse de croître, à cause de la consommation mondiale des produits électroniques et de ceux des communications sans fil.Dans le Sud et le Nord Kivu, certaines communautés ont retrouvé leurs terres et comptent sur l\u2019exploitation minière pour se refaire une santé financière.Quelques coopératives ont La filière coltan congolaise fut totalement contrôlée par des agents associés aux milices locales et régionales, dont les méthodes de commercialisation incluaient de multiples actes de violence et des massacres.vu le jour et plusieurs mineurs artisanaux ont retrouvé une certaine quiétude dans les pôles miniers.Le coltan y est exploité, mais les revenus à la base demeurent bien peu élevés.Dans certains milieux cependant, la filière du coltan est alimentée, encore aujourd\u2019hui, par des mineurs et des villageois travaillant sous contraintes militaires et dans des conditions d\u2019insécurité extrêmes.Des témoignages évoquent encore le travail forcé, l\u2019utilisation des enfants comme main-d\u2019œuvre captive ainsi que l\u2019exploitation sexuelle aux abords des sites de coltan et de cassitérite.De plus, l\u2019environnement de travail de la majorité des exploitants de la filière du coltan congolaise, surtout les mineurs, constitue un danger certain pour la santé, la sécurité et l\u2019intégrité physique des individus.Des préoccupations bien réelles ont été soulevées concernant les risques que représente le coltan, en raison des émanations radioactives du minerai, lorsque la roche est broyée ou concentrée sous forme de poudre.Pourtant, certains agents de ces réseaux régionaux réussissent à liquider cette marchandise dans les circuits mondiaux, et ce, malgré l\u2019instauration d\u2019un mécanisme de surveillance proposé et mis en œuvre par les firmes actives dans cette filière minière.De toute évidence, cela ne semble pas suffisant pour nous assurer que le coltan congolais, qui se retrouve une fois transformé dans nos outils de travail, de loisir et de communications quotidiens, ne soit pas «taché de sang» ou obtenu indûment.Les industriels associés directement à cette filière ont la responsabilité d\u2019offrir des produits qui, dans leur processus d\u2019exploitation et de commercialisation, ne soient pas associés à des crimes et à des violations flagrantes des droits humains.Exigeons-le! \u2022 LIVRES BOLYA, Baenga, Afrique le maillon faible, Paris, Le serpent à plumes, 2002.HAREL, Xavier, Afrique, pillage à huis clos, Paris, Fayard, 2006.HUETZ-ADAMS, Friedel (dir.), «Congo: portables, or et diamants, financement de la guerre à l\u2019époque de la mondialisation », in Violence structurelle dans les relations Nord-Sud, vol.2, Institut Südwind, disponible à .LABROUSSE, Arnaud et VERSCHAVE François-Xavier, Les Pillards de la forêt - Exploitations criminelles en Afrique, Paris, Agone, 2003.Médecins sans frontières, R.D.Congo: silence on meurt: témoignage, Paris, L\u2019Harmattan, 2002.PAYETTE, Dominique, La dérive sanglante du Rwanda, 2004.TRAORÉ, Aminata, Le viol de l'imaginaire, Paris, Fayard, 2001.DVD Cauchemar de Darwin, réalisation Hubert Sauper, production mille et une nuits, France, Autriche, Belgique, 2004.Congo na biso, la veille d\u2019une démocratie, réalisation : Chuck de Liedekerke, Yannick Muler et Hélène, Seingier, production Cuyom Corp, France, 2006.SITES INTERNET : Association des femmes africaines pour la recherche et le développement; ; ; ; : Partenariat Afrique Canada; : Collectif de soutien aux grévistes de la mine d\u2019or de Morila au Mali; : Third World Network; : Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique.RELATIONS aiLLeuRS Le cri du Lesotho Dans le petit royaume montagneux du Lesotho, de 30 000 km2, enclavé au cœur de l\u2019Afrique du Sud, la pauvreté et le sida font des ravages.LISE GAGNON L\u2019auteure est membre de la congrégation des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie.Texte écrit avec la collaboration de Louise Dionne Cette ancienne colonie britannique, connue sous le nom de Basutoland, prend le nom de Lesotho lors de son indépendance en 1966.Jusqu\u2019en 1998, le pays sera traversé de nombreux conflits politiques.Une réforme constitutionnelle établit ensuite une certaine stabilité dans le pays.Ces dernières années, la famine a grandement affecté la population de 1,8 millions d\u2019habitants, à la suite de sécheresses consécutives.Les basses terres constituent la zone la plus densément peuplée et seulement 13 % de la superficie du pays est composée de terres arables.Un manque d\u2019emploi chronique explique le chômage élevé qui touche 35 % de la population active.La crise du secteur textile, première industrie au Lesotho, n\u2019a pas aidé.L\u2019Accord sur le textile et le vêtement de l\u2019OMC imposant des quotas à l\u2019entrée aux États-Unis, entre autres, avait bénéficié aux entreprises textiles du Lesotho qui sont presque toutes aux mains d\u2019intérêts asiatiques.Celles-ci bénéficiaient de facilités douanières accordées, par les États-Unis, aux pro- AFRIQUE DU SUD ZIMBABWÉ BOTSWANA Windhoek DÉSERT DU NAMIBIE OZAMBIQUE Gaborone Prétoria Maputo Johannesburg SWAZILAI Springbok Durban LESOTH OCÉAN INDIEN Le Cap \u2022 duits en provenance d\u2019Afrique.Mais avec la fin de cet Accord et donc des quotas, début 2005, cette stratégie de contournement par le Lesotho n\u2019était plus utile.Cela a provoqué des fermetures massives d\u2019entreprises de textiles.Ce contexte explique, selon la FAO, la dépendance de la population à l\u2019aide internationale et l\u2019obligation, pour de nombreux Lesothans, de migrer à l\u2019extérieur pour aller chercher des emplois dans les pays voisins.PAUVRETÉ ET CHÔMAGE Au cours des années 1990, la construction de deux immenses barrages, sous l\u2019égide de la Banque mondiale, avait suscité beaucoup d\u2019espoir au sein de la population.Ces barrages dans les montagnes du Lesotho devaient alimenter en électricité et en eau la capitale sud-africaine, Johannesburg.Ils auguraient la création d\u2019emplois et une relance de l\u2019économie.Mais l\u2019espoir fut de courte durée.Bien que 4000 emplois directs aient été créés, c\u2019est surtout l\u2019élite du pays qui a bénéficié de la construction de ces barrages.Plusieurs scandales de corruption ont entouré ces projets.Des compagnies étrangères ont offert des pots-de-vin à des fonctionnaires pour obtenir des contrats juteux et très peu profitables pour le pays.L\u2019ampleur de la corruption a incité le Lesotho à entreprendre des poursuites contre les entreprises étrangères.Il s\u2019agit du premier gouvernement africain à oser le faire.Récemment, il a gagné en justice contre la société Canadian Transnational Corporation.Celle-ci doit verser 2,2 millions de dollars.D\u2019autres poursuites sont en cours.Malgré cela, les Lesothans doivent se contenter encore de recueillir l\u2019eau de pluie pour leur approvisionnement en eau et continuent d\u2019être à la merci des sécheresses.Une part importante de l\u2019économie du Lesotho demeure aussi tributaire des transferts de revenus des travailleurs émigrés, surtout depuis l\u2019Afrique du Sud.Le Haut commissariat des droits de l\u2019Homme estime que près de 40 % de la population active masculine du Lesotho travaille dans les mines sud-africaines.Ces travailleurs ont déjà représenté jusqu\u2019à 25% de la main-d\u2019œuvre de ces mines.Toutefois, depuis 1991, il y a une forte diminution de Lesothans - près de la moitié -, à la suite des restructurations de l\u2019industrie minière qui cherche maintenant à réduire sa masse salariale.Ces travailleurs, après des années passées dans ce qui est communément appelé «l\u2019enfer des mines», sont revenus au pays.Parmi ces survivants, nombreux sont ceux qui ont rapporté le sida.Les femmes aussi sont forcées en grand nombre à la migration par le chômage et à la nécessité de prendre la relève de leurs conjoints malades ou sans emploi.Elles quittent le pays dans l\u2019espoir de trouver du travail en Afrique du Sud ou ailleurs.Plusieurs se retrouvent dans des réseaux de trafic de femmes, forcées à la prostitution ou à l\u2019esclavage comme travailleuses domestiques.Elles reviennent, à leur tour, avec le sida.LES EFFETS DU SIDA Le pays est touché par un haut taux de pauvreté et un des taux d\u2019infection au VIH les plus élevés du monde.L\u2019OMS estime qu\u2019un adulte sur trois y est séropositif.Aucune région du Lesotho n\u2019est épargnée.L\u2019espérance de vie est en déclin.Actuellement de 36 ans, elle était de 58 ans en 1998.La société se ^ décembre 2006 RELATIONS aiLLeuRS compose de plus en plus d\u2019enfants, de vieillards et de malades.Les enfants de moins de 15 ans et les personnes âgées de plus de 65 ans représentent 41 % de la population.Selon l\u2019UNICEF, il y aurait 180000 orphelins au Lesotho et seulement 53% de la population est encore active.jpr ¦» Un grand nombre de personnes âgées doivent prendre la relève des parents malades ou décédés des suites du sida.De plus, les familles affligées par cette maladie ont généralement moins de revenus alors qu\u2019elles voient leurs dépenses augmenter.Cette charge accrue incombe souvent à des parents isolés ou à des grands-parents qui représentent la catégorie de la population où se concentrent les plus pauvres du pays.Les réseaux familiaux élargis sont incapables de soutenir les membres de leurs familles devant l\u2019ampleur du phénomène, déjà débordés par leurs proches malades ou à charge.Nombre d\u2019orphelins sont laissés à eux-mêmes.Certains vivent seuls, d\u2019autres en groupes dans des cabanes abandonnées.L\u2019État met bien quelques programmes en place pour subvenir aux besoins de ces personnes, mais ils sont loin d\u2019être suffisants et créent parfois un sentiment d\u2019injustice.C\u2019est le cas du régime de pension des personnes âgées instauré en 2004.La pension n\u2019est que de 150 rands par mois (30$), alors qu\u2019elle est de 740 rands (100 $) en Afrique du Sud.Cette injustice s\u2019ajoute à celles des barrages et des mines.Le gouvernement a pourtant instauré ce régime à l\u2019encontre du FMI, ce qui explique qu\u2019il est sans aide extérieure.Une autre mesure, la pension pour les orphelins, soulage un peu le fardeau de ceux et celles qui en ont la charge.Toutefois, les enfants abandonnés à eux-mêmes n\u2019y ont souvent pas accès, faute d\u2019adulte pour les soutenir dans leurs réclamations.LA DIFFICILE SOLIDARITÉ Les ONG, sur le terrain, font face à plusieurs difficultés liées à la culture et à la tradition.Le silence entourant le sida est un obstacle majeur.Il y a une forte réticence des personnes atteintes Watch, le gouvernement a consacré 12 millions $ pour le dépistage, mais seulement 385$ pour les consultations après le test.Sur près de 56000 personnes déjà dépistées qui auraient besoin d\u2019un traitement antirétroviral, seulement 2000 le reçoivent, selon l\u2019UNICEF.Les besoins sont grands et certains intervenants en viennent à se demander si les tabous qui permettent de dissimuler l\u2019ampleur de l\u2019épidémie n\u2019ont pas une certaine utilité : les res- Enfants du St.Angela Home, Lesotho.Photo : Lise Gagnon .il: et de leurs familles à en parler.Nombreux sont ceux qui refusent de passer les tests, par peur de subir l\u2019isolement social, le rejet de la communauté et de leur famille.Plutôt que du sida, on parle de tuberculose! Le Lesotho est une société patriarcale où la femme est soumise.Les viols, la violence conjugale et l\u2019alcoolisme sont d\u2019autant plus fréquents dans ce contexte de maladie et de dépendance.Cependant, des ressources sont mises en place : distribution de médicaments, soutien des sidéens, dépistage auprès des femmes enceintes, prévention, etc.Récemment, le gouvernement inaugurait un programme de dépistage du sida.Il consiste en une tournée de porte à porte du Lesotho.Il propose à toute la population le test.Cependant, selon Human Rights sources ne seraient pas suffisantes pour répondre aux besoins si tous les cas étaient dépistés.C\u2019est sous le cri «Notre peuple se meurt» que plusieurs acteurs sociaux et politiques s\u2019inquiètent des effets dévastateurs du sida et demandent d\u2019être entendus.Les Lesothans sont fiers de leur autonomie.Leur sentiment national s\u2019exprime par la tradition et la culture dont un trait qui leur est cher est l\u2019entraide et la solidarité typiquement africaine.Ils étaient pauvres, mais ils se savaient solidaires.Ils vivaient très modestement, mais l\u2019ensemble de la communauté recevait un minimum de bien-être.Beaucoup critiquent la perte de cet aspect de leur identité et les effets du sida qui érodent cette entraide.\u2022 Orphelines de Mazenod, Lesotho.Photo : Lise Gagnon RELATIONS décembre 2006 coNtRoveRse L\u2019auteure, théologienne, est membre de la collective L'autre Parole Marie: figure libérante ou aliénante?Dans l\u2019Église catholique, la piété et la doctrine mariales entretiennent une idéologie conservatrice au sujet des femmes.LOUISE MELANÇON Bien que le personnage de Marie, la mère de Jésus, soit présent de manière plutôt discrète dans les écrits du Nouveau Testament, le culte marial s\u2019est surtout développé au milieu du deuxième siècle et, largement, à partir d\u2019écrits «apocryphes» qui racontaient son enfance et mettaient en lumière sa pureté absolue et sa virginité perpétuelle.UNE RELECTURE HISTORIQUE Les sciences des textes anciens ainsi que les sciences humaines de la religion nous permettent maintenant d\u2019approcher cette réalité d\u2019un point de vue critique.Les récits concernant Marie ont emprunté des formes mythiques existant à l\u2019époque, autant dans le monde juif que dans le monde grec, comme l\u2019état de virginité des mères de personnages héroïques ou célèbres, ou l\u2019annonce d\u2019un grand événement par des personnages spirituels, prenant des apparences diverses.Par ailleurs, la doctrine mariale s\u2019est élaborée aux IVe et Ve siècles autour des conciles de Nicée (325) et d\u2019Éphèse (431), en relation avec la filiation divine de Jésus : l\u2019enjeu était la vérité de l\u2019Incarnation de Dieu en Jésus, par rapport aux nestoriens qui en faisaient un être uniquement surnaturel.Marie fut alors définie comme la «Theotokos», la mère de Dieu.Les Églises orthodoxes ont gardé davantage cette dimension christocentrique de la dévotion à Marie; dans le catholicisme, on parlera aussi de maternité universelle.On en vint cependant à donner à Marie un statut quasi d\u2019intermédiaire entre Dieu et les humains, ce qui sera contesté par le protestantisme.Comment ne pas y voir l\u2019influence du culte à la Déesse Mère, ou à la déesse Artémis qu\u2019on vénérait à Éphèse, par exemple?Les dévotions populaires ont pu chercher à imposer une figure féminine du divin par rapport à un Dieu trop masculin.La perspective féministe récente a d\u2019ailleurs mis en lumière la présence, dans l\u2019Ancien Testament, d\u2019une dimension féminine du divin - à travers la Sagesse - qui a pu être reprise dans la dévotion à la Vierge-Mère.L\u2019image idéalisée de la femme, dans le phénomène de l\u2019amour courtois, au Moyen Âge, a donné le vocable de Notre-Dame à tous ces lieux de culte à la Vierge, dont certains présentent des vierges noires qui rappellent les cultes anciens.Par la suite, et surtout au XIXe siècle, la doctrine mariale, dans l\u2019Église catholique, prendra une ampleur surprenante qui aboutira à la proclamation des dogmes mariaux.À travers ce phénomène, on peut constater l\u2019utilisation d\u2019un modèle féminin centré sur la soumission des femmes dans la société patriarcale, leur rôle magnifié de mère dans la famille, et la conception bourgeoise de la féminité de l\u2019époque qu\u2019on cherche à imposer dans l\u2019éducation des filles.Le culte marial s\u2019est donc modifié à travers une idéologie sociale et religieuse.DES CONTRADICTIONS Malgré les efforts de l\u2019Église catholique pour ramener la dévotion à Marie dans une perspective christologique, surtout au concile Vatican II, son enseignement - comme on l\u2019a bien vu avec Jean-Paul II - demeure prisonnier d\u2019une contradiction entre l\u2019idéalisation de la femme et le maintien de la division rigide des rôles entre hommes et femmes.La raison en est que la femme y est définie essentiellement par sa capacité de mettre au monde un enfant.La maternité, physique ou spirituelle, est donc la vocation de la femme comme celle de Marie a été de donner naissance à Jésus, de devenir la mère de Dieu.De cette façon, la femme jouit d\u2019une supériorité par rapport à l\u2019homme: Jean-PaulII parle même de «génie ».En même temps, selon la Genèse, elle a été donnée comme «une aide» pour l\u2019homme.Elle serait donc à la fois supérieure et subordonnée.L\u2019ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Joseph Ratzinger, retenait chez Marie «la disponibilité à l\u2019écoute, à l\u2019accueil, à l\u2019humilité, à la fidélité.» comme ce qui concerne tout baptisé.Mais « il appartient de manière caractéristique à la femme de les vivre avec une particulière intensité et avec naturel » [cf sa lettre du 31 juillet 2004).Aussi, les fonctions ecclésiales continuent-elles de s\u2019exercer dans un système hiérarchique où les femmes ne peuvent représenter le Christ.La piété et la doctrine mariales, dans l\u2019Église catholique, entretiennent ainsi une idéologie conservatrice au sujet des femmes.\u2022 13 décembre 2006 RELATIONS coNtROveRse Marie, la mère de Jésus, est un personnage autour duquel se sont toujours joués, au sein du christianisme, de vifs débats théologiques et idéologiques.Entre, d\u2019une part, une critique rationaliste de la piété mariale qui a cherché à gommer ce visage féminin de la religion populaire et, d\u2019autre part, son exaltation désincarnée servant les fins du discours patriarcal dans l\u2019Église catholique, est-il possible de retrouver, en Marie de Nazareth, une femme libre et inspirante pour les croyantes et les croyants d\u2019aujourd\u2019hui?Pour que Marie soit ou redevienne une figure libérante, faut-il «briser la statue» dans laquelle l\u2019idéologie patriarcale et une ., ,\t,\t| ,\tr ,\tet des besoins de notre temps, comme Certaine piété populaire I ont enfermée.\teux ont cru bon de les rédiger à leur ^mmm_\u2014\u2014\u2014époque?MARIE GRATTON Pour répondre à cette question, ouvrons les Évangiles.Nous y trouverons quatre portraits de Marie, dont le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019ils sont fort différents.Peut-on imaginer en effet figures plus contrastées que celles que nous présentent Matthieu et Luc d\u2019une part, Marc et Jean d\u2019autre part?DES FIGURES CONTRASTÉES Selon Matthieu, dans ses deux premiers chapitres, Marie évolue dans l\u2019ombre de Joseph, dépositaire de l\u2019honneur de sa fiancée enceinte, puis gardien et protecteur de l\u2019enfant qui naîtra d\u2019elle et dont la vie est très tôt menacée.En songe, un ange lui indique la conduite à adopter; à l\u2019homme incombent les responsabilités.Dans ses récits de l\u2019enfance, Luc place Marie au centre: c\u2019est avec elle que le Ciel transige pour obtenir sa collaboration au plan divin.Sans son fiat, point de naissance du Messie.Il fallait en outre à l\u2019évangéliste une solide audace pour placer le Magnificat, cet hymne subversif, dans la bouche d\u2019une femme.Marc ne fait pas la part si belle à Marie.En mère inquiète et peut-être un peu possessive, elle cherche, avec les siens, à ramener Jésus à la maison.À parcourir les routes en dérangeant les bien-pensants, il risque trop, estime-t-elle.Lui, paraît plus attaché à ceux qui le suivent qu\u2019à sa mère.De son côté, et semblant prendre le contre-pied de Marc, Jean fait de Marie celle qui, à Cana, pousse son fils à réaliser sa mission.Au pied de la croix, c\u2019est l\u2019Église naissante qui, à travers Jean, lui est confiée.Il est clair que la tradition a privilégié une image de Marie qui venait appuyer le système patriarcal, reflétant en cela le milieu culturel et religieux dans lequel le christianisme est né et s\u2019est développé.Luc, celui qui souligne avec le plus de force la liberté et l\u2019autonomie de Marie, a néanmoins fait l\u2019objet d\u2019une interprétation sélective et, osons le dire, tendancieuse.Ce que la tradition a choisi de nous proposer comme modèle marial, c\u2019est celui de la jeune fille humble, soumise et silencieuse.Or, elle parle! Elle dira fiat, mais pas avant d\u2019avoir posé une question qui appelle une explication.«Servante», soit, mais du Seigneur.Ce n\u2019est pas rien.« Humble », mais néanmoins consciente que Dieu a fait pour elle des merveilles et que les générations la célébreront.Mais n\u2019est-ce pas avant tout l\u2019expression de son autonomie et de sa liberté qui devrait nous frapper sous la plume d\u2019un écrivain du premier siècle?Qu\u2019on m\u2019entende bien: je ne prétends pas retrouver chez aucun des évangélistes un authentique et complet portrait de Marie.Chacun a tracé le sien en tenant compte de son milieu de vie, de sa vision du monde et du public auquel il s\u2019adressait.N\u2019est-il pas normal de lire leurs récits et de les interpréter à la lumière des aspirations UNE FEMME DEBOUT Nous aimerions pouvoir dire : « Que la vraie Marie se lève!» Abandonnons cette chimère.Les textes évangéliques, dont l\u2019Église peut difficilement contester l\u2019autorité, nous offrent des traits capables d\u2019inspirer les femmes et les hommes de notre temps.C\u2019est dans les récits de l\u2019Annonciation et de la Visitation que nous les trouvons.Cette jeune femme demande qu\u2019on l\u2019éclaire avant de s\u2019engager.On ne lui impose pas un destin; elle accepte librement une mission.Son Magnificat est un manifeste révolutionnaire.Les puissants ont mis le monde à l\u2019envers; en se portant au secours des faibles, Dieu aime le remettre à l\u2019endroit.Solidaire de son fils, mourant pour avoir parlé de son Père avec une liberté souveraine, elle se tient debout au pied de la croix.Qui sait si ce goût de la parole libérée, Jésus ne l\u2019a pas appris de sa mère?Si nous choisissons de « briser la statue », d\u2019extirper Marie du moule patriarcal, nous la verrons enfin comme une femme libre devant les redoutables défis de la vie et de la foi, comme une sœur nous entraînant à la liberté qui sied aux enfants de Dieu.\u2022 l'auteure est pro-fesseure retraitée de la Faculté de théologie, d\u2019éthique et de philosophie de l\u2019Université de Sherbrooke RELATIONS décembre 2006 fQ RegaRD Le sens du dialogue interreligieux Entrevue avec jean Mouttapa Nous vivons à une époque où toute tradition religieuse est suspectée d\u2019engendrer la violence.Un arabe face à Auschwitz, le dernier ouvrage de Jean Mouttapa, directeur du département Spiritualités des Éditions Albin Michel, spécialiste des religions et du dialogue interreligieux, rend compte d\u2019un événement regroupant des chrétiens, des juifs et des musulmans, croyants et non croyants, dans une démarche commune appelée Mémoire pour la paix.Ces personnes se sont rassemblées au lieu le plus emblématique de la Shoah, pour vivre une expérience de rencontre, de dialogue et de connaissance mutuelle.Jean Mouttapa a bien voulu répondre à nos questions sur le sens de son engagement.Relations: Un arabe face à Auschwitz, de même que votre ouvrage précédent, Religions en dialogue, écrit il y a quelques années, rendent compte d\u2019un engagement qui vous est cher, celui du dialogue des religions.Quel sens donnez-vous à celui-ci?Jean Mouttapa: Le dialogue interreligieux est pour moi indissociable de l\u2019expérience chrétienne.De par le mystère de l\u2019incarnation auquel il se réfère, le christianisme a une vocation de médiateur entre les êtres humains, en toute transparence et dans la plus grande invisibilité possible.La parabole évangélique du grain, en cela, s\u2019applique totalement à lui : « Si le grain ne meurt, il ne portera pas de fruit.» Pour que vive l\u2019Évangile, que l\u2019Église a pour seule fonction de transmettre, il est peut-être nécessaire qu\u2019un certain christianisme sociologique trop sûr de lui fasse l\u2019expérience d\u2019une kénose, comme Dieu l\u2019a faite à travers l\u2019homme Jésus - en se dépouillant de sa condition divine -, et qu\u2019il se dépouille ainsi de toute volonté de puissance.Historiquement, le christianisme est, avec l\u2019islam, la religion la plus impérialiste, celle qui s\u2019est répandue dans le monde entier, pour le meilleur et pour le pire et avec les pires et les meilleurs moyens.La conséquence paradoxale est que le christianisme est certainement la reli- gion qui s\u2019est le plus confrontée aux autres cultures au fil de l\u2019histoire, comme on l\u2019a vu avec les jésuites Matteo Ricci, en Chine, et Robert de Nobili, en Inde, ou avec le dominicain Bartolomé de Las Casas, dans les Caraïbes.Cette expérience de confrontation et de rencontre fructueuse nous donne des outils pour approfondir un authentique dialogue interreligieux.Le christianisme ne peut qu\u2019en tirer profit.Un dialogue avec l\u2019Orient, par exemple, en particulier à travers l\u2019Inde, la Chine et le Japon, est essentiel pour redécouvrir des dimensions perdues ou non explorées du christianisme occidental -je pense à l\u2019expérience d\u2019une méditation ultime, dont on n\u2019a des exemples que chez certains mystiques, alors que l\u2019Orient chrétien l\u2019a beaucoup plus cultivée.Mais, pour moi, avant d\u2019être une expérience proprement religieuse, le dialogue interreligieux renvoie à une expérience de fraternité humaine fondamentale, au-delà des clivages et des étiquettes politiques, religieuses et ethniques.C\u2019est ce que j\u2019ai vécu à travers Mémoire pour la paix.Le discours religieux est passé au second plan.En ce sens, situer la relation entre les trois monothéismes uniquement sous l\u2019égide d\u2019une filiation à Abraham est nettement insatisfaisant.Cette relation doit retrouver une dimension citoyenne.L\u2019ouverture aux autres religions ne peut se faire dans l\u2019oubli de la transformation du monde.Mais pour être crédibles, les chrétiens doivent être conscients de la catastrophe historique que représente une certaine histoire de l\u2019Église inscrite dans l\u2019histoire humaine.Alors, il devient possible de dire au monde, et à l\u2019Occident en particulier, que l\u2019inspiration évangélique peut aussi servir dans l\u2019exploration de la dimension de la fraternité, ce troisième terme de la devise républicaine française trop souvent oublié, et dans l\u2019approfondissement de la démocratie.Rel.: Dans le dialogue avec l\u2019islam et le judaïsme, les chrétiens jouent-ils, selon vous, suffisamment leur rôle?J.M.: Malgré les bonnes volontés, ce qui se fait est souvent insuffisant.C\u2019est aussi vrai en France, qui pourtant possède des atouts considérables.Elle est le pays d\u2019Europe où vit la plus grande diaspora juive ainsi que la plus grande population musulmane, et cela, dans un contexte de laïcité.Elle devrait être un creuset du dialogue judéo-musulman dans le monde.C\u2019est loin d\u2019être le cas.Un dialogue avec l\u2019Orient, par exemple, en particulier à travers l\u2019Inde, la Chine et le japon, est essentiel pour redécouvrir des dimensions perdues ou non explorées du christianisme occidental.décembre 2006 RELATIONS Les chrétiens se trouvent à l\u2019origine de nombreuses rencontres interreligieuses, mais ils n\u2019arrivent pas à mobiliser la participation.Ces rassemblements réunissent la plupart du temps 95 % de chrétiens, 3 % de juifs et 2 % de musulmans.Pourquoi cette incapacité des chrétiens à être un élément rassembleur?Je pense que c\u2019est par peur du risque, par manque de prophétisme.Pourtant le voyage Mémoire pour la paix montre qu\u2019il peut en être autrement.Cela a surpris tout le monde.En effet, à la suite de ce voyage, des dizaines de rencontres ont eu lieu en province et à Paris entre juifs, musulmans et chrétiens.De là est né un début de structure, à l\u2019initiative de membres de l\u2019Union des étudiants juifs de France et de groupes d\u2019origine maghrébine.Ils s\u2019étaient rencontrés au cours du voyage et ils ont établi ensemble un regroupement qui s\u2019appelle COEXIST et qui a essentiellement pour fonction d\u2019aller, par binôme - un intervenant juif au côté d\u2019un intervenant musulman -, dans les collèges pour parler du racisme ou du respect des droits.Il y a, certes, des rencontres officielles entre imams, rabbins et évêques, dans le cadre desquelles est réaffirmée leur volonté de paix.Mais le dialogue des religions est une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls religieux! Il faut que les laïcs des trois religions s\u2019investissent d\u2019une autre manière.Il y a cinquante ans, l\u2019Amitié judéo-chrétienne de France ne s\u2019est pas constituée entre les évêques et les rabbins, mais grâce au concours de laïcs et d\u2019intellectuels qui, après le désastre de la Shoah, ont voulu réfléchir ensemble.L\u2019Amitié judéo-chrétienne de France a fait depuis lors un travail extraordinaire, précisément parce qu\u2019il s\u2019agissait de laïcs et non pas de gens de l\u2019institution.Par ailleurs, depuis un certain nombre d\u2019années, nous assistons, en France, à un phénomène problématique qui fonctionne selon ce que j\u2019appelle la logique du tiers exclu.Le rapprochement de chrétiens, catholiques et protestants, avec le monde musulman s\u2019accompagne parallèlement d\u2019un éloignement vis-à-vis du monde juif.Ce phénomène s\u2019explique par notre incapacité à penser une fraternité qui soit vraiment universelle et qui ne se fasse pas aux dépens d\u2019un tiers.Le rapport avec le monde musulman est si difficile à établir qu\u2019il demande un investissement énorme.Alors, on se focalise sur cette relation bilatérale jusqu\u2019à en oublier le tiers, en l\u2019occurrence, le monde juif.Il y a 30 ans, c\u2019était le contraire : les chrétiens engagés dans le dialogue avec le monde juif passaient assez volontiers sous silence la question palestinienne.Rel.: Vous insistez beaucoup sur un travail de mémoire, comme condition essentielle à un authentique dialogue interreligieux.J.M.: Il faut absolument explorer sans complaisance notre propre histoire.Les chrétiens y ont été presque obligés moralement par la Shoah.Le lien était trop évident entre l\u2019anti-judaïsme traditionnel chrétien et l\u2019antisémitisme païen et pseudo-scientifique de la fin du XIXe siècle, qui est lui-même à l\u2019origine de l\u2019antisémitisme exterminateur nazi.En étudiant l\u2019histoire, on ne peut que constater une certaine continuité dans ces dérives successives.Par exemple, l\u2019Inquisition espagnole a été le point de départ d\u2019une ethnicisation de l\u2019anti-judaïsme chrétien.Jusqu\u2019au XVe siècle, le juif converti était un chrétien comme les autres.À partir de la persécution des « nouveaux chrétiens » sous l\u2019Inquisition, le christianisme a perdu son universalisme religieux.Ce retour aux sources est loin d\u2019avoir été mené à terme.Je rappelle souvent la phrase du psychanalyste français Daniel Sibony : « L\u2019origine de la haine, c\u2019est la haine de l\u2019origine.» Je crois que telle sera la grande affaire du christianisme du XXIe siècle.S\u2019attaquer au malaise qui naît de cette origine trouble: une religion qui se réfère à Jésus qui n\u2019est pas fondateur de religion! Jésus est un dissident, comme beaucoup d\u2019autres dans le monde juif du premier siècle, mais sa dissidence n\u2019est pas schismatique, c\u2019est clair dans les évangiles.Ceux-ci sont juifs, de part en part.Jésus est un juif pratiquant qui vit et qui meurt en juif.Ce que Jésus apporte de neuf, à mes yeux, c\u2019est la nécessaire distance du vrai croyant «qui n\u2019a qu'un Père», vis-à-vis de tout ordre social, familial, politique.et même religieux, puisque le religieux fait partie de « ce monde », Sarah Arnal, La part de soi, 2006, encre de chine, crayon, aquarelle RELATIONS décembre 2006 m RegaRD Sarah Arnal, Le rôdeur, 2006, encre de chine, crayon, aquarelle.m décembre 2006 c\u2019est-à-dire de l\u2019univers socio-culturel.La mise en valeur de la liberté intérieure, qui rend tout possible et qui dissout toute peur, voilà la bonne nouvelle! Elle est d\u2019ordre universel, elle doit se vivre ou se revivre dans d\u2019autres cultures et dans le respect de ces cultures.Pour les chrétiens, le judaïsme est donc cet « autre » qui, au départ, fut « même ».L\u2019enracinement du christianisme, à l\u2019origine, dans le judaïsme, ainsi que sa différenciation radicale par la suite sont deux éléments qui sont essentiels pour saisir les défis contemporains du pluralisme et penser tout rapport à l\u2019altérité, que ce soit à l\u2019islam, à l\u2019Orient ou à l\u2019Afrique.Rel.: Le pluralisme à l\u2019intérieur duquel nous vivons nous met en contact avec l\u2019altérité présente dans les diverses cultures qui se côtoient.Or, cette diversité était autrefois organisée de façon séparée, ce qui pouvait permettre aux cultures de se reproduire, chacune dans son propre espace.Le défi actuel n\u2019est-il pas d\u2019apprendre à vivre ensemble sans nécessairement faire un amalgame de toute cette richesse qu\u2019apporte la diversité?J.M.: La question primordiale de notre temps à laquelle nous confronte la mondialisation, c\u2019est comment vivre le pluralisme dont nous ne pouvons plus faire abstraction?Comment faire pour que cette mondialisation ne provoque pas ce que certains appellent le choc des civilisations?Comment vivre, dans chacune de nos sociétés, le rapport entre l\u2019unité et la diversité dans le respect des singularités culturelles inscrites dans une vision de l\u2019universel?C\u2019est toute la difficulté de ne plus seulement tolérer l\u2019autre à condition qu\u2019il reste à sa place, mais de faire de l\u2019autre une partie de soi-même, de le reconnaître comme partie prenante de notre propre identité.Ce travail possède ses dangers, notamment le syncrétisme, mais malgré tout cela, il est nécessaire.Cela exige l\u2019analyse de ce qui, au cœur même de mon identité, relève de la relation à l\u2019autre.Je donnerai un exemple de la dimension « politique » de ce type de démarche.Avec soixante historiens français, je travaille sur un ouvrage consacré à F histoire de l\u2019islam en France.Ce volume de 1200 pages rendra compte de la rencontre entre l\u2019Autre musulman et la France, qui commence avant même que la France soit France! En 732, Charles Martel arrête les arabes à Poitiers, mais ceux-ci restent présents plusieurs décennies dans le sud de la France.Puis, tout au long de l\u2019histoire, avant même les vagues d\u2019immigration du XXe siècle, les relations - conflictuelles le plus souvent, mais relations tout de même, ne cessent pas.Elles imprègnent, qu\u2019on le veuille ou non, toute la pensée française, sa littérature, sa peinture, etc.En réalité, on s\u2019aperçoit que l\u2019identité française, dans l\u2019histoire même de sa formation au long cours, ne peut faire l\u2019impasse sur son rapport à l\u2019autre, à cet autre que sont les musulmans, et qui n\u2019a jamais été pensé sérieusement.Il en est de même sur le plan religieux.Il y aurait tout un travail à faire pour comprendre comment le christianisme lui-même, tel qu\u2019il est constitué aujourd\u2019hui, est le fruit de polémiques diverses et le fruit de visions différentes à l\u2019intérieur même de l\u2019Église primitive.Nos textes fondateurs sont eux-mêmes pluriels.Nous avons quatre évangiles qui parfois se contredisent.Mais c\u2019est une chance pour le christianisme.Nous avons parfois la vision d\u2019un christianisme monolithique sur lequel auraient poussé des branches hérétiques ou schismatiques qu\u2019il aurait fallu couper les unes après les autres.La réalité est contraire.L\u2019hérésie, elle, est première car le mot hérésie signifie choix.Les différents choix possibles, les différentes branches sont déjà dans les racines et ce n\u2019est que petit à petit qu\u2019un christianisme plus ou moins unifié (ou uniformisé) émerge de ces polémiques avec les gnostiques ou avec les Cathares.La diversité est constitutive.Il faut creuser l\u2019histoire et la géographie pour comprendre que l\u2019identité chrétienne n\u2019est pas monolithique; c\u2019est un produit historique.À partir de là, on peut comprendre que le sens de la foi peut se déplacer.Et ne plus s\u2019accrocher à des formulations géographiquement situées et historiquement datées peut nous permettre de nous approcher d\u2019une foi non idolâtre.Parce que l\u2019idolâtrie consiste à porter sa foi sur ce qui n\u2019est pas Dieu, sur ce qui n\u2019en est qu\u2019une image.ENTREVUE RÉALISÉE PAR JEAN-MARC BIRON Comment faire pour que cette mondialisation ne provoque pas ce que certains appellent le choc des civilisations?Comment vivre, dans chacune de nos sociétés, le rapport entre l\u2019unité et la diversité dans le respect des singularités culturelles inscrites dans une vision de l\u2019universel?RELATIONS eN BRef NOMINATION AU CCO Karl Anthony Mansour a été nommé au poste de directeur exécutif du Centre canadien d\u2019œcuménisme.Il succède à Stuart Brown, parti enseigner au Nigeria.Il exerce aussi la fonction de sous-diacre à l\u2019église orthodoxe du Signe de la Théotokos, qui fait partie de l\u2019Église orthodoxe en Amérique.UNE CHEF ATTIKAMEK Eva Ottawa, originaire de Manoua-ne, dans la région de Lanaudière, est devenue la première femme à occuper le poste de grand chef et présidente du Conseil de la nation at-tikamek.Elle a obtenu 75 % des votes au deuxième tour de scrutin.Le taux de participation des membres de la communauté à cette élection a été de 50,9 %.Bachelière en sociologie et en droit, elle veut s\u2019attarder notamment aux problèmes qui touchent les jeunes.Environ 60 % de la population at-tikamek est âgée de moins de 25 ans.La nation attikamek regroupe plus de 4500 membres appartenant à trois communautés: manouane, obedji-wan et weymontachie.Les Attikameks peuplent la partie supérieure de la vallée de la rivière Saint-Maurice, dans les régions de Lanaudière, de la Mauricie et du Centre-du-Québec, entre les territoires innu, algonquin et cri.ÉCOLOGIE JÉSUITE Trois centres sociaux jésuites ont mis de l\u2019avant des initiatives liées à l'écologie.En Zambie, un centre de formation agricole, Kasisi Agricultural Training Centre (KATC), soutient depuis trois ans la culture du coton biologique, aidant les petits fermiers à le cultiver et à chercher des marchés.Au Canada, Ecology Project, du Centre social jésuite pour la foi et la justice, est situé sur une ferme biologique de 600 acres dans le sud de l\u2019Ontario.Lieu de retraites, de réflexions et de prises de parole publiques, il s\u2019inscrit dans une démarche reliant les exercices spirituels ignatiens à l\u2019écologie et à l\u2019environnement.Enfin, en Australie, le travail de Uniya vise à étudier les impacts sociaux des changements climatiques sur les populations les plus pauvres d\u2019Australie, d\u2019Asie du Sud-Est et du Pacifique.MÉDICAMENT OGM En août dernier, l\u2019Agence européenne pour l\u2019évaluation des médicaments (EMEA) s\u2019est déclarée favorable à la commercialisation du premier médicament transgénique: Atryn, produit par la société américaine GTC Biotherapeutics.En février 2006, l\u2019agence avait une première fois refusé l\u2019autorisation de mise en marché estimant qu\u2019il n\u2019avait pas été testé auprès d\u2019un assez grand nombre de patients.L\u2019acceptation s\u2019accompagne d\u2019ailleurs d\u2019une recommandation de surveillance des patients qui suivront le traitement.La décision de la Commission européenne d\u2019autoriser Atryn apparaît comme une forme de soutien à ce type de recherche.Depuis le mois d\u2019août, la cote de GTC Biotherapeutics a fait un bond à la Bourse de New York.LIBERTÉ BIRMANE Su Su Nway de la Birmanie est la lauréate du prix John-Humphrey pour la liberté de 2006.Elle avait suscité l\u2019admiration par ses efforts pour faire traduire en justice les représentants de la junte qui l\u2019avaient forcée, elle et d\u2019autres villageois, à réparer une route sans être rémunérés.En 2005, un juge avait condamné le président et un représentant du village à huit mois de prison.Il s\u2019agissait du tout premier verdict prononcé contre le travail forcé imposé depuis longtemps par le régime militaire.Peu après cette victoire, Su Su Nway était accusée de diffamation puis condamnée à 18 mois d\u2019emprisonnement.Elle a été libérée, le 6 juin dernier sous l\u2019effet de la pression internationale, après neuf mois d\u2019incarcération.Ce prix vise à souligner la contribution de Su Su Nway à la promotion des droits de la personne et du développement démocratique.FEMME ET ISLAM La Canadienne Ingrid Mattson a été élue présidente de Islamic Society of North America (ISNA), la plus importante association musulmane d\u2019Amérique du Nord.De famille catholique, elle s\u2019est convertie à l\u2019islam en 1987.Après des études en philosophie, elle complète un doctorat en études islamiques.En tant que femme et convertie à l\u2019islam, elle croit que sa perspective unique et son élection envoient un message clair.Celui qui stipule qu\u2019une union et une coexistence sont possibles et sont prioritaires avec cette religion sur laquelle on tire à boulets rouges depuis plusieurs années.RELATIONS décembre 2006\t^3 motifs Le cœur double de Lord Durham JEAN-MARC DESCENT Ici, ça ne peut être que mourir.Déjà, les lits sont creusés, les oreillers de fortune sont énergumènes, mais confortables; soyons sans crainte, il n\u2019y aura pas de soulèvement.Ici, pas de massacre ou d\u2019Histoire, mais des dortoirs, le grand sommeil.On commence par s\u2019endormir la langue de soi ou par se pencher au-dessus de son continent perdu, la grande faille, la belle survivance, la grande schize (c\u2019est le mieux qu\u2019on a pu s\u2019inventer).Les corps affaiblis, ceux que je traverse ou ceux qui me croisent, les obscurcis dans les mots, dans la cage avec sourires d\u2019objets fêlés, avec maladies répandues dans ma chair à balles perdues, s\u2019écroulent sur moi, réceptacle obligé des ouvrières, des travailleurs de rue.Partout, les tordus du silence, les lits à barreaux pour enfants agités, partout, les aphasiques dans ma poitrine d\u2019homme du mal, partout, les dyslexiques, les pleines coupures du sens ou du souffle.Mon bout d\u2019âme suffit à envelopper nos restes d\u2019existence : friandises, si l\u2019on veut, offertes à notre disparition très personnelle.On pense dans la peur ou sans l\u2019être.C\u2019est plus simple! E3 décembre 2006 RELATIONS motifs L\u2019ennui, moi, pas l\u2019autre, le pseudonyme, ce sont nos visages frappés à coups de ball and chain en plein désœuvrement de la pensée : je suis dans ce deuil même si je ne suis pas encore vécu.W Ta chair, ma chair, sont des amateurs de destruction : les violences répétées, c\u2019est ça aussi l\u2019éternité! Les langues de nous en chacun ressemblent à un barillet à vider dans la tête dure de quelqu\u2019un qui n\u2019a pas eu le temps de se réfugier dans l\u2019image des choses : les maxillaires sont brisés, plus une seule parole, la tempe gauche est défoncée, vraiment, plus une seule idée, on traîne son sang sur le corps du monde (il faudra tout nettoyer à l\u2019eau savonneuse avant le retour du réel ou du ciel qui nous a sauvés si souvent), il y a moins d\u2019innocence qui dure une minute, il fait vingt sous zéro pour figer la mémoire nationale.Faire sa simple vie, c\u2019est démesuré! À genoux (c\u2019est une habitude vite qu\u2019on prend), J\u2019imagine d\u2019infinies glissades sur la neige, des patinoires dans l\u2019enfance plus longues que mes yeux, des beautés de soleil hivernal dans mes effondrements de chants.Ça surgit des jours du souvenir pour me faire le petit mort.Wbë2&.ï René Lavoie, Mon cœur bascule.Photographies n/b, 2006 RELATIONS décembre 2006 muLtimeDias SITES INTERNET COMMUNAUTÉ DES MUSULMANS Le site oumma.com a été créé en septembre 1999 par un collectif indépendant de musulmans d\u2019isla-mités et d\u2019appartenances nationales diverses, avec une mission tripartite, à savoir culturelle, civique et informative.Ce faisant, en plus des livres cités dans les archives, le site propose - sous forme de résumés critiques - les derniers livres publiés à propos de l\u2019islam ou de sujets d\u2019intérêt pour la communauté musulmane en général -celle vivant en France en particulier.Ainsi, par exemple, on suggère indifféremment, l\u2019un à la suite de l\u2019autre, des livres aussi variés que l\u2019ouvrage collectif Culture post-coloniale, qui examine la problématique du racisme post-colonial en France, et La vie du Prophète de Tariq Ramadan, qui relate la vie de Muhammad (Mahomet) dans le but de réfuter les préjugés réducteurs qui pèsent sur ce messager et sur l\u2019islam.De surcroît, un forum de discussion accompagne chacun de ces résumés critiques, permettant aux navigateurs du site d\u2019apporter leur appréciation des livres et d\u2019engager un échange sur leurs thématiques.K3 décembre 2006 RELATIONS I De façon similaire, le site propose aussi des films et documentaires qui abordent une des facettes de l\u2019islam ou un sujet jugé pertinent pour la communauté musulmane, accompagné de renseignements sur le film.Par exemple, l\u2019ouverture des archives publiques militaires couvrant la guerre d\u2019Algérie, en 1992, a permis, entre autres, la réalisation des Indigènes de Rachid Bouchareb, film historique sur le colonialisme.Aussi apprend-t-on que Al-Ghazâlî, l\u2019alchimiste du bonheur, documentaire du réalisateur Ovidio Salazar, retrace la trajectoire mystique d\u2019Al-Ghazâlî, grande figure spirituelle de l\u2019islam.Enfin, la mission culturelle du site s\u2019étend aux expositions portant sur l\u2019art des «terres» de l\u2019islam.On y apprend que le Qatar, par exemple, a prêté au Louvre quarante-deux chefs-d\u2019œuvre de l\u2019art islamique, couvrant trois continents et treize siècles, du VIIe au XIXe.En plus des informations culturelles, le site couvre les sujets d\u2019actualité de la sphère politique française, mais aussi de la scène internationale, qui touchent les musulmans.Ce iction gjoumma.com faisant, sur le plan national français, sont examinés, entre autres, l\u2019instrumentalisation de l\u2019immigration par Jean-Marie Le Pen, leader de la mouvance d\u2019extrême droite, le projet de loi CESEDA relatif à l\u2019immigration et le harcèlement que subissent certains employés musulmans de l\u2019aéroport Charles-de-Gaulle.Tandis que sur le plan international, sont examinés, parmi d\u2019autres, la guerre contre le terrorisme qui cible presque exclusivement des arabes et des musulmans et les paroles controversées du Pape qui rappellent la nécessité d\u2019un dialogue entre cultures et religions.Avec toutes ces informations, on croirait que le site vient à bout de sa mission informative; mais il n\u2019en est rien.Une rubrique supplémentaire, et non la moindre, est dédiée exclusivement aux débats portant sur l\u2019islam face à la modernité.On y examine des sujets contemporains fort pertinents.Ainsi, par exemple, le débat sur l\u2019interprétation des textes sacrés concernant l\u2019habilité des femmes à diriger la prière.De façon similaire, une rubrique vise spécialement à renseigner les croyants sur divers aspects du culte, tout comme une autre leur propose des hyperliens les guidant vers des lieux d\u2019intérêt tels que les pâtisseries orientales, les fournisseurs de viande samedi 17 »®r^'£re,8te) .IT!., la reprogrammation immédiate < APPe> PO^«mmati°n\t116 \u2018 ^ Je- -u-oumma-çorn perde.\u2014\u2014« AttapUed^eOr>ma.compardeSp,tateSm,or .^ s contre une sai.e de prière musulmane en < reaction u*tsft-sar» Attentat contreun=«Uen< jeudi 25 novembre ilv* .corn Charte duforumOumma b du Secrétariat d'état à l ° \"weenon ^^^-médies teSd'9ra\u2014 Communlfluédepm»^' .Décès du\t^t*Wal*d jeudi 25 4«xembre 200J 1» n^inteliectueis Piégés par une propa».n dredl 19 mbn ^ iw Macé î « Le féminisme avec Enc waee .Des int- -\tl# vendredi 19 \u2022\"«« 2W* P° ntretien avecEric Ma^ Le mercredi 8 décembre 200* c» Entretien avec O If a La\" OWalamloum-.-A.-J.xli™ régimes arabes en place oar la rédaction Gare aux man vendredi 13 octobre Halte \u2018 w *a*tion\t\"'*«*«* par (es m4d|M Les Nouveaux pe_\t\u201cx et 'nternationaux d* l'Islam « économe-intérieur p\tde la guerre en Irak Manif j\u201d^^\u201ca^'tdéS*ncha\"*ement à la Palestine à paris Manifestons nr>f Jacques Peyrat riSOl!darité avec les m \"wo*\u201d u*^^™\u2018er-maire de\u201d ~UIU,n,»n» de Nice H Mosquée ,\t^\tV'He nice devant les pr -\"^Annecy M-lri'U\u201ctéPU'Pée contre t , trois moquée.-\u2022tU^m-tism, nov*m 5re 2003 Mr 8UXSlK^_ uurr>rna.com À m.vm8\"mi 22\t® Lv°nneur dan» ¦ 'MâiUÈ ad ?i3r i MAjoj GLO-I I RDM RI AM \u2014 ^.î % muLtiméDias Halal et, bien entendu, les librairies musulmanes.Le site oumma.com réussit sa mission qui consiste à faire circuler l\u2019information sur la vie culturelle des musulmans dans le monde francophone, à organiser des débats sur la représentation de l\u2019islam dans cet espace géopolitique et à mener le dialogue avec les autres cultures et religions.Toutefois, pour le navigateur qui voudrait savoir s\u2019il est possible de réduire les représentations négatives qui pèsent sur les arabes et les musulmans de France et d\u2019ailleurs sans recourir à la valorisation de la religion, le site de l\u2019Institut du monde arabe offre cette ressource: .En effet, en retraçant l\u2019apport de la civilisation arabo-musul-mane aux connaissances humaines, aussi bien dans le passé que de nos jours, ce site brise les préjugés réducteurs qui pèsent sur l\u2019islam et la civilisation arabe.OSIRE CLACIER BERNARD HUDON UN MONDE NE SUFFIT PAS RÉALISATION : EDWARD j.SIEBERT PRODUCTION : LOYOLA PRODUCTIONS DISTRIBUTION : JESCOM ÉTATS-UNIS, 2005, 24 MIN.L7 année 2006 revêt un , caractère spécial pour la famille ignatienne.Elle marque en effet, le 450e anniversaire du décès d\u2019Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, ainsi que le 500e anniversaire de la naissance de deux membres du premier groupe de jésuites, soit François Xavier et Pierre Favre.Ces trois compagnons furent colocataires à Paris dans les années 1530 lors de leurs études universitaires.Les deux premiers furent canonisés et Favre fut béatifié.Le DVD Un monde ne suffit pas a été produit par la Compagnie de Jésus, dans le cadre de ces fêtes ignatiennes.S\u2019y développent en parallèle, des éléments de la vie parisienne des trois premiers compagnons et une évocation de la Compagnie de Jésus actuelle.Présenter les jésuites en 24 minutes représente tout un défi, d\u2019autant plus que le narrateur constate au tout début du DVD: «Ça n\u2019a jamais été facile pour les jésuites de se mettre d\u2019accord sur quoi que ce soit, même sur ce que nous sommes.» Quelqu\u2019un qui chercherait une analyse fine du travail des jésuites sera déçu.Le DVD est plutôt un panorama mondial de la Compagnie actuelle ainsi que l\u2019évocation des prémisses de cet ordre religieux.On y mentionne aussi certains éléments de la spiritualité ignatienne.Les grands thèmes de la Compagnie de Jésus sont évoqués: inculturation, option foi et justice et ses martyrs, accompagnement spirituel, éducation, science et foi.On y présente quelques paradoxes de la vie des jésuites: richesse contre pauvreté, humilité et recherche de l\u2019excellence, action et contemplation, enfin, confiance en Dieu et en l\u2019agir humain.On y voit quelques images fortes, dont les cadavres de jésuites assassinés pour leur engagement au nom de la justice.Notons la qualité des images et de la musique originale.Le montage est alerte.L\u2019intérêt de ce document réside dans le fait qu\u2019il représente un album de famille et qu\u2019il évoque quelques élé- ments de la spiritualité ignatienne et jésuite.Il peut agréablement servir d\u2019amorce pour une discussion sur la vocation jésuite.Le DVD est d\u2019ailleurs accompagné d\u2019un guide d\u2019animation.Il peut ainsi être utile aux nouveaux collaborateurs et nouvelles collaboratrices des œuvres jésuites, ainsi qu\u2019aux parents et amis.Le DVD est aussi accompagné d\u2019un disque audio contenant de la musique originale.On y retrouve, en versions anglaise et espagnole, une chanson pour chacun des trois premiers compagnons.Une des chansons est l\u2019œuvre d\u2019un musicien jésuite.Les chants sont beaux et invitent à la prière.DVD RELATIONS décembre 2006 LivRes UNE QUÉBÉCOISE EN IRAN Marie-Ève Martel PASSEPORT POUR L\u2019IRAN Montréal, Lanctôt, 2006, 280 p.A vec l\u2019Irak et la Corée du Nord, /il\u2019Iran figure sur la courte liste de «l\u2019axe du mal» selon l\u2019administration Bush.Il est vrai que l\u2019élection à la présidence de l\u2019ultraconservateur Ahmadi-nejad, en juin 2005, n\u2019a rien fait pour rassurer.L\u2019homme des mollahs, en effet, s\u2019amuse à jeter de l\u2019huile sur le feu en niant l\u2019holocauste et en jouant les boutefeux nucléaires.On peut se demander, toutefois, dans quelle me- Marie-Eve Martel Passeport pour l\u2019Iran I ANC TOT sure il incarne le vrai visage de ce pays à l\u2019histoire riche et complexe.Jeune journaliste québécoise animée par un puissant désir de dépaysement, Marie-Ève Martel a parcouru l\u2019Iran, seule, à l\u2019hiver 2003.Dans Passeport pour l\u2019Iran, qu\u2019elle présente comme un «récit d\u2019aventures», elle partage avec nous le fruit de son audacieuse expérience.L\u2019information, ici, ne manque pas, même si elle est trop souvent noyée dans de longues et redondantes descriptions de lieux et anecdotes plutôt accessoires.On veut bien qu\u2019un récit d\u2019aventures ne soit pas un reportage, mais l\u2019insistance sur les pépins et les états d\u2019âme du «je-me-moi» allonge inutilement le propos et finit par détourner de l\u2019essentiel.Plus ramassé, donc, cet ouvrage aurait gagné en force d\u2019évocation.Il demeure, cela dit, instructif et intéressant.L\u2019Iran qu\u2019il nous offre est surtout celui des jeunes de la société civile - «plus des deux tiers des Iraniens ont moins de trente ans», fait remarquer l\u2019auteure au passage.Accueillants, enthousiastes et animés par un fort désir de changement, les interlocuteurs de la journaliste, qui se présente en simple voyageuse, professent sans cesse leur attachement à la culture iranienne, mais ils expriment surtout leur espoir d\u2019aller à l\u2019étranger, « de préférence au Canada, en Angleterre ou aux États-Unis».Bons musulmans dociles en public - la surveillance permanente assurée par les bassidji, ces miliciens révolutionnaires, l\u2019impose -, ils s\u2019éclatent à l\u2019occidentale en privé.Les jeunes Iraniennes, d\u2019ailleurs, seraient friandes de chirurgie plastique pour le nez, et la lingerie fine est facilement accessible dans certains bazars.Si elle ne manque pas de noter que l\u2019Iran fait la vie dure aux dissidents qui osent militer en faveur d\u2019une démocratisation, Marie-Ève Martel insiste surtout sur le «climat de détente qui s\u2019est installé au cours des dernières années» (c\u2019était, rappelons-le, avant Ahmadinejad) et sur le sentiment de sécurité qu\u2019elle ressent en ce pays.Elle évoque, bien sûr, la ségrégation sexuelle qui règne partout en Iran, les inconvénients - mais aussi les avantages - du voile qu\u2019elle se fait un devoir de porter, la grandeur de la culture perse et l\u2019intensité de la foi chiite.Elle aime les Iraniens, leur culture et elle leur rend ici un bel hommage.À l\u2019heure, toutefois, d\u2019aborder la face la plus sombre de cet univers - la tentation islamiste, la dérive antisémite -, elle se fait trop discrète et superficielle, comme si la journaliste avait eu peur de gâcher le plaisir de la voyageuse.LOUIS CORNELLIER SURVOL PASSIONNANT Philippe Chalmin LE SIÈCLE DE TOUTES LES ESPÉRANCES?Paris, Éditions Belin, 2005, 125 p.Peu de mots suffiront pour suggérer fortement la lecture de ce tout petit livre! En 125 courtes pages, l\u2019auteur brosse un tableau saisissant des XXe et XXIe siècles, vus dans la perspective de «l\u2019histoire longue», celle qui s\u2019attache moins aux événements et aux personnes, souvent anecdotiques à l\u2019échelle de l\u2019histoire humaine et planétaire, qu\u2019aux courants de fond qui s\u2019y expriment.Difficile, pour la plupart d\u2019entre nous, de prendre le recul et d\u2019avoir l\u2019éventail de connaissances nécessaire pour ramener ainsi à l\u2019essentiel, de manière aussi succincte et vulgarisée, les enjeux majeurs qui ont marqué l\u2019histoire planétaire depuis la première révolution industrielle, avec un accent particulier sur les transformations en cours (les quinze dernières années, depuis l\u2019effondrement du Bloc de l\u2019Est) afin de tenter d\u2019esquisser les principaux défis du siècle qui commence.Pourtant, c\u2019est ce qu\u2019arrive à faire, avec brio, l\u2019historien et économiste Philippe Chalmin.S\u2019excusant à l\u2019avance, dans son post-scriptum, du résultat forcément partiel et limité d\u2019une telle entreprise, il présente son ouvrage comme une « réflexion à plume ouverte».Nous ne saurions lui être trop reconnaissant d\u2019avoir pris ce risque, comme tout effort de synthèse et encore plus, de prospective.Après avoir proposé des « lectures libres », autour de quatre axes principaux du siècle passé, il note les « accélérations » qui ont marqué l\u2019histoire récente avant de proposer trois « certitudes » quant au siècle qui commence : neuf milliards d\u2019hommes, fins et faims du monde, et «ménager» la planète.La seconde moitié du livre, consacrée au futur, s\u2019articule autour de ] décembre 2006 RELATIONS LivR.es quatre grandes interrogations : le «vieux monde» a-t-il un avenir?Le décollage des pays émergents (Chine, Inde, et plusieurs autres à une autre échelle) va-t-il se poursuivre?Quels espoirs pour les pays les plus pauvres?Et comment organiser la planète?Interrogations, certes, puisqu\u2019il s\u2019agit de prédire un avenir sujet à bien des aléas, mais interrogations qui n\u2019excluent aucunement les affirmations, les hypothèses et les directions souhaitables.L\u2019auteur ne cache pas son estime pour les mécanismes du marché et sa confiance dans les progrès de la connaissance et des technologies.On peut différer d\u2019opinion sur certains points, et l\u2019auteur ne se prive pas de nous y inviter.Pourtant, son fond optimiste ne minimise aucunement les défis nombreux et très considérables que les humains auront à relever au cours des prochaines décennies, sans garantie de succès.Et au-delà des défis économiques ou politiques qui nous attendent, l\u2019auteur imagine mal comment un «projet pour le XXIe siècle» pourra s\u2019élaborer en dehors d\u2019une dimension spirituelle (dégagée pour lui des carcans religieux qui l\u2019ont trop souvent emprisonnée ou confisquée), «cette petite flamme de l\u2019homme [.] qui est tout simplement l\u2019amour du prochain» (p.122).Ptîjjjc Clwikr»» Le siècle de toutes ?Jes -î espérances jj BEUN J\u2019ai rarement lu autant d\u2019idées larges et stimulantes, appuyées sur autant de données multiples, factuelles et planétaires, dans une lecture aussi facile et dans un texte aussi bref.Chapeau! DOMINIQUE BOISVERT À LA REDÉCOUVERTE DE WEBER Isabelle Kalinowski MAX WEBER: LA SCIENCE, PROFESSION ET VOCATION SUIVI DE LEÇONS WÉBÉRIENNES SUR LA SCIENCE ET LA PROPAGANDE Marseille, Agone, 2005, 300 p.A vec cet ouvrage, la philosophe /Alsabelle Kalinowski nous propose deux livres en un : d\u2019abord, une nouvelle traduction d\u2019une conférence prononcée en 1917 par Max Weber sur «le métier et la vocation de savant», puis un commentaire sous forme d\u2019essai.Celui-ci comporte à lui seul cinq chapitres, dont les thèmes vont de la sociologie de la « vocation » savante à la soumission de l\u2019université à l\u2019organisation capitaliste du travail.Le texte de Weber sur la science est, selon Isabelle Kalinowski, le testament d\u2019un homme qui fut tout à la fois un extrémiste de l\u2019exigence scientifique et un critique radical du savoir dans son usage le plus commun, celui du détournement de l\u2019autorité de la connaissance à des fins de justification de l\u2019ordre établi.Ce texte est habituellement réuni avec celui d\u2019une autre conférence que Weber a prononcée en 1919 sur «le métier et la vocation d\u2019homme politique ».Ils furent traduits pour la première fois en français en 1959 par Julien Freund et publiés ensemble sous le titre Le savant et le politique avec une introduction de Raymond Aron, marquant le début de la réception de Weber en France.De nouvelles traductions se justifient aujourd\u2019hui par une connaissance plus précise de l\u2019auteur de L'Éthique protestante et l\u2019esprit du capitalisme.Mais dans le cas présent, il y a plus : la thèse développée dans l\u2019essai a une visée polémique.En effet, il n\u2019est plus possible de réduire la conférence de Weber au plaidoyer d\u2019un mandarin choqué, vitupérant contre les excès de jeunes révolutionnaires au nom d\u2019une science «neutre», comme Aron a eu tendance à le faire, selon Isabelle Kalinowski, dans le but de s\u2019opposer aux intellectuels marxistes.La question posée par Weber serait plutôt la suivante: comment les intellectuels peuvent-ils tout simplement survivre La science, profession & vocation dans le système capitaliste?Le propos d\u2019Isabelle Kalinowski rejoint sur ce point le nouveau consensus qui prévaut maintenant dans la sociologie française, à savoir que parmi les obstacles qui ont conjugué leurs effets pour rendre longue et difficile la réception de Weber en France, il fallait rompre avec le clivage opposant la gauche et la droite en sociologie, et notamment renoncer à faire de Max Weber, un anti-Marx.La situation de transmission que Weber a en tête dans sa conférence est très concrète: c\u2019est la situation d'enseignement, classiquement décrite et soumise à l\u2019impératif de «neutralité axiologique» (qu\u2019Isabelle Kalinowski préfère traduire par «non-imposition des valeurs», et ce, pour des raisons qu\u2019elle explique dans son commentaire).La conférence sur la science est un appel adressé aux professeurs d\u2019université pour qu\u2019ils n\u2019abusent pas, dans l\u2019exercice de leur métier d\u2019enseignant, de l\u2019autorité que leur confère E3 RELATIONS décembre 2006 LiVR.es leur position.De ce point de vue, on trouvera dans l\u2019ouvrage d\u2019Isabelle Kalinowski une riche matière à réflexion.PIERRE CENDRON LES FEMMES ET LA GUERRE Jean-Sébastien Rioux et Julie Gagné (dirs) FEMMES ET CONFLITS ARMÉS -RÉALITÉS, LEÇONS ET AVANCEMENT DES POLITIQUES Sainte-Foy, Presses de l\u2019Université Laval, 2005, 257 p.Les hommes font la guerre.Les femmes en sont les victimes passives, les spectatrices impuissantes.Ces lieux communs représentent une part seulement de la réalité.Femmes et conflits armés permet de découvrir les multiples fonctions assumées par les femmes dans les sociétés ravagées par la guerre, au cours des dernières décennies.Les auteurs s\u2019intéressent particulièrement à l\u2019ex-Yougoslavie, au Nicaragua, à la Palestine, à l\u2019Afghanistan, à la Sierra Leone et au Rwanda.Selon la coutume machiste millénaire, les femmes sont enlevées, violées, mises enceintes et maltraitées au cours des hostilités.Elles symbolisent la richesse et l\u2019honneur; elles représentent la nation et l\u2019avenir du peuple ennemi.Plusieurs auteurs rapportent d\u2019effroyables exemples de sévices.Pourtant, le droit et les politiques internationales, notamment la résolution 1325 des Nations unies, imposent la protection des non-belligérants et interdisent la maltraitance.Ces normes sont bafouées, souvent en toute impunité.Toutefois, plusieurs auteurs font ressortir le rôle actif des femmes, notamment celui de combattante.Certaines s\u2019engagent volontairement dans l\u2019armée.D\u2019autres y sont incorporées de E3 décembre 2006 RELATIONS force et obligées d\u2019aller au feu.On rapporte le cas des milliers de jeunes femmes de Sierra Leone, enlevées par l\u2019armée, mariées de force aux soldats, et tenues de participer aux combats tout en s\u2019occupant de la maison, des enfants, du camp.Dans les guérillas, les femmes se voient confier certains attentats terroristes parce qu\u2019elles suscitent peu de méfiance.Elles ont participé en grand nombre aux guerres de libération, notamment celles des peuples afghan et palestinien.À l\u2019instar des hommes, elles commettent des actes de violence démente, comme au Rwanda.D\u2019autre part, les auteurs insistent aussi sur l\u2019importance du travail des non combattantes dont dépend la survie de la société.En tenant la place Femmes et conflits armés Réalités, leçons et avancement des politiques :\t' A JKAN-SÊBASTIKN RIOUX ET JULIE GAGNÉ LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL des hommes dans l\u2019économie, elles assurent la production agricole, le fonctionnement de l\u2019industrie et des services.Bien souvent, elles militent aussi pour la paix et dénoncent les exactions des belligérants.L\u2019après-guerre représente un moment crucial pour les femmes.Veuves, chargées de famille, spoliées de leurs biens, plusieurs sombrent dans la misère ou se retrouvent sous la tutelle paternelle.Victimes d\u2019enlèvement ou de viol, mères d\u2019enfants illégitimes, elles encourent l\u2019opprobre et l\u2019exclusion.Les emplois rétribués sont repris par les soldats démobilisés.Les anciennes combattantes souffrent de traumatismes physiques et psycho- logiques qui nécessitent des soins.Malheureusement, l\u2019aide gouvernementale et internationale est généralement absente ou insuffisante.À cause de leur faible statut social, les femmes se retrouvent exclues de la négociation des accords de paix.Leur participation à la reconstruction de la société civile et au maintien de la paix demeure négligeable.Toutefois, dans certains pays, à la faveur des changements qui marquent l\u2019après-guerre, elles revendiquent et obtiennent la reconnaissance de droits civiques et politiques.Elles accèdent à des fonctions professionnelles ou sociales, précédemment interdites.Leur voix peut enfin se faire entendre dans la sphère publique.Plusieurs auteurs soulignent l\u2019importance de l\u2019intervention des ONG canadiennes, à cette étape charnière.Certains programmes facilitent l\u2019indépendance et l\u2019autonomie des femmes de milieu modeste.Alphabétisation, apprentissage d\u2019un métier, travail rémunéré, propriété de la terre et des moyens de travail représentent les voies privilégiées.D\u2019autres programmes soutiennent les associations féminines, engagées dans des projets de réconciliation et de consolidation de la paix.Femmes et conflits armés est l\u2019œuvre de onze auteurs associés à des universités, des organisations internationales et des ONG.Ce livre est une mine de renseignements sur un sujet important, rarement exploré.Toutefois, les auteurs se bornent à décrire les faits, sans les resituer dans une problématique théorique ou comparatiste.L\u2019excellent article de Nadine Puech-guirbal fait exception.Les multiples redondances dans l\u2019ensemble des chapitres peuvent paraître inévitables.Par contre, les coquilles en grand nombre sont indignes d\u2019une maison d\u2019édition universitaire.NICOLE LAURIN Prochain numéro Le numéro de janvier de la revue Relations sera disponible en kiosques et en librairies dès le 10 janvier.Profitez-en pour le réserver.Il comprendra notamment : \u2022\tun dossier sur le vieillissement : d\u2019une part, les personnes âgées sont perçues comme une charge sociale, même si nombre d\u2019entre elles sont actives et autonomes et, d\u2019autre part, de grands moyens sont utilisés afin d\u2019allonger la vie - parfois sans se soucier du bien-être de ces personnes; \u2022\tune controverse sur la syndicalisation de l\u2019assistanat; \u2022\tune analyse de la situation au Niger; \u2022\tun regard sur la communauté sikhe du Québec; \u2022\tla suite de la chronique littéraire de Jean-Marc Desgent, illustrée par le photographe René Lavoie; \u2022\tles œuvres de notre artiste invitée, Claire Beaugrand-Champagne.Claire Beaugrand-Champagne, Mme Meunier Recevez par courriel, peu avant sa parution, le sommaire détaillé du numéro en vous inscrivant à la liste d\u2019envoi.Pour ce faire, écrivez votre adresse au lieu indiqué sur la page d\u2019accueil de notre site Internet : www.revuerelations.qc.ca.ReLatiONS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES Oui, je désire un abonnement de______an(s), au montant de__________$ NOM _______________________________________________________________ ADRESSE ___________________________________________________________ ABONNEZ-VOUS.Un an : 35 $ Deux ans : 65 $ À l\u2019étranger (un an) : 45 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ par téléphone : (514) 387-2541 par télécopieur : (514) 387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : Relations Ginette Thibault 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2PiS6 www.revuerelations.qc.ca VILLE __________________________________________________________________________________ CODE POSTAL____________________________ TÉLÉPHONE (_________)___________________________ Je désire également envoyer un abonnement de___________an (s), au montant de____________$ à la personne suivante : nom ____________________________________________________________________________________ ADRESSE ________________________________________________________________________________ VILLE __________________________________________________________________________________ CODE POSTAL____________________________ TÉLÉPHONE (_________)___________________________ Montant total :_____________$ Je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) O ou par Visa D NUMÉRO DE LA CARTE _____________________________________________________________________ EXPIRATION ______________________ SIGNATURE ____________________________________________ On n\u2019est jamais trop curieux.\u2014?\u2014 www.ledevoir.com "]
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