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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Janvier - Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2007-01, Collections de BAnQ.

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[" ReLatiONS NumeRO 714 tévRieR 2007 Retraite incertaine La beauté de vieillir - .r-.¦ '* La sécurité des aînés s\t\u2022.?s ;\t\u2022'\t:\t\u2022 Le soutien des familles Les coûts de la viëiHéss y' I- \u2019 -\u2022\u2022t \u2022 i /z\" Une génération: bouc émissaire \"- .'.\" « \u201e* \u2022 }- ' 14 _\t- ; V'fW'sî/* spv»\u2019*\u201d '.SfiV?'; ^ fi#S ypw.O - ««% *¦ \"V '.\u2022 ¦v V T/ ;*v '\u2022*>*- ri - i \u201c2 ARTISTE INVITÉE : CLAIRE BEAUCRAND-CHAMPACNE 06538527434702 ReLatiONS NuméRO 714, jaNvieR-févRieR 2007 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS La bataille contre le sida en\tAfrique\t9 Michael Czerny EN BREF\t27 AILLEURS La Turquie sur le seuil de l\u2019Europe\t28 Jean-François Thibault CONTROVERSE La syndicalisation de l\u2019assistanat Thomas Chiasson-LeBel\t30 Jean-François Filion\t31 REGARD Les sikhs du Québec\t32 Frédéric Castel MOTIFS Rien ne va plus sous la crinoline des soldats\t36 Jean-Marc Desgent MULTIMÉDIAS\t38 LIVRES\t40 Couverture : Claire Beaugrand-Champagne, Ti-Noir Lajeunesse, le violoneux aveugle (î), Disraëli, 1972 dOSSieR 10 LE VIEILLISSEMENT : UN SPECTRE?\t10 Au Canada, une personne sur sept a plus de 65 ans et on estime qu\u2019en 2050, les gens âgés de plus de 60 ans seront plus nombreux que les enfants de moins de 15 ans.Ces prévisions suscitent beaucoup de débats.S\u2019il faut prendre le vieillissement démographique au sérieux, rien ne justifie le sombre portrait qui en est généralement fait.Aborder le thème du vieillissement engage une réflexion sur les valeurs dominantes de notre société.C\u2019est à cette réflexion incontournable que ce dossier vous convie.Retraite incertaine Martine D\u2019Amours\t12 Une génération bouc émissaire Richard Lefrançois\tM Le vieillissement prématuré Gisèle Larochelle\tH Les coûts de la vieillesse François Béland\t16 La sécurité des aînés Louis Plamondon\t18 Le soutien des familles Jean-Pierre Lavoie\t20 Vieillir en croyant Gregory Baum\t22 La beauté de vieillir Marc Chabot\t23 Cette plénitude espérée Hélène Chénier\t24 ARTISTE INVITÉE Née au Québec en 1948, Claire Beaugrand-Champagne s\u2019intéresse à la photographie documentaire depuis près de trente ans.Artiste et photographe engagée socialement, ses reportages l\u2019ont conduite aux quatre coins du monde et font partie d\u2019importantes collections, notamment au Musée national des beaux-arts du Québec, à Bibliothèque et Archives Canada, au Musée d\u2019art contemporain de Montréal et au Musée McCord.Elle a également travaillé pour divers organismes, magazines et journaux et participé à de nombreux événements artistiques.Dans Des gens de mon quartier, paru en 2004 chez Libre Expression, elle raconte l\u2019histoire extraordinaire des gens ordinaires qu\u2019elle a photographiés.Son œuvre, comprenant des séries aussi variées que Disraeli, les personnes âgées, les recrues de l\u2019armée ou les camps de réfugiés, constitue un précieux héritage pour les générations à venir.Revue foNDée eN 1941 Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Marco Veilleux SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Louise Dionne DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Goldstyn, Lino, René Lavoie RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Élisabeth Garant, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Guy Paiement, Sylvie Paquerot, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Jean-Marc Desgent, Jean-Marc Éla, Osire Glacier, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau IMPRESSION Impart Litho, Victoriaville Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 45 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS : RI 19003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide Financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.Canada Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 | janvier-février 2007 RELATIONS éDitORiaL Le vent froid du pragmatisme En novembre dernier, la motion de Stephen Harper reconnaissant que les Québécois forment une nation en a surpris plus d\u2019un.Tout en clouant le bec au Bloc québécois, la plupart des conservateurs et des libéraux l\u2019ont appuyé en se mordant les lèvres.Le mot nation faisait mal.Il semblait relancer le débat constitutionnel qui répugne tant aux fédéralistes.Au contraire, Stephen Harper réussissait un tour de force en liant le destin de la nation québécoise à celui de l\u2019unité canadienne.Certains ont loué son pragmatisme.Il témoigne, cependant, on ne peut mieux d\u2019un courant antipolitique de fond qui ne cesse de miner l\u2019espace politique.Les paroles, les symboles, les idées en viennent à se vider de leur signification; ils deviennent de purs outils utilisables dans un sens ou son contraire; ce qui compte, c\u2019est l\u2019effet Claire Beaugrand-Champagne, Ti-Noir Lajeunesse, le violoneux aveugle.(2), Disraeli, 1972 produit.En cela réside leur vérité.Harper est passé maître dans cet art.Il a joué la reconnaissance de la nation québécoise - en misant sur la polysémie du mot nation - pour mieux renforcer le statu quo fédéraliste.Mais si ce n\u2019était qu\u2019Harper qui était en cause.Presque en chœur, détracteurs et sympathisants de la motion soulignaient - comme par dépit - son caractère purement «symbolique», insistant ainsi sur sa futilité.Étrange attitude qui en dit long sur l\u2019emprise de la logique instrumentale sur notre manière de vivre et de penser.Repliés sur le quotidien, braqués sur l\u2019urgence du temps présent, enjoints à juger tout à partir de catégories utilitaires et marchandes, nous désapprenons petit à petit la valeur et la puissance créatrice des représentations symboliques.L\u2019action étant la sœur du rêve, il n\u2019est pas étonnant que l\u2019impuissance nous gagne.N\u2019est-ce pas la profondeur d\u2019un monde que nous habitons autant qu\u2019il nous habite qui nous échappe ainsi?Comme s\u2019il n\u2019était pas tissé à même le long fil des actions collectives du passé, de la mémoire des luttes qui l\u2019ont forgé, avec ses voix, ses rêves et ses promesses, qui nous rappellent notre dette à son égard.Comme si notre existence, dépourvue d\u2019attaches et de respon-___ sabilités, n\u2019était pas imprégnée d\u2019une culture et n\u2019en était pas en quelque sorte redevable.De plus en plus, la politique gère l\u2019adaptation à un système qui se passe du détour soi-disant inutile de la parole et du sens, s\u2019éloignant, comme d\u2019une chose qui lui serait totalement étrangère, du souci du monde, du besoin de le comprendre et de l\u2019habiter humainement.Elle tend à bannir tant les citoyens que les débats de fonds de l\u2019espace politique, qui s\u2019érige en enceinte privée, réservée aux gestionnaires et aux experts, sous prétexte d\u2019administrer efficacement la société.N\u2019est-ce pas, pourtant, le partage pluriel des voix et des regards qui rend possible la représentation d\u2019un monde commun - fondement du politique?Le pragmatisme à la Harper est porté par cette déferlante antipolitique.D'aucuns y voient même un progrès.Trop souvent figurants bavards sur le devant de la scène, pendant que les acteurs principaux jouent en coulisses, les politiciens sont dorénavant sommés de cesser leur verbiage et la mascarade des débats, et de livrer la marchandise, comme on dit si bien, quitte à être les fossoyeurs de la parole publique - au lieu d\u2019animer, au contraire, la participation citoyenne et les débats démocratiques pour émerger de la vague.On sanctionne ainsi, au nom d\u2019une logique affairiste, la privatisation de l\u2019espace public.Ceux qui élèvent leur voix discordantes et en appellent à un espace ouvert où les hommes et les femmes discutent et débattent, convoquent l\u2019imagination pour comprendre le présent et orienter l\u2019avenir en faveur du bien commun, sont aussitôt taxés de «pelleteux de nuages» par les bien-pensants et scribouillards de l\u2019ordre des choses.Chacun de nous étant convié à applaudir - à voter -tel ou tel programme, de telle manière que rien ne change dans ce meilleur des mondes.S\u2019il est vrai que Québec solidaire semble n\u2019avoir pas tout à fait su éviter la liste d\u2019épicerie - croyant devoir satisfaire tous les partisans de la gauche-, il n\u2019en reste pas moins que son programme a le mérite de délier les langues, d\u2019élargir l\u2019horizon de notre monde aplati par la logique capitaliste et de mettre au cœur de ses préoccupations les enjeux de justice et de solidarité sociales.Ne serait-ce que pour cela, nous devons le saluer comme un souffle vivifiant.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS janvier-février 2007 Q actualités L\u2019auteur est ingénieur forestier L\u2019auteure a été rédactrice en chef de la revue Relations de 2002 à 2005 L\u2019industrie forestière dans la tourmente Le secteur forestier québécois traverse une des pires crises de son histoire, qui s\u2019explique par la convergence de plusieurs facteurs habituellement indépendants.PIERRE DUBOIS Les fermetures d\u2019usine sont nombreuses et les pertes d\u2019emplois sont estimées à quelque 10000 personnes.Plusieurs villes et villages du Québec, dont la seule industrie est la transformation de la forêt, en ressentent durement l\u2019impact.Qui plus est, ce sont souvent des travailleurs âgés qui se retrouvent au chômage forcé, avec une grande difficulté à trouver un autre travail dans la même communauté.Il faut éviter de chercher un bouc émissaire.En octobre dernier, un ministre fédéral conservateur du Saguenay accusait les environnementalistes d\u2019avoir provoqué cette crise en créant un contexte difficile et coûteux pour l\u2019exploitation de la forêt.C\u2019est une vision étroite qui ne résiste pas à l'analyse.Parmi les facteurs d\u2019explication, la relative force du dollar canadien, par rapport à la devise américaine, doit d\u2019abord être pointée du doigt.Le dollar canadien vaut actuellement 0,87 dollar américain.Les produits forestiers québécois étant en grande partie exportés, un dollar canadien fort les défavorise sur le marché américain.La crise s\u2019explique aussi par les difficultés du marché américain du papier et du bois d\u2019œuvre.Le tirage des journaux s\u2019essouffle et les constructions résidentielles stagnent.Mais il y a beaucoup plus.La véritable croissance de l\u2019économie mondiale se trouve en Asie, en Chine en particulier.Sur ce marché, les Russes et leurs immenses forêts sont bien placés pour en profiter.En fait, pour utiliser une analogie, les Russes sont dans une situation analogue à celle que le Québec occupait il y a 100 ans.Ils ont d\u2019immenses forêts plutôt vierges et sont situés à côté d\u2019un géant en pleine révolution industrielle.ANNE-MARIE AITKEN Cet institut, né dans la ville de Bordeaux, a pour vocation d\u2019accueillir dans l\u2019Église catholique des prêtres issus de la fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fondée par Mgr Lefebvre en 1970 et officiellement dissoute en 1975.Archevêque de Dakar et supérieur général des Spiritains, Mgr Lefebvre a participé au concile Vatican II, mais il condamna par la suite les réformes avec beaucoup de virulence, refusant notamment d\u2019adhé- De plus, nos coûts de production ont augmenté.L\u2019industrie forestière québécoise a pillé et dilapidé la forêt en poussant les coupes de bois de plus en plus au nord, de plus en plus loin des usines.En progressant vers le nord, le bois devient plus petit et les coûts de transport vers les usines plus grand.Le résultat est simple : le bois revient alors plus cher à exploiter.Et l\u2019industrie ne calcule même pas les coûts sociaux et environnementaux de ces pratiques.Selon l\u2019industrie forestière, le bois coûte trop cher.Son lobby veut profiter de la crise actuelle pour arracher de rer au nouveau rituel de la messe promu par le Concile.L\u2019ordination illicite de quatre évêques, sans l\u2019aval de Rome, entraîna son excommunication en 1988 - et ce, malgré de nombreux mais infructueux dialogues entre lui et le cardinal Ratzinger.Le pape Benoît XVI est très soucieux du retour à la pleine communion de ceux qui ont suivi Mgr Lefebvre et désire poser des gestes d\u2019accueil à leur égard.Il sait que « plus les années passent, plus les schismes se durcissent et moins les conditions d\u2019une réconcilia- \u2014 Le retour des traditionnalistes L\u2019érection de l\u2019Institut du Bon-Pasteur comme société de vie apostolique de droit pontifical a suscité des remous au sein de l\u2019Église de France.nvier-février 2007 RELATIONS actuaLités nouvelles concessions à la société québécoise.Mais, à juste titre, la société québécoise est devenue plus exigeante face au comportement de cette industrie en forêt.On lui demande maintenant de se mettre à l\u2019heure du développement durable et ce, surtout depuis le débat entourant la diffusion du documentaire L\u2019Erreur boréale.Il s\u2019en est suivi la commission Coulombe, qui a étudié la gestion forestière et en a resserré les règles.L\u2019industrie s\u2019est alors vue imposer une réduction de 20 % de ses approvisionnements en bois.Dans les usines de pâtes et papiers, ce qui accentue la crise et provoque les fermetures, c\u2019est certainement la tradition de sous-investissement qui y règne.Pendant des décennies durant Lino, Terre des hommes, 2006 tion se trouvent réunies, chacun poursuivant sa route sur le chemin qu\u2019il s\u2019est tracé», soulignait récemment Mgr Ricard, archevêque de Bordeaux et membre de la Commission pontificale Ecclesia Dei, qui gère les nombreuses structures traditionnalistes ralliées à Rome.C\u2019est cette commission qui a pris la décision, sous l\u2019autorité de son président, le cardinal Castrillôn Hoyos, de reconnaître l\u2019Institut du Bon-Pasteur comme société de vie apostolique de droit pontifical.Cette décision risque d\u2019apparaître comme une victoire des traditionnalistes et de discréditer les perspectives conciliaires.L\u2019avenir le dira.Pour comprendre l\u2019étendue du phénomène, il faut savoir que près de la moitié des 200000 intégristes et traditionnalistes du monde résident en France, les autres se retrouvant en Allemagne, aux États-Unis et au Brésil.En effet, selon une étude réalisée par le groupe Oremus et citée par le quotidien catholique français La Croix, 80000 fidèles en France fréquentent la messe qui a été en vigueur jusqu\u2019en 1962, messe dite de saint PieV.Tout cela soulève deux questions importantes.D\u2019abord, comment se prennent les décisions à Rome?Et puis, quelles sont les conditions d\u2019un authentique retour?Il semblerait que la création de l\u2019Institut du Bon-Pasteur ait relevé de la seule décision du pape, comme l\u2019a précisé Mgr Ricard.Le conseil presbytéral du diocèse de Bordeaux a dénoncé «l\u2019absence d\u2019information et de concertation avec l\u2019Église locale dans la création de cet institut et s\u2019est inquiété qu\u2019un diocèse ne soit pas partie prenante d\u2019une décision qui le concerne».Le vicaire général a parlé de « désinformation » à propos du décret de la commission Ecclesia Deü C\u2019est la consultation qu\u2019il aurait fallu davantage développer, surtout quand on sait que ce groupe occupe illégalement une église depuis 2001.Les langues se sont déliées.Phénomène nouveau en France, les évêques de deux provinces ecclésia-tiques et des prêtres ont publié des textes dans les journaux pour réaffirmer leur attachement au concile Vatican II et dire leur inquiétude face au risque de division des catholiques de France.Fait exceptionnel aussi, la Conférence des évêques de France, à la fin de son Assemblée plénière de novembre dernier, a adressé un message de confiance et de soutien à son président, Mgr Ricard, en vue de sa rencontre avec le pape pour l\u2019informer de ces réactions et de ces craintes.Quant aux conditions d\u2019un retour, le diocèse de Bordeaux souhaite qu\u2019elles soient clairement définies.La réconciliation demande de faire la vérité de part et d\u2019autre et non seulement d\u2019un seul côté.Le supérieur de l\u2019Institut, l\u2019abbé Laguérie, a eu des propos extrêmement cinglants envers l\u2019Église diocésaine durant les années antérieures et il continue à critiquer violemment le Concile.Or, cette violence n\u2019a jamais été dénoncée par Rome.Il ne peut y avoir deux poids, deux mesures.Les différends ne portent pas seulement sur la liturgie, mais aussi sur des questions de fond telles que la liberté de conscience, le rapport au monde et les relations avec les autres religions.Les enjeux sont donc autant politiques que théologiques.Le fait d\u2019obtenir une paroisse personnelle et non territoriale ne réglera pas tous les problèmes.Il s\u2019agit bien d\u2019une affaire à suivre.\u2022 RELATIONS janvier-février 2007 P| actuaLites Une révolution tranquille autochtone Les auteurs sont respectivement professeur de sociologie à l\u2019Université Laval et professeur adjoint de sociologie à l\u2019Université Concordia Le Forum socioéconomique des Premières Nations du Québec, tenu à Mashteuiatsh au Lac-Saint-Jean, du 25 au 27 octobre, fut l\u2019occasion de définir les principaux défis qui se posent à celles-ci.lesquelles nos produits papetiers s'écoulaient en abondance sur le marché américain, les compagnies se sont contentées d\u2019encaisser les profits, de les distribuer en dividendes aux actionnaires et, surtout, de se soucier très peu du long terme.Que faire maintenant?Le papier journal, la pâte de bois et le bois de sciage résineux ont toujours été nos principales productions.Ce sont des produits standards peu transformés, caractérisés par de gros volumes qui demandent énormément de matières premières et d\u2019énergie.Pour prospérer dans ce genre de production, il faut une matière première à bon marché, une main-d\u2019œuvre à bon marché, de l\u2019énergie à bon marché.Cela ne correspond plus à notre situation.La solution semble plutôt se trouver dans le passage à une plus grande transformation visant à donner plus de valeur ajoutée à la production forestière.Cela demande un changement de mentalité.Le passage est amorcé, mais il reste faible par rapport à l\u2019importance de la crise.Le Québec produira par exemple davantage de poutrelles de plancher, de murs préfabriqués, de fermes de toit.Robert Beauregard, professeur de Sciences du bois à l\u2019Université Laval, croit que le Québec doit viser la production et l\u2019exportation de maisons préfabriquées en kit.Pour équivaloir à nos exportations traditionnelles de «2 X 4», il faudrait produire et exporter 300 000 de ces maisons par année! En attendant des solutions durables, la crise provoque des drames à plusieurs endroits.L\u2019État doit soutenir les communautés et les personnes qui les vivent.\u2022 DENYS DELÂCE ET JEAN-PHILIPPE WARREN Le premier chirurgien amérindien au Canada, le docteur Stanley Voilant, le concède volontiers: «La réalité est parfois si difficile, si noire, qu\u2019elle tue les rêves.» Ce sont-là de dures paroles.Pourtant, parlant des réserves autochtones, comment nier les taux scandaleux de mortalité infantile, l\u2019analphabétisme endémique ou les statistiques effarantes des suicides?N\u2019ayant qu\u2019une chance sur deux de terminer ses études secondaires, le jeune autochtone qui grandit dans une réserve apprend vite à borner l\u2019horizon de ses aspirations.Or, cet « étouffoir à rêves » se consolide alors que la population autochtone québécoise connaît un important boom démographique.Selon Statistique Canada, en 2017, elle atteindra plus de 123 000 personnes (passant de 1,3% à 1,6% de la population québécoise).Il importe par conséquent de penser dès aujourd\u2019hui aux moyens d\u2019encourager le développement des groupes amérindiens.Ceux-ci l\u2019ont bien compris et ils aspirent désormais, à l\u2019instar des autres habitants du Québec, à consolider leurs acquis.Le Forum socioéconomique des Premières Nations du Québec, le plus grand forum du genre à se tenir depuis 1978, constitue en ce sens un jalon important dans cette prise de con- science.Il fut l\u2019occasion de définir les principaux défis qui se posent aux populations amérindiennes du Québec et du Labrador.On peut presque dire que ce Forum représente, du moins symboliquement, une sorte de Révolution tranquille version autochtone.Refusant de rompre avec les traditions anciennes, mais sachant qu\u2019il leur est désormais impossible de refuser la modernisation, les chefs autochtones y ont élaboré pendant trois jours un discours dont les accents rappellent ceux des années 1960 au Québec.Par exemple, mêlant les slogans électoraux de Jean Lesage («Maîtres chez nous») et de Robert Bourassa (« 100000 emplois»), Ghislain Picard a affirmé d\u2019entrée de jeu non seulement son ambition de créer 10000 emplois, de bâtir 10000 maisons et d\u2019éviter le décrochage scolaire de 10 000 jeunes, mais aussi de reprendre le contrôle des ressources locales.« Pour mettre fin à la dépendance, ajoutait-il, il n\u2019y a pas 36 solutions.Les Premières Nations doivent elles-mêmes contrôler les ressources pour être responsables de leur propre destin.Pour reprendre les paroles du regretté Dédé (André Fortin) des Colocs, je dirais: passez-nous la puck et on va en compter des buts.» Certes, il ne date pas d\u2019hier que l\u2019autonomie des communautés soit à l\u2019ordre du jour.Ce discours reprend la substance de la Commission royale janvier-février 2007 RELATIONS actuaLites d\u2019enquête sur les peuples autochtones de 1996, mais il a acquis depuis quelques années, à la faveur de la Paix des Braves notamment, une actualité nouvelle.D\u2019une part, l\u2019État providence, conquis par la logique néolibérale, exige que les programmes sociaux mis en place pour aider les communautés autochtones soient liés aux critères d\u2019efficacité et de rentabilité.D\u2019autre part, ces programmes, issus d\u2019intentions louables, ont provoqué toutes sortes d\u2019effets pervers que les leaders locaux sont les premiers à reconnaître.Si Jim Prentice, le ministre des Affaires indiennes, affirme vouloir aller au-delà de la Loi sur les Indiens de 1876, maints Autochtones avouent vouloir casser le cadre législatif actuel.Des mesures paternalistes, comme celle qui empêche les biens d'un Indien d\u2019être saisis sur la réserve, freinent le développement local et entretiennent une attitude générale de repli et de passivité.D\u2019un autre côté, les valeurs et les savoir-faire traditionnels n\u2019ont pas été sacrifiés pour autant pendant le Forum socioéconomique.Comme au Québec des années 1960, les leaders autochtones croient que la rationalité doit être au service de la culture.Autrement dit, l\u2019essor économique ne doit pas se faire au prix du caractère distinct des peuples autochtones.Pour l\u2019heure, il est intéressant de noter que les valeurs propres aux peu- Le gouvernement conservateur et les femmes La première année au pouvoir de Stephen Harper n\u2019aura laissé planer aucun doute sur les intentions du gouvernement à l'égard du respect des droits des femmes.ANDRÉE CÔTÉ Le gouvernement Harper a décider d\u2019abolir, au printemps 2006, le récent programme pancanadien de financement des services de garde, malgré le fait que 65% des femmes qui ont de jeunes enfants travaillent.Ce programme avait, pourtant, pris 30 ans de patient labeur avant d\u2019être adopté.Il a été remplacé par une allocation mensuelle imposable de 100$ par enfant de moins de 6 ans.Loin d\u2019élargir les choix en ma- L\u2019auteure est tière de services de garde, comme le directrice des prétend le gouvernement, ce montant Affaires juridiques mensuel ne couvre même pas les frais de l'Association de deux jours en garderie en Ontario.\tnationale Femmes À la même période, le gouverne-\tet Droit ment a annoncé qu\u2019il ne retenait pas les recommandations du Groupe de travail sur l\u2019équité salariale.Pourtant, RELATIONS janvier-février 2007 pour prendre en main leur destin.De manière avant-gardiste, on considère, par exemple, le parti d\u2019un développement durable situé en continuité avec la vision traditionnelle du rapport à la nature.Le sentier «authentiquement indigène» du Forum socioéconomique ressemblera-t-il au chemin le plus convenu de la rectitude politique, recyclant les expressions à la mode pour mieux masquer la nécessité de rompre avec les structures de la dépendance?Ou bien ouvrira-t-il la voie à une véritable «révolution tranquille» pour la pies autochtones se rapportent à une responsabilité citoyenne et écologique, volonté générale de sortir de l\u2019univers\tqui puisse redonner un avenir aux traditionnel du «tipi» et de celui,\tjeunes qui grandissent dans les ré- « concentrationnaire», de la réserve serves?\u2022 Claire Beaugrand-Champagne, Une femme du Centre d'amitié autochtone de Montréal, 1995 ¦ actuaLités celui-ci avait constaté que le régime prévu par la Loi canadienne sur les droits de la personne était un lamentable échec et qu\u2019une révision majeure s\u2019imposait afin de mieux protéger les travailleuses tombant sous la juridiction fédérale.Il recommandait ainsi l\u2019adoption d\u2019une loi fédérale proactive, en vertu de laquelle les employeurs seraient tenus de réviser leurs pratiques salariales et de mettre en œuvre un plan pour assurer l\u2019équité salariale.Cette dernière devait s\u2019appliquer non seulement aux femmes, mais aussi aux Autochtones, aux minorités culturelles dites «visibles» et aux personnes handicapées.Ces recommandations avaient été appuyées par plus de 250 groupes de femmes, syndicats et groupes communautaires en 2005 et endossées par le Comité permanent de la condition féminine.Le gouvernement Harper ne s\u2019est pas arrêté là.Il a également aboli, en septembre 2006, le financement du Programme de contestation judiciaire.Ce programme avait soutenu financièrement d\u2019importantes causes-types portant sur les droits à l\u2019égalité des femmes, les droits linguistiques des communautés francophones du Canada, ainsi que plusieurs groupes sociaux discriminés : les gais et lesbiennes, les personnes immigrantes, détenues et vivant avec un handicap.De plus, le gouvernement a coupé de 5 millions $ le budget de 13 millions $ de Condition féminine Canada, limitant ainsi gravement sa capacité de faire de la recherche sur la réforme des politiques et de s\u2019assurer qu\u2019une « analyse comparative selon les sexes » soit effectuée avant l\u2019adoption de nouvelles lois ou politiques qui pourraient avoir un impact discriminatoire sur les femmes.Dans la même foulée, le gouvernement a annoncé l\u2019adoption de nouveaux critères de financement pour les groupes de femmes.Dorénavant, le Programme de promotion de la femme (PPF) ne pourra plus financer la recherche, la défense des droits des femmes et le lobby des groupes de femmes.En d\u2019autres termes, le gouvernement tente de museler des groupes de femmes qui œuvrent pour une réforme égalitaire des lois et des politiques en retirant du mandat du PPF la promotion de l\u2019égalité.Le PPF ne financera plus que des projets axés sur la l\u2019élimination de la discrimination à l\u2019égard des femmes de l\u2019ONU, dans son rapport de janvier 2003, incitait le gouvernement fédéral à «redoubler d\u2019efforts » pour atténuer la pauvreté dont sont victimes les femmes et éliminer la discrimination de droit et de fait que subissent les femmes autochtones.Alors que le gouvernement conservateur ouvre grandes ses portes aux forces fondamentalistes de droite et VCOIBZ SÊJZV/I î>p GAPCE £t L'éaüiTë WOT PAPTiE Ÿficiziré^ et GPEblAV(t\\£ GAPD&Pte î>æ forcesAÏMÉ& Au P\u20acVoîr « participation » des femmes à la vie sociale, économique et culturelle dans leurs communautés.En vertu de ces nouveaux critères de financement, des subventions pourront être accordées non seulement à des organisations à but non lucratif, mais aussi à des entreprises privées et des organismes religieux.Ce gouvernement renie l\u2019approche adoptée depuis un quart de siècle, fondée sur la reconnaissance du fait que l\u2019inégalité des femmes constitue encore un facteur d\u2019injustice marquant de nos sociétés, particulièrement à l\u2019endroit des femmes de certains groupes désavantagés.Cette approche prône des mesures qui visent à y remédier, notamment la non-discrimination par les États.En ce sens, le Comité pour & o i_ p «r -r y aux groupes antiféministes, il est particulièrement important de maintenir le financement des groupes de femmes qui défendent les droits des femmes et interviennent en faveur de réformes législatives égalitaires.Tous les partis d\u2019opposition à Ottawa se sont engagés en ce sens.Et une mobilisation sociale d\u2019envergure s\u2019organise afin de faire reculer le gouvernement Harper.C\u2019est non seulement l\u2019égalité des femmes qui est en jeu, mais aussi le fonctionnement démocratique et les acquis en matière de protection des droits de la personne.\u2022 JU janvier-février 2007 RELATIONS HoRiZoNs La bataille contre le sida en Afrique MICHAEL CZERNY, S.J.Je voudrais partager ce que quatre ans de travail avec le Réseau jésuite africain contre le sida m\u2019ont appris.Certains des meilleurs programmes d\u2019antirétroviraux en Afrique sont des programmes d\u2019Église.C\u2019est un fait à célébrer.Par exemple, 8000 personnes ont accès à des traitements en Afrique du Sud grâce à des programmes qui relèvent de la Conférence des évêques catholiques d\u2019Afrique australe, qui en soutient d\u2019autres au Botswana et au Swaziland.Un programme de santé de l\u2019archidiocèse de Nairobi, au Kenya, permet d\u2019offrir des soins médicaux à 3100 personnes.D\u2019autres excellents programmes d\u2019antirétroviraux se réalisent par l\u2019intermédiaire d\u2019hôpitaux, de cliniques et de dispensaires catholiques et jouissent d\u2019un grand appui de l\u2019Église.Le traitement antirétroviral est la seule solution qui, pour le moment, réduit le nombre de décès et, là où nous le pouvons, nous devons faire ce choix.Il peut être utile de rappeler que, selon les critères de l\u2019Organisation mondiale de la santé, de 12,5% à 15% des personnes séropositives répondent aux conditions d\u2019un traitement par antirétroviraux, une proportion probablement plus élevée en Afrique.Ces traitements médicaux sont complexes.Ils doivent être pris pour la vie et exigent une surveillance constante.Dans beaucoup d\u2019endroits, l\u2019infrastructure médicale est très faible ou inexistante, le personnel peu préparé et la capacité pour conseiller et tester insuffisante.Le coût des médicaments eux-mêmes est souvent prohibitif.De plus, de l\u2019argent est souvent absolument nécessaire pour de nombreux autres besoins connexes : tests en laboratoire, traitement des maladies liées au sida, transport à la clinique, nourriture, etc.Les antirétroviraux, comme n\u2019importe quel antibiotique, sont toxiques et peuvent avoir des effets secondaires désagréables, parfois sérieux.S\u2019ils sont pris irrégulièrement ou de façon incorrecte, une résistance au traitement peut se développer.Il est urgent de rendre partout disponibles les antirétroviraux, c\u2019est une question de justice sur le plan international.Une certaine sécurité financière est, certes, décisive pour assurer aux personnes séropositives la réussite du traitement, mais elle n\u2019est qu\u2019une partie d\u2019un continuum de soins.Dans le contexte africain, le traitement du sida est indissociable d\u2019une problématique complexe de défaillances et de souffrances, et ne peut être isolé des nombreux besoins criants, comme l\u2019eau potable, l\u2019alimentation, les soins médicaux de base, l\u2019éducation primaire, la sécurité et le travail.Regarder le sida dans le vaste horizon de l\u2019Afrique soulève des préoccupations à l\u2019égard de l\u2019injustice internationale.Quand le président sud-africain Thabo Mbeki a déclaré, en 2000, que la pauvreté plus que le VIH est la vraie cause du sida, les médias occidentaux se sont, immédiatement et impitoyablement, raillés de lui.Former et guider des communautés est une tâche prioritaire et plus exigeante en comparaison de la distribution de médicaments.Cela exige un engagement dans la prévention, l\u2019éducation, le dépistage, les soins, les visites à domicile, le soutien aux malades, aux responsables soignants, aux orphelins et aux veuves, l\u2019accompagnement spirituel.Et ceux qui font ce travail, souvent inlassablement et avec beaucoup de stress, ont besoin d\u2019un sacré sentiment de confiance en ce qu\u2019ils font.Ils ne doivent pas se laisser décourager par le manque de médicaments, ni considérer leurs efforts auprès de ceux qui sont infectés et malades, futiles ou dérisoires.Il est urgent de rendre partout disponibles les antirétroviraux, c\u2019est une question de justice sur le plan international.Le Réseau jésuite africain contre le sida s\u2019est joint à l\u2019Alliance œcuménique Agir Ensemble pour demander «l\u2019accès universel au traitement» et appuyer «les efforts pour permettre l\u2019accès aux médicaments de base, en particulier les thérapies antirétrovirales» (voir ).Et là où les ressources humaines, financières et l\u2019infrastructure le permettent, des soins de santé comprenant les antirétroviraux doivent être offerts.L\u2019apostolat des communautés chrétiennes s\u2019inspire de ce qu\u2019a fait tout simplement Jésus: combattre l\u2019injustice, alimenter l\u2019affamé, éduquer, prendre soin des malades, leur rendre visite, accompagner les mourants, soulager la personne en deuil, prier avec eux.Elles mènent la bataille la plus importante contre le sida.\u2022 L\u2019auteur, jésuite, est le coordinateur du Réseau africain contre le sida, à Nairobi au Kenya RELATIONS janvier-février 2007 KJ dOSSieR Le vieillissement: un spectre?LOUISE DIONNE Au Canada, une personne sur sept a plus de 65 ans et on estime qu\u2019en 2050, les gens âgés de plus de 60 ans seront plus nombreux que les enfants de moins de 15 ans.Ces prévisions suscitent beaucoup de débats.Certains alarmistes annoncent déjà une faillite sociale.Les services publics seront débordés, les coûts de santé vont exploser.Qui paiera pour ces personnes âgées?À ce catastrophisme économique s\u2019ajoute la peur de l\u2019émergence d\u2019une gérontocratie qui ne favorisera que les intérêts de sa génération - bien entendu au détriment des plus jeunes.Or, s\u2019il faut prendre le vieillissement démographique au sérieux, rien ne justifie un aussi sombre portrait de l\u2019avenir, ni la mise au rancart systématique des personnes dès l\u2019âge de 65 ans.Bien sûr, les personnes âgées sont plus vulnérables et plus fragiles.Avec l\u2019âge, le corps manifeste ses limites de façon récurrente, les maladies sont plus fréquentes et les guérisons plus longues.Certains souffrent d\u2019isolement et vivent une grande pauvreté.Toutes les personnes âgées ne bénéficient pas d\u2019un régime de retraite et plusieurs dépendent des programmes publics qui ne sont pas toujours adéquats.Ces aspects sont utilisés pour alimenter la crainte d\u2019une société de vieillards, d\u2019un fardeau pour les générations futures et d\u2019un gouffre pour les fonds publics.L\u2019épouvantail du vieillissement permet aux tenants de la pensée néolibérale d\u2019imposer une privatisation des services publics tout en occultant de larges pans du phénomène du vieillissement.Déjà, certaines industries tirent profit de cette économie « grise » grandissante.Elles ont pris pour cibles ces consommateurs à la retraite.C\u2019est le cas de l\u2019industrie pharmaceutique qui s\u2019adresse directement aux personnes âgées par l\u2019entremise de publicités télévisées telles que celles portant sur les médicaments contre l\u2019arthrite, la dysfonction érectile, les pertes de mémoire, etc.Le tourisme et les loisirs connaissent une forte croissance grâce aux retraités.La construction de résidences pour personnes âgées compte pour la moitié des logements construits au Québec depuis 2002.Pourtant non négligeables, ces aspects économiques du vieillissement sont souvent évacués; de même, l\u2019apport des personnes âgées à la société, à travers le travail et le bénévolat.En effet, plus de la moitié d\u2019entre elles font quotidiennement des activités bénévoles au sein d\u2019organismes communautaires et une personne âgée sur treize occupait un emploi en 2001.Quant à la guerre entre les jeunes et les aînés, prédite par les tenants de la thèse du pouvoir gris, elle n\u2019est pas si certaine.Rien ne permet de croire que l\u2019altruisme, l\u2019intérêt pour d\u2019autres enjeux politiques que ceux liés à leur génération ou leur engagement passionné lors d\u2019une campagne électorale ou en faveur d\u2019un candidat, disparaissent avec la retraite.Les gens âgés sont aussi des citoyens.Les retraités ne vivent pas en vase clos : ils ont des familles, ils demeurent dans des quartiers, ils ont une vie sociale.Une solidarité intergénérationnelle existe déjà.Des complicités se développent.Les personnes âgées sont aussi insatisfaites que les jeunes de l\u2019économisme ambiant et du néolibéralisme, sans doute, pour les mêmes raisons.Des projets visent à créer des liens entre les jeunes et les retraités: le mentorat, mais aussi le soutien offert par des jeunes.Des retraités sont engagés au sein d\u2019organismes communautaires.Ils partagent leurs expertises, offrent leurs coups de mains et élaborent des projets.Des groupes tels les Grey Panthers et les Raging Grannies, aux États-Unis, se sont déjà engagés dans la défense des intérêts des jeunes EB janvier-février 2007 RELATIONS Claire Beaugrand-Champagne, Mme Meunier et son chien, Montréal, 1973 ou des pauvres ou pour combattre la guerre en Irak.Ici, en plus du pendant québécois des Raging Grannies (les Mé-mées déchaînées), le Mouvement des aînés du Québec et l\u2019Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées travaillent, en collaboration avec d\u2019autres associations, à des enjeux sociaux tels que la pauvreté, l\u2019environnement, la santé, etc.Ils revendiquent la reconnaissance de leurs contributions et refusent d\u2019être éjectés de la société.Aborder le thème du vieillissement engage un questionnement sur les valeurs dominantes de notre société.Le rendement, la performance, le dynamisme, la vitesse, l\u2019instantanéité sont l\u2019expression d\u2019une jeunesse commercialisée qu\u2019un certain discours prônant l\u2019émergence d\u2019un conflit intergénérationnel utilise pour disqualifier la génération vieillissante.Ce clivage est loin de correspondre à la réalité.Il nous en éloigne même, nous empêchant de discerner les enjeux véritables que pose le vieillissement.Ce n\u2019est pas lorsque plus de la moitié de la population sera exclue de la société parce que déclarée trop «vieille» qu\u2019il faudra le faire.C\u2019est maintenant, en faisant disparaître les distinctions rigides entre les divers stades de la vie -l\u2019éducation, le travail, la retraite - et surtout en faisant preuve de plus d\u2019imagination dans notre façon de vivre ensemble.« Mes enfants ne me croient pas.Quand je leur dis que le matin, à la première seconde de conscience, je suis au fond la même fille qu\u2019à 15 ans, ils s\u2019étonnent.» Françoise Guénette, La vie en rose, 2005.RELATIONS janvier-février 2007 dOSSieR Retraite incertaine L\u2019auteure est pro-fesseure adjointe au Département de relations industrielles de l\u2019Université Laval Un fossé se creuse entre, d\u2019un côté, une minorité de travailleurs âgés qui accèdent à une retraite digne ou persévèrent dans le marché du travail dans des conditions idéales et, de l\u2019autre, ceux, en grand nombre, qui s\u2019y maintiennent, coûte que coûte, pour survivre ou sont contraints à une retraite dans l\u2019indigence.MARTINE D\u2019AMOURS Entre le milieu des années 1970 et le milieu des années 1990, au Québec comme ailleurs en Occident, les travailleurs et travailleuses de 55 ans et plus ont assumé plus que leur part des conséquences des restructurations économiques.Parfois par le biais de la préretraite, mais souvent par la forme plus insidieuse du chômage de longue durée1 2, ils ont été amenés à quitter le marché du travail bien avant l\u2019âge habituel de la retraite.À titre d\u2019exemple, entre 1976 et 1995, le taux d\u2019emploi des hommes de 55 à 64 ans est passé de 70,9 % à 56,1% au Québec.Cela s\u2019est produit dans des conditions très variables, certains avec des revenus tirés de régimes privés de retraite, d\u2019autres réduits à vivre de l\u2019assistance sociale après avoir épuisé les prestations d\u2019assurance-emploi, dans l\u2019attente du moment où les rentes publiques deviendraient accessibles.En dix ans à peine, la question du vieillissement au travail s\u2019est renversée.Les statistiques récentes indiquent, en effet, que cette tendance à la mise à l\u2019écart massive des travailleurs âgés a cessé, et même qu\u2019un léger redressement est en train de s\u2019opérer : plus d\u2019un Canadien sur cinq (22 %) ayant pris sa retraite entre 1992 et 2002 à l\u2019âge de 50 ans ou plus est retourné - par intérêt ou par nécessité - au travail.La tendance est encore plus prononcée aux États-Unis, où l\u2019on estime qu\u2019entre 10% et 30% des individus travaillent au-delà de 65 ans.Dans un contexte où l\u2019on craint une pénurie de main-d\u2019œuvre qualifiée et une crise de financement des régimes de retraite, tant le discours politique que celui des directions d\u2019entreprise prônent le maintien en emploi de ceux qu\u2019on appelle maintenant les travailleurs «d\u2019expérience».Laut-il s\u2019en réjouir?Pas si sûr ou, du moins, pas pour tous.UN FOSSÉ SE CREUSE Si certains groupes de travailleurs âgés demeureront ou retourneront au travail dans d\u2019excellentes conditions, d\u2019autres, cependant, en plus grand nombre, n\u2019auront d\u2019autre choix que d\u2019accepter des conditions passables ou mauvaises.De la même manière, certains auront les moyens de choisir de quitter le marché du travail alors que beaucoup seront contraints d\u2019y rester, en l\u2019absence de ressources financières leur permettant une retraite digne.Cette diversité de destins entre les individus appartenant au même groupe d\u2019âge s\u2019explique par une conjugaison de différents facteurs : les transformations du travail et de l\u2019emploi, des protections sociales, des itinéraires de transition entre l\u2019emploi de carrière et la retraite.Les femmes, par exemple, sont de plus en plus scolarisées - une caractéristique associée au maintien en emploi -, mais cet élément doit être mis en balance, entre autres, avec les statuts d\u2019emplois atypiques qui sont surreprésentés chez les travailleuses et associés à des conditions de rémunération beaucoup moins favorables.En outre, le développement de ces formes atypiques a pour effet de faire diminuer le nombre de travailleurs ayant accès à des régimes de pension privés et à une pleine rente des régimes publics (en raison d\u2019une durée et d\u2019un niveau de contribution plus faible).Compte tenu de leur faible rémunération, les travailleurs, dans ce type d\u2019emplois, seront également de moins en moins capables de se constituer une épargne personnelle en vue de la retraite.Dans un tel contexte, une part de plus en plus grande des travailleurs - et surtout des travailleuses - âgés risque d\u2019être obligée de demeurer en emploi à un âge avancé.La question est de savoir dans quelles conditions : les recherches ont bien mis en évidence l\u2019impact des conditions de travail sur le vieillissement, et notamment le fait que les travailleurs soumis à des cadences extrêmes ou encore à des horaires atypiques vieillissent moins bien que les autres.Inversement, la possibilité de se maintenir en emploi, tout en préservant sa santé, suppose un aménagement adéquat des horaires et des conditions de travail ainsi que l\u2019accès à une formation continue.Ces mesures qui visent à adapter les milieux de travail au vieillissement de la main-d\u2019œuvre sont de plus en plus connues, mais elles sont rarement mises en pratique.UN PORTRAIT DES TRAVAILLEURS ÂGÉS À partir de la diversité de ces nouvelles trajectoires de fin de carrière, associée au genre et à l\u2019origine ethnique, à la sco- 1.\tSituation du chômeur à la recherche d\u2019emploi depuis un an et plus, selon l\u2019OCDE.2.\tVoir Lesemann, F.et J.Beausoleil, « Les emplois post-carrière aux États-Unis : un bilan des connaissances », Retraite et Société, CNAV, n° 42, 9-43,2004.Une part de plus en plus grande des travailleurs - et surtout des travailleuses - âgés risque d\u2019être obligée de demeurer en emploi à un âge avancé.ES janvier-février 2007 RELATIONS larité et à l\u2019expérience de travail antérieure, on peut identifier trois principaux sous-groupes parmi les travailleurs âgés : les « compétitifs », les « précaires » et les « protégés »2.Les travailleurs âgés «compétitifs», minoritaires, sont fortement scolarisés et qualifiés.Ils occupent des emplois « post-carrière» bien rémunérés, mais pas toujours assortis d\u2019une protection sociale.Ces emplois reprennent les caractéristiques de leurs occupations antérieures: comportant des exigences davantage intellectuelles que physiques, qui leur permettent d\u2019exercer leur autonomie et leurs compétences.Ils ont la capacité de négocier des aménagements favorables à leur maintien en emploi et bénéficient de modalités de retraite graduelle.L\u2019aménagement des horaires et de l\u2019organisation du travail demeure, dans leur cas, un enjeu crucial.Et on peut faire l\u2019hypothèse que les secteurs en pénurie qui comportent une proportion appréciable de travailleurs âgés «compétitifs» favoriseront de plus en plus ces pratiques d\u2019adaptation qui tiennent compte du vieillissement de la main-d\u2019œuvre.Les « protégés », quant à eux, se rapprochent des « compétitifs» par leur haut niveau de scolarité mais s\u2019en distinguent par le fait d\u2019avoir exercé leur emploi de carrière dans des secteurs donnant accès à de bonnes conditions de retraite.Ils auraient tendance à opter pour la sortie définitive du travail aussitôt que sont réunies les conditions matérielles et institutionnelles d\u2019accès à la retraite; certains toutefois reviennent en emploi, mais dans des formes marginales, ce qui témoigne davantage d\u2019une quête de sens que d\u2019un besoin de revenus.Les «précaires», largement majoritaires, détiennent des emplois «post-carrière» faiblement qualifiés et peu payés.Peu scolarisés, ils ont détenu des emplois de carrière peu valorisants et soumis à un fort contrôle, ce qui ne signifie pas pour autant que ces emplois aient été précaires.Ils retournent au travail essentiellement pour des motifs économiques, en l\u2019absence de conditions financières et matérielles favorables à une retraite digne.Il est à noter qu\u2019une portion de travailleurs scolarisés, mais ayant travaillé dans des conditions ne permettant pas d\u2019accumuler de revenu en vue de la retraite, se retrouvent dans les rangs des « précaires ».Ces travailleurs âgés précaires peuvent l\u2019être d\u2019un double point de vue.Soit, ils sont forcés de continuer à travailler, à cause de leur condition financière, et le feront au détriment de leur santé en l\u2019absence de mesures destinées à faciliter le vieillissement en milieu de travail.Soit, ils sont forcés de se retirer du marché du travail, à cause de leurs faibles qualifications, et alors ils seront pris en charge par des régimes qui les appauvrissent tout en leur attribuant le statut dévalorisant d\u2019assistés sociaux.Pour ce groupe de plus en plus majoritaire, il est nécessaire de créer des mécanismes qui rendent possibles pour eux tant le maintien en emploi, compatible avec la préservation de la santé, qu\u2019une retraite digne.DES PISTES DE SOLUTION En ce qui concerne le maintien en emploi, des mesures formelles d\u2019aménagement de l\u2019organisation et du temps de travail demeurent l\u2019idéal à atteindre, mais à défaut de telles mesures, il est impératif qu\u2019au moins l\u2019organisation du travail soit suffisamment souple pour que les travailleurs âgés puissent exercer des stratégies permettant de protéger leur santé, comme celle, par exemple, de répartir les tâches au sein d\u2019une équipe.Des programmes de formation sont aussi un élément déterminant.Pourtant, il semble que les employeurs tiennent pour acquis qu\u2019ils ne sont pas à la portée de ces travailleurs et, par conséquent, ne leur offrent pas l\u2019occasion d\u2019y participer.JK; \u201e Par ailleurs, la possibilité d\u2019une retraite digne - en particulier pour ceux qui sont usés par une vie de travail ou pour lesquels on a de bonnes raisons de croire que les programmes de formation ou d\u2019employabilité seraient synonymes d\u2019échec - pose la question de l\u2019articulation du travail et de la protection sociale.Outre la mise sur pied de programmes offrant une indemnisation raisonnable et un statut légitime (tel le Programme d\u2019adaptation des travailleurs âgés, dans l\u2019industrie forestière), il serait intéressant de réfléchir à l\u2019aménagement de transitions entre le travail et la retraite.Dans cette perspective, l\u2019hypothèse de «marchés transitionnels du travail » est à étudier.Des individus peuvent, en effet, à certaines étapes de leur vie professionnelle, combiner certains types d\u2019activités socialement utiles (travail et bénévolat; travail et formation; travail et éducation des enfants ou encore soin d\u2019une personne dépendante) et certains types de revenus (salaire, prestations sociales, revenus de retraite).Parce qu\u2019elle évite de faire porter aux seuls individus la responsabilité de s\u2019en sortir, cette solution apparaît d\u2019emblée plus favorable aux travailleurs âgés précaires que celle qui consisterait à retarder l\u2019âge de la retraite ou à augmenter la durée des cotisations donnant droit à la pleine pension, comme c\u2019est le cas des politiques publiques dans plusieurs pays de l\u2019OCDE.\u2022 Claire Beaugrand-Champagne, Micheline Guy.Des gens de mon quartier, Montréal, 2002 RELATIONS janvier-février 2007 KO dOSSieR Une génération bouc émissaire Devant le vieillissement de la population, un populisme de droite nous aiguillonne sur des voies périlleuses plutôt que de réfléchir sur des stratégies rassem-bleuses et porteuses d\u2019un véritable renouveau social.RICHARD LEFRANÇOIS L\u2019auteur est professeur titulaire au Département de psychologie de l\u2019Université de Sherbrooke et chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement de l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke L'auteure est membre du Collectif pour un Québec sans pauvreté Récemment, les travailleurs québécois furent la cible privilégiée des « lucides » qui leur reprochaient leur faible productivité.Au nom de la sacro-sainte efficacité économique, ces ténors de la droite ont vite abattu leurs cartes pour proposer de nouvelles mesures d\u2019austérité et des partenariats avec le secteur privé, en s\u2019empressant au passage de lui confier de nouveaux lieux d\u2019expansion.Le champ de prédilection de ces chantres néolibéraux demeure toutefois le vieillissement démographique.Depuis des années, ils s'emploient corps et âme à pourfendre la population âgée, en attendant de s\u2019attaquer à la génération des boomers.Ils brandissent ce spectre n\u2019ayant de cesse de jouer les Cassandre.La liste des scénarios-catastrophes est impressionnante : on anticipe que le vieillissement provoquera une escalade sans précédent des dépenses en santé, une réduction significative du panier de soins, l\u2019effondrement des régimes de retraite, la raréfaction de la main-d\u2019œuvre, le ralentissement de la croissance économique, la réduction du niveau de vie, un conflit intergénérationnel, une vague conservatrice, une chute importante de la productivité et de la créativité et, pour couronner le tout, l\u2019avènement du pouvoir gris.À l\u2019heure où les besoins en personnel qualifié se font pressants et où les jeunes sont peu nombreux au rendez-vous, ces mêmes « lucides » aimeraient bien que les travailleurs âgés renoncent à quitter prématurément le marché du travail.LES EFFETS DU VIEILLISSEMENT Faut-il endosser sans broncher ces anticipations accablantes?Sinon, comment réagir aux charges intempestives contre ces boucs émissaires?Et ce, sans tomber dans un discours triomphaliste et rassurant qui voit, par exemple, dans le développement des nouvelles technologies la panacée au problème ou encore qui allègue qu\u2019une démographie vieillissante apporterait plus de paix sociale en ralentissant le rythme de vie devenu trop effréné.Dans le débat actuel sur la vieillesse, force est de reconnaître qu\u2019une lecture dynamique et rafraîchissante des grands vecteurs sociologiques en marche fait cruellement défaut.Ces dernières années, les parcours biographiques des aînés ont été fortement modulés par les transforma- is janvier-février 2007 RELATIONS tions sociétales et technologiques.Au fil des ans, ils ont su édifier une « culture de la vieillesse » qui a contribué à renforcer leurs liens et à protéger leurs droits.Leur implication sociale accrue a été bénéfique à toute la collectivité.Conséquemment, pourquoi emprunter le sentier de l\u2019âgisme?En vertu de quel principe nous priverions-nous de leur inestimable apport comme bénévoles, personnes soutien, mentors, dépositaires de notre héritage et gardiens de nos traditions?Ces attributions sont d\u2019autant plus capitales que la société postmoderne lamine les valeurs fondamentales, dissout les repères identitaires, érode les acquis sociaux, se dérobe devant ses responsabilités et abdique face à l\u2019avenir après avoir enterré le passé.Au lieu donc de dénigrer les aînés, ne serait-il pas temps de renforcer leur potentiel, de briser leur isolement en levant les obstacles qui compromettent leur participation citoyenne?En revanche, personne ne contestera que le vieillissement démographique aura un impact sur des secteurs névralgiques, sans pour autant gonfler la colonne des passifs.D\u2019une part, la hausse des coûts en santé sera partiellement compensée par la contribution fiscale des retraités.D\u2019autre part, la prochaine génération de retraités dynamisera de nombreux domaines d\u2019activité économique.Nous assisterons à l\u2019éclosion de nouvelles technologies, à la mise en marché de produits mieux adaptés à cette clientèle et à des Le vieillissement prématuré GISÈLE LAROCHELLE Je ne vous parlerai pas des personnes âgées dont les besoins affectifs et matériels sont comblés.Non plus de celles qui jouissent d\u2019une bonne santé, qui sont entourées de leurs enfants, ont le bonheur de voyager et de mener une vie active et enrichissante.Je salue ces personnes âgées qui ont tracé la destinée du Québec, grâce à leur travail et à leur participation active et soutenue à la création du monde actuel.Je veux plutôt mettre en lumière la réalité de tous ceux et celles dont le parcours de vie a été si difficile qu\u2019à un âge précoce on peut dire d\u2019eux qu\u2019ils sont déjà vieux.C\u2019est le cas de ces hommes et de ces femmes de 40 ou 50 ans qui perdent un emploi qu\u2019ils occupaient depuis plus d\u2019une génération et qui, du jour au lendemain, se retrouvent sans rien.Souvent autodidactes, ils sombrent dans une existence sans issue, sans réelles ressources, pouvant à peine couvrir leurs besoins essentiels.Avec le services de proximité qui non seulement créeront de l'emploi, mais intensifieront la solidarité de quartier ou de village.On oublie trop souvent que les aînés régularisent et vitalisent l\u2019économie à titre de consommateurs, contribuables, investisseurs, producteurs, pourvoyeurs et donateurs.Des retraités mieux informés, aguerris, autonomes et en santé pendant de longues années représentent un actif indéniable pour la société.Il importe donc d\u2019investir davantage pour préserver le plus longtemps possible leur santé et de les valoriser en reconnaissant leur contribution.ÉPOUVANTAIL DÉMAGOGIQUE Au lieu de cela, les tenants du populisme de droite proposent des conclusions hâtives et conjecturales.Bien que les Québécois paient largement leur part d\u2019impôts et de taxes, on autorise ou prône des hausses de tarifs d\u2019électricité, le dégel des frais de scolarité et l\u2019injection de sommes additionnelles pour accélérer le remboursement de la dette.Des voies qui ne tiennent nullement compte de la vitalité et de la disponibilité des aînés, de la solidité de la solidarité intergénérationnelle, pas plus que de la complexité et de la synergie de l\u2019ensemble des forces sociales.Au contraire, on s\u2019acharne à stigmatiser indûment les travailleurs et les aînés, donc des générations entières.Pratiquer systématiquement la chasse aux boucs émissaires, mettre en opposition des fractions composant le tissu social, sont autant de stratégies risquant de compromettre ou de retarder le progrès social.« Le vieillissement accéléré est un phénomène que d\u2019autres nations ont déjà traité avec audace et courage; qu\u2019on songe aux Pays-Bas et aux pays Scandinaves, où la proportion des aînés dépasse depuis belle lurette nos prévisions québécoises pour les 30 prochaines années.Ces nations ont-elles déclaré faillite, sont-elles sclérosées ou en panne de développement?Bien au contraire, elles cherchent à tirer profit de cette nouvelle clientèle, mais aussi à en faire de précieux partenaires sur le plan des services communautaires et de la vie citoyenne» (Jean Carette et Richard Lefrançois, «Halte à l\u2019âgisme manipulateur», Le Devoir, 25 janvier 2006).Les lectures politico-démagogiques évoquées précédemment ne tiennent donc pas la route.Elles nous éloignent d\u2019une pensée sereine convoitant un projet de société novateur et qui serait porteur d\u2019espérance, pour toutes les générations.Les aînés y seraient perçus comme une ressource vitale et non comme un poids, un fardeau ou un risque.Nous n\u2019atteindrons pas ce monde meilleur en persistant à croire que des sous-groupes particuliers sont responsables de nos malheurs.Nous y parviendrons encore moins en tombant dans le piège du mirage postmoderne, c\u2019est-à-dire le consumérisme débridé, la performance narcissique, l\u2019exaltation illusoire dans les jeux de hasard et l\u2019épanouissement de soi au détriment de la solidarité.\u2022 Des retraités mieux informés, aguerris, autonomes et en santé pendant de longues années représentent un actif indéniable pour la société.chômage s\u2019ensuivent le stress, la dévalorisation, l\u2019insécurité, enfin la dépression - seules la performance et l\u2019aisance étant des critères de réussite, d\u2019appréciation et de reconnaissance sociale dans notre société.Comment peut-on avoir de l\u2019estime de soi quand on se sent un fardeau pour la société?Viennent inévitablement aussi des problèmes de santé irréparables.S\u2019allonge ainsi la liste des «jeunes vieux» accablés par les préjugés de leur entourage, trop prompt aux jugements.La situation des femmes monoparentales est également une cause directe du vieillissement prématuré.Comment ces femmes peuvent-elles vieillir sereinement et sans épuisement quand elles ont eu à leur seule charge le soin de mener à l\u2019âge adulte leurs enfants, et que ceux-ci ne manquent de rien.Trop souvent, la maladie les guette au détour, elles se retrouvent encore plus pauvres et isolées.Les problèmes de santé mentale et de dépendance qui mènent à la pauvreté sont aussi en cause.Peut-on objectivement choisir la misère?Est-ce un mode de vie, un choix ou un destin?Quelle est notre chance de longévité quand on est en mode de survie?Un autre facteur évident de vieillissement prématuré est la malnutrition.A-t-on songé au nombre de personnes qui se nourrissent grâce aux banques alimentaires?Ces services sont louables, mais ils n\u2019empêchent pas que leurs bénéficiaires soient en carence de protéines, en manque d\u2019aliments variés et frais, nécessaires à une bonne santé.Je côtoie nombre de ces hommes et de ces femmes qui vieillissent prématurément à cause de ces contraintes et conditions de vie précaires.Je vois des personnes écrasées, courbées et, dans leur regard fuyant, la tristesse et même la détresse.Leur démarche lente exprime le poids d\u2019une fatigue qui est autant morale que physique.Faute de ressources financières suffisantes, leur réseau social s\u2019effrite rapidement.Je les vois attendre une émission de télévision pour combler leur solitude.D\u2019autres, plus résilientes, traversent avec plus de sérénité, force et courage, les dernières saisons de leur vie.Cependant, je les vois toutes se battre pour garder intègre leur dignité.Il est impératif que l\u2019on s\u2019attaque aux causes du vieillissement précoce.Un Québec riche de tout son monde est un Québec soucieux de sa population vieillissante.Il doit s\u2019assurer de sa qualité de vie en tenant compte des exclus, des laissés-pour-compte, qui vivent sans ressources, isolés pour de multiples raisons, mais qui nous mènent au même constat inacceptable : le vieillissement prématuré.RELATIONS janvier-février 2007 ES dOSSieR Les coûts de la vieillesse L\u2019auteur est professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal et codirecteur de l'Équipe de recherche sur les services intégrés aux personnes âgées (Solidage) de l'Université de Montréal et de l\u2019Université McGill Claire Beaugrand-Champagne, Oscar Laviolette.Des gens de mon quartier, Montréal, 2003 ES janvier-février 2007 L\u2019éventualité d\u2019une explosion des dépenses en santé et du fardeau fiscal attribuable au vieillissement est source d\u2019inquiétude.Sommes-nous devant une catastrophe annoncée?Rien n\u2019est moins sûr.FRANÇOIS BÉLAND La rhétorique sur le vieillissement de la population est dominée par les chiffres.Nous ne pouvons y échapper.Le Québec a connu un vieillissement important de sa population au cours des 35 dernières années.En 1971, l\u2019année d\u2019introduction du régime d\u2019assurance-maladie au Québec, les 65 ans et plus comptaient pour 6,8% de la population, soit moins de la moitié de leur poids d\u2019aujourd\u2019hui.En 2031, la population âgée aura encore doublé en pourcentage (26,9 %) et, en 2051, elle aura atteint près de 30 % de la population totale.Ce vieillissement de la population est souvent traduit dramatiquement par les taux de dépendance : il n\u2019y aura plus que deux travailleurs par personne âgée d\u2019ici 25 ans, au lieu de quatre aujourd\u2019hui.Mais les taux de dépendance ne racontent qu\u2019une partie de l\u2019histoire.Il faut également tenir compte d\u2019autres facteurs qui les relativisent: les personnes de 65 ans et plus ont des revenus autonomes et certaines sont sur le marché du travail; les activités bénévoles et d\u2019entraide intergénérationnelle ne sont pas comptabilisées; et la génération de 15 à 64 ans n\u2019est pas entièrement indépendante ou sur le marché du travail.Ce sont moins les taux de dépendance qui comptent que les taux de participation au marché du travail et le nombre et la qualité des heures de travail rémunérées par habitant.Or, ce nombre d\u2019heures ne fait qu\u2019augmenter depuis 1971 au Canada, selon une étude récente du Groupe de travail interministériel sur le vieillissement de la population.Il était de 750 heures par année; il est actuellement d\u2019environ 940 heures et ne devrait revenir au niveau actuel - si rien n\u2019est fait - qu\u2019en 2041.Il n\u2019y a donc pas péril en la demeure.RELATIONS Par ailleurs, les taux de dépendance actuels de certains pays européens de l\u2019OCDE ne seront atteints au Canada qu\u2019en 2020, et aucun de ces pays ne croule actuellement sous les dépenses gouvernementales de santé.TEMPÉRER LES INQUIÉTUDES Les débats sur les dépenses de santé et le vieillissement ont insisté sur l\u2019augmentation moyenne des dépenses à chaque groupe d\u2019âge.Les dépenses gouvernementales de santé per capita, selon les données de l\u2019Institut canadien d\u2019information sur la santé, étaient, en 2003, de 1891 $ pour le groupe d\u2019âge de 45 à 64 ans, et s\u2019élevaient à 16 931 $, pour le groupe des 85 ans et plus.On oublie cependant, comme les études le montrent, que les dépenses de santé s\u2019accumulent à un rythme différent au cours d\u2019une vie - et se concentrent plutôt en fin de vie.Par exemple, aux États-Unis, les dépenses cumulées en services médicaux et hospitaliers de courte durée par les personnes qui décèdent entre 65 et 75 ans augmentent rapidement avec l\u2019âge du décès.Mais le rythme d\u2019augmentation diminue par la suite pour les personnes qui passent le cap des 75 ans, jusqu\u2019à rester fixe pour celles qui décèdent après 85 ans.Par exemple, les dépenses en soins de courte durée des Américains centenaires, deux ans avant leur décès, ne sont qu\u2019un peu plus du tiers de celles des Américains qui décèdent à 65 ans.Il est vrai que les dépenses cumulées en services de longue durée - les services à MU domicile et l\u2019hébergement - augmentent régulièrement avec l\u2019âge du décès, mais elles sont peu importantes comparées aux dépenses pour les services de courte durée jusqu\u2019à 85 ans.Elles représentent actuellement, au Canada, 1,2% du PIB.En 2050, elles pourraient plus que doubler, passant à 2,4% ou encore à 3,2% du PIB, selon les hypothèses les plus pessimistes1.En somme, plus une personne meurt à un âge avancé, moins les dépenses en santé en fin de vie sont élevées.Ce n\u2019est donc pas le vieillissement en tant que tel qui explique l\u2019accroissement des dépenses de santé en soins de courte et longue durée, c\u2019est plutôt l\u2019approche du décès.Or, par les temps qui courent, les gens meurent vieux au Québec.C\u2019est donc une bonne nouvelle.L\u2019entrée massive des baby-boomers dans la catégorie des personnes âgées est souvent associée à l\u2019explosion annoncée des dépenses de santé dans les années à venir.Non seulement leur nombre, mais également leur longévité est mise en cause.Si l\u2019allongement de l\u2019espérance de vie a peu à voir avec l\u2019accroissement des dépenses en santé, ce n\u2019est pas le cas du facteur démographique.Mais là encore il faut tempérer son inquiétude.En effet, si on regarde le passé, de 1970 à 2002, la part des 65 ans et plus dans la population canadienne a doublé alors que seulement 20% de l\u2019augmentation annuelle des dépenses de santé était attribuable au vieillissement.Pour l\u2019avenir, on prévoit une hausse des dépenses attribuables au vieillissement de l\u2019ordre de 1,3% du produit intérieur brut du Canada en 20 502.Ce sont là des coûts importants, certes, mais qui ne s\u2019imposent pas comme catastrophiques.Par ailleurs, les dépenses de santé des personnes âgées s\u2019inscrivent dans le contexte général du financement du système de santé.Or, au Québec, les dépenses gouvernementales en ce domaine n\u2019ont fluctué, depuis 1975, qu\u2019entre 30% et 34% des revenus du gouvernement, selon les documents du ministère des Finances du Québec.La stabilité y est à l'honneur.L\u2019augmentation du budget de la Santé tant décriée doit être, en cela, relativisée.Sauter trop vite aux conclusions risque de faire le jeu d\u2019intérêts économiques.Il est, en effet, ironique que le partenariat public-privé soit appelé à la rescousse dans le secteur de la santé qui se porte financièrement le mieux.En effet, les dépenses du régime d\u2019assurance public et universel, qui couvrent les services médicaux et hospitaliers, absorbaient, en 2005, 22% des revenus du gouvernement du Québec, 1.\tOCDE, Projecting OECD health and long-term care expenditures: What are the main drivers?, Paris, Département des affaires économiques, document de travail, n° 477,2006 2.\tIdem.3.\tBéland, E, Bergman, H., Lebel, R (et al.), «Des services intégrés pour les personnes âgées fragiles (SIPA) : expérimentation d\u2019un modèle pour le Canada», Revue canadienne du vieillissement, n° 25,2006, p.5-24 contre 24 % en 1975.Ce sont les autres services de santé qui ont vu leur part augmenter.Comprendre les raisons de l\u2019accroissement actuel des coûts en santé n\u2019est pas une mince affaire.Prédire l\u2019évolution des dépenses de santé sur une longue période est, à plus forte raison, une tâche risquée.On a pu montrer que les projections linéaires des dépenses hospitalières des années 1970 à aujourd\u2019hui auraient abouti à plus que doubler les dépenses actuelles.LES SOLUTIONS Les données montrent que les dépenses gouvernementales en santé, au Québec, sont sous contrôle.En effet, les dépenses gouvernementales en santé per capita sont inférieures à celles de l\u2019Ontario en ce qui concerne les personnes de moins de 65 ans et celles de 85 ans et plus.Pour celles entre 65 et 84 ans, les dépenses sont à peu près équivalentes.Certes, le vieillissement de la population pose de nombreux défis aux systèmes de santé des sociétés à hauts revenus, et le Québec ne fait pas exception.Ces systèmes de santé étaient destinés à des populations jeunes qui affrontaient des problèmes d\u2019accessibilité à des soins médicaux et hospitaliers essentiellement épisodiques.Ils doivent dorénavant s\u2019adapter à des populations plus âgées, dépendantes, qui utilisent une proportion plus élevée de ces services.Chez les personnes âgées fragiles, les services médicaux - hospitaliers, pharmaceutiques, à domicile, d\u2019hébergement, etc.- ne peuvent être séparés en sous-systèmes indépendants les uns des autres.Dans cette perspective, le Québec devrait suivre les traces de pays comme l\u2019Allemagne, le Japon et maintenant l\u2019Espagne, qui ont instauré un régime d\u2019assurance public portant sur les services associés à la dépendance.On connaît bien les services requis par les personnes âgées fragiles et la façon de les organiser et de les financer.Au Québec, des modèles de services intégrés ont fait l\u2019objet d\u2019évaluations scientifiques.En comparant les coûts des services des personnes âgées les plus fragiles admises dans un Système intégré pour personnes âgées (SIPA) à ceux de personnes tout aussi fragiles recevant les services habituellement disponibles dans le réseau, une étude3 a montré que, dans un SIPA, les coûts d\u2019hospitalisation de courte durée d\u2019une personne âgée diminuaient de 5000$ sur une période de 22 mois, l\u2019attente d\u2019hébergement en hôpitaux de courte durée se réduisait de moitié et, enfin, la moyenne des coûts des services sociaux et de santé des personnes qui décédaient pendant l\u2019expérience diminuaient de 10000$.Chez les personnes seules du SIPA, les coûts d\u2019hébergement ont été inférieurs de 14 000 $ par personne.Les directions à prendre et les moyens d\u2019agir sont connus.Les effets du vieillissement de la population pourront être envisagés plus sereinement si des mesures conséquentes et pondérées sont prises dès maintenant.\u2022 Les taux de dépendance actuels de certains pays européens de l\u2019OCDE ne seront atteints au Canada qu\u2019en 2020, et aucun de ces pays ne croule actuellement sous les dépenses gouvernementales de santé.RELATIONS janvier-février 2007 KO dOSSieR La sécurité des aînés L'auteur est responsable du certificat en gérontologie de l\u2019Université de Montréal et président du réseau Vieillir en liberté Au-delà des scandales qui font les manchettes, il s\u2019agit de comprendre les causes de la violence dont sont victimes un nombre important de personnes âgées et de mettre en place les conditions assurant leur protection et leur respect.LOUIS PLAMONDON Les sociétés répugnent à reconnaître qu\u2019elles sont génératrices de situations de violence, d\u2019abus ou de négligence.Cette attitude se répercute sur les institutions et la famille, et chez les individus qui les composent, générant alors des tabous familiaux, du déni de la part des responsables et des représailles sur les témoins et les victimes de cette violence - notamment les personnes âgées.Or, la sécurité est un besoin fondamental dans le développement de la personne.Selon Abraham Maslow {Vers une psychologie de l\u2019être, Paris, Fayard, 1989), ce besoin de protection et de sécurité constitue le deuxième palier des besoins fondamentaux, après le maintien de la vie (alimentation et hygiène) et bien avant les besoins d\u2019amour et d\u2019appartenance.Sa satisfaction résulte en partie de la capacité de la personne à interagir avec son environnement.L\u2019Organisation mondiale de la santé a établi, précisément, que la sécurité « est un état où les dangers, et les conditions pouvant provoquer des dommages d\u2019ordre physique, psychologique ou matériel sont contrôlés de manière à préserver la santé et le bien-être des individus et de la communauté.» Cet enjeu vital l\u2019est, à plus forte raison, chez les personnes âgées dont la fragilisation due à l\u2019âge peut être accentuée par bien des facteurs : un environnement inadéquat, une personnalité problématique, des conditions d\u2019hébergement qui induisent à la maltraitance, une dépendance à autrui pour les besoins de base ou encore des limites cognitives qui entravent la communication.De fait, après 65 ans, les conditions propices ou défavorables à ce besoin de sécurité peuvent considérablement varier d\u2019un groupe d\u2019individus à l\u2019autre - entre hommes et femmes notamment.Par exemple, les hommes vieillissent le plus souvent en couple - 74 % sont mariés jusqu\u2019à 85 ans.Quant aux femmes, près de 60 % d\u2019entre elles vivent seules après 65 ans.La moitié des personnes de plus de 85 ans ont des incapacités moyennes ou sévères, majoritairement des femmes, du fait de leur longévité plus grande.UN PORTRAIT DE LA SITUATION C\u2019est en 1989, avec le rapport Vieillir en liberté du ministère de la Santé et des Services sociaux du gouvernement du Québec, qu\u2019est tracé pour la première fois un portrait global de la situation des aînés à domicile et en institution.Dans la foulée de ce rapport, la question de la violence faite aux personnes âgées mobilisa divers réseaux québécois de recherche et d\u2019intervention.Ces derniers ont ainsi contribué à réduire son incidence par le biais de l\u2019éducation et de la prévention, tout en offrant de l\u2019aide aux victimes.Pourtant, avec plus de 100000 victimes au Québec, selon les estimations du National Center of Elder Abuse, les chiffres inquiètent encore.En effet, entre 6% et 15% des aînés seraient victimes d\u2019abus, selon les méthodologies d\u2019enquête et les populations étudiées (sondages téléphoniques, répertoire de signalement sociaux, enquête dans des populations spécifiques).Dans les établissements de soins, 80 % du personnel a été témoin d\u2019abus psychologiques (infantilisation, chantage, intimidation et menace) et 20% d\u2019abus physiques (brusquerie, bousculade, rudoiement, pincement et contention injustifiée).La plupart des études en gérontologie montrent également que les personnes âgées victimes d\u2019abus et de violence sont souvent des personnes dépendantes ou handicapées.D\u2019ailleurs, en novembre dernier, un rapport de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse sur des établissements, en Beauce, confirmait la véracité de ces données.Ce rapport accablant attestait, encore une fois, l\u2019enracinement du problème de la violence dans les lieux de soins des aînés les plus fragiles, les CHSLD, où 32 000 personnes vivent leurs derniers jours.CAUSES ET RISQUES Les études font consensus : l\u2019origine des abus et de la violence se trouve souvent dans le contexte de relations conjugales et familiales (enfants, neveux, nièces, petits-enfants) difficiles impliquant un ou des parents fragilisés.Dans les familles, les risques associés à l\u2019épuisement, le manque de préparation à soigner un parent, le refus de la charge par les proches aidants ou, encore, des conflits préexistants expliquent souvent les comportements abusifs.Notons aussi qu\u2019une forte proportion des délits sont commis par des membres du réseau familial connus Dans les familles, les risques associés à l\u2019épuisement, le manque de préparation à soigner un'parent, le refus de la charge par les proches aidants ou, encore, des conflits préexistants expliquent souvent les comportements abusifs.EH janvier-février 2007 RELATIONS pour avoir déjà des difficultés sur le plan mental, social, professionnel ou familial.Le réseau Vieillir en liberté a pu identifier un certain nombre de conditions qui mettent en danger d\u2019une manière significative les personnes âgées, accentuant leur vulnérabilité et les risques qui en découlent.Évoquons d\u2019abord les multiples dépendances que peuvent éprouver les aînés.D\u2019une part, celles liées aux besoins de base que sont l\u2019hygiène et l\u2019alimentation - avec des risques de dénutrition, de déshydratation, de plaies et de négligences diverses.D\u2019autre part, les dépendances à l\u2019égard d\u2019un grand nombre d\u2019intervenants - avec des risques d\u2019oubli de soins, d\u2019erreurs de traitement, de dépersonnalisation.Bien sûr, la faible présence - ou l\u2019absence - de la famille ou d\u2019un représentant légal multiplie ces risques de négligence.Il faut ensuite parler des diverses limites.D\u2019une part, celles qu\u2019éprouvent certains aînés dans leurs capacités cognitives et de communication - avec des risques de délaissement, d\u2019erreurs de médication ou de soins, de brusqueries.D\u2019autre part, les limites liées aux incapacités de déplacement - avec des risques d\u2019isolement dans une pièce, de privation d\u2019activités, de manque d\u2019hygiène.Viennent ensuite différentes attitudes possibles de la part des personnes âgées: l\u2019opposition ou le rejet face à l\u2019autorité des soignants - avec des risques de sanctions, de punitions, de contentions et de réactions d\u2019agression; ou, à l\u2019inverse, la soumission et la docilité face aux pairs et à l\u2019autorité des soignants - avec des risques d\u2019infantilisation, d\u2019exploitation financière et de sollicitations sexuelles.Enfin, parlons des possibles comportements perturbateurs, agressifs ou sexuellement dérangeants - avec des risques de sanctions diverses, de contentions chimiques ou physiques, de brusqueries ou de coups.LES MOYENS DE PROTECTION Une fois reconnue, la maltraitance doit faire l\u2019objet d\u2019une intervention professionnelle et d\u2019un travail en réseau afin d\u2019éviter la détérioration de la situation, l\u2019isolement et l\u2019aggravation de l\u2019insécurité et de l\u2019état de santé des personnes.Il faut aussi continuer la promotion et le développement de diverses formes de vigilance citoyenne, telles que les lignes d\u2019écoute pour aînés, les services d\u2019appel de sécurité, de bottins de quartier adaptés, etc.Le Québec foisonne d\u2019initiatives de prévention et d\u2019intervention dans les ressources communautaires, les hébergements collectifs et les projets d\u2019établissements.En outre, les crimes économiques contre les aînés demeurent une source d\u2019inquiétude.Pensons aux experts en fraudes boursières et autres qui s\u2019approprient les épargnes de retraite (Norbourg, etc.), aux spéculateurs immobiliers qui trompent leurs clientèles fragilisées, aux gestionnaires de fonds de pensions qui détournent à leur bénéfice les surplus d\u2019actifs (Singer, Simmons, Ligue nationale de hockey), lisOT! 7Jj sa1 mm « y V * £ wïïïï! ru iv l\u2019fTTf\u2019f, w aux démarcheurs téléphoniques ou à domicile qui utilisent toutes les tactiques pour extorquer les biens ou les comptes bancaires de personnes isolées.Encore une fois, les groupes de défense des droits et les élus ont beaucoup à faire pour définir de nouvelles mesures législatives et judiciaires pour contrer ces fraudeurs professionnels.Heureusement, les services de police sont de plus en plus conscients de cette réalité criminelle et ajustent leur organisation pour mieux y faire face.À cet égard, la direction de la police de Montréal s\u2019est dotée, en 2006, d\u2019un Comité de vigie pour les aînés.La vigilance demeure toujours de mise, car ce n\u2019est qu\u2019en 2005 que la Cour d\u2019appel du Québec a finalement interprété la portée de la protection, accordée par l\u2019article 48 de la Charte des droits et libertés, à toute personne âgée contre toute forme d\u2019exploitation.En fixant ainsi clairement les critères de l\u2019exploitation et de la vulnérabilité - qui sont si étroitement liés en contexte de maltraitance -, ce jugement est une avancée dans les moyens de protection.Il consolide, en effet, les outils permettant d\u2019évaluer le niveau de danger de certaines situations, en fonction des caractéristiques des personnes aînées vulnérables ou des risques associés à leur environnement - à domicile ou en institution.Au Québec, les systèmes de protection et de surveillance dans nos établissements de soins se sont améliorés avec les visites d\u2019appréciation et le rôle élargi du Protecteur du citoyen.Une certaine volonté de transparence dans la gestion de la qualité des services rendus et l\u2019humanisation des soins s\u2019affirment de plus en plus chez tous les acteurs concernés : ministère, gestionnaire d\u2019établissement et communautés d\u2019intervenants.Une véritable politique de soutien aux proches aidants serait, évidemment, un atout essentiel dans cette quête des conditions d\u2019une fin de vie digne et heureuse pour nos aînés.\u2022 Claire Beaugrand-Champagne, Roger Robillard, Des gems de mort quartier, Montréal, 2003 RELATIONS janvier-février 2007 m dOSSieR Le soutien des familles »&£'t W >\\V «Mi «Ü'N s t J ¦*»*?!U,1P 3^ 'H* Une perception divergente des responsabilités qui incombent aux familles ou au personnel des services sociaux et de santé peut créer des tensions, au détriment des véritables besoins des personnes âgées.JEAN-PIERRE LAVOIE Tout au long des années 1960 et 1970, on a pu croire que les familles se désintéressaient de leurs parents âgés et qu\u2019elles les abandonnaient.Si cette perception persiste de nos jours, l\u2019importance et la fidélité des solidarités familiales à l\u2019égard des parents âgés sont maintenant mieux reconnues.Lorsque ces derniers présentent des incapacités, les membres de la famille constituent souvent, et de loin, la principale source de soins.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019observent plusieurs études récentes menées au Québec, en France et dans d\u2019autres pays européens.Cette responsabilité familiale est également reconnue par le gouvernement du Québec qui - à l\u2019instar de plusieurs autres gouvernements - en fait d\u2019ailleurs la pierre d\u2019assise de nos politiques en la matière.Jusqu\u2019à la première politique de services à domicile mise en place en 1979, le gouvernement ignorait à peu près totalement les familles dans les soins aux personnes âgées.Or, en 1985, le ministère des Affaires sociales (selon l\u2019appel- L\u2019auteur est chercheur au Centre de recherche et d\u2019expertise en gérontologie sociale du Centre de santé et services sociaux (CSSS) Cavendish.Claire Beaugrand-Champagne, Louise et Hélène, Ville de Laval, 2004 lation de l\u2019époque) commence à affirmer que les familles sont les premières responsables du maintien à domicile des personnes âgées dites en perte d\u2019autonomie.Cette prémisse prévaut encore largement de nos jours.Certes, la politique de soutien à domicile de 2003 introduisait l\u2019idée d\u2019un engagement « volontaire » des familles mais, faute de moyens, celle-ci demeure largement inappliquée.Cette notion de responsabilité première des familles dans le maintien à domicile est largement répandue chez les intervenants des services à domicile des CLSC.En effet, pour la grande majorité d\u2019entre eux, les familles sont responsables d\u2019offrir à leurs vieux parents l\u2019ensemble des soins requis par leur état: entretien ménager, préparation de repas, soins personnels d\u2019hygiène, jusqu\u2019à certains soins infirmiers ou de réadaptation de nature professionnelle (injections, changements de pansements, supervision d\u2019exercices, manipulations).Les membres de la famille apparaissent alors comme des aides-soignants que les services publics soutiendront - ou pourront éventuellement relayer pour les soins qu\u2019ils ne sont pas ou plus en mesure de dispenser.DÉFINIR LES RESPONSABILITÉS Cette vision des responsabilités familiales, si elle pose question, a au moins le mérite de nous amener à tenter de les circonscrire.En effet, au-delà de l\u2019affirmation générale voulant que les familles soient responsables de prendre soin de leurs parents âgés, il importe de préciser le véritable domaine et les limites de ces responsabilités.Comme nous venons de l\u2019indiquer, les professionnels de la santé ont tendance à les définir très largement.Si elles englobent l\u2019ensemble des tâches de soin, c\u2019est donc seulement l\u2019épuisement des familles qui deviendra le déclencheur du transfert d\u2019une partie de ces responsabilités vers les services publics et les professionnels.Les familles engagées dans le soin et la population en général partagent-elles cette vision séquentielle de la responsabilité?Rien n\u2019est moins certain.L\u2019engagement des familles est marqué du sceau de l\u2019obligation.Les échanges de services, de biens et d\u2019affection qui s\u2019accumulent, au cours des années, au sein du réseau familial, induisent chez ses membres un sentiment de dette et de responsabilités réciproques.Ce sentiment est particulièrement fort, chez les enfants, à l\u2019égard de leurs parents qui leur ont donné la vie et qui ont pris soin d\u2019eux.On sent devoir rendre à ses parents - et parfois aussi à un conjoint ou à un grand-parent - l\u2019amour, janvier-février 2007 RELATIONS l\u2019attention et les soins reçus au fil des années.Ce devoir de rendre, on se l\u2019assigne généralement à soi-même.Il demeure toutefois largement indéterminé, d\u2019une part, et il doit se concilier avec les autres engagements et l\u2019autonomie personnelle, d\u2019autre part.Considérons ces deux aspects.De quoi est-on au juste redevable?Une enquête1 portant sur les valeurs et les attitudes concernant les responsabilités à l\u2019égard des parents âgés permet de préciser la conception que l\u2019on se fait de ce qui doit être rendu.Menée auprès de trois générations de Québécois (18-30 ans, 45-59 ans et 70 ans et plus), ainsi qu\u2019auprès de familles qui prennent soin d\u2019un parent âgé, cette recherche fait état d\u2019une perception largement répandue voulant que la famille doit d\u2019abord être présente et accompagner le parent âgé dans sa maladie et dans ses pertes d\u2019autonomie.Cela implique de visiter le parent, l\u2019encourager, le stimuler, le consoler, le sortir pour des visites ou diverses activités sociales.Ces responsabilités exigeraient également une bonne connaissance de l\u2019état de santé du parent, de son évolution, de son pronostic.À partir de cette conception des choses, on comprend que des membres du réseau familial en viennent à observer leur parent, allant parfois jusqu\u2019à l\u2019épier.Ils le questionnent sur son état, ils multiplient les appels téléphoniques et les visites.Ils l\u2019accompagnent aux rendez-vous médicaux et à l\u2019hôpital pour s\u2019assurer que les professionnels de la santé aient le portrait exact de la situation et pour s\u2019assurer de voir venir les problèmes.Par ailleurs, les familles se sentent également investies du mandat de protéger l\u2019identité personnelle et la dignité du parent.Les proches tentent ainsi de le garder le plus longtemps possible chez lui, de maintenir ses routines, ses habitudes, parfois même de dédramatiser son état, voire de le lui cacher afin de préserver son image de soi.Toutefois, pour la grande majorité des répondants à notre enquête, il ne revient pas aux membres de la famille de préparer des repas, de s\u2019occuper de l\u2019hygiène et, a fortiori, de donner des injections ou de changer des pansements.Donner le bain ou des soins médicaux à ses proches peut être l\u2019occasion de proximité, mais peut justement représenter pour certains une atteinte à l\u2019intimité de leur parent.Ceux qui prodiguent ces soins peuvent alors avoir l\u2019impression de troubler ou de pervertir la relation parent/ enfant adulte.Ceux qui les reçoivent peuvent aussi y éprouver une confrontation trop forte à l\u2019image de leur dépendance.Les proches aidants considèrent également que prendre soin d\u2019un parent âgé ne devrait pas se faire au détriment 1.Guberman, N., Lavoie, J.-R et Gagon, E., Valeurs et normes de la solidarité familiale : statu quo, évolution, mutation?, CSSS Cavendish -CAU, 2005.des autres membres de sa famille.De plus, pour près d\u2019un répondant sur dix, il n\u2019est pas question d\u2019envisager déménager, réduire son temps de travail, voir son état de santé se détériorer ou encore négliger ses propres enfants pour s\u2019occuper d\u2019un parent âgé.Une exception est notable cependant: la responsabilité des conjoints, elle, connaît peu de limites.En effet, l\u2019engagement marital semble toujours inconditionnel.DONS ET RÉCIPROCITÉ Les personnes âgées apparaissent particulièrement réticentes à attribuer de larges responsabilités à leurs descendants.Si les enfants conçoivent avoir une dette importante envers leurs parents, il n\u2019en demeure pas moins que s\u2019ils leur offrent des soins importants, ces derniers peuvent développer une impression de déséquilibre et un sentiment d\u2019absence de réciprocité.Or, ce sentiment d\u2019équilibre et de réciprocité dans les échanges est essentiel si l\u2019on veut maintenir son autonomie et ne pas tomber dans la dépendance.Les parents âgés préfèrent donc que leurs enfants s\u2019occupent d\u2019abord d\u2019eux-mêmes et de leurs propres enfants.Par ailleurs, les soins des proches peuvent être ressentis, par certains, comme de l\u2019ingérence.En effet, plusieurs personnes âgées désirent préserver leur intimité et leur pouvoir de décision sur leur vie.Les enfants, de leur côté, se sentent souvent peu légitimés de prendre des décisions pour leurs parents.Cette préservation de l\u2019intimité et de l\u2019autonomie explique également pourquoi les personnes âgées sont parfois réticentes à recourir à des services de soutien professionnels.Toutefois, à choisir, plusieurs vont finalement préférer le soutien de personnes étrangères, probablement parce que ce dernier est plus facile à interrompre que celui d\u2019un proche si l\u2019on se sent trop envahi.Prendre soin de parents âgés met donc en jeu la complexité des liens familiaux.Cela soulève les contradictions entre l\u2019engagement et la solidarité, d\u2019une part, l\u2019intimité et l\u2019autonomie, d\u2019autre part.Les services publics ont, dès lors, un rôle d\u2019équilibrage, de conciliation entre ces valeurs qui s\u2019entrechoquent.Pour la grande majorité des familles, ces derniers ont donc une grande responsabilité dans le soin aux parents âgés.Si les décideurs et les acteurs de ces services considèrent, au contraire, que ce sont les familles qui sont les premières responsables et que l\u2019on doit intervenir uniquement en dernière instance, ils ne jouent pas leur rôle de conciliation.Dans ce jeu de renvoi des responsabilités, il est clair que l\u2019État québécois et ses organismes de prestation de services ne sont pas au diapason de la population.Comment notre gouvernement réagira-t-il?Laissera-t-il au secteur marchand, comme il le fait maintenant, le rôle de répondre aux besoins des familles - du moins à celles qui ont les moyens d\u2019y recourir?\u2022 Au-delà de l\u2019affirmation générale voulant que les familles soient responsables de prendre soin de leurs parents âgés, il importe de préciser le véritable domaine et les limites de ces responsabilités.RELATIONS janvier-février 2007 ED dOSSieR Claire Beaugrand-Champagne, Chambre du foyer Saint-Rosaire, Disraëli, 1972 L\u2019auteur est théologien Vieillir en croyant GREGORY BAUM Je ne suis pas étonné de voir que la vieillesse change la relation à Dieu pour bien des croyants.En effet, lorsqu\u2019on a toute sa force et que tout va bien, il faut souvent faire un effort pour se souvenir de Dieu.C\u2019est la souffrance des autres et la misère imposée à la multitude qui nous font mal et nous poussent à la prière.En vieillissant, on expérimente toutefois autrement la vie quotidienne.On ressent sa fragilité, on expérimente le déclin de ses forces, on perd de l\u2019efficacité et on se résigne aux petites douleurs qui traversent le corps.Même si on garde une certaine santé, qu\u2019on continue son travail et qu\u2019on reste fidèle à ses engagements, la vieillesse affaiblit.Dans cette situation, bien des croyantes et croyants s\u2019en remettent à Dieu comme la force qui leur permet de vivre.De fait, lorsqu\u2019on vieillit, on souhaite se sentir soutenu, animé d\u2019une énergie qui ne vient pas de ses propres os fatigués.On se dit que vivre, c\u2019est un peu comme nager : on fait des mouvements pour flotter, mais on sait que c\u2019est aussi l\u2019eau qui nous porte.Une tentation qui accompagne souvent la vieillesse, c\u2019est de faire de son propre déclin physique la clé pour interpréter ce qui se passe dans le monde.On devient alors excessivement sensible à la fragilité de tout projet humain, on est tenté de croire que toute réalisation est vouée à la mort, et on se méfie facilement de l\u2019enthousiasme des jeunes qui croient encore à un monde meilleur.Pour surmonter cette tentation, on se rappelle l\u2019énergie de Dieu qui ne se fatigue pas et qui rend forts les faibles.C\u2019est le vieux saint Augustin, je crois, qui se consolait dans la jeunesse éternelle de Dieu.Être croyant ne veut pas dire que l\u2019on n\u2019a pas besoin de se défendre contre la peur.Les vieux ont peur de la maladie qui les rend infirmes, dépendants et souffrants dans leur corps.On se voit déjà dans un lit d\u2019une maison de retraite, sachant qu\u2019alors commence un nouveau combat spirituel dont les dimensions sont difficiles à cerner.Pour surmonter cette crainte, on se tourne vers Dieu : la prière habite leur cœur comme, peut-être, ils ne l\u2019ont jamais expérimenté dans leur jeunesse.Qu\u2019est-ce que signifie pour les croyants âgés la promesse de la vie éternelle?Sachant que dans les pays pauvres la longévité se réduit à 45 ans ou plus jeune encore, bien des croyants âgés des pays riches considèrent leur longue vie comme un privilège.Se sentant bénis, ils sont prêts à s\u2019endormir en Dieu.Mais il ne faudrait pas qu\u2019ils oublient que la promesse de la vie éternelle s\u2019adresse aussi - et peut être d\u2019abord - aux foules immenses de gens qui meurent jeunes, tués par la faim ou massacrés dans des guerres et génocides, fauchés avant même d\u2019avoir pu réaliser les potentialités que Dieu leur avait données.Car, dans la résurrection du Christ crucifié, Dieu a réhabilité tous les persécutés et les opprimés de l\u2019histoire.janvier-février 2007 RELATIONS La beauté de vieillir La vieillesse est beaucoup plus qu\u2019une donnée démographique ou un coût social, c\u2019est surtout un parcours qui varie selon les regards, le sien et celui des autres.MARC CHABOT Nous sommes une dizaine dans la salle du conseil municipal de Petite-Vallée.Nous sommes dans les ateliers d\u2019écriture de chansons.Début juillet.L\u2019été gaspésien bat son plein.Nous commençons chaque atelier de la même manière : nous écoutons quelques chansons avant de partir écrire.Ce matin, une jeune fille m\u2019a demandé s\u2019il était possible d\u2019écouter la chanson Le temps qui reste de Jean-Loup Dabadie et Alain Goraguer.Chanson que l\u2019on retrouve sur l\u2019album Autour de Serge Reggiani (2002).Elle ne sait pas qu\u2019il s\u2019agit probablement de la dernière chanson enregistrée par Reggiani.Dans Le temps qui reste, on retrouve un Reggiani à la voix rauque, brisée.Il récite plus qu\u2019il ne chante.Une voix brûlée, la voix de la fin, la voix de celui qui ne peut plus chanter: Je veux jouer encore Je veux rire des montagnes de rires Je veux pleurer des torrents de larmes Je veux boire des bateaux entiers de vin de Bordeaux et d\u2019Italie Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans J\u2019ai pas fini, j\u2019ai pas fini.Je regarde les visages.Des larmes.Du sérieux.Un silence lourd.La beauté de la tristesse.Une chanson n\u2019est pas seulement une émotion, mais l\u2019émotion fait son travail dans les êtres.L\u2019homme qui chante est mort quelques mois plus tard.Il raconte ici le temps qui reste.Il rêve le temps qui reste.Vient un jour où la chose est claire : le temps nous manque.C\u2019est une certitude.Tout ce qui reste à faire ne sera pas fait.Ce qui importe doit être entrepris sans délai.Même en réduisant ce qui reste à faire, rien ne prouve que nous y arriverons.C\u2019est la vieillesse qui commence.Le dernier salut à l\u2019humanité.Sartre qui dit à Simone de Beauvoir : « Si je comprends bien c\u2019est la cérémonie des adieux qui commence.» C\u2019est cela le début de la vieillesse.Apprendre à choisir, apprendre à sélectionner, apprendre à boire, à manger, à courir, à travailler, à se reposer.Ménager son temps pour l\u2019essentiel.Se donner avec autant d\u2019ardeur, mais sans s\u2019éparpiller.La vieillesse est un système de signes.En soi et hors de soi.Un système de signes sur le corps et dans l\u2019âme de l\u2019être.Dans la culture, le vieillissement se manifeste surtout par la nostalgie.Elvis Story peut en être une manifestation permanente.Une manière de revivre sa jeunesse, de retrouver le bon temps.L\u2019âge des séductions au Pepsi et aux Jos Louis.Les machines à boules, les banquettes arrière des voitures.Ce pourrait être les Beatles.All my loving ou With a little help from my friends.L\u2019amour des groupes, l\u2019amour en groupe et la mort tragique de John Lennon.*:* *!\u2022 *!* Il y a un réel plaisir à raconter.Or, pour raconter, il faut un public.Il faut des plus jeunes que soi pour écouter.Alors, on fabrique sa légende.On invente encore, mais il s\u2019agit avant tout de revivre parce que revivre, c\u2019est encore vivre.Oui, la vieillesse est un système de signes.Déjà ceux qui sont jeunes fabriquent des signes.Il faut les voir.Il faut les entendre.Ils n\u2019ont pas vingt ans et déjà ils commencent à inventer leur histoire d\u2019écoles secondaires.Il vient un temps où l\u2019on se sent vieillir.Ce n\u2019est pas toujours un drame.Pas encore.Mais quelque chose se produit dans le corps et dans l\u2019être, quelque chose d\u2019un peu confus.On ne peut pas encore parler d\u2019une certitude.On a beau le dire, il n\u2019est pas évident que la chose soit entendue par les autres.Tout est négation de l\u2019âge en ce monde.On appelle l\u2019éternité toujours et on croit la croiser partout.On veut la croiser partout.Tout est négation de la vieillesse en ce monde.L\u2019apologie de la jeunesse est une forme terrible de terrorisme.Partout autour de vous on nie.Mais non, vous êtes encore jeune.Cela ne se voit pas que le temps passe.Mais non, vous avez encore du temps pour vous.Il faut en profiter, il faut jouir, il faut jouer le jeu du faire semblant qui est justement le jeu de la jeunesse.Ce terrorisme est quotidien.Il n\u2019a même plus besoin des autres pour exister.On peut l\u2019avoir intégré complètement.* *!* * Il y a un réel plaisir à se souvenir.Il suffit d\u2019observer les personnes âgées retrouvant soudainement le bonheur d\u2019avoir été, dévoilant même des secrets sur la vie qu\u2019on n\u2019osait pas imaginer.Comme s\u2019il devenait moins important de protéger les autres ou même de se protéger.Le vieillissement est une affaire quotidienne qui ne se vit pas au quotidien.L\u2019être vit, puis il ramasse ce vécu en his- Vient un jour où la chose est claire : le temps nous manque.C\u2019est une certitude.Tout ce qui reste à faire ne sera pas fait.Ce qui importe doit être entrepris sans délai.L\u2019auteur est professeur de philosophie au Cégep F.-X.-Garneau de Québec RELATIONS janvier-février 2007 m toire.Il peint le tableau de sa vie.Il s\u2019installe dans l\u2019histoire, la sienne d\u2019abord, puis celle de sa famille, de sa société.Il narre tout autant son bonheur que son malheur, ses inclusions et ses exclusions.Il trouve et retrouve.Il signe son livre des souvenirs.4* 4* 4* Vieillir, c\u2019est faire l\u2019apprentissage des valeurs.Se familiariser non seulement avec son âge, le temps qui passe, mais avec l\u2019âge des autres, des plus jeunes et des plus vieux.Découvrir qu\u2019il y a des valeurs qu\u2019on ne peut pas imposer à un jeune et d\u2019autres qui ne sont plus pensables pour nous.Oui, le temps passe et avec lui notre regard sur le monde et les autres.Il y a des éloges de la vieillesse qui pourraient s\u2019écrire, mais aussi des manifestes contre cette supposée supériorité du regard sur le passé.Les confusions sont énormes actuellement.Tout est à construire, tout est à repenser, tout est à relativiser.Cette situation n\u2019est pas sans semer une immense confusion en nous.Il y a des excitations que nous ne pouvons plus avoir.Il est un stoïcisme qui cache la peur de penser.Nous nageons entre deux questions fondamentales.Est-ce que la vérité existe?Et qu\u2019est-ce que la vérité?Puis, on voudrait bien que l\u2019on se souvienne.On voudrait bien que l\u2019on reconnaisse que nous avons été.Il suffit de voir toutes ces manifestations de nostalgie actuellement.Des chanteurs, des comédiens, des chefs d\u2019entreprise, tout le monde se félicite d\u2019avoir été, d\u2019avoir construit, d\u2019avoir existé, d\u2019avoir participé à la fabrication du monde.Nous entrons, et pour plusieurs années, dans l\u2019ère du mérite.Nous entrons dans cette phase où une génération nombreuse va se congratuler, se dire les mots qu\u2019il faut, se don- ner les trophées qu\u2019elle n\u2019a pas encore reçus.Je serais jeune que je serais un peu découragé de voir ce monde se dire des bons mots pour cacher les maux du monde.\u2022r 4* 4* Peut-être qu\u2019il nous faudrait maintenant des états généraux de la vieillesse, pas seulement pour parler de l\u2019état de santé d\u2019une génération.Il faudrait réapprendre la «fragilité» de l\u2019esprit des hommes et des femmes.Il faudrait repenser le monde dans lequel nous sommes.Il faudrait entrer plus profondément dans nos humanités pour en comprendre l\u2019importance et le sens.La poésie et la littérature peuvent encore guérir l\u2019âme de l\u2019être.Toute notre culture aurait besoin d\u2019un immense chantier de valorisation.Les milliers de personnes qui prendront prochainement leur retraite pourraient s\u2019y mettre, pourraient offrir au monde le meilleur de leur humanité.Vieillir, ce n\u2019est pas simplement entrer dans le monde des dépenses, c\u2019est ouvrir encore davantage son regard et oser affronter ce qui reste à faire pour que le monde soit un lieu d\u2019humanité.Nous en sommes très loin pour le moment.4* 4* 4 Vieillir, c\u2019est se donner le droit de regarder ailleurs.Ouvrir les yeux.S\u2019offrir le temps d\u2019entrer en humanité encore plus radicalement qu\u2019avant.C\u2019est un combat qu\u2019il faudra mener si nous avons aimé ce monde et si nous voulons voir le meilleur de lui exister encore.Vieillir, c\u2019est s\u2019offrir le luxe de penser encore plus que jamais la beauté dans la simplicité des choses et des êtres.Prendre le chemin de l\u2019humanisme.Approfondir tout ce qui ne pouvait pas être approfondi pendant toutes ces années perdues au service de ce qui n\u2019était pas tout à fait nous.4* 4* 4* Vieillir, c\u2019est s\u2019offrir le luxe de penser encore plus que jamais la beauté dans la simplicité des choses et des êtres.L\u2019auteure, éducatrice et directrice d\u2019écoles à la retraite, a milité dans de nombreux groupes sociaux, syndicaux et ecclésiaux Cette plénitude espérée HÉLÈNE CHÉNIER On s\u2019appauvrit avec les années.On perd de la résistance, de la force, des amis, des parents.La mémoire fléchit, le mal nous tenaille.Seule la richesse de nos expériences demeure.Pour mieux déceler leur sens et faire qu\u2019elles puissent servir, il faut apprendre à les lire.Il faut décoder sa propre histoire que l\u2019on tricote au quotidien et, pourquoi pas, se la raconter à soi-même?Au cours de ma longue vie fort bien remplie, quelle révélation ai-je reçue?Qu\u2019ai-je compris?Quelle amande ai-je goûtée en brisant la noix?Peut-être que Dieu se révèle à moi lorsque, en relation avec une communauté et assistée de l\u2019Esprit, je lis, décode, interprète mes expériences.Ainsi, dès que je touche à ma condition humaine, je touche à la mystérieuse transcendance qui loge en moi.Mon existence fut une gratuité.L\u2019être humain, tout comme la Création, ne sont pas de l\u2019ordre de la «nécessité».Ils sont le fruit d\u2019un éclatement, d\u2019une explosion, d\u2019un épanouissement gracieux.Mon existence n\u2019a pas été demandée.Elle m\u2019a été offerte et, je l\u2019espère, la plénitude de la vie me sera un jour donnée de la même façon: comme une bénédiction, un don.Cette prise de conscience, au soir de l\u2019existence, à l\u2019heure des dessaisissements et des besoins de nourriture et d\u2019eau en pays souvent désertique, me réconforte pour le reste du chemin.Une question lancinante, incontournable, demeure toutefois : qu\u2019est-ce qui m\u2019attend?m janvier-février 2007 RELATIONS Claire Beaugrand-Champagne, Véronique, 85 ans, Montréal, 1995 \\ « L\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui se promène muselé et manchot dans un palais de mirage.Parfois, tout de même, un pavé vole dans une vitrine et un jeune corps se rue sur les fruits défendus1.» Tout autour de «ce jeune corps», j\u2019imagine quelques vieux qui sourient ou qui applaudissent, parce qu\u2019ils savent que nous avons tous été floués par les mirages et qu\u2019on continue de nous en fabriquer encore et encore.Des vieux qui se seront mis au service de l\u2019humanité - enfin! 1.Michel Tournier, Des clés et des serrures, images et proses, Éditions du chêne, 1979, p.26.Fernand Dumont, homme habité par l\u2019Esprit que j\u2019ai eu le bonheur de croiser sur ma route, écrivait, aux toutes dernières pages de ses mémoires et quelques semaines avant de mourir : « De l\u2019heure où il faudra tout quitter au mythique pays de l\u2019enfance, le retour en arrière est impossible.Néanmoins, demeure peut-être encore quelque secret à découvrir et que Nicodème, lui aussi vieillissant, était venu chercher auprès de Jésus à la tombée de la nuit.\u201cIl faut naître à nouveau\u201d, lui confia le Christ.Nicodème objecta : \u201cComment un homme peut-il naître, une fois qu\u2019il est vieux?Comment cela peut-il se faire?\u201d Jésus lui dit : \u201cTu es maître en Israël et tu ignores ces choses?\u201d Oui, il y a beaucoup de choses qu\u2019ignorent les intellectuels et qu\u2019on ne trouve pas dans les livres, ceux qu\u2019on fréquente et ceux qu\u2019on écrit.Pour renaître sans doute faut-il renoncer à faire de son existence, par le souvenir ou par l\u2019anticipation, une Devenir vieux.Rester jeune.Cessons de parler de ce que nous ne sommes pas et tentons de nous approcher de ce que nous sommes.Devenir vieux, c\u2019est courir la chance de parler de soi autrement.Devenir autre.Devenir tout en s\u2019éloignant d\u2019une fausse nostalgie de la jeunesse.Le regard des jeunes sur les vieux ne peut pas changer si le regard des vieux sur les jeunes ne change pas.Il est bon d\u2019abolir l\u2019âge qui nous enferme toujours dans une catégorie.Il est bon de penser autrement la vieillesse.Il est bon de penser la jeunesse, même pour un mourant qui sait qu\u2019il peut aider encore les autres à vivre.belle écriture, un bel ensevelissement.Et espérer que Dieu donnera à sa vie la plénitude que, de soi-même, on a désespéré d\u2019atteindre» (Récit d\u2019une émigration, Boréal, 1997, p.265).Ce témoignage de Dumont, que je ne peux relire sans émotions, me parle du don que nous attendons tous pour combler ce manque, cette béance dont nous sommes faits.Il me parle de l\u2019immense désir de vie et de bonheur qui, tel un Souffle irrépressible en nous, traverse la fragile chair de notre humanité.Ainsi réconfortée pour poursuivre mon chemin, mieux avertie de l\u2019issue de la route, je souhaite garder l\u2019espérance et l\u2019amitié de ceux et celles qui, à leur façon, témoignent pour moi de l\u2019essentiel: un Dieu aimant et bienveillant m\u2019attend.RELATIONS janvier-février 2007 m dOSSieR Claire Beaugrand-Champagne, Thérèse Mac Caire et l'an de ses chats, Montréal, 1974 Vieillir, c\u2019est découvrir qu\u2019il y a quelques questions qui demeurent et en jouir, des questions.Toutes celles qui n\u2019ont pas de réponses, toutes celles qui continuent de nous habiter et que nous n\u2019avons pas pris le temps de penser autrement qu\u2019avec les clichés de ce monde.Des questions qui touchent l\u2019être dans sa qualité d\u2019être.Des questions qui Tout ce que l\u2019on peut dire de la vieillesse, c\u2019est qu\u2019on ne l\u2019a pas vue venir.Soudain, elle est dans le regard des autres.D\u2019une certaine manière, c\u2019est l\u2019autre qui fixe notre âge et nous le lui rendons bien.font grandir les autres.Des questions que l\u2019on peut poser devant les autres, avec les autres, contre les autres parfois.Tout ce que l\u2019on peut dire de la vieillesse, c\u2019est qu\u2019on ne l\u2019a pas vue venir.Soudain, elle est dans le regard des autres.D\u2019une certaine manière, c\u2019est l\u2019autre qui fixe notre âge et nous le lui rendons bien.Cet autre qui me fait sentir ma cinquantaine alors que nous étions à jouir de vivre, cet autre qui me vouvoie pour signifier l\u2019éloignement, cet autre qui me fait voir que ma vie se conjugue maintenant davantage au passé.Allez dire aux vieux qu\u2019il est encore temps pour eux d\u2019entrer en humanité.Plusieurs l\u2019ont très bien compris.Ils embellissent le monde de leurs mots, de leur histoire.Ils donnent au temps tout son sens.Ils vivent mieux, plus libres même dans la souffrance.Ils nous font voir que tout cela en valait la peine.De cela, il faudrait les remercier.\u2022 POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES BREEMEN, Pierre G.van, Le don de vieillir, Montréal, Bellarmin, 2006.Conseil consultatif national sur le troisième âge, Vieillir pauvre au Canada, Ottawa, Santé Canada, 2005.D\u2019AMOURS, Martine et LESEMANN, Frédéric, Vieillissement au travail, emploi et retraites, Montréal, Saint-Martin, 2006.DE ROSNAY, Joël, SERVAN-SCHREIBER, Jean-Louis (et al.), Une vie en plus : la longévité, pour quoi faire?Paris, Seuil, 2002.GAUTHIER, Roger, La grâce de vieillir, Ottawa, Novalis, 2006.LAVOIE, Jean-Pierre, Familles et soutien aux parents âgés dépendants, Paris, L\u2019Harmattan, 2000.HENRARD, jean-Claude, Le défi du vieillissement, Paris, La Découverte, 2002.ROCHEFORT, Robert, La retraite à yo ans, Paris, Belin, 2004.TOWNSON, Monica, Réduire la pauvreté parmi les femmes âgées : le potentiel des politiques en matière de revenu de retraite, Ottawa, Condition féminine Canada, 2000, disponible en ligne: .m janvier-février 2007 RELATIONS REVUE BEAUSOLEIL Julie et LESEMANN, Frédéric, « Les emplois \u201cpost-carrière\u201d aux États-Unis: un bilan des connaissances», Retraite et Société, CNAV, n° 42, 9-43.2004.Revue canadienne du vieillissement, Association canadienne de gérontologie, Queen\u2019s University, Toronto.SITES .: Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées.
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