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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Octobre - Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2007-10, Collections de BAnQ.

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[" envoi ue rosie-puoncaiion - tnregisirement no 09261 - CONVENTION : 40012169 Assemblée d\u2019Aparecida: bilan mitigé Joâo Batista Libânio ReLatiONS société politique religion NumeRO 720 NOvemBRe 2007 Nouveaux visages rrtH| de la migration Flux migratoires et mondialisation Une politique canadienne discriminatoire L\u2019étranger et le citoyen Les Églises solidaires des migrants Controverse Le cynisme face à la politique Æ ARTISTE INVITÉE: CHLOÉ SURPRENANT 06538527434711 ReLatiONS NuméRo 720, octOBRe-NovemBRe 2007 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS Solidarité avec les déshérités\t9 Joseph Xavier, s.j.AILLEURS L\u2019Arménie : une stabilité à quel prix?\t28 Vicken Cheterian CONTROVERSE Le cynisme face à la politique Lise Payette\t30 Louise Dionne\t31 REGARD Assemblée d\u2019Aparecida : bilan mitigé\t32 Joào Batista Libânio EN BREF\t35 PROMENADES Comme une vache regarde un train\t36 Ying Chen BLOC-NOTES Les yeux prêtés de l\u2019autre\t38 Gregory Baum MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture: Chloé Surprenant, Tren, huile et collage sur toile, 30 x 60 cm, 2007 dOSSieR NOUVEAUX VISAGES DE LA MIGRATION\t10 La croissance des migrations à l\u2019échelle planétaire s\u2019intensifie.Ces dernières prennent de nouveaux visages et transforment celui de nos sociétés.Alors que la mondialisation élimine les barrières à la libre circulation du capital, des marchandises et de l\u2019information, les États du Nord rendent leurs frontières plus étanches aux personnes.Une refonte radicale de nos politiques migratoires s\u2019impose.C\u2019est en abordant le bien commun national dans la perspective plus large d\u2019une justice universelle que nous pourrons relever le défi des migrations.Flux migratoires et mondialisation\t12 Chalmers Larose Une politique canadienne discriminatoire\t15 Victor Piché Les réfugiés environnementaux\t16 Osire Glacier L\u2019étranger et le citoyen\t19 Étienne Tassin La figure de l\u2019immigré\t20 Mouloud Idir Les Églises solidaires des migrants\t23 Élisabeth Garant ARTISTE INVITÉE Née à Montréal en 1973, Chloé Surprenant a commencé à peindre dès l\u2019adolescence.Elle préfère travailler sans filet : « Mon atelier, dit-elle, est partout où il y a de la vie.» À ses débuts, elle a participé (avec les PDG, Armand Vaillancourt, François Gourd) aux événements de peinture en direct des Foufounes Électriques.Au cours de ses voyages en Europe, elle a privilégié l\u2019art éphémère en peignant sur les murs des bâtiments abandonnés, dans les squats où elle a vécu, sur la carrosserie des camions de travellers.Depuis qu\u2019elle peint sur toile, elle a exposé à Montréal et à Prague.Son thème de prédilection est l\u2019âme humaine, c\u2019est-à-dire l\u2019âme migrante, qu\u2019elle cherche à capter sur le vif, par la vertu du flou, dans un entre-deux qui est l\u2019instant de vérité.On peut consulter son site web - Les Apatrides : exposition virtuelle-à l\u2019adresse suivante : .Revue foNDée eN 1941 Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Marco Veilleux SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Catherine Caron DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Goldstyn, Lino, Zohar RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Louise Dionne, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Élisabeth Garant, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Guy Paiement, Sylvie Paquerot, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Ying Chen, Jean-Marc Éla, Osire Glacier, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau IMPRESSION Impart Litho, Victoriaville Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 octobre-novembre 2007 ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l'étranger : 45 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien: 100$ (unan) TPS: RI 19003952 TVQ: 1006003784 Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.Canada Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 RELATIONS \u2014 L\u2019identité contre la politique?Les propos teintés de xénophobie que la Commission Bouchard-Taylor permet de monter en épingle - tant ils sont placés en exergue par les médias de masse qui n\u2019ont de cesse de carburer à la mise en spectacle de la vie sociale -, éveillent un malaise.Mais passé ce sentiment, il ressort un constat pas moins navrant : le discours identitaire qui évacue toute dimension politique prend une place grandissante dans le débat sur les accommodements raisonnables.D\u2019un coté, le «eux», la multitude de communautés culturelles minoritaires, drainant avec elles certaines demandes de reconnaissance menaçantes et, de l\u2019autre, le «nous», la majorité porteuse d\u2019une identité nationale fragilisée par celles-ci.Entre les deux, un jeu d\u2019équilibre où chacun devrait occuper la « juste » place qui lui revient, l\u2019un dans la sphère privée, l\u2019autre dans l\u2019espace public.Comme s\u2019il s\u2019agissait, tout compte fait, d\u2019atteindre un vivre ensemble harmonieux en définissant simplement la place respective de chacun dans la société.Comme si nous n\u2019étions pas pris Chloé Surprenant, Mon cœur à la morgue (détail), acrylique sur toile, 46 x 46 cm, 2003 dans des rapports sociaux conflictuels qui traversent toutes les communautés d\u2019appartenance et embrassent l\u2019État lui-même.On ne retrouve rien ici qui renvoie à l\u2019ébranlement radical de toute certitude identitaire, de tout fondement de la société, que symbolise le politique.En effet, l\u2019action politique, faut-il le rappeler, surgit des brèches de l\u2019ordre social: d\u2019une part, en tant que conscience qu\u2019aucune communauté dite «naturelle» n\u2019est au fondement de la vie sociale - fut-elle symbolisée par la nation - et que rien, aucun destin, aucune nature ne justifie l\u2019injustice et l\u2019inégalité sociale; et d\u2019autre part, en tant que lutte commune contre les structures sociales de domination, au nom de la dignité humaine.Tout rapport à l\u2019identité, passé au crible du politique, affleure dès lors comme construction imaginaire, sans pour autant que l\u2019on puisse déduire par là qu\u2019il relève d\u2019une illusion.Au contraire, l\u2019imaginaire se manifeste comme constitutif de notre rapport au réel.Mais de même que celui-ci passe par le langage, créant ainsi une distance, un vide entre les choses, les êtres et soi qui a pour nom «monde», de même toute identité, individuelle ou collective, nourrie de récits, de mémoires, de regards, d\u2019expériences vécues, n\u2019est jamais collée à soi ni univoque; un vide s\u2019y loge qui a pour nom «altérité» et permet de penser un « monde commun ».Nous mesurons ainsi l\u2019écart qui sépare du politique la mise en scène d\u2019un «nous» sans failles qui nous est servi à satiété dans le débat public.Comment sentir alors les liens qui nous unissent - grâce à ces identités plurielles et par delà celles-ci - dans la lutte contre l\u2019exclusion, la précarité et l\u2019exploitation qui sont souvent les causes d\u2019un repli identitaire?Il n\u2019est pas étonnant que les courants conservateurs trouvent là matière à «sortir du placard » avec bruit et fracas.Ils ai- ment à jouer la nation contre la démocratie, le culturel contre le politique, manière bien à eux de participer à la dépolitisation de la société.Tel Mathieu Bock-Côté, par exemple, ils appellent à se mobiliser autour d\u2019« institutions fortes », à ne pas craindre de se sacrifier au destin de la nation plus grande que soi.Comme s\u2019il s\u2019agissait de se tourner vers une transcendance irradiant sur nous sa grâce.Cet appel cache mal une intention moins dévote de domestiquer le mouvement social, la « racaille » démocratique, et de biffer l\u2019antagonisme social.Une démocratie, d\u2019accord, mais disciplinée dans laquelle les élites accapareuses ont revêtu les habits respectueux de représentants de la nation.C\u2019est le combat qu\u2019ils nous proposent.Étrange voix d\u2019un autre temps -chant de sirène - qui tourne le dos à ce qui devrait pourtant être l\u2019objet urgent de notre agir collectif: l\u2019emprise de plus en plus grande du Capital sur notre existence, les formes de vie sociale et le travail.Elle contraint à se mutiler, à se doper, à s\u2019humilier, à ravager la terre, à saborder ses propres conditions d\u2019existence, au nom d\u2019une pure logique mercantile, comme autant de façons de se soumettre à son destin.C\u2019est contre cette fatalité qu\u2019il faut s\u2019insurger et mener la lutte politique nécessaire pour harnacher l\u2019économie financiarisée.Cela n\u2019exclut pas, bien entendu, le combat pour la souveraineté.Encore faut-il ne pas perdre de vue l\u2019horizon de la globalisation sous lequel il est mené, et le projet politique dont il doit être résolument porteur, pour ne pas se voir entraîné à son corps défendant plus avant dans la logique marchande, que ce soit sous le label de la Nation inc.ou comme destin inscrit dans le ciel de l\u2019histoire.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS octobre-novembre 2007 actuaütes L\u2019auteure est membre de D'abord Solidaires Un happening du mouvement social Après de multiples tentatives, le premier Forum social québécois (FSQ) s\u2019est enfin réalisé! LORRAINE GUAY Ce premier Forum social québécois a été un véritable « happening démocratique», un surgissement de vitalité de la société civile et un moment de luminosité dans la grisaille du paysage politique québécois, canadien, nord-américain et même occidental.Dès l\u2019ouverture, la soirée culturelle a été explosive; elle résonne encore dans les murs du Medley! Le FSQ commençait avec la réalisation d\u2019une promesse : « Remettre les artistes au cœur de la cité pour nous aider à lutter contre l\u2019indifférence et l\u2019isolement, pour que les chaussées et les planchers qui accueillent nos pas éveillent notre sens critique, pour que l\u2019imagination n\u2019ait pas de limites ni d\u2019attaches quand il s\u2019agit de penser un autre monde possible ».Il faut d\u2019abord souligner la richesse des axes thématiques (droits humains, services publics, monde du travail, économie solidaire, démocratie et participation citoyenne, guerre et pacifisme, etc.), la pertinence des sujets des grandes conférences (régions, services publics, ressources naturelles, droits, démocratie, solidarités Québec-Amériques) et la vigueur du questionnement mené contre le projet impérial néolibéral au profit non pas simplement d\u2019un projet de société pour le Québec, mais d\u2019une société de projets pour un autre Québec et un autre monde.L\u2019ampleur de la participation - plus de 5000 personnes de toutes les régions du Québec - a également de quoi réjouir ainsi que la diversité des 450 ateliers issus du processus d\u2019autoprogrammation et la qualité des interventions non seulement des personnes- ressources, mais aussi et surtout des participants.Ça échangeait.Ça discutait.Ça prenait la parole, expérimentant ce que Chico Whitaker (cofondateur du Forum social mondial) nomme «l\u2019horizontalité des rapports entre participants : une horizontalité qui permet l\u2019échange libre d\u2019expériences, la reconnaissance et l\u2019apprentissage réciproques, la consolidation des liens ou la construction de nouvelles alliances entre les organisations et mouvements» (Changer le monde.mode d\u2019emploi, Éditions de l\u2019Atelier, 2006).Les enjeux majeurs auxquels nous sommes confrontés ont été abordés à travers une solide programmation féministe, écologiste, populaire, culturelle, internationaliste, etc., de sorte que toute la vie, tous les systèmes d\u2019exploitation ont été remis en question et que des solutions de rechange ont été proposées pour tous les problèmes.clouant le bec à tous ceux qui accusent les mouvements sociaux d\u2019immobilisme et d\u2019être des empêcheurs de « progrès ».Photo : Isabelle Schaefers CCHMô.v T r\tj.S» mijü ¦ra jUjlTcé) rvuis i zn SâùBiV i Ifc!> |î\t ü M ¦¦\tjiri\t ¦1\t' k ¥ ^ -\u2014-\u2014 1 I Uvi.\u2019Wr^BJ\t (VpQ\t | octobre-novembre 2007 RELATIONS actuaLites '^**^oromsocialt,uebecol! / VsT Ce premier FSQ aura aussi été, et pleinement, le théâtre de la rencontre avec les peuples autochtones dont la présence constante nous a rappelé combien il est urgent de mener solidairement les luttes pour la reconnaissance de leurs droits.Les milliers d\u2019hommes et de femmes qui ont participé au FSQ ont été horrifiés d\u2019apprendre que le gouvernement canadien s\u2019apprêtait à voter contre une déclaration de l\u2019ONU sur les droits des peuples autochtones et ils se sont immédiatement mobilisés pour le faire changer de cap.Suivant la tradition des forums sociaux, celui-ci s\u2019est clôturé par l\u2019Assemblée des mouvements sociaux qui offre un cadre distinct où ceux et celles qui le désirent peuvent parler d\u2019une seule voix (ce que le forum en tant que tel n\u2019offre pas).Ainsi, 130 organisations ont jusqu\u2019à maintenant signé l\u2019Appel solidaire des mouvements sociaux UniEs pour l\u2019avenir du Québec et du monde.Une semaine de mobilisation aura également lieu en janvier à la grandeur du Québec, avec comme point culminant la journée mondiale d\u2019action du 26, initiée par le Forum social mondial.La marche festive a suivi, pendant laquelle près de 2000 marcheurs et marcheuses ont pu exprimer, dans le plaisir et la fraternité, leurs talents pour la danse improvisée, la musique inventée et le bruit.bien appuyé! Certes, un bilan critique reste à faire mais on peut déjà affirmer que le FSQ a été un de ces instants magiques qui contiennent des années de travail militant, de mobilisations, grandes et petites, qui chassent la lassitude, la fatigue, les tensions, conflits et divisions.parce que les luttes sont longues et que ce que nous avions gagné ne l\u2019est jamais définitivement.Comment conserver à la fois la vitalité, la diversité, l\u2019imagination, la liberté, l\u2019au- tonomie des individus et de groupes sociaux pluriels et construire un véritable mouvement social solidaire et unifié, capable de faire reculer les politiques militaristes du gouvernement canadien, d\u2019en finir avec le conservatisme et le populisme de nombre de politiciens québécois et d\u2019imposer son ordre du jour politique progressiste?C\u2019est notre défi, avec celui de faire en sorte que le formidable happening festif et démocratique que constitue un forum social aussi réussi inspire notre engagement durablement, quotidiennement et modestement dans toutes ces luttes qui changent le monde et qui nous transforment en même temps.\u2022 Le sommet de Montebello L\u2019ironie et la désinvolture masquent l\u2019imposition d\u2019un nouveau modèle de gouvernance publique-privée antidémocratique.DORVAL BRUN ELLE A la conclusion du troisième sommet sur le Partenariat nord-américain sur la sécurité et la prospérité (PSP), qui se déroulait à Montebello au Québec, les 20 et 21 août 2007, le ton en conférence de presse a été on ne peut plus laconique et ironique.Pour illustrer l\u2019utilité de ces rencontres et la nécessité d\u2019une harmonisation normative entre les États-Unis et le Mexique, le premier ministre du Canada, Stephen Ffarper, a parlé de l\u2019absurdité du maintien d\u2019une réglementation particulière en citant l\u2019exemple des bonbons (communément appelés jelly beans) produits suivant des critères différents de part et d\u2019autre de la frontière.Quant au président Bush, pour mettre en lumière la dimension essentiellement anodine de cette rencontre à trois, il s\u2019est gaussé des inquiétudes de certains de ses concitoyens concernant la construction éventuelle d\u2019une autoroute géante reliant le Canada au Mexique.Seul le président Calderôn du Mexique a adopté un ton de circonstance, inquiet qu\u2019il était que l\u2019ouragan Dean, qui menaçait la côte du Yucatan ce jour-là, ne pulvérise le socle sur lequel repose une présidence gagnée à l\u2019arraché et à la suite de manœuvres frauduleuses, le 2 juillet 2006.Or, n\u2019en déplaise aux médias de masse, comment croire et faire croire Photo : Cabrielle Cérin L\u2019auteur est professeur au Département de sociologie et directeur de l\u2019Observatoire des Amériques de l\u2019UQAM : RELATIONS octobre-novembre 2007 actuaLites que l\u2019homme le plus puissant de la planète ait consacré deux jours à rencontrer deux leaders bancals uniquement pour échanger quelques bonnes plaisanteries entre voisins?Mais le résultat final est là : grâce à cet habile recadrage effectué par les manipulateurs d\u2019opinion, un rituel qui compte parmi les plus importants et les plus révélateurs du processus d\u2019intégration à grande échelle en cours en Amérique du Nord a été ravalé au niveau d\u2019une garden-party.Jacques Goidstyn\tII faut le dire et le répéter, ces rencontres ne constituent pas des témoignages de civilité et elles ne relèvent pas du « business as usual», comme l\u2019ont affirmé de savants commentateurs.Elles n\u2019ont même pas grand-chose à voir, comme s\u2019est plu à l\u2019évoquer le président Bush, avec les rencontres de chefs d\u2019État tenues dans le cadre de l\u2019Union européenne.Car ces sommets annuels, auxquels assiste le Conseil nord-américain de la compétitivité (CNAC), ont instauré un mode radicalement nouveau de gouvernance publique-privée à l\u2019échelle continentale.Le fait que le CNAC regroupe trente chefs des plus grosses entreprises à raison de dix par pays l\u2019illustre à merveille.Cela comprend Chevron, Ford, FedEx, GE, GM, Lockheed Martin, UPS et Wal-Mart aux États-Unis; BCE, Home Depot, Manulife, Power Corp., Sco-tiabank et Suncor au Canada; Kimberly Clark du Mexique, Avicar de Occidente et Grupo Impulso, au Mexique.Or, ce type de gouvernance n\u2019a strictement rien à voir avec les institutions politiques qui encadrent le processus d\u2019intégration économique ailleurs dans le monde, que ce soit en Europe ou en octobre-novembre 2007 RELATIONS a* mfmM L£ Apr op mout&s&Uû Amérique latine.Il n\u2019y a ici ni légitimité, ni transparence, ni pluralisme, ni non plus de reddition de comptes, d\u2019où l\u2019existence d\u2019un mouvement d\u2019opposition au PSP qui a bien des chances de grandir.D\u2019ailleurs, pour prendre une autre mesure du processus en cours, il aurait suffi de surmonter l\u2019amnésie qui caractérise les paraphraseurs de communiqués officiels et de se reporter au rapport du Groupe de travail indépendant sur l\u2019avenir de l\u2019Amérique du Nord, déposé avant le premier sommet tenu à Waco, le 23 mars 2005.On y aurait lu que le second objectif du thème du PSP intitulé «améliorer et accélérer le processus d\u2019approbation réglementaire en Amérique du Nord », portait un titre révélateur «Acier: un partenariat stratégique pour une industrie stratégique ».À l\u2019arrivée, deux années plus tard, le partenariat stratégique a bel et bien été réalisé dans ce secteur, comme en témoigne l\u2019article publié dans Le Devoir du 13 juillet 2007, dans lequel Gérard Bérubé note que le Canada, «l\u2019un des pays les mieux pourvus en ressources minières, [vient] déjà de voir racheter coup sur coup trois de ses fleurons de l\u2019acier: Dofasco, Ipsco et Algoma.Le dernier sidérurgiste canadien indépendant, Stelco, se retrouve dans la mire de trois prétendants ».Il faudrait ainsi reprendre les objectifs du partenariat pièce par pièce, morceau par morceau, afin de montrer et de démontrer que l\u2019intégration suit effectivement son cours dans les secteurs du transport, de l\u2019énergie et, en particulier, de l\u2019électricité.Cette stratégie a un double but: celui de sécuriser la société des États-Unis contre toutes les menaces venues de l\u2019extérieur et d\u2019assurer la pérennité du mode de vie inspiré de Y American way of life aux ressortissants des États-Unis, et à eux seuls.Les vrais amis et les véritables alliés des États-Unis, ce sont ceux qui se plient à ces exigences ; les autres sont, au mieux, objets de ridicule et d\u2019ironie, au pire, des ennemis.\u2022 actuaütes Querelle de rites?Les débats liturgiques sont toujours le symptôme d\u2019enjeux plus profonds sur le sens de la foi et la vision de l'Église.MARCO VEILLEUX Le 7 juillet dernier, Benoît XVI publiait un décret libéralisant l\u2019usage du «rite tridentin» pour la célébration de la liturgie catholique (messe, sacrements du baptême et du mariage, funérailles, etc.).On a vite parlé d\u2019un retour de « la messe en latin».Les choses sont plus complexes.Le second concile du Vatican (1962-1965), sans désavouer l\u2019usage du latin, a autorisé les célébrations en langues vernaculaires.Cette décision a marqué les esprits.Mais ce concile allait beaucoup plus loin.Sa réforme de la liturgie était le fer de lance de tout Y aggiorna-mento de la foi et de l\u2019Église qu\u2019il comptait réaliser.Pour ce faire, les Pères conciliaires s\u2019appuyèrent sur les acquis du mouvement liturgique - ce vaste courant qui, depuis le XIXe siècle, avait stimulé les études historiques en liturgie, renouvelé la mise en œuvre de cette dernière et cultivé, chez les fidèles, son intelligence.Fruit mûr de ces recherches, la messe que nous célébrons depuis le Concile - dans sa structure et son esprit, dans ses gestes et ses paroles - est donc plus « traditionnelle», parce qu\u2019enracinée aux sources du christianisme apostolique et patristique.Elle s\u2019est vite répandue dans l\u2019ensemble de l\u2019Église latine, si bien que le rite antérieur, qui remontait au concile de Trente (XVIe siècle), était en pratique tombé en désuétude -sauf pour une portion d\u2019irréductibles : les catholiques «traditionalistes» ou « intégristes » (sur cette mouvance, voir l\u2019article d\u2019Anne-Marie Aitken dans le n° 714 de Relations).Le décret de Benoît XVI marque sa volonté de reconquête de cette frange de prêtres et de fidèles (dont plusieurs sont en rupture avec Rome).Or - et là réside l\u2019ambiguïté du geste pontifical -ces derniers font de la messe tridentine un étendard de leur refus plus global des avancées de Vatican IL Ils considèrent comme une hérésie la reconnaissance de la liberté religieuse; ils rejettent avec véhémence le dialogue œcuménique et interreligieux; ils méprisent toute volonté d\u2019ouverture critique au monde moderne, etc.En ne ménageant aucun effort pour ramener ces brebis récalcitrantes dans le giron romain, le pape semble donc accorder une certaine légitimité aux détracteurs du Concile.Cela est déplorable.Et si l\u2019on ne saurait reprocher au pasteur universel son souci d\u2019unité, on souhaiterait toutefois lui voir déployer la même énergie pour aller au devant de tous ces autres fidèles - beaucoup plus nombreux - qui attendent eux aussi une reconnaissance de leur «sensibilité» religieuse.C\u2019est pourquoi, pour les catholiques loyaux à l\u2019enseignement de Vatican II et fermement engagés dans sa mise en œuvre, il est inquiétant de voir les autorités romaines - habituellement si inflexibles - faire de tels compromis pour récupérer les traditionalistes.Au Québec et au Canada, où ceux-ci demeurent encore assez marginaux (et où rares sont les prêtres maîtrisant le latin), il est possible que ce document ait pour le moment peu de conséquences.En revanche, dans l\u2019Église de France où vivent la majorité des traditionalistes, ce décret cause un profond malaise.Pour satisfaire les «besoins» de ces derniers, l\u2019épiscopat français avait déjà consenti à des aménagements.Un certain modus vivendi s\u2019était installé.Le document pontifical renverse l\u2019équilibre.Il retire entre autres aux évêques la faculté d\u2019autoriser ou non la célébration dans le rite tridentin, laissant cette décision aux prêtres -si «un groupe stable de fidèles le demande ».Le pape semble ainsi céder aux revendications des intégristes et sape encore davantage l\u2019autorité des évêques.Il réduit leur rôle à celui de «veiller à ce que tout se passe dans la paix et la sérénité ».De plus, il fait de la Commission pontificale Ecclesia Dei -organe romain chargé de ce dossier -une sorte d\u2019instance d\u2019appel à laquelle les catholiques attachés au rite tridentin pourront recourir si un curé ou un évêque ne pourvoit pas à leurs exigences liturgiques.En plus d\u2019être in-gérable et de prêter flanc à des pratiques de chantage et de délation, ce système est une contradiction patente du principe de la collégialité.Bien sûr, certains diront qu\u2019il n\u2019est pas illégitime d\u2019apprécier l\u2019esthétique baroque et la «sacralité» du rite tridentin.Peut-être.Mais la liturgie n\u2019est pas qu\u2019une affaire de goût.Elle incarne une vision de Dieu et du salut.Elle met en œuvre une représentation de l\u2019Église et de ses rapports au monde.La liturgie manifeste ainsi une « identité ».En faisant d\u2019elle un bastion de leurs revendications, les traditionalistes l\u2019ont bien compris.En la négligeant trop souvent ou en s\u2019en méfiant, les «catholiques sociaux» ont fait erreur.Avec ce document pontifical - et avec celui quasi simultané de la Congrégation pour la doctrine de la foi réitérant la «suprématie» de l\u2019Église romaine -, c\u2019est une identité catholique restauratrice, condescendante et intransigeante qui s\u2019affirme.Celles et ceux qui croient à un autre type de catholicisme que celui-là seraient bien avisés d\u2019investir, d\u2019une manière significative, dans une pratique liturgique fidèle à l\u2019esprit du Concile.\u2022 RELATIONS octobre-novembre 2007 actuaLites L'auteure est responsable des actions urgentes au Comité pour les droits humains en Amérique latine Minières canadiennes: un cas en Équateur Un projet minier canadien dans l\u2019Amazonie équatorienne soulève une forte opposition parmi la population locale.tij/i.iijjers Ufcj füjii/ttr LAURA HANDAL LOPEZ Le 2 décembre 2006, le député équatorien Salvador Quishpe est enlevé par des membres des forces armées à Tundayme, dans la province de Zamora Chinchipe, au sud-est de l\u2019Équateur.Cela s\u2019est passé durant une mobilisation contre la minière canadienne Corriente Resources.Cette nouvelle a attiré l\u2019attention des médias internationaux sur la répression et la persécution qui sévissent contre les populations de Zamora Chinchipe et de Morona Santiago qui s\u2019opposent au développement minier dans leur province.C\u2019est dans ces provinces, en effet, qu\u2019est situé le projet minier canadien, dans l\u2019une des zones protégées de l\u2019Amazonie équatorienne faisant partie du Parc binational (Pérou-Équateur) du Condor.La compagnie Corriente Resources a obtenu des concessions minières dans la région en 2000 et a fondé une entreprise locale - la Ecua-corriente - en vue de prendre en charge le projet sur le terrain.En novembre 2006, les habitants de la région découvrent que l\u2019entreprise a obtenu, à leur insu, des concessions de cantons entiers où ils vivent, et que les projets miniers qui y seraient implantés auraient des conséquences néfastes pour les centres ruraux et urbains environnants, ainsi que sur les écosystèmes.Les conflits avec la compagnie ont débuté le 9 novembre 2006 par un soulèvement de citoyens préoccupés par la situation, dans la région de Chuchumbleza, qui s\u2019est terminé par un violent affrontement avec l\u2019armée et un bilan de 14 blessés.Quelques jours plus tard, le gouvernement s\u2019est engagé à stopper les activités d\u2019Ecuacorriente par un accord signé entre le ministre du Travail et de l\u2019Emploi et les instances citoyennes locales s\u2019opposant au développement minier.Cependant, cela n\u2019a pas empêché la compagnie de poursuivre ses activités.Le 1er décembre 2006, voyant que ni l\u2019accord ni les efforts des autorités locales pour le faire respecter et demander une issue légale au conflit n\u2019avaient fonctionné, les citoyens se sont à nouveau mobilisés.Ils ont organisé une marche pacifique vers Tundayme, un des centres peuplés situé dans la zone acquise par la compagnie, pour aller s\u2019entretenir avec les responsables du projet minier.La manifestation, à laquelle participaient femmes, hommes et enfants, a été brutalement réprimée par les gardes de sécurité de la minière et des membres des forces armées au service de la compagnie.Rodrigo Aucay, président du Comité de défense de la santé, de la nature et de la vie du canton El Pangui, raconte: «À Tundayme, ils ont séquestré 19 personnes, hommes et femmes, incluant le député Salvador Quishpe.Les femmes ont été emmenées au campement d\u2019Ecuacorriente pour interrogations, une d\u2019entre elles a été victime d\u2019une tentative de viol.» D\u2019autres manifestants ont été battus ou blessés par balle.Pour l\u2019instant, Ecuacorriente a suspendu ses activités, mais les citoyens des deux provinces demeurent vigilants et continuent de se mobiliser afin d\u2019empêcher la compagnie de remettre en marche son projet.Les habitants des régions concernées craignent que la mine à ciel ouvert ainsi que la déforestation, la contamination des sols et des sources d\u2019eau et l\u2019érosion que cela implique, détruisent leurs aires d\u2019agriculture et d\u2019élevage et affectent profondément leur santé.Une stratégie de développement, comme voie de rechange aux activités minières, a été proposée par la Fédération interprovinciale des Centres Shuar, la première organisation autochtone d\u2019Amazonie équatorienne, située à la frontière du Pérou.Elle a été bien accueillie par les groupes mobilisés des deux provinces équatoriennes en cause.Elle mise sur l\u2019écotourisme.«Nous voulons des provinces écologiques afin de pouvoir protéger l\u2019eau et l\u2019oxygène pour toute la planète, face aux changements climatiques.Nous voulons protéger l\u2019environnement pour tous les êtres humains, pas seulement pour les Autochtones », a déclaré Miguel Tankamash, président de la Fédération.Roberto Wachapan, son responsable des communications, ajoute: «Nous voulons faire respecter la volonté des gens que nous représentons, qui disent non aux compagnies minières, pétrolières et hydroélectriques sur notre territoire.» \u2022 octobre-novembre 2007 RELATIONS HoRiZoNs Solidarité avec les déshérités JOSEPH XAVIER, S.J.Ce n\u2019est pas tous les jours que les plus déshérités de ce monde font la manchette en imposant leur présence dans un événement international.C\u2019est pourtant ce qui s\u2019est passé au quatrième Forum social mondial (FSM) de Mumbai, en 2004, où une formidable mobilisation des mouvements populaires indiens a eu lieu.Profitant de la présence de nombreux acteurs sociaux et de médias du monde entier, les Dalits venus des quatre coins de l\u2019Inde sont parvenus à se faire entendre en organisant la «Marche nationale des Dalits pour l\u2019affirmation de leurs droits».Représentant 30% des quelque 100 000 participants majoritairement indiens présents au Forum, les Dalits lui ont donné une couleur populaire jamais vue auparavant, même à Porto Alegre.Rappelons que les Dalits, plus connus en Occident sous le nom d\u2019intouchables, sont parmi les citoyens les plus opprimés en Inde, étant considérés par le système de castes comme « impurs ».Au cœur de cette mouvance se trouve SAPI (South Asian Peoples\u2019 Initiatives).Fondé en 2003, SAPI regroupe et facilite la coordination des actions d\u2019une centaine d\u2019organisations - ONG, groupes communautaires, mouvements populaires et sociaux -de l'Inde, du Népal et du Sri Lanka.Il n\u2019a cessé depuis de croître en force et en nombre.Animé par 250 jésuites engagés dans l\u2019action sociale, SAPI, qui compte actuellement quelque 5000 membres, œuvre à la création d\u2019une société démocratique, égalitaire, laïque et pluriculturelle.Il le fait par le biais de réflexions et d\u2019actions communes avec et au nom des exclus de la société : Dalits, Adivasis (communautés autochtones tribales), femmes, travailleurs non organisés, enfants, jeunes, réfugiés et minorités culturelles et religieuses.Cette mission se réalise de différentes façons: occupation et élargissement Animé par 250 jésuites engagés dans l\u2019action sociale, SAPI regroupe et facilite la coordination des actions d\u2019une centaine d\u2019organisations.de l\u2019espace public; organisation, mobilisation et visibilité médiatique de luttes locales; ateliers et séminaires; conscientisation; interventions dans la sphère gouvernementale; défense des droits humains; réseautage national et international; promotion d\u2019un modèle de développement local et durable alternatif; campagnes nationales; formation juridique; soutien logistique et participation aux luttes populaires en matière de droits économiques, culturels et sociaux.SAPI est actuellement engagé dans une campagne de soutien aux Dalits en Inde.Depuis 2004, en effet, il a réuni et mis en dialogue au-delà de 200 organisations et mouvements populaires de Dalits provenant de partout en Inde afin de réfléchir à ce que pourrait être une politique nationale concernant les Dalits.Les rêves et les aspirations des Dalits se sont cristallisés sous la forme d\u2019un document intitulé A Dalit Vision for a New India: Campaign for a National Dalit Policy.Ce document a été porté à l\u2019attention du public durant le Forum social indien en 2006.SAPI s\u2019est joint dernièrement à une campagne similaire en soutien aux communautés tribales de l\u2019Inde, les Adivasis, en vue de la reconnaissance de leurs droits coutumiers.SAPI a très vite compris que les forums sociaux constituent un puissant instrument de création de solidarités et de réseautage favorisant la mise en contact des organisations et des populations marginalisées, de langues et de cultures multiples.Dès sa fondation, en 2003, environ 160 délégués participaient au Forum social d\u2019Asie à Hyderabad.Ils étaient plus de 1650 délégués présents au quatrième Forum social mondial (FSM) de Mumbai, en 2004.De trente à soixante délégués ont été envoyés aux FSM subséquents et plus éloignés géographiquement: ceux de Porto Alegre (Brésil) en 2005, de Karachi (Pakistan) en 2006 et de Nairobi (Kenya) en 2007.Devant la culture de mort et d\u2019exclusion qui accompagne la mondialisation néolibérale, le réseau SAPI est animé du désir de promouvoir une culture de vie et d\u2019espoir.Pour ses membres, un autre monde est non seulement possible, mais nécessaire.\u2022 L\u2019auteur, jésuite, est coordonnateur des South Asian Peoples' Initiatives (SAPI) RELATIONS octobre-novembre 2007 FJ dOSSieR Nouveaux visages de la migration MARCO VEILLEUX Depuis toujours, les êtres humains ont été en mouvement.La croissance des migrations à l\u2019échelle planétaire constitue toutefois l\u2019un des défis les plus importants du monde contemporain.Ces déplacements de personnes s\u2019alimentent à diverses causes: les guerres, la pauvreté, les répressions politiques, les fléaux naturels, le chômage, le désir légitime d\u2019améliorer son sort et celui de ses enfants.Or, selon les paramètres néolibéraux de la mondialisation, ces flux migratoires relèvent d\u2019abord des exigences de la mobilité de la main-d\u2019œuvre.Ils doivent donc être « gérés » en fonction de la compétitivité des marchés et dans une logique de réduction des coûts de production et de maximisation des profits.À cette navrante perspective utilitariste s\u2019ajoute maintenant tout le contexte de « l\u2019obsession sécuritaire » et du contrôle des frontières issu de l\u2019après-11 septembre.Les principes humanistes qui pourraient éclairer la problématique complexe des migrations semblent trop souvent relégués à la marge.Ainsi, comme l\u2019affirme Chalmers Larose dans l\u2019article qui ouvre notre dossier, « il est déplorable de constater que les politiques d\u2019immigration reflètent davantage ce rapport coût-bénéfice très réducteur qui reproduit un réflexe mercantile faisant abstraction des dimensions et des conditions de la personne humaine ».Voilà pourquoi une refonte radicale de nos politiques migratoires s\u2019impose.Ces dernières devraient mieux tenir compte des enjeux sociaux liés à l\u2019intégration des immigrants au sein des pays d\u2019accueil.Elles devraient également se préoccuper des répercussions négatives de ces déplacements de population sur la capacité de développement autonome des pays «sources» d\u2019immigration.Elles devraient enfin, et par-dessus tout, assurer impérativement la protection et le respect des droits humains des personnes migrantes.À cet égard, la Convention des Nations unies sur la protection des travailleurs migrants et des membres de leur famille constitue une référence fondamentale.Malheureusement, comme le souligne Victor Piché dans un texte qui suscite l\u2019indignation, «aucun pays développé n\u2019a à ce jour ratifié cette convention, de sorte que ces droits demeurent trop souvent lettre morte ».Si le Canada refuse de le faire, c\u2019est que plusieurs articles de ce document l\u2019obligeraient à transformer radicalement ses programmes - particulièrement ceux favorisant les «migrations temporaires ».Ces derniers sont en effet hautement discriminatoires.Ils maintiennent un nombre croissant de personnes qui séjournent et travaillent sur notre territoire dans une incapacité d\u2019accès au statut de citoyen - comme c\u2019est le cas, entre autres, des aides familiales résidantes ou des travailleurs agricoles saisonniers.De plus, ils prêtent flanc à ce que nous pouvons véritablement qualifier de « formes contemporaines d\u2019esclavage» (sur cette troublante question, voir le dossier que Relations publiera en mars 2008).Par ailleurs, aux nombreux facteurs déjà connus à l\u2019origine des déplacements humains dans le monde, s\u2019ajoutent maintenant la dégradation accélérée de l\u2019environnement et les changements climatiques.Ces phénomènes, en rendant des zones entières inhabitables, poussent des populations à l\u2019exode.Osire Glacier souligne ici que « dans quelques décennies, le nombre des réfugiés environnementaux dépassera celui des réfugiés pour des raisons de guerre ou de violence».Une grave crise humanitaire se pointe donc à l\u2019horizon.« Paradoxalement, alors que nous sommes à une époque où l\u2019on n\u2019a jamais eu autant conscience de la valeur des droits humains, nous assistons à un recul troublant de leur mise en œuvre, en particulier en ce qui concerne les droits civils et politiques.Je pense que c\u2019est là une conséquence des événements de septembre 2001 et de la priorité donnée à la lutte contre le terrorisme.» Louise Arbour, Haut Commissaire des Nations unies pour les droits de l\u2019Homme 1 1 ' u !» r 4# F \u2022 Face à ces nouveaux visages de la migration, il peut être salutaire de faire un détour par la philosophie politique.Paradoxalement, alors qu\u2019une mondialisation impérialiste fait tomber les barrières pour imposer au maximum la libre circulation du capital, des marchandises, de l\u2019information et de la culture de masse, les États du Nord rendent leurs frontières plus étanches aux personnes.De ce fait, ils refoulent «l\u2019étranger» dans un non-lieu légal, national, économique et imaginaire.À travers sa réflexion aussi exigeante que stimulante, Étienne Tassin nous conduit à la question de fond qui sous-tend tout le débat relatif aux phénomènes migratoires : celle de la reconnaissance politique de l\u2019autre.Pour lui, ce « rapport politique est celui qui favorise l\u2019éclosion contre l\u2019exclusion», c\u2019est-à-dire «la naissance [.] dans l\u2019espace public de la visibilité commune de citoyens, quelles que soient la culture ou la nationalité où s\u2019est forgée l\u2019identité personnelle et sociale de ceux-ci».Une telle assomption politique de l\u2019étranger permet -comme l\u2019évoque si bien Mouloud Idir en se référant au penseur Abdelmalek Sayad - « de dénaturaliser le rapport au monde en nous obligeant à réhistoriciser des notions qui semblent aller de soi: l\u2019État, le territoire, la nation, l\u2019identité, etc.».En conclusion, le texte d\u2019Élisabeth Garant rend compte de l\u2019engagement trop souvent méconnu - autant par l\u2019opinion publique en général que par les chrétiens eux-mêmes - des Églises en faveur des migrants.En paroles et en actes, des personnes croyantes, des communautés de foi et des institutions religieuses contribuent activement à l\u2019établissement de cadres juridiques et politiques d\u2019accueil et de protection des immigrants et des réfugiés plus conformes à la justice.Ce dernier texte de notre dossier est parsemé de quelques citations de leaders d\u2019autres traditions religieuses, illustrant bien que ce devoir d\u2019hospitalité, s\u2019il est au cœur de la foi chrétienne, est aussi un principe universel qui la transcende.La mobilité humaine est un processus en évolution constante.Elle continuera de se développer, prenant de nouveaux visages et transformant celui de nos sociétés.C\u2019est entre autres en abordant le bien commun national dans la perspective plus large d\u2019une justice, d\u2019une solidarité et d\u2019une dignité véritablement universelles que nous pourrons relever les défis contemporains posés par cette réalité aussi vieille que le monde.Chloé Surprenant, Le chômeur ou Déclinaison sur le chômeur d'August Sander (triptyque), acrylique et collage sur toile, 90 x 183 cm, 2007 m octobre-novembre 2007 RELATIONS RELATIONS octobre-novembre 2007 dOSSieR Flux migratoires et mondialisation L\u2019auteur est chercheur associé au Centre de recherche sur l\u2019immigration, l\u2019ethnicité et la citoyenneté de l\u2019UQAM La migration est un enjeu de puissance économique pour les États.Mais pourront-ils négliger encore longtemps de considérer ce phénomène complexe sous l\u2019angle du respect des droits humains?Une refonte du paradigme dans lequel on conçoit les politiques migratoires s\u2019impose.CHALMERS LAROSE LJ intensité et la variété des flux transnationaux des personnes dans le monde semblent être un aspect i central de la mondialisation croissante de l\u2019économie.Le rapport de l\u2019Organisation internationale de la migration abonde en ce sens quand il note que « la marée montante d\u2019individus qui traversent les frontières est l\u2019un des indicateurs les plus crédibles de l\u2019intensité de la mondialisation» (La migration dans le monde, 2003).Or, les chiffres publiés par les organismes internationaux nous permettent de mettre en perspective cette poussée migratoire.Par exemple, selon les estimations faites en 2006 par l\u2019organisme onusien World Population Prospects, au cours de l\u2019année 2005, ce sont autour de 191 millions de personnes - soit un peu plus de 3 % de la population mondiale - qui vivaient dans un pays autre que celui dans lequel ils étaient nés.Avec 38 millions d\u2019immigrants en 2005 (soit environ 13% de leur population), les États-Unis demeurent encore la principale destination migratoire.La communauté européenne suit, avec 64 millions d\u2019immigrants en 2005.La distinction longtemps faite par les chercheurs voulant qu\u2019il existe des pays d\u2019émigration et des pays d\u2019immigration est cependant en train d\u2019être relativisée.Certes, 33 des 45 pays les plus développés (dont l\u2019Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis et la plupart des pays les plus peuplés de l\u2019Europe du Nord, du Sud et de l\u2019Ouest) continuent d\u2019être des receveurs nets de migrants internationaux.De la même manière, les pays d\u2019origine des migrants, par ordre d\u2019importance, demeurent la Chine, l'Inde, l\u2019Indonésie, le Mexique et les Philippines.Ces données montrent que le mouvement de populations des régions les moins développées vers les régions les plus développées domine toujours le portrait de la migration mondiale.Toutefois, ces flux ne sont plus exclusivement unidirectionnels.Actuellement, plus de la moitié de l\u2019ensemble des migrants vivant dans les régions les moins développées viennent aussi de l\u2019Asie, autour de 25 à 30 % de l\u2019Amérique latine et des Caraïbes, et le reste de l\u2019Afrique.Plusieurs pays ou zones appartenant aux régions les moins développées attirent des migrants en grande quantité, incluant Hong Kong (Chine), Israël, le Koweït, la Malaisie, le Qatar, l\u2019Arabie Saoudite, Singapour, l\u2019Afrique du Sud, la Thaïlande et les Émirats arabes unis.Plusieurs pays africains reçoivent des flots de réfugiés venus de pays voisins.Le Moyen-Orient émerge aussi comme un receveur majeur de migrants et constitue une importante société d\u2019accueil pour les travailleurs non qualifiés de l\u2019Asie du Sud et du Sud-Est.Ce portrait met en relief la dimension économique de l\u2019enjeu migratoire.Aujourd\u2019hui, les flux transnationaux des personnes sont plus que jamais fortement influencés par les facteurs qui sont intimement liés aux orientations dictées par le marché de l\u2019emploi et du travail, tant à l\u2019intérieur des pays que des zones économiques.Mais au-delà des pures considérations économiques, les politiques migratoires devront davantage s\u2019articuler à l\u2019intérieur d\u2019un paradigme qui intègre la dimension humaine et sociale.UN DISCOURS TRONQUÉ Les économistes néolibéraux s\u2019entendent pour dire que la mondialisation ne peut se concevoir sans le facteur que représente la mobilité de la main-d\u2019œuvre.Dans leur optique, la compétition entre les travailleurs constitue un des principaux facteurs permettant de réduire les coûts de production, d\u2019apporter un savoir-faire additionnel et de mettre à la disposition de l\u2019entreprise une expertise qualifiée et en demande constante.Ce raisonnement dérive de la certitude que la migration a toujours été une caractéristique centrale des économies les plus dynamiques et les plus productives du monde.Aujourd\u2019hui même, en dépit des restrictions et des controverses sur cet enjeu, les pays les plus riches continuent «d\u2019importer» de la main-d\u2019œuvre étrangère.Par exemple, en Europe, la Suisse et le Luxembourg sont les deux pays qui ont le plus haut taux d\u2019immigrants, tout en étant les économies les plus prospères de la région.Un quart de la population de Singapour est constituée de personnes migrantes, mais c\u2019est aussi l\u2019État le plus riche de l\u2019Asie du Sud-Est.Enfin, aux Émirats arabes unis, le pôle économique en croissance dans la région du Golfe, 85 % de la population en âge de travailler vient de l\u2019étranger.Il existe une corrélation entre les flux d\u2019immigration et la croissance économique des pays plus développés.Plus l\u2019économie se mondialise, plus les États et les entreprises verront la conquête de main-d\u2019œuvre à bon marché La distinction longtemps faite par les chercheurs voulant qu\u2019il existe des pays d\u2019émigration et des pays d\u2019immigration est en train d\u2019être relativisée.EB octobre-novembre 2007 RELATIONS comme un moyen pour maximiser leur puissance.Selon les estimations faites en 2006 par l\u2019Organisation des Nations unies, depuis 1960, les régions les plus développées ont été les nettes bénéficiaires des flux migratoires en provenance des régions les moins développées.Au cours de la période 1990-2000, ces régions les plus développées ont gagné annuellement 2,5 millions de migrants.Cependant, cet impact macroéconomique masque la question de l\u2019impact social et politique des migrations, beaucoup plus problématique.Les populations nationales craignent souvent les conséquences négatives de cette mobilité des personnes et de la main-d\u2019œuvre.Les problèmes relatifs à la cohésion du tissu social ainsi que les répercussions sur la préservation de la culture nationale, les programmes sociaux et les salaires des travailleurs locaux font l\u2019objet de préoccupations de la part des populations et des gouvernements des pays receveurs de migrants.Il y a LA LOGIQUE COMPÉTITIVE Avec la mondialisation et les changements technologiques qui l\u2019accompagnent, les économies développées et celles dites en émergence font désormais face à un accroissement de la demande globale de travailleurs spécialisés et non spécialisés.Pour les pays de l\u2019Amérique du Nord et de l\u2019Europe, la compétition est désormais tournée vers une course pour la sécurisation d\u2019un «réservoir de migrants» de talent.C\u2019est ainsi que ces pays ont rapidement procédé à l\u2019implantation de plusieurs nouveaux programmes destinés à attirer des migrants possédant un savoir-faire technique.Ils ont aussi rénové des programmes qui existaient déjà en les rendant plus attrayants aux migrants potentiels.De même, au cours des deux dernières décennies, les pays de l\u2019Asie de l\u2019Est ont eux aussi connu une croissance économique rapide et plusieurs d\u2019entre eux se sont tournés vers le travail des migrants dans le but de combler des postes destinés aux travailleurs non qualifiés.Hong Kong (Chine), le Japon, la Corée du Sud, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande, par exemple, sont tous devenus des pays qui reçoivent des migrants non qualifiés en provenance de pays voisins moins développés de l\u2019Asie du Sud-Est.Un nombre croissant de pays à hauts revenus ont également bonifié leurs programmes destinés à ces migrants non qualifiés travaillant dans le secteur agricole (le Canada, par exemple, par l\u2019entremise de son Programme des travailleurs agricoles saisonniers des Antilles et du Mexique).On exploite ces travailleurs non qualifiés afin de maintenir les coûts de production les plus bas possibles et les prix concurrentiels.Cela contribue à segmenter le marché du travail d\u2019une manière qui limite la montée des prix et des salaires.Il est déplorable de constater que les politiques d\u2019immigration reflètent davantage ce rapport coût-bénéfice très réducteur qui reproduit un réflexe mercantile lieu également de signaler les difficultés d\u2019intégration sur le marché du travail rencontrées par les immigrants.Celles-ci peuvent être liées à des facteurs de tous ordres, notamment à la reconnaissance de leurs compétences techniques et à la précarité de leur statut ou encore au racisme, à la xénophobie, à la discrimination et aux préjugés qui circulent au sein de la population et des employeurs locaux, etc.Chloé Surprenant, L\u2019androgyne, acrylique sur toile, 76 x 122 cm, 2004 KO RELATIONS octobre-novembre 2007 dOSSieR faisant abstraction des dimensions et des conditions de la personne humaine.Cette compétition mondiale pour les travailleurs qualifiés et non qualifiés engendre de lourdes conséquences pour les pays moins développés.Par exemple, les trois quarts des migrants d\u2019Afrique et de l\u2019Inde qui entrent aux États-Unis sont hautement scolarisés.Selon certaines estimations, 70000 professionnels et diplômés universitaires quittent chaque année les pays d\u2019Afrique avec l\u2019objectif de travailler en Europe et en Amérique du Nord.C\u2019est une situation dramatique pour les pays à bas salaires, car la fuite des cerveaux contribue à réduire leur capacité de développement autonome.Quant aux travailleurs non qualifiés, ils sont souvent en proie à des abus, des discriminations et des exploitations de toutes sortes.Dans les pays de source, les agences de recrutement et d\u2019autres intermédiaires peuvent demander des sommes exorbitantes aux travailleurs migrants.Au Bangladesh et en Inde, par exemple, les frais moyens de- mandés à ceux qui souhaitent aller travailler dans une des destinations majeures du Golfe sont estimés entre 2000 et 2500 dollars - soit environ 80 % de ce que les migrants non qualifiés peuvent espérer gagner au cours de leur première année de travail [Rapport Human Rights Watch, 2004).Ces travailleurs se trouvent le plus souvent en situation de vulnérabilité en raison, entre autres, de l\u2019éloignement de leur pays d\u2019origine, d\u2019éventuelles difficultés tenant à l\u2019apprentissage d\u2019une nouvelle langue et à la méconnaissance des lois et des pratiques concernant l\u2019emploi.Dans des moments de tension comme ceux découlant des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, ils sont les premiers à être ciblés comme « risques à la sécurité ».Une telle situation requiert que l\u2019on mette en pratique les dispositions contenues dans la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, adoptée par l\u2019Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution 45/158 du 18 décembre 1990.Ces dispositions prévoient, entre autres, la non-discrimination en matière de droits et le respect des droits humains pour tous les travailleurs migrants.Il est aussi urgent de sortir le phénomène migratoire d\u2019une appréciation strictement sécuritaire.DU BIEN-FONDÉ DES POLITIQUES Plusieurs pensent que les flux migratoires internationaux offrent une voie effective pour les personnes pauvres leur permettant d\u2019échapper à leur condition.Si tel était le cas, la migration serait une fois pour toutes un antidote à la pauvreté - au même titre que le seraient, comme le croient aveuglément les néolibéraux, le commerce et la démocratie devant la perspective de la guerre.Il faudrait ainsi inciter les travailleurs des pays pauvres à se constituer en réserve de main-d\u2019œuvre prête à partir vers un eldorado providentiel! Cette thèse fort contestable repose principalement sur la fréquence et l\u2019ampleur des remises de fond injectées dans l\u2019économie des pays dits «de source» des migrants.On estime par exemple qu\u2019en 2004, le montant total de ces fonds transférés représentait 160 milliards de dollars.Dans certains pays comme le Salvador, l\u2019Érythrée, la Jamaïque, la Jordanie, Haïti, le Nicaragua, pour ne citer que ceux-là, les transferts de fonds peuvent représenter plus de 10% du revenu national.Or, la corrélation entre émigration, croissance économique et réduction de la pauvreté n\u2019a pas été prouvée.Il serait donc inapproprié pour les États de source de suggérer l\u2019émigration de leurs citoyens comme facteur et engin de développement et de progrès.Au contraire, il est nécessaire de faire intervenir dans l\u2019analyse de l\u2019équation migratoire actuelle la question de l\u2019efficacité des politiques.Celles-ci sont-elles adaptées aux nouveaux enjeux et défis tracés par la nouvelle problématique migratoire dans une économie globalisée?En effet, si les inégalités persistent au même rythme dans les décennies à venir, le nombre de migrants potentiels ira en augmentant et nourrira l\u2019obsession sécuritaire et le contrôle des frontières qui ne représentent guère une stratégie adaptée.La migration est, à l\u2019heure actuelle, un enjeu de puissance des États.On ne l\u2019appréhende guère dans les sphères du pouvoir qu\u2019à partir de son fondement et de sa rationalité économiques.Elle implique plutôt un regard sur la condition humaine dans toutes ses dimensions.Cela requiert une refonte du paradigme dans lequel on conçoit les politiques migratoires.Alors que les politiques nationales en matière de migration sont en priorité formulées sur la base d\u2019intérêts économiques nationaux, leur impact a des répercussions plus larges sur les États et les régions, au-delà des pays concernés.Les gouvernements ne peuvent plus ignorer le caractère global de phénomènes qui, longtemps, pouvaient être abordés par le biais d\u2019une pure logique nationale.La migration internationale doit être une priorité politique afin de promouvoir une coopération interétatique plus poussée et institutionnalisée qui inclurait de nombreux acteurs de la société civile.Cette coopération devrait avoir pour but ultime l\u2019humanisation des politiques.\u2022 Si les inégalités persistent, le nombre de migrants potentiels ira en augmentant et nourrira l\u2019obsession sécuritaire.octobre-novembre 2007 RELATIONS Une politique canadienne discriminatoire Le Canada se dote d\u2019un système à deux vitesses: l\u2019immigration permanente avec tous les droits pour les travailleurs qualifiés et l\u2019immigration temporaire avec peu de droits pour les non-qualifiés.VICTOR PICHÉ La Convention des Nations unies sur la protection des travailleurs migrants et des membres de leur famille définit l\u2019expression «travailleurs migrants» comme désignant les personnes qui vont exercer, exercent ou ont exercé une activité rémunérée dans un État dont elles ne sont pas ressortissantes (article 2).Dans l\u2019esprit de la Convention, il s\u2019agit le plus souvent de travailleurs temporaires.Au Canada, la terminologie est un peu différente et on parle plutôt de travailleurs étrangers.Dans tous les cas, c\u2019est la notion de «temporaire» qui distingue cette catégorie de travailleurs.Il est difficile d\u2019estimer combien de personnes sont impliquées dans ce type de migrations internationales temporaires.D\u2019après les statistiques des Nations unies, il y aurait présentement près de 200 millions de personnes vivant à l\u2019extérieur de leur lieu de naissance.Ces statistiques sont certes intéressantes, mais elles ne représentent que la pointe de l\u2019iceberg car elles ne tiennent pas compte des migrations temporaires.Pourtant, des milliers et des milliers de personnes se déplacent chaque année en quête de travail et de sécurité.Il faut dire que ce type de migrations a toujours été et demeure encore aujourd\u2019hui important.On le trouve dans toutes les régions du monde, que ce soit dans les pays du Golfe, en Afrique de l\u2019Ouest et du Sud, aux États-Unis avec les Mexicains, en République dominicaine avec les Haïtiens, sans oublier les programmes de travailleurs temporaires du passé, les « guestworkers», en Europe de l\u2019Ouest.Ce qui est remarquable actuellement, c\u2019est la résurgence de politiques migratoires favorisant et justifiant des programmes de migrations internationales temporaires à l\u2019échelle mondiale.Dans son rapport publié en 2005, la Commission globale sur les migrations internationales, mise sur pied par le secrétaire général des Nations unies d\u2019alors, Kofi Annan, insiste sur la pertinence d\u2019adopter ce genre de programmes1.En 2006, l\u2019Initiative internationale migration et développement, lancée par l\u2019Organisation internationale des migrations (OIM) en collaboration avec le secteur privé, la Banque mondiale et certains gouvernements, argumente en faveur d\u2019une plus grande mobilité temporaire des travailleurs afin de faire face aux écarts croissants entre la demande et l\u2019offre de travail.Comme on le verra, le Canada ne fait pas exception à cette nouvelle tendance.\tL\u2019auteur est pro- La résurgence de ces programmes de travail temporaire fesseur honoraire peut paraître étonnante dans la mesure où ce type de à l\u2019Université de politiques a été vivement critiqué - notamment les pro- Montréal grammes «guestworkers», hautement discriminatoires, abandonnés dans les années 1970 par plusieurs pays européens.Il faut reconnaître que ces programmes refont surface avec un visage légèrement modifié et dans un contexte politique fort différent de celui des années 1970.D\u2019une part, le paradigme des droits de la personne appliqué aux migrations est beaucoup plus prégnant aujourd\u2019hui.Les grandes organisations internationales comme le Bureau international du travail (BIT) et l\u2019OIM préconisent chioé surprenant, certes des programmes de migrations temporaires, mais en\tThinking of Lola, insistant sur la nécessité de respecter les droits fondamen- acrylique sur toile, taux des travailleurs migrants.D\u2019autre part, la Convention 6i x 91 cm, 2006 RELATIONS octobre-novembre 2007 dOSSieR Chloé Surprenant, Julie D., acrylique sur toile, 122 x 76 cm, 2006 En 1997, il y avait environ 75 000 travailleurs étrangers au Canada.En 2006, il y en avait plus de 112 000.des Nations unies sur la protection des travailleurs migrants constitue un point de référence quant aux droits dont devraient jouir les travailleurs migrants.Malheureusement, aucun pays développé n\u2019a à ce jour ratifié cette convention, de sorte que ces droits demeurent trop souvent lettre morte.DES PROGRAMMES CANADIENS INACCEPTABLES Le Canada a toujours été un pays d\u2019immigration et les politiques migratoires ont largement favorisé le recrutement de travailleurs étrangers par la voie de la sélection assortie de la résidence permanente.C\u2019est cette immigration qui a façonné l\u2019histoire économique et sociale du Canada et du Québec.Même si déjà, dans les années 1970-1980, le Canada procédait parallèlement au recrutement de travailleurs étrangers par la voie de programmes de travail temporaire, le nombre de personnes concernées demeurait limité.Ainsi, durant tout le XXe siècle, le Canada a donné l\u2019image d\u2019un pays favorisant l\u2019immigration permanente.Depuis environ une dizaine d\u2019années, cette image s\u2019est considérablement transformée en raison des changements cruciaux dans le contexte économique et démographique.Comme pour les autres pays développés, la conjoncture économique et démographique du Canada se caractérise par des besoins croissants en main-d\u2019œuvre.D\u2019autre part, la politique d\u2019immigration actuelle fait l\u2019objet de nombreuses critiques de la part des employeurs qui la considèrent inefficace, surtout en raison du long processus de sélection qui empêche de répondre rapidement à des besoins immédiats.Les pressions de la part des employeurs sont donc très grandes pour lier directement emploi et travailleur.Ceci se traduit par la mise sur pied de programmes de travailleurs temporaires visant à la fois des emplois qualifiés et non qualifiés.Les statistiques sont d\u2019ailleurs assez éloquentes quant à l\u2019augmentation du nombre de travailleurs étrangers temporaires au Canada: alors qu\u2019en 1997, il y avait environ 75 000 travailleurs étrangers, en 2006, il y en avait plus de 112 000.Ce sont surtout les programmes ciblant les emplois moins qualifiés qui sont préoccupants du point de vue des droits de la personne.Les travailleurs migrants à faible qualification sont placés sous l\u2019autorité légale de leur employeur et sont admis en fonction de trois programmes principaux.& .mm DIT- '£.x- 4L \u2022 1 y A ¦ Q/C y1 .> L\u2019auteure, doctorante en études islamiques à l\u2019Université McGill, est boursière au Centre justice et foi Les réfugiés environnementaux OSIRE GLACIER Le Programme des Nations unies pour l\u2019environnement (PNUE) définit les réfugiés environnementaux comme des personnes qui ont été forcées de quitter leurs habitations traditionnelles d\u2019une façon temporaire ou permanente, à la suite d\u2019une nette dégradation de leur environnement - par des causes naturelles ou humaines - qui bouleverse leur cadre de vie ou qui déséquilibre sérieusement leur qualité de vie.Par dégradation de l\u2019environnement, on entend un changement physique, chi- mique ou biologique dans l\u2019écosystème, le rendant temporairement ou définitivement inadapté pour une habitation humaine.Ce concept correspond à une réalité nouvelle.En effet, si le terme «réfugié» s\u2019appliquait jusque-là à toute personne fuyant son pays à cause de conflits armés ou pour des raisons politiques, les conséquences des changements climatiques font que ce terme s\u2019étend maintenant à toute personne fuyant son pays pour des raisons environnementales.D\u2019ailleurs, les prévisions des scientifiques dans le domaine confirment cette nouvelle réalité : l\u2019ONU estime à 50 millions le nombre de réfugiés climatiques d\u2019ici 2010.Pour sa part, le Groupe intergouvememental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) évalue que, d\u2019ici 2050, entre 60 et 150 millions de personnes souffriront de famine, de pénuries d\u2019eau ES octobre-novembre 2007 RELATIONS Le premier est le Programme des aides familiaux résidants.Il encadre l\u2019embauche d\u2019une travailleuse étrangère pour effectuer un travail d\u2019aide familiale avec obligation de résider chez l\u2019employeur nommément désigné sur le permis de travail.En décembre 2006, il y avait environ 20 000 travailleuses domestiques au Canada (en 1978, il n\u2019y en avait qu\u2019environ 2000).Le second est le Programme des travailleurs agricoles saisonniers.Il cible les ressortissants de certains pays d\u2019Amérique latine et des Caraïbes employés temporairement au Canada dans le secteur agricole.Certaines conditions contraignantes pour le travailleur étranger se retrouvent directement intégrées dans les contrats-types applicables spécifiquement au secteur agricole.En particulier, aucun ressortissant étranger de ce programme ne peut travailler au Canada pour un employeur autre que celui qui lui a été désigné, à moins que cet employeur n\u2019autorise éventuellement le transfert du travailleur auprès d\u2019un second employeur canadien.Aussi, après une période d\u2019essai variant entre 7 et 14 jours, tout producteur agricole peut congédier un employé étranger et ainsi déclencher les procédures de son rapatriement dans le pays d\u2019origine.Finalement, le travailleur agricole est spécifiquement tenu de loger à l\u2019endroit que son employeur aura choisi pour lui.Entre janvier et décembre 2006, il y avait plus de 20 000 travailleurs employés sous ce programme (210 en 1978).Enfin, le troisième est le Programme pour l\u2019embauche de travailleurs «peu qualifiés».Il n\u2019est entré en vigueur qu\u2019avec la nouvelle loi sur l\u2019immigration (2002) qui définit les lignes directrices pour encadrer spécifiquement l\u2019embauche de tels travailleurs dans les secteurs économiques autres que le travail agricole et le travail domestique.Pour les employeurs canadiens, cela a normalisé le processus d\u2019embauche de ce type de travailleurs étrangers.Si ce nou- 1.Migration in an Interconnected World: New Directions for Action, Rapport de la Global Commission on International Migration, 2005.veau cadre simplifie l\u2019admission d\u2019une main-d\u2019œuvre étrangère «peu qualifiée », il limite aussi de façon significative les possibilités d\u2019intégration socio-économique au sein de la communauté d\u2019accueil.En 2006, le nombre de travailleurs participant à ce programme a atteint les 10 000.Déjà considérable sur le plan statistique, on peut s\u2019attendre à une augmentation importante du nombre de travailleurs temporaires au Canada dans l\u2019avenir, surtout en ce qui concerne ceux et celles recrutées dans le troisième programme.En effet, le gouvernement conservateur vient d\u2019annoncer d\u2019importants changements dans ce programme.Ainsi, non seulement sera-t-il dorénavant plus facile, pour les employeurs, de faire appel à la main-d\u2019œuvre étrangère temporaire, mais le nombre d\u2019occupations « sous pressions » sera appelé à augmenter de façon importante et la durée des visas pourra s\u2019étendre jusqu\u2019à trois ans.On voit ici une transition radicale : si, auparavant, c\u2019était le travail qui était temporaire (saisonnier, par exemple), aujourd\u2019hui c\u2019est le travailleur qui est temporaire.Les programmes de travail temporaire sont particulièrement troublants pour deux raisons fondamentales.D\u2019abord, ils créent de véritables non-citoyens, puisque l\u2019accès à la résidence permanente est loin d\u2019être assuré.Ainsi, le Canada est en train de se doter d\u2019une politique migratoire à deux vitesses: une pour les qualifiés, l\u2019immigration permanente avec tous les droits, une autre pour les non-qualifiés, l\u2019immigration temporaire avec peu de droits.Bien que ce nombre soit très difficile à établir, il y aurait au moins 200 ooo immigrés sans statut au Canada.À travers l\u2019histoire, le contingent annuel d\u2019immigrants arrivant au Canada a rarement été plus élevé que i % de la population totale.Le Canada n\u2019accepte chaque année qu\u2019environ 250 000 immigrants et 840 000 demandes attendent depuis la fin de 2006.L\u2019abolition du Programme de contestation judiciaire par le gouvernement conservateur, en 2006, prive des immigrants et des réfugiés vulnérables d'un recours essentiel lorsqu\u2019ils font face à la discrimination, notamment pour obtenir la résidence permanente.ou d\u2019autres fléaux climatiques, tels que les tempêtes côtières et les inondations brusques.Et ce chiffre pourrait grimper à 400 millions d\u2019ici 2080.Les experts du GIEC ont constaté qu\u2019à cause de l\u2019activité humaine, la concentration de C02 dans l\u2019atmosphère est nettement plus élevée qu\u2019elle ne l\u2019a été durant les 400 000 dernières années, phénomène qui va entraîner un réchauffement climatique se situant entre 1,8 et 4°C.Or, c\u2019est à partir d\u2019un réchauffement supérieur à 2°C que les risques de phénomènes climatiques non maîtrisés pourraient survenir.Par ailleurs, ces experts affirment que si tous les pays de la planète seront touchés par le réchauffement climatique, les pays du Sud seront plus exposés que ceux du Nord qui sont pourtant les principaux pollueurs.Ainsi, les consé- quences du réchauffement climatique se traduiront, en Amérique du Nord, entre autres par une augmentation des vagues de chaleur sur les villes, une augmentation des tempêtes violentes sur les côtes, une diminution de la surface enneigée des massifs montagneux de l\u2019Ouest, une baisse du débit des rivières et du niveau des lacs, une augmentation de la demande d\u2019eau et des difficultés d\u2019approvisionnement pour la production d\u2019hydro-électricité.En revanche, les conséquences du réchauffement climatique seront plus dramatiques dans les régions arctiques, africaines et côtières.Ainsi, les communautés inuits seront victimes de la fonte des glaces en Amérique du Nord et au Groenland, pendant que les populations africaines seront de plus en plus menacées par le manque d\u2019eau, le rétrécissement du lac Tchad, le dessèchement des terres arables, des périodes RELATIONS octobre-novembre 2007 m dOSSieR Malgré qu\u2019il s\u2019agisse-là d\u2019un changement fondamental dans la philosophie canadienne en matière d\u2019immigration, il n\u2019y a pas eu de débat public sur ce revirement et les changements se font loin des feux de l\u2019opinion publique.Le deuxième problème fondamental concerne le non-respect des droits fondamentaux.Même dans le cas des contrats types qui prévoient certains droits, l\u2019absence de mécanismes d\u2019encadrement et de suivi rendent souvent ces droits inopérants.La seule façon d\u2019éviter les abus systématiques serait d\u2019appliquer les principes de la Convention des Nations unies sur la protection des droits des travailleurs migrants.Le Canada refuse de ratifier la Convention sous prétexte, entre autres, que les droits fondamentaux sont déjà assurés au Canada pour toutes les personnes indépendamment de leur statut légal.Ceci est en contradiction flagrante avec la résolution des Nations unies identifiant les migrants et les migrantes comme groupe vulnérable, résolution adoptée en assemblée générale, donc avec l\u2019assentiment du Canada.Or, dans le langage onusien, un groupe vulnérable est justement un groupe insuffisamment protégé par les conventions existantes.Cet argument est également contredit par les nombreux cas d\u2019abus et de non-respect des droits des travailleurs étrangers au Canada.La ratification de la Convention obligerait le Canada à revoir en pro- En 2004, les États-Unis et le Canada ont mis en application l\u2019Accord sur les tiers pays sûrs.En vertu de cette entente, la plupart des personnes arrivant au Canada via les États-Unis et souhaitant obtenir le statut de réfugié doivent déposer leur requête aux États-Unis, où il est à craindre que certaines ne subissent de graves atteintes à leurs droits fondamentaux.Le nombre de demandeurs a ainsi chuté considérablement.En vigueur depuis 1994, l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) a eu des conséquences désastreuses sur l\u2019emploi.Au Mexique, entre 4 et 5 millions de paysans sont devenus des « sans-terre » qui cherchent à émigrer aux États-Unis et à travailler aussi au Québec (notamment dans le cadre du Programme des travailleurs agricoles saisonniers).Sur environ 12 millions de sans-papiers aux États-Unis, 57% proviennent du Mexique.Il y a eu plus de 3000 morts à la frontière américano-mexicaine ces dix dernières années et une clôture de 1126 km y a été érigée.fondeur ses programmes de migration de travailleurs temporaires qui contreviennent à plusieurs articles de la convention.En voici quelques exemples : l\u2019obligation d\u2019informer systématiquement les travailleurs étrangers de leurs droits (articles 33 et 37); l\u2019encadrement par le gouvernement de l\u2019embauche de travailleurs étrangers et l\u2019offre d\u2019un minimum de services directs aux travailleurs étrangers (articles 64 et 65); le droit pour les travailleurs migrants d\u2019être consultés (article 64); le droit à la syndicalisation (article 40); la possibilité de révision impartiale des motifs d\u2019expulsion ou d\u2019exclusion du programme par le recours à un organe indépendant (article 22); le respect du principe fondamental de la réunification familiale (article 38).Outre ces quelques exemples, l\u2019aspect le plus inacceptable des programmes de travail temporaire est la place cruciale que prend l\u2019employeur dans tout le processus de recrutement et d\u2019embauche.Le fait que les travailleurs temporaires sont liés à un employeur spécifique pourrait constituer une nouvelle forme d\u2019esclavage et les rend très vulnérables à toute forme d\u2019exploitation2.Même si le Canada n\u2019utilise pas le terme de « guestworker», c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit.Le gouvernement canadien minimise, voire nie l\u2019existence d\u2019abus de la part des employeurs.Sans la ratification de la Convention et la mise sur pied des mécanismes d\u2019encadrement prévus par celle-ci, le gouvernement canadien se fait le complice de traitements hautement discriminatoires envers une catégorie de la population considérée comme des non-citoyens.\u2022 2.Close to Slavery: Guestworker Programs in the United States, rapport de Southern Poverty Law Center, 2007.de sécheresse prolongées et l\u2019inondation des grands deltas qui hébergent aujourd\u2019hui 300 millions de personnes.Ces populations viendront alors grossir les rangs des personnes fuyant les tempêtes côtières et les économies en crise des États insulaires du Pacifique, d\u2019Afrique tropicale ou du bassin méditerranéen.À cause de tous ces phénomènes, les experts dans le domaine estiment donc que dans quelques décennies, le nombre des réfugiés environnementaux dépassera celui des réfugiés pour des raisons de guerre ou de violence.Comme la législation internationale concernant les réfugiés date de la Deuxième Guerre mondiale, les Accords de Genève définissent les réfugiés comme des personnes qui fuient, poussées par la peur d\u2019être poursuivies sur la base de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leurs con- victions politiques ou de leur appartenance à certains groupes sociaux.Autrement dit, cet accord définit le statut de réfugié et, par conséquent, il réglemente les droits qui en découlent.Or, comme les réfugiés environnementaux se trouvent à l\u2019extérieur de leur pays d\u2019origine pour d\u2019autres raisons que la guerre et la violence, ces derniers ne bénéficient jusqu\u2019à présent d\u2019aucun soutien matériel ou juridique dans la communauté internationale.Cette absence d\u2019une juridiction internationale concernant les réfugiés climatiques fait donc porter toutes les responsabilités d\u2019une problématique collective sur les épaules d\u2019individus qui sont, de plus, issus de communautés ou de pays économiquement défavorisés.Étant donné l\u2019imminence de la crise humanitaire causée par la dégradation de l\u2019environnement, une vision structurelle de cette problématique s\u2019impose.EH octobre-novembre 2007 RELATIONS L'étranger et le citoyen r«*P ; - - Face à la réduction de l\u2019étranger à sa dimension culturelle, il est devenu nécessaire d\u2019élucider sa dimension politique afin de rendre compte des enjeux inédits de la mondialisation.ÉTIENNE TASSIN Le processus qu\u2019il est convenu de nommer mondialisation présente un paradoxe : les habitants du monde, peuples et individus, sont de moins en moins étrangers parce que de plus en plus familiers en raison de la circulation des images, des personnes et des biens, des flux migratoires, des échanges, des partages d\u2019expériences, mais aussi et surtout de la généralisation et de l\u2019homogénéisation des modes de vie et de consommation consécutives à la globalisation économique.Et pourtant, cette connaissance commune s\u2019accompagne d\u2019une recrudescence et d\u2019une «politisation» de la xénophobie que traduisent la systématisation des contrôles aux frontières, les politiques migratoires restrictives et contraignantes, les luttes contre l\u2019immigration illégale, les expulsions ou les internements dans des camps pour les sans-papiers.L\u2019étranger a certes toujours fait peur, mais la peur de l\u2019étranger semble aujourd\u2019hui commander les politiques internationales autant que nationales.Le migrant non sélectionné serait un danger; tout étranger un ennemi potentiel.L\u2019étranger incarne une redoutable dissidence, qui suscite la peur.Loin de s\u2019exclure, ces deux phénomènes - familiarisation de l\u2019altérité et stigmatisation de l\u2019étrangeté - s\u2019accompagnent mutuellement et entretiennent une représentation fantasmatique des autres: non assimilables, personnes, peuples, cultures ou sociétés autres sont potentiellement une menace.De là vient, par exemple, le thème en vogue d\u2019un « choc des civilisations » qui procède d\u2019une représentation anthropologique et culturaliste, fondamentalement non politique, de l\u2019étranger.Cette représentation est même anti-politique en ce qu\u2019elle subordonne le rapport politique aux autres - qui est ordonné aux principes de liberté, d\u2019égalité et de justice - à l\u2019assignation préalable des personnes à des communautés d\u2019appartenance qui sont sujettes, elles, aux luttes pour la reconnaissance.Cultivant l\u2019altruisme aussi bien que l\u2019anathème, le regard culturel sur l\u2019étrangeté vient ainsi occulter la dimension politique de l\u2019étranger, tout en se faisant passer lui- même pour politique.Contre ce déni du politique et son recouvrement par une détermination purement anthropologique, la philosophie politique est mise au défi d\u2019élucider le sens politique de « l\u2019étrangeté de l\u2019étranger » afin de rendre compte des enjeux inédits de la mondialisation.La langue aide à cette élucidation philosophique.Là où le français ne connaît que «l\u2019étranger», ne séparant pas le titre de citoyen du statut de l\u2019allogène, l\u2019anglais différencie foreigner et stranger.À cette différence lexicale correspond une distinction conceptuelle.Dans sa provenance latine, est dit «étranger» l\u2019inconnu venu de l\u2019extérieur, qui n\u2019est pas de la famille ou du pays (extraneus).Anthropologiquement étrange parce que culturellement et socialement hors du commun, l\u2019étranger apparaît comme un ennemi potentiel parce que dérogeant à la norme et à son cortège d\u2019obligations.À ce titre, inassignable, l\u2019étranger ne peut être reconnu comme alter ego qu\u2019à condition d\u2019être identifié, rapporté à d\u2019autres appartenances et allégeances (famille, clan, tribu, nation, État) que celles qui caractérisent le groupe des locuteurs, mais de même nature qu\u2019elles.Il ne saurait subsister dans sa singulière exceptionnalité.Son étrangeté, incompréhensible en tant que telle, insupportable comme pure différence, appelle une assignation communautaire : il faut que celui qui n\u2019est pas des nôtres relève d\u2019un ordre institué semblable au nôtre qui lui octroie une identité en même temps qu\u2019un statut.Le stranger devient foreigner.L\u2019étrange inconnu (au regard des mœurs ou des normes sociales) est maintenant L\u2019auteur est professeur de philosophie politique à l\u2019Université Paris Vll-Denis Diderot/Centre de sociologie des pratiques et représentations politiques Chloé Surprenant, L\u2019officier, acrylique sur toile, 92 x 92 cm, 2005 RELATIONS octobre-novembre 2007 KH dOSSieR un étranger connu, identifiable, un autre semblable qui relève lui aussi d\u2019une autorité et peut faire valoir une appartenance et une allégeance.Il est sujet parce qu\u2019aliéné (appartenant à un autre) et non plus hors-la-loi, exceptionnel.Il est reconnu et désigné comme assujetti à un ordre social et politique, bref il est membre d\u2019un corps.Foreigner est l\u2019étranger dans sa dimension politique, laquelle a policé l\u2019inquiétante étrangeté anthropologique ou culturelle du stranger et plus encore l'angoisse qui accompagne l\u2019inconnu.Il est sujet d\u2019un État et donc sujet de droits; son étrangeté devient pensable et acceptable sur fond de similitude politique.DU BARBARE AU CITOYEN Dans la notion d\u2019étranger gît une ambivalence qui désigne donc deux situations différentes : 1) soit l\u2019impossibilité d\u2019un rapport à l\u2019autre faute d\u2019espace commun entre lui (l\u2019étrange inconnu) et nous, ou encore l\u2019étrangeté de celui que la culture, la langue, les mœurs ou les dieux rendent inaccessible ou trop éloigné pour qu\u2019on noue un rapport avec lui; 2) soit la détermination politique de ce rapport qui maintient la séparation ou la distance en établissant un lien par l\u2019institution d\u2019un espace public d\u2019actions concertées.Ainsi nous faut-il distinguer le «barbare», étrange inconnu que sa différence naturelle rend totalement autre; le stranger, étranger que sa différence culturelle rend problématique; et le foreigner dont l\u2019étrangeté est surmontée dans une similitude politique attachée au titre de citoyen.Dans le premier cas - le « barbare » -, qui procède d\u2019une naturalisation de la différence, l\u2019étranger est perçu comme étant au-delà de tout rapport, hors de la communauté, extérieur à l\u2019espace commun.Rejeté dans son altérité, il est perçu dans son inassimilable étrangeté.« Symbole effrayant du fait de la différence en tant que tel » (Hannah Arendt), l\u2019étrangeté désigne alors la barbarie d\u2019une différence qui n\u2019est qu\u2019une différence naturelle hors de toute institution commune, qui ne saurait rejoindre ni la communauté des «uns» ni celle des «autres» au sein d\u2019un L\u2019absence de reconnaissance politique de l\u2019étranger constitue le danger auquel est exposée une société globalisée incapable d\u2019assumer politiquement l\u2019étrangeté des étrangers.La figure de l\u2019immigré MOULOUD IDIR Abdelmalek Sayad, trop vite décédé, enseigna à quel point l\u2019immigré est un excellent analyste de l\u2019inconscient social de toute société dite «d\u2019accueil».Il permet de dénaturaliser le rapport au monde en nous obligeant à réhistoriciser des notions qui semblent aller de soi : l\u2019État, le territoire, la nation, l\u2019identité, etc.(La double absence: des illusions de l\u2019émigré aux souffrances de l\u2019immigré, Paris, Seuil-Liber, 1999).L\u2019immigré est situé dans l\u2019entre-deux.Il est un sans-lieu situé dans un lieu.Il est nécessaire de penser simultanément ce que Smaïn Laacher (collègue de Sayad) appelle les deux pôles constitutifs de la condition ontologique de l\u2019immigré.D\u2019abord, il y a l\u2019ordre ancien que l\u2019on a quitté mais qui restera à jamais incorporé et fera de vous ce que vous êtes, à vos yeux et aux yeux des autres : un non-naturel.Et il y a l\u2019ordre nouveau qui vous accueille en pensant que la seule manière de régler cette anomalie historique - aller vivre ailleurs que chez soi - devra se conclure par une naturalisation (symbole de la fin d\u2019une certaine histoire).Ces deux pôles sont rarement tenus et pensés ensemble.Cette idée voulant que toute présence étrangère doit se clore par une naturalisation renvoie à un débat philosophique profond : c'est la perpétuation de l\u2019idée que le principe de nativité et le principe de souveraineté ne peuvent être dissociés.C\u2019est pourtant un truisme que de dire qu\u2019une telle idée est à la base du principe de l\u2019État-nation.L\u2019étymologie du mot nation dérive tout droit du latin natio qui signifie naissance.Abordant la vertu de la démarche sociologique inhérente à l\u2019œuvre de Sayad, Pierre Bourdieu résume avec brio et en quelques phrases l\u2019hommage que nous voulons rendre à un tel apport intellectuel: «En regardant de près les détails les plus infimes de la condition des \u201cimmigrés\u201d, en nous introduisant par exemple au plus secret des souffrances liées à la séparation à travers une description des moyens qu\u2019ils emploient pour communiquer avec le pays, ou en nous menant au cœur de la contradiction constitutive d\u2019une vie impossible et inévitable au travers d\u2019une évocation des mensonges innocents par qui se reproduisent les illusions à propos de la terre de l\u2019exil, Sayad dessine à petites touches un portrait saisissant de ces \u201cpersonnes déplacées\u201d, dépourvues de place appropriée dans l\u2019espace social et de lieu assigné dans les classements sociaux.Comme Socrate, l\u2019immigré est atopos, sans lieu, déplacé, inclassable.Rapprochement qui n\u2019est pas seulement pour ennoblir, par la vertu de la référence.» Ni citoyen ni étranger, ni vraiment du côté du Même, ni totalement du côté de l\u2019Autre, l\u2019«immigré» se situe en ce lieu bâtard à la frontière de l\u2019être et du non-être social.octobre-novembre 2007 RELATIONS monde - parce qu\u2019aucune politique du monde commun ne se déploie pour l\u2019accueillir.L\u2019étrangeté de la différence nue est indisponible à tout style de vie, enfermée dans une différence sans contenu, inassimilable.Aucun rapport n\u2019est envisageable avec celui qui est réputé « barbare ».Dans le second cas - le stranger-, l\u2019étranger est figé dans une particularité culturelle substantielle.Sa différence a un contenu civilisationnel (système de valeurs, codes, mœurs, etc.) : selon qu\u2019il est estimé plus ou moins proche ou éloigné du nôtre, il est jugé supportable, acceptable, intéressant, voire convoité.Sous cet angle, nous n\u2019avons jamais d\u2019autres rapports aux étrangers qu\u2019un rapport de force ou qu\u2019une relation de tolérance, avec toute la gamme de conduites que celle-ci comporte, allant de l\u2019ignorance ou du mépris à la sollicitude.Dans ces deux cas, l\u2019absence de reconnaissance politique de l\u2019étranger constitue le danger auquel est exposée une société globalisée incapable d\u2019assumer politiquement l\u2019étrangeté des étrangers : soit la production de «barbares », dont les immigrés clandestins sont un exemple de nos sociétés contemporaines, soit le prétendu « choc des civilisations ».À l\u2019inverse, dans le troisième cas -le foreigner -, la reconnaissance politique de l\u2019étranger inscrit le rapport à l\u2019autre au registre d\u2019un droit public international et métaculturel, instituant un lien politique entre autochtones et allogènes, avec son cortège d\u2019obligations que sanctionnent les institutions juridiques.La reconnaissance politique de l\u2019étrangeté est alors la manière d\u2019assumer la plura- chioé surprenant, lité comme constitutive d\u2019une hu- Entre deux réalités, manité politique puisqu\u2019elle honore acrylique sur toile, d\u2019un même mouvement la distinction 76 X 122 cm, 2004 culturelle de l\u2019altérité (stranger) et l\u2019égalité politique de la citoyenneté (foreigner), en même temps que la dignité des personnes singulières.La politique n\u2019aurait pas de sens ou ne serait que pur exercice de domination sans la pluralité des personnes, des peuples, des cultures, des États, c\u2019est-à-dire sans l\u2019étrangeté des étrangers.Aussi l\u2019assomption politique des étrangers est-elle un critère pertinent du politique, grâce auquel on peut apprécier la dignité politique de la puissance publique.La capacité d\u2019une communauté politique à nouer un rapport politique avec « ceux qui n\u2019en sont pas » - pas seulement avec les citoyens étrangers, ressortissants déclarés d\u2019autres États, mais aussi et surtout avec les immigrants illégaux, les apatrides ou les sans-droits qui cherchent refuge sur son territoire, y compris pour des raisons purement économiques, puisque le droit d\u2019asile n\u2019est pas ici mis en question - décide de son orientation cosmopolitique vers un monde commun ou, au contraire, de son repli sur une identité strictement nationale.L\u2019ÉCLOSION POLITIQUE La reconnaissance politique de l\u2019étranger revêt donc deux aspects contradictoires.D\u2019une part, elle le «civilise» en l\u2019inscrivant dans un système culturel et social garanti par un jeu d\u2019institutions et d\u2019autorités.D\u2019autre part, elle fait aussi apparaître son ambivalence : le sujet dont les droits doivent être respectés en vertu du droit public et du droit international l\u2019est au prix d\u2019un assujettissement et d\u2019une aliénation aux autorités légales qui entend effacer son RELATIONS octobre-novembre 2007 El dOSSieR étrangeté originale.Le «bon» étranger est sujet.Inversement, qui refuse ou échappe aux procédures d\u2019assujettissement, qui y « reste étranger», celui-là est banni, mis au ban de la société.Aussi les États sont-ils aujourd\u2019hui traversés par une tension contradictoire au regard de ces flux migratoires qui échappent de plus en plus à leurs contrôles : soit intégrer les étrangers, les assimiler et faire disparaître leur étrangeté; soit les repousser comme si l\u2019alternative entre inclure et exclure, assimiler ou expulser, résumait toute la politique possible à leur égard.Ce sont pourtant-là deux manières de méconnaître le statut d\u2019étranger, à savoir l\u2019écart revendiqué à l\u2019égard de l\u2019identité «nationale» des pays de provenance et d\u2019accueil et, en même temps, le souci de se singulariser comme sujet politique malgré ou par cet écart.Au fond, qui accepte d\u2019affronter le statut d\u2019étranger doit assumer un double écart, par rapport au pays natal dont il s\u2019éloigne et par rapport au pays d\u2019installation dont il ne saurait prétendre être.Et cette double désaffiliation communautaire est en même temps écart à soi, une forme de désidentification, qu\u2019elle soit assumée ou subie.Loin pourtant de le priver de reconnaissance citoyenne, cette « désidentification » revient au contraire à revendiquer une forme de subjectivation politique inédite et active qui ne s\u2019autorise pas du titre de la nationalité mais de celui de l\u2019engagement et de la responsabilité civiques.Le motif économique avancé pour limiter l\u2019immigration, refouler les prétendants ou renvoyer les indésirables, fut-il «raisonnable» au regard des impératifs du marché, cache mal la profonde atteinte à la dignité des personnes et aux droits de l\u2019Homme que ce rejet signifie.L\u2019exclusion des étrangers est, d\u2019une part, une exclusion économique qui s\u2019éprouve d\u2019abord dans le chômage, puis dans l\u2019exclusion des dispositions palliatives que sont les ressources allouées par la société.Elle est, d\u2019autre part, une exclusion politique qui s\u2019éprouve dans la privation de droits à laquelle sont condamnés les étrangers déchus de leur citoyenneté.L\u2019exclusion du marché signifie élimination, puisque la globalisation ne laisse plus d\u2019espaces où trouver refuge.Dans le contexte d\u2019une société globale, l\u2019exclusion politique «officialise» cette élimination.Ce n\u2019est pas simplement qu\u2019elle frappe avant tout l\u2019étranger, c\u2019est aussi que tout individu privé de droits est renvoyé à l\u2019effrayante étrangeté de la barbarie, à ce qu\u2019on peut après Arendt nommer «l\u2019acosmie».Car l\u2019étranger n\u2019est plus alors le membre d\u2019une autre ethnie ou d\u2019une autre nationalité: déchu de ses droits, il l\u2019est de l\u2019humanité, «privé de monde» parce qu\u2019exclu du monde commun garanti par le droit.L\u2019exclusion des étrangers comme la privation de droits des apatrides révèle ce paradoxe : une société qui aurait les moyens de réaliser l\u2019exclusion des étrangers, de mener à terme l\u2019épuration des dissidents, ne serait plus politique.Elle serait retombée du plan proprement politique, où elle se tenait par le jeu des institutions qui la rapportait à son extériorité, au plan de la nature qui ignore et l\u2019extériorité et les rapports avec l\u2019étranger, ou encore au seul plan de la culture ordonné à la dialectique de la domination et de la servitude.En revanche, le plan politique doit s\u2019entendre comme l\u2019espace d\u2019apparition, non seulement des membres de la communauté, de ceux qui sont « dedans », qui comptent et possèdent les titres et les droits pour apparaître, mais aussi comme l\u2019espace de visibilité des rapports qui se nouent entre le dedans et le dehors, entre ceux qui comptent et ceux qui ne comptent pas, entre les inclus et les exclus, les autochtones et les étrangers.Par cette visibilité de l\u2019extériorité, la communauté politique fait l\u2019épreuve soutenue de la pluralité et de l\u2019étrangeté.De nouveau, la langue dit cette visibilité attachée à l\u2019action citoyenne mais déniée dans l\u2019exclusion.Le même terme latin, ex-claudere a donné « exclure » et « esclore » -éclore, paraître, naître.Le rapport politique est celui qui favorise l\u2019éclosion contre l\u2019exclusion, soit la naissance et la parution dans l\u2019espace public de visibilité commune de citoyens, quelles que soient la culture ou la nationalité où s\u2019est forgée l\u2019identité personnelle et sociale de ceux-ci.L\u2019étranger qui s\u2019y manifeste politiquement n\u2019a nul besoin d\u2019être celui qui s\u2019aliène culturellement.Cette extranéité appartient de droit à la citoyenneté et libère celle-ci de sa dépendance envers la nationalité comme envers la culture : tout citoyen l\u2019est d'abord par son civisme, en se singularisant par rapport à ses identités nationale, culturelle, confessionnelle, voire linguistique avec lesquelles il ne saurait être confondu.Aussi peut-on dire qu\u2019en vertu de ce principe, l\u2019attribution de la citoyenneté aux ressortissants étrangers engagés dans les responsabilités civiques d\u2019un État, indépendamment de leur nationalité d\u2019origine est, en définitive, ce qui atteste la dimension réellement politique de la vie publique.\u2022 La politique n\u2019aurait pas de sens ou ne serait que pur exercice de domination sans la pluralité des personnes, des peuples, des cultures, des États, c\u2019est-à-dire sans l\u2019étrangeté des étrangers.octobre-novembre 2007 RELATIONS Les Églises solidaires des migrants La préoccupation active des Églises envers les personnes migrantes est importante mais souvent méconnue.Elle se réalise par des personnes, des communautés et des institutions ecclésiales qui considèrent que cette solidarité est au coeur de leur foi.ÉLISABETH GARANT Le parti pris des Églises chrétiennes en faveur des populations migrantes, et surtout envers les groupes les plus vulnérables d\u2019entre elles, émerge parfois dans l\u2019opinion publique à l\u2019occasion de l\u2019accueil en sanctuaire d\u2019une personne réfugiée ou lors des manifestations d\u2019envergure en faveur des sans-papiers, comme celles qui se sont déroulées récemment aux États-Unis.Ces interventions, dénonçant des situations d\u2019injustices que vivent les personnes migrantes, ne sont pourtant ni accidentelles ni ponctuelles.Elles surviennent parce que depuis fort longtemps, des chrétiennes et des chrétiens accompagnent au quotidien ces personnes prises dans une conjoncture internationale qui les oblige à quitter leur pays, généralement au Sud, ou prises dans les dédales de systèmes d\u2019immigration restrictifs et répressifs, principalement au Nord.Ces événements médiatisés ont été précédés de nombreuses interventions pastorales, sociales et politiques.Elles sont réalisées par des personnes, des communautés de foi et des institutions ecclésiales qui considèrent cet engagement de solidarité avec les migrants comme une condition de fidélité à leur foi.UNE TRADITION BIBLIQUE ET SOCIALE Par sa reconnaissance de la présence de Dieu en chaque être humain, la foi chrétienne invite à veiller au respect de la dignité et de la valeur de tout être humain.Mais cette manifestation de Dieu par l\u2019autre rappelle aussi que l\u2019altérité est fondamentale pour comprendre sa propre humanité et pour s\u2019ouvrir à la transcendance.L\u2019accueil de l\u2019étranger est donc une partie intégrante de la foi chrétienne.Dans la Bible, Dieu rappelle au peuple d\u2019Israël qu\u2019il a connu l\u2019esclavage et qu\u2019il a souffert la dure réalité de l\u2019exil.Plusieurs communautés de foi dans l\u2019histoire ont été elles aussi persécutées.Elles ont dû quitter leur terre et chercher l\u2019hospitalité d\u2019autres communautés.C\u2019est en se souvenant de ces expériences que les chrétiens sont appelés à manifester une ouverture inconditionnelle face à l\u2019étranger.Selon leur époque et leur contexte, les Églises tentent d\u2019être fidèles à cette tradition, car c\u2019est une partie de leur raison d\u2019être qui passe par cette mission d\u2019hospitalité.L\u2019auteure est directrice adjointe du Centre justice et foi et directrice du Service jésuite pour les réfugiés et les migrants de la Province du Canada français.Chloé Surprenant, Praha, acrylique sur toile, 76 x 122 cm, 2000 ?RELATIONS octobre-novembre 2007 E9 dOSSieR Chloé Surprenant, Piotrek, acrylique sur toile, 91 x 6i cm, 2006 Dans la Bible, et plus particulièrement dans la tradition du Jubilé, l\u2019option pour les personnes exclues et marginalisées s\u2019accompagne aussi d\u2019un engagement pour la justice et la paix.Les Églises doivent donc jouer un rôle non seulement par rapport aux personnes migrantes elles-mêmes, mais aussi face aux situations qui forcent leurs déplacements ou qui les maintiennent dans des situations injustes.LE PLAIDOYER DE L\u2019ÉGLISE CATHOLIQUE La pensée de l\u2019Église sur la question des migrations a évolué et s\u2019est enrichie au cours du dernier siècle.À partir de 1914, les papes successifs ont livré annuellement des messages concernant les migrations et ont encouragé les conférences épiscopales à se doter d\u2019une journée pour les migrants et pour les réfugiés (fixée au troisième dimanche de janvier depuis 2004).D\u2019abord préoccupée par l\u2019immigration des catholiques à l\u2019étranger et de leur accompagnement par des prêtres migrants, la perspective des interventions de Rome a changé progressivement pour s\u2019intéresser à la responsabilité d\u2019accueil des Églises locales et aux besoins des migrants - particulièrement des réfugiés et des victimes de conflits.En 1963, dans l\u2019encyclique Pacem in terris, Jean XXIII précise deux grands principes qui guident les interventions de l\u2019Église catholique: le droit pour tous d\u2019émigrer et d\u2019immigrer ainsi que l\u2019appartenance de tout être humain à la communauté universelle.Le Vatican insiste par ailleurs sur le droit fondamental de pouvoir vivre dans son pays; il insiste aussi pour que les pays riches accueillent généreusement les migrants et que le bien commun guide l'exercice de leur souveraineté.Avec Vatican II, l\u2019Église lie les mouvements migratoires aux transformations du contexte international qui seront peu à peu identifiées à la «mondialisation».Un thème que les messages de Jean-Paul II approfondiront, en dénonçant les abus qui en découlent tout en insistant toujours sur l\u2019apport positif de la migration.L\u2019instruction La charité du Christ envers les migrants en 2004 reprend les grandes lignes de cette réflexion sociale et pastorale de l\u2019Église concernant les migrations.Au cours des dernières années, plusieurs conférences épiscopales des pays du Nord ont écrit des messages très percutants pour sensibiliser les croyants et les populations en général à l\u2019urgence d\u2019une solidarité avec les migrants -particulièrement avec les demandeurs d\u2019asile et les sans-papiers.Elles interpellaient avec force les autorités politiques quant aux conséquences des politiques de fermeture des frontières sur l\u2019obligation de protection et sur le respect des droits des migrants.C\u2019est dans cette mouvance que s\u2019inscrit la lettre pastorale de la Conférence épiscopale ca- nadienne Car nous ne sommes devant toi que des étrangers et des hôtes, parue en 2006, et les interventions auprès des décideurs qui en ont découlé.Dans certains pays, comme la France et les États-Unis, ces déclarations ont été l\u2019occasion de réaliser d\u2019importantes campagnes d\u2019éducation et de mobilisation en faveur de la situation des sans-papiers.Nous avons tous été témoins des mobilisations impressionnantes qui ont marqué la dernière année aux États-Unis et dans lesquelles les Églises ont joué un rôle clé.L\u2019appel du cardinal Roger Mahony, archevêque de Los Angeles, en faveur des sans-papiers a d\u2019ailleurs été marquant dans l\u2019engagement de certains politiciens pour une réforme en profondeur de la politique d\u2019immigration américaine : « La vérité qui n\u2019est pas dite dans le débat actuel sur l\u2019immigration est que notre pays, tout en bénéficiant économiquement de la présence des travailleurs illégaux, ferme les yeux quand ces travailleurs sont exploités par les employeurs.[.1 En même temps, nous en faisons les boucs émissaires de nos problèmes sociaux et nous les identifions comme des menaces à notre sécurité et des criminels pour justifier l\u2019adoption des lois anti-immigration.» LE SERVICE JÉSUITE POUR LES RÉFUGIÉS La solidarité des chrétiens et des chrétiennes avec les personnes migrantes a aussi permis la création d\u2019organismes m octobre-novembre 2007 RELATIONS Plusieurs conférences épiscopales des pays du Nord ont écrit des messages très percutants pour sensibiliser les croyants et les populations en général à l\u2019urgence d\u2019une solidarité avec les migrants.communautaires, de centres sociaux, de réseaux de solidarité et de comités porteurs de ces enjeux au sein de nombreuses institutions.Parmi ces initiatives, il faut certainement souligner le rôle important qu\u2019ont joué les communautés religieuses dans la mise en place de services pouvant répondre aux besoins des personnes migrantes et permettant la reconnaissance de leurs droits.L\u2019un de ces apports, aujourd\u2019hui internationalement reconnu, est le Service jésuite pour les réfugiés (SJR) dont la création remonte au 14 novembre 1980.Sa mission s\u2019étend à toutes les personnes qui sont forcées de se déplacer à cause des conflits, des désastres humanitaires ou des violations des droits humains - que ces personnes aient ou non pu traverser une frontière.Le service est aujourd\u2019hui présent dans une cinquantaine de pays pour apporter une aide matérielle et spirituelle aux réfugiés et pour réaliser un important travail de défense de droits.Au cours des dernières années, le SJR a ainsi joué un rôle clé dans la création d\u2019une coalition internationale sur la détention des réfugiés et des migrants, un problème majeur dans de nombreux pays surtout depuis les événements du 11 septembre 2001.La 33e Congrégation générale des jésuites (1983) tout comme la 34e (1995) ont réaffirmé avec force que ce service était un engagement de l\u2019ensemble de la Compagnie de Jésus et une façon pour elle d\u2019accomplir le service de la foi et la promotion de la justice.Au-delà des réponses que nécessite l\u2019urgence de la situation des réfugiés à travers le monde, le SJR veut aussi agir sur les causes structurelles : «Nous appelons la Compagnie internationale à unir ses efforts à ceux d\u2019autres institutions et organisations internationales pour combattre les injustices qui déracinent les peuples de leur terre et de leurs familles » (CG 34, 65).LE CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES Les prises de position et les interventions concernant les personnes réfugiées et migrantes se font très souvent dans le cadre d\u2019une pratique œcuménique.Tout comme l\u2019Église catholique, les Églises protestantes sont aussi présentes depuis très longtemps dans de nombreux pays pour servir et défendre la cause des personnes déracinées.Ces Églises sont soutenues dans leur travail par le Réseau œcuménique mondial sur les migrations du Conseil œcuménique des Églises (COE).En 1995, le COE avait d\u2019ailleurs identifié la situation des personnes déracinées comme l\u2019une des grandes crises de notre temps.Une déclaration et une vaste campagne avaient été réalisées sous le titre Un choix à faire: prendre le risque de se solidariser avec les personnes déracinées invitant les Églises membres à devenir encore davantage l\u2019Église de l\u2019étranger.Elles étaient conviées à en assumer toutes les conséquences : « Lorsque nous dénonçons les injustices qui mènent au déracinement, il faut que nous soyons prêts à affronter le pouvoir et les privilèges en place et à en payer le prix.» Le travail de réflexion et de recherche du COE au cours de la dernière décennie a mis en évidence la transformation importante des mouvements migratoires en contexte de mondialisation et l\u2019émergence de nouvelles formes de migration.Il a aussi montré comment les récentes restrictions des États entraînaient une augmentation du trafic des personnes et un nombre croissant de migrants vivant en clandestinité.En 2005, le conseil central du COE a d\u2019ailleurs adopté de nouvelles recommandations concernant La pratique de l\u2019hospitalité face à de nouvelles formes de migration.LE MOUVEMENT DES SANCTUAIRES Le plaidoyer pour contrer les injustices du système d\u2019immigration vise à obtenir la transformation des pratiques, des structures et des politiques en cause.Le travail de défense de droits se réalise habituellement dans le cadre des mécanismes de contestation juridiques et politiques existants.Par contre, lorsque tous les recours mènent à l\u2019impasse des revendications, des chrétiens et des chrétiennes font le choix de poser des gestes de désobéissance civile.C\u2019est ainsi qu\u2019à quelques reprises, différentes Églises chrétiennes ont accueilli en sanctuaire des demandeurs d\u2019asile refusant de se soumettre à des ordres de déportation.À l\u2019heure actuelle au Canada, il existe encore quelques lieux de culte où des personnes ont trouvé refuge.L\u2019asile religieux n\u2019est pas réservé à des chrétiens, mais à des personnes qui sont victimes de profondes injustices et dont la situation appelle à des changements structuraux plus larges que leur situation individuelle.Ce recours au sanctuaire s\u2019appuie sur des textes bibliques dans lesquels Jésus ainsi que ses disciples transgressent la loi.Il s\u2019appuie aussi sur une tradition utilisant les espaces sacrés comme garde-fou contre les abus des systèmes juridique et politique en place.Cette tradition a resurgi dans les pays occidentaux au cours des années 1980, en fonction de nouveaux besoins comme ceux des sans-papiers et des demandeurs d\u2019asile.Ce sont des décisions exceptionnelles qui sont prises par des communautés de foi après un processus de discernement, une prise de conscience des conséquences du geste de désobéissance qui est posé et un travail de mobilisation du milieu qui se poursuit tout au long de l\u2019occupation du sanctuaire.RELATIONS octobre-novembre 2007 m Le devoir de nous respecter et de nous traiter les uns les autres comme des égaux, sans égard à la nationalité, à la race, à la classe sociale, au genre ou à l\u2019âge est un principe bouddhiste fondamental.Hsin Ting, abbé émérite de Fo Guang Shan Traiter les voyageurs et les personnes en déplacement avec bienveillance est un des enseignements importants de l'islam.Chao-Yam Ma, PRÉSIDENT DE LA FONDATION DE LA MOSQUÉE DE ÏAIPEI dOSSieR « j\u2019ai fait de toi et de ton peuple les \u201cétrangers\u201d du monde - dit YHWH - pour que tu luttes pour les droits des étrangers - les tiens et ceux des autres - peu importe où ils se trouvent, peu importe la couleur de leur peau ou la nature de leur culture, parce que, bien qu\u2019ils ne soient pas à ton image, ils n\u2019en sont pas moins à Mon image.» Il y a seulement une réponse assez forte à la question : Pourquoi ne devrais-je pas haïr l\u2019étranger?Parce que l\u2019étranger, c\u2019est moi.Jonathan Sacks, grand rabbin de Grande-Bretagne L\u2019accueil en sanctuaire demeure un geste symbolique qui n\u2019est pas reconnu par les législations des pays touchés.Par contre, malgré certaines exceptions -comme ce fut le cas de la violation du sanctuaire de Saint-Pierre à Québec où s\u2019était réfugié Mohamed Cherfi -, les gouvernements ont souvent respecté la protection temporaire qui est offerte en ces lieux.Il n\u2019y a aucune garantie de réussite des cas individuels qui sont en sanctuaire, bien que certains aient connu des fins heureuses.Le mouvement œcuménique des sanctuaires ne veut ni solutionner les situations sur une base individuelle, ni se substituer aux instances décisionnelles; il veut mettre en lumière les lacunes importantes du système d\u2019immigration.UN HÉRITAGE À S\u2019APPROPRIER Les membres des Églises chrétiennes sont malheureusement encore trop nombreux à ignorer la richesse de cette tradition d\u2019hospitalité et son parti pris radical concernant les migrations.Les rassemblements dominicaux mettent rarement les fidèles en contact avec cette dimension de leur foi et son actualisation.Les catéchèses et l\u2019éducation religieuse accordent peu de place à l\u2019enseignement social de l\u2019Église, et encore moins à la question des migrations.Pourtant les phénomènes migratoires sont devenus un enjeu incontournable pour nos sociétés.Ils soulèvent des questions relatives à la justice, aux droits, à l\u2019identité et aux rapports interreligieux.Ainsi, les migrations ne transforment pas seulement les espaces citoyens; elles interpellent aussi la réalité des Églises et les pratiques des communautés de foi.Il est donc urgent que les chrétiens et les chrétiennes approfondissent leur rapport à l\u2019autre, à l\u2019étranger, au migrant, en l\u2019inscrivant au cœur d\u2019une tradition biblique et sociale.Cette tradition ne pourra demeurer vivante que grâce à une réflexion et un engagement qui prennent au sérieux les défis actuels de la mobilité humaine.\u2022 POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES CHÉTAIL, Vincent (dir.), Mondialisation, migration et droits de l'homme: le droit international en question, Bruxelles, Bruylant, 2007.GREEN, Nancy L, Repenser les migrations, Paris, PUF, 2002.LAACHER, Smaïn, L\u2019immigration, Paris, Cavalier bleu, 2006.SAYAD, Abdelmalek, L'immigration ou les paradoxes de l'altérité, Paris, Éd.Raisons d\u2019agir, 2006.TASSIN, Étienne, Un monde commun, Paris, Seuil, 2003.WIHTOL DE WENDEN, Catherine, Atlas des migrations dans le monde, Paris, Autrement, 2005.REVUES Alternatives Sud - Genèse et enjeux des migrations internationales, Points de vue du Sud, vol.XI, n° 1-2004.Manière de voir- Histoire(s) d\u2019immigration, 62 / mars-avril 2002.Relations, Un monde en migration, n° 629, avril 1997.Bulletins Vivre ensemble du Centre justice et foi (nos 43 et 50 en particulier), accessibles à .FILMS Bonnes à tout faire d\u2019Hélène Choquette, Altau Tutti Frutti Films inc., Canada, 2005.m octobre-novembre 2007 RELATIONS Certificats de culpabilité d\u2019Alexandre Kozminski, Canada, 2005.Le dernier caravansérail (Odyssées), un film du Théâtre du Soleil (Ariane Mnouchkine), Arte vidéo, France, 2006.Les réfugiés de la planète bleue d\u2019Hélène Choquette et Jean-Philippe Duval, ONF, Les productions Virage inc., Point du Jour, Canada, 2006.Sans frontières (Borderless) de Min Sook Lee, KAIROS, Canada, 2006.SITES INTERNET : Action Canada pour la population et le développement : Chaire de recherche du Canada en droit international des migrations et de recherches internationales de l\u2019Université de Montréal : Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille : Campagne Justice for Immigrants aux États-Unis : Organisation internationale pour les migrations : Portail pour la protection et la promotion des droits des travailleurs migrants : Service jésuite pour les réfugiés et les migrants soirées ReLatîoNS Comment conjuguer foi et engagement citoyen dans la société québécoise?Réflexions et expériences de croyants chrétiens, juifs et musulmans Dans le débat actuel portant sur la laïcité et les revendications religieuses, plusieurs insistent sur le caractère privé de la religion.Cette table ronde, qui réunira des personnes de traditions chrétienne, juive et musulmane, débattra au contraire de la dimension publique du religieux.Comment inscrire le meilleur de chaque tradition dans l\u2019horizon politique et civique de la société québécoise?Quels sont les obstacles et les défis propres à cette question - notamment ceux relatifs à l\u2019égalité des rapports entre les hommes et les femmes ainsi qu\u2019à la résurgence des fondamentalismes?Le lundi 29 octobre 2007, de 19 h à 21 h 30 Au Gesù, 1200, rue Bleury (Métro Place des Arts) Contribution suggérée : 5 $ Nous aborderons ces questions avec: Carolyn Sharp, professeure de théologie à l\u2019Université Saint-Paul et ex-directrice de la revue Relations; Salah Basalamah, professeur au Département de traduction de l\u2019Université d\u2019Ottawa et porte-parole de Présence musulmane; Sharon Cubay Helfer, docteure en sciences religieuses et membre de la synagogue Dorshei Emet.Cette soirée est organisée par le Centre justice et foi, en collaboration avec le Gesù - Centre de créativité, dans le cadre de l\u2019événement Art sacré dont le thème est L'intérieur qui interroge.La soirée débutera par une visite des expositions des artistes Martin Müller-Reinhart et Stella Pace qui nous parleront du lien entre leur production artistique et notre thème.Le débat sur les régions au Québec : centre vs périphérie Au Québec, tant la métropole montréalaise que les régions plus lointaines sont confrontées à des enjeux majeurs qui nécessitent une vision intégrée de leur développement.Celui-ci ne peut se faire sans une prise en compte des initiatives citoyennes porteuses de développement durable, d\u2019inclusion, de solidarité et d\u2019égalité entre les hommes et les femmes.Comment, dès lors, développer les régions périphériques en créant une dynamique de complémentarité avec le grand pôle qu\u2019est Montréal?Comment contrer l\u2019exode des populations des régions?Que faire pour sortir certaines régions d\u2019une logique de dépendance à l\u2019égard d\u2019un secteur unique d\u2019activité?Les réalités régionales sont-elles reflétées dans les discours politiques?Enfin, quelle répartition des leviers de pouvoir serait souhaitable?Nous en débattrons avec : Roméo Bouchard, cofondateur et ex-président de l\u2019Union paysanne et auteur de Y a-t-il un avenir pour les régions?(Écosociété, 2006) et de L\u2019éolien -Pour qui souffle le vent?(Écosociété, 2007); Cherkaoui Ferdous, secrétaire général de Solidarité rurale du Québec; Kim Cornelissen, consultante en développement régional et personne-ressource pour le Conseil d\u2019intervention pour l\u2019accès des femmes au travail (CIAFT).Le lundi 19 novembre 2007, de 19 h à 21 h 30 Maison Bellarmin, 25, rue jarry Ouest (Métro Jarry ou De Castelnau) Contribution suggérée: 5 S Pour plus de renseignements, consulter : ou communiquer avec Mouloud Idir : 514-387-2541 / midir@cjf.qc.ca RELATIONS octobre-novembre 2007 m aiLLeuRS L\u2019Arménie: une stabilité à quel prix?Les dernières élections parlementaires charrient un espoir: celui d\u2019atténuer progressivement le pouvoir hégémonique d\u2019une oligarchie bureaucratique.VICKEN CHETERIAN L'auteur, journaliste établi à Genève, coordonne le Projet Cimera (www.cimera.org) et collabore au Monde diplomatique LJ Arménie connaît-elle finalement la stabilité après une i quinzaine d\u2019années de bouleversements?C\u2019est ce que semblent indiquer les résultats des élections parlementaires de mai 2007, qualifiées de «libres et justes» par les observateurs internationaux, à l\u2019instar du Conseil de l\u2019Europe et de l\u2019Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.Le Parti républicain, présidé par le premier ministre Serge Sarksian, a remporté 34% des votes, pendant que Bargavach Hayasdan (Arménie prospère), mené par l\u2019oligarque Gagik Tsarukian, en a remporté 15% et le parti nationaliste historique Dachnak-tsoutioun, partenaire de la coalition gouvernementale, 13 %; tous trois forment la coalition gouvernementale.À présent, c\u2019est clair, l\u2019élite dirigeante et les oligarques financiers postsoviétiques se partagent le pouvoir.Contrastant avec les élections des dernières années dans les autres républiques post-soviétiques, qui ont conduit à des protestations populaires et des révolutions non violentes, les élections en Arménie témoignent plutôt de GÉORGIE RUSSIE MER NOIRE ARMÉNIE AZERBAÏDJAN TURQUIE m octobre-novembre 2007 RELATIONS la volonté de la population d\u2019éviter d\u2019ébranler l\u2019ordre existant et de la faible capacité mobilisatrice de l\u2019opposition.INDÉPENDANCE IMPOSSIBLE Pour comprendre ce besoin de stabilité, il est nécessaire de rappeler les bouleversements dramatiques que la petite nation a traversés depuis son indépendance en 1991.Quand je suis arrivé à Erevan, capitale de l\u2019Arménie, au début de 1992, à peine quelques mois après l\u2019effondrement de l\u2019URSS, je ne croyais pas qu\u2019une Arménie indépendante pourrait survivre encore longtemps.D\u2019ailleurs, nombreux sont ceux qui, dans la région du Caucase, y voyaient un parallèle historique avec les années 1917-1920, où, à la chute du tsarisme, l\u2019Arménie, la Géorgie et l\u2019Azerbaïdjan avaient connu une brève période d\u2019indépendance, avant d\u2019être rapidement reconquises par les forces bolcheviques.Ainsi, en 1992, beaucoup d\u2019Armé-niens croyaient que l\u2019indépendance ne serait qu\u2019éphémère, le temps que les luttes de pouvoir à Moscou prennent fin.L\u2019avènement de l\u2019indépendance a amené son lot de problèmes, le premier étant l\u2019aggravation du conflit ethno-territorial.L\u2019Arménie avait déjà, depuis 1988, un contentieux territorial avec son voisin, l\u2019Azerbaïdjan, portant sur la région montagneuse du Elaut-Karabakh.La majorité arménienne de cette province autonome de l\u2019Azerbaïdjan avait, à cette époque, voté pour se rattacher à l\u2019Arménie, alors encore république soviétique.Onze mille soldats de l\u2019Armée rouge réussissaient à contenir le conflit.Mais avec l\u2019effondrement de l\u2019URSS, le contentieux s\u2019est vite transformé en guerre ouverte : des milliers de pertes humaines, un million deux cent mille réfugiés des deux camps, des blocus de routes, de pipelines et de chemins de fer qui ont isolé économiquement les deux pays, mais davantage l\u2019Arménie qui n\u2019a pas d\u2019accès à la mer.De plus, une série de guerres civiles et de conflits ethniques en Géorgie et en Tchétchénie rendent difficiles les voies de communication vers le Sud Caucase et la Russie, les principaux partenaires économiques de l\u2019Arménie.Pourtant, ce n\u2019est pas le seul problème que l\u2019Arménie indépendante a dû affronter.L\u2019indépendance signifiait également l\u2019édification d\u2019un État à partir des débris de l\u2019appareil administratif soviétique.De façon similaire, cela voulait dire la reconstruction d\u2019une économie nationale.Non seulement la nouvelle nation devait-elle trouver des solutions à l\u2019obsolescence des industries chimiques et électroniques, construites par la Russie comme partie intégrante de son complexe militaro-industriel, mais elle devait aussi transformer les structures d\u2019une économie planifiée en une économie de marché, alors que le pays manquait fortement de capital et n\u2019avait pas la capacité d\u2019attirer des investissements étrangers.La construction des institutions étatiques arméniennes s\u2019est réalisée durant la guerre territoriale et l\u2019isolement économique qui s\u2019ensuivit.Ce contexte explique que le président actuel, Robert Kotcharian, ainsi que le premier ministre Serge Sarksian aient occupé des postes de responsabilité pendant la guerre - qui a pris fin en 1994.LA GÉNÉRATION DE LA PRIVATISATION La deuxième moitié des années 1990 a été caractérisée par une vague de privatisation massive, pour des raisons politiques, dès les derniers mois de l\u2019URSS.Ainsi, pour éviter le retour des soviétiques au pouvoir, le Mouvement national arménien, qui venait de remporter les élections, a commencé à pri- aiLLeuRS awîs'-.yt.vatiser les propriétés foncières.Ensuite, il s\u2019est attaqué à la privatisation du système financier et des infrastructures industrielles.Or, comme il n\u2019y avait ni les ressources financières nécessaires, ni un cadre juridique approprié pour mener à bien ce processus, ceux qui avaient des liens privilégiés avec l\u2019élite dirigeante ont eu les meilleures parts du gâteau.Cette vague de privatisation massive s\u2019est accompagnée d\u2019un appauvrissement tout aussi massif de la population.Ainsi, dans les années 1992-1993, la production industrielle s\u2019est arrêtée et le PIB a chuté de 50 %.À cause de cette crise économique, au-delà de 900000 personnes (le quart de la population) ont quitté le pays.Les raisons principales de cet effondrement économique sont la rupture des liens économiques avec les autres pays postsoviétiques, le blocus économique imposé par la Turquie et l\u2019Azerbaïdjan et, conséquemment, la grave crise énergétique qui a affecté le pays.À Erevan, par exemple, durant les hivers de 1992 à 1994, la population a été privée de chauffage et n\u2019avait droit qu\u2019à deux heures d\u2019électricité par jour.En l\u2019espace de quelques années, le pays est revenu à des pratiques préindustrielles.Après ce long déclin des années 1990, l\u2019économie connaît une croissance avoisinant 10% depuis 2000.Le problème est que la croissance économique est concentrée dans la capitale, tandis qu\u2019elle est significativement plus lente dans d\u2019autres villes et encore davantage dans les régions montagneuses.Cette disparité provoque un exode rural continu des régions vers la capitale, ainsi que la dégradation environnementale de Erevan, due entre autres à la congestion automobile (le transport en commun ayant été démantelé, puisque «soviétique») et au boom de l\u2019industrie de la construction qui a provoqué la destruction des parcs et des forêts avoisinants.L\u2019ÉCHEC DE L\u2019OPPOSITION Après les élections parlementaires, le premier ministre a déclaré qu\u2019il sera candidat aux élections présidentielles de 2008.Selon toute vraisemblance, il les remportera.En effet, Serge Sarksian a une bonne prise sur l\u2019administration étatique ainsi que sur «les ministères du pouvoir», qui signifient dans le jargon soviétique : l\u2019armée, la police et les services de sécurité.De surcroît, comme l\u2019Arménie a échoué à développer un système où les sphères politique et économique sont distinctes, les intérêts économiques dépendent du patronage politique.Par conséquent, les oligarques appuieront vraisemblablement la candidature de Sarksian, après l\u2019écrasante victoire de son parti lors des récentes élections parlementaires.Seules deux formations de l\u2019opposition occupent des sièges au sein du nouveau parlement, à savoir le Parti de l\u2019État de droit de l\u2019ex-leader parlementaire Artur Baghdasarian et le Parti de l\u2019Héritage de l\u2019ancien ministre des Affaires étrangères, Raffi Hovannisian.Il est intéressant de noter que les partis traditionnels, dont le rôle a été important, sont en train de disparaître de la scène politique arménienne.Ainsi, ni les communistes arméniens, qui ont gouverné le pays pendant sept décennies lors du régime soviétique, ni le Mouvement pan-arménien, architecte de l\u2019indépendance, qui a gouverné jusqu\u2019en 1998, ne représentent une force politique au sein du nouveau parlement.De façon similaire, l\u2019opposition «radicale» arménienne, représentée par Artashes Geghamian et Stepan Demirtchian, qui a mené sans grande organisation un mouvement de désobéissance de masse en 2004, cherche son souffle.Après une décennie de déclin économique, l\u2019actuelle croissance est certes un heureux développement, mais cela reste insuffisant en matière de lutte contre la pauvreté.En fait, la question de la redistribution des ressources est une question politique.Or, cette question, de toute évidence, ne sera pas soulevée dans un pays gouverné par une alliance entre l\u2019élite dirigeante et l\u2019oligarchie.Mais si l\u2019opposition traditionnelle, expression de la nomenclature ou de l\u2019intelligentsia soviétique, a été mise à l\u2019écart par les changements sociétaux massifs, de nouveaux mouvements unis autour de préoccupations sociales et environnementales commencent à peine à prendre forme.Est-ce que cette stabilité est durable?La polarisation sociale intérieure est certes un danger.Les conflits régionaux en sont un autre.Tandis que le statut du Haut-Karabakh n\u2019est pas encore résolu, les dirigeants azerbaïdjanais continuent leurs déclarations belliqueuses: ces derniers ont déclaré que grâce aux pétrodollars, ils seront en mesure d\u2019accroître leur budget militaire à un milliard de dollars, «l\u2019équivalent du budget total de l\u2019État de l\u2019Arménie ».Quant aux relations avec la Turquie, elles demeurent tendues.c\u2019est sans mentionner qu\u2019une éventuelle guerre américaine contre l\u2019Iran pourrait avoir des répercussions fâcheuses dans toute la région du Caucase, y compris sur la stabilité de l\u2019Arménie.\u2022 Foule devant le monument commémoratif du génocide arménien, à Erevan (R.Schwanke/ Rex Features/CP).RELATIONS octobre-novembre 2007 coNtRoveRse L\u2019auteure, femme de lettres et de médias, a été ministre dans le premier gouvernement du Parti québécois Le cynisme face à la politique Cultivé à outrance, le cynisme mine la démocratie et empoisonne la vie politique.LISE PAYETTE Le cynisme, tel qu\u2019on le pratique chacun notre tour, n\u2019est pas une vertu.Ce serait plutôt une sorte de calamité dont il est difficile de se défaire une fois qu\u2019on en est atteint.On ne naît pas cynique, on le devient.Hélas! Pourquoi?Peut-être bien parce que le cynisme représente une sorte de soupape aux multiples frustrations que la vie nous réserve.Il permet d\u2019exprimer le trop-plein de ce sentiment d\u2019impuissance devant les abus des plus forts, l\u2019injustice érigée en système, les deux-poids-deux-mesures de la vie courante, les décisions insupportables dont nous faisons souvent les frais.Le cynisme consiste souvent à dire à voix haute les critiques et les commentaires que le savoir-vivre nous commanderait logiquement de taire.Il relève du défi, du refus de se soumettre en silence, du rejet de ce qui est imposé d'en haut.Le cynisme peut même devenir un acte de bravoure dans certaines circonstances et dans certains lieux - des humains sont parfois prêts à risquer leur vie pour un bon mot.Il est une réponse au mépris pratiqué souvent par ceux qui ont atteint des échelons élevés de notre société.Le mépris des uns appelle le cynisme des autres.Le cercle est vicieux.UN ÉTEIGNOIR POLITIQUE Le plaisir d\u2019être cynique à l\u2019égard de la classe politique est immense.Nous n\u2019avons rien inventé, il en a toujours été ainsi depuis que le monde est monde.Les pharaons, les rois et les tsars ont connu tour à tour l\u2019amour et la haine de leurs sujets.Louangés par certains, hués par d\u2019autres, on a raillé leurs faiblesses, moqué leurs manies, dénoncé leurs abus.L\u2019arme la plus puissante des opposants a toujours été le cynisme.L\u2019humoriste de l\u2019époque qui chantait les malheurs de Marie-Antoinette devant Notre-Dame n\u2019était pas tellement différent de celui d\u2019aujourd\u2019hui qui décoiffe les politiciens en montrant leurs travers et leur goût démesuré du pouvoir.La différence entre ces époques lointaines et aujourd\u2019hui, c\u2019est que nous, nous vivons en démocratie.Les politiciens que nous avons, nous les choisissons une fois tous les quatre ans pour leur confier la gérance de nos intérêts collectifs.La donne n\u2019est pas la même.Leur pouvoir, qu\u2019ils tiennent de nous, n\u2019est que temporaire.Nous avons la possibilité, tous les quatre ans, de changer l\u2019équipe au pouvoir au complet.Pas question ici de pouvoir venu de Dieu qui se transmet de génération en génération.Nous pouvons donc nous contenter de pratiquer un cynisme plus léger, qui libère nos humeurs et rehausse notre sens de l\u2019humour.UN DANGER Dans une démocratie saine, le cynisme serait tout à fait déplacé.Cependant, la nature humaine étant ce qu\u2019elle est, on peut penser qu\u2019il n\u2019existe aucune démocratie qui soit parfaitement saine.Nous n\u2019échappons pas à cette règle.Souvenons-nous de ce que nous avons vécu dans ce pays au cours des dernières années: le scandale des commandites, le comportement de la Gendarmerie royale du Canada, le mépris des lois du Québec par Ottawa lors du référendum de 1995, les mensonges et les trahisons multiples de la part des politiciens.L\u2019on peut comprendre que ces comportements délinquants provoquent un cynisme inévitable chez les citoyens qui répondent par des comportements électoraux qui ne cessent de surprendre et par des commentaires d\u2019un cynisme inouï.Ce cynisme qui occupe l\u2019espace médiatique aussi bien que les conversations privées peut représenter un danger en ce sens qu\u2019il fera fuir des citoyens compétents et dévoués, intéressés à servir leurs concitoyens en politique.Pourquoi aller se jeter dans la fosse aux lions pour s\u2019y faire insulter constamment alors qu\u2019on peut vivre paisiblement chez soi?Pourquoi s\u2019exposer à la méchanceté et au cynisme généralisés alors qu\u2019on aspire seulement à être utile?Dans un tel contexte, il ne serait pas étonnant que ceux et celles que la politique attirera soient les moins intéressants : des assoiffés de pouvoir personnel, incapables de placer l\u2019intérêt de la société devant leurs intérêts.Le cynisme, sans un encadrement raisonnable, risque donc de devenir une arme de destruction massive.Et les dommages collatéraux peuvent être spectaculaires et permanents.\u2022 ES octobre-novembre 2007 RELATIONS coNtRoveRse Railler les politiciens et critiquer avec ironie nos institutions démocratiques est probablement une des activités les plus populaires de nos sociétés.S\u2019il est parfois sain et justifié, un tel cynisme poussé à l\u2019extrême peut nourrir le désen- gagement démocratique et dévaloriser le service public.En revanche, à l\u2019instar des anciens Grecs, il peut aussi être le fruit d\u2019une conscience politique radicale qui remet en question l\u2019ordre établi.Le cynisme est une critique radicale de la morale et des institutions dominantes.LOUISE DIONNE Le cynisme a mauvaise presse.Le terme est péjoratif et on en accuse indifféremment tous ceux et celles qui, par l\u2019humour, les railleries ou l\u2019ironie, ridiculisent les institutions politiques et ses élites.Malheureusement, cynisme et ironie sont souvent confondus.Cette dernière, utilisée abondamment par l\u2019industrie du spectacle et les médias, semble trop souvent réduire le politique aux seules institutions dominantes.Ce genre d\u2019humour souligne l\u2019impuissance des individus sans offrir de moyen de s\u2019approprier l\u2019espace politique ridiculisé.Il dépossède ainsi la majorité de tout pouvoir politique.UNE ÉTHIQUE CRITIQUE Il en va différemment pour d\u2019autres qui utilisent le rire et la raillerie pour dénoncer les abus et les injustices, pour mettre en lumière les choses auxquelles le politique reste indifférent.Souvent, l\u2019étiquette « cyniques » est accolée aux activistes qui, en quête d\u2019appropriation du politique, ont recours à la dérision pour souligner la rigidité de la démocratie libérale.Leurs critiques sont souvent pertinentes et ces adeptes sont loin de faire preuve d\u2019apolitisme.Il serait opportun d\u2019explorer le cynisme à l\u2019œuvre lors des manifestations ou des assemblées militantes afin de découvrir qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une attitude analogue à la philosophie des cyniques grecs.Au-delà des nombreuses anecdotes concernant l\u2019attitude irrévérencieuse des cyniques, dont Diogène est le plus célèbre, le cynisme est une philosophie qui mérite d\u2019être revisitée.Cette école est apparue au IVe siècle avant Jésus-Christ.Son fondateur, Antisthène, l\u2019installe dans le gymnase Cynosarges -d\u2019où l\u2019origine du terme.Ces philosophes réagissaient à l\u2019idéalisme de Platon et aux certitudes de l\u2019époque.Tandis que leur anticonformisme et leur dédain des conventions ont souvent suscité de virulentes attaques, le caractère radical de cette approche -qui prêchait la subversion - l\u2019a reléguée en marge des grands courants philosophiques.Face à la morale dominante et aux institutions politiques, une attitude d\u2019opposition et de désobéissance s\u2019impose.L\u2019éthique critique issue de la pensée des cyniques exige de prendre des risques, d\u2019aller aux extrêmes pour montrer les travers et les limites des certitudes.«À quoi peut bien nous servir un philosophe ayant passé toute sa vie dans cette activité sans jamais inquiéter personne?» déclarait Diogène.Le cynisme bousculait le pouvoir pour l\u2019éveiller au concret, à la réalité du vécu humain.C\u2019est ainsi que Diogène aurait répondu au jeune Alexandre le Grand, qui lui demandait ce qu\u2019il voulait, « de lui rendre son soleil, car il lui faisait de l\u2019ombre».Les cyniques montraient les limites de la démocratie athénienne et son lot d\u2019exclus (femmes, métèques, ilotes).Bien avant l\u2019heure, ils prônaient l\u2019égalité des sexes.UNE SUBVERSION Cette attitude marginale possède des similitudes avec les altermondialistes, les anarchistes et certains artistes, auxquels on reproche leur radicalisme.Cependant, plusieurs font preuve d\u2019imagination pour prendre leur place dans l\u2019espace politique.Certains utilisent l\u2019art, tandis que d\u2019autres s\u2019approprient des lieux.Leurs actions, loin d\u2019encourager un désengagement, vi- L'auteure est respon-sent à montrer que d\u2019autres moyens sable du secteur vivre d\u2019exercer le politique sont possibles.Ils ensemble au Centre sont parfois les seuls à mettre à l\u2019avant- justice et foi scène des injustices demeurées dans l\u2019ombre.La pensée unique qui domine la scène politique et le peu d\u2019ouverture envers les modes alternatifs d\u2019expressions du politique demandent de recourir à des moyens radicaux.Il est de plus en plus difficile de faire entendre ses doléances en dehors des grandes institutions politiques.Seules les organisations ou associations reconnues sont invitées dans l\u2019arène politique libérale - ce qui prive plusieurs citoyens de la possibilité de faire valoir leurs griefs.L\u2019éthique cynique impose de disputer le pouvoir aux élites qui s\u2019approprient ainsi tout l\u2019espace et qui décrètent les règles d\u2019exercice du politique.Le modèle de la démocratie libérale, inscrit dans l\u2019État-nation, est loin de convenir aux transformations issues de la mondialisation et de la diversité culturelle qui en émerge.Le politique se doit d\u2019assurer l\u2019équilibre des pouvoirs entre toutes les parties d\u2019une société.Parfois, il est tout à fait légitime de recourir à des moyens radicaux et non conformes pour garantir cette distribution.Le cynisme, sans être la seule façon de faire, peut contribuer à forcer des institutions figées à s\u2019ouvrir aux nouvelles revendications.Au cours de l\u2019histoire, c\u2019est bien souvent ce genre d\u2019attitude qui a été la source d\u2019émancipation pour contrer des normes et des conventions contraignantes.\u2022 RELATIONS octobre-novembre 2007 m Reg a RD Assemblée d\u2019Aparecida: bilan mitigé L\u2019auteur, jésuite, est théologien Si elle renoue avec des thèmes porteurs d\u2019espérance, la cinquième assemblée du Conseil des évêques d\u2019Amérique latine et des Caraïbes (CELAM) tenue à Aparecida au Brésil, du 13 au 31 mai 2007, n\u2019est pas sans susciter des inquiétudes.JOÀO BATISTA LIBÂNIO En 1997, la convocation du synode des Amériques par Jean-Paul II semblait avoir mis un terme à ce type d\u2019assemblée collégiale que constitue le CELAM.En effet, le synode pouvait représenter, pour le Vatican, un substitut «avantageux»: tout en réunissant les évêques des trois Amériques, il se réalise à Rome en présence du pape et des différents responsables de la curie, assurant ainsi le « contrôle » romain.Mais la diligence toute en finesse du président du CELAM de l\u2019époque, la volonté des différentes assemblées épiscopales du continent et l\u2019approche du 50e anniversaire de la fondation du CELAM ont convaincu Jean-Paul II de l\u2019importance de convoquer une nouvelle fois le CELAM.Il devait, selon ses plans, se tenir à Rome en février 2007.Le changement de lieu en faveur d\u2019Aparecida, sanctuaire marial du Brésil de renommée mondiale, fut décidé par Benoît XVI, voulant probablement souligner par là le poids symbolique de l\u2019Église brésilienne.Le pape s\u2019engagea à présider l\u2019ouverture de l\u2019assemblée.Les participants à ce CEIAM furent variés et nombreux: cardinaux de la curie, évêques du continent, invités d\u2019autres pays, observateurs d\u2019autres confessions, assesseurs et représentants de nouveaux mouvements d\u2019Église, etc.Le discours de Benoît XVI à l\u2019inauguration de cette cinquième assemblée laissa une impression générale de sérénité, mais sans guère de nouveautés.Il se contenta de reprendre les idées abordées dans les documents antérieurs, en évitant de traiter de questions polémiques, livrant un discours doctrinal, universel et idéaliste partant de la transcendance et laissant aux évêques le soin de l'appliquer ensuite à la réalité latino-américaine.LE DOCUMENT FINAL Après la célébration eucharistique présidée par le pape, symbole de la collégialité qui se pratique dans les limites des structures hiérarchiques actuelles de l\u2019Église, les évêques prirent des décisions procédurales d\u2019importance.En continuité avec les autres CEIAM, ils s\u2019accordèrent à préparer un document final qui devait être rédigé avec la collaboration de tous les participants, divisés d\u2019abord en groupes aléatoires, puis en commissions thématiques.Le document final est structuré autour de trois axes, suivant la méthode «voir-juger-agir».Dans un premier temps, un regard est jeté sur la réalité socioculturelle, économique, politique et ecclésiale, dans une perspective de foi.La globalisation y est vue, d\u2019abord sur le plan culturel, comme une réconciliation des peuples, mais aussi, dans sa face négative, comme un effritement des valeurs et de la religiosité populaire.Sur le plan économique, la globalisation signifie l\u2019absolutisation du marché et du lucre, l\u2019accroissement de la pauvreté.Sur le plan politique, le texte oscille entre l\u2019éloge du processus de démocratisation du continent et la crainte d\u2019un néopopulisme autoritaire.Finalement, il dresse un bilan mitigé de l\u2019Église.Un côté lumineux: la vigueur de la vie intérieure et des services qu\u2019elle offre.Un côté plus sombre : une déficience dans l\u2019évangélisation et dans la clarté doctrinale de la foi des catholiques.Les CELAM antérieurs Le premier CELAM s\u2019est réuni en 1955 sous le pontificat de Pie XII, à Rio de Janeiro, au Brésil.On y traita de la rareté des prêtres et des forces adverses au catholicisme : laïcisme, superstition, spiritisme, prosélytisme protestant et franc-maçonnerie.On y fit la promotion des nouveaux moyens de communication que constituaient la radio et la presse.Le second CELAM a eu lieu à Medellin, en Colombie, en 1968, sous le pontificat de Paul VI.Il visait à appliquer les grandes orientations du concile Vatican II au contexte latino-américain.On y prit des décisions courageuses sur différents sujets qui n\u2019avaient, jusque-là, jamais été débattus dans le cadre de réunions épiscopales : l\u2019option pour les pauvres, la libération des structures d\u2019oppression, une théologie et une pastorale conçues à partir des pauvres et utilisant la méthode «voir-juger-agir» héritée de l\u2019Action catholique, une éducation libératrice centrée sur la conscientisation, une Église pauvre, dépouillée, prophétique jusqu\u2019au martyre, la valorisation de la religion populaire, la création de communautés ecclésiales de base (CEB), une lecture populaire de la Bible ainsi qu\u2019une vie religieuse insérée en milieu populaire.L\u2019Église rompt avec l\u2019ancienne alliance qui la liait à l\u2019oligarchie et se rapproche des couches populaires.Le simple fait que le CELAM ait pu avoir lieu est déjà positif, dans un contexte où le courant néoconservateur et centralisateur est en plein essor.ta octobre-novembre 2007 RELATIONS Le troisième CELAM, tenu à Puebla, au Mexique, en 1979, sous le pontificat de Jean-Paul II, a cherché à freiner le dynamisme qu\u2019avait impulsé le précédent.Il injecta un certain conservatisme théologique - l\u2019ecclé-siologie et la christologie du document de Puebla le reflètent clairement - à des options qui, par ailleurs, faisaient écho à Medellin : option préférentielle en faveur des pauvres, défense de la dignité de la personne humaine contre la répression des régimes militaires, action concertée avec les leaders de la société, « parois-sialisation» des CEB.Le quatrième CELAM, qui s\u2019est tenu à Saint-Domingue, en République dominicaine, en 1992, s\u2019est déroulé dans un climat profondément néoconservateur : il prit ses distances par rapport aux grandes orientations rénovatrices de Medellin.On y abandonna la méthode «voir-juger-agir», on y déplaça l\u2019analyse critique de la société vers une simple critique culturelle, et l\u2019on mit un frein à l\u2019option pour les pauvres et pour la libération.Par contre, ce CELAM valorisa les cultures afro-amérindiennes, la religion populaire et le rôle prépondérant des laïcs, en plus de faire un pas vers une solidarité latino-américaine et mondiale.J B.L.Le jugement théologique, quant à lui, insiste sur la rencontre personnelle du croyant avec Jésus et la conscience d\u2019être appelé et envoyé comme missionnaire de l\u2019Évangile de la vie.L\u2019Église doit pouvoir offrir des centres de communion où le fidèle est capable de vivre sa foi et un itinéraire formatif sur le mode, par exemple, du « chemin néocatéchuménal».Enfin, la troisième partie, centrée sur l\u2019agir, traite de la mission de l\u2019Église et des chrétiens qui consiste à annoncer la vie nouvelle dans le Christ.Jésus s\u2019est mis au service de la vie et s\u2019est offert comme vie pour ceux qui croient en lui et le suivent - vie dans toutes les dimensions et pour tous.L\u2019exclusion contredit le projet de Dieu.La mission de transmission implique une conversion personnelle, une rénovation missionnaire et l\u2019ouverture pour l\u2019évangélisation ad gentes.La conclusion du document lance une grande mission continentale dont les paramètres doivent être précisés ultérieurement par les évêques.BILAN PROVISOIRE Le simple fait que le CEIAM ait pu avoir lieu est déjà positif.Dans un contexte où le courant néoconservateur et centralisateur est en plein essor, un tel geste collégial met de l\u2019avant une certaine autonomie de l\u2019épiscopat latino-américain.Cependant, il faut bien admettre que cette collégialité a été malmenée à maintes reprises : la convocation, le choix des thèmes, la nomination du président, l\u2019approbation des représentants, l\u2019inclusion des membres de la curie romaine, le discours programmatique du pape, tout cela est venu de Rome.Le document final approuvé par le pape comporte, par ailleurs, de nombreuses modifications souvent significatives - notamment en ce qui a trait aux communautés ecclésiales de base (CEB) - par rapport à la version finale pourtant votée à la quasi-unanimité par les évêques.Cela a soulevé une vive indignation dans le rang des évêques et des communautés chrétiennes latino-américaines.En réponse à ces accusations, le secrétaire général du CEIAM, l\u2019évêque argentin Andrés Stanovnik, s\u2019est contenté de déclarer que ces modifications avaient été faites en accord avec le CELAM et à la suite de suggestions Chloé Surprenant, Le petit, acrylique sur toile, 76 x 122 cm, 2004 RELATIONS octobre-novembre 2007 ID RegaRD proposées au pape par divers organismes de la curie romaine chargés de la relecture du document final.Il a ajouté que de toute façon, le CELAM «ne constitue pas un organisme indépendant mais est en communion avec et sous l\u2019autorité du pape de telle manière que le pape a toute autorité d\u2019apporter des modifications qu\u2019il considère convenables aux textes formulés par l\u2019assemblée ».Un autre aspect problématique est la présence en force des nouveaux mouvements ecclésiaux, centrés sur le culte et une quête individuelle de Dieu qui a eu pour effet de jeter dans l\u2019ombre la singularité et l\u2019importance de l\u2019action pastorale et sociale des CEB, ramenées sous le dénominateur commun de « communautés nouvelles ».Par ailleurs, la préoccupation à l\u2019égard de l\u2019exode des catholiques et la perte d\u2019importance de l\u2019Église dans la société latino-américaine n\u2019ont pas conduit à une autocritique de l\u2019Église et de ses structures : ministère, cléricalisme croissant, prédominance de l\u2019orthodoxie doctrinale et morale.On a attribué plutôt la faute aux impacts de la globalisation, au manque de profondeur de la foi de la majorité des catholiques.De cette manière, l\u2019espoir d\u2019un changement structurel majeur dans l\u2019Église semble écarté.Au lieu de cela, on fait appel à la bonne volonté des fidèles pour qu\u2019ils prennent conscience de la grandeur de la vocation chrétienne et de sa triple implication: être disciple du Christ, vivre cette réalité dans l\u2019Église et être ouvert à devenir missionnaire de l\u2019Évangile de la vie.Aparecida garde vivant, à maints égards, le souffle prophétique de Medellin, non sans l\u2019édulcorer.Bien qu\u2019on y parle de libération, on y omet étrangement toute allusion à la théologie de la libération.À Medellin, l\u2019Église voulait témoigner de la vie simple et dépouillée; à Aparecida, elle témoigne de la «joie» de la rencontre avec Jésus.Serait-ce là une touche postmoderne, charismatique?Medellin est à l\u2019origine du mouvement d\u2019insertion des religieux et religieuses au milieu des pauvres qui a été, durant les décennies suivantes, soutenu et encouragé par les différentes Conférences religieuses d\u2019Amérique latine.Aparecida n\u2019hésite pas à critiquer la « tentation séculariste » de cette manière de vivre la «vie consacrée» et insiste plutôt sur la communion à l\u2019évêque et sur une pauvreté conçue comme liberté à l\u2019égard du marché et de la richesse.Dans le domaine de l\u2019éducation, les évêques se sont préoccupés de l\u2019identité catholique.C\u2019est à partir de celle-ci que doivent se comprendre la dimension sociale et la formation intégrale de l\u2019éducation.Or, l\u2019idée de libération, mise de l\u2019avant par Medellin accentuait plutôt, dans la perspective du penseur et éducateur brésilien Paulo Freire, sa dimension de conscientisation, en vue de la transformation sociale de la réalité.Le document final évite le thème de la sexualité et le grave problème du ministère sacerdotal, réservé aux hommes célibataires, bien que les évêques brésiliens aient fait des suggestions audacieuses à propos des prêtres réduits à l\u2019état laïc.Aux femmes, on a garanti au moins une présence effective dans les ministères confiés aux laïcs et au sein des instances de planification et de décisions pastorales.Si la question de l\u2019œcuménisme et du dialogue interreligieux est bel et bien abordée, c\u2019est sans grande créativité.Le texte répète seulement les affirmations du Concile et des papes précédents, le ton est à la défense de l\u2019identité catholique.Cette quasi-obsession ferme le dialogue avec les autres Églises et religions.L\u2019expression «option préférentielle pour les pauvres» est conservée en tant que conquête définitive de notre vie ecclésiale.Il manque seulement des pistes pastorales concrètes.Le terme libération qui apparaît souvent dans le document se voit ainsi affaibli, sans grande incidence sur la réalité sociale.On craint encore une déviation idéologique vers le socialisme ou le marxisme.L\u2019assemblée étant terminée, les églises locales recevront les «talents» selon la parabole évangélique.Le dilemme est soit de les enterrer, soit de les faire fructifier.Souhaitons qu\u2019ils se multiplient abondamment pour le bien des peuples du continent.Mais, dès à présent, on ne peut faire autrement que ressentir une impression ambivalente.D\u2019un côté, Aparecida témoigne d\u2019une Église non plus repliée sur elle-même mais lancée dans l\u2019aventure de l\u2019Évangile.Certes, on y voit un certain volontarisme, mais la réalité se chargera bien de confronter l\u2019Église à l\u2019exigence de réformes en profondeur, notamment en ce qui concerne les ministères.D\u2019un autre côté, Aparecida exprime aussi les craintes d\u2019une recrudescence de l\u2019affirmation « catholique », avec un fort accent clérical, au détriment de l\u2019œcuménisme et du dialogue interreligieux.Le rôle prépondérant des laïcs, hommes et femmes, risque de demeurer seulement un vœu pieux sans pouvoir se concrétiser en projet évangélisateur.Or, il est clair que sans les laïcs, l\u2019Église d\u2019Amérique latine n\u2019a pas d\u2019avenir! L\u2019expérience collégiale et fraternelle d\u2019évêques qui ont des visions pastorales différentes et qui entrent dans un véritable dialogue avec les frères et sœurs des autres Églises chrétiennes est porteuse d\u2019espoir.Cependant, le relent d\u2019autoritarisme et l\u2019obéissance servile exigée des instances supérieures, contraire à l\u2019esprit prophétique de liberté, ne sont pas sans semer la crainte et jeter de l\u2019ombre au tableau.L\u2019avenir nous dira quels chemins prendra l\u2019Église d\u2019Amérique latine : les voies d\u2019une liberté courageuse ou bien celles des peurs néoconservatrices! \u2022 Aparecida exprime aussi les craintes d\u2019une recrudescence de l\u2019affirmation «catholique», avec un fort accent clérical, au détriment de l\u2019œcuménisme et du dialogue interreligieux.octobre-novembre 2007 RELATIONS eN BRef JÉSUITES AU VIETNAM Cinquante ans après leur retour au Vietnam, les jésuites viennent d\u2019y ériger une Province, la 82e de la Compagnie de Jésus dans le monde.Beaucoup y voient un nouveau signe de détente avec le régime vietnamien.Le P.Peter-Hans Kolvenbach, supérieur général, a proclamé le décret transformant l\u2019ancienne région indépendante en Province de l\u2019Asie Orientale-Océanie.Le P.Thomas Vu Quang Trung, supérieur régional depuis quatre ans, en devient le supérieur provincial.PEINE DE MORT AU RWANDA Fin juillet, le gouvernement du Rwanda a aboli la peine de mort pour les individus reconnus coupables de crimes de guerre.Cela élimine un obstacle important à l\u2019expulsion des personnes soupçonnées de génocide qui se cachent à l\u2019étranger.Cette décision pourrait notamment favoriser l\u2019expulsion de Léon Mugesera.Ce Rwandais se trouve toujours au Canada plus de deux ans après que la Cour suprême eut ordonné son départ du pays pour avoir prononcé, en 1992, un discours dans lequel il se disait en faveur du massacre des Tutsis.DIALOGUE INTERRELIGIEUX Le Comité des rapports interculturels et interreligieux de l\u2019Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) vient de publier Le dialogue interreligieux dans un Québec pluraliste.Après avoir dressé un bref tableau du pluralisme religieux au Québec, le Comité fait un inventaire de l\u2019enseignement récent de l\u2019Église catholique concernant les relations avec les religions non chrétiennes (musulmane, juive, etc.) et en dégage des lignes d\u2019orientation pastorale.On y évoque notamment le fait que les nations autochtones ont pris une conscience plus vive de leurs propres traditions.Publié par les éditions Médiaspaul, le livre est disponible en librairies.COMMUNAUTÉ HAÏTIENNE Dans le cadre des États généraux de la communauté haïtienne, qui se sont tenus à Montréal du 20 janvier au 22 avril 2007, le Conseil national des citoyens et citoyennes d\u2019origine haïtienne (CONACOH) a colligé les projets et pistes d\u2019intervention qui ont émergé de ce grand exercice démocratique.Le document, intitulé Plan stratégique 2007-2012, contient un ensemble de recommandations visant une réelle intégration et participation des membres de la communauté haïtienne à la société québécoise.Il est disponible sur le site .SANS-PAPIERS AU CANADA Le 21 juin dernier, la Chambre des communes a adopté le quatrième rapport du Comité permanent de la citoyenneté et de l\u2019immigration, qui exige un moratoire sur les déportations.La motion a été adoptée par 147 votes contre 115.Elle indique que «le Comité recommande que le gouvernement applique un moratoire immédiat à la déportation de tous les travailleurs sans papiers et de leurs familles qui subissent avec succès des vérifications de sécurité et de criminalité pendant la mise en place d\u2019une nouvelle politique sur l\u2019immigration ».FEMMES CARDINALES?Le jésuite Eberhard von Gemmin-ger, directeur des programmes de Radio-Vatican en langue allemande, est favorable à la nomination de femmes au sein du collège des cardinaux.Dans une entrevue accordée en juillet dernier, il dit «rêver qu\u2019un jour le pape puisse être élu par un groupe mixte d\u2019hommes et de femmes ».Il rappelle que, par le passé, des laïcs ont été cardinaux.Ainsi, rien ne s\u2019opposerait au fait que des femmes le deviennent.D\u2019ici-là, il souhaiterait qu\u2019il y ait «plus de femmes dans les conseils pontificaux, surtout ceux qui traitent de la famille, de la culture, de la santé et des médias ».RELATIONS octobre-novembre 2007\t13 pRomeNapes Comme une vache regarde un train TEXTE: YING CHEN ILLUSTRATION : ZOHAR Le 16 août 2007 Mon fils, La dernière fois, je t\u2019ai avoué combien je rêve au silence de la montagne.Pour moi, le regard ne peut vraiment commencer que lorsque l\u2019agitation cesse et que le calme s\u2019installe.Ce qui m\u2019empêche de regarder n\u2019est autre chose que ce qui se passe dans ma propre tête, dans ma tête d\u2019adulte, et qui peut être très bruyant même quand je ne prononce pas un mot.Je ne regarde plus quand je me laisse entraîner, par les vicissitudes de la vie, dans des actions peut-être nécessaires mais non pas essentielles.J\u2019appelle essentiel ce qui tient en vie, ce qui donne un sens à une vie consciente.Les cris d\u2019un enfant sont bien différents.Ils sont comme les chants d\u2019oiseaux, les battements des vagues contre les rochers.Ce sont des bruits calmes et calmants.Rassure-toi, mon chéri: tu n\u2019as jamais été une source de trouble pour moi.Au contraire, d\u2019année en année, toutes les sortes de bruits que tu fais dans la maison me procurent une immense quiétude que tu ne peux pas imaginer.Cette musique va durer, même quand tu seras grand, et elle va m\u2019accompagner pour toujours.Nous sommes en vacances, il est temps de voyager pour beaucoup de gens.Je sais que toi aussi tu souhaiterais partir.Je comprends ton désir.Lao Zi : « La grandeur exige l\u2019étendue, l\u2019étendue exige l\u2019éloignement, l\u2019éloignement exige le retour.» Nous allons voyager, je te le promets.Nous allons continuer à partir et à revenir.Ensemble, nous allons visiter des musées et des montagnes, des humains et des animaux, nous allons marcher et regarder.Car partir, c\u2019est apprendre à ne pas partir, voyager, c\u2019est apprendre à regarder sans bouger.Cette année, pour diverses raisons, nous restons chez nous.Vancouver est très agréable en été.Nous venons d\u2019y arriver, d\u2019y trouver notre niche.Nous avons un jardin, notre chat nous accompagne dans les bons moments comme dans les mauvais.Nous sommes heureux, n\u2019est-ce pas, d\u2019être là où nous sommes?Après avoir parcouru le monde, le Candide de Voltaire - ah! c\u2019est peut-être une histoire qui te plaira - est rentré cultiver son jardin.Évidemment, le Candide qui se borne à son jardin, qui passe ses jours à creuser le sol, n\u2019est plus un enfant.Pourtant, par rapport au monde intelligent et efficace, il est devenu enfant à un autre degré, après avoir vieilli, après une sorte de mort.Outre le temps, qu\u2019est-ce qui l\u2019a rendu aussi sage, qu\u2019est-ce qui l\u2019a vieilli, sinon l\u2019agitation elle-même?On suppose que Candide, aussi longtemps qu\u2019il respirera, continuera à regarder.Le fait qu\u2019il ait choisi un petit jardin comme objet de contemplation et terrain d\u2019action, contre la vaste planète, laisse entendre qu\u2019il y a aussi des choses à voir dans son jardin, que sa vie pourrait être remplie sans cette course à la surface de la terre - le plus grand divertissement de notre époque.Il faudrait mesurer combien l\u2019humanité s\u2019enrichit et s\u2019appauvrit dans cette activité, sur tous les points -économique, environnemental, philosophique, psychique ou autre.m octobre-novembre 2007 RELATIONS PRomeNapes Tout est question de regard, c\u2019est ce dont je veux te parler.Je te montre la photo prise par notre ami.Tu la regardes et tu dis qu\u2019il y a un morceau de bois enflammé.Alors que moi je vois un œil immense, sombre, profondément solitaire, un peu maladif peut-être, parmi de l\u2019eau trouble, sur-gie tout près d\u2019une rive où poussent des fleurs sauvages.D\u2019autres gens verraient sans doute d\u2019autres choses.L\u2019objet observé, ou le monde devant nous, importent peu pour nous.À travers l\u2019objet, notre regard nous transporte presque toujours vers ce qui est déjà en nous, vers ce qui nous est déjà familier.C\u2019est une sorte de retour.La plupart du temps, dans la contemplation d\u2019une œuvre d\u2019art, dans la lecture d\u2019un texte littéraire, l\u2019observation de mœurs différentes, et même parfois des recherches soi-disant scientifiques, il s\u2019agit d\u2019un voyage superflu, d\u2019une communication vaine, d\u2019une découverte fausse, car le regard est prisonnier du soi et du familier.Comment se libérer vraiment de soi, comment faire de chaque voyage non pas un retour confortable, un divertissement, une occasion de s\u2019informer ou même une action, mais un vrai départ, un risque, un saut dans le vide, un silence dans notre vie bouillonnante?«Je regarde mon visage et mes propriétés et tout, comme une vache fait un train.» C\u2019est une phrase des Cahiers de Paul Valéry, lesquels témoignent d\u2019une contemplation de l\u2019auteur sur les mouvements de son propre esprit.Son entreprise m\u2019intéresse.L\u2019effort de détachement de ce qu\u2019il appelle le moi pur, est selon moi fondamental pour la réceptivité du regard.Il nous faudrait cette préparation avant tout départ vers toute destination.Il s\u2019agit de savoir si ce que nous voyons est vraiment ce que nous voyons, et non ce que nous voulons voir, car nos vœux sont dictés par trop de choses qui ont peu à voir avec l\u2019objet lui-même.Une telle éducation du regard, un tel travail de désiden-tification, en tant qu\u2019adulte, j\u2019en aurais plus besoin que toi, si j\u2019en crois que l\u2019identité est moins un héritage qu\u2019une création.Plus j\u2019avance en âge, plus j\u2019accumule d\u2019identités, d\u2019attachements, de connaissances et de convictions.Plus je vieillis, donc, moins je sais regarder.Ce que l\u2019enfant apporte au monde de plus précieux est précisément la fraîcheur de son regard.C\u2019est toi, mon fils, qui m\u2019apprends comment regarder - comment voyager et comment ne pas voyager.L\u2019enfantement est une promesse sacrée, car l\u2019amour a triomphé de la douleur.J\u2019apprends encore plus quant à l\u2019existence d\u2019une certaine dimension de vie au-delà des mots, de l\u2019intelligence et de l\u2019action.C\u2019est souvent la chute, hélas, qui nous apprend davantage.Ton existence et celle de ton frère pourraient m\u2019aider à me rappeler, sinon à réacquérir, ce que chaque enfant possède en lui: cet étrange mélange de sensibilité et de détachement.\u2022 Zohar, Goya, 2003 RELATIONS octobre-novembre 2007 m BLOC-NOteS de la tradition romantique: ses tableaux propulsent les personnes qui les regardent dans un monde enchanté, loin de la cité moderne, là où les arbres, les lacs et les montagnes sont animés par un esprit intérieur qu\u2019ils partagent avec les peuples autochtones qui les fréquentent.En prêtant attention à ses tableaux, on découvre qu\u2019Emily Carr avait une grande sympathie pour les Autochtones et que son respect pour leur culture et leur art illustrait son indépendance radicale face à l\u2019opinion publique de son temps.En effet, au début du XXe siècle, les Autochtones étaient considérés comme des « non-humains », et leurs célébrations rituelles étaient illégales.Emily Carr - «solitaire et excentrique » - a eu la liberté du cœur pour devenir leur amie.Elle a aimé leurs œuvres d\u2019art et, en retour, ils lui ont prêté leurs yeux pour contempler la nature.La peintre était culturellement conservatrice, non politisée et à l\u2019écart du monde moderne.Pourtant, son œuvre artistique portait un message prophétique, à portée politique, qui déplorait l\u2019aveuglement de l\u2019opinion publique et exhortait la société de son temps à s\u2019ouvrir à la présence des Autochtones.Ce message n\u2019est toujours pas entendu.En visitant cette grande exposition dans le contexte des débats en cours au Québec, j\u2019ai été frappé par le message que l\u2019art d\u2019Emily Carr nous livre, à la fois sur l\u2019ouverture aux autres et sur la promotion de l\u2019identité culturelle.Pour apprendre son métier, l\u2019artiste avait quitté son pays pour aller étudier la peinture à San Francisco, à Londres et à Paris, tout en développant son propre style en fidélité à ses expériences dans sa province natale.Ce faisant, Emily Carr s\u2019est ouverte à la culture autochtone et LES YEUX PRÊTÉS DE L\u2019AUTRE GREGORY BAUM L'auteur est théologien |\u201c^vu 21 juin au 23 septembre 2007, L/le Musée des beaux-arts de Montréal présentait une exposition des œuvres d\u2019Emily Carr, peintre canadienne de la Colombie-Britannique, née en 1871 et décédée en 1945.Jeter Emily carr, Biunden « un nouveau regard sur cette célèbre Harbour, huile sur\tcanadienne, excentrique et solitaire», toile, 129,8 x 93,6 cm,\ttelle était l\u2019ambition de cette exposi- vers les 1930.Musée tion magnifique.Cette grande artiste des beaux-arts du était hantée par la recherche de la canada, Ottawa\tbeauté dans le paysage dramatique de sa province et par la culture mystérieuse des peuples autochtones qui y vivaient.Elle était une digne héritière m octobre-novembre 2007 RELATIONS a intégré plusieurs de ses symboles dans son œuvre.Il vaut la peine de souligner qu\u2019elle n\u2019a pas volé les réalisations artistiques des autres, comme le font tant de colonisateurs qui enlèvent ces objets pour meubler leurs musées.Non, l\u2019artiste avait un trop grand respect pour ses amis pour agir de la sorte.Emily Carr s\u2019est plutôt inspirée respectueusement de leurs arts.Les motifs autochtones ont envahi de plus en plus son imagination artistique.Elle n\u2019est pas devenue « schizophrène », déchirée par son appartenance à deux cultures.Au contraire, elle a réussi à intégrer d\u2019une manière créative la rencontre avec la culture des autres à sa propre personnalité.Personne n\u2019a jamais douté de son identité d\u2019anglo-canadienne.Proche de la tradition romantique, elle a ressenti une forte affinité avec les peintres du Groupe des Sept, en Ontario.Avec eux, elle partage son identité culturelle.Mais son histoire d\u2019amour avec les peuples autochtones lui a révélé la potentialité non encore réalisée de sa propre culture.Voilà qui fait écho à la conviction du secteur Vivre ensemble du Centre justice et foi : la potentialité de la culture québécoise n\u2019est pas encore pleinement réalisée, elle ne pourra s\u2019épanouir que grâce à la rencontre des peuples autochtones et des communautés culturelles.Cette conviction me renvoie à ce petit texte admirable de Naïm Kattan, romancier et penseur québécois d\u2019origine irakienne et juive : « La culture québécoise n\u2019est pas un lieu de passage où chacun entonne sa chanson.C\u2019est un édifice, perpétuellement en construction, jamais terminé.Pour ajouter ma pierre, il importe que j\u2019en explore les fondements.Ouvert à tout vent, il n\u2019y a pas assez de bras, d\u2019ici et d\u2019ailleurs, pour l\u2019élever.» \u2022 muLtimeDias DVD LE PORTEUR D\u2019EAU RÉALISATION ET PRODUCTION : PASCAL GÉLINAS CANADA, 2007,52 MINUTES Ce matin, révolution: le village a l\u2019eau courante.Sans salaire, sans ordinateur, sans bureau, sans argent, le Québécois Gilles Raymond est pourtant au cœur de ce petit miracle et de l\u2019aventure humaine vraiment remarquable que fait connaître le film de Pascal Gélinas, Le porteur d\u2019eau.Sous son impulsion, catholiques et musulmans de l\u2019île de Flores en Indonésie travaillent ensemble à doter leurs villages d\u2019eau potable et à retrouver une capacité d\u2019action individuelle et collective minée par des décennies de dictature.S\u2019il s\u2019agit au départ d\u2019acheminer l\u2019eau des montagnes jusqu\u2019aux villages par simple utilisation de la gravité, le programme initié par Gilles Raymond, baptisé Autonomie du territoire, va bien au-delà.Il conduit les habitants ayant réussi le projet à aider ensuite d\u2019autres villages et à entreprendre d\u2019autres tâches essentielles à leur autonomie, comme la construction de routes, par exemple.Déçu par des années de batailles stériles relatives aux enjeux ruraux du Québec, où il a joué un rôle très actif, désillusionné face aux ratés d\u2019une aide internatio- nale dans laquelle s\u2019engouffrent des sommes d\u2019argent importantes qui se perdent trop souvent en bureaucratie et en corruption, Gilles Raymond a trouvé en Indonésie le lieu où son idéal se concrétise: vivre suivant une éthique humaniste qui s\u2019assure du lien intrinsèque entre la pensée et l\u2019action, la compassion et la justice.Chaleureux, excellent communicateur et respectueux des traditions locales, Raymond, qui est marié à une musulmane et parle couramment le bahasa indonesia, est une inspiration occupaient majoritairement; plus de 30 villages qui ont désormais l\u2019eau potable).C\u2019est sans parler de l\u2019effet de levier sur le gouvernement et l\u2019Église (le diocèse catholique par exemple) qui soutiennent aujourd\u2019hui le programme.Possédant quarante ans de métier, dont une vingtaine à Radio-Canada, le réalisateur Pascal Gélinas a pourtant écrit, produit, réalisé, monté et distribué ce film sans soutien gouvernemental, avec un appui modeste de l\u2019Office national du film du Canada (ONF).Heureusement, la Société et un puissant motivateur pour ces villageois.On le voit animer des assemblées, parcourir les routes, résoudre des conflits, installer des tuyaux.Il ne joue pas au héros mais invente avec cœur et détermination une expérience d\u2019autonomie et de démocratie directe vraiment inspirante qui rend chacun responsable de la réussite du projet.Celui-ci est géré localement en toute transparence, de manière à ce que plus personne ne puisse détourner l\u2019argent à d\u2019autres fins comme cela s\u2019est produit tant de fois là comme ailleurs.Certes, les difficultés ne manquent pas : querelles de clochers, moyens de fortune, terrains escarpés, sabotages d\u2019installations, etc.Mais les petites victoires les surpassent tant les enjeux sont vitaux et les impacts importants sur l\u2019ensemble de la communauté (fin d\u2019une corvée d\u2019eau qui prenait quatre heures chaque jour durant la saison sèche dans la vie des femmes qui s\u2019en Radio-Canada veille aujourd\u2019hui à sa distribution et l\u2019ONF met en marché la version DVD cet automne.Ne comptant donc que sur ses propres moyens - à l\u2019image de son sujet -Pascal Gélinas signe un documentaire maîtrisé, très bien filmé et coloré par la beauté de l\u2019île de Flores, la chaleur de ses habitants et la simplicité attachante de Gilles Raymond (un ami du réalisateur).Son propos est également bien servi par la narration attentive et empathique de Jacques Languirand.Quel avenir pour le développement?Et quel avenir pour la solidarité interreligieuse à l\u2019heure où, ailleurs, guerres et murs se dressent?Le porteur d\u2019eau et l\u2019aventure fraternelle qu\u2019il relate offrent un regard critique et des réponses qui ont vraiment de quoi stimuler et nous faire sérieusement réfléchir.CATHERINE CARON RELATIONS octobre-novembre 2007 E] LivR.es LUTTES INACHEVÉES Angela Y.Davis LES GOULAGS DE LA DÉMOCRATIE - RÉFLEXIONS ET ENTRETIENS Montréal, Écosociété, 2006, 137 p.Angela Davis est une figure importante des mouvements antiraciste, socialiste et féministe aux États-Unis.En 1969, l\u2019Université de Californie la destitue de son poste de professeure de philosophie.Elle est emprisonnée comme ennemie de l\u2019État mais elle obtient sa libération grâce à une campagne internationale.Élève de Marcuse, inspirée par l\u2019École de Francfort, Davis publie plusieurs ouvrages remarquables.Son travail théorique et son engagement politique demeurent indissociables.Les goulags de la démocratie analyse la situation des Noirs et des autres minorités aux États-Unis.L\u2019auteur démontre que « le racisme continue de perdurer dans les institutions contemporaines, par le biais de la peine de mort et de la prison».Les Noirs forment l\u2019immense majorité des personnes détenues et condamnées à mort.Par le biais de l\u2019institution pénitentiaire, ils se trouvent privés de leurs droits civiques, notamment le droit de vote, soumis à la violence et à la coercition.Leur travail est mis à profit par l\u2019État et les grandes entreprises capitalistes associées aux prisons.Davis définit ce nouveau «système carcéro-industriel» comme une « industrie du châtiment », investie par le capital.D\u2019un point de vue marxiste, les marchandises produites dans les prisons incorporent et dissimulent des rapports de classes et de races marqués par l\u2019exploitation.Cette situation résulte du démantèlement des services sociaux et éducatifs accessibles aux communautés de couleur, du chômage et de la pauvreté endémique qui y sévissent.Privées de leurs forces vives par l\u2019esclavage péni- m octobre-novembre 2007 RELATIONS ANGELA Y.DAVIS__ Les goulags de la démocratie Réflexions et entretiens ^écosociété tentiaire, elles s\u2019enfoncent toujours davantage dans la misère et la criminalité.D\u2019autre part, les États-Unis mènent une «guerre planétaire contre la terreur».Ils visent à dominer le monde.Cette guerre ravive le racisme et l\u2019étend notamment aux communautés musulmanes.«À la figure du criminel, se superpose celle de l\u2019immigrant et du terroriste.» Le complexe «militaro-industriel» et le système «carcéro-industriel» sont imbriqués.De nombreux jeunes de couleur s\u2019engagent dans l\u2019armée pour échapper à la pauvreté qui les mènerait en prison.Les deux systèmes produisent des moyens de tuer et de dévorer la richesse sociale, celle des ghettos américains et des pays du tiers monde.La politique impérialiste de Bush est censée garantir le règne de la démocratie mais elle subordonne les droits et libertés «au contrôle des peuples du monde entier».La démocratie y perd son sens; la sécurité devient « un outil de maintien de l\u2019ordre ».Dans cette conjoncture, les prisons prolifèrent: centres de détention pour immigrants, prisons territoriales à l\u2019étranger, prisons militaires et autres.Les deux types d\u2019institutions, militaires et civiles, sont symbiotiques.Guantanamo utilise les technologies répressives développées dans les prisons intérieures, ce qui renforce la dépravation et la répression dans tous les établissements à sécurité maximum.En conclusion, l\u2019auteur souligne qu\u2019il faut prendre au sérieux l\u2019érosion croissante des droits et libertés, «les signes très clairs de politiques et de pratiques fascistes naissantes».La gauche doit exiger une «démocratie abolitionniste», qui mettrait réellement fin à l\u2019esclavage en supprimant la prison et la peine de mort.Une démocratie fondée sur des droits réels: emploi, logement, éducation, santé, qui pourraient résoudre les problèmes sociaux.Dès lors, il importe de tisser des alliances entre les Noirs et divers groupes d\u2019immigrants pour créer ensuite des réseaux de résistance et des « communautés de lutte ».Toutefois, le mode de politisation, les formes d\u2019organisation, de financement et de militantisme ont changé depuis quarante ans.«Organisation n\u2019est plus seulement synonyme de mobilisation.» Il faut donc expérimenter de nouveaux moyens de regroupement, de financement et d\u2019action politique, qui rassemblent les gens et font avancer la lutte pour la paix et la justice.NICOLE LAURIN l\u2019un, essayiste de foi catholique; l\u2019autre, pasteur de l\u2019Église réformée de France - explorent le culte marial depuis ses origines.Ils interrogent le développement de la dogmatique mariale dans La Vierge Marie Histoh« et ambiguité d'un culte Jacques Duquesne Alain Houziaux 11 l\u2019Église catholique, soulevant un débat crucial sur le sens des constructions théologiques autour de Marie.En premier lieu, Jacques Duquesne lance la réflexion sur une question centrale, celle de la croyance en un Dieu-homme qui constitue l\u2019originalité du christianisme.Tous les débats autour de Marie lui semblent liés à la difficulté de croire en l\u2019Incarnation et ses implications.Il nous propose un bref parcours historique, à partir de textes PARCOURS MARIAL Jacques Duquesne et Alain Houziaux LA VIERGE MARIE - HISTOIRE ET AMBIGUÏTÉ D\u2019UN CULTE Paris, Éditions de lAtelier/ Éditions ouvrières, 2006, 139 p.\\ Aoilà un livre sur Marie qui sort des V sentiers battus.Deux auteurs - LiVR.es néotestamentaires.Il compare celui de Paul aux Galates, très sobre, écrit autour des années cinquante («Dieu envoya son fils, né d\u2019une femme »), aux récits de Luc et de Matthieu.Par la suite, il situe l\u2019évolution des croyances sur la virginité de Marie dans le contexte juif et grec, avant de suivre le développement du culte marial au cours des siècles - qui donnera naissance aux dogmes de l\u2019immaculée conception et de l\u2019Assomption.Dans le chapitre suivant, Alain Houziaux présente les grandes questions qui, selon lui, sont soulevées par la théologie mariale.D\u2019abord, reprenant l\u2019histoire de la théologie mariale, depuis Éphèse jusqu\u2019à Vatican II, il s\u2019attarde aux implications théologiques de Marie médiatrice et co-rédemptrice: l\u2019enjeu étant le lien entre la foi et le salut, ou la foi et les « œuvres ».Ensuite, il traite des raisons psychologiques du culte marial, la figure idéale et idéalisée de la Vierge-Mère, celle de la protection maternelle, de la mère souffrante et miséricordieuse.Il analyse cette idéalisation de l\u2019Église et de l\u2019humanité dans le rapprochement de Marie et l\u2019Église, et le fait que Marie serait comme le pendant féminin d\u2019un Dieu trop masculin.Enfin, il s\u2019engage dans une discussion sur les questions sous-jacentes à la dogmatique mariale : 1) le type de rapport qui est pratiqué, dans l\u2019Église catholique, entre l\u2019Écriture, la tradition et le dogme; 2) la question de la coopération de l\u2019homme à son salut, à travers l\u2019idée de Marie médiatrice; 3) la théologie mariale comme affaiblissement de la radicalité de la théologie de l\u2019Incarnation.Il ajoute que la piété populaire a l\u2019avantage de promouvoir «une image féminine, protectrice et maternelle qui prend la place d\u2019un homme sacrifié.au nom d\u2019un Dieu cruel» (p.103).Pour conclure, il affirme que les catholiques et les protestants se complètent par leur manière différente de fonder le statut de la vérité religieuse - à savoir sur la tradition et l\u2019Écriture d\u2019une part, et sur l\u2019Écriture seule d\u2019autre part.En conséquence, il souligne l\u2019importance donnée dans le catholicisme à la piété populaire et, partant, aux «aspirations religieuses spontanées et naturelles des hommes » (p.107).En revanche, le protestantisme accentue, par la sola scriptura, l\u2019enseignement christologique biblique et officiel (p.107).Le troisième chapitre consiste en un débat-interview où les deux auteurs sont amenés à débattre de la vision de la sexualité à travers la virginité de Marie, dans le judaïsme et le christianisme - et même dans le Coran.le souligne deux points dans cette étude.D\u2019abord, la référence que les auteurs font à joseph Ratzinger/Benoît XVI affirmant que la divinité de Jésus ne dépend pas de sa conception virginale (p.20-21 et note 1, p.46).Deuxièmement, le fait qu\u2019ils ne font jamais référence aux écrits des femmes qui ont pourtant largement donné leur perspective sur ce sujet de la mariologie.LOUISE MELANÇON SORTIR DE L\u2019IMPASSE Catherine Crémion et Hubert Touzard L\u2019ÉCLISE ET LA CONTRACEPTION: L\u2019URGENCE D\u2019UN CHANGEMENT Paris, Bayard, 2006, 183 p.Qu\u2019il est bon de lire un ouvrage intelligent sur un sujet aussi epineux, pour l\u2019Église catholique romaine, que celui de la contraception! Peu de croyants, en effet, ont su avec autant de justesse affirmer leur fidélité à leur Église, sans toutefois ménager leur réflexion et leurs interrogations à propos de cet enjeu qui leur apparaît prisonnier d\u2019une bien triste impasse.Sans être un ouvrage théologique pour spécialistes, ce livre propose une large et vigoureuse analyse dont le titre indique clairement le sujet - et la thèse.Les auteurs couvrent les bases scripturaires, philosophiques, historiques, sociologiques et culturelles de la question avant d\u2019y aller de leurs propres propositions d\u2019avenir.Ils rappellent, par exemple, que les commissions ayant précédé la rédaction de l\u2019encyclique Humanæ Vitœ (1968) avaient chacune reconnu que l\u2019Église pouvait modifier sa position sur la question du contrôle des naissances.Or, l\u2019un des derniers rapports, produit par le cardinal Wojtyla de Cracovie (futur Jean-Paul II), aurait finalement convaincu le pape Paul VI de ne rien changer.À la lumière d\u2019éléments psychologiques, sociologiques et culturels qui semblent avoir échappé au discours romain, les auteurs font des propositions.Selon eux, en se cantonnant souvent dans un discours accusatoire contre l\u2019hédonisme, Rome néglige «les relations psychiques et l\u2019environnement familial, social et événementiel» de la problématique (p.107).Ce faisant, elle ne tient pas compte de l\u2019ensemble des réalités composant la vie conjugale, dans laquelle s\u2019inscrivent pourtant les actes sexuels.En outre, la démonstration est ici clairement faite que le discours « naturaliste » romain, parce qu\u2019il est incapable d\u2019intégrer véritablement la sensibilité et les désirs propres des femmes, en vient malheureusement à réduire ces dernières à un rôle de génitrices.Après la publication de ce livre, un texte publié par la Commission doctrinale des évêques de France a montré que le dialogue avec les autorités ecclésiales - pourtant nécessaire en cette matière - demeure extrêmement difficile à établir.Accessible sur le site , cette note doctrinale, à notre avis, ne rend pas justice à l\u2019ouverture et aux propositions du livre.Elle distord les propos des auteurs, sans même répondre à leurs interrogations profondes et pertinentes.Les évêques font l\u2019éloge de la position de PaulVI, qu\u2019ils qualifient de «prophétique ».Or, qui est prophète : des pasteurs répétant un discours sourd à toute remise en question ou des couples mariés qui finissent par choisir, en RELATIONS octobre-novembre 2007 E9 Catherine Grémion Hubert Touzard L\u2019ÉGLISE ET LA CONTRACEPTION: L\u2019URGENCE D\u2019UN CHANGEMENT LivR.es fidélité à leur foi, d\u2019assumer leurs responsabilités?On en vient à se demander si la position officielle n\u2019est pas devenue bornée.En amont de ces débats restent finalement le sens et la portée de la fécondité.S\u2019agit-il d\u2019abord de mécanique biologique et génitale, ou de construction d\u2019une alliance conjugale riche d\u2019engagements et de significations?Dans une réponse à la Commission doctrinale des évêques de France, les auteurs demandent que dans les positions du magistère «soit rendue visible la beauté d\u2019une fécondité globale du couple » - et ce, autant dans l\u2019accueil des enfants que dans ses engagements sociaux et communautaires.Cela nous placerait devant les vrais enjeux de la sexualité : une manière, pour le couple, de dialoguer et de développer une tendresse et une communion toujours plus profonde et féconde.Voilà un livre pour comprendre et témoigner en catholique responsable d\u2019une éthique sexuelle qui, loin d\u2019être moins exigeante, interpelle véritablement - et pourrait inspirer un discours romain trop souvent rigide et sec.XAVIER CRAVEND-TIROLE UN CRIME D\u2019INJUSTICE SOCIALE Stephen Lewis CONTRE LA MONTRE -COMBATTRE LE SIDA EN AFRIQUE Montréal/Arles, Leméac/Actes Sud, 2006, 248 p.Ce livre dénonce avec véhémence les injustices éhontées infligées à l\u2019Afrique, lesquelles ont plongé le continent dans une situation de pauvreté léthargique dont l\u2019une des conséquences tragiques est la crise du sida.L\u2019auteur, Stephen Lewis, offre une analyse très fine et détaillée des fondements structurels et exogènes du marasme économique africain.En déconstruisant tous les stéréotypes et discours erronés appliqués à ES octobre-novembre 2007 RELATIONS su 1*1 il \\ u.wis coMBvnm u: sida IN MRIQll.u:\\u.\\r / U //.S V7; l\u2019Afrique - qui contribuent souvent à rendre le continent à la fois responsable de son passé blessé et de son état actuel -, Lewis en appelle au devoir de solidarité et d\u2019équité, condamnant ainsi l\u2019hypocrisie qui modèle les relations internationales.Stephen Lewis livre un plaidoyer et un appel à rompre avec les politiques orthodoxes inspirées par le néolibéralisme et la globalisation, car le sida est précisément à l\u2019intersection de tous les rendez-vous manqués entre l\u2019Afrique, les puissances économiques et les institutions financières internationales.En attestent : le poids de la dette extérieure; la chute de l\u2019aide publique au développement; les conséquences des politiques d\u2019ajustement structurel sur la santé, l\u2019éducation et les revenus des ménages; le déséquilibre qui régit les règles du commerce international.Quel est le lien entre ces politiques imposées à l\u2019Afrique et la crise du sida?Entre 1970 et 2002, le continent a contracté une dette évaluée à 294 milliards de dollars.Durant la même période, l\u2019Afrique a déboursé 260 milliards seulement en frais et intérêts.À la fin de 2002, l\u2019Afrique accusait toujours une dette de 230 milliards.Pendant cette période de déconfiture sociale qui coïncide également avec l\u2019arrivée du sida, l\u2019Afrique a subi une véritable hémorragie en termes de fuite de cerveaux.À titre indicatif, la ville de Manchester compte actuellement plus de médecins venus du Malawi que le pays n\u2019en compte lui-même.Ce pays de 12 millions d\u2019habitants, l\u2019un des plus ra- vagés par la pandémie du sida, compte seulement 4000 infirmiers sur 12000 requis, et 300 médecins sur 3000 requis.Le gouvernement voulait augmenter ces effectifs et adopter des mesures incitatives susceptibles de conserver un corps professionnel de qualité - ce qui exigeait, entre autres, d\u2019augmenter les salaires et d\u2019accorder plus d\u2019avantages sociaux.L\u2019opposition du Fonds monétaire international fut catégorique.La stabilité macroéconomique passait ainsi avant la vie de millions de personnes.Stephen Lewis ne livre pas seulement une analyse empirique.Son livre est aussi un récit déchirant du drame vécu par des millions d\u2019Africains et d\u2019Africaines, orphelins du sida, enfants-chefs de ménage, grands-mères redevenues mères sans moyens de remplir cette fonction.Bref, toutes les profondes mutations que le sida a imposées aux sociétés africaines et dont les conséquences sont tout simplement indescriptibles.Aux victimes anonymes, Lewis redonne un visage, une histoire, une âme et même un espoir.S\u2019il décrit la douleur insoutenable vécue par des millions de personnes, ainsi que l\u2019indicible déstructuration de plusieurs dynamiques sociales à cause du sida, Stephen Lewis décrit aussi avec beaucoup d\u2019affection, d\u2019amour et d\u2019admiration le combat mené par les femmes africaines, à qui il dédie d\u2019ailleurs le livre.Son message est simple : aucune victoire ne sera possible ni durable aussi longtemps que la moitié de l\u2019humanité demeurera citoyenne de la cour arrière.Le dernier diseur de vérité, le dernier résistant, a-t-on envie de dire après avoir lu Stephen Lewis.Sa personnalité, sa dissidence, son franc parler, la témérité de son action se démarquent catégoriquement du profil classique du fonctionnaire international.On aura compris qu\u2019à l\u2019ONU, il n\u2019a pas mené une carrière.Il a livré des combats pour la justice sociale et la dignité humaine.FRANÇOISE NDUWIMANA Prochain numéro Le numéro de décembre de la revue Relations sera disponible en kiosques et librairies dès le 30 novembre.Profitez-en pour le réserver.Il comprendra notamment : \u2022\tun dossier sur la crise écologique et ses conséquences sur la vie humaine : analyse des rapports préoccupants du GIEC sur les changements climatiques; la question de l\u2019eau - contamination, privatisation, etc.; un regard critique sur l\u2019idéologie qui avalise la dérive écologique - la post-humanité; les bases et principes d\u2019une nouvelle écologie politique devant l\u2019urgence d\u2019agir; \u2022\tune controverse sur les publicités-chocs d\u2019intérêt public; \u2022\tun regard sur la foi et l\u2019athéisme; \u2022\tla suite de la chronique littéraire de Ying Chen, illustrée par le photographe Zohar; \u2022\tles œuvres de nos artistes invités, les étudiants de Lino.Aurélie Painnece, Souriez, 2007 Recevez par courriel, peu avant sa parution, le sommaire détaillé du numéro en vous inscrivant à la liste d\u2019envoi.Pour ce faire, écrivez votre adresse au lieu indiqué sur la page d\u2019accueil de notre site Internet : www.revuerelations.qc.ca.ReLatiONS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES Oui, je désire un abonnement de______an(s), au montant de__________$ NOM _______________________________________________________________ ADRESSE____________________________________________________________ ABONNEZ-VOUS.Un an : 35 $ Deux ans : 65 $ À l\u2019étranger (un an) : 45 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : too $ (un an) par téléphone : 514-387-2541 par télécopieur : 514-387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : Relations Ginette Thibault 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 www.revuerelations.qc.ca VILLE __________________________________________________________________________________ CODE POSTAL___________________________ TÉLÉPHONE (__________)___________________________ Je désire également envoyer un abonnement de___________an (s), au montant de____________$ à la personne suivante : nom ____________________________________________________________________________________ ADRESSE ________________________________________________________________________________ VILLE __________________________________________________________________________________ CODE POSTAL __________________________ TÉLÉPHONE (__________)___________________________ Montant total :_____________$ je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) LU ou par Visa LL NUMÉRO DE LA CARTE _____________________________________________________________________ EXPIRATION ______________________ SIGNATURE ____________________________________________ RELATIONS octobre-novembre 2007 m LE CERVEAU A BESOIN D'EXERCICE QUOTIDIEN.-?- LE DEVOIR EST PUBLIÉ TOUS LES JOURS.E DEVOID ?On n\u2019est jamais trop curieux ?"]
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