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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Janvier - Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2008-01, Collections de BAnQ.

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[" w\u2014>/ Promenades : Tofino Chronique de Ying Chen ReLatiONS société politique religion NumeRO 722 févRieR 2008 Eucharistie et société Mémorial ou rite sacré?Un repas qui engage Elle prit le pain Une identité ouverte Les exclus de la table ARTISTE INVITÉE : MARIE SURPRENANT 06538527434702 ReLatiONS NuméRO 722, jaNvieR-févRieR 2008 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS La clameur de l\u2019Esprit\t9 Victor Codina, s.j.AILLEURS Bilan de santé au Pérou\t28 Stéphanie Rousseau CONTROVERSE Les résolutions du Nouvel An Mario Bélanger\t30 Chantal Beauvais\t31 REGARD Le droit à l\u2019aide sociale: une réalité virtuelle?\t32 Nicole Jetté EN BREF\t35 PROMENADES Tofino\t36 Ying Chen BLOC-NOTES Le récit d\u2019une guerre mythique\t38 Osire Glacier MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture: Marie Surprenant, Le petit cirque, 1995, huile sur papier, 51 x 66 cm dOSSieR EUCHARISTIE ET SOCIÉTÉ En juin prochain, se tiendra à Québec le 49e Congrès eucharistique international.Dans ce partage du pain et du vin qui est au cœur de l\u2019eucharistie, les chrétiens célèbrent un mystère qui les dépasse : celui d\u2019un Dieu qui s\u2019incarne et se donne en nourriture à l\u2019humanité.De cela découlent des pratiques de justice et une éthique sociale.Le thème du congrès de Québec est : « L\u2019Eucharistie : don de Dieu pour la vie du monde.» Mais de quel Dieu et de quel monde s\u2019agit-il?C\u2019est à cette question fondamentale que ce dossier s\u2019intéresse.Mémorial ou rite sacré?\t12 jung Mo Sung Un repas qui engage\t15 Guy Côté Mise en spectacle\t17 jean-Philippe Perreault Elle prit le pain.\t19 Alice Gombault L\u2019autre manière de célébrer\t20 Marie-Andrée Roy Une identité ouverte\t22 Raymond Lemieux et jacques Racine Controverses œcuméniques\t24 Élisabeth Parmentier Les exclus de la table\t25 jean-Guy Nadeau ARTISTE INVITÉE Marie Surprenant, fille de l\u2019historien de l\u2019art Maurice Gagnon, a eu accès dès l\u2019enfance à la richesse philosophique des différents courants de recherche de la peinture moderne.Plus de vingt ans après sa première exposition solo, ayant exploré une grande diversité de langages plastiques et produit une abondance d\u2019œuvres figuratives ou abstraites consacrées à des thèmes allant de la dramaturgie du corps amoureux à la mort comme possibilité suprême, elle réaffirme que son but est « de réussir à exposer le plus vivement possible ce que nous apprend le mystère de vivre ».Ses séries les plus récentes (Scènes, 10 000 nuages, Le plus beau jour de ma vie, Arrachement) traitent des paradoxes d\u2019un monde actuel fragilisé par la forte présence de la guerre.Pour en savoir davantage sur son œuvre et sa vision de l\u2019art, voir son site web En paroles et en œuvres : .Revue foNDée eN 1941 Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Marco Veilleux SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Catherine Caron DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Goldstyn, Jacques Lavallée, Jean-Pierre Legault, Zohar RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baurn, Jean-Marc Biron, Louise Dionne, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Marc-André Gagnon, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Guy Paiement, Sylvie Paquerot, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Ying Chen, Jean-Marc Éla, Osire Glacier, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau IMPRESSION Impart Litho, Victoriaville Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans Y Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 janvier-février 2008 RELATIONS ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 45 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS: RI 19003952 TVQ: 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.Canada Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 éDitORiaL Le souci de la Terre LJ image d\u2019Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Conven-.tion des Nations unies sur les changements climatiques, fondant en larmes, la tête entre ses mains, alors qu\u2019il présidait la conférence de Bali, restera le symbole éloquent du désarroi devant l\u2019obstruction des principaux « profiteurs » de l\u2019impasse.Il est vrai que les pourparlers ont finalement abouti, à l\u2019arraché, à un consensus - « à rabais » selon les termes de Steven Guilbeault -, laissant encore ouvertes les négociations qui doivent se conclure en 2009, incluant les États-Unis cette fois, en vue des suites à donner au Protocole de Kyoto.L\u2019urgence écologique exigerait plutôt des mesures radicales et pressantes, comme le soulignent avec insistance les derniers rapports de l\u2019ONU : tant celui du GIEC que ceux sur l\u2019avenir de l\u2019environnement (GEO-4) et sur le développement humain 2007-2008.Marie Surprenant, Le plus beau jour de ma vie 4, 2006, huile sur papier, 66 x 87 cm Ces pleurs solitaires, étouffés, désespérants, témoignent aussi à leur façon d\u2019une autre impasse, plus profonde, dont on n\u2019ose prendre la mesure : celle de la mondialisation capitaliste.« Qu\u2019importe la vitesse quand on marche dans la mauvaise direction», a déjà dit judicieusement Gandhi.En effet, ce que notre temps exigerait plutôt, c\u2019est de tirer résolu- ment les freins de secours du train qui roule à vive allure vers un mur.Le faire serait renoncer à une vision du monde et à un mode d\u2019existence qui nous rendent étrangers à la Terre et nous aliènent du monde mais qui profitent essentiellement aux transnationales et aux magnats de la finance.Le faire impliquerait de mettre au centre de l\u2019économie et de la politique, mais aussi de la culture, le souci de la Terre.Ce souci, qui implique de se savoir appartenir irréductiblement à la Terre, pour beaucoup d\u2019entre nous, n\u2019est pas chose familière.Notre éducation n\u2019y a pas aidé.Elle nous a formés plutôt à en devenir les maîtres, du moins ceux qui en avaient les moyens - les autres étant conviés à les applaudir dans leur œuvre de conquête.Ainsi a-t-on exploité la Terre de toutes les manières, en tant qu\u2019immense réservoir - inépuisable, croyait-on - d\u2019énergie qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019har-nacher, de «capitaliser» comme il se doit.Telle était la voie assurée du progrès, du bien-être de l\u2019humanité.Mais c\u2019était là le rêve des maîtres du monde, emportés par la puissance enivrante du savoir technique et du gain, comme des nains sur le dos d\u2019un géant boulimique qu\u2019ils croient tenir en laisse.Êtres, choses, vie et monde, sans distinction, se voient finalement broyés sous les dents acérées de la production déchaînée de marchandises, de la croissance illimitée, du profit maximum à tout prix, laissant sur son passage une odeur d\u2019obsolescence de l\u2019humain.Sous le charme de ce rêve, nombreux sont restés sourds au cri de la Terre, et ce, malgré la multitude de peuples sacrifiés, de travailleurs exploités, d\u2019enfants affamés, de sols éventrés et désertifiés, d\u2019eaux contaminées, de nourritures empoisonnées.Certes, ce n\u2019est pas par mauvaise volonté, ces cris se confondant au grincement d\u2019une machine qui s\u2019affaire à toute vapeur soi-disant à produire le bonheur.Ils n\u2019auraient qu\u2019un temps, assurait-on.Il ne fallait pas se laisser distraire en y prêtant attention.Ce n\u2019était que le bruit de fond d'un processus « libérateur».C\u2019était jusqu\u2019à «hier».Jusqu\u2019à ce que parmi ceux-là même qui alimentaient le «rêve américain» par leurs voix rassurantes, s\u2019élèvent en chœur des voix de Cassandre prédisant des catastrophes si rien n\u2019était fait à brève échéance pour contrer les dégâts du «progrès».Le réveil est brusque et peut même s\u2019avérer cauchemardesque.Le partage légitime de Y American way of life par l\u2019Inde et la Chine, soit le tiers de la population mondiale, révèle le mensonge de cette manière de vivre : elle n\u2019est pas pour tous, loin de là.La Terre ne suffit déjà plus.Certains ont déjà choisi leur camp en décidant de garder leurs privilèges de conquérants, quitte à sacrifier les populations « superflues » - le monde, après eux, dût-il périr.Aussi faut-il souhaiter, en ce début d\u2019année, qu\u2019aux pleurs de découragement succèdent avec fracas les cris indignés de ceux et celles qui, décidant de vivre dans l\u2019inconfort de la veille, responsables et solidaires de la suite du monde, s\u2019arrachent du « rêve américain » comme d\u2019une peau morte.Pour eux, la liberté, que d\u2019autres brandissent comme étendard de la guerre et permission au saccage, est hommage de la finitude humaine à la beauté du monde.La mémoire de Gandhi, dont on commémorera, le 30 janvier, le 60e anniversaire de l\u2019assassinat, peut soutenir leur voix, lui qui ébranla l\u2019empire colonial britannique avec les armes de la non-coopération et de la désobéissance civile de masse.Les changements structurels nécessaires sont à ce prix.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS janvier-février 2008 H actuaLités L\u2019auteure est profes-seure de droit à l'École nationale d\u2019administration publique (ENAP) La santé en débat Deux visions s\u2019affrontent sur l\u2019avenir du système de santé au Québec.MARIE-CLAUDE PRÉMONT Depuis que la Cour suprême du Canada a rendu, en juin 2005, une décision controversée invalidant la prohibition de l\u2019assurance privée duplicative pour les soins hospitaliers et médicaux au Québec, une certaine incertitude plane sur l\u2019avenir du système public de santé.Le gouvernement du Québec a réagi à l\u2019arrêt Chaoulli en adoptant sous le bâillon, en décembre 2006, le projet de loi 33 dont les dernières dispositions sont entrées en vigueur le 1er janvier 2008.Cette loi qui modifie la Loi sur les services de santé et les services sociaux ouvre partiellement la porte au privé à but lucratif pour la prestation et le financement des soins.La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, mandatait par la suite un groupe de travail présidé par Claude Castonguay, bien connu pour ses positions pro-privé, pour proposer une modification plus poussée du financement des soins.Pendant que ce groupe poursuit à huis clos ses travaux et que son rapport est reporté à février 2008, les débats concernant l\u2019avenir du système de santé se multiplient sur des scènes variées.Le mois de novembre a été particulièrement riche en rencontres qui nous permettent de voir comment se profilent les intérêts, les arguments et les positionnements.En effet, du 5 au 7 novembre 2007, deux événements se tenaient simultanément et à huis clos.Le premier était organisé par le Collège des médecins et s\u2019intitulait Sommet de la santé.Le système de santé: c\u2019est l\u2019affaire de tous! Même s\u2019il se tenait sous stricte invitation, le Collège a publié les résultats dans les semaines qui ont suivi.On y trouve un large appui des participants au renforcement du régime public, le rejet du financement privé (par le ticket modérateur, des copaiements ou les frais accessoires), le rejet des hôpitaux privés à but lucratif et la prudence dans l\u2019exploration d\u2019une collaboration public-privé pour la prestation des soins.Manifestation contre le « Davos de la santé» à Saint-Sauveur en novembre 2007.Photo : Jacques Lavallée ri / | janvier-février 2008 RELATIONS actuaLites ?.2 »! ¦nHi !o/1» ' Mm.[JlMi g|fe M La deuxième rencontre était organisée par le World Health Executive Forum (dont on ignore la composition) et prenait le titre Leaders mondiaux; enjeux stratégiques; vision globale, avec en sous-titre: «Les meilleurs rencontrent les meilleurs.» Il s\u2019agissait d\u2019une réédition d\u2019une rencontre similaire tenue en 2006, où étaient présents le premier ministre Jean Charest, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, ainsi que la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget.Le plus grand secret entourant l\u2019édition 2007, tenue dans un hôtel des Laurentides, on ne peut deviner le contenu des discussions que sur la base du document d\u2019invitation confidentiel de 29 pages qui a tout de même coulé.Recherche d\u2019un nouvel équilibre entre secteurs public et privé, concurrence mondiale, constitution d\u2019une « industrie de la santé robuste à l\u2019échelle nationale», approche patients-consommateurs : les orientations en faveur d\u2019une privatisation du financement et de la prestation des soins y sont clairement énoncées.Se comparant au Davos de l\u2019économie, cette rencontre internationale rassemblait les soi-disant « top 250 décideurs des secteurs public et privé triés sur le volet » et disait offrir la pos- sibilité de poser « les vraies questions » et d\u2019obtenir les «vraies réponses», à l\u2019abri des médias, du public, des lobbies et des groupes de pression.Des centaines de manifestants du Secrétariat intersyndical des services publics, de la FTQ, de la CSN et de la Coalition Solidarité Santé se sont rendus sur les lieux pour rappeler que les vraies réponses ne sauraient être trouvées sans eux alors qu\u2019on peut supposer que de grandes entreprises telles KPMG et l\u2019Amerigroup Corporation y étaient, elles, accueillies comme en 2006.Enfin, le 15 novembre, se tenait à l\u2019hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal un colloque organisé par la division Québec de Médecins canadiens pour le régime public, intitulé Solutions publiques pour améliorer l\u2019accès aux soins de santé.Celui-ci a permis à plusieurs centaines de médecins, d\u2019acteurs et de chercheurs du système de santé de faire connaître les mécanismes de gestion modernes et efficaces possibles à l\u2019intérieur du système public et d\u2019en discuter.Ils ont fait une mise en garde contre les effets délétères des solutions privées de financement ou de prestation.Ces trois activités permettent de bien définir deux visions opposées qui se confrontent.On trouve, d\u2019une part, ceux qui croient que la décision du plus haut tribunal les autorise à remettre en cause d\u2019autres fondements du système public de santé et à imposer la logique du marché au sein du système.Ces derniers réclament une participation systémique et significative du financement privé et de la prestation privée à but lucratif.On connaît assez bien les intérêts économiques en cause et le profil de ceux qui défendent ces idées.D\u2019autre part, l\u2019autre groupe, plus hétérogène et où la voix médicale s\u2019ajoute à celle des chercheurs, des groupes communautaires et syndicaux, soutient que la décision de la Cour suprême ne trouve son sens que dans la résolution du problème des délais d\u2019attente déraisonnables.Ceux-ci ne sauraient se résorber que par un programme rationnel pour un meilleur usage des ressources humaines et financières du réseau public.Ce groupe rejette l\u2019option d\u2019un plus grand recours au secteur privé à but lucratif, souvent autant pour la prestation que pour le financement.La déclaration Non à la privatisation du système de santé ouverte à la signature au est une initiative citoyenne qui s\u2019inscrit dans ce courant.Le World Executive Forum présente sans doute la version la plus radicale des projets de privatisation des soins de santé.L\u2019opacité qui entoure ces travaux a de quoi inquiéter quand on constate que la participation des Charest, Couillard et Jérôme-Forget au Forum de 2006 a été suivie de l\u2019adoption des mécanismes de privatisation mis en place par la loi 33.La volonté des acteurs du réseau en faveur du système public saura-t-elle faire échec à l\u2019élite internationale qui poursuit son seul intérêt économique?\u2022 Marionnette personnifiant le ministre Philippe Couillard.Photo: Jacques Lavallée « RELATIONS janvier-février 2008 actualités I UQAM : un cas d'école?© L\u2019enjeu du financement de l'enseignement supérieur au Québec est au cœur de la crise de l\u2019UQAM.L\u2019auteur est chargé de cours en science politique à l\u2019UQAM et président du syndicat des chargés de cours GUY DUFRESNE La crise qui perdure à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) est emblématique d\u2019une situation où le mépris et l\u2019incompréhension servent de politique en matière d\u2019enseignement supérieur au Québec.De ce fait, c\u2019est toute la communauté universitaire que l\u2019on méprise et que l\u2019on néglige.C\u2019est bien pourquoi celle-ci devrait se solidariser avec la communauté uqamienne.À quelques exceptions près, ce n\u2019est malheureusement pas ce que l\u2019on observe.Le président de l\u2019Université du Québec (UQ), Pierre Moreau, démontre qu\u2019il ne comprend ni sa fonction ni le rôle de l\u2019institution qu\u2019il représente en persistant à entretenir une guérilla envers l\u2019UQAM, alors même qu\u2019il devrait en être l\u2019allié naturel.Du fait qu\u2019il n\u2019a pas défendu la principale constituante de son réseau, on peut légitimement se demander à quoi servent le siège social et la présidence de l\u2019UQ dont les instances ont, par ailleurs, approuvé les projets immobiliers de l\u2019UQAM (îlot Voyageur et Complexe des sciences).Que dire encore des recteurs et rectrices?Sous prétexte de «soulager l\u2019UQAM» et alors que la situation exige une solidarité pour la défense de l\u2019idée même d\u2019université, ils ont proposé de récupérer certains de ses programmes et agissent comme s\u2019ils se disputaient la dépouille de l\u2019UQAM.Pourtant, toutes les universités sont touchées par le sous-financement, notamment l\u2019Université Concordia et l\u2019Université Bishop\u2019s, qui traversent des crises financières et perdent leur recteur, alors qu\u2019à l\u2019Université de Montréal le recteur commande aux professeurs de se taire sur les projets immobiliers.Dans le jeu des « affaires » universitaires, serait-on en train de perdre le sens et la fonction de l\u2019institution?Pour sa part, la ministre de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, persiste à ne pas reconnaître la situation critique de sous-financement qui conduit les universités - dont l\u2019UQAM mais pas seulement elle - à prendre des risques immobiliers pour tenter de régler tout à la fois des problèmes d\u2019espace et de financement.Certes, son gouvernement, qui avait acheté les obligations émises pour la construction en partenariat public-privé (PPP) de l\u2019îlot Voyageur, a accepté de retirer ce projet du périmètre comptable de l\u2019UQAM.Reste que l\u2019entêtement de la ministre à exiger que la communauté uqamienne assume la majorité des contraintes découlant de cette crise et son aveuglement face à la responsabilité du réseau de l\u2019UQ et de son propre gouvernement sont affligeants.La façon dont on prend prétexte de cette situation pour ne pas faire le débat sur la question du sous-financement de l\u2019enseignement supérieur, imposer l\u2019équilibre budgétaire à l\u2019UQAM, modifier le modèle de gouvernance en faveur d\u2019acteurs qui ne connaissent rien à ce qu\u2019est une ANIMATION )) COMMUNICATIONS SOCIALES )) DIALOGUE INTERRELIGIEUX )) DROIT CANONIQUE )) ÉTHIQUE ÉTUDES DE CONFLITS )) PHILOSOPHIE )) SCIENCES DE LA MISSION )) SCIENCES PASTORALES )) THÉOLOGIE UNIVERSITE i: Une voix distm I {H UNIVERSITÉ SAINT-PAUL UY SAINT PAUL UNIVERSITY 1-800-637-6859 .liaison@ustpaul.ca .223 rue Main, Ottawa ON\tÉTABLIE DEPUIS 1848 / ESTABLISHED IN 1B48 [4 janvier-février 2008 RELATIONS actuaLites -S université et nuire à l\u2019autonomie des universités ne l\u2019est pas moins.Avec l\u2019entente intervenue entre le ministère et l\u2019UQAM, en septembre, le gouvernement du Québec semble vouloir faire dépendre l\u2019organisation universitaire de l\u2019analyse de deux firmes comptables qui vont définir l\u2019avenir de l\u2019UQAM.Les rapports de Pricewater-houseCoopers et Ernst & Young (cette dernière travaillant pour le compte du ministère et du réseau UQ), prévus en décembre 2007, alimenteront les travaux d\u2019un comité de sages qui présentera son rapport au plus tard en février 2008.Tous ces documents seront remis à la ministre Courchesne, qui annoncera sa position après les consultations qu\u2019elle mènera avec Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du Trésor et ministre des Finances.Certes, à court terme, cette entente permet à la communauté uqamienne de gagner du temps pour assurer la continuité de ce qui a fait et fait encore de l\u2019UQAM la grande université qu\u2019elle est en matière d\u2019accessibilité, d\u2019enseignement, de recherche-création et de service aux collectivités.On ne dira jamais assez que la survie de ce patrimoine académique revient avant tout aux personnes qui, par leur travail au quotidien, font en sorte que se réalise la mission universitaire.Dans ce contexte, le retour de Claude Corbo à l\u2019UQAM (il en a été le recteur de 1986 à 1996) en tant que nouveau recteur répond à deux conditions essentielles : d\u2019une part, sa parole est signifiante dans l\u2019espace public et, d\u2019autre part, sa prise de position en faveur de l\u2019UQAM dans le contexte de la crise, en font un dirigeant crédible.Toutefois, il devra comprendre que sans les groupes qui composent la communauté universitaire, rien ne saurait être possible et durable.Ceux-ci n\u2019ont pas de quoi être rassurés.Il est à souligner qu\u2019au cours de la dernière année, qu\u2019ils soient syndiqués ou non, ils ont parlé d\u2019une seule voix pour leur institution universitaire.De fait, la fragilité des institutions universitaires québécoises exige une solidarité réelle qu\u2019il importe de développer davantage dans la reconnaissance des différences et des complémentarités propres aux uns et aux autres.Car si le pire semble avoir été évité pour l\u2019UQAM, l\u2019ensemble de la société québécoise ne sortira pas indemne de cette crise à l\u2019heure où GUILLAUME DANDURAND Plus de 600 participants, 150 tribuns, onze juges et 300 bénévoles se sont donné rendez-vous à New Delhi en septembre dernier pour participer au premier Tribunal populaire et indépendant les autorités gouvernementales et universitaires semblent déterminées à ignorer le sens, le rôle et la contribution des universités à la société.Résoudre cette crise exige de résoudre le problème du sous-financement de l\u2019enseignement supérieur.On ne peut prétendre faire du Québec une société ouverte, instruite et qui questionne, si on ne soigne pas nos institutions d\u2019enseignement supérieur, cégeps et universités.Au-delà des questions financières et technocratiques, tel est le véritable enjeu.\u2022 concernant le groupe de la Banque mondiale (BM) en Inde.Pendant quatre jours, paysans, académistes, étudiants, Intouchables, travailleurs, juges, politiciens, etc.se sont succédés devant un jury formé de personnalités autant indiennes qu\u2019étrangères telles que l\u2019écrivaine et activiste indienne La Banque mondiale en procès Le premier Tribunal populaire et indépendant concernant la Banque mondiale en Inde tient celle-ci responsable, avec le gouvernement, de l\u2019augmentation de la pauvreté et des souffrances de millions d\u2019indiens.Jacques Goldstyn L\u2019auteur est membre du secrétariat du Tribunal populaire et indépendant sur le groupe de la Banque mondiale en Inde RELATIONS janvier-février 2008 FJ actuaLites Alejandro Nadal, membre du jury.Photo : Guillaume Dandurand Arundhati Roy, l\u2019économiste mexicain Alejandro Nadal et l\u2019ancien premier secrétaire du ministère des Finances de l\u2019Inde S.R Shukla.Au banc des accusés donc: la Banque mondiale.Chacun avait son mot à dire pour décrier sa politique interventionniste dans plusieurs domaines (santé, éducation, énergie, etc.) et ses conséquences : privatisation du système d\u2019aqueduc à New Delhi et Mumbai, 137 000 suicides de paysans pauvres au cours des six dernières années attribués aux conséquences des réformes agricoles nationales, construction de barrages hydroélectriques, déplacements massifs de populations perdant leurs moyens de subsistance, non-respect des normes environnementales, etc.C\u2019est que depuis la partition de l\u2019Inde au moment de son indépendance, en 1947, la BM a prêté à ce pays plus de 51 milliards $US.Les Indiens ont réussi à rembourser près de 90 % du capital, mais leur dette s\u2019élève encore à plus de 31 milliards $US.Le pays reste sous le joug des conditions liées à ces prêts.Plusieurs ont donc décidé d\u2019agir et travaillent depuis plusieurs années à exiger des changements.Dans le cadre de ce tribunal populaire, qui s\u2019inscrit dans le sillon des tribunaux sur la dette qui ont cours depuis quelques années, la Banque mondiale a été accusée d\u2019exercer des politiques interventionnistes et d\u2019abuser de son influence pour promouvoir le libre-marché global.De fait, dans son dernier Plan stratégique d\u2019assistance en Inde 2005-2008, elle continue de souligner l\u2019importance de privatiser différents systèmes sociaux indiens -l\u2019éducation, la santé, l\u2019eau et l\u2019énergie.Le plan suggère que le gouvernement indien « facilite la privatisation dans le secteur de la santé [.] réduise les politiques indiennes inefficaces en adoucissant les restrictions concernant l\u2019embauche et le renvoi des employés [et] mette en place une politique de marché pour l\u2019agriculture céréalière ».«Tout le monde voit l\u2019Inde comme un marché émergent important, explique l\u2019une des fondatrices du Tribunal, Deepika D\u2019Souza.C\u2019est pour cette raison que la BM a imposé ses politiques.Or, celles-ci ont causé d\u2019importants désastres environnementaux et sociaux.Ce système économique néolibéral mis en place depuis 60 ans n\u2019a pas de réponse aux questions soulevées par les inégalités sociales et ces situations.Le Tribunal avait donc aussi pour objectif de créer un espace de débat, où l\u2019on pouvait discuter des alternatives possibles aux politiques économiques, agricoles et sociales des institutions financières internationales.» THE INDEPENDENT PEOPLE\u2019S TRIBUNAL ON THE WORLD BANK GROUP IN INDIA 121-24 SEPTEMBER 2007 Jawaharlal Nehru University, New Delhi\ta janvier-février 2008 RELATIONS Le Tribunal est vu comme un grand succès compte tenu de la conjoncture politique et économique internationale.Les participants ne s\u2019illusionnent pas toutefois.Celui-ci n\u2019aura probablement pas un grand impact immédiat et ne conduira pas au retrait de la BM de l\u2019Inde.Mais le fait qu\u2019environ 60 organisations aient pu travailler ensemble est considéré comme un signe très encourageant.« Pour la première fois, nous avons été capables d\u2019obtenir une vue d\u2019ensemble des exactions de la Banque mondiale dans notre pays», précise Deepika D\u2019Souza.À la fin de la remise des griefs, le jury a présenté son verdict.Son rapport préliminaire stipule ceci : « Il nous apparaît clair qu\u2019un nombre significatif de politiques gouvernementales indiennes ont été financées et influencées par la Banque mondiale, contribuant [.] à l\u2019augmentation de la pauvreté et des souffrances de millions d\u2019indiens, et ce lorsqu\u2019une petite partie de la classe moyenne et supérieure profite des fruits du boom économique.[.] Nous tenons le gouvernement indien responsable et demandons à la communauté internationale de tenir la Banque mondiale également responsable pour son influence et ses politiques.» Invités à prendre part au processus, ni le gouvernement indien ni la Banque mondiale en Inde n\u2019ont accepté de participer au Tribunal.Les organisateurs et participants ont dénoncé le fait que la BM ne s\u2019estime imputable qu\u2019à ses propres instances et non au peuple indien et qu\u2019elle ne se montre ouverte qu\u2019à un dialogue dont elle contrôlerait tous les aspects.On peut se demander combien de temps elle pourra conserver cette attitude compte tenu de la crise de légitimité qu\u2019elle traverse et du fait que les initiatives de ce genre se multiplient.Le Tribunal populaire indépendant de l\u2019Inde a été suivi, dès octobre, d\u2019une audition publique rassemblant, à La Haye, 70 ONG dans le cadre de la Campagne européenne sur la Banque mondiale.\u2022 1 HoRiZoNs La clameur de l\u2019Esprit VICTOR CODINA, S.J.Tout au long de mon enfance et jusqu\u2019à mes années de formation chez les Jésuites de Catalogne, j\u2019ai été tenu à l\u2019écart du peuple pauvre.C\u2019est seulement après, lorsque j\u2019ai été amené à œuvrer auprès de travailleurs migrants espagnols à Münster, en Allemagne, que je me suis réveillé d\u2019une sorte de rêve dogmatique dans lequel je vivais sans le savoir.J\u2019ai été confronté à la souffrance de ces travailleurs que les Allemands appelaient Gastarbeiter (travailleurs invités) mais qui au fond étaient méprisés du fait d\u2019être des gens du Sud, considérés sous-développés, ignorants et rustres.À mon retour chez les Jésuites de Catalogne, j\u2019ai été chargé de la formation des jeunes jésuites.Mon premier geste a été d\u2019initier un véritable exode : d\u2019une grande maison de formation, qui accueillait 150 étudiants, nous sommes passés à de petites communautés dans des quartiers ouvriers à la périphérie de Barcelone.J\u2019ai vécu là une dizaine d\u2019années, avec des prêtres ouvriers jésuites.Je me suis mis alors à penser comment faire de la théologie à partir de ces lieux.La théologie, qui s\u2019est élaborée d\u2019abord dans de petites communautés chrétiennes au début du christianisme et, par la suite, dans des monastères, des cathédrales, des universités, ne pouvait-elle pas se faire aussi au sein de quartiers ouvriers?Puis, mon horizon de vie s\u2019est ouvert à l\u2019Amérique latine, plus précisément en Bolivie où je vis maintenant depuis 25 ans.Les conditions de vie qui caractérisent le sous-développement intégral propre au tiers-monde révèlent sans fard l\u2019injustice du système économique néolibéral, la dépendance des pays pauvres à l\u2019égard des marchés de Londres et de New York, le joug des multinationales, l\u2019exploitation sauvage des ressources naturelles et ses conséquences écologiques.De là se comprend ce qu\u2019est le péché - il suffît de sortir dans la rue pour le voir - ainsi que les raisons pour lesquelles Yahvé écouta la clameur des Hébreux et décida de les libérer de l\u2019Égypte.Nous devient compréhensible l\u2019option de Jésus pour les exclus du «système»: malades, pécheurs, pauvres et femmes, Ce n\u2019est pas un hasard si les communautés de base et la théologie de la libération -si mal vues dans bien des milieux du « premier monde » - ont vu le jour en Amérique latine.de même que le récit du Jugement (dans l\u2019évangile de Matthieu, chap.25), où il est dit que « nous serons jugés sur l\u2019amour».Dieu apparaît comme Dieu de la vie en face des idoles de la mort; la mort de Jésus, comme la conséquence de sa confrontation avec le système impérial romain et la théocratie judéenne, tous deux mortifères; et sa résurrection, comme la reconnaissance par le Père de la vie et des options de Jésus.La parole de Jean XXIII selon laquelle l\u2019Église doit être avant tout l\u2019Église des pauvres prend tout son sens quand on l\u2019entend depuis le tiers-monde.Ce n\u2019est pas un hasard si les communautés de base et la théologie de la libération - si mal vues dans bien des milieux du « premier monde » - ont vu le jour en Amérique latine.Y naissent encore une théologie autochtone et afro-américaine, une théologie faite à partir de l\u2019expérience des femmes et une théologie de la terre.Dans cette rencontre avec les exclus du système, nous découvrons la présence de l\u2019Esprit qui clame à travers les pauvres, les femmes, les cultures opprimées, la terre exploitée, le sang des martyrs, rendant ainsi présent le règne de Dieu.L\u2019Esprit est présent dans l\u2019histoire, il accompagne le peuple, il ne l\u2019abandonne pas.Il s\u2019agit de le découvrir, de discerner sa présence mystérieuse à travers les signes de notre temps.L\u2019Esprit vivificateur nous donne la force au milieu des épreuves, nous fait vivre en Église au cœur de l\u2019hiver ecclésial.Il nous soutient dans la lutte pour la justice, au nom de Jésus.Ce que j\u2019ai appris de Karl Rahner quand j\u2019étudiais la théologie à Innsbrück, à propos d\u2019une théologie qui part de la réalité et s\u2019ouvre en prière au Mystère, ce qu\u2019Irénée Hausherr m\u2019a enseigné à Rome sur le retour aux sources et Olivier Clément, à Paris, sur la révolution de l\u2019Esprit, tout cet enseignement s\u2019est concrétisé en Amérique latine : l\u2019Esprit est présent et agissant dans l\u2019histoire, il fait entendre sa clameur à travers les pauvres et les exclus à travers leurs luttes pour la justice et la dignité.Si les quartiers ouvriers de Barcelone ont été pour moi un lieu théologique privilégié, la Bolivie l\u2019a été plus encore.Jon Sobrino a déjà écrit: «Pas de salut hors des pauvres.» Nous pourrions ajouter qu\u2019en dehors des pauvres, pas de théologie.Les pauvres, les ouvriers, les paysans, les indigènes ont été mes maîtres en cette matière.\u2022 L\u2019auteur, jésuite, est professeur de théologie à l'Université catholique de Cochabamba en Bolivie RELATIONS janvier-février 2008 El dOSSieR Eucharistie et société MARCO VEILLEUX Du 15 au 22 juin prochain se tiendra à Québec le 49e Congrès eucharistique international.Pour plusieurs croyants, ce sera l\u2019occasion de célébrer leur foi dans la joie et l\u2019espérance.Grâce à de grands rassemblements populaires, à travers l\u2019accueil de pèlerins venus du monde entier et par le biais de la liturgie, de la réflexion, de l\u2019engagement et du partage, ce congrès sera certainement un événement marquant de l\u2019été 2008.Depuis quatre ans, sa préparation a d\u2019ailleurs mobilisé plusieurs personnes.Ces dernières n\u2019ont pas ménagé leurs efforts pour la réussite de ce rendez-vous qui s\u2019inscrit au cœur des festivités du 400e anniversaire de la fondation de Québec.La tradition catholique des congrès eucharistiques remonte à la seconde moitié du XIXe siècle.Ceux-ci ont pour but de rassembler les croyants - aux quatre ou cinq ans et dans un pays différent - autour de la célébration de l\u2019eucharistie et de contribuer ainsi à revitaliser sa signification et sa portée.Selon les évangiles, l\u2019eucharistie (qui vient d\u2019un mot grec signifiant «action de grâce») a été instituée par Jésus la veille de sa mort.En célébrant avec ses disciples un seder pascal - ce repas rituel où les juifs font mémoire de leur libération d\u2019Égypte - il lui donnait toutefois un sens inédit.Pour les chrétiens, en effet, cette «dernière Cène» scelle une alliance nouvelle entre Dieu et l\u2019humanité.Il n\u2019est donc pas étonnant que le concile Vatican II (1962-1965) ait rappelé que l\u2019eucharistie est «la source et le sommet » de la vie de l\u2019Église et de ses membres.Dans ce partage du pain et du vin qui est au cœur de ce que nous appelons «la messe », les chrétiens font mémoire de la vie, de la passion et de la résurrection de ce Christ qu\u2019ils reconnaissent comme libérateur et sauveur.Ils y célèbrent l\u2019actualité d\u2019un mystère qui les dépasse : celui d\u2019un Dieu qui s\u2019incarne et donne sa vie en nourriture à une humanité qu\u2019il veut réconcilier dans la paix, la justice et l\u2019amour.En se réunissant chaque dimanche pour « faire mémoire » de cela, les baptisés renouvellent leur foi, leur espérance et leur charité.Ils y nourrissent le sens de leur vie et de leurs engagements.Par la prière, l\u2019écoute des Écritures, la communion au corps et au sang du Christ et l\u2019alternance des paroles, des rites, des chants et du silence, les croyants accueillent la grâce de Dieu et tentent de discerner - en communauté - les appels éthiques qui en découlent.À cet égard, les textes officiels d\u2019orientation des congrès eucharistiques précisent que l\u2019événement doit accorder une place significative à «la dimension sociale de l\u2019eucharistie».Cela implique que dans la longue période de préparation du congrès autant que dans son programme d\u2019activités, des outils de réflexion et diverses initiatives favorisent une prise en compte des enjeux sociaux de la foi et suscitent des engagements concrets dans la cité.Plusieurs textes récents du magistère de l'Église rappellent d\u2019ailleurs cette nécessaire articulation entre l\u2019eucharistie et l\u2019éthique sociale.Cet extrait du message du XIe Synode des évêques, qui s\u2019est tenu à Rome en octobre 2005, en témoigne : « Face au Seigneur de l\u2019histoire et à l\u2019avenir du monde, les pauvres [.], les victimes toujours plus nombreuses de l\u2019injustice et tous les oubliés de la terre nous interpellent [.].Ces souffrances ne peuvent pas demeurer étrangères à la célébration du mystère eucharistique qui nous engage tous à œuvrer pour la justice et la transformation du monde de manière active et consciente, forts de l\u2019enseignement social de l\u2019Église qui promeut la centralité et la dignité de la personne» (n° 17).KS janvier-février 2008 RELATIONS *ir\\ Marie Surprenant, Travail de mémoire IV, 1994, huile sur papier, 51 x 66 cm À Relations, il nous a semblé que c\u2019est dans cette ligne que devait s\u2019inscrire notre contribution au Congrès eucharistique de Québec.Nous voulons donc, par ce dossier, ouvrir un espace d\u2019interrogation sur la pertinence sociale de la foi.D\u2019une part, il nous semble que les croyants pourront y trouver de quoi réfléchir et nourrir leurs engagements sociaux et communautaires.D\u2019autre part, nous souhaitons que nos lecteurs plus étrangers à ces considérations chrétiennes puissent y découvrir comment la religion peut s\u2019inscrire dans l\u2019espace public et en quoi l\u2019eucharistie peut être vécue dans une perspective de justice universelle et de promotion de la dignité humaine.Le thème du Congrès de Québec est: «L\u2019Eucharistie: don de Dieu pour la vie du monde.» Mais de quel Dieu et de quel monde s\u2019agit-il?C\u2019est à cette question fondamentale que les auteurs des articles de ce dossier se confrontent.Ils le font sans faux-fuyants, au risque de mettre en lumière certaines des dérives, des impasses ou des controverses qui traversent le catholicisme contemporain.En soulevant courageusement ces enjeux, ils nous rappellent toutefois l\u2019essentiel : dans l\u2019eucharistie, nous célébrons, recevons et confessons Celui qui « annonce aux pauvres la bonne nouvelle du salut; aux captifs, la délivrance; aux affligés, la joie » (cf.la IVe prière eucharistique du Missel romain).« Si la faim existe quelque part dans le monde, notre célébration de l\u2019eucharistie est incomplète partout.Dans l\u2019eucharistie nous recevons le Christ qui a faim dans le monde des affamés.Il ne vient pas à nous tout seul, mais avec les pauvres, les opprimés, ceux qui meurent de faim sur la terre.Nous ne saurions recevoir dignement le Pain de Vie, à moins de donner nous-mêmes du pain à ceux qui en ont besoin pour vivre, où qu\u2019ils se trouvent, quels qu\u2019ils soient.» Pedro Arrupe, s.j., Écrits pour évangéliser (DDB, 1985, p.52) RELATIONS janvier-février 2008 dOSSieR Mémorial ou rite sacré?L'auteur, théologien catholique brésilien, est professeur en sciences des religions à l'Université méthodiste de Sào Paulo L\u2019eucharistie est souvent célébrée comme un rite sacré, déconnecté de la vie de la communauté qui la célèbre.Elle est avant tout mémoire de la vie de Jésus et du souffle qui l\u2019animait, signe d\u2019engagement à poursuivre sa lutte pour la justice et la dignité humaine.JUNG MO SUNG LJ eucharistie est le sacrement central des communautés chrétiennes.Elle alimente notre foi et nous « rappelle le dernier repas de Jésus et son commandement « Faites cela en mémoire de moi.» Nous pourrions dire qu\u2019il s\u2019agit du sacrement le plus important de la pratique religieuse du peuple et de la vie de ces mêmes communautés.Mais, au-delà de ce constat, l\u2019eucharistie est devenue si importante qu\u2019elle s\u2019est transformée en un rite sacré dans la vie d\u2019une Église locale.Le glissement de «sacrement central» à «rite sacré» n\u2019est pas sans conséquences, parce que nous ne sommes pas en présence de concepts équivalents.L\u2019EUCHARISTIE ET LE SACRÉ Selon les sciences des religions, la structure fondamentale de la vision religieuse du monde repose sur la distinction entre le sacré et le profane.Le sacré serait ce qui se détache et se sépare du monde profane (de la vie quotidienne) comme une manifestation d\u2019une force surnaturelle ou divine.Dans les sociétés marquées par cette vision du monde, on fréquente les lieux sacrés, où les personnes consacrées (prêtres ou prêtresses) exécutent des rites et offrent des sacrifices aux dieux, pour reprendre des forces et récupérer la pureté perdue au cours des activités profanes, quotidiennes, ou encore pour demander une faveur spéciale aux dieux.Dans le domaine du sacré, l\u2019obtention de la pureté, de la force ou des faveurs demandées, dépend fondamentalement de l\u2019exactitude avec laquelle les rites sacrés sont accomplis.La manière dont la personne ou la communauté vit au quotidien importe peu, puisque le domaine profane n\u2019affecte en rien ce qui se produit dans le domaine sacré.L\u2019efficacité des rites ne dépend pas de la qualité éthique et spirituelle de la vie des personnes, ni des actions réalisées dans le quotidien, il suffit que ces rites soient réalisés correctement par des personnes consacrées.Cette conception de la religion présuppose un dualisme entre le sacré et le profane, où ce qui prévaut réellement est le monde sacré, avec sa logique et son efficacité propres, indépendamment de la vie quotidienne, et en complète extériorité avec la dynamique sociopolitique qui régit la société.De cette brève réflexion découle le questionnement suivant: lorsque nous considérons l\u2019eucharistie comme quelque chose de sacré, ne sommes-nous pas en train de reproduire cette même logique dualiste?Ce faisant, ne considérons-nous pas l\u2019eucharistie comme un acte sacré, sacrificiel, offert à Dieu, qui par sa propre efficacité nous donnerait la pureté, la force spirituelle et le salut?J\u2019aimerais dans l\u2019espace qui m\u2019est alloué proposer quelques idées dans le but de susciter une discussion autour de ce questionnement.Prenons le Document théologique de base pour le Congrès eucharistique international de Québec, L'Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde.Il y est écrit: « Faites cela en mémoire de moi.Par ces gestes et ces paroles, Jésus institue un nouveau rite, son rite pascal, par lequel il se substitue à l\u2019agneau traditionnel en se donnant et en se sacrifiant par amour.Son acte d\u2019amour réalise la nouvelle alliance dans son sang, qui libère l\u2019humanité du péché et de la mort» (Partie I, B)1.Cette affirmation est claire et tout à fait traditionnelle -dans le sens qu\u2019elle semble reproduire parfaitement la doctrine à laquelle nous sommes habitués.L\u2019eucharistie est un nouveau rite qui se substitue au rite ancien, pratiqué dans l\u2019ancienne alliance, qui n\u2019avait pas le pouvoir de libérer l\u2019humanité du péché et de la mort.En d\u2019autres termes, le rite de l\u2019eucharistie est le seul qui soit approprié et efficace pour que nous revivions aujourd\u2019hui l\u2019acte d\u2019amour de Jésus qui s\u2019est sacrifié pour notre libération.Pour cela, nous chrétiens, devons continuer de «faire cela en mémoire de lui», en mémoire du sacrifice qui nous a sauvé.C\u2019est pourquoi le document théologique affirme aussitôt: «C\u2019est toujours sous la poussée du même amour que le Christ ressuscité, dans la puissance de son Esprit, actualise le don de son eucharistie chaque fois que son Église célèbre le rite qu\u2019elle a reçu de lui à la dernière Cène, la veille de sa Passion.En célébrant ce rite sacramentel, l\u2019Église est intimement associée à l\u2019offrande de Jésus Christ et donc à l\u2019exercice de sa fonction sacerdotale pour le culte de Dieu et le salut de l\u2019humanité.» «Faites cela en mémoire de moi» est compris dans le sens d\u2019un appel à célébrer le rite qui nous associe à l\u2019of- 1.http://www.cei2008.ca/doc/documenttheologiquedebase.pdf La célébration de cette mémoire qui devrait réunir la communauté autour du message pascal libérateur a été transformée en un simple culte, déconnecté de la vie.ES janvier-février 2008 RELATIONS Marie Surprenant, Guérison (détail), 1996, huile sur papier, 66 x 51 cm '\u2022*\t-4 ¦» î V''Æîi- ¦ *-a /g frande de Jésus Christ, à son sacrifice rédempteur.L\u2019offrande du sacrifice est la fonction exclusive du prêtre, c\u2019est pourquoi le document nous rappelle que l\u2019Église exerce sa fonction sacerdotale dans ce culte à Dieu pour le salut de l\u2019humanité.Si l\u2019interprétation que je fais de ces textes est juste, alors l\u2019eucharistie apparaît comme une valeur en soi, elle devient quelque chose de sacré indépendamment de la vie et des actions qui se déroulent dans le domaine du «profane», à savoir l\u2019économie, la politique, la culture et la vie quotidienne, familiale et professionnelle.Elle peut, de cette manière, être objet d\u2019adoration «en soi»: un culte rendu à l\u2019eucharistie dans la pure adoration d\u2019elle-même.Cela ne soulève-t-il pas quelques problèmes, notamment de couper cette célébration la plus significative de la communauté chrétienne de toute relation avec celle-ci, ou encore avec les « affaires du monde », puisque profanes?«VOUS MANGEZ VOTRE PROPRE CONDAMNATION» En réduisant l\u2019eucharistie à un culte sacré, à un rite salvi-fique, nous nous interdisons de comprendre, par exemple, le sens des critiques que l\u2019apôtre Paul adresse à la communauté de Corinthe (voir la lre lettre aux Corinthiens, chapitre 11).Ces critiques ne sont pas motivées par le fait qu\u2019elle ne valoriserait pas l\u2019eucharistie, ou encore qu\u2019un petit nombre seulement y participerait.Elles n\u2019ont rien à voir, non plus, avec la manière défaillante d\u2019accomplir le rituel ou avec le fait que certaines personnes non consacrées présideraient le culte.Ce qui indigne Paul, c\u2019est l\u2019incohérence entre la vie de la communauté et ce qui est célébré (l'eucharistie, le repas en mémoire de Jésus): quelques-uns sont davantage préoccupés à manger avec empressement leur propre repas - à cause de cela, au cours du repas du Seigneur, « l\u2019un est affamé, l\u2019autre est ivre » (voir 1 Cor 11, 21).Ces personnes sont les mieux situées socialement.Elles se prévalent probablement de ce statut pour obtenir les meilleures places dans l\u2019assemblée.Elles n\u2019ont aucun problème à manger suffisamment, alors que d\u2019autres au contraire, les pauvres de la communauté, ont faim.C\u2019est pour cette raison que Paul ajoute : « N\u2019avez-vous pas de maisons pour manger et boire?Ou bien méprisez-vous l\u2019Église de Dieu et voulez-vous humilier ceux qui n\u2019ont rien?» (1 Cor 11,22).Pour l\u2019apôtre Paul, ceux-là mangent et boivent «leur propre condamnation» parce qu\u2019ils ne discernent pas le Corps (1 Cor 11,29).Ce que Paul soulève comme scandale, c\u2019est l\u2019incohérence entre ce qui est célébré et l\u2019attitude de quelques-uns envers les membres les plus pauvres et les plus humbles de la communauté.Lorsqu\u2019il enseigne que l\u2019on peut être condamné précisément pour avoir participé à l\u2019eucharistie, il met en œuvre une logique qui n\u2019a rien à voir avec un rite sacré, lequel par sa simple réalisation engendrerait les effets promis.Sa critique présuppose plutôt une compréhension de la célébration comme « sacrement », signe d\u2019une existence vécue à la suite de Jésus.Elle ne se contente pas de cibler certains individus: «Lors donc que vous vous réunissez ensemble, ce n\u2019est pas le repas du Seigneur que vous prenez.parce que pendant que l\u2019un est affamé, l\u2019autre est ivre» (ICor 11, 20-21).Ce qui invalide le sacrement, c\u2019est la situation d\u2019une communauté dans son ensemble, et non la seule disposition d\u2019individus pris isolément.\t?RELATIONS janvier-février 2008 ES dOSSieR Le problème fondamental de cette communauté, c\u2019est qu\u2019elle a transformé la mémoire de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus en un simple culte à l\u2019intérieur de la logique du sacré et du profane, qui conduit à rechercher un rite sacré plus efficace qu\u2019un autre.La célébration de cette mémoire qui devrait réunir la communauté autour du message pascal libérateur, en questionnant, responsabilisant et amenant la communauté à être créatrice de sa propre parole sur l\u2019histoire humaine, a été transformée en un simple culte, déconnecté de la vie.Ce qui devait être vécu comme un sacrement a été transformé en rite sacré.LA MÉMOIRE D\u2019UNE VIE Le sens qu\u2019on donne à la parole de Jésus «Faites cela en mémoire de moi» est l\u2019enjeu central de notre questionnement.En interprétant l\u2019eucharistie comme un culte sacré, cette demande est prise dans le sens de faire mémoire de la dernière cène de Jésus.Faire mémoire de Jésus consiste dès lors à reproduire d\u2019une manière circulaire un repas en mémoire d\u2019un repas.Toute sa vie - ses paroles, ses actes, sa lutte pour la justice et la solidarité au nom du règne de Dieu - disparaît ou passe au second plan.Les disciples de Jésus et les premières communautés chrétiennes se sont efforcés de se remémorer les enseignements et la pratique de Jésus, puis de consigner par écrit cette mémoire.Celle-ci continue ainsi de nous questionner et de nous convoquer à la responsabilité d\u2019annoncer le règne de Dieu - un règne de justice et de fraternité, de vie en abondance pour tous, spécialement pour ceux et celles qui vivent dans des conditions sous-humaines et meurent précipitamment - en réponse aux clameurs des opprimés qui montent jusqu\u2019au ciel.La célébration de l\u2019eucharistie en mémoire de Jésus ne nous arrache pas à l\u2019histoire pour nous faire entrer dans un espace et un temps sacrés.Célébrer la mémoire de Jésus, c\u2019est plutôt préserver l\u2019unité entre le temps de Jésus et le nôtre, entre sa pratique et la nôtre.Sans cette remémoration, nous perdons le sens de l\u2019appartenance à une histoire, à une tradition spirituelle.Commencée dans le passé, elle parvient jusqu\u2019à nous parce que des générations et des générations de chrétiens et de chrétiennes ont maintenu vivante cette mémoire et nous ont transmis la bonne nouvelle de Jésus incarnée dans l\u2019histoire humaine.Il nous faut nous souvenir de la mission de Jésus, du souffle qui animait sa vie : « annoncer une bonne nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés et proclamer une année de grâce du Seigneur» (Luc 4, ISIS).En assumant nous aussi cette tâche, nous devons prendre conscience que nous n\u2019annonçons pas une religion à un monde sans religion, mais que nous annonçons le Règne de Dieu à un monde animé d\u2019un esprit idolâtrique (voir Hugo Assmann et Franz Hinkelammert, L\u2019idolâtrie du marché, Cerf, 1993).La culture de notre temps qui soutient le dynamisme de l\u2019actuel processus de globalisation économique, catégorise les personnes en accord avec leur capacité d\u2019être ou non de bons consommateurs.Les consommateurs de produits de marques sont considérés comme des « personnes de bien», les pauvres comme des «pécheurs», parce que cette «vertu» leur fait défaut, ils sont de bien piètres consommateurs.L\u2019esprit qui anime notre culture de consommation est une lutte de chacun pour consommer toujours plus.Paraphrasant Paul, nous pouvons dire que «chacun s\u2019empresse de consommer» et ce faisant, « pendant que les personnes de bien s\u2019enivrent dans la consommation, nombreux sont ceux qui souffrent de faim ».Nous vivons à une époque où l\u2019on condamne des millions d\u2019êtres humains à l\u2019exclusion sociale et à une mort précoce, où l\u2019on détruit l\u2019environnement au nom de l\u2019accumulation illimitée de la richesse et de la consommation frénétique de marchandises.C\u2019est ce que la Bible appelle idolâtrie.L\u2019idolâtrie est séductrice, les idoles promettent le succès et fournissent une conscience tranquille à ceux qui les servent.Il est facile de succomber à leur promesse.« Faites cela en mémoire de moi » est un appel à la résistance.La célébration de l\u2019eucharistie en tant que sacrement synthétise les luttes et le désir de Jésus : un monde où les personnes réconciliées entre elles et avec Dieu partagent le pain et le vin comme signe de solidarité et d\u2019engagement à poursuivre la lutte afin que tous aient la vie en abondance.La mémoire de Jésus nous convoque à lutter pour une société animée par un esprit plus humain - plus divin - qui permet à tous de vivre dans la dignité et la justice.Nous savons pertinemment que cette lutte n\u2019est pas facile.Les embûches sont multiples.Mais nous savons aussi que nous y sommes appelés, même si bien souvent les chemins de Jésus nous mettent en conflit avec des secteurs de l\u2019Église ou de la société.Ce qui importe est de persévérer dans cette voie.La célébration de l\u2019eucharistie y contribue, elle qui fait mémoire du crucifié ressuscité : ce dont nous faisons l\u2019expérience de façon limitée dans nos agirs et nos luttes - le règne de Dieu - un « jour » nous le vivrons en plénitude.\u2022 La mémoire de Jésus nous convoque à lutter pour une société animée par un esprit plus humain -plus divin - qui permet à tous de vivre dans la dignité et la justice.janvier-février 2008 RELATIONS Un repas qui engage L\u2019authenticité de nos eucharisties se vérifie dans des pratiques d\u2019inclusion et de solidarité enracinées dans le récit du dernier repas de Jésus avec ses disciples.GUY CÔTÉ Les derniers gestes et les dernières paroles de Jésus avec ses disciples, la veille de sa mort, sont empreints d\u2019une élévation morale et spirituelle qui peut faire oublier leur portée concrète dans la complexité de la vie sociale.Lieu de jonction entre le mystique et le politique, l\u2019eucharistie?Peut-être, si l\u2019on accepte d\u2019élargir l\u2019horizon du regard.On voit alors que la mystique chrétienne se vit dans la matière de l\u2019expérience humaine ordinaire, et que la dimension sociale de la foi s\u2019enracine dans une expérience spirituelle qui la transfigure de l\u2019intérieur.C\u2019est ce que je vais tenter d\u2019illustrer en évoquant la pertinence du testament de Jésus pour certains débats actuels de société -notamment autour du vivre-ensemble.réalisé en le disant, c\u2019est lui qui a dit : \u201cVous m\u2019avez vu avoir faim, et vous ne m\u2019avez pas donné à manger\u201d, et aussi : \u201cChaque fois que vous ne l\u2019avez pas fait à l\u2019un de ces petits, c\u2019est à moi que vous ne l\u2019avez pas fait\u201d [.].Commence par rassasier l\u2019affamé, et avec ce qui te restera tu orneras son autel.» Cette conscience d\u2019une cohérence nécessaire entre l\u2019eucharistie et une pratique de solidarité s\u2019enracine dans le récit évangélique de la dernière Pâque célébrée par Jésus avec ses disciples.Au cours de ce repas, Jésus va accomplir, L'auteur est un en guise de testament à ses disciples, deux gestes dont le théologien engagé sens est fondamentalement le même : le partage du pain et parmi les exclus du vin (dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc) et le lavement des pieds (dans l\u2019évangile de Jean).Signes de sa vie donnée par amour, ils dévoilent le visage de Dieu comme premier Pauvre, «qui se donne tout entier et ne garde rien pour lui» (Maurice Zundel).Ce don demande d\u2019abord à être reçu: «prenez.»; l\u2019accueillir, c\u2019est le laisser agir en soi : « faites.».Vous deviendrez à votre tour pain et vin offerts, corps livré et sang versé, serviteurs et servantes les uns des autres.Ainsi se trouve scellée l\u2019alliance nouvelle de Dieu avec l\u2019humanité.LE DERNIER REPAS La conscience d\u2019un appel à la solidarité sociale au cœur du mémorial eucharistique est bien établie dès les premiers siècles du christianisme.À des Corinthiens portés à festoyer dans l\u2019indifférence aux affamés, Paul adresse cette apostrophe : « Quand vous vous réunissez en commun, ce n\u2019est pas le repas du Seigneur que vous prenez.» Jean Chrysostome, parmi d\u2019autres, lui fait écho au IVe siècle : «Tu veux honorer le corps du Christ?Ne le méprise pas lorsqu\u2019il est nu.Ne l\u2019honore pas ici, dans l\u2019église, par des tissus de soie tandis que tu le laisses dehors souffrir du froid et du manque de vêtements.Car celui qui a dit : \u201cCeci est mon corps\u201d, et qui l\u2019a QUELLES SUITES?Toute la pratique de Jésus se trouve incorporée dans ces deux signes qui convoquent au renversement de la logique de domination et d\u2019exclusion par le ferment du service et du don de soi.Ce dernier repas est en lui-même un signe, un rappel de tous ceux que Jésus a pris durant sa vie publique avec ses amis et disciples, avec les estropiés de la vie, pécheurs publics et exclus de toutes sortes, repas qui préfiguraient l\u2019établissement d\u2019une communauté sans frontière.Le premier critère d\u2019authenticité de la liturgie eucharistique sera donc son enracinement dans une pratique d\u2019inclusion et de solidarité.*¦ Marie Surprenant, Les femmes du Lac, 2006, médium mixte sur toile, 74 x 234 cm RELATIONS janvier-février 2008 KO dOSSieR Marie Surprenant, La voix des étrangers (détail), 2004, médium mixte sur toile, 76 x 243 cm 41 > P.JZ iEiW C\u2019est ce que les premières communautés chrétiennes ont essayé de vivre, relayées par de multiples formes d\u2019expériences communautaires au cours des siècles.L\u2019eucharistie comme lieu permanent d\u2019ancrage dans «la mémoire dangereuse de Jésus-Christ»1 s\u2019avérera une source d\u2019avancées morales et sociales radicales dans l\u2019empire romain puis sur le reste de la planète.L\u2019appel à reconnaître le Christ dans les pauvres et à les libérer de leurs chaînes, à contester toute domination des forts sur les faibles et tout enrichissement au mépris des plus démunis sera à l\u2019origine d\u2019un sens de la dignité humaine dont nos valeurs démocratiques et nos chartes de droits portent encore aujourd\u2019hui la trace.Cela n\u2019a pas été un parcours sans tache.La tentation du pouvoir guettera et corrompra trop souvent l\u2019institution ecclésiale à partir de Constantin.Des prophètes seront bafoués et mis au silence.Une certaine théologie en viendra à réduire l\u2019eucharistie à un culte ou une dévotion pieuse, sacralisant «les saintes espèces» au point de reléguer au second plan la présence réelle du Christ dans l\u2019affamé, le malade, le prisonnier (Matthieu 25).Toutefois, notre époque a vu réapparaître avec une force nouvelle la conscience du lien entre pratique et signe dans l\u2019eucharistie.Comment sommes-nous conviés aujourd\u2019hui à donner suite à cette impulsion initiale du testament de Jésus?Quelle peut être la portée sociale du mémorial eucharistique?La radicalité évangélique ne peut se traduire immédiatement dans des politiques précises.L\u2019appel à suivre Jésus est plutôt de l\u2019ordre d\u2019une inspiration de fond, d\u2019un horizon à viser à travers des médiations toujours relatives.Dans sa radicalité, la convocation évangélique relance constamment le mouvement de la vie vers plus de profondeur et d\u2019authenticité.La conscience d\u2019un appel à la solidarité sociale au cœur du mémorial eucharistique est bien établie dès les premiers siècles du christianisme.Comme la pratique de Jésus comporte plusieurs dimensions, l\u2019appel à le suivre se prête à des interprétations diverses.Certains prendront le chemin de la rencontre et de la présence dans des réseaux communautaires de solidarité au ras du sol le plus quotidien.Pour d\u2019autres, l\u2019analyse des causes de l\u2019injustice, de la violence et de la pauvreté conduit à travailler à la transformation structurelle des institutions sociales et politiques.Ces engagements pourront prendre des formes variées : promotion du développement durable et de la justice sociale, défense des droits humains ou de l\u2019intégrité de la création, etc.Ces différentes manières de répondre à la convocation eucharistique sont complémentaires.D\u2019une part, l\u2019expérience du vivre-ensemble dans une perspective communautaire est porteuse d\u2019une réalité sans laquelle tout projet d\u2019équité sociale risque de demeurer un idéal inatteignable : l\u2019intuition de soi-même dans l\u2019autre, à travers une pratique de dialogue, de rencontre et de convivialité.Par ailleurs, la conscience d\u2019une nécessaire transformation des institutions sociales permet de relier les expériences communautaires à un projet plus vaste dans lequel elles peuvent s\u2019inscrire et collaborer.Si nous prenons comme exemple le défi du vivre-ensemble dans un contexte de diversité culturelle et religieuse, où peut conduire l\u2019inspiration du testament de Jésus?Les débats actuels autour de l\u2019identité québécoise obligent à constater que les concessions à l\u2019autre, étranger ou simplement différent, sont facilement redoutées comme autant de pertes ou de reculs inacceptables.On peut reconnaître la légitimité d\u2019un désir collectif d\u2019affirmation et de respect.Une mentalité d\u2019autoprotection et de revendication ne saurait cependant suffire à faire advenir une société 1.Selon le théologien Johann Baptist Metz, la passion du Christ est une «mémoire dangereuse» pour tous ceux qui sont complices des puissances du mal.Cette mémoire recèle en effet une force subversive et critique.Elle affirme que la justice triomphera, que les humiliés ne seront pas oubliés et qu\u2019ils n\u2019auront pas souffert en vain.sa janvier-février 2008 RELATIONS humaine ni à servir le bien commun.Pour éviter la fragmentation sociale, le consentement à certaines pertes de part et d\u2019autre est incontournable.Ces «pertes», dans la mesure où elles n\u2019obligent pas à renier des valeurs essentielles ou à renoncer à des droits fondamentaux, seront largement compensées par l\u2019enrichissement mutuel qui résulte de la rencontre authentique de l\u2019autre.Dans la perspective du testament de Jésus, il y a un passage à faire de l\u2019enfermement en soi-même et de la crainte de l\u2019autre au risque de l\u2019accueil et du don réciproques pour qu\u2019une société s\u2019humanise véritablement.QUELLE ESPÉRANCE?Que ce soit par la voie des transformations structurelles ou par celle de la fraternité, à quel point est-il réaliste d\u2019aspirer à un monde nouveau?L\u2019eucharistie peut-elle être crédible comme signe annonciateur d\u2019un surcroît d\u2019humanité?L\u2019évolution humaine sera sans doute toujours ambivalente.D\u2019une part, nous avons des moyens de plus en plus considérables d\u2019agir sur l\u2019environnement, les communications, la culture, ou même notre propre évolution en tant qu\u2019espèce.Les technologies de l\u2019information, par exemple, ont contribué au succès d\u2019initiatives telles que les forums sociaux ou le Collectif pour un Québec sans pauvreté.Ceci laisse espérer des mobilisations et des concertations de plus en plus efficaces.Partout, des groupes s\u2019organisent pour venir en aide aux personnes en détresse, pour résister aux pressions des valeurs dominantes et pour bâtir une société alternative.D\u2019autre part, malgré l\u2019importance de telles avancées, des menaces nouvelles laissent en même temps présager toutes sortes de catastrophes.Et il faut bien reconnaître que la violence et l\u2019injustice ne reculent pas aussi rapidement que progressent nos connaissances et nos moyens.Les victoires que nous pouvons célébrer ici et là demeurent fragmentaires, trop fragiles pour laisser vraiment poindre l\u2019avènement d\u2019un monde globalement juste et solidaire.Est-ce dans une telle pauvreté des résultats que nous devrons toujours poursuivre l\u2019avènement d\u2019un monde différent?L\u2019espérance se vit dans une tension permanente entre le « déjà-là » et le « pas encore », se laissant conduire dès maintenant par la promesse dont elle se nourrit.À travers les rapports de force trop souvent tragiques entre justice et injustice, paix et violence, respect et mépris, l\u2019espérance garde en éveil et pose la question : de quel côté se situer?Ne rien faire est déjà devenir complice.Se porter vers l\u2019autre fait déjà naître un monde nouveau.LAVOIE DES HUMBLES L\u2019espérance chrétienne est née à l\u2019encontre des évidences de la mort de Jésus et de l\u2019échec de sa prédication.Malgré les démentis de la dure réalité, ses proches sont passés d\u2019une déroute complète à l\u2019expérience d\u2019une forme nouvelle de liberté et de fraternité.Ils ont vécu une expérience de transformation sur laquelle s\u2019est appuyée leur espérance jusque dans la persécution et le martyre.Ce petit groupe de gens obscurs est devenu capable de répandre avec assurance un message de libération et de réconciliation.Mise en spectacle JEAN-PHILIPPE PERREAULT Le salut social par l\u2019eucharistie», telle était l\u2019inten-tion de la jeune Française Émilie Tamisier en donnant naissance aux congrès eucharistiques.À 125 ans de distance, le contexte socioreligieux s\u2019est à ce point transformé qu\u2019on ne sait plus trop comment interpréter la filiation avec la motivation originale.Quel salut social est recherché aujourd\u2019hui?Celui de la société par l\u2019Église ou celui de l\u2019Église par la reconnaissance sociale?Sans être nouvelle, la formule du Congrès eucharistique international (CEI) est à compter au nombre des manifestations religieuses et séculières contemporaines qui cherchent à répondre à la fois à la mondialisation des consciences et à l\u2019individualisation du croire.Ces mégarassemblements sont l\u2019occasion d\u2019appartenir - pour un temps - à une communauté idéalisée, hors du temps et hors frontières.Par la force du nombre et sous la gouverne charismatique du meneur de foules, s\u2019opère un passage de l\u2019hétérogénéité des individus rassemblés à l\u2019unité d\u2019une foule ayant sa propre identité.Cette « transsubstantiation » du paradoxal au convergent, du bigarré à l\u2019unifié est la fonction même de l\u2019effet de foule - nous apprend la psychologie collective.Cette «mise en spectacle» de la foi produit ivresse et réconfort : on imagine aisément à quel point il est rassurant et stimulant d\u2019être partie prenante d\u2019une masse dont on croit qu\u2019elle nous ressemble, qu\u2019elle pense comme nous et avec qui on prétend vivre les mêmes émotions au même moment.C\u2019est ainsi que se construit une identité collective temporaire qui ne saurait exister à l\u2019extérieur de l'expérience grégaire.Il s\u2019agit d\u2019un « corps à corps qui fait corps», pourrait-on dire.Sur ce point, le CEI n\u2019est pas tellement différent d\u2019un spectacle rock, d\u2019une fête nationale ou d\u2019un défilé de la fierté gaie.Plus encore, ces événements sont l\u2019occasion pour les chrétiens de se voir et d\u2019être vus, d\u2019envahir la cité sous l\u2019œil intrigué des caméras de télévision alors qu\u2019ils se font d\u2019ordinaire discrets.Dédouanée pour quelques jours, l\u2019affirmation croyante peut facilement devenir exubérante.Il s\u2019agit-là d\u2019une forme de transgression qui permet de renverser momentanément l\u2019isolement vécu par les croyants L\u2019auteur est chargé de cours et étudiant-chercheur au doctorat en sciences des religions à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l\u2019Université Laval RELATIONS janvier-février 2008 ES dOSSieR Aujourd\u2019hui encore, ce paradoxe se poursuit.Ce n\u2019est pas dans le déploiement du prestige ou du pouvoir que se reconnaît l\u2019humanité nouvelle inaugurée par le Christ, mais dans le mystérieux rayonnement des humbles, toutes ces personnes qui besognent et servent dans l\u2019ombre avec joie et bonté.À travers leurs gestes de service et de fraternité, des courbés se redressent, des paralysés se remettent en marche, des solitaires trouvent frères et sœurs, des faibles aident des forts.Lorsqu\u2019ils sont rassemblés en fraternité ou dans un groupe communautaire, leur résistance et leur créativité les amènent à incarner une autre manière de vivre ensemble.Ils apprennent l\u2019acceptation de l\u2019autre et le soutien mutuel, s\u2019entraînent à la non-vengeance, résistent à l\u2019esprit de consommation et de compétition, inventent des manières inédites de faire entendre leur voix.De telles expériences préfigurent et annoncent comme en parabole cette société humaine et solidaire que nous n\u2019avons jamais fini de devenir.En ce sens, « les pauvres sont l\u2019avenir du monde »2.Ces gens ne sont pas plus parfaits que d\u2019autres, mais quelque chose dans leur manière d\u2019être nous rappelle à la meilleure part de notre humanité.Leur expérience de dignité humaine au cœur même de ce qui la contredit Dans la perspective du testament de Jésus, il y a un passage à faire de l\u2019enfermement en soi-même et de la crainte de l\u2019autre au risque de l\u2019accueil et du don réciproques pour qu\u2019une société s\u2019humanise véritablement.indique un chemin d\u2019espérance dans des conditions souvent impossibles.Comment font-ils?Quel que soit le bilan du travail pour la justice et la paix, et tout en s\u2019y consacrant souvent eux-mêmes, ils ne reportent pas sans cesse à demain la réalisation de leurs espoirs.Ils demeurent plutôt attentifs à l\u2019aujourd\u2019hui de la vie : à l\u2019ami qui partage son pain, à la convivialité vécue autour d\u2019un projet commun, aux victoires arrachées de chaude lutte et célébrées de tout cœur.Avant même que les lois et les institutions soient pleinement conformes aux idéaux d\u2019une société solidaire, ils vivent la joie d\u2019un monde nouveau, différent.S\u2019ils sont croyants, ils peuvent entendre cette parole de Jésus à Zachée: «Aujourd\u2019hui même le salut est venu dans ta maison» (Luc 19, 9).Dès aujourd\u2019hui, en effet, nous pouvons vivre la nouvelle alliance avec Dieu et entre nous dans la réciprocité de l\u2019accueil et du don.Dès maintenant, nous pouvons nous laisser guider avec confiance par cette Présence qui soutient de l\u2019intérieur nos efforts de paix et de fraternité.Le Christ n\u2019a pas fait autrement.Dans cette même perspective, la table eucharistique peut offrir un lieu de rassemblement, de ressourcement et d\u2019engagement dans l\u2019espérance en mémoire de lui.\u2022 2.Paradoxe fréquemment utilisé par Frédy Kunz, initiateur de la Fraternité du Serviteur souffrant parmi les pauvres du Brésil.Ce réseau est aussi implanté en Amérique centrale, en Europe et au Québec.L\u2019auteur de ces lignes en est membre.en franchissant, sans les faire disparaître, les normes qui dictent les formes que doit prendre le témoignage de foi dans nos cultures sécularisées.Du reste, l\u2019effervescence et l\u2019émotion vécues lors de ces manifestations tranchent si radicalement avec le quotidien des gens qui y participent et de l\u2019Église qui l\u2019organise, qu\u2019on est en droit de se demander, à la suite de Durkheim, « si la violence de ce contraste [n\u2019est] pas nécessaire pour faire jaillir la sensation du sacré sous sa forme première» et donner au participant « un sentiment plus vif de la double existence qu\u2019il mène et de la double nature à laquelle il participe» (Les formes élémentaires de la vie religieuse, Quadrige/PUF, 1998, p.313).Toutefois, cette expérience de foule ne pourrait prendre sa pleine ampleur sans la présence des médias.En couvrant le rassemblement, télévisions, radios et journaux en font un événement.Au-delà des faits rapportés, le jeu du cadrage médiatique construit les réalités.L\u2019attention de la caméra apporte le « salut social», l\u2019homologation de ce qui est vécu - indépendamment des analyses proposées et des commentaires formulés.Les représentations de l\u2019Église (symboles, acteurs, discours sur la société, positions théolo- giques, etc.), mises en scène sous le regard des médias à l\u2019occasion de ces grandes célébrations, sont instituées comme des réalités sociales légitimes.Et les participants eux-mêmes sont dépendants de ce jeu médiatique, puisque la majorité vit le rassemblement les yeux rivés aux écrans géants en raison de l\u2019étendue des lieux.Au sein de ces rituels festifs se développe donc une forme particulière de religiosité produite par l\u2019expérience du contraste, de l\u2019extraordinaire, de la transgression.Toutefois, rien ne garantit que ce rapport «au sacré» permette de vivre in extenso la singularité chrétienne.En quoi la généralité créée par l\u2019effet de foule et les médias rejoint-elle l\u2019universalité du christianisme?Comment est-il possible, dans ces conditions, de se mettre à table et de célébrer?L\u2019expérience chrétienne se vit-elle sur le terrain de l\u2019extraordinaire ou dans le défi de l\u2019ordinaire des jours?La communauté-fusion éphémère est-elle un véritable lieu de rencontre?Et quelle Église se trouve ainsi « socialement instituée »?Les défis qu\u2019elle rencontre ne se trouvent-ils pas esquivés?Bref, de quel salut s\u2019agit-il?m janvier-février 2008 RELATIONS Elle prit le pain.L\u2019exclusion des femmes des ministères ordonnés n\u2019est pas seulement une injustice; elle concerne l\u2019image même de Dieu et celle de l\u2019Église.ALICE GOMBAULT Il est assez paradoxal de réfléchir sur un cas de figure réputé impossible: une présidence féminine de l\u2019eucharistie.C\u2019est la fonction la plus sacrée dans l\u2019Église catholique, la pointe ultime du ministère du prêtre, celle qui est la plus interdite aux femmes en vertu de rôles assignés aux sexes.Mais aborder la question par son sommet permet d\u2019en dégager au mieux les enjeux.Qu\u2019y aurait-il à perdre à une présence des femmes à l\u2019autel?Qu\u2019y aurait-il à gagner?Quels sont les risques?UNE INJUSTICE L\u2019argumentation qui éloigne les femmes de l\u2019ordination, et donc de la présidence de l\u2019eucharistie, a perdu peu à peu sa pertinence devant l\u2019évolution de la condition féminine.La non-ordination des femmes constitue aujourd\u2019hui un «apartheid anthropologique».C\u2019est là que culmine la distorsion entre la pratique de l\u2019Église et les droits humains.Les enjeux d\u2019une présidence de l\u2019eucharistie ne sont pas seulement ecclésiaux mais aussi sociaux.Par sa pratique et la légitimation de celle-ci, l\u2019Église participe au sexisme ambiant.Mais l\u2019exclusion des femmes des ministères ordonnés est plus qu\u2019une injustice.Elle concerne le visage même de Dieu et celui de l\u2019Église.Cette dernière estime que seuls des hommes peuvent représenter le Christ, et seuls des hommes ordonnés (les hommes laïcs sont également exclus de la présidence de l\u2019eucharistie).Le schéma hiérarchique de l\u2019Église est ici redoublé : à la prééminence des hommes sur les femmes s\u2019ajoute celle des clercs sur les laïcs.La doctrine officielle de l\u2019Église catholique continue de faire du prêtre un homme du sacré, un être à part placé au-dessus des autres.L\u2019image de Dieu ainsi révélée est celle d\u2019un Dieu dominateur, trônant au sommet d\u2019une pyramide, alors que - selon les évangiles - son initiative consiste au contraire à abandonner son statut surplombant pour se faire l\u2019un d\u2019entre nous en Jésus-Christ.\"V *- L'auteure, théologienne, est membre de Femmes et Hommes en Église (France) et a coordonné la revue Parvis de 1999 à 2006 celui-ci a choisi de venir habiter notre humanité, ce n\u2019est plus dans la séparation d\u2019avec le commun des mortels que Dieu se révèle, mais dans la proximité.La logique de l\u2019Incarnation entraîne nécessairement la vulnérabilité.Cela transforme le sens du sacré entouré de mystère et de distance.Le Dieu de Jésus-Christ ne se donne plus à voir dans des paroles mystérieuses ou des rituels grandioses, mais sur le visage de nos frères et sœurs.Dans la proximité, toute hiérarchie est abolie : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis» (Jean 15, 15); «N\u2019appelez personne maître, vous n\u2019avez qu\u2019un seul maître » (Matthieu 23, 8).La structure hiérarchique et masculine de l\u2019Église n\u2019est donc pas évangélique.C\u2019est le partenariat entre hommes et femmes qui manifesterait au mieux celui, étonnant, que Dieu est venu nouer avec nous.Voilà une des raisons majeures en faveur de l\u2019accès des femmes, avec leurs frères, à la présidence de l\u2019eucharistie : témoigner au cœur même de la liturgie de ces relations nouvelles et en rendre grâce.Sans partenariat et parité dans la présidence de l\u2019eucharistie, l\u2019Église se disqualifie quand elle prêche l\u2019égale dignité des êtres humains.Plus encore: elle ne témoigne pas d\u2019une communauté de disciples égaux, comme à l\u2019origine.C\u2019est pour ces raisons qu\u2019il serait souhaitable que des femmes président l\u2019eucharistie.Marie Surprenant, Envol en plongée, 1994, huile sur papier, 66 x 51 cm UNE IMAGE DE DIEU ET DE L\u2019ÉGLISE Le Dieu que nous a révélé Jésus est plutôt un Dieu père, un Dieu familier qui ne se tient plus dans les hauteurs, mais au cœur de chaque personne.Ce n\u2019est ni au Temple de Jérusalem, ni sur le mont Garizim que nous pouvons le rencontrer, mais «en esprit et en vérité» (Jean 4).Depuis que QUELS GAINS?Aujourd\u2019hui, plusieurs femmes se trouvent déjà en situation de responsabilité pastorale.Elles remplissent des ministères non ordonnés qui les placent justement en relation de proximité avec des familles, des enfants et différentes personnes.Elles exercent parfois un leadership implicite au RELATIONS janvier-février 2008 H dOSSieR sein de leur communauté.Le Dieu qu\u2019elles représentent alors est souvent un Dieu vulnérable et désarmé de sa toute-puissance, comme nous l\u2019a révélé Jésus.Plus proches du Lavement des pieds que des rites sacrificiels, les femmes peuvent certainement contribuer à faire évoluer les ministères ordonnés vers une mise en valeur du service plutôt que du pouvoir sacré.N\u2019est-ce pas parce que Jean l\u2019évangéliste était déjà inquiet des dérives sacrificielles et sacralisées que prenait l\u2019eucharistie qu\u2019il a remplacé le récit de l\u2019institution par celui du Lavement des pieds?Le déchirement du rideau du Temple, qui séparait le sacré du profane, est le symbole de la fin de ces catégories.Qui, mieux qu\u2019une femme, si souvent taxée d\u2019impureté, pourrait en être le signe?Ayant été éloignées des sacrifices de l\u2019ancienne Alliance, les femmes pourraient valoriser la nouvelle Alliance, inaugurée en Jésus-Christ qui a partagé jusqu\u2019au bout notre humanité.Cette nouvelle Alliance implique le partage avec nos frères et sœurs, avec les plus petits et les plus démunis.C\u2019est le sens de l\u2019eucharistie, qui est «vie avec», convivialité, partage de la nourriture de base.Les relations horizontales étant ainsi favorisées au sein de la communauté, le pouvoir pourrait devenir plus collégial et moins centralisateur.Sans partenariat et parité dans la présidence de l\u2019eucharistie, l\u2019Église se disqualifie quand elle prêche l\u2019égale dignité des êtres humains.QUELS RISQUES?Les valeurs apportées par les femmes tiennent moins à une « nature » spécifique qu\u2019à leur condition historique; elles appartiennent donc aux deux sexes.Mais l\u2019Église s\u2019en prive, car cela fait peur.Si elle acceptait de s\u2019en nourrir, le visage du ministère ordonné en sortirait probablement décléricalisé et désacralisé : il deviendrait sans doute plus modeste.Surtout, l\u2019organisation hiérarchique de l\u2019Église - qui s\u2019appuie sur la première des hiérarchies, celle des sexes - en serait ébranlée.L\u2019institution et ses ministres devraient alors se redéfinir et revoir la théologie qui sous-tend son organisation.Ces craintes font se raidir l\u2019Église officielle qui n\u2019a de cesse, depuis les dernières décennies, de verrouiller la question1.Bien sûr, il ne faut pas se leurrer: les femmes ne sont pas à l\u2019abri de toute volonté de puissance.Si leur présence ne servait qu\u2019à conforter un modèle clérical et hiérarchique, nous ne serions pas plus avancés.L\u2019ordination des femmes trouverait tout son sens dans une Église profondément modifiée - mais, en même temps, elle peut contribuer à cette modification, ne 1.Inter insigniores en 1977, Ordinatio sacerdotalis en 1994 et note de précision par la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1995.serait-ce que par les changements symboliques quelle opérerait dans les mentalités.DES VOIES NOUVELLES Déjà, des groupes et des communautés ne vivent que grâce à des femmes (ou des hommes mariés) qui savent les réunir, prier avec elles, les ouvrir aux autres.Leur rôle devrait comporter la présidence de l\u2019eucharistie qui donne sa plénitude à la tâche dont elles sont chargées.C\u2019est à ces communautés de demander à leur évêque d\u2019ordonner, à leur service, telle personne qui a déjà fait ses preuves.Il pourrait en résulter des ministères temporaires, sans conditions d\u2019état de vie ou de sexe.Rappelons-le : ce n\u2019est pas la ressemblance physique qui permet de représenter le Christ, mais bien l\u2019ordination à cet effet.Il ne s\u2019agirait donc pas d\u2019une sacralisation de la personne, mais de la reconnaissance officielle du service ou de la fonction au sein d\u2019une communauté donnée.C\u2019est ainsi que l\u2019on peut conserver un rôle au sacrement de l\u2019ordre et en même temps renouveler en profondeur les ministères.Des femmes catholiques exaspérées par les arguties qu\u2019on oppose à leur vocation ont décidé d\u2019avancer malgré tout, en se faisant ordonner (ordination non reconnue par Rome).Transgresser, ce n\u2019est pas forcément braver la loi, c\u2019est créer un chemin là où il n\u2019en existe pas encore.Certes, un tel chemin n\u2019est pas sans risque, mais déjà il fait bouger l\u2019imaginaire collectif.Des femmes célèbrent l\u2019eucharistie et le feu du ciel n\u2019est pas tombé sur elles - seules les foudres du Vatican qui n\u2019impressionnent plus guère! Des groupes mettent en place, de manière sereine, des façons alternatives de célébrer l\u2019eucharistie et de dire la foi chrétienne.En France, un chant de Claude Duchesneau est souvent utilisé dans ces célébrations : « L\u2019homme qui prit le pain n\u2019est plus devant nos yeux pour saisir en ses mains le don de Dieu - C\u2019est à nous de prendre sa place aujourd\u2019hui pour que rien de lui ne s\u2019efface.» La présidence en est le plus souvent collective, la parité est respectée, ou bien cette place au sein de l\u2019assemblée liturgique est laissée symboliquement vide.Les voies sont diverses : certaines préfèrent l\u2019occupation des lieux sans bruit, d\u2019autres prônent les étapes (diaconat ou ordination d\u2019hommes mariés), d\u2019autres misent sur des communautés chrétiennes adultes et responsables, d\u2019autres encore risquent la rupture pour tracer un chemin inédit.Elles ont en commun de témoigner de la permanence et de la force des vocations.L\u2019Esprit souffle de façon inattendue.Vite, préparons des outres neuves! \u2022 Marie Surprenant, Le chantier, 2004, médium mixte sur toile, 85 x 241 cm L\u2019auteure, profes-seure au Département des sciences religieuses et à l'Institut de recherches et d\u2019études féministes de l\u2019UQAM, est cofondatrice de L\u2019autre Parole L\u2019autre manière de célébrer MARIE-ANDRÉE ROY Depuis plus de trente ans, la collective de femmes chrétiennes et féministes L\u2019autre Parole a développé une pratique liturgique qui lui a permis d\u2019élaborer et de célébrer de multiples rituels - dont celui du partage du pain et du vin pour faire mémoire de Jésus de Nazareth, Christ ressuscité.La collective, qui s\u2019identifie pleinement à la tradition chrétienne, a fait des choix très tôt dans son histoire : les membres, en tant que personnes autonomes et responsables, n\u2019ont jamais voulu s\u2019inscrire en dépendance vis-à-vis du clergé masculin pour célébrer leur foi et encore moins jeûner, se priver du pain et du vin de vie parce que leur ekklésia était composée exclusivement de femmes1.Elles ont choisi de gérer solidairement et collectivement leur vie spirituelle en créant et en animant elles-mêmes des rituels chrétiens et féministes arrimés à leurs expériences de vie.Ces rituels puisent à trois sources.La première concerne les expériences, aussi bien individuelles que collectives, d\u2019aliénation/libération des femmes aujourd\u2019hui: ces expériences ont, entre autres, trait au difficile accès à l\u2019égalité des sexes (tant dans la vie privée que dans la vie publique), à la reconnaissance de la liberté de choix en matière de santé reproductive et sexuelle, à la violence patriarcale qui continue toujours de sévir, etc.La relecture de ces expériences et leur transposition dans des symboles et des rituels permettent de construire une nouvelle mémoire qui invite les femmes à se faire les bâtisseuses de leur devenir.La deuxième source est la tradition chrétienne elle-même, riche d\u2019une liturgie deux fois millénaire qui a su redire de manière admirable, au fil des jours, des semaines et des saisons toute la trame du mystère chrétien, de la Nativité à la mort/résurrection du Christ et accueillir l\u2019expérience humaine dans toute sa radicalité, de la naissance à la mort.Le corpus liturgique chrétien est à la fois passé au crible de la critique féministe et relu à la lumière de nos expériences de femmes en quête de libération.Il structure une part importante de nos célébrations, permet que nous développions un profond enracinement dans la tradition et que nous inscrivions nos propres paris de foi comme faisant partie intégrante de cette tradition.La troisième source se trouve dans le corpus des autres traditions religieuses, notamment la tradition juive avec laquelle nous avons une forte parenté - ne partageons-nous pas une même histoire sainte, une même quête de salut et moult symboles rassembleurs (le feu, l\u2019eau, le sel, le pain sans levain, etc.)?Elle se retrouve aussi dans le corpus des religions anciennes qui ont fait se déployer des représentations féminines du divin de même que des mythes et des symboles qui reconnaissent la part indispensable du sacré féminin dans le devenir de la création.Cette troisième source vient en quelque sorte éveiller notre imaginaire, provoquer notre créativité et favoriser un certain dégagement du carcan dogmatique patriarcal chrétien.Comment faisons-nous mémoire de Jésus?Lors d\u2019une célébration, nous disons simplement ses paroles ensemble : « Prenez et mangez-en toutes - ceci est mon corps.» Ce pain nous permet aussi de faire mémoire, selon la thématique de la célébration, du corps exploité et violenté de nos sœurs ou encore, du corps aimant et fécond des femmes qui donnent la vie, etc.Puis nous disons : « Prenez et buvez-en toutes - ceci est mon sang.» Ce sang, c\u2019est aussi le sang des femmes, sang porteur de vie et promesse d\u2019une nouvelle Alliance entre les femmes et les hommes.Les paroles prononcées par Y ekklésia reprennent les paroles de Jésus et s\u2019inscrivent clairement dans son intention : faire mémoire.La formule énoncée n\u2019est pas complètement celle de la prière eucharistique officielle.Ce qui permet à certains de dire qu\u2019il ne s\u2019agit pas de «vraies» eucharisties! Soyons claires : l\u2019orthodoxie ce n\u2019est pas notre affaire et nous voulons encore moins en créer une nouvelle.Notre seul désir, c\u2019est de faire communauté en mémoire de lui.L\u2019autre Parole ne fait pas cavalière seule.Les eucharisties domestiques, si elles demeurent relativement discrètes, sont aujourd\u2019hui plus nombreuses que jamais, de moins en moins marginales et pratiquées par des communautés de femmes et d\u2019hommes qui ne se revendiquent pas nécessairement de dissidence.En ces temps d'intransigeance romaine marqués par le sexisme et le cléricalisme, elles sont devenues l\u2019autre manière - débrouillarde et créatrice - de dire notre foi, notre espérance et notre amour.1.Le concept d'ekklésia des femmes, forgé par la théologienne Elisabeth Schüssler Fiorenza, réfère à une communauté de foi où les femmes confrontent les structures patriarcales de l\u2019Église en développant, à la suite de Jésus, des discours et des pratiques de libération.janvier-février 2008 RELATIONS RELATIONS janvier-février 2008 dOSSieR Une identité ouverte Comment réfléchir au rapport entre l\u2019eucharistie et l\u2019identité dans le double contexte du Congrès eucharistique international de Québec et de la Commission Bouchard-Taylor?Les auteurs sont professeurs à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l\u2019Université Laval RAYMOND LEMIEUX ET JACQUES RACINE X A première vue, l\u2019organisation du Congrès eucharistique de Québec semble marquer l\u2019insistance sur la visibilité institutionnelle de l\u2019Église catholique dans l\u2019espace public.Elle réaffirme de façon plus ou moins voilée l\u2019importance du pouvoir clérical, mettant l\u2019accent sur la présence attendue de nombreux cardinaux bien plus que sur celle de croyants provenant d\u2019Églises, de pays et de cultures diversifiés.Si on se rappelle les congrès de Montréal, en 1910, et de Québec, en 1938, on sait qu\u2019ils ont été des moments forts d\u2019affirmation identitaire du Canada français.L\u2019événement de 2008 sera-t-il lui aussi une manifestation de ce type?Ne risque-t-il pas alors de devenir le symptôme d'une nostalgie identitaire qui conduirait l\u2019Église à un repli sur elle-même face aux enjeux actuels du Québec?Cette question prend encore plus de vraisemblance quand on considère l\u2019attitude récente des responsables du diocèse de Québec dans le débat sur l\u2019implantation du Programme d\u2019éthique et de culture religieuse - de même que leur alliance avec des groupes tels l\u2019Association des parents catholiques.Célébrée dans ce cadre, l\u2019eucharistie ne risque-t-elle pas de devenir exclusivement un lieu de rappel d\u2019un passé idéalisé, certes celui de Jésus de Nazareth, mais surtout celui d\u2019une Église incapable de se départir de ses anciens vêtements d\u2019apparat?La Commission Bouchard-Taylor, quant à elle, a donné lieu à un débat de société lui aussi axé sur un rapport problématique à la mémoire.D\u2019une part, le souci de l\u2019inclusion incite certains à réduire la place de cette dernière pour construire le «nous» identitaire autour d\u2019une conception exclusivement civique de l\u2019identité, fondée sur un certain nombre de principes plutôt abstraits.D\u2019autre part, l\u2019attention à une vision plus «culturelle» de l\u2019identité met aussi l\u2019accent sur le rappel des racines historiques particulières ou le maintien de «valeurs fondamentales» supposées définir les Québécois - en laissant parfois entendre que les nouveaux arrivants feraient moins partie du « nous ».L\u2019objet de notre propos est de suggérer qu\u2019une réflexion sur le mémorial eucharistique, à partir des textes mêmes de l\u2019Écriture, appelle à un certain réalignement des deux projets.Ne devraient-ils pas participer, l\u2019un et l\u2019autre, à la construction d\u2019un devenir humain à portée universelle?J ' ¦ » É ^H§k ¦ L\u2019ENJEU DU MÉMORIAL EUCHARISTIQUE Le mémorial eucharistique met la mémoire au service d\u2019une dynamique orientée vers un agir dans le présent: «Faites ceci en mémoire de moi.» L\u2019analyse de cette invitation à l\u2019acte - «faites» - permet de voir qu\u2019elle ouvre un espace à la liberté et à la créativité.Le Christ ne dit pas « faites comme moi », mais « faites ceci en mémoire de moi ».Nous ne sommes pas dans l\u2019ordre du mimétisme, mais dans celui de la fidélité créatrice.En même temps que ce faire appelle à suivre le Christ dans des pratiques inspirées de la sienne, l\u2019analyse du récit de la dernière Cène indique bien qu\u2019il ouvre un espace qui reste à définir, un avenir à construire.Le moment de la célébration eucharistique que l\u2019on appelle communément la «consécration» comporte quatre verbes actifs qui renvoient aux gestes de Jésus: «il prit le pain, le bénit, le rompit et le donna ».Ce qui est alors pris et béni n\u2019est pas n\u2019importe quoi.C\u2019est très précisément du pain et du vin, c\u2019est-à-dire des denrées.Ce qui est assumé, à travers le pain et le vin, est le produit même du travail humain - autrement dit la culture comme ensemble complexe d\u2019objets, de valeurs, de relations, d\u2019images, de modèles comportementaux, bref des him destinés à assurer la survie des humains dans leur vivre-ensemble.Le pain et le vin, ainsi que tout produit du travail des humains, méritent d\u2019être bénis dans la mesure où ils contribuent à la con- struction de la solidarité.Ils nous rappellent que le travail est bâtisseur du monde avant d\u2019être ressource investie et valeur marchande.Ils engagent chaque être humain dans son histoire propre, sa relation aux autres et l\u2019édification toujours inachevée du Royaume inauguré par le Christ.Le pain, dans le mémorial eucharistique, n\u2019est pas fait pour être accumulé mais pour être rompu en vue du partage.L\u2019eucharistie est invitation à la solidarité, au rassemblement de la communauté humaine, à partir de la diversité même des personnes.Les paroles prononcées ne sauraient être plus explicites: «ceci est mon corps donné pour vous» (Luc 22,19); «prenez » [la coupe] et partagez entre vous (Luc 22,17).En ce sens, l\u2019eucharistie est antinomique par rapport à l\u2019économie capitaliste.Elle pose le produit du travail humain non comme un signe de pouvoir ou l\u2019indicateur d\u2019un ordre social, mais annonce et appelle plutôt la rupture même de cet ordre économico-social, sa mise en question radicale, à travers le partage du pain et du vin.Signes du don total que Jésus a fait de sa vie, ce repas nous introduit dans une dynamique qui s\u2019oppose à une logique d\u2019accumulation, d\u2019accaparement et d\u2019exclusion.Le « sang versé » ouvre le chemin à une dimension mystique de démesure et de gratuité qui déborde l\u2019aménagement rationnel du vivre-ensemble par l\u2019économique, le juridique ou le politique.Il invite à des gestes aussi improbables que la joie de servir, le pardon des ennemis et la compassion universelle.Dans un mémoire personnel à la Commission Bouchard-Taylor, l\u2019archevêque de Rimouski, Monseigneur Bertrand Blanchet, rappelait que ni les lois, ni les directives ne pouvaient régler les problèmes d\u2019identité et d\u2019accueil de la diversité s\u2019il n\u2019y avait la confiance réciproque, «l\u2019amour qu\u2019aucun État ne peut commander».Pour sa part, la Conférence religieuse canadienne (CRC), lors de son Assemblée générale de 2004, appelait déjà à une véritable spiritualité de la réconciliation pour vaincre les peurs, les incompréhensions, les haines, les hostilités, les exclusions dont ses membres sont témoins, dans leurs contacts avec des pauvres, des immigrants, des amérindiens, des homosexuels.En 2006 et 2007, à la suite de leur Message à nos évêques, la CRC a fait face à une incompréhension qui, dans certains cas, tournait au mépris.Dans l\u2019impossibilité vécue d\u2019écoute et d\u2019accueil de la dif- férence par des frères évêques auxquels ils s\u2019adressaient, bref face à un débat avorté1, c\u2019est encore à cette spiritualité de la réconciliation que chacun est convoqué.En outre, le « sang versé » révèle un Dieu victime de tous ceux qui désirent l\u2019utiliser à leurs fins, l\u2019associer à leurs œuvres, le limiter à leur cercle, à leur nation et à leur Église.Le «sang versé» est source de vie pour celui qui a faim, qui a soif, qui est nu, pour l\u2019étranger et le prisonnier, disent les Béatitudes.Il abreuve tous ceux et celles qui, dans leur vulnérabilité et leur désir, accueillent ce don et répondent à la convocation à «faire ceci».C\u2019est cet appel que chaque génération et chaque culture interprètent, pour participer à l\u2019ébauche sans cesse renouvelée d\u2019un Royaume de liberté, de justice, de vérité, de solidarité et de paix, selon les mots-clés de l\u2019encyclique Pacem in terris.L\u2019AVENIR À CONSTRUIRE L\u2019avenir à construire auquel convoque le mémorial eucharistique célébré localement, dans une culture donnée, est celui de la communauté humaine à faire, d\u2019une société sans cesse en voie d\u2019humanisation, à partir de sujets eux-mêmes en devenir.Cette convocation à l\u2019acte ouvre à un projet jamais terminé, pour lequel l\u2019accueil de la différence et des multiples fragilités humaines est la condition d\u2019un authentique vivre-ensemble.Ce défi du devenir humain est d\u2019une portée universelle.C\u2019est le projet de toute société qui se veut civilisée.Il prend une couleur particulière dans chaque culture où il s\u2019incarne, mais sa visée échappe à toute frontière.Dans une telle perspective, l\u2019identité se situe d\u2019abord du côté du projet et de la reconnaissance de l\u2019autre dans sa singularité.D\u2019une façon peut-être inattendue, dans le cadre des réflexions de la Commission Bouchard-Taylor, le mémorial eucharistique fournirait-il une clef d\u2019interprétation permettant aux chrétiens d\u2019ouvrir l\u2019affirmation identitaire à l\u2019universel?Et ce, sans rien renier des différents apports du passé, mais en mettant l\u2019accent sur le projet de construire ensemble la demeure humaine dans un Québec ouvert à toutes et à tous?Une telle compréhension du mémorial, espérons-le, guidera celles et ceux qui sont responsables de l\u2019organisation du Congrès eucharistique de Québec, de telle sorte que celui-ci puisse être perçu comme un appel à tous les gens de bonne volonté et de toutes les cultures, pour œuvrer ensemble à l\u2019humanisation du monde, dans le respect des différences, de la diversité des cultures et des croyances.\u2022 1.Alain Ambeault, Autopsie d\u2019un débat avorté, Novalis, 2007.L\u2019eucharistie est invitation à la solidarité, au rassemblement de la communauté humaine, à partir de la diversité même des personnes.Marie Surprenant, L\u2019effroi, 1996, huile sur papier, 66 x 102 cm I janvier-février 2008 RELATIONS RELATIONS janvier-février 2008 dOSSieR L\u2019auteure est profes-seure de théologie pratique à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg Controverses oecuméniques ÉLISABETH PARMENTIER Entre l\u2019Église catholique et les Églises de la Réforme se dessinent à la fois un «ample consensus» au sujet de l\u2019eucharistie, des différences légitimes et des divergences encore séparatrices.La difficulté est que bien souvent, ces aspects se retrouvent imbriqués les uns dans les autres et que les Églises n\u2019accordent pas le même poids à tel ou tel élément.À des avancées certaines (comme la signature de la Déclaration commune concernant la justification entre l\u2019Église catholique et les Églises luthériennes en 1999) succèdent des pas en arrière (comme l\u2019encyclique Ecclesia de eucharistia).Dans les années 1980, des documents importants ont permis de clarifier les controverses anciennes1.Deux malentendus ont été levés : l\u2019Église catholique a reconnu que la Cène protestante ne se limite nullement à un repas convivial ou commémoratif, mais qu\u2019elle est bien un signe et un don de la présence de Dieu.Les Églises de la Réforme ont vu dans les précisions du concile de Trente et de Vatican II que le sacrifice du Christ n\u2019est ni réitéré, ni remplacé, ni complété dans la messe, mais qu\u2019il est pleinement suffisant et accompli une fois pour toutes.Au XVIe siècle, la controverse sur la manière dont le Christ est présent dans l\u2019eucharistie ne sépara pas seulement les réformateurs et l\u2019Église catholique, mais aussi différents courants de la Réforme.Entre ces Églises de la Réforme, un consensus fondamental a permis, en 1973, la réconciliation des positions - sans pour autant en exiger l\u2019unanimité.Au lieu de se concentrer sur la présence du Christ en lien avec les espèces, on valorisa la présence personnelle et «véritable »2.De même, l\u2019ancien conflit avec l\u2019Église catholique - les espèces sont-elles transformées dans leur essence même (transsubstantiation) ou leur réalité naturelle demeure-t-elle mais se trouve au service de la parole de promesse sacramentelle (consubstantiation) - perdrait de son mordant si on se concentrait sur les deux soucis majeurs : contre une chosification et limitation de la présence du Christ dans la matérialité, et contre une conception seulement psychointellectuelle de cette venue.Ces extrêmes s\u2019expriment d\u2019ailleurs dans une piété liée aux espèces (adoration du tabernacle) ou, inversement, dans une banalisation irrespectueuse des espèces.Et les Églises de la Réforme sont soucieuses de préciser que si, dans ce cadre, l\u2019on prie pour les défunts, ce n\u2019est pas pour leur salut, mais parce que l\u2019Église terrestre y redit son lien vivant avec l\u2019Église céleste.Ces difficultés sont liées à «l\u2019actualisation» de ce sacrifice déjà accompli en plénitude.Que fait le ministre?Que fait l\u2019Église?Qu\u2019offrent les croyants?Le langage liturgique catholique affirme que l\u2019Église « offre » le Christ au Seigneur (et s\u2019offre ainsi avec lui), alors que le langage des Églises de la Réforme «reçoit» le Christ en don et y répond par la re- pentance et la louange.Si l\u2019action eucharistique catholique est tournée vers Dieu, elle va, dans les Églises de la Réforme, de Dieu vers les fidèles.Les deux accents ne s\u2019excluent pas: l\u2019Église est seconde, servante de l\u2019action, elle ne fait que répondre au don de Dieu, dans l\u2019Esprit, par le sacrifice de la louange et de la foi des croyants.Au sein de ce double accent s\u2019exprime une différence fondamentale dont il convient d\u2019examiner si elle a vraiment un caractère séparateur: comment définir le «pouvoir sacré» du ministre catholique et ce que serait vraiment le defectus or-dinis du pasteur protestant.Est-ce seulement un manque de plénitude de la communion entre les Églises, qui n\u2019entrave pourtant pas la pleine présence du Christ?Alors la Cène protestante serait illicite mais pas invalide.Ou ceci empêche-t-il le don plénier du Christ?Dans ce cas, la Cène ne serait considérée que comme un simulacre! Deux autres divergences majeures demeurent séparatrices pour l\u2019heure.Les Églises issues de la Réforme ne sont pas considérées comme «Églises», ni par l\u2019Église catholique (puisqu\u2019elles ne sont plus en communion avec l\u2019évêque de Rome), ni par les Églises orthodoxes (qui ne les considèrent pas dans la succession épiscopale historique).À cause de cela, ni l\u2019ordination de leurs pasteurs, ni la Cène n\u2019est reconnue.Pour la théologie catholique et orthodoxe, l\u2019eucharistie commune ne peut être comprise que comme l\u2019aboutissement du chemin de l\u2019unité.En revanche, les Églises de la Réforme considèrent possibles des étapes intermédiaires, des signes qui, tout en n\u2019exprimant pas encore la pleine unité, l\u2019annoncent.Elles encouragent de ce fait une hospitalité eucharistique réciproque pour les groupes qui vivent déjà une spiritualité œcuménique et pour les couples mixtes3.Ici on espère notamment que l\u2019unité puisse être le fruit du partage eucharistique.Le but des dialogues poursuivis sur ces questions est de définir un consensus qui ne signifie pas identité de vues mais possibilité de reconnaître dans l\u2019autre Église, malgré une logique et des formulations spécifiques, la vraie foi eucharistique.1.\tLe plus célèbre, et concernant toutes les Églises chrétiennes, est issu du Conseil œcuménique des Églises : Foi et Constitution, Baptême, eucharistie, ministère, Convergence de la foi (Document de Lima), Presses de Taizé, 1982.Le plus récent est le travail en Allemagne sur les condamnations doctrinales (pas seulement sur la justification mais aussi sur les sacrements) : Les anathèmes du XVIe siècle sont-ils encore actuels?Propositions soumises aux Églises, Karl Lehmann, Wolfhart Pannenberg, Cerf, 1989.2.\tL\u2019Accord s\u2019appelle la Concorde de Leuenberg entre Églises issues de la Réforme en Europe (1973), version trilingue aux éditions Lembeck, Francfort, 1993.3.\tCf.le plaidoyer qui est aussi un excellent état de la question oecuménique, dans un ouvrage de trois instituts : Centre d\u2019études oecuméniques (Strasbourg), Institut de recherches œcuméniques (Tübingen), Institut de recherches confessionnelles (Bensheim), Le partage eucharistique entre les Églises est possible.Thèses sur l\u2019hospitalité eucharistique, Fribourg, Academie Press, 2005.m janvier-février 2008 RELATIONS Les exclus de la table S\u2019il est normal que le corps ecclésial - comme tout corps social -pose ses frontières, l\u2019on peut toutefois se demander où celles-ci doivent passer et qui en décide.des frontières; sans frontières, pas d\u2019identité propre.Toutefois, même si l\u2019on accepte le fait que l\u2019identité du corps est largement sexuelle, il semble que l\u2019Église pousse l\u2019analogie trop loin en accordant aux questions d\u2019éthique sexuelle une importance aussi décisive dans l\u2019accès à l\u2019eucharistie.l\u2019on admettait ces personnes à l\u2019eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l\u2019Église concernant l\u2019indissolubilité du mariage.» Or, rien n\u2019indique que la politique actuelle aide les fidèles à comprendre l\u2019indissolubilité du mariage.Et ils comprennent encore moins bien, à cause de telles positions ecclésiales, la doctrine de la miséricorde de Dieu -pourtant beaucoup plus essentielle! Ainsi, une étude récente1 indique que les jeunes Américains considèrent l\u2019Église comme «portée à condamner, hypocrite, anti- 1.D.Kinnaman et G.Lyons, Unchristian : What a New Generation Thinks About Christianity.and Why It Matters, Baker Book House, 2007.Marie Surprenant, Un doute profond et bref (détail), 1995, huile sur papier, 51 x 66 cm UN PROBLÈME DE SEXE! Rappelons ce passage d\u2019une lettre de Jean-Paul II intitulée Familiaris consortio (1981), toujours repris depuis: «L\u2019Église [.] réaffirme sa discipline, fondée sur l\u2019Écriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés.Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d\u2019y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d\u2019amour entre le Christ et l\u2019Église, telle qu\u2019elle s\u2019exprime et est rendue présente dans l\u2019eucharistie.[.] si L'auteur est professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal JEAN-GUY NADEAU Faut-il encore écrire sur cette question?Sans doute, si l\u2019on veut que quelque chose change.Mais la situation semble bloquée par la conjonction de différentes doctrines tenues pour immuables: doctrine du mariage, doctrine de la sexualité, doctrine du péché, doctrine de l\u2019accès à la communion par rapport au péché, doctrine spon-sale (ou conjugale) de l\u2019eucharistie, compréhension des commandements divins, etc.Et tout cela avec une attitude dogmatique et ontologique à l\u2019opposé d\u2019une attitude herméneutique.Or, l\u2019attitude est ici fondamentale.L\u2019approche dogmatique choque notre sensibilité dans son rapport à la loi comme commandement divin immuable, à une époque où nous connaissons le poids de l\u2019histoire humaine dans l\u2019élaboration des lois et des textes - fussent-ils divins.Changer cette approche, c\u2019est changer le reste, tout au moins l\u2019ouvrir au changement.PAS DE CORPS SANS FRONTIÈRES L\u2019Église est sacrement, visibilité bien imparfaite de Dieu pour le monde.Cette sacramentalité de l\u2019Église repose sur le fait qu\u2019elle est corps, corps du Christ, corps social.Or, tout corps a besoin de frontières pour exister.De la même manière que le corps s\u2019identifie dans une dynamique d\u2019ouverture et de fermeture, les collectivités s\u2019identifient dans un processus d\u2019inclusion et d\u2019exclusion.Exclure est ici une nécessité : pas de frontières, pas de corps, pas d\u2019individu.Certes, le corps humain est ouvert à travers l\u2019air que l\u2019on respire comme à travers les échanges avec l\u2019environnement qui traversent la peau.Néanmoins, la peau détermine la distinction matérielle de l\u2019identité.«Le moi peau» (Didier Anzieu) me distingue et me relie.Il est donc normal qu\u2019un corps se protège, qu\u2019il mette des frontières.D\u2019ailleurs, si l\u2019agression sexuelle a un tel impact, c\u2019est justement parce qu\u2019elle viole les frontières du corps et, ce faisant, de l\u2019identité.Une telle problématique ne peut que marquer celle du corps ecclésial.Il est normal que le corps ecclésial mette RELATIONS janvier-février 2008 m dOSSieR homosexuelle et bigote, plutôt que comme une institution fondée sur l\u2019amour et la miséricorde».Mais poursuivons notre lecture de Familiaris consortio: «La réconciliation par le sacrement de pénitence - qui ouvrirait la voie au sacrement de l\u2019eucharistie - ne peut être accordée qu\u2019à ceux qui se sont repentis d\u2019avoir violé le signe de l\u2019Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l\u2019indissolubilité du mariage.Cela implique concrètement que, lorsque l\u2019homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs - par exemple l\u2019éducation des enfants -, remplir l\u2019obligation de la séparation, ils prennent l\u2019engagement de vivre en complète continence, c\u2019est-à-dire en s\u2019abstenant des actes réservés aux époux» (n° 84; repris dans le Catéchisme de l\u2019Église catholique, 1992, n° 1650 et dans Sacramentum caritatis, 2007, n° 29)2.Mais l\u2019exclusion est encore plus large.Le Code du droit canon (1983) précise que «les excommuniés et les interdits [.] et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion» (canon 915).C\u2019est donc le péché grave qui exclut de la communion eucharistique.Si les personnes homosexuelles ne peuvent s\u2019approcher de la table eucharistique, ce n\u2019est donc pas en principe à cause de leur orientation, mais bien à cause de leur pratique sexuelle.Un homosexuel continent, une personne remariée continente, un célibataire continent peuvent tous communier.La loi est la même pour les uns et les autres.Ici, pas de discrimination entre homosexuels et hétérosexuels : ce sont ceux et celles qui se rendent coupables de péché sexuel, sans repentance et désir de ne plus recommencer, qui sont exclus de la table eucharistique.Le problème des homosexuels et des divorcés remariés, si l\u2019on peut dire, c\u2019est que leur péché est « manifeste», stigmatisé par le discours ecclésiastique - sans compter qu\u2019ils réclament le droit d\u2019exister au grand jour! Autre remarque: les documents romains disent que ces croyants ne sont pas exclus du corps, mais seulement de la communion - la communion dont tous pourtant se disent indignes avant de s\u2019y présenter.Il y aurait donc indignes et.vraiment indignes! Les indignes en général, qui sont en quelque sorte absous par le fait même de leur demande confiante faite au moment de s\u2019avancer pour la communion: « .mais dis seulement une parole et je serai guéri».Et les indignes sexuels, pour qui cette parole n\u2019est pas valable! Comme si la pureté ou la conformité sexuelle était le facteur le plus important du rapport à Dieu.2.La déclaration de nullité du mariage (il vaudrait mieux parler d\u2019invalidité) constitue alors la seule porte de sortie - elle aussi mal comprise! Déclarer un mariage invalide au plan ecclésial, c\u2019est dire que sa « rupture » n\u2019empêche pas la communion eucharistique.On le voit, il n\u2019y a pas ici de réponse simple, mais un lieu de discernement pour ceux et celles qui veulent encore s\u2019approcher de la table eucharistique.POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES CAVANAUGH, William, Eucharistie et mondialisation - La liturgie comme acte politique, Genève, Ad Solem, 2001.Centre d\u2019études œcuméniques (Strasbourg), Institut de recherches œcuméniques (Tübingen), Institut de recherches confessionnelles (Bensheim), Le partage eucharistique entre les Églises est possible.Thèses sur l'hospitalité eucharistique, Fribourg, Academie Press, 2005.CONVERT, Georges, Le repas aujourd'hui.en mémoire de Lui, Montréal, Fides/Médiaspaul, 2003.GAGNÉ, Rita, L\u2019Eucharistie - Nourrir le Corps que nous formons, Montréal, Médiaspaul, 2005.GRÜN, Anselm, L'Eucharistie: transformation et communion, Montréal, Médiaspaul, 2002.JACOB, Pauline, Appelées aux ministères ordonnés, Ottawa, Novalis, 2007.SUNG, Jung Mo, Desire, Market and Religion, Londres, SCM, 2007.WRESINSKI, Joseph, Telle est l\u2019eucharistie, Paris, Cerf, 2005.REVUES L\u2019autre Parole, « Eucharistie et sacerdoce», n°m, automne 2006.GOMBAULT, Alice, « L\u2019Eucharistie sur les parvis», Parvis, n°2j, septembre 2005.LEBŒUF, Fabien, «Un pain rompu et partagé», Relations, n°689, décembre 2003.Vivre et célébrer (revue de l\u2019Office national de liturgie), «L\u2019eucharistie: une célébration », n° 192, hiver 2007.SITES : Groupe d\u2019appui à une table eucharistique ouverte et accueillante : site officiel du Congrès eucharistique international de Québec : Réseau culture et foi janvier-février 2008 RELATIONS Comme si briser l\u2019image des noces entre Dieu et l\u2019Église était la pire des choses qu\u2019on puisse faire dans cette Église.Comme si, enfin, les époux étaient les seuls porteurs de cette image.Il y a ici un bon examen de conscience à faire de la part des autorités ecclésiales.OÙ TRACER LA FRONTIÈRE?Il est notable que plusieurs de ceux que Jésus fréquentait se sentiraient aujourd\u2019hui rejetés par l\u2019Église qui, soi-disant, prêche au nom de sa miséricorde.Car si le droit à l\u2019échec -et à la repentance - est reconnu pour les personnes divorcées, le droit à la reprise ne l\u2019est pas.Pardonnez l\u2019ironie mais, comme l\u2019a montré la gestion des abus sexuels par les membres du clergé (voire de leur vie sexuelle en général), à ce compte il vaut mieux être prêtre! On aurait alors plusieurs chances de se reprendre, quoi qu\u2019il en soit du Droit canon.Double standard ecclésial quant aux fautes contre la chasteté! Malgré leurs idées progressistes, et justement aussi à cause d\u2019elles, il y a probablement des gens que des catholiques de gauche refuseraient à leur table et à la table eucharistique.On peut donc comprendre que les autorités ecclésiastiques en fassent autant.Mais l\u2019eucharistie n\u2019est-elle pas pour tous les pécheurs?Le problème réside donc dans l\u2019identification des exclus autant que dans le principe même de l\u2019exclusion : divorcés remariés, homosexuels ou célibataires sexuellement actifs, et ceux qui collaborent à des avortements (canon 1398)?Ou bien despotes, tortionnaires, criminels économiques, dirigeants et profiteurs d\u2019exploitation de mines en Afrique centrale, artisans ou complices d\u2019injustices?Malheureusement, ce sont ceux de la droite qui décident de cela dans l\u2019Église catholique.Peut-être alors faut-il en prendre acte et s\u2019exclure soi-même, comme plusieurs l\u2019ont fait?Ou encore prendre sur soi de juger : « Pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal?» (Luc 12, 57).Possibilité piégée toutefois, dont usent malheureusement nombre des criminels cités plus haut.On le voit, il n\u2019y a pas ici de réponse simple, mais un lieu de discernement pour ceux et celles qui veulent encore s\u2019approcher de la table eucharistique et y nourrir la vie et l\u2019espérance.\u2022 soirée ReLatioNS Dans la foulée du dossier « Eucharistie et société », nous proposons une table ronde sur le thème : L\u2019eucharistie au cœur du monde Alors que les préparatifs du Congrès eucharistique international de Québec vont bon train, il est important de jeter un regard renouvelé sur ce sacrement qui nous enracine dans l\u2019histoire et les enjeux actuels de la société.La parole de Jésus au cœur de la prière eucharistique, « Vous ferez cela en mémoire de moi », À Montréal Le lundi 28 janvier 2008, de 19 h à 21 h 30 Au Centre Paulines, 2661, rue Masson (coin 2e Avenue) (Métro Laurier, autobus 47 Masson Est).Avec : Guy Côté, théologien engagé parmi les exclus; Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de Relations; Carolyn Sharp, professeure à la Faculté de théologie de l\u2019Université Saint-Paul.nous convie à réfléchir sur trois points en particulier ; un mémorial qui pousse radicalement les chrétiens et les chrétiennes à l\u2019engagement pour la justice; un sacrement qui nous lie au devenir du monde; une action de grâce qui nous dévoile d\u2019une manière bouleversante le visage de Dieu.À Québec Le lundi n février 2008, de 19 h à 21 h 30 Centre de spiritualité Manrèse 2370, rue Nicolas-Pinel (derrière la pyramide).Avec : Anne Fortin, Robert Mager et Jacques Racine, tous trois professeurs à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l\u2019Université Laval.Pour plus de renseignements, consulter : ou communiquer avec Mouloud Idir : 514-387-2541 / midircjf.qc.ca RELATIONS janvier-février 2008 ^jj aiLLeuRS Bilan de santé au Pérou L\u2019accès aux services de santé pour la grande majorité de la population, notamment les femmes, est encore très déficient malgré une nouvelle assurance publique.STÉPHANIE ROUSSEAU L'auteure, professeure au Département de sociologie de l\u2019Université Laval, a fait plusieurs séjours de recherche au Pérou Depuis la fin des années 1990, en partie en réponse aux revendications du mouvement mondial pour la santé des femmes, les pays d\u2019Amérique latine ont entamé une réforme de leurs systèmes de santé visant à accroître l\u2019accès aux soins de santé primaires.Parmi les priorités de ces réformes, on dénote une attention particulière accordée à la santé reproductive en raison de son importance cruciale pour réduire les taux de mortalité maternelle et infantile.Ceux-ci sont deux indicateurs essentiels pour mesurer l\u2019efficacité des systèmes de santé.Les deux sont d\u2019ailleurs largement interdépendants, puisqu\u2019on sait par exemple que l\u2019état de santé de la mère pendant la grossesse a une incidence majeure sur la santé du nouveau-né et sur ses chances de survie.Au Pérou, comme le rappelait un rapport d\u2019enquête d\u2019Amnistie interna- LOMBIE ÉQUATEUR BRÉSIL Lac Titicaca ARGENTINE OCÉAN PACIFIQUE PÉROU Lima BOLIVIE CH tionale paru en juillet 2006, une femme meurt en couche ou des suites d\u2019un accouchement toutes les huit heures.Au «palmarès» du taux de mortalité maternelle dans le continent américain, le pays se classe au 4e rang après Haïti, le Guatemala et la Bolivie, les trois pays les plus pauvres d\u2019Amérique latine.En 2000,20 % des décès chez les femmes péruviennes étaient attribuables à des causes directement liées à la grossesse, à l\u2019accouchement ou aux complications post-partum.Malgré les efforts consentis depuis quelques années pour rehausser l\u2019accessibilité aux soins de santé primaires, incluant la santé reproductive, 25 % de la population est toujours en marge du système de santé selon les chiffres officiels du ministère de la Santé du Pérou.Cette proportion varie considérablement en fonction de la région, de l\u2019appartenance ethnique, du niveau de revenu et d\u2019éducation.À titre indicatif, en zones rurales, seulement 29% des accouchements étaient assistés par des professionnels de la santé en 2003, alors que ce taux grimpait à 85 % en zones urbaines.Le ministère reconnaît que bien que les taux de mortalité maternelle et infantile à l\u2019échelle nationale aient diminué durant les dernières années, ceux-ci ont augmenté dans les secteurs de la population les plus démunis.Ainsi, pour faire face à ces taux de mortalité maternelle et infantile alarmants, le gouvernement péruvien a-t-il adopté graduellement, à partir de 1998, diverses mesures visant à instaurer une assurance santé entièrement assumée par les fonds publics.Depuis 2003, le régime actuel dénommé Assurance santé intégrale (Seguro Inte- gral de Salud) prévoit une liste précise des types de soins couverts par l\u2019État en fonction des priorités en santé publique.La planification familiale, les soins en périnatalité et les soins aux enfants en bas âge font partie de ces priorités.Cette politique de santé, qui vise à élargir plus que jamais l\u2019accessibilité aux soins, s\u2019adresse à une partie de la population en fonction de critères sélectifs.Le fait de résider dans une zone où il est reconnu que plus de 65 % de la population vit en situation de pauvreté ou d\u2019extrême pauvreté donne un accès universel à cette assurance santé.Ailleurs au pays, l\u2019État détermine le montant à payer pour chaque soin en fonction de la capacité de payer de chacun, l\u2019assurance publique ne couvrant qu\u2019une partie des coûts.LES ÉCUEILS DE LA POLITIQUE DE SANTÉ L\u2019État péruvien doit faire face aux besoins d\u2019une population dont une très forte proportion (environ 50 %) est exclue du marché formel de l\u2019emploi et qui, en conséquence, ne paie pas d\u2019impôts.L\u2019élite économique du pays est quant à elle habituée de recevoir des soins de santé complètement privés et les classes moyenne et ouvrière syndiquée sont peu nombreuses et relativement bien servies par un système de santé distinct de celui qui dessert la majorité.En effet, au Pérou, comme partout ailleurs en Amérique latine, sauf rares exceptions, l\u2019État a historiquement segmenté son système de santé en différents sous-systèmes en fonction du niveau de revenu, du type d\u2019emploi occupé et de son lien ou non avec un syndicat reconnu, et du lieu de résidence.Ainsi, environ 2 % de la population bénéficiant d\u2019une assurance médicale privée a accès aux meilleurs hôpitaux et cliniques - privés.Environ 20% de la population, essentiellement urbaine, est couverte par une assu- janvier-février 2008 RELATIONS aiLLeuRS Jean-Pierre Legault t%Sk J\u2014il J* * » rance médicale en vertu de son affiliation syndicale principalement dans la fonction publique et quelques grandes entreprises.Celle-ci donne droit à recevoir des soins dans des établissements désignés, faisant partie d\u2019un système quasi public auparavant géré par le ministère du Travail et maintenant en partie privatisé.Mais le reste de la population, l\u2019immense majorité, dépend des différentes politiques mises en place dans un véritable système public de santé de deuxième classe tant en termes de qualité que d\u2019accessibilité - les hôpitaux et les cliniques spécialisées étant, de plus, beaucoup moins nombreux à l\u2019extérieur de grandes zones urbaines.En plus des conséquences négatives de cette forte segmentation et du manque de fonds publics toujours important - le Pérou investit beaucoup moins per capita dans la santé que la Bolivie, qui a pourtant un PNB par habitant bien inférieur -, l\u2019introduction de l\u2019Assurance santé intégrale crée certaines pratiques de discrimination dans l\u2019accès aux soins de santé.Le fait d\u2019être un bénéficiaire de l\u2019Assurance, Ipar exemple, influence la qualité des soins reçus car les centres médicaux sont alors confrontés à une tarification fixée beaucoup moindre que les tarifs I imposés à ceux qui n\u2019en sont pas bénéficiaires.De plus, les délais, souvent indus, de remboursement des frais en- courus pour des services donnés aux bénéficiaires entraînent de graves problèmes de gestion pour les établissements de santé, qui à leur tour se répercutent indirectement sur les bénéficiaires.Un autre problème auquel le Pérou a commencé à s\u2019attaquer récemment est celui de l\u2019adaptabilité culturelle des soins de santé auprès des populations autochtones.Cet aspect est particulièrement crucial en ce qui a trait à la santé reproductive.De nombreuses dimensions des pratiques médicales vont à l\u2019encontre des valeurs et des normes autochtones.Par exemple, la simple idée de devoir se dénuder pour un examen médical peut être un obstacle insurmontable pour de nombreuses femmes autochtones.Dans ce domaine, le Pérou, comme d\u2019autres pays voisins, est encore loin d\u2019être en mesure d\u2019assurer l\u2019accessibilité aux soins de santé, indépendamment des ressources consenties.Par contre, la Bolivie, où l\u2019identité autochtone a acquis une place centrale dans le processus politique, est comparativement plus avancée sur cette question.UN MOUVEMENT CITOYEN Depuis 2002, le Pérou compte un espace où la réflexion, la recherche de diagnostics et les revendications de la société civile en matière de santé peuvent s\u2019articuler.Il s\u2019agit du ForoSalud (Forum-Santé), un forum citoyen qui regroupe des professionnels de la santé, des organisations liées au mouvement des femmes, des organisations communautaires et de défense des droits humains, et des chercheurs de différentes disciplines.Parmi sa quinzaine de tables thématiques, une porte spécifiquement sur la santé reproductive.Lors de sa dernière conférence nationale sur la santé tenue en juillet 2006, le Forum déplorait que le Congrès du Pérou refuse de considérer son projet de loi sur les droits des usagers du système de santé, soumis avec l\u2019appui de 100000 signatures en conformité avec la loi sur la participation politique citoyenne du pays.Ce projet de loi vise à définir les droits et obligations des usagers des services de santé publique, notamment pour protéger ceux-ci des atteintes à leurs droits et établir des mécanismes qui leur permettent d\u2019obtenir des réparations en cas de mauvais traitements et de fautes professionnelles commises dans les établissements.Le forum exigeait aussi que le gouvernement annonce un calendrier de mise en œuvre de l\u2019universalisation de l\u2019assurance santé.Le mouvement est donc lancé et, parmi ses membres, on compte de nombreuses femmes convaincues qu\u2019il s\u2019agit-là d\u2019une dimension centrale de la lutte pour l\u2019élargissement de la citoyenneté.\u2022 m janvier-février 2008 RELATIONS RELATIONS janvier-février 2008 coNtRoveRse L\u2019auteur est animateur de pastorale à l\u2019hôpital de l\u2019Enfant-Jésus, à Québec Les résolutions du Nouvel An Les résolutions sont une occasion de discerner des appels à l\u2019engagement.MARIO BÉLANGER Les résolutions du Nouvel An.quel sujet ringard, en apparence! Dépassées et rétrogrades, elles sont un bel exemple de ce qu\u2019il y a de pire dans notre héritage judéo-chrétien - qu\u2019il est de bon ton de mépriser.On peut se demander ce qu\u2019une revue sérieuse comme Relations a bien pu penser en programmant une controverse sur pareil thème.SORTIR DE SOI Concédons-le d\u2019entrée de jeu : les résolutions associées à la nouvelle année, telles qu\u2019elles sont généralement conçues, ont un petit quelque chose de suranné, voire de pervers.N\u2019est-il pas déjà arrivé, à plusieurs d\u2019entre nous, de décider avec fermes propos et énergiques convictions de bouger davantage, de cesser de fumer, de s\u2019accorder du temps pour soi ou encore de faire attention à sa ligne.Les centres de conditionnement physique, ayant flairé la bonne affaire, y trouvent leur fond de commerce! Le 3 janvier, ils peuvent vendre des forfaits de longue durée à trois fois plus de personnes que la capacité de leur gymnase - sachant bien qu\u2019à la fin janvier, une bonne partie des monsieurs Bonne-Volonté ou des madames Il-Faudrait-Que auront laissé tramer leur sac de sport dans le fond d\u2019une garde-robe.C\u2019est que dans la majorité des cas, c\u2019est notre «nombril » qui est au centre de l\u2019affaire.Mais n\u2019y aurait-il pas une autre façon d\u2019envisager la question des résolutions de début d\u2019année?Résoudre, par exemple, de sortir de soi afin de contribuer au bonheur des autres ou de s\u2019engager socialement - ne serait-ce qu\u2019une fois durant l\u2019année à venir.Il ne s\u2019agit pas, ici, de répéter les sempiternels exemples de don de soi que des émissions de télévision comme Donnez au suivant ont déjà diffusés ad nauseam.Ces actions sont rarement à notre portée.Il s\u2019agit plutôt de penser à une personne, à un groupe de personnes ou à un organisme de notre milieu.Sans chercher trop loin, sans réfléchir longuement.sans calcul.Il est aisé de nous placer dans la peau de cette personne ou de ce groupe, et de nous demander simplement : quel est son plus grand besoin présentement?Après cela, le défi est de déterminer un moment, un lieu, une façon de réaliser un petit geste, à portée de main et de budget, pour incarner notre engagement et y donner suite.DES VŒUX QUI ENGAGENT En corollaire, parlons aussi des vœux du jour de l\u2019An.Bien souvent, on ne s\u2019y prépare pas et on répète, comme des automates: «Je te souhaite la santé, c\u2019est ce qui est le plus important, car avec cela on peut avoir tout le reste! » Mais imaginons seulement une personne malade qui reçoit un tel souhait.Un prédicateur a déjà dit un jour, de façon très pertinente à mon avis, que nous ne devrions offrir à quelqu\u2019un que des vœux dont nous avons le pou- voir ou la capacité de participer personnellement à la réalisation.Cela est drôlement plus engageant et oblige à une réflexion préalable sur ce que je vais souhaiter aux personnes qui me sont chères.Si je souhaite à mes enfants grandissant ce qu\u2019il y a de meilleur, je devrai m\u2019engager en faveur de la paix dans le monde, d\u2019un environnement viable et d\u2019une société plus juste.Si je souhaite à ma belle-sœur beaucoup de bonheur, il me faudra me mettre à son écoute et contribuer à la rendre plus heureuse.et ainsi de suite.Bien sûr, au terme de ce parcours, nous ne pouvons pas conclure que les résolutions ou les vœux du jour de l\u2019An soient les idées les plus novatrices qui existent.Toutefois, la sagesse des anciens qui tenaient à ces traditions ne pourrait-elle pas nous inspirer à sortir un peu de nous-mêmes et à nous engager envers les autres?Donc, à contribuer à faire advenir un peu plus de fraternité et de justice?Plutôt que de nous enfermer dans un nombrilisme individualiste qui sied tellement peu à l'humanisme dont nous sommes les héritiers, ces résolutions sont une belle occasion de discerner nos priorités et les appels inédits à l\u2019engagement qui se révéleront dans l\u2019année qui commence.Alors, sincèrement, une bonne et heureuse année 2008 - en espérant que cette réflexion y aura contribué! \u2022 janvier-février 2008 RELATIONS coNtROveRse Que penser de ces résolutions ou vœux que nous formulons au début d\u2019une nouvelle année?S\u2019agit-il d\u2019un volontarisme suranné ou plutôt d\u2019une belle occasion de déterminer nos engagements concrets?Réfléchir à cette tradition de nos ancêtres est certainement une invitation à identifier les véritables ressorts de nos actions.Les coups de volonté sont bien souvent trompeurs et inconsistants.CHANTAL BEAUVAIS Les fameuses résolutions du jour de l\u2019An.Pendant les mois précédant le jour fatidique, on ne peut feuilleter un magazine populaire sans y trouver des exhortations de tous genres : perdez du poids, cessez de fumer, affirmez-vous, faites de l\u2019exercice, organisez votre garde-robe! Comme si de tels coups de volonté pouvaient apporter le bonheur.TRISTE VOLONTARISME On ne peut guère douter de la capacité qu\u2019avait Marie de l\u2019Incarnation de prendre des décisions.Et pourtant, elle ne croyait guère aux coups de volonté.Elle inclinait plutôt à suivre « la pente de son cœur».Dans le même ordre d\u2019idée, Augustin, qui pensait d\u2019abord pouvoir rejoindre Dieu à coups d\u2019efforts, avait embrassé la maxime suivante à la fin de sa vie: «Mon poids c\u2019est mon amour, c\u2019est lui qui m\u2019emporte où qu\u2019il m\u2019emporte» (Confessions).Habitués que nous sommes à n\u2019entreprendre que des activités «extrêmes », nous pourrions être tentés de penser que ces deux chemins spirituels s\u2019adressent aux esprits pusillanimes.Les sages y auront toutefois reconnu le grand idéal de la vertu.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019un mot est vieillot que la vérité qu\u2019il désigne n\u2019est plus valable! Les philosophes qui s\u2019intéressent à l\u2019être humain, à sa capacité d\u2019accomplir pleinement son humanité, sont habitués de trouver le terme «vertu » sur leur parcours.Ce mot nous vient d\u2019une grande école de pensée en morale et signifie: excellence.Le philosophe Aristote aura passé la grande partie de sa vie à enseigner ce chemin vers l\u2019excellence humaine.Pour lui, vivre humainement est un art qui s\u2019acquiert au fil de notre persévérance.L\u2019on peut dire avec assez de justesse que pour Aristote, l\u2019être humain accompli est celui qui saisit la réalité dans sa vérité et qui prend conséquemment la bonne décision.L\u2019éducation morale consiste à ciseler patiemment le jugement de l\u2019individu jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit capable de naviguer avec sérénité entre les excès contraires.Cet art de vivre est d\u2019autant plus nécessaire qu\u2019il conduit non seulement au bonheur de l\u2019individu, mais aussi à l\u2019épanouissement de la cité.Pour Aristote, en effet, il aurait été impensable d\u2019ignorer la dimension politique du bonheur.L\u2019art de vivre doit culminer dans l\u2019art du vivre-ensemble.LA DURÉE OU L\u2019EXCÈS?Revenons aux résolutions du jour de l\u2019An.Il faut traiter cette tradition avec circonspection pour trois raisons.Premièrement, apprenons-nous quelque chose de vraiment durable dans ce parcours excessif?N\u2019est-il pas vrai que les résolutions sont vite abandonnées faute de pertinence?D\u2019où nous vient donc cette envie d\u2019inventer des défis creux à relever?Serait-ce là une façon de fuir le seul défi qui nous est posé en permanence et qui est celui de vivre à la hauteur de notre humanité?Durer au sein de notre condition humaine: voilà pourtant un défi de taille à relever mais qui est souvent ignoré parce qu\u2019il ne donne pas toujours lieu à des coups d\u2019éclat.Choisir, à tout instant, de revêtir l\u2019habit de la pensée vraie, de l\u2019action bonne, et du bien commun: voilà qui peut nous occuper longtemps! De plus, les résolutions du Nouvel An sont trompeuses car elles donnent l\u2019impression de faire appel à notre liberté, alors qu\u2019elles cachent souvent un profond malaise existentiel : l\u2019incapacité de se diriger soi-même.L\u2019autonomie: voilà un autre terme philosophique qu\u2019on aurait avantage à mieux comprendre.Ce terme désigne la capacité de se donner sa propre loi.Au contraire, nous prenons des résolutions parce que c\u2019est le 1er janvier et qu\u2019il faut en prendre.L\u2019origine de l\u2019impératif est extérieure à nous-mêmes, ce qui fait de nous des êtres hétéronomes.Enfin, les résolutions des Fêtes font très souvent abstraction de la dimension politique du bonheur.Ici, notre héritage chrétien s\u2019avère particulièrement éclairant.La proposition de bonheur que présentent les évangiles est résolument politique tel que le montre Augustin dans La Cité de Dieu.Embrasser l\u2019idéal chrétien, c\u2019est engager son existence entière dans la construction du royaume de Dieu.Contrairement aux résolutions circonstancielles de la période des Fêtes, c\u2019est un projet qui a la puissance de mobiliser tous les instants qui nous sont donnés et qui veut construire une humanité pour tous.Que notre amour soit donc notre seul poids! \u2022 L\u2019auteure, philosophe, est vice-rectrice à l\u2019administration à l\u2019Université Saint-Paul d'Ottawa RELATIONS janvier-février 2008 J________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________ ES RefiaRD Le droit à l\u2019aide sociale: une réalité virtuelle?L\u2019auteure est coordonnatrice au Front commun des personnes assistées sociales du Québec D\u2019un droit reconnu, l\u2019aide sociale est devenue une faveur qui se mérite.Au fil des réformes gouvernementales, on renie l\u2019esprit des lois visant à lutter contre la pauvreté.NICOLE JETTÉ Nous venons de passer le cap du 5e anniversaire de l\u2019adoption, par l\u2019Assemblée nationale du Québec en 2002, de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale (Loi 112).Malheureusement, il n'y a pas de quoi fêter, tant le gouvernement libéral ne montre aucun empressement à agir en conséquence, notamment en ce qui concerne les prestations d'aide sociale.Il maintient le principe de la demi-indexation, une mesure qui appauvrit 250 000 ménages au Québec, représente 100 millions de dollars et suscitait encore cet automne une énième mobilisation du mouvement social excédé par l\u2019hypocrisie du gouvernement dans sa prétendue lutte contre la pauvreté.Pour bien comprendre l\u2019ampleur du désengagement de l\u2019État en la matière, il est utile de remonter à l\u2019origine de la Loi sur l\u2019aide sociale au Québec, adoptée en 1969.Avant cette loi, il existait un large éventail de programmes d\u2019assistance financière: assistance aux mères nécessiteuses, allocations aux personnes aveugles, aide aux personnes invalides, allocations sociales, allocations scolaires, assistance aux personnes âgées, assistance publique, etc.Les critères d\u2019admissibilité et les prestations variaient d\u2019un programme à l\u2019autre.Leur gestion relevait des municipalités, des Églises ou des communautés religieuses.Les personnes sans revenu étaient alors perçues comme indigentes, miséreuses et, selon les critères moraux de l\u2019époque, comme de «bons pauvres méritants» ou de « mauvais pauvres ».En 1961, le gouvernement libéral forme un comité d\u2019étude sur l\u2019assistance publique.Celui-ci publie, en 1963, le Rapport Boucher intitulé Vers une nouvelle vision de l\u2019aide sociale au Québec, qui introduit un changement idéologique important.Il affirme que « le principe même de la dignité du citoyen en démocratie justifie la responsabilité de la société à son égard», et il établit «le lien entre la notion de dignité humaine et la satisfaction des besoins essentiels, de façon stable et autonome».Le comité propose alors la mise en place d\u2019un programme unifié et le droit à la reconnaissance sociale pour toute personne, quelle que soit la cause de ses besoins.La responsabilité de l\u2019État y est ainsi précisée : « Dans le domaine de l\u2019assistance financière, seul l\u2019État possède les moyens d\u2019action proportionnés à l\u2019œuvre à accomplir.[.] L\u2019individu, comme citoyen et membre de la société, a donc droit à une assistance financière de la part de l\u2019État si lui-même ou sa famille sont dans le besoin.L\u2019ignorance d\u2019un tel principe conduit fatalement à l\u2019irréalisme.Le fait de ne pas l\u2019expliciter ouvertement, lorsque l\u2019on sait qu\u2019il existe, équivaut presque à priver les citoyens d\u2019un droit fondamental.» Le droit à l\u2019aide sociale a ainsi constitué l\u2019objet principal de la Loi sur l\u2019aide sociale adoptée en 1969, sans contenir une obligation de travailler en compensation.À ce sujet, le Rapport Boucher indiquait: «La solution du chômage ne peut se trouver que dans une croissance économique équilibrée qui permette de fournir à toute personne un emploi approprié à sa formation technique et professionnelle ainsi qu\u2019à son état de santé.C\u2019est un leurre de croire que, pour la majorité des chômeurs assistés, le remède résiderait dans une sorte de travaux forcés.» INCITATION AU TRAVAIL Toutefois, dès le début, un esprit d\u2019incitation au travail caractérise l\u2019aide sociale pour les moins de 30 ans.Ceux-ci doivent avoir une maladie ou un handicap, confirmés par un médecin, ou un enfant à charge pour avoir droit à un soutien.Pour les autres jeunes, les prestations sont équivalentes à 70 % du barème régulier.Entre 1978 et 1988, ce traitement différencié a ainsi permis de réduire jusqu\u2019à 36 % la prestation de base.En 1974, le gouvernement décide de plafonner les prestations à 50% du salaire minimum.Depuis, l\u2019écart entre les prestations d\u2019aide sociale et le salaire minimum ne cesse de s\u2019agrandir et la notion « d\u2019employabilité » prend de plus en plus d\u2019importance.Dix ans plus tard, le gouvernement présente Un projet d\u2019éducation permanent: énoncé d\u2019orientation et plan d\u2019action en éducation des adultes pour que la formation de la main-d\u2019œuvre corresponde «aux exigences de développement économique ».Pauline Marois, alors ministre de la Main-d\u2019œuvre et de la Sécurité du revenu, dépose le projet de loi 65 qui vise à «établir à l\u2019intention des bénéficiaires de l\u2019aide sociale des programmes d\u2019activité de travail ou de formation en vue de développer leur aptitude à l\u2019emploi» (Assemblée nationale, Journal des débats, 15 mars 1984, p.5209).Le droit à l\u2019aide sociale a ainsi constitué l\u2019objet principal de la Loi sur l'aide sociale adoptée en 1969, sans contenir une obligation de travailler en compensation.janvier-février 2008 RELATIONS Marie Surprenant, Arrachement 44, 2007, huile sur papier, 51 x 66cm m * ; \u2022 si1 ' Sgss C\u2019est alors que de nouveaux programmes d\u2019activités pour développer l\u2019employabilité apparaissent.Cette loi autorise le versement d\u2019un supplément aux bénéficiaires, incluant les moins de 30 ans, qui participeront aux programmes désignés par le gouvernement.Le discours politique affirme que les jeunes qui veulent s\u2019en sortir n\u2019ont qu\u2019à participer.En réalité, le gouvernement limite les ressources disponibles.En 1987, le gouvernement libéral publie le document d\u2019orientation Pour une politique de sécurité du revenu.Selon Bernard Normand, les principales justifications gouvernementales pour démontrer la nécessité de la réforme sont: « 1- Le régime actuel d\u2019aide serait devenu inadapté; 2- l\u2019inadaptation proviendrait d\u2019une absence de distinction entre les personnes dites aptes et les personnes inaptes au travail et 3- l\u2019inadaptation serait psychosociale et politique, plus précisément, cette source concernerait les changements de valeurs en cours dans la société en matière d\u2019incitation au travail et de responsabilité des individus, des familles et de l\u2019État.» Ce document renie les orientations de la Loi de 1969 et conduira à l\u2019adoption de la Loi sur la sécurité du revenu en 1989.L\u2019État ne se reconnaît désormais que le devoir et l\u2019obligation de pourvoir aux besoins essentiels des personnes jugées inaptes.Cette nouvelle loi catégorise ainsi les personnes assistées sociales selon des critères relatifs au marché de l\u2019emploi.Suivront l\u2019abolition du Régime d\u2019assistance publique du Canada (RAPC) qui permet au gouvernement québécois de conditionner le montant global de la prestation en fonction de l\u2019évaluation de l\u2019employabilité et la Loi québécoise sur le soutien du revenu favorisant l\u2019emploi et la solidarité sociale de 1998.Les programmes dits de développement de l\u2019employabilité se diversifient et imposent davantage d\u2019obligations d\u2019emploi et de participation à ce qu\u2019on appelle des parcours pour les 18-24 ans.Toutes ces réformes confirment la disparition du droit à l\u2019aide sociale.Les gouvernements intensifient l\u2019approche dite du workfare, dominante dans les pays anglosaxons, et selon laquelle l\u2019aide sociale n\u2019est plus un droit mais une faveur qui se mérite.Les assistés sociaux tout comme les chômeurs sont désormais seuls responsables de leur propre sort, exonérant les gouvernants et les entreprises de leurs responsabilités en matière de création d\u2019emplois décents et de redistribution de la richesse.UNE APPROCHE GLOBALE La réforme de 1998, réalisée dans la foulée du Sommet économique de 1996 qui a mené à l\u2019adoption du «déficit zéro», marque définitivement l\u2019entrée du Québec dans la période néolibérale.C\u2019est alors que des actrices et acteurs du mouvement d\u2019éducation populaire et du mouvement des femmes ont perçu la nécessité d\u2019une véritable réforme de l\u2019aide sociale basée sur les droits de la personne et d\u2019une approche globale de lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale.Une vaste mobilisation citoyenne s\u2019est alors organisée à l\u2019intérieur de deux mouvements complémentaires : le Collectif pour une loi sur l\u2019élimination de la pauvreté au Québec et la Marche mondiale des femmes.Victoire : en décembre 2002, l\u2019Assemblée nationale adoptait à l\u2019unanimité la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale (Loi 112).Mais dès avril 2004, l\u2019adoption du Plan d\u2019action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion RELATIONS janvier-février 2008 RI RegaRD sociale vient marquer la fin de cette brève lueur d\u2019espoir.Celui-ci prévoit l\u2019indexation partielle (et non complète) des prestations d\u2019aide sociale pour les cinq années subséquentes, signifiant ainsi un appauvrissement garanti.Le décret modifiant le règlement de la Loi sur le soutien du revenu et favorisant l\u2019emploi et la solidarité sociale suit et permet au gouvernement de récupérer 44 millions de dollars.Le ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale d\u2019alors, Claude Béchard, explique l\u2019établissement d\u2019un nouveau barème utilisant la notion de «solidarité familiale», supposant que des jeunes se font vivre par leurs parents.Le barème mensuel de base est diminué de 100$ pour tous les adultes sans contraintes sévères à l\u2019emploi, qui vivent avec un parent (père ou mère) dont la source de revenus ne se limite pas à la sécurité de la vieillesse (prestation de base et le plein supplément) ou qui n\u2019a pas de certificat médical précisant l\u2019incapacité de vivre seul.En juin 2005, la Loi sur l\u2019aide aux personnes et aux familles est adoptée.Tout en abolissant les pénalités liées au refus de l\u2019emploi ou de l\u2019obligation de parcours, cette loi généralise le pouvoir discrétionnaire du ministre.L\u2019aide sociale se transforme en divers programmes: aide sociale, solidarité sociale, alternative jeunesse - en plus d\u2019autres programmes spécifiques créés à la discrétion du ministre.Diverses instances gouvernementales affirment que le montant de 548$ par mois est acceptable, car une allocation s\u2019ajoute dans le cas de ceux qui participent à des mesures d\u2019employabilité.Par cet argumentaire, le gouvernement normalise un revenu annuel de 6660$ en affirmant que la cause principale des problèmes des personnes assistées sociales est un manque d\u2019initiative et de compétences, non un manque de revenu assurant les besoins essentiels.Comme «remède», des mesures d\u2019accompagnement ou de développement de compétences seront prévues mais sans que l\u2019on dise qu\u2019elles dépendent de la capacité de payer du ministère.APPUI COMMUNAUTAIRE ET PHILANTHROPIE À compter de l\u2019automne 2006, la ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, Michelle Courchesne (qui sera remplacée par Sam Hamad), utilise diverses tribunes (journée de lutte à la pauvreté, Forum du millénaire, publicités, un comité sur le don formé à l\u2019intérieur du Secrétariat à l\u2019action communautaire autonome) pour valoriser la générosité et insister sur la responsabilité de l\u2019ensemble des citoyennes et citoyens dans la lutte à la pauvreté.La ministre y présente le rôle du gouvernement comme complémentaire aux efforts de la population.Le détournement du droit à l\u2019aide sociale devient complet.Cette stratégie est identifiée dans le Plan d\u2019action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.Le gouvernement est donc à la recherche janvier-février 2008 RELATIONS Un comité des Nations unies a critiqué sévèrement le Canada et les provinces pour leur faible respect des droits économiques et sociaux, compte tenu de la croissance économique et du niveau de vie élevé.de nouveaux partenaires et met désormais de l\u2019avant l\u2019approche dite partenariale avec le secteur privé - axe fondamental de la restructuration des services publics du gouvernement Charest.C\u2019est ainsi que l\u2019on voit la Fondation Chagnon - dont la fortune est née des largesses et de l\u2019irresponsabilité de l\u2019État en matière fiscale1 - faire la charité et lancer des initiatives conjointement avec le ministère de la Santé et des Services sociaux et celui de la Famille et de la Condition féminine.Le milieu communautaire n\u2019est pas en reste pour venir en aide à un État qui ne joue plus pleinement son rôle et qui, de ce fait, le juge combien essentiel2.Tout cela s\u2019inscrit bien sûr dans le contexte mondial de compétitivité des marchés qui pressurise à la baisse les salaires et les protections sociales, précarise l\u2019emploi et vise la privatisation des services publics.La communautarisation des services à la population et la philanthropie deviennent ainsi des ressources pour répondre aux besoins des citoyennes et citoyens qui ne peuvent pas payer les frais de services publics de plus en plus privatisés.À la lumière de ce bref survol des transformations apportées à l\u2019aide sociale au Québec, il faut rappeler que l\u2019une des principales responsabilités des gouvernements du Québec et du Canada est d\u2019assurer à l\u2019ensemble de la population, sans discrimination, les conditions permettant d\u2019exercer pleinement leur citoyenneté.Cette responsabilité doit être remplie dans le respect des engagements pris tant par leur adhésion à la Déclaration universelle des droits humains, au Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, que par l\u2019adoption des chartes québécoise et canadienne.Les pratiques des décideurs politiques sont donc à évaluer à la lumière de ces obligations.C\u2019est ce qu\u2019a fait le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies, en mai 2006, qui était chargé d\u2019examiner l\u2019application, par le Canada, du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.Celui-ci a critiqué sévèrement le Canada et les provinces pour leur faible respect des droits économiques et sociaux, compte tenu de la croissance économique et du niveau de vie élevé.Il a relevé, entre autres choses, «l\u2019insuffisance du salaire minimum et de l\u2019assistance sociale pour assurer la réalisation du droit à tous à un niveau de vie décent» et fait plusieurs recommandations à ce sujet.Il a également dit regretter que la plupart des recommandations formulées en 1993 et en 1998 à l\u2019occasion de tels examens n\u2019aient pas été suivies d\u2019effets.Plus d\u2019un an plus tard, il est légitime de se demander jusqu\u2019à quand la population tolérera cette situation, s\u2019il n\u2019est pas temps de radicaliser davantage notre action et de travailler aussi à faire en sorte qu\u2019un jour les recommandations liées aux engagements de nos États dans le cadre d\u2019un tel pacte aient une réelle portée contraignante pour amener des changements.\u2022 1.\tLire Brigitte Alepin, Ces riches qui ne paient pas d\u2019impôts, Montréal, éd.du Méridien, 2006.2.\tLire le rapport d\u2019évaluation de la 2e année d\u2019application du Plan gouvernemental de lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale.m eN BRef APPEL DE L\u2019ACAT Organisme œcuménique existant depuis 1984 au Canada, l\u2019Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture (ACAT) est à la recherche de nouveaux membres.Fondée en France, en 1974, à la suite d\u2019une campagne d\u2019Amnistie internationale qui invitait les chrétiens à s\u2019engager au nom de leur foi, l\u2019ACAT informe, agit et prie.Sept fois par année, ses membres envoient des lettres (aux dirigeants et ambassades) pour dénoncer les régimes qui soumettent leurs concitoyens à la torture.La cotisation annuelle de 30$ permet d\u2019aider son secrétariat et la Fédération internationale présente aux Nations unies.Consultez ou envoyez votre nom et adresse avec votre chèque à: ACAT, 15, rue de Castelnau Ouest, Montréal (QC) H2R 2W3 (tél.:514-890-6169).PAX CHRISTI Antennes de paix à Montréal » est le nom d\u2019une nouvelle association membre de Pax Christi International.Sa nouvelle secrétaire générale, Claudette Werleigh, est une personnalité d\u2019origine haïtienne connue au Québec.Pax Christi comprend déjà une centaine de groupes dans plus de 50 pays.Il vise à promouvoir ou à rétablir les conditions de la sécurité et de la paix, du respect des droits humains et de la création.L\u2019association montréalaise souhaite s\u2019engager dans une campagne d\u2019appui à l\u2019établissement d\u2019un traité international sur le contrôle des armes et veut sensibiliser aux sources chrétiennes d\u2019une culture de paix.Pour en savoir plus, consultez ou écrivez à .FORUM SOCIAL MONDIAL Adoptant désormais un rythme bisannuel, le Forum social mondial (FSM) lance cette année un appel à une mobilisation décentralisée en vue d\u2019une semaine d\u2019action internationale culminant le 26 janvier 2008.Le mouvement social québécois mènera des actions.Le feu sera un symbole de lumière et de chaleur utilisé pour sortir les Québécois de la torpeur de l\u2019hiver et porter de manière créative des revendications pour la défense de nos droits collectifs, de la paix et de l\u2019environnement.On peut soutenir l\u2019appel en signant la déclaration qui se trouve au : .Le prochain FSM aura lieu à Belém, au Brésil, en 2009.JÉSUITES ET RÉFUGIÉS Le 1er octobre, à Genève, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a remis à Katrine Camilleri son prix Nansen, destiné aux personnalités qui se sont distinguées dans la protection des réfugiés et des demandeurs d\u2019asile.Âgée de 37 ans, cette avocate travaille auprès du Service jésuite aux réfugiés (SJR) de Malte, fournissant une assistance légale à des centaines de personnes enfermées dans des centres de détention administratifs.L\u2019avocate, comme le SJR de Malte dans son ensemble, a fait l\u2019objet d\u2019intimidation pour ses activités.DROITS DES TRAVAILLEURS V A l\u2019automne, le mouvement syndical international (regroupé au sein de Global Unions) a exhorté la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) à mettre leurs politiques en adéquation avec les Objectifs du Millénaire pour le développement et l\u2019Ordre du jour du travail décent.Il réagissait au rapport annuel de la Banque mondiale, Doing Business 2008, qui accorde ses meilleurs scores à des pays qui ont mis au rancart leurs règles de protection des travailleurs (Afghanistan, Géorgie, Haïti, Mongolie, Papouasie).Des pays qui violent régulièrement les droits fondamentaux des travailleurs (Arabie Saoudite, Bangladesh, Chine, Colombie, etc.) s\u2019y classent mieux que la plupart des pays d\u2019Europe occidentale.Le rapport est accessible (en anglais uniquement) au : .INTERSYNDICALE DES FEMMES Le 28 septembre dernier, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) a décerné le prix Idola Saint-Jean à l\u2019intersyndicale des femmes.Créée en 1977, celle-ci défend les droits des femmes depuis 30 ans et a su développer des solidarités et des alliances importantes entre les comités de condition féminine de syndicats nationaux et les groupes de femmes.L\u2019autre Parole, une «collective féministe et chrétienne », fondée il y a plus de 30 ans, a aussi reçu une mention spéciale pour son travail sur des questions controversées, ses analyses critiques du patriarcat et sa résistance aux discours intégristes.RELATIONS janvier-février 2008 pRomeNapes Tofino TEXTE: YINC CHEN ILLUSTRATION : ZOHAR Le 28 novembre 2007 Mon fils, v A Tofino je trouve le paysage dont je rêve : hautes vagues, lourdes pierres, ciel bas, horizon invisible, sauvagerie, fracas, solitude, peur et en même temps désir de succomber.Je me souviens d\u2019avoir vu à peu près cela près de Shanghai, de l\u2019autre côté du Pacifique, il y a bientôt trente ans, et d\u2019avoir eu ce même sentiment d\u2019être lancée seule hors du monde, au bout d\u2019un voyage.J\u2019étais sur un bateau de touristes.On nous avait emmenés jusqu\u2019à la sortie du port, là où le fleuve rejoint la mer, pour nous faire entrevoir le large et sentir les «vraies » vagues, et retourner aussitôt vers la rive, vers le monde civilisé.La visite était brève mais, comme j\u2019étais dans un bateau, j\u2019avais l\u2019impression que je n\u2019avais pas été seulement devant mais aussi dans l\u2019océan.La sensation du flottement du corps avait entraîné celui de l\u2019esprit, tous les repères ayant disparu un instant.Nous étions à la surface d\u2019une eau déjà profonde.On ne voyait même pas de pierres.C\u2019était un vide total.Je n\u2019ai jamais voyagé longtemps en bateau.Pourtant, restée au fond de ma pensée, l\u2019image à peine aperçue de ce vide ou de cette immensité est souvent à l\u2019arrière-plan de mon travail.À Tofino, je retrouve cette atmosphère, mais avec un peu plus d\u2019assurance, car je peux planter mes pieds sur la plage, il y a des pierres de taille ici et là, et surtout, j\u2019ai grandi et vieilli.Il faut maintenant beaucoup de vent, hélas, beaucoup de souffle, pour faire battre mon cœur.Je pense justement au battement de ton cœur que j\u2019ai entendu quelques instants avant ta naissance.Je ne peux janvier-février 2008 RELATIONS pas m\u2019empêcher de penser à toi en écoutant le rythme des vagues qui donne cette impression de force, de ténacité, et en même temps d\u2019aveuglement et de précarité.J\u2019ai fait un vœu pour toi que, superstitieusement, je garderai secret.Mais j\u2019ai d\u2019autres choses à te dire.Malgré la pluie et le vent, je marche longuement au bord de la mer, puis je vais me réchauffer dans un restaurant.Par la fenêtre, je peux contempler des pierres très imposantes par leur grosseur et leur couleur foncée, proche du noir.J\u2019assiste à un spectacle de confrontation entre les vagues et les pierres.Dans un vacarme grandiose, des éclaboussures transparentes s\u2019élèvent bien haut et retombent gracieusement en emportant ou en laissant sur la plage des traces de vie marine.Ce sont de purs instants qu\u2019on voudrait saisir dans une photo ou une peinture en noir et blanc.De ce combat involontaire entre les vagues et les pierres, j\u2019ai ressenti quelque chose de tragique dans la résistance des pierres, elle aussi sans doute involontaire, ou seulement apparente.Leur forme dépend du hasard des vents.Elles vivent un processus d\u2019effacement imperceptible, lent mais constant et définitif.Elles me montrent de façon éloquente la fragilité et le caractère illusoire de la matière, notamment de celle qui a une apparence déterminée et durable.Les vagues vont triompher parce que, sans forme, sans précision aucune, elles se perdent et meurent à tout moment.Ce que les pierres et les vagues ont en commun, c\u2019est l\u2019instant de leur «rencontre» qui marque leur vie, quelles que soient leur nature et la durée de leur existence individuelle - celui qui se démarque des autres instants.Ce que j\u2019essaie de te dire, mon chéri, c\u2019est que je souhaite décharger tes jeunes épaules de deux choses qui, mine de rien, te hantent : la mort et la vérité.Il nous faut retirer de l\u2019importance à tout cela.Le paysage de Tofino nous enseigne l\u2019indifférence devant la mort.La suppression de la vie et de la forme ne devrait plus nous inspirer de sentiment particulièrement dramatique, dès que nous comprenons que, si l\u2019existence est une nécessité, un don ou un désir, la matière - le corps et les choses - est un pur hasard sur lequel nous ne pouvons pas nous appuyer.Je considère la pensée aussi comme une matière, car j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle est fortement conditionnée par la constitution du cerveau, la santé mentale ou même l\u2019état général du corps, la situation du monde environnant et la mémoire de ce qui est vécu concrètement et de ce qui est enseigné.Nous accordons du respect à la matière, nous nous y attachons parfois, nous sommes tristes, soucieux ou contents de son état, mais nous sommes conscients que ce qui fait réellement notre vie est bien chaque instant qui vient à nous, comme la vague va à la pierre.La volonté et la conscience de décider nous-mêmes comment vivre chacun des instants que nous avons à vivre, voilà ce qui se trouve, je l\u2019espère, au-delà des vicissitudes de la matière.De même, lorsque nous prononçons le mot «vérité», nous pensons le plus souvent à une vérité concernant la matière.Une humilité qui nous est imposée en tant qu\u2019êtres de matière nous empêche de concevoir, peut-être contre notre gré, une vérité au-delà de la matière.Lorsque la matière perd de l\u2019importance pour nous, les vérités qui la concernent s\u2019évanouissent aussi.Je mets toujours ce mot au pluriel car l\u2019humilité devant la création m\u2019interdit de rechercher ou d\u2019attribuer une vérité unique liée en permanence à une chose précise.Le paysage de Tofino contient une multitude de vérités changeantes à mes yeux, que mon intelligence ne peut pas embrasser.Quand tu dis «c\u2019est la vérité», n\u2019oublie pas que tu as choisi une vérité parmi - pRomeNapes d\u2019autres.Par exemple, lorsque l\u2019enseignante demande à ta classe de trouver des informations médiatiques et de résumer chacun l\u2019une des nouvelles, elle a choisi de vous apprendre à accéder au langage médiatique.Ou peut-être cela est-il inscrit dans le programme scolaire de la région.Toi et tes copains, vous devez chercher des « nouvelles ».Tu en as choisi une concernant une guerre quelque part dans le monde.Le même jour, le bébé de nos voisins est né en parfaite santé, une plante a été transplantée dans notre jardin et semble s\u2019y trouver bien.Ce sont aussi des nouvelles, mais elles n\u2019entrent pas dans les journaux, ne sont pas assez dramatiques ni sensationnelles ou ne pèsent pas assez, pense-t-on, sur la politique et l\u2019économie continentale ni sur les intérêts locaux, et n\u2019ont donc pas de statut médiatique.Puisque tout est question de choix et que les vérités sont relatives, alors choisissons.J\u2019ai confiance en cette capacité que tu as.Tu me l\u2019as déjà montrée le jour où, me voyant triste et soucieuse et sentant intuitivement qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une difficulté que je n\u2019étais pas en mesure de surmonter, tu m\u2019as dit: «Maman, ne pense pas à tout ça, oublie tout ça, pense à moi, hé, maman, regarde-moi! » Je suis d\u2019accord.Choisissons les vérités «heureuses».Faisons-en des vérités souveraines et salvatrices.Cela ne sert à rien de penser au problème d\u2019obésité quand nous sommes devant un bon repas avec notre bon appétit, ou de discuter de la pollution «chinoise» quand tes grands-parents, qui n\u2019ont jamais conduit une voiture de leur vie, nous attendent là-bas, où, aujourd\u2019hui encore, la majorité absolue de la population utilise le transport public et ne prend jamais d\u2019avion.Nous empoisonnons notre vie en nous laissant guider notre regard sur des problèmes et des imperfections.Les civilisations connaissent des ascen- sions et des déclins, et les individus des fortunes et des infortunes.Le climat de la planète change depuis la nuit des temps, bien avant l\u2019arrivée des humains.Les vagues de la mer vont et viennent.Le jour se lève et se couche, avec ses ombres et ses lumières.Dans l\u2019ensemble, le monde n\u2019est peut-être ni meilleur ni pire qu\u2019auparavant.La pire pollution pour l\u2019âme reste la vision pessimiste, la pensée négative.Si on la laisse nous gagner, elle nous ronge de l\u2019intérieur, nous enlève la force d\u2019agir selon nos possibilités et nous tue bien avant la mauvaise nourriture et l\u2019air pollué.Je ne te dévoilerai pas le vœu que j\u2019ai fait pour toi à Tofino, mais juste quelques indices : pour qu\u2019il se réalise, une libération du poids de la matière et une reconnaissance du caractère multiple du «vrai» sont peut-être des conditions importantes.\u2022 .¦ I V \u2014 ' '>¦¦¦\u2022 : -______ Zohar, Bois de grève/ Racines, 2006 RELATIONS janvier-février 2008\t^ BLoc-NOtes * « L'auteure, doctorante en études islamiques à l\u2019Université McGill, est boursière au Centre justice et foi Paying The Price : Killing the Children of Iraq LE RÉCIT D\u2019UNE GUERRE MYTHIQUE OSIRE GLACIER Selon certains récits, l\u2019effondrement de l\u2019Union soviétique a inauguré la fin de l\u2019Histoire et l\u2019avènement d\u2019une ère atemporelle où l\u2019humanité serait installée une fois pour toutes dans le fauteuil confortable de l\u2019idéologie libérale.Pourtant à y regarder de plus près, les philosophes grecs avaient bien raison : l\u2019histoire semble être plutôt circulaire.En effet, à peine quelques décennies nous séparent du temps où des navets hollywoodiens de propagande opposant les bons Américains aux méchants Russes faisaient salle comble.Loin de la fin de l\u2019Histoire, nous sommes plutôt en plein dans une histoire qui se répète, avec seulement des acteurs différents.En effet, si les méchants Russes ont été défaits, le combat entre le bien et le mal continue.De- rechef, portant le flambeau du bien, nos bons Américains repartent à la guerre, cette fois-ci contre les tyrans du monde, dont un des chefs de file a été bien entendu Saddam Hussein.Aussitôt, la production hollywoodienne se met à l\u2019œuvre pour aviver la sympathie des profanes à l\u2019égard des arcanes de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient et de ceux qui guerroient au nom de la démocratie de libre marché.Ainsi, parmi de nombreux films, Le retour des braves (Home of the Brave) de Irwin Winkler convie le spectateur à se laisser berner par une historiographie de guerre mythique.D\u2019entrée de jeu, la première scène explique au spectateur qui aurait pu être encore sceptique en quoi consiste la résistance irakienne à la présence des soldats américains en Irak.Un médecin américain soigne un enfant irakien, en même temps que la mère de celui-ci hurle à tue-tête, parce qu\u2019elle ignore tout bonnement ce que l\u2019étranger tente de faire : prodiguer des soins à sa progéniture.Voilà, le mot est lâché qui explique tout: l\u2019ignorance.Les bons Américains ont en face d\u2019eux un peuple tellement ignorant qu\u2019il ne sait même pas ce qui est bien pour lui.Les scènes suivantes écartent d\u2019emblée tout malentendu quant à la mission des soldats : ces derniers ne sont pas là pour faire la guerre, mais pour contribuer à une mission humanitaire dont le noble objectif est la livraison de médicaments à des enfants irakiens d\u2019un village perdu dans le désert.Mais est-ce que le spectateur sait que ces images alimentent un mythe à mille lieues de la triste réalité qui a été engendrée par l\u2019embargo international contre l\u2019Irak, promu par le gouvernement des États-Unis, lequel a justement privé les enfants irakiens de médicaments et des biens de première nécessité et, de ce fait, a condamné à mort des centaines de milliers d\u2019entre eux?Enfin, parmi d\u2019autres personnages, le film s\u2019attarde sur celui d\u2019une soldate jeune, belle, courageuse.Bien entendu, celle-ci n\u2019a rien en commun avec la soldate Lynndie England qui a été impliquée dans des pratiques de traitements dégradants à l\u2019égard des prisonniers d\u2019Abu Ghraïb.La soldate hollywoodienne est humaine, attachante.Le spectateur est amené à se sentir proche d\u2019elle.Tout parent se reconnaîtrait dans ce personnage qui a quitté son fils pour gagner sa vie et qui compte les jours qui la séparent encore de son être cher.Si, dans la guerre en Irak, les Américains sont aussi bons que dans la guerre froide, les Irakiens ne sont pas aussi méchants que les Russes.Ils sont tout bonnement ignorants.Cela les rend inaptes à distinguer leurs alliés de leurs ennemis.De retour chez eux, les braves soldats se demandent si un jour le peuple irakien arrivera à comprendre ce qu\u2019ils sont venus faire dans leur pays, et s\u2019il érigera des statues à la mémoire des soldats qui l\u2019ont libéré.Le mythe est à son comble! Pour ceux qui cherchent plutôt un souffle de vérité, ils peuvent se tourner vers le documentaire de John Pilger, Paying The Price: Killing the Children of Iraq (Payer le prix: tuer les enfants d\u2019Irak).Il leur permettra de saisir l\u2019envergure d\u2019une destruction autant gratuite qu\u2019indicible de la société irakienne.\u2022 janvier-février 2008 RELATIONS DVD CHANGER LE MONDE: QUELLE DRÔLE D\u2019IDÉE?! RÉALISATION ET PRODUCTION : VIOLAINE BONNASSIES, JUDITH CAYER, MÉLINA MORIN ET MANUELA S.-TEIGELER, CANADA, 2007,52 MIN. Depuis 2001, le mois de janvier est marqué par le grand événement altermondialiste qu\u2019est le Forum social mondial (FSM).Cette année, celui-ci prend la forme d\u2019une semaine d\u2019action internationale culminant le 26 janvier, avant le prochain grand rendez-vous qui aura lieu à Belém, au Brésil, en 2009.Une façon de se plonger au cœur d\u2019une expérience qui se veut un processus est de visionner le documentaire Changer le monde: quelle drôle d\u2019idée?! On y découvre le caractère inédit de ces forums à travers l\u2019aventure d'une Québécoise, Manon Ruel, d\u2019une Malienne, Marna Coulibaly et d\u2019un Autochtone vénézuélien, Yannior Guiterrez, qui se rendent pour la première fois au Forum social mondial polycentrique de 2006 à Caracas et à Bamako.Réalisé et produit par le Collectif Musettes, formé de Violaine Bonnassies, Judith Cayer, Mélina Morin et Manuela Santiago-Teigeler, le film est militant avec un caractère informel sympathique.Une image vaut mille mots : les FSM opposent la diversité multicolore des peuples du monde à l\u2019image monochrome des élites dominantes rassemblées comme des pingouins en vestons-cravates au très sélect Forum économique de Davos, en Suisse.Davos constitue, comme on le sait, le rendez-vous des forces capitalistes face auxquelles le FSM se dresse pour parler de solidarité, de justice sociale et d\u2019une croissance qui aurait d\u2019autres objectifs muLtiméDias que l\u2019enrichissement d\u2019une minorité.Le film se fait le reflet de cela.Dans un mouvement de balancier entre le forum de Caracas et celui de Bamako, il alterne les séquences colorées filmées sur le terrain (ateliers, manifestations, etc.) avec de courts extraits d\u2019entrevues avec quelques-unes des figures connues de l\u2019altermondialisme d\u2019ici et d\u2019ailleurs (Riccardo Petrella, Robert Jasmin, Blanca Chancoso, Bernard Cassen, Maude Barlow, etc.).On retrace briève- heurtée à une tradition hiérarchique et verticale d\u2019organisation de la part des autorités vénézuéliennes.Tout le mérite du film réside dans cette volonté d\u2019embrasser large, de rendre compte des multiples composantes des FSM, quitte à ne pas pouvoir tout approfondir.Le pari était risqué et ambitieux à l\u2019échelle d\u2019une petite produc- àiï ' jêÉÊÉÊÊÊ*.a ment son histoire avec l\u2019un des ses fondateurs, le Brésilien Chico Whitaker, ainsi que sa philosophie, sa raison d\u2019être et les enjeux qui le traversent.Aminata Dramane Traoré, du Mali, y parle notamment de la dépossession qui caractérise une mondialisation qui se sert de l\u2019ouverture des marchés pour en fait piller et recoloniser les pays pauvres.Les réalisatrices se sont aussi appliquées à sortir du cadre du FSM pour se rendre là où les protagonistes du film vivent et s\u2019approcher de ceux et celles dont il est question dans ces forums : les pauvres, les autochtones, la majorité oubliée par la minorité possédante.Elles mettent en valeur la participation active des autochtones au FSM de Caracas et celle des plus démunis au FSM de Bamako, attestant du fait que ce ne sont pas que les seules élites intellectuelles progressistes qui s\u2019y rassemblent mais bien une diversité d\u2019acteurs sociaux.Le film suit également Manon Ruel au Campement intercontinental de la jeunesse de Caracas.Ces campements se déroulent en marge des forums sociaux depuis les tout débuts, rassemblant des milliers de jeunes.Ils cherchent à mettre en pratique les idées véhiculées au sein des FSM et sont basés sur les principes de l\u2019autogestion, de la coopération, de la responsabilité de chacun, de la démocratie participative et d\u2019une gestion écologique de l\u2019environnement.On verra que celui de Caracas fut assez épique, car cette volonté d\u2019autogestion s\u2019y est tion indépendante qui s\u2019est concrétisée grâce à la générosité de nombreuses personnes.Il est bien relevé et fait de ce document l\u2019un des rares sur le sujet des FSM - le tout fait au Québec de surcroît.Après des décennies marquées par la domination de systèmes de pensée dogmatiques, il n\u2019est pas toujours aisé d\u2019appréhender le pluralisme qui caractérise la mouvance altermondialiste et dont les forums sociaux sont l\u2019une des plus vibrantes expressions.Face au modèle monolithique qu\u2019offre un capitalisme triomphant basé sur la monoculture (à lire dans tous les sens du mot), le FSM oppose le «mouvement des mouvements», la diversité, la recherche de nouvelles convergences, la création d\u2019une nouvelle force inédite pour transformer la société.Tout au cours du film, les réalisatrices mènent un vox pop pour savoir si les FSM changent le monde.La réponse?Ils ne changent peut-être pas le monde, mais tous ceux et celles qui y participent trouvent là une formidable source de motivation et un processus leur permettant de sortir de l\u2019isolement et de consolider leurs connaissances et leurs réseaux.L\u2019enjeu est dans leur capacité de se propulser ensuite dans le partage des fruits de cette expérience avec tous ceux et celles qui ne peuvent y prendre part et qui changent tout autant le monde quotidiennement, de mille façons.CATHERINE CARON RELATIONS janvier-février 2008 EH LivR.es f^T\tFLAMENCO DANS L\u2019ÉGLISE Camille de Villeneuve VIERGES OU MÈRES - QUELLES FEMMES VEUT L\u2019ÉGLISE?Paris, éd.Philippe Rey, 2007, 190 p.Camille de Villeneuve est originaire de France; elle a 25 ans.La lectrice et le lecteur avisés seront agréablement surpris par le petit air de nouveauté et de fraîcheur qui traverse ce volume, probablement dû à la particularité de sa culture française et de son jeune âge.Au premier abord, le chapitre d\u2019introduction m\u2019a plutôt donné le goût de sortir de la lecture.Des phrases comme « L\u2019Église a un problème avec la femme.Mais elle n\u2019a pas à rougir face à ceux qui l\u2019accusent [.] Où est donc sa misogynie?» (p.17-18) et «Pourtant la masculinité de la hiérarchie n\u2019engendre pas un discours inégalitaire sur l\u2019homme et la femme» (p.24).m\u2019ont confondue.Étais-je en train d\u2019entrer dans un autre de ces écrits racoleurs devant les positions discriminatoires de l\u2019Église en regard des femmes?Mais, surprise! Au détour d\u2019une phrase étonnante, la réflexion bascule complètement: «L\u2019Église est une femme, dit le catholicisme.Une femme peut-être, mais alors pas comme nous, femmes du XXIe siècle» (p.26).Commencent alors quatre parties toutes marquées par une analyse caustique basée sur une expertise historique et théologique judicieuse et alliée à une lucidité clairvoyante du monde moderne.J\u2019ai été particulièrement charmée par un humour délicieux, ironique parfois, mais qui ne manque pas de faire sourire tout en appuyant fort justement le propos.L\u2019auteure critique les principaux textes de Jean-Paul II et du cardinal Ratzinger/Benoît XVI concernant les femmes.Elle dénonce le « symbolisme douteux» de l\u2019anthropologie papale en discutant, d\u2019une façon particulière- m janvier-février 2008 RELATIONS Camille de Villeneuve Vierges ou mères Quelles femmes veut l\u2019Église ?ment percutante, l\u2019image sacralisée du couple Christ/Église dans laquelle l\u2019homme représente le visage indéfectible, pur et doux de l\u2019Époux divin et la femme, la figure mouvante, nébuleuse et infidèle de l\u2019Église épousée.Ce symbole, érigé en modèle d\u2019engagement, fait en sorte que malgré le travail de trois générations de féministes, « on en est encore au flamenco dans l\u2019Église.L\u2019homme est ce pôle inamovible, tapotant dans ses mains, l\u2019œil faussement dédaigneux, pendant que la femme l\u2019enveloppe de ses langueurs chaloupées, la putal » (p.38).Camille de Villeneuve montre bien le rejet, voire l\u2019hostilité manifestée par le Vatican contre l\u2019analyse structurelle du «genre», initiée par les anglo-saxonnes et développée par les féministes québécoises au cours des années 1990.Elle s\u2019arrête également aux deux thèmes choisis pour le titre du volume (un peu trop restrictif, à mon avis) : la maternité et la virginité qu\u2019elle intitule «les deux mamelles de la femme».Elle y dispute l\u2019amalgame problématique que représentent encore dans la théologie catholique le désir sexuel, le péché originel et le dogme de l\u2019immaculée conception.Elle rappelle combien la peur du corps des femmes obnubile et paralyse l\u2019inconscient ecclésial et entretient des blocages autour de la contraception, de l\u2019avortement et de l\u2019homosexualité.La troisième partie, intitulée «Où sont les femmes prêtres?», aborde la question controversée de l\u2019ordination des femmes devant laquelle on sent la jeune auteure encore en questionnement.En finale sont présentés des témoignages de femmes engagées dans l\u2019Église de France.Si on se fie à l\u2019admiration que Camille de Villeneuve leur voue, on peut espérer qu\u2019une relève se prépare et que celle-ci, libre et avertie, gardera vive l\u2019intelligence d\u2019un féminisme authentiquement chrétien.Toute personne intéressée à la question trouvera dans ce volume matière à réflexion et plaisir de lire.LISE BARONI DANSEREAU UNE VIEILLE QUERELLE Jacques Arnould DIEU VERSUS DARWIN.LES CRÉATION NISTES VONT-ILS TRIOMPHER DE LA SCIENCE?Paris, Albin Michel, 2007, 317 p.Il y a longtemps que la querelle dure.Depuis Galilée en quelque sorte, mais surtout depuis Darwin et sa première formulation de la théorie de l\u2019évolution des espèces.La querelle oppose le monde scientifique - et celui de l\u2019enseignement - et les partisans d\u2019une conception de l\u2019histoire de la vie qui prend au pied de la lettre les récits bibliques, particulièrement ceux des onze premiers chapitres de la Genèse (la création en six jours ou six étapes, la fixation des espèces depuis l\u2019origine, le temps long ou court de la Terre, le déluge, etc.).D\u2019un côté donc, les tenants d\u2019une étude systématique et scientifique de la Terre et de la vie qui, au plan de la méthode, fait abstraction de Dieu et cherche à identifier les causes et les mécanismes sous-jacents aux phénomènes observés.De l\u2019autre côté, des tenants de la vérité du texte biblique, de son inerrance intrinsèque et d\u2019une lecture littérale du texte et qui cherchent donc à retracer dans l\u2019histoire de la vie les interventions précises de Dieu 1 Jacques Arnould * Les créationnistes vont-ils triompher de* la science 3 en concordance avec le récit biblique.On les appelle les créationnistes, créationnistes stricts ou purs et durs, évolutionnistes déistes, etc.Aujourd\u2019hui, il est question de dessein intelligent (intelligent design) que les créationnistes veulent voir enseigner comme l\u2019antithèse de la théorie dite athée de l\u2019évolution. LiVR.es Dominicain, théologien et historien des sciences, Jacques Arnould fait le tour du dossier.Après une brève typologie des créationnistes, il fait le point sur le débat qui a cours aux États-Unis, incluant les procès pour permettre ou interdire l\u2019enseignement de Darwin et de l\u2019évolutionnisme dans les écoles.Suivent un court chapitre sur l\u2019Australie, un autre plus étoffé sur le débat en France, un bref survol de différents pays et un chapitre sur le monde musulman (principalement la Turquie).Après cet état des lieux (environ 140 pages), l\u2019auteur s\u2019attarde au contenu même de la controverse, sur les arguments des uns et des autres ainsi que sur les tactiques et stratégies argumentaires utilisées, pas toujours glorieuses.À noter son analyse du livre de Dembski sur l\u2019intelligent design (p.196-204) et sur le contexte du débat aux États-Unis (p.205-210).Le chapitre 9 s\u2019attarde sur la Bible et ses lectures.Il semble évident que la tradition réformée de la sola scriptum prête flanc à des lectures de type fondamentaliste du texte.Au chapitre 10, l\u2019auteur montre que le combat contre Darwin et pour le créationnisme correspond aussi aux États-Unis à un effort désespéré pour sauver la religion, la morale et les valeurs américaines.Le catholicisme n\u2019est pas épargné non plus de la tentation de recourir au créationnisme.Au chapitre 11, l\u2019auteur explicite sa propre position.Croyant, il estime que l\u2019on n\u2019a pas à choisir Dieu ou Darwin, l\u2019un contre l\u2019autre, mais l\u2019un et l\u2019autre.La démarche scientifique est rigoureuse, rationnelle, et ses résultats sont sans cesse «révisables».La démarche religieuse s\u2019inscrit dans une quête de sens et dans une expérience souvent douloureuse.«La foi du chrétien ne repose pas sur les preuves assurées et intangibles de l\u2019existence de Dieu; la foi du chrétien est mise à l\u2019épreuve [.] au cœur d\u2019un monde dont je dis qu\u2019il est créature de Dieu» (p.272).L\u2019auteur s\u2019inscrit dans la mouvance de Teilhard de Chardin.L\u2019espace me manque pour dire tout le bien que je pense de ce livre.D\u2019abord il est bien documenté et repose sur une bibliographie en langues française et anglaise qui m\u2019a paru solide et maîtrisée.Ensuite, le livre est clair, pédagogique et respectueux des positions qu\u2019il décrit.Les avatars du créationnisme vers le fascisme et le racisme sont très inquiétants.Enfin, au plan théologique, je partage l\u2019opinion de l\u2019auteur qu\u2019il faut tenir à la fois Dieu et Darwin sans complexe ni réticence.L\u2019inquiétude de bien des gens face à la science et à son athéisme méthodologique (qui vire souvent en athéisme confessé dans le cadre de l\u2019enseignement) exigera de notre part un immense effort d\u2019approfondissement pour mieux penser la science et la pluralité des rationalités et des savoirs.Dans ce contexte, le livre de Jacques Arnould arrive à point nommé.ANDRÉ BEAUCHAMP LA SAINTE SAUVAGESSE Allan Greer CATHERINE TEKAKWITHA ET LES JÉSUITES - LA RENCONTRE DE DEUX MONDES (traduit de l\u2019anglais par Hélène Paré), Montréal, Boréal, 2007, 362 p.Deux mondes se rencontrent dans la puissance évocatrice de l\u2019expression « la saincte sauvagesse » que le jésuite Claude Chauchetière associe au nom de l\u2019agnière Catherine Tekakwitha (ou Tegakouita) en 1685.La formule avait proprement valeur d\u2019oxymore au XVIIe siècle, le « saint » et le « sauvage » étant demeurés, dans les esprits, aussi peu conciliables que paraissaient l\u2019être alors l\u2019Européen et le «barbare», la vertu chrétienne et le paganisme.Catherine Tekakwitha a commencé à fréquenter les Jésuites en 1675, à l\u2019âge de 18 ans, et elle a reçu le sacrement du baptême à Gandaouagué, le dimanche de Pâques de l\u2019année suivante.Agnière convertie au catholicisme, elle embrasse deux cultures, deux identités, dont rendent compte les deux noms qu\u2019elle a reçus au baptême, suivant la tradition qui s\u2019observait au sein des communautés chrétiennes autochtones: un nom chrétien, Catherine, donné par l\u2019Église, en mémoire de Catherine de Sienne, et un nom iro-quois, Tekakwitha, choisi par les femmes du clan et par lequel s\u2019opère l\u2019incarnation d\u2019un défunt ressuscité.Grâce aux récits très différents que le Allan GREER CATHERINE TEKAKWITHA ET LES JÉSUITES [i \u2022>-, père Claude Chauchetière (son premier biographe) et le père Pierre Cholenec (son confesseur) en ont laissés, la vie de Catherine a servi à l\u2019édification des chrétiens autochtones et non autochtones, de même que sa mort extraordinaire survenue le 17 avril 1680.À peine Catherine est-elle entrée dans la mort que son visage et son corps se sont couverts d\u2019une beauté nouvelle et d\u2019une aura de sainteté qui ont saisi ceux qui l\u2019ont vue mourir.C\u2019est la rencontre religieuse franco-iroquoise que l\u2019historien Allan Greer explore dans des pages prudentes où il refuse de se livrer, comme trop d\u2019historiens l\u2019ont fait souvent, à la valorisation inconditionnelle de l\u2019Européen.L\u2019auteur présente, au premier plan, le jésuite Claude Chauchetière, prompt à faire valoir la sainteté de Catherine Tekakwitha, et cette vierge iroquoise, qui donne aujourd\u2019hui un visage -féminin - à la foule anonyme des convertis de la Nouvelle-France.Allan Greer insiste sur la réciprocité de leurs influences, de telle sorte que les supériorités européennes et les infériorités indigènes fondent au profit de l\u2019objectivité.Dans cette double biographie, qui dépasse par ailleurs largement le cadre biographique, l\u2019auteur aborde le clivage des genres (récit RELATIONS janvier-février 2008 JJj LiVR.es hagiographique, chronique, biographie historique) avec la précaution essentielle qu\u2019imposent les récits touchant à la vie des saints (à ce jour, la « Bienheureuse » Catherine Tekakwitha n\u2019a toujours pas été canonisée).Allan Greer se propose de la «ramener sur terre», dans un contexte historique précis, celui de l\u2019Amérique du Nord de l\u2019époque coloniale {cf p.10).Et il y parvient sans occulter son mysticisme et celui de Chauchetière, sans affadir la piété de l\u2019ascète iroquoise qui s\u2019impose, avec et à l\u2019exemple d\u2019autres femmes, la virginité perpétuelle et des mortifications sévères.L\u2019ouvrage compte huit chapitres, une préface méthodique et un épilogue original, dans lequel l\u2019historien raconte comment, au cours de la dernière décennie, il a parcouru les lieux actuels de la dévotion à Kateri Tekakwitha (depuis qu\u2019une biographe américaine l\u2019a rebaptisée ainsi, à la fin du XIXe siècle, à dessein, entre autres, de mieux faire sentir son indianité, le nom «Kateri» s\u2019est imposé et a remplacé le nom «Catherine»).Ainsi, le lecteur sent-il que la dévotion à la vierge iroquoise est encore bien vivante.JOHANNE BIRON HAÏTI CHÉRIE! Sauveur Pierre Étienne L\u2019ÉNICME HAÏTIENNE.ÉCHEC DE L\u2019ÉTAT MODERNE EN HAÏTI Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2007, 355 p.Ce qui est intéressant dans ce livre, c\u2019est d\u2019abord la question qu\u2019il pose : pourquoi l\u2019État moderne n\u2019a-t-il pu être implanté en Haïti, 200 ans après l\u2019indépendance?Sauveur Pierre Étienne tente d\u2019y répondre en soumettant « l\u2019énigme haïtienne » à l\u2019épreuve de la sociologie historique.Son essai couvre toute la période de la colonie de Saint-Domingue et de la Haïti postcoloniale (1497-2004).Dans cette per- m janvier-février 2008 RELATIONS spective de la longue durée, la question de l\u2019auteur se précise : comment expliquer que Haïti indépendante n\u2019ait pas réalisé, en débouchant sur un État de type européen, les virtualités de la colonie française dotée par sa métropole d\u2019une organisation économique, politique et sociale moderne?Comment comprendre qu\u2019aujourd\u2019hui, deux siècles plus tard, ce pays symbolise l\u2019échec?Pour tenter de répondre à la question, l\u2019auteur met en relation «trois variables»: élites politiques, État et rapports transnationaux de pouvoir.L\u2019énigme haïtienne Échec de l'État moderne en Haït! mm.L\u2019échec de l\u2019implantation du modèle d\u2019État européen en Haïti, explique-t-il, résulte des décisions prises par les élites politiques, dans un cadre contraignant sur les plans interne et externe.Pour mener à bien sa réflexion, il recourt à la sociologie historique de Max Weber et à sa sociologie de la domination.Il retient de lui la conception de l\u2019État détenteur du monopole de la violence légitime et la notion de domination patrimoniale.Il conçoit lui-même l\u2019État haïtien comme un État néo-patrimonial reposant sur le pouvoir personnel et opposé à l\u2019État moderne fondé sur la rationalité et l\u2019exercice du double monopole de la violence légitime et de la fiscalité.Avec cet outillage théorique et méthodologique, l\u2019auteur entreprend l\u2019étude de l\u2019implantation et de la consolidation de l\u2019État néo-patrimonial haïtien (1804-1858), puis du processus de sa désintégration jusqu\u2019à l\u2019occupation étatsunienne (1859-1915), toujours à la lumière des décisions des élites politiques locales et des rapports de pouvoir internationaux.D\u2019un régime autoritaire à l\u2019autre, toujours le même diagnostic simple: l\u2019État néopatrimonial n\u2019a pas pu exercer le double monopole de la violence légitime et de la fiscalité et a donc échoué à implanter l\u2019État moderne.Par contre, l\u2019occupant a réussi cet exercice de double monopolisation, en plus de moderniser les appareils de l\u2019État et d\u2019assurer une démocratie procédurale (1915-1934).L\u2019auteur a dû admettre la « construction d\u2019un État à l\u2019allure moderne».Alors! Et si la solution du problème de la société haïtienne ne consistait pas simplement à construire un État moderne défini par le seul exercice du monopole de la violence et de la fiscalité?La question n\u2019a point retenu l\u2019attention du chercheur.Il a poursuivi calmement sa démarche, soulignant le retour de l\u2019État néopatrimonial au départ de l\u2019occupant jusqu\u2019à son effondrement en 1994 et l\u2019échec achevé de l\u2019implantation de l\u2019État moderne en Haïti.Le politologue tire le rideau de deuil sur le constat d\u2019échec et ferme son essai par une conviction : il faut construire un pays pour tous, par la « refondation de l\u2019État-nation impliquant une société inclusive.[et] l\u2019État démocratique de droit».Comment relever ce défi?Conformément à sa vision technocratique, il conclut que la réponse «incombe au technocrate, à l\u2019expert en ingénierie politique».Pourquoi la non émergence de l\u2019État moderne?Intéressante question! Question problématique, intéressée à l\u2019absence de ce qui aurait dû être.Mais, pourquoi ne pas plutôt chercher à comprendre ce qui est, à savoir la persistance pendant deux siècles de la société d\u2019exclusion et de l\u2019État prédateur auxquels fait parfois allusion le chercheur?Bref, un livre académique richement documenté, adapté d\u2019une thèse de doctorat bien soutenue.FRANKLIN MIDY Prochain numéro Le numéro de mars de la revue Relations sera disponible en kiosques et librairies dès le 1er mars.Profitez-en pour le réserver.Il comprendra notamment : \u2022\tun dossier sur l\u2019esclavage moderne.Au cours des dernières décennies, la situation des enfants-soldats, des esclaves sexuelles et des petites domestiques, entre autres, nous ont rappelé que malgré l\u2019abolition de l\u2019esclavage et l\u2019adoption des conventions internationales en la matière, de nombreuses formes d\u2019esclavage persistent.Quels sont les causes, les diverses facettes et les moyens de lutter contre ce phénomène qui, selon les Nations unies, touche 12 millions de personnes sur tous les continents et dans la plupart des pays, incluant le nôtre?\u2022\tune controverse sur les changements climatiques : l\u2019alarmisme est-il une bonne stratégie?; Baz Shamoun, The Broken man: Aquarelle 8, Étude préparatoire, 22 x 28 cm, 2003 \u2022\tla suite de la chronique littéraire de Ying Chen, illustrée par le photographe Zohar; \u2022\tles œuvres de notre artiste invité, Baz Shamoun.Recevez par courriel, peu avant sa parution, le sommaire détaillé du numéro en vous inscrivant à la liste d\u2019envoi.Pour ce faire, écrivez votre adresse au lieu indiqué sur la page d\u2019accueil de notre site Internet : www.revuerelations.qc.ca.ReLatiONS\t\t\t \tOui.ie désire un abonnement de\tanisï.au\t\tmontant de\t$ société politique religion\tNOM\t\t 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES\tADRESSE\t\t \tVILLE\t\t ABONNEZ-VOUS.\tCODE POSTAL\tTÉLÉPHONE (\t) Un an : 35 $ Deux ans : 65 $ À l\u2019étranger (un an) : 45 $\tle désire également envover un abonnement de .\t\tan (s), au montant de\t$ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : too $ (un an)\tà la personne suivante : NOM\t\t par téléphone : 514-387-2541\tADRESSE\t\t par télécopieur : 514-387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : Relations ClinptfP Thihqi ilf\tVILLE\t\t \tCODE POSTAL\tTÉLÉPHONE (\t) \tMontant total :\t$ Je paie par chèque\t(à l\u2019ordre de Relations) D 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6\tNUMÉRO DE IA CARTE\tou par Visa O\t www.revuerelations.qc.ca\tEXPIRATION\tSIGNATURE\t RELATIONS janvier-février 2008 LE CERVEAU A BESOIN D'EXERCICE QUOTIDIEN.-?- LE DEVOIR EST PUBLIÉ TOUS LES JOURS.LEjMffi ?On n\u2019est jamais trop curieux ?"]
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