Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 2008-03, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Kenya : les racines d\u2019une crise ReLatiONS société politique religion NuméRO 723 maRS 2008 L\u2019esclavage aujourd\u2019hui Les 25 ans du Centre justice et foi Le droit ne suffit pas Portrait de la traite au Canada La filière infernale de la prostitution Les enfants esclaves L\u2019appel à la libération 5 4.95 $ ARTISTE INVITÉ : BAZ SHAMOUN 06538527434703 ReLatiONS NuméRO 723, maRS 2008 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS Solidarité Fwontalye\t9 Kénel Senatus, s.j.EN BREF\t27 AILLEURS Kenya: les racines d\u2019une crise\t28 Fodé-Moussa Keïta CONTROVERSE Changements climatiques: faut-il être alarmiste?André Beauchamp\t30 Catherine Caron\t31 REGARD Les 25 ans du Centre justice et foi\t32 Jean-Marc Biron PROMENADES Grain de sable\t36 Ying Chen BLOC-NOTES La mutation des symboles\t38 Guy Paiement MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture: Baz Shamoun, sans titre (projet L\u2019Homme brisé) 2004, aquarelle sur papier, 21,5 x 28 cm dOSSieR L\u2019ESCLAVAGE AUJOURD\u2019HUI Au cours des dernières décennies, la situation des enfants soldats, des esclaves sexuelles et des petites domestiques, entre autres, nous a rappelé que, malgré l\u2019abolition de l\u2019esclavage et l\u2019adoption des conventions internationales en la matière, de nombreuses formes d\u2019esclavage persistent.Quels sont les causes, les diverses facettes et les moyens de lutter contre ce phénomène qui, selon les Nations unies, touche 12 millions de personnes sur tous les continents et dans la plupart des pays, incluant le nôtre?Ce dossier aborde ce sujet troublant.Le droit ne suffit pas\t12 Gaëlle Breton-Le Goff Les différentes formes d\u2019esclavage\t12 Les principales conventions\t14 Portrait de la traite au Canada\t15 Sigalit Gai et Jill Hanley La servitude domestique\t16 Louise Dionne La filière infernale de la prostitution\t18 Richard Poulin Les enfants esclaves\t21 Michel Bonnet L\u2019appel à la libération\t24 André Myre Les Églises et la lutte contre l\u2019esclavage\t25 Gregory Baum ARTISTE INVITÉ Baz Shamoun est un cinéaste et un peintre originaire de la communauté assyrienne d\u2019Irak.Sa famille, décimée par les assassinats commis sous Saddam Hussein, a jugé nécessaire de l\u2019envoyer, à 13 ans, trouver refuge en Tchécoslovaquie.Il a étudié le cinéma à l\u2019Université Karlova de Prague.Sa production filmique s\u2019est démarquée dès La Terre et l'Argile (1997), scénarisé en collaboration avec le poète Serge Patrice Thibodeau, par sa vive sensibilité aux dimensions intérieures des réalités humaines.Où est l\u2019Irak?(2004), tourné en Jordanie, capte le désarroi des Irakiens refoulés par la guerre aux frontières de leur propre pays.Monologue (en montage) illustre la quête spirituelle des jeunes de la rue de Montréal.La plupart des œuvres reproduites dans ce numéro ont été réalisées dans l\u2019horreur des débuts de la guerre d\u2019Irak, en vue d\u2019un projet d\u2019exposition multidisciplinaire intitulée L\u2019Homme brisé.Revue foNüée eN 1941 Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Marco Veilleux SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Catherine Caron DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Goldstyn, Zohar RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Louise Dionne, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Marc-André Gagnon, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Guy Paiement, Sylvie Paquerot, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Ying Chen, Jean-Marc Éla, Osire Glacier, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau IMPRESSION Impart Litho, Victoriaville Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 45 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.Canada Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 mars 2008 RELATIONS Baz Shamoun, sans titre (projet L'Homme brisé), 2004, aquarelle sur papier, 21,5 x 28 cm Un rapport complaisant JEAN-CLAUDE RAVET Le rapport du Groupe d\u2019experts indépendant sur le rôle futur du Canada en Afghanistan, mieux connu sous le nom de rapport Manley, plaide pour le maintien des forces armées canadiennes à Kandahar, au-delà de 2009.Certes, il pose certaines conditions - par exemple, 1000 soldats supplémentaires, plus d\u2019hélicoptères - mais celles-ci ne devraient pas être très difficiles à remplir.Il va tellement dans le sens des idées de Stephen Harper que celui-ci a décidé de jouer son gouvernement minoritaire sur le vote des parlementaires sur cette question.Le Parti libéral décidera-t-il de déclencher des élections, en mars, en votant contre la motion?Il faudrait pour cela du courage politique, ce dont le chef libéral semble totalement dépourvu, pour remettre en question la nouvelle politique militaire canadienne, axée sur des actions offensives et alignée sans grande retenue sur la politique étrangère des États-Unis.C\u2019est précisément sous le gouvernement libéral de Paul Martin que cette politique s\u2019est matérialisée à Kandahar.La position de faiblesse des libéraux a été mise en scène, de manière éloquente, peu de temps après la parution du rapport Manley, avec la sortie publique de celui qui est le farouche maître d\u2019œuvre de ce tournant militariste, le général Rick Hillier, chef des forces armées.Il se permettait l\u2019outrecuidance - digne de régimes suspects aux frontières poreuses entre l\u2019armée et le pouvoir politique - de rabrouer publiquement la position actuelle des libéraux voulant que l\u2019armée se retire des combats.Comme un chef de meute, il aura voulu marquer, le rapport à l\u2019appui, son ascendance devant des rivaux politiques et les remettre à leur place.Certes, le rapport Manley souligne les failles de la mission en Afghanistan, les incertitudes quant à son issue, la montée de la corruption, l\u2019aggravation de l\u2019insécurité et des combats, malgré plusieurs années d\u2019intervention militaire.Mais cela ne pèse guère dans l\u2019évaluation.Le parti pris est manifeste, tant y suinte l\u2019injonction de préserver la «réputation» et la crédibilité du Canada à l\u2019échelle internationale, en ne rompant pas les rangs.Ainsi, aucun écho dans ce rapport -et pourtant la voix des ONG est loin d\u2019être restée muette à ce sujet - à propos des dures critiques sur l\u2019intervention humanitaire des militaires, qui court-circuite plutôt qu\u2019elle ne soutient la tâche des ONG, en entachant la neutralité essentielle à leur travail.Par contre, on insiste sur des «améliorations tangibles», ce qui a pourtant beaucoup à voir avec l\u2019action des ONG sur le terrain (augmentation du nombre d\u2019écoliers, notamment des filles, de routes construites, etc.), comme un facteur déterminant pour ne pas remettre en cause la présence militaire - et ce, malgré « l\u2019insécurité grandissante» qui a pourtant, elle, tout à voir avec cette présence! Tout au long du rapport, on insistera aussi sur le fait que la présence des militaires canadiens répond à une demande d\u2019un gouvernement démocratiquement élu, aux prises avec des insurgés.Comme si ce gouvernement n\u2019était pas en bonne partie la création des forces d\u2019occupation.Comme si les seigneurs de la guerre - ceux-là qui semèrent la terreur en Afghanistan avant l\u2019arrivée des talibans et qui sont actuellement les premiers responsables de la production croissante d\u2019opium - n\u2019en faisaient pas partie.Rien sur le lien entre «la corruption généralisée» et le gouvernement.Ce n\u2019est, à en croire le rapport, qu\u2019affaire de fonctionnaires.Ce sont de telles lacunes qui rendent les recommandations de ce rapport biaisées et faites sur mesure pour permettre un terrain d\u2019entente entre Stephen Harper et le chef de l\u2019opposition.Mais devrions-nous nous en surprendre?Si le Groupe d\u2019experts est bien indépendant, il est moins sûr que les experts le soient.Francis Dupuis-Déri, dans Le Devoir du 28 janvier, faisait remarquer les liens suspects qu\u2019entretiennent certains d\u2019entre eux avec l\u2019industrie d\u2019armement.Quoi qu\u2019il en soit, le rapport laisse intact - masqué - le fond du problème : le cautionnement de la guerre humanitaire, et son corollaire, la militarisation de l\u2019humanitaire.C\u2019est là la nouvelle forme de colonialisme déguisé qui est ici promue comme politique étrangère.C\u2019est l\u2019occupation militaire des terres utiles stratégiquement qui intéresse, avec en sus l\u2019installation en façade de gouvernements « démocratiquement élus ».On lira le rapport 2008 de Human Rights Watch () pour se convaincre que cette «parodie démocratique » a un bel avenir devant elle.Mais ne nous y trompons pas : ce qui constitue l\u2019enjeu central des débats actuels sur le rôle et la présence des militaires canadiens et québécois en Afghanistan, c\u2019est précisément le fait que ce questionnement soit l\u2019objet de débats politiques, non seulement au parlement mais dans l\u2019espace public.C\u2019est une nouveauté dérangeante.La politique militaire élaborée en coulisses et appliquée à l\u2019Afghanistan, peut changer si la sphère politique a le courage de prendre des décisions.politiques.Mais ce courage, il ne lui viendra que par nos voix.RELATIONS mars 2008 actuaütes Prendre les journalistes Guerre et propagande vont de pair.Tout un défi pour des médias de plus en plus « intégrés » aux opérations militaires, et ce, dès les bancs d\u2019école.au L\u2019auteure, étudiante à la maîtrise à l'ÉNAP, détient un baccalauréat en journalisme de l'UQAM; elle a participé à un stage au sein des Forces canadiennes en 2007 PASCALE SÉVIGNY X A l\u2019heure où le resserrement de l\u2019accès à l\u2019information exercé par le bureau du premier ministre Stephen Harper s\u2019accentue, les stratèges des Forces canadiennes déploient quant à eux une énergie considérable à redorer l\u2019image de l\u2019armée.Ils s\u2019activent non seulement auprès des grands médias, mais également dans les écoles de journalisme.Cap sur Wainwright, un village tout ce qu\u2019il y a de plus ordinaire, situé à mi-chemin entre Calgary et Edmonton, en Alberta.Pourtant, chaque année, des milliers de Canadiens font le voyage jusqu\u2019à Wainwright.avant de s\u2019envoler vers Kandahar, en Afghanistan.La base des Forces canadiennes y berceau accueille, environ trois fois l\u2019an, des convois de soldats venus prendre part à l\u2019étape préparatoire ultime avant d\u2019obtenir le feu vert pour aller combattre dans ce pays où les troupes canadiennes sont déployées depuis 2001.Au cours de cet exercice d\u2019une durée d\u2019un mois, tous les aspects d\u2019une mission sont simulés.Ainsi, en franchissant la guérite qui donne accès à la base, on n\u2019est plus à Wainwright, mais bien au sud-est de Kaboul.Rien n\u2019est C^cp£T'//j mars 2008 RELATIONS actuaütes laissé au hasard pour rendre cette mise en scène crédible, de la recréation de la base de Kandahar Air Field à celle de Nathan Smith, en passant par l\u2019érection de nombreux petits villages qui existent réellement dans ce pays de dunes et de sable.Les militaires s\u2019entraînent dans ce décor plus vrai que nature à combattre de faux talibans, mais aussi à construire des écoles et des postes de police, à distribuer de la nourriture et prodiguer des soins médicaux.Évidemment, ce scénario ne serait pas complet sans les médias, désormais omniprésents sur le théâtre des opérations en Afghanistan.Et c\u2019est là qu\u2019entrent en scène les étudiants en journalisme.Pour jouer le rôle des médias, les porte-parole de l\u2019armée canadienne, ou plutôt des Forces canadiennes - le terme «armées» ayant été évacué en douce de leur nom officiel - sillonnent le pays et recrutent des étudiants dans les meilleures écoles de journalisme.Les heureux élus auront ainsi l\u2019opportunité de se glisser dans la peau d\u2019un journaliste appelé à travailler en zone de conflit, avec le danger en moins et la promesse d\u2019une généreuse rémunération à la fin.Les représentants des Forces ne ménagent pas les courbettes pour séduire les étudiants, faisant valoir que le programme s\u2019inscrit dans une volonté de l\u2019armée de faire preuve d\u2019une plus grande transparence et de faciliter l\u2019accès du public à l\u2019information.Or, la réalité est tout autre.Dès le début de l\u2019aventure, le ton est donné: «Vous êtes ici pour montrer les bons côtés des Forces canadiennes et nous souhaitons que vous repartiez de Wainwright avec une image positive de l\u2019armée que vous propagerez dans le cadre de vos futures fonctions.» Pour survivre à ce stage et espérer s\u2019en sortir avec un bon résultat, les étudiants doivent ainsi oublier tout ce qu\u2019ils ont appris dans le cadre de leur formation.Ils doivent mettre de côté leur curiosité, leur esprit critique, leur sens de l\u2019analyse et ne pas chercher à approfondir un sujet, ni aller au-delà du mandat prescrit.À défaut de respecter les règles, c\u2019est la censure, la sanction, voire l\u2019expulsion qui guette les stagiaires.Derrière sa prétendue volonté de collaborer de façon plus harmonieuse avec les médias et d\u2019offrir au public toute l\u2019information à laquelle il a droit, le programme de stage pour étudiants en journalisme au sein de l\u2019armée poursuit ainsi deux véritables objectifs.D\u2019abord, on veut former - pour ne pas dire « dresser » - de futurs journalistes-marionnettes afin qu\u2019ils se contentent de rapporter les propos officiels véhiculés par les Forces canadiennes.Ensuite, il s\u2019agit d\u2019entraîner les officiers d\u2019affaires publiques, chez qui c\u2019est souvent loin d\u2019être naturel, à parler aux médias et à faire passer efficacement leur message.Le plus étonnant, c\u2019est que cette stratégie semble porter ses fruits.Plusieurs étudiants sortent en effet de cette expérience avec une image plus positive de l\u2019armée et la conviction qu\u2019il conviendrait d\u2019insister davantage sur ses bons coups et ses réussites.Dans un contexte où le gouvernement Harper est régulièrement blâmé pour son attitude hostile envers les médias et son contrôle peu démocratique de l\u2019information, l\u2019existence de telles pratiques a de quoi inquiéter et doit être dénoncée.\u2022 Les exigences du pardon La lettre ouverte de l\u2019archevêque de Québec pourra-t-elle déboucher sur une démarche de réconciliation aussi crédible que celle que nous avons déjà connue dans l\u2019Église du Québec?GISÈLE TURCOT Par l\u2019ampleur de la réaction qu\u2019elle a provoquée dès sa publication dans les quotidiens francophones en novembre dernier, aussi bien que par son contenu, la Lettre ouverte aux catholiques du Québec du cardinal Marc Ouellet mérite réflexion.Présentée quelques jours après le mémoire qu\u2019il adressait à la Commission Bouchard-Taylor, celle-ci reprenait le même diagnostic sur la société québécoise et réclamait encore une fois un espace pour l\u2019enseignement religieux confessionnel à l\u2019école publique.Dans la mesure où l\u2019archevêque s\u2019adresse non seulement aux fidèles de son propre diocèse mais à tous les catholiques québécois, comment peut-il agir en faisant fi de la position de ses confrères évêques - dont il a pris ses distances en matière d\u2019éducation?Sa demande de pardon aurait certainement gagné en crédibilité si elle n\u2019avait pas été jumelée à cette revendication de rétablir en milieu scolaire une formule non retenue après vingt-cinq ans de négociations entre l\u2019épiscopat et le gouvernement.Cela dit, reconnaissons qu\u2019une demande de pardon venant d\u2019un cardinal n\u2019est pas un geste banal.Elle L\u2019auteure, coordonnatrice du groupe Antennes de paix à Montréal, a été secrétaire générale de l\u2019épiscopat du Québec de 1980 à 1983 RELATIONS mars 2008 actuaLites L\u2019auteure, juriste, a travaillé comme stagiaire en droit auprès des communautés autochtones du Consejo indfgena popular de Oaxaca « Ricardo Florès Magôn » en 2006 s\u2019inscrit, comme l\u2019affirme son auteur, dans la foulée des actes de repentance de Jean-Paul II pour guérir la «mémoire blessée».Mgr Ouellet fait le relevé des fautes qui ont terni l\u2019image de l\u2019Église et du clergé catholique avant 1960: abus d'autorité épiscopale, indifférence envers le racisme et l\u2019antisémitisme, scandale des abus sexuels, non-reconnaissance des droits des femmes, des autochtones, des homosexuels, etc.En concluant cet aveu par un retentissant « Pardon pour tout ce mal! », il invite le peuple québécois à se réconcilier avec son héritage judéo-chrétien afin - dit-il - de sortir du « vide spirituel » qui l\u2019anémie et handicape sa confiance en l\u2019avenir.Cela suffira-t-il à tourner la page et à reprendre tout de go la marche au pas dans notre Église et notre société?En nous inspirant de la réflexion préparatoire au Grand Jubilé de l\u2019an 2000 menée par la Commission théologique internationale (Mémoire et réconciliation - L\u2019Église et les fautes du passé, Cerf, 2000, 94 p.), force est de constater que d\u2019importantes étapes restent à franchir.Premier pas d\u2019une démarche de réconciliation: l\u2019appel au jugement d\u2019historiens indépendants à qui l\u2019on demande d\u2019établir les faits et d\u2019en attribuer les responsabilités.Or, en ce qui concerne l\u2019histoire du Québec qui précède la Révolution tranquille, période visée par la lettre ouverte de Mgr Ouellet, il conviendrait d\u2019entendre les diverses écoles qui se disputent l\u2019interprétation du rôle et de l\u2019influence de l\u2019Église catholique.Si ces débats dépassaient les cercles de nos savants historiens - entre autres à l\u2019invitation de l\u2019Assemblée des évêques catholiques du Québec (AÉCQ) -, il serait plus facile de reconnaître à la fois les ombres et les lumières qui appartiennent à notre parcours collectif.Autre exigence de la réconciliation selon la Commission théologique : elle implique autant que possible la participation des personnes et des groupes Q mars 2008 RELATIONS qui se considèrent gravement lésés par des déclarations ou des pratiques offensantes.Sur ce point, nous aurions avantage à examiner de près le modèle des commissions «vérité et réconciliation» mises en place dans la société civile - par exemple en Afrique du Sud après l\u2019apartheid, au Salvador et au Chili après des années de conflits et, maintenant, au Liberia.Nous découvririons qu\u2019un appel unilatéral au pardon ne suffît pas à produire de nouveaux rapports humains et sociaux.La réconciliation présuppose un face à face des oppresseurs et des victimes, un espace de parole pour exposer les blessures et accueillir réparation.Enfin, condition ultime pour que les uns et les autres deviennent les architectes d\u2019une autre manière d\u2019avan- cer dans l\u2019histoire : des signes de conversion doivent accompagner la reconnaissance des fautes commises ou des blessures infligées.Que signifie chez nous la mise en œuvre de ce critère proposé par la Commission théologique?Une tentative de rapprochement qui voudrait faire l'économie d\u2019un réexamen de certaines perspectives théologiques et pastorales enracinées dans une conception de l\u2019Église et du monde antérieure à Vatican II nous laisserait sceptiques.On imagine ici rien de moins qu\u2019un long processus institutionnel instauré avec toutes les forces vives et diversifiées du milieu catholique.Dans l\u2019Église du Québec, nous avons l\u2019expérience d\u2019une démarche de Espoirs en déroute Un peu plus d\u2019un an après le soulèvement populaire, l\u2019État d\u2019Oaxaca au Mexique vit toujours sous tension.VÉRONIQUE LEBUIS En juin 2006, quelque 350 organisations de la société civile mexicaine et de nombreux citoyens ont uni leurs voix au mouvement de grève initié par un groupe de 70000 enseignants de la section 22 du Syndicat national des travailleurs de l\u2019enseignement (SNTE).Ceux-ci ont formé l\u2019Assemblée populaire des peuples de Oaxaca (APPO) et revendiqué des conditions de vie et d\u2019enseignement décentes, ainsi que le respect des droits humains et la libération des prisonniers d\u2019opinion.Ils ont mené une lutte acharnée par des actions concertées: occupation de mairies et du zôcalo (place centrale) dans plusieurs villes, prise de contrôle de médias, blocages des routes, érections de barricades, etc.Cela explique la persécution subie aujourd\u2019hui par le mouvement qui réclame toujours la destitution du gouverneur de l\u2019État, Ulises Ruiz Ortiz.Honni par une majorité des citoyens en raison des multiples violations de droits humains perpétrées par le gouvernement de son parti, le Partido Revolucionario Institucional (PRI), celui-ci s\u2019accroche au pouvoir.Soulignons que le PRI a régné sur le Mexique pendant plus de soixante-dix ans avant la prise de pouvoir de Vicente Fox, en 2001, qui représentait le Partido Accion Nacional (PAN) - actuaLites réconciliation sérieuse - inachevée sans doute - dont le cardinal pourrait s\u2019inspirer.En effet, depuis la fin des années 1970, l\u2019AÉCQ s\u2019est engagée dans un processus évangélique de conversion à propos de la situation des femmes dans l\u2019Église - ce qui lui valu parfois des reproches, voire du mépris en certaines officines.Rappelons-en quelques jalons.En 1979, le Comité épiscopal des affaires sociales a convoqué des leaders d\u2019opinion féministes à deux tables rondes.Celles-ci avaient pour but de réfléchir aux conséquences de la politique d\u2019ensemble proposée à l'époque par le Conseil du statut de la femme du Québec dans son fameux document Pour les Québécoises: égalité et indépendance (1978).En 1986, une session d\u2019étude sur «L\u2019Église et le mouve- ment des femmes », préparée avec des femmes, en a rassemblé une centaine avec tous les évêques.Il en est ressorti des priorités d\u2019action mises en œuvre notamment avec la collaboration des répondantes diocésaines à la condition des femmes.En 1989, les évêques ont publié une déclaration remarquée sur la violence conjugale, fruit d\u2019une réflexion biblique et théologique menée avec des collaboratrices.En 1990, le 50e anniversaire du droit de vote des femmes québécoises fut l\u2019occasion pour les évêques d\u2019avouer, devant un millier d\u2019entre elles rassemblées à la basilique de Québec, que leurs prédécesseurs avaient fait fausse route en s\u2019objectant à la reconnaissance de ce droit.Cet acte réparateur public fut même accompagné d\u2019un geste à caractère plus privé : le versement d\u2019une appréciable somme d\u2019argent à un groupe autonome de femmes catholiques.Est-ce une démarche aussi exigeante que l\u2019archevêque de Québec envisageait en annonçant dans sa lettre que «le carême de 2008, dans le cadre de la préparation spirituelle au Congrès eucharistique international de Québec, nous donnera l\u2019occasion de témoigner publiquement de notre repentance» et que «d\u2019autres initiatives suivront pour faciliter l\u2019accueil, le dialogue et la guérison de la mémoire »?\u2022 Iplpil ~it\u2018 mj y.s w comme son successeur actuel, le président Felipe Calderôn.La répression du mouvement a été sévère.Un peu plus d\u2019un an après le tournant décisif du 25 novembre 2006, à la suite duquel le gouvernement de l\u2019État d\u2019Oaxaca clamait que « la guerre était finie» avec l\u2019APPO, cet État vit toujours sous tension.Le mouvement d\u2019opposition s\u2019effrite et se divise sous le poids de la criminalisation d\u2019une lutte sociale légitime qui, pendant plus de six mois, a pris l\u2019allure d\u2019un véritable soulèvement populaire dans cet État qui regroupe la plus grande population autochtone du pays.Théâtre de nombreux problèmes structurels tels la pauvreté, d\u2019importantes disparités so- une fois de plus l\u2019absence photos: place à Oaxaca et l\u2019indifférence du gouvernement de la république envers les citoyens.Un récent rapport de la section 22 dénonce l\u2019assassinat de 27 sympathisants en un an et la détention de plus de 500, dont la plupart ont été torturés par la police fédérale et locale.Environ 34 prisonniers politiques demeurent en attente de jugement et une première sentence de trois ans et demi de réclusion est tombée le 5 juin dernier contre Juan Carlos Garcia Cruz, après un simulacre de procès.Les faits démontrent que, de façon générale, le riales, l\u2019autoritarisme, la corruption et l\u2019absence d\u2019espaces démocratiques et d\u2019accès à la justice, Oaxaca n\u2019est pas au bout de ses peines.La réélection du gouverneur Ulises Ruiz Ortiz et du PRI, lors des législatives du 5 août dernier, en atteste.D\u2019aucuns la qualifient de véritable farce électorale, considérant le taux d\u2019absentéisme record de 70 %! C\u2019est là l\u2019expression du profond mépris qu\u2019éprouve la population pour un système politique violent et corrompu jusqu\u2019à la moelle, asservi aux intérêts des puissants.Ces élections révèlent RELATIONS mars 2008 actuaLites £1§^ 4 ^ SÉbrcMualr ment qui s\u2019appliquerait à résoudre une crise qu\u2019il a lui-même provoquée.La vaste majorité de la population croit plutôt que cette crise ne trouvera une issue que par la démission ou la destitution du gouverneur.C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019avis du Sénat qui s\u2019est prononcé en faveur de sa destitution.Face à l\u2019entêtement du gouverneur et à l\u2019incapacité du gouvernement de Calderôn (dont la légitimité est aussi Occupation du zôcalo de Oaxaca en 2006.Photos : Véronique Lebuis Ihexico] f) ?HUAJUAPAN système de justice protège le gouvernement criminel au détriment de ses citoyens qui vivent sous la menace constante d\u2019être privés de liberté pour cause de délits futiles ou fabriqués.À la suite de l\u2019assassinat, le 27 octobre 2006, du journaliste américain Bradley Rolland Will au moment où il filmait un affrontement, Amnistie internationale et la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) se sont dites profondément préoccupées par les multiples violations des droits commises.La CIDH a notamment demandé un rapport à l\u2019État mexicain concernant la vaste opération de « nettoyage » qui a été menée le 25 novembre 2006.Cependant, par la suite, la CIDH a aussi agi à titre de médiatrice auprès du gouvernement de l\u2019État pour l\u2019appuyer dans ses « efforts » visant la réforme et le bon fonctionnement des instances de justice.Elle donnait ainsi, selon certaines organisations civiles, un signal inquiétant de la part de la « communauté internationale» car cela a pour effet de légitimer le pouvoir de Ruiz et d\u2019entretenir l\u2019image d\u2019un gouverne- contestée) de garantir la sécurité et l\u2019impartialité judiciaire aux gens de Oaxaca, il se pourrait que ces derniers n\u2019aient d\u2019autres solutions que de mettre en œuvre des mécanismes renouvelés de solidarité qui misent sur la décentralisation du pouvoir et prennent racine dans le modèle des communautés autonomes représentatif d\u2019une vision autochtone.\u2022 ANIMATION )) COMMUNICATIONS SOCIALES )) DIALOGUE INTERRELIGIEUX )) DROIT CANONIQUE )) ÉTHIQUE ÉTUDES DE CONFLITS )) PHILOSOPHIE )) SCIENCES DE LA MISSION )) SCIENCES PASTORALES )) THÉOLOGIE UNIVERSITÉ .ca Une voix distin 1-800-637-6859 .liaison@ustpaul.ca .223 rue Main, Ottawa UNIVERSITÉ SAINT-PAUL SAINT PAUL UNIVERSITY ON y mars 2008 RELATIONS HORiZoNs Solidarité Fwontalye KÉNEL SENATUS, S.j.X A chaque année, de nombreuses exactions sont commises par les autorités civiles et militaires à l\u2019égard des migrants haïtiens : discriminations, humiliations, extorsions, violences, viols et même meurtres.Les groupes d\u2019Haïtiens, appellés Congos, qui tentent désespérément de se rendre en République dominicaine à la recherche de travail et de meilleures conditions de vie, ne font bien souvent que s\u2019enfoncer davantage dans la misère, livrés à des passeurs haïtiens, toujours avides de faire de l\u2019argent à leurs dépens.Ces passeurs travaillent en complicité avec des réseaux mafieux dominicains et même des militaires.Ils finissent souvent par abandonner les clandestins ou par les livrer aux militaires dominicains qui les dépouillent avant de les déporter en Haïti.Dans certains cas, ces voyages finissent carrément par des meurtres.En ce qui concerne les travailleurs migrants qui se trouvent déjà en République dominicaine, ils font tellement l\u2019objet d\u2019exploitations de toutes sortes que certains développent des idées autodestructrices, au point de considérer tout à fait normal que les autorités dominicaines leur infligent de mauvais traitements.Ils sont surtout connus pour leur courage et leur résistance au travail pénible.Les entreprises les embauchent parce qu\u2019ils constituent une main-d\u2019œuvre à bon marché.Bien souvent, avec la complicité de patrons, de militaires et d\u2019agents de l\u2019immigration, ils sont déportés vers Haïti avant même le jour de paie.Généralement, les opérations de déportation se font sauvagement.On les traite comme du bétail.Selon le témoignage de ceux qui viennent frapper à la porte de Solidarité Fwontalye pour recevoir de l\u2019aide, le nombre de jours qu\u2019ils passent en détention varie de un à sept, et le plus souvent sans alimentation.Ils nous arrivent affamés, souvent avec des blessures et des traces de coups.Leur sort est toujours lamentable.Constituée d\u2019une petite équipe de trois jésuites et de quelques collaborateurs laïcs, Solidarité Fwontalye œuvre, depuis 1999, à Ouanaminthe, ville frontalière située au nord-est d\u2019Haïti où elle maintient une vigilance permanente.Tout en défendant les droits des migrants dans les cas de violations et C\u2019est en contrant la désespérance qui conduit un nombre toujours grandissant d\u2019Haïtiens à fuir leur pays et à grossir ainsi le contingent de migrants clandestins qu\u2019Haïti pourra renaître.d\u2019abus dont ils sont victimes, elle vise à promouvoir la mise en place de conditions qui favorisent une migration régulière, légale et juste en République dominicaine.Elle soutient, dans cette perspective, quelques organisations qui travaillent avec les migrants et les déportés de République dominicaine.Elle accueille aussi directement les rapatriés qui se font dépouiller par les autorités dominicaines et leur propose un appui humanitaire afin qu\u2019ils puissent manger, se faire soigner et retourner dans leurs familles.Le travail à accomplir dans ce domaine est énorme, d\u2019autant plus que l\u2019État haïtien est loin d\u2019assumer ses responsabilités.On se demande même à bon droit si la question de la migration a un sens pour le gouvernement haïtien, qui n\u2019a pas encore signé la Convention des Nations unies sur la protection des droits des travailleurs migrants, adoptée en décembre 2000.En ne la ratifiant pas, notre gouvernement laisse les travailleurs migrants et leur famille sans protection devant la violation de leurs droits par les autorités dominicaines.Outre la migration, l\u2019autre champ d\u2019activité privilégié est la transformation sociale.En ce sens, Solidarité Fwontalye accompagne une trentaine d\u2019organisations communautaires du Nord-Est haïtien, afin de renforcer leur action publique en vue d\u2019améliorer les conditions socio-économiques de personnes en situation de vulnérabilité.Elle met un accent spécial sur la jeunesse comme véritable force de changement.Les ateliers et séminaires de formation offerts peuvent porter sur le renforcement institutionnel, le micro-crédit et l\u2019agriculture écologique, entre autres.Migration et transformation sociale vont de pair.Solidarité Fwontalye croit que la vie peut rejaillir pour les Haïtiens dans leur propre pays, moyennant le respect de leurs droits fondamentaux : droit à la vie digne et droit de participer au bien commun.C\u2019est en contrant la désespérance qui conduit un nombre toujours grandissant d\u2019Haïtiens à fuir leur pays et à grossir ainsi le contingent de migrants clandestins qu\u2019Haïti pourra renaître.\u2022 L'auteur, jésuite, est coordonnateur du secteur de la migration de Solidarité Fwontalye du Service jésuite aux réfugiés et migrants d\u2019Haïti RELATIONS mars 2008 dOSSieR L\u2019esclavage aujourd\u2019hui JEAN-CLAUDE RAVET Bétail humain que l\u2019on use à souhait, chose qu\u2019on peut vendre, prêter, donner, ou détruire à la discrétion du propriétaire, voilà ce qu\u2019est un esclave.L\u2019esclavage, contrairement à ce que l\u2019on pourrait penser, n\u2019est pas affaire du passé.On pourrait presque dire qu\u2019il est devenu une industrie florissante, la mondialisation capitaliste aidant.Les enquêtes sur ce sujet révèlent des chiffres effarants.Des millions, voire des dizaines de millions en seraient encore victimes, ici comme ailleurs.Le combat des abolitionnistes n\u2019est donc pas terminé.Il nous faut comme en leurs temps rendre témoignage des traitements abjects, jeter aux yeux de tous l'insoutenable condition inhumaine dont les esclaves de notre temps font les frais.C\u2019est là un moyen efficace d\u2019éradiquer cette pratique barbare.Car l\u2019esclavage prolifère dans l\u2019ombre, à l\u2019air libre.Nous ne pouvons sans aide mesurer le vide qui pèse jusqu\u2019à la déchéance chez les personnes réduites en esclavage.Seul pourrait le faire le contact avec ces êtres abîmés, suintant de tous leurs pores l\u2019humiliation, dépossédés du regard vivifiant d\u2019autrui; ou encore l\u2019écoute attentive de leur souffrance et du cri ravalé par la peur.Mais comment cela pourrait-il se faire sans les voir ni les reconnaître?Ici, les esclaves ne sont plus débarqués par milliers dans les ports à la vue et au su de tous, ni vendus au poids sur la place publique.Ils gisent dans les propriétés sordides du crime organisé, dans des caves aménagées en ateliers textiles, dans des maisons chics de familles irréprochables, dans des camps de travail protégés des regards indiscrets.Ou alors ils sont loin, l\u2019ignorance voilant notre regard, quand ce n\u2019est pas l\u2019indifférence.Sans nom, sans visage.Les seuls regards qui les croisent, avides, ne leur reflètent que leur non-existence.C\u2019est là leur triple chaîne : clos par leur maître, surveillés, menacés, violentés, écrasés jusqu\u2019à n\u2019être personne; clos en eux-mêmes par la peur, humiliés; clos, enfin, entre les murs du silence, effacés, biffés de l\u2019existence publique.Il y a, cependant, un moyen de s\u2019approcher d\u2019eux, d\u2019apprendre à les nommer, de se faire compagne et compagnon de leur détresse.Et de s\u2019engager à briser leurs chaînes.Ce sont les mots.Ils ont le pouvoir insigne de faire éprouver l\u2019expérience d\u2019autrui, la plus singulière, la plus étrangère à soi.Le dossier L\u2019esclavage aujourd\u2019hui est de cet ordre.Il aura pour certains l\u2019effet du coup de poing, comme peuvent le faire les mots qui tracent, dessinent des histoires atroces de vie.L\u2019article de Gaëlle Breton-Le Goff nous aide à nommer les diverses facettes de l\u2019esclavage moderne en même temps qu\u2019il révèle l\u2019arsenal juridique impressionnant qui le confine dans l\u2019illégalité.Mais des réseaux souterrains de trafiquants, recruteurs, convoyeurs, geôliers, acheteurs ont su s\u2019accommoder de l\u2019illégalité du marché d\u2019esclaves très lucratif.À cet égard, nous lirons avec effroi l\u2019article de Richard Poulin, qui démonte la mécanique complexe d\u2019un système infernal, appliquée à la prostitution.Sigalit Gai et Jill Hanley, pour leur part, nous font connaître une des trop rares recherches sur la réalité de la traite au Canada - en révélant notamment son visage prédominant : les femmes et fillettes autochtones.L\u2019article de Louise Dionne sur les travailleuses domestiques décrit l\u2019isolement de ces femmes venues d\u2019ailleurs, sans ressources ni recours légal, souvent sans papiers, à la merci de leurs employeurs.Enfin, l\u2019article de Michel Bonnet nous fait découvrir l\u2019univers sordide des enfants esclaves.Tous sont d\u2019accord pour dire que la lutte doit être menée prioritairement sur les causes structurelles.La misère, le déni des droits humains, l\u2019impunité, l\u2019effritement des réseaux de solidarité, le manque de normes et de volonté politiques, entretenus d\u2019une manière aiguë par la mondialisation néolibérale, sont des facteurs déterminants qui jettent des multitudes en quête de survie dans les griffes des négriers modernes.« Fais que mon œil dans la chambre soit une bougie, Ton regard une mèche, Fais-moi être assez aveugle Pour l\u2019allumer Non.Fais qu\u2019autre chose soit.» Paul Celan, Figure double EQ mars 2008 RELATIONS Bien d\u2019autres formes d\u2019esclavage auraient pu être présentées.Il nous fallait malheureusement choisir, tant elles sont nombreuses.On pourra cependant, dans ce numéro, s\u2019informer sur une autre réalité proche de nous, celles des travailleurs agricoles migrants au Québec, en se reportant à la chronique Multimédias (p.39) : on y trouvera la recension du documentaire de Charles Latour, Los Mexicanos - Le combat de Patricia Pérez.La lutte de ces travailleurs pour obtenir des conditions de vie et de travail décentes fera, par ailleurs, l\u2019objet d\u2019un article dans notre prochain dossier sur le syndicalisme.Quoi qu\u2019il en soit, dans les limites qui sont les siennes, ce tableau accablant contribuera certainement à briser un peu plus le silence scandaleux entourant la dépossession de millions d\u2019êtres humains de leur humanité, à conjurer leur invisibilité et ainsi à soutenir une lutte à finir contre l\u2019esclavage.L\u2019article d\u2019André Myre, qui clôt le dossier, nous rappelle, à cet effet, une chose essentielle : les mots, quels qu\u2019ils soient, sont par eux-mêmes incapables de libérer.Par contre, en faisant le pont entre les existences, ils peuvent déclencher un agir solidaire et libérateur et creuser notre faim et notre soif de justice.Baz Shamoun, sans titre (projet L'Homme brisé), 2004, aquarelle sur papier, 21,5 x 28 cm WVL ?¦¦¦*¦ * -LJk - ~JtdjmÊMÊUë.Jk9 mm RELATIONS mars 2008 dOSSieR L\u2019auteure, chargée de cours en droit international à l'UQAM, est membre de la Coalition pour le droit des femmes en situation de conflit () Le droit ne suffit pas Malgré un arsenal juridique qui l\u2019interdit, l\u2019esclavage sous toutes ses formes demeure florissant, ici comme ailleurs.Bien des facteurs peuvent l\u2019expliquer, mais ce qui manque avant tout, c\u2019est la volonté politique de s\u2019attaquer à ses racines structurelles.CAËLLE BRETON-LE GOFF De 1685 à 1848, le code noir adopté sous Louis XTV a réglementé l\u2019esclavage et les droits des propriétaires d\u2019esclaves.Non seulement la pratique donnait-elle lieu à un commerce rémunérateur pour les pays européens mais, qui plus est, elle faisait l\u2019objet de codes et de lois dont les propriétaires d\u2019esclaves pouvaient se prévaloir devant les juridictions françaises continentales ou d\u2019outre-mer.Au cours du XIXe siècle, l\u2019abolition de l\u2019esclavage devait s\u2019imposer peu à peu, pour s\u2019affirmer dans des déclarations politiques internationales et finalement dans des traités : d\u2019abord en Angleterre en 1838, puis en France en 1848, au Venezuela en 1854, aux États-Unis en 1865 et au Brésil en 1888.Ainsi, en 1926, est élaboré, dans le cadre de la Société des Nations, l\u2019ancêtre de l\u2019Organisation des Nations unies (ONU), le premier traité international visant à prévenir, réprimer et abolir l\u2019esclavage.Beaucoup pensent à tort que l\u2019esclavage est maintenant histoire ancienne.Quatre-vingts ans plus tard, les formes de l\u2019esclavage se sont diversifiées et les situations désormais désignées sous le vocable d\u2019esclavage moderne tou- Les différentes formes d\u2019esclavage LA TRAITE : « comprend tout acte de capture, d\u2019acquisition ou de cession d\u2019un individu en vue de le réduire en esclavage» (Convention de 1926 del\u2019ONU).LE TRAFIC : vise à faire passer une personne victime de la traite dans un pays en contournant les lois relatives à l\u2019immigration.LA SERVITUDE POUR DETTE : «l\u2019état ou la condition survenant de l\u2019engagement d\u2019un débiteur à offrir ses propres services ou ceux d\u2019une personne sous son contrôle, comme garantie contre une dette et dont la durée et la nature des services ne sont pas limitées ou définies » (Convention de 1957 de l\u2019ONU).chent aussi bien aux droits des travailleurs, aux droits des femmes, aux droits des enfants, au trafic de migrants qu\u2019aux activités criminelles transnationales.Quel que soit le nom qu\u2019on lui donne - traite, trafic, servitude pour dette, travail forcé ou obligatoire, exploitation, ou enrôlement forcé - l\u2019esclavage se définit d\u2019abord en droit international comme «l\u2019état ou condition d\u2019un individu sur lequel s\u2019exercent les attributs du droit de propriété ou certains d\u2019entre eux» (Convention relative à l\u2019esclavage, art.1).Ce droit de propriété sur une chose se décompose en trois éléments, Yusus (le droit de l\u2019utiliser), le fructus (le droit d\u2019en tirer les fruits) et l\u2019abusus (le droit d\u2019en disposer à sa guise).AU-DELÀ DU CADRE JURIDIQUE Pour lutter contre les diverses formes d\u2019esclavage, les États et les organisations internationales ont adopté pas moins d\u2019une quinzaine de traités et de conventions internationales (voir encadré, p.14).Certains, à portée universelle ou régionale, condamnent fermement l\u2019esclavage.D\u2019autres concernent des problématiques particulières visant à interdire l\u2019exploitation des travailleurs, y compris le travail des enfants, le proxénétisme, le mariage forcé, le don d\u2019enfant, la location de la force de travail d\u2019autrui en remboursement d\u2019une dette, la pornographie infantile et le trafic de migrants.Désormais, l\u2019interdiction de l\u2019esclavage est érigée en droit international comme une norme suprême qui s\u2019impose à tous les États et à laquelle il ne devrait pas être possible de déroger, que ce soit en temps de paix ou de guerre.Et pourtant, la réalité actuelle est loin de prendre en compte les prescriptions de la loi.L\u2019ESCLAVAGE EN TEMPS DE CONFLITS ARMÉS : lorsqu\u2019il y a exercice des droits de propriété sur une personne pour le bénéfice des combattants.LE TRAVAIL FORCÉ OU OBLIGATOIRE : «tout travail ou service exigé d\u2019un individu sous la menace d\u2019une peine quelconque et pour lequel ledit individu ne s\u2019est pas offert de plein gré» (Convention de 1932 de l\u2019OIT).Est exclu tout travail ou service exigé en vertu des lois sur le service militaire obligatoire, ou faisant partie des obligations civiques normales ou de force majeure; ou encore comme conséquence d\u2019une condamnation prononcée par une décision judiciaire, à la condition que ce travail ou service soit exécuté sous la surveillance et le contrôle d\u2019autorités publiques et non privées.L\u2019EXPLOITATION : travail forcé dont les bénéfices reviennent à une personne privée (prostitution, pornographie, mendicité, servage).m mars 2008 RELATIONS ?Z Selon le Groupe de travail des Nations unies sur les formes contemporaines d\u2019esclavage, de multiples raisons expliquent la persistance de l\u2019esclavage ou des situations similaires à l\u2019esclavage.La litanie habituelle des grands maux de notre société contemporaine que sont la pauvreté, l\u2019analphabétisme, le manque d\u2019éducation, la méconnaissance des droits, la discrimination, la persistance de l\u2019inégalité entre hommes et femmes, l\u2019impunité, la corruption, l\u2019exclusion sociale et l\u2019attrait du profit contribuent au maintien de cette pratique.La mondialisation des échanges, des transports et des communications facilite le déplacement des personnes, tandis que le petit écran ou les magazines sur papier glacé diffusent une image de l\u2019eldorado de contrées plus riches.D\u2019ailleurs, certains pays de migration ne sont-ils point en demande de main-d\u2019œuvre à bon marché?Parallèlement, le modèle de l\u2019économie libérale s\u2019impose et fait des marchands de rêves des trafiquants d\u2019êtres humains, tandis que se développent en marge de l\u2019État, des sociétés criminelles transnationales attirées par le profit.Le département d\u2019État américain estimait, en 2004, qu\u2019entre 600 000 à 800 000 personnes font l\u2019objet de trafic chaque année et que cela rapporterait 9,5 milliards SUS.Et puis, il y a la pauvreté, celle des bords d\u2019avenue à Delhi ou Macao, celle des favelas de Rio, celle des bidonvilles de Yaoundé ou de Nairobi, qui fait des enfants des pourvoyeurs, des travailleurs au même titre que les parents, des petits adultes privés d\u2019enfance.L\u2019UNICEF estime que plus de 200 000 enfants sont réduits en esclavage par des réseaux de migrants transfrontières en Afrique centrale et en Afrique de l\u2019Ouest.Mais contrairement aux idées reçues, ce phénomène n\u2019est pas limité au tiers-monde.Le Portugal a ainsi été condamné à deux reprises par le Comité européen des droits économiques et sociaux pour ne pas avoir fait respecter sa législation qui interdit le travail des enfants, essentiellement dans les entreprises familiales.La guerre produit également son lot d\u2019esclaves.Brutalement révélé dans les conflits des dernières années, l\u2019esclavage en temps de guerre emploie les civils ou les condamnés dans des usines, dans des camps ou sur les sentiers de la guerre à titre de porteurs.Brutalisées et kidnappées, les femmes et les jeunes filles sont parfois offertes comme «épouses» aux chefs de guerre méritants, quand elles ne servent pas de « femmes de confort» pour soldats fatigués.Fait notable parce que rare, le droit pénal international s\u2019est développé à une vitesse fulgurante au cours des dernières années et a pris en compte cette réalité, autant dans le statut de la Cour pénale internationale que dans les jugements rendus par le Tribunal pénal international pour l\u2019ex-Yougoslavie et la Cour spéciale pour la Sierra Leone.Pourtant, en dépit des condamnations pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, la réduction en esclavage des populations civiles continue, notamment en République démocratique Baz Shamoun, sans titre (projet L'Homme brisé), 2004, aquarelle sur papier, 21,5 x 28 cm du Congo.Fondamentalement, le problème de l\u2019esclavage moderne ne réside pas dans l\u2019absence de lois et de protection juridique.Il réside plutôt dans le fait que la plupart des conventions ne conçoivent la lutte contre l\u2019esclavage qu\u2019en termes de répression pénale.QUAND LES ÉTATS AGISSENT PEU OU MAL La guerre et le sous-développement - ou le mal-développement -, ne sont pas les seuls facteurs déterminants de l\u2019esclavage moderne.L\u2019inaction des États l\u2019est aussi.Trop souvent, les États ne ratifient pas les conventions internationales, et lorsqu\u2019ils le font, ils tardent à les mettre en œuvre au niveau interne (Indonésie, Liban, Mauritanie).Par ailleurs, l\u2019existence d\u2019un corpus juridique au niveau interne ne garantit pas toujours son application par les juges et autres agents de l\u2019État chargés de faire respecter les lois.En effet, de nombreux États (Côte d\u2019ivoire, Émirats arabes unis, Mauritanie, Thaïlande) dans lesquels se pra- RELATIONS mars 2008 KO dOSSieR Les principales conventions LES CONVENTIONS SPÉCIALISÉES \u2022\tLa Convention de 1926 sur l\u2019abolition de l\u2019esclavage (amendée en 1957) : interdit l\u2019esclavage et la traite.Ratifiée par 94 États.\u2022\tLa Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l\u2019exploitation de la prostitution d\u2019autrui (1949,1951).Ratifiée par 74 États en 2003.\u2022\tLa Convention supplémentaire relative à l\u2019abolition de l\u2019esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l\u2019esclavage (1956,1957).Ratifiée par 119 États en 2003.\u2022\tLe Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l\u2019enfant, concernant la vente d\u2019enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants (2000, 2002).Ratifié par 119 Etats en 2007.\u2022\tLe Protocole additionnel à la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (2000).\u2022\tLa Convention du Conseil de l\u2019Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains a été adoptée par le Comité des ministres le 3 mai 2005.N\u2019est pas encore en vigueur : il manque trois signatures.ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL (OIT) \u2022\tLa Convention (n° 29) concernant le travail forcé ou obligatoire (1930,1932).Ratifiée par 171 États, mais pas par le Canada.\u2022\tLa Convention (n° 105) concernant l\u2019abolition du travail forcé (1957, 1959).Ratifiée par 167 États.\u2022\tLa Convention (n° 182) concernant l\u2019interdiction des pires formes de travail des enfants et l\u2019action immédiate en vue de leur élimination (1999,2000).Ratifiée par 163 États.LES CONVENTIONS GÉNÉRALES \u2022\tLe Pacte des Nations unies relatif aux droits civils et politiques (1966, 1976) reprend les dispositions des conventions précédentes des Nations unies (1926,1956) et de l\u2019OIT (1930).\u2022\tLe Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels aborde la question de l\u2019esclavage sous l\u2019angle du travail forcé et de l\u2019exploitation des enfants (art.6 et art.10).CONTRE LE CRIME DE GUERRE ET LE CRIME CONTRE L\u2019HUMANITÉ \u2022\tLa Charte de Nuremberg compte, parmi les crimes contre l\u2019humanité, la réduction en esclavage en temps de guerre et, parmi les crimes de guerre, la déportation pour travaux forcés : art.6 (b) et art.6 (c).\u2022\tLes statuts des Tribunaux pénaux internationaux pour le Rwanda (TPIR) et pour l\u2019ex-Yougoslavie (TPIY) reprennent à leur compte l\u2019esclavage comme crime contre l\u2019humanité; le TPIR ajoute la prostitution forcée à titre de crime de guerre.\u2022\tLa Cour pénale internationale (CPI) reconnaît comme crimes contre l\u2019humanité et crimes de guerre : l\u2019esclavage, l\u2019esclavage sexuel, la prostitution forcée, le recrutement des enfants soldats (1998, 2002).tique encore l\u2019esclavage disposent d\u2019un arsenal juridique qui l\u2019interdit et condamne le proxénétisme; pourtant, là aussi, la pratique se perpétue.Il arrive que les programmes nationaux visant à favoriser l\u2019immigration des travailleuses domestiques, les règles d\u2019immigration ainsi que la Loi sur les normes du travail laissent sans protection les personnes victimes d\u2019esclavage.Ainsi, le programme canadien des aides familiaux résidants, qui permet aux familles canadiennes de faire venir une aide familiale de l\u2019étranger, met parfois cette dernière dans une situation extrêmement difficile.Non seulement ces travailleuses possèdent-elles, au regard des normes du travail, un statut particulier qui les oblige à cotiser sur leurs propres deniers à la CSST, mais qui plus est, il leur est souvent très difficile de saisir la Commission des normes de travail en cas d\u2019abus et d\u2019obtenir des prestations en cas de chômage.Par ailleurs, les lois sur l\u2019immigration obligent la travailleuse domestique à travailler pendant une période minimum de 24 mois chez le ou les employeurs figurant sur son permis de travail pour être admissible au statut de résidente permanente.Ces conditions concourent à dissuader les travailleuses domestiques abusées à porter plainte, sans compter que les employeurs sont rarement poursuivis, faute de dénonciation, d\u2019un réseau de soutien autour de la travailleuse esclave et d\u2019information permettant de poursuivre les employeurs fautifs.Au Québec, combien d\u2019entre eux ont été poursuivis au cours des dernières années?Peu, trop peu aux dires des associations de défense des droits des travailleurs et travailleuses domestiques.Fondamentalement, le problème de l\u2019esclavage moderne ne réside pas dans l'absence de lois et de protection juridique.Il réside plutôt dans le fait que la plupart des conventions ne conçoivent la lutte contre l\u2019esclavage qu\u2019en termes de répression pénale.Or, une telle approche semble dérisoire dans des États touchés par la corruption, affaiblis par la guerre, dépourvus de systèmes de police et de justice efficaces et dans lesquels le travail des enfants, l\u2019analphabétisme des filles, le racisme et la discrimination sociale sont la norme.Par ailleurs, la lutte contre les immigrants clandestins du Sud vers le Nord montre ses limites.Ne sont-ils pas toujours plus nombreux à tenter l\u2019aventure?L\u2019esclavage devrait être affronté davantage sous l\u2019angle de l\u2019atteinte aux droits de la personne - notamment aux droits économiques, sociaux et culturels.Cette perspective requerrait de lutter contre la pauvreté, le chômage, l\u2019analphabétisme, l\u2019impunité, qui sont autant de facteurs qui rendent l\u2019individu vulnérable au désespoir économique et donc aux méfaits des trafiquants.La lutte contre l\u2019esclavage moderne, comme bien des atteintes aux droits de la personne, appelle à un rééquilibrage du monde, à la lutte sociale et politique contre les inégalités et à une plus juste répartition des richesses.\u2022 ES mars 2008 RELATIONS Portrait de la traite au Canada La traite d\u2019êtres humains n\u2019est pas qu\u2019internationale; elle sévit à l\u2019intérieur même des pays, notamment au Canada.SIGALIT GAL ET JILL HANLEY LJ esclavage moderne apparaît souvent aux Canadiens comme un phénomène lointain, quelque i chose qui ne peut arriver ici et qui concerne des sociétés et des individus bien différents de «nous».Pourtant, sous la forme de la traite humaine, l\u2019esclavage moderne existe bel et bien dans notre pays.En 2005, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a estimé qu\u2019il y avait au moins 1400 victimes de la traite internationale qui, chaque année, avaient pour destination finale le Canada.Elle a aussi estimé qu\u2019entre 1500 et 2200 personnes sont transportées du Canada aux États-Unis à des fins de traite humaine (une partie de ce nombre étant originaire du Canada).Puisque les enquêtes sérieuses concernant ce phénomène demeurent presque inexistantes, ces chiffres sont très approximatifs.Les observations que nous ferons ici se basent donc sur l\u2019une des premières études empiriques portant sur cette problématique au pays.Celle-ci a été réalisée auprès d\u2019une quarantaine de groupes communautaires qui viennent en aide aux victimes de la traite humaine au Canada1.QUI SONT LES VICTIMES?Précisons d\u2019emblée qu\u2019il y a traite lorsqu\u2019il y a transport d\u2019une personne à des fins de contrôle et d\u2019exploitation de son travail au profit d\u2019un tiers.Le Canada sert de pays de destination (les individus sont amenés ici à cette fin), de transit (les individus sont de passage, en route vers un autre pays) et de source (les victimes sont originaires d\u2019ici).Dans les médias, on parle davantage de la traite internationale par laquelle des victimes sont amenées au Canada en provenance de pays moins développés ou moins riches.Des centaines d\u2019enfants, d\u2019hommes et surtout de femmes sont l'objet d\u2019un tel trafic chaque année.Ils proviennent principalement des Philippines, de la Thaïlande et des pays de l\u2019ex-Union soviétique.Mais il est important de faire connaître aussi l\u2019autre forme de traite humaine qui reçoit moins d\u2019attention médiatique : la traite interne, celle qui concerne le transport de personnes originaires du Canada à l\u2019intérieur même du pays et à des fins d\u2019exploitation.Les principales industries 1.J.Oxman-Martinez, M.Lacroix et J.Hanley, Les victimes de la traite des personnes: Points de vue du secteur communautaire canadien, rapport préparé pour le ministère de la Justice du Canada, 2005 (disponible sur le site: ).criminelles qui profitent de la traite interne sont celles du sexe et de la drogue (souvent directement liée à la prostitution) de même que les secteurs du travail au noir et du travail sous-payé (aides domestiques, soins aux enfants, travail dans la construction, la restauration, les petites manufactures, etc.).Les victimes de cette traite interne peuvent être divisées en trois groupes principaux.Un premier, prédominant, est composé essentiellement de filles et de femmes autochtones.Ainsi, la traite humaine devient un enjeu sérieux pour les communautés autochtones concentrées surtout dans la région des Prairies et dans l\u2019Ouest canadien.Dans ce cas, la dynamique de la traite est liée à celle de la migration rurale vers les villes.Les victimes sont souvent transportées à partir de réserves du Nord d\u2019une province vers les villes du Sud.Elles sont ensuite déplacées d\u2019Est en Ouest à travers le pays.Des jeunes (pour ne pas dire des enfants, car Les auteures sont respectivement travailleuse sociale et professeure adjointe à l\u2019École de travail social de l\u2019Université McGill Baz Shamoun, Tête humaine, 2002, encre sur papier RELATIONS mars 2008 ES dOSSieR certains ont parfois seulement 8 ans) et des femmes se retrouvent ainsi dans l\u2019industrie du sexe à Winnipeg et à Vancouver, principalement.Ce phénomène a certes reçu un peu d\u2019attention après la révélation des meurtres en série de femmes, surtout autochtones, dans le quartier du Downtown Eastside de Vancouver.Malheureusement, la réaction de la police et des politiciens à cette situation est demeurée longtemps insuffisante.Cela témoigne du peu de valeur qu\u2019on accorde à ces personnes dans notre société - en tant que femmes, autochtones et prostituées.L\u2019indignation publique a toutefois permis à l\u2019Association des femmes autochtones du Canada de souligner le fait que des centaines de femmes autochtones sont disparues au Canada et qu\u2019elles pourraient très bien être des victimes de la traite humaine.Politiquement, la question de la traite des femmes autochtones est ainsi devenue gênante.Un second groupe de victimes, lui aussi très important, se compose de personnes issues de la population blanche majoritaire.Au Québec, c\u2019est ce groupe qui est le plus souvent identifié comme faisant l\u2019objet de la traite interne.Les trafiquants exploitent des jeunes et des femmes qui se retrouvent isolés de leurs familles pour diverses raisons et qui, dans une telle situation de vulnérabilité, ont des besoins affectifs et matériels facilement exploitables.Par exemple, la toxicomanie d\u2019une personne deviendra un levier pour la pousser vers l\u2019industrie du sexe, celle de la drogue ou encore vers d\u2019autres milieux criminels.D\u2019ailleurs, les exploiteurs attirent parfois leurs jeunes victimes en leur offrant des cadeaux et des biens matériels (vêtements, bijoux, etc.).Enfin, un troisième groupe de victimes est constitué de personnes immigrantes, déjà établies au Canada mais socialement isolées (possédant un statut d\u2019immigrant permanent ou, plus fréquemment, un statut précaire).Il s\u2019agit souvent alors de cas d\u2019exploitation à l\u2019intérieur d\u2019un même groupe ethnique.Les trafiquants cherchent des personnes vulnérables, déçues de leur sort au Canada - en majorité des femmes ayant du sex appeal, pauvres et rêvant d\u2019une vie meilleure.LES FACTEURS DE RISQUE Toutes catégories de victimes confondues, les principaux facteurs de risque conduisant à cet enfer sont les problèmes psychosociaux, la pauvreté, l\u2019exclusion raciale ou l\u2019exploitation basée sur le genre.Ainsi, les situations d\u2019abus et de violence familiale, la toxicomanie et les problèmes de santé mentale - conjugués à des attitudes et à des structures sexistes, racistes et colonialistes - sont au centre du phénomène au Canada.Les jeunes de la rue, fuyant souvent une situation familiale lamentable ou incapables de compter sur le soutien de leurs proches, constituent un groupe extrêmement vulnérable.La forme de contrôle exercée par les trafiquants sur ces jeunes et sur de nombreuses femmes victimes de la L\u2019auteure est responsable du secteur Vivre ensemble au Centre justice et foi La servitude domestique LOUISE DIONNE Les histoires d\u2019esclavage vécues par des travailleuses domestiques font régulièrement la manchette.Une Marocaine expulsée du Canada après avoir été exploitée pendant 13 ans par de nombreux employeurs abusant de sa situation d\u2019immigrante sans statut.Une Iranienne «léguée en héritage» et maintenue en situation d\u2019esclavage sur la Rive-Sud montréalaise, malgré ses 72 ans et un statut légal au Canada.Ou encore les cas d\u2019aides familiales, séquestrées par leurs employeurs, «libérées» après plusieurs mois de travail excessif.Dans le document Passés sous silence, abus commis contre les travailleurs domestiques dans le monde, Human Rights Watch rapporte qu\u2019à Singapour, entre 1999 et 2005, il y a eu 147 travailleuses domestiques décédées de causes liées à leur travail.En 2004, le Lorum Asie-Pacifique sur les femmes, le droit et le développement (APWLD) a signalé des cas de voies de fait et de décès au Liban, au Koweït, en Malaisie et en Arabie Saoudite.Le phénomène semble s\u2019accentuer à mesure que la migration féminine augmente.Les femmes représentent maintenant la moitié des migrants et elles migrent de plus en plus pour trouver un emploi - majoritairement celui de domestique.Ainsi, 60% des migrantes latino-américaines sont employées de maison dans les pays de destination.En Espagne, 70% des immigrantes le sont.La proportion est équivalente pour les Éthiopiennes et les Somaliennes travaillant en Italie et dans les pays du Moyen-Orient, de l\u2019Arabie Saoudite au Liban.Dans les Émirats arabes unis, chaque ménage compte en moyenne trois domestiques -pour la plupart étrangères.Au Québec, elles sont 25 000 -majoritairement des immigrantes.Souvent, les conditions que ces femmes ont acceptées avant leur départ ne ressemblent en rien aux horaires exténuants et aux tâches excessives qui leur sont imposés.La plupart des travailleuses ont quitté leur famille et ont migré de régions rurales ou pauvres vers des centres urbains plus aisés afin d\u2019obtenir un meilleur revenu.Dans bien des cas, toute une famille dépend de leurs maigres gains.Elles sont donc réticentes à porter plainte ou à quitter un emploi.m mars 2008 RELATIONS traite est alors comparable à celle d\u2019une relation de violence familiale ou conjugale : le mélange de dépendance, d\u2019amour et d\u2019abus y devient difficile à discerner.Si, sur le plan interne au Canada, les facteurs psychosociaux seraient très importants, la pauvreté demeure de loin le facteur de risque le plus commun à toutes les victimes de la traite humaine.Cela complique d\u2019autant leur situation.En effet, sans ressources financières autonomes et dépour- L\u2019indignation publique a permis à l\u2019Association des femmes autochtones du Canada de souligner le fait que des centaines de femmes autochtones sont disparues au Canada et qu\u2019elles pourraient très bien être des victimes de la traite humaine.vues d\u2019assises économiques viables en dehors du milieu criminel, comment ces personnes trouveront-elles la force de s\u2019en sortir?Elles savent très bien qu\u2019elles courent le risque d\u2019être rapidement retrouvées et punies par leurs trafiquants.Ces derniers se servent d\u2019ailleurs de cette vulnérabilité comme élément de recrutement et de contrôle.UN CONTINUUM D\u2019EXPLOITATION Même si plusieurs différences séparent la traite domestique et la traite internationale (notamment les dynamiques de pouvoir Nord-Sud), un lien de continuité apparaît clairement entre ces deux réalités lorsque l\u2019on considère qui en sont les victimes.Dans les deux cas, il s\u2019agit de personnes sans pouvoir politique et économique, marginalisées et souvent « invisibles » pour une opinion publique qui ne se préoccupe pas davantage de leurs conditions de vie et de travail que de leurs droits humains.Au Canada, le gouvernement pourrait - par exemple -contribuer à prévenir la traite interne par de meilleures mesures de développement économique des régions, par des programmes d\u2019éducation et d\u2019employabilité offerts aux populations les plus touchées et par un financement accru des services communautaires en psychologie sociale.Quant aux services de protection des victimes, l\u2019accès au logement, aux soins de santé et à la réinsertion sociale sont les priorités identifiées par les intervenants œuvrant auprès des victimes.Ce fléau de la traite représente une violation flagrante des droits humains les plus fondamentaux.Il affecte quotidiennement des personnes appartenant aux groupes les plus vulnérables et les plus ignorés de notre société.Comme nous l\u2019avons mentionné, le racisme, le sexisme et le colonialisme n\u2019y sont pas étrangers.Ainsi, qu\u2019il s\u2019agisse de la traite interne ou de la traite internationale, il faut voir en ce phénomène la manifestation extrême des inégalités qui perdurent et s'intensifient, aussi bien dans notre société que dans le reste du monde.C\u2019est à ce problème structurel qu\u2019il faut nous attaquer prioritairement si nous voulons éradiquer l\u2019esclavage moderne.\u2022 L\u2019isolement au sein d\u2019une maison privée est propice à l\u2019exploitation.Sans témoin, la voix de ces immigrantes pèse peu face à celle de leurs employeurs aisés lorsqu\u2019elles portent plainte pour mauvais traitements.Une autre cause d\u2019exploitation renvoie à la dévalorisation de ce travail féminin qui a longtemps été effectué gratuitement par les femmes.Des employeurs, qui exigent qu\u2019elles habitent sous leur toit, y trouvent un prétexte de plus pour ne pas leur verser leur salaire.Les lois défavorisent aussi ces travailleuses.Elles sont traitées différemment des autres travailleurs migrants.Au Canada, elles relèvent du Programme des aides familiaux résidants.Aux États-Unis, elles sont sous le régime des visas pour les domestiques de diplomates, de représentants d\u2019organisations internationales ou de gens d\u2019affaires.Au Royaume-Uni, c\u2019est sous celui du visa pour travailleuse domestique étrangère.Et il y a autant de programmes que de pays! Dans la majorité des cas, les permis de travail les lient aux employeurs et les obligent à résider chez ceux-ci.Ces derniers décident du renouvellement de leur permis et lorsqu\u2019elles ne l\u2019obtiennent pas, ils n\u2019ont aucun intérêt à régulariser leur situation.Cette dépendance envers l\u2019employeur réduit leurs possibilités de se défendre.La plupart d\u2019entre elles ne savent pas à qui s\u2019adresser pour demander de l\u2019aide et n\u2019osent pas se tourner vers la police, par crainte d\u2019une expulsion vers leur pays.De plus, elles sont insuffisamment couvertes par les lois du travail.Au Canada, la protection varie selon le type de travail : garde d\u2019enfants, de personnes âgées ou handicapées, etc.Plusieurs pays ont ce type de distinctions et certains les excluent carrément des lois du travail.Au Québec, ce n\u2019est que depuis 2004 qu\u2019elles sont entièrement protégées par la Loi sur les normes du travail.Cependant, elles demeurent exclues de la protection de la Loi sur la santé et la sécurité au travail.Heureusement, ces femmes se regroupent maintenant pour assurer la reconnaissance de leurs droits et faire changer les lois.Ainsi, au Royaume-Uni, la campagne Kalayan a permis de régulariser la situation de plusieurs travailleuses sans statut.Aux États-Unis, des États ont adopté des législations leur permettant de poursuivre leurs employeurs même si elles sont déportées.Enfin, au Québec, il y a la campagne « La CSST pour les travailleuses domestiques» menée, entre autres, par l\u2019Association des aides familiales du Québec.RELATIONS mars 2008 m dOSSieR La filière infernale de la prostitution L\u2019auteur est professeur au Département de sociologie et d\u2019anthropologie de l'Université d\u2019Ottawa À l\u2019échelle de la planète, des centaines de milliers de femmes et de fillettes sont recrutées, achetées et vendues par des réseaux de prostitution.Ce fléau participe autant d\u2019une culture hypersexualisée que de la « monétarisation » des rapports sociaux typique du néolibéralisme.RICHARD POULIN Tous les observateurs s\u2019accordent sur le fait que la traite à des fins de prostitution est l\u2019activité du crime organisé qui connaît actuellement la plus grande expansion parce qu\u2019elle est la plus profitable.Elle concerne 90-92 % des cas, étant de loin plus importante que la traite à des fins de travail forcé (aides domestiques, travailleurs agricoles, etc.).Selon le Bureau international du travail, les femmes et les fillettes constituent 98 % des personnes victimes de la traite à des fins d\u2019exploitation sexuelle en 2005.L\u2019Office des Nations unies pour le contrôle des drogues et la prévention du crime estime que pratiquement aucun pays du monde n\u2019échappe à la traite des êtres humains: il recense, en 2006, 127 États comme pays d\u2019origine et 137 comme pays de destination.Les Pays-Bas y apparaissent comme l\u2019une des dix plaques tournantes de la traite internationale à des fins de prostitution.LÉGALISER N\u2019EST PAS UNE SOLUTION Aux Pays-Bas, 80% des personnes prostituées sont d\u2019origine étrangère - dont 70% sans papiers - et le secteur illégal y est plus important que le secteur légal.Selon toute vraisemblance, elles sont des victimes de la traite des êtres humains à des fins d\u2019exploitation sexuelle, laquelle est sous l\u2019emprise du crime organisé.Ce pays, qui a légalisé en 2000 le proxénétisme et réglementé la prostitution en bordels et en zones de tolérance, récolte un milliard d\u2019euros d\u2019impôt par année en provenance du seul secteur légal.Les bordels sont désormais licenciés et les tenanciers proxénètes opèrent en toute légalité.La réglementation de la prostitution devait mettre fin à la prostitution des mineures.Or, l\u2019Organisation pour les droits de l\u2019enfant, dont le siège est à Amsterdam, estime que le nombre de mineures qui sont prostituées est passé, aux Pays-Bas, de 4000 en 1996 à 15000 en 2001.Et la traite des mineures non accompagnées y est en plein essor - comme dans les autres pays européens qui ont réglementé la prostitution et légalisé le proxénétisme (Allemagne, Suisse, Grèce, etc.).Les réfugiées d\u2019âge mineur qui demandent l\u2019asile dès leur arrivée à l\u2019aéroport d\u2019Amsterdam sont conduites dans des foyers spécialisés d\u2019où elles s\u2019éclipsent.Le rythme rapide de ces disparitions a mis la puce à l\u2019oreille des forces de l\u2019ordre qui ont démantelé, en octobre dernier, un important réseau de traite de mineures à des fins de prostitution en provenance du Nigeria et qui se retrouvaient, pour une partie d\u2019entre elles, dans les bordels légaux.La légalisation de la prostitution devait également mettre fin au contrôle du crime organisé sur l\u2019industrie.Mais celui-ci, au contraire, a étendu son emprise et y prospère comme jamais.La mairie d\u2019Amsterdam a donc tenté de fermer le tiers des bordels de son « quartier rouge ».Sa marge de manœuvre légale pour contrer les bordels licenciés était toutefois fort limitée, puisque la loi réglementant la prostitution est de juridiction fédérale.Elle a donc procédé au rachat des édifices, investissant quelque 15 millions d\u2019euros dans cette opération afin de changer leur vocation.«Au lieu d\u2019assainir la filière, la politique de licences accordées depuis octobre 2000 aux maisons closes a abouti à une situation incontrôlable», affirme Karina Schaapman, ex-prostituée et conseillère municipale.Pour le maire de la ville, le « quartier rouge » est un « refuge pour les trafiquants [d\u2019êtres humains] et les dealers et la réglementation de la prostitution n\u2019a pas atteint son but : briser ses lien avec le crime organisé».Un conseiller municipal du Parti du travail explique: «Auparavant, on voyait la légalisation de la prostitution comme une question de libération des femmes; aujourd\u2019hui on la voit comme une question d\u2019exploitation des femmes et ça doit cesser.» Le constat d\u2019échec est patent: les autorités du pays se sont opposées sans succès à l\u2019emprise croissante du crime organisé sur la prostitution, qu\u2019elle soit illégale ou légale, et à la traite qu\u2019elle engendre inévitablement.Un même bilan vient d\u2019être tiré en ce qui concerne la prostitution réglementée au Nevada (États-Unis) et en Australie1.UNE «INDUSTRIE» MONDIALE Des centaines de milliers, voire des millions de femmes et de fillettes sont recrutées, achetées, vendues et revendues, chaque année, par des réseaux organisés sur les marchés locaux, nationaux et internationaux.Et à chaque étape ou presque de leur transport, elles sont louées aux clients pros-titueurs.Elles sont transportées clandestinement (ou, selon les circonstances, légalement2) au-delà des frontières La légalisation de la prostitution devait mettre fin au contrôle du crime organisé.Mais celui-ci, au contraire, a étendu son emprise.m mars 2008 RELATIONS nationales, vers le marché du sexe du monde entier - des pays les plus pauvres aux pays moins pauvres jusqu\u2019aux pays riches.Ainsi, par exemple, on estime que depuis 10 ans, 200000 jeunes femmes et fillettes du Bangladesh ont été victimes de la traite à des fins de prostitution vers le Pakistan et 150000 jeunes femmes en provenance des Philippines, de Taiwan, de Thaïlande et de Russie sont prostituées au Japon.Les trafiquants pratiquement inconnus à Londres, au Royaume-Uni, vers le milieu des années 1990, contrôlent désormais 80 % des jeunes femmes prostituées sur le trottoir.Interpol estime qu\u2019ils sont en mesure de fournir, dans les 48 heures, des jeunes femmes des Balkans.1.\tMelissa Farly, Prostitution and Trafficking in Nevada, San Francisco, PRE, 2007; Mary L.Sullivan, Making Sex Work: A Failed Experiment with Legalised Prostitution, North Melbourne, Spinifex, 2007.2.\tLes visas d\u2019« artiste » pour les danseuses de cabaret sont émis par de nombreux États et dénoncés par différentes organisations internationales et européennes comme moyen utilisé par les trafiquants pour prostituer les femmes.À l\u2019échelle planétaire, la traite des femmes et des enfants ne saurait donc être spontanée.Des mouvements de population qui concernent des millions de personnes chaque année supposent des organisations bien structurées, aux ramifications internationales, aux complicités innombrables et aux moyens financiers énormes.La traite à des fins de prostitution est une véritable industrie où font fortune les vendeurs et les revendeurs, qui sont acheteurs à tour de rôle.Comme pour n\u2019importe quelle industrie, une multitude de personnes profitent des «flux de marchandises»: du souteneur en passant par l\u2019intermédiaire, du recruteur au propriétaire du bordel, du douanier corrompu au policier, du trafiquant à l\u2019État qui engrange taxes et impôts.UN SYSTÈME BIEN RODÉ Un tel trafic à l\u2019échelle mondiale exige pots-de-vin et corruption du plus bas au plus haut niveau de la société.Il s\u2019appuie également sur des crimes qui vont de l\u2019achat d\u2019enfants à l\u2019enlèvement, de la tromperie aux faux papiers.Les organisations criminelles peuvent tout gérer, du recrutement, au transport et à la «mise en marché» des personnes prostituées.Elles peuvent fonctionner par sous-traitance ou contrôler directement l\u2019ensemble des opérations.Elles peuvent également prospérer au moyen de collaborations étroites avec d\u2019autres groupes criminels, dans le cadre d\u2019une division internationale ou régionale du travail.Elles embauchent des spécialistes: financiers chargés du blanchiment des revenus, faussaires, avocats, professionnels du lobby.Elles peuvent opérer de façon intégrée verticalement, du recruteur au gérant des établissements de prostitution, en passant par les transporteurs aux personnes chargées du recouvrement des dettes des victimes, des corrupteurs qui sont chargés de distribuer les pots-de-vin aux opérateurs des bureaux de placement et aux escorteurs des victimes de la traite.Des filières recrutent les femmes et les enfants sur place, fournissent les visas et les faux papiers et organisent leur transport.Les méthodes de recrutement varient.La méthode la plus répandue consiste à faire paraître des petites annonces proposant un emploi dans un autre pays comme coiffeuse, baby-sitter, domestique, serveuse, jeune fille au pair, mannequin ou danseuse.Une autre méthode consiste à recruter au moyen de bureaux de placement, d\u2019agences Baz Shamoun, sans titre (projet L\u2019Homme brisé), 2004, aquarelle sur papier, 21,5 x 28 cm RELATIONS mars 2008 ES dOSSieR Baz Shamoun, sans titre (projet L\u2019Homme brisé), 2004, aquarelle sur papier, 21,5 x 28 cm de voyages ou matrimoniales, qui sont de simples paravents pour les rabatteurs.Des victimes de la traite ont été également vendues par leur famille, leur petit ami ou par des institutions comme des orphelinats.Une fois recrutée, la personne est placée dans une situation de dépendance tout au long de sa traite.La victime passe alors de main en main jusqu\u2019à son arrivée dans le pays de destination.Les trafiquants se succèdent lors de ce déplacement, mais le sort des filles ne varie pas.Une jeune fille de 14 ans, rapatriée de la Bosnie-Herzégovine par l\u2019Organisation internationale pour les migrations (OIM), a été vendue 22 fois à différents réseaux proxénètes et propriétaires de bordels! À chaque fois, elle a eu à subir viols et autres agressions.Ces formes d\u2019assujettissement sont fréquemment employées, même pour la minorité qui connaît le but de sa traite : sa prostitution.Sitôt arrivées dans le pays de destination, les personnes voient leurs papiers confisqués et sont immédiatement prostituées.Les récalcitrantes passent par un camp de «dressage», où elles sont brisées psychologiquement.UN ENGRENAGE Dans le pays de destination, la victime de la traite, qu\u2019elle soit une personne déjà prostituée dans son pays ou non, devra également rembourser la « dette » du voyage.À cela s\u2019ajoutent les frais de logement, de nourriture, d\u2019habillement, de maquillage, de préservatifs, lesquels sont déduits de ses «revenus».Une fois tous les «frais» payés, il ne lui reste pratiquement rien - même que souvent sa dette augmente.Elle sera surveillée, c\u2019est-à-dire «protégée» selon le point de vue des membres du réseau qui l\u2019exploite.Elle sera menacée de vente à un autre réseau, à qui elle devra à nouveau rembourser une «dette».Si elle réussit à échapper aux proxénètes, elle risque l\u2019expulsion en tant qu\u2019immigrante clandestine, ce qui, selon l\u2019OIM, ne fait que nourrir les réseaux de traite opérant dans les pays d\u2019origine.Mettre fin à la traite des êtres humains exige plus que des lois sévères et des mesures de protection.On doit s\u2019attaquer au socle sur lequel repose 90-92 % de la traite : l\u2019industrie de la prostitution.En lien avec le sujet de la traite au Canada, le Bureau international des droits des enfants pilote le projet Stratégie d'action en matière de protection des droits des enfants victimes de la traite au Québec.Son premier rapport de recherche et ses recommandations peuvent être consultés sur son site Internet, qui propose une section spécifique sur le sujet.Voir : .Une autre étude québécoise a également été réalisée par Michelle Côté, en 2004, et s\u2019intitule Portrait de l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales - L\u2019initiative du Service de police de la Ville de Montréal.Le désir d\u2019une vie meilleure pour soi et ses enfants pousse les gens à émigrer ou à faire émigrer leurs enfants.C\u2019est ce qui explique, par exemple, qu\u2019une famille albanaise accepte de vendre son bébé à des trafiquants qui l\u2019emmèneront en Italie ou qu\u2019une famille thaïlandaise du nord du pays fête la naissance d\u2019une fille, car celle-ci est promesse de revenus par sa prostitution future dans le sud du pays.Vu sous cet angle, mettre fin à la traite des êtres humains exige plus que des lois sévères et des mesures de protection des victimes.On doit s\u2019attaquer au socle sur lequel repose 90-92 % de la traite : l\u2019industrie de la prostitution.Mais la victoire du néolibéralisme dans les années 1980 a permis une accélération de la « monétarisation » des rapports sociaux qui s\u2019est traduite par un essor considérable des industries du sexe et par leur légitimité accrue.En outre, la culture est de plus en plus hypersexualisée3 -une « carrière » dans la prostitution et la pornographie apparaît parfois même comme étant glamour -, au profit du « divertissement » masculin.Les femmes et les fillettes en payent un lourd tribut.\u2022 3.Voir mon article « L\u2019érotisation précoce » dans Relations n° 719, sept.2007, p.21.mars 2008 RELATIONS Les enfants esclaves Tant que les structures socioéconomiques ne changeront pas, donnant la priorité au respect des droits humains - notamment ceux des plus petits et des plus pauvres - le drame des enfants esclaves perdurera.MICHEL BONNET Les enfants esclaves sont-ils nombreux?Le Bureau international du travail, l\u2019une des seules institutions capables de répondre à cette question, écrit dans son rapport de 2006 : « Il est impossible de chiffrer précisément l\u2019ampleur du phénomène à l\u2019échelon mondial.» Disons qu\u2019il faut compter ces enfants en dizaines de millions et qu\u2019aucune région du monde n\u2019est épargnée - même si les pratiques esclavagistes sont plus répandues dans les pays du Sud.DES CAS CONCRETS Shabita a dix ans.Elle travaille depuis deux ans dans la maison d\u2019un riche agriculteur de son village au Bangladesh.Son père avait fait un emprunt mais il est mort avant d\u2019avoir pu le rembourser.Elle ne sait pas combien d\u2019années il lui faudra pour éponger la dette, peut-être sa vie entière.Les parents de Jolo, 11 ans, vivent dans un bidonville de Fortaleza au Brésil.Un recruteur est passé et leur a proposé d\u2019embaucher l\u2019enfant en donnant d\u2019avance plusieurs mois de son salaire.Jolo est parti travailler dans les « garimpos », champs aurifères à ciel ouvert dans le Mato Grosso.C\u2019était il y a cinq ans.Depuis les parents sont sans nouvelles.Haoua avait dix ans quand une de ses tantes est venue au village et l\u2019a emmenée à Abidjan, en Côte d\u2019ivoire, pour s\u2019occuper de son bébé et l\u2019aider aux travaux ménagers.Deux ans plus tard, sa tante l\u2019a fait embaucher par une agence comme domestique dans une famille.Elle a 14 ans et espère que sa tante viendra la prendre pour la ramener à son village.Yacouba, au Liberia, gardait des chèvres au bord du chemin.Des hommes en armes sont passés et l\u2019ont emmené; enfant kidnappé, enfant soldat.Quelques points communs entre ces quatre situations nous montrent les principales caractéristiques de l\u2019esclavage des enfants aujourd\u2019hui.D\u2019abord, ils subissent une privation de leur liberté (par enfermement pour le remboursement d\u2019une dette, éloignement géographique, isolement comme domestique dans une famille ou embrigadement dans une armée).Ensuite, ils éprouvent la violence d\u2019un rapport deforces inégalitaire (par obligation de rembourser une dette des parents, contrat de travail passé entre deux adultes, violence d\u2019un kidnapping).Enfin, ils font l\u2019objet d\u2019un mépris de leur dignité: ces enfants n\u2019ont plus de nom, ils ne sont plus qu\u2019une « chose-qui-fait-quelque-chose».Leurs caractéristiques (sexe, âge, origine familiale et ethnique) de même que les besoins essentiels à leur développement (éducation, repos, relations, projets d\u2019avenir) sont foulés aux pieds.C\u2019est l\u2019exploitation sans limites : nous sommes au cœur d\u2019une mécanique infernale.LA MÉCANIQUE ESCLAVAGISTE Face à cette chosification d\u2019êtres humains, comment se comportent les différents acteurs en présence - et tout d\u2019abord les enfants?Puisqu\u2019une catastrophe leur est tombée dessus, une seule règle : tout faire pour que demain ne soit pas pire qu\u2019aujour-d\u2019hui.Cela signifie obéir aux ordres du maître et se taire, quoi qu\u2019il arrive.Se taire devant le maître et les surveillants bien sûr, mais aussi devant toute personne qui s\u2019approcherait - car il y a le risque qu\u2019un écho arrive jusqu\u2019aux oreilles du maître, et la situation pourrait empirer.Cette loi du silence est intériorisée depuis la naissance en regardant vivre leurs parents.C\u2019est la mort dans l\u2019âme que les parents se voient obligés de se séparer d\u2019un enfant.La misère est un rouleau compresseur auquel rien ne résiste.Misère matérielle qui impose de tout sacrifier à la survie au jour le jour.Misère sociale quand toutes les issues de secours sont fermées.Misère culturelle ou spirituelle héritée des ancêtres en s\u2019entendant répéter que c\u2019est la volonté de dieu, le karma, le destin et qu\u2019on n\u2019y peut rien.Tous les moyens semblent bons pour sauver la vie de l\u2019enfant : le vendre, le confier à un parent ou à quelqu\u2019un qui a mieux réussi, l\u2019offrir à un employeur en échange d\u2019un emprunt.Et toujours se taire, ne pas dénoncer la situation à un enquêteur de passage ou à un policier, ne pas porter plainte devant un tribunal, car tout pourrait devenir pire.Il faut souligner ici qu\u2019il est assez rare qu\u2019un contact direct existe entre les parents, l\u2019enfant esclave et le propriétaire esclavagiste.Habituellement, on a affaire à plusieurs réseaux allant de la recherche des enfants et de leur transport (parfois transfrontalier) jusqu\u2019à leur mise au travail.Ces réseaux s\u2019épaulent les uns les autres et ont souvent des liens étroits avec le crime organisé - comme dans le cas de la prostitution enfantine, de la vente pour adoption ou pour le prélèvement d\u2019organes.Interpol est d\u2019ailleurs de plus en plus actif dans ce domaine, notamment par le repérage des réseaux sur le Web.Aucune région du monde n\u2019est épargnée - même si les pratiques esclavagistes sont plus répandues dans les pays du Sud.L\u2019auteur a œuvré, de 1991 à 1996, au Bureau international du travail à titre d'expert sur le travail des enfants ?RELATIONS mars 2008 Q1 dOSSieR Aujourd\u2019hui, tout employeur qui garde un enfant en esclavage sait qu\u2019il est dans l\u2019illégalité.Il est donc capital pour lui de rester caché.Il doit s\u2019organiser pour que les enfants, leurs familles ou leur entourage gardent le silence.Pour cela, la peur qui paralyse est l\u2019instrument le plus efficace.Vis-à-vis des autorités (policiers, agents administratifs, tribunaux, hommes politiques), la corruption reste le meilleur moyen pour que chacun ferme les yeux ou aide à retarder tout processus qui mènerait à une condamnation et à la libération définitive des enfants.D\u2019une façon générale, les esclavagistes veillent à ce que l\u2019évolution des législations leur soit le moins défavorable possible.Récemment, dans la région du Sindh au Pakistan, les propriétaires terriens sont même passés à l\u2019attaque pour défendre le système du travail en servitude comme faisant partie intégrante de la culture d\u2019une société agraire.Ils demandaient que les litiges concernant les dettes ne soient pas jugés selon la législation nationale du travail mais selon leurs propres coutumes.LES MOTEURS DE LA LUTTE L\u2019attitude des gouvernements, jusqu\u2019aux années 1980, était de nier l\u2019existence de pratiques esclavagistes dans leur pays.L\u2019adoption, en 1989, de la Convention des Nations unies relative aux droits de l\u2019enfant les a amenés progressivement à changer leurs législations et à s\u2019efforcer de les faire appliquer.Maintenant, les gouvernements se montrent soucieux d\u2019afficher une image internationale respectueuse des enfants et sont, de ce fait, de plus en plus sensibles à la pression des opinions publiques.Les exemples ne manquent pas : campagnes de presse, interventions dans les foires internationales ou les rencontres sportives (comme pour la coupe du monde de football en 1998 avec l\u2019industrie des ballons au Pakistan), menaces de boycott de certains produits (comme pour le textile du Bangladesh en 1992), campagnes d\u2019information auprès des touristes dénonçant des pratiques esclavagistes dans leur pays de destination, rapports présentés par des associations aux instances de l\u2019ONU.Ces dernières années, beaucoup de gouvernements acceptent d\u2019ailleurs une aide internationale pour des programmes de libération et de réhabilitation d\u2019enfants en esclavage.Ceci n\u2019aura toutefois qu\u2019un impact très limité tant que les structures socio-économiques ne changeront pas.Deux institutions internationales sont, depuis un siècle, le moteur de la lutte contre l\u2019esclavage: les Nations unies et l\u2019Organisation internationale du travail (OIT).Leur action en est une en profondeur et à long terme.L\u2019ONU aborde l\u2019esclavage en concentrant ses interventions auprès des gouvernements sur le non-respect des conventions concernant l\u2019esclavage et ses pratiques actuelles.Au sein de la Commission des droits de l\u2019homme (qui a été remplacée, en 2006, par le Conseil des droits de l\u2019homme), le Groupe de travail sur les formes contemporaines d\u2019esclavage a pris au sérieux tout ce qui touche à l\u2019esclavage des enfants1.Pour sa part, TOIT lutte depuis ses origines pour l\u2019abolition du travail des enfants.Elle vient d\u2019opérer deux changements importants : d\u2019une part, en 1991, elle a décidé de se lancer dans des actions concrètes sur le terrain à travers le Programme international pour l\u2019abolition du travail des enfants (IPEC) - qui est devenu le programme mondial le plus important dans ce L\u2019esclavage, notamment celui des enfants, apparaît comme un phénomène social extrêmement complexe et en permanente évolution, car les esclavagistes s\u2019adaptent à la marche du monde.UN RAPPORTEUR SPÉCIAL DE L\u2019ONU Discréditée en raison de la présence en son sein de pays ne respectant pas les droits humains, la Commission des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU a été remplacée, en 2006, par le Conseil des droits de l\u2019homme.Avec quelques décisions très contestées et comptant parmi ses membres des pays comme la Chine, la Russie, l\u2019Arabie Saoudite et Cuba, celui-ci peine aussi à maintenir sa crédibilité.C\u2019est ce conseil qui a créé, en 2007, sous la pression de Franciscans International et d\u2019Anti-Slavery International notamment, le nouveau poste de rapporteur spécial sur les formes contemporaines d\u2019esclavage.Son titulaire doit être désigné en mars 2008.Cette personne aura pour mandat d\u2019étudier toutes les formes contemporaines d\u2019esclavage, de réagir efficacement aux cas documentés, de promouvoir l\u2019application effective des normes et règles internationales perti- nentes et de recommander des mesures applicables à tous les niveaux de gouvernements, incluant celles s\u2019attaquant aux causes et aux conséquences de l\u2019esclavage moderne.*** Une autre rapporteuse spéciale de l\u2019ONU, Sigma Huda, qui travaille sur la question connexe de la traite des personnes, est emprisonnée au Bangladesh depuis juillet 2007.À la suite d\u2019un procès douteux pour corruption, elle a été condamnée à trois ans de prison.Le régime militaire qui a pris le pouvoir au Bangladesh en janvier 2007 et imposé l\u2019état d\u2019urgence, persécute et emprisonne des milliers d\u2019opposants et d\u2019activistes des droits humains et sociaux.Le Bangladesh est membre du Conseil des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU.mars 2008 RELATIONS \u20224-« $ » | domaine (avec des initiatives spécifiques vers les enfants tenus en esclavage).D\u2019autre part TOIT a adopté, en 1999, la Convention n°182 sur les pires formes de travail des enfants - mentionnant explicitement «toutes les formes d\u2019esclavage ou pratiques analogues».Depuis 1998, le directeur général de l\u2019OIT a l\u2019obligation de présenter, tous les quatre ans, un rapport sur l\u2019élimination de toute forme de travail forcé ainsi que sur l\u2019abolition effective du travail des enfants.Les rapports annuels de l\u2019IPEC représentent la meilleure source d\u2019information sur le problème.CAUSES ET PISTES DE SOLUTION L\u2019esclavage, notamment celui des enfants, apparaît comme un phénomène social extrêmement complexe et en permanente évolution, car les esclavagistes s\u2019adaptent à la marche du monde.Comme nous l\u2019avons mentionné, c\u2019est dans la misère qu\u2019il faut chercher la cause principale et immédiate de la mise en esclavage des enfants.Et c\u2019est aussi dans la destruction du tissu social et du réseau de solidarité des communautés locales qu\u2019il faut voir la racine des difficultés de ces populations à prendre en charge leurs enfants de manière adéquate.Sur ce point, si la mondialisation néolibérale ne crée certes pas l\u2019esclavage des enfants, elle en est un facteur nettement aggravant.Deux tendances prennent petit à petit possession du terrain sociétal jusque dans les villages les plus reculés de la planète.D\u2019abord, la priorité donnée à la commercialisation des produits - au détriment des conditions de production - fragilise ou même évacue le savoir-faire du travailleur et de sa commu- 1.En mars 2008, un Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d\u2019esclavage doit être désigné pour prendre le relais de ce groupe de travail.nauté.Ensuite, la rentabilité financière prime sur les conditions de vie et de travail des populations, piétinant une éthique traditionnelle basée sur la solidarité.Sous cette pression, les sociétés tendent à se durcir et les mentalités finissent par accepter sans trop s\u2019émouvoir que certaines catégories de populations puissent être purement et simplement laissées de côté : le champ est libre pour la mise en esclavage.On est en droit de se demander si, un jour, la réduction en esclavage des enfants ne sera plus qu\u2019un mauvais souvenir.Tout dépend, en fin de compte, de notre réponse personnelle et collective à la seule vraie question : que faire?Soyons bref et concret.D\u2019abord, il est primordial que tout enfant qui naît soit enregistré à l\u2019état-civil - ce qui n\u2019est pas le cas présentement.Cet enregistrement est le seul moyen qu\u2019ont les parents pour prouver que tel enfant est bien leur progéniture et, à partir de là, utiliser les services de l\u2019État (notamment la police et la Justice) pour le sortir de l\u2019esclavage.Par ailleurs, cet enregistrement permet de bénéficier d\u2019autres services (allocations de soutien, santé, éducation) - ce qui aide les familles à ne pas tomber dans le piège de l\u2019endettement, porte d\u2019entrée dans l\u2019esclavage.Tout programme de développement devrait avoir un volet qui aide les pays concernés à mettre en place cette structure de base prioritaire.Nous pouvons agir dans ce sens auprès de nos gouvernements.Par ailleurs, plusieurs des parents pauvres obligés d\u2019emprunter pour faire face de façon urgente à un imprévu placent un enfant en gage, pensant pouvoir rapidement rembourser l\u2019emprunt avec la rémunération de son travail.Mais les intérêts exorbitants et la manipulation de la dette interdisent tout espoir de remboursement, si bien qu\u2019en peu de temps, l\u2019enfant se trouve définitivement en esclavage.Une piste de réponse à de telles situations se trouve dans le développement et l\u2019accès au micro-crédit.Un exemple connu est le système mis au point au Bangladesh, en 1975, par l\u2019économiste Mohammad Junus.L\u2019expérience s\u2019est développée au point d\u2019être reconnue, en 1983, comme une banque indépendante : la Grameen Bank.Elle couvre actuellement quelque 50 000 villages du Bangladesh et le modèle se répand dans d\u2019autres pays.En 2006, M.Junus a reçu le prix Nobel de la Paix pour cette initiative.Poussons sans relâche nos associations à développer ce type d\u2019action.Enfin, l\u2019affirmation toujours plus vigoureuse, au sein de la communauté internationale, du respect des droits de la personne - en commençant par ceux des plus faibles et des plus petits - est certes une responsabilité qui nous incombe tous en tant qu\u2019humains et citoyens.\u2022 Baz Shamoun, sans titre (projet L\u2019Homme brisé), 2004, aquarelle sur papier, 21,5 x 28 cm RELATIONS mars 2008 m dOSSieR L\u2019appel à la libération L'auteur est bibliste Dans la Bible, l\u2019esclavage apparaît comme allant de soi et n\u2019est pas encore remis en cause en tant que structure sociale.Les luttes ultérieures pour son éradication ont toutefois trouvé dans les pratiques de libération des prophètes, de Jésus et des apôtres une véritable source d\u2019inspiration.ANDRÉ MYRE LJ esclavage a toujours eu cours en Israël ancien.La pratique de l\u2019esclavage y a deux sources : les prison-¦ niers de guerre et les victimes de difficultés économiques.Les premiers sont des étrangers, les secondes des Hébreux réduits à l\u2019esclavage pour payer leurs dettes et survivre.Les premiers sont esclaves à vie, les secondes doivent être libérées après avoir servi six années complètes, selon la législation du Lévitique (25, 39-55).C\u2019est trois ans de plus que la période précisée dans le code mésopotamien de Hammourabi, rédigé quelque mille ans plus tôt.Et c\u2019était même là l\u2019idéal.Un texte du prophète Jérémie (34,12-22) montre bien qu\u2019en pratique, la législation n\u2019était pas tellement suivie.Les propriétaires savaient comment remettre la main sur leurs anciens esclaves, et définitivement cette fois.AU TEMPS DE JÉSUS ET DE PAUL À l\u2019époque du Nouveau Testament, l\u2019esclavage n\u2019est même pas remis en question.Dans l\u2019évangile de Matthieu, le fameux centurion de Capharnaüm a un esclave (8, 9).Dans les paraboles, le semeur a des esclaves (13, 24-30), les grands propriétaires terriens ont des esclaves (21, 33-41), les rois ont des esclaves (22, 1-14).Le Grand prêtre lui-même en a un (dans l\u2019évangile de Jean, il en a plusieurs) : c\u2019est celui à qui Pierre coupe un bout d\u2019oreille (26, 51).En Luc, le père si miséricordieux de l\u2019enfant prodigue a des esclaves (15, 22).Dans le même évangile, il se trouve un passage très significatif pour notre propos.On y considère chose normale que les auditeurs aient un esclave et qu\u2019ils le traitent comme tel : pas question de l\u2019inviter à table, au contraire, c\u2019est son rôle de servir son maître et de ne manger qu\u2019à son tour.À la fin, les auditeurs sont invités, une fois qu\u2019ils se seront bien comportés, à se considérer comme «des esclaves inutiles» (17, 7-10).L\u2019occasion aurait pourtant été belle de les inviter à libérer leurs esclaves.Dans ces scènes de la vie courante ou ces références à des personnages de l\u2019époque, la réalité de l\u2019esclavage est considérée comme allant de soi1.Il ne semble venir à l\u2019esprit de personne de condamner cette pratique ou, au moins, d\u2019inviter à écouter la législation de l\u2019Ancien Testament qui en limite la durée.Difficile, face à tous ces textes, de penser que le Nazaréen se soit explicitement opposé à l\u2019esclavage et ait proposé son abolition.Voilà qui donne à réfléchir.Alors que dans les évangiles on ne trouve que le reflet de l\u2019esclavage, dans la tradition paulinienne cette pratique est regardée en face.L\u2019énoncé fondamental est formulé dans un langage paradoxal, qui fait considérer le statut d\u2019esclave comme un état de fait: «Juif, Grec, cela n\u2019existe plus.Esclave, homme libre, cela n\u2019existe plus.Mâle et femelle, cela n\u2019existe plus.En effet, vous tous, par le Christ Jésus, vous ne faites plus qu\u2019un» (Galates 3,28).Paul n\u2019est évidemment pas en train de nier les différentes identités nationales, sociales ou sexuelles.Il pointe plutôt du doigt une unité de fond qui les transcende mais, ce faisant, il les reconnaît.Pour lui, un monde sans esclave ni homme libre, est aussi inconcevable qu\u2019un monde sans Juif ni Grec, sans homme ni femme.Aussi est-il cohérent dans ses prises de position vis-à-vis de l\u2019esclavage.Son principe est clair : la foi se vit dans la situation d\u2019accueil.«Que chacun demeure là où l\u2019appel l\u2019a atteint.Tu étais esclave?Ne t\u2019en fais pas, ne cherche même pas à devenir libre, tire plutôt profit de ta situation.Car celui que le Maître a appelé dans sa condition d\u2019esclave, il l\u2019a libéré.Et celui qu\u2019il a appelé dans sa condition d\u2019homme libre, il en a fait son esclave » (1 Corinthiens 7, 20-22).Quand il écrit à Philémon pour qu\u2019il reprenne son esclave Onésime, lequel avait pris la fuite après avoir volé son maître, il l\u2019exhorte à traiter le fugitif comme un frère mais pas explicitement à l\u2019affranchir.La tradition paulinienne poursuivra sur cette lancée en demandant aux esclaves d\u2019obéir à leurs maîtres (Éphésiens 6, 5-8), et aux maîtres de bien traiter leurs esclaves (Colosiens 4,1).Ces propos, j\u2019en conviens, sont susceptibles de rendre qui les lit aujourd\u2019hui sinon scandalisé, du moins perplexe.1.Parce que l\u2019esclavage ne va pas de soi de nos jours, les traducteurs cèdent souvent à la tendance d\u2019adoucir le terme grec en le rendant par «serviteur».Il convient certes de reconnaître que l\u2019éventail des relations maître-esclave pouvait être très large, allant de l\u2019oppression à l\u2019amitié et la confiance.Ici ou là, la traduction par serviteur peut donc facilement se justifier.Mais le faire de façon systématique empêche les lecteurs de prendre conscience de la réalité de l\u2019esclavage à l\u2019époque du Nouveau Testament.À chaque époque, dans chaque culture, des humains prennent conscience de certaines réalités qui les oppressent, qui les oppriment, qui les humilient à l\u2019extrême.Cela se fait péniblement, collectivement, avec le temps, à la pièce.m mars 2008 RELATIONS ¦ La lutte contre l\u2019esclavage apparaissait déjà timide dans l\u2019Ancien Testament, avec des résultats plus que mitigés, voilà que le Nouveau semble à peine conscient du problème.Certes, le Nazaréen a été sensible à la détresse des malades, des pauvres, des laissés-pour-compte et y a consacré une grande partie de son activité.A-t-il été conscient de celle des esclaves?Qui peut le dire?Et que penser de Paul qui, s\u2019il voit bien la réalité de l\u2019esclavage, se refuse carrément à promouvoir son abolition, allant même jusqu\u2019à déconseiller aux esclaves de chercher à se libérer?Le Nazaréen ainsi que Paul vivaient sous la botte d\u2019un empire très puissant, qui contrôlait l\u2019économie, vidait le pays de ses ressources, créait une horde immense de miséreux, lesquels, pour survivre, n\u2019avaient guère d\u2019autres choix que de mendier ou de devenir esclaves.L\u2019engagement à lutter pour l\u2019abolition de l\u2019esclavage pouvait-il s\u2019envisager à l\u2019époque?La question de la pertinence contemporaine de ces textes se pose donc avec une certaine acuité.UN SYSTÈME TOUJOURS À DÉMONTER Allons-y d\u2019abord d\u2019une affirmation tranchée : personne n\u2019a jamais été converti par un texte.Dans l\u2019Écriture, il y a plein d\u2019affirmations qui restent à peu près sans effet.De soi, un texte ancien, même considéré comme inspiré, est destiné à demeurer lettre morte.Il ne sortira des rangs, ne deviendra significatif et ne se trouvera pertinent que si la personne qui le lit porte vitalement son sens en elle, se reconnaît pour le fond dans ce qu\u2019il dit et se mobilise dans la direction qu\u2019il indique.Un texte ne peut communiquer son sens à quelqu\u2019un, il ne peut qu\u2019être le déclencheur d\u2019un phénomène de résonance.On ne s\u2019attaque donc pas à l\u2019esclavage parce que l\u2019Écriture l\u2019exigerait, mais parce qu\u2019on s\u2019y sent appelé de l\u2019intérieur, découvrant après coup qu\u2019on se situe ainsi dans le prolongement des textes.Il n\u2019y a jamais eu d\u2019âge d\u2019or de l'humanité ou de la révélation.Les mille ans qu\u2019a pris la Bible pour s\u2019écrire n\u2019échappent pas à cette vérité.À chaque époque, dans Baz Shamoun, Porteur de la croix, 1999, huile sur toile Les Églises et la lutte contre l\u2019esclavage GREGORY BAUM Au XVIe siècle, les anabaptistes ont été un des premiers groupes chrétiens ayant vu dans l\u2019Évangile une révolution égalitaire.Ils s\u2019opposaient à l\u2019ordre féodal ainsi qu\u2019à l\u2019ordre bourgeois qui se développait dans les grandes villes.Ce radicalisme leur a valu la persécution de la part des protestants et des catholiques; ceux qui n\u2019ont pas pu se cacher ont été massacrés.Les mennonites ont sauvegardé leur héritage.Avant le XVIIIe siècle, il y avait très peu d\u2019hommes blancs qui questionnaient la moralité de l\u2019esclavage.Influencés par les mennonites, les Quakers et certains groupes évangéliques en Angleterre et en Amérique ont rappelé le message égalitaire de l\u2019Évangile et fondé des organisations dont l\u2019action visait l\u2019abolition de l\u2019esclavage.La première orga- nisation fut fondée en 1775, mais le mouvement antiesclavagiste n\u2019est devenu une force sociale majeure qu\u2019au milieu du XIXe siècle.Les grandes Églises, surtout l\u2019Église catholique, ont beaucoup hésité avant de condamner l\u2019institution de l\u2019esclavage de façon claire et définitive.Aujourd\u2019hui, toutes les Églises reconnaissent que l\u2019Évangile proclame l\u2019égalité des humains et demandent à leurs membres de s\u2019engager contre l\u2019esclavage et contre toute forme de discrimination.Voici des passages du concile Vatican II qui en témoignent (Gaudium et spes, nos 29.2 et 29.4) : «Toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, qu\u2019elle soit sociale ou culturelle, qu\u2019elle soit fondée sur le sexe, la race, la couleur de la peau, la condition sociale, la langue ou la religion, doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu.[.] Que les institutions privées ou publiques s\u2019efforcent de se mettre au service de la dignité et de la destinée humaines.Qu\u2019en même temps elles luttent activement contre toute forme d\u2019esclavage, social ou politique; et qu\u2019elles garantissent les droits fondamentaux des hommes sous tout régime politique.» L\u2019auteur est théologien RELATIONS mars 2008 m dOSSieR chaque culture, des humains prennent conscience de certaines réalités qui les oppressent, qui les oppriment, qui les humilient à l\u2019extrême.Cela se fait péniblement, collectivement, avec le temps, à la pièce.Nul ne peut voir toute la situation d\u2019un coup, toutes les oppressions dans leur ensemble, avec les liens qui les unissent, avec leurs conséquences dévastatrices.Avec le passage de l\u2019histoire, les choses changent, les réalités se modifient.Les formes d\u2019esclavage dont témoigne l\u2019Ancien Testament ne sont plus celles d\u2019aujourd\u2019hui.Et celles d\u2019aujourd\u2019hui vivent souvent masquées; c\u2019est pourquoi il faut révéler leur visage.Mais à quel prix?Les législateurs de l\u2019Ancien Testament, qui jouissaient d\u2019une certaine autorité dans leur peuple, avaient vu combien l\u2019esclavage était destructeur et ont eu le courage de le présenter sur le fond de scène de l\u2019expérience vécue jadis: «N\u2019oublie surtout pas que tu as été esclave en Égypte et que Yhwh ton Dieu t\u2019a libéré» (Deutéronome 15, 15).Mais ils n\u2019ont pas caché les efforts désespérés de Moïse pour refuser de s\u2019engager dans une lutte de libération (Exode 3, 1-4,17).Voir clair est déjà difficile, en tirer la conséquence ne va pas de soi.L\u2019appel à la libération prend son sens pour qui ressent profondément l\u2019impact de l\u2019esclavage et est prêt à subir les conséquences de ses prises de position.Pour cela, il faut aller au cœur du système - la «Bête» de l\u2019Apocalypse - et le dévoiler au grand jour.Qui s\u2019y essaie se découvre très vite frère ou sœur de législateurs de l\u2019Ancien Testament; du Nazaréen, qui s\u2019est d\u2019abord attaqué aux conséquences de la perversité du système - la maladie -, avant de s\u2019en prendre au responsable, le Temple, ce qui a causé sa perte.Ce qui animait Jésus - le Dieu de la libération, l\u2019amour de la vie, la solidarité avec les opprimés, le souci de la dignité humaine - a permis à ceux qui s\u2019en réclament de lutter, dans les limites extrêmes de leur temps et de leur monde, contre les systèmes d\u2019oppression, dont l\u2019esclavage, qui minent les êtres humains.Devenir humain, c\u2019est faire partie de la longue lignée de ceux et celles qui cherchent à voir clair, à s\u2019affranchir, à devenir quelqu\u2019un dans un monde toujours déshumanisant.\u2022 Ce qui animait Jésus a permis à ceux qui s\u2019en réclament de lutter, dans les limites extrêmes de leur temps et de leur monde, contre les systèmes d\u2019oppression, dont l\u2019esclavage.POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES BONNET, Michel, Le travail des enfants: terrain de luttes, Lausanne, Page Deux, 1999.CHEBEL, Malek, L'Esclavage en terre d'islam, Paris, Fayard, 2007.DORIGNY, Marcel et GAI NOT, Bernard, Atlas des esclavages, Paris, Autrement, 2006.DUSCH, Sabine, Le trafic d'êtres humains, Paris, Presses universitaires de France, 2002.POULIN, Richard, La Mondialisation de l\u2019industrie du sexe, prostitution, pornographie, traite des femmes et des enfants, Ottawa, L\u2019Interligne, 2004.TORRES, Dominique, Esclaves : 200 millions d\u2019esclaves aujourd\u2019hui, Paris, Phebus, 2005.VAZ CABRAL, Georgina, La Traite des êtres humains, réalités de l\u2019esclavage contemporain, Paris, La Découverte, 2006.REVUES Alternatives Sud, Dossier « Prostitution : la mondialisation incarnée», vol.XII, n° 3, 2005.BELLEFEUILLE, Jean, « Le trafic humain, l\u2019esclavage moderne qui interpelle notre foi», Aujourd\u2019hui Credo, Montréal, Église unie du Canada, 2006.Bulletins Vivre ensemble du Centre justice et foi : n° 50, printemps-été 2007 ; n° 44, printemps 2005 ; n° 43, automne 2004, accessibles à : .Cahiers d\u2019études africaines, Dossier « Esclavage moderne ou modernité de l\u2019esclavage?», n° 179-180, Paris, Éditions de l\u2019EHESS, 2005.CÉLESTIN, Nancy, Trafic des aides familiales, Montréal, Association des aides familiales du Québec, 2006.HANLEY, Jill et OXMAN-MARTINEZ, Jacqueline, La traite des personnes, guide trilingue réalisé par le Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes, Montréal, 2007.Relations: «Faut-il décriminaliser la prostitution?», n° 666, février 2001; « Le trafic sexuel des femmes», n° 698, février 2005; « Les Philippines contre le trafic sexuel», n° 707, mars 2006.FILMS It\u2019s a free world de Ken Loach, Grande-Bretagne, Sixteen Films, 2007.La femme seule de Brahim Fritah, France, Les Films Sauvages, 2005.Modem Heroes Modem Slaves de Marie Boti, Québec, Productions Multi-Monde, 1997, accessible à: .Trade de Marco Kreuzpaintner, États-Unis, Roadside Attractions, 2006.Trafic humain de Christian Duguay, Canada/É.-U., Chrystal Films, 2006.SITES : Amnistie internationale, campagnes sur la traite des femmes et des enfants : Anti-Slavery International : Coalition contre la traite des femmes (CATW) : Comité contre l\u2019esclavage moderne : page de références de l\u2019ONU : série documentaire sur les violations des droits de l\u2019homme THÉÂTRE Perdues dans le trafic, Théâtre Parminou, Victoriaville.m mars 2008 RELATIONS eN BRef NOUVEAU GÉNÉRAL DES JÉSUITES Le père Adolfo Nicolas a été élu supérieur général de la Compagnie de Jésus le 19 janvier dernier, lors de la 35e Congrégation générale des jésuites.Deux cent seize délégués du monde entier étaient réunis à Rome pour cette élection, à la suite de la renonciation, après 24 ans de service, du père Peter-Hans Kolvenbach, âgé de 79 ans.Ils ont aussi discuté des orientations de la Compagnie pour le futur.D\u2019origine espagnole, le père Nicolas (71 ans) a principalement œuvré au Japon.Il a été professeur de théologie à l\u2019Université Sophia de Tokyo, directeur de l\u2019Institut pastoral de Manille (Philippines), Provincial des jésuites au Japon et modérateur de la Conférence des provinciaux jésuites de l\u2019Asie Orientale et de l\u2019Océanie.Connu pour son travail auprès des immigrants et des pauvres, il devient le 29e successeur du fondateur, Ignace de Loyola.DROIT À L\u2019EAU LJ Association québécoise pour , un contrat mondial de l\u2019eau (AQCME), le Conseil des Canadiens et Développement et Paix ont lancé une pétition afin d\u2019appeler le gouvernement canadien à exclure définitivement l\u2019eau de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), à reconnaître le droit humain à l\u2019eau au plan international et à retirer son financement d\u2019un organe de la Banque mondiale qui facilite la privatisation des services d\u2019eau dans les pays pauvres.Pour télécharger et signer la pétition, consulter: et .PRÉSIDENTIELLES 2008 La Chaire d\u2019études politiques et économiques américaines de l\u2019Université de Montréal (CÉPÉA) propose un dossier spécial sur les élections présidentielles américaines de 2008.Des fiches synthèses permettent de connaître les positions des candidats sur cinq grands sujets: l\u2019avortement, le commerce international, l\u2019énergie et le pétrole, la guerre en Irak et l\u2019immigration.Consulter: .CONTRE LA TORTURE En octobre, les prêtres catholiques Stephen Kelly (un jésuite) et Louis Vitale (un franciscain) ont été condamnés à cinq mois de prison pour une action non violente de désobéissance civile menée au Fort Huachuca, en Arizona, en 2006.Ils tentaient de remettre une lettre à la générale Barbara Fast (impliquée au plus haut niveau à Abu Ghraib et, contrairement à d\u2019autres, n\u2019ayant jamais été sanctionnée) pour dénoncer la torture pratiquée par l\u2019armée américaine.Le Fort Huachuca est connu -avec le Fort Benning et la School of the Americas (rebaptisée Western Hemisphere Institute for Security Cooperation) - pour son enseignement et ses manuels de torture qui ont servi au plus fort des années de dictature en Amérique latine.PRIX ROBERT-SAUVÉ Fernand Côté, directeur général de la Maison Dauphine pour les jeunes, a reçu récemment le prix Robert-Sauvé pour son exceptionnelle contribution à la promotion des droits des démunis.Ce prix est offert par la Commission des services juridiques du Québec, fondée en 1972.Retraité après une fructueuse carrière juridique, Fernand Côté a reçu plusieurs distinctions pour son engagement social.Il s\u2019implique depuis 1996 dans les Œuvres de la Maison Dauphine, un organisme fondé par les jésuites, qui a pour but de susciter l\u2019engagement des jeunes de la rue dans la résolution de leurs problèmes jusqu\u2019à la réhabilitation sociale.DÉPENSES MILITAIRES Les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 37% entre 1997 et 2006, pour passer à 1204 milliards de dollars, selon le rapport annuel de l\u2019Institut international de recherche pour la paix de Stockholm.Une étude du Centre canadien des politiques alternatives traite pour sa part du cas spécifique du Canada qui, au sein de l'OTAN, se classe maintenant au 6e rang.Ses dépenses militaires augmentent (18 milliards de dollars en 2007-2008) et sont à leur plus haut niveau depuis la Deuxième Guerre mondiale, dépassant les montants atteints durant la Guerre froide.More Than the Cold War est accessible (en anglais seulement) au: ' :';\u2022 ( hj&f; \u2022WMs ¦ .SSf?:r7;S- l-w-* .\t¦'\t.T .-.V1, * \u2022*.\t-.V.«*>.\u2022 mm &ggs&SgÈK ,'\u2022 ^v.y\"\t'-.Vi l \u2022 '\t\u2022 \u2022 ; sée n\u2019avait duré que quelques minutes, mais elle m\u2019avait donné l\u2019impression d\u2019un arrêt total, ou d\u2019une durée infinie - cela revient au même.C\u2019est ainsi que, concrètement, j\u2019imagine la mort et je (perçois l\u2019éternité.Ensuite, une lueur bleuâtre est apparue, peu de temps après elle a grandi et viré au violet, avec quelques traces beiges.À la fin, elle est devenue presque rouge.Des lumières terrestres ont surgi et révélé des silhouettes de constructions d\u2019abord vagues, puis plus précises.Pendant ce temps, j\u2019ai aussi vu un film sur Edith Piaf.Ses chants puisent au fond de la terre, de la rue, de la boue, du cœur et du corps, et pendant des décennies ils s\u2019élèvent jusqu\u2019au ciel avec cette vitalité triomphante, cette humanité héroïque.Édith Piaf parlait peu devant le public.Elle arrivait sur la scène, attendait la musique et sa voix explosait après un bref mais profond silence.Pour pouvoir chanter, il faut une voix et il faut une vie.Or, s\u2019il est impossible d\u2019écrire des romans en faisant abstraction des vicissitudes au-dessous des nuages, il est aussi vrai que je serais incapable de le faire si je n\u2019avais jamais pris d\u2019avion, si je n\u2019avais jamais fait l\u2019expérience de ce type de «méditation involontaire» - dans un avion ou ailleurs.Car la musique doit naître du silence.Hier, après m\u2019être replongée dans notre train-train, après une journée de courses ici et là et de casse-tête besogneux dans des papiers, j\u2019ai trouvé une phrase du Tao qui m\u2019a semblé compléter la réflexion de Pascal: «Bloque toutes les ouvertures, ferme toutes les portes; tu seras sans usure au terme de ta vie.Ouvre tes ouvertures, multiplie tes activités, tu seras sans recours au terme de ta vie.Percevoir le minuscule, voilà la clairvoyance.Garder la douceur, voilà l\u2019énergie.» Ici, Lao Zi nous enseigne comment, avec le sentiment pascalien du Cosmos et notre instinct de conservation, vivre en dessous des nuages sans nous laisser submerger par le vacarme du monde et surtout par le vacarme à l\u2019intérieur de nous-mêmes.Le besoin d\u2019enfermement et de repli vient de la nécessité de bien gérer, de focaliser cette source abondante de vie qui circule dans nos veines pourtant fragiles et limitées, afin d\u2019en empêcher le débordement inutile, aveugle et même nuisible, et de la transformer en énergie contenue, en force savante, en chant silencieux.Cela seul pourra nous aider à bâtir l\u2019édifice de notre art et de nos relations, qui sera, en fin de compte, quelles que soient sa taille et sa solidité, un insignifiant grain de sable dans l\u2019univers selon Pascal et un immense rêve selon Lao Zi.Nous sommes contents de ce grain de sable qui est toute notre vie et nous sommes en vie parce que nous rêvons.Pour l\u2019un comme pour l\u2019autre, je suppose que le consentement est important.Nous serons sereins et «sauvés» quand nous saurons véritablement faire consentir notre esprit aux vérités et notre être à nos conditions.\u2022 RELATIONS mars 2008 m BLoc-NOtes L'auteur, jésuite, est président des Journées sociales du Québec m LA MUTATION DES SYMBOLES GUY PAIEMENT Une société ne peut se passer de symboles.Elle les utilise pour exprimer la compréhension qu\u2019elle a d\u2019elle-même à un moment donné.Mais comme cette compréhension change sous les coups de butoir des événements, les symboles, eux aussi, se modifient, tout en gardant une certaine orientation qui garantit une apparente continuité dans la façon de se comprendre.Nous avons connu une telle opération avec la fête de Dollard.Destinée à développer la fierté et le goût de lutter pour la « patrie », Dollard des Ormeaux et ses amis ont été réquisitionnés, au début du XXe siècle, pour convaincre les générations montantes de défendre la nation canadienne-française.Quand On remplaça donc Dollard par les patriotes.Ces derniers n\u2019avaient-ils pas lutté contre l\u2019impérialisme de l\u2019Angleterre et proposé, entre autres revendications, la responsabilité politique entière du Parlement?Dans les deux cas, l\u2019appel à la lutte est évident mais son orientation en a été modifiée.De la défense de la patrie, on est passé à la lutte pour la responsabilité politique de l\u2019État, ce qui en a fait une fête à coloration souverainiste plus ou moins accentuée.Le monde religieux québécois vient de connaître une opération semblable avec le symbole de l\u2019Arche de la nouvelle Alliance: un coffre soutenu par deux anges et orné d\u2019icônes rappelant des scènes évangéliques.Cette arche circule dans les différentes églises diocésaines en vue du prochain Congrès eucharistique international qui se tiendra à Québec en juin.Manifestement, il s\u2019agit du rappel de l\u2019Arche d\u2019Alliance que les Hébreux avaient construite durant leur traversée du désert.Pour signifier la présence de des historiens ont réduit ces héros à un groupe d\u2019aventuriers qui défendaient avant tout leur commerce de fourrures, on se mit à douter de leur pertinence symbolique.Sans compter que les «Canadiens-français» venaient d\u2019être remplacés par les « Québécois » et que ces derniers ne se contentaient plus de défendre la patrie mais de construire un pays grand ouvert à la modernité.leur Dieu au cœur de leur long périple au désert, les disciples de Moïse avaient construit une arche qui les accompagnait dans leur voyage.Plus tard, quand ces nomades furent bien installés en Canaan, l\u2019Arche fut introduite par Salomon dans le nouveau Temple de Jérusalem.Dès lors, ce fut ce dernier qui prit de plus en plus d\u2019importance.Après la destruction du Temple puis l\u2019exil à Babylone, l\u2019Arche ne fut pas reconstruite et certains prophètes insistèrent pour souligner que des jours viendraient où l\u2019Alliance serait inscrite dans le cœur de chacun et de chacune.La réactivation de ce symbole par l\u2019Église de Québec est sélective.Curieusement, elle ne fait pas le lien avec le peuple marchant dans le désert et se réfère plutôt à la présence de l\u2019Arche dans le Temple.Comme plusieurs des icônes qui la recouvrent évoquent des scènes qui sont associées au mémorial de la dernière Cène, le nouveau symbole vise clairement à convaincre les fidèles de participer au grand rassemblement eucharistique de Québec.Déjà, cette utilisation signifie que si on ouvre l\u2019Arche, on risque d\u2019y voir une sorte d\u2019ostensoir proposant aux fidèles de renouer avec l\u2019adoration de l\u2019eucharistie.Plusieurs redoutent que ce nouveau symbole ne cache ainsi le désir de revenir aux rites traditionnels et de conforter une piété individuelle coupée de l\u2019histoire concrète du Québec et de ses fragiles expériences spirituelles.Qu\u2019arriverait-il, en effet, si, de cette arche, sortait soudain toute la foule des personnes qui ont été plus ou moins exclues du repas eucharistique ces dernières années, rejoignant tous ceux et toutes celles qui ont été mis de côté par une économie triomphante?Qu\u2019arriverait-il si, tantôt en silence, tantôt en criant, ils manifestaient que le temps des miettes jetées au pauvre Lazare (Luc 16,19-31) est révolu, se reconnaissant une parenté avec Jésus, ce crucifié ressuscité qui marche avec eux comme au temps des disciples d\u2019Em-maüs (Luc 24,13-32)?Qu\u2019ils soient politiques ou religieux, les symboles sont tissés à partir de multiples interprétations.Il ne peut guère en être autrement car, sous leur apparente évidence, ils demeurent les témoins de conflits d\u2019interprétations qui ont cours.Il est illusoire de vouloir les occulter.\u2022 mars 2008 RELATIONS muLtimeDias système capitaliste qui fragilise les populations par-delà les frontières et profite ensuite de leur vulnérabilité.Les travailleurs du Mexique et de l\u2019Amérique centrale, qui demeurent pourtant chez nous une bonne partie de l'année et qui contribuent à la construction du Québec et du Canada, sont privés de toute forme de citoyenneté.On ne leur donne pas le droit de circuler alors qu\u2019on permet à ceux qui viennent de pays du premier monde (Australie, France, Nouvelle-Zélande, etc.) de se déplacer.Cela dénote une injustice flagrante.Ce modèle se développe en pérennisant la marginalisation des individus et leur séparation d\u2019avec leur famille.Il s\u2019agit d\u2019une nouvelle forme d\u2019esclavage qui fortifie la logique d\u2019accumulation du profit en prétextant que cela est nécessaire pour disposer « de produits agricoles à un prix toujours compétitif», comme l\u2019affirme dans le documentaire un représentant de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d\u2019œuvre étrangère (FERME).Patricia Pérez a utilisé différents moyens pour s\u2019approcher de ces travailleurs coupés du reste de la population, sensibiliser l\u2019opinion publique québécoise et faire avancer leur cause.À travers sa participation à une émission de radio locale, on voit comment elle et son équipe sont devenues une source de consolation et de secours pour ceux qui sont sans voix.C\u2019est là l\u2019un des rares moyens de diffuser l\u2019information et les propos des travailleurs eux-mêmes, en espagnol.Ce film, à son tour, amplifie leur voix commune ainsi que l\u2019héritage de Patricia Pérez qui, espérons-le, perdurera par le biais de la consolidation de l\u2019organisme qu\u2019elle a fondé et l\u2019inspiration que procure son engagement pour la justice, l\u2019égalité et la dignité.Gracias Patricia! MAURICIO PALACIO LOS MEXICANOS \u2014 LE COMBAT DE PATRICIA PÉREZ SCÉNARIO ET RÉALISATION : CHARLES LATOUR, PRODUCTION : CHARLES LATOUR/MACUMBA INTERNATIONAL, CANADA, 2007, 43 MIN.Le Canada a des ententes avec des pays du tiers-monde tels que le Mexique, le Guatemala et la Jamaïque pour combler son besoin de travailleurs agricoles.Cette main-d\u2019œuvre bon marché est payée bien en-deçà du Travailleurs et travailleuses unis de l\u2019alimentation et du commerce (TUAC).Aujourd\u2019hui, on trouve de tels centres partout au Canada.Le film montre les conditions d\u2019isolement (physique et linguistique), de précarité et d\u2019insalubrité dans lesquelles vivent souvent ces travailleurs : des plafonds et planchers endommagés par les infiltrations d\u2019eau et l\u2019humidité, des produits chimiques agricoles entreposés dans le logement, etc.Au fil des entretiens, on est témoin de la façon dont les patrons usent de leur pouvoir pour les renvoyer chez eux, sans justification et sous le regard complaisant du gouvernement canadien.On y apprend que beaucoup n\u2019ont pas de véritable choix.Ils font ce travail à défaut d\u2019avoir la possibilité de soutenir leurs familles dans leur pays.Leurs témoignages sont touchants, notamment lorsqu\u2019ils parlent de leurs proches restés au Mexique, une situation les salaire consenti à un Canadien œuvrant dans le même domaine.Le réalisateur du film Los Mexicanos - Le Combat de Patricia Pérez, Charles Latour, nous plonge dans la lutte menée par cette femme en faveur des droits de ces travailleurs migrants saisonniers, principalement au Québec mais aussi ailleurs au Canada.Emportée par un cancer en septembre dernier, cette réfugiée politique d\u2019origine mexicaine se consacra à cette cause jusqu\u2019à son dernier souffle.Latour dévoile tous les efforts qu\u2019elle a consentis pour que ces travailleurs prennent connaissance de leurs droits et entreprennent de se syndiquer en vue de parer aux multiples injustices qu\u2019ils subissent.Son travail a conduit à la fondation du Centro de apoyo a los trabajadores migratorios agricolas (Centre de soutien aux travailleurs agricoles), lequel est subventionné par les privant de la possibilité de vivre une vie de famille normale.On peut sentir l\u2019angoisse d\u2019un travailleur saisonnier suivi par la caméra lors de son renvoi chez lui.De retour dans son pays, il ne sait pas comment il va faire pour soutenir sa famille.Le niveau de vulnérabilité de ces hommes est très élevé.Ils viennent de pays où leurs droits sont souvent moins respectés qu\u2019ici et sont à la merci des employeurs comme s\u2019ils n\u2019avaient aucun droit, comme si aucun État n\u2019existait.Ce documentaire n\u2019est pas seulement un film décrivant le travail d\u2019une personne pour les droits des autres.Il se veut aussi une dénonciation d\u2019un DVD Charles Latour Photo de gauche Patricia Pérez RELATIONS mars 2008 m LivRes UN DOCUMENT INÉDIT Suzanne Clavette (dir.) LA CONDITION OUVRIÈRE AU REGARD DE LA DOCTRINE SOCIALE DE L'ÉGLISE Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2007, 36 p.Il en va des écrits comme des personnes et des institutions : eux aussi ont leur genèse et leur histoire.La genèse de la lettre de l\u2019Assemblée des évêques du Québec intitulée Le problème ouvrier en regard de la doctrine sociale de l\u2019Église, publiée en 1950, a des éclairages nouveaux à apporter sur ce document et sur l\u2019histoire du catholicisme social québécois de l\u2019époque.C\u2019est cette conviction qui a amené Suzanne Clavette à chercher, à trouver et à rendre accessible au public la version « inédite et originale » du projet de cette lettre demandée par les évêques à leur Commission sacerdotale d\u2019études sociales.Ayant pour titre La condition ouvrière au regard de la doctrine sociale de l\u2019Église, ce projet constitue la La Condition ouvrière au regard déjà doctrine sociale de l'Église d* ü Lettre pastorale de 1950 P (à \u2018 [, '«%, matière principale du deuxième volume de la collection « Histoire sociale -Documents», dirigée par Suzanne Clavette aux Presses de l\u2019Université Laval.Il est précédé d\u2019une présentation, d\u2019une chronologie des événements et suivi d\u2019une bibliographie sommaire.On peut regretter de ne pas trouver dans le même opuscule, pour fin de comparaison, le texte complet de la lettre pastorale parue il y a déjà 58 ans.ES mars 2008 RELATIONS Entre sa remise aux évêques le 24 juin 1949 et la parution de la lettre officielle du 31 mars 1950, ce document de travail a subi plusieurs modifications substantielles.Ces transformations profondes et leur histoire, que raconte la présentation et reprend schématiquement la chronologie des événements, témoignent d\u2019un virage à droite à cent quatre-vingt degrés de l\u2019épiscopat québécois, après l\u2019affaire silicose et la première grève de l\u2019amiante en 1949.Ce constat apporte de sérieux bémols aux refrains d\u2019ouverture dont on a accompagné le lancement et la promotion de la lettre des évêques.Il manifeste une fois de plus que, au Québec, pendant la période considérée, la pensée était loin d\u2019être aussi homogène et monolithique que l\u2019ont affirmé des analyses rapides et superficielles -même si les débats étaient alors affaire d\u2019élites, sans participation du peuple comme aujourd\u2019hui.JEAN-PAUL ROULEAU AU-DELÀ DES CLICHÉS Anne-Marie Sicotte FEMMES DE LUMIÈRE -LES RELIGIEUSES QUÉBÉCOISES AVANT LA RÉVOLUTION TRANQUILLE Montréal, Fides, 2007, 191 p.A h! ces religieuses d\u2019autrefois! Nous #Ane nous approchons jamais d\u2019elles impunément, nous, les femmes dans la quarantaine qui ne les avons pas connues à l\u2019époque et les découvrons à travers les souvenirs de survivantes aujourd\u2019hui nonagénaires, des photographies anciennes et des archives documentaires.Combien d\u2019entre nous avons en effet, comme Anne-Marie Sicotte, succombé à la fascination pour le monde qui fut le leur, un monde aujourd\u2019hui entièrement révolu?Anne-Marie Sicotte partait de loin.Elle partait à vrai dire d\u2019où nous partons tous désormais.Dans l\u2019habit, elle n\u2019a vu d\u2019abord qu\u2019une prison, inca- pable d\u2019y déceler un instrument de confiance en soi et d\u2019assurance dans les rapports que les religieuses devaient entretenir avec les personnes de l\u2019extérieur et qui étaient à l\u2019occasion des hommes en position d\u2019autorité.Elle a eu aussi du mal, au début, à saisir la dimension proprement spirituelle de la vie religieuse.Sans doute, elle a été largement tributaire des études FEMMES DE LUMIÈRE effectuées dans les années 1980 et 1990, qui se sont intéressées à la vie professionnelle des religieuses mais sans jamais accorder la moindre attention à leur vie.religieuse.Cependant, son désir de connaître autant que possible la vie consacrée «de l\u2019intérieur» l\u2019a rendue capable d\u2019aller à la rencontre de ce monde désormais étranger et de s\u2019ouvrir aux découvertes.Il en résulte un livre qui rejoint tout à fait la sensibilité contemporaine.L\u2019ouvrage est avant tout un recueil de photographies mises en contexte par un propos sobre et nuancé.Magnifiques, expressives, variées, ces photographies nous font entrer où les religieuses ont prié et travaillé.La vie proprement religieuse occupe la première partie, depuis l\u2019entrée au couvent jusque parfois au départ en mission en passant par la formation préparatoire aux vœux et à la vie de professes, avec ses moments de recueillement et d\u2019autres de détente.La deuxième partie fait plutôt voir les religieuses dans leurs activités professionnelles: enseignantes, infirmières, mères des orphelins, gardiennes des vieillards, servantes du clergé, auxiliaires en paroisses, etc.On dit qu\u2019une image vaut mille mots : les parquets cirés des larges cor- LiVRes ridors, les boiseries foncées, l\u2019ordre partout, les images pieuses, les devises et les grands crucifix qui ornent les murs, les cellules étroites et pauvres, le silence et jusqu\u2019aux «odeurs de propreté» qui se dégagent de ces photos instaurent une atmosphère telle qu\u2019on est surpris lorsqu\u2019un ballon ou un jeu de cartes, un feu de camp ou le vent dans les robes y mettent du mouvement et un peu de franche gaieté.Ce sont-là les premiers signes que le livre va bientôt nous entraîner au-delà des clichés de notre mémoire collective.On voit surtout les religieuses en portraits de groupe, mais aussi en traîneau jusque dans le Grand Nord, au milieu des Indiennes dans les plaines de l\u2019Ouest, dans les bidonvilles du Brésil et de tous les tiers-monde.Ici comme ailleurs, elles sont au milieu de leurs élèves, en procession, en récréation, en perfectionnement professionnel, à mendier de maison en maison pour les pauvres, à la gare pour accueillir les immigrants, dans la salle commune ou à la pharmacie d\u2019un hôpital, à coudre pour les prêtres, à préparer la liturgie et dans cent autres situations.Toutes ces photos fourmillent de tant de détails historiques qu\u2019il vaut la peine de les scruter attentivement, non seulement pour ce qu\u2019elles disent de la vie consacrée mais pour ce qu\u2019elles enseignent des modes de vie d\u2019autrefois.Évidemment, certains aspects de l\u2019expérience des consacrées ne sont pas traduisibles en image: les irritations inévitables provoquées par la vie commune, les déserts spirituels qu\u2019il faut parfois traverser tout comme les joies presque mystiques qui peuvent soutenir la vocation des décennies encore après qu\u2019on les ait ressenties, la contrainte que représente à l\u2019occasion l\u2019obéissance aux volontés des supérieures, la solitude au milieu de ses sœurs, la plénitude de sens expérimentée dans les périodes d\u2019adéquation profonde entre soi et sa vie, autant de dimensions, parmi d\u2019autres, absentes forcément ici et que l\u2019auteure aurait pu au moins évoquer.Il reste que, tel quel, Anne-Marie Sicotte offre aux généra- tions d\u2019aujourd\u2019hui un ouvrage que j\u2019ai énormément apprécié.LUCIA FERRETTI POLYSÉMIE CORANIQUE Olfa Youssef LE CORAN AU RISQUE DE LA PSYCHANALYSE Paris, Albin Michel, 2007, 224 p.Dans le contexte des débats autour des accommodements raisonnables au Québec en particulier et dans ceux des pays d\u2019Occident à forte immigration musulmane en général, ce livre vient malheureusement appuyer une nouvelle fois la conception binaire d\u2019un partage du monde musulman entre les extrémistes-légalistes-lit-téralistes et les modernes-modérés-spiritualistes.Directrice de l\u2019Institut Olfa Youssef Le Coran au risque de la psychanalyse supérieur des cadres de l'enfance à l\u2019Université de Carthage, vivant dans une Tunisie qui qualifie très officiellement le foulard des musulmanes d\u2019« habit sectaire» et rapportant, dans ses conférences, les propos du président Ben Ali (qu\u2019elle se fait citer par l\u2019épouse de celui-ci), l\u2019auteure nous livre dans son ouvrage une thèse qu\u2019on qualifie par ailleurs de « postmoderne » et qui n\u2019est, en somme, qu\u2019une proposition bien triviale : « le Coran [peut] se prêter à des lectures multiples ».Alors que cette « découverte » existe depuis le vivant du prophète Muham- mad, la thèse d\u2019Olfa Youssef a cependant le mérite de nous faire découvrir deux éléments d\u2019importance.D\u2019une part, les possibilités d\u2019interprétation -quoique souvent déjà présentes dans des lectures contemporaines d\u2019al-Sha\u2019rawi à Amr Khaled - qu\u2019offrent les outils conceptuels empruntés à la sémiotique et à la psychanalyse.D\u2019autre part, la distance qu\u2019elle veut marquer avec la sécheresse techniciste et légaliste de certains courants musulmans dans leur lecture du Coran et de la tradition prophétique.Cependant, cette dernière résolution, bien qu\u2019aisément compréhensible, laisse pourtant transparaître un autre programme : dans un contexte de guerre (intellectuelle également), favoriser la lecture soufie contre celle de l\u2019extrémisme.Si la critique des lectures littéralis-tes et non contextualisées trouve une légitimité dans l\u2019anachronisme où ces dernières peuvent nous entraîner, la lecture d\u2019inspiration soufie que l\u2019au-teure appelle de ses vœux - à l\u2019appui notamment des mystiques al-Râzî et Ibn Arabî - ne possède en revanche pas la même recevabilité.Considérant la place qu\u2019occupe Olfa Youssef sur la scène d\u2019un État qui possède l\u2019un des dossiers les plus noirs en matière de torture subie jusqu\u2019à aujourd\u2019hui par des milliers de prisonniers d\u2019opinion et de conviction, ce manichéisme exé-gétique ne peut être complètement innocent sur le plan politique.Ainsi, sa position de principe contre les effets dévastateurs des lectures les plus étroites du Coran se transforme rapidement, tantôt en un plaidoyer en faveur de l\u2019interprétation soufie (p.151-153), tantôt en un réquisitoire contre l\u2019ensemble du paradigme juridique en islam.Autrement dit, le problème tient surtout dans la polarisation construite à partir des deux lectures, dans leur opposition et le sens de leur antagonisme dans le contexte de la quasi-criminalisation d\u2019un islam qui, par ailleurs, veut également avoir prise sur le réel, le social et le politique - par opposition à celui qui fait l\u2019apolo- RELATIONS mars 2008 EU LiVRes gie du renoncement à la rationalité, à l\u2019action et au monde en général (p.99).À part d\u2019avoir enfoncé la porte ouverte selon laquelle la psychanalyse, au même titre d\u2019ailleurs que l\u2019exégèse traditionnelle, est un outil herméneutique privilégié qui «prouve» la polysémie du Coran, l\u2019ouvrage d\u2019Olfa Youssef nous rappelle que la prise en compte du contexte (d\u2019ailleurs absent de toute la première partie du livre consacrée à la femme en islam) est le meilleur éclairage du discours.En ce sens, comprendre le Coran en soulignant les aspects spirituels qui constituent l\u2019essentiel d\u2019une vision à la fois globale et profonde de l\u2019islam ne peut qu\u2019être bénéfique pour qui voudrait le connaître.Mais définir les paramètres d\u2019une famille d\u2019interprétation en vue d\u2019en stigmatiser une autre n\u2019est pas jouer à fond le jeu - par trop sérieux -de la démocratie et, encore moins, celui de la postmodernité pluraliste.SALAH BASALAMAH GENRES ET THÉOLOGIE Monique Dumais (dir.) FRANCHIR LE MIROIR PATRIARCAL - POUR UNE THÉOLOGIE DES GENRES Montréal, Fides, 2007, 344 p.Dans cette publication des Actes du congrès de la Société canadienne de théologie de l\u2019automne 2000, sous le thème « Genres et théologie », on nous propose un tour d\u2019horizon de la problématique des genres en théologie, à partir des questions les plus fondamentales jusqu\u2019aux problèmes les plus concrets, à travers une multiplicité de thèmes et d\u2019approches disciplinaires.D\u2019entrée de jeu sont traitées les questions d\u2019ordre épistémologique: Marie-Andrée Roy présente avec clarté les principales théories féministes sur la question du genre et du sexe ainsi que la trame des travaux des théolo- m mars 2008 RELATIONS giennes au Québec; Denise Couture nous fait habilement pénétrer dans les diverses approches du genre en théologie féministe, et met de l\u2019avant une proposition en contexte québécois.Puis, des études bibliques nous entraînent dans des entreprises herméneutiques : avec l\u2019exégète Olivette Genest d\u2019abord, en suivant à la trace les arguments du magistère catholique, surtout de Jean-Paul II, concernant le Franchir le miroir patriarcal Pour une théologie des genres refus de l\u2019ordination sacerdotale des femmes, nous éprouvons le poids de la conception du genre féminin qui s\u2019y trouve; ensuite, Alain Gignac nous fait expérimenter la problématique des genres dans de subtiles exégèses du texte de Romains 1,18-32; enfin Sylvie Paquette Lessard relie avec à-propos la figure de Phcebé (Romains 16,1-2) aux pratiques des agentes de pastorale dans l\u2019Église québécoise.Le troisième chapitre ouvre sur des perspectives ecclésiales et pastorales : l\u2019article très éclairant de Pierrette Daviau montre comment l\u2019analyse de genre en recherche-action contribue à identifier les rapports de pouvoir tels que vécus par les agentes de pastorale dans l\u2019Église, et à promouvoir la déconstruction des structures qui maintiennent l\u2019inégalité entre hommes et femmes; et Martine floret, à partir d\u2019une expérience en développement international au Burkina faso, laisse voir comment l\u2019analyse des genres peut infiltrer les pratiques missionnaires de l\u2019Église; Jean-Guy Nadeau, pour sa part, choisit avec audace la réalité très complexe et controversée de la prostitution comme lieu d\u2019une analyse des rapports de genres, en traversant les diverses positions féministes, ainsi que la pensée chrétienne.Le chapitre suivant nous propose des réflexions sur la différence : Mélany Bisson nous fait entrer avec aisance dans la critique de «l\u2019économie du même » de Luce Irigaray et de sa conception du devenir spirituel féminin; Claude Mailloux nous donne une réflexion pertinente sur l\u2019enjeu de la violence dans la rencontre de l\u2019autre, à la lumière de la pensée psycho-religieuse de Denis Vasse; enfin, Jean Richard développe une analyse très fine de la pensée organique du patriarcat, et montre comment la pensée chrétienne, malgré sa vision communautaire prophétique, rechute toujours dans le modèle organique.Dans un cinquième chapitre, un essai de théologie pratique développé par des femmes de l\u2019UQAC sur la réalité de femmes aidantes naturelles, illustre l\u2019intérêt d\u2019inclure le genre dans la recherche; et Monique Dumais reprend de manière créatrice les thèmes de « souffle » et de « nomadisme » dans une perspective éthique et praxéo-logique.Enfin, dans le dernier chapitre, Hélène Businger-Chassot exprime son questionnement sur la reconstruction par des théologiennes de l\u2019image/con-cept de Dieu/e; et Patrick Snyder fait preuve d\u2019avant-garde en étudiant l\u2019être masculin, à partir de la pensée de Jean-Paul II.Il valait la peine d\u2019attendre quelques années pour avoir cette publication qui témoigne du travail déjà bien amorcé pour un renouveau essentiel de la théologie.Il reste à souhaiter avec Monique Dumais que vienne « la qualité de la réception [qui] fait encore défaut dans nos institutions et milieux ecclésiaux» (p.335).LOUISE MELANÇON Prochain numéro Le numéro d\u2019avril-mai de la revue Relations sera disponible en kiosques et librairies dès le 11 avril.Profitez-en pour le réserver.Il comprendra notamment : \u2022\tun dossier sur le syndicalisme.Depuis une vingtaine d\u2019années, le taux de syndicalisation est en baisse dans plusieurs pays.La mondialisation néolibérale provoque des revers mais aussi des alliances nouvelles.Au Québec, quelle est la réalité derrière un taux qui avoisine encore les 40 %?Qu\u2019advient-il du syndicalisme comme mouvement social axé sur l\u2019action politique?Avec la multiplication des emplois atypiques, l\u2019exercice du droit d\u2019association et du droit à la négociation collective est-il devenu une chasse gardée?Quels défis et paradoxes caractérisent le syndicalisme aujourd\u2019hui?\u2022\tune controverse sur la bourse du carbone; Recevez par courriel, peu avant sa parution, le sommaire détaillé du numéro en vous inscrivant à la liste d\u2019envoi.Pour ce faire, écrivez votre adresse au lieu indiqué sur la page d\u2019accueil de notre site Internet : www.revuerelations.qc.ca.Christine Chartrand, Mémoire urbaine, 2007, 150 x 103 cm, acrylique sur toile \u2022\tla suite de la chronique littéraire de Ying Chen, illustrée par le photographe Zohar; \u2022\tles œuvres de notre artiste invitée, Christine Chartrand.ReLatiONS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES Oui, je désire un abonnement de______an(s), au montant de_________$ NOM _______________________________________________________________ ADRESSE ___________________________________________________________ ABONNEZ-VOUS.Un an : 35 $ Deux ans : 65 $ À l\u2019étranger (un an) : 45 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) par téléphone : 514-387-2541 par télécopieur : 514-387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : VILLE CODE POSTAL\tTÉLÉPHONE (\t) Je désire également envoyer un\tabonnement de\tan(s), au montant de\t$ à la personne suivante :\t\t NOM\t\t ADRESSE\t\t VILLE\t\t CODE POSTAL\tTÉLÉPHONE l\t) Relations Ginette Thibault 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2PiS6 Montant total NUMÉRO DE LA CARTE www.revuerelations.qc.ca\t; EXPIRATION Je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) O ou par Visa D SIGNATURE RELATIONS mars 2008 ED LE CERVEAU A BESOIN D'EXERCICE QUOTIDIEN.LE DEVOIR EST PUBLIE TOUS LES JOURS.?On n\u2019est jamais trop curieux ?i "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.