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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2008-12, Collections de BAnQ.

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[" Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 - ooivvtN l ION : 40012169 Controverse Républicains et démocrates : du pareil au même?ReLatiONS société politique religion NuméRO 729 DécemBRe 2008 La torture: de l\u2019interdit à la banalisation Si nous devenons tortionnaires.Torture made in USA Le Canada justifie l\u2019injustifiable Le combat crucial des femmes Un dossier accablant pour l\u2019Église Quand l\u2019atrocité prend visage 4.95 $ ARTISTE INVITÉE: VALÉRIE CUIMOND 06538527434712 ReLatiONS NuméRO 729, DécemBRe 2008 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS La mondialisation comme idéologie\t9 juan Carlos Scannone AILLEURS Zimbabwe: les causes de l\u2019autoritarisme\t28 Fodé-Moussa Keita CONTROVERSE Républicains et démocrates : du pareil au même?Louis Balthazar\t30 Éric Martin\t31 REGARD L\u2019incroyance, une chance pour la foi 32 Arnaud Corbic EN BREF\t35 RAISON DES RÊVES L\u2019anti-torture\t36 José Acquelin BLOC-NOTES L\u2019Exposition internationale de Saragosse\t38 Sylvie Paquerot MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture: Valérie Guimond, Première heure I, 2006, lithographie sur pierre, 38 x 50 cm Revue foNDée eN 1941 dOSSieR LA TORTURE: DE L\u2019INTERDIT À LA BANALISATION\t10 Alors que nous célébrons le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, la torture se pratique toujours et elle est de plus en plus banalisée.Notre propre gouvernement est impliqué dans la déportation de personnes vers des pays où elles ont été torturées (pensons à l'affaire Arar) ou encore refuse de rapatrier ses ressortissants exposés à l\u2019être (pensons à l\u2019affaire Khadr).Dans ce contexte, comment contrer cette pratique inacceptable et ses légitimations?Quels sont les outils juridiques pour ce faire?Comment des victimes et des défenseurs des droits humains se mobilisent-ils pour combattre la torture?Et quelle est l\u2019évolution du discours de l\u2019Église en cette matière?Si nous devenons tortionnaires.\t12 Guy Aurenche Torture made in USA\t15 Peter Leuprecht Le Canada justifie l\u2019injustifiable\t17 Denis Barrette La Convention européenne\t19 Sylvie Paquerot Le combat crucial des femmes\t20 Miriam Tahr Un dossier accablant pour l\u2019Église\t22 Gregory Baum Quand l\u2019atrocité prend visage\t24 jean-Claude Ravet ARTISTE INVITÉE Après avoir complété un baccalauréat en arts plastiques à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, Valérie Guimond s\u2019initie à la lithographie sur pierre et à l\u2019eau-forte (prix Mérite) à l\u2019atelier Presse Papier de cette même ville.En 2004 et 2006, elle séjourne au Brésil où elle pratique la gravure sur bois à l\u2019atelier Piratininga de Sâo Paulo.Les thèmes de ses œuvres réfèrent au malaise et à son déni, à la souffrance et à son habitude.L\u2019emploi du noir et blanc ainsi que le traitement expressionniste révèlent le point de vue de l\u2019artiste, mieux qu\u2019une façon plus « photographique » pourrait le faire à propos de sujets aussi ambigus et lancinants.Leurs différents amalgames forment un corpus d\u2019une éloquence poétique remarquable.On a pu voir le travail de l\u2019artiste dans quelques expositions solo à Trois-Rivières, à Sâo Paulo ainsi que dans plusieurs manifestations collectives ().Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Marco Veilleux SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Catherine Caron DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Michel Depatie, Goldstyn, Lino RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Louise Dionne, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Marc-André Gagnon, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Guy Paiement, Sylvie Paquerot, Rolande Pinard COLLABORATEURS José Acquelin, André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Jean-Marc Éla, Louis Gaudreau, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau IMPRESSION Impart Litho, Victoriaville Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 45 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien: 100$ (unan) TPS : RI 19003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d\u2019aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d\u2019envoi postal.Canada Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 décembre 2008 RELATIONS Un souffle d\u2019espoir Il y a à peine quarante ans, les militants pour les droits civiques luttaient encore aux États-Unis contre la ségrégation raciale.Ils étaient jetés en prison et menacés de mort.Qu\u2019un noir accède à la présidence de ce pays, c\u2019est là un événement historique marquant qui est porteur d\u2019un immense espoir dans l\u2019action collective.Les rassemblements populaires au soir des élections, les foules en liesse, les visages en larmes à l\u2019annonce de la victoire de Barack Obama en témoignent avec éloquence.La valeur de cet événement ne repose en rien sur la capacité ou la volonté d\u2019Obama de tenir ses promesses portant, entre autres, sur un partage plus juste des richesses, une éducation et des soins de santé plus équitables pour tous les habitants, Valérie Guimond, Moi et mes ondes corrosives, 2007, sérigraphie et embossage, papier Somerset, 20 x 5 cm S une réforme du système financier et de la fiscalité au service du bien commun, des politiques environnementales plus responsables.Un avenir très rapproché nous dira si ces promesses étaient grosses de vérité ou de mensonge, de courage ou d\u2019illusion au service du statu quo.De toute évidence, les attentes que bien des gens projettent sur Obama, aux États-Unis comme ailleurs, sont démesurées.D\u2019autant plus que le gouvernement de George W.Bush lui lègue une des pires situations imaginables.Même s\u2019il est vrai, comme le faisait remarquer Noam Chomsky à qui on demandait si l\u2019élection d\u2019Obama ferait une différence, que «de petits changements dans un système étatique si puissant peuvent avoir des conséquences énormes ».Toujours est-il que ce n\u2019est pas à l\u2019aune de ces résultats que l\u2019on doit juger de la valeur de ce qui s\u2019est passé.Celle-ci réside, avant tout, dans le fait que des millions de gens - noirs, latinos, petits travailleurs - jusque-là «invisibles» et «inaudibles» à la classe dirigeante étatsunienne, se soient reconnus dans les paroles de cet homme qui donnait voix et chair à leur espoir d\u2019une manière surprenante.Ses discours faisaient écho à leur expérience vécue.Une économie prédatrice au service d\u2019une infime minorité les laissait endettés, sans soins de santé, sans travail, sans maison, sans rentes.C\u2019est ainsi que le mythe de l\u2019Amérique, dans lequel le phare de la liberté, éblouissant les gratte-ciel, masque la misère des bas-fonds et l\u2019exclusion sociale, s\u2019est effrité.La réalité a pris le pas sur le mythe au point où même le mot «socialisme » - véritable épouvantail aux États-Unis - que les détracteurs républicains d\u2019Obama ont accolé à son programme, n\u2019a pas effrayé outre mesure.Les laissés-pour-compte de la citoyenneté se sont sentis concer- nés par les affaires humaines.Ils se sont levés pour apparaître dans l\u2019espace public en tant que citoyens.Ils naissaient à la politique.En ces temps sombres de crise financière et économique, de guerres impérialistes, de pillage des ressources, tramés sur fond de dépolitisation et de sacralisation d\u2019un marché dé-sarrimé de la société et des besoins, ce qui s\u2019est passé au sein des États-Unis, au cœur de l\u2019Empire, n\u2019est pas rien.Cela nous concerne tous.C\u2019est un événement qui insuffle de l\u2019espoir.De larges couches de la population ont entrepris une longue marche politique dans laquelle le monde cesse d\u2019être pour eux une réalité implacable.Ce vote était plus qu\u2019un vote, il assénait un coup de poing à la figure du destin.L\u2019histoire n\u2019est pas une fatalité, nous n\u2019en sommes pas les pantins, mais toujours les acteurs indispensables, si du moins nous voulons contrecarrer le cours des choses qui, laissé à lui-même, nous charrie où les puissants le veulent bien.Car ceux-là tirent leur pouvoir de notre renoncement au nôtre.Il est certain que la mobilisation sociale est garante de l\u2019accomplissant des promesses d\u2019Obama.Sans elle, celles-ci ne pourront être que des pétards mouillés.Sortir de la torpeur, renouer collectivement avec notre capacité d\u2019agir, c\u2019est là un grand défi à relever.Les occasions ne manquent pas.Le monde est encore le théâtre où se produit le miracle de l\u2019action humaine.Le Québec en sera-t-il aussi la scène?JEAN-CLAUDE RAVET * RELATIONS décembre 2008 Q actuaLités L'auteur, jésuite, est directeur du Service jésuite des réfugiés de Belgique L\u2019auteure est profes-seure au Département de science politique de l\u2019Université Laval Politiques d\u2019immigration controversées Les mesures sévères contre l\u2019immigration illégale se multiplient en Europe.L'une d\u2019entre elles, la directive « retour», a reçu un écho à travers le monde et suscite de vives inquiétudes.CHRISTOPHE RENDERS Le 15 octobre dernier, les chefs d\u2019État des 27 pays membres de l\u2019Union européenne ont formellement adopté le Pacte européen sur l\u2019immigration et l\u2019asile.Ce texte se veut une feuille de route définissant les grands axes de la politique européenne en la matière pour les années à venir : depuis l\u2019organisation d\u2019une immigration légale à la construction progressive d\u2019un système d\u2019asile commun, en passant par un renforcement des contrôles aux frontières et la lutte contre l\u2019immigration illégale.Dans l\u2019arsenal que l\u2019Union européenne veut se donner pour mener cette politique contre l\u2019immigration illégale, nul doute que la directive « relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier» -communément appelée « directive retour» - trouvera une place de premier plan.Son adoption par le Parlement européen, le 18 juin dernier, a fait l\u2019objet de vives critiques non seulement de la part de la société civile européenne, dont les Églises, mais aussi de voix extra-européennes.On a vu ainsi les chefs d\u2019État latino-américains, de gauche et de droite confondus, s\u2019unir dans la condamnation de cet instrument législatif européen qui, à leurs yeux, criminalise outrageusement les migrants.Ces critiques sont-elles justifiées?Impossible en quelques lignes de faire une analyse complète1 de la directive, mais on peut en tout cas parler d\u2019une occasion manquée.Certes, le droit d\u2019un État de décider qui a le droit de se trouver sur son territoire est incontestable, mais les moyens qu\u2019il peut employer à cette fin doivent rester proportionnés au but recherché.Or, la détention administrative des migrants irréguliers est souvent automatique, arbitraire et aveugle.Les personnes DIANE LAMOUREUX On peut pousser un soupir de soulagement à la vue des résultats des dernières élections fédérales, mais il risque d\u2019être de courte durée.Certes, les conservateurs n\u2019ont pas obtenu la majorité absolue des sièges, mais leur nombre de députés a quand même progressé de façon significative.Plus encore, l\u2019effondrement électoral du Parti libéral et confrontées à l\u2019expulsion sont dans une situation de grande vulnérabilité.La «directive retour» aurait pu à cet égard apporter des améliorations substantielles en matière de protection des droits fondamentaux.Il n\u2019en est rien.On regrettera, par exemple, que la directive ne fasse pas davantage de place au retour volontaire : cette possibilité n\u2019est donnée au migrant que pendant une période limitée (entre 7 et 30 jours), alors que l\u2019expérience des associations révèle qu\u2019il est impossible de mettre en place un retour volontaire de qualité en moins d\u2019un mois.La di- la crise financière qui secoue ce parti laissent entrevoir, pour les conservateurs, une capacité de se maintenir au gouvernement, du moins à moyen terme.Donc, pas de quoi pavoiser.Au Québec, là encore, il n\u2019y a pas tellement lieu de se réjouir.Le Bloc québécois reste le parti majoritaire, mais son pourcentage de votes a diminué.Le Nouveau Parti démocratique (NPD) conserve son seul siège québécois.Les libéraux restent confi- Des lendemains qui déchantent Avec la réélection du Parti conservateur de Harper, «la loi et l\u2019ordre» vont demeurer les priorités du gouvernement canadien.| décembre 2008 RELATIONS actuaLités rective aurait pu également encadrer davantage la pratique de la détention des migrants en vue de leur expulsion, en interdisant par exemple la détention des enfants ou celle des personnes vulnérables.Le texte se contente de dispositions vagues - l\u2019obligation de prendre en compte l\u2019intérêt supérieur de l\u2019enfant ou l\u2019état de santé de la personne - qui n\u2019auront probablement que peu d\u2019impact positif.Certaines règles sont plus préoccupantes, car elles risquent d\u2019induire des législations et des pratiques restrictives.Il en est ainsi de l\u2019obligation faite aux États membres d\u2019imposer une « interdiction d\u2019entrée » sur le territoire de l\u2019Union, d\u2019une durée maximale de 5 ans, à tout migrant irrégulier qui n\u2019a pas respecté une décision de retour.Une telle obligation n\u2019est-elle pas contradictoire avec le droit de tout être humain de pouvoir chercher asile en cas de persécution?L\u2019autre disposition qui a cristallisé à juste titre l\u2019opposition de la société civile concerne la possibilité de garder en détention pendant 18 mois si nécessaire le migrant irrégulier.La détention s\u2019éloigne ainsi de son objectif initial - garder à disposition des autorités l\u2019étranger afin de faciliter son expulsion - et devient un véritable moyen de pression, pour ne pas dire une mesure punitive.C\u2019est inadmissible quand on connaît les dégâts psychiques que cause un enfermement prolongé.Enfin, la directive laisse aux États membres énormément de souplesse quant aux modalités de mise en œuvre de leur politique de retour des migrants irréguliers.En ce sens, l\u2019objectif avoué, à savoir l\u2019harmonisation européenne des politiques, ne sera guère atteint.Doit-on craindre une dégradation des pratiques d\u2019expulsion à la suite de l\u2019adoption de cette directive?La vi- gilance est de mise.En réponse aux nombreuses critiques que la directive a soulevées, une annexe - étrange déclaration sans aucune valeur juridique -lui a été jointe.Cette annexe précise notamment que « la mise en œuvre de la présente directive ne devrait pas être utilisée en soi comme motif justifiant l\u2019adoption de dispositions moins favorables».L\u2019impact négatif devrait donc être limité.Mais cette belle déclaration d\u2019intention n\u2019est-elle pas un aveu que cette directive est avant tout un « symbole »?Un signal lancé par les dirigeants européens à leur opinion publique pour essayer de la convaincre qu\u2019ils maîtrisent l\u2019immigration illégale.\u2022 1.Lire Mathieu Beys, «La directive européenne sur le retour des migrants en séjour irrégulier» dans: Parole à l\u2019exil, janvier-juin 2008, p.4-22, .nés à Montréal.La poussée conservatrice annoncée n\u2019a pas eu lieu, mais un seul de leurs députés, Luc Harvey, proche de la droite catholique fondamentaliste, a subi la défaite dans la région de Québec.La stagnation des conservateurs au Québec peut s\u2019expliquer principalement par deux éléments: certains thèmes de leur campagne et la mobilisation sociale contre eux.Il est assez clair que les coupures dans le domaine de la culture et surtout la perspective de durcir la loi sur les jeunes contrevenants ont nui aux conservateurs.Même jean Charest a pu se faire le chantre des intérêts et de la spécificité du Québec dans cette campagne.Le fait que les conservateurs n\u2019aient pas vraiment une machine électorale au Québec - un anglophone y était même responsable de la campagne - n\u2019a certainement pas aidé leur cause.La mobilisation contre les conservateurs a aussi joué son rôle.Mobilisation des milieux artistiques et culturels contre les coupures de programmes et la menace du retour à la censure.Mobilisation des groupes de femmes pour empêcher la recriminalisation de l\u2019avortement au Canada.Mobilisation unitaire, enfin, des milieux syndicaux, communautaires, fé- ministes, anti-guerre, écologistes et artistiques pour faire en sorte d\u2019élire le moins de conservateurs possibles.Il n\u2019en reste pas moins que nous sommes de nouveau aux prises avec un gouvernement conservateur au pouvoir - et qui sort renforcé par ce HÇUtZfô DE $i|2 PWP tz>vte LA PAMiUS-/ « ¦gu DO îAFTi CCH&PW&* DS «wk* -Ai & SEgPEMTS J Illustrations: Jacques Goldstyn RELATIONS décembre 2008 Qj actuaLites L\u2019auteure est étudiante à la maîtrise à l\u2019École nationale d'administration publique B décembre 2008 scrutin.Avec plus de députés et une centralisation organisationnelle qui donne tous les pouvoirs au chef, il y a fort à parier que l\u2019arrogance des conservateurs se maintiendra et qu\u2019ils iront de l\u2019avant avec leur programme de « la loi et l\u2019ordre », militariste et polluant.Les droits fondamentaux, surtout les droits économiques et sociaux, les droits des femmes et ceux des Autochtones risquent d\u2019être mis en péril.Le rôle central de ministres ontariens, anciens ministres du gouvernement Harris, ne laisse guère espérer de politique économique qui fasse place à la justice sociale ou au développement durable.Le Parti libéral est le grand perdant de cette élection.Il conserve une prééminence dans les Maritimes.Sa présence au Québec se résume à Montréal (12 députés sur 13), à Toronto (32 sur 38) et à Vancouver (4 sur 5).Avec en prime un chef qui s\u2019accroche à son siège déjà éjecté - ce qui annonce une longue période de guerre interne larvée - et un tournant vert qui s\u2019est avéré un boulet plutôt qu\u2019un atout électoral, le parti devra revoir son positionnement sur nombre de dossiers s\u2019il veut revenir au pouvoir.La poussée du NPD, quant à elle, n\u2019a pas été assez forte pour qu\u2019il puisse prétendre au rôle de deuxième grand parti à l\u2019échelle pancanadienne et au remplacement du Parti libéral comme principale force d\u2019opposition, même si c\u2019est un peu le cas dans les provinces de l\u2019Ouest et dans le nord de l\u2019Ontario.Un tel positionnement impliquerait également une transformation de ses positions face au Québec et une compréhension beaucoup plus asymétrique du fédéralisme, qui lui permettrait également de contourner l\u2019obstacle que représente pour lui l\u2019existence du Bloc au Québec.Quant au Parti vert, il n\u2019a pas réussi à faire élire un seul député à la Chambre des communes, malgré un appui de 6,8% de l\u2019électorat.Cela, de RELATIONS même que le taux d\u2019abstention très tionnelle qui rendent compte d\u2019un élevé (il a dépassé la barre des 40%), paysage politique pluriel.Car seule pose avec acuité l\u2019urgence d\u2019une une telle réforme est en mesure de réforme du mode de scrutin qui fasse restaurer une certaine confiance dans une place à des éléments de propor- les institutions politiques.\u2022 Toujours rebelles Devant les assauts répétés des conservateurs contre les droits des femmes, de jeunes féministes se mobilisent pour lutter contre la montée de la droite au Canada.PASCALE SÉVIGNY Qui a dit que «jeunes» et «féministes» étaient incompatibles?Les quelque 500 militantes âgées entre 14 et 35 ans qui ont convergé à Montréal, du 11 au 13 octobre dernier, à l\u2019occasion du rassemblement pancanadien de jeunes féministes «Toujours rebelles», ont démontré avec force que la relève est bel et bien vivante et plus que jamais mobilisée.Issues de toutes les provinces et territoires du pays, les représentantes de la nouvelle génération sont bien déterminées à se réapproprier le mouvement et à bousculer les idées reçues à l\u2019égard du féminisme.Bien qu\u2019elles aient grandi et vécu dans une société où les femmes sont en principe libres et émancipées, elles sont loin de considérer que le féminisme est une idéologie révolue et ringarde.Elles ne luttent peut-être pas pour le droit de actuaLites Vl°o, i .\th t 'ft iimiwfa 'i octoïîi 1*0001*1 saewu* vote, ou l\u2019accès à l\u2019éducation et au marché du travail, mais les enjeux qui les interpellent en 2008 n\u2019en sont pas moins nombreux.Dans le contexte actuel de la montée de la droite et de la progression des idées conservatrices au pays, ces jeunes féministes ont ressenti le besoin de se rassembler pour réfléchir, discuter, échanger et faire le point sur la situation des femmes au Canada et dans le monde.Plusieurs thèmes ont ainsi retenu l\u2019attention au cours de ces trois jours d\u2019intense cogitation, de l\u2019hypersexualisation à la réalité des femmes autochtones, en passant par le sexisme dans les médias, la féminisation de la pauvreté, l\u2019industrie du sexe, la violence conjugale et la sous-représentation des femmes dans les instances décisionnelles.Epp aurait engendré une incertitude importante sur le statut juridique du fœtus, ouvrant la porte à la recriminalisation de l\u2019avortement.Les jeunes femmes, qui sont souvent en situation de précarité sur le plan économique et conjugal, auraient été parmi les premières affectées.Le projet de loi est mort au feuilleton en raison des élections, mais plusieurs estiment que le débat sur l\u2019avortement va tôt ou tard resurgir maintenant que les conservateurs ont été reportés au pouvoir.Les participantes ont également exprimé leur crainte d\u2019un retour aux valeurs et aux modèles conservateurs.En effet, les différentes mesures et politiques adoptées par le gouvernement Harper depuis son arrivée au pouvoir font la promotion de la famille traditionnelle et hétérosexuelle, où le rôle «naturel» de la mère consiste à rester à la maison pour s\u2019occuper des enfants et des tâches domestiques.Cette tendance préoccupe beaucoup les jeunes femmes qui sont bien déterminées à combattre pour préserver des droits du 8 mars, Journée internationale de la femme, une série d\u2019actions simultanées dans leurs provinces et territoires respectifs.Le point culminant du rassemblement a toutefois été l\u2019adoption d\u2019un manifeste dans lequel les jeunes féministes dénoncent les inégalités et les oppressions dont les femmes sont encore victimes aujourd\u2019hui.Cette déclaration, à lire sur le site , servira par la suite d\u2019outil politique aux jeunes féministes afin de communiquer leurs idées dans l\u2019espace public et de stimuler d\u2019autres actions concrètes à court terme.2006-H ; rasg.rrrr\u2019.psgars a; Un des sujets qui a occupé le plus de place pendant les ateliers et les plénières est certainement l\u2019avortement.Le projet de loi privé C-484 sur les enfants non encore nés victimes d\u2019actes criminels a grandement secoué les «jeunes rebelles» - comme elles s\u2019identifient.Et pour cause.Le texte soumis par le député conservateur Ken acquis de haute lutte par les générations qui les ont précédées.En plus de prendre part à des discussions et des débats, les 500 militantes en ont profité pour élaborer ensemble des stratégies d\u2019action visant à faire valoir leurs revendications.À titre de première riposte, elles ont convenu de mener, à la date symbolique Avec la réélection des conservateurs à la tête du pays, ce rassemblement pancanadien de jeunes féministes tombait à point nommé.Même minoritaire, le gouvernement dirigé par Stephen Harper représente une menace à l\u2019atteinte de l\u2019égalité entre les sexes.Lors de son premier mandat, il a entre autres modifié le statut de Condition féminine Canada et mis la hache dans plusieurs subventions et programmes d\u2019aide aux organismes qui luttent pour les droits des femmes.Espérons maintenant que les liens tissés pendant cette fin de semaine survivront à la distance et à l\u2019éloignement, car le pays aura bien besoin de cette force vive de femmes déterminées et dynamiques pour combattre les valeurs néolibérales, conservatrices et sexistes véhiculées par ce gouvernement.\u2022 Photos : Nancy Burrows - RELATIONS décembre 2008 Q actuaLites © Contre la privatisation des Un groupe international d\u2019experts s'attaque au système actuel de propriété intellectuelle.L\u2019auteur est chargé de cours en économie à l\u2019UQAM et à l\u2019Université de Montréal MARC-ANDRÉ GAGNON Le 9 septembre dernier, à Ottawa, le Groupe international d\u2019experts en biotechnologie, innovation et propriété intellectuelle lançait son dernier rapport, fruit de sept années de recherche, devant une centaine de gens de l\u2019industrie et de la fonction publique.Tout paraissait quelque peu convenu.Les conférenciers ont critiqué certains abus reconnus du système de propriété intellectuelle, tel le biopiratage des savoirs traditionnels ou la multiplication des litiges juridiques liés aux brevets.Ils ont réclamé plus de coopération et de partenariats de recherche et proposé de construire un meilleur climat de confiance, tout en saupoudrant les buzzwords de circonstance: innovation, valorisation des savoirs, collaboration des acteurs.Applaudissements polis, cocktails et échanges de cartes d\u2019affaires.Dans ce rapport intitulé Vers une nouvelle ère de propriété intellectuelle: de la confrontation à la négociation, le professeur Richard Gold, de l\u2019Université McGill, président du Groupe international d\u2019experts, lance pourtant une attaque frontale contre le système actuel de propriété intellectuelle.Le rapport montre comment les brevets freinent systématiquement l\u2019innovation et empêchent les technologies vitales d\u2019atteindre les populations qui en ont besoin.C\u2019est ce sytème fondé sur l\u2019appropriation généralisée et la méfiance réciproque qui, en 1999, a conduit 39 firmes pharmaceutiques à poursuivre l\u2019État sud-africain pour avoir mis en place des politiques d\u2019accès aux médicaments pour les séropositifs.C\u2019est lui encore qui a empêché l\u2019introduction, au Canada et en Europe, d\u2019un test génétique prometteur de Myriad Genetics pour dépister le cancer du sein (le monopole contesté de la firme sur un gène du cancer du sein lui donnait le contrôle sur toute recherche postérieure dans ce domaine).Le rapport propose rien de moins que de refonder le système d\u2019innovation en faisant des brevets (et donc des savoirs) des biens publics partagés et accessibles à tous.Il appelle à la construction d\u2019un climat de confiance afin que les acteurs privés et publics cessent de recourir aux brevets pour freiner l\u2019innovation de tierces parties et en viennent à créer des «communautés de brevets».L\u2019ensemble des savoirs y serait gratuitement accessible à tous les chercheurs de différents domaines, à condition que les brevets obtenus soient aussi mis en commun.Par exemple, Gold et ses collègues ont joué un rôle-clé dans la mise en place, en juillet 2008, d\u2019une communauté de brevets qui a permis d\u2019accélérer la recherche dans le domaine des médicaments antirétroviraux pour enfants et de faire en sorte que ceux-ci coûtent désormais 40 % moins cher.Le rapport du Groupe international d\u2019experts n\u2019est pas qu\u2019un cri de Cas-sandre face au rouleau compresseur de la marchandisation des savoirs.C\u2019est un constat partagé de plus en plus par l\u2019ensemble de la communauté scientifique.Récemment, deux ouvrages savoirs importants en attestaient.Michael Heller, le théoricien de la tragédie des « Anti-Commons » (voulant que trop de droits de propriété fragmentés empêchent la mise en valeur des ressources du savoir), a publié The Gridlock Economy (Basic Books, 2008) qui explique pourquoi le système de propriété intellectuelle réduit l\u2019innovation et coûte des vies.Dans Patent Failure (Princeton University Press, 2008), James Bessen et Michael Meurer montrent que les coûts en litiges juridiques liés aux brevets aux États-Unis étaient devenus supérieurs à la valeur totale des brevets qui y sont émis.Deux Prix Nobel, Joseph Stiglitz (Économie) et John Sulston (Médecine), ont pour leur part lancé, à partir de l\u2019Université de Manchester, une large consultation avec les plus grands chercheurs anglais afin de faire la démonstration que le système actuel de propriété intellectuelle n\u2019est plus un incitatif mais une nuisance à l\u2019innovation.Leur Manchester Manifesto était attendu en novembre.Pour le moment, seul le rapport du Groupe international d\u2019experts cherche à aller au-delà du constat d\u2019échec et propose des solutions pour faire émerger une nouvelle propriété intellectuelle basée sur la confiance, la collaboration et la mise en commun des ressources, plutôt que sur la privatisation des savoirs.Après Ottawa, le rapport a été dévoilé à Washington, Paris et Bamako.Par-delà les discours polis et les cocktails, l\u2019idée que l\u2019ancienne propriété intellectuelle doit être revue de fond en comble fait son chemin.\u2022 Q décembre 2008 RELATIONS HoRiZoNs La mondialisation comme idéologie JUAN CARLOS SCANNONE, S.j.La mondialisation est à la fois un fait et une idéologie.Non qu\u2019il y ait des faits bruts, un fait est toujours en quelque sorte interprété.Mais il devient une idéologie quand l\u2019interprétation qu\u2019on en donne s\u2019absolutise et devient exclusive.La « pensée unique » à teneur néolibérale est de cet ordre.Elle idéologise la compréhension de la mondialisation en considérant le mode dans lequel celle-ci se vit et se pense comme indépassable, sans alternative.Elle véhicule une conception particulière de l\u2019être humain.J\u2019estime qu\u2019une critique de la mondialisation idéologique doit être en mesure aussi de remettre en question cette image.En se fondant sur la conception classique depuis les Grecs - l\u2019être humain comme être rationnel [zôon lo-gikôn) -, la mondialisation idéologique réduit la rationalité à une seule de ses dimensions, à savoir la rationalité formelle.Dans l\u2019ordre théorique, elle se définit comme abstraite, objective, déracinée de l\u2019histoire, de la culture et de la société, et purement individuelle.Dans l\u2019ordre pratique, elle se montre instrumentale, opérationnelle et procédurière.Une telle rationalité formelle permet à l\u2019être humain, au moyen de la science et de la technique, une maîtrise et une domination efficaces de son environnement.Cependant, si elle en vient à caractériser exclusivement, ou même principalement, l\u2019être humain et sa raison, on tombe dans un réductionnisme idéologique dangereux.L\u2019absence de sens de la vie, le nihilisme, le relativisme éthique, l\u2019individualisme compétitif et consumériste sont les conséquences culturelles de ce réductionnisme qui laisse de côté la question des fins, du sens, des valeurs, mutilant ainsi l\u2019être humain de dimensions essentielles.La domination de la rationalité formelle dans nos sociétés ne fait pas que reposer de manière aiguë la question du sens véritable de l\u2019existence, mais aussi la «nouvelle question sociale».Car elle sous-tend une idéologie désastreuse sur le plan social - le marché autorégulé et régulateur du vivre-ensemble, excluant toute médiation éthique et politique.Il ne s\u2019agit pas La domination de la rationalité formelle dans nos sociétés ne fait pas que reposer de manière aiguë la question du sens véritable de l\u2019existence, mais aussi la « nouvelle question sociale ».seulement de l\u2019exploitation du travail par le capital.Pensons aussi à l\u2019exclusion de classes - et même de nations, jusqu\u2019à des sous-continents entiers comme l\u2019Afrique subsaharienne -, au fossé qui se creuse toujours plus entre les nations riches et les nations pauvres, et, en chacune d\u2019elles, entre les riches et les pauvres, et enfin à la primauté de la finance sur la production.Tout cela est le signe de la désarticulation radicale entre la rationalité économique, la rationalité politique et la rationalité éthique, à mille lieues d\u2019une conception intégrale, bien que différenciée, de la raison et par conséquent de l\u2019être humain défini comme être rationnel.En réaction salutaire à l\u2019idéologie de la globalisation, du «tout au marché », à son individualisme compétitif et égoïste, à son réductionnisme de la raison purement formelle et instrumentale, on voit poindre des semences d\u2019une mondialisation alternative.S\u2019y dévoile une autre conception de l\u2019être humain et de sa rationalité, plus en accord avec la compréhension chrétienne.Ce tournant anti-individualiste dans la pratique sociale et politique se constate en particulier dans le réveil de la société civile : sa recherche du bien commun et public, la création de réseaux de solidarité, qui s\u2019étendent même à l\u2019échelle internationale, et de forums sociaux mondiaux, regroupant des mouvements écologiques, féministes, pacifistes, etc.Il ne s\u2019agit pas encore d\u2019une tendance socioculturelle dominante.Ce sont des germes de nouveauté supposant un nouveau type d\u2019humanisme social accompagné d\u2019un nouvel imaginaire culturel - traduisant une image plus solidaire et relationnelle de l\u2019être humain - et d\u2019une recherche à tâtons d\u2019une mondialisation alternative.Ces phénomènes constituent un défi pour la pensée et la praxis, dans le cadre de l\u2019utopie d\u2019une mondialisation de et dans la solidarité, selon l\u2019expression de Jean Paul IL La Commission justice et paix de l\u2019épiscopat français l\u2019a résumé en opposant deux symboles bibliques : d\u2019un côté, la figure de Babel, représentant la menace de fragmentation de tous contre tous et, de l\u2019autre, la figure de la Pentecôte, à savoir la communion globale dans la reconnaissance mutuelle des différences.À ce symbole d\u2019une mondialisation alternative correspond une nouvelle conception de l\u2019être humain et de la rationalité intégrale qui ne renonce pas aux avancées techniques de la raison formelle et instrumentale, mais les inscrit dans un ensemble de rationalités multiples, sous l\u2019horizon de questions ultimes comme celles portant sur le bien commun, la vérité, le sens.\u2022 RELATIONS L\u2019auteur, jésuite argentin, enseigne aux Facultés de philosophie et de théologie de San Miguel décembre 2008\t? dOSSieR Valérie Cuimond, Cloison, 2006, dessin à la barre à l\u2019huile, 76 x 112 cm « L\u2019humanité se compose de deux minuscules minorités : celle des brutes féroces, des traîtres, des sadiques systématiques d\u2019une part, et de l\u2019autre celle des hommes de grand courage et de grand désintéressement qui mettent leur pouvoir, s\u2019ils en ont, au service du bien.Entre ces deux extrêmes, l\u2019immense majorité d\u2019entre nous est composée de gens ordinaires, inoffensifs en temps de paix et de prospérité, se révélant dangereux à la moindre crise.» Germaine Tillion, Le diable est-il libéral?, Paris, Les Belles Lettres, 2001 [2 décembre 2008 RELATIONS La tortu re : de l\u2019interdit à la banalisation CATHERINE CARON Pour marquer le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, le sujet de la torture s\u2019est imposé à nous comme une évidence.Certes, nous aurions pu poser notre regard sur l\u2019un des versants plus lumineux de cet anniversaire et sur les raisons de se réjouir des avancées dans le domaine des droits humains.Mais alors que les mots « torture » et « Canada » sont de plus en plus souvent associés dans le sillage des affaires Arar et Khadr, l\u2019heure nous a semblé trop grave pour esquiver le côté obscur des temps que nous traversons.Il faut un certain courage pour aborder ces pages forcément sombres.Ainsi, au moment de vous présenter ce dossier, nous vient l\u2019envie de ne presque rien ajouter.Les textes qui suivent suffisent à nommer l\u2019innommable, à expliquer le chemin parcouru et la dérive actuelle concernant la torture.Mais rappelons-nous que le vrai courage n\u2019est pas dans cette lecture, mais bien chez ceux et celles qui subissent de telles atrocités, chez les personnes qui les aident et chez leurs proches, chez les simples citoyens et les experts qui luttent pour le respect et l\u2019évolution du droit international des droits de la personne, notamment en faveur des femmes.La torture n\u2019est pas de retour car elle n\u2019a jamais disparu.Toutefois, dans l\u2019après-11 septembre 2001 et malgré son interdiction absolue, elle connaît un regain d\u2019intensité et, surtout, une nouvelle légitimation extrêmement inquiétante de la part du pays le plus puissant du monde - les États-Unis - grand défenseur de la «liberté» devant l\u2019éternel! Ce dossier nous fait prendre acte des conséquences d\u2019un tel état de fait pour l\u2019humanité.Il est un cri, une sentence : on ne combat pas le terrorisme par la barbarie.Cela est d\u2019autant plus vrai dans un contexte global qui n\u2019est pas que celui de la lutte au terrorisme, mais bien celui d\u2019une société en crise profonde.L\u2019ONU n\u2019indiquait-elle pas récemment que près d\u2019un milliard d\u2019êtres humains sont menacés de famine, et donc de mort, en raison d\u2019une crise alimentaire essentiellement fabriquée par l\u2019homme?Pendant ce temps, des milliers de milliards de dollars apparaissent comme par magie pour «sauver l\u2019économie» et, surtout, pour secourir un système bancaire qui craque sous les excès de cupidité de financiers et de spéculateurs criminellement irresponsables.Ainsi, si ce dossier aborde principalement la question de la torture sous l\u2019angle du droit international et de l\u2019éthique, il doit nous faire réfléchir à ce que Naomi Klein avance dans son livre La stratégie du choc (Leméac/Actes Sud, 2008).Elle y traite longuement de la torture, notamment lors des années de dictature et d\u2019imposition par la force du néolibéralisme au Chili, et livre une analyse fondamentale sur la guerre et la reconstruction privatisées en Irak.Elle écrit ceci : « Ces jours-ci, nous sommes une fois de plus confrontés à des massacres corporatistes, et des pays sont victimes d\u2019actes d\u2019une ahurissante violence militaire visant à les transformer en économies \u201clibres\u201d modèles; les disparitions et la torture font un retour en force.Une fois de plus, tout se passe comme si, entre les objectifs de la libéralisation des marchés et la nécessité d\u2019une telle brutalité, il n\u2019y avait aucun rapport» (p.158).N\u2019est-il pas urgent de faire davantage ce lien entre la violence du système financier et économique global et la violence militaire et paramilitaire, le terrorisme d\u2019État, la torture délocalisée et faite en sous-traitance que cautionne notre pays, le Canada?En 1948, la Déclaration universelle des droits de l'homme naissait d\u2019une crise, d\u2019une guerre effroyable qui a mis le monde au bord du précipice.Soixante ans plus tard, le monde globalisé vascille d\u2019une autre manière.Il est à un point tournant qui permet toutes les craintes mais aussi tous les espoirs qu\u2019une transformation sociale profonde puisse enfin devenir possible au bénéfice des populations, de l\u2019égalité, de la liberté et de la dignité humaines.Mais cela ne se produira que par la force de notre indignation, de notre exigence, de notre rassemblement, de notre refus exprimé de l\u2019inacceptable.Comme le dit si bien Guy Aurenche dans ce numéro, le débat actuel sur la torture «doit dépasser les discussions entre spécialistes ou militants convaincus pour pénétrer les débats politiques, philosophiques et religieux.Un véritable défi pédagogique mondial doit être relevé au sujet de l\u2019interdit de la torture et, plus largement, de l\u2019éducation au respect effectif de la dignité humaine, car toutes les générations à venir se trouvent menacées ».- RELATIONS décembre 2008 Q dOSSieR L\u2019auteur, avocat, est président d\u2019honneur de la Fédération internationale de l'ACAT et président du CCFD-Terre solidaire (Comité catholique contre la faim et pour le développement) Si nous devenons tortionnaires.L\u2019humanité a-t-elle déjà oublié que l\u2019interdiction absolue de la torture a pour origine, non seulement l\u2019attachement à des principes, mais aussi le constat effrayé de la violence extrême dont les êtres humains sont capables?GUY AURENCHE «N ul ne sera soumis à la torture ni à des traitements cruels, inhumains ou dégradants.» Cette interdiction absolue a été posée en 1948 par des femmes et des hommes horrifiés par le terrible bilan de la Deuxième Guerre mondiale.Ce dernier comptait soixante millions de victimes, des charniers, des camps de la mort, la Shoah programmant la disparition d\u2019une communauté humaine entière du seul fait de son appartenance au judaïsme, l\u2019utilisation des premières bombes atomiques.Aujourd\u2019hui, quand des États tolèrent ou organisent le recours à la torture pour quelque « bonne raison » que ce soit, ils s\u2019enfoncent et nous enfoncent dans la spirale de la barbarie.«La méconnaissance des droits de l\u2019homme a conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience humaine », affirme la Déclaration universelle des droits de l'homme.Ce qui était vrai il y a soixante ans l\u2019est toujours aujourd\u2019hui.Le débat actuel - tout spécialement dans les démocraties occidentales - sur le recours « contrôlé à des tortures modérées, dans des cas exceptionnels» (extraits des débats devant le Congrès américain, septembre 2006), est donc de la plus haute importance.Il doit dépasser les discussions entre spécialistes ou militants convaincus pour pénétrer les débats politiques, philosophiques et religieux.Un véritable défi pédagogique mondial doit être relevé au sujet de l\u2019interdit de la torture et, plus largement, de l\u2019éducation au respect effectif de la dignité humaine, car toutes les générations à venir se trouvent menacées.«La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.» Cette affirmation de la Déclaration universelle plaçait la dignité au cœur de tout projet humain.Elle n\u2019était pas le fruit d\u2019élucubrations émises à la fin d\u2019un colloque ou d\u2019une réunion diplomatique infructueuse.Par ces paroles qui vibraient dramatiquement du souvenir des horreurs évoquées au début de ce texte, les représentants de cinquante-six États engageaient la terre entière.Un véritable défi pédagogique mondial doit être relevé au sujet de l\u2019interdit de la torture et, plus largement, de l\u2019éducation au respect effectif de la dignité humaine.LA DÉSHUMANISATION L\u2019acceptation de la pratique tortionnaire détruit totalement l\u2019idée d\u2019une dignité humaine inaliénable que chaque personne possède en propre et qui ne dépend pas du bon vouloir des autres.Par la torture, en effet, le bourreau ou ses commanditaires s\u2019emparent d\u2019une personne.Ils en font leur chose, niant par là sa dignité supérieure qui interdit toute appropriation et toute chosification.Le tortionnaire déshumanise toujours sa victime.Le commissaire Fleury, responsable des Escadrons de la mort au Brésil dans les années 1970, qualifiait sa proie de « sous-homme à la solde du communisme international».De leur côté et à la même époque, les psychiatres soviétiques qui détruisaient les dissidents, les considéraient comme des «malades qu\u2019il convient de soigner puisqu\u2019ils refusent la vérité marxiste soviétique».Certains militaires français pendant la guerre d\u2019Algérie (1954-1962) «cassaient du bougnoule ou des ratons».Récemment, leurs homologues américains en Irak ou à Guantanamo prétendaient avoir affaire à des « ennemis combattants illégaux, agents de l\u2019empire du Mal».Au Rwanda, les ennemis étaient des « cafards à écraser ».Dans les conflits à base religieuse, l\u2019autre est «l\u2019hérétique, l\u2019in- La Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants de 1984 (entrée en vigueur en 1987) est communément appelée Convention contre la torture.Afin de faciliter la lecture, ce nom abrégé sera privilégié dans ce dossier.Voici la définition de la torture arrêtée par la Convention : Extrait de l\u2019article premier î.Aux fins de la présente Convention, le terme «torture» désigne tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d\u2019obtenir d\u2019elle ou d\u2019une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d\u2019un acte qu\u2019elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée d\u2019avoir commis, de l\u2019intimider ou de faire pression sur elle ou d\u2019intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu\u2019elle soit, lorsqu\u2019une telle douleur ou de telles souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite.EB décembre 2008 RELATIONS i fidèle, l\u2019ennemi de Dieu».Bref, l\u2019autre n\u2019est plus digne du respect minimal puisqu\u2019il n\u2019est plus appréhendé comme humain, membre de la même famille, mais réduit à une condition sous-humaine.Cette personne peut donc être torturée.À l\u2019origine de tout acte tortionnaire, il y a donc la violation du principe pourtant absolu et fondamental de l\u2019interdiction de la déshumanisation de qui que ce soit.Un tel manquement constitue non seulement un mensonge au regard des engagements souscrits par les États en 1948, mais encore et plus dramatiquement une menace pour chacun de nous.En effet, sous l\u2019effet conjugué d\u2019une idéologie extrémiste, de la soif du pouvoir, de la cruauté ou de la peur, une personne ou un groupe peut à tout moment devenir victime d\u2019une telle déshumanisation.Elle sera alors exclue de la famille humaine et fera l\u2019objet de toutes les persécutions.C\u2019est pourquoi accepter la torture est, en quelque sorte, l\u2019acceptation de la dynamique terroriste.Cette dernière repose, d\u2019une part, sur la diabolisation (déshumanisation) de l\u2019autre et, d\u2019autre part, sur le principe selon lequel une fin (décidée par un dieu, un puissant, un groupe) justifie l\u2019usage de n\u2019importe quel moyen.Dans leur action, les groupes terroristes ne respectent plus rien de l\u2019autre duquel ils nient l\u2019humanité.Certes, tout peuple dont l\u2019équilibre repose sur « la foi en la dignité et la valeur de la personne humaine » se doit de combattre le terrorisme.Mais cela ne doit jamais se faire en utilisant contre ses agents les moyens que celui-ci utilise - c\u2019est-à-dire la négation de la dignité humaine.Le terrorisme triomphe lorsque des sociétés qui proclament pourtant l\u2019interdit de la déshumanisation utilisent la torture contre leurs agresseurs.Comment prétendre lutter contre la terreur si nous en adoptons les pratiques?La paix sociale que nous prétendons vouloir opposer aux terroristes n\u2019a plus alors aucun sens.Valérie Cuimond, Première heure III, 2006, lithographie sur pierre, 38 x 57 cm LE REFUS DE L\u2019ALTÉRITÉ La torture menace donc toute la société.Non seulement nie-t-elle la valeur de chaque personne en tant que sujet unique et libre, mais encore pervertit-elle radicalement toute vie sociale.En effet, pour que d\u2019authentiques liens sociaux soient possibles, il faut que chacun puisse reconnaître véritablement son prochain comme un «autre» -avec tout le respect du mystère et la retenue qu\u2019impose cette altérité.Or, la torture nie précisément l\u2019autre dans sa différence.Les victimes rescapées rapportent les propos de leur bourreau: «Dis moi ce que je veux que tu dises» (l\u2019aveu); «Tu penseras comme je pense» (la pensée RELATIONS décembre 2008 Q dOSSieR unique); «Tu regarderas le monde avec mes yeux» (l\u2019uniformisation).Le tortionnaire (qu\u2019il soit l\u2019agent dans la salle de torture ou le responsable qui en impose la pratique) réalise un vieux rêve de l\u2019être humain : devenir l\u2019Unique, ne connaître que des copies identiques, être le seul modèle, imposer son moi absolu et ne tolérer aucune interpellation.Ce totalitarisme, qu\u2019il soit politique, idéologique, économique, religieux ou culturel, se caractérise donc par le refus de l\u2019altérité.Or, ce refus est suicidaire, car l\u2019être humain ne vit et ne grandit que grâce à des relations avec des êtres différents.Une communauté humaine n\u2019invente - et donc ne survit - qu\u2019en se confrontant à la nouveauté et à la différence.Certes, celles-ci « dérangent».Elles représentent toutefois la stimulation essentielle pour créer un avenir.C\u2019est pourquoi la torture, en voulant imposer un monde où ne vivent que des clones d\u2019un Puissant, détruit la dynamique même de toute société.En refusant de prendre « le risque de l\u2019autre» et, plus encore, en détruisant tout ce qui pense autrement, les régimes tortionnaires provoquent la décomposition de leur société.Celle-ci dépérit puisque le ressort de toute croissance est cassé.La pratique de la torture ne laisse donc jamais indemne.Une telle menace ne pèse pas seulement sur les pays de dictature.Les nations démocratiques se doivent d\u2019aiguiser la vigilance de chaque citoyen et d\u2019entretenir le respect du pluralisme et de la diversité.Le glissement d\u2019un État de droit à un État tortionnaire est plus aisé qu\u2019on ne le pense.Souvent, il se réalise d\u2019une manière presque imperceptible - surtout lorsqu\u2019un sentiment d\u2019insécurité et de peur devant des menaces réelles ou imaginaires commence à se répandre au sein d\u2019une société.LE MENSONGE DESTRUCTEUR L\u2019acceptation de la torture, même très «encadrée», est à la fois signe et facteur des graves maladies qui guettent une société : la perversion du rôle de l\u2019État et la corrosion par le mensonge.Chaque citoyen doit se sentir protégé par les autorités politiques, judiciaires, sociales et économiques.Or, le pouvoir tortionnaire est celui qui crée la plus intense insécurité puisque, d\u2019une part, chacun peut être menacé de déshumanisation et que, d\u2019autre part, chacun devra étouffer ses élans novateurs et contestataires.Comment croire encore à la justice de son pays si celle-ci « accepte » ou fait semblant d\u2019ignorer que des aveux aient pu être arrachés par la torture?Les autorités deviennent alors des menaces.Toute vie politique sereine et constructive est abolie.En tolérant la torture, source de terreur et de passivité, les autorités perdent toute légitimité.L\u2019État qui pratique ou tolère la torture est un État menteur.En effet, la quasi-totalité des pays du monde sont membres des Nations unies.La Charte de cette organisation fait référence à la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme de 1948 qui interdit la torture dans toutes les situations.Des textes internationaux postérieurs - tels le Pacte international sur les droits civils et politiques de 1966 et la Convention contre la torture de 1984 (entrée en vigueur en 1987) - ont donné à cette interdiction un caractère absolu et total.En matière de pratique tortionnaire, aucune dérogation n\u2019est admise - quelle que soit la menace qui pèserait sur le pays.L\u2019État qui torture ment donc au regard de ses propres engagements internationaux comme de sa loi nationale.Il ment à la communauté internationale.Il ment à ses citoyens.Vivre dans le mensonge, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019enjeux humains aussi graves, disqualifie l\u2019autorité et accélère la décomposition du corps social tout entier - puisque plus personne ne peut faire confiance à personne.Cette falsification généralisée se traduit d\u2019ailleurs dans le trucage du langage.En Algérie, pendant la guerre, les officiers français du renseignement étaient invités à «travailler» mieux, c\u2019est-à-dire à employer n\u2019importe quelles méthodes de torture.L\u2019administration américaine a récemment fait allusion à « des traitements alternatifs» pour signifier l\u2019introduction de la torture.On parle aussi parfois d\u2019« interrogatoires poussés » pour laisser la police faire ce que bon lui semble.Le romancier philosophe français Albert Camus, pour décrire le climat dans lequel se multipliaient les violences pratiquées pendant la période coloniale, parlait d\u2019«ivrognerie politique».Qu\u2019attendre de bon d\u2019un pays devenu saoul et dans lequel les mots n\u2019ont plus de sens?L\u2019avenir des démocraties occidentales et de toute l\u2019humanité se joue autour de la question du caractère absolu ou non du refus de la torture.Contrairement à ce que certains dirigeants affirment, il ne s\u2019agit là ni d\u2019un débat technique, ni d\u2019une question mineure, ni d\u2019un enjeu ponctuel et temporaire.La torture est une violence réfléchie et systématique.Sous prétexte de défendre certaines valeurs soi-disant supérieures, elle s\u2019approprie le corps et l\u2019esprit des personnes.En déshumanisant ces dernières, elle s\u2019autorise, sans remords, les pires atrocités.Quand une fin soi-disant supérieure justifie la négation de l\u2019humanité d\u2019un être humain, la barbarie a gagné.Un proverbe africain affirme : « Nous n\u2019héritons pas de la terre de nos ancêtres.Nous l\u2019empruntons à nos enfants.» Alors, quelle terre leur laisserons-nous si nous devenons tortionnaires?\u2022 Le terrorisme triomphe lorsque des sociétés qui proclament pourtant l\u2019interdit de la déshumanisation utilisent la torture contre leurs agresseurs.EEf décembre 2008 RELATIONS Torture made in USA TRISTE RÉALITÉ La pratique de la torture par des membres des forces militaires américaines est avérée.En Irak, en Afghanistan, à Guantanamo et en d\u2019autres lieux souvent tenus secrets, des détenus ont été soumis à la torture et à des traitements inhumains et dégradants.Dans certains cas, cela a entraîné la mort des victimes.On se souvient des photos horrifiantes qui illustraient les « sombres fêtes punitives» tenues à Abou Ghraib.Elles mettaient en scène les méthodes classiques destinées à RELATIONS décembre 2008 terroriser les détenus : sadisme, insultes à leur religion, nudité, abus et humiliation sexuels, etc.Ces faits, documentés par des sources officielles américaines, n\u2019empêchent pas les dirigeants des États-Unis de condamner la torture dans des déclarations aussi tonitruantes que vertueuses.C\u2019est ainsi qu\u2019en juillet 2004, à l\u2019occasion de la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, le président Bush a affirmé que les États-Unis continueront à mener le combat visant à éliminer la torture partout.En confrontant ce genre de déclaration à la sinistre réalité, on ne peut s\u2019empêcher de penser à 1984 de George Orwell, qui décrit de manière saisissante et - hélas! - prophétique le mensonge et l\u2019abus de langage.Il est vrai que la torture est aussi pratiquée dans d\u2019autres pays du globe.Cependant, comme Amnistie internationale l\u2019a fait remarquer dans son Rapport annuel 2008: «Les États-Unis sont la plus grande puissance mondiale, et leur politique a donc valeur de référence pour les gouvernements du monde entier.Usant de stupéfiantes manipulations juridiques, le gouvernement américain a poursuivi son travail de sape contre l\u2019interdiction absolue de la torture et d\u2019autres mauvais traitements.» LA GUERRE DU BIEN CONTRE LE MAL L\u2019usage et la justification de la torture s\u2019inscrivent dans un contexte de psychose et de rhétorique de guerre.En effet, après les attaques du 11 septembre 2001, le président Bush et son administration ont proclamé la « guerre contre le ter- L\u2019auteur, professeur au Département des sciences juridiques de l'UQAM, a été lauréat du Prix du civisme européen (1991) et du Human Rights Award of the Lord Reading Law Society (2001) Valérie Cuimond, Les eaux troubles, 2006, dessin à la barre à l\u2019huile, 76 x ii2 cm Le principe de l\u2019interdiction absolue de la torture, qui apparaissait comme un acquis de l\u2019humanité, est maintenant relativisé et explicitement violé.C\u2019est entre autres le cas aux États-Unis qui, par ailleurs, se prétendent les champions de la démocratie et des droits humains.PETER LEUPRECHT La torture est une des pires formes de la domination de l\u2019homme sur l\u2019homme.Elle a été justifiée et pratiquée par le pouvoir étatique, mais aussi religieux - notamment dans le cadre de l\u2019Inquisition.L\u2019imagination morbide et les fantasmes sadiques des hommes ont inventé des méthodes de torture toutes plus cruelles les unes que les autres.En Europe, le « supplice » et la « question » ont été largement et longuement pratiqués.Michel Foucault a décrit de manière saisissante les «sombres fêtes punitives» qui faisaient partie du système social et étaient, de plus, des spectacles populaires.Pendant de longues périodes de l\u2019histoire, la torture a été un instrument du « droit » et de l\u2019administration de la «justice».Or, l\u2019interdiction totale et absolue de la torture s\u2019est imposée comme un principe essentiel du droit international des droits de l\u2019homme après la Deuxième Guerre mondiale.Il est donc profondément troublant de constater aujourd\u2019hui que cette interdiction est relativisée et explicitement violée - notamment dans et par l\u2019État qui aime se présenter comme le phare de la liberté et le champion des droits humains dans le monde : les États-Unis d\u2019Amérique. dOSSieR rorisme».Dès le début, ils ont annoncé leur couleur: il s\u2019agirait d\u2019une guerre d\u2019un type nouveau qui ne se limiterait pas aux moyens traditionnels d\u2019application de la loi.Ce serait la guerre du bien contre le mal.Une des réponses aux actes barbares de terrorisme a donc consisté à banaliser, à justifier et à mettre en place une politique et un système de torture tout aussi barbare.Dans un discours prononcé le 18 octobre 2001, à New York, le vice-président Cheney déclarait: «Nous faisons face à un ennemi maléfique.Nous devons utiliser - et nous utiliserons - tous les moyens à notre disposition pour assurer la liberté et la sécurité du peuple des États-Unis.Quand on pense à l\u2019horreur effroyable infligée aux victimes des attentats du World Trade Center, aucun châtiment ne semble trop sévère.Notre combat est un combat contre le mal.Et ce combat ne pourra se terminer que lorsque nous aurons accompli la destruction complète et définitive de nos ennemis.» Cette pratique de la torture est facilitée par l\u2019opacité des lieux de détention (dont certains sont tenus secrets) et par la collaboration de pays, notamment européens, qui ont permis aux États-Unis d\u2019utiliser leur espace aérien pour transporter des détenus vers des États qui pratiquent la torture.Dans un de ses rapports, Dick Marty, Rapporteur de la Commission des questions juridiques et des droits de l\u2019homme de l\u2019Assemblée parlementaire du Conseil de l\u2019Europe (APCE), estime que « des milliers de personnes ont été détenues plus ou moins longtemps sur une multitude de sites par une ou plusieurs agences du gouvernement américain ou au nom de ce dernier par des alliés étrangers».Cette pratique s\u2019inscrit dans le programme HVD [High Value Detainees!Détenus de grande importance) dont l\u2019existence, longtemps niée, a finalement été admise par le président Bush le 6 septembre 2006.Ce dernier a d\u2019ailleurs ré-autorisé le programme de détentions et d\u2019interrogations secrètes de la CIA en juillet 2007.Comme il a été souligné dans un rapport de la Commission des questions juridiques et des droits de l\u2019homme de l\u2019APCE, «une détention secrète ou non reconnue est assimilable à une forme de disparition forcée.Elle viole directement diverses dispositions des droits de l\u2019homme ».C\u2019est ainsi que doit être jugée la pratique des restitutions ou les transferts illégaux de détenus, facilitant également la pratique de la torture.À ce sujet, on a aussi parlé de délocalisation de la torture [outsourcing of torturé).On fait exécuter la sombre besogne par d\u2019autres États à qui on envoie des prisonniers en dehors de toute procédure judiciaire.LE MAQUILLAGE DU DROIT Ce qui est frappant dans le contexte américain actuel, c\u2019est la tendance à donner à la torture un déguisement de droit -d\u2019un «droit nouveau».L\u2019administration américaine a évoqué la nécessité d\u2019un nouveau régime juridique, l\u2019ancien ne répondant pas aux exigences de la « guerre contre le terrorisme » qui rendrait obsolètes des règles du droit international - dont celles des Conventions de Genève sur l\u2019interrogation de prisonniers.Dans leur rapport sur la situation des personnes détenues à Guantanamo, cinq détenteurs de mandat au titre des procédures spéciales de la Commission des droits de l\u2019homme des Nations unies ont souligné ceci : « Les tentatives du gouvernement des États-Unis qui cherche à redéfinir la torture dans le cadre de la lutte contre le terrorisme afin de permettre certaines méthodes d\u2019interrogatoire qui ne seraient pas licites avec la définition de la torture internationalement acceptée donnent matière à la plus extrême préoccupation.La confusion qui règne au sujet des méthodes d\u2019interrogatoire autorisées et des méthodes non autorisées depuis quelques années est particulièrement alarmante.» Il est tristement significatif de constater que si quelques exécutants de bas niveau ont été sanctionnés, aucune procédure n\u2019a été engagée contre des personnalités haut placées, responsables de la politique de torture.Au contraire, certaines d\u2019entre elles ont eu des promotions.Malgré ses efforts visant à mettre le pouvoir judiciaire sur la touche, l\u2019administration américaine a essuyé plusieurs cuisantes défaites devant les tribunaux, notamment la Cour suprême des États-Unis.Par exemple, dans une récente affaire («Boumediene et autres contre Bush»), la Cour a statué que les plaignants ont droit à Y habeas corpus1 et peuvent donc contester la légalité de leur détention devant les tribunaux ordinaires.Par contre, même si cette décision constitue une victoire pour les plaignants sur le plan judiciaire, ceux-ci continuent néanmoins de languir à Guantanamo pour une période indéterminée (c\u2019est le cas, entre autres, du ressortissant canadien Omar Khadr).Au moment où nous célébrons le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme, la remise en question explicite de l\u2019interdiction de la torture et sa banalisation constituent une amère défaite.Cela nous montre une fois de plus que les droits humains sont une conquête qui n'est jamais définitivement acquise.\u2022 1.Règle de droit qui garantit à une personne arrêtée une présentation rapide devant un juge afin qu\u2019il statue sur la validité de son arrestation.Usant de stupéfiantes manipulations juridiques, le gouvernement américain a poursuivi son travail de sape contre l\u2019interdiction absolue de la torture.ES décembre 2008 RELATIONS Le Canada justifie l\u2019injustifiable Le Canada, bon élève de la promotion des droits de la personne et du droit international?L\u2019examen de son comportement des dernières années fait voler en éclats cette belle image.DENIS BARRETTE Dans le passé, des pas importants ont pourtant été faits par le Canada en ce qui concerne la torture.Par exemple, l\u2019année même de l\u2019entrée en vigueur de la Convention contre la torture, en 1987, le Canada criminalisait la pratique de la torture en reprenant mot pour mot la définition qu\u2019en donne la Convention et en rejetant toute justification de cette pratique.Ainsi, le Code criminel (article 269.1) précise que l\u2019obéissance aux ordres d\u2019un supérieur ou encore des «circonstances exceptionnelles, notamment un état de guerre, une menace de guerre, l\u2019instabilité politique intérieure ou autre situation d\u2019urgence » ne peuvent constituer une justification de la torture.Mais dans le sillage de l\u2019après-11 septembre 2001, la suite de l\u2019histoire est plutôt inquiétante.En décembre de la même année, le Canada modifiait le Code criminel en créant une immunité au bénéfice des agents de l\u2019État ou des personnes désignées par ceux-ci, pour des actes commis dans le cadre d\u2019une enquête criminelle (articles 25.1 à 25.4).Si certaines infractions spécifiquement énumérées ont été exclues (lésions corporelles, homicide, entrave à la justice et infractions portant atteinte à l\u2019intégrité sexuelle d\u2019une personne), tous les autres crimes sont devenus justifiables dans le cadre de certaines enquêtes criminelles : la torture, l\u2019extorsion, la séquestration, le harcèlement, l\u2019intimidation, les menaces ou les voies de faits.Plusieurs représentants de l\u2019État, en particulier des policiers, prétendent qu\u2019ils ne peuvent commettre des actes de torture puisqu\u2019ils ne seraient pas protégés par l\u2019immunité dans les cas de lésions corporelles.Cette prétention démontre une conception erronée et restreinte de la torture.En effet, toute blessure ne constitue pas une lésion corporelle et la pratique de torture n\u2019implique pas nécessairement une blessure, mais plutôt l\u2019application d\u2019une douleur aiguë.La confusion est entretenue par les forces de l\u2019ordre.Par ailleurs, la Convention contre la torture ne se limitant pas à la prohibition de la torture mais accordant aussi une protection contre les traitements cruels, inhumains et dégradants, aucune atteinte à l\u2019intégrité physique ou mentale des personnes par les agents de l\u2019État, dans le cours d\u2019une enquête, ne devrait être justifiée par la loi.CIRCONSTANCES EXCEPTIONNELLES En 2002, la Cour suprême énonçait, dans la décision Suresh, que des « circonstances exceptionnelles » pouvaient justifier le renvoi d\u2019un individu vers un pays alors qu\u2019il existe des motifs sérieux de croire qu\u2019il puisse y subir la torture.Bien que l\u2019excuse des «circonstances exceptionnelles» soit spécifiquement rejetée par la Convention contre la torture et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, cette justification est devenue un énoncé politique pour le Canada.À l\u2019usage, on légitimise une pratique de pondération d\u2019une interdiction de torture qui est pourtant absolue.Devant la Commission Arar, en juin 2004, Ward Elcock, directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), justifiait le partage de renseignements avec un pays qui pratique la torture en faisant valoir un processus d\u2019équilibrage, au cas par cas, entre la valeur, pour la sécurité nationale, du renseignement recueilli et le fait qu\u2019il provienne de la torture.L\u2019auteur, avocat, est membre militant de la Ligue des droits et libertés ¦ ¦ Cette politique officielle du gouvernement canadien de même que le discours des hauts responsables ne peuvent qu\u2019avoir des effets dangereux sur les mentalités et la pratique quotidienne des agents de l\u2019État.En effet, quel message est envoyé aux fonctionnaires et aux agents chargés de l\u2019application de la loi lorsque l\u2019État ne cesse de répéter que des impératifs de sécurité nationale peuvent pondérer, sinon neutraliser, la prohibition de la torture?Valérie Guimond, Le fond du puits, 2003, acrylique sur toile, 120 cm x 145 cm SOUS-TRAITANCE DE LA TORTURE Depuis septembre 2001, les États-Unis ont mis sur pied un programme de «restitution» qui organise le transfert de personnes vers des lieux où elles seront interrogées, risquant la torture ou des mauvais traitements.La sous-traitance de la torture est ainsi devenue une alternative RELATIONS décembre 2008 Q dOSSieR commode pour plusieurs États qui se targuent d\u2019interdire la torture.On fait faire ailleurs, et par d\u2019autres, ce que l\u2019on ne peut faire soi-même et chez soi.À cet égard, la Commission Arar a révélé des similitudes troublantes entre le drame vécu par Maher Arar et le sort de trois autres Canadiens torturés à l\u2019étranger (Ahmad Abou El Maati, Abdullah Almaki, Muayyed Nureddin).Ces quatre personnes se sont retrouvées, entre novembre 2001 et janvier 2004, emprisonnées, interrogées et torturées en Syrie.Les circonstances entourant le partage de renseignements de sécurité, les voyages de la GRC et du SCRS en Syrie, l\u2019expulsion vers la Jordanie puis vers la Syrie, les réticences des agences de renseignements et de la GRC à faciliter le retour de Maher Arar au Canada, l\u2019attitude et le comportement de l\u2019ambassadeur en Syrie et du Solliciteur général, tout converge: la Commission Arar a mis en lumière l\u2019existence d\u2019une stratégie visant à soutirer et échanger des informations provenant de Canadiens victimes de torture et de traitements cruels et inusités.Dans le cas d\u2019Omar Khadr, la Cour suprême ordonnait récemment la remise de notes d\u2019interrogatoires faits par le SCRS pendant sa détention à Guantanamo1.Alors que cet enfant était victime de torture ou de traitements cruels et inusités, le SCRS le rencontrait à deux reprises afin de lui soutirer de l\u2019information.Cette attitude des représentants du Canada constitue un mépris pour le droit inaliénable à la vie, la liberté et la sécurité de la personne.RENVOI VERS LA TORTURE Que dire des certificats de sécurité dont l\u2019ultime conséquence est souvent le renvoi d\u2019un individu vers la torture?D\u2019abord que l\u2019appréhension et l\u2019angoisse causées par une telle éventualité constituent, en elles-mêmes, un traitement cruel et inusité.Le cas d\u2019Adil Charkaoui est révélateur.Après l\u2019émission d\u2019un certificat de sécurité contre lui, celui-ci a présenté une demande de protection afin d\u2019éviter son renvoi au Maroc.L'Évaluation des risques avant renvoi (ERAR), produite par un expert du gouvernement canadien, concluait effectivement à un risque de torture, de menace à la vie ou de traitements ou peines cruels et inusités s\u2019il était renvoyé au Maroc.Cela n\u2019a pas empêché le ministère de la Citoyenneté et de l\u2019Immigration de rejeter sa demande en arguant que le critère des circonstances exceptionnelles justifiait son renvoi, malgré le risque de torture - une décision annulée par la Cour fédérale à la suite de la découverte d\u2019un mandat d\u2019arrestation du Maroc contre Charkaoui.Le 18 septembre dernier, la Cour suprême refusait d\u2019entendre la requête de Charkaoui qui demandait à la Cour de réexaminer la légalité du critère des circonstances exceptionnelles.Pendant ce temps, une deuxième évaluation du risque de torture (ERAR) est en cours et l\u2019on peut craindre la répétition du même scénario.L\u2019IMPOSSIBLE RÉPARATION Bien que la Convention contre la torture garantisse aux victimes de torture le droit d\u2019obtenir réparation et d\u2019être indemnisées (article 14), des entraves importantes rendent généralement improbable la réalisation de ce droit.Les victimes ne peuvent malheureusement espérer, comme Maher Arar, être le sujet d\u2019une enquête publique qui serait suivie d\u2019une réparation.Lors de l\u2019examen périodique du Canada de 2005, le Comité contre la torture du Haut-Commissariat aux droits de l\u2019homme constatait de fait « l\u2019absence de mesures effectives d\u2019indemnisation au civil des victimes de torture dans toutes les affaires ».La plupart des victimes de torture ayant subi leur calvaire à l\u2019étranger, il leur est impossible d\u2019envisager une réparation au Canada puisque la Loi sur l\u2019immunité des États interdit toute poursuite civile contre un État étranger devant les tribunaux canadiens, sauf en matière de commerce.Il est honteux de constater la priorité accordée par le Canada aux traités relatifs au commerce sur les traités relatifs aux droits de la personne.Par ailleurs, les nouvelles dispositions de la Loi sur la preuve empêchent de révéler, lors de procédures judiciaires, tout renseignement sensible ou potentiellement préjudiciable aux relations internationales ou à la sécurité nationale.En plus de camoufler la preuve pertinente aux victimes de torture ou de mauvais traitements, ce mécanisme juridique suscite des délais importants qui constituent un déni de justice, comme le soulignait la Cour suprême du Canada dans l\u2019arrêt «Blencoe contre Colombie-Britannique».Ces nouvelles règles sont une entrave importante au droit d\u2019une victime à la réparation.Sous prétexte de lutte au terrorisme et de sécurité nationale, le Canada n\u2019hésite donc pas à violer ses engagements.Le plus préoccupant est de constater qu\u2019il tente d\u2019aménager le caractère absolu de l\u2019interdiction de la torture en invoquant le critère des circonstances exceptionnelles.Excuse, justification, pondération, circonstances exceptionnelles sont pourtant de la même eau et le Canada semble y plonger aveuglément.Heureusement, malgré un environnement idéologique de banalisation des droits de la personne, l\u2019opinion publique constitue un rempart et demeure sensible à la nécessité d\u2019éradiquer la torture.On ne peut justifier l\u2019injustifiable.\u2022 1.Lire: Lucie Lamarche, «Omar Khadr doit rentrer à la maison», Relations, n° 728, novembre 2008.Heureusement, l\u2019opinion publique constitue un rempart et demeure sensible à la nécessité d\u2019éradiquer la torture.2U décembre 2008 RELATIONS La Convention européenne SYLVIE PAQUEROT Lorsque nous parlons des instruments de protection des droits humains en Europe, il faut se rappeler que cela concerne plus de pays que les seuls pays membres de l\u2019Union européenne.C\u2019est en effet sous l\u2019égide du Conseil de l\u2019Europe que ces instruments ont été adoptés.Ce dernier compte 47 pays membres -dont la Russie, la Turquie, la Géorgie, etc.L\u2019interdiction de la torture et des traitements inhumains et dégradants fait partie de ces normes des droits humains pour lesquelles aucun motif ne peut justifier une dérogation.En Europe, c\u2019est l\u2019article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui dispose que «nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».Cette norme générale a toutefois été complétée, en 1987, par une convention spécifique visant la prévention dans ce domaine : la Convention européenne pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants.Cette dernière institue un mécanisme non judiciaire, à caractère préventif, pour protéger toutes les personnes privées de leur liberté.Celui-ci repose sur un système de visites effectuées par un comité - le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) - composé d\u2019experts indépendants, venant d\u2019horizons différents.Élus pour quatre ans par le Comité des ministres du Conseil de l\u2019Europe, ces experts peuvent être réélus deux fois.La Convention prévoit que les délégations du CPT peuvent se rendre, à leur gré, dans tout lieu de détention et s\u2019y déplacer sans entrave.Elles peuvent s\u2019entretenir sans témoin avec les personnes privées de liberté.De plus, elles entrent librement en contact avec toutes les personnes susceptibles de leur fournir des renseignements.Les visites du CPT sont soit périodiques, soit ad hoc.Depuis quelques années, la fréquence des visites ad hoc brèves et ciblées est en augmentation.Au 4 juillet 2008, le CPT avait effectué 252 visites (156 visites périodiques et 96 visites ad hoc) et rendu publics 200 rapports.Les plus récents portaient sur le Liechtenstein, la Macédoine et l\u2019Albanie.Les lieux de détention visés ne se limitent pas aux prisons.Ils comprennent tous les lieux où des personnes peuvent être privées de leur liberté par des autorités publiques : centres de détention pour mineurs ou pour étrangers, postes de police, hôpitaux psychiatriques ou foyers pour personnes âgées ou handicapées.En septembre 2007, dans son 17e Rapport général, le CPT a d\u2019ailleurs dénoncé les détentions secrètes, qu\u2019il juge illégales, et auxquelles des États ont recours dans le contexte de la lutte contre le terrorisme.Le comité considère qu\u2019en soi, une détention secrète s\u2019apparente à un mauvais traitement et a invité toute personne en possession de renseignements concernant de tels lieux à porter ceux-ci à l\u2019attention du Comité.Sans constituer une panacée, le mécanisme préventif mis en place en Europe contribue, dans une certaine mesure, à édifier une «culture» de l\u2019interdiction de la torture.En effet, tous les États membres du Conseil de l\u2019Europe savent qu\u2019ils peuvent, à tout moment, recevoir la visite d\u2019une délégation du CPT.Visant la prévention et non la sanction, ce mécanisme n\u2019empêche aucunement, par ailleurs, une personne ayant été victime de torture, de traitements inhumains ou dégradants malgré cette surveillance, de porter plainte devant la Cour européenne des droits de l\u2019homme sur la base de l\u2019article 3 de la Convention de sauvegarde.À l\u2019heure actuelle, la Convention a été ratifiée par les 47 États membres du Conseil de l\u2019Europe mais, depuis le 1er mars 2002, date d\u2019entrée en vigueur du Protocole n° 1 à la Convention, le Comité des ministres du Conseil de l\u2019Europe peut aussi inviter tout État non membre de l\u2019Organisation à se joindre à la Convention.C\u2019est dire que le Conseil de l\u2019Europe pourrait également inviter le Canada, les États-Unis et des pays méditerranéens à y adhérer.Dans les pays comme la Tunisie ou l\u2019Égypte, par exemple, un tel mécanisme pourrait permettre de transformer peu à peu une culture où la privation de liberté s\u2019accompagne trop souvent de la privation d\u2019autres droits, dont celui à l\u2019intégrité physique et à la dignité.Le monde semble suivre l\u2019exemple de l\u2019Europe.Aux Nations unies, le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants est entré en vigueur le 22 juin 2006.Chaque État Partie (on en compte une trentaine à ce jour) doit mettre en place, à l\u2019échelon national, un ou plusieurs organes de visite chargés de prévenir la torture.L\u2019auteure est profes-seure à l'École d'études politiques de l\u2019Université d\u2019Ottawa RELATIONS décembre 2008 dOSSieR L'auteure est chercheure autonome décembre 2008 Le combat crucial des femmes N\u2019eût été de la mobilisation des femmes, la Convention contre la torture n\u2019existerait pas.Leur travail demeure fondamental pour faire évoluer la définition de la torture et les mécanismes qui échouent actuellement à protéger des milliers de femmes dans le monde.MIRIAM TAHR La discrimination à l\u2019égard des femmes prend des formes multiples.En ce qui concerne la Convention contre la torture, cette discrimination en prend au moins deux.D\u2019une part, elle se manifeste comme une non-reconnaissance de la contribution des femmes à l\u2019avancée des droits fondamentaux et, d\u2019autre part, elle se traduit en termes d\u2019absence de mécanismes de protection de l\u2019intégrité physique des femmes.Néanmoins, les relectures féministes en matière de droit international des droits de la personne ont permis une remise en cause effective de ces discriminations, bien qu\u2019il reste encore du chemin à faire.LE RÔLE FONDAMENTAL DES FEMMES Le discours classique sur les droits fondamentaux tend à attribuer la genèse des normes et standards internationaux relatifs à la protection des droits de la personne à des juristes et à des diplomates, soit principalement des Occidentaux de sexe masculin, qui de surcroît appartiennent à l\u2019élite au sein de l\u2019État.La Convention contre la torture n\u2019y échappe pas.Par ailleurs, il ne suffit pas que des femmes aient participé à sa rédaction, dont la représentante du Maroc et celle de l\u2019Argentine, pour que la perspective de l\u2019élite masculine n\u2019y domine pas.Le rôle joué par les femmes, les mouvements sociaux et les pays non occidentaux dans l\u2019élaboration et l\u2019avancement des droits de la personne reste ainsi largement ignoré.D\u2019un point de vue officiel, l\u2019élaboration de la Convention contre la torture est le résultat d\u2019un processus de négociations entre les États membres des Nations unies, représentés par des diplomates.Toutefois, le projet en tant que tel doit son existence à la mobilisation internationale contre les pratiques de torture et les traitements dégradants.Les principales instigatrices de cette mobilisation ont été les mères, les conjointes et les sœurs des détenus politiques, hommes et femmes, qui sont victimes de disparitions forcées, de détentions arbitraires et de pratiques de torture.L\u2019un des exemples les plus célèbres est celui des mères de la Plaza de Mayo, en Argentine, qui marchent chaque jeudi midi en plein centre-ville de Buenos Aires, dans une protestation silencieuse contre la disparition de leurs fils ou RELATIONS de leurs filles.Pour se démarquer de la foule, elles portent une écharpe blanche.En 1978, certaines de ces mères ont entrepris d\u2019aller au siège des Nations unies à New York et, en 1979, au siège du Congrès américain àWashington, pour informer l\u2019opinion publique internationale des violations des droits civils et politiques en Argentine.Bien que moins connu, un autre exemple de cette mobilisation est celui des femmes marocaines, dont la première manifestation remonte à 1977.Les mères, les conjointes et les sœurs des victimes de pratiques de torture et de traitements dégradants avaient alors organisé un sit-in dans la mosquée al-Sunnah, à Rabat.Par la suite, ces femmes, pourtant illettrées et ignorant presque tout du monde extérieur, ont vite appris à se mobiliser, à organiser des manifestations et à transmettre les demandes des détenus politiques à différents leaders des partis politiques, à la presse marocaine et étrangère, au ministère de la Justice et aux organisations qui œuvrent dans le domaine des droits fondamentaux.Ainsi, qu\u2019il s\u2019agisse des mères de la Plaza de Mayo, des mères de la mosquée al-Sunnah ou Le rôle joué par les femmes, les mouvements sociaux et les pays non occidentaux dans l\u2019élaboration et l\u2019avancement des droits de la personne reste largement ignoré.d\u2019autres cas similaires à travers le monde, ces femmes ont non seulement contribué à améliorer les conditions de détention des leurs dans l\u2019immédiat, elles ont aussi, à long terme, contribué à l\u2019avancée des droits fondamentaux à l\u2019échelle planétaire.En effet, l\u2019une des actions de ces femmes a été d\u2019alerter Amnistie internationale, entre autres organisations, au sujet des pratiques de torture et de traitements dégradants dont leurs proches étaient victimes.Leurs témoignages ont révélé que les actes de torture constituaient un comportement courant au sein de la quasi-totalité des États.Devant la gravité de la situation, en 1972, Amnistie internationale entreprenait une campagne pour l\u2019abolition de la torture, incluant une conférence de conscientisation à Paris et la publication d\u2019un rapport qui documente l\u2019usage de ces pratiques.Sans tarder, cette campagne porta fruits : en 1975, l\u2019Assemblée générale des Nations unies confiait la responsabilité de la conception d\u2019une convention contre la torture à la Commission des droits de l\u2019homme.Dès lors, les représentants des États membres intéressés par le projet entamaient les négociations relatives à l\u2019élaboration de ce document.Les archives des Nations unies ont conservé le nom de ces diplomates et Amnistie internationale a reçu le prix Nobel de la paix en 1977 pour sa campagne pour l\u2019aboliton de la torture, tandis que les milliers de femmes qui, au risque de leur vie, ont alerté l\u2019organisme au sujet de la réalité de la détention de leurs proches, ont été oubliées.Si l\u2019histoire officielle omet les personnes ordinaires, il n\u2019en reste pas moins que c\u2019est ultimement grâce à ces femmes que la Convention contre la torture existe.UN OUTIL DÉFAILLANT POUR PROTÉGER LES FEMMES Paradoxalement, la Convention contre la torture omet les besoins spécifiques des femmes.Cela se traduit par l\u2019absence de mécanismes appropriés de protection de l\u2019intégrité physique des femmes.Comment expliquer cela?C\u2019est que la Convention contre la torture interdit seulement la torture officielle, alors que la torture des femmes a généralement lieu dans l\u2019espace privé.À en croire certaines statistiques, la violence conjugale affecte approximativement 25 millions de femmes chaque année dans le monde, et elle est l\u2019une des causes majeures de décès des femmes.Certes, les rédacteurs de la Convention ont soulevé cette problématique.Toutefois, ils l\u2019ont tout de suite écartée, en soutenant que la torture et les traitements dégradants dans la sphère privée sont couverts par les lois nationales.Mais un tel argument n\u2019est pas convaincant, puisqu\u2019il en est de même pour la torture officielle.Quoi qu\u2019il en soit, il en résulte que la définition internationale de la torture ne couvre pas la violence systématique faite aux femmes, que ce soient les femmes battues, les victimes des crimes d\u2019honneur ou les employées de maison, en particulier dans des pays comme l\u2019Iran, l\u2019Arabie Saoudite, le Nigeria, le Pakistan et l\u2019Afghanistan.De façon similaire, la définition internationale de la torture exclut la violence perpétrée à l\u2019encontre des femmes qui sont victimes du trafic humain - avec tous les réseaux de prostitution et de pornographie que ce trafic implique -parce que cette violence n\u2019est pas le fait des fonctionnaires de l\u2019État.Pourtant, la disparition et, dans plusieurs cas, la séquestration et les mauvais traitements subis par les femmes victimes de la traite sont comparables à ce que subissent les opposants politiques, hommes et femmes, sous les régimes autoritaires.Enfin, la Convention contre la torture ne soulève pas les pratiques de torture et les traitements dégradants perpétrés par des groupes non gouvernementaux contre les franges vulnérables de la société durant les périodes d\u2019instabilité politique, soit les enfants, les femmes et les personnes âgées.Or, ce phénomène peut condamner les femmes à un véritable féminicide, que l\u2019on pense aux femmes violées, mutilées, assassinées ou disparues à Ciudad Juârez au Mexique ou en République démocratique du Congo, où les victimes se comptent par dizaines de milliers.LES RELECTURES FÉMINISTES Les années 1990 correspondent à une période d\u2019activité intense où des femmes juristes ont effectué des relectures féministes du droit international des droits de la personne et contribué à réformer les mécanismes de protection de ce corpus juridique.Ces dernières ont réinterprété la définition internationale de la torture en montrant que la violence conjugale relève de la définition de la torture, dans la mesure où cette violence inflige de la douleur physique, psychologique et morale dans le but d\u2019intimider, réprimer et punir.Elles ont mis en lumière le fait que lorsque ces actes sont commis dans la sphère privée sans que l\u2019État n\u2019intervienne pour protéger les femmes, cette inaction comme ces violences doivent être considérées comme une affaire publique.Depuis, grâce à ces relectures, le Comité contre la torture des Nations unies soulève auprès des États concernés les violences basées sur le genre.Ainsi, en 2002, entre autres, la Zambie a dû répondre de l\u2019étendue de la violence conjugale au pays, les États-Unis, de la violence perpétrée à l\u2019encontre des femmes détenues et l\u2019Ukraine, de la traite des femmes.Conséquemment, la jurisprudence féministe renouvelle le discours classique des droits fondamentaux et les mécanismes de protection.D\u2019ailleurs, les auteurs qui effectuent actuellement des relectures postcoloniales du droit international des droits de la personne citent ce travail de renouvellement comme un modèle à suivre pour que la production du savoir, par des non-Occidentaux, puisse réformer ce corpus juridique dans un sens plus inclusif.\u2022 Valérie Guimond, Coulée, 2006, dessin à la barre à l\u2019huile, 112 x 76 cm RELATIONS décembre 2008 QJ dOSSieR Un dossier accablant pour l\u2019Église Le magistère catholique, qui a longtemps justifié la torture, a fini par changer sa position.De nos jours, de nombreux croyants se mobilisent contre ce crime.Toutefois, le rôle que l\u2019Église catholique a joué dans certaines dictatures du XXe siècle demeure obscur.GREGORY BAUM L'auteur est théologien\tien des croyants à travers le monde s\u2019engagent con- tre la torture.Certains parmi eux appuient Amnistie internationale.D\u2019autres militent à l\u2019Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture (ACAT), une organisation fondée en France en 1974 et présente dans plusieurs pays -dont le Canada depuis 1984.La mission de l\u2019ACAT est de sensibiliser les chrétiens à l\u2019horreur de la torture et d\u2019influencer l\u2019opinion publique contre cette pratique cruelle - y compris contre la peine de mort.L\u2019ACAT s\u2019adresse aux gouvernements qui mettent en prison des militants des droits humains, susceptibles d\u2019être torturés.Ce mouvement se soucie des personnes torturées et leur offre son appui.Dans un même esprit de solidarité, la National Religious Campaign Against Torture () a opposé, en janvier 2006, une sévère réplique à l\u2019approbation de la torture par le gouvernement américain.Cette fondation est appuyée par plus de 200 organisations appartenant à toutes les grandes religions.La Conférence des évêques catholiques des États-Unis vient de renforcer cette condamnation de la torture en publiant une longue réflexion théologique et sociologique, intitulée Torture is a Moral Issue ().LA TRISTE HISTOIRE Dans l\u2019Antiquité, les chrétiens ne se sont pas opposés à la pratique de la torture lorsqu\u2019ils furent intégrés dans la civilisation de l\u2019Empire romain où la torture était utilisée pour persuader les accusés de se confesser et pour punir ceux reconnus coupables.Pourtant, au début du christianisme, ils furent nombreux à en souffrir.Les chrétiens n\u2019ont pas plus résisté à cette pratique qu\u2019ils ne se sont opposés à l\u2019esclavage.Saint Augustin a reconnu que la torture judiciaire faisait souffrir les innocents mais, selon lui, le juge qui l\u2019applique ne pèche pas : il le fait non par méchanceté, mais pour protéger le bien commun de la société.Après la chute de l\u2019Empire romain, la torture judiciaire disparaît, car les barbares ne la pratiquent pas.Au XIe siècle, les juristes, redécouvrant le droit romain, recommandent que les cours de justice reprennent la pra- I décembre 2008 RELATIONS -J*' tique ancienne.Au XIIIe siècle, les canonistes approuvent l\u2019emploi de la torture dans des cours civiles.En 1252, dans l\u2019instruction Ad extirpenda, le pape Innocent IV approuve la torture et recommande son application par les cours civiles dans la poursuite des hérétiques.Cette décision est confirmée par Alexandre IV en 1259, et par Clément IV en 1265.Selon l\u2019enseignement pontifical, l\u2019application de la torture doit être limitée pour éviter qu\u2019elle produise la mort ou la perte d\u2019un membre du corps.Dans les siècles suivants, la torture est appliquée dans les cours de l\u2019Inquisition et défendue moralement par les canonistes et les théologiens.Ce n\u2019est qu\u2019avec les Lumières, au XVIIIe siècle, que la protestation contre la torture se répand.L\u2019Église catholique continue à la justifier.La torture est pratiquée dans les États pontificaux jusqu\u2019au XIXe siècle.Dans l\u2019opéra Tosca de Puccini, qui raconte des événements dramatiques survenus à Rome vers 1800, le peintre Mario, accusé d\u2019avoir aidé un libéral persécuté par la police à se cacher, est torturé pour provoquer sa confession.On entend ses cris et il apparaît sur scène couvert de sang.APRÈS LES LUMIÈRES Après la Révolution française, l\u2019Église s\u2019est fortement opposée aux droits humains.Les penseurs catholiques qui défendaient les libertés civiles étaient censurés par le magistère pontifical.Pourtant, après la Deuxième Guerre mondiale et la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, l\u2019Église catholique, relisant les Saintes Écritures, a changé son enseignement officiel.Selon le pape lean XXIII et le concile Vatican II (1962-1965), la haute dignité des êtres humains créés à l\u2019image de Dieu exige que ceux-ci soient respectés par toutes les autorités.C\u2019est là le fondement théologique des droits humains.Promouvoir les droits humains fait maintenant partie de la mission de l\u2019Église.Le magistère se prononce catégoriquement contre la pratique de la torture.Selon le Catéchisme de l'Église catholique : « La torture qui use de violence physique ou morale pour arracher des aveux, pour châtier des coupables, effrayer des opposants, satisfaire la haine est contraire au respect de la personne et de la dignité humaine» (n° 2297).Pour les catholiques contemporains, la torture est donc insoutenable.Le pape Jean-Paul II a dénoncé plusieurs fois l\u2019emploi de la torture.Voici un beau texte qu\u2019il a prononcé le 27 mai 2004, devant un groupe d\u2019ambassadeurs : « De tous les continents parviennent en permanence des informations inquiétantes sur la situation des droits de l\u2019homme, faisant apparaître que des personnes, hommes, femmes, enfants, sont torturées et profondément bafouées dans leur dignité, contrairement à la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme (cf.article 5).C\u2019est l\u2019humanité tout entière qui est ainsi blessée et bafouée.Parce que tout homme est notre frère en humanité, nous ne pouvons pas nous taire devant de telles exactions, qui ne sont pas tolérables.Il appartient à tous les hommes de bonne volonté, qu\u2019ils aient des responsabilités ou qu\u2019ils soient simples citoyens, de tout faire pour le respect de tout être humain.» LA TORTURE CONTINUE Mais quand le magistère ecclésiastique change son enseignement, il y a toujours des catholiques qui résistent.Il n\u2019est pas étonnant qu\u2019après l\u2019approbation unanime de la torture pendant des siècles, des chefs politiques et militaires, dans certains pays catholiques, aient continué de justifier l\u2019emploi de la torture.Regardant les hommes et les femmes qui critiquaient leur régime comme des insurgés contre la vérité et la vertu, ces chefs se voyaient comme les défenseurs de la civilisation catholique contre ses ennemis.Bien connu est l\u2019emploi systématique de la torture au Chili sous le régime de Pinochet et en Argentine pendant la «guerre sale » (1976-1983).Ce qui l\u2019est moins, c\u2019est le rôle que l\u2019Église catholique a joué dans ces dictatures.Examinons le cas de l\u2019Argentine.La hiérarchie catholique est restée muette alors qu\u2019il est maintenant clair que des aumôniers militaires ont souvent justifié la torture et les tueries exécutées par des soldats comme des actes patriotiques agréables à Dieu.Après avoir jeté à la mer des cen- taines de personnes à partir d\u2019un avion, certains soldats, troublés par de tels actes (surtout lorsque les victimes étaient des femmes enceintes), se sont confessés.On leur a alors donné l\u2019absolution, leur conseillant de continuer leur travail, sans faire aucune référence à l\u2019enseignement catholique.Les évêques étaient au courant de ces pratiques, mais ils étaient trop divisés entre eux pour trouver une parole commune.Peu parmi eux s\u2019en sont ouverts, même après la guerre.M^ Miguel Hesayne, l\u2019archevêque de Viedma en Argentine, s\u2019est repenti publiquement.Il se souvient avec honte d\u2019une réunion épiscopale où les évêques ont refusé de voir les mères des disparus qui attendaient dehors pendant toute la journée sous la pluie.Après une déclaration abstraite contre la torture, ces évêques ont partagé le dîner avec les chefs politiques et militaires qui la pratiquaient.Hesayne pense à ces événements avec angoisse.Encore en 1995, dans un sermon lors de la Semaine sainte, il a dit : «Nous regrettons que le repentir n\u2019est pas encore venu à ceux qui en ont besoin, y compris bien des évêques.» Évidemment, résister au pouvoir était risqué.M^ Bisobao, l\u2019évêque du diocèse de Resistencia, ayant accès aux prisonniers, savait ce qui se passait dans les prisons.Quelques jours après son sermon dans la cathédrale dénonçant la torture, on le trouva mort dans la rue, ________________ Valérie Guimond, Maillures de peau, 2006, dessin à la barre à l\u2019huile, 76 x 224 cm écrasé par un camion.En dépit du silence de la conférence épiscopale argentine, les détails de la collaboration des prêtres continuent à émerger.Jusqu\u2019ici, le seul prêtre condamné par une cour de justice est Christian von Wernich.Il avait quitté le pays, changé de nom et travaillé comme curé dans une paroisse au Chili.Après la découverte de son identité, il a été renvoyé en Argentine.Le 9 octobre 2007, il a été déclaré coupable de complicité dans sept meurtres, 42 enlèvements de personnes et 32 actes de torture.Condamné à l\u2019emprisonnement à vie, von Wernich n\u2019a exprimé aucun regret concernant ses actions dans la guerre : il se croit justifié devant Dieu.La conférence épiscopale a déclaré que tout ce qu\u2019a fait ce prêtre était son choix personnel, l\u2019Église n\u2019y étant pas impliquée.Certains journaux rapportent que son évêque aurait dit que von Wernich gardera en prison tous ses privilèges de prêtre.L\u2019Argentine n\u2019est pas le seul pays où la relation de la hiérarchie catholique à la dictature reste obscure.La vérité doit être faite.Néanmoins, la position officielle de l\u2019Église catholique est claire : elle appuie les droits humains et les libertés civiles, et rejette la torture de façon inconditionnelle.\u2022 Promouvoir les droits humains fait maintenant partie de la mission de l\u2019Église.Le magistère se prononce catégoriquement contre la pratique de la torture.RELATIONS décembre 2008 m dOSSieR Quand l\u2019atrocité prend visage La torture est un déni de la dignité humaine et de l\u2019humanité même des victimes.Elle détruit celui qui la subit comme celui qui la pratique.Elle souille la société qui l\u2019encourage ou la tolère.La dictature chilienne en témoigne.JEAN-CLAUDE RAVET Il y a 35 ans, un coup d\u2019État préparé en sous-main par la CIA et le gouvernement américain renversait le gouvernement socialiste démocratiquement élu de Salvador Allende, le 11 septembre 1973.La répression militaire s\u2019abattit sur le Chili : arrestations, enlèvements, torture, exécutions sommaires, charniers.La violence avec laquelle elle s\u2019exerça a marqué les imaginations d\u2019une encre indélébile.De l\u2019exil, des milliers d\u2019opposants politiques, portant avec eux le souvenir et les traces de l\u2019horreur, armèrent la résistance.Les témoignages sur la cruauté des forces de l\u2019ordre, de l'armée et des services de renseignements chiliens firent le tour de la planète.Sous le couvert de la défense de la civilisation chrétienne contre la menace communiste, Pinochet, le chef de la junte militaire, allait instaurer un terrorisme d\u2019État.Il permettait ainsi de transformer sans obstacle le pays en un vaste laboratoire de politique économique néolibérale où les disciples de Milton Friedman, de l\u2019École de Chicago, ont pu appliquer librement leur théorie.La torture a été une pratique systématique sous la dictature.Mutilations, viols, chocs électriques visaient à humilier les victimes autant sinon plus qu\u2019à leur soutirer de l\u2019information.Il s\u2019agissait de marquer dans la chair de l\u2019opposant l\u2019article 1 de la loi martiale : tu apprendras qui commande et tu te soumettras à tes maîtres.Une fois le torturé brisé, il pouvait être exécuté ou libéré, indifféremment.La torture ne s\u2019adressait pas qu\u2019aux opposants politiques, mais aussi à toute la population.Il fallait la dresser par la terreur.Celle-ci est une injonction efficace à la dépolitisation, au confinement à la vie privée, laissant l\u2019espace politique aux militaires et à leurs représentants.« Ne vous mêlez pas d\u2019affaires qui ne vous regardent pas, et vous serez laissés tranquilles.» Cette vision des choses faisait partie de la Doctrine de la sécurité nationale, enseignée à l\u2019École des Amériques aux États-Unis et appliquée avec soin par les régimes militaires d\u2019Amérique du Sud.Cette doctrine visait à cibler et à éliminer l\u2019ennemi intérieur, ou à le neutraliser par la torture, avant qu\u2019il ne gangrène le corps social.Les détenues politiques ont doublement souffert dans leur chair.Elles furent châtiées comme opposantes, s\u2019insurgeant contre l\u2019ordre public, et humiliées comme femmes pour avoir violé l\u2019espace politique réservé aux hommes.UNE FEMME PARMI TANT D\u2019AUTRES Luz de las Nieves Ayress Moreno a aujourd\u2019hui 60 ans.Elle en avait 23 quand les services de renseignements chiliens (DINA) sont venus la chercher, avec son frère et son père, pour la jeter dans leurs geôles secrètes.De 1974 à 1976, elle passe de maison de torture en maison de torture.D\u2019abord, le 38, rue de Londres (au centre-ville de Santiago).Durant deux semaines, des tortionnaires chiliens, aidés d\u2019experts venus du Brésil, d\u2019Argentine, du Paraguay (dictatures depuis quelques années déjà) et entraînés par les militaires américains et français, lui font subir les pires violences.Déshabillée, encagoulée, frappée.Chocs électriques sur les parties sensibles du corps, «le téléphone» (coups simultanés sur les deux oreilles), « la pau de arara» (pendaison par les pieds et choc électrique sur l\u2019anus), simulacres d\u2019exécution et viols à répétition, une fois en présence de son frère et de son père.Elle-même est forcée d\u2019assister à leur séance de torture.Elle est ensuite transférée à Tejas Verdes (à une centaine de kilomètres de Santiago), une autre école de tortionnaires de la DINA.Elle est contrainte à des relations sexuelles avec des chiens spécialement dressés pour cela.On lui introduit des rats dans le vagin, en même temps qu\u2019on l\u2019électrocute.Terrorisés, les rats griffent, urinent et défèquent en elle.Elle est violée et mutilée.Un mois plus tard, elle est conduite à la prison des femmes, tenue par des religieuses, à Santiago.Elle est enceinte.Cela s\u2019ébruite.Des ONG s\u2019intéressent à elle.Elle sort de l\u2019ombre.Elle fera plus tard une fausse couche.En mars 1975, elle passe à Très Alamos, un camp de concentration de Santiago.Recommencent les tortures, les viols.Dans un état de faiblesse extrême, elle est promenée comme un trophée par le chef du camp.En décembre 1976, elle est expulsée du Chili avec d\u2019autres prisonniers politiques vers l\u2019Europe.Malgré les séquelles psychologiques (cauchemar, réminiscence, paranoïa, anxiété) et physiques permanentes, elle réapprend à vivre.Elle devient travailleuse communautaire à New York.Elle se marie avec un prisonnier politique chilien, torturé lui aussi.Ensemble, ils ont un enfant.Après la dictature, elle est revenue au Chili avec sa fille.«De toutes mes forces, j\u2019ai crié à tous mes tortionnaires : vous m\u2019avez torturée, mais vous ne m\u2019avez pas détruite.Vous n\u2019y êtes pas parvenus : voici ma fille! » Le témoignage de Luz est un condensé de l\u2019horreur.Beaucoup sont restés prisonniers d\u2019un silence atroce, inca- Les détenues politiques furent châtiées comme opposantes et humiliées comme femmes pour avoir violé l\u2019espace politique réservé aux hommes.Bl décembre 2008 RELATIONS pables de symboliser l\u2019innommable, l\u2019incommunicable.D\u2019autres, après avoir livré un des leurs sous la torture, survivent dans la déchéance et la honte.U CHAPE DU SILENCE Des dizaines de milliers de Chiliens et de Chiliennes ont été torturés durant la dictature.Pourtant, dans la société chilienne, un silence de plomb régnait sur cette réalité.En parler était déjà un acte politique; mieux valait faire l\u2019ignorant, pour ne pas risquer le pire.C\u2019est tout à l\u2019honneur du Mo-vimiento Sebastian Acevedo contra la tortura, de la Co-misiôn chilena de los derechos humanos, de CODEPU (Comisiôn de derechos del pueblo), de la Agrupaciôn de los familiares de detenidos desaparecidos, pour ne nommer que ceux-là, d\u2019avoir courageusement entrepris de briser le mur du silence, tant durant la dictature qu\u2019après.Ils accompagnent les victimes, portent leurs témoignages sur la place publique, documentent les cas, réclament justice et réparation, dénoncent l\u2019impunité qui protège les tortionnaires.Ce n\u2019est que tout récemment que le gouvernement a reconnu que le recours à la torture avait été systématique sous la dictature - et non des cas isolés - avec la publication du rapport de la Commission nationale sur l\u2019emprisonnement politique et la torture, répertoriant 35 000 cas et identifiant 28 000 torturés, 3600 tortionnaires et 800 centres de torture.C\u2019était là une étape essentielle dans la réhabilitation des victimes : la reconnaissance d\u2019un mal dont elles garderont toujours les traces et la mémoire, commis dans l\u2019anonymat et l\u2019obscurité des geôles.L\u2019AVENIR DE LA TORTURE Les administrateurs de la terreur n\u2019étaient pas tous des sadiques, mais tous étaient soumis à l\u2019autorité.L\u2019entraînement à la torture comporte des aspects essentiels : l\u2019obéissance aveugle, la déshumanisation de l\u2019ennemi, l\u2019accoutumance à la cruauté, l\u2019assurance de l\u2019impunité.Cela leur permet de commettre des atrocités sans remords.Ils accomplissent simplement leur devoir.Ils se convainquent que l\u2019essentiel est la défense de la cause, de l\u2019intérêt supérieur, par-dessus toute autre considération.La défense de la patrie, de la foi, de la civilisation chrétienne, menacées par un ennemi diabolisé, personnification du mal.Ceux qu\u2019ils détruisent, humilient, n\u2019appartiennent plus, ou si peu, à l\u2019espèce humaine.Cette autojustification doit être continuellement renforcée en intensifiant la menace et la diabolisation de l\u2019ennemi.En redoublant les ordres.Or, le concept de banalité du mal que Hannah Arendt introduisit dans la philosophie politique en 1961, avec Eichmann à Jérusalem, autorise à jeter un regard inquiet sur l\u2019avenir de la torture, si nous n\u2019y opposons pas une farouche résistance.Présente au procès d\u2019Adolf Eichmann, Arendt est surprise de constater que celui qui est accusé d\u2019être un des maîtres d\u2019œuvre nazis de l\u2019extermination des juifs n\u2019est pas un monstre sanguinaire, mais a tout des traits d\u2019un bureaucrate besogneux, soucieux d\u2019accomplir minutieusement sa tâche.Il tire sa fierté du fait que personne n\u2019ait jamais pu lui reprocher d\u2019avoir manqué à son devoir.Un homme dépourvu de jugement, constate-t-elle, qui ne savait pas penser et s\u2019exprimait par clichés.Le mal radical avait été rendu possible grâce au concours d\u2019une multitude de gens « ordinaires » aptes à obéir aux ordres, sans sourciller.Nous savons, par ailleurs, depuis les fameuses expériences du psychosociologue Stanley Milgram, que cette propension à se soumettre à l\u2019autorité est loin d\u2019être le lot L\u2019École des Amériques GREGORY BAUM Une fois par an, depuis 1989, une grande manifestation, accompagnée d\u2019actes de désobéissance civile a lieu devant la School of the Americas (SOA).Celle-ci est située à Fort Benning, une base militaire près de Columbus, dans l\u2019État de Géorgie, aux États-Unis.C\u2019est là que des officiers de l\u2019armée américaine enseignent à des militaires latino-américains des techniques pour, soi-disant, promouvoir la démocratie dans leur pays.Selon l\u2019organisation SOA Watch, les principaux responsables de tortures et d\u2019assassinats politiques en Amérique latine sont issus de cette école.La plupart des dictateurs latino-américains sont passés par elle.Parmi ses diplômés, on retrouve les responsables de l\u2019assassinat de Oscar Romero, en 1980, et des sept jésuites, leur ménagère et sa fille assassinés au Salvador en 1989.En 2001, le gouvernement américain a changé le nom et le caractère de cette école.Elle s\u2019appelle maintenant Western Hemisphere Institute for Security Cooperation, et elle offre des cours sur les droits humains et la démocratie.Mais selon SOA Watch, rien n\u2019a changé et elle poursuit son travail, notamment dans le cadre du conflit en Colombie.En outre, le mouvement d\u2019opposition prend une nouvelle dimension depuis qu\u2019en octobre 2008, la Bolivie est devenue le cinquième pays après le Costa Rica, l\u2019Argentine, l\u2019Uruguay et le Venezuela à annoncer que ses militaires ne seraient plus envoyés à cette école.L\u2019organisateur principal des manifestations annuelles, qui rassemblent des milliers de personnes, est le père Roy Bourgeois, membre de la congrégation catholique Maryknoll, appuyé par des religieux et des religieuses.En 1983, il a organisé une manifestation pendant laquelle il a grimpé au-dessus de la clôture de fer de l\u2019école et diffusé par un haut-parleur le dernier sermon de Mgr Oscar Romero; un geste qui lui a coûté 18 mois de prison.Depuis le début de ces actions publiques, 183 personnes ont été arrêtées et condamnées à la prison.RELATIONS décembre 2008\t£3 dOSSieR Valérie Cuimond, Se fortifier, 2003, eau-forte, aquatinte et pointe sèche, 38 x 28 cm Le concept de banalité du mal que Hannah Arendt introduisit autorise à jeter un regard inquiet sur l\u2019avenir de la torture si nous n\u2019y opposons pas une farouche résistance.d\u2019une minorité, et qu\u2019elle peut pousser des gens ordinaires à devenir tortionnaires [La soumission à l\u2019autorité, Calmann-Lévy, 1974).Or, la société actuelle valorise cette manière d\u2019être.La logique financière qui préside aux destinées de la société n\u2019implique ni de penser ni de juger, mais d\u2019être efficace et de faire du rendement l\u2019unique critère.Obéir aux lois du marché, se soumettre à l\u2019autorité des experts, tels sont les mots d\u2019ordre.La fin justifie les moyens.Il n\u2019est pas étonnant que la torture revienne hanter les discours officiels comme un moindre mal : son « efficacité » l\u2019absoudrait! Un monde où la torture serait ainsi admise et commise parce qu\u2019elle serait «efficace» témoignerait d\u2019une terrible déchéance.Car la torture, quel que soit son degré de violence, porte en elle une vérité inhumaine: l\u2019être humain peut être détruit, humilié, au nom d\u2019une fin qui lui serait supérieure (l\u2019Histoire, la Nation, Dieu, le Marché).Un unique principe la fonde: aucune valeur ne tient devant la vérité absolue.Pas même la dignité humaine.Les nazis et le régime stalinien agirent de la sorte.L\u2019Église aussi du temps de l\u2019Inquisition qui torturait les hérétiques au nom d\u2019une même vérité implacable.C\u2019est ainsi que se comportent les gouvernements dits démocratiques qui pratiquent la torture sans que leurs citoyens le sachent ou tentent d\u2019en justifier une version soi-disant soft.Là où règne cette vérité inhumaine, règne la désolation.\u2022 POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES CALVEIRO, Pilar, Pouvoir et disparition.Les camps de concentration en Argentine, Paris, La Fabrique, 2006.COMES, Jean-Pierre, «Ma» guerre d'Algérie et la torture.J\u2019étais lieutenant dans les DOP, Paris, L\u2019Harmattan, 2002.DUTERTE, Pierre, Terres inhumaines.Un médecin face à la torture, Paris, JC Lattès, 2007.GREY, Stephen, Les vols secrets de la CIA.Comment l'Amérique a sous-traité la torture, Paris, Calmann-Lévy, 2007.KLEIN, Naomi, La stratégie du choc: la montée d\u2019un capitalisme du désastre, Montréal/Arles, Leméac/ Actes Sud, 2008.LAZREG, Marnia, Torture and the Twilight of Empire: from Algiers to Baghdad, Princeton, Princeton University Press, 2008.MAZIGH, Monia, Les larmes emprisonnées, Montréal, Boréal, 2008.PAGLEN, Trevor, Kidnappés parla CIA: les charters de la torture, Paris, Éditions Saint-Simon, 2007.ROBIN, Marie-Monique, Escadrons de la mort, l'école française, Paris, La Découverte, 2004.SYLVESTRE, Charles, La Torture aux aveux, Paris, Au Diable Vauvert, 2004.REVUES Amnistie internationale, Combattre la torture - Manuel pour l'action, 2004 et La torture ou l\u2019humanité en question, Ces femmes que l\u2019on détruit, Une impunité criminelle, 2001.Association pour la prévention de la torture, « Désamorcer le scénario de la bombe à retardement.Pourquoi nous devons toujours dire non à la torture», disponible au : , 2007.Courrier de l'ACAT (Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture) GORDON, Avery F., « D\u2019où viennent les tortionnaires d\u2019Abou Ghraib?», Le Monde diplomatique, novembre 2006.GREY, Stephen, «Les États-Unis inventent la délocalisation de la torture», Le Monde diplomatique, avril 2005.LEUPRECHT, Peter, « La torture banalisée», Relations, n° 712, octobre-novembre 2006.BREAULT, Normand, « LAction des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture», Relations, n° 700, avril-mai 2005.TOOPE, Stephen J, « Disparitions, prisons secrètes et restitutions extraordinaires : comment perdre la \u201cguerre contre le terrorisme\u201d », Esprit, octobre 2007 FILMS Chosts of Abu Ghraib de Rory Kennedy, É.-U, Moxie Firecracker Films/HBO, 2007.La jeune file et la mort de Roman Polanski, Capitol Films & Channel Four Films (Royaume-Uni), Fine Line Features (É.-U), Flach Films, Le Studio Canal 8c TFi Films Productions (France), 1994.Le rêve algérien de Jean-Paul Lledo, Maha Productions (France), Tarantula (Belgique), Naouel Films (Algérie), 2003.Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture et Le côté obscur de la Dame blanche de Patricio Henriquez, Canada, Macumba/ONF, 2008/2007.Standard Operating Procedure de Errol Morris, É.-U, Sony Pictures Classic/Participant Media, 2008.Taxi to the Dark Side d\u2019Alex Gibney, É.-U, Jigsaw Productions, 2007.SITES : Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture (ACAT) - Section canadienne et : Fédération internationale de l\u2019ACAT : Amnistie internationale - Section canadienne francophone : Association pour la prévention de la torture : Canadian Centre for Victims of Torture : International Rehabilitation Council for Torture Victims : Ligue des droits et libertés : Organisation mondiale contre la torture : Texte de la Convention contre la torture ^ décembre 2008 RELATIONS soirée ReLatiONS Droits des Autochtones : une lutte internationale En septembre 2007, l\u2019Organisation des Nations unies (ONU) a adopté la Déclaration sur les droits des peuples autochtones.Celle-ci présente les normes internationales «nécessaires à la survie, à la dignité et au bien-être des peuples autochtones du monde».Elle constitue un instrument juridique international important pour faire reconnaître leurs droits.À quelques semaines du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, nous souhaitons mieux comprendre les enjeux politiques que sous-tend cette déclaration - que le Canada refuse de signer - et les causes de la marginalisation systématique des populations autochtones.Nous aborderons ce débat avec : Usa Koperqualuk, vice-présidente de la Coordination autochtone francophone; Raphaël Picard, chef du Conseil des Innus de Pessamit; Roméo Saganash, directeur des relations avec le Québec au Grand Conseil des Cris; jean-Jacques Simard, professeur au Département de sociologie de l\u2019Université Laval À Québec Le lundi 19 janvier 2009, de 19 h à 21 h 30 Au Musée de la civilisation 85, rue Dalhousie Contribution suggérée: 5 $ Pour plus de renseignements, consulter : ou communiquer avec Mouloud Idir : 514-387-2541, poste 241 / midir@cjf.qc.ca Amnistie internationale combat la torture partout à travers le monde.Aidez-nous à rapatrier Omar Khadr, détenu à Guantanamo Faites un don.Signez la pétition.Amnistie.ca/dudh RELATIONS décembre 2008\t^3 aiLLeuRS Zimbabwe: les causes de l\u2019autoritarisme Pour comprendre le marasme actuel au Zimbabwe, il faut prendre en compte le passé colonial et les politiques néfastes des institutions financières internationales.FODÉ-MOUSSA KEITA L\u2019auteur est collaborateur à l\u2019émission d\u2019actualité politique africaine Amandla (CKUT 90,3 FM) et professeur de géographie au Cégep de Valleyfield Le Zimbabwe est un pays africain de 12,4 millions d\u2019habitants, voisin de l\u2019Afrique du Sud, dont l\u2019histoire est inusitée.Jusqu\u2019à présent, les journaux qui ont traité de la situation de ce pays se sont concentrés sur le différend actuel entre le régime autoritaire de Robert Mugabe et les partis d\u2019opposition, ainsi que sur la population prise en otage par les excès d\u2019un président s\u2019accrochant au pouvoir; le tout dans un contexte économique provoquant l\u2019indignation de la communauté internationale.Pourtant, deux éléments trop souvent ignorés par les médias viennent apporter un éclairage important sur la situation locale: le passé colonial et l\u2019intervention des institutions financières internationales (IFI).UN PASSÉ TROUBLE Le Zimbabwe partage avec l\u2019Afrique du Sud la triste réputation d\u2019avoir imposé un régime d\u2019apartheid à sa population noire.En effet, durant les décennies 1920-1930, le Zimbabwe - alors une colonie britannique appelée Rhodésie du Sud - établit un régime de séparation des pouvoirs répressif envers la population noire.En 1964, les «États ^TANZANIE MALAWI ZAMBIE ANGOLA Harare ZIMBABWE! BOTSWANA AFRIQUE DU SUD Canal de Mozambique NAMIBIE MOZAMBIQUE I LAN LESO noirs » voisins - le Malawi et la Zambie - obtiennent leur indépendance.Le Royaume-Uni est disposé à l\u2019accorder à la Rhodésie du Sud si cette dernière donne à sa population noire l\u2019accès à l\u2019égalité sociale et politique.Mais la minorité blanche de 270000 personnes, sous la direction d\u2019Ian Smith, craint la perte de ses privilèges.Par la voix de Smith, elle déclare donc l\u2019indépendance unilatérale de la Rhodésie du Sud en 1965, faisant fi des conditions imposées par Londres.L\u2019apartheid rhodésien était sauvé, même si aucun État dans le monde ne reconnaîtra cette indépendance.Tenace, mais subissant des pressions de toutes parts (Royaume-Uni, ONU, Organisation de l\u2019unité africaine et surtout la guérilla interne à laquelle Robert Mugabe prit part), le régime rhodésien finit par abdiquer et accepter les conditions de Londres lors de la signature de l\u2019Accord de Lancaster-House en 1979.Cet accord définit la Constitution actuelle du pays et donne des garanties à la minorité blanche (dont vingt sièges réservés au Parlement) au sein d\u2019un nouvel État: le Zimbabwe, officiellement reconnu en 1980.Ces garanties, en vigueur pour dix ans, étaient nécessaires pour convaincre Smith et la minorité blanche de laisser le pouvoir à la majorité noire.Cette concession aura un impact insoupçonné sur la politique et la vie zimbabwéennes, qui se fait encore sentir aujourd\u2019hui.Pendant les années de régime raciste, des mouvements politiques noirs disposant de branches militaires verront le jour et se lanceront dans une lutte armée contre le pouvoir blanc.Les deux plus importants sont la ZAPU (Zimbabwe African People\u2019s Union) de Joshua Nkomo et la ZANU (Zimbabwe African National Union) de Robert Mugabe.En 1980, lors des premières élections libres du Zimbabwe, Robert Mugabe et son parti l\u2019emportent avec 63 % des suffrages.Vingt-huit ans plus tard, Mugabe tient toujours les rennes du pouvoir.LE RÔLE DES INSTITUTIONS FINANCIÈRES INTERNATIONALES Pendant les années 1980, les garanties de l\u2019entente de Lancaster aidant, les blancs qui ne représentent que 5 % de la population contrôlent 90 % de l\u2019économie (exportation de maïs, coton et tabac, industrie minière).Cette décennie est témoin d\u2019une grave crise économique, et le Zimbabwe n\u2019y échappe pas.Endetté, le pays souffre aussi de l\u2019instabilité de ses voisins, notamment le Mozambique dont il dépend pour sortir de son enclavement et exporter ses ressources via le port de Beira.Les IFI comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale imposent des mesures d\u2019austérité (rationalisation de la fonction publique, privatisations, déréglementation, mesures d\u2019attraction des investissements étrangers) afin de redresser l\u2019économie du pays.À long terme, elles limitent le pouvoir d\u2019achat des Zimbabwéens et font passer le taux de chômage à 30 %.La minorité blanche, elle, s\u2019en tire beaucoup mieux.Pendant les années 1990, la situation économique de la population ne fera que se détériorer.La sécheresse force le pays à importer du maïs (base de l\u2019alimentation) alors que plus de la moitié des terres agricoles est vouée à la monoculture d\u2019exportation, remboursement de la dette oblige.En 1997, ce sont 90% des recettes fiscales du Zimbabwe qui sont destinées au service de la dette! L\u2019État, faisant les yeux doux aux IFI, réprime tout élan de protestation.Les tensions et les inégalités atteignent un point tel et les Programmes d\u2019ajustement structurel 23 décembre 2008 RELATIONS aiLLeuRS F Æ f fl v* tV^' ¦ ,20! ont tellement étranglé le pays que le gouvernement Mugabe est obligé de trouver une solution pour relâcher les tensions sociales et politiques.Il incite alors la population à occuper par la force les terres agricoles détenues par les blancs.Cet acte d\u2019éclat lui permet de demeurer au pouvoir et même de gagner en popularité.Plusieurs fermiers blancs fuient le pays qui s\u2019enfoncera encore plus dans la crise économique car, malheureusement, ceux qui bénéficient de cette «réforme agraire éclair» sont des élites proches du pouvoir, très peu soucieuses de rétablir l\u2019autonomie alimentaire de la population.Mais le succès est de courte durée et la popularité de Mugabe s\u2019effrite.Pas aussi rapidement que la situation économique toutefois.C\u2019est pourquoi, lors des élections de 2002, le parti d\u2019opposition MDC (Movement for Democratic Change) de Morgan Tsvangirai devient plus populaire et Mugabe n\u2019hésite pas à frauder pour les remporter avec 56% des voix.Les mêmes stratégies sont utilisées en 2008, Mugabe a été forcé en septembre de former un gouvernement d\u2019unité nationale avec Tsvangirai.Malheureusement, la cohabitation semble vouée à l\u2019échec.Au moment de finaliser ce texte à la fin octobre, tout indique que Mugabe gardera le fauteuil pour lui seul.SORTIR DE L\u2019ENFER Aujourd\u2019hui, le problème de la sécurité alimentaire est aigu.Avec un taux annuel d\u2019inflation dépassant les 231 millions pour cent, en juillet 2008, ce qui signifie des prix 231 millions de fois plus chers que douze mois auparavant, l\u2019achat de nourriture relève du défi.Ceux qui le peuvent achètent leurs aliments de base (pain, maïs, huile de cuisson, sucre, farine, etc.) en rands sud-africains ou en dollars américains.Beaucoup de Zimbabwéens sont obligés de consommer des fruits et des légumes sauvages qui ne constituent pas des éléments de leur diète quotidienne.Par conséquent, les risques d\u2019intoxication peuvent surgir.Le désœuvrement qu\u2019impose la pénurie force la population à développer des mécanismes de survie économique: orpaillage, vol, prostitution ou trafic avec les pays voisins.Les mêmes IFI qui ont poussé le Zimbabwe dans cette impasse cherchent aujourd\u2019hui à l\u2019en sortir en lui proposant la même médecine, soit des «solutions» qui s\u2019orientent vers une rationalisation de l\u2019État et un recours à l\u2019entreprise privée.Un fonds a été mis sur pied par des donateurs internationaux sous l\u2019égide de la Banque mondiale ainsi qu\u2019un programme de relance économique, le Zimbabwe Emergency Recovery Program (ZERP).Un rapport préliminaire de projet a été émis pour consultation auprès des donateurs, du gouvernement et de la Confédération des industries zimba-bwéennes (Confederation of Zimbabwean Industries) mais les syndicats, dont le Zimbabwe Congress Trade of Unions (ZCTU), ont été exclus de cette consultation, de même que la Banque centrale du pays.Jusqu\u2019à présent, les propositions ne tiennent pas compte des aspirations de la société civile.Elles ne s\u2019attardent pas non plus sur les mécanismes qui pourraient rendre le gouvernement responsable (transparence, crédibilité des partis politiques).Au niveau politique, des voix s\u2019élèvent au sein de la société civile exprimant une inquiétude devant l\u2019entente de partage du pouvoir entre Robert Mugabe et le MDC de Tsvangirai.En effet, la légitimité d\u2019un gouvernement démocratique dépend de l\u2019assentiment populaire et ce dernier est absent.Selon le groupe Zimbabwe Lawyers for Human Rights, une association d\u2019avocats militant pour la défense des droits humains, le ZANU et les factions du MDC risquent de changer la Constitution ou le mode de fonctionnement de l\u2019État sans consulter la population qui demeurera dans l\u2019ignorance.Les jeux de pouvoir qui sont exposés dans les médias ne sont donc qu\u2019un symptôme d\u2019un mal plus profond : un État qui a d\u2019abord mal vécu son indépendance et qui a bâti, bien malgré lui, une économie reposant sur l\u2019enrichissement d\u2019une minorité raciale.De plus, les interventions des IFI ont fait sombrer le Zimbabwe dans une crise économique dont il ne s\u2019est pas encore relevé.La dérive autoritaire de Mugabe ainsi que le népotisme et la corruption du régime n\u2019aident pas.Malheureusement, ce ne sont que ces derniers éléments que la communauté internationale pointe du doigt.Un travail de mémoire s\u2019impose.\u2022 Un panier devenu portefeuille, mars 2008 (AP photo/ Tsvangirayi Mukwazhi) RELATIONS décembre 2008 EE] coNtRoveRse L\u2019auteur, professeur émérite à l\u2019Université Laval, est président de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand (UQAM) m décembre 2008 Républicains et démocrates : du pareil au même?Entre les deux grands partis américains, des clivages peuvent faire une véritable différence.LOUIS BALTHAZAR Démocrates et républicains: est-ce blanc bonnet et bonnet blanc?Oui, si l\u2019on considère que les partis politiques ne changent ni le pays ni la population ni leurs intérêts fondamentaux - et encore moins les défis internationaux auxquels les États-Unis doivent faire face.Oui, si l\u2019on tient compte de l\u2019exceptionnelle capacité de cette population très diverse de se rassembler dans des moments de crise, comme au lendemain du 11 septembre 2001.Oui, si l\u2019on reconnaît qu\u2019il existe, en ce pays, ce qu\u2019on appelle un consensus bipartisan eu égard aux grands enjeux.Cependant, il faut répondre clairement non, si on jette un regard sur le clivage entre les moyens de mettre en œuvre le libéralisme qui caractérise cette république depuis ses premiers jours.Déjà, Jefferson et Hamilton s\u2019opposaient farouchement.Le premier pensait démocratie, le second pensait force économique.Cette opposition s\u2019est perpétuée jusqu\u2019à nos jours.UN PEU D\u2019HISTOIRE Il est vrai que les démocrates ont toujours été financés par des intérêts économiques aussi bien que les républicains.Il est vrai également que les démocrates ont souvent entraîné leur pays dans la guerre : les deux guerres mondiales (Wilson et F.D.Roosevelt), la guerre froide (Truman) et la guerre du Vietnam (Lyndon Johnson).En revanche, il a fallu le républicain Eisenhower pour dénoncer le complexe militaro-industriel et le républicain Nixon pour faire la paix avec la Chine.Toutefois, ce sont des démocrates qui ont présidé aux deux grandes organisations internationales créées au XXe siècle (la Société des Nations et les Nations unies).C\u2019est le démocrate John F.Kennedy qui a amorcé les traités de limitation des armes nucléaires et négocié avec les Soviétiques.C\u2019est le démocrate Carter qui a ouvert une nouvelle politique à l\u2019égard de l\u2019Amérique latine, présidé au traité de paix entre Israël et l\u2019Égypte et insisté sur le respect des droits humains dans le monde.Bill Clinton a été moins résolument progressiste, mais il s\u2019est engagé dans la résolution du conflit israélo-palestinien et en faveur de la paix en Irlande du Nord, au Timor oriental, en Bosnie.Il a signé d\u2019importants traités internationaux, mais il a été entravé par un Congrès républicain hostile à tout engagement multilatéral.Le New Deal, la sécurité sociale, les droits civiques, l'assurance-maladie pour les personnes âgées (medicare) et pour les démunis (medicaid) ainsi que les droits syndicaux sont tous dus à des gouvernements démocrates.Peut-on penser sérieusement une seule seconde qu\u2019un Al Gore, s\u2019il n\u2019avait été débouté en 2000 par cinq juges de la Cour suprême - tous nommés par des présidents républicains -, aurait précipité son pays dans l\u2019invasion irakienne?Qu\u2019il aurait répudié la Convention de Genève sur les droits des prisonniers de guerre, le protocole de Kyoto sur l\u2019environnement, le tribunal pénal international, la limitation des armements, etc.?Aurait-il eu recours, comme George W.Bush, à un usage abusif et hypocrite de la religion pour faire prévaloir des politiques régressives?Peut-on croire que le démocrate John Kerry, s\u2019il avait été élu en 2004, aurait autorisé la torture, l\u2019ignoble prison de Guantanamo, l\u2019écoute électronique?Aurait-il laissé pourrir la situation au Moyen-Orient avec la même désinvolture que George W.Bush?RÉELLES DIFFÉRENCES Et que dire des différences entre Barack Obama et John McCain?Sans doute, le premier pourrait demeurer en deçà des attentes des milieux progressistes et le second aurait pu surprendre.Mais quel est celui qui est le plus susceptible de lancer un New Deal et de faire intervenir le gouvernement dans la régulation des opérations financières et dans une meilleure répartition de la richesse?Qui peut soutenir un programme d\u2019assurance-maladie, un système fiscal plus équitable, le retrait des troupes américaines en Irak, une politique étrangère résolument multilatérale, une diplomatie ouverte et respectueuse de la diversité, axée sur un véritable désir de paix?Qui peut restaurer l\u2019image des États-Unis dans le monde et prendre acte d\u2019un nouveau système international multipolaire à l\u2019intérieur duquel la puissance américaine doit continuer à jouer un rôle primordial tout en renonçant à son hégémonie?À ces questions, les Américains ont cru que la réponse était: Obama.\u2022 RELATIONS coNtROveRse Après huit années d\u2019administration Bush, la récente course présidentielle a été interprétée par plusieurs comme historique et cruciale pour l\u2019avenir des États-Unis et du monde.Deux visions idéologiques fondamentales s\u2019y seraient affrontées.Maintenant que nous en connaissons le résultat, certains se demandent toutefois s\u2019il y a vraiment une différence entre les deux principaux partis américains.Le bipartisme américain est sous l\u2019emprise d\u2019une matrice symbolique commune.ÉRIC MARTIN Durant la récente campagne présidentielle aux États-Unis, plusieurs étaient suspendus à l\u2019espoir d\u2019un changement incarné par le démocrate Barack Obama, mettant enfin un terme aux années de politiques antisociales et guerrières du républicain George W.Bush.Or, au-delà des différences entre les individus, les deux partis sont pourtant très semblables.Ils partagent une même conception du monde, ils évoluent dans un même appareil politique et dans un même espace public gangrené.Évidemment, sur certains enjeux particuliers, républicains et démocrates ne sont pas identiques.Par exemple, les républicains emploient des tactiques plus musclées, notamment des campagnes de salissage où les commentateurs de radio-poubelle et les animateurs conservateurs de la chaîne FOX trament les démocrates dans la boue sans même feindre de cacher leur partisannerie.Sur les questions de fond, toutefois, les deux partis s\u2019entendent.Il ne s\u2019agit pas de groupes idéologiques, défendant des visions opposées de l\u2019organisation politique et économique, mais plutôt de partis qui acceptent les termes de l\u2019économie de marché libérale-capitaliste, défendent le libre-échange et la propriété privée des moyens de production.UNE IDÉOLOGIE COMMUNE Il ne se trouve pratiquement plus de parti de «gauche», en Occident, qui oserait remettre en question les axiomes de l\u2019économie financiarisée.Le parti démocrate n\u2019a pas fait exception lorsque son candidat, M.Obama, s\u2019est uni à M.McCain et à M.Bush, en septembre dernier, pour rescaper le système financier: «Il s\u2019agit d\u2019un temps où il faut nous élever au-delà de la politique pour le bien du pays.[.] Nous ne pouvons risquer une catastrophe économique.Voici la chance de nous unir pour montrer que Washington peut de nouveau diriger ce pays », ont-ils affirmé dans un communiqué conjoint.La configuration institutionnelle des États-Unis assure la reproduction de l\u2019idéologie commune des partis.Selon le philosophe Antonio Gramsci, le nombre de partis politiques dans un pays est inversement proportionnel à son nombre de sectes religieuses.Au contraire de la France, les États-Unis ont développé peu de partis.Ceux-ci sont en compétition pour occuper, en alternance, la gestion d\u2019un appareil d\u2019État presque unitaire, dont la fonction même est d\u2019éviter tout changement majeur.Les premiers fédéralistes américains n\u2019étaient pas face à un État monarchique homogène aux ancrages historiques profonds.Ils ont dû jeter des ponts entre différentes communautés, dispersées sur un vaste territoire, et qu\u2019il fallait lier tout en évitant qu\u2019une faction particulière ne prenne le contrôle du régime.C\u2019est l\u2019origine du système dit des checks and balances qui assure la stabilité des institutions.Couplé à l\u2019idéologie économique dominante, il assure que l\u2019hégémonie capitaliste soit constante aux États-Unis.du moins en dehors des crises.UN ESPACE PUBLIC VICIÉ Du reste, l\u2019espace public américain n\u2019est plus le théâtre de débats politiques substantiels.Loin de discuter d\u2019enjeux, les candidats cherchent à plaire à un public fragmenté en groupes d\u2019intérêts en jouant de leurs traits de personnalité.Les partis, pour faire vibrer toutes les cordes sensibles, évitent de se lier de trop près à une vision particulière.Par exemple, Obama est demeuré ambigu sur la guerre, cherchant à satisfaire la gauche tout en projetant la fermeté nécessaire pour devenir Commander-in-chief Le discours des partis épouse ainsi les contours multiformes du «devenir fou» de l\u2019Amérique (pour reprendre l\u2019expression de Deleuze).L\u2019appareil d\u2019État devient alors le «lieu vide» du pouvoir qui se confond avec «l\u2019administration des choses ».Si les États-Unis et le monde ont vivement besoin d\u2019un changement, la logique du bipartisme américain risque fort de décevoir ceux qui voient en Obama la possibilité d\u2019une rupture radicale avec le «bushisme».Les démocrates peuvent peut-être humaniser « marginalement » le capitalisme américain.Mais il reste que les deux partis sont, au final, sous l\u2019emprise d\u2019une même matrice symbolique et institutionnelle qui réduit la société à l\u2019encadrement des luttes d\u2019intérêts, c\u2019est-à-dire à la guerre de tous contre tous.Retrouver le chemin du bien commun, dans un tel contexte, n\u2019est pas impossible.Cela exigerait cependant, au-delà de l\u2019alternance des partis, de renouer avec une conception substantielle du politique où les finalités priment sur le poids stratégique des déclarations publiques.\u2022 L\u2019auteur est doctorant en pensée politique à l\u2019Université d\u2019Ottawa RELATIONS décembre 2008\t|J| RegaRD L\u2019incroyance, une chance pour la foi L\u2019auteur, franciscain, théologien et professeur à l\u2019Anto-nianum de Rome, a publié aux Éditions du Cerf, Camus et l'homme saris Dieu (2007) Au lieu de se réfugier de manière identitaire et finalement nombriliste dans des formes conservatrices de religiosité, il faut aux chrétiens et chrétiennes d\u2019aujourd\u2019hui le courage et la générosité de « respirer à l\u2019air libre d\u2019un dialogue spirituel avec le monde» (D.Bonhoeffer).ARNAUD CORBIC LJ incroyance révèle la crise que traverse actuellement le christianisme dans nos sociétés occidentales.1 Une crise n\u2019est pas nécessairement négative.C\u2019est d\u2019abord, comme l\u2019indique l\u2019étymologie grecque, le moment où les choses se décident.Une crise peut donc même être un kairos, un moment favorable, si nous ne ratons pas le rendez-vous avec notre temps.La crise peut donc déboucher sur la mort, mais aussi sur la vie, sur une renaissance.La crise nous oblige, de toute façon, par sa radicalité même, à revenir à l\u2019essentiel.Le langage chrétien est en passe de devenir une langue morte au sens propre du terme, c\u2019est-à-dire une langue de moins en moins comprise et pratiquée par nos contemporains qui sont en dehors de l\u2019Église et parfois même à l\u2019intérieur.Certains chrétiens encore, par peur, par paresse spirituelle ou par conformisme religieux, préfèrent rester dans l\u2019espace confiné et rassurant du microcosme religieux qui, pourtant, se rétrécit démesurément.Ils continuent alors à parler leur langue entre eux, comme si rien n\u2019avait changé, ne se rendant même plus compte que les autres (la grande majorité) ne les comprennent plus.Certains préfèrent encore répéter passivement ce qu\u2019ont dit les générations précédentes, alors qu\u2019elles-mêmes ont tenté de parler pour leur temps (qui n\u2019est plus le nôtre!).En voulant être fidèles à la lettre, ils sont ainsi infidèles à l\u2019esprit, car pour cette tâche, à chaque génération est donné l\u2019Esprit du Christ, lui qui est memoria (Jean 14, 26), mais aussi - on l\u2019oublie souvent - anticipatio (Jean 16,13).DIALOGUE AVEC LE MONDE Aujourd\u2019hui, le monde a besoin de vrai dialogue, fait d\u2019humilité et d\u2019engagement concret pour le prochain.Ce que le monde attend des chrétiens, c\u2019est, comme le disait Camus, qu\u2019ils «sortent de l\u2019abstraction et qu\u2019ils se mettent en face de la figure ensanglantée qu\u2019a prise l\u2019histoire d\u2019aujourd\u2019hui», qu\u2019ils «parlent à haute et claire voix» et soient «décidés à payer de leur personne».Autrement, «les chrétiens vivront et le christianisme mourra.Alors, ce seront les autres en effet qui paieront le sacrifice » (« L\u2019incroyant et les chrétiens» dans Actuelles I).Thérèse de Lisieux n\u2019écrivait-elle pas dans une lettre du 8 septembre 1896 à l\u2019une de ses sœurs: «Je compris que l\u2019Amour seul faisait agir les membres de l\u2019Église, que si l\u2019Amour venait à s\u2019éteindre, [.] les Martyrs refuseraient de verser leur sang.» Le dialogue ne doit pas être conçu comme une fin en soi, mais comme ce qui doit préparer une praxis éthique commune.Il ne s\u2019agit donc pas seulement de se contenter de «parler vrai», de «parler clair» et d\u2019être conscient des drames de l\u2019histoire - autrement dit d\u2019en rester à un dialogue qui finirait par se boucler sur lui-même.Encore faut-il s\u2019engager socialement et politiquement par des actes et accepter de «payer de sa personne», c\u2019est-à-dire ouvrir concrètement le dialogue au-delà de lui-même en le décentrant, par l\u2019action, vers un tiers absent que sont, dans le langage de Camus, «les enfants et les hommes qui souffrent et meurent».Or, les implications éthiques de la foi chrétienne ne rappellent-elles pas aux chrétiens engagés dans la cité leur devoir de prendre parti pour les pauvres, tâche éthique qui leur incombe au nom même du double commandement d\u2019amour de Dieu et du prochain?Plus la foi se replie sur des certitudes dogmatiques, morales ou religieuses tenant lieu de ce rapport vivant et libre à Dieu qui fait précisément défaut, moins elle se risquera à la rencontre avec les hommes et les femmes de notre temps, pour la plupart non religieux ou «autrement croyants» -selon l\u2019expression de Jean-François Six, beaucoup préférable au terme d\u2019incroyant.Car le croire ne se limite pas à la croyance en Dieu, mais il est plus largement une donnée anthropologique fondamentale, comme l\u2019a montré notamment Michel de Certeau (L\u2019Invention du quotidien.I.Arts de faire, Paris, Gallimard, coll.«Folio/ Essais», 1990, pp.259-267).L\u2019incroyant a une autre manière d\u2019établir les rapports avec la vie, avec le monde et avec lui-même.VERS UNE THÉOLOGIE DE L\u2019INCROYANCE Il faudra comprendre théologiquement l\u2019incroyance avec le théologien Dietrich Bonhoeffer, exécuté sous le régime nazi pour sa résistance à Hitler: «Devant Dieu et avec Dieu, nous vivons sans Dieu.» Par cette formule paradoxale, Bonhoeffer définit la condition chrétienne dans un monde « sans Dieu ».Entendons d\u2019abord l\u2019expression dans son sens culturel, c\u2019est-à-dire dans un monde qui concrètement se passe de Dieu et ne l\u2019invoque plus, un monde où Dieu n\u2019est plus présupposé, en tant qu\u2019il n\u2019informe plus la culture - mais non pas un monde qui serait complètement déserté par sa présence; la Aujourd\u2019hui, le monde a besoin de vrai dialogue, fait d\u2019humilité et d\u2019engagement concret pour le prochain.|3 décembre 2008 RELATIONS Lino, 2008 foi chrétienne n\u2019est nullement ramenée à l\u2019athéisme.Ne nous méprenons pas : il s\u2019agit ici de la mort de la représentation culturelle dominante d\u2019un Dieu tout-puissant, régisseur des lois de l\u2019univers, perçu comme la cause et l\u2019origine de tout ce qui arrive à l\u2019être humain, ou encore la mort de la représentation d\u2019un Dieu au-dessus de nous, qui laisse, au contraire, toute sa chance au « Dieu avec nous », discrètement présent à l\u2019histoire et à ses soubresauts.La présence-absence de Dieu ou sa non-évidence est inhérente à la foi, laquelle n\u2019est pas vision.C\u2019est une erreur de présenter la foi comme une certitude pleine, immédiate et inébranlable.La foi est toujours un doute surmonté (Matthieu 8,25-26; Jean 20,24-29).Cette présence-absence laisse toute sa place à l\u2019être humain : celui-ci est libre d\u2019exister humainement avec Dieu ou sans Dieu, de croire ou de ne pas croire à lui, dans un monde qui précisément se passe de lui et ne l\u2019invoque plus.En revanche, l\u2019homme « mineur» et «religieux» voyait partout les effets de sa présence et de sa puissance dans le monde et ne consentait pas à Dieu en toute liberté de foi, écrasé qu\u2019il était par l\u2019évidence de sa présence dans le monde, par le besoin de son assistance, par la peur de ses châtiments.«Devant Dieu et avec Dieu, nous vivons sans Dieu» exprime bien comment Dieu se révèle en révélant l\u2019être humain à lui-même et en le voulant autonome à la fois «devant lui» et «sans lui».Dieu se retire pour que l\u2019être humain advienne à lui-même.À LA RECHERCHE D\u2019UN LANGAGE Un des défis majeurs pour le christianisme aujourd\u2019hui me semble donc être celui d\u2019un langage renouvelé, voire non religieux, fidèle à l\u2019esprit de l\u2019Évangile.Bonhoeffer nous met sur la juste voie, lorsqu\u2019il écrit en prison : « Je réfléchis en ce moment à la manière dont on pourrait renouveler laïquement - dans le sens de l\u2019Ancien Testament et de Jean 1,14- l\u2019interprétation des notions de repentance, de foi, de justification, de nouvelle naissance, de sanctification» (.Résistance et soumission, Labor et Fides, 1973, p.295).Il nous faut d\u2019abord apprendre à parler de Dieu, non plus en termes de besoin, mais en termes de désir, de nécessité interne, de liberté, de gratuité.Dieu respecte la liberté de l\u2019homme et de la femme, la liberté d\u2019exister sans lui; Dieu ne veut pas d\u2019un assentiment arraché par la peur ou l\u2019impuissance humaines.Il est profondément étranger à la foi chrétienne de penser qu\u2019il faille commencer par dégrader, amoindrir ou mépriser l\u2019être humain pour pouvoir le mettre en face de Dieu, et d\u2019admettre que Dieu en soit d\u2019autant plus honoré.Une telle apologétique avilit Dieu tout autant que l\u2019être humain.Il faut arriver à ce que l\u2019on reconnaisse simplement le caractère adulte du monde et de l\u2019humanité.Il nous faut également apprendre à parler de Dieu en tant qu\u2019il s\u2019est révélé au cœur de la vie humaine par l\u2019Incarnation - rejoignant ainsi l\u2019intuition fondamentale de Duns Scot, théologien du XIIIe siècle, pour qui le motif de RELATIONS décembre 2008 Reg a RD l\u2019Incarnation n\u2019est pas seulement la Rédemption, mais d\u2019abord le désir que Dieu avait de toute éternité de partager gratuitement la condition humaine par amour.Nous n\u2019avons pas le droit de réduire Dieu à n\u2019être qu\u2019une réponse à un besoin, à une fonction, à être un « Dieu bouche-trou » pour l\u2019ignorance ou un deus ex machina pour la consolation.Par là, il s\u2019agit de débarrasser le christianisme des clichés de dolorisme, de passivité, de négation, et ôter à la croyance sa pathologie : le besoin de compensation.Il nous faut enfin apprendre à parler de Dieu autrement qu\u2019en termes de toute-puissance.Il est vrai que la foi chrétienne confesse dans le Credo «le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre », mais certainement pas dans le sens d\u2019une toute-puissance univoque et monolithique, de type magique et interventionniste.Nous confessons aussi dans le même Credo : «Jésus-Christ [.], qui [.] a été crucifié, est mort».Il y a donc dans la confession de foi trinitaire à la fois la confession de la toute-puissance du Père en tant que Créateur et la confession d\u2019une impuissance du Fils dans le monde.Le Dieu trinitaire n\u2019est pas que toute-puissance; il est aussi vulnérabilité, parce qu\u2019il est Amour (1 Jean 4, 8), du fait qu\u2019il respecte notre liberté d\u2019exister sans lui.« Dieu se laisse déloger du monde et clouer sur la croix.Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide», disait Bonhoeffer.«La religiosité de l\u2019homme le renvoie dans sa misère à la puissance de Dieu dans le monde, Dieu est le deus ex machina.La Bible le renvoie à la souffrance et à la faiblesse de Dieu; seul le Dieu souffrant peut aider.En ce sens, on peut dire que l\u2019évolution du monde vers l\u2019âge adulte dont nous avons parlé, faisant table rase d\u2019une fausse image de Dieu, libère le regard de l\u2019homme pour le diriger vers le Dieu de la Bible qui acquiert sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance» (op.cil, p.367).La Bible nous apprend à considérer Dieu autrement: non pas au-dessus de nous, mais avec nous dans les épreuves de la vie, c\u2019est-à-dire comme celui qui nous accompagne.Si nous admettions, selon la formule du philosophe Paul Ricœur à propos de Job face au mal, que l\u2019on puisse «aimer Dieu pour rien» (Lectures 3, Seuil, 1994, p.231-332), nous cesserions peut-être de considérer Dieu d\u2019abord comme le principe explicatif de l\u2019univers, pour l\u2019envisager comme un être relationnel.LE BEAU RISQUE DE L\u2019INCROYANCE Tandis que la foi vécue (qui est le contraire de la peur) est un surcroît généreux pour «passer sur l\u2019autre rive» (Matthieu 8,18), pour aller à la rencontre de l\u2019autre, de l\u2019inconnu, elle est au contraire, dans le conservatisme pieux, repli stérile sur soi-même, sur ses propres certitudes, sans fécondité ni créativité.Au fond, la foi est faible là où elle se déclare forte.Et elle est authentiquement forte, là où elle se révèle humblement vulnérable dans la rencontre, car elle peut alors s\u2019ouvrir à l\u2019altérité.Par conséquent, la foi authentique ne craint pas l\u2019incroyance, mais elle assume l'incroyance qui passe à l\u2019intérieur de nous-même : la foi s\u2019approfondit au contact de l\u2019incroyance, en ressort ainsi adulte, plus mûre et affermie, réaffirmée de manière nouvelle et purifiée des idoles de la croyance.En ce sens, l\u2019incroyance est un beau risque pour la foi.Au lieu de se réfugier de manière identitaire et finalement nombriliste dans des formes prudentes et conservatrices, il faut aux chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui et de demain le courage, l\u2019audace et la générosité, comme l\u2019affirme Bonhoeffer, de « respirer à l\u2019air libre d\u2019un dialogue spirituel avec le monde.Il nous faut même risquer de dire des choses contestables, pourvu que des questions vitales soient soulevées».\u2022 Plus la foi se replie sur des certitudes dogmatiques, morales ou religieuses moins elle se risquera à la rencontre avec les hommes et les femmes de notre temps, pour la plupart non religieux ou « autrement croyants ».NOUVEAUTES AUTOMNE 2008 S LES ÉDITIONS § y y ecosociete www.ecosodete.org LA VIA CAMPESINA 978-2-923165-43-1 314 pages 27 $ Annette Desmarais La Vfa Campesina Une réponse paysanne à la crise alimentaire Préface de José Bové La Via Campesina est un mouvement paysan international qui lutte pour la souveraineté alimentaire, la justice sociale et l'accès aux ressources.Elle nous offre un véritable espoir de changement pour l\u2019agriculture de demain.Pierre Beaudet On a raison de se révolter Chronique des années 70 Pierre Beaudet nous livre ici un témoignage intime de l\u2019effervescence révolutionnaire du Québec des années 1970.On a raison de se révolter 978-2-923165-45-5 248 pages E?] décembre 2008 RELATIONS eN BRef PRIX DE L\u2019ACPC elations reçoit le prix ACPC-Inter à nouveau cette année pour son numéro «Oser l\u2019espérance» (n° 718, juillet-août 2007).Ce prix honore un périodique membre de l\u2019Association canadienne des périodiques catholiques (ACPC) pour sa contribution importante à la réflexion chrétienne.Sa remise a eu lieu au Congrès du 40e anniversaire de l\u2019ACPC, les 30 et 31 octobre 2008.Toute l\u2019équipe de Relations tient à partager cette récompense avec les auteurs qui ont contribué au dossier de ce numéro: Miguel Benasayag, Raphaël Canet, Hélène Dorion, Marie Gratton, Sylvie Paquerot, Michel Venne ainsi qu\u2019avec Bernard Émond, l\u2019artiste Richard-Max Tremblay, la directrice artistique Mathilde Hébert et Éric Massé, réviseur.SAVOIR ET SE TAIRE?LJ Association francophone pour le .savoir (Acfas) vous invite à signer la lettre « Savoir et se taire?De la nécessité des chercheurs dans l\u2019espace public», parue dans Le Devoir le 21 août 2008.Dans cette missive, son président, Pierre Noreau, lance un cri d\u2019alarme concernant les pratiques actuelles (poursuites-bâillons, rapports d\u2019intérêt public dévoilés en catimini, etc.) « qui visent à faire taire les chercheurs, les penseurs ou les intellectuels, sinon à empêcher que soient débattus certains des enjeux qui balisent l\u2019avenir immédiat ou lointain des individus et des collectivités.» Pour appuyer cette démarche, signez la lettre au : .THOMAS MERTON Le 10 décembre 2008 marquera le 40e anniversaire de la mort de Thomas Merton (1915-1968).Différentes commémorations auront lieu aux États-Unis et dans le monde.Considéré comme l\u2019un des auteurs catholiques américains les plus influents du XXe siècle, son autobiographie La nuit privée d\u2019étoiles s\u2019est vendue à plus d\u2019un million de copies et a été traduite dans plus de quinze langues.Mettant l\u2019accent sur les questions de la culture et de la paix comme les deux plus urgentes de notre temps, Merton fut un solide partisan du mouvement non violent de défense des droits civils.Selon Gregory Baum : « Merton était un novateur; il a ouvert la vie contemplative aux soucis de la société et de la solidarité universelle.» Consulter :.DROIT DE VOTE AUX ÉTATS-UNIS La victoire de Barack Obama ne change pas le caractère inquiétant des rapports d\u2019organismes non partisans tels le Brennan Center for Justice à la New York University School of Law et la Federation of State Public Interest Research Groups (PIRGs) qui ont fait état de purges de listes électorales, effectuées sans normes ni contrôles nationaux dans plusieurs États américains.Le journaliste Greg Palast (BBC) et Robert Kennedy Jr sont à la tête de ceux qui ont révélé que le Help America Vote Act (HAVA), créé en 2002, est paradoxalement utilisé pour priver des milliers d\u2019électeurs de leur droit de vote, en particulier les plus démunis, ceux habitant des États-clés {swing states) et votant davantage pour les démocrates.Consulter: .CRISE FINANCIÈRE Pour décoder la crise financière dans une perspective progressiste et dans l\u2019objectif de remettre la finance au service de la société et de la justice sociale, quelques suggestions : Le temps est venu: Sortons de l\u2019économie casino!, la déclaration commune des Attac du monde sur la crise financière et les alternatives démocratiques () et la Lettre ouverte de la part d\u2019économistes canadiens, publiée par le Progressive Economies Forum, intéressant à découvrir au: .SAC D\u2019EMPLETTES 9ui ne connaît pas le parc Émilie-Gamelin à Montréal?Ce qui est ¦être moins connu, c\u2019est que cette Montréalaise qui a vécu de 1800 à 1851 est la fondatrice d\u2019une importante congrégation religieuse toujours active au Québec et dans le monde : les Sœurs de la Providence.Dans la volonté de mieux faire connaître leur fondatrice, les filles spirituelles d\u2019Émilie Gamelin offrent un sac d\u2019emplettes pratique et écologique.Fabriqué par des femmes immigrantes en insertion professionnelle, il est fait de coton et mesure 40 X 40 cm.Il évoque combien nourrir les pauvres, soutenir les femmes en difficulté et visiter ceux qui souffrent sont au cœur du charisme des Sœurs de la Providence.Ce sac arbore d\u2019ailleurs cette phrase de la bienheureuse Émilie Gamelin : « Beaucoup de douceur et grande charité pour autrui.» Pour vous le procurer (8 $ + frais de transport): 514-334-9090 (poste 217) ou .RELATIONS décembre 2008\t|£| Uanti-torture TEXTE : JOSÉ ACQUELIN ILLUSTRATION : MICHEL DEPATIE p amour ne cherche pas ses semblables, il va au devant de ses différents.On ne s\u2019aime pas parce qu\u2019on se ressemble - facile, rassurant et narcissique - on s\u2019aime parce que tout est différent de soi, à découvrir, pour être autre que ce que l\u2019on est, que ce que l\u2019on s\u2019imagine être ou vouloir être.Là est la flèche principielle de la vie : celle qui va, qui ne peut stagner ni se suffire du bois dont elle provient; et encore, même l\u2019arbre s\u2019élève.L\u2019amour ne tremble pas devant les différends, il sent même qu\u2019il en est surgi et qu\u2019il en émergera tout autre que lui-même : c\u2019est fatigant de se sentir fini, c\u2019est stimulant de pouvoir s\u2019accomplir hors de toute préconception coussinée.L\u2019amour est la seule révolution inépuisable, irrécupérable parce qu\u2019elle est ré-évolution.Il n\u2019accepte aucune soumission car l\u2019amour n\u2019a pas d\u2019ego.Et la vie ne reconnaît que cet art, le seul, avec tous.Seul, on ne peut être ni le sel ni le sucre de quiconque et encore moins être transformé par son épice ou sa douceur.La première torture est l\u2019isolement et on ne la résout pas en le projetant sur les autres, on l\u2019aggrave.Riche humanité de seulement pressentir cela.Et redire qu\u2019il n\u2019y aurait aucun amour sans différence.En deçà et au-delà de toute religion «institutionnalisante», ma première liberté est d\u2019abord d\u2019aimer - ma première évasion de la geôle que l\u2019on nomme haine, ou dépit, ou rancœur, ou humiliation.La contrainte est le contraire de l\u2019étreinte.Si j\u2019embrasse, je suis embrasé : c\u2019est la plus douce torture que je connaisse - celle de revenir à l\u2019élément de l\u2019étoile dont je viens.Banff, le 7 JUILLET 2008 RaisoN Des Reves \\: ;*r Ïss/Sfri V rfi^t if - » ** c.*'¦ 'Jfr * V* Michel Depatie, Fragilité/Fragility, 2008, collage et montage photographique RELATIONS décembre 2008 m BLoc-NOtes L\u2019EXPOSITION INTERNATIONALE DE SARAGOSSE L\u2019auteure est pro-fesseure à l'École d\u2019études politiques de l'Université d'Ottawa SYLVIE PAQUEROT L?Exposition internationale de Sara-.gosse, tenue en Espagne du 14 juin au 14 septembre 2008, portait sur le thème «Eau et développement durable ».Elle était conçue par ses organisateurs comme «la célébration internationale d\u2019une relation féconde existant entre l\u2019eau et les communautés humaines, dans un projet global, efficace et solidaire.» À la différence des expositions universelles, les expositions internationales sont en effet thématiques.Elles ont lieu tous les cinq ans et ont vocation de présenter au grand public des progrès, réalisés ou prévus, de l\u2019activité humaine.Plus de cent pays, organisations internationales, régions, ONG y étaient représentés, mais pas le Canada ni le Québec.On sait bien que généralement, ces expositions ressemblent plus à des foires commerciales qu\u2019à autre chose.À cet égard, Saragosse ne faisait pas exception : de nombreux pays ont profité de l\u2019occasion pour «vendre» leurs attraits touristiques, sans véritable lien avec le thème choisi.Plusieurs pavillons présentaient, par ailleurs, avec une créativité remarquable, différents aspects des défis relatifs à l\u2019eau et de notre relation à cette ressource vitale, avec les mêmes faiblesses toutefois que l\u2019on connaît à ce type d\u2019événements: une information trop statique et foisonnante pour que les visiteurs en re- tiennent véritablement les multiples dimensions.Deux innovations méritent d\u2019être soulignées: la Tribune de l\u2019eau, qui se voulait « l\u2019organe de réflexion » en complément de l\u2019offre ludique et culturelle de l\u2019Exposition internationale; et le Phare, dont la conception relevait entièrement de l\u2019initiative de groupes citoyens - une première à une exposition internationale.Il faut dire que la ville de Saragosse et la région de l\u2019Aragon, dont elle est la capitale, ont été le lieu de débats intenses autour des enjeux de l\u2019eau.C\u2019est notamment à Saragosse que s\u2019est amorcée, il y a quelques années, la contestation de la population espagnole contre le Plan hydrologique national que voulait mettre en place le gouvernement Aznar.Celui-ci prévoyait de nombreux barrages et détournements de cours d\u2019eau dans ce pays confronté, très clairement, à un usage abusif de ses ressources en eau, notamment pour la production agricole sous serres.Cette vaste mobilisation populaire avait donné lieu à des manifestations impressionnantes, notamment la Marche bleue (), visant à convaincre les autorités européennes de ne pas financer ce plan.Les autorités de Bruxelles se sont ainsi retrouvées devant une situation inédite : une population mobilisée pour s\u2019opposer à son financement! À la suite de quoi, les instances européennes ont imposé, pour la première fois, comme condition au financement d\u2019un de ses États membres, que l\u2019Espagne se soumette aux questions non seulement des experts de la Commission européenne, mais également des experts universitaires que les groupes citoyens avaient pris soin d\u2019interpeller et de mobiliser.Cette implication des universitaires n\u2019a d\u2019ailleurs pas été que ponctuelle.Prenant conscience de l\u2019importance de plus en plus grande de l\u2019expertise dans les débats démocratiques, ceux-ci ont mis sur pied une structure permanente de coopération universitaire au service des citoyens: la Fondation pour une nouvelle culture de l\u2019eau (), qui a été des protagonistes du pavillon des initiatives citoyennes.D\u2019ailleurs, plusieurs de ces experts de différents champs de recherche ont participé à l\u2019autre innovation de l\u2019exposition de Saragosse, la Tribune de l\u2019eau.Pendant tout l\u2019été, des propositions et des solutions pour mettre un terme aux crises de l\u2019eau ont été présentées et discutées dans le cadre de semaines thématiques, d\u2019agora et d\u2019événements parallèles.Dans un tel contexte, on pouvait bien sûr trouver de tout : des représentants des grandes multinationales de l\u2019eau aux responsables politiques, en passant par les grandes figures de luttes sociales telles que Riccardo Petrella, Marina da Silva et Vandana Shiva.Si les organisateurs de la Tribune ont réussi le pari de rédiger une Charte de l\u2019eau de Saragosse (
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