Relations, 1 décembre 2009, Décembre
[" Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 - CONVENTION : 40012169 ReLatiONS Pour qui veut une société juste NuméRO 737 DécemBRe 2009 Lumière sur l\u2019Arctique Le Nord, un lieu de convoitises Une nature bouleversée Regard sur les populations locales Vers la militarisation des régions arctiques?Carnet de Bernard Émond: S\u2019exprimer, pour quoi faire?5.50 $ ARTISTES INVITÉS : SEPT ARTISTES DU NUNAVIK 06538523234712 ReLatiONS NuméRO 737, DécemBRe 2009 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS Le projet de loi sur la forêt\t9 Bernard Hudon, s.j.AILLEURS L\u2019autonomie alimentaire menacée en Indonésie\t26 Marie-Sophie Villeneuve CONTROVERSE La loi naturelle: un concept valable?Chantal Beauvais\t28 Gregory Baum\t29 REGARD Portrait de Jean Calvin\t30 Zwinglio M.Dias Calvin selon Weber\t31 Gregory Baum Un homme debout Hommage à Pierre Falardeau\t35 Guy Paiement, s.j.EN BREF\t34 LA FORME DU JOUR CHRONIQUE LITTÉRAIRE Trois\t36 Élise Turcotte LE CARNET DE BERNARD ÉMOND S\u2019exprimer, pour quoi faire?\t38 MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture: Cc.d dD'cJ1\u2019 (t>sScDSb) DVI>L,k (Alacie Aullaq (Uqaittuq) Tullaugaq), Puvirnituq (Nunavik) La chasse, 1980, estampe dOSSieR LUMIÈRE SUR L\u2019ARCTIQUE Cette région, longtemps méconnue et ignorée, fait maintenant l\u2019objet de toutes les convoitises.Théâtre de tractations diplomatiques, militaires et économiques, l\u2019Arctique est au cœur de l\u2019actualité.Le Canada, les États-Unis et la Russie veulent y affirmer leur souveraineté.Des compagnies et de grandes puissances lorgnent ses ressources énergétiques.Tout cela dans le contexte d\u2019un réchauffement climatique largement causé par l\u2019activité humaine et dont les conséquences sur la faune, la flore et les populations du Grand Nord sont révélatrices d\u2019un écosystème global en crise.Ce dossier tente de jeter un éclairage sur une région du monde qui symbolise et matérialise à la fois la « fuite en avant » caractéristique du modèle de développement productiviste.Le Nord, un lieu de convoitises\t12 Frédéric Lasserre Cordova Bay, 20 ans après l\u2019Exxon Valdez\t15 Charles Campbell Une nature bouleversée\t16 Philippe Crabbé Regard sur les populations locales\t20 Sébastien Pelletier L\u2019art des Inuit du Nunavik\t21 Louis Gagnon Vers la militarisation des régions arctiques?\t23 Stéphane Roussel ARTISTES INVITÉS Les œuvres présentées dans ce numéro proviennent de la Collection d\u2019art inuit du Nunavik de l\u2019Institut culturel Avataq (voir l\u2019encadré, p.21).Elles sont signées Annie Patsauraaluk (Alaasuaq) Amaamattuak, Victoria Grey, Maggie Sapiina Kiatainaq, Jusi Sivuarapik, Sarah Joe Talirunnilik, Lucassie Kuuniluusi Tukalak et Alacie Aullaq (Uqaittuq) Tullaugaq, et sont reproduites avec la permission de la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec.foNüée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis près de 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, économiques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Amélie Descheneau-Guay PROMOTION / PUBLICITÉ Roxanne Bélair DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Jacques Goldstyn, Chloé Surprenant RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Gilles Bourque, Louise Dionne, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Marc-André Gagnon, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Guy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Bernard Émond, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau, Carolyn Sharp, Élise Turcotte IMPRESSION Carpe diem sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / H DS Canada Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.ISSN 0034-3781 ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans: 65$ (taxes incluses) À l\u2019étranger: 55$ Étudiant: 25$ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS : RI 19003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.Canada Envoi de Poste-publication Enregistrement n\u201d 09261 BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca décembre 2009 RELATIONS La démocratie municipale un bel horizon Il est courant de faire des élections le cœur de la démocratie, le fait de voter étant hissé au rang d\u2019exigence fondamentale.S\u2019y refuser -comme c\u2019est de plus en plus le cas aujourd\u2019hui - serait signe d\u2019un manque de civisme, d\u2019irresponsabilité et d\u2019égoïsme.Il s\u2019agirait donc de fouetter la plèbe pour qu\u2019elle sorte de sa léthargie, de son indifférence et fasse son «devoir» de citoyen.S\u2019il est vrai que le phénomène de l\u2019abstention croissante aux élections reflète un désintérêt généralisé à l\u2019égard du politique, il ne faut pas oublier qu\u2019il découle, surtout et avant tout, de la mise en scène - notamment par les politiciens eux-mêmes - d\u2019une démocratie «privatisée», modelée à l\u2019image du marché et de l\u2019entreprise privée.Celle-ci se nourrit essentielle- 3>*>1 L l*/(b 4k t P c < Ûof' C6c V.U tw r J r tf1 c.jbr1 Ctr-br1 Dbok (Lucassie Kuuniluusi Tukalak), Puvimituq (Nunavik), Aveugle ayant retrouvé la vue au contact des huards, 1990, estampe ment d\u2019une clientèle passive, consommatrice de services, et n\u2019a cure de citoyens préoccupés par le bien commun et mobilisés par la solidarité sociale.À cet égard, les élections municipales sont emblématiques.Beaucoup de maires - à l\u2019instar de Régis Labeaume à Québec - aspirent à gérer leur ville comme une PME.La mode est aux maires indépendants, reproduisant, dans une sauce plus contemporaine, la vieille culture du maire-notable.L\u2019opposition dans un conseil de ville devient un handicap, comme le rappelait le maire de Saguenay, Jean Tremblay, célébrant son écrasante victoire au lendemain des dernières élections municipales.Elle serait aussi incongrue qu\u2019une opposition dans un conseil d\u2019administration.Cette assimilation du politique à un modèle d\u2019organisation du secteur privé, rendant « malsaines » toute opposition et dissension sur les orientations de fond, est monnaie courante.Elle consacre l\u2019unanimisme fonctionnel et l\u2019éloge de la passivité.En effet, comment ne pas désirer, dans cette perspective, l\u2019abstention généralisée et l\u2019élection par acclamation?Il n\u2019est pas étonnant que la personnalité charismatique s\u2019impose comme figure montante du maire idéal.Nous mesurons l\u2019étendue du ravage de la promotion de cette mentalité consommatrice et clientéliste en « politique» municipale en voyant comment Gérald Tremblay, apparemment honni par la majorité de la population ébranlée par les scandales de collusion et de corruption à grande échelle, a été réélu malgré tout maire de Montréal.Image d\u2019une démocratie en santé! Contre l\u2019idée courante, il faut insister sur le fait que les élections sont loin d\u2019être la quintessence de la démocratie.Elles sont une procédure qui peut parfaitement reproduire et sanctionner un système oligarchique ou corrompu.L\u2019intuition des Grecs - au temps de la démocratie naissante -peut nous être utile à cet égard.Le vote était considéré comme un mode aristocratique de sélection utile pour désigner un certain nombre d\u2019experts ayant pour tâche de mener à bien des questions d\u2019ordre technique dans la cité démocratique.Le vote avait sa place, mais celle-ci n\u2019était pas fondamentale.Ce qui l\u2019était, cependant, c\u2019était la circulation de la parole et la participation des citoyens aux orientations de la cité, dans une recherche du bien commun et de l\u2019intérêt public, auxquels étaient subordonnés les réalisations techniques.La démocratie municipale devrait être au cœur de l\u2019action politique.C\u2019est là que s\u2019arriment et se nouent expériences de vie, citoyenneté, espace public et vision du monde.On voudrait la réduire à des questions de taxes, de tuyauterie, de goudron et de transport.C\u2019est cela aussi, bien sûr.Mais toutes choses qui touchent à la vie quotidienne sont indissociables de valeurs, d\u2019orientations politiques et de finalités qui peuvent se résumer à ceci: dans quelle ville voulons-nous vivre?Cette question s\u2019inscrit elle-même dans un horizon plus large : quel monde voulons-nous habiter?Projet Montréal est l\u2019un des rares partis politiques municipaux à être porté par ce questionnement essentiel et cet idéal, s\u2019appuyant sur un véritable mouvement citoyen.Il a réussi à faire élire deux maires d\u2019arrondissement et une douzaine de conseillers.Il y a certainement là le terreau d\u2019une culture politique pleine de promesses - qui rappelle que la politique n\u2019est pas simplement «l\u2019art du possible», comme on aime platement à le répéter, mais aussi « l\u2019art de l\u2019impossible » -consistant à ouvrir des horizons, à défier l\u2019ordre établi, à faire advenir des possibles insoupçonnés et à déployer des rêves trop souvent confisqués par les tenants du statu quo.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS décembre 2009 Q actuaLites © Pour un régime des rentes plus juste L\u2019auteur est un avocat retraité, membre fondateur du Conseil scientifique d'ATTAC-Québec L\u2019auteur est membre du secrétariat du Forum social québécois Les conséquences de la crise relancent le débat sur la nécessité d\u2019un régime des rentes plus généreux et universel pour les Québécois.RAYMOND FAVREAU Du 27 août au 30 septembre, la Commission des affaires sociales tenait une consultation publique sur le Régime des rentes du Québec (RRQ), dans un contexte où les krachs financiers et l\u2019actuelle crise économique remettent en question le droit à la retraite de nombreux Québécois.Rappelons que le Régime est financé par les cotisations des individus - en fonction du revenu - et des employeurs.Les rentes versées par le RRQ, assorties de celles du programme fédéral, ne sont pas suffisantes pour préserver le niveau de vie des retraités.Elles équivalent seulement à 35 % des revenus gagnés avant la retraite, le reste devant être fourni par des régimes privés, incluant les Régimes enregistrés d\u2019épargne-retraite (REÉR) - pour ceux qui peuvent en bénéficier.On est loin d\u2019un régime véritablement universel qui fournirait une rente égale à tous ainsi qu\u2019un revenu permettant à tous de vivre convenablement, y compris les personnes qui n\u2019ont jamais eu d\u2019emploi.D\u2019importantes questions d\u2019équité et de justice sociale ont donc été soulevées dans le cadre de la récente consultation qui portait sur le document déposé en juin 2008, intitulé Vers un Régime des rentes du Québec renforcé et plus équitable.Mais contrairement à ce que le titre du rapport laisse entendre, la Régie des rentes y propose la hausse des cotisations des travailleurs et des employeurs ainsi que la diminution de plusieurs bénéfices.Pour justifier cette position, elle invoque la baisse de la réserve qui se poursuivra selon elle jusqu\u2019en 2033, à moins d\u2019une augmentation des cotisations.La Régie impute cette baisse anticipée de la réserve à l\u2019augmentation de l\u2019espérance de vie et à la stagnation des salaires.Elle préconise le report de l\u2019âge de la retraite, soutenant que les travailleurs sont de plus en plus nombreux à vouloir continuer à travailler RAPHAËL CANET Sur un territoire réparti en trois espaces (le cégep du Vieux-Montréal, l\u2019UQAM et la place Émilie-Gamelin), ce FSQ a rassemblé près de 4000 participants.La programmation de cette année - plus imposante que celle de la première édition d\u2019août 2007 - comprenait 350 ateliers auto-programmés par les participants et six au-delà de cet âge.Mais ce qu\u2019elle ne dit pas, c\u2019est que cette «volonté» découle en grande partie des pertes qu\u2019ont connues les REÉR : de l\u2019ordre de 40 %, à la suite du krach de 2001, et de 44 %, après celui de 2008.Ces secousses financières ont obligé plusieurs retraités à réintégrer le marché du travail ou à y rester, avantageant ainsi des employeurs tout en privant d\u2019emploi les jeunes et les nouveaux arrivés sur le marché du travail.D\u2019autres propositions gouvernementales permettraient aux salariés de faire des contributions volontaires supplémentaires - mais sans contrepartie de la part des employeurs - et de grandes conférences.À cela il faut ajouter une foire du commerce équitable et de l\u2019économie sociale, une centaine d\u2019activités culturelles réparties dans six bars partenaires, un festival du documentaire engagé, un espace d\u2019informations militantes et alternatives pourvu de plus de 50 kiosques et un forum social de la jeunesse.Comme à l\u2019accoutumée, ce second FSQ a débuté dans la joie et la musique par un grand Un autre Québec est en marche! Le deuxième Forum social québécois (FSQ) s\u2019est tenu à Montréal du 8 au 12 octobre 2009.La solidarité était au rendez-vous.| décembre 2009 RELATIONS actuaLités hausser le montant maximum des gains admissibles.Parmi la quarantaine de mémoires déposés, celui de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) est à souligner.Il s\u2019oppose aux pires propositions de la Régie, notamment les réductions de rentes et de couverture de certains retraités.La FTQ propose des voies alternatives et, surtout, elle réitère sa proposition faite à l\u2019occasion d\u2019une consultation antérieure en faveur d\u2019un régime plus universel et généreux, qui couvrirait un pourcentage plus élevé des salaires des participants, éliminerait les régimes privés - c\u2019est-à-dire ceux liés à l\u2019emploi - et diminuerait les coûts d\u2019administration.Elle invoque les cas récents de fraude (Vincent Lacroix, Earl Jones, etc.) qui ont amputé ou anéanti les épargnes de plusieurs cotisants, ainsi que les faillites d\u2019employeurs qui causent la disparition de régimes de retraite privés.La FTQ aurait pu également mentionner les krachs financiers en série qui ruinent ceux qui comptent sur des REÉR composés d\u2019actions boursières.Quant à la baisse de la réserve, la FTQ réfute l\u2019explication de la Régie, soulignant que celle-ci est plutôt due à la perte de 26,4% encourue par la Caisse de dépôt, qui gère les fonds de la RRQ.Elle remet en question les prévisions à long terme du gouvernement, qui se basent sur des rendements à court terme.La FTQ convient néanmoins d\u2019une hausse des cotisations, à condition qu\u2019il n\u2019y ait pas de coupure des bénéfices ou de la couverture.Elle s'oppose aux propositions qui pénaliseraient ceux qui veulent prendre leur retraite tôt; à celle qui introduirait un dénominateur de 40 ans réduisant la rente de certains bénéficiaires; et aux autres pistes modifiant les modes de calcul qui auraient aussi pour effet de réduire les bénéfices.Son mémoire note la décroissance de l\u2019emploi au Québec enclenchée par la crise d\u2019août 2008, signalant que les emplois de qualité sont remplacés par des emplois à temps partiel.De la part d\u2019une fédération aussi importante, qui dispose en outre d\u2019un fonds de solidarité offrant des REÉR, ces recommandations en faveur d\u2019un régime public plus universel sont appréciables et nourrissent un débat qui doit se poursuivre sur cette question.Elles sont aussi plus réalistes et susceptibles d\u2019influer sur le résultat de cette consultation publique que celles de l\u2019Institut économique de Montréal ou du rapport Montmarquette qui visent toujours, essentiellement, à faire payer les pauvres.\u2022 Forum social .uébécoiS /M QUEBECOIS ' OCTOBRE 2009 iHÜrrïbu spectacle d\u2019ouverture au Medley, et s\u2019est terminé par une « marche manifestive » dans le quartier Centre-Sud, où chacun pouvait brandir bien haut son message d\u2019espoir pour le Québec et le monde à venir.Le premier élément qui nous permet de rendre compte du succès du FSQ est son internationalisation.Celle-ci a été facilitée par la réunion du Conseil international du Forum social mondial (FSM), à Montréal, tout juste avant le FSQ.Inédit en Amérique du Nord, ce rassemblement des 160 organisations et mouvements sociaux qui œuvrent à développer le processus du FSM a permis aux groupes québécois de réellement intégrer la mouvance globale de l\u2019altermondialisme et, en retour, de faire connaître aux mouvements progressistes du monde entier les problématiques et les stratégies de transformation sociale mises en œuvre ici.L\u2019expérience québécoise a ainsi pu être transmise aux organisateurs du prochain FSM (prévu à Dakar en janvier 2011).Des liens prometteurs ont aussi été tissés avec les organisateurs du Forum social des États-Unis et du Forum social des Amériques, qui se tiendront respectivement à Détroit, en juin, et à Asuncion, en août 2010.L\u2019idée d\u2019un Forum social nord-américain a aussi été abordée.Le second élément est sa régionalisation.Contrairement à son édition de 2007, le FSQ 2009 a pu s\u2019appuyer sur une dynamique régionale des forums sociaux qui s\u2019est fortement développée en 2008-2009 par la tenue de forums au Saguenay-Lac-St-Jean, en Mauricie, en Outaouais, à Laval, dans Lanaudière, à Montréal et à Montréal-Nord.Plusieurs personnes engagées dans ces forums régionaux ont profité du FSQ Photos : Henri-Charles Baudot RELATIONS décembre 2009 Qj actuaütes pour discuter de leur expérience respective.Comme changer le monde implique de penser globalement et d\u2019agir localement, cette dynamique régionale de l\u2019altermondialisme semble des plus prometteuses au Québec.Le processus continue d\u2019ailleurs de se développer puisqu\u2019un forum social du Bas-Saint-Laurent est en préparation.Finalement, et c\u2019est sans doute l\u2019élément le plus important, le succès du FSQ est tributaire de son appropriation par les organisations participantes.La richesse qualitative des ateliers autoprogrammés a été maintes fois soulignée.De même que les échanges fructueux et le réseautage qui ont permis à nombre d\u2019organisations et de groupements citoyens de construire des articulations communes d\u2019action.Les activités portant sur la crise du capitalisme ont été très courues.Même chose en ce qui concerne la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, no- tamment des compagnies minières.Un mouvement citoyen visant l\u2019approfondissement de la démocratie participative à Montréal a été lancé, de même qu\u2019un appel à la création d\u2019un front commun contre la hausse annoncée des tarifs.Ces quelques exemples, qui ne témoignent que très partiellement de la force propositionnelle des différents groupes de la société québécoise, montrent que ceux-ci ont conscience de l\u2019importance de cet espace de rassemblement pour développer leurs analyses, réseaux et actions.Il faut désormais profiter de cet élan pour propager l\u2019esprit d\u2019innovation qui caractérise les forums sociaux.Pour cela, il faut aussi aborder quelques défis.Tout d\u2019abord, la question de la baisse de la participation.En effet, 1000 personnes de plus avaient participé au FSQ en août 2007.Si cette baisse peut s\u2019expliquer en partie par le changement de date - le FSQ 2009 avait d\u2019abord été prévu à la fin août-, elle soulève la nécessité de renforcer le lien entre les forums sociaux et les citoyens, si essentiel à la mobilisation.Le processus organisationnel est un autre aspect sur lequel il faudra se pencher.Comment y intégrer un nombre grandissant d\u2019organisations en synergie avec des citoyens engagés?Les forums sociaux agissent comme de véritables incubateurs de changement social en permettant une meilleure articulation des luttes et des initiatives, renforçant les mouvements sociaux et leur rôle en tant que véritables acteurs politiques.Pour transformer le Québec, il faut prendre conscience de notre capacité d\u2019action, concevoir notre diversité comme une force, apprendre les uns des autres et nous faire collectivement confiance.C\u2019est l\u2019enseignement que nous tirons du processus collectif du FSQ, mais c\u2019est un changement culturel profond qui ne peut se faire qu\u2019à long terme.\u2022 La dérive sécuritaire et immobilière des Olympiques L'auteur est membre du Réseau de résistance aux Olympiques à Vancouver Du 12 au 28 février 2010, Vancouver vivra le « rêve olympique ».Mais à quel prix?GUILLAUME MATHIEU X A en croire les dirigeants gouvernementaux, les Jeux olympiques (JO) seraient issus d\u2019une culture humaniste et constitueraient la célébration ultime de l\u2019unité des pays du monde.Mais dans le cas de Vancouver - ville hôte des prochains JO d\u2019hiver - «l\u2019humanisme» originel s\u2019est depuis longtemps évanoui.Le fait est que les Jeux olympiques modernes se caractérisent par une croissance de la répression politique et par un renforcement de la sécurité.Quelque 16 500 militaires, douaniers, policiers municipaux, agents fédéraux et agents secrets (SCRS) seront affectés aux JO de Vancouver.Dans le cas des Jeux d\u2019été - encore plus imposants que ceux d\u2019hiver - à Sydney, 35 000 agents (quatre par athlète), sans compter les 4000 militaires d\u2019unités de commando, ont été mobilisés.Pire, ceux d\u2019Athènes ont nécessité 70 000 policiers et agents de sécurité et militaires.À Vancouver, on prévoit aussi un minimum de 40 kilomètres de clôture et de la surveillance vidéo.La ville sera encerclée d\u2019une zone de sécurité comparable à celle d\u2019un aéroport.La surveillance et l\u2019intimidation des opposants politiques ont d\u2019ailleurs déjà commencé.En effet, de nombreux opposants aux Jeux ont été personnellement visités par une unité de police spécialement conçue pour l\u2019occasion.Le conseil municipal de Vancouver a suivi les recommandations du Comité international olympique (CIO), sug- Q décembre 2009 RELATIONS actuaütes wsmi gérant d\u2019établir un environnement « sans opposition » aux Jeux.Il a adopté une résolution visant à restreindre toute «perturbation» du divertissement olympique ainsi que l\u2019utilisation d\u2019affiches, dépliants, marches, sirènes, etc.Cette résolution est actuellement remise en cause par l\u2019association British Columbia Civil Liberties, qui a intenté une poursuite alléguant que cette disposition serait contraire à la Charte des droits.La Ville tente aussi d\u2019imposer un règlement qui ferait augmenter la peine maximale de 2000$ à 10000$ - incluant 6 mois de prison -pour les offenses liées au dérangement des Jeux et, au fond, à l\u2019exercice de la liberté d\u2019expression.Plusieurs des éléments du dispositif sécuritaire deviendront permanents, comme les caméras installées au centre-ville, les nouvelles unités de police et les règlements municipaux.Les coûts liés à la sécurité - qui augmentent à chaque réunion du conseil de Ville - sont présentement d\u2019un milliard de dollars.À cela s\u2019ajoute la facture démesurée que les habitants de Vancouver devront payer pour des infrastructures d\u2019une utilité douteuse, bâties à la sauvette.Car les Jeux créent une grande demande sur le marché du logement, causant des augmentations de prix sans précédent.Alors que la Ville autorise la construction de condominiums, des SRO (single room occupancy, soit de petites cham- bres d\u2019hôtel économiques pour les personnes seules à faible revenu) et des logements abordables sont détruits pour être remplacés par ces logements de luxe, le tout en pleine crise du logement.La promesse de transformer les villages olympiques en logements sociaux a été officiellement reniée, les dépassements de coûts obligeant la Ville à vendre les unités comme des condominiums.Cela rappelle que les deux principaux défenseurs des JO sont les multinationales - qui commanditent l\u2019événement - et l\u2019industrie immobilière.Diffusés et vus par 70% de la population mondiale, les Jeux constituent un grand coup publicitaire pour les Nike, Shell, McDonald\u2019s, Coca-Cola, Petro-Canada, Dow, Teck Co-minco, TransCanada et des fabricants d\u2019équipements militaires comme General Electric et General Motors.En fait, ces commanditaires et le CIO bernent les dirigeants des villes en prétendant qu\u2019un tel événement est rentable.Dans les faits, dans les trente dernières années, les seuls Jeux qui l\u2019ont été (pour le comité organisateur, pas pour les villes concernées) sont ceux de Cal-gary.Chose certaine, à Vancouver, le coût social des JO dépasse déjà les bénéfices attendus; aux enjeux liés à la dérive sécuritaire et immobilière s\u2019ajoutent ceux liés aux droits des Autochtones, à l\u2019environnement et au trafic des femmes.\u2022 Nouveautés automne 2009 ISBN 978-2-923165-59-2 240 p.- 25 $ Maude Barlow Vers un pacte de l'eau « Il faut arrêter de croire que l'eau est une ressource renouvelable à l'infini.Il faut y penser comme à un bien commun, un patrimoine à préserver ».àhecosociété www.ecosociete.org Collection Théorie B demoH CRATIE DANS QUEL ETAT?G.Agamben, A.Badiou, D.Bensaïd, W.Brown, J.-L Nancy, J.Rancière, K.Ross et S.Zizek Démocratie, dans quel état ?Eve Lamoureux Art et politique Nouvelles formes d'engagement artistique au Québec ART ET POLITIQUE ISBN 978-2-923165-58-5 - 104 p.- 18 $ ISBN 978-2-923165-61-5 - 272 p.- 28 $ RELATIONS décembre 2009 actuaütes L'auteure est responsable du secteur Vivre ensemble au Centre justice et foi Immigration et pauvreté L\u2019accès aux droits économiques et sociaux des personnes migrantes est de plus en plus tributaire de leur statut juridique.LOUISE DIONNE La Fondation Robert-Sauvé organise régulièrement une formation sur les droits et les conditions de vie des personnes en situation de pauvreté.Elle tenait récemment un colloque intitulé Immigration et pauvreté: droits, recours et services aux nouveaux arrivants, qui fut l\u2019occasion de réfléchir à la détérioration de la situation des immigrants au cours des dernières décennies.Au Canada, les politiques des gouvernements fédéral et provincial excluent de plus en plus de personnes migrantes en fonction de leur statut.La Loi sur l\u2019immigration et la protection des réfugiés définit plusieurs statuts juridiques qui vont de résidents permanents à « sans statut », en passant par les détenteurs de visas temporaires (étudiants, touristes, travailleurs), demandeurs d\u2019asile, réfugiés réinstallés, etc.Les nouveaux arrivants ayant le statut de résidents permanents sont des immigrants économiques (investisseurs, travailleurs hautement qualifiés) ou des réfugiés réinstallés.Ils ont accès aux mêmes services que les citoyens: assurance maladie (après un délai de trois mois), éducation, programmes sociaux, etc.- à l\u2019exception du droit de vote.Plusieurs observateurs déplorent la non-reconnaissance de leurs compétences et la discrimination en emploi qui les déqualifient par rapport aux autres travailleurs.Selon l\u2019Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), les revenus des immigrants qui sont entrés sur le marché du travail à la fin des années 1990 sont inférieurs à ceux des immigrants des années 1960 (en valeur courante) et leur salaire est inférieur de 10 % à celui des natifs.Au Canada et au Québec, la situation est d\u2019autant plus complexe que le gouvernement fédéral et la province ont des prérogatives spécifiques.Au cours des dernières années, le Québec - à l\u2019instar des autres provinces - a profité des différents statuts juridiques des nouveaux arrivants pour les exclure de certains programmes sociaux.Ces exclusions ont des conséquences importantes sur leurs conditions de vie.Et ce sont ceux et celles dont le statut est le plus précaire qui sont les plus affectés.Quant aux personnes migrantes à statut précaire, il s\u2019agit des demandeurs d\u2019asile, des travailleurs temporaires, des migrants en situation irrégulière et des sans-statut.L\u2019exercice des droits les plus fondamentaux, les recours légaux que ces personnes peuvent utiliser et les services auxquels elles ont droit s\u2019en trouvent limités.Les demandeurs d\u2019asile qui sont en attente d\u2019une décision ou qui ont été refusés mais attendent un renvoi n\u2019ont qu\u2019un accès partiel à certains services.Pourtant, plusieurs travaillent et paient des impôts.Ainsi, ils ne peuvent recevoir d\u2019allocation-logement, n\u2019ont pas accès à l\u2019éducation post-secondaire et ne peuvent bénéficier des prêts et bourses, ni des garderies subventionnées.Ils peuvent toutefois avoir recours à un barème spécial de la sécurité du revenu.En matière de santé, le Programme fédéral de santé intérimaire leur donne une couverture minimale.La situation des travailleurs et travailleuses temporaires n\u2019est guère plus enviable et leur nombre est en croissance.En 2008, il y avait plus de travailleurs temporaires que de résidents permanents au Canada.Par exemple, le Programme des aide-familiales résidentes (domestiques) et celui des travailleurs agricoles saisonniers sont conçus pour favoriser les employeurs.Ces travailleurs et travailleuses ont des contraintes qui constituent des atteintes à leurs droits fondamentaux.La Commission des droits de la personne a d\u2019ailleurs émis des avis en ce sens.L\u2019obligation de demeurer chez l\u2019employeur, le permis de travail nominatif (avec le nom de l\u2019employeur), l\u2019isolement et la mise en disponibilité (être disponible au travail) sont autant d\u2019éléments propices à l\u2019exploitation et aux abus de toutes sortes.Tout cela dans un contexte où il y a peu de moyens d\u2019utiliser les recours existants face aux abus.Ces travailleurs et travailleuses ne bénéficient pas des mêmes protections sociales que les autres salariés.Ils n\u2019ont pas accès au système d\u2019éducation, ni aux services d\u2019accueil et d\u2019intégration offerts aux nouveaux arrivants.La protection des travailleurs agricoles n\u2019est encadrée que par un contrat spécifique.Ils sont couverts par la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST), mais pas par l\u2019assurance maladie.Les aides familiales, quant à elles, ont accès à l\u2019assurance maladie, mais pas à la CSST.Enfin, les «clandestins» ou les sans-papiers ne bénéficient d\u2019aucun service et leur situation est souvent jugée impossible à régulariser.Ce qui les rend si vulnérables.Espérons que le ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, saura tenir compte de ces nombreux obstacles spécifiques aux nouveaux arrivants lors de la rédaction de son nouveau plan de lutte contre la pauvreté.\u2022 HJ décembre 2009 RELATIONS HoRiZoNs Le projet de BERNARD HUDON, S.j.En juin dernier, Claude Béchard, alors ministre des Ressources naturelles et de la Faune, a déposé un projet de loi sur les forêts, le qualifiant de véritable réforme du régime forestier.La Conférence religieuse canadienne (CRC), dont je suis membre, n\u2019est pas de cet avis.S\u2019il comporte certaines avancées sur le plan social, ce projet de loi maintient le statu quo et constitue peut-être même une régression sur le plan environnemental.En tout cas, il semble évident que le ministre a fait volte-face au sujet de la gestion écosystémique des forêts proposée dans le rapport Coulombe.Celle-ci vise à gérer les forêts en tant qu\u2019écosystèmes riches en diversité plutôt que de n\u2019y voir que du bois debout.Présente dans le Livre vert et même dans le document d\u2019accompagnement du projet de loi, l\u2019approche écosystémique ne se retrouve qu\u2019à l\u2019article premier du projet de loi comme un objectif non défini parmi d\u2019autres, alors qu\u2019elle devrait être la pierre angulaire d\u2019une véritable réforme.Lorsque le comité Justice, paix et intégrité de la création ( JPIC) de la CRC s\u2019est présenté en commission parlementaire, le 1er septembre dernier, un député nous a posé cette question: «Qu\u2019est-ce que vient faire un organisme religieux dans ce dossier?» Après avoir improvisé sur l\u2019esprit de l\u2019encyclique sociale Rerum Novarum et de Vatican II, j\u2019ai insisté sur les motivations de justice sociale et de respect de la création ou de la nature qui expliquent notre engagement dans le dossier forestier depuis 1998.Cette question n\u2019était donc pas nouvelle pour nous.J\u2019ai senti que cette réponse loi sur la forêt a été bien reçue, confirmant l\u2019importance de la présence de la voue de l\u2019Église dans ce genre de forum trop souvent délaissé par notre institution.Le projet de loi prévoit une sylviculture intensive dans le sud du Québec.Cette reconstruction du patrimoine forestier est nécessaire à la suite de sa dilapidation historique par les compagnies forestières avec la complicité des divers gouvernements provinciaux qui se sont succédés.Or, ce chantier mériterait d\u2019être mieux défini : voulons-nous utiliser, par exemple, des cultivars à croissance rapide ou des engrais?Depuis quand un libre-marché reflète-t-il les coûts réels?Cela relève d\u2019une tâche politique.Dans le cas de nos forêts, un prix juste implique une hausse des droits de coupe actuels, payés à l\u2019État.Au plan social, le gouvernement propose d\u2019abolir les contrats d\u2019approvisionnement et d\u2019aménagement forestier (CAAF), qui lient les usines québécoises aux forêts publiques.Ces contrats garantissaient à l\u2019industrie forestière de satisfaire 100 % de ses besoins en bois, selon un prix déterminé par le gouvernement.À la place, le gouvernement ne leur garantirait que 80 %, selon la même formule.Quant aux 20% restants, l\u2019industrie forestière devrait se les procurer par le biais d\u2019un système de mise aux enchères, lequel déterminerait le prix du bois de la forêt publique, au lieu du gouvernement.L\u2019objectif est d\u2019initier un libre-marché des bois.En 1991, le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE) avait déjà réclamé un tel marché, considérant que le prix du bois québécois était artificiel puisqu\u2019il n\u2019incluait pas, entre autres, les frais de l\u2019aménagement forestier.Mais depuis quand un libre-marché reflète-t-il les coûts réels?Cela relève d\u2019une tâche politique.Ce qui est sûr, c\u2019est qu\u2019un prix juste implique une hausse des droits de coupe actuels, payés à l\u2019État - ce qu\u2019appuie le JPIC.Les compagnies forestières, quant à elles, plaident plutôt en faveur d\u2019une baisse des droits de coupe et ce, malgré que le gouvernement ait accepté de rembourser les frais de construction des chemins forestiers.Il ne faut pas oublier que les coûts onéreux qu\u2019occasionne le transport du bois à pâte est la conséquence d\u2019une vision à court terme de ces entreprises forestières qui ne se sont pas préoccupées de la régénération.Cela n\u2019a pas été le cas dans les pays Scandinaves, qui sont maintenant très concurrentiels malgré un prix du bois trois fois supérieur au nôtre.Le projet de loi prévoit également de retirer la responsabilité de l\u2019aménagement aux industries forestières.La responsabilité de voir à ce que la forêt repousse convenablement après les coupes incomberait dorénavant à des organismes régionaux tels que les coopératives forestières et les sociétés d\u2019aménagement, qui font d\u2019ailleurs déjà ce travail pour les entreprises forestières en sous-traitance.Il va sans dire que ces organismes sont fort intéressés par cet aspect du projet de loi qui devrait améliorer leurs conditions de travail.Récemment, la ministre Nathalie Normandeau, qui a succédé à Claude Béchard au ministère des Ressources naturelles et de la Faune, a annoncé qu\u2019il y aurait des modifications au projet de loi, notamment concernant l\u2019approche écosystémique.Un dossier à suivre.\u2022 L\u2019auteur, jésuite, est membre du comité Justice, paix et intégrité de la création de la Conférence religieuse canadienne RELATIONS décembre 2009 Q dOSSieR Lumière sur l\u2019Arctique AMÉLIE DESCHENEAU-GUAY En plein sommet du G20, cet automne, le Groupe d'experts intergouvememental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) présentait un rapport annonçant que certains phénomènes liés au changement climatique ont atteint le seuil de l\u2019irréversibilité.Le « pire qui est en train de se produire », selon les termes du document, se déroule loin des regards affairés, aux confins polaires d\u2019un monde davantage préoccupé par le sauvetage du capitalisme que par les conséquences délétères de celui-ci sur la nature, donc sur l\u2019être humain.Bien que les effets du réchauffement climatique soient désormais de plus en plus visibles en Arctique, certains rêvent d\u2019y implanter le mode de vie qui menace la pérennité de l\u2019écosystème global.Nous n\u2019en sommes pas à une contradiction près.Certes, les grands enjeux actuels de l\u2019Arctique touchent directement les populations qui y vivent.Les litiges juridiques, comme la négociation de droits de passage - qui s\u2019ouvrent en concomitance avec la fonte accélérée de la banquise -, ont des impacts majeurs sur les activités de pêche des populations locales.Les débats géostratégiques ont aussi leur importance puisque certains pays, dont le Canada, revendiquent leur souveraineté sur l\u2019Arctique, d\u2019où l\u2019idée de « sécuriser» la région.Mais en amont de ces questions importantes se retrouve notre rapport particulier au monde - humain et naturel.Oui, nous sommes perdus comme nul ne le fut, Oui, nous sommes perdus mais encore vivants Richard Desjardins, Nataq Notre rapport à la nature - incluant celui à nos semblables - n\u2019est pas un «enjeu», encore moins un «problème » à résoudre.Il détermine la suite des choses, la suite du monde.Car, comme le souligne André Beauchamp, l\u2019environnement est «source de vie, milieu de vie, il est socle de toute notre existence» (L\u2019eau et la terre me parlent d\u2019ailleurs, Novalis, 2009, p.10).Ainsi, avant de jeter un éclairage sur les enjeux qui animent l\u2019Arctique - ce à quoi se consacre ce dossier -, ne faut-il pas prendre le temps de revisiter le « pourquoi » des choses pour envisager ensuite le «comment»?À cet égard, l\u2019article de Lrédéric Lasserre pose une question cruciale concernant l\u2019Arctique : « plus fondamentalement, pourquoi [y] exploiter des hydrocarbures dont l\u2019emploi est à l\u2019origine des changements climatiques?».L\u2019auteur met précisément le doigt sur le caractère irrationnel du modèle de développement productivité qui risque de s\u2019imposer jusqu\u2019aux latitudes extrêmes sans que l\u2019on se questionne sur ses finalités.Cette volonté de conquête du Far North symbolise d\u2019ailleurs le caractère illimité de ce modèle autodestructeur, dont le «progrès» et la «croissance » sont les manifestations idéologiques.Le modèle de développement productivité est un système d'organisation des sociétés dans lequel la productivité et le profit sont donnés comme objectifs premiers, et ce, même si ceux-ci sont intrinsèquement incompatibles avec les écosystèmes terrestres dont les ressources sont limitées.Ces objectifs visent des résultats immédiats et évacuent toutes finalités - lesquelles devraient être définies collectivement par les peuples qui façonnent leur destin de manière autonome (auto-nomos: se donner ses propres règles).Ce modèle est donc « définalisé » ou, autrement dit, consiste en un moyen sans fin (la production en vue de la production).Dans cette perspective, le Nord est appréhendé comme un réservoir de ressources potentielles à exploiter, sorte de ressort à la logique productiviste.Et cela, sans égard à la fragilité de l\u2019écosystème et à l\u2019occupation millénaire du territoire.HQ décembre 2009 RELATIONS w .w W \\ &0 'ctices e£ cœjir MEDIASPAUL DIFFUSION LA PERTE ET LE LIEN Entretiens sur le cinéma, la culture et la société Simon Galiero rencontre Bernard Émond Médiaspaul 176 p.\u2022 19,95 $ Le parcours intellectuel de Bernard Émond, ses influences cinématographiques, sa récente trilogie et ses réflexions sur la société québécoise.EGALITE HOMMES ET FEMMES DANS LE CORAN L\u2019interprétation audacieuse de Mahmoud Mohamed Taha Jean-René Milot Médiaspaul 224 p.\u2022 24,95 $ Comment les dispositions du Coran peuvent-elles être compatibles avec l\u2019égalité entre hommes et femmes ?Égalité Hommes et Femmes dans le Coran La perte et le lien Entretiens sur le cinéma la culture et la société Simon Galiero rencontre BERN ARD ÉMOND L\u2019UTOPIE OU LA VIE EN SOCIÉTÉ Pierre Allard \u2022 Médiaspaul 136 p.\u2022 16,95$ L\u2019Utopie de Thomas More, un ouvrage qui, selon l\u2019auteur, demeure d\u2019une étonnante actualité.LA BIOETHIQUE Repères d\u2019humanité Bertrand Blanchet \u2022 Médiaspaul 224 p.\u2022 22,95 $ Un auteur évêque et biologiste.Les grands enjeux de la bioéthique.Des repères au carrefour de la science, de la foi et d\u2019une profonde humanité.www.mediaspaul.qc.ca L interprétation audacieuse de Mahmoud Mohamed Taha Pierre Allard L\u2019UTOPIE BERTRAND BLANCHET ou la vie LA BIOETHIQUE repères d\u2019humanité en société SUES MARITAIN Pie XII et les juifs Philippe BARBARIN Luc FERRY LA PHILOSOPHIE MORALE Salvator Salvator QUEL DEVENIR POUR LE CHRISTIANISME ?Philippe Barbarin & Luc Ferry \u2022 Salvator 124 p.« 22,95$ Un cardinal et un philosophe débattent de la laïcité, de la place de la spiritualité dans la société contemporaine et de l'avenir du christianisme.PIE XII ET LES JUIFS Le mythe du pape d'Hitler David Dalin \u2022 Tempora 240 p.\u2022 37,95 $ L\u2019auteur nous fait pénétrer dans les coulisses diplomatiques de l'Histoire afin de démonter le mythe voulant que Pie XII ait été le « Pape d'Hitler ».LA PHILOSOPHIE MORALE Jacques Maritain Salvator 544 p.\u2022 72 $ Une œuvre majeure de Jacques Maritain, consacrée à l\u2019étude des grandes doctrines qui ont marqué le développement de la philosophie morale.JERUSALEM LE RAPPORT OCCULTÉ En collaboration Salvator 128 p.«21,95$ Des rapports qui défendent l'existence et la sécurité d'Israël, mais qui rappellent aussi au gouvernement israélien ses devoirs. 11 DEPUIS JANVIER 2009, LA REVUE RELATIONS EST IMPRIMÉE SUR DU PAPIER RECYCLÉ CONTENANT 100 % DE FIBRES POSTCONSOMMATION .J "]
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