Relations, 1 avril 2010, Avril - Mai
[" Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 - CONVENTION : 40012169 ReLatiONS Pour qui veut une société juste NumeRO 740 mai 2010 La souveraineté et ses angles Québec solidaire: pour une souveraineté populaire Parti québécois : plaidoyer pour un gouvernement souverainiste Reconquérir notre territoire Sous l\u2019emprise du libre-échange Sortir de l\u2019âge de l\u2019identité Combat politique contre la globalisation Y* morts Carnet de Bernard Émond Pierre Vadeboncoeur: le sens de ce qui importe ARTISTE INVITÉ: ARMAND VAILLANCOURT 06538523234705 ReLatiONS NuméRO 740, avRiL-mai 2010 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS jean-Yves Calvez, un penseur engagé 9 Henri Madelin, s.j.LE CARNET DE BERNARD ÉMOND Pierre Vadeboncoeur: le sens de ce qui\timporte\tio EN BREF\t27 LA FORME DU JOUR CHRONIQUE LITTÉRAIRE Six\t28 Élise Turcotte AILLEURS Les tribulations du pays le plus pauvre d\u2019Europe\t30 Fodé-Moussa Keita REGARD Les lacunes de Caritas in veritate Table ronde\t32 CONTROVERSE L\u2019État doit-il cesser de financer l\u2019école privée?Jean-Pierre Proulx\t36 Dominique Daigneault\t37 MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture: Armand Vaillancourt, El Clamor, 1985, marbre, béton, acier, sculpture environnementale (détail), Saint-Domingue, République dominicaine dOSSieR LA SOUVERAINETÉ ET SES ANGLES MORTS À l\u2019ère du libre-échange et des paradis fiscaux qui affaiblissent structurellement les États au profit des investisseurs privés, une réflexion sur la souveraineté s\u2019impose.Comment se réapproprier un projet souverainiste fondé sur des alternatives à la concurrence interétatique généralisée?Des gestes de souveraineté sont-ils possibles - dès maintenant - en faveur de la souveraineté alimentaire et d\u2019une utilisation juste et responsable de nos ressources naturelles?Comment sortir des débats identitaires qui font l\u2019impasse sur des enjeux sociétaux majeurs?La lutte contre la globalisation capitaliste ne doit-elle pas s\u2019arrimer à celle pour un Québec souverain?La souveraineté et ses angles morts\tn Amélie Descheneau-Guay Québec solidaire: pour une souveraineté populaire\t13 Gilles Bourque Relations et la question nationale\t14 Marco Veilleux Parti québécois: plaidoyer pour un gouvernement souverainiste\t15 Daniel Turp Reconquérir notre territoire\t17 Roméo Bouchard La souveraineté alimentaire\t18 Hélène Gobeil Sous l\u2019emprise du libre-échange\t20 Dorval Brunelle Sortir de l\u2019âge de l\u2019identité\t22 Gilles Gagné Combat politique contre la globalisation\t25 Jean-Claude Ravet ARTISTE INVITÉ Sculpteur, peintre, performeur, humaniste, homme de passion et de liberté, Armand Vaillancourt est une figure marquante du Québec.Il se distingue par son originalité dès sa première création publique, Arbre de la rue Durocher (1954), à Montréal.L\u2019artiste fait éclater les normes de la sculpture et des arts de son époque.On lui doit une cinquantaine d\u2019œuvres monumentales et audacieuses dont le Monument contre la guerre (1959) à Chicoutimi, El Clamor (1985) à Santo Domingo, la célèbre Vaillancourt Fountain (1971) à San Francisco et River of life (1999) à Yellowknife.Nommé chevalier de l\u2019Ordre national du Québec en 2004, il a aussi reçu le prix Paul-Émile-Borduas, en 1993.foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis près de 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, économiques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Amélie Descheneau-Guay PROMOTION/PUBLICITÉ Roxanne Bélair DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Lino, Chloé Surprenant RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Gilles Bourque, Louise Dionne, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Marc-André Gagnon, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Guy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Bernard Émond, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau, Carolyn Sharp, Élise Turcotte IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / HDS Canada Relations est membre de la SODEP Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans Y Index de périodiqu es canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.ISSN 0034-3781 ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 55 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien: 100$ (un an) TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.Canada Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca avril-mai 2010 RELATIONS Le Canada, ami inconditionnel d\u2019un État colonial Armand Vaillancourt, Perséides, 2003, sérigraphie, 50,5 x 56 cm On pourrait presque en rire si cela n\u2019avait de conséquences dramatiques sur les conditions de vie de millions de Palestiniens et la survie d\u2019organismes de défense des droits.Je parle de la complaisance du gouvernement Harper envers le lobby pro-israélien qui, plus que jamais, frise la promiscuité.C\u2019en est caricatural.Désormais, toute organisation critiquant les politiques du gouvernement d\u2019Israël dans le conflit israélo-palestinien risque d\u2019être considérée antisémite et de voir ses subventions coupées.C\u2019est le cas, entre autres, de Kairos et Alternatives.Les coupures atteignent aussi les organismes humanitaires s\u2019occupant de Palestiniens comme l\u2019Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA).Nous avons vu le gouvernement s\u2019immiscer dans l\u2019organisme Droits et démocratie afin d\u2019en modifier les orientations au bénéfice du lobby pro-israélien.Rap -pelons aussi la tentative du Parti conservateur, en mars dernier, de faire adopter par le Parlement une motion condamnant comme antisémite la Semaine contre l\u2019apartheid israélien (4 au 11 mars dernier) ainsi que toute assimilation de l\u2019État d\u2019Israël à une forme d\u2019apartheid.Certes, on peut discuter de l\u2019utili -sation du terme «apartheid» pour dé -crire la politique d\u2019Israël envers la population palestinienne, mais associer cela à de l\u2019antisémitisme relève d\u2019une stratégie pernicieuse qui vise à museler toute critique envers l\u2019État d\u2019Israël.Même des juifs peuvent en faire les frais.Pensons au philosophe français Edgar Morin, accusé et condamné -mais blanchi en dernière instance par la Cour de cassation - pour des propos tenus dans un article intitulé «Israël-Palestine : un cancer» dont il était cosignataire, paru en 2002 dans Le Monde.Il y évoquait le scandale qu\u2019un gouvernement revendiquant la mémoire de la Shoah en arrive à opprimer un peuple et comment cette mémoire « devient la légitimation d\u2019un colonialisme, d\u2019un apartheid et d\u2019une ghettoïsation pour les Palestiniens».Si c\u2019est à ses politiques que l\u2019on juge un gouvernement, c\u2019est à ses politiques coloniales qu\u2019il faut juger l\u2019État d\u2019Israël.Et sur bien des aspects, celles-ci s\u2019apparentent en effet à une véritable ghettoïsation de la population palestinienne.Sur cette question, je ne peux que me référer au dossier percutant et troublant d\u2019actualité que Relations a publié il y a un an (n°732, mai 2009): «Palestine: assez d\u2019injustice!» J\u2019écrivais alors en ouverture du dossier: «Être dépouillé de sa terre et de ses moyens d\u2019existence.Voir son territoire quadrillé par les forces d\u2019occupation étrangère.[.] Être toléré dans sa propre maison, jusqu\u2019au jour où l\u2019on en est chassé sans raison.Assister au rasage de ses champs d\u2019oliviers.C\u2019est là l\u2019expérience quotidienne de la population palestinienne.L\u2019humiliation est une blessure ouverte d\u2019où suinte la révolte.Ceux qui se posent en maîtres ont beau imposer le silence des armes, élever des murs contre le droit et la dignité - croyant par là tracer une frontière opaque et étanche qui les mettrait à l\u2019abri des visages défigurés par la souffrance et la rage - ils n\u2019arrivent en fait qu\u2019à une chose.Croyant poser les bases d\u2019une sécurité future, ils sèment les germes d\u2019une violence du désespoir et de la haine.Ni les portes closes, ni les grillages, ni les gardes armés, ni les postes de contrôle, ni les fouilles, ni les représailles ne peuvent les en protéger.Israël est un État colonial [.] cela ne peut pas durer.» Et pourtant, cela dure.Contre les résolutions des Nations unies et en contravention du droit international, Israël s\u2019obstine à agir en État colonial.Il maintient ses politi -ques d\u2019occupation, érige le «mur de la honte», implante des colonies juives en territoires occupés - pensons à l\u2019annonce de la construction de 1600 logements à Jérusalem-Est, en pleine visite du vice-président des États-Unis -, et ce, en toute impunité.Cela est possible grâce à l\u2019appui tacite des gouvernements occidentaux.Et comme le rappelait le journaliste britannique Robert Fisk, dans ce même numéro de Rela -tions, les médias portent une lourde responsabilité dans cet état de chose, par leur manque de courage à dénoncer l\u2019horizon colonial du conflit israélo-palestinien.La volonté du gouvernement canadien de se déclarer ouvertement « ami inconditionnel de l\u2019État d\u2019Israël» a ceci d'inquiétant qu\u2019elle implique une offensive antidémocratique contre les organisations de solidarité et de sensibilisation de l\u2019opinion publique en faveur de la question palestinienne.Mais elle a ceci de bon qu\u2019elle montre la nécessité d\u2019une mobilisation citoyenne pour la résolution du conflit.On ne peut l\u2019attendre simplement des gouvernements.C\u2019est pourquoi la campagne internationale de « Boycott, désinvestissement et sanction» - que cela soit au nom de l\u2019apartheid ou du colonialisme israélien - est une voie prometteuse pour que cesse l\u2019intolérable.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS avril-mai 2010 actuaLites actuaLites L\u2019auteur, sociologue, est coordonnateur de l\u2019Institut de coopération interuniversitaire avec Haïti Haïti éprouvé se reconstruit Un embryon de mouvement citoyen d\u2019auto-reconstruction se développe parmi la population éprouvée d'Haïti, à la suite du séisme du 12 janvier 2010.FRANKLIN MIDY Les secousses sismiques ont été dévastatrices et meurtrières.Mais, ce qui a fait le plus de mal aux survivants traumatisés, c\u2019est de n\u2019avoir pas reçu une assistance publique sur-le-champ et de constater l\u2019insoutenable absence de l\u2019État.Six jours après le séisme, le Washington Post pouvait écrire: «le gouvernement dirigé par un président irrésolu est totalement dépassé et invisible».Laissés à eux-mêmes dans l\u2019adversité, les citoyennes et citoyens résidents ont été les secouristes de proximité.Ils sont accourus sur place aux premiers SOS venus des décombres et des rues encombrées de morts.Mains nues, ils ont sauvé des rescapés et im -provisé les premiers camps de sans-abri.Rapidement, des cellules de réflexion et d\u2019action ont été formées çà et là pour leur venir en aide et penser la reconstruction.Cette aide locale est restée invisible dans les médias mobilisés autour de l\u2019arrivée voyante de l\u2019aide internationale.Les médias sont spontanément nationalistes quand il s\u2019agit de montrer l\u2019aide de leur pays aux victimes de désastres et de mettre en scène le secourisme humanitaire.Le mouvement citoyen d\u2019autoreconstruction est observable en plus d\u2019un lieu et sous plus d\u2019une forme.Mentionnons la Cellule de réflexion et d\u2019action nationale (CRAN), organisée par les jésuites, qui réunit chaque di -manche, à Port-au-Prince, des individus et des associations dans un espace inclusif non partisan pour réfléchir sur les enjeux de la reconstruction.Elle formule des propositions concernant les orientations essentielles de la reconstruction, qui seront adressées à la société civile, aux autorités nationales et à la communauté internationale.La CRAN part du principe que la reconstruction doit être l\u2019œuvre et la responsabilité du peuple haïtien et de ses re- et SOCIETES w m LA REVUE FRANCOPHONE D\u2019ANTHROPOLOGIE EN AMÉRIQUE www.ant.ulaval.ca7anthropologieetsocietes ?U Passions rouTiQyis Mise en public ê A * \\ '^ÊÊF' W Des thèmes et auteurs différents à chaque numéro! Abonnement 1 an* Étudiants 35 $ Régulier 60 $ Institutions 110 $ .\t*Prix pour le Canada Visitez notre site web et abonnez-vous en ligne! k présentants légitimes.Par sa façon de fonctionner en agora, dans un espace de discussion entre porte-parole de différents secteurs de la société, elle travaille à la construction de la nouvelle société rêvée et à l\u2019expérimentation de la démocratie souhaitée.Concernant la gouvernance de l\u2019aide, le Mouvman moun pou Ayiti bèl (MAB) propose, compte tenu des soupçons de corruption qui pèsent sur l\u2019administration haïtienne, la création d\u2019une institution autonome pour la re -construction nationale.À Jacmel, la Coordination régionale des organisations du Sud-Est (CROSE) participe au service d\u2019assistance aux sinistrés: installation de tentes, construction de camps de sans-abri, fourniture d\u2019aide, etc.Elle publie également un bulletin d\u2019information sur le sens et la stratégie de son action afin de renforcer le tissu social et d\u2019impliquer la population comme «acteur stratégique du processus de reconstruction du pays ».CROSE a créé en ce sens des groupements solidaires pour la résolution des problèmes.Elle s\u2019inquiète de voir le pays s\u2019enliser dans l\u2019aide d\u2019urgence, au lieu de s\u2019atteler à «l\u2019essentiel de l\u2019urgence», qui est de reconstruire le pays «dans sa dimension physique certes, mais aussi et surtout dans sa dimension morale, sociale et spirituelle».Moins visibles sont les effets indirects du séisme qui affectent, au-delà du corridor de l\u2019hécatombe, tout le pays, notamment les villes et localités choisies comme zones de refuge dans l\u2019exode urbain.Dans un contexte d\u2019inexistence d\u2019État social, les maires des régions d\u2019immigration interne et les organisations paysannes qui accueillent les réfugiés de l\u2019environnement en ont plein les bras.Et ils en ont marre d\u2019être laissés seuls, sans moyens d\u2019assister convenablement les déplacés forcés qui arrivent en grand nombre.L\u2019Association des maires de la Grand\u2019 Anse a décidé par « arrêté », le 15 février dernier, de constituer un pouvoir municipal autonome pour la gestion des problèmes de l\u2019après-séisme et le développement régional du département.L\u2019exode urbain vers le monde rural affecte aussi les réserves de semences destinées aux prochaines semailles.Pour nourrir aujourd\u2019hui les réfugiés, les familles paysannes hôtes sont obligées de puiser dans leurs réserves pour la culture de demain, au risque de se retrouver sans rien quand sera venu le temps de semer et de planter.C\u2019est pourquoi le monde rural organisé lance un SOS à la communauté internationale: aidez-nous à nourrir et servir les réfugiés urbains, pour nous éviter d\u2019épuiser nos réserves de semences et nous permettre d\u2019être prêts à semer à la prochaine saison des pluies.Sinon, c\u2019est tout le pays qui sera rapidement transformé en un vaste camp de réfugiés infantilisés, nourris «humanitairement» par une communauté internationale «boy-scout».\u2022 À Port-au-Prince, des Haïtiens construisent de nouvelles maisons sur celles dévastées par le tremblement de terre (AP Photo/Rodrigo Abd) Daniel Bensaïd (1946-2010) Au service d\u2019une compréhension politique et engagée du monde, l\u2019œuvre de Daniel Bensaïd dialogue autant avec les intellectuels contemporains qu\u2019avec des personnages historiques aussi divers que Jeanne d\u2019Arc, Spinoza, Marx, Péguy et Walter Benjamin.DIANE LAMOUREUX Le philosophe et militant de gauche est mort le 12 janvier 2010.Il était venu pour la première fois au Québec en octobre 2003, à l\u2019invitation du Centre justice et foi, pour donner une conférence sur les défis de la gauche.Il était revenu, en mai 2008, pour le lancement d\u2019un de ses ouvrages, Les dépossédés, paru aux éditions Lux.Militant révolutionnaire et théoricien de l\u2019émancipation, il a été une figure importante du trotskisme français et international.Il a participé à la fondation des Jeunesses communistes révolutionnaires, en 1966, à celle de la Ligue révolutionnaire communiste (LRC), en 1969 et, L\u2019auteure est professeure au Département de science politique de l'Université Laval | avril-mai 2010 RELATIONS RELATIONS avril-mai 2010 actuaLites Daniel Bensaïd.© Photothèque Rouge/ jean-Marc Bourquin plus récemment, à la formation du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), en janvier 2009.Il a également été membre du Mouvement du 22 mars en 1968.Internationaliste infatigable, il a aussi contribué à la renaissance du trotskisme en Amérique latine.Malgré ses engagements militants et ses fidélités organisationnelles, Daniel Bensaïd n\u2019était pas un homme de parti au sens étroit du terme.Il restait attentif aux mutations des mouvements de contestation sociale et n\u2019hésitait pas à s\u2019engager dans les débats intellectuels.Durant les dernières années de sa vie, une de ses grandes préoccupations semble avoir été le passage du relais entre la génération qui a vécu 1968 (la sienne) et la nouvelle vague de radicalisation politique liée à l\u2019émergence du mouvement alter- mondialiste.Il avait déjà tenté une telle expérience au lendemain de Mai 68.Alors que plusieurs groupes révolutionnaires étaient interdits, il avait profité de son passage temporaire en clandestinité pour rédiger, avec Henri Weber, Mai 1968: une répétition générale?L\u2019ouvrage reprenait l\u2019idée, déjà évoquée par Trotsky dans son Histoire de la révolution russe, selon laquelle les mouvements de 1905-1906 en Russie avaient constitué en quelque sorte une répétition générale de la révolution d\u2019octobre 1917.Mais ses espoirs de voir la révolution advenir rapidement en France ont été déçus avec l\u2019élection de Mitterand en 1981 et la vague (néo)libérale qui déferle sur le monde occidental depuis les années 1980.Revigoré par le nouveau souffle instillé aux luttes sociales par le mouvement zapatiste du Chiapas, qui fait une entrée médiatique remarquée en 1994, le jour de l\u2019entrée en vigueur de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain, il enchaîne ensuite les publications pour restaurer l\u2019esprit révolutionnaire du marxisme, qui s\u2019était largement ossifié dans le «marxisme occidental», et pour mettre en lumière la dimension éminemment politique.Il en a résulté Marx l\u2019intempestif en 1995, mais FÉMINISME ET \"DÉVELOPPEMENT DURABLE\" UNE ALLIANCE POSSIBLE?QUÉBEC, 30 MAI AU 5 JUIN 2010 Pour sa huitième édition L'UNIVERSITÉ FÉMINISTE D'ÉTÉ vous convie à une semaine intensive d\u2019échanges et de débats.\u2022Aucun préalable \u2022Reconnaissance officielle sous forme d'unités d'éducation continue ou de crédits de 1er ou 2e cycle PROGRAMME, TARIFS, FORMULAIRES ET MODALITÉS www.fss.ulaval.ca/universitefeministedete RENSEIGNEMENTS SUPPLÉMENTAIRES DESS en études féministes Téléphone : 418 656-2131 poste 8930 université-feministe-ete@fss.ulaval.ca LE DESS EN ÉTUDES FÉMINISTES Formation spécialisée de 2e cycle Interdisciplinarité, 30 crédits Temps plein ou partiel Admission: automne, hiver, été 418 656-2131 poste 8930 WWW.ULAVAL.CA/SG/PR/C2/530A.HTML UNIVERSITÉ LAVAL Faculté des sciences sociales Université féministe d\u2019été Q avril-mai 2010 RELATIONS actuaütes aussi Résistance : essai de taupologie générale en 2001, Un monde à changer en 2003, les Fragments mécréants en 2005 et Y Éloge de la politique profane en 2007.Soucieux de nouer le dialogue avec la nouvelle génération militante, il fonde et anime la revue Contretemps (2001) et les éditions Textuel.Il est également l\u2019auteur, avec Olivier Besancenot, d\u2019un ouvrage qui explicite le projet politique du Nouveau parti anticapitaliste.Le trotskysme, paru en 2002, s\u2019inscrit quant à lui dans cette volonté de repositionner ce courant dans un paysage politique plus marqué par l\u2019esprit libertaire.Aussi à l\u2019aise dans les arcanes organisationnels de la LCR et du NPA que dans les débats intellectuels, il cherche aussi à nouer le dialogue avec ses contemporains: Rancière, Negri, Badiou, Holloway et Zizek.Avec la nouvelle génération militante, il adopte une position plus ouverte, mettant de l\u2019avant un projet plus autogestionnaire tout en réaffirmant le côté résolument internationaliste du trotskysme et sa place dans la composante anticapitaliste du mouvement altermondialiste.C\u2019est ce qui expliquera également son implication dans le processus du Forum social mondial.C\u2019est largement à ce projet que se consacre la revue Contretemps.Même si je suis loin de partager toutes ses convictions intellectuelles et militantes, il n\u2019en reste pas moins que la disparition de Bensaïd est une perte importante pour les mouvements et les intellectuels critiques.Polémiste intransigeant, il savait faire la distinction entre les idées et les personnes et savait manier le débat politique avec rigueur, culture et respect.Ce sont malheureusement des qualités rares et il nous manquera.Certes, les écrits restent, mais il leur manque la chaleur humaine.\u2022 Donnons la chance au cours Le Centre justice et foi a renouvelé son appui au cours d\u2019Éthique et de culture religieuse (ECR) dans un texte publié dans Le Devoir du 3 février1.JACQUES RACINE Le Centre justice et foi (CJF) rappelle comment ce cours, dont les finalités sont la reconnaissance de l\u2019autre et la recherche du bien commun, s\u2019inscrit dans la poursuite d\u2019un vivre-ensemble au sein d\u2019«une société où plus personne ne peut se soustraire à la pluralité des visions du monde et des valeurs».Il fait ainsi écho à ses prises de position sur la place de la religion à l\u2019école exprimées dans un mémoire présenté à la Commission de l\u2019éducation en 1999 ().Développer une juste compréhension des phénomènes religieux, favoriser l\u2019interrogation éthique sur l\u2019être humain et ses conditions de vie dans la société, expérimenter le dialogue en dépassant la dichotomie entre croyants et non-croyants, voilà autant de défis à relever dans la formation de citoyens.Le programme ECR constitue un outil essentiel et exigeant à cette fin.Le CJF conteste la stratégie des détracteurs de ce programme qui reporte sur celui-ci les grands débats politiques et religieux sur l\u2019identité nationale, la laïcité, les accommodements raisonnables, le rapport de la société québécoise à l\u2019Église, la réforme de l\u2019éducation.Certains souhaitent que le programme ECR apporte des solutions immédiates et indiscutables à des 1..questions sur lesquelles la société québécoise demeure déchirée et doit accepter des compromis.On feint d\u2019ignorer la réflexion des dix années qui ont suivi le rapport Proulx, l\u2019importance de la commission parlementaire tenue en 1999, les travaux du Comité sur les affaires religieuses, les consultations sur le programme ou encore les expériences antérieures d\u2019enseignement de la culture religieuse dans certaines écoles du secondaire.À peine un an et demi après l\u2019implantation du cours, on réclame un moratoire, son abandon ou son remplacement.On relance des propositions qui ont été étudiées et n\u2019ont pas été retenues.Dans son texte, le CJF évoque trois de ces solutions de rechange et souligne la principale faiblesse de chacune: revenir à l\u2019ancienne formule de l\u2019enseignement confessionnel malgré son échec pédagogique auprès des générations précédentes; abolir le cours en optant ainsi « pour une laïcité scolaire d\u2019incompétence» qui laisse les élèves dans l\u2019ignorance du fait religieux; offrir, au choix, un enseignement de chacune des religions, ce qui constitue une option de type «multiculturel» ou «communautarien» qui favoriserait les identités fermées.On pourrait évoquer une quatrième option, soit l\u2019enseignement du fait religieux dans les autres matières telles l\u2019histoire ou la géographie, sans programme ou cours spécifique.Cette solution existe déjà partiellement en histoire, mais elle est réductrice.Elle ne permet pas de considérer la croyan- L\u2019auteur est professeur associé à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l\u2019Université Laval RELATIONS avril-mai 2010 actuaütes ceNtRe Justice et foi ^ cœur deS ^ de société ce religieuse et l\u2019incroyance comme lieux de construction des visions du monde et de réflexion sur le sens de la vie.Bien sûr, le programme ECR n\u2019est pas parfait, dit le CJF.Il appelle des correctifs, des ajustements et des enrichissements.Les divers acteurs du milieu éducatif devront d\u2019abord être attentifs au cheminement des élèves et à la qualité de leur formation.Dans l\u2019appréciation du cours, il faut tenir compte des conditions exceptionnelles dans lesquelles ce programme a été inauguré : implantation à tous les niveaux en une même année scolaire, nécessaire trans -formation de la mentalité des enseignants, production rapide et évaluation de matériel pédagogique avec peu de personnes-ressources disponibles.Il en a été ainsi pour des raisons politiques que l\u2019on ne peut ignorer.Maintenant, peut-on laisser aux milieux éducatifs un peu de temps, faire confiance au professionnalisme des enseignants* s\u2019inspirer des expériences réussies, favoriser le matériel le plus adéquat, apporter les correctifs né -cessaires, soutenir des structures de partage et d\u2019accompagnement des maîtres, consolider leur formation initiale et continue?Depuis les décisions ministérielles de 2005, de nouveaux programmes universitaires ont été implantés pour la formation des maîtres avec la collaboration de philosophes et de spécialistes en sciences des religions.Des étudiants s\u2019y sont inscrits librement et avec enthousiasme.Des cours à distance ont été élaborés afin de desservir tout le territoire du Québec et d\u2019apporter un soutien de qualité aux enseignants.Nombreux sont ceux qui ont suivi la formation offerte par le ministère ou les universités pendant les deux dernières années.Après une longue période d\u2019incertitude et de recherche concernant l\u2019enseignement de la religion à l\u2019école, une décision a été prise.Le travail commencé doit se poursuivre, malgré la vigueur des oppositions qui tiennent en bonne partie à deux facteurs : la difficile réconciliation des Québécois avec leur histoire religieuse et leur compréhension contextuelle de la liberté de religion.Ils ont peine à accueillir l\u2019expérience du catholicisme qui marque leur culture et leur société autrement que par la négative.Ils n\u2019arrivent pas à discerner, de façon critique, la re- cherche spirituelle, les défis relevés, les doutes, les débats et les engagements des générations de croyants qui les ont précédés et leur ont permis d\u2019être ce qu\u2019ils sont aujourd\u2019hui.De même, depuis les années 1960, la liberté religieuse a été définie, au quotidien, comme une liberté négative, une liberté de prendre distance face aux institutions ecclésiales, de «sortir de la religion».On a aujourd\u2019hui à reconnaître la liberté d\u2019exprimer, dans l\u2019espace public, sa religion quelle qu\u2019elle soit ou sa distance par rapport à toute religion.Le programme d\u2019Éthique et culture religieuse a justement pour objectif d\u2019aider à relever ces deux défis: la familiarisation avec l\u2019héritage religieux du Québec et l\u2019ouverture à la liberté religieuse (voir La mise en place d\u2019un programme d\u2019éthique et de culture religieuse.Une orientation d\u2019avenir pour tous les jeunes du Québec, ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport, 2005, p.8).À court terme, sa réception subit cependant le contrecoup des déficiences évoquées.\u2022 PERFECTIONNEMENT ET RECHERCHE DANS LE CHAMP DU RELIGIEUX Maîtrise en sciences des religions Maîtrise et doctorat en théologie Doctorat en sciences des religions Doctorat en théologie www.ftsr.ulaval.ca UNIVERSITÉ LAVAL Faculté de théologie et de sciences religieuses avril-mai 2010 RELATIONS HoRiZoNs Jean-Yves Calvez, un penseur engagé HENRI MADELIN, S.j.Le père Jean-Yves Calvez, jésuite français et ancien directeur de la revue Études, est mort soudai -nement à Paris, le 11 janvier dernier, à l\u2019âge de 82 ans.Le fil d\u2019or de sa vie pour Dieu au milieu des hommes et des femmes demeure son engagement dans le champ social qu\u2019il n\u2019isolait pas des problématiques politiques et des perspectives du «développement» dont parle Paul VI dans l\u2019encyclique Populorum Progressif).Il avait eu le temps de se familiariser avec toutes ces questions quand il assumait de nombreuses responsabilités au centre de recherche de l\u2019Action populaire à Vanves.Devenu le Ceras, celui-ci est désormais installé à Saint-Denis, au nord de Paris, dans une banlieue qui fut longtemps un fief communiste.Il soutenait par ses conseils et ses écrits la revue Projet dont il avait trouvé lui-même le titre pour remplacer celui un peu vieillot de Revue de l\u2019Action populaire.C\u2019est aussi à lui que l\u2019on doit la fondation, dans les années 1960, de l\u2019Inades, un centre pour le développement de l\u2019Afrique noire, installé à Abidjan.Professeur à l\u2019Institut d\u2019études po -litiques de Paris (Sciences po), enseignant les sciences sociales à l\u2019Institut catholique de Paris et au Centre Sèvres, il est l\u2019auteur de nombreux livres qui sont la conséquence et la reprise de ses enseignements.Mais ce passage par les chaires universitaires ne l\u2019a pas dé -tourné d\u2019autres chaires comme celle de Notre-Dame de Paris où il assura, à la demande du cardinal Lustiger, la prédication durant un carême.Pendant les vacances d\u2019été, il partait pour l\u2019Argentine où il donnait des cours et animait des retraites à des hommes et des femmes engagés en politique.Jean-Yves Calvez a toujours plaidé en faveur de la doctrine sociale de l\u2019Église, même en des temps où elle était passablement décriée.Pendant sa théologie à Fourvière, il avait déjà publié avec un compagnon jésuite, Jacques Perrin, un ouvrage intitulé Jean-Yves Calvez a toujours plaidé en faveur de la doctrine sociale de l\u2019Église, même en des temps où elle était passablement décriée.Église et société économique - L\u2019enseignement social des papes de Léon XLII à Pie XLI (Aubier, 1959).Par la suite, il ne cessa de commenter et d\u2019enseigner les contenus et la portée des encycliques sociales en les prolongeant jusqu\u2019à celle récente de Benoît XVI.L\u2019Église orthodoxe de Russie l\u2019a d\u2019ailleurs sollicité à plusieurs reprises pour l\u2019aider à bâtir une doctrine capable de donner un contenu et des orientations à l\u2019engagement des fidèles orthodoxes dans le champ social.En 1956, alors qu\u2019il n\u2019avait pas en -core atteint la trentaine et n\u2019était pas encore prêtre, il publie La pensée de Karl Marx, toujours réédité en livre de poche.On murmure même que des di -rigeants du Parti communiste français le recommandaient volontiers aux militants, à une époque où une visée « scientifique » de Marx et du marxisme faisait tourner les têtes pensantes vers le philosophe Althusser, ardent contempteur du «prétendu» humanisme de Marx.Cette attention portée au premier Marx et aux évolutions ultérieures du marxisme pratique et théorique a permis à Jean-Yves Calvez - nommé assistant général pendant treize ans à Rome - d\u2019être un précieux conseiller de Pedro Arrupe, alors Père général des jésuites, lorsqu\u2019il s\u2019est agi de préciser la position de la Compagnie de Jésus sur différents aspects du marxisme.Cela avait été rendu nécessaire par les remous provoqués par l\u2019apparition et la mise en pratique de diverses théologies de la libération en Amérique latine.À l\u2019autre extrémité du spectre, dans les pays de l\u2019Est européen, vassalisés sous la férule de Moscou, l\u2019agitation couvait.Jean-Yves Calvez a fait partie de plusieurs délégations du Saint-Siège appelées à rencontrer des praticiens des sciences sociales ainsi que des responsables du parti installés dans les cercles du pouvoir.La Hongrie fut le lieu privilégié pour ce type d\u2019échanges.Ces hommes de l\u2019Est lointain désiraient parler discrètement du désenchantement et des frustrations qu\u2019ils ressentaient.C\u2019est dans cette phase de désillusion qu\u2019il faut également situer, au-delà du rideau de fer, une remarquable conférence de Karl Rahner sur Le Christ, avenir absolu de l\u2019homme.Cet engagement aux multiples facettes de Jean-Yves Calvez fait de lui un exemple remarquable de ce que les textes ignatiens appellent «notre manière de procéder».\u2022 L\u2019auteur, théologien et politologue, est membre du Service jésuite européen, Bruxelles-Strasbourg RELATIONS avril-mai 2010 Le caRNet DeBeRNaRD émOND PIERRE VADEBONCOEUR : LE SENS DE CE En 1945, à l\u2019âge de 25 ans, Pierre Vadeboncoeur publiait un essai intitulé «La joie» dans la revue La nouvelle relève.C\u2019était il y a 65 ans.Dans ce texte admirable, le jeune Pierre Vadeboncoeur compare la joie au bonheur.«L\u2019esprit de joie, écrit-il, renonce de grand cœur à toutes les choses que l\u2019esprit de bonheur poursuit.Le bonheur est essentiellement égoïste, tandis que la joie est essentiellement généreuse et désintéressée.» On peut lire, dans ce texte de jeunesse, le programme de toute une vie.On y trouve comme en germe les raisons de son action syndicale et de son engagement politique, ainsi que son extraordinaire sensibilité à la peinture, à la littérature, à la musique et, enfin, sa spiritualité profonde et libre.Exemplaire, Pierre Vadeboncoeur n\u2019a jamais renié les idéaux de sa jeunesse.Toute sa vie, il les a pratiqués, dans son activité militante comme dans son travail d\u2019écrivain.Pierre Vadeboncoeur n\u2019a jamais perdu le sens de ce qui importe: au cœur de son travail, de sa pensée, se trouve l\u2019idée de jugement, si malmenée dans un monde dominé par le relativisme, l\u2019indifférenciation et le cynisme.Toutes les choses, toutes les pensées ne se valent pas, ce qui implique qu\u2019il faut choisir.De même faut-il reconnaître une hiérarchie des valeurs, des idées, des actions.Sans cette hiérarchie, comment affirmer que la justice vaut mieux que l\u2019oppression, que la solidarité est supérieure à l\u2019égoïsme, ou que Bach est plus grand que le dernier tube de Musique Plus?Dans L\u2019humanité improvisée, sans doute la plus lucide critique du postmodernisme qui ait été écrite au Québec, Pierre Vadeboncoeur oppose licence et liberté et écrit que «la liberté ne procède pas nécessairement d\u2019un refus, mais bien plus fondamentalement d\u2019une adhésion» et «qu\u2019elle ne tient pas forcément les principes pour des obstacles, mais qu\u2019au contraire, elle recherche le principe».Il y aurait donc quelque chose de plus grand que nous, quelque chose qui soit digne de foi et qui vaille qu\u2019on y sacrifie son intérêt personnel.Ce quelque chose crève les yeux, tombe sous le sens, mais tout, dans le monde contemporain, fait que nous nous en détournons.Dans ses deux derniers livres, Essais sur la croyance et l\u2019incroyance et La clef de voûte, Pierre Vadeboncoeur essaie de s\u2019approcher de ce quelque chose.Ces livres sont troublants parce qu\u2019au-delà des principes humains qui pourraient servir à orienter l\u2019action, Pierre Vadeboncoeur sent une Présence, un Être.Devant la négation qu\u2019est l\u2019athéisme, il tient à préserver le mystère du monde.Dans La clef de voûte, il écrira: «Ma raison raisonnante, tout à fait sceptique, ne concède rien et néanmoins, par en dessous, se maintient en moi tout naturellement une espèce de confession innée grâce à laquelle, sans difficulté aucune, je reste comme en rapport avec un être personnel que je QUI IMPORTE ne nomme pas mais qui habite je ne sais comment ma conscience d\u2019une manière aussi constante que l\u2019est celle-ci même.Je suis en effet profondément fidèle à Cela qui est en moi.C\u2019est ainsi.Cette Réalité fait partie de ma vie et je ne puis m\u2019en abstraire plus que de celle-ci.J\u2019ai le sentiment de n\u2019être pas seul.» C\u2019est peut-être pour cela que le jeune Pierre Vadeboncoeur avait pu écrire : «La joie est adéquate et ne laisse point l\u2019âme insatisfaite de l\u2019univers.La mort même, qui pose le problème le plus aigu de l\u2019ordre du bonheur, n\u2019en pose aucun dans l\u2019ordre de la joie.» En quittant son chevet, la veille de son décès, alors qu\u2019il ne faisait plus de doute qu\u2019il allait mourir, j\u2019ai éprouvé, étrangement, une sorte de sérénité.Je quittais un homme qui a donné sa pleine mesure, dans son action et ses écrits.Comment imaginer vie plus utile, mieux remplie, plus belle?Croyants comme non-croyants, je pense que nous devons rendre grâce pour la vie de Pierre Vadeboncoeur.Cet homme, il faut que nous le méritions, et nous le mériterons par notre travail, en défendant ces principes auxquels il adhérait: la liberté, la justice, la solidarité, la pérennité de la culture et des traditions.Il ne faut pas que la source se tarisse.\u2022 Ce texte a été lu aux obsèques de Pierre Vadeboncoeur le 15 février 2010.ES avril-mai 2010 RELATIONS dOSSieR La souveraineté et ses angles morts AMÉLIE DESCHENEAU-GUAY Armand Vaillancourt, Le Chant des peuples ou Pour le droit inaliénable des peuples à l'autodétermination, 1996, bois peint et câbles d'acier, 7,32 m x 2,44 m x 14,64 m, créée au Centre des Arts de la Confédération à Charlottetown, île-du-Prince-Édouard Le débat sur la souveraineté du Québec s\u2019est profondément transformé depuis trois décennies.Certes, la question constitutionnelle et celle du partage des pouvoirs entre les gouvernements fédéral et provincial demeurent cruciales car elles impliquent des contraintes réelles d\u2019action - par exemple, lorsque le Québec ne peut décider ni parler en son propre nom au sein des instances internationales.L\u2019enjeu constitutionnel, tout comme ceux de la souveraineté économique et politique, s\u2019inscrit toutefois dans le cadre plus large d\u2019une globalisation capitaliste qui se déploie désormais sous une forme néolibérale intensifiée.C\u2019est précisément en figurant ce contexte «globalitaire» que nous entendons, dans ce dossier, réfléchir l\u2019horizon de la souveraineté nationale.Car plus qu\u2019une simple toile de fond, le discours et les pratiques néolibérales façonnent notre manière d\u2019appréhender la présence du Québec dans le monde, de débattre des «raisons communes» d\u2019un Québec souverain, et ce, parfois aux dépens des finalités originales du projet souverainiste.Le mouvement souverainiste a été intimement lié, à ses débuts, aux luttes pour la justice et la transformation sociales.Plusieurs de ses militants ont toutefois cédé, au lendemain de la défaite référendaire de 1995, aux pressions néolibérales, notamment lors du Sommet du déficit zéro.La tendance persiste nettement au vue des positions défendues actuellement par le Parti québécois.L\u2019option néolibérale et l\u2019intégration continentale par la voie du libre-échange se sont alors renforcées en vue de rendre le Québec plus «indépendant».Or, n\u2019est-ce pas l\u2019effet contraire qui s\u2019est produit?Le libre-échange et la libéralisation des marchés n\u2019affaiblissent-ils pas notre autonomie et notre capacité collective d\u2019action politique, les gouvernements acceptant «souverainement» de se subordonner aux pouvoirs économiques et financiers (voir l\u2019article de Dorval Brunelle)?RELATIONS avril-mai 2010 ? dOSSieR avril-mai 2010 RELATIONS Armand Vaillancourt, La Révolution du Cœur, 2002, acrylique sur toile, 1,52 m x 2,44 m Il doit rester des vallées D\u2019où la parole se lève Fernand Dumont, La part de l\u2019ombre Concrètement, pour s\u2019insérer dans l\u2019ordre global et faire du Québec un « État néolibéral fort », nous continuons de concéder nos ressources naturelles presque sans conditions aux multinationales.Notre régime agricole est désormais au service des grands intégrateurs et exportateurs (voir l\u2019article de Roméo Bouchard), et soumis à une logique marchande qui menace la souveraineté alimentaire du Québec.Cette perte d\u2019une souveraineté que nous avons déjà est symptomatique de la logique néolibérale à l\u2019œuvre.D\u2019abord, en uniformisant le monde par l\u2019unification économique, elle étouffe les souverainetés politiques qui tentent de construire des alternatives à une économie capitaliste et présente celle-ci comme le seul modèle de développement possible.Elle démantèle ainsi les différentes formes originales de la vie en société, dissout les raisons fortes du vivre-ensemble et exploite ensuite cette dissolution des référents, notamment en récupérant les angoisses identitaires.Dans son article, Gilles Gagné montre de manière éloquente comment factuel débat identitaire au Québec détourne notre attention des véritables enjeux sociétaux - indissociables de la question de la souveraineté: la crise que le monde traverse menace non seulement la dimension symbolique des sociétés, mais aussi les conditions concrètes d\u2019existence de l\u2019humanité.Parmi les voies porteuses d\u2019espoir, il y a celle choisie par différents groupes et mouvements sociaux conscients que pour s\u2019atteler à ces enjeux fondamentaux, il faut d\u2019abord reconquérir une véritable souveraineté populaire.Cette reconquête des espaces de souveraineté est à faire maintenant, en solidarité avec les différentes souverainetés populaires du monde.Québec solidaire, qui s\u2019inscrit dans la tradition du nationalisme de gauche, œuvre dans cette perspective en proposant notamment la mise en place d\u2019une assemblée constituante (voir l\u2019article de Gilles Bourque).Cette démarche nous permettrait de décider de notre avenir et des règles qui régissent notre vie collective, dans l\u2019horizon d\u2019une réappropriation collective des institutions politiques et, surtout, d\u2019une redéfinition des orientations normatives qui les fondent.L\u2019essentiel de la tâche consiste donc non seulement à préserver ce qui reste de la souveraineté politique dans le capitalisme globalisé - qui se déploie précisément contre elle -, mais également à concrétiser les principes de justice sociale qui doivent être à la base d\u2019un Québec souverain.La lutte pour limiter le pouvoir de la globalisation s\u2019accompagne donc d\u2019une refondation politique, dont le premier geste peut être de soumettre, souverainement, l\u2019économique au politique afin de reprendre notre capacité d\u2019agir sur le monde.Québec solidaire: pour une souveraineté populaire En novembre 2009, les membres de Québec solidaire ont adopté une série de résolutions qui définissent les positions du parti sur la question nationale: soit la définition de la nation québécoise, de l\u2019option politique et de la démarche pour y parvenir.CILLES BOURQUE Québec solidaire propose une conception résolument civique et pluraliste de la communauté nationale et de la société: «La nation québécoise [.] ne repose pas sur l\u2019origine ethnique, mais sur l\u2019adhésion volontaire à la communauté politique.» À ce titre, elle «est non seulement une cristallisation d\u2019événements passés [.] mais aussi le produit jamais achevé d\u2019un processus continu».En conséquence, elle «se définit par une histoire propre de la communauté francophone transformée tout au long par l\u2019intégration successive d\u2019éléments provenant des autres communautés qui se sont ajoutés».Il importe de souligner que les notions de nation, de peuple et de société sont utilisées ici comme des synonymes: « Comme nation, le peuple québécois se définit comme une société globale apte à s\u2019autodéterminer.» Une telle assertion n\u2019est pas sans conséquences théoriques et politiques.Il en découle nécessairement que tous les citoyens du Québec - sauf les Amérindiens (nous y reviendrons) - appartiennent de facto à la nation québécoise.C\u2019est du moins ce qu\u2019il faut lire quand le programme traite de la communauté anglophone.Après avoir souligné que cette dernière « a participé depuis longtemps à l\u2019histoire du Québec [.] et a acquis des droits spécifiques», on ajoute que «les anglophones représentent une minorité importante qui fait partie intégrante de la nation québécoise et qui partage son destin politique».L\u2019approche paraît généreuse et ouverte, mais comment peut-on affirmer cela alors que l\u2019on sait pertinemment que la très vaste majorité des membres de cette communauté s\u2019identifient d\u2019abord et avant tout à la nation canadienne et, qui plus est, demeurent résolument fédéralistes?Il ne peut exister d\u2019appartenance effective à une nation sans que l\u2019on s\u2019identifie à cette communauté nationale.Or, c\u2019est précisément cette perspective que Québec solidaire retient à propos des commu- nautés culturelles: «L\u2019identification à la nation québécoise de la part des membres des communautés culturelles et personnes immigrantes sera le fruit d\u2019une expérience historique de luttes communes et partagées.» Pourquoi ne pas adopter une telle approche dans le cas de la communauté anglophone?Québec solidaire paraît ici s\u2019inscrire dans cette mouvance souverainiste qui, à force de vouloir se démarquer du nationalisme ethnique, finit par confondre son projet politique avec la réalité des rapports sociaux.Or, le Québec demeure encore aujourd\u2019hui une société plurinationale au sein de laquelle les citoyens s\u2019identifient à des nations différentes (québécoise, canadienne et amérindiennes).Québec solidaire reconnaît d\u2019ailleurs clairement que les Amérindiens forment des peuples-nations distincts, souverains, ce qui leur «confère le plein droit à l\u2019autodétermination», c\u2019est-à-dire à l\u2019autonomie gouvernementale et même à l\u2019indépendance.Des relations égalitaires avec les peuples autochtones nécessitent à tout le moins, selon le programme, «le remplacement de l\u2019a priori de l\u2019intégrité territoriale par une tout autre notion, celle de la nécessaire cohabitation sur un même territoire de peuples souverains pouvant disposer librement de leur avenir».Les nations autochtones seraient, sur cette base, invitées à se joindre à une éventuelle Constituante.Même si le programme ne va pas jusque-là, ne pourrait-on pas, dans une telle perspective, penser le Québec comme une société plurinationale?L\u2019auteur est professeur émérite à l'UQAM La principale originalité du programme de Québec solidaire réside dans la convocation d\u2019une Constituante dont le mandat serait de préparer « une ou des propositions sur le statut politique du Québec, sur les valeurs, les droits et les principes sur lesquels doit reposer la vie commune ».L\u2019INDÉPENDANCE, LA CONSTITUANTE Québec solidaire s\u2019affiche ouvertement comme un parti indépendantiste.Un choix s\u2019impose: «être une nation minoritaire dans l\u2019État canadien ou une nation qui décide de toutes ses orientations dans un Québec indépendant».Le parti rompt clairement avec tout projet de souveraineté-association (1980) ou de souveraineté-partenariat (1995).La notion de souveraineté est surtout employée dans le sens de souveraineté populaire: «le pouvoir du peuple de décider en toute démocratie de son avenir et des règles qui régissent sa propre vie, incluant les règles fondamentales, comme l\u2019appartenance ou non à un pays, ou la rédaction d\u2019une constitution».À cet égard, la principale originalité du programme réside dans la convocation d\u2019une Constituante dont le mandat serait de préparer «une ou des propositions sur le statut politique du Québec, sur les valeurs, les droits et les principes sur RELATIONS avril-mai 2010 dOSSieR Armand Vaillancourt, Drapeau Blanc!, 1987, sculpture environnementale constituée de treize pierres de calcite (détail), 4,80 m x 12,2 m x 30,5 m, Pavillon Pollack, Université Laval lesquels doit reposer la vie commune» et, en conséquence, sur un ou des projets de constitution.L\u2019Assemblée constituante serait élue au suffrage universel et composée d\u2019un nombre égal de femmes et d\u2019hommes.«Le mode de scrutin assurera la représentation proportionnelle des tendances et des différents milieux socio-économiques présents au sein de la société québécoise.» Étant donné l\u2019ampleur de la tâche, un député ne pourrait y être élu.Après son élection, l\u2019Assemblée constituante « aura la responsabilité et les moyens de mener un vaste processus de démocratie participative visant à consulter la population du Québec sur son avenir politique et constitutionnel».L\u2019idée d\u2019une Assemblée constituante n\u2019est certes pas nouvelle dans l\u2019histoire du nationalisme québécois.Québec solidaire a néanmoins le mérite de l\u2019avoir systématisée dans un programme et d\u2019avoir proposé une première ébauche crédible du processus qu\u2019implique une telle aventure.Cependant, cette première mouture soulève nombre de défis qu\u2019il faudra relever et d\u2019interrogations auxquelles il faudra répondre.On doit d\u2019abord prendre conscience du fait que, à tout le moins pour un indépendantiste, la convocation d\u2019une Assemblée constituante constitue un pari et représente un risque que Québec solidaire, il faut le souligner, assume pleinement.Les travaux de la Constituante pourraient déboucher sur une proposition qui ne soit pas celle de l\u2019indépendance du Québec.De plus, comment déterminer et organiser ensuite les tendances et les différents milieux socio-économiques qui, selon Québec solidaire, devraient être représentés de manière proportionnelle?La représentation des milieux socio- Relations et la question nationale MARCO VEILLEUX Voici comment Relations a traité de la souveraineté du Québec au fil des ans.L\u2019auteur est membre\t¦\u2014in janvier 1980, quelques mois avant le premier ré- de l\u2019équipe du Centre\tL- férendum sur la souveraineté, Relations (n°455) demande justice et foi\tLaà cinq historiens d\u2019analyser comment l\u2019histoire est utilisée dans le livre blanc qui présente la position constitutionnelle officielle du gouvernement du Parti québécois.Parmi ceux-ci, René Durocher souligne que «la vision monolithique de deux blocs: Canada anglais/Québec, l\u2019absence de jonction entre le collectif et l\u2019individuel, de même qu\u2019entre la question nationale et la question sociale en laissera plusieurs perplexes».Selon lui, une des grandes lacunes de cet argumentaire consiste à ne développer que le point de vue des Québécois francophones, et même d\u2019une certaine classe sociale, voire de certains groupes sociaux que représente plus particulièrement le Parti québécois.économiques sera-t-elle pensée dans une perspective corporatiste?Faut-il assurer une place aux différentes communautés culturelles et à la communauté anglophone?Et sinon, comment s\u2019assurer que ces dernières soient indirectement représentées parmi les tendances et les milieux socio-économiques?Les mouvements sociaux seront-ils considérés comme des «tendances» au même titre que les partis politiques?La légitimité d\u2019une Assemblée constituante demeurera toujours plus difficile à établir que celle d\u2019un référendum interpellant directement la totalité des citoyens.Il faut surtout éviter qu\u2019elle prenne l\u2019allure d\u2019une espèce de patchwork qui rassemble une multiplicité de groupes d\u2019ayant-droits aux horizons disparates et finalement irréconciliables.À l\u2019inverse, quel serait l\u2019effet d\u2019un refus de participation, par exemple des nations autochtones et d\u2019une partie importante de la communauté anglophone?Québec solidaire s\u2019inscrit dans la tradition du nationalisme de gauche qui remonte aux années 1960.On doit reconnaître qu\u2019il rend cette option politiquement crédible, même si ce n\u2019est pas la principale raison pour laquelle plusieurs adhèrent à ce parti.\u2022 lui, dans le relativisme.Mais il y a un espace immense entre ces deux positions! Avec lui, on est dans une logique binaire : « ou bien tu crois en Dieu, ou bien tu participes d\u2019une mentalité technicienne, instrumentale».Je ne me reconnais évidemment pas dans cette alternative, moi qui ne cesse de la critiquer.Il y a, faudrait-il le rappeler, une transcendance dans le monde.Le désir de justice et de transformation sociale, et l\u2019insatisfaction à l\u2019égard du réel qui nous habite en témoignent.C\u2019est elle qui nous pousse à assumer notre responsabilité à l\u2019égard du monde que nous avons à construire, et ce, que nous soyons croyants ou non-croyants.leur identité, à être contaminés par la pensée de la modernité.Il faut donc mettre plutôt l\u2019accent sur la différence, affirmer ce qui nous sépare et recréer une identité catholique.C\u2019est à cette condition que le dialogue avec les autres devient possible pour lui.Mais ce dialogue n\u2019en est pas vraiment un, car il ne transforme personne.J.-C.R.: On aimerait, à cet égard, que le pape ait une parole «à double tranchant»: une parole forte qui ne laisse pas indemne celui qui la professe, qui révèle les failles et les faiblesses à la fois du monde et de l\u2019Église.C\u2019est grâce aux failles qu\u2019il y a possibilité de dialogue, de solidarité.Avec Benoît XVI, on est en face d\u2019une Église sans faille.G.B.: La position de Benoît XVI à l\u2019égard du pluralisme a été bien exprimée dans le document Dominus Iesus, publié en 2000, donc bien avant qu\u2019il devienne pape.Il y dit clairement que si le pluralisme existe de fait, il n\u2019est pas bon en principe.Je connais bien la pensée de Joseph Ratzinger/Benoît XVI.Il y a chez lui une volonté de renforcer l\u2019identité catholique.Vatican II ouvrait un espace de dialogue avec les protestants, les autres religions et les non-croyants; il s\u2019ouvrait au monde, en mettant l\u2019accent sur ce que nous partageons avec les autres.Les murs de l\u2019Église deviennent ainsi plus poreux.Pour le pape actuel, cette démarche est dangereuse.Les catholiques en viennent ainsi, selon lui, à perdre PROCHaiN NUméRO S.L.: Le fait que le pape aborde là de nombreux problèmes est un aspect positif.Ainsi critique-t-il les inégalités sociales, le pillage des ressources naturelles et la corruption du pouvoir.Il plaide en faveur des organisations de la société civile, de l\u2019économie solidaire, du syndicalisme, d\u2019une réforme agraire, de la responsabilité sociale des entreprises, etc.Cependant cette critique n\u2019est pas arrimée à une critique du système économique et du néolibéralisme qui sont, en grande partie, la cause du mal développement et des inégalités actuelles entre les peuples.Jamais, d\u2019ailleurs, il ne mentionne le mot.Cela choque d\u2019autant plus que l\u2019encyclique se veut ouvertement une relecture actualisée de Populorum progressio w-y'i' i5f \u2022\tune controverse sur la cyberdémocratie; \u2022\tune analyse sur le Chili; \u2022\tle carnet signé par le cinéaste Bernard Émond; \u2022\tla chronique littéraire d\u2019Élise Turcotte; \u2022\tles œuvres de notre artiste invité, Pol Turgeon.Recevez notre nouvelle infolettre par courriel, peu avant chaque parution.Inscrivez-vous à notre liste d\u2019envoi sur la page d\u2019accueil de notre site Internet : Pol Turgeon, Ariès Le numéro de juin de la revue Relations sera disponible en kiosques et en le 21 mai.Pensez à le réserver.Il comprendra notamment un dossier sur: librairies les alternatives economiques À la suite de « L\u2019ogre de la finance » (n° 733, juin 2009), nous nous demandons quels sont les fondements d\u2019une économie alternative et d\u2019une vision postcapitaliste de la société.L\u2019union intrinsèque de l\u2019économie et de l\u2019écologie semble impérative pour réorienter l\u2019avenir d\u2019un monde qui court à sa perte.En outre, s\u2019il faut entrevoir la fin de la dépendance au pétrole, est-il si utopique d\u2019envisager d\u2019autres grands changements comme la sortie d\u2019un système de retraites par capitalisation?Dans une perspective solidaire, le coopérativisme n\u2019est-il pas aussi à privilégier?Et si le temps, c\u2019est de l\u2019argent, n\u2019est-ce pas aussi notre rapport au temps qu\u2019il faut transformer?I 34 avril-mai 2010 RELATIONS qui était critique à l\u2019égard du système économique dominant.L\u2019approche adoptée par le pape actuel est de réguler le système plutôt que de le changer.Prenons l\u2019exemple de l\u2019aide au développement.L\u2019encyclique fait une allusion, à juste titre, au fameux pourcentage de 0,7% du PIB que chaque État devrait allouer à l\u2019aide internationale, selon l\u2019objectif fixé par l\u2019ONU.Le pape interpelle les États afin qu\u2019ils remplissent leur engagement.C\u2019est louable: on ne peut pas être contre la vertu.Mais c\u2019est une approche parcellaire.Un document qui veut chercher des solutions aux grands enjeux de société doit avoir un peu plus de mordant et ne pas avoir peur de critiquer la dimension excluante du système économique.De plus, les causes des conflits actuels ne sont pas abordées.Nous sommes pourtant dans un contexte de guerre, de guerre contre le terrorisme.Comment une encyclique sociale peut-elle ne pas parler de la guerre en Irak, en Afghanistan?Pas un mot pour dénoncer cette entreprise coloniale militarisée d\u2019aujourd\u2019hui sous couvert d\u2019une intervention humanitaire.Benoît XVI nous éloigne du terrain politique et idéologique - qui est pour lui piégé - pour nous mettre sur le terrain de la foi.Selon lui, tout ira mieux, si nous nous tournons vers Dieu.G.B.: Contrairement à Paul VI et Jean-Paul II, le pape actuel ne questionne pas le capitalisme ni l\u2019ordre économique néolibéral soutenu par le pouvoir politique et militaire.Selon lui, l\u2019ennemi principal, c\u2019est la mentalité technologique (n° 68), la domination de la raison instrumentale qui supprime l\u2019idée même de la vocation humaine à la liberté et à la responsabilité.Ce qu\u2019il nous faut, pour le pape, c\u2019est une nouvelle synthèse humaniste, fondée sur la foi en Dieu (n° 21).Dans la situation actuelle, l\u2019espoir réside dans la créativité des hommes et des femmes à la base de la société, engagés dans le mouvement communautaire, l\u2019économie sociale et d\u2019autres activités inspirées par la solidarité.Cette promotion de l\u2019économie sociale est inédite dans une encyclique, il faut le souligner.Il est très probable que plusieurs des chapitres de l\u2019encyclique aient été écrits par des membres du conseil pontifical Justice et Paix.Le style y est très différent de celui du pape, plus spirituel et qui renvoie à une éthique personnelle.J.-C.R.: Sa critique de la société technicienne, je l\u2019ai trouvée belle et juste.II montre comment elle évacue le pourquoi, toute centrée sur la faisabilité et l\u2019efficacité.Il y a là une piste pour des solidarités entre croyants et non-croyants.Mais, au lieu de rechercher cette solidarité, il identifie cette mentalité technicienne aux non-croyants.Parce que, pour lui, la seule solution est de croire en Dieu.Sans foi, sans Dieu, pas de développement.Il le dit explicitement: sans Dieu, on peut parler de croissance mais pas de développement (n°29).Il y a un paragraphe qui devrait servir de modèle dans l\u2019écriture d\u2019une encyclique sociale.C\u2019est celui qui fait état de personnes engagées à bâtir la paix.Il est dit que «parmi ces hommes, se trouvent aussi des chrétiens impliqués dans la grande tâche de donner au développement et à la paix un sens pleinement humain» ( n° 72).Cette manière de dire les choses implique qu\u2019il y a beaucoup d\u2019autres hommes et femmes qui ne sont pas chrétiens ni croyants et qui travaillent à faire de ce monde un monde plus humain.Je ne sais pas si c\u2019est un passage écrit de la main du pape.En tout cas, cela ne lui ressemble pas.J.R: Si on part des postulats théologiques du pape, il apparaît difficile de penser pleinement notre monde.Même s\u2019il critique la raison instrumentale, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il est incapable d\u2019appréhender la réalité autrement qu\u2019à travers le prisme de celle-ci.La raison en est fort simple: en renvoyant totalement la transcendance dans un Dieu extérieur au monde, quitte à ce qu\u2019elle nous revienne par le canal étroit (et filtré) de l\u2019Église, Benoît XVI s\u2019inscrit dans une logique qui vide notre monde de toute métaphysique.Le «réalisme» contemporain - dans sa forme techno-capitaliste bien sûr, mais pas exclusivement - s\u2019acharne à tuer «la métaphysique dans l\u2019homme» (Merleau-Ponty).Peu à peu réduit à n\u2019être qu\u2019un ensemble de gènes ou une «ressource humaine», l\u2019être humain devient de plus en plus étranger à son propre monde, incapable de l\u2019habiter, d\u2019en éprouver la présence.Ne pouvant plus trouver (ou sécréter) en lui de « raison de vivre» (qui est peut-être au fond la seule véritable «raison »), il peut dès lors conjuguer sans contradiction une finalité dictée par la «raison divine» et une action concrète dans le monde délestée de toute finalité, si ce n\u2019est celle, extrêmement pauvre et nihiliste, de l\u2019efficacité.Dans une telle perspective, la raison instrumentale - qui renonce à sur les fins de l\u2019action - semble mal-e à un avenir radieux.S.L.: Benoît )(VÎ aurait tout avantage à s\u2019entourer de gens capables d\u2019analyse critique et à leur faire confiance.Il gagnerait à tenir compte de l\u2019apport des forces vives présentes dans la société comme dans l\u2019Église, incluant les différentes traditions spirituelles qui s\u2019inscrivent dans la mouvance de la transformation sociale.On a l\u2019impression qu\u2019il n\u2019a d\u2019oreilles que pour ceux qui croient que la mondialisation néolibérale est la voie à suivre, moyennant quelques accommodements.N\u2019est-il pas dit dans l\u2019Évangile de Jean : Dieu a tant aimé le monde.C\u2019est dans cet amour du monde que s\u2019enracine la conviction de le changer.\u2022 (PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-CLAUDE RAVET) tout questionneur heureusement pr|S On aimerait que le pape ait une parole «à double tranchant»: une parole forte qui ne laisse pas indemne celui qui la professe, qui révèle les failles et les faiblesses à la fois du monde et de l\u2019Église.RELATIONS avril-mai 2010 coNtRoveRse L\u2019État doit-il cesser de financer l\u2019école privée?Il faut surtout démocratiser l\u2019école privée.L\u2019auteur est professeur retraité de la Faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université de Montréal JEAN-PIERRE PROULX Depuis des années, des citoyens et des organismes réclament la fin des subventions aux écoles privées afin de mieux financer l\u2019école publique qui en a bien besoin.Cette avenue n\u2019est pas la meilleure.Il vaut mieux, à mon avis, démocratiser l\u2019école privée en s\u2019assurant que chacun ait une chance égale d\u2019y accéder, sans égard à ses talents ou à ses moyens fi -nanciers.Couper les vivres aux écoles privées apparaît à plusieurs comme LA solution.Pourtant, le bénéfice financier pour le secteur public n\u2019est pas du tout évident.En effet, si les élèves en provenance de l\u2019école privée retournent au public, l\u2019État devra les financer à 100 % tandis que pour l\u2019heure, il le fait à hauteur d\u2019environ 55%.Certes, des parents qui en ont les moyens vont tout de même laisser leurs enfants dans des écoles privées non subventionnées.Mais il y a une inconnue : on ne saurait dire combien le feront.\t.» Il existe un autre obstacle, juridique celui-là.La loi stipule que «les personnes et les groupes ont le droit de créer des établissements d\u2019enseignement autonomes et, les exigences du bien commun étant sauves, de bénéficier des moyens administratifs et financiers nécessaires à la poursuite de leurs fins ».On peut évidemment changer cela.Mais cette disposition de 1964 confirmait une longue tradition, bref un choix de société qu\u2019aucun gouvernement n\u2019a osé remettre en question depuis.Or, l\u2019opinion publique paraît à cet égard bien divisée.À l\u2019opposé, démocratiser l\u2019école privée constitue une voie plus opportune reposant sur une valeur sociale qui, elle, fait consensus: l\u2019égalité foncière des personnes.Certes, les talents sont inégaux, mais il appartient à l\u2019école de réduire les inégalités en permettant à chacun de se développer au maximum de ses possibilités.Mais en écrémant l\u2019école publique de ses meilleurs éléments au profit du système privé, on en vient à dévaloriser l\u2019école publique.C\u2019est l\u2019effet pervers des palmarès.Surtout, on rend encore plus difficile la réussite des plus faibles.En effet, la recherche montre que ceux-ci profitent de la présence en classe des plus forts, parce que les enseignants et les enseignantes, plus exigeants, tirent toute la classe vers le haut.Quant aux plus forts, ils demeurent toujours les plus forts.METTRE FIN À LA SÉLECTION Comment donc démocratiser l\u2019école privée?En l\u2019obligeant à accueillir tous les élèves qui frappent à sa porte quels que soient leurs talents, dans le respect du projet éducatif de l\u2019école.C\u2019est à l\u2019école de tout mettre en œuvre pour favoriser la réussite de chacun.L\u2019excellence doit d\u2019abord être celle des services éducatifs.Et si l\u2019offre de services spécialisés à des élèves qui ont des capacités moindres doit entraîner des débours plus grands, il est normal que l\u2019État prenne ce fait en cause dans sa grille de subvention, comme il le fait déjà pour les cinq ou six établissements privés spécialisés dans l\u2019éducation des enfants très handicapés ou en grande difficulté d\u2019apprentissage.Par ailleurs, comme les places sont limitées, il faut un service d\u2019admission qui assurera à chacun une chance égale de s\u2019inscrire à l\u2019école de son choix.Et si les parents veulent que leurs enfants fréquentent une école sélective sur la base de leurs talents, ils devront acquitter la totalité de la facture.L\u2019école privée est aussi sélective au plan économique.On y retrouve davantage d\u2019élèves issus des classes supérieures et moyennes.Il faut donc permettre aux parents moins riches d\u2019y inscrire leurs enfants.La plupart des écoles privées ont créé des fondations à cette fin.Le gouvernement pourrait accorder des bourses ou encore adopter des mesures fiscales compensatoires.AU SERVICE DE TOUS LES ÉLÈVES Plusieurs écoles privées s\u2019inspirent encore des valeurs chrétiennes.Quand Jean-Paul II est venu au Canada en 1984, il a tenu à des éducateurs catholiques des propos qu\u2019il convient de rappeler ici: «En même temps que les écoles catholiques sont toujours vouées au développement intellectuel, nous leur rappelons aussi l\u2019impératif évangélique d\u2019être au service de tous les élèves, et non seulement à ceux qui sont les plus brillants et les plus prometteurs.Ainsi, en accord avec l\u2019esprit de l\u2019Évangile, et son option pour les pauvres, ils porteront leur attention particulièrement sur ceux qui en ont le plus besoin.» \u2022 m avril-mai 2010 RELATIONS coNtROveRse Le débat sur le financement public de l\u2019école privée au Québec est récurrent et mérite qu\u2019on y revienne.Pour les uns, la solution consiste à démocratiser l\u2019école privée.Pour les autres, l\u2019enjeu est la rétention des élèves forts dans le réseau public, la mixité sociale et la préservation de l\u2019accès à une éducation gratuite et de qualité pour tous.La fin de ce financement est nécessaire pour favoriser la mixité sociale et la qualité du réseau public.DOMINIQUE DAIGNEAULT Les énormes problèmes de financement auxquels est confrontée l\u2019école publique ramènent de façon récurrente la polémique autour du financement de l\u2019école privée à même les fonds publics.Doit-on ou non y mettre fin?Je réponds oui.Mais il ne faudrait pas croire que cette mesure réglera à elle seule les problèmes de financement du réseau public.Elle pourrait toutefois avoir un effet bénéfique sur une problématique dont on parle un peu moins, soit la désertion de l\u2019école publique par un nombre grandissant d\u2019élèves, qui a pour conséquence une moins grande mixité sociale dans les classes.Depuis la Révolution tranquille, le réseau public des écoles et des cégeps a permis au Québec de connaître une nette amélioration de la scolarisation de sa population en donnant accès à une éducation de qualité au plus grand nombre.Puis, progressivement, l\u2019avènement de la société du savoir et la marchandisation de l\u2019éducation ont changé les règles du jeu.Aujourd\u2019hui, il ne s\u2019agit plus d\u2019avoir accès à une éducation de qualité; on doit obtenir le bon diplôme dans la bonne école.La concurrence entre les établissements -alimentée en grande partie par les palmarès - a beaucoup nui à l\u2019école 1.Landry, Jean-François, Le financement public des écoles privées: mettre fin aux préjugés, rapport réalisé à la demande de la FAE, octobre 2009.publique à qui l\u2019on demande, par ailleurs, de faire beaucoup avec peu.UNE INÉGALITÉ DE TRAITEMENT DOMMAGEABLE Le droit de choisir le privé n\u2019entraîne pas automatiquement l\u2019obligation pour l'État d\u2019en assumer le financement.Au Canada, cinq provinces n\u2019accordent aucune subvention aux écoles privées, soit la Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve, le Nouveau-Brunswick, l\u2019île-du-Prince-Édouard et l\u2019Ontario.En comparaison, au Québec - province où la place du privé dans l\u2019enseignement est la plus importante -, l\u2019école privée est subventionnée à hauteur de 60 % par élève.À cela s\u2019ajoutent d\u2019autres sommes, dont celles remboursées aux parents grâce aux reçus pour fins d\u2019impôt émis par la majorité des écoles privées et les allocations locatives pour les bâtiments.Malgré toutes ces subventions, l\u2019école privée peut sélectionner sa clientèle au mérite et en fonction de sa capacité de payer sans avoir les mêmes obligations que l\u2019école publique qui, elle, doit scolariser l\u2019ensemble des élèves qu\u2019on lui confie.Cette inégalité dans les règles du jeu contribue au fait que de plus en plus d\u2019élèves désertent le secteur public.Ceci est particulièrement criant au secondaire, où un peu plus de 20% des élèves vont au privé; à Montréal, c\u2019est près du tiers et, dans certains quartiers (comme Notre-Dame-de-Grâce et Ahuntsic-Cartierville), plus de 45%.La désertion d\u2019élèves forts induit une plus grande pression dans les classes, no -tamment en ce qui a trait à l\u2019intégra- tion des élèves handicapés, en difficulté d\u2019adaptation et d\u2019apprentissage.En 2007-2008, ceux-ci représentaient 26,8% des effectifs de la CSDM.Doit-on spécifier que les écoles privées ne se précipitent pas pour accueillir les élèves ayant des besoins particuliers?MIXITÉ SOCIALE ET DÉMOCRATISATION Mettre fin au financement public des écoles privées ne réglera pas entièrement la question du sous-financement du réseau public, mais, selon une étude récente, cela permettrait à l\u2019État d\u2019économiser 86 millions $, si l\u2019on se base sur une hypothèse d\u2019un retour de 50 % des élèves du privé vers le public, soit 57500 élèves1.Par ailleurs, cela favoriserait une plus grande mixité sociale dans les classes et la mise en place d\u2019un réseau plus inclusif et démocratique où chacun, chacune, trouve sa place.La reconversion des écoles privées au secteur public est possible et devra se faire progressivement, tout en respectant les traditions institutionnelles et les personnels en place.L\u2019exemple des cégeps Marie-Victorin et Beauce-Appalaches en a fait la preuve dans le réseau collégial.Peut-être pourrions-nous nous inspirer de ces modèles?Chose certaine, il est de notre devoir comme société de nous assurer que toutes et tous, sans exception, aient accès à une éducation gratuite et de qualité dans un réseau public.\u2022 L\u2019auteure est secrétaire générale du Conseil central du Montréal métropolitain - CSN et enseignante en Techniques de travail social au Cégep du Vieux-Montréal RELATIONS avril-mai 2010 m Le Centre justice et foi et Presse-toi à gauche! vous convient à une journée d\u2019étude: L\u2019anticapitalisme: fondements et défis LE SAMEDI 15 MAI 2010 DE 9 H À 17 H À Québec Cégep Limoilou 1300, 8e avenue Tarif: 20 $ Étudiant et faible revenu : 10 $ Le repas du midi est inclus.QUATRE GRANDES CONFÉRENCES Inventaire critique de la notion d'anticapitalisme par Maxime Ouellet et Pierre Mouterde Défi écologique et limites du capitalisme vert par François L\u2019Italien Marche des femmes pour leur émancipation : une dimension essentielle de la lutte anticapitaliste par Cynthia Bergeron L\u2019anticapitalisme: perspective essentielle aux luttes sociales?par Nicolas Lefebvre-Legault DES ATELIERS THÉMATIQUES (au choix) Inégalités Nord-Sud et alternatives: le rôle du Forum social mondial par Pierre Mouterde Lecture chrétienne de l\u2019anticapitalisme et engagement social par Michel Beaudin Crise du capitalisme et nouveaux défis du mouvement syndical par Sébastien Bouchard INSCRIPTION OBLIGATOIRE AVANT LE 9 MAI Christiane Le Guen / 514-387-2541, poste 234 / / Oui, je désire un abonnement de NOM ____________________________ ADRESSE_________________________ VILLE __________________________ ReLatioNS 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 5,50 $ PLUS TAXES CODE POSTAL__________________________ TÉLÉPHONE (_________)_______________________ COURRIEL _________________________________________________________________________ Je désire également offrir un abonnement de_______an (s), au montant de_________$ à la personne suivante : nom ______________________________________________________________________________ ADRESSE___________________________________________________________________________ VILLE ____________________________________________________________________________ ABONNEZ-VOUS.par téléphone : 514-387-2541, p.226 par télécopieur: 514-387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste: Relations Ginette Thibault 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P iS6 CODE POSTAL______________________________ TÉLÉPHONE (__________)____________________ Montant total :______________$ Je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) O ou par carte de crédit NUMÉRO DE LA CARTE ________________________________________________________________ EXPIRATION ________________________ SIGNATURE _____________________________________ Un an: 35$ Deux ans : 65 $ À l\u2019étranger (un an) : 55 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) www.revuerelations.qc.ca m avril-mai 2010 RELATIONS muLtimeDias >\u2022 pimaim ' » : emu if »inf pm mi mint it pun RAPIDE BLANC VISIONNAIRES PLANÉTAIRES - GUIDE DE SURVIE POUR UNE PLANÈTE EN PÉRIL RÉALISATION: SYLVIE VAN BRABANT COPRODUCTION : RAPIDE BLANC ET ONF CANADA, 2009, 83 MIN.La plupart des films récents sur l\u2019environnement (Une vérité qui dérange de Al Gore, Home de Yann Arthus-Bertrand, Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot, parmi d\u2019autres) insistent sur les ravages écologiques de notre économie actuelle, sur les catastrophes qui nous attendent et sur l\u2019urgence de modifier nos comportements individuels et collectifs.Le documentaire Visionnaires planétaires privilégie une approche différente en mettant l\u2019accent sur les solutions déjà expérimentées, certaines depuis longtemps, pour rendre l\u2019avenir possible.Et elles sont plus nombreuses et diverses qu\u2019on le croit.De quoi nourrir l\u2019espérance et donner le goût d\u2019agir à notre tour.Sylvie Van Brabant, documentariste chevronnée et animatrice des Productions du Rapide Blanc, suit ici le jeune écologiste Mikael Rioux, connu surtout pour sa défense de la rivière Trois-Pistoles.À travers la naissance de son premier enfant et la rencontre de son mentor, Christian de Laet, pionnier méconnu de l\u2019écologie au Canada, Mikael découvre le besoin de militer autrement et se met en quête d\u2019hommes et de femmes qui, partout sur la planète, construisent déjà le monde de demain.'Vf n Le film, porté par une superbe photographie, nous fait rencontrer une demi-douzaine de ces visionnaires: le charismatique président de la plus grande ONG de développement alternatif au monde, l\u2019Indien Ashok Khosla; le brillant oncologue suédois Karl-Henrik Robèrt, devenu gourou du développement durable en élaborant le concept The Natural Step; l\u2019économiste-humaniste Peter Koenig, d\u2019origine britannique mais vivant en Suisse depuis plus de 30 ans, qui propose une relation radicalement différente à l\u2019argent; Marilyn Melhman, force tranquille du mouvement Global Action Plan, qui s\u2019intéresse aux multiples formes communautaires d\u2019une vie plus durable et Wangari Maathai, femme ministre au Kenya, Prix Nobel de la paix en 2004 et fondatrice du Green Belt Movement, ce vaste mouvement pour la reforestation en Afrique.On découvre aussi le designer écologique américain John Todd, nommé par le MIT comme l\u2019un des 35 plus grands inventeurs du XXIe siècle, et sa compagne Nancy Jack Todd.Ils sont à l\u2019origine du mouvement d\u2019avant-garde « Les nouveaux alchimistes », qui imitent la nature et utilisent les déchets comme matière première, pouvant ainsi transformer un vaste canal d\u2019égout chinois à ciel ouvert en agréable lieu récréatif pour tout le voisinage.Chacune de ces rencontres nous fait découvrir des possibles insoupçonnés en invitant à penser en dehors de nos cadres habituels.Par exemple, quand on objecte à Marilyn Melhman que la vie dans les éco-villages repose trop sur la dépendance communautaire et ne permet pas l\u2019autosuffisance à laquelle nos sociétés modernes nous ont habitués, la militante rappelle à quel point cette pseudo-autosuffisance contemporaine est faite d\u2019innombrables dépendances cachées: aux sources d\u2019énergie (électricité, pétrole ou gaz), à l\u2019ordinateur, à l\u2019automobile, aux électroménagers, etc.Ce documentaire fait d\u2019ailleurs partie d\u2019un courant grandissant qui, pour sensibiliser aux urgences de l\u2019environnement, met davantage l'accent sur les Photo: Olivier Cheneval solutions que sur les problèmes.Non pas tant sur les gestes individuels habituellement privilégiés que sur les expériences collectives qui se développent un peu partout.Dans cette perspective, je voudrais souligner deux livres récents qui constituent un excellent prolongement du documentaire: Visionnaires planétaires: 80 hommes pour changer le monde - Entreprendre pour la planète de Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux (2005) et 100 pionniers pour la planète - Des solutions pour une croissance verte de Dimitri Caudrelier et Matthieu Roynette (2009), tous deux publiés aux Éditions JC Lattès.Autant d\u2019exemples qui invitent à créer du neuf et qui montrent qu\u2019un autre monde est bel et bien possible.Photo: Denis McCready DOMINIQUE BOISVERT ES RELATIONS avril-mai 2010 LiVR.es COMPRENDRE POUR AGIR NOUVEAUX CAHIERS DU SOCIALISME « LEUR CRISE!» Montréal, Collectif d\u2019analyse politique (CAP)/Écosociété, n° 2, automne 2009 Leur crise!»: le titre est élo-quent et va droit au but! Ce deuxième numéro des Nouveaux cahiers du socialisme porte sur l\u2019analyse des causes et de la nature de cette crise qui ébranle le monde depuis 2008 et ses répercussions au Québec et ailleurs.Crise des subprimes et du crédit, bulle immobilière, dérégulation, spéculation, financiarisation, épuisement des ressources, explosion des inégalités, irresponsabilité politique : le lecteur est amené à comprendre comment tous ces dérèglements sont interconnectés et inhérents au système capitaliste, dont la finalité demeure toujours plus de croissance, pour toujours plus de profit.Samir Amin démontre bien comment les mesures prises par les gouvernements actuels ne marquent pas «le retour du keynésianisme», contrairement à ce qui est véhiculé dans les médias (dont le rôle aurait d\u2019ailleurs mérité d\u2019être scruté de plus près), mais ne font que « remettre en selle ce même système financiarisé» (p.91).En n\u2019allant pas au cœur du problème, «le système ne recule que pour mieux sauter et une nouvelle débâcle financière, encore plus profonde, sera inévitable» (p.93).Les solutions à court et à long terme, nombreuses et réalistes, sont proposées au fil des pages.Tous les auteurs s\u2019entendent sur la nécessité de la nationalisation pour un bon contrôle public de la finance et une meilleure démocratisation de l\u2019économie.« La durée nécessaire pour assainir la finance sera inversement propor- A)oW\u20ac(7.W^\tekl scdKxIiaM* LEUR CRISE! tionnelle au degré de nationalisation» (Michel Husson, p.123).Aux tenants d\u2019un capitalisme vert, DanielTanuro démontre que «le sauvetage du climat est inséparable d\u2019une mutation socio-économique» (p.113) qu\u2019évoquent aussi Léo Panitch et Sam Gindin.Celle-ci implique de repenser ce que nous consommons, «ce que nous produisons, comment nous le produisons» (p.46).Il s\u2019agit de réorienter l\u2019économie vers sa finalité légitime: le mieux-être de tous les humains.Pour cela, la remise en question du pouvoir des oligopoles est nécessaire.Autre aspect intéressant, les auteurs partagent ce qu\u2019ils ont appris des luttes bien concrètes de la gauche qui s\u2019efforce de construire des alternatives.Dans leur questionnement, ils nomment les écueils passés et présents, les avancées et les reculs, les pièges qui peuvent diviser, les dénominateurs communs qui peuvent rassembler, les initiatives émergentes, ainsi que les luttes à mener dans l\u2019ici et maintenant pour une démocratie authentique.L\u2019accent est mis sur l\u2019importance de ne pas fragmenter les luttes, de les « cristalliser dans une alternative politique cohérente» (p.96).Au terme de sa lecture, le lecteur aura compris qu'avant le capitalisme, le genre humain a vécu pendant des siècles selon une organisation sociale où «l\u2019activité économique était \u201cencastrée\u201d dans la société» (Emmanuel Terray, p.261), en accord avec les normes et valeurs de celle-ci.Puis vint cette profonde coupure dans l\u2019histoire de l\u2019humanité quand le «Dieu Marché» s\u2019est imposé, ce que Karl Polanyi nomme «la grande transformation».Aujourd\u2019hui, ce capitalisme et son Dieu Marché, tant sur le plan social qu\u2019environnemental, nous mènent dans un cul-de-sac.Mais il peut y avoir un après-le-capitalisme, une société centrée sur les humains, si les citoyens décident de prendre la démocratie au sérieux.Tout comme la cupidité est au cœur du problème, la solidarité sera au cœur de la solution.Elle ne peut venir qu\u2019avec la conscientisation.Les Nouveaux cahiers du socialisme y apportent une contribution importante.À première vue, ce numéro peut paraître austère, mais ses 26 courts articles (dont seulement deux par des femmes!), écrits dans un langage clair et intelligent, se lisent facilement.Il se révèle un outil précieux pour comprendre comment fonctionne le monde dans lequel nous vivons.FRANÇOISE BREAULT PROFONDÉMENT ŒCUMÉNIQUE Frédéric Lenoir SOCRATE, JÉSUS, BOUDDHA -TROIS MAÎTRES DE VIE Paris, Fayard, 2009, 300 p.Frédéric Lenoir est à la fois philosophe, romancier et dramaturge, en plus de diriger Le Monde des religions.La liste de ses ouvrages publiés est impressionnante.J\u2019avais recensé ici même assez sévèrement un ouvrage d\u2019Hubert Reeves auquel il avait collaboré.Sa contribution m\u2019avait semblé plutôt superficielle.Il me faut cette fois faire amende honorable.Voici un très beau livre sur « trois maîtres de vie » : Socrate, Jésus et Bouddha.L\u2019approche se veut celle d\u2019un philosophe, donc de quelqu\u2019un qui maintient sa réserve à l\u2019égard de l\u2019adhésion de foi.Démarche rationnelle et rigoureuse.Mais, en même temps, démarche auto-implicative.En page 12, l\u2019auteur parle de sa découverte de Socrate à treize ou quatorze ans!, puis de celle de Bouddha à seize et de celle de Jésus, à dix-neuf ans, à travers l\u2019Évangile de Jean.Systématiquement, l\u2019auteur présente Socrate, Jésus et Bouddha, dans l\u2019ordre et le désordre, pourrait-on dire.Dix chapitres pour faire l\u2019état des lieux: comment les connaît-on, origine so- ES avril-mai 2010 RELATIONS LivR.es Frédéric I iCnoir Socrate Jésus Bouddha Trois maîtres de vie fayard riale et enfance, sexualité et famille, naissance d\u2019une vocation, personnalité, vie en mouvement, l\u2019art d\u2019enseigner, l\u2019art de mourir, ce qu\u2019ils disent d\u2019eux-mêmes et ce que dit la tradition plus tardive.Les cinq derniers chapitres actualisent le message de ces maîtres à penser sur l\u2019immortalité, la vérité, la liberté, la justice et l\u2019amour.Chaque fois, l\u2019auteur analyse le maître de vie sans le juger et en essayant de le situer dans son système de référence.Selon lui, la clé du système de pensée de Socrate est la justice et non l\u2019amour.Celle de Jésus est l\u2019amour, l\u2019amour absolu de Dieu qui renonce à la puissance à travers Jésus.La clé du Bouddha est plutôt la compassion pour atténuer la souffrance et dépasser le désir.Je ne suis pas en mesure de qualifier la rigueur scientifique de l\u2019auteur à l\u2019égard des trois personnages qu\u2019il étudie.Je ne connais pas le Bouddha.Mais ce qu\u2019il dit de Jésus est excellent.La connaissance qu\u2019il en a dépasse de loin les ouvrages qu\u2019il donne en référence.Les citations des évangiles coulent de source et révèlent une fréquentation de l\u2019intérieur.Son approche n\u2019est pas historico-critique, ni proprement exé-gétique.Il s\u2019agit davantage d\u2019une sorte d\u2019actualisation détachée qui laisse au lecteur sa liberté - position philosophique délicate s\u2019il en est une.L\u2019auteur accorde beaucoup d\u2019importance à l\u2019Évangile de Jean comme témoin de la conscience que Jésus a de lui-même.Enfin, sa perspective sur Jésus comme témoin du renoncement de Dieu à sa propre puissance me semble au cœur du message évangélique.Voici un livre profondément dialo-gal et œcuménique.Il ne plaira pas aux sectaires de tout acabit, désireux de vaincre les autres ou de convaincre à tout prix.Mais il aidera les personnes désireuses de sortir du relativisme moral actuel et en quête de justice, de vérité et d\u2019amour.Plus encore, il ouvre l\u2019expérience humaine sur un dépassement d\u2019elle-même, quelle que soit la réponse que l\u2019on donne à cette question.Si l\u2019éthique vous intéresse, si les questions du sens et d\u2019un au-delà de la mort vous interrogent, si l\u2019enfermement des systèmes religieux vous agace, ce livre vous rendra service.ANDRÉ BEAUCHAMP VISITER DES MONDES Christian Bobin LES RUINES DU CIEL Paris, Gallimard, 2009, 181 p.Dans Les ruines du ciel, il y a le jansénisme, Pascal et sa sœur Jacqueline, Racine, Bach, des oiseaux, des pauvres et notre monde.Il y a aussi la mort, le paradis, le beau du monde, des nuages, des arbres, des fleurs et du bonheur.Puis, il y a toujours de la joie de vivre dans les livres de Christian Bobin.Cette joie enfantine qui fait les colères des critiques, cette joie naïve qui fait pester les universitaires.«Le sens de cette vie c\u2019est de voir s\u2019effondrer les uns après les autres tous les sens qu\u2019on avait cru trouver» (p.72).Toujours ce voyage dans le temps chez Bobin.Le voyage d\u2019un écrivain qui pense son monde en réfléchissant sur un autre monde.Le combat de Pascal, les interrogations des jansénistes.Le besoin de sentir l\u2019inutile du sens.Le paradoxe dans lequel les hommes doivent vivre.Est-ce que nous pourrions nous poser quelques questions sans ce paradoxe?Il y a notre recherche de sens et l\u2019inutile du sens.Entre les deux, notre voyage.«Il s\u2019agit d\u2019écrire un tout petit peu plus vite que la mort» (p.74).Pour moi, lire Christian Bobin a toujours été une expérience singulière.Il vient un moment où l\u2019on ne sait plus très bien ce qu\u2019on lit.Un livre sur Pascal, un essai philosophique, un exercice de méditation, les fragments de pensées d\u2019un croyant, un livre d\u2019éthique, un traité sur la musique et les citrons?Non, on ne sait plus très bien.Il faut seulement se glisser dans le décor, visiter avec Bobin ces mondes, tous ces mondes.«Les yeux des pauvres sont des villes abandonnées» (p.115).Ma lecture s\u2019arrête quelques instants.Je lève les yeux de mon livre.Je vais à la fenêtre, je regarde ma ville.Je sais que j\u2019habite l\u2019un des quartiers pauvres de Québec.C\u2019est Bobin qui m\u2019a conduit à ma fenêtre.Je regarde ma ville et c\u2019est comme si je continuais de lire Les ruines du ciel.Je retourne à ma chaise.J\u2019avais griffonné sur une fiche une autre phrase: «Il n\u2019y a aucune différence entre croire et vivre» (p.16).Il faut apprendre à voyager.Oui, la naïveté de Bobin n\u2019est pas la mienne, mais qui exige cela?Qui exige que les écrivains s\u2019imposent à nous à chaque phrase?Je n\u2019ai jamais pensé que la lecture d\u2019un livre était un emprisonnement.C\u2019est plutôt le contraire, lire est une libération, toujours une libération.Je sais qu\u2019un certain terrorisme intellectuel déteste cette liberté.Peu m\u2019importe.«Toutes nos pensées reviennent à chercher la clé d\u2019un paradis dont la porte est ouverte» (p.53).MARC CHABOT LA QUÊTE DU LIEN LES KLIM S 1)1 CIEL vf Hélène Dorion L\u2019ÉTREINTE DES VENTS Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 2009, 141 p.LJ ouvrage d\u2019Hélène Dorion est diffi-, cilement classable.Il se situe entre l\u2019essai, le carnet et le poème en prose, entre une lente contemplation de la vie et une dense réflexion sur la relation à RELATIONS avril-mai 2010 ES LiVR.es soi, aux autres, au monde et à la transy$ cendance.La pensée et l\u2019écriture s\u2019y'^ entrelacent intimement et se répondent l\u2019une à l\u2019autre.De ce dialogue fécond, il ressort un voyage initiatique à travers soi et à l\u2019épreuve du monde.Ce que disait Hannah Arendt du philosophe Walter Benjamin s\u2019applique merveilleusement à Hélène Dorion: elle pense poétiquement.Aiendt voulait dire par là que, chez Benjamin, les métaphores font figure de concepts, seuls aptes à traduire une expérience sensible du monde, impossible autrement.Grâce aux métaphores, un lien se crée, une correspondance s\u2019établit entre des réalités apparemment lointaines : entre les espoirs et les peurs, par exemple, et la nature.«Les métaphores en ce sens, dit Arendt, mettent poétiquement en œuvre l\u2019unité du monde» ( Vies politiques, Gallimard, p.262).C\u2019est à une expérience semblable* que nous convoque le livre d\u2019Hélèi^^f Dorion.Lumière, amour, abîme, chuté,j tempête, douleur, beauté et rédemp-'' tion en constituent le paysage.L\u2019au-teure nous fait éprouver le lien profond, radical, qui nous unit au monde.Ainsi, l\u2019île qu\u2019elle a habitée durant des mois, le sable, l\u2019herbe, la mer, le ciel, le soleil, le vent, les vagues, les arbres, les maisons, les toits, la lumière et ses cou- leurs - surtout le bleu - sont des passerelles qui mènent d\u2019une rive à l\u2019autre de l\u2019existence, du visible à l\u2019invisible, du proche au lointain, du passé à la présence.Nous sommes ainsi conviés à une rencontre entre l\u2019infini et la contingence: la clairière de l\u2019être, l\u2019éclaircie, l\u2019Ouvert, en écho à Rilke.Et, indissociables de ces passerelles, il y a évidemment les mots - les passeurs, les éclaireurs, ces amis essentiels - qui 1.I.T It 1.1N II, DES V EN T S ouvrent le chemin, le creusent, nous entraînent vers le fond, à l\u2019intérieur de soi et du monde, nous apprennent à voir, à vivre - «les mots défrichent l\u2019obscurité au cœur de laquelle j\u2019avance à tâtons» (p.82).Évoquant encore Rilke, Hélène Dorion invite à faire entrer le monde par les pores.Les choses, les êtres et l\u2019environnement qui les enveloppe ne sont pas extérieurs à soi mais dans un rapport de résonance, comme si nous étions tous reliés par un lien invisible, comme les multiples îles d\u2019un archipel.Comme si, entre la vie, soi et le paysage, il y avait une complicité, une amitié, une intériorité commune: «Émerveillée, je regarde cet horizon vaste et plein, à la fois familier et inconnu, et je sais que c\u2019est à l\u2019intérieur de moi que se pose ainsi mes yeux» (p.64).Mais à travers cette méditation, c\u2019est à la description d\u2019un combat que nous avons véritablement affaire.Il y a d\u2019abord un grand basculement de l\u2019au-teure dans la douleur, provoqué par une cassure dans l\u2019amour et un deuil.Dans ce vide, cette chute, se dessine l\u2019expérience fondamentale du recommencement et de l\u2019ouverture.Et au terme du combat intérieur où la nature environnante est l\u2019arène et le témoin surgit une blessure ouverte, une faille immense qui traverse la vie, ou plutôt une brèche.C\u2019est par elle que s\u2019immisce une manière d\u2019être dans l\u2019acquiescement des limites humaines et l\u2019accueil de sa vulnérabilité.Vivre signifie dès lors tendre vers ce qui nous relie, éprouver un tant soi peu le monde comme totalité, source intarissable d\u2019émerveillement.JEAN-CLAUDE RAVET STOIRE Cl 15 24 «UN JOYAU» Daniel Lemay, La Presse BotfCAL -> s xrnEsss 033E OHE t\t, -erm Bokcai resque 50 ans après sa première parution, procurez-vous l\u2019un des plus grands succès de l\u2019édition au Québec.Découvrez ou redécouvrez de façon ludique toute la richesse de notre histoire à travers Le Boréal Express qui est devenu, au fil des ans, une référence en la matière.SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC *£QUES lACOURSIÉRE .m avril-mai 2010 RELATIONS Membre de I' Hgrué COUTflU-BÉGHRIf Saint François d'Assise Louis Roy Marchand UNE FINANCE SOLIDAIRE ET INNOVANTE lettre ouverte aux chrétiens ui veulent changer l'économie OFFICE DE LA PASSION La geste du Grand Roi Saint François d\u2019Assise Médiaspaul 400 p.\u2022 16,95$ L\u2019Office de la Passion, de Saint François d'Assise (1182-1226), le livre de prières le plus original que nous ait légué le Moyen Âge.La Stratégie de l\u2019Iran, Tempora 2030, LA FIN DE LA MONDIALISATION ?Hervé Coutau-Bégarie Tempora 140 p.\u2022 29,95$ La crise financière actuelle met en évidence la fragilité du système international et remet en cause la viabilité de la mondialisation.2030, la fin de la mondialisation ?REPENSER LE CORPS \u2022J- HUMAIN Espérance pour l\u2019Église au Québec Les secrets de la géopolitique LIBÉRER LE DÉSIR Louis Roy \u2022 Médiaspaul 152 p.\u2022 17,95$ ESPÉRANCE POUR L\u2019ÉGLISE AU QUÉBEC Jean-Yves Marchand Médiaspaul 160 p.*21,95$ Regard sur l\u2019évolution de l\u2019Église dans la société québécoise, sur son avenir, celui d\u2019une Église moins puissante mais plus libre pour annoncer l\u2019Évangile.www.mediaspaul.qc.ca Quête de bonheur, espérances, mystique du désir, l\u2019auteur explore l\u2019un des fondements de l\u2019expérience humaine.r ' OJCC otce; ci cœjir MÉDIASPAUL DIFFUSION OFFICE DE LA PASSION LA STRATÉGIE DE L\u2019IRAN Entre puissance et mémoire Matthieu Anguez \u2022 Tempora 172 p.\u2022 27,95$ L'auteur décrypte les forces et les faiblesses géopolitiques de la nation iranienne et analyse la situation politique instable du Moyen-Orient.UNE FINANCE SOLIDAIRE ET INNOVANTE Lettre ouverte aux chrétiens qui veulent changer l\u2019économie Jean-Paul Vigier \u2022 Médiaspaul 152 p.\u2022 23,95$ Pour comprendre les rouages économiques de la crise mondiale.En changeant les mentalités et les modes de vie, on peut changer le monde.LES SECRETS DE LA GÉOPOLITIQUE Des clés pour comprendre Olivier Zajec \u2022 Tempora 184 p.\u2022 29,95 $ Initiation aux fondements des relations internationales et leurs impacts sur les activités politiques, économiques et sociales.REPENSER LE CORPS HUMAIN Marie-Thérèse Nadeau Médiaspaul 168 p.\u2022 21,95$ Une réflexion profonde et globale sur la réalité du corps, lieu de rapport entre les humains et lieu du déploiement de la vie spirituelle. \u2022 .'-V À/-* i * ¦***,\t!$.i HP |*Ie|bP5 -v .i 5*3 ~ rj rf '\t?DEPUIS JANVIER 2009, LA REVUE RELATIONS EST IMPRIMÉE SUR DU PAPIER RECYCLE CONTENANT loo % DE FIBRES POSTCONSOMMATION "]
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