Relations, 1 avril 2011, Avril - Mai
[" PP CONVENTION : 40012169 - ' 1 70* * DE REGARD PERÇANT ReLatiONS Pour qui veut une société juste NuméRO 748 mai 2011 L\u2019emploi: L\u2019État au service des entreprises Précarité, femmes et rapports de pouvoir Quel sens donner au travail?Le retour du capitalisme sauvage Le Tea Party aux États-Unis mm I 5.50 $ 0 ARTISTES INVITÉS : GRAVEURS DE XYLON-QUÉBEC 06538523234705 ReLatiONS NuméRO 748, avRiL-mai 2011 7© DE REGARD PERÇANT ACTUALITÉS\t4 HORIZONS Saint Samuel Ruiz\t9 José Ignacio Gonzalez Faus, s.j.LE CARNET DE BRIGITTE HAENTJENS Les vieux quartiers de La Havane\t10 JE SUIS DE CE MONDE CHRONIQUE LITTÉRAIRE Les sœurs de Shakespeare\t28 Louise Warren AILLEURS La Catalogne vers un État indépendant?30 Agusti Nicolau-Coll REGARD Le Tea Party\t32 Louis Balthazar 70 ANS DE RELATIONS Relations durant la Révolution tranquille Pierre C.Pagé CONTROVERSE\t S\u2019engager socialement,\t est-ce sacrifier sa liberté?\t Catherine Caron\t36 Robert Jasmin\t37 EN BREF\t38 MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture : Zazalie Z, Les ouvrières, 1996, gravure en relief, 10 x 14 cm dOSSieR L'EMPLOI: L'ÉTAU DE LA PRÉCARISATION Instable, flexible, contractuel.les termes qualifiant le travail au XXIe siècle sont révélateurs de la précarisation de cette institution qui connaît des changements profonds sous l\u2019impulsion de la logique managériale.La multiplication des agences de placement non réglementées, la diversification des statuts d\u2019emploi ou encore la dégradation des conditions de travail, incluant celles des intellectuels et des artistes, sont autant d\u2019indices du processus de précarisation, qui affecte une grande partie de la population.Comment comprendre ce phénomène?À qui profite-t-il?Quel est le rôle de l\u2019État québécois dans cette situation?L\u2019emploi: l\u2019étau de la précarisation\tn Jean-Claude Ravet L\u2019État au service des entreprises Rolande Pinard\t13 La précarisation de l\u2019emploi: de quoi s\u2019agit-il?Rolande Pinard\tH Au bas de l\u2019échelle Léa Fontaine\t16 Précarité, femmes et rapports de pouvoir Louise Boivin\tU Les agences de location de personnel Guylaine Vallée\tt8 Quel sens donner au travail?Dominique Méda\t20 La réalité des artistes Catherine Caron\t22 Le retour du capitalisme sauvage Manfred Bischoff\t23 Combattre la précarisation du travail intellectuel Isabelle Renaud\t25 ARTISTES INVITÉS Les artistes Marie-France Bertrand, Ivan Lafontaine, Rolande Pelletier, Marc Pichette, Deborah Wood et Zazalie Z sont membres de l\u2019association de graveurs en relief Xylon-Québec.Comptant 32 artistes membres, celle-ci est la section québécoise de l\u2019association internationale Xylon.Fondée en 1953 à Berne, son objectif est de favoriser les échanges d\u2019expériences et de promouvoir mondialement les œuvres gravées.Le moyen utilisé est la tenue de Triennales.Grâce à Francine Beauvais, des Québécois participent à ces événements depuis 1976.Xylon-Québec édite des livres d\u2019artistes (le quatrième paraîtra en 2011) et organise des expositions.Voir le site: .foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, économiques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Amélie Descheneau-Guay PROMOTION/PUBLICITÉ Jean-Alexandre D\u2019Etcheverry TRADUCTION Jean-Claude Ravet DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Goldstyn, Sophie Lanctôt RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Gilles Bibeau, Gilles Bourque, Eve-Lyne Couturier, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Sylvain Lavoie, Agusü Nicolau, \u2019Guy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine, Louis Rousseau COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Bernard Émond, Brigitte Haentjens, Vivian Labrie, Carolyn Sharp, Marco Veilleux, Louise Warren IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / H DS Canada Relations est membre de la SODEP Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère, EBSCO et dans l'Index de périodiques canadiem, publication de Info Globe.ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 55 S Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.ISSN 0034-3781 Nous reconnaissons l\u2019appui financier du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d\u2019édition.Canada BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 reIations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca avril-mai 2011 RELATIONS ETCHED\"____ Le printemps des revues Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé», disait Lamartine de l\u2019amour.A contrario, l\u2019artiste, l\u2019écrivain, le penseur pourrait dire : un seul lecteur/spectateur existe et l\u2019œuvre a un public.De fait, les artistes et écrivains véritables ne dénigrent jamais un petit auditoire, un faible lectorat, et ils offrent leur talent sans réserve à un seul être humain comme à mille.Voilà des considérations bien étrangères au gouvernement conservateur qui ne voit de valeur que dans le nombre, l\u2019audimat, la production industrielle.Pas de volume, pas de salut.L\u2019heure est aux «gagnants».C\u2019est ainsi que le nouveau Fonds du Canada pour les périodiques réserve maintenant son aide aux éditeurs de magazines et de journaux non quotidiens qui vendent au moins 5000 exemplaires par année, sauf de rares mpi Rolande Pelletier, exceptions.Ainsi, les plus petites À son corps défendant, publications vendant 800 numéros 2010, bois gravé quatre fois dans l\u2019année, par exemple, et découpé,\tn\u2019atteignent pas le seuil requis.C\u2019est 50 x 66 cm\tdire que la majorité des revues cultu- relles membres de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP), soumises à l\u2019étroi -tesse du marché francophone, n\u2019ont plus accès à ce financement fédéral.Par contre, les nouveaux critères ou -vrent la porte à des revues auparavant exclues.L\u2019état de crise qui découle de ce changement effectué au printemps 2010 nous était rappelé par une lettre parue dans Le Devoir du 8 février dernier («Politique culturelle fédérale -Des revues menacées») et lors du Printemps des revues.Cet événement est organisé annuellement par la SODEP au début d\u2019avril.Pour Relations, qui en est membre, ce fut une autre belle occasion de souligner son 70e anniversaire.Fondée et soutenue par les jé -suites, Relations bénéficie d\u2019une si -tuation privilégiée et d\u2019un nombre appréciable de fidèles abonnés.Elle ne dépend ni de subventions, ni de la publicité, bien que ces deux éléments soient de précieux compléments à son financement.Mais elle ne peut qu\u2019être solidaire de ces revues qui traversent une période difficile.Il faut savoir que pour aider ses 44 membres, la SODEP estime qu\u2019un montant de 800 000$ suffirait.Le chiffre est à savourer en pensant qu\u2019en 2010-2011, L\u2019actualité et Châtelaine, toutes deux dans le giron très lucratif de Rogers Publishing Limited, ont reçu respectivement des subventions d\u2019aide à l\u2019édition de 961 769$ et 1 236 251$, d\u2019après les données de Patrimoine canadien.C\u2019est au nom de l\u2019exception culturelle que l\u2019industrie des magazines est ainsi soutenue afin que les Canadiens et les Québécois puissent produire et lire leurs propres publications - et non pas que des produits ou succédanés américains.C\u2019est là une mesure essentielle pour la protection et la promotion de la diversité culturelle que le Canada, en tant que signataire de la Convention de l\u2019UNESCO à ce sujet, doit défendre fermement, notamment dans le cadre des négociations commerciales actuelles avec l\u2019Union européenne.Seulement, une telle mesure se trouve pervertie et détournée de son objectif une fois qu\u2019on coupe le sou- tien aux plus fragiles - qui peuvent difficilement exister sans ce levier par ailleurs essentiel pour aller chercher d\u2019autres revenus - en continuant de subventionner le pôle lucratif de l\u2019industrie.On finance ainsi absurdement ceux qui n\u2019en ont plus besoin et qui publient autant d'incitations à la consommation - par la surabondance de publicités- que de contenus, et pas ceux dont la mission, sans but lucratif, est d\u2019offrir une pensée libre et critique en matière d\u2019art, de littérature, de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019enjeux de société en général.On oublie que c\u2019est à partir de la marge qu\u2019émergent les grands courants et qu\u2019asphyxier ce terreau est mortifère.Les revues culturelles se sont mobilisées, mais elles peuvent difficilement faire autant de bruit que les artistes de la scène, les chanteurs et auteurs qui contestent d\u2019autres décisions gouvernementales aberrantes sans, par ailleurs, se faire respecter et entendre comme il le faudrait.Mince consolation, elles ont toujours accès aux programmes des conseils des arts, ce qui n\u2019est pas le cas des revues engagées sur le terrain du social et du politique, comme nous le sommes, aux côtés de Possibles, Le Couac, À bâbord!, L\u2019Aut\u2019journal, Le Mouton noir, les Nouveaux Cahiers du socialisme, etc.Les cas diffèrent, certaines de ces publications bénéficiant notamment de l\u2019appui de syndicats, mais toutes survivent essentiellement grâce à la générosité et au labeur de militants qui accouchent d\u2019un petit miracle à chacune de leurs parutions.À quand des pouvoirs publics qui nous montreront, dans le dossier de l\u2019édition des revues et journaux, autre chose que la petitesse de leur vision de la diversité d\u2019opinion et d\u2019information pourtant au cœur du processus démocratique?CATHERINE CARON RELATIONS avril-mai 2011 actuaLites L'auteur est conseiller syndical au Service des communications delaCSN Photo: Archives CSN Mobilisation au CSSS Jeanne-Mance Les compressions budgétaires provoquent des effets néfastes et une mobilisation citoyenne exemplaire contre le désengagement de l\u2019État du financement de nos services publics.FRANÇOIS L\u2019ÉCUYER Septembre2007.PhilippeCouillard, alors ministre de la Santé, annonce la fermeture du centre d\u2019hébergement Jacques-Viger, l\u2019un des huit centres d\u2019hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance.Celui-ci dessert la po -pulation du centre-ville et du Plateau-Mont-Royal.Le ministère évoque la vétusté de l\u2019immeuble.Néanmoins, cette fermeture s\u2019inscrit tout autant dans un vaste plan de réorganisation des services destinés aux personnes en perte d\u2019autonomie.Sur le seul territoire montréalais, depuis 2006, l\u2019Agence.de la santé et des services sociaux de Montréal a procédé à la fermeture de 1700 lits en CHSLD et à leur rempla- cement graduel par des ressources in -termédiaires privées.Juin 2010.Après plusieurs mois de négociations plutôt secrètes avec l\u2019Agence, la directrice du CSSS Jeanne-Mance, Sylvie Simard, annonce aux membres du conseil d\u2019administration de l\u2019établissement que 16,5 millions de dollars ont été retranchés de son budget annuel (qui est d\u2019environ 160 millions).Cette ponction budgétaire provoque un déficit annuel de 7,5 millions, qui doit être effacé en deux ans.La fermeture du centre Jacques-Viger sert de justification, ce qui se défend mal puisque 70% de sa clientèle a été replacée dans les autres installations de ce CSSS.Les abolitions de postes, effectives depuis l\u2019automne dernier, touchent l\u2019ensemble des services du CSSS et remettent sérieusement en question la santé et la sécurité des bénéficiaires.Cela signifie des étages de centre d\u2019hébergement laissés sans supervision pendant de trop longues minutes; l\u2019arrêt de services cruciaux (comme les bains ou la popote roulante) pour les usagers du service de soutien à domicile; de nombreux centres de la petite enfance et écoles qui devront dorénavant se passer des services de dépistage précoce de problèmes d\u2019apprentissage offerts par les travailleuses sociales du CLSC.Tout ceci en plein cœur de Montréal, dans l\u2019une des zones les plus défavorisées de la métropole.Le Syndicat des travailleurs et des travailleuses du CSSS Jeanne-Mance, essuyant un refus de la direction de discuter de la réorganisation des services, s\u2019est rapidement mobilisé.«Couper dans les services, c\u2019est malade! », clame leur campagne.En plus de mobiliser les salariés des différents établissements touchés par les coupes et par les surcharges de travail qu\u2019elles occasionnent, le syndicat s\u2019est donné comme priorité d\u2019informer les bénéficiaires et les groupes communautaires du territoire des enjeux et des impacts du plan de compression mené, sans consultation aucune, par la direction.Des dossiers recensant les conséquences dans les CHSLD ont ainsi été distribués aux familles des bénéficiaires.Des assemblées populaires ont permis de rejoindre les groupes communautaires.Rapidement, un mouvement citoyen rassemblant forces syndicales et communautaires de même que les familles touchées s\u2019est mis en branle.Les conseils d\u2019administration du CSSS et de l\u2019Agence de Montréal ont été pris d\u2019assaut, les différents acteurs exigeant des explications de la part des décideurs.Le directeur de l\u2019Agence, David Levine, \t.¦ \t avril-mai 2011 RELATIONS actuaLites s\u2019est contenté d\u2019expliquer que le CSSS Jeanne-Mance, en répondant à 90% des besoins de sa clientèle, en faisait trop et qu\u2019il fallait ramener ce taux de réponse à la moyenne montréalaise de 80%.On punit donc l\u2019efficacité de nos services publics en provoquant un dangereux nivellement par le bas.Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, peut-être inquiet de voir la couverture médiatique prendre de l\u2019ampleur, a accepté la demande de rencontre du syndicat et annonçait, en décembre dernier, la mise sur pied d\u2019une table de travail entre le syndicat et la direction du CSSS, chapeautée par son sous-ministre.Les travaux ont débuté en janvier.Les enjeux posés par les compressions budgétaires au CSSS Jeanne-Mance renvoient à un débat beaucoup plus large, soit celui du financement des services publics québécois.Le gouvernement coupe dans les budgets des établissements publics et n\u2019hésite pas à se désinvestir de sa mission en fermant des lits en CHSLD pour renvoyer la res- ponsabilité à des promoteurs privés, chargés de prendre soin de nos aînés.Les récentes révélations faites par les médias au sujet du traitement qu\u2019on réserve à ceux-ci dans certains centres d\u2019hébergement privés (Pavillon Marquette, Villa Sainte-Anne) donnent froid dans le dos.Elles sont le résultat d\u2019un processus de désengagement de l\u2019État qui a déjà fait assez de ravages et qui doit cesser.\u2022 Prière et crucifix au conseil municipal Dans le duel entre le maire de Saguenay et le Mouvement laïque québécois, les protagonistes sont animés - de part et d\u2019autre - par le même zèle intempestif.MARCO VEILLEUX X A la mi-février dernier, le Tribunal des droits de la personne du Québec a statué que la ville de Saguenay devait cesser la récitation de la prière au début de ses assemblées et retirer le crucifix et la statue du Sacré-Cœur de la salle du conseil municipal.Cette décision faisait suite à une plainte déposée par un citoyen de la ville et par le Mouvement laïque québécois (MLQ) - toujours friand de telles croisades.De son côté, le maire Jean Tremblay a dé -cidé de faire appel de ce jugement.Pour financer ces procédures qui ont déjà coûté bien cher aux contribuables de sa municipalité, il a lancé une campagne de souscription populaire à l\u2019échelle du Québec.Près de 150 000 $ ont déjà été amassés.Le maire de Saguenay est un catholique convaincu.Nous ne saurions en douter! Cependant, dans cette affaire dont il a fait un combat personnel, beaucoup de choses sont mêlées.D\u2019abord, dans une conférence de presse tenue le 16 février, il affirme que «les accommodements raisonnables, ça semble bon pour tout le monde au Québec, sauf pour les catholiques».C\u2019est là un abus de langage.Au sens juridique, nous ne sommes pas du tout ici en présence d\u2019un cas «d\u2019accommodement raisonnable».Le véritable enjeu est tout autre: est-ce que la récitation d\u2019une prière et des objets religieux ont leur place dans une salle de conseil municipal?Tout en étant - je l\u2019espère - un catholique tout aussi convaincu que Jean Tremblay, je crois que non.Les enceintes de nos institutions politiques se doivent d\u2019être «neutres».Étant le lieu par excellence de la délibération citoyenne, leur «neutralité» incarne l\u2019idéal de respect du pluralisme et de l\u2019égalité de tous qui est au fondement d\u2019une société libre et démocratique.Le maire de Saguenay, toujours dans la même conférence de presse, procède à d\u2019autres raccourcis tout aussi critiquables.Selon lui, «comme Québécois, nous sommes particulièrement \u201cmous\u201d par rapport à nos convie- L'auteur est membre tions, à ce qui fait notre identité, à ce\tdei'éq uipe du Centre qui nous unit.Notre peuple et nos justice et foi valeurs de Canadiens français sont en train de s\u2019effriter.» Un tel discours ne tient pas la route, car il fait fi d\u2019un demi-siècle de redéfi -nition du nationalisme québécois.Bien sûr, le catholicisme est une dimension constitutive et incontournable de notre histoire (n\u2019en déplaise au MLQ), et les catholiques peuvent légitimement contribuer aux débats publics à partir de leurs convictions.Toutefois, l\u2019identité et la fierté nationales des Québécois ne peuvent plus être ainsi directement amalgamées avec la foi catholique.Ces relents d\u2019un nationalisme «ethno-religieux» témoignent donc d\u2019une impasse.Qu\u2019un nombre non négligeable de personnes - incluant même des RELATIONS avril-mai 2011 actuaLites PRiE DE ( \"Tzwr £i'M?LEA^EfJT V.faîpE VC7JVB Sou £> c (4\t* o Mil» cr&fmy #*i 1 C-Ftf £- J> S' 'T\" \u2022/ />/ athées notoires - veuillent suivre le maire Tremblay sur cette voie sans issue est plus que troublant.Il faut y voir le symptôme d\u2019un sentiment de déroute et d\u2019insécurité identitaire qui ébranle présentement de larges pans de la société québécoise.Ce symptôme doit être écouté et analysé avec sérieux et respect.Il exprime un réel malaise social, politique, économique et culturel diffus dans la population.L\u2019inaction déplorable du gouvernement, après la publication du rapport Bouchard-Taylor, y est d\u2019ailleurs certainement pour quelque chose.Dans cette guerre idéologique à finir entre le maire de Saguenay et le MLQ, n\u2019y aurait-il pas «une troisième voie» possible?Au lieu de nous battre autour de la récitation d\u2019une prière, n\u2019aurait-il pas été plus simple et mieux avisé de transformer cette dernière en minute de silence?Faire silence, au début de l\u2019assemblée municipale, serait pleinement respectueux des droits et libertés de tous.Cette pratique serait donc incontestable sur le plan juridique.En outre, le silence peut favoriser l\u2019ouverture d\u2019un espace pour la rencontre de l\u2019autre aux multiples visages et convictions.Une telle pratique pourrait certainement nourrir une éthique sociale et politique à la hauteur des exigences de notre démo- cratie pluraliste.Les croyants n\u2019y perdraient rien et les non-croyants pourraient y gagner quelque chose.Quant au crucifix et au Sacré-Cœur, il ne faudrait quand même pas en faire des «fétiches identitaires»! Pour un chrétien, Jésus-Christ n\u2019est pas réductible à «une pièce de patrimoine» ou à «une oriflamme nationaliste ».Dans nos enceintes politiques, nous l\u2019honorerions bien davantage en mettant au cœur de nos préoccupations le souci des pauvres, la protection du bien commun et la lutte à la corruption, qu\u2019en nous agitant pour le maintien de son effigie sur un mur ou une tablette.\u2022 Non à la surveillance de Taction communautaire L\u2019autonomie des groupes communautaires et les services publics sont menacés par le projet de convention du gouvernement conjuguant contrôle accru et arbitraire.L\u2019auteur est professeur de droit à l'UQAM GEORGES LEBEL Beaucoup a déjà été dit sur les transformations de l\u2019État québécois, la privatisation des services publics et l\u2019instrumentalisation du milieu communautaire à cette fin.On le sait maintenant, l\u2019État préfère faire faire et «piloter plutôt que ramer».Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, l\u2019a avoué sans vergogne, par- lant des organismes communautaires : «Vous ne nous coûtez pas cher pour ce que vous faites.» C\u2019est ainsi que toute une série de services, autrefois publics, sont maintenant sous-traités à des initiatives du Chantier de l\u2019Économie sociale ou de l\u2019action communautaire dite «autonome».Aujourd\u2019hui, au moins 800 M$ de fonds publics y sont consacrés et plus de 3500 groupes y participent.Mais il y a un problème pour l'État: comment planifier, uniformiser et contrôler de manière centralisée les prestations de services sous-traités à ces groupes qui se prétendent «autonomes»?La solution proposée: le contrôle par la régulation comptable des organismes financés dans le cadre du Programme de soutien financier aux organismes communautaires (PSOC).Sa mise en œuvre a été préparée de longue main.En 2006, le gouvernement commande une enquête au Vérificateur général du Québec sur les groupes avril-mai 2on RELATIONS actuaütes communautaires - sous prétexte que s\u2019ils dépensent de l\u2019argent public, ils devraient répondre aux strictes exigences de la gestion des fonds publics (mais pour trois fois moins cher!).Peu de groupes contestent l\u2019obligation de rendre des comptes, pourvu qu\u2019on leur en donne les moyens.Toutefois, ils n\u2019acceptent pas qu\u2019on en profite pour transformer leur présence solidaire et contrôler le rapport à leurs membres.C\u2019est ce qui se profile lorsque le rapport 2009 du Vérificateur - oh! surprise - recommande un resserrement des contrôles financiers.Le ministère de l\u2019Emploi d\u2019abord, puis celui de la Santé et des Services sociaux (MSSS) publient leurs nouvelles exigences de reddition de compte sous la forme d\u2019une proposition de «convention» (sic) de financement.Aux demandes du Vérificateur, ces ministères ajoutent leurs mesquineries: pouvoir d\u2019inspection impromptu, transmission de dossiers nominatifs, vérification des relations des membres du CA et des autres sources de financement, exigences comptables tatillonnes, etc.Mais, surtout, ils se donnent le pouvoir d\u2019an -nuler et de modifier unilatéralement ladite convention, et même de réclamer le remboursement des sommes déjà versées si le ministre juge que le groupe n\u2019a pas atteint les objectifs et rendu les services promis au moment de l\u2019octroi - souvent trois ans avant.Aucun critère ne limite l\u2019arbitraire du ministre.De plus, le fonctionnaire sympathique aux groupes qu\u2019il n\u2019aura pas sanctionnés pour s\u2019être écartés du plan approuvé ou imposé pourra perdre son poste, puisque l\u2019article 18 de la Loi de l\u2019Administration publique stipule que: «Lorsqu\u2019une personne qui exerce le pouvoir de surveillance et de contrôle sur une unité administrative considère que celle-ci n'a pas atteint ses objectifs annuels ou que son dirigeant ne s\u2019est pas conformé à la convention de performance et d\u2019imputabilité, cette personne peut remplacer le dirigeant de cette unité.» Mais surtout, cette mécanique sert la privatisation des services publics.Ce qui est offert aux groupes de l\u2019action communautaire autonome dans le cadre du PSOC l\u2019est aussi aux fondations privées, aux initiatives privées de l\u2019Économie sociale et à toute entreprise privée qui pourra rencontrer les exigences arbitraires du ministre.Si les groupes refusent, on leur signalera qu\u2019il y a de nombreux groupes privés qui attendent de faire le travail à leur place.C\u2019est à prendre ou à laisser, car c\u2019est ainsi qu\u2019on «rendra la pauvreté rentable», selon les mots de Frédéric Lesemann.Résultat: plus de 1600 organismes communautaires en santé et services sociaux, appuyés par une centaine d\u2019organisations de la société civile, rejettent à ce jour la convention proposée par le MSSS et la logique de pri- vatisation des services publics qui la sous-tend.À l\u2019appel de la Coalition des tables régionales d\u2019organismes communautaires et de la Table des regroupements provinciaux d\u2019organismes communautaires et bénévoles, ils ont signé une résolution commune rejetant le projet de convention et s\u2019engageant à continuer de respecter les règles et les lois en vigueur au sujet de la reddition de comptes.Leur campagne porte déjà ses fruits, car le ministère a accepté de mettre sur pied un groupe de travail mandaté pour revoir l\u2019ensemble du projet de convention et en arriver à une entente satisfaisante avec les organismes communautaires.Pour suivre l\u2019évolution de cette campagne: .\u2022 Quelle urgence de béatifier Jean-Paul II?Le prédécesseur de Benoît XVI sera béatifié à Rome le ier mai prochain, six ans à peine après son décès.Ce sera la béatification la plus rapide de l\u2019histoire moderne.Pourquoi?LOUIS ROUSSEAU De nombreux théologiens estiment déjà que cette béatification annoncée est une décision inopportune, prématurée et imprudente qui relève peut-être d\u2019une certaine panique au sein d\u2019un appareil de pouvoir atteint par de multiples crises délégitimant son autorité morale et spirituelle.On est en droit de se de -mander pourquoi le Vatican transgresse ses propres règles bureaucratiques en ne soumettant pas la «cause» de Jean-Paul II à l\u2019examen critique de sa vie prévu par le droit canonique, ne serait-ce que parce que la vie d\u2019un leader absolu d\u2019un milliard de chrétiens est susceptible de questionnements très complexes?Le Vatican aurait-il ainsi tout intérêt à sacraliser ce pape avant que le regard des historiens n\u2019ait eu le temps de se déployer?Il ne s\u2019agit pas de désavouer globalement le bilan historique de Jean-Paul II, dont le «règne» a été le plus long dans l\u2019histoire de la papauté (1978-2005), après Pie IX.Mais il paraît L\u2019auteur est professeur associé au Département de sciences des religions de l\u2019UQAM RELATIONS avril-mai 2011 actuaütes important de relever des éléments sujets à débat concernant l\u2019activité gouvernante de celui que Rome s\u2019apprête à présenter comme un modèle de perfection chrétienne, appelant ainsi à la prudence plutôt qu\u2019à l\u2019urgence d\u2019une béatification.Durant le concile Vatican II (1962-1965), l\u2019évêque de Cracovie, Karol Jôzef Wojtyla - qui allait devenir pape sous le nom de Jean-Paul II - a été l\u2019un des responsables du comité qui a recommandé de ne pas modifier la position de l\u2019Église catholique concernant la planification des naissances et la morale sexuelle.En août 1968, Paul VI optait pour cette position et refusait la recommandation de l\u2019autre comité proposant une évolution de la doctrine, à l\u2019heure de l\u2019accessibilité de la contraception chimique.Cette date est devenue un repère majeur dans l\u2019histoire du catholicisme romain contemporain.La fonction centrale d\u2019autorité dogmatique conquise par la papauté du XIXe siècle (infaillibilité), avec le pouvoir conséquent sur les con -sciences, va s\u2019effriter partout en Occident à une vitesse inouïe.La raison est fort simple: les femmes catholiques entendent bien évaluer elles-mêmes la moralité des moyens contraceptifs qu\u2019elles découvrent et qui leur semblent d\u2019emblée positifs.Les prêtres et les épiscopats nationaux ont pesé longtemps, par la suite, pour que Rome réforme sa position à ce sujet.En imposant d\u2019autorité son refus lors de son accession à la fonction papale, Jean-Paul II a fortement contribué à la perte d\u2019autorité morale de l\u2019évêque de Rome.Plus grave encore sans doute, son refus d\u2019examiner la moralité de l\u2019utilisation des condoms pour diminuer la diffusion du sida a contribué à la propagation d\u2019une maladie causant un nombre intolérable de morts.Dans le contexte de cette épidémie mondiale, certains associent même ce refus à un crime contre l\u2019humanité.Jean-Paul II a également soutenu d\u2019une main ferme la réaction du gouvernement central catholique contre la montée en responsabilité des évêques dans leurs Églises locales - selon le principe de collégialité souhaitée par l\u2019Église universelle lors du concile Vatican IL Cela s\u2019est traduit par la restriction graduelle des nouveaux pouvoirs des assemblées épiscopales et par une génération de nominations d\u2019évêques au profil obédientiel assuré.En nommant, en 1981, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi Joseph Ratzinger - qui allait lui succéder comme pape -, Jean-Paul II lançait une action qui aura pour effet d\u2019identifier, d\u2019accuser et de condamner les principaux théologiens qui, en Amérique latine, mais pas uniquement, étaient en train d\u2019élaborer une théologie mettant la libération des pauvres au cœur du message et de l\u2019action de l\u2019Église.Ce ne furent pas les seules cibles de l\u2019inquisition romaine, mais il est possible de s\u2019interroger sur les effets pervers de ces poursuites dans les pays les plus pauvres qui allaient bientôt devenir objets de conquête du pentecôtisme d\u2019origine américaine.À côté de ces impacts, il faudrait également ouvrir le dossier de la liberté de pensée théologique de plus en plus laminée par la censure et l\u2019autocensure.Que dire, finalement, du dossier de la pédophilie et du rôle de l\u2019autorité romaine, sous sa gouverne, dans le maintien d\u2019une culture du secret et de la dissimulation au profit de l\u2019image publique de l\u2019institution et au détriment des victimes?Si Benoît XVI a fini par admettre la responsabilité de la hiérarchie catholique, cela devrait bien toucher à la conduite de son prédé -cesseur.Sans compter la complaisance évidente de ce dernier à l\u2019endroit du fondateur des Légionnaires du Christ, Maciel Degollado, coupable avéré d\u2019actes pédophiles à l\u2019endroit de plusieurs de ses recrues.Que le pape Jean-Paul II ait été un saint homme, plein de vertus et de bons vouloirs est insuffisant pour le constituer en modèle.Ces quelques arguments avancés ici suffisent à démontrer le caractère inopportun, prématuré et imprudent de la décision prise en urgence.Très peu de papes ont été canonisés dans l\u2019histoire.Il y a sans doute des raisons qui expliquent cette réserve.Subitement, Rome veut canoniser Pie XII et Jean-Paul IL La sainteté des papes serait-elle en train de remplacer leur infaillibilité au sein d\u2019une Église qui semble tentée par le repli sectaire?\u2022 Notre prochain numéro: L'islam mystique.La voie sou fie (418) 653-6353 cahiersi@centremanrese.org www.centremanrese.org La spiritualité en dialogue avec la culture contemporaine avril-mai 2011 RELATIONS HoRiZoNs Saint Samuel Ruiz JOSÉ IGNACIO GONZALEZ FAUS, S.J.Au lendemain de la mort de Samuel Ruiz, le 24 janvier dernier, un journaliste mexicain m\u2019a écrit : « Nous sommes nombreux à pleurer la mort de Tatic Samuel.Il était et continuera d\u2019être une lumière pour nous dans le combat pour la paix et la dignité de notre peuple maltraité.Il ne sera probablement jamais canonisé: le Vatican ne récompense pas toujours ceux qui œuvrent à la libération des pauvres et qui sont engagés avec les invisibles de la société.Mais le bien qu\u2019il a fait est si extraordinaire que pour beaucoup d\u2019entre nous il est déjà notre saint Samuel.» Cet homme, qui a réussi à passer inaperçu aux yeux des médias de masse, a offert son appui à plus de 40000 paysans guatémaltèques forcés de traverser la frontière mexicaine les mains presque vides, fuyant un génocide social et ethnique.Il fut le premier à se préoccuper de ces réfugiés, bien avant le Haut-Commissariat des Nations unies.Il a fondé le Comité de solidarité avec les réfugiés guatémaltèques qui leur a apporté une aide alimentaire, des soins de santé, du soutien et des encouragements.Il a accompagné des malades à l\u2019hôpital et caché des personnes poursuivies par les forces paramilitaires.Son appui au mouvement zapatiste (qui a pris naissance en partie dans les organisations de catéchèse mises sur pied par don Samuel) a réussi à attirer l\u2019attention de l\u2019État mexicain.Les investissements sociaux qui ont été accordés après le soulèvement populaire ont sans doute évité une effusion de sang.Comme évêque, il a formé patiemment un grand nombre de diacres mariés qui ont été de véritables leaders dans leurs collectivités.À la lumière de ces expériences, ces dernièrés ont fini par se demander pourquoi ces diacres ne pouvaient pas devenir prêtres puisqu\u2019ils étaient effectivement leurs «pasteurs», au sens biblique.La réaction de Rome a été non pas d\u2019accueillir cette demande dans la prière et l\u2019écoute de la volonté de Dieu, mais d\u2019interdire par décret toute nomination de nouveaux diacres.Plus tard, quand don Samuel fut remplacé par un autre évêque, celui-ci a fait son possible, mais il est triste de constater le déclin de ces collectivités quelques années plus tard.Il a souffert aux côtés des victimes humiliées par la cruauté humaine et leur a enseigné à travailler pour la justice, les libérant de tout sentiment de rancoeur et de tout mouvement de vengeance.Je ne vois, pour finir, meilleur hommage que de citer des extraits de l\u2019homélie de l\u2019évêque Raul Vera à ses obsèques: «Comme le prophète Jérémie, il a vécu et expérimenté la contradiction.\u201cVois, je t\u2019établis en ce jour sur les nations et sur les royaumes, pour ar -racher et pour abattre, pour perdre et pour démolir, pour bâtir et pour planter\u201d (Jérémie 1,10).Il est arrivé dans un Chiapas marqué par les plaies de l\u2019injustice et de la violence contre le peuple autochtone et contre les pau -vres.Il a vu de ses propres yeux, sur leurs épaules, les marques de coups de fouets des propriétaires terriens; il a constaté le salaire de misère qu\u2019ils re -cevaient.Il a rencontré les jeunes filles autochtones soumises au \u201cdroit de cuissage\u201d (le patron, avant le ma - riage, ayant le pouvoir de vérifier la virginité de la jeune fille en couchant avec elle).Toutes ces injustices envers les Mayas, il les a dénoncées avec la force de la vérité, de la justice et de l\u2019amour.au nom d\u2019une Église en construction au sein de laquelle les injustices et les mauvais traitements devaient aussi disparaître et les esclaves et les sans-voix connaître la dignité que Dieu leur a accordée dès leur naissance.Tatic Samuel a aidé ceux qui étaient opprimés et humiliés à devenir des témoins de la justice.Nous qui avons eu la chance de collaborer avec lui au Chiapas, nous comprenons d\u2019où lui venait la force inébranlable qui le caractérisait: \u201cEt voici que moi je fais de toi une place forte, un pilier de fer, un rempart de bronze, face au pays tout entier.Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te sauver\u201d (Jérémie 1, 18-19).Heureux est-il, car il s\u2019est identifié avec les pauvres et les affligés, il s\u2019est acharné à vaincre le mal à force de bien.Il a souffert aux côtés des victimes humiliées par la cruauté humaine et leur a enseigné à travailler pour la justice, les libérant de tout sentiment de rancœur et de tout mouvement de vengeance.Il a été un modèle d\u2019homme affamé et assoiffé de justice.Toi qui as été objet d\u2019injures et calomnies, de persécutions et d\u2019insultes: réjouis-toi devant Dieu parce que tu as été témoin fidèle de Jésus!» \u2022 L'auteur, théologien, est membre du centre jésuite catalan Cristianisme i Justicia RELATIONS avril-mai 201 Le caRNet________ De BRigitte HaeNtjeNS LES VIEUX QUARTIERS DE LA HAVANE Pour une fois, j\u2019ai une belle histoire à raconter.Elle se passe à Cuba.Évidemment, en cet hiver qui s'achève, Cuba évoque plutôt les belles plages, les beaux corps et les séjours tout-compris qui ont parfois des arrière-goûts d\u2019hospices de luxe et La Havane, un parcours touristique balisé.Or, dans cette Havane si fascinante, si grouillante de vie, un homme pilote un projet extraordinaire.Ce projet s\u2019appuie sur des bases exactement opposées à celles qui prévalent chez nous et qui permettent, par exemple, la restauration ou l\u2019aménagement de certains quartiers sans tenir compte de l\u2019histoire de la ville et de ses habitants, ni de son patrimoine culturel.Il s\u2019agit plutôt ici de revitaliser complètement les vieux quartiers de La Havane en mettant en valeur ses anciennes richesses architecturales.À la tête de cet immense chantier, Eusebio Leal, intellectuel, historien, philosophe, homme d\u2019action et de foi à qui Fidel Castro a donné la latitude nécessaire pour réaliser son rêve.Leal n\u2019a pas d\u2019ambition politique, le pouvoir ne l\u2019intéresse pas.Par son travail et son engagement, il est pourtant en train de changer en profondeur son pays.À partir des cinq places de la vieille ville, la restauration que dirige Leal s\u2019étend aux églises, aux bâtiments et aux palais où s\u2019ancrait le colonialisme espagnol.Mais ce qui en fait l\u2019originalité, c\u2019est que ce n\u2019est pas uniquement un projet architectural, mais culturel.Leal édite une revue prestigieuse consacrée à La Havane.Il pilote aussi une radio publique, une maison d\u2019édition qui publie des livres concernant le passé de la ville.Il a fondé une école où les jeunes de la vieille Havane peuvent apprendre la maçonnerie, l\u2019ébéniste-rie, tous les métiers liés à la restauration.Le philosophe s\u2019intéresse à tous les aspects de la culture, y compris les facettes plus populaires et artisanales.Il a créé un musée du Café, un musée du Chocolat, un musée consacré à la culture afro-cubaine.Par ailleurs, son travail s\u2019étend aussi à l\u2019aspect social de la restauration en développant des services spécifiques destinés aux habitants, comme une clinique d\u2019obstétrique.L\u2019historien met sur pied, dans toute la vieille ville, des comités mixtes de citoyens,-architectes, ingénieurs et travailleurs sociaux qui écoutent les habitants et mettent en place des outils de développement social spécifiques à La Havane.Petit à petit, la vieille ville, ravagée par la surpopulation, l\u2019air salin, le soleil, la pluie et l\u2019incurie gouvernementale, renaît, reprend des couleurs, comme si la sève y circulait de nouveau.Les conséquences de cette revitalisation sont d\u2019une importance fondamentale, car elles touchent plusieurs aspects de la vie quotidienne et communautaire.Leal réalise une véritable révolution dans un pays où ce mot est devenu plutôt galvaudé.En redonnant aux habitants un environnement vivable, il permet l\u2019émergence d\u2019un sentiment de fierté face au patrimoine et à l\u2019histoire, de même qu\u2019une appartenance au quartier et au pays qui devient à son tour un moteur d\u2019identité et de changement.Bien sûr, le régime castriste était totalement indifférent à l\u2019architecture.Comme bien de ses alliés socialistes, Fidel Castro n\u2019a privilégié pendant des années que des constructions « utiles » : hôpitaux, casernes, etc.Par principe, le régime n\u2019était pas particulièrement intéressé par la richesse du patrimoine culturel hispanique et colonial.C\u2019est la raison pour laquelle, avant l\u2019initiative de Leal, les édifices de la vieille Havane étaient en train de s\u2019effondrer et les vieux quartiers se trouvaient dans un état de délabrement catastrophique.Cette révolution n\u2019est évidemment possible que parce qu\u2019elle rapporte des sous.Les emplois créés, les revenus générés par les nouveaux hôtels construits dans la vieille ville donnent, on le sait, une légitimité plus forte que la brillance intellectuelle.L\u2019originalité de la démarche de Leal réside dans le fait que les revenus générés sont à 80% réinjectés dans le quartier et sa restauration.Les rues des quartiers de la vieille Havane sont pleines de monde le soir.On pourrait comparer cette performance avec celle de certains quartiers montréalais, restaurés dans le seul esprit de la spéculation immobilière -comme le Vieux-Montréal, réservés aux nantis et déserts après 16 h.Bien sûr, le projet de Leal peut être critiqué sur certains de ses aspects, par exemple le fait que les autres cultures qui ont innervé La Havane, la culture africaine en particulier, soient peu présentes dans le patrimoine restauré.Mais il n\u2019en demeure pas moins que Leal est un visionnaire et que notre société a besoin d\u2019individus capables de renouveler notre vision de l\u2019avenir.Une vision qui s\u2019appuie sur d\u2019autres modèles que ceux basés sur le seul profit de quelques-uns et sur l\u2019absence d\u2019imagination et de générosité.P.-S.: merci à Jean Fugère de m\u2019avoir fait connaître la culture cubaine et de m\u2019avoir initiée au travail de Leal.\u2022 ES avril-mai 2011 RELATIONS I dOSSieR L\u2019emploi : l\u2019étau de la précarisation / ÆÊm- \u2022\tV- JEAN-CLAUDE RAVET Les emplois précaires et atypiques sont en croissance au Québec comme ailleurs, avec tout ce que cela signifie d\u2019insécurité, de pertes de droits, de dépendance, de pauvreté.L\u2019étau de la précarisation se resserre sous l\u2019effet d\u2019un système économique qui relègue les conditions de travail à la marge du contrat social.Ce qui compte, c\u2019est l\u2019accumulation du profit des entreprises et la concentration des richesses entre les mains d\u2019un petit nombre.L\u2019écart entre les riches - qui se portent à merveille - et les pauvres se creuse effrontément.Le marché capitaliste - et sa rationalité instrumentale qui domine toutes les sphères de la vie - menace la société, ainsi coupée en deux: d\u2019un côté une élite privilégiée, de l\u2019autre une masse livrée à la précarité.L\u2019élite économique des sociétés occidentales - nous n\u2019avons qu\u2019à penser au Manifeste des lucides-a l\u2019impudence, dans ce contexte, d\u2019accuser les travailleurs de paresse, forte d\u2019un discours dominant qui fait passer la précarisation du travail comme une fatalité, heureuse de surcroît.N\u2019en fait-elle pas l\u2019éloge en proposant comme modèle l\u2019individu-entreprise, entrepreneur de sa RELATIONS avril-mai 2011 Rolande Pelletier, Lignes brisées, 2007, assemblage de 5 variantes 5i6R propre vie?Belle affaire pour ceux et celles que les conditions précaires dépouillent de la protection sociale et des droits du travail.Ce n\u2019est pas l\u2019autonomie qui s\u2019ouvre à eux, mais une nouvelle forme de servitude.La parenthèse historique de l\u2019État-providence nous avait fait oublier la sauvagerie du capitalisme et sa logique implacable - centrée sur l\u2019accumulation du capital et la maximisation des profits - qui n\u2019a que faire du «bien-être» de la société.Ces années de compromis social avaient été possibles, entre autres, en renvoyant le gros de la précarité en dehors des sociétés occidentales.Mais à l\u2019heure de la globalisation capitaliste, celle-ci ne pouvait que refluer de nouveau avec force.Car dans cette dynamique, la société -et donc le politique qui est la capacité d\u2019orienter de manière réfléchie son développement global en vue du bien commun -, n\u2019a d\u2019autre fonction que de mettre la table à la production déchaînée de marchandises et de valeurs en bourse.L'oubli de la société en tant que telle, voilà ce à quoi nous mène la rationalité économique dominante qui pénètre, envahit et colonise toutes les sphères de vie.La précarisation est son maître-mot.Elle touche tous les pans de l\u2019existence soumise aux contraintes du capital, mais aussi les écosystèmes pillés sans état d\u2019âme pour en extraire leur « richesse ».Le monde comme la société étant devenus étrangers à l\u2019économie, ils n\u2019existent que comme ressources à exploiter.Si la précarité est la forme « naturelle » du travail dans la logique capitaliste, l\u2019emploi se présente comme la question vitale autour de laquelle tendent à tourner toutes les autres questions de l\u2019existence.Parce qu\u2019en avoir un permet non seulement de gagner sa vie, mais aussi d\u2019exister socialement.C\u2019est là la condition sine qua non, dit-on, de l\u2019intégration sociale.Cette conception est à l\u2019image de l\u2019ordre social fondé sur le productivisme et le conforte.Car «une société de travailleurs» ou d\u2019employés - et non pas de citoyens - laisse dans la marge un nombre d\u2019activités «inutiles» mais essentielles, irréductibles à l\u2019échange marchand.Pire, elle subordonne l\u2019activité politique et créatrice et en restreint l\u2019expression.Comme si le politique n\u2019avait pour fonction essentielle que d\u2019assurer la bonne marche de la production : la liberté harnachée à la nécessité.Le combat pour un travail décent et l\u2019élargissement des droits du travail que cela implique, contre leur réduction en peau de chagrin, doivent être accompagnés d\u2019une remise en question radicale de l\u2019emprise symbolique de la logique marchande qui régit la société et nos manières de vivre.Le travail salarié ne peut plus être l\u2019activité humaine centrale dans la société, d\u2019autant plus que la production de la richesse qui se concentre entre les mains d\u2019une minorité en est de plus en plus déconnectée, ou en nécessite de moins en moins.C\u2019est pourquoi aussi, l\u2019intégration sociale ne peut plus être assurée - au moins exclusivement - par le travail.Le droit d\u2019avoir des droits et la reconnaissance sociale doivent reposer sur l\u2019activité politique qui crée de véritables liens sociaux, en luttant contre les rapports de domination et en partageant les richesses - et non sur cette activité où l\u2019on se vend pour vivre.C\u2019est dans cet espace public que les citoyens engendrent la solidarité sociale.Le combat doit donc être à la fois en faveur du droit au travail, et à un travail digne, et contre l\u2019emprise de la rationalité économique et instrumentale sur la société, afin de donner au travail sa juste place dans l\u2019existence, conçue en tant que projet de vie - sauf à consentir que le vécu continue d\u2019être muselé, étouffé et subordonné à une « inculture de vivre » (André Gorz).«La liberté consiste moins (ou de moins en moins) à nous affranchir du travail nécessaire à la vie qu\u2019à nous affranchir de l\u2019hétéronomie, c\u2019est-à-dire à reconquérir des espaces d\u2019autonomie où nous puissions vouloir ce que nous faisons et en répondre.» André Gorz, Métamorphoses du travail.Quête de sens ES avril-mai 2011 RELATIONS ELLE s'amohceLU sur le sol L\u2019État au service des entreprises EA IM19 hév^s HP^ irI U
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