Relations, 1 septembre 2011, Septembre
[" PP CONVENTION : 40012169 7oh \" DE RECARD PERÇANT ReLatiONS Pour qui veut une société juste NumeRO 751 septemBRe 2011 Jeunes voix MHN W g?1/ engagées La jeunesse altermondialiste Sortir du modèle entrepreneurial Étudiants et militants Génération sur le qui-vive Paroles féministes NOUVEAUTÉS Le carnet de Wajdi Mouawad La chronique littéraire de Suzanne Jacob 5.50 $ ARTISTE INVITÉE : VÉRONIQUE DOUCET 77176685879109 ReLatiONS 7e> NumeRO 751, septemBRe 201 DE REGARD PERÇANT ACTUALITÉS HORIZONS L\u2019intransigeance de LifeSiteNews\t9 José Rosario Marroquin, s.j.LE CARNET DE WAJDI MOUAWAD Généalogie des Minotaures\t10 HUIT VARIATIONS SUR LE TEMPS CHRONIQUE LITTÉRAIRE Commencer recommencer, comment\tc\u2019est.\t28 Suzanne Jacob AILLEURS Grèce: entre crises et révoltes\t30 Christian Brouillard REGARD Biodiversité, écosystèmes et big business\t32 Cécile Sabourin 70 ANS DE RELATIONS L\u2019entrée de Relations au Centre justice et foi 35 Albert Beaudry CONTROVERSE Hausser les impôts des entreprises les fait-elles fuir?Pierre-Antoine Harvey\t36 Josée Lamoureux\t37 EN BREF\t38 MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture: Véronique Doucet, Réveillez le mouton noir qui dort en vous/, 2011, techniques mixtes sur mdf récupéré, 30,5 x 28 cm dOSSieR JEUNES VOIX ENGAGÉES La vague de cynisme qui submerge nos sociétés n\u2019atteint pas toute la jeune génération; l\u2019altermondialisme et l\u2019écologisme, entre autres, témoignent d\u2019une vitalité militante.Mais dans un contexte socio-économique favorisant l\u2019individua -lisme au détriment des enjeux collectifs, le risque est réel que cet engagement soit de plus en plus vécu «à la carte», comme une expérience professionnelle «à valeur ajoutée».Qu\u2019est-ce qui motive, en 2011 au Québec, les jeunes à s\u2019engager dans les mouvements étudiant, indépendantiste, féministe?De quoi est fait l\u2019engagement des jeunes croyants progressistes, ou encore celui des jeunes artistes?Jeunes voix engagées\tn Amélie Descheneau-Guay La jeunesse altermondialiste\t13 Table ronde avec Nathalie Guay, Maude Prud'homme, Simon Tremblay-Pepin, Alexandre Vidal Engagé auprès des plus démunis\t17 Yann Panneton Sortir du modèle entrepreneurial\t18 Éric Martin Étudiants et militants\t20 Alexandre Leduc Parole d\u2019une jeune poète\t21 Hélène Matte Génération sur le qui-vive\t23 Noémie Delisle Paroles féministes\t24 Entrevue avec Barbara Legault, réalisée par Anne-Marie Claret Jeunes chrétiens en recherche\t27 Marco Veilleux ARTISTE INVITÉE Artiste engagée, multidisciplinaire et environnementaliste, Véronique Doucet vit en Abitibi depuis 2000.Sa quête artistique s\u2019oriente vers l\u2019équilibre entre l\u2019humain et la nature.« Sans l\u2019humain, la planète Terre n\u2019a plus d\u2019importance.À son tour, sans la Terre, l\u2019humain n\u2019est rien! » C\u2019est pourquoi elle s\u2019intéresse à l\u2019art thérapie et à la biotransformation.Elle a été boursière du Conseil des arts et des lettres du Québec à trois reprises, notamment pour le projet « Aldermac plantation minière » qui a mené à la restauration d\u2019un site minier abandonné - une belle victoire environnementale.Ses œuvres ont été exposées dans les centres d\u2019exposition et d\u2019artistes du Québec et de l\u2019Ontario.Elle est également cofondatrice du Groupe écocitoyen (GÉCO).Consulter: .foNüée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, économiques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Amélie Descheneau-Guay TRADUCTION Jean-Claude Ravet DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Jacques Goldstyn, Lino, Marie Surprenant RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Gilles Bibeau, Gilles Bourque, Eve-Lyne Couturier, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Agusti Nicolau, 'Guy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine, Louis Rousseau COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Bernard Émond, Suzanne Jacob, Vivian Labrie, Wajdi Mouawad, Carolyn Sharp, Marco Veilleux IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / HDS Canada Relations est membre de la SODEP Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère, EBSCO et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l'étranger: 55$ Étudiant: 25$ Abonnement de soutien : 100 S (un an) TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.ISSN 0034-3781 Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada, par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d'édition.Canada BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca septembre 2on RELATIONS éDitORiaL Véronique Doucet, Nous ne sommes pas maîtres dans notre maison, car les mines sont dans le sous-sol, 2011, techniques mixtes sur mdf récupéré, 42 x 76 cm La montée de Pextrême droite Nous aurions tort de banaliser les attentats du norvégien Anders Behring Breivik, sous prétexte qu\u2019ils seraient le fruit isolé d\u2019un déséquilibré mental.Nous nous empêcherions ainsi de percevoir l\u2019horizon plombé sous lequel ils ont pris forme, à savoir l\u2019influence grandissante et dangereuse de l\u2019idéologie d\u2019extrême droite qui engendre chez bien des gens des visions cauchemardesques qui pourraient encore accoucher de la mort.Le document de plus de 1500 pages qu\u2019il aurait peut-être aimé laisser comme testament - 2083.A European Declaration of Independence - où il livre les motifs de ses actes, apparaît comme un immense collage d\u2019analyses européenne et américaine d\u2019extrême droite qui circulent sur Internet.Même les passages dont il semble être l\u2019auteur sont le plus souvent des plagiats maquillés.Comme si nous avions affaire à un homme incapable de pen- ser par lui-même, tout entier possédé par la logique d\u2019une idée qui se subs -titue à la vie et à la réalité.Anders Behring Breivik se veut un rouage d\u2019un engrenage implacable.Ainsi en vient-il à prévoir la révolution de l\u2019Occident contre le soi-disant envahissement islamique en 2083, étant l\u2019aboutissement de suites d\u2019événements aussi inévitables qu\u2019inhumains.Pas étonnant qu\u2019il se perçoive plus rationnel et logique que croyant.Nous avons ainsi affaire à un formidable livre ouvert sur l\u2019idéologie d\u2019extrême droite.On aurait donc tort de le refermer trop vite pour le placer sur les rayons des faits divers, si macabre fut-il.Il nous enseigne que des chapitres s\u2019écrivent encore un peu partout, de mains diverses.Jean-Marie Le Pen, en France, Pat Buchanan, aux États-Unis, comme bien d\u2019autres, ont dit publiquement partager ses analyses.En mars dernier, le cinéaste Hugo Latulippe exprimait dans nos pages («Ces porteurs d\u2019éclairs», Relations n° 747, mars 2011) son indignation devant la montée en force des mouvements d\u2019extrême droite en Europe et notamment en Norvège, où le Fremskridtpartiet obtient 14% des voix: «La prédation s\u2019immisce tranquillement/ dans le quotidien des Républiques européennes/ Encore.» Et il en appelait à la vigilance et à la résistance.Elles sont de mise, en effet, même ici.Pensons à l\u2019influence grandissante du Tea Party chez nos voisins du sud.Même si ces mouvements sont probablement condamnés à rester minoritaires dans la société, si ce n\u2019est marginaux, tout au moins au Québec, leur idéologie demeure pernicieuse car elle en vient à se répandre à travers des stéréotypes et des préjugés, à travers la peur de l\u2019étranger et l\u2019obsession sécuritaire, et à revêtir un vernis de légi -timité dans des lois anti-immigration, par exemple.Un certain appel à la vertu de la Nation comme à une innocence ou une pureté perdue y fait aussi écho, sans parler de la rhétorique, si présente dans nos médias, de la menace islamiste qui chercherait à saper les fondements démocratiques de l\u2019Occident - quand ceux-là mêmes qui crient au loup sont les premiers à s\u2019en charger.La déclaration du maire d\u2019Oslo au lendemain des attentats nous indique la voie à suivre : répondre à ce genre d\u2019actes par encore plus de démocratie.C\u2019est dans cette direction qu\u2019il faut tendre.Opposer à la passion destructrice de la haine la passion sereine de la vie.Opposer à la peur de l\u2019autre et au repli dans des blocs identitaires monolithiques et imperméables - terreaux fertiles aux idées d\u2019extrême droite - la participation démocratique et la responsabilité citoyenne à l\u2019égard du bien commun.À travers elles peut se forger une culture commune, en rassemblant et dépassant les différences dans la lutte collective pour une société juste.Nous comprenons pourquoi l\u2019apolitisme ambiant, stimulé par la société capitaliste, est peut-être le plus sûr allié de l\u2019extrême droite.*** Nous sommes heureux d\u2019accueillir comme chroniqueur, après dix ans d\u2019absence de nos pages, le dramaturge Wajdi Mouawad.Il prend le relais cette année de Brigitte Haentjens comme auteur du Carnet.Il avait tenu, en 2000-2001, la chronique Prisme, un lointain prélude au présent carnet puis, en 2001-2002, la chronique Feuilleton qui inaugurait notre chronique littéraire.Celle-ci sera cette année à la charge de l\u2019écrivaine et poète Suzanne Jacob qui a publié, entre autres, chez Boréal, Un dé en bois de chêne (2011) et Amour, que veux-tu faire?(2010).Marie Surprenant, qui a été par deux fois artiste invitée à Relations (notamment dans le numéro précédent sur la lecture), accompagnera de ses peintures les textes de l\u2019écrivaine.Amis lecteurs, amies lectrices, bonne rentrée! JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS septembre 2011 actuaütes © Juger les crimes de Jean-Claude Duvalier L\u2019impunité qui gangrène le système de justice en Haïti est une plaie ouverte depuis des décennies.Il est temps d\u2019y mettre fin.L\u2019auteure est membre du conseil exécutif de la Ligue des droits et libertés.Elle était jusqu\u2019à récemment chargée de programme en Haïti pour Avocats sans frontières Canada FRANCINE NEMEH Le développement économique et social d\u2019Haïti a pour condition préalable l\u2019instauration d\u2019un État de droit.Or, l\u2019impunité est contraire à l\u2019État de droit.Sans un système de justice fonctionnel, donc exempt de corruption, cette gangrène s\u2019étend et se propage.Si le retour de Jean-Claude Duvalier en Haïti, le 16 janvier dernier, a été perçu par plusieurs comme une catastrophe, il est aujourd\u2019hui évident qu\u2019il s\u2019agit plutôt d\u2019une occasion à saisir pour sortir une fois pour toutes le pays du bourbier de l\u2019impunité dans lequel s\u2019enlisent toutes les ini- tiatives de développement démocratique.Les défenseurs de Duvalier font valoir que les crimes dont est accusé l\u2019ex-dictateur, qui ont eu lieu il y a plus de 25 ans, sont prescrits - le délai pour les juger étant dépassé.Or, les organisations internationales sont unanimes: les crimes reprochés sont tels qu\u2019ils sont imprescriptibles et Haïti a l\u2019obligation d\u2019enquêter et de poursuivre les responsables.La lecture de l\u2019excellent rapport de Human Rights Watch d\u2019avril 2011, Haïti, un rendez-vous avec l\u2019Histoire, est éclairante.Le document rapporte des violations des droits humains commises sous le régime de Jean-Claude Duvalier: disparitions, assassi- Je.ve) Véronique Doucet, Équanimité au féminin, 20ii, techniques mixtes sur mdf récupéré, 24 x 24 cm m septembre 2011 RELATIONS RELATIONS septembre 2011 m dOSSieR Véronique Doucet, Fish and ship alter-mondialiste, 2011, techniques mixtes sur mdf récupéré, 24 x 24 cm Rel.: Est-ce que ton engagement rejoint une quête de sens?B.L.: Tout le monde a le droit au bonheur, c\u2019est entre autres pour cette raison que je suis devenue militante féministe.Nous n\u2019avons pas d\u2019autres choix que d\u2019améliorer le monde dans lequel nous vivons et d\u2019apprendre à mieux vivre en -semble, les individus comme les peuples.Le problème, c\u2019est que trop de gens pensent qu\u2019on ne peut pas changer les choses.Il faut briser notre petite bulle individualiste et rejoindre des groupes existants ou en former de nouveaux.Saisir et sentir qu\u2019il y a des problèmes, de la souffrance vécue individuellement ou collectivement et s\u2019investir avec d\u2019autres pour transformer ces situations, cela donne un sens énorme à la vie.Mais le sens de la vie ne peut se ré -duire à la lutte.Il faut aussi alimenter la dimension culturelle, spirituelle, savoir se ressourcer dans la nature.Cela fait partie intégrante de la démarche féministe.Le mouvement féministe semble s\u2019être « désartistisé».J\u2019aimerais qu\u2019un théâtre féministe existe encore, des fées qui ont soif, des Pol Pelletier qui nous tirent en avant et nous inspirent, au-delà de la lutte «matérielle».La lutte donne un sens à ma vie mais je veux que ma vie ait un sens en soi, sinon je ne saurai pas quoi faire au lendemain de la révolution! En terminant, je voudrais lancer un appel aux groupes communautaires : pourrions-nous bannir le mot relève?La relève signifie que l\u2019on relève les plus anciennes de leurs fonctions.Or, nous ne voulons pas qu\u2019elles partent, ni prendre leur place, ni faire exactement les mêmes choses de la même manière.D\u2019ailleurs, nous sommes déjà là en 3 3 train de lutter à leurs côtés, même si nous ne sommes pas toujours dans les mêmes institutions.Il n\u2019y a pas de conflit de générations.Certes, nous ne sommes peut-être pas toujours d\u2019accord sur l\u2019analyse et les tactiques à privilégier, mais nous sommes du même côté de la barricade! \u2022 ENTREVUE RÉALISÉE PAR ANNE-MARIE CLARET POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES BECQUET, Valérie et DE LINARES, Chantal (dit.), Quand les jeunes s\u2019engagent: entre expérimentations et constructions identitaires, Paris, L\u2019Harmattan, 2005.COLLECTIF, J\u2019aurais voté Oui mais j\u2019étais trop petit, Montréal, Éditas, 2011.DES INTERGALACTIQUES, Génération altermon -dialiste, Paris, Syllepse, 2003.FAHMY, Miriam et ROBITAILLE, Antoine,Jeunes et engagés, St-Laurent, Fides, 2005.GAUTHIER, François et PERREAULT, jean-Philippe (dir.),Jeunes et religion au Québec, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2008.JEWSIEWICKI, Bogumil et LÉTOURNEAU, jocelyn (dir.), Les jeunes à l\u2019ère de la mondialisation.Quête identitaire et conscience historique, Sillery, Septentrion, 1998.LAMOUREUX, Ève, Art et politique.Nouvelles formes d\u2019engagement artistique au Québec, Montréal, Écosociété, 2009.MUXEL, Anne, Avoir 20 ans en politique: les enfants du désenchantement, Paris, Seuil, 2010.PRONOVOST, Gilles et ROYER, Chantal, Les valeurs des jeunes, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 2004.QUÉNIART, Anne et JACQUES, Julie, Apolitiques, les jeunes femmes?Regards sur les formes et le sens de leur engagement, Montréal, Relais-femmes, 2002.SOUCHARD, Maryse, SAINT-JACQUES, Denis et VIALA, Alain, Les jeunes: pratiques culturelles et engagement collectif, Québec, Nota bene, 2000.REVUES Altermondes, dossier «Trop jeunes pour changer le monde?», n°n, septembre 2007.De l'indignation à l\u2019espérance.Le sens de l'engagement chez les 20-45 ans- Rapport du CPMO (CPRF), 2002.Lien social et politique, dossier « Engagement social et politique dans le parcours de vie», n°5i, printemps 2004.MILAN, Anne, «Volonté de participer: l\u2019engagement politique chez les jeunes adultes», Tendances sociales canadiennes, n° 11-0008, hiver 2005.Possibles, « Les jeunes réinventent le Québec», vol.31, nos 1-2, 2007.QUÉNIART, Anne et JACQUES, Julie, «Trajectoires, pratiques et sens de l\u2019engagement chez des jeunes impliqués dans diverses formes de participation sociale et politique», Politique et société, vol.27, n° 3, 2008.Relations, L.Boivin, «Individualistes, les jeunes?», n° 680, novembre 2002; j.P.Perreault, «Une pratique à transmettre», n° 700, mai 2005; C.Rioux, « Les leçons de la grève étudiante», n° 703, septembre 2005; P.Sévigny, «Forces étudiantes contre l'armée», n°725, juin 2008 et «Toujours rebelles», n° 729, décembre 2008.m septembre 2011 RELATIONS Jeunes chrétiens en recherche MARCO VEILLEUX Comment, lorsque l\u2019on est un jeune chrétien préoccupé par les questions sociales, articuler sa foi et ses engagements?C\u2019est la question que se posent, depuis bientôt un an, deux groupes - l\u2019un à Québec et l\u2019autre à Montréal - d\u2019hommes et de femmes âgés entre 25 et 40 ans.Cette quinzaine de personnes est rassemblée par le Centre justice et foi dans le cadre d\u2019un projet financé par la Fondation Béati.Celui-ci porte sur la transmission aux nouvelles générations d\u2019une pratique croyante d\u2019analyse et d\u2019engagement pour la justice sociale.Cette démarche nous place d\u2019abord devant un fait démographique: les «jeunes croyants» étant relativement peu nombreux au Québec, les «jeunes croyants engagés socialement» sont encore plus rares.Ils se retrouvent donc dans une position de double marginalité : minoritaires dans leur Église à cause de leur âge et de leurs préoccupations sociales, ils le sont également, à cause de leur foi, au sein des groupes ou mouvements séculiers de la société civile.Cette double marginalité explique probablement les quelques constats qui se dégagent des échanges que nous avons menés jusqu\u2019ici avec cet échantillon limité, mais représentatif, de jeunes croyants engagés.D\u2019abord, il ressort que plusieurs membres de cette génération éprouvent un malaise à s\u2019identifier comme des «militants».Pour eux, la militance évoque plus souvent qu\u2019au-trement une sorte d\u2019activisme essoufflant.En tant que croyants, ces jeunes sont en quête d\u2019une «spiritualité de l\u2019action».Ils désirent que leurs engagements s\u2019inscrivent dans un horizon de significations existentielles plus large.Ils ont donc soif de temps de recul et de retour réflexif sur l\u2019action - temps qui leur apparaissent trop souvent éludés chez les militants sociaux qu\u2019ils rencontrent.Cette légitime recherche de lieux de discernement pour orienter et nourrir l\u2019engagement peut aussi parfois les plonger dans une certaine forme d\u2019inertie.Comme bien d\u2019autres de nos contemporains, ces jeunes croyants sont très sceptiques à l\u2019égard de ce que l\u2019on a appelé les «grands récits».Ils ne croient plus vraiment à la I possibilité d\u2019une révolution sociale globale; à l\u2019idéal d\u2019une totale libération des peuples, des classes et des individus; à la transformation radicale des systèmes et des institutions; ni même, souvent, au projet de souveraineté nationale du Québec.Face à la complexité du monde actuel, leurs espérances sont beaucoup plus modestes et fragiles.Ils cherchent à établir des solidarités à échelle humaine.Ils misent beaucoup sur les «petits gestes» et les «petits pas» qui peuvent faire une différence ici et maintenant.Leur mobilisation est rarement sans réserve : ils veulent préserver leur qualité de vie, leur liberté personnelle et de penser, leur «jardin secret».Au-delà des causes, ils sont surtout interpellés par des «témoins».Ils souhaitent également, par-delà la nécessaire critique des structures, nouer de réels liens de proximité avec des pauvres, des étrangers et des exclus.Pour eux, en effet, ce n\u2019est pas d\u2019abord les idées, les débats ou les rapports de force qui «mènent le monde», mais plutôt le risque de la relation à l\u2019autre - où se révèle, pour un croyant, le visage de l\u2019Autre.Ils se méfient donc énormément des discours trop fortement campés sur le plan idéologique.À cause de cela, certains les jugeront - à tort ou à raison - comme étant peu « radicaux».À la différence de toute une génération de militants de l\u2019Action catholique qui, dans les années 1960 et 1970, a opté largement pour «l\u2019immersion totale dans les combats du monde» en se faisant extrêmement discrète sur ses convictions religieuses, ces jeunes revendiquent explicitement leur appartenance à la tradition chrétienne.Ils se demandent comment la foi, qui est pour eux une véritable instance de critique sociale, peut faire une différence dans l\u2019engagement.Parce qu\u2019ils ont baigné depuis toujours dans une culture profondément marquée par le pluralisme et la diversité des appartenances identitaires, ils veulent pouvoir nommer cette différence chrétienne.Sans tomber dans le prêchi-prêcha ou le prosélytisme, ils tiennent à affirmer que c\u2019est d\u2019abord et avant tout l\u2019Évangile qui les pousse à l\u2019engagement.Le Sermon sur la montagne (Matthieu 5) leur paraît être une inspiration tout aussi valable et percutante que bien des manifestes ou programmes de gauche.Toutefois, parce qu\u2019ils se sentent porteurs d\u2019une espérance qui concerne ce monde, tout en le dépassant, ces jeunes croyants éprouveront probablement toujours une sorte de tension.Celle-ci sera féconde si, au lieu de les paralyser, elle les amène à s\u2019inscrire lucidement dans des réseaux sociaux et ecclésiaux plus larges.Et, ce faisant, à oser faire alliance avec tous ceux et celles qui œuvrent, par-delà les différences de convictions et de générations, à faire advenir la justice - ce signe indubitable, pour les croyants, du Royaume.L\u2019auteur, membre de l\u2019équipe du Centre justice et foi, accompagne deux groupes de jeunes préoccupés par le lien entre la foi et l\u2019engagement RELATIONS septembre 2011 m Huit vaRiatiONS sur Le temps CHRONiçue LittéRaiRe Variation i m Commencer recommencer, comment c\u2019est.TEXTE: SUZANNE JACOB PEINTURE: MARIE SURPRENANT De tous les appartements que j\u2019ai visités cet été dans le but d\u2019en louer un pour moi-même, un seul échappe, dans mon souvenir, au culte de l\u2019écran géant, un seul échappe à la captivité dans l\u2019espace réquisitionné par l\u2019image.Chez la plupart, pas même une table commune où s\u2019asseoir pour partager la nourriture avec les récits de la journée; ce sont plutôt des comptoirs où on se juche le temps d\u2019avaler le morceau éjecté par le four microondes.Il y a déjà quelques années, lors d\u2019un assez long séjour dans Charlevoix, lorsque je partais marcher le soir, je ne rencontrais personne.J\u2019apercevais la lueur bleutée des écrans et je ne pouvais m\u2019empêcher de penser à tous ces corps captifs, des plus jeunes aux plus vieux.À la parole se décomposant dans les bouches, aux mémoires qui lentement s\u2019atrophiaient dans l\u2019illusion de s\u2019ouvrir à la mémoire des autres, puis à la pensée : je pensais à la pensée.Penser à l\u2019état de la pensée captive de l\u2019espace cadré de l\u2019image faisait toujours apparaître les montagnes de sacs de chips voyageant dans les camions, puis dans les estomacs.Je noyais mes oreilles dans le chant du fleuve en essayant de ne pas me répéter les mauvaises nouvelles qui couraient à son sujet, que ses grands lacs originaires s\u2019épuisaient.Lorsque je marchais à l\u2019aube, personne non plus, ni plus d\u2019enfants.La seule femme dont j\u2019avais entendu parler qui marchait tard le soir et tôt le matin, on m\u2019avait dit qu\u2019elle était folle.Peut-être pour me prévenir que je pouvais le devenir, que j\u2019étais en train de le devenir, seule vigile de l\u2019aube et du crépuscule?Qu\u2019est-ce qu\u2019elle cherche?À se faire assassiner?L\u2019assassin est l\u2019écran, il fourbit ses armes avec un sourire complice car ce n\u2019est pas moi qu\u2019il compte tuer.« Le temps ne dort plus en nous ni ne s\u2019éprend de nous.» Paul Chamberland.Où dort-il donc, qui aime-t-il donc?Ce serait cela, la confiscation du temps, sa destruction.À toi de résister.Commence.Recommence.Essaie de trouver la marque du commencement du temps et du recommencement du temps dans ta propre présence, sinon dans ta propre absence.Je vois bien que plusieurs se font tatouer des toupies sur la peau pour mieux suivre leur destination dans l\u2019espace-temps, je commence par une destruction que je voudrais éviter de commettre et que je commets contre moi-même, contre la résolution que j\u2019ai prise d\u2019éviter tout contact de l\u2019être négatif que je suis avec la mondanité positive.Ça crève les yeux qu\u2019une telle résolution, fondée sur une réelle bonne intention de ne pas contaminer l\u2019ambiance, est utopique.Ce n\u2019est tout de même pas moi qui suis responsable de la confiscation du temps, et de sa destruction, j\u2019ai déjà donné, désolé, mais j\u2019ai déjà donné, je vous ai accompagné sans déchirer les feutres de vos ambiances, n\u2019est-ce pas, vos mains, je les ai tenues entre mes mains, et je n\u2019ai pas commenté ni parlé de niaiseries, cependant et ce n\u2019est qu\u2019un exemple, une fois tiré d\u2019affaire et en retour, vous, vous me demandez si je suis bien dans ma peau.Je vous réponds que je ne suis pas une couleuvre ni un sac à main, ni une paire de chaussures, de gants, que voulez-vous, je ne comprends pas la question, je dois la détruire, je vous demande comment vous pouvez supporter, endurer, soutenir «être bien dans sa peau» comme expression courante de l\u2019ambiance, comme condition, comme injonction de l\u2019ambiance, voilà l\u2019état de l\u2019espace qui ne sait plus passer à l\u2019histoire, et le temps serait une ambiance à la carte, le temps viendrait en kit, pyramide égyptienne, monastère népalais, années cinquante chromées, futuriste rétro, à monter et à démonter suivant le pouls de votre libre personnalité - vous ne croyez ni à l\u2019ADN ni à la matrice, ni au mimétisme ni à la communauté, ni aux cicatrices, ni aux fêlures, étant toujours vous-même et votre propre label par l\u2019effet d\u2019un pur acte répété mais toujours originel de création, on distribuerait du pain gratuitement tous les matins comme à Constantinople en l\u2019an 400, au bon vieux temps, on cesserait d\u2019aligner vos chaises roulantes pour la même soirée de télévision, toujours la même, on vous laisserait parler, on vous supplierait de raconter ce que vous avez vu du monde de vos propres yeux, n\u2019auriez-vous vu du monde que le seul visage qui vous ait aimanté, je vous parle sans pouvoir me représenter un visage, ni le vôtre, ni le mien, ce qui me fournit des arguments conceptuels pour me livrer à un vandalisme intérieur qui abolit chaque amorce de mots sacrés pour s\u2019en faire un sacre, m septembre 2on RELATIONS ijH Pictures of nothing 41, 2009, huile sur papier, 86 X 66 cm le commencement, quand j\u2019ai découvert que ces minuscules poussières noires enfermées dans une enveloppe se changeraient en radis rouges si je les plantais dans la terre, il fallait que je leur donne un espace, de l\u2019eau, du temps.Le carré de terre qu\u2019on m\u2019avait alloué donnait sous la fenêtre de ma chambre.J\u2019ai veillé.Les radis étaient tout petits, très rouges.Ils devenaient très gros si je les mettais sous la loupe.J\u2019aimais terriblement ma mère.Je lui ai offert les radis vus sous la loupe.J\u2019irai plus loin, vers les églantiers mêlés aux odeurs de diésel de la voie ferrée, le train de midi, celui de quatre heures, c\u2019est devant moi, c\u2019est le recommencement qui fuit devant, j\u2019irai vers le feu jusqu\u2019au fredonnement qui apaise la soif des braises d\u2019enflammer la forêt au centre de la nuit, personne ne vous demande jamais à quoi vous avez rêvé?Personne, pourquoi ça, pourquoi?Les Anciennes faisaient faire aux Anciens des offrandes de miroirs au soleil afin de lui faire prendre conscience qu\u2019il se levait et qu\u2019il était nécessaire à l\u2019espèce humaine qu\u2019il se lève: que dois-je t\u2019offrir, mon dieu, quel noir et lent miroir tendu sur la montagne, pour que tu prennes conscience que tu ne te lèves plus parce que tu ne te crois plus nécessaire aux humains d\u2019aucune façon parce que l\u2019écran, comme un rat, a mangé ton visage?Écoulements, ruissellements, glissements, c\u2019est cela, perdre la foi, avant l\u2019âge de bronze et avant l\u2019invention du miroir, on faisait comme Narcisse, on trouvait une eau lisse et calme au-dessus de laquelle se pencher pour apercevoir le reflet de son visage, le reflet imbibait la terre et c\u2019est ainsi que vous étiez semés, visages, allez, remets ton masque, tourne donc le sablier, recommençons la partie, allez, tu ne rateras pas ton épisode, l\u2019assassin se débrouillera bien sans toi.\u2022 RELATIONS septembre 2011 m aiLLeuRS Grèce: entre crises et révoltes La révolte populaire en Grèce est l\u2019expression du refus des «solutions» à la crise et du modèle néolibéral qui en est la cause.CHRISTIAN BROUILLARD L'auteur est professeur\tI 1 agitation sociale et populaire de science politique\tI\tqui secoue la Grèce depuis au cégep de Drum -\tLa l\u2019éclatement de la crise finan- mondvüie\tcière de 2009 et l\u2019instauration de mesures d\u2019austérité ne constitue pas un moment isolé dans l\u2019histoire récente du pays.Si les prémisses de cette crise hégémonique remontent aux années 1990, lorsque l\u2019État a introduit en accéléré le modèle néolibéral, elle s\u2019inscrit dans un contexte historique plus large qui a conduit la population à remettre radicalement en cause la légitimité du pouvoir dominant.CONTEXTE HISTORIQUE Durant la Seconde Guerre mondiale, la Grèce est occupée par l\u2019Allemagne nazie.Cette occupation brutale suscite, en retour, la formation d\u2019un mouvement de résistance, dont une des forces principales est le Parti communiste de Grèce (KKE).À la fin de la guerre, les milices communistes refusent de dé -sarmer, contrairement aux .milices françaises et italiennes, par exemple.Ce refus tenait à la nature du régime politique qui serait mis en place après le conflit: république ou monarchie.Alors que le KKE appelle à l\u2019instauration d\u2019un régime républicain, les Britanniques, débarqués en Grèce en 1944, soutiennent les forces monar- IACÉDOI ITALIE TURQUIE © GRÈCE MER MÉDITERRANÉE chistes et d\u2019extrême droite.Rapidement, cette lutte débouche, en 1946, sur une guerre civile, premier acte de la Guerre froide.Soutenues par les États-Unis, qui ont pris le relais de la Grande-Bretagne, les forces monarchistes vont défaire, en 1949, les maquis communistes lors d\u2019une lutte sanglante qui fera environ 150 000 morts et des dizaines de milliers de réfugiés, laissant des marques importantes dans la mémoire collective grecque.Le bloc politique dominant, constitué pour l\u2019essentiel de la monarchie, l\u2019armée et l\u2019extrême droite - soudées par un même anticommunisme -, bloquera pendant près de vingt ans toute tentative de modernisation ou de libéralisation du pays.Des fissures apparaissent en 1963 avec les premières élections législatives libres depuis 1923 et l\u2019arrivée au pouvoir de l\u2019Union des centres.Il s\u2019ensuit une période d\u2019instabilité politique, les forces centristes étant incapables de marginaliser l\u2019extrême droite, notamment au sein de l\u2019appareil militaire.La crise est résolue, en 1967, par la voie autoritaire quand une junte d\u2019officiers réalise un coup d\u2019État avec le soutien actif des États-Unis.Cette dictature des colonels se maintiendra au pouvoir en tentant d\u2019éliminer toute forme d\u2019opposition libérale ou de gauche et en abolissant la monarchie en 1973.Le contre-coup de cette répression tous azimuts fut une diminution drastique des appuis dont jouissait la dictature et sa mise au ban de la Communauté européenne: en 1969, la Grèce est exclue du Conseil de l\u2019Europe.Cette situation, en effet, ne pouvait conduire qu\u2019à une désaffection des secteurs économiques modernes désirant avoir accès au marché européen.Cette convergence conjonc- turelle entre ces acteurs capitalistes et la résistance populaire sera fatale à la dictature.Deux événements vont accélérer sa chute: l\u2019insurrection, en 1973, de l\u2019École polytechnique d\u2019Athènes, largement soutenue par la population, et la désastreuse aventure militaire, en 1974, à l\u2019île de Chypre, face à la Turquie.La dictature balayée, la Grèce devient une république parlementaire en 1975.Elle adhère à l\u2019Union européenne en 1981 et à la zone euro en 2001.Ainsi, à l\u2019ancien bloc dominant succède une nouvelle configuration politique animée par les secteurs modernes du capital sous la bannière de l\u2019idéologie néolibérale.UN HYPER-LIBÉRALISME Il est donc curieux de voir la crise financière grecque de 2009 et les résistances populaires qu\u2019elle suscite, dépeintes, dans certains médias, comme la conséquence d\u2019un «retard» de l\u2019État et de la société helléniques qui peinent à instaurer et à accepter le modèle néolibéral et les politiques qui s\u2019y rattachent : privatisations, déréglementations et mise au pas des programmes sociaux.Loin d\u2019être l\u2019expression de la survivance «d\u2019archaïsmes», la crise grecque doit plutôt être lue comme le moment où se révèlent toutes les contradictions et conflits engendrés par l\u2019application sans failles de la «modernité» néolibérale1.La crise financière n\u2019en est qu\u2019un exemple patent, car si l\u2019État grec, à partir de 2001, s\u2019est enfoncé dans un endettement de l\u2019ordre de 300 milliards d\u2019euros, c\u2019est surtout à cause des déréglementations et des manœuvres de plusieurs institutions financières dont l\u2019américaine Goldman Sachs.Les plans d\u2019austérité ne visent d\u2019ailleurs qu\u2019à 1.Voir Stathis Kouvélakis, « La Grèce en révolte », texte en ligne sur le site de la revue Contretemps.B3 septembre 2011 RELATIONS aiLLeuRS sauver ces institutions coupables, peu importe le coût que la population devra supporter.La véritable crise à laquelle nous assistons en Grèce, c\u2019est celle du pouvoir des élites politiques et économiques dominantes dont la légitimité est radicalement mise en cause par les résistances populaires.Celles-ci sont alimentées par une situation sociale qui, loin d\u2019être exotique, évoque le vécu de bien des pays occidentaux.Ainsi, sur le plan social, la Grèce présente toutes les caractéristiques d\u2019une formation «hyper-libérale» : chô -mage massif, particulièrement chez les jeunes, bas salaires (14% des travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté), inégalités sociales croissantes (en 1997, le pays, pour les inégalités, occupait le troisième rang parmi les pays de l\u2019OCDE), protection sociale et pensions minimales, services publics à la dérive ou en voie d\u2019être privatisés, secteur financier déréglementé permettant toutes les audaces spéculatives et, finalement, une répression policière montante.Cette dernière visera tout particulièrement les mouvements de la jeunesse, un élément clé de la résistance populaire.Les mobilisations massives des étudiants, entre autres contre la «réforme» des universités à partir de 2006, ont réussi à faire reculer partiellement le gouvernement.Rappelons que c\u2019est l\u2019assassinat par la police d\u2019un jeune étudiant, Alexandras Grigoropoulos, en décembre 2008, qui provoqua la première explosion sociale dans tout le pays, discréditant une classe politique qui, majoritairement, s\u2019était empressée de couvrir cette «ba -vure ».Ce discrédit du politique avait d\u2019abord pris la forme d\u2019un essoufflement électoral, à partir de 2004, des deux grands partis: la Nouvelle démocratie (ND) - de droite - et le Mouve -ment socialiste panhellénique (PASOK) -de gauche.Ces formations monopolisent la représentation politique depuis 1981 à peu de différences notables.À ce titre, la Grèce n\u2019est pas un cas excep- tionnel.Cependant, la crise du bipartisme et de l\u2019autorité de l\u2019État, surtout après l\u2019incapacité des services publics à gérer les grands incendies du Péloponnèse en 2007, a ouvert un espace qui, contrairement à ce qui se déroule ailleurs, a été occupé par les forces politiques à gauche du PASOK.Rejetant le «social-libéralisme» de ce dernier pour des raisons diverses, ces mouvements ont su ébranler le bloc dominant.À LA GAUCHE DU SOCIAL-LIBÉRALISME Ces forces, divisées entre elles, s\u2019organisent autour de trois pôles: le KKE néostalinien, la Coalition de la gauche radicale (SYRIZA) et la mouvance anarchiste.Le KKE, dont le sectarisme l\u2019a éloigné de toute idée d\u2019alliance avec le PASOK, possède encore un appui populaire et témoigne d\u2019un militantisme important.La SYRIZA, issue d\u2019une alliance entre des groupes d\u2019extrême gauche et une formation provenant de scissions avec le KKE, s\u2019enracine essentiellement dans les groupes instruits et la jeunesse.En 2009, le KKE et la SYRIZA ont totalisé environ 13% des voix, score modeste mais qui doit être interprété à la lumière des mobilisations de rues où ces deux partis et, surtout, la mouvance anarchiste jouent un rôle important.À l\u2019écart des joutes électorales, le mouvement anarchiste grec, composante importante de l\u2019explosion sociale de décembre 2008, fortement implanté dans les milieux de la jeunesse et dans des quartiers populaires, ne constitue pas une nouveauté sur la scène politique.Son rôle dans l\u2019insurrection de l\u2019École polytechnique d\u2019Athènes, en 1973, fut non négligeable, constituant autant un symbole qu\u2019un moment im -portant dans la renaissance de l\u2019anarchisme en Grèce.Cependant, par-delà ces grandes actions, son rôle significatif - autant durant la transition démocratique qu\u2019actuellement - a été de questionner sans cesse la légitimité de l\u2019État et des forces de répression, et de développer, avec d\u2019autres, des espaces Jand Jrordr* 1 jf &£4 alternatifs au moyen de squats ou de reprises d\u2019entreprises.Grâce à ce travail au quotidien, et malgré les dérapages vers l\u2019action armée de certains, la mouvance anarchiste a maintenu une opposition importante contre les élites au pouvoir.Dans ce contexte, l\u2019issue des luttes de ces diverses composantes de la gauche contre les diktats des institutions financières et les plans d\u2019austérité que l\u2019État grec entend imposer - à savoir hausse des taxes à la consommation, coupes dans les dépenses publiques, soutien au secteur financier, privatisations, flexibilité du travail renforcée et licenciements facilités -reste indéterminée.Jusqu\u2019à maintenant, le pouvoir a maintenu le cap, souscrivant ainsi aux demandes du Fonds monétaire international et de l\u2019Union européenne malgré l\u2019agitation populaire persistante qui se voit relayée ailleurs avec, entre autres, l\u2019irruption du mouvement des indignés en Espagne.La tentation de résoudre la crise d\u2019une manière autoritaire comme durant les années 1960 n\u2019étant plus à l\u2019ordre du jour, bien des possibles restent ouverts.\u2022 Les artistes du Théâtre du Soleil manifestant à Athènes, le 18 juin 20ii, avec une marionnette géante représentant la justice.Photo: AP Photo/Lefteris Pitarakis RELATIONS septembre 2011 m RefiaRD L\u2019auteure est profes-seure retraitée de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) m septembre 2on Biodiversité, écosystèmes et big business La marchandisation de la biodiversité est de plus en plus légitimée par les institutions internationales.Pourtant, sa valeur intrinsèque et celle des écosystèmes sont reconnues suivant d\u2019autres approches qui valorisent l\u2019abondance plutôt que la rareté.CÉCILE SABOURIN Le capitalisme financier triomphe en bousculant tout sur son passage, même les fondements de la vie.Il s\u2019attaque à la biodiversité et à l\u2019abondance des ressources en empruntant des moyens détournés, car il serait suicidaire d\u2019affirmer que la biodiversité est sans valeur et l\u2019abondance non désirée.C\u2019est au nom de la croissance économique que se trament, dans l\u2019ombre avant d\u2019éclater au grand jour, l\u2019appauvrissement des écosystèmes et la création de la rareté.Délégitimer ces pratiques afin de les contrer constitue le vrai défi.BIODIVERSITÉ ET GOUVERNANCE MONDIALE C\u2019est au Sommet de la Terre à Rio (1992) que la biodiversité est devenue un enjeu international.Vingt ans plus tard, la conférence Rio + 20, du 4 au 6 juin 2012, sera l\u2019occasion d\u2019un bilan: qu\u2019est-il advenu des objectifs poursuivis par la Convention sur la diversité biologique, entrée en vigueur en décembre 1993?On s\u2019y prépare depuis 2010, décrétée année do la biodiversité par l\u2019Organisation des Nations unies (ONU), notamment lors de la Conférence mondiale sur la biodiversité à Nagoya au Japon.Les défenseurs de la nature ont toutes les raisons de s\u2019inquiéter de la volonté des organisations internationales à vocation économique, satellites de l\u2019ONU, de recadrer l\u2019enjeu de la biodiversité et des écosystèmes en instaurant une interface entre la science et les instances politiques.Elles mettent ainsi au point les moyens concrets de confier le ' sort des découvertes scientifiques concernant les organismes vivants aux décideurs qui en soutiendront l\u2019exploitation commerciale.La Plate-forme scientifique intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a ainsi le mandat - politique - de soutenir la mise en valeur commerciale de la biodiversité et des écosystèmes.À qui servira cet instrument de la gouvernance internationale?À l\u2019avancement des connaissances pour un RELATIONS avenir soutenable ou à gonfler les profits des grands groupes industriels et financiers?MARCHÉS VS ABONDANCE Créer de nouveaux marchés représente la solution de ceux pour qui «le problème de cette nature, c\u2019est qu\u2019elle est gratuite1 ».Le marché traite les ressources essentielles à la vie et les composantes de la nature comme de simples marchandises, suivant l\u2019hypothèse que le prix permettrait à la fois de valoriser et de protéger les écosystèmes et la biodiversité.Pourtant, réduire l\u2019accès et priver des populations de ressources vitales - eau et air purs, terres agricoles, etc.-produit des crises, enrichit une minorité et sert essentiellement les intérêts du capitalisme financier.Les élites économiques ne connaissent pas - ou ne veulent pas connaître - d\u2019autres manières de donner une valeur à la nature et à la vie.Tout un pan des savoirs accumulés est marginalisé dans le débat public en dépit du fait que des économistes proposent des alternatives à l\u2019appauvrissement collectif programmé par les idéologues et praticiens du capitalisme financier.Ces approches valorisent l\u2019abondance plutôt que la rareté et reconnaissent la valeur d\u2019usage et la valeur intrinsèque des écosystèmes et de la biodiversité.Ce n\u2019est pas un hasard si le capitalisme dominant voue un culte à la rareté.La rareté profite à ceux qui l\u2019exploitent et les richesses de la nature sont, avec les connaissances, parmi les premières victimes de ce culte.Les économies -toutes confondues - se construisent autour de l\u2019appropriation privée et de l\u2019exploitation commerciale de toutes les ressources.Toute autre manière de concevoir leur utilisation et leur partage paraît suspecte.À titre d\u2019exemples, des chercheurs tels Patrick Viveret, Dominique Méda, Heloisa Primavera, Paul Ekins et la New Economies Foundation proposent, analysent et s\u2019engagent dans des actions concrètes - économie solidaire, finance solidaire, systèmes d\u2019échange locaux, indicateurs alternatifs de progrès et de richesse - afin de renverser cette conception réductrice de la richesse et ses conséquences sur l\u2019équité et les droits fondamentaux.Convaincus que les sources de la vie ne doivent pas être dilapidées au seul bénéfice de groupes restreints, ils proposent des modèles d\u2019évaluation et de mesure de la richesse et du progrès qui sont porteurs de sens, respectueux des réalités humaines et prennent en compte les dommages, les pertes dues à la destruction et les conséquences découlant des inégalités.Ils analysent et font connaître des innovations expérimentées souvent encore à petite échelle mais offrant de réels espoirs de changement.C'est au nom de la croissance économique que se trament, dans l\u2019ombre avant d\u2019éclater au grand jour, l'appauvrissement des écosys tèmes et la création de la rareté.Délégitimer ces pratiques afin de les contrer constitue le vrai défi. -\u2019j-f ' ¦é^Æ s ë mm VALEUR INTRINSÈQUE DES ÉCOSYSTÈMES Considérer tous les biens et services comme de simples marchandises est absurde et mène à des impasses sociales, environnementales et économiques.Comme l\u2019a exprimé Pierre Calame dans son Essai sur l\u2019œconomie (Éditions Charles Léopold Mayer, 2009)1 2, les biens et services se distinguent entre eux.À l\u2019évidence, l\u2019air, les céréales, les automobiles et les connaissances ne sont pas de même nature.Est-il raisonnable de les soumettre aux mêmes règles commerciales?En proposant de classer les biens et services en quatre catégories, Calame renouvelle la perspective et appelle à l\u2019innovation des pratiques d\u2019échange et de gouvernance.1.\tHélène Leriche citée dans le Spécial Biodiversité (Libération, 29 juin 2010) et en exergue de « La finance à l\u2019assaut de la biosphère», d\u2019Agnès Bertrand et Françoise Degert, publié au , 22 septembre 2010.2.\tL\u2019œconomie est «l\u2019art de l\u2019organisation des échanges matériels et immatériels des êtres humains entre eux, des sociétés entre elles et de l\u2019humanité avec la biosphère», p.167.3.\tIdem, p.259 à 271.Il y a d\u2019abord la biodiversité des écosystèmes qui possède une valeur intrinsèque: si les écosystèmes «se divisaient, [ils] seraient détruits»3.Quatre caractéristiques l\u2019expliquent: la biodiversité des écosystèmes est irréductible à chacune de ses parties, elle n\u2019est pas reproductible, elle est essentielle à toutes et à tous maintenant et pour les générations futures et, enfin, «les propriétés des écosystèmes ne s\u2019entretiennent qu\u2019à partir d\u2019actions locales».Cette catégorie de biens se distingue ainsi de ceux existant en quantité finie qui se détruisent ou se modifient à l\u2019usage comme l\u2019eau, les sols, l\u2019énergie et de ceux qui se multiplient par le partage comme le code génétique, les semences paysannes, les connaissances, les logiciels libres.Enfin, les produits industriels et les services aux personnes, en quantité indéterminée, appartiennent à une quatrième catégorie.La préservation des écosystèmes, répartis à travers la planète, dépend des actions de leurs habitants et des autorités qui les administrent.Toutefois, la majorité des décisions échappent aux principaux concernés puisque l\u2019exploitation intensive des ressources naturelles est présente- RELATIONS Lino, Je crevais le ciel, 2on, acrylique, crayon et collage sur papier septembre 2011 m RecaRD ment aux mains de grandes sociétés peu scrupuleuses des conséquences lorsque leurs profits en dépendent.En l\u2019absence de mécanismes de régulation adéquats, la destruction des sols et le pillage des sous-sols, des océans et des écosystèmes sont inévitables.Tout au plus, certains États, sous la pression d\u2019écologistes et de citoyens, parfois appuyés par des organisations et fondations, tentent de freiner la perte de biodiversité en créant des espaces de protection, des réservoirs de faune et de flore, des banques de semences et des centres de recherche voués à préserver ces richesses de l\u2019humanité.Ces initiatives ne remplacent cependant pas des solutions globales à long terme, porteuses de changements fondamentaux.GOUVERNANCE DÉMOCRATIQUE ET RESPONSABLE Apprendre à gouverner au service des peuples et de leurs besoins constitue un défi d\u2019envergure puisque cela suppose un autre rapport au monde.Cela exige de résoudre le paradoxe de l\u2019articulation - à tous les niveaux, du local jusqu\u2019au global - des processus de décision affectant les écosystèmes et de tenir compte des inégalités résultant d\u2019abus passés et actuels.Cela exige aussi de formuler des priorités de développement soutenable à long terme et d\u2019accès aux moyens de subsistance pour les populations résidentes ou vivant à proximité des écosystèmes.Une approche soutenable affirmerait l\u2019interdépendance entre le local et le global, entre la nature et l\u2019humain ainsi que la responsabilité partagée à l\u2019égard des ressources essentielles à la vie.Elle bannirait la confiscation des ressources du vivant au bénéfice des grandes sociétés, planifiée au plus haut niveau des institutions internationales, avec la complicité des États.De nombreux réseaux alternatifs prônent des actions pour la justice et la lutte aux changements climatiques.Protéger la biodiversité fait partie du combat pour la vie et la santé environnementale, contre la vulnérabilité des peuples et des territoires, et la cupidité des prédateurs.Redéfinir démocratiquement le sens du progrès, le droit à la propriété, les conditions d\u2019accès et d\u2019usage des richesses de la nature est crucial.Mettre en valeur les connaissances - traditionnelles et nouvelles, développées sans contrainte marchande - contribuerait à clarifier les principes et les actions devant nous guider collectivement dans l\u2019exercice de nos coresponsabilités à l\u2019égard de la vie sur Terre.\u2022 Apprendre à gouverner au service des peuples et de leurs besoins constitue un défi d'envergure puisque cela suppose un autre rapport au monde.PROCHaiN NUméRO Le numéro d\u2019octobre-novembre de la revue Relations sera disponible en kiosques et en librairies le 14 octobre.Pensez à le réserver.Il comprendra notamment un dossier sur: la théologie de la libération Quelles sont les origines de ce courant de pensée chrétienne venu d\u2019Amérique latine, qui interroge entre autres les causes structurelles de la pauvreté?Que signifie, en 2011, l\u2019option préférentielle pour les pauvres?Ce dossier se penchera sur les nouveaux lieux de pratique de cette tradition chrétienne de solidarité et ses liens actuels avec le mouvement altermondialiste.Nous verrons également que cette manière toute particulière de faire de la théologie, qui s\u2019incarne au Québec dans la « théologie contextuelle », doit relever d\u2019importants défis, notamment en termes d\u2019ouverture aux autres religions.\u2022\tune controverse sur les centres d\u2019injection supervisés; \u2022\tune analyse sur l\u2019Égypte; \u2022\tla chronique littéraire de Suzanne Jacob, illustrée par Marie Surprenant; \u2022\tle Carnet de Wajdi Mouawad; \u2022\tles œuvres de notre artiste invité, Cerezo Barredo.Cerezo Barredo, L'homme souffrant, 2010.Recevez notre infolettre par courriel, peu avant chaque parution.Inscrivez-vous à notre liste d\u2019envoi sur la page d\u2019accueil de notre site Internet : .m septembre 2011 RELATIONS ReLatioNS 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES À L\u2019UNITÉ: 5,50 $ PLUS TAXES ABONNEZ-VOUS Un an: 35$ Deux ans: 65$ À l\u2019étranger (un an) : 55 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) CONTACTEZ: RELATIONS Ginette Thibault 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2PiS6 Téléphone: 514-387-2541, p.226 Télécopieur: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca OUI, JE M\u2019ABONNE À RELATIONS Je désire un abonnement de____________an(s), au montant de___________$ NOM ________________________________________________________________________________ ADRESSE ____________________________________________________________________________ VILLE ______________________________________________________________________________ CODE POSTAL __________________________ TÉLÉPHONE (__________) ______________________ COURRIEL ___________________________________________________________________________ je désire également offrir un abonnement de_________an(s), au montant de____________$ à la personne suivante: NOM ______________________________________:_________________________________________ ADRESSE ____________________________________________________________________________ VILLE ______________________________________________________________________________ CODE POSTAL __________________________ TÉLÉPHONE (__________) ______________________ Montant total :____________$ Je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) D ou par carte de crédit NUMÉRO DE LA CARTE _________________________________________________________________ EXPIRATION ______________________ SIGNATURE ________________________________________ L\u2019entrée de Relations au Centre justice et foi /CH ¦ DE REGARD PERÇANT ALBERT BEAUDRY Il fallait absolument que je sache à quelle date, quel mois la revue avait cessé d\u2019être publiée par les Éditions Bellarmin pour devenir « une publication du Centre justice et foi».Par un radieux après-midi du début juillet -Montréal rêvait encore imprudemment de canicule après un interminable printemps froid et humide -, je suis donc allé au 25, Jarry Ouest.C\u2019était les vacances.Cap sur la bibliothèque.La collection se trouverait naturellement là où elle était vingt-cinq ans plus tôt.Légère déconvenue: dans la section des périodiques, la lettre «R» présente un trou déconcertant.Je me rappelle alors, au troisième étage, une petite pièce où l\u2019on stockait des revues cédées par d\u2019anciens abonnés.Ai-je cru apercevoir Umberto Eco dans l\u2019escalier en colimaçon, celui qu\u2019il fallait grimper pour accéder aux publications gouvernementales?Au bout de l\u2019étage à gauche, la petite pièce est accessible.Les vieilles collections s\u2019y trouvent parmi quelques autres objets rangés «provisoirement» dans ce qui est devenu une honorable remise.La grande table est toujours là.La grande table, autour de laquelle est né le Centre justice et foi.Je revois dans cette pièce, alors toute neuve et pas tout à fait terminée (comme aujourd\u2019hui) Julien LIarvey, Maurice Pelletier, Fernand Jutras, Karl Lévesque.Les procès-verbaux des réunions tenues là au début des années 1980 racontent les délibérations sur le fond du projet et les procédures mises en branle pour créer une nouvelle corporation.À quoi répondait-il, ce projet qui n\u2019avait pas encore de nom?Je lui connais une triple origine.l.À l\u2019époque, les provinces de la Compagnie de Jésus ouvraient des «centres de recherche et d\u2019action sociale».À Washington, par exemple, Bill Ryan avait lancé le Center of Concern, qui suivait de grands dossiers sociaux en multipliant les études, l\u2019information et le «plaidoyer», comme on dit aujourd\u2019hui, dans divers milieux de la capitale américaine.En France, on parlait d\u2019un CERAS.Le Concile, oui, mais il y avait eu surtout Medellin, la 2e Conférence générale de l\u2019épiscopat latino-américain, en 1968, qui avait pris parti pour la «libération» des peuples du sous-continent, et la déclaration du Synode des évêques de 1971 sur «la justice dans le monde».La 32e Congrégation générale de la Compagnie de Jésus (2 décembre 1974 au 7 mars 1975) avait alors adopté un texte passé à l\u2019histoire sous le nom de «décret 4», sur la priorité à donner à la foi ET à la justice.Trois commissions avaient planché pendant plus d\u2019un mois sur les premières ébauches de ce décret.Elles comptaient chacune une trentaine de membres; près de 40% des 236 délégués avaient donc délibéré en ateliers sur l\u2019engagement pour la justice, dont Guy Bourgeault (alors secrétaire de la rédaction de Relations), Bill Ryan et Julien Harvey.On voit d\u2019où le Centre justice et foi tire son nom.2.\tDans la province jésuite du Canada français, au lendemain de la Révolution tranquille, il fallait des installations plus «légères» que les collèges et les maisons de retraite pour évangéliser la culture québécoise.Tandis que le «Nouveau Manrèse» devenait un centre de recherche et de formation en spiritualité ignacienne, la création d\u2019un centre autour de la revue Relations, des Éditions Bellarmin et de la Bibliothèque de sciences sociales de la Maison Bellarmin permettrait peut-être de renouer le dialogue avec les milieux intellectuels québécois.3.\tPourtant, à mon avis du moins, le plus urgent était d\u2019enrober la revue d\u2019une sorte de cocon nourricier.Le sco-lasticat de l\u2019Immaculée-Conception, où elle était née, avait été une ruche où les idées et les hommes se bousculaient et où les œuvres et les publications ne pouvaient que s\u2019interféconder.La revue avait besoin d\u2019activités (les soirées et les colloques, confiés à Karl Lévesque et Francine Tardif) et de partenaires.La Maison Bellarmin, «maison d\u2019écrivains» fondée au début des années cinquante, avait hébergé la Croisade eucharistique dans ses bonnes années et disposait de locaux.Le Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine (aujourd\u2019hui fusionné à KAIROS) s\u2019y trouvait déjà.Et depuis que Jacques Couture avait dirigé le ministère de l\u2019Immigration du Québec, Julien Harvey siégeait au sein d\u2019un organisme consultatif gouvernemental sur ce dossier et il avait recruté Thérèse Benguerel, ancienne directrice du Centre social d\u2019aide aux immigrants.Le noyau était en place.Une fois définis le mandat et les structures juridiques dans «la petite salle du troisième», il n\u2019y avait plus qu\u2019à se mettre au travail.À propos, c\u2019est dans le numéro d\u2019avril 1983 qu\u2019on lit pour la première fois que la revue Relations est publiée par le Centre justice et foi.\u2022 [.] la création d\u2019un centre autour de la revue Relations, des Éditions Bellarmin et de la Bibliothèque de sciences sociales de la Maison Bellarmin permettrait peut-être de renouer le dialogue avec les milieux intellectuels québécois.L'auteur a été directeur de Relations de 1980 à 1988 RELATIONS septembre 2011 m coNtROveRse L\u2019auteur est économiste à l\u2019Institut de recherche et d'informations socioéconomique (IRIS) et candidat au doctorat au sein du Centre interuniversitaire de recherches sur la mondialisation et le travail Hausser les impôts des entreprises les fait-elles fuir?La qualité des infrastructures et des services publics est plus importante pour les entreprises que les avantages fiscaux.PIERRE-ANTOINE HARVEY Contrairement à certaines de nos habitudes à l\u2019IRIS, je n\u2019appuierai pas mon argumentation sur les dangers qu\u2019entraîne la réduction supplémentaire de l\u2019impôt des entreprises en faisant référence à l\u2019explosion des inégalités sociales qui découle d\u2019un mauvais partage du fardeau fiscal et de la richesse collective.Cette fois, je reprendrai les préceptes des gourous du monde des affaires pour offrir des arguments en faveur de l\u2019impôt des entreprises.Le grand prêtre des multinationales dans les départements de gestion, John H.Dunning, rappelle lui-même que les compagnies étrangères choisissent leur lieu d\u2019implantation pour bien d\u2019autres motifs que celui des bas coûts.Plusieurs sont soumises à la distribution géographique des ressources naturelles qu\u2019elles exploitent.D\u2019autres s\u2019installent dans un pays principalement afin d\u2019avoir accès à un nouveau bassin de clients (les Walmart de ce monde, par exemple).Enfin, certaines sont à la recherche d\u2019actifs stratégiques qui sont reliés aux capacités technologiques, de gestion et d\u2019innovation ou à la présence de dynamiques institutionnelles ou sectorielles particulières (aéronautique, informatique, etc.).Généralement, selon de nombreuses enquêtes menées auprès de gestionnaires, la qualité des institutions - soit un système légal fiable et transparent, une éducation accessible et des infrastructures de transport, de télécommunication et d\u2019énergie qui sont fiables et peu coûteuses - représente un incitatif à l\u2019investissement bien plus important que le niveau d\u2019imposition.Pour Michael E.Porter, maître à penser de la gestion à Harvard et au World Economie Forum de Davos, si le Canada veut profiter pleinement de la «nouvelle économie» et avoir accès aux entreprises à forte valeur ajoutée et offrant des emplois de qualité, il doit renforcer une stratégie axée sur le développement des actifs stratégiques (main-d\u2019œuvre qualifiée, innovation, technologies, etc.) et non se concentrer sur la réduction des coûts1.LE CANADA, DÉJÀ UN PARADIS FISCAL Cet argument est d\u2019autant plus important que le Canada représente déjà un havre de «bas coûts de production».Selon le classement Competitive Alter -natives: KPMG\u2019s Guide to International Business Locations (2011), il occuperait le 2e rang des pays les plus avantageux à cet égard, derrière le Mexique, mais devant tous les autres pays du G9.Au Canada, les entreprises bénéficient d\u2019un taux effectif d\u2019imposition total de 36% inférieur à celui en vigueur aux États-Unis.Pour celles qui font de la recherche et du développement, l\u2019effet des nombreux crédits d\u2019impôt à l\u2019innovation fait baisser leur taux général d\u2019imposition à moins de 20%, soit un taux 70% inférieur à celui en vigueur aux États-Unis.LE BEURRE ET L\u2019ARGENT DU BEURRE! Ainsi, la chose est entendue même de la part de gourous du développement économique à tout crin: si le Canada veut encourager l\u2019investissement sur son territoire, il ne doit plus se concentrer sur une stratégie de réduction des coûts (baisse d\u2019impôts et flexibilité du travail), mais plutôt investir dans l\u2019amélioration des infrastructures matérielles, éducatives, sociales et d\u2019innovation qu\u2019il offre.Ces «piliers de la productivité» nécessitent des investissements publics importants et, conséquemment, ne peuvent se priver d\u2019une contribution fiscale de la part des entreprises bénéficiaires.C\u2019est aussi simple que cela.Le fait que les lobbys patronaux restent muets devant cette évidence montre bien que leurs prétentions à défendre «le progrès économique.du Canada» cache en fait une vision écu-lée de l\u2019enrichissement rapide de leurs membres.Le côté profiteur des entreprises saute aux yeux lorsque celles-ci, à l\u2019ère de la mondialisation, souhaitent appuyer leur croissance sur des ressources stratégiques co-construites avec l\u2019aide des gouvernements, tout en refusant de contribuer à leur financement par la fiscalité.L\u2019irrationalité économique des arguments sur les baisses d\u2019impôts devient difficile à cacher.Même le très affairiste Conference Board du Canada affirme qu\u2019entre les deux maux que sont les impôts et la détérioration des infrastructures et des investissements publics, le dernier chassera plus d\u2019investissements de qualité que ne le feront des impôts de niveau comparable à ceux de nos voisins2.\u2022 1.\tWorld Economie Forum, The Global Coin -petitiveness Report, Davos, 2011.2.\tCBOC, Best Policy Practices for Promoting Inward and Outward Foreign Direct Investment, Ottawa, 2010,32 p.m septembre 2cm RELATIONS coNtROveRse On entend régulièrement que les économistes seraient unanimes quant à la nécessité de réduire l\u2019impôt des entreprises pour attirer les investissements et créer de l\u2019emploi.Deux économistes nous montrent que cette unanimité n\u2019existe pas et débattent du sujet pour nous.Il faut s\u2019attaquer à la concurrence fiscale.JOSÉE LAMOUREUX Le 13 décembre dernier, Electro -lux provoquait une onde de choc.Malgré des subventions accordées par le gouvernement qué -bécois, le géant suédois d\u2019appareils ménagers annonçait la fermeture de son usine de l\u2019Assomption d\u2019ici 2013, privant de leur emploi 1300 salariés.L\u2019entreprise délocalise ses activités dans la ville américaine de Memphis, après avoir obtenu des autorités lo -cales des engagements financiers de l\u2019ordre de 97 millions de dollars américains ainsi que des allégements fiscaux estimés à 38 millions sur quinze ans.Ce cas illustre bien le pouvoir des sociétés transnationales de soumettre les territoires à une concurrence économique, fiscale et sociale.LA GRANDE SÉDUCTION Depuis les années 1980, l\u2019imposition des bénéfices des sociétés a été réduite dans l\u2019ensemble des pays de l\u2019OCDE, passant d\u2019un taux moyen de 47% en 1982 à 27 % en 2007.Une diversité subsiste, mais la tendance à la baisse est manifeste et ne semble pas vouloir se renverser à la suite de la crise et de ses répercussions sur les finances publiques.L\u2019enracinement de la croyance voulant qu\u2019une fiscalité trop lourde nuise à l\u2019investissement et à la croissance soutient cette tendance, de même que l\u2019approfondissement de l\u2019interdépendance des économies, poussée par la mondialisation, qui favorise la concurrence entre les pays pour attirer les investisseurs.Les États sont-ils pour autant condamnés à charcuter leurs dépenses publiques faute de revenus suffisants?Non.Cependant, force est de constater que même des pays avec un fort niveau de fiscalité et de dépenses sociales comme la Suède, le Danemark ou l\u2019Allemagne, ponctionnent relativement peu les bénéfices des sociétés et le patrimoine des individus (considérés comme les éléments les plus mobiles).En contrepartie, le poids des taxes à la consommation est important.À titre d\u2019exemple, en 2007 (avant la crise donc), la part des impôts sur le bénéfice des sociétés dans les recettes fiscales totales était de 7,8% en Suède, de 7,7% au Danemark et de 6,1% en Allemagne contre 10,6% pour le Canada.Pour la même année, la part des taxes à la consommation était de 19,3%, 21,2%, 19,5% et 13,9% respectivement.Il ne s\u2019agit pas ici de décréter que la voie à suivre est de favoriser le dépla -cernent des prélèvements du capital vers la consommation.Les entreprises doivent contribuer au financement des biens publics qui soutiennent leur compétitivité.Rien ne justifie les nouvelles baisses d\u2019impôt annoncées par le gouvernement fédéral dans son budget de 2011, alors que notre environnement fiscal est suffisamment attractif.Il faut toutefois reconnaître les effets de la libéralisation des échanges et des flux financiers sur la souveraineté des États.Comme le souligne Dani Rodrick dans The Globalization Para -dox (W.W.Norton & Company, 2011), dans un monde où les entreprises et les capitaux sont libres de toutes attaches, l\u2019intégrité des régimes fiscaux nationaux est altérée.Il devient difficile, voire impossible, d\u2019ignorer cette réalité internationale.D\u2019autant plus que les entreprises transnationales n\u2019ont même pas besoin de localiser leurs activités dans des pays à faible fiscalité ou des zones franches pour optimiser leur rendement après impôt.Le re -cours aux paradis fiscaux, le transfert de profits entre le siège social et les filiales du groupe pour les déclarer là où ils seront le moins imposés permettent de le faire en toute impunité - ce qui n\u2019est pas à la portée de toutes les entreprises, notamment les PME locales.Cette situation accentue les iniquités fiscales et il nous faut y remédier en mettant fin aux paradis fiscaux et autres juridictions de complaisance.DE LA CONCURRENCE À LA COOPÉRATION FISCALE Devant les effets néfastes de la concurrence fiscale, de plus en plus de groupes revendiquent davantage de coopération.Celle-ci, selon les scénarios, pourrait prendre la forme d\u2019une plus grande harmonisation des politiques fiscales ou de taxes globales communes comme une taxe sur les transactions financières ou des taxes écologiques.Avec des gouvernements provinciaux et fédéral adeptes des réductions d\u2019impôt et partisans de la compétitivité fiscale, nous sommes loin du compte.Mais, tôt ou tard, il faudra envisager des solutions multilatérales pour freiner les effets délétères de cette course pour attirer les capitaux, les profits et les investissements.La domination des entreprises transnationales et de leurs actionnaires devra être contrée.Plus qu\u2019une question économique ou technique, il s\u2019agit d\u2019une exigence politique.\u2022 L'auteure est économiste à la Confé -dération des syndicats nationaux (CSN) RELATIONS septembre 2011 m eN BRef GOLDSTYN RÉCOMPENSÉ elations est heureuse d\u2019accueillir dans ses pages, depuis septembre 2003, le caricaturiste Jacques Goldstyn.Ses dessins à l\u2019humour caustique illustrent, numéro après numéro, un article des Actualités pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.Le 2 juin dernier, son talent a été récompensé par le Grand prix du journalisme indépendant, catégorie «illustration éditoriale», pour sa caricature sur les gaz de schiste publiée dans Relations (n° 744, octobre-novembre 2010, p.4).Nous en profitons pour le féliciter chaleureusement et lui exprimer toute notre reconnaissance pour sa fidèle collaboration.COALITION SOLIDARITÉ SANTÉ La Coalition Solidarité Santé fête ses 20 ans.Pour l\u2019occasion, elle invite la population à diffuser son manifeste renouvelé 20 ans de luttes et de débats pour la sauvegarde du système public! Aussi, une troisième capsule vidéo sur la privatisation est prescrite à tous sans modération! Le 2 juin, une célébration mettait en lumière toute la rigueur de ses analyses et propositions ainsi que le dynamisme de son action.Un hommage était aussi rendu à ses fondateurs, Béatrice Chiasson et Claude St-Georges.Près de soixante organisations syndicales, communautaires et citoyennes en font aujourd\u2019hui partie.Consulter : .TRAITE HUMAINE Des membres du Comité d\u2019action contre la traite humaine interne et internationale (CATHII) de la région de Trois-Rivières (Micheline Trudel, Lucie Larouche et Mariette Milot - voir «Je vous salue Mariette», Relations, n° 748, mai 2011) ont produit un outil de conscientisation contre la traite des femmes.Deux millions d\u2019entre elles en sont victimes chaque année.L\u2019objectif est de faire connaître ce nouvel esclavage au plus grand nombre possible de gens, particulièrement les jeunes.L\u2019outil comprend un DVD de la pièce de théâtre Femmes déchirées et un guide d\u2019animation, au coût de 20 $.Contacter le CATHII : .ENTRAIDE MISSIONNAIRE Pendant qu\u2019une vague de démocratisation déferle sur le Maghreb et le Moyen-Orient, plusieurs se demandent si la démocratie existe encore en Occident.Le congrès annuel de l\u2019Entraide missionnaire, qui aura lieu les 10 et 11 septembre au Collège Notre-Dame, à Montréal, sera l\u2019occasion de réfléchir à cette question, tout comme aux orientations néolibérales actuelles des gouvernements canadien et québécois.Celles-ci témoignent de la puissance des lobbys de la finance, de la guerre et du commerce pour faire obstacle aux processus démocratiques.Intitulé «La démocratie en question», l\u2019événement présentera des conférences sur les liens entre droits et démocratie, les révoltes dans le monde arabe, les voix démocratiques en Amérique latine et la notion de «biens communs».Renseignements: .UN MONDE À + 4°C V A l\u2019heure actuelle, aucun accord ne s'apprête à succéder au Protocole de Kyoto, qui arrivera à échéance à la fin de 2012.Dans la foulée du Sommet de Copenhague, il avait été calculé que si les engagements cumulés des pays se matérialisaient, il en résulterait néanmoins une hausse moyenne de la température de l\u2019ordre de 3,5°C d\u2019ici la fin du siècle.Ces scénarios inquiétants laissent poindre des mouvements massifs de population fuyant les conséquences du réchauffement climatique.Dans le numéro de la revue Études de juin 2011, François Gemme signe un article éclairant sur ces déplacements «dans un monde à + 4°C».Le rédacteur en chef Pierre de Charentenay propose quant à lui un billet intitulé «Chrétiens et CO,».EXPOS DE LINO Lino, un fidèle collaborateur de la revue, présentera une rétrospective de douze ans de création exceptionnelle au Centre de design de l\u2019UQAM du 1er septembre au 30 octobre 2011.Il y exposera affiches, planches graphiques originales, publicités, peintures, livres, brochures et animations, illustrant ainsi la profondeur de sa réflexion et l\u2019homogénéité de sa démarche artistique sans concession.Un complément de l\u2019exposition sera présenté à la Grande Bibliothèque du 1er septembre au 2 octobre, qui comprendra une grande murale de textes et d\u2019illustrations réalisés pour la compagnie de danse d\u2019Estelle Clareton, Création caféine, dans le cadre d\u2019un laboratoire danse/ peinture à l\u2019Agora de la danse.m septembre 2011 RELATIONS muLtimeDias SITE LE NOUVEAU SITE WEB DE RELATIONS ET DU CENTRE JUSTICE ET FOI WWW.CJF.QC.CA WWW.REVUERELATIONS.QC.CA Ces dernières années, nous avons délaissé la recension de sites Web dans cette rubrique pour privilégier le documentaire; mais à tout seigneur, tout honneur: nous faisons place cette fois à la présentation du nouveau site Web de la revue Relations1 et du Centre justice et foi (CJF).Près de neuf ans après le lancement de notre premier site, celui-ci a fait peau neuve ce printemps, à l\u2019occasion du 70e anniversaire de la revue.C\u2019est l\u2019équipe de Gris-Gris Design Graphique qui a relevé le défi en misant sur une belle simplicité graphique et sur des couleurs qui aident à s\u2019y repérer parmi les composantes du CJF (.Relations, activités publiques, Vivre ensemble).Les activités et documents des uns et des autres (annonces, parutions de la revue, mémoires, bulletins, prises de position, etc.) sont plus faciles que jamais à trouver et à consulter grâce à un outil de recherche (par auteur, mot-clé, thème, etc.) - l\u2019ajout peut-être le plus incontournable de cette nouvelle mouture du site.Des extraits sonores et vidéo de conférences ou d\u2019entrevues pourront être ajoutés progressivement.Les sections À surveiller, Nouvelles, Dans les médias permettent de communiquer diverses annonces et de refléter la visibilité médiatique souvent méconnue que nous attirent nos activités et la revue.Relations conserve son parti pris pour l\u2019imprimé, pour la revue en tant qu\u2019objèt et projet - matériel et intellectuel - à saisir dans sa totalité (même si chacun est libre d\u2019y lire ce qu\u2019il veut).1.\tLe site de Relations a bénéficié du soutien financier de Patrimoine canadien.2.\tExcluant la chronique littéraire, les rubriques Multimédias et Livres.Elle ne propose pas pour l\u2019instant d\u2019abonnement payant à une édition électronique.En offrant en ligne la majorité des articles des dix dernières années2 (jusqu\u2019ici, seule une sélection d\u2019articles était disponible), elle fait un pari, qui est aussi celui du CJF : que la richesse indéniable de toute cette production en analyse sociale puisse, grâce à Internet, être davantage connue et bénéficier à tous ceux et celles à qui elle est destinée, soit les citoyens et acteurs sociaux hors des circuits universitaires qui s\u2019intéressent aux enjeux de justice sociale, de même que les étudiants et chercheurs.À cette générosité correspondront, nous l\u2019espérons, l\u2019appréciation, la prise de conscience et l\u2019engagement des internautes qui saisiront que pour que tout cela continue, il est nécessaire de soutenir la revue et le CJF par la voie des abonnements et des dons - qui peuvent désormais être faits en ligne en utilisant PayPal.Bien sûr, de manière à ne pas se couper de précieuses ventes, seuls les éditoriaux et les présentations des dossiers thématiques sont en ligne pendant les 3-4 premiers mois de parution, ce qui était déjà la norme.Ce site est pour nous un outil de publication convivial qui facilite la mise en ligne des contenus.Cela n\u2019a pas empêché l\u2019entrée de tous ces documents dans la base de données du site d\u2019être une opération mémorable pour l\u2019équipe qui l\u2019a assurée vaillamment! Par ailleurs, nos ressources ne nous permettant pas d\u2019animer adéquatement des forums de discussion ou des blogues, nous avons choisi de nous concentrer sur notre mission première et de continuer de favoriser les espaces d\u2019échanges et de débats réels, et non pas virtuels.Toutefois, le CJF en profite pour lancer sa nouvelle page Facebook afin de pousser un peu plus loin son expérience du Web 2.0.À découvrir! Il propose aussi de nouvelles infolettres qui s\u2019ajoutent à celle de Relations-, les personnes intéressées sont invitées à s\u2019inscrire sur le site pour être assurées de ne rien manquer! CATHERINE CARON « r> o Recherche Pour qui Revue Relations Recherc «no NT»' 111 ¦ca/fr/relatlons/ ¦il Recherche S2 ceNtRe ! justice justice fol (CJF) ReLatioNs cewtRe^^ Justice et foi REVUE Quels projets, quelles orientations Pour qui a l'écologie à bien notre rapport à ce la conception de nos v nos ressources et de s confortent un capitalls modèles et à une ree artiste invitée Mireille Levert VIVRE e-d, nos façons les et celle de ni méfier des faus ie destructeur pi ; et salutaire trar activités Prt* des.Québec 2011 Joîirnç social lécs r aies \u2022««« linfo*nr* UitejliiLvej q* Soiree bénéfice de Julien Hinny .h or Gregory Baum 7c de homr Hh in*1* ÉDITORIAL La tragédi^ yvivRe >eNsemnl \" VoU8 no 62.ilt Cregory Baun ¦¦ Quand le dramat*.^ silence dans leqü peut appeler l'Afl ffl situer d'emblée t {H voulait-il pat '-A' proposition d'an Bertrand Can tari i tram de monter?Can années, a tué sa ta] 1 malaise, même s'il fl pipons no_Z*5- foi Pour E.'.*.*!1 'I IL# 11 [ SoiRées ReLatioNs Pour être Informé de parutions, Inscrivez Usts_tfSUÏSiO navigation | Communum* communautés chfl Quelles seff .\trr ¦ que de Car \"bre 2011 elles peuvent ' laquelle wmpt JUSTICE ET Documents, publications parutions Qui sommes- relations ReLatioNs Québec Les racines dossier ,70 ReLatioNs k-* ~ ¦ iQuej Uredfjp houvÊTÎT UUIL£T,N FNSFMBjf .(T( ACTIVE RELATIONS septembre 2011\t|3 LiVR.es NI PARTIR, NI SE TAIRE Anne Soupa et Christine Pedotti LES PIEDS DANS LE BÉNITIER Paris, Presses de la Renaissance, 2010, 269 p.Né d\u2019un sursaut d\u2019indignation, ce livre apporte une bouffée d\u2019air frais.Aux catholiques qui se sentent à l\u2019étroit dans l\u2019espace qui leur est assigné en Église, les auteures offrent un diagnostic qui respire la liberté et un vigoureux plaidoyer pour engager l\u2019avenir sur de nouvelles bases.Anne Soupa, journaliste et Christine Pedotti, éditrice, ont reçu comme un soufflet les mots du cardinal archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois : «Le tout n\u2019est pas d\u2019avoir une jupe, encore faut-il avoir quelque chose dans la tête!» Prononcés publiquement à la radio en novembre 2008, ces propos appelaient des excuses publiques: «le génie d\u2019Anne fut d\u2019avoir l\u2019idée de porter plainte devant le tribunal ecclésiastique et d\u2019invoquer à l\u2019appui de la plainte, outre le droit de l\u2019Église, la pratique évangélique de la correction fraternelle» (p.33).La plainte fut retirée après que le cardinal eut précisé ses intentions, sans toutefois formuler de vraies excuses.L\u2019ouvrage raconte l\u2019effet mobilisateur de cet événement: formation et manifestation du Comité de la jupe, puis fondation de la Conférence des catholiques baptisés de France, en octobre 2009.«L\u2019épisode de la jupe, même s\u2019il paraît, à tort, anecdotique, ouvre une période de turbulences parce qu\u2019il signe à la fois la faillite d\u2019une institution qui méprise les femmes et la saine réaction de la base» (p.69).Le mal dénoncé dépasse l\u2019Église de France et la condition des femmes; c\u2019est le fonctionnement de la structure ecclésiale qui est en cause.Le chapitre 3, intitulé «Sale hiver au Vatican», jette un regard critique sur des événements de 2009 qui ont déclenché le sentiment de responsabilité des auteures: levée des excommuni- Anne Soupa Christine Pedotti LES PIEDS DANS LE BÉNITIER cations prononcées contre les quatre évêques de la mouvance d\u2019extrême-droite lefebvriste; autorisation de célébrer la messe selon le rite liturgique de saint Pie V; aléas de la nomination du délégué de la France auprès du Saint-Siège; excommunication par l\u2019évêque de Recife (Brésil) de la mère d\u2019une fillette violée qui avait subi un avortement.Tout cela fit appel à la conscience de ces baptisées lucides qui déclarent: «lorsque l\u2019Évangile risque d\u2019être dénaturé par une structure malade, la fidélité est, justement, de se mettre en sûreté sous ses ailes» (p.69).Adeptes du concile Vatican II, les auteures refusent la tentation de se tourner vers le passé pour résoudre les problèmes réels que connaît l\u2019Église et refusent, en même temps, de quitter la barque.«Ni partir, ni se taire» est leur premier slogan.Elles se chargent de poser des «questions désagréables» qui paralysent une opinion publique adulte en Église.Leur analyse du cléricalisme, impitoyable, est écrite dans un langage franc, sans jamais trahir le respect dû aux personnes qui travaillent dans l\u2019institution.Le deuxième slogan surprend: «Nous ne demandons rien, mais nous espérons tout» (p.141).Tournant le dos à une approche revendicatrice, les auteures proposent plutôt d\u2019occuper le terrain, cette marge de manœuvre inhérente au baptême et, chose rare, elles invoquent sciemment le «principe de subsidiarité, un trésor de la doctrine sociale de l\u2019Église, beaucoup cité et jamais appliqué» (p.231).Se rassembler, mais pour remplir quelle mission?Les auteures suggèrent, au chapitre 6, des ministères à exercer individuellement et en communauté: l\u2019écoute de l\u2019autre pour lui reconnaître sa pleine humanité et pour lire les signes des temps; la bénédiction- témoigner en actes de la bienveillance de Dieu envers l\u2019humanité - et le ministère de l\u2019espérance dans un temps si inquiet et pourtant illuminé de la présence de Dieu.Soupa et Pedotti souhaitent que l\u2019imagination prenne le pouvoir, qu\u2019on accepte d\u2019agir dans le respect des règles de l\u2019Église catholique actuelle (p.231) et qu\u2019on table sur une diversité - un métissage, selon leur mot.Voici deux femmes qui ont des idées dans la tête, de solides connaissances théologiques et bibliques et une ferme conviction: le christianisme vivant a quelque chose d\u2019essentiel à dire au monde du XXIe siècle.Il faut souhaiter que la Conférence des baptisés de France et les initiatives similaires chez nous soient accueillies et se développent comme une nouvelle Pentecôte.CISÈLE TURCOT RÉINVESTIR LA SPHÈRE PUBLIQUE Jacques Généreux LA GRANDE RÉGRESSION Paris, Seuil, 2010, 278 p.\\ /oici un livre de combat qui réussit à V renouveler la critique sociale.Loin d\u2019être un simple nostalgique ou encore d\u2019ajouter au pessimisme ambiant, Jacques Généreux, économiste et professeur à Sciences Po Paris, déconstruit de manière saisissante le discours idéologique du néolibéralisme dominant.L\u2019ouvrage possède une utilité bien réelle, celle de défaire plusieurs mythes économiques et financiers et de démontrer qu\u2019il existe d\u2019autres avenues.L\u2019auteur commence en rappelant ce qui a déjà été, d\u2019où l\u2019intitulé de son premier chapitre: «J\u2019ai vu mourir la promesse d\u2019un monde meilleur».Il fut une époque pas si lointaine où l\u2019idée du progrès social possédait des assises concrètes, où les conditions de travail s\u2019amélioraient, où la protection sociale s\u2019étendait toujours davantage.Une époque où les actionnaires ne possédaient pas d\u2019emprise démesurée, où les dirigeants d\u2019entreprises n\u2019avaient pas la possibilité de délocaliser comme bon leur semble et où les relations entre employeurs et employés n\u2019étaient pas dominées par la menace d\u2019un chantage, en mettant constamment les Jacques Généreux La Grande Régression ES septembre 2011 RELATIONS LiVR.es demandeurs d\u2019emploi de tous les pays les uns contre les autres.Il ne faut pas chercher à idéaliser l\u2019époque des Trente Glorieuses, car des inégalités et des injustices marquaient cette période.Néanmoins, il n\u2019est pas inutile d\u2019insister sur le fait que la notion de «progrès social» a déjà eu un sens.Le danger, pour l\u2019auteur, est celui «d\u2019une régression de la civilisation [qui] procède de l\u2019oubli d\u2019un savoir-faire social et politique, d\u2019un savoir vivre ensemble, d\u2019un vouloir vivre ensemble, que l\u2019on ne saurait conserver ailleurs que dans le cœur des hommes» (p.12).La thèse développée dans le livre est que «les sociétés modernes ont développé une maladie de la pensée» (p.46).Celle-ci est perceptible autant chez les élites (dont celles de gauche), des esprits pétrifiés soumis aux dogmes dominants, que chez les citoyens, dont la qualité de vie ne cesse de se dégrader mais qui demeurent «trop heureux de s\u2019accrocher à n\u2019importe quelle fable qui fasse baisser d\u2019un cran la pression et l\u2019angoisse» (p.9).Généreux poursuit en démontrant comment les plus puissants acteurs économiques ont réussi à se substituer au pouvoir des citoyens; comment des gouvernements ont mis au pas les travailleurs en leur infligeant revers par-dessus revers.L\u2019application des réformes néolibérales, loin de signifier la mort du politique, représente plutôt «la victoire durable d\u2019une politique» (p.77).Le défi n\u2019est donc pas de chercher à restituer une place plus importante au politique, mais «de remettre les États sous le contrôle effectif des citoyens et au service du bien commun» (p.78).La voie à suivre dépend de la réponse que nous donnerons quant à notre propre devenir.Souhaitons-nous nous adapter afin d\u2019être toujours plus productifs, nous ajuster aux règles toujours plus sévères de la compétition ou préférons-nous édicter nos propres règles?La réponse dépend de ce que nous voulons sauver en priorité: une société démocratique pacifiée par la justice et la solidarité, ou bien la liberté de gagner le plus d\u2019argent possible, dans une dis-société brutale où seule une minorité pourra effectivement accumuler des richesses (p.98)?Généreux montre que non seulement nous sommes dans un cul-de-sac, mais aussi que nous nous dirigeons tout droit contre un mur en ce qui concerne l\u2019économie et l\u2019environnement, ce qui fait que notre avenir social et politique se précarise.On pourrait penser que la contribution de l\u2019auteur mène au désespoir.Il n\u2019en est rien.La Grande Régression constitue plutôt un appel à la reprise en main collective, au réinvestissement de la sphère publique accompagné d\u2019un travail de décortication de l\u2019argumentation néolibérale.L\u2019ouvrage saura plaire à ceux et celles qui cherchent une nouvelle intelligibilité de notre époque et une capacité à s\u2019extirper du mode de pensée dominant.JEAN-FRANÇOIS LESSARD UNE ÉCOLOGIE SOCIALE Murray Bookchin UNE SOCIÉTÉ À REFAIRE.VERS UNE ÉCOLOGIE DE LA LIBERTÉ Montréal, Écosociété, 2on, 304 p.En rééditant Une société à refaire de Murray Bookchin, Écosociété a vu juste.Car force est de constater que depuis la première édition de ce livre, à la fin des années 1980, les choses n\u2019ont pas évolué dans le sens espéré, bien au contraire.Les problèmes environnementaux et sociaux sont même devenus encore plus prégnants.Quant aux théories écologistes, elles se sont contentées de promouvoir une approche individualisante et réductrice de type «acheter, c\u2019est voter».Ou pire, de prêcher l\u2019écologie profonde [deep ecology), le primitivisme et le retour de «la religion dans la nature».Des perspectives qui, au final, légitiment beaucoup d\u2019atrocités.C\u2019est pour contrer leur émergence que Bookchin a senti le besoin d\u2019écrire ce livre et de le rendre à la fois synthétique et accessible.Mais la portée de cet ouvrage est bien plus vaste.C\u2019est au renouvellement des pensées anarchistes, écologistes et même de la théorie critique en général qu\u2019il s\u2019attelle.La thèse centrale du livre consiste à dire qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019écologie qui ne soit pas sociale.Au cœur de l\u2019écologie sociale il y a donc la nécessité de repenser - et de refaire - le rapport entre l\u2019humain et son environnement.Ainsi, pour Bookchin, la domination et la destruction de la nature ne sont pas le fruit de la simple présence des sociétés humaines, mais plutôt de leurs systèmes de domination.Autrement dit, si nous supprimons les systèmes responsables des inégalités sociales, nous réglerons du même coup le rapport dévastateur que l\u2019on entretient avec la nature.En plus d\u2019une mise en page revam-pée, les lecteurs et lectrices de cette réédition apprécieront le soin avec lequel l\u2019auteur de la préface, le journaliste Antoine Robitaille, réussit à faire ressortir certaines des filiations idéologiques de Bookchin qui peuvent passer inaperçues, notamment Jean-Jacques Rousseau et Cornelius Castoriadis.Mais si on ne s\u2019en tient qu\u2019à cela, comme le fait Robitaille, on rate l\u2019essentiel car Une société à refaire n\u2019est pas un essai philosophique abstrait, bien au contraire.Il s\u2019agit d\u2019un véritable cri du cœur, un appel à s\u2019inspirer du passé pour agir aujourd'hui.Bookchin y décrit avec passion les luttes historiques concrètes qu\u2019ont menées différentes communautés.Il y expose de manière captivante l\u2019essor de l\u2019Agora d\u2019Athènes ou encore la résistance des cités médiévales face à l\u2019aristocratie et à l\u2019État naissant.Ainsi, quand Robitaille termine sa préface en parlant du «risque révolutionnaire» et du danger de telles utopies, il commet l\u2019irréparable.Quelle hérésie! L\u2019élève, qui a fait son mémoire de maîtrise sur Bookchin, a vraisemblablement mal retenu sa leçon.En effet, les écrits de Bookchin s\u2019achèvent presque toujours sur un appel inspiré à faire rayonner les possibilités humaines Murray Bookchin Une société à refaire Vers une écologie rie h liberté RELATIONS septembre 2011 ES LivRes et à nous libérer des hiérarchies.Le regard philosophique qu\u2019il pose sur l\u2019histoire n\u2019est pas celui d\u2019un observateur indifférent, mais d\u2019un homme engagé, constamment à la recherche de moyens pour refaire la société, comme le «municipalisme libertaire».Dans ce système politique, des institutions composées d\u2019assemblées de citoyens, dans un esprit de démocratie directe, remplaceraient l\u2019État-nation par une confédération de municipalités.Possible?Il n\u2019en tient qu\u2019à nous, répondrait Bookchin.AMBROISE THÉRIAULT UN COURS CONTROVERSÉ Paul Donovan, Sylvain Fournier, Élisabeth Garant, Alain Gignac, Suzanne Lavallée, Louis O\u2019Neill LA RELIGION SANS CONFESSION.REGARDS SUR LE COURS D\u2019ÉTHIQUE ET CULTURE RELIGIEUSE Montréal, Médiaspaul, 2on, 175 p.La déconfessionnalisation de l\u2019école québécoise suscite un débat vieux d\u2019au moins quarante ans, le Rapport Parent datant de 1963.Depuis une quinzaine d\u2019années, le régime pédagogique faisait une place à l\u2019enseignement religieux catholique, protestant et de la morale.Mais le régime était boiteux et donnait lieu à de multiples controverses.En 2008, le Ministère de l\u2019Éducation a mis en place le programme d\u2019éthique et culture religieuse (ECR) dont la complexité, la perspective pédagogique, les orientations et l\u2019implantation rapide causent problème.Les tenants de la laïcité pure et dure s\u2019y opposent, tout comme ceux d\u2019un enseignement religieux et du maintien de la confessionnalité.Deux procès ont été intentés et les médias sont friands des bavures sur la mise en place du programme, chaque clan y trouvant des arguments pour relancer la controverse.Religion sans confession donne la parole à six auteurs qui sont aussi des LA RELIGION CONFESSION Regards sur le cours d'éthique et culture religieuse acteurs de ce débat.Trois voix sont nettement favorables au programme ECR et trois voix nettement défavorables.Les six contributions sont en général de bon calibre et faciles à lire.Le texte de Sylvain Fournier, président de l\u2019Association québécoise des professeurs en éthique et culture religieuse, est malheureusement polémique avec des sous-titres méprisants («les prétendus laïcs», «les nationalistes du terroir»), mais il situe bien le cours et ses objectifs.Le texte d\u2019André Gignac, théologien et conseiller pour la préparation de manuels scolaires du programme, est plein d\u2019exemples concrets et met bien en évidence que la situation antérieure ne pouvait plus durer.Le texte d\u2019Élisabeth Garant («Une approche de la laïcité ouverte»), directrice du Centre justice et foi, m\u2019a paru de beaucoup la contribution la plus éclairante.Elle situe les décisions actuelles dans le contexte historique, politique et religieux et pense que l\u2019approche culturelle de la religion est la piste à explorer: «Cette option marque notre volonté de s\u2019assurer que tous les élèves pourront développer ensemble une réflexion éthique, l\u2019enrichir de perspectives différentes et s\u2019assurer d\u2019une compétence de base en matière de phénomènes religieux» (p.139).Incidemment, on remarquera que les jésuites sont des deux côtés du combat: alors que le Centre justice et foi le trouve opportun, le collège Loyola attaque le cours devant les tribunaux.La défense de son directeur, Paul Donovan, doit être solide, puisqu\u2019elle a convaincu un juge (le gouvernement est allé en appel).Son argument est que Loyola n\u2019a pas à adopter l\u2019ECR puisque les deux objectifs du cours sont déjà satisfaits: «[.] l\u2019école Loyola offre depuis vingt-cinq ans un cours intitulé Religions du monde et aucun de nos étudiants des dix dernières années n\u2019a reçu son diplôme sans l\u2019avoir suivi».Son texte attaque de front le philosophe Georges Leroux sur le plan de la neutralité et de l\u2019éthique.Il contient également une forte défense de l\u2019école (privée?) comme prolongement de la famille.L\u2019argumentation de Donovan est auto-référencée et s\u2019appuie sur le catéchisme de l\u2019Église catholique et sur un texte de la Congrégation pour la doctrine de la foi (p.65-67).Le texte de Suzanne Lavallée témoigne d\u2019une grande souffrance.Elle a intenté et perdu, avec son mari, un procès pour faire exempter ses enfants du cours ECR (la Cour suprême a toutefois accepté d\u2019entendre l\u2019appel).Essentiellement, elle voit l\u2019école comme le prolongement de la famille.Elle entend donc que les convictions et les valeurs qui sont les siennes y soient présentes.L\u2019auteure attaque ensuite le programme ECR, ses visées et sa conception de l\u2019éthique.Elle critique également les manuels mis en œuvre, puis le vécu réel dans les classes (plusieurs éléments savoureux à lire aux pages 116-120).Louis O\u2019Neill, théologien et homme politique, procède pour sa part à une démolition en règle du cours à partir des travaux de Guy Durand et de Joëlle Quérin.Stratégiquement, il ne demande pas l\u2019abolition du cours mais suggère des accommodements: primauté du droit des parents, droit d\u2019exemption, liberté de conscience de l\u2019enseignant et donc liberté de témoignage, restauration du libre choix.Dans le prolongement de Guy Durand, O\u2019Neill propose un programme de culture chrétienne.Il demande l\u2019inversion de la réforme éducative, le retour au contenu et l\u2019abandon de l\u2019insistance sur les processus et les habiletés.Au total, il s\u2019agit d\u2019un livre intéressant mais inachevé.Il y manque un article intégrateur.L\u2019éditeur aurait dû demander à un septième auteur de relire l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage pour en dégager des perspectives, notamment en ce qui a trait au triptyque famille-école-État.l\u2019attends ainsi, depuis longtemps, une intervention de mon Église sur la primauté de l\u2019école publique.ANDRÉ BEAUCHAMP m septembre 2011 RELATIONS soirées ReLatiONS La décroissance: une alternative socioéconomique viable?Dans notre monde contemporain, la croissance économique est un dogme intouchable à l\u2019aune duquel on mesure l\u2019état de l\u2019économie: s\u2019il y a croissance, elle est en santé, mais si elle diminue, on parle alors de crise économique.Or, depuis quelques années, des économistes et militants sociaux proposent que la vraie santé économique, sociale et écologique passerait d\u2019abord par une décroissance.S\u2019agit-il d\u2019une orientation viable?À quoi ressemblerait une société qui ne serait pas fondée sur la croissance?Quelles seraient les limites et les contradictions d\u2019une telle approche?À Montréal Le lundi 26 septembre 2011, de 19 h à 21 h 30 Maison Bellarmin, 25, rue Jarry Ouest (métro Jarry ou de Castelnau) Avec : Yves-Marie Abraham, sociologue, professeur aux HEC de Montréal; Serge Mongeau, écrivain et directeur de l\u2019ouvrage collectif Objecteurs de croissance.Pour sortir de l\u2019impasse : la décroissance (Écosociété, 2007) Maxime Ouellet, docteur en études politiques de l\u2019Université d\u2019Ottawa et professeur au Cégep Lionel-Groulx.Contribution suggérée: 5 $ Renseignements: À Québec Le lundi 3 octobre 2011, de 19 h à 21 h 30 Centre culture et environnement Frédéric-Back 870, avenue de Salaberry, salle 322-324 Avec : Yves-Marie Abraham, sociologue, professeur aux HEC de Montréal François L\u2019Italien, doctorant en sociologie à l\u2019Université Laval et membre du Collectif d\u2019analyse de la financiarisation du capitalisme avancé (CAFCA); Louis Marion, philosophe et coauteur de Décroissance versus développement durable (Écosociété, 2011). Agusti Nicolau, 514-387-2541, poste 241 / soirées ReLatiONS Le saviez-vous?Vous pouvez vous procurer les DVD des Les révoltes au Maghreb et au Proche-Orient L\u2019initiative citoyenne: un antidote à la désaffection politique?La religion: une voix dans la lutte contre la violence Les 50 ans des indépendances africaines Islam et modernité La longue marche de la résistance mexicaine La souveraineté comme projet SUR DVD Soirées Relations Le catholicisme québécois survivra-t-il à son déclin?Briser le cycle de l\u2019impunité Célébrons la beauté du monde Le sport professionnel comme métaphore du capitalisme 60 ans après Asbestos: les minières au banc des accusés .et plusieurs autres! Pour plus d\u2019information sur les soirées et la liste complète: Achat: 10 $ (taxes et frais d\u2019expédition inclus) Contacter: Christiane Le Guen au Centre justice et foi au 514-387-2541, p.234 ou par courriel: cleguen@cjf.qc.ca Radio Ville-Manie f-t j ift'J la tédea iij ^ (.{fie /iïe Radio Ville-Marie 91,3 fm Montréal u&ud ifi/aime au OUÏ ÙUl RVM «4 a /mime une aux dafid-umx RVM ana ejfmx de dee/eSé neid 104,1 FM Rimouski 100.3\tFM Sherbrooke 89,9 FM Trois-Rivières 89.3\tFM Victoriaville 1350 AM Ottawa-Gatineau Jean-Philippe Trottier Midi-Actualités DU LUNDI AU VENDREDI DE 1 2 H À 1 3 H Philippe Vaillancourt Proximo UN BULLETIN HEBDOMADAIRE DE NOUVELLES RELIGIEUSES VIA INTERNET.PLUS DE 9 000 abonnés! Camille Gaïor Aujourd'hui le monde MERCREDI 1 1 H Denis Miron Passeport matin DU LUNDI AU VENDREDI DE 7 H À 9 H Sylvain Sicotte Magazine dignité MERCREDI 1 3 H 30 Jean-Marie Lapointe Des gens comme les autres MARDI 1 1 H ***** Jean Carette et Michel Rioux Sociétés ouvertes ¦ //\t\tni P\tt\t\t LUNDI I I H Tél.: 514 382-3913 Sans frais 1-855- 212-2020 www.radiovm.com "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.