Relations, 1 avril 2012, Avril - Mai
[" vlTION : 40012169 ?ReLatioNS Pour qui veut une société juste NuméRü 756 mai 2012 Notre démocratie: 5,50 $ L\u2019emprise de la démocratie-marché au Québec Les périls de la révolution conservatrice Vers des pratiques émancipatrices Renouveler la culture politique Le corset canadien Entrevue avec Serge Halimi : Un regard incisif sur le monde ARTISTE INVITÉ: CHRISTIAN TIFFET fiction ou réalité?\u2018 77176685879105 ReLatioNs M ASÿo^LjLvtçwt NuméRo 756, avRiL-mai 2012 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS Wallmapu, le pays le plus au sud des Amériques\t9 Luis Garda Huidobro, s.j.LE CARNET DE WAJDI MOUAWAD Une expérience identitaire (quatrième partie) 10 HUIT VARIATIONS SUR LE TEMPS CHRONIQUE LITTÉRAIRE Sonnez les matines\t26 Suzanne Jacob AILLEURS Le Bénin, une stabilité exceptionnelle\t28 Amzat Boukari-Yabara REGARD Du scandale\t31 André Surprenant Un regard incisif sur le monde\t32 Entrevue avec Serge Halimi, réalisée par Mouloud Idir et Catherine Caron CONTROVERSE Publicités religieuses: pourquoi pas?Lucie Martineau et Sabrina Di Matteo\t36 Raymond Lemieux\t37 EN BREF\t38 MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture : Christian Tiffet, Entrave, 2012 dOSSieR NOTRE DÉMOCRATIE: FICTION OU RÉALITÉ?Dans un contexte où le néolibéralisme et le néoconservatisme imprègnent notre société et l\u2019action des gouvernements en place, les reculs démocratiques se multiplient sous nos yeux.Formons-nous une communauté politique maître de son devenir tel que cela devrait être le cas en démocratie?Plusieurs signes permettent d\u2019en douter.Ce dossier en analyse quelques-uns, en explorant aussi les initiatives citoyennes et les fondements du renouvellement nécessaire de la démocratie.Notre démocratie: fiction ou réalité?\t11 Catherine Caron L\u2019emprise de la démocratie-marché au Québec\t13 Maxime Ouellet Gouvernance vs démocratie\t14 Jean-Claude Ravet Les périls de la révolution conservatrice\t16 Christian Nadeau Vers des pratiques émancipatrices\t18 Martin Breaugh Renouveler la culture politique\t20 Diane Lamoureux L\u2019éducation citoyenne à l\u2019école\t20 Jacques Racine Le corset canadien\t23 Amélie Descheneau-Guay ARTISTE INVITÉ Christian Tiffet est designer graphique et illustrateur.Il est également directeur artistique au journal Le Devoir.« En acceptant l\u2019invitation de Relations d\u2019illustrer le dossier sur la démocratie, je me suis rappelé une citation d\u2019Amin Maalouf: \u201cS\u2019accommoder de l\u2019ignorance, c\u2019est renier la démocratie, c\u2019est la réduire à un simulacre.\u201d Et puis, comment concevoir la démocratie sans le peuple, sans un rapport équitable entre les élus et les citoyens?Peut-on encore y croire?» foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, économiques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Amélie Descheneau-Guay TRADUCTION Jean-Claude Ravet ADJOINT PROMOTION/PUBLICITÉ Emiliano Arpin-Simonetti DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Jacques Goldstyn, Marie Surprenant RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Gilles Bibeau, Gilles Bourque, Eve-Lyne Couturier, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Agusti Nicolau, 'Guy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine, Louis Rousseau COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Suzanne Jacob, Vivian Labrie, Wajdi Mouawad, Carolyn Sharp, Marco Veilleux IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de libres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / HDS Canada Relations est membre de la SODEP Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère, EBSCO et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans: 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 55 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.ISSN 0034-3781 Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada, par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d'édition.Canada BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: 514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca avril-mai 2012 RELATIONS ra.iiraaEiw___ Madeleine Parent, salut! Pour nous tenir debout dans la tourmente de la vie, nous avons besoin des autres.Les uns des autres.La solidarité et le partage sont au fondement de toute communauté humaine, à plus forte raison de toute résistance, de tout combat collectif.Cependant, certaines personnes plus que d\u2019autres sont parmi nous comme des piliers sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour tenir bon ou reprendre notre souffle.Elles le deviennent par leur capacité à puiser en elles des forces, une vitalité qui rejaillissent sur les autres et esquissent un chemin d\u2019humanité.Dans un texte magnifique où il décrit le tragique de notre époque, et l\u2019air de démission qui l\u2019étouffe, Bernard Émond nous rappelait cette exigence de nous former les uns les autres («Vitupérer l\u2019époque », Rela- Christian Tiffet,\ttions, mars 2011).Pour cela, il avan- La persévérance,\tçait l\u2019idée inopinée que notre généra- 2012\ttion avait plus que jamais besoin de saints qui, par leur exemple, « maintiennent en vie ce qu\u2019il y a de meilleur dans la condition humaine » et nous rappellent « ce dont les êtres humains peuvent être capables lorsqu\u2019ils s\u2019engagent entièrement».Parmi ces saints - pris au sens laïc - qui pourraient inspirer notre époque, comment ne pas penser à Madeleine Parent qui vient de nous quitter?Cette femme, d\u2019apparence si frêle, si inoffensive, n\u2019avait rien d\u2019une héroïne, d\u2019une superstar, mais tout d\u2019une femme qui par son engagement, ses prises de parole et ses partis pris dégageait une manière d\u2019être inspirante pour faire les choix qui nous incombent, pour habiter humainement le monde et vivre dans une société juste : se tenir debout, exister dignement.Et en cette période pascale où les chrétiens célèbrent la résurrection de Jésus - celui qui a passé sa vie à redonner courage, dignité et joie à son peuple souffrant et à lui apprendre à ne pas considérer les injustices comme une volonté de Dieu -, il convient de rappeler que le mot grec qui a donné « ressusciter» dans les évangiles veut dire « se tenir debout ».Devant les maîtres et contremaîtres de l\u2019Église, des entreprises, de l\u2019État ou de la société, Madeleine Parent a mis tout son poids d\u2019humanité dans la balance de la justice.Pionnière dans le combat syndical, aux premières lignes sur le front des luttes féministes et solidaire de bien des mobilisations sociales, elle s\u2019est tenue debout aux côtés des ouvriers et ouvrières, des petites gens et des exclus, écrasés sous le poids des institutions et des industries insensibles à leurs conditions de vie et à leurs cris.Dans une entrevue réalisée par Normand Breault (Relations, avril 1998), Madeleine Parent relate un événement marquant de son enfance qui est certainement à l\u2019origine de sa soif insatiable de justice.L\u2019été, ses parents habitaient une maison à la campagne, où « des pauvres, dépossédés de leur terre, louaient leur maison aux villégiateurs pour se faire quelques dollars pendant qu\u2019ils passaient l\u2019été entassés misérablement dans une cabane ».La petite Madeleine s\u2019est liée d\u2019amitié avec des enfants de ces familles, « des enfants comme moi », dit-elle.«La différence entre eux et moi était qu\u2019ils n\u2019auraient que peu de chances dans la vie et seraient probablement toujours pauvres, comme l\u2019étaient leurs parents.» Tout au long de sa vie, elle aura voulu lutter contre ce destin.Certes, dans notre époque marchande, il est facile de vivre couché plutôt que debout, de plier l\u2019échine et de ramper devant le destin.Les haut-parleurs médiatiques de l\u2019élite économique - qui aimerait que le monde tourne docilement autour d\u2019elle et de ses désirs sans fin - ne cessent de chanter les vertus de l\u2019à-plat-ventrisme.Tout le monde en parle d\u2019un air sympathique.D\u2019autres, par contre, y seront brutalement contraints par leurs patrons, des lois ou la misère, pour survivre.Ceux-là, généralement, on ne les voit pas ou on ne veut pas les voir.Mais pour qui cherche à vivre éveillé, se tenir debout est la posture heureuse - Madeleine Parent nous le rappelle, comme les dizaines de milliers de jeunes qui contestent la hausse des frais de scolarité.Une posture exigeante aussi.C\u2019est pourquoi nous avons besoin les uns des autres et, particulièrement de ceux et celles qui se sont tenus droits comme des phares au milieu de la tempête, pour nous aider à garder le cap même dans le tumulte ou dans le vacillement.Souhaitons que la génération montante apprenne à connaître cette belle figure québécoise qui a marqué notre histoire.Ce serait une heureuse rencontre, pleine de promesses.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS avril-mai 2012 actualités L'auteur est coordonnateur des actions de la Coalition québécoise de lutte contre la pollution électromagnétique Des compteurs controversés Les compteurs à radiofréquences d\u2019Hydro-Québec ne seraient pas sans conséquences sur la santé de la population.FRANÇOIS DROUIN Récemment, Hydro-Québec a décidé de moderniser ses installations en créant un projet de lecture à distance des compteurs qui prévoit le remplacement de tous les types d\u2019appareils existants par des nouveaux modèles dits «intelligents».Ces compteurs communiquent entre eux, par radiofréquences, les données de consommation d\u2019électricité des foyers de sorte que les releveurs ne sont plus nécessaires pour établir la somme à facturer aux clients.Pourque le réseau puisse fonctionner, des routeurs et des collecteurs sans fil doivent aussi être installés, créant ainsi une toile de radiofréquences supplémentaires qui ne serait pas sans conséquences pour la santé de la population à court et à long terme.Pour les citoyens qui souffrent d\u2019électrosensibilité, le projet d\u2019Hydro-Québec est bien entendu inacceptable.Ces personnes présentent des symptômes tels que des maux de tête, des nausées, des palpitations cardiaques ou de l\u2019insomnie lorsqu\u2019elles sont exposées aux champs électromagnétiques.Leur condition de santé n\u2019est malheureusement pas reconnue par le Collège des médecins du Québec, qui est en retard par rapport à ses vis-à-vis européens, notamment la Suède, où l\u2019électrosensibilité est reconnue comme un handicap.Ceux et celles qui en souffrent reçoivent même une aide financière de l\u2019État suédois pour les aider à vivre une vie normale et à s\u2019adapter à un environnement de plus en plus surchargé d\u2019ondes de toutes sortes.Les radiofréquences, en plus d\u2019effets à court terme indésirables, peuvent aussi provoquer une kyrielle de problèmes de santé à long terme.L\u2019Organisation mondiale de la santé déclarait, en mai 2011, qu\u2019elles étaient possiblement cancérigènes, reflétant ainsi les inquiétudes grandissantes de la communauté scientifique internationale.Durant la même période, l\u2019Assemblée parlementaire du Conseil de l\u2019Europe demandait à ses pays membres de faire tout en leur pouvoir pour décourager l\u2019utilisation des technologies sans fil par les enfants et les adolescents, no- ON PAN6EP LA SANn£ ANT& 7 tNFiAUX COMÏT&K)?.'-, ?COHT& v&è JL95Z 4| avril-mai 2012 RELATIONS actuaLités tamment dans les écoles.Devant ces appels à la prudence qui sont appuyés par plusieurs scientifiques spécialistes des champs électromagnétiques, il paraît évident que le principe de précaution devrait s\u2019appliquer lorsque de nouvelles technologies sans fil sont mises en marché.Cette vision modérée et sage a inspiré la création, l\u2019automne dernier, d\u2019un groupe de citoyens opposés au projet de lecture à distance d\u2019Hydro-Québec.La Coalition québécoise de lutte contre la pollution électromagnétique (CQLPE) vise à faire reculer Hydro-Québec et à sensibiliser la population et les décideurs aux multiples formes d\u2019électro-smog.Non seulement le déploiement massif des compteurs «intelligents » sur tout le territoire québécois menace-t-il la qualité de vie des personnes électrosensibles et la population en général, mais il est aussi une grave atteinte à la liberté de choix.En effet, les personnes électrosensibles, ou celles qui ne veulent pas le devenir, peuvent toujours choisir de ne pas avoir de cellulaire, de four à micro-ondes ou de routeur sans fil.Elles contrôlent ainsi leur environnement immédiat, ce sur quoi elles ont une emprise, au contraire par exemple des antennes-relais dont il est impossible de refuser l\u2019installation dans nos collectivités.Hydro-Québec ayant été créée à l\u2019époque du célèbre « Maîtres chez nous », il est assez ironique de constater que la société d\u2019État tente aujourd\u2019hui de retirer à une grande partie de la population québécoise sa capacité de décider ce qui entre ou non dans nos demeures.Outre les risques pour la santé, il y a donc un enjeu hautement symbolique de démocratie et de respect des droits fondamentaux.Hydro-Québec est, durant les mois de mars et avril, devant la Régie de l\u2019énergie du Québec pour défendre son projet.S\u2019il s\u2019avérait qu\u2019il soit accepté, la pollution électromagnétique des compteurs «intelligents», des routeurs et des collecteurs viendrait s\u2019ajouter à l\u2019électro-smog ambiant qui est en constante augmentation depuis une dizaine d\u2019années.La CQLPE invite donc les citoyens à contacter le gouver- GEORGES LEROUX Depuis le dépôt du rapport de la commission Bouchard-Taylor, les débats sur les enjeux de la laïcité se sont multipliés.Des ouvrages importants, certains issus de colloques, d\u2019autres l\u2019œuvre de penseurs désireux de clarifier la notion, ont entrepris de baliser le chemin.La journée d\u2019étude organisée par le Centre justice et foi, le 28 janvier dernier à Montréal, qui réunissait quatre intervenants reconnus pour leur contribution à la réflexion, s\u2019inscrit dans ce vaste débat public.Il est certes impossible de reprendre ici les arguments de chacune des contributions, mais quelques perspectives d\u2019ensemble se dégagent d\u2019emblée.Prenant appui sur les travaux du sociologue et historien Martin Meunier, en particulier sur son concept de «régimes du religieux», Louis Rousseau a développé une riche analyse des liens entre la religion et la construction identitaire dans l\u2019histoire du Québec.Le passage complexe d\u2019un régime ethno-religieux, où la religion se confond à l\u2019identité nationale, à un régime nement du Québec, la Régie de l\u2019énergie et Hydro-Québec pour leur faire part de leur mécontentement et de leurs préoccupations à ce sujet.\u2022 pluraliste, où on peut observer des groupes diversifiés plus fortement structurés et l\u2019érosion des religions autrefois majoritaires, semble caractériser la situation actuelle.Quelle peut être, dans le Québec pluraliste, la place de la référence religieuse?Selon Louis Rousseau, elle est d\u2019abord patrimoniale, sans que cela signifie la disparition de la référence identitaire au passé religieux de la majorité de la population.Un complexe travail d\u2019interprétation et de réappropriation est en cours, qui éclaire à rebours les résistances provenant de milieux sécularistes, à intégrer ces dimensions patrimoniales.Pour l\u2019historien soucieux d\u2019observer des mutations et de les interpréter, la laïcité doit d\u2019abord fournir les conditions d\u2019un accueil objectif et neutre du passé, et non chercher à le faire disparaître.Dans un exposé nourri de références juridiques rigoureuses, Hélène Tessier a mis en lumière la double tradition qui soutient la pratique des accommodements raisonnables: d\u2019une part, la tradition libérale et son institution centrale, la charte, pour les décisions relatives aux droits, et la tradition Politiser la laïcité La journée d\u2019étude sur la laïcité du Centre justice et foi a permis de jeter un regard critique sur le discours public entourant ce débat, toujours menacé de raccourcis dangereux.L'auteur est professeur émérite au Département de philosophie de l'UQAM RELATIONS avril-mai 2012 actualités civiliste, centrée sur l\u2019intervention de l\u2019État.Deux conceptions de la laïcité peuvent y être associées: l\u2019une plus ouverte par sa considération des droits individuels, l\u2019autre plus proche du républicanisme français par son approche plus politique et institutionnelle.Discutant le cas particulier de la protection du droit à l\u2019égalité homme/ femme, Hélène Tessier a insisté sur l\u2019impossibilité de formuler une doctrine de la hiérarchie des droits; elle a plaidé pour une conception sobre de la laïcité, résultant d\u2019une évolution historique distincte du processus de la sécularisation, avec lequel elle est trop souvent confondue.Micheline Labelle a consacré sa présentation à une critique d\u2019une interprétation exclusivement culturelle du malaise identitaire et elle a plaidé pour une approche politique du discours sur la laïcité.Se centrer sur la stricte dimension culturelle a pour effet de dépolitiser les questions de la citoyenneté, alors que, comme elle l\u2019a fait voir dans un rappel historique très nuancé, l\u2019histoire de la laïcité au Québec est d\u2019abord celle d\u2019une libération politique d\u2019une tutelle religieuse et cléricale.Référant au théoricien Tariq Modood et à sa notion de «multiculturalisme civique », elle a mis de l\u2019avant une citoyenneté fondée sur l\u2019énoncé de valeurs communes.Ce théoricien distingue en effet la constitution, les lois et les règles politiques fondées sur des valeurs communes (« core values »).Micheline Labelle inscrit sa pensée dans ce pluralisme civique et pense que la souveraineté nationale en constitue la condition la plus nette.Michèle Vatz-Laaroussi a pour sa part critiqué un certain nombre de préjugés et de stéréotypes concernant l\u2019immigration.La perception des valeurs et visions du monde des immigrants est souvent erratique et fondée sur une sélection de cas très minoritaires.Par exemple, la thèse selon laquelle les immigrants musulmans seraient majoritairement des religieux intégristes ou encore le préjugé qui associe l\u2019intégrisme à l\u2019islam, en faisant l\u2019impasse sur l\u2019intégrisme juif et chrétien.La discussion qu\u2019a soulevée le guide municipal Énoncé des valeurs : des clés pour mon intégration à Gatineau, publié en décembre 2011, a permis de faire le point sur la dissémination de ces préjugés dans les textes publics et sur la nécessité de les critiquer.Deux constats me semblent s\u2019imposer à la suite de cette journée.En premier lieu, la nécessité de maintenir une activité critique concernant le discours public, toujours menacé de raccourcis dangereux concernant les représentations, mais peut-être surtout la prise de conscience du tournant politique de la question de la laïcité, indispensable pour sortir des ornières du multiculturalisme.\u2022 Vers Rio+20 et le Sommet des peuples Alors que les Nations unies succombent à l\u2019idée d\u2019étendre la logique marchande au vivant dans le contexte de la crise climatique, les altermondialistes se mobilisent.NICOLAS HAERINGER L'auteur est membre du comité de rédaction de la revue Mouvements () La Conférence des Nations unies sur le développement durable (communément appelée Rio+20) se tiendra à Rio, au Brésil, du 20 au 22 juin prochain.Alors que l\u2019ONU s\u2019apprête à répondre à l\u2019urgence environnementale par l\u2019extension de la logique marchande à l\u2019ensemble du vivant, le mouvement altermondialiste continue de montrer sa pertinence en ^ avril-mai 2012 RELATIONS inventant des modes de développement alternatifs et en construisant des réponses durables aux multiples crises - économique, financière, sociale et écologique.Fin janvier à Porto Alegre, le Forum social thématique, intitulé « Crise du capitalisme, justice sociale et environnementale», s\u2019est ainsi affirmé comme un «Rio alternatif».Quelque 20 000 participants y ont préparé leur participation au Sommet des peuples qui se déroulera en marge de Rio+20.Une première version de l\u2019accord que devrait adopter l\u2019ONU, intitulé « Le futur que nous voulons», a été rendue publique alors que s\u2019ouvrait le forum de Porto Alegre.Ce texte devrait peu évoluer d\u2019ici juin.Il entend promouvoir l\u2019économie dite «verte» comme alternative aux impasses d\u2019un capitalisme débridé, destructeur des écosystèmes.Il s\u2019agit en quelque sorte de reproduire ce que le précédent sommet de Rio, en 1992, est parvenu à réaliser en imposant le concept de « développement durable ».Le projet d\u2019accord de Rio+20 est en apparence séduisant: il est censé définir le cadre de la transition d\u2019une économie «brune» (basée sur l\u2019extraction actuaLités v>fc TRq( n m des ressources naturelles, notamment fossiles) vers une économie «verte».Mais il ne se fonde pas sur la volonté de tendre vers des sociétés énergétiquement sobres et respectueuses des écosystèmes.Il ambitionne plutôt d\u2019inventer un monde de l\u2019après-pétrole dans lequel la raréfaction des énergies fossiles serait compensée par l\u2019utilisation des ressources biologiques, afin de continuer à faire croître la production industrielle.Il représente ainsi l\u2019un des derniers chaînons de la marchandisation du monde et projette d\u2019étendre les mécanismes de marché (brevetabilité du vivant, valorisation et commercialisation des «services » rendus par la nature, compensation des émissions de dioxyde de carbone, etc.) à l\u2019ensemble du vivant.Dans la mesure où certaines puissances du Sud (comme le Brésil) sont tentées d\u2019y voir une occasion supplémentaire de poursuivre leur développement, il n\u2019est guère probable qu\u2019un titre de jouir d\u2019une excellente réputation auprès des organisations de la société civile, parce qu\u2019elles constituent le seul cadre démocratique multilatéral - que n\u2019offrent pas les négociations bilatérales ou les institutions comme l\u2019Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.Le Forum social thématique de Porto Alegre constituait donc une étape vers le Sommet des peuples et Rio+20 afin d\u2019approfondir les alternatives décrites dans l\u2019« Accord des la nature centrée sur l\u2019humain - dite anthropocentrée - pour passer à une vision « biocentrée » qui tienne compte fÔrUM sOCial teMÂTiCo CRISE CaPitA Lista, JuStiÇA sOCUl « AMBioNTal ?rtv* Porto Alegre « Regiio M«tropolitana/RS Brasil 24 a 28 Janeiro 2012 kpirar?front des pays émergents vienne contrecarrer ce projet.La société civile a donc un rôle clé à jouer tant dans la dénonciation du contenu de l\u2019accord que dans la formulation d\u2019alternatives crédibles.La tâche n\u2019est pas aisée, d\u2019autant que les arènes onusiennes, même imparfaites, continuent à juste peuples», adopté lors de la Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la «Terre-Mère», tenue à Cochabamba en Bolivie, en 2010.Essentiellement, les discussions et analyses menées dans ces événements portent sur la nécessité de rompre avec une conception de des interactions entre l\u2019humain et la nature.La reconnaissance des droits de la nature (effective dans la Constitution de l\u2019Équateur ou dans l\u2019idée d\u2019une déclaration universelle des droits de la «Terre-Mère» promue par le président bolivien Evo Morales) et l\u2019invention de la notion de « Bien-Vivre», cadre politique essayant de concilier justice sociale et sobriété, en sont des jalons importants.Là où les élites mondiales échouent à penser les problèmes globaux dans leur dimension locale, la forme du forum social est particulièrement adaptée à l\u2019articulation du local et du global, ainsi qu\u2019à la construction « par le bas » d\u2019alternatives au changement climatique et à la perte de la biodiversité, à partir des expériences des communautés indigènes et paysannes.C\u2019est là tout son intérêt.À Rio, la transition vers un monde réellement durable ne se discutera et ne se préparera pas tant dans le Sommet officiel que dans le Sommet des peuples, déclinaison ca-rioca du Forum social mondial.\u2022 Photos : Nicolas Haeringer RELATIONS avril-mai 2012 actualités L'auteur est géographe Esquisse du projet citoyen Le référendum de l\u2019Îlot Irving Le cas de l\u2019Îlot Irving, à Québec, a fait ressortir des enjeux majeurs de développement urbain, dont la spéculation et le logement social.MARC BOUTIN Le référendum du 5 février dernier concernant l\u2019Îlot Irving, à Québec, portait sur un changement ponctuel au règlement de zonage d\u2019un îlot urbain, situé au cœur de l\u2019historique faubourg Saint-Jean et occupé par un stationnement.Cette modification devait permettre la construction d\u2019un édifice pour condominiums de neuf étages dans une zone auparavant limitée à trois, cinq et six étages.Ce quartier est très densément peuplé -17 000 personnes au km2 -, mais 95 % des constructions dépassent rarement trois étages.En termes d\u2019appuis, les forces en présence étaient inégales.Le camp du «oui», piloté par un promoteur aux reins solides, GM Développement, comptait dans ses rangs le maire Labeaume, la conseillère du district, Chantal Gilbert, les gens d\u2019affaires du faubourg et - surprise! - le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste.Ce dernier, porte-parole habituel des citoyens dans ce genre de débat, avait accepté un compromis en vertu duquel le promoteur promettait de construire vingt unités de logements coopératifs de trois étages du côté nord de son édifice de neuf étages.Sur la base de cette promesse, à laquelle s\u2019ajoutaient certains bonis «écolos» (toits verts et murs végétalisés), le camp du « oui» a obtenu l\u2019appui d\u2019une quinzaine de groupes communautaires: Centre de la petite enfance, Amis de la Terre, Centre Famille Haute-Ville, Vivre en ville, les comités des citoyens des quartiers voisins, etc.Dans le camp du «non», des résidants, au départ isolés, avaient tout de même réussi à réunir plus de 600 signatures pour tenir un référendum.Cette démarche a valu à deux d\u2019entre eux des poursuites-bâillons de 150000$ de la part du promoteur, soi-disant pour avoir amplifié la hauteur du projet sur une affiche.Les couteaux volaient bas, laissant présager l\u2019importance des enjeux.Celui le plus évident touche le rôle essentiel des règles de zonage pour contrer les effets délétères de la spéculation sur la trame urbaine d\u2019un quartier populaire.Cette trame est basée sur un lotissement égalitaire où les constructions sont protégées par des règles qui imposent des limites de hauteur (quatre étages dans ce cas-ci) pour respecter l\u2019ensoleillement et les droits de vue entre voisins.Dans le cas de l\u2019Îlot Irving, on avait affaire à un zonage «à la pièce», offert par la Ville à un promoteur qui voulait ajouter des étages à son projet pour amortir plus rapidement le prix d\u2019achat (2,5 millions de dollars) de son terrain.Or, la spéculation excessive dans le faubourg fait florès dans l\u2019ombre des édifices en hauteur et près des terrains vagues où le prix des terrains tend à dépasser celui des maisons.S\u2019ensuivent des augmentations de taxes qui poussent les propriétaires à né- gliger leur bien pour vendre rapidement ou à subdiviser leurs logements pour rentabiliser l\u2019espace, chassant ainsi les familles.Un autre enjeu important que ce débat a permis de soulever est celui du logement social dont le nombre atteint aujourd\u2019hui 20% des habitations du faubourg Saint-Jean.Le camp du «oui», incluant le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, membre du Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), a fait la promotion du projet en soutenant qu\u2019il respectait le principe de la mixité sociale avec la construction de vingt logements coopératifs adossés à neuf étages de condos sur un même terrain.Selon le camp du «non», le projet de l\u2019Îlot Irving allait plutôt instaurer une forme nouvelle d\u2019habitation «à deux vitesses»: les condos allaient accaparer la vue et le soleil, tandis que les logements coopératifs - sans cour arrière puisque adossés à un stationnement - resteraient dans l\u2019ombre des condos, du matin jusqu\u2019au milieu de l\u2019après-midi.Le camp du«non» l\u2019a emporté avec 54 % des votes.Compte tenu de la disparité des forces économiques et symboliques en présence, il s\u2019agit d\u2019une victoire convaincante qui a porté un premier coup à la politique municipale de densification du centre-ville.Le maire en a profité pour demander à l\u2019Assemblée nationale d\u2019abolir le droit au référendum dans l\u2019agglomération.Le gouvernement a maintenu ce droit, mais a ouvert la porte à un concept de «zones franches» à l\u2019intérieur de la ville.Il s\u2019agit de lieux déterminés à l\u2019avance, où l\u2019administration municipale pourrait modifier le zonage sans possibilité de référendum.Il semble que le maire de Québec n\u2019a pas l\u2019intention de s\u2019en priver, quitte à diluer la qualité de la vie démocratique en milieu urbain.\u2022 avril-mai 2012 RELATIONS HORÎZONS Wallmapu, le pays le plus au sud des Amériques LUIS GARCIA HUIDOBRO, S.J.En ratifiant les traités de paix entre le peuple mapuche et la couronne d\u2019Espagne qui avaient été signés durant la période coloniale, le président chilien Ramon Freire reconnaissait, en 1825, les frontières du pays mapuche - le Wallmapu.Cela n\u2019a pas empêché les élites chiliennes de convoiter leurs terres quelques années plus tard.En 1881, l\u2019État chilien, à la suite de sa victoire écrasante contre le Pérou dans la Guerre du Pacifique, a envahi le Wallmapu.Cette guerre est connue sous le nom de « pacification de l\u2019Arau-canie».Durant tout le XXe siècle, les Ma-puches n\u2019ont cessé de demander la restitution de leurs terres usurpées.Pendant la même période, l\u2019éducation catholique se chargeait de leur faire perdre l\u2019usage de leur langue et de leurs traditions religieuses.La misère provoquée par la rareté des terres força la dispersion de milliers de Mapuches vers les villes, particulièrement à Santiago où ils occupaient des emplois réservés aux plus pauvres : domestiques (soumis à un horaire de travail qui s\u2019apparentait à un véritable esclavage), ouvriers de la construction, boulangers et policiers (carabineros).Au début des années 1970, le gouvernement socialiste de Salvador Allende initia un processus de restitution des terres ma-puches, dans le cadre d\u2019une réforme agraire qui fut interrompue violemment par la dictature militaire d\u2019Au-gusto Pinochet.Ces terres furent alors vendues à bas prix à des hommes d\u2019affaires et à l\u2019élite politique, notamment aux sociétés CMPC et Forestal Arauco, chefs de file mondiaux dans la production de la cellulose, actuellement en pleine expansion en Amazonie.Sous la dictature, des centaines de Mapuches furent emprisonnés et torturés et un certain nombre comptent parmi les «disparus».À la fin de la dictature, en 1989, le dirigeant de la Concertation des partis pour la démocratie (centre-gauche), Patricio Aylwin - qui allait devenir peu de temps après président du Chili (1990-1994) -, ainsi que de nombreux autres dirigeants politiques signèrent les Accords de Nueva Imperial, s\u2019engageant à reconnaître le peuple mapuche dans la Constitution et à élaborer une loi de protection de leurs terres.Malgré vingt ans de gouvernement de la Concertation (1990-2010), cette reconnaissance constitutionnelle ne s\u2019est jamais réalisée, le parlement refusant jusqu\u2019à maintenant de reconnaître leurs droits territoriaux.La Loi indigène, promul- Combien de jeunes Mapuches devront être tués ou emprisonnés injustement pour qu\u2019on commence à se reconnaître comme un pays colonial qui occupe par la force un territoire étranger?guée en 1993, demeure totalement insuffisante.Plus encore, l\u2019appui inconditionnel des gouvernements aux entreprises privées installées en territoires mapuches - parfois même en marge de la légalité, comme dans le cas de la construction des barrages sur le Alto Bîo-Bîo - a conduit à la rupture complète du dialogue entre les organisations mapuches et le gouvernement, à la fin des années 1990.S\u2019ensuivirent alors la répression policière et la criminalisation du mouvement mapuche, avec des centaines d\u2019emprisonnements.L'État chilien est actuellement poursuivi devant la Cour interaméricaine des droits humains pour avoir appliqué la Loi antiterroriste - conçue sous la dictature - contre les autorités traditionnelles mapuches et même contre des Mapuches d\u2019âge mineur.Malgré les grèves de la faim de longue durée faites par des prisonniers politiques, seule façon d\u2019interpeller l\u2019opinion publique sur cette question, les gouvernements et les parlements font toujours la sourde oreille.D\u2019importants dirigeants mapuches sont ainsi actuellement en prison, condamnés sur la base de témoignages confidentiels ou de confessions soutirées sous la torture.Le leader mapuche Jorge HuenchulMn réclame la présence d\u2019observateurs internationaux lors des procès de dizaines de Mapuches arrêtés en vertu de la loi antiterroriste durant des manifestations sur leurs terres ancestrales.Pendant ce temps, les tribunaux militaires accordent une totale impunité aux policiers qui tirent à bout portant sur les jeunes et les enfants mapuches.Récemment, les parents de Maüas Catrileo, assassiné par un policier, ont demandé à la Cour suprême que celui-ci soit démis de ses fonctions et jugé.Dans un autre cas, l\u2019officier en charge d\u2019une opération au cours de laquelle a été assassiné Jaime Mendoza Colllo, a été promu général.Loin de se décourager, les communautés mapuches continuent de s\u2019organiser pour exiger leurs droits territoriaux, en occupant des terres et en s\u2019opposant à des projets d\u2019investissement qui menacent l\u2019environnement et qui forcent leur migration vers les villes.Le mouvement mapuche, notamment la Fédération mapuche des étudiants, s\u2019est beaucoup impliqué dans les mobilisations sociales et étudiantes actuelles au Chili.Dans les rues de Santiago, les banderoles mapuches et chiliennes défilent côte à côte.Il est temps de se poser des questions sur les fondements de notre démocratie ainsi que sur notre ségrégation économique et sociale.Combien de jeunes Mapu-ches devront être tués ou emprisonnés injustement pour qu\u2019on commence à se reconnaître comme un pays colonial qui occupe par la force un territoire étranger?\u2022 L\u2019auteur est un jésuite chilien RELATIONS avril-mai 2012 Le caRNet_____ De wajDi mouawaD UNE EXPÉRIENCE IDENTITAIRE (QUATRIÈME PARTIE) En première année d\u2019interprétation à l\u2019École nationale de théâtre, on nous a donné à travailler des scènes tirées de l\u2019œuvre de Michel Tremblay.À moi, il m\u2019échut le magnifique rôle de Claude dans la dernière scène de Le vrai monde?Le personnage confronte son père dans une longue et bouleversante rupture.Le fils a écrit une pièce où il met en scène sa propre famille et y dénonce une relation incestueuse qu\u2019il croit être survenue entre son père et sa sœur.Le père, furieux, tente d\u2019humilier son fils avant de refermer définitivement la porte du dialogue et de brûler le manuscrit de Claude.Travailler le personnage d\u2019un auteur me convenait très bien.Au bout de quelques semaines, les directeurs me convoquèrent pour me dire: «Bon.Ça avance bien.Il reste deux semaines avant la présentation de l\u2019exercice, ce serait bien de travailler ton accent québécois et, au lieu de jouer avec ta propre langue, essaie de trouver la langue de l\u2019auteur.» C\u2019était une indication d\u2019une pertinence qui n\u2019appelait aucune discussion.Sans plus attendre, je me suis mis aux affriquées : Titudidu devenant tsit-sudzidzu, les an des in, les a des â et les puis des pis.Il m\u2019a fallu de plus renverser les élisions des e car ils ne s\u2019élident pas de la même manière en France et au Québec, les «j\u2019te l\u2019dis» de là-bas devenant les «je t\u2019le dis» d\u2019ici.Bref, je me suis plié avec emphase à un travail technique et savant tant la langue québécoise répondà des règles très strictes qui se doivent d\u2019être respectées si l\u2019on veut faire entendre la musique des émotions enfouies dans ses interstices.Je me suis acharné.J\u2019ai fait faire à mes mâchoires une gymnastique pour les forcer à embrasser les mots de manière nouvelle.Au moment des présentations des scènes que la classe devait faire devant le corps professoral, j\u2019avais un trac épouvantable.Une langue nouvelle fait toujours peur; mais notre tour arrivé, je me suis présenté avec mon camarade qui interprétait le rôle du père et, pleins de courage et de foi, investis comme il se doit dans nos rôles tragiques, nous avons commencé la scène.Je me suis donné à voir avec ma langue nouvelle dans la bouche comme celui qui arrive avec des souliers trop vernis aux pieds.Cela ne pouvait pas tenir et, à l\u2019instant où il m\u2019a fallu, dans le monologue de Claude, enchaîner trois adverbes dans la même phrase « .tellement enthousiasmant! Pis tellement nourrissant! Pis en vieillissant.», tout le monde a fini par exploser de rire malgré leur respect pour les efforts que je déployais.C\u2019en était trop.Je n\u2019ai pas pu résister et sans tarder j\u2019ai repris ma langue pour pouvoir aller jusqu\u2019au bout de la scène.Comment parle-t-on la langue de celui qui nous accueille?C\u2019est une question à laquelle je ne parviens toujours pas à répondre car les réponses ne sont pas d\u2019un seul tenant.On peut décider ce que l\u2019on veut sur sa propre langue, on ne maîtrise pas tout à fait les inflexions qui s\u2019y introduisent à nos dépens et, à la fin de la fin, on serait bien incapable de dire dans quelle langue on parle s\u2019il n\u2019y avait pas les autres pour nous renvoyer continuellement à l\u2019ailleurs.«Tu as un accent français», disent ceux d\u2019ici.«Tu as un accent québécois», disent les gens de là-bas et dans cette sensation de vivre entre ici et là-bas et de parler toujours la langue de l\u2019autre - pour ne pas dire «la mauvaise langue» -, il y a cet espace qui s\u2019ouvre, sans doute celui de la poésie, en tous les cas de la langue écrite, comme seule sortie possible.(LA SUITE AU PROCHAIN NUMÉRO) O avril-mai 2012 RELATIONS dOSSieR Notre démocratie : fiction ou réalité?iH, \"' : CATHERINE CARON Il semble à la fois étrange et normal de parler d\u2019une crise de la démocratie au Québec et au Canada.Étrange, parce que notre situation est enviable à l\u2019heure où le sang coule là où la démocratie cherche à naître et alors qu\u2019elle sombre dangereusement en Europe, plus particulièrement en son berceau même - la Grèce - sous la dictature des créanciers.Normal, parce que depuis la parution de notre dossier «Démocratie sous tutelle», en septembre 2006, notre vie démocratique ici-même n\u2019a cessé de s\u2019éroder et, disons-le, de nous scandaliser, ce pourquoi nous avons souhaité y consacrer ce dossier.Près de dix ans après les États généraux québécois sur la réforme des institutions démocratiques de 2003 - un processus d\u2019envergure ayant permis l\u2019expression des besoins, désirs et attentes des Québécois concernant leur vie démocratique -, presque rien de la volonté populaire qui s\u2019y est exprimée n\u2019a avancé, qu\u2019il s\u2019agisse du mode de scrutin proportionnel, du droit à l\u2019initiative populaire, d\u2019une Constitution du Québec ou d\u2019élections à date fixe.En conséquence, et non sans lien avec l\u2019enjeu de l\u2019indépendance du Québec tel que souligné dans ce dossier, notre Parlement et nos conseils municipaux offrent un portrait déformé de notre société, dont la légitimité Christian Tiffet, Cynisme et transparence, 2012 RELATIONS avril-mai 2012 ;ieR « J\u2019ai aussi dit que la démocratie est une invention de la gauche.Il faudrait qu\u2019elle s\u2019en souvienne car elle a depuis longtemps oublié qu\u2019elle naît dans la rue.Non pas lors de protestations, mais dans la proximité, le voisinage, la connaissance instinctive d\u2019intérêts communs.» Gil Courtemanche, La Seconde Révolution tranquille est douteuse et l\u2019éthique entachée.Aux mouvements pour la démocratie au Québec s'ajoutent ainsi des initiatives comme la Coalition pour la Constituante et le Projet Papineau pour une démocratie sans partis.De fait, quelle légitimité ont des gouvernements majoritaires rejetés par la majorité des votants, sans parler des abstentionnistes?Et en vertu de quelle autorité leur obéissons-nous, une fois que des lois que nous estimons injustes - et contre lesquelles nous pouvons certes protester, mais dans un espace public et médiatique de plus en plus atrophié - nous régissent néanmoins?Le philosophe Michel Métayer, dans «L\u2019obéissance démocratique» (Philo & Cie, janvier-avril 2012), avance que c\u2019est en vertu de l\u2019autorité émanant non pas d\u2019un chef ou d\u2019un gouvernement, mais du régime de l\u2019État de droit démocratique lui-même (suffrage universel, constitution, chartes, égalitarisme, liberté de presse, etc.).Il s\u2019interroge : « Ce que Tocqueville a appelé notre \u201c amour désordonné \" pour l\u2019ordre saura-t-il résister à l\u2019insatisfaction grandissante à l\u2019égard du type de vie politique que cet ordre produit?Il y a quelque chose de schizophrénique dans l\u2019écart qui se creuse actuellement entre la confiance que les populations des États démocratiques conservent en la légitimité de leurs institutions et le désenchantement qu\u2019elles ressentent envers ceux qu\u2019elles chargent de les faire fonctionner.La perspective d\u2019une belle Formevidée de sa substance devrait nous inquiéter.» Elle nous inquiète.Entre autres parce que s\u2019y profilent d\u2019étranges créatures: «les corporations sont des citoyens qui ont des droits», entonnent Lucien Bouchard, Bombardier et consorts.Certes, l\u2019union du capitalisme et de la démocratie n\u2019est pas nouvelle, mais la période actuelle de globalisation et de marchandisation du monde conduit à cette grandiose fumisterie - l\u2019entreprise-citoyenne - et à une terrible régression.La démocratie s\u2019en trouve réduite à l\u2019état d\u2019une fiction où les marchés financiers et les corporations sont davantage traités en sujets politiques ayant des droits et libertés que les citoyens.Les poursuites-bâillons en attestent.La résistance de la mouvance « alter-mondialiste-indignés-occupons» aussi.De même que la montée du militarisme et de la répression.La corporation-citoyenne règne ainsi au cœur d\u2019une « démocratie-marché», de sorte qu\u2019au Québec, notre liberté politique semble de plus en plus être celle de nous autocoloniser.N\u2019est-ce pas éloquent lorsqu\u2019on ose nous dire, sans rire, qu\u2019imposer aux entreprises notre volonté collective de transformer nous-mêmes nos ressources nous appauvrirait, sans même voir là l\u2019une des caractéristiques centrales d\u2019une économie du tiers-monde?L\u2019attention qui reste forte sur la seule joute politique et sur une démocratie formelle et représentative malade nourrit l\u2019apolitisme et le cynisme ambiants et, surtout, empêche de saisir l\u2019ampleur du verrouillage «corpocra-tique» de la démocratie en cours, notamment par la voie des traités internationaux d\u2019investissement et de commerce.Les conséquences de ces traités se révèleront au fil du temps, puisque leur velléité est de rendre permanent un état de fait - élaboré en faisant un black out total sur la transparence, la délibération publique et la participation démocratique -, peu importe les changements de gouvernements.Voilà une autre fumisterie, car il n\u2019y a pas plus de «citoyenneté de l\u2019entreprise» qu\u2019il n\u2019y a de décisions politiques (drapées dans un jargon juridico-technocratique), prises par des êtres humains, que ceux-ci ne peuvent renverser.Cette même volonté profondément antidémocratique de créer un ordre que les changements de gouvernements ne puissent modifier anime le gouvernement conservateur, dirigé par Stephen Harper.La conscience que nous en avons, de même que de la gravité de ses multiples manœuvres déloyales, voire frauduleuses, pour transformer les mœurs et institutions motive également la réalisation de ce dossier.C\u2019est celui du printemps.Ce n\u2019est pas un hasard.Il porte aussi un souffle, des idées perce-neige, perce-régression, pour accomplir le renouveau de la démocratie, l\u2019incarner comme capacité d\u2019agir sur les affaires du monde et faire qu\u2019elle ne soit pas fiction, mais réalité.\u2022 12| avril-mai 2012 RELATIONS L\u2019emprise de la démocratie-marché au Québec gnifiant en grec « se donner par soi-même sa propre loi».Si cette volonté d\u2019autonomie était au cœur du projet indépendantiste québécois de l\u2019époque, force est de constater qu\u2019elle a laissé place à la domination de la loi de la valeur chez l\u2019élite politico-économique actuelle, dont l\u2019expression politique est la démocratie-marché.Le slogan du Parti libéral lors des élections de 2008, «L\u2019économie d\u2019abord, oui!», résume à lui seul la synthèse économiciste du projet de modernisation du Québec.Or, quand l\u2019économie domine, c\u2019est l\u2019idéal d\u2019autonomie politique au fondement du projet démocratique moderne qui se dissout.L\u2019autonomie politique consiste principalement à instituer des valeurs communes qui incarnent un certain idéal de la «vie bonne».Or, l\u2019économie ne repose sur aucune autre valeur socialement instituée que la loi de la valeur, c\u2019est-à-dire la production pour la production et l\u2019accumulation de l\u2019argent pour l\u2019argent.Dans le contexte d\u2019une domination généralisée de l\u2019économie, c\u2019est la valeur qui s\u2019institue comme norme centrale de régulation de la pratique sociale.Il ne faut donc pas s\u2019étonner de voir se multiplier dans l\u2019actualité quotidienne des nouvelles scandaleuses portant sur la corruption des partis politiques, la collusion, le copinage, l\u2019emprise des firmes privées sur nos gouvernements et le bradage de nos ressources naturelles au profit des multinationales étrangères.Ces phénomènes ne sont que les symptômes d\u2019un malaise plus profond inscrit au cœur de l\u2019imaginaire capitaliste fondé sur la domination irréfléchie de la nature en vue de la croissance illimitée, pour reprendre la thèse du philosophe Cornelius Castoriadis.Au Québec, non sans une résistance qui réussit à entraver le processus (pensons au discrédit qui entache les partenariats public-privé, par exemple), nous en arrivons ainsi à une nouvelle étape où il s\u2019agit de privatiser les sphères de l\u2019activité sociale qui rfavaient pas encore été soumises à la loi de la valeur.À titre d\u2019exemple, l\u2019Accord économique et commercial global en négociation entre le Canada et l\u2019Union européenne n\u2019est ni plus ni moins qu\u2019une charte des droits et libertés des investisseurs visant à protéger quasi constitutionnellement toute forme d\u2019intervention politique dans l\u2019économie.Ce néo-constitutionnalisme dépossède les peuples du peu qu\u2019il leur reste de leur capacité à agir en commun pour se donner leurs propres lois.Les représentants de notre classe politique tendent ainsi à ressembler La capacité de limiter la dynamique néfaste de la croissance économique illimitée, privilégiée par les élites du Québec Inc., est au fondement de la démocratie.MAXIME OUELLET Analysant dans les années 1960 le projet d\u2019indépendance du Québec, le sociologue Marcel Rioux concevait la possibilité qu\u2019il aboutisse à un Québec indépendant qui combinerait à la fois socialisme autogestionnaire et démocratie participative (voir La Question du Québec, 1969).S\u2019inspirant des mouvements de libération nationale et de décolonisation, le projet d\u2019indépendance du Québec devait ainsi réaliser l\u2019idéal d\u2019autonomie tel que formulé dans la démocratie athénienne, autonomos si- Christian Tiffet, Consumérisme aveugle, 2012 L'auteur, qui cosigne le livre Université Inc.(Lux, 2011), est professeur associé à l'École des médias de l'UQAM RELATIONS avril-mai 2012 dOSSieR L'auteur est rédacteur en chef de Relations à de vulgaires voyageurs de commerce dont le rôle principal consiste à vanter les vertus du « Québec comme marchandise» pour attirer le capital étranger.UN MONDE À SON IMAGE.La puissance de l\u2019élite réside non seulement dans le contrôle économique et politique, mais surtout dans sa capacité de contrôler cet imaginaire social.Sa puissance se concrétise lorsqu\u2019elle parvient à «façonner un monde à son image», comme le soutenaient Marx et Engels, dans Le Manifeste du Parti communiste.Le type d\u2019individu façonné par le régime de la démocratie-marché est le citoyen-consommateur.Il utilise les libertés que la société de marché et de consommation lui confère afin de s\u2019adonner à des activités fondamentalement inoffensives, comme consommer et regarder la télévision.Comme aux États-Unis, le citoyen-consommateur se représente ici comme un membre de la classe moyenne, et la moyenne c\u2019est le socle sur lequel repose la démocratie-marché.Gilles Châtelet résume admirablement l\u2019équation qui légitime les démocraties-marchés: «Marché = Démocratie = Majorité d\u2019hommes moyens ».Dans la démocratie-marché, la «vie bonne» a pris l\u2019allure d\u2019un slogan publicitaire, et le bonheur est une idéologie désormais quantifiable.Il se mesure sous la forme d\u2019écrans plasma, de iPod, de maisons préfabriquées en banlieue, de Power Centers, de voyages tout inclus dans le Sud ou de spectacles d\u2019humoristes qui dissertent sur les vertus de leur thermopompe et de leur 4X4.Dans les démocraties-marchés, le politicien aguerri, soucieux de sa réélection, sait qu\u2019il doit offrir aux gens ce qu\u2019ils veulent : des gadgets que la logique de consommation programmée leur ordonne de désirer.Comme le souligne Fredric Jameson : « [.] le marché en tant que concept a rarement quelque chose à faire avec le choix ou la liberté, qui sont déterminés à l\u2019avance pour nous, qu\u2019il s\u2019agisse de nouveaux modèles de voitures, de jouets ou de programmes de télévision: assurément nous faisons un choix parmi ces éléments, mais il est difficile d\u2019affirmer que nous avons eu notre mot à dire en faisant un choix véritable.Donc l\u2019homologie avec la liberté est au mieux une homologie avec la démocratie parlementaire de type représentatif qui est la nôtre1.» Est-il nécessaire de rappeler qu\u2019un individu ne peut être libre que s\u2019il participe à l\u2019élaboration de la loi?En effet, c\u2019est au moyen de la délibération dans l\u2019espace public que se manifeste la possibilité de réaliser les libertés individuelles et collectives, lesquelles sont en soi indissociables.Dans la mesure où l\u2019espace public au Québec est colonisé par deux empires - Power Corporation et Quebecor -, la délibération et l\u2019argumentation réflexive laissent place à une série de slogans, de clichés et d\u2019informations-spectacles qui confortent le citoyen-consommateur dans ses préjugés ou dans une passivité cynique face au politique.C\u2019est au moyen de la délibération dans l\u2019espace public que se manifeste la possibilité de réaliser les libertés individuelles et collectives, lesquelles sont en soi indissociables.Gouvernance vs démocratie JEAN-CLAUDE RAVET Le philosophe Castoriadis se refusait d\u2019appeler «démocratie» le régime politique en vigueur en Occident, le qualifiant plutôt d\u2019oligarchie libérale -c\u2019est-à-dire pouvoir d\u2019une élite capitaliste.Car derrière le voile du nom, se cache un profond mépris des fondements démocratiques: participation populaire, égalité des voix, autonomie et débats.Les crises économiques et financières actuelles ont ceci de particulier qu\u2019elles lèvent, de temps à autre, le voile des apparences.Récemment, le musèlement du peuple et l\u2019imposition à la tête des «démocraties» grecque et italienne de banquiers à la solde d\u2019institutions financières en sont de scandaleux exemples.Quand le premier ministre québécois et le président de la Caisse de dépôt et placement du Québec vont rendre visite à celui qui règne sur l\u2019empire Power Corporation, n\u2019agissent-ils pas ainsi en bons et loyaux vassaux?Quand le Plan Nord du Parti libéral ressemble à s\u2019y méprendre à un buffet de choix servi aux multinationales, ne remplit-il pas son rôle qui sied à un régime où les intérêts privés d\u2019une élite se confondent aux intérêts publics, à l\u2019image de la phrase célèbre d\u2019un président américain: «Ce qui est bon pour General Motors est bon pour les États-Unis»?Pas étonnant non plus, pour bien des partis politiques, que «faire de la politique autrement» signifie simplement d\u2019agir en hommes d\u2019affaires et de considérer le pouvoir exécutif comme un C.A.d\u2019entreprise.C\u2019est en tout cas ce dont nous convainc, sans fard, la Coalition avenir Québec.Dès lors est non avenu un projet de société mobilisant des valeurs fondamentales comme l\u2019égalité et la justice sociale, le partage équitable des richesses, la solidarité avec les plus démunis, le bien commun, impliquant la participation du plus grand nombre.Ce qui compte, c\u2019est le rendement, l\u2019efficacité, la production.La bonne gouvernance est le mot-clé.Exit les conflits, les débats, qui perturbent la bonne marche des affaires.Bannis les mots comme exclusion, inégalités sociales, domination et rapports de pouvoir qui évoqueraient des réalités «dépassées».La démocratie est ainsi réduite à une coquille vide.La démocratie est aux antipodes d\u2019un pouvoir élitiste qui tend à enfermer chacun dans son rôle et à promouvoir J± avril-mai 2012 RELATIONS COMMENT SORTIR DE LA DÉMOCRATIE-MARCHÉ?Le projet de modernisation du Québec nous a entraînés dans un cercle vicieux dont nous ne semblons plus en mesure de sortir.Si le consensus qui a prévalu jusqu\u2019aux années 1980 était que la justice sociale était une alliée de la croissance, aujourd\u2019hui, l\u2019idée qui fait désormais figure de préjugé populaire est que pour se payer des services sociaux, « il faut soulager les entraves au Capital ».Cela sans voir que ce «sauveur » est souvent derrière le siphonage et le détournement des recettes publiques qui manquent pour assurer le bien commun.Dans le contexte actuel de crise économique où la croissance n\u2019est plus au rendezvous, de nombreuses voix s\u2019élèvent pour manifester leur indignation, sans toutefois être en mesure d\u2019ouvrir un espace de possibles face à un horizon politique qui apparaît de plus en plus bloqué.Une certaine gauche contemporaine se contente d\u2019adopter une position défensive : elle s\u2019oppose à la disparition des acquis sociaux, mais ne propose pas réellement de programme alternatif.Si ce type de revendication est louable, il laisse toutefois en suspens la question le repli dans la vie privée plutôt que la participation citoyenne, afin d\u2019instrumentaliser l\u2019espace politique à des fins mercantiles.Indissociable de l\u2019apparition publique des exclus, des inégaux - ces moins égaux que d\u2019autres, pour paraphraser Orwell -, elle met en scène la conflictualité de la vie sociale, l\u2019antagonisme des rapports sociaux.On comprend dès lors comment la démocratie est menaçante, subversive et toujours en état de projet.Sortir de l\u2019illusion d\u2019être en démocratie, comme s\u2019il s\u2019agissait avant tout d\u2019un lieu, d\u2019un régime plutôt que d\u2019un mode d\u2019action, est déjà une façon de s\u2019en approcher.Dans les moments de crise, quand le carcan de la norme sociale imposée se fissure de toutes parts, l\u2019espérance réside dans la résurgence de la passion politique pour les affaires humaines engloutie sous la chape de plomb du conformisme, mais toujours sur le qui-vive.N\u2019est-elle pas d\u2019ailleurs en train d\u2019ouvrir des brèches?d\u2019un nécessaire dépassement de l\u2019État-providence.Pour paraphraser Slavoj Zizek, il n\u2019est plus possible de vouloir le capitalisme sans les effets néfastes du capitalisme.L\u2019impasse politique dans laquelle nous sommes se manifeste dans l\u2019incapacité de penser un au-delà de la démocratie-marché et de la dynamique de croissance économique aveugle.Que faire devant cette impasse?Il s\u2019agit de reconnaître le caractère profondément obsolète et destructeur de notre mode de vie fondé sur le travaillisme, le productivisme et le consumérisme.C\u2019est seulement à cette condition qu\u2019il sera possible d\u2019envisager une transformation des rapports sociaux qui permettra de faire en sorte que le politique subordonne l\u2019économie.En reconnaissant que l\u2019économie est une création imaginaire qui s\u2019érige en tant qu\u2019instance souveraine de la société, nous pourrons alors interroger le caractère «pseudo-rationnel » de la rationalité économique, à la manière de Castoriadis, qui questionne ses fondements et ses finalités : « Tout est effectivement subordonné à l\u2019efficacité - mais l\u2019efficacité pour qui, en vue de quoi, pour quoi faire?La croissance économique se réalise; mais elle est croissance de quoi, pour qui, à quel coût, pour arriver à quoi?» (L\u2019institution imaginaire de la société, Seuil, 1975, p.241).Nous serons en mesure alors de nous poser les questions politiques fondamentales.Il est donc urgent de reconnaître que les pouvoirs financiers et économiques globalisés, qui propulsent une dynamique de croissance illimitée sur laquelle nous n\u2019avons aucune prise politiquement, engendrent une forme d\u2019«hé-téronomie collective».Or, le fondement de l\u2019autonomie en politique, et de la démocratie, repose sur la capacité de poser des limites face à la démesure de la dynamique de croissance illimitée.À l\u2019élite politico-économique qui sou- Christian Tiffet, haite « attirer les investisseurs », il faudrait rappeler les mots\tLoyaux vassaux!, 2012 de Marcel Rioux qui, parlant du Québec des années 1960, se plaisait à citer Trotsky qui disait des nations les moins développées qu\u2019elles avaient le «privilège du retard historique».Ce privilège, nous sommes en train de le sacrifier en nous lançant aveuglément dans la voie de la croissance illimitée et du bradage de nos ressources collectives.Rioux avait souligné le danger de sacrifier notre propre culture en s'engageant sur le terrain des Américains afin de «briller parmi les meilleurs».Le risque étant de devenir une pâle copie de la société américaine, comme l\u2019était déjà le Canada anglais.Devant cette impasse, ne serait-il pas temps de reprendre l\u2019ancien slogan « Socialisme et indépendance », qui était au cœur du projet d\u2019indépendance des années 1960?Aujourd\u2019hui, devant l\u2019ampleur de la catastrophe écologique qui pointe à l\u2019horizon et la barbarie vers laquelle nous pousse la crise économique, ce slogan devrait être reformulé : « Écosocialisme et indépendance ».\u2022 1.« Postmodernisme et marché», Multitudes (webmagazine), 1992.JL RELATIONS avril-mai 2012 dOSSieR Les périls de la révolution conservatrice Les mœurs politiques et les institutions démocratiques canadiennes sont bousculées par le gouvernement conservateur, affaiblissant les moyens civiques nécessaires à la liberté politique.La mobilisation citoyenne s\u2019impose.CHRISTIAN NADEAU L'auteur, professeur de philosophie politique au Département de philosophie de l'Université de Montréal, a publié Contre Harper: bref traité philosophique sur la révolution conservatrice (Boréal, 2010) Christian Tiffet, Canada bleu, 2012 AFFAIBLIR LA DÉMOCRATIE Commençons par les transformations institutionnelles.Les conservateurs au pouvoir à Ottawa ne pensent pas à court terme; ils veulent des changements durables.Pour ce faire, ils doivent affaiblir les garde-fous de notre démocratie.Un exemple récent est celui du bâillon imposé sur les débats concernant la création d\u2019un nouvel outil d\u2019épargne-retraite.Les débats ont pour fin de s\u2019assurer que ce soit le Parlement dans son ensemble, et non le seul pouvoir exécutif, qui détermine les politiques de l\u2019État.Par le bâillon, le gouvernement Harper agit comme s\u2019il était le seul maître légitime à bord.Or, en démocratie, il n\u2019y a pas de maître.Personne ne peut se considérer de bon droit comme seul détenteur légitime de l\u2019autorité de l\u2019État.De tels gestes autoritaristes s\u2019inscrivent dans la même lignée que les deux prorogations du Parlement que nous avons connues avec ce gouvernement.Pour mémoire, rappelons que les conservateurs avaient prorogé le Parlement, en 2008, pour éviter de se voir éjecter du pouvoir par une Depuis le mois de mai 2011, le Parti conservateur dirigé par Stephen Harper possède la majorité parlementaire qui lui faisait défaut jusqu\u2019ici.Il n\u2019y a pas eu pour autant un changement qualitatif des finalités visées par les conservateurs, ni des moyens employés pour y arriver.En revanche, la marge de manœuvre que leur assure la majorité leur permet de gagner du temps et d\u2019œuvrer au plus grand nombre de transformations possibles avant que l\u2019inévitable ne se produise, c\u2019est-à-dire avant qu\u2019ils ne perdent le pouvoir.Les gouvernements sont semblables à n\u2019importe quelle institution humaine: ils naissent, se développent, arrivent à maturité et disparaissent, pour ensuite ressurgir sous de nouvelles formes.Mais rien ne nous permet de prédire à quel moment nous assisterons à la chute des conservateurs.Tout ce que nous pouvons constater aujourd\u2019hui est que sachant qu\u2019ils ne seront pas éternellement au pouvoir, ils veulent agir de manière à laisser une trace indélébile.La profondeur des transformations qu\u2019ils veulent imposer aux institutions et aux mœurs démocratiques canadiennes me semble sans précédent.Quels sont ces changements?MW- coalition qui aurait uni le Parti libéral et le Nouveau parti démocratique.La deuxième prorogation, à mon sens beaucoup plus grave, a eu lieu en 2009 afin d\u2019éviter un débat de fond sur le sort des détenus transférés aux autorités afghanes sans garantie qu\u2019ils seraient bien traités.Le même genre d\u2019autoritarisme s\u2019observe aussi au Sénat, composé en majorité de sénateurs conservateurs, qui a rejeté par exemple en 2010 un projet de loi sur les changements climatiques sans en débattre.Un autre exemple est l\u2019adoption forcée à l\u2019horizon d\u2019un nouveau projet de loi modifiant le système d\u2019immigration canadien.Jason Kenney, ministre de l\u2019Immigration, a déposé au Parlement le projet de loi C-31 qui est semblable à celui ayant déjà fait l\u2019objet d\u2019un travail parlementaire (C-11), mais cette fois sans les amendements obtenus par l\u2019opposition au moment où les conservateurs étaient encore minoritaires.Ainsi, afin de modifier radicalement le sens même que nous avons accordé jusqu\u2019ici aux principes avril-mai 2012 RELATIONS 042000062008 d\u2019asile pour les réfugiés arrivant au Canada, les conservateurs n\u2019hésitent pas à bafouer les pratiques parlementaires.Si ces méthodes sont tolérées par le parlementarisme canadien et n\u2019ont rien d\u2019illégal, elles doivent être utilisées avec circonspection, car elles minent la confiance des citoyens à l\u2019égard du bon fonctionnement du pouvoir législatif.Lorsqu\u2019un gouvernement abuse de telles prérogatives, le pouvoir exécutif l\u2019emporte sur le législatif et le sort de tous est entre les mains de quelques-uns.Il faut rendre compte aussi de transformations sur d\u2019autres plans.Les changements institutionnels faits par les conservateurs visent en réalité à changer les valeurs ou les mœurs de la société canadienne.Mais pour changer les institutions, il faut en faire accepter l\u2019idée à la population.On se retrouve en quelque sorte devant une stratégie circulaire : les provocations faites en matière de mœurs favorisent des changements institutionnels, lesquels permettent à leur tour un remodelage des valeurs, et ainsi de suite.Il n\u2019y a ici ni complot, ni dissimulation.Cette opération est menée au grand jour et tambour battant.Par exemple, le sénateur Boisvenu a relancé la polémique sur la peine de mort.Les partisans sincères et convaincus de celle-ci sont probablement minoritaires parmi le caucus conservateur.Ils n\u2019en ont pas moins défendu le sénateur contre toutes les critiques qui lui ont été adressées, instrumentalisant ainsi le meurtre de sa fille.Le débat qui a suivi leur permet de faire d\u2019une pierre deux coups.D\u2019une part, la radicalité des positions adoptées par le sénateur Boisvenu fait paraître bien modéré le projet de réforme de la justice criminelle au Canada.D\u2019autre part, le faux débat sur la peine de mort - alimenté par des sondages réalisés à toute vitesse et donnant dans la plus nauséabonde démagogie - prépare le terrain pour faire admettre au sein de l\u2019opinion publique une idée jugée jusqu\u2019ici impensable, soit celle que la justice puisse se réduire au châtiment.Rares sont ceux qui veulent la peine de mort.Le vrai sens de ce débat devrait porter sur ce que signifie la justice criminelle dans un pays comme le nôtre.Or, le projet de réforme fait en sorte que nous abandonnons des années de lutte pour la prévention du crime en faveur d\u2019une approche strictement punitive.Les fins visées et la stratégie déployée par Stephen Harper et son parti sont donc très claires : faire des valeurs des conservateurs celles de toute la population et, pour cela, affaiblir ou instrumentaliser les institutions de manière à atteindre leurs objectifs.À supposer que nous refusions de faire nôtres ces valeurs et que nous condamnions les méthodes préconisées pour les défendre, comment réagir en tenant compte du rapport de force inégal en ce moment au parlement canadien entre les conservateurs et les partis d\u2019opposition?Une grande partie du travail est en réalité déjà accomplie à partir du moment où nous comprenons la nature du problème.Devant les réformes en profondeur des mœurs politiques et des institutions canadiennes, les citoyens doivent se mobiliser afin de protéger ces mêmes mœurs contre ce qui les déforme et rend plausible ce qui était inconcevable il y a quelques années à peine.Pour le dire autrement, nous devons réagir par une réflexion fondamentale sur ce que nous sommes et voulons être, et toujours nous préoccuper de l\u2019essentiel.REPRENDRE NOTRE POUVOIR Il faut cesser de voir comme de simples contingences des réformes qui se veulent structurelles et définitives.Pour ce faire, nous devons activer notre sens civique et remplacer les chiens de garde institutionnels affaiblis par notre gouvernement.Par exemple, si les médias se concentrent sur des faux débats, alors il nous revient à tous d\u2019exiger d\u2019eux des investigations minutieuses et des analyses approfondies.Si les politiciens de l\u2019opposition perdent leur temps en luttes internes au lieu de jouer le rôle pour lequel ils sont élus, nous devons le leur rappeler.Si nous prétextons ignorer les choix politiques de notre gouvernement et ses conséquences, il nous appartient de multiplier nos sources d\u2019information pour nous renseigner.Si nous contestons les décisions du pouvoir exécutif, nous devons utiliser l\u2019ensemble des moyens légitimes disponibles pour faire entendre notre voix, sans pour autant renier les fonctions et les prérogatives associées à chacun.Critiquer le pouvoir des conservateurs n\u2019est pas remettre en cause le gouvernement lui-même mais, au contraire, solliciter les outils qui sont normalement à la disposition des citoyens pour assurer le meilleur fonctionnement possible de l\u2019État.Toutes ces mesures, l\u2019ensemble de ces obligations qui nous incombent, visent à nous redonner un pouvoir dont nous avons peu à peu été dépossédés.Pour les conservateurs, le gouvernement dirige et œuvre de manière à ce que les citoyens ne soient pas sollicités pour la bonne marche de l\u2019État.Mais ce faisant, sous prétexte de laisser aux individus la plus grande liberté possible, il appauvrit les moyens civiques nécessaires à la liberté politique.C\u2019est la raison pour laquelle les citoyens doivent se mobiliser.La prise au sérieux par les citoyens de leurs droits, de leurs prérogatives et de leurs responsabilités au sein de la société civile se vérifie au quotidien, dans chaque geste où nous réaffirmons que la coopération de chacun vise le mieux-être de tous.Bien entendu, les conservateurs affirment eux aussi vouloir la justice et le bonheur pour tous.Mais ils nous privent lentement et sûrement de ce qui rend une telle chose possible, en démantelant l\u2019État et les institutions publiques pour en amoindrir le pouvoir ou pour les orienter vers des fins conformes à leurs visées.\u2022 Il faut cesser de voir comme de simples contingences des réformes qui se veulent structurelles et définitives.Pour ce faire, nous devons activer notre sens civique et remplacer les chiens de garde institutionnels affaiblis par notre gouvernement. dOSSieR Vers des pratiques émancipatrices Ouvrir l\u2019imaginaire qui sous-tend le débat sur les institutions démocratiques permet de mettre en lumière des pratiques politiques porteuses de liberté, d\u2019égalité et de solidarité.MARTIN BREAUGH par ce biais, davantage de liberté, de solidarité et d\u2019égalité.C\u2019est pourquoi il importe d\u2019abord de réaliser une analyse critique de cette position qui puise aussi bien dans l\u2019histoire que dans la théorie et la pratique des institutions de la démocratie moderne.Une telle analyse demeure toutefois insuffisante : il faut aussi scruter le réel afin d\u2019y trouver des signes de renouveau politique et de pratiques émancipatrices.L'auteur, professeur agrégé de science politique à l'Université York de Toronto, a publié L\u2019expérience plébéienne.Une histoire discontinue de la liberté politique (Payot-Rivages, 2007) Dans un article publié le 10 décembre dernier dans Le Devoir, Joseph Yvon Thériault défendait avec vigueur nos institutions politiques.Selon lui, la configuration politique dominante de la modernité, notamment le gouvernement représentatif et le système des partis politiques, concrétise l\u2019idée que le peuple doit être au fondement de la «politique», définie comme «l\u2019action pour ordonner la société au-delà des différences».Cette configuration réussit ainsi à accomplir la difficile et délicate tâche de réconcilier politique et démocratie.Le sociologue insiste sur l\u2019importance des médiations en démocratie et souligne que le rôle des partis politiques est de rendre «lisible le choix des électeurs», dans le cadre d\u2019un régime parlementaire à la Westminster qui offre aux sociétés libérales une nécessaire stabilité politique.C\u2019est pourquoi les tentatives actuelles de «faire de la politique autrement» en diminuant, par exemple, le pouvoir des élus ou en s\u2019attaquant à la partisa-nerie politique, relèvent de l\u2019«impolitique».Cette position résume, à grands traits, les postulats de base de la plupart des acteurs politiques d\u2019ici ou d\u2019ailleurs : c\u2019est celle de Jean Charest et de Nicolas Sarkozy, mais aussi de Barack Obama et de feu Jack Layton.Elle est également la toile de fond du travail des journalistes, commentateurs et autres détenteurs du pouvoir médiatique et communicationnel.Qui plus est, elle rejoint les courants dominants de la recherche en sociologie politique et, de manière encore plus prononcée, en science politique.C\u2019est dire que cette perspective est largement répandue et constitue un des argumentaires les plus importants en faveur de la préservation des institutions politiques actuelles.Or, l\u2019imaginaire politique qui sous-tend ce débat sur les institutions démocratiques me semble plutôt restreint.Il est nécessaire, pour revitaliser la discussion, d\u2019étendre le champ de nos possibles politiques, notamment en direction de configurations démocratiques capables d\u2019offrir au plus grand nombre une participation politique effective et, UNE CRITIQUE DE LA POLITIQUE Le système des partis politiques est une composante fondamentale de la configuration politique dominante de la modernité.Si l\u2019émergence historique des partis au XIXe siècle coïncide avec l\u2019extension progressive du droit de vote, c\u2019est précisément parce que cette forme d\u2019organisation politique visait à accueillir le plus grand nombre, à offrir une organisation capable de canaliser les énergies démocratiques nouvellement libérées.Comme nous l\u2019enseigne Moisei Ostrogorski dans son ouvrage classique La démocratie et l\u2019organisation des partis politiques (1902), ceux-ci sont, dès leur apparition, marqués par une «ligne de parti» qui ruine la spontanéité et réduit l\u2019action politique à des «performances réglées» (Seuil, 1979, p.46).Cette discipline de parti est d\u2019ailleurs plus présente en régime parlementaire que présidentiel.Les partis s\u2019y transforment ainsi en «machines électorales » qui visent à obtenir et à préserver, coûte que coûte, le pouvoir politique.De plus, en offrant une lecture totalisante des problèmes politiques - qui se modèle davantage selon l\u2019air du temps que selon l\u2019optique idéologique choisie -, les partis encouragent le «conformisme politique» en prônant «l\u2019orthodoxie du parti» établie et relayée par des politiciens professionnels.La vie politique québécoise d\u2019aujourd\u2019hui illustre bien ces phénomènes.Les deux «vieux» partis, le Parti libéral et le Parti québécois, restent des «machines électorales» ô combien disposées à sacrifier des idées et des principes pour obtenir ou conserver le pouvoir! Ils sont dirigés par des politiciens de métier maniant aussi bien la langue de bois («les mains sur le volant») que la langue de caoutchouc («la gouvernance souverainiste»).Même la création récente d\u2019un nouveau parti politique, la Coalition avenir Québec, basée sur une volonté d\u2019appréhender les problèmes par le biais de la « lucidité », est réalisée par des politiciens professionnels dont le mot d\u2019ordre idéologique reste, jusqu\u2019à présent, «on verra».Dans de telles conditions, on voit mal comment les partis politiques rendent « lisible le choix des électeurs».Au contraire, cette forme Il importe d\u2019abord de réaliser une analyse critique qui puise aussi bien dans l\u2019histoire que dans la théorie et la pratique des institutions de la démocratie moderne.Une telle analyse demeure toutefois insuffisante: il faut aussi scruter le réel afin d\u2019y trouver des signes de renouveau politique.avril-mai 2012 RELATIONS d\u2019organisation brouille les pistes de l\u2019action politique, porte atteinte à la spontanéité et rend légitime le cynisme ambiant qui mine le rapport qu\u2019entretient la population avec la sphère politique.Le système des partis participe à un désengagement citoyen vis-à-vis des formes dominantes de la pratique politique moderne et contribue à une dépolitisation de la société québécoise.Certes, le régime parlementaire a conféré une grande stabilité politique au Québec et au Canada.Sans retracer ici l\u2019histoire des considérations aristocratiques, voire antidémocratiques, à l\u2019origine du gouvernement représentatif, il importe de se rappeler que le parlementarisme britannique est d\u2019abord et avant tout un régime de «notables», c\u2019est-à-dire un système qui favorise, par le recours aux élections, un «type d\u2019élite particulier» (Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Flammarion, 1996).Ce régime est fondé sur des principes formulés explicitement dans le but de réserver l\u2019exercice du pouvoir politique au petit nombre.Dans les faits, comme en théorie, c\u2019est un régime qui confère une grande stabilité politique au prix de la qualité démocratique de l\u2019espace public.De plus, on observe dans ces régimes un rapport particulièrement crispé, même maladif, à l\u2019ordre et à la stabilité, qui se dévoile lorsque surgissent de nouvelles expériences politiques - le mouvement Occupons en est unbel exemple - qui ne s\u2019inscrivent pas dans le cadre des institutions en place.Le désir de stabilité prime ainsi sur l\u2019acceptation de l\u2019expression conflictuelle de la dissidence politique.En effet, que dire de la qualité démocratique de sociétés qui, face à des manifestations pacifiques, déploient massivement les soi-disant «forces de l\u2019ordre», créent des enclos et des périmètres de sécurité tout en adoptant, dans une totale opacité, des décrets permettant la suspension des droits civiques les plus élémentaires?Les événements entourant la rencontre du G20, à l\u2019été 2010 à Toronto, témoignent éloquemment de ce rapport malsain à l\u2019ordre.OUVRIR DES HORIZONS Il me semble que deux phénomènes pointent vers un renouvellement des pratiques politiques émancipatrices au Québec et au Canada, c\u2019est-à-dire des pratiques qui cherchent à approfondir la liberté, l\u2019égalité et la solidarité.D\u2019abord, depuis plusieurs années déjà, on peut observer le réaménagement d\u2019un espace de pensée critique au Québec.Que ce soit par le biais de journaux et de revues engagées (À Bâbord!, Le Couac, Nouveaux cahiers du socialisme, Possibles, Relations) ou par la création récente de maisons d\u2019édition de qualité (Écosociété, Lux, M éditeur), les idées semblent avoir retrouvé leurs lettres de noblesse.Cette vigueur se manifeste notamment par l\u2019introduction, dans le débat public, de problèmes politiques fondamentaux trop souvent négligés par les tenants du statu quo politique : la décroissance, les poursuites-bâillons, la montée du masculinisme, la souveraineté alimentaire, etc.Ce nouvel espace pour la pensée critique témoigne d\u2019une volonté de renouveler les paramètres du débat public et, ce faisant, d\u2019ouvrir sur des horizons autres que ceux de l\u2019état actuel des réalités politiques.Ensuite, la globalisation néolibérale a été un redoutable catalyseur des forces sociales et politiques extraparlementaires.Le mouvement altermondialiste, du Sommet des Amériques à Québec en 2001 au mouvement des Indignés de l\u2019automne 2011, demeure un formidable laboratoire politique où l\u2019utopie d\u2019une vie émancipée se collette aux exigences de l\u2019action à plusieurs.Dans le cas du mouvement Occupons, l\u2019intelligence avec laquelle les assemblées générales se sont organisées afin de permettre une participation maximale et respectueuse du plus grand nombre force l\u2019admiration.Lorsque l\u2019on compare ces assemblées aux délibérations de l\u2019Assemblée nationale et de la Chambre des communes, c\u2019est à se demander lesquelles réussissent davantage à concilier politique et démocratie.Il me semble que la poursuite de telles expériences de la vie collective serait en mesure d\u2019enrichir notre imaginaire et d\u2019offrir des pistes pour une éventuelle recomposition de l\u2019action politique, qui approfondirait notre rapport à la démocratie.L\u2019esprit de cet effort rejoint l\u2019attitude de ce penseur infatigable de l\u2019autonomie qu\u2019était Cornelius Castoriadis, quand en réponse à la question «Que voulez-vous donc?Changer l\u2019humanité?», il affirma: «Non, quelque chose d\u2019infiniment plus modeste : que l\u2019humanité se change, comme elle l\u2019a déjà fait deux ou trois fois» («Voie sans issue?», Le monde morcelé.Les carrefours du labyrinthe 3, Seuil, 2000, p.124).\u2022 Christian Tiffet, Démocratie et espace public, 2012 21 RELATIONS avril-mai 2012 dOSSieR Renouveler la culture politique L'auteure est professeure au Département de science politique de l'Université Laval Christian Tiffet, Pédagogie vivante, 2012 La démocratie n\u2019est jamais acquise.Il faut la reprendre sans cesse, en améliorant la représentativité des députés, la délibération citoyenne et la participation de tous aux affaires de la Cité.populations ont besoin de se sentir représentées, ce qui est de moins en moins le cas puisque autant la gauche que la droite semblent se plier, avec plus ou moins de contorsions, aux diktats du néolibéralisme.Ces mouvements ont largement pris la forme du réseau.Devant la verticalité des tours de la finance et d\u2019un pouvoir plus ou moins autoritaire et paternaliste, ils remettent à l\u2019ordre du jour les liens hori- DIANE LAMOUREUX Les mouvements qui se sont développés durant la dernière année, que ce soit «le printemps arabe», celui des Indignés en Espagne et en Grèce ou, plus proche de nous, les mouvements Occupons en Amérique du Nord, montrent que faire de la politique autrement est possible et dépasse le simple slogan électoraliste d\u2019un parti en manque d\u2019idées.Plusieurs traits communs à ces mouvements nous indiquent des voies possibles de renouvellement de la démocratie.D\u2019abord, ce sont des mouvements qui se développent en dehors du cadre institutionnel établi.C\u2019est une condition démocratique fondamentale, à plus forte raison quand les institutions sont depuis longtemps captées par des dictateurs, comme dans le monde arabe, ou colonisées par des élites financières ou autres, comme en Europe et en Amérique du Nord, qui se préoccupent peu du sort des populations sur lesquelles elles expérimentent diverses politiques d\u2019austérité.Pour qu\u2019une démocratie représentative fonctionne, les L'auteur, théologien, a été membre du Conseil supérieur de l'éducation L\u2019éducation citoyenne à l\u2019école JACQUES RACINE Avec raison, on relie bien souvent la vitalité démocratique d\u2019une société à la qualité de l\u2019éducation citoyenne promue par son système éducatif.Dans le programme de formation de l\u2019école québécoise, l\u2019éducation à la citoyenneté est placée de façon explicite dans le domaine général de formation intitulé Vivre-ensemble et citoyenneté.C\u2019est tout le personnel de l\u2019école, considérée comme une microsociété, qui est invité à contribuer à développer une conscience citoyenne sous le leadership de la direction de l\u2019école et du conseil d\u2019établissement.Certaines disciplines sont plus directement identifiées comme lieux d\u2019apprentissage au vivre-ensemble et à la citoyenneté.Par exemple, les programmes d\u2019histoire ont la tâche de construire, chez l\u2019élève, la conscience citoyenne et de consolider l\u2019exercice de la citoyenneté.Le programme Éthique et culture religieuse doit quant à lui contribuer au développement de la pratique du dialogue moral.Enfin, le ministère de l\u2019Éducation, des Loisirs et du Sport reconnaît que l\u2019animateur à la vie spirituelle et à l\u2019engagement communautaire joue un rôle significatif dans la formation citoyenne, en proposant aux élèves de réaliser divers projets.Voici, brièvement résumées, les grandes visées officiellement retenues.Mais qu\u2019en est-il sur le terrain?On constate que la situation est fort différente d\u2019une école à l\u2019autre.Certains enseignants en histoire n\u2019acceptent pas le mandat qui leur est confié en éducation à la citoyenneté; trop d\u2019en- 20 avril-mai 2012 RELATIONS zontaux - les liens de concitoyenneté - que peuvent tisser les citoyennes et les citoyens en dehors des institutions.Ensuite, ayant saisi que ce n\u2019est pas en recyclant de vieilles idées que l\u2019on est à même de régler les problèmes que celles-ci ont contribué à créer, ces mouvements n\u2019ont pas proposé un plan-miracle, mais ont mis en œuvre des modalités de délibération publique pour chercher à plusieurs des voies de solution.La majorité silencieuse s\u2019est soudain mise à parler.Enfin, ces mouvements sont également animés par un sens de l\u2019intérêt public.Ils ne parlent pas au nom d\u2019une catégorie particulière de la population ou d\u2019intérêts privés, mais remettent à l\u2019ordre du jour cette idée tenace du « peuple », qui constitue après tout la base de la démocratie.Certes, le « peuple» n\u2019est pas homogène.Le fait que 99 %des citoyens puissent se reconnaître des intérêts opposés à ceux du 1 % n\u2019implique pas que leurs intérêts soient semblables.En invoquant le «peuple » contre les « élites», ils contribuent partiellement à délégitimer les prétentions de ceux d\u2019en haut à les représenter sans véritablement les consulter et à mettre de l\u2019avant la recherche de solutions collectives viables sur les plans social, environnemental, culturel, politique et économique.C\u2019est pourquoi ces mouvements sont riches en enseignements pour ceux et celles qui réfléchissent aux divers moyens de renouveler une démocratie appauvrie qui se limite de plus en plus à des procédures électorales et semble préférer les clients et les consommateurs aux citoyens.Pour surmonter les problèmes qui caractérisent actuellement cette démocratie, nous aurions intérêt à agir sur trois plans: réformer la démocratie représentative, renouer avec la culture délibérative, mettre en place des modalités de démocratie participative.RÉFORMER LA DÉMOCRATIE REPRÉSENTATIVE L\u2019amélioration de la représentativité de nos institutions, afin d\u2019en augmenter la crédibilité, passe par une réforme du mode de scrutin.Notre mode de scrutin actuel souffre de deux défauts majeurs : il permet à des partis qui n\u2019ont pas obtenu la majorité des voix de jouir de majorités parlementaires confortables (nous en faisons actuellement l\u2019expérience amère au fédéral et au provincial); il restreint fortement l\u2019« offre» politique dans des sociétés de plus en plus fragmentées.Un mode de scrutin faisant une large part à la proportionnelle ne résoudrait pas magiquement ces deux problèmes, mais rendrait plus difficile de jouir d\u2019une majorité parlementaire sans avoir l\u2019appui d\u2019une majorité de l\u2019électorat.Il favoriserait ainsi un pluralisme politique institutionnel - plus de partis politiques reflétant mieux les diverses sensibilités politiques présentes au sein de l\u2019électorat -, ce qui aurait probablement un effet sur le taux de participation électorale, puisque moins de personnes auraient l\u2019impression de «perdre» leur vote en favorisant un candidat ou une candidate qui a de faibles possibilités d\u2019être élu, ou parce qu\u2019il n\u2019y a pas de parti politique dont le programme rejoint leurs aspirations.Il serait également possible d\u2019envisager des modifications au fonctionnement des commissions parlementaires afin de donner plus de pouvoir d\u2019influence à la population sur le plan législatif.On pourrait imaginer une composante citoyenne à celles-ci et en faire le lieu d\u2019un véritable échange démocratique plutôt qu\u2019une succession de points de vue.Il serait également possible de créer des commissions citoyennes sur certains enjeux, comme cela s\u2019est fait en Colombie-Britannique sur la réforme du mode de scrutin.RENOUER AVEC LA CULTURE DÉLIBÉRATIVE Toutefois, il me semble que c\u2019est sur le terrain de la démocratie délibérative qu\u2019il faut surtout agir pour changer notre culture politique et faire en sorte que les citoyennes et citoyens puissent vraiment avoir l\u2019impression de participer aux choix collectifs plutôt que de les subir.La délibération seignants des cours d\u2019éthique et culture religieuse n\u2019ont pas reçu la formation adéquate; des animateurs à la vie spirituelle et à l\u2019engagement communautaire ont souvent à charge tellement d\u2019écoles que leur influence ne peut être que restreinte; des directions d\u2019école et des conseils d\u2019établissement sont davantage préoccupés par les questions de gestion et négligent cette partie de leur mission, etc.Outre ces tristes constats, existe-t-il des exemples significatifs en matière d\u2019éducation à la citoyenneté qui seraient à implanter plus largement dans le milieu scolaire?En septembre 2011, plus de 3000 établissements scolaires adhéraient au regroupement des établissements verts Brundtland (EVB), initié par la Centrale de l\u2019enseignement du Québec (CEQ, devenue en 1993 la Centrale des syndicats du Québec - CSQ).Dans un EVB, on «agit localement tout en pensant globalement», c\u2019est-à-dire que l\u2019on pose des gestes concrets et constants afin de contribuer à créer un monde écologique, pacifique, solidaire et démocratique.On y promeut des actions qui favorisent la démocratie, les droits humains, la coopération, l\u2019équité, la solidarité, mais aussi la collaboration avec des organismes comme Oxfam, le Club 2/3, Équiterre, Amnistie internationale, Développement et Paix, etc.Ce mouvement s\u2019inspire des travaux de la Commission mondiale sur l\u2019environnement et le développement, présidée par Gro Harlem Brundtland.Chaque école doit répondre à certains critères pour pouvoir être reconnue comme EVB.Il s\u2019agit d\u2019un véritable projet éducatif qui rejoint tous les membres de l\u2019école.Autre exemple d\u2019effort de développement d\u2019une conscience citoyenne : des enseignants font la promotion de la pédagogie coopérative qui s\u2019inspire des travaux de Freinet et de Piaget.Les finalités de cette pédagogie rejoignent les RELATIONS avril-mai 2012 dOSSieR publique est au cœur de la tradition démocratique occidentale, mais aussi d\u2019autres traditions démocratiques, puisque la palabre a été pratiquée et se pratique encore dans moult sociétés.Délibérer publiquement, c\u2019est prendre au sérieux le vivre-ensemble et faire en sorte que toutes les personnes qui le désirent puissent participer au débat public.La délibération publique n\u2019est pas un concours oratoire, mais la recherche d\u2019un socle commun qui prend en compte les diverses positions qui émanent des participants.Cela implique d\u2019expliquer les raisons qui président à nos prises de position, pour les faire comprendre aux autres, mais aussi d\u2019écouter les bonnes raisons des autres et d\u2019en tenir compte dans la décision finale.En ce sens, la démocratie délibérative implique l\u2019établissement de liens entre tous ceux et celles qui participent au débat public, liens qui ne découlent pas des institutions mais du fait d\u2019échanger sur le vivre-ensemble.Les lieux de cette démocratie délibérative peuvent être multiples : places publiques, médias officiels ou alternatifs, forums de discussion, assemblées générales, etc.Ce qui importe, c\u2019est que l\u2019on respecte les principes d\u2019inclusion, d\u2019ouverture, de réciprocité et d\u2019empathie.Et surtout que la délibération publique ne soit pas une simple séance de par-lotte ou de jasette, mais qu\u2019elle débouche sur des décisions collectives contraignantes.Cela ne signifie pas nécessairement qu\u2019il y aura consensus, mais permettra de mieux cerner les enjeux et surtout de faire appel aux capacités citoyennes plutôt que de s\u2019en remettre à l\u2019expertise de quelques-uns.VERS UNE DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE Finalement, on doit favoriser la participation politique.Actuellement, la politique est plutôt l\u2019affaire de professionnels La délibération publique n\u2019est pas un concours oratoire, mais la recherche d\u2019un socle commun qui prend en compte les diverses positions qui émanent des participants.qui jouent parfois à la chaise musicale en passant d\u2019un parti à l\u2019autre et semblent interchangeables.Les citoyens sont quelquefois appelés aux urnes, mais plusieurs questions surgissent en dehors des campagnes électorales (par exemple, le Plan Nord ou la réforme du régime des retraites).Les médias ne jouent plus leur rôle de quatrièmepouvoir et se cantonnent de plus en plus à une information-spectacle -une insulte à l\u2019intelligence citoyenne -, en plus d\u2019être contrôlés par quelques magnats de la presse.Cela rend difficile de maintenir l\u2019intérêt pour les choses politiques.Pour permettre une participation citoyenne maximale à la politique, des mesures comme le référendum d\u2019initiative populaire ne suffiront pas.C\u2019est toute l\u2019organisation de la société qu\u2019il faut repenser afin de dégager le temps nécessaire à l\u2019action concertée et de montrer que la démocratie s\u2019accommode mal de structures autoritaires ou de grandes inégalités sociales.Cela implique entre autres une véritable éducation civique au primaire et au secondaire, des lieux de travail plus participatifs et des rémunérations plus égalitaires, un partage plus équitable des tâches domestiques et des soins aux personnes dépendantes, une autre façon de penser les quartiers et les milieux de vie.De façon fugace, on peut voir cette démocratie participative s\u2019incarner dans les assemblées générales de nos organisations, dans des expériences comme le parlement de la rue donnant voix aux personnes vivant des situations de pauvreté pour réfléchir à cette question, ou encore dans les budgets municipaux participatifs.C\u2019est en expérimentant concrètement le plaisir de l\u2019action concertée et en voyant l\u2019enrichissement que cela apporte à nos vies que nous serons à même de soutenir l\u2019intérêt pour le politique.Utopie?La démocratie est une construction qu\u2019il faut reprendre sans cesse, nécessairement imparfaite et inachevée.Mais le rêve permet de ne pas se contenter du médiocre.\u2022 exigences de la vie dans une société ouverte et plurielle: reconnaissance des droits et responsabilités des élèves, partage des tâches entre eux, résolution collective des conflits, réflexion régulière sur le vivre-ensemble du groupe ainsi que sur l\u2019intégration de chaque élève.Certains professeurs au niveau primaire gèrent leur classe selon cette approche coopérative, en créant un conseil qui se réunit chaque semaine pour faire le point, distribuer les tâches aux élèves, résoudre les conflits, préciser les règles de fonctionnement et les obligations.Une école pourrait aussi être dite coopérative si tous les intervenants acceptaient de se laisser inspirer par cette pédagogie et par les pratiques auxquelles elle donne lieu.Ces deux exemples ne doivent pas faire oublier les efforts des enseignants qui favorisent, au sein de leur enseignement des différentes disciplines, une véritable éduca- tion à la citoyenneté attentive aux enjeux sociaux.Diverses activités parascolaires contribuent également à cette formation citoyenne: parlement-modèle, coopérative scolaire, voyage humanitaire, conseil d\u2019école, etc.Certains proposent la création d\u2019un cours spécifique d\u2019éducation à la citoyenneté, mais cela ne la réduirait-elle pas à une «petite matière» marginale avec tout ce que cela signifie?Ne vaut-il pas mieux appuyer les réussites locales, favoriser leurs conditions de réalisation, les faire connaître?Devons-nous nous résigner à conclure que l\u2019éducation à la citoyenneté n\u2019appartient pas à la mission de toute l\u2019école, que celle-ci n\u2019a pas la responsabilité d\u2019atteindre les finalités liées à ses programmes d\u2019enseignement, qu\u2019elle n\u2019est pas, avec d\u2019autres, garante par sa mission même de la vitalité de la démocratie au Québec?\"22 avril-mai 2012 RELATIONS Le corset canadien Les initiatives québécoises de renouvellement de la démocratie sont étouffées par les principes qui fondent le Canada d\u2019aujourd\u2019hui.AMÉLIE DESCHENEAU-GUAY La crise de la démocratie que traversent présentement nos sociétés se manifeste par différents symptômes : dépolitisation croissante, montée de l\u2019individualisme au détriment des projets sociétaux, primauté des droits individuels sur les responsabilités collectives, juridiciarisation du politique, approfondissement d\u2019une démocratie de procédures et d\u2019une vision technicienne de la société, etc.Devant l\u2019ampleur des forces technico-marchandes en présence, il est tentant de vouloir réfléchir la société en termes gauche/droite, afin de révéler les antagonismes opposant les citoyens et les élites socio-économiques au pouvoir et de faire converger les luttes sociales autour de buts communs.Au Québec, devant la montée en puissance de la droite canadienne, certains souhaitent orienter davantage le débat en ces termes, principalement parce que l\u2019opposition fédéralistes/nationalistes, qui a marqué notre histoire politique, nous ferait stagner.À leur yeux, il vaudrait mieux dépasser ce vieil atavisme non résolu qu\u2019est le nationalisme québécois, qui empêcherait la gauche et les luttes sociales d\u2019avancer avec, entre autres, la gauche canadienne-anglaise.Dans un contexte où la défense des droits prime sur les revendications politiques nationales, les enjeux soulevés par le nationalisme québécois paraissent dépassés.Or, tant que la question nationale restera irrésolue, tant que le Québec restera une province au sein du Canada, le «pouvoir du peuple» québécois et ses initiatives de renouvellement de la démocratie resteront entravés par les principes mêmes qui fondent ce pays.Les revendications de liberté et d\u2019autonomie collectives portées par le projet de souveraineté du Québec sont foncièrement incompatibles avec le cadre canadien.En effet, au Canada, le principe de la primauté du droit sur le politique, loin de s\u2019inspirer des idéaux de la démocratie, s\u2019est imposé lors de l\u2019adoption de la loi constitutionnelle de 1982 (Gilles Bourque et Jules Duchastel, «Démocratie et identité postnationale», Le Devoir, octobre 1996).Cette constitutionnalisation de la citoyenneté par- ticulariste - la seule reconnaissance des droits nationaux étant ceux des Autochtones - fait en sorte que toute référence à un horizon commun qui réunirait les citoyens au-delà de la promotion de leurs droits catégoriels respectifs est impossible.Pourtant, il n\u2019existe pas de citoyenneté sans une culture ni un territoire communs; la démocratie est toujours enracinée dans une communauté politique.La communauté nationale permet de fonder un horizon commun qui dépasse les intérêts des groupes sociaux.Le dan- L'auteure est ger de cet individualisme ainsi constitutionnalisé, ancré secrétaire de rédac-dans la culture et les textes canadiens, réside dans la pos- tion à Relations sible ghettoïsation des individus dans leurs groupes d\u2019ap- Christian Tiffet, partenance, au détriment d\u2019un lien politique les rassem- La bonne marche blant au-delà de leurs attaches particulières.\tdu Canada, 2012 DES LIMITES MÉCONNUES Le renouvellement de la démocratie québécoise est entravé par la structure même du régime canadien.En effet, dans ce cadre, les volontés de la société québécoise restent soumises à une « démocratie de deuxième niveau», à la surveillance du Canada - fort d\u2019une Constitution qui lui permet d\u2019agir selon son «intérêt national» - ainsi qu\u2019aux jugements de la Cour suprême.Dans un article paru dans Le Devoir du 30 décembre dernier et appuyé par les Intellectuels pour la souveraineté, André Binette montre que si plusieurs projets de réforme des institutions politiques québécoises ont été mis de l\u2019avant au cours des dernières années pour revitaliser la démocratie, ces initiatives procèdent souvent d\u2019une méconnaissance des limites du cadre constitutionnel canadien.RELATIONS avril-mai 2012 23 dOSSieR Celui-ci, rappelons-le, a été imposé au Québec.Plusieurs de ces initiatives ne peuvent se déployer pleinement dans le cadre actuel, au risque d\u2019être refusées par les tribunaux canadiens.Un exemple de réforme trompeuse, populaire dans un contexte de revalorisation du royalisme canadien, est d\u2019abolir la monarchie constitutionnelle.Par exemple, le Québec ne peut, même s\u2019il le voulait, abolir la fonction de lieutenant-gouverneur, qui est nommé par le gouvernement fédéral et dont la signature est nécessaire à l\u2019application de toutes les lois du Québec.Selon la loi constitutionnelle de 1982, il faut l\u2019unanimité des dix provinces et du Parlement fédéral pour abolir les fonctions de gouverneur général du Canada et de lieutenant-gouverneur.Un autre exemple : l\u2019abolition du régime parlementaire de type britannique, dont le principe de « gouvernement responsable » est un pilier.La fameuse «ligne de parti », si souvent décriée par les citoyens, est issue de ce principe du gouvernement responsable enchâssé dans le parlementarisme canadien.La bonne marche du gouvernement réside dans la confiance du parlement, qui est construite par la discipline de parti.Cette « ligne de parti », qui pourrait être assouplie considérablement dans un régime présidentiel, Au Canada, le principe de la primauté du droit sur le politique, loin de s\u2019inspirer des idéaux de la démocratie, s\u2019est imposé lors de l\u2019adoption de la loi constitutionnelle de 1982.est dans les faits imposée par le cadre constitutionnel canadien et inhérente au parlementarisme de type britannique - protégé par la loi constitutionnelle de 1982.Ces quelques limites au pouvoir constituant québécois, fixées par la Cour suprême du Canada, sont peu connues.Seule la souveraineté du Québec donnera au peuple la pleine capacité d\u2019approfondir sa démocratie et de se donner des institutions entièrement légitimes.De plus, dans un contexte où sévit, depuis plus de trente ans, une globalisation capitaliste aux effets délétères sur les cultures locales et nationales, il est impératif de lutter avant tout contre une vision du monde uniformisante et contre la perte de la diversité des formes de la vie en société, peu importe nos «appartenances catégorielles ».Car la crise actuelle de la démocratie est une crise du monde commun, des lieux de rencontres institutionnels où les acteurs sociaux tissent la société.L\u2019indépendance du Québec, et les interrogations quant à l\u2019avenir collectif qu\u2019elle implique, peuvent régénérer la démocratie.Car le fédéralisme canadien est irréformable sur le fond.Il est impossible pour le Québec d\u2019y obtenir l\u2019ensemble des pouvoirs auxquels il aspire, sans parler de ceux qui seraient nécessaires aux changements structurels en vue d\u2019un Québec juste et écologique exerçant sa pleine souveraineté politique.C\u2019est à ce moment que pourront bien davantage se déployer les débats gauche/droite, dans des structures institutionnelles souveraines légitimes.\u2022 POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES AGAMBEN, Giorgio et al., Démocratie, dans quel état?, Montréal, Écosociété, 2009.ARTOUS, Antoine, Démocratie, citoyenneté, émancipation, Paris, Syllepse, 2010.BLONDIAUX, Loïc, Le nouvel esprit de la démocratie : actualité de la démocratie participative, Paris, Seuil, 2008.BOUCHARD, Roméo (dir.), Libérer les Québecs, Montréal, Écosociété, 2007.BREAUGH, Martin et DUPUIS-DÉRI, Francis (dir.), La démocratie au-delà du libéralisme 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néolibéralisme de Richard Brouillette, Québec, 2009.République : un abécédaire populaire de H ugo Latulippe, Québec, 2011.SITES : Centre de développement pour l\u2019exercice de la citoyenneté : Mouvement Démocratie et Citoyenneté du Québec avril-mai 2012 RELATIONS ceNtRe Justice et foi Soirée-bénéfice à Québec L\u2019ENGAGEMENT SOCIAL DES CHRÉTIENS AU QUÉBEC: PASSAGES ET DÉFIS Dans le cadre de sa campagne de financement 2012 et dans la foulée des 70 ans de la revue Relations, le Centre justice et foi invite Jacques Racine comme conférencier.Il rappellera l\u2019évolution de l\u2019engagement social des croyants dans la société québécoise au cours des sept dernières décennies, un engagement marqué par des ruptures et des renouveaux, des pertes et des découvertes, des doutes et des convictions réaffirmées.r Soirée-bénéfice à Montréal QUAND LA FOI ET LA JUSTICE S\u2019EMBRASSENT.DES EXPÉRIENCES D\u2019ENGAGEMENT DANS UNE SOCIÉTÉ PLURALISTE Dans le cadre de sa campagne de financement 2012 et dans la foulée des 70 ans de la revue Relations, le Centre justice et foi invite Céline Dubé comme conférencière.Elle nous parlera de ses expériences d\u2019engagement pour la justice en lien avec son engagement en tant que femme chrétienne.Elle présentera certains des défis importants pour la société québécoise actuelle et pour l\u2019Église.Jacques Racine est membre du comité de rédaction de la revue Relations.Il a participé activement au comité Québec de la revue dans les années 1980.Théologien et sociologue apprécié, il a nourri la réflexion et la pratique de nombreux intervenants œuvrant dans le domaine de l\u2019éthique sociale.Il a été vice-recteur de l\u2019Université Laval.Il est aussi l\u2019auteur de nombreux écrits sur le catholicisme québécois.Céline Dubé est membre du comité de rédaction de la revue Relations depuis près de vingt ans.Engagée avec la Congrégation Notre-Dame et la communauté de base Justice Solidarité, elle vit en milieu populaire.Féministe et solidaire de plusieurs groupes de femmes, elle a animé le Réseau œcuménique des femmes, cofondé le Comité d\u2019action contre la traite humaine interne et internationale (CATHII) et s\u2019implique auprès des personnes récemment immigrées.Le lundi 28 mai 2012 à 17 h 30 Au Collège St-Charles-Garnier (entrée Médiathèque), 1150, boul.René-Lévesque Ouest, Québec Prix d\u2019entrée : 70 $ Pour les soixante-dix ans de Jacques Racine et de Relations, 70 personnes (et plus) à 70 $ (et plus).Un goûter sera servi à 17 h 30.Veuillez svp confirmer votre présence avant le 18 mai 2012 à Christiane Le Guen, / 514-387-2541, poste 234.Le lundi 4 juin 2012 à 17 h 30 À la Maison Bellarmin, 25, rue Jarry Ouest (coin St-Laurent), Montréal Prix d\u2019entrée : 70 $ Pour les soixante-dix ans de Céline Dubé et de Relations, 70 personnes (et plus) à 70 $ (et plus).Un goûter sera servi à 17 h 30.Veuillez svp confirmer votre présence avant le 25 mai 2012 à Christiane Le Guen, / 514-387-2541, poste 234.RENSEIGNEMENTS : © Daniel Leblond, Compassion, (détail), huile sur bois, triptyque, 122 x 122 cm (ouvert), 2004 Huit vaRiatiQNS sur Le temps CHRONiçue LittéRaiRe Variation 6 Sonnez les matines TEXTE : SUZANNE JACOB PEINTURE: MARIE SURPRENANT 9ui sait raser ses moutons et tisser lui-même les draps entre lesquels il rêve?Qui saurait seul trouver la source de l\u2019eau et fabriquer le verre dans lequel il Aucun vêtement ne m\u2019habille que je ne doive au savoir-faire des autres.Si un extraterrestre m\u2019enlevait pour m\u2019interroger, que pourrais-je donc lui répondre sur la domestication du feu, des ondes sonores, électriques, électromagnétiques?Sur la manière de faire de la farine de quenouille?Lui parlerais-je de la loupe de mon grand-père qui était la mère du feu à l\u2019époque où je le croyais?Qui pourrait, parmi nous, en quelques heures, me fabriquer une mine pour mon crayon?Qui abattrait l\u2019arbre, le pèlerait, le moudrait, me donnerait une feuille de papier?Pire que moi, il y a des gens qui ne mangent pas les amélanches parce qu\u2019ils ne se fient qu\u2019au Bureau pour ce qui est des comestibles.Pire qu\u2019eux, je ne connais la recette ni de l\u2019eau de Javel ni du peroxyde.Avec toute cette ignorance détaillée, j\u2019ai le droit de vote.C\u2019est bouleversant.À ma décharge, je peux compter jusqu\u2019à dix pendant que le boson de Higgs me garde dans la gravité.Dans l\u2019autobus 55 de ma communauté urbaine, une usagère a prié un usager de lui céder sa place : « S\u2019il vous plaît, je me sens mal.» L\u2019usager n\u2019a pas bougé.Il a réfléchi.D\u2019une voix bien timbrée, il a fini par chantonner : « Fais ton lavage, fais ton lavage, fais ton lavage, tu ne sentiras plus rien.» Nous étions déjà debout, nous avions tous et toutes cédé nos places assises.L\u2019usager nous a médités longuement du regard avant de déclarer: «Je suis raciste.» Il a épelé «raciste».Or, il se trouvait que l\u2019usagère était la seule rousse du convoi, une rousse naturelle; je n\u2019ai trouvé aucune autre explication plausible à la déclinaison de racisme de l\u2019usager.Je suis descendue à l\u2019arrêt de l\u2019Hôtel-Dieu avec des gens à béquilles et à marchettes qui tombaient dans la gadoue de la piste cyclable.Un homme a dit: «Et dire que sa voix pèse le même poids que la mienne quand elle tombe dans l\u2019urne.» Impossible de vous dire s\u2019il parlait du maire ou du raciste, impossible de vous dire s\u2019il parlait de l\u2019urne électorale ou de l\u2019urne funèbre car je m\u2019affairais à déprendre sa canne dont les crampons s\u2019étaient coincés dans une faille de l\u2019asphalte.Je suis un être sans méfiance.Les deux urnes me conviennent, la première en carton, la seconde en téflon si ça vous chante.Je suis un être qui vous en saura gré.De quoi?D\u2019avoir élu l\u2019une ou l\u2019autre des deux urnes.La veille, j\u2019avais appris que la lune n\u2019est pas un astre mort et que les mouches aiment l\u2019alcool de banane et s\u2019en servent comme agent prophylactique.Quand je me présente au guichet automatique, un grand dadais en veston-cravate surgit dans l\u2019écran.Il sourit largement, il me tend la main.Il quête.Je ne lui fais pas confiance.J\u2019ignore ce qu\u2019il sait.Sait-il pour qui il quête?Travaille-t-il là pour un dentiste?Pour un couturier?Pour un club d\u2019échangistes?Je jappe et il disparaît.Il a peur des chiens.La femme rousse se sent de moins en moins mal parce qu\u2019elle se répète la comptine ahurissante : «Fais ton lavage (ter), et tu ne sentiras rien.» À force de répéter ce poème rythmé qui la sidère, elle revoit son enfance, sa mère, son père, l\u2019Écosse peut-être, et elle est prise d\u2019une envie incompressible de danser sur une planche à laver.Elle se porte mieux que si l\u2019usager lui avait cédé sa place.La glace non plus, tu ne saurais pas la faire en Somalie.Descendez en arrière s\u2019il vous plaît et entrez dans la rivière par la porte de la baleine qui était une hyène il y a des millions d\u2019années, aux enchères, renchérissons : je laisse aller l\u2019assassin aux prothèses, à la langue embaumée de pchitt-pchitt à l\u2019essentiel de menthe, oui, j\u2019irai voter, car j\u2019en ai le droit, mon devoir étant mal défini, car comment on s\u2019y exerce, ça n\u2019est pas dit, l\u2019étiquette qui irrite ma nuque, dit pourtant où est fabriqué ce que je porte, mais rien, absolument rien des conditions de travail que j\u2019entérine ou que je refuse quand je veux me prévaloir de mon droit de vote, je me méfie mais je compte sur vos voix, les autres et frère Jacques, oui, nous dormons.\u2022 avril-mai 2012 RELATIONS /»\u2019 f v v >'5* T!MJ v- « \u2022 ¦\u2022 .\u2022 >.\u2022* *.-;:' ^#3$: V Ÿ-vY tfWfcT'S *1 ^2 Ere g5S5^ Pictures of nothing 48, 2009, huile sur papier, 86 X 66 cm aiLLeuRS Le Bénin, une stabilité exceptionnelle La République du Bénin a eu une vie politique très animée sous la colonisation et pendant les trente premières années de son indépendance, avant de devenir un modèle ouest-africain pionnier de stabilité démocratique.AMZAT BOUKARI-YABARA Le Bénin est le premier pays d\u2019Afrique francophone à avoir mené intégralement un processus de renouveau politique et constitutionnel fondateur d\u2019une culture démocratique.D\u2019autres pays du continent ont essayé de le faire avec plus ou moins de succès.Depuis la Conférence des Forces Vives de la Nation en février 1990, la spécificité du Bénin résulte incontestablement de la dynamique nterne de sa soci té et de sa classe politique, ainsi que d\u2019une histoire mouvementée dont les Béninois ont tiré de précieuses leçons.UN DEMI-SIÈCLE MOUVEMENTÉ Pays ouvert sur le golfe de Guinée, le Bénin est situé entre le Nigeria, le Niger, le Burkina Faso et le Togo.Cette ancienne colonie française, autrefois nommée Dahomey, a traversé trois grandes périodes depuis l proclamation de son indépendance, le 1er août 1960, par Hubert Maga.Durant la première période (1963-1972) - entre le coup d\u2019État militaire mené par le colonel Christophe Soglo, le 28 octobre MALI NIGER GHANA NIGERIA CÔTE < D\u2019IVOIRE :o-Novo Cotonou Golfe de Guinée L'auteur, historien, est postdoctorant au Groupe interuniversitaire d'études et de recherches sur les sociétés africaines (GIERSA) du Département d'anthropologie de l'Université de Montréal 1963, et l\u2019arrivée au pouvoir de l\u2019officier Mathieu Kérékou, le 26 octobre 1972 -, le Dahomey connaît une succession de crises politiques.Une dizaine de chefs d\u2019État différents, une expérience atypique de troïka présidentielle tournante (Maga, Apithy, Ahomadegb ) fondée sur des équilibres régionaux et, surtout, cinq coups d\u2019État militaires donnent l\u2019image d\u2019un pays ingérable.Entre 1972 et 1990, Mathieu Ké-réko instaure un régime r volution-nair autoritaire à parti unique qui se déclare officiellement marxiste-léniniste en novembre 1974.Les en trep ises sont nat onalisées e les syndic ts s nt unifiés.régime rebaptise le pays en République populaire du Bénin (RPB), en hommage à cet ancien royaume précolonial situé au nord-est e l\u2019ancien royaume du Daho ey.La proximité - pourtant superficielle - de la RPB avec les régimes soviétique et maoïste lui vaut l\u2019inimitié de plusieurs régimes africains et occidentaux.Ainsi, une célèbre page de l\u2019histoire populaire a lieu, le 16 janvier 1977 à Cotonou, lorsque la population repousse une tentative de putsch menée par Bob Denard et une troupe de mercenaires étrangers.À la fin des années 1980, avec l\u2019effondrement du bloc soviétique, le Bénin entre dans sa troisième phase.Les pressions externes et internes conduisent le régime militaire à s\u2019ouvrir au libéralisme économique en appliquant le Consensus de ashing-ton des institutions financières internationales, et à préparer la transition vers la démocratie.Avant le discours tenu au Sommet France-Afrique de La Baule par le président français François Mitterrand, qui conditionne l\u2019aide économique de la France à des avancées en matière de liberté et de démocratie, le Bénin lance la vague des conférences nationales en Afrique.Du 19 au 28 février 1990, sous la présidence de l\u2019archevêque de Cotonou, M^ de Souza, la Conférence des Forces Vives de la Nation réunit cinq cents délégués qui mettent en place un Haut Conseil de la République.Celui-ci est chargé de préparer un gouvernement de transition dirigé par Nicéphore Soglo, ancien administrateur de la Banque mondiale.Le 11 décembre 19 0, un r férendum approuvé par 93 % des Béninois légitime la nouvelle Constitution.En février 1991, Soglo est élu président face à Kérékou.Toutefois, l\u2019élection de 1996 ramène Kérékou au pouvoir, et le vote de 2001 confirme ce choix assez part culier de l\u2019électorat énino qui ne tie t pas rigueur à son ncien dictateur entre-temps reconverti la démocratie.En 2006, con-trair me t à plusieurs de ses pairs africains, Kérékou se retire de la course à la présidentielle en re pectant la limite d\u2019âge et le nombre de mandats fixés par la Constituti n.Regroupée derrière le slogan du « changement», la coalition politique t civile - qui allait devenir les Forces caur s po r un Bénin émergent - porte l\u2019ancien directeur de la Ba que ouest-afric ine de développement, Thomas Yayi Boni, à la présidence du pays.En 2011, après avoir axé sa campagne sur la « refondation des aleur » afin de minimiser l s manquements de son gouverneme t dans la gestion d\u2019un scandale financier qui ruina plusieurs milliers de familles béninoises (l\u2019affaire ICC), Yayi Boni est réélu dès le premier tour, malgré les contestations des partis d\u2019opposition réunis dans la coalition de l\u2019Union fait la Nation (UN).avril-mai 2012 RELATIONS aiLLeuRS UN CHAMP SOCIOPOLITIQUE EN GESTATION Sans tomber dans le triomphalisme, car des irrégularités et des fraudes mineures eurent lieu, tous les scrutins présidentiels et législatifs organisés par les Béninois depuis 1991 ont été considérés comme des réussites par les observateurs indépendants.Ces der- chefferies traditionnelles et religieuses jusqu\u2019aux associations de jeunes étudiants.Les mois qui précédèrent la Conférence nationale virent des fonctionnaires, des travailleurs et syndicalistes dissidents, des étudiants, des intellectuels, des commerçants, des opérateurs économiques et de simples citoyens manifester et mener des grèves ponctuées d\u2019affrontements avec les forces de l\u2019ordre.La pression sociale et les ferveurs populaires de cette opposi- ///GEM soc\u2018Awr£* ^Jurla route pour le LOGEMENT SOCIAL 2MUU4R0S tOT.EMFVÎ | SOClU i :A*hu'j 50 000, sociaux \u2022n5*v IFRAPA\" » .39 RELATIONS avril-mai 2012 LiVRes CHRÉTIENNES FÉMINISTES La collective L\u2019autre Parole L\u2019AUTRE PAROLE.35 ANS D\u2019ÉCRITURE ET DE RÉÉCRITURES Les Éditions À3Brins, 2011, 369 p.LJ autre Parole est née.dans , un coin de pays particulier du monde, dans une crèche québécoise.Les mères l\u2019ont enveloppée de tendresse, de soin, de chaleur et lui ont permis de grandir au milieu des adversités du temps présent.Les armées de Pharaon et aussi les soldats d\u2019Hérode ont voulu la tuer.Plusieurs sont venus se demandant si cette \u201cparole\" était vraiment \u201cautre\" ou si elle était la \u201cmême\" de toujours, à peine déguisée en nouveauté.Les mères ne prenaient pas la peine de répondre, mais elles continuaient de \u201cla\" faire grandir et de l\u2019appeler simplement \u201cautre Parole\".autre Parole, autre Pouvoir, autre Écriture, autre Lecture, autre forme d\u2019aimer» (p.150).Ainsi s\u2019exprimait la théologienne brésilienne Ivone Gebara lors du 25e anniversaire de cette collective de femmes chrétiennes et féministes.Née de l\u2019initiative de théologiennes québécoises, dont l\u2019instigatrice Monique Dumais, L\u2019autre Parole fêtait l\u2019automne dernier ses 35 ans d\u2019existence.À cette occasion, un recueil de textes choisis a été publié reflétant la vie de la collective au fil des ans.On y retrouve, regroupés par thèmes et en provenance de diverses régions, des textes parus dans la revue depuis sa création, en 1976.On peut y lire, entre autres, des réflexions de fond sur l\u2019ordination des femmes, leur place et leur rôle dans la société et dans l\u2019Église, ainsi que sur les enjeux de justice sociale, de paix, de libération et ceux liés à l\u2019avortement et à la prostitution.Y figurent aussi des commentaires et des réponses à des lettres de Jean-Paul II ou à certains évêques québécois, de même que de la correspondance appuyant des femmes d\u2019ici et d\u2019ailleurs qui se sont illustrées dans la défense des droits des femmes dans la société et dans l\u2019Église.La solidarité et la sororité promues par la collective dans ses diverses interventions traversent l\u2019ensemble du document.Ce qui fait l\u2019originalité de cette publication, ce sont surtout les réécritures de textes bibliques (credo, Notre Père, Magnificat, psaumes, épîtres, etc.) dans une perspective féministe.Produits à l\u2019occasion de colloques annuels ou de célébrations, ces textes, parfois déroutants, toujours percutants, sont souvent poétiques et empreints de chaleur humaine.Ils obligent à un renversement de perspective radical quant aux idées reçues sur Dieu-e, le Christ, l\u2019Évangile et l\u2019Église, sur ces idées savamment entretenues par « deux mille ans de travail, de discipline, de privilèges et d\u2019exclusions [qui reposent] sur les épaules d\u2019une élite qui s\u2019est constituée en porte-parole de tout le peuple de Dieu» (p.341).Ces réécritures nous font réaliser - si tant est qu\u2019il faille le démontrer - jusqu\u2019à quel point les pratiques et les discours de l\u2019Église catholique relèvent du patriarcat, voire de la misogynie.Certes, les règles de la langue française font parfois obstacle à une prise en compte équitable des genres masculin et féminin dans le discours.Mais l\u2019enjeu excède les formulations: il en va de l\u2019égale dignité des hommes et des femmes, créés à l\u2019image de Dieu-e.La collective L\u2019autre Parole, par sa créativité, son audace et la pertinence de ses analyses, contribue à faire advenir une société et une Église autres, égalitaires, justes et compatissantes.Ce livre, dérangeant et stimulant, est révélateur de l\u2019espérance tenace des femmes dans la foi.Il est disponible à la librairie Paulines de Montréal, à la librairie du Centre de Pastorale à Ri-mouski ou en écrivant à .CHRISTINE CADRIN-PELLETIER L\u2019UNIVERSITÉ NÉOLIBÉRALE Éric Martin et Maxime Ouellet UNIVERSITÉ INC.DES MYTHES SUR LA HAUSSE DES FRAIS DE SCOLARITÉ ET L\u2019ÉCONOMIE DU SAVOIR Montréal, Lux, 2011, 156 p.Dans ce sympathique petit livre clair et engagé contre la marchandisation de l\u2019éducation, Éric Martin et Maxime Ouellet font la démonstration de l\u2019infamie du discours néolibéral défendu par les pouvoirs économiques et politiques en place à propos de l\u2019université et de son financement.Cet ouvrage permet de comprendre pourquoi le gouvernement du Québec cherche à augmenter les frais de scolarité, malgré les effets nuisibles d\u2019une telle décision sur le plan social parmi lesquels mentionnons l\u2019atteinte à l\u2019universalité de l\u2019accessibilité aux études, l\u2019orientation des étudiants dans des carrières payantes au détriment de l\u2019utilité sociale, l\u2019augmentation des inégalités et de l\u2019endettement, le décrochage universitaire.Quels sont les intérêts qui se cachent derrière les arguments économiques et la rhétorique officielle justifiant cette hausse?Les auteurs dénoncent brillamment la corruption et l\u2019instrumentalisation des universités par l\u2019entreprise privée.S\u2019appuyant sur des données empiriques, ils déboulonnent un par un les mythes et les mensonges économiques de la propagande néolibérale défendue par nos gouvernements affairistes.40 avril-mai 2012 RELATIONS LiVR.es Parmi les croyances fustigées qui servent à justifier l\u2019augmentation de la participation monétaire des étudiants à leur formation académique, mentionnons cette idée très répandue selon laquelle l\u2019éducation est un investissement dans le «capital humain».En investissant dans leur éducation, ceux-ci amélioreraient les capacités de production monétaire de leurs cerveaux.Ce refrain du capital humain, entonné par Staline (« L\u2019homme est le capital le plus précieux », affirmait-il en 1934), est repris par Raymond Bachand, l\u2019actuel ministre des Finances, qui ne semble pas très bien saisir pourquoi « quelqu\u2019un qui va faire des centaines de milliers de dollars de plus avec son diplôme universitaire que s\u2019il était diplômé du secondaire n\u2019accepte pas d\u2019investir un peu pour son éducation».L\u2019étudiant universitaire doit apprendre à devenir une force potentielle de travail pour se vendre ensuite sur le marché du travail.Il finit par se prendre lui-même pour une entreprise visant l\u2019augmentation de sa valeur, le rendement de UNIVERSITÉ INC.DIS MYTfffS SUR IA HAUSSE DIS IRAIS DE SCOLARITÉ ET L'ÉCONOMIE DU SAVOIR ERIC MARTIN MAXIME OUELLET IUX son «capital cervical» et à étendre par la suite cette logique au monde entier.S\u2019attaquant aussi aux manipulations comptables intéressées qui cherchent à faire croire au sous-financement des universités, le livre montre qu\u2019il s\u2019agit plutôt d\u2019un détournement des fonds vers la recherche, au détriment de l\u2019enseignement, pour satisfaire les intérêts de l\u2019entreprise.Sous la bénédiction «scientifique» de think tanks comme l\u2019Institut économique de Montréal, les finalités de l\u2019université sont perverties par la logique marchande.Le discours économique qui argumente aujourd\u2019hui pour la hausse des frais de scolarité défend une désolidarisation sociale, qui s\u2019appuie sur une conception essentiellement mercantile de la valeur du savoir.Cet ouvrage permet certainement d\u2019outiller le lecteur contre les arguments de ceux qui acceptent, reproduisent et justifient l\u2019assujettissement présent de la vie et du savoir à l\u2019argent.LOUIS MARION DÉTOURNEMENT DE LA DÉMOCRATIE Dorval Brunelle CHRONIQUE DES AMÉRIQUES.DU SOMMET DE QUÉBEC AU FORUM SOCIAL MONDIAL Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2010, 258 p.\u2022v A première vue, ce livre me paraissait austère et suscitait peu mon goût de le lire.Dès le premier chapitre, toutefois, je fus accrochée en réalisant qu\u2019il traitait du sujet le plus crucial qui soit: la démocratie.En fait, il aurait pu s\u2019intituler Chronique du détournement de la démocratie et de la mobilisation des peuples.C\u2019est en effet sur ces deux aspects que porte principalement l\u2019ouvrage.Les deux premiers chapitres sont consacrés à l\u2019analyse des accords de «libre-échange» - notamment l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA, avortée en 2005) -, à celle du Sommet des Amériques de Québec, en 2001, ainsi qu\u2019à la contestation provoquée par le déni flagrant de démocratie.Ces accords sont présentés par nos dirigeants et les médias dominants comme étant « de simples règles néces- saires pour la gestion du commerce entre pays ».À première vue, cela paraît innocent.Un regard approfondi révèle cependant les dangers cachés sous des mots d\u2019apparence neutre.L\u2019auteur montre comment ces accords constituent, tant sur le plan du contenu que sur celui du processus, un virage à 180 degrés par rapport aux accords de libre-échange traditionnels, qui por- Dorval Brunelle Du Sommet 'le Québee' au Forum social mondial taient uniquement sur le commerce des biens.Il s\u2019agit d\u2019étendre la libéralisation à des domaines beaucoup plus litigieux, comme les services, la propriété intellectuelle, les marchés publics et l\u2019investissement.En somme, privatiser davantage l\u2019espace public.Il aurait été fort utile pour les lecteurs, notamment pour les étudiants et ceux moins familiers avec ces enjeux, que des notions comme celles du «principe du traitement national » et de la « clause de la nation la plus favorisée » soient explicitées dans des encadrés.L\u2019auteur explique comment cette nouvelle génération d\u2019accords sert de couverture pour mettre en place «un régime distinct fondé sur une collaboration forte et étroite entre gouvernements et milieux d\u2019affaires » (p.73).Négociées dans le secret, « les décisions importantes sont prises dans les salles de conférence où les milieux d\u2019affaires occupent une place privi- ü RELATIONS avril-mai 2012 LiVRes légiée » (p.73).Le tout, bien sûr, sans aucune imputabilité et à l\u2019abri de tout contrôle public.Ainsi, « au nom de la liberté d\u2019une minorité possédante et puissante, c\u2019est la liberté de tous qui est bradée» (p.74).Par exemple, à la Conférence ministérielle sur la ZLÉA tenue à Denver, en 1995, un statut d\u2019interlocuteur officiel est accordé à l\u2019Americas Business Forum, tandis que les citoyens, eux, sont tenus à l\u2019écart.Pire, les assemblées législatives elles-mêmes sont devenues quasi obsolètes, à un point tel que la Conférence des parlementaires des Amériques fut créée à la suite d\u2019une initiative de l\u2019Assemblée nationale du Québec, «justement dans le but d\u2019assurer la participation des parlementaires et de favoriser la transparence du processus» (p.65).Affront suprême : au Sommet de Québec, même nos élus n\u2019avaient pas voix au chapitre! Les trois derniers chapitres relatent quant à eux l\u2019impressionnante mobilisation des citoyens alertés par le péril encouru par notre démocratie.En 2001, 10000 personnes de tous horizons se réunissent lors du premier Forum social mondial, 51 000 au deuxième et 100000 au troisième.C\u2019est à cette formidable odyssée, qui commence à Porto Alegre et qui se poursuit de diverses façons dans plusieurs pays, qu\u2019est convié le lecteur.Les médias dominants étant peu bavards sur ce sujet, ce dernier sera renversé d\u2019apprendre l\u2019ampleur de ces activités.On y fait le compte des succès et des lacunes de ces rencontres et on pose des questions sur les stratégies et les orientations futures.C\u2019est une première dans l\u2019histoire de l\u2019humanité que tant de citoyens de partout dans le monde se rassemblent ainsi.Ce livre est de ceux qui contribuent à en faire l\u2019historique pour éviter que tout cela se perde dans les méandres de l\u2019oubli et, surtout, pour entretenir bien vivante la flamme de l\u2019espoir.FRANÇOISE BREAULT UNE ONTOLOGIE DU MOUVEMENT Peter Sloterdijk LA MOBILISATION INFINIE Paris, Seuil, Points, 2011 Peter Sloterdijk est l\u2019un des philosophes les plus importants dans le monde actuellement.La sortie en format poche de son livre La mobilisation infinie, paru en Allemagne en 1989 et pour la première fois en français en Peter Sloterdijk La mobilisation infinie mom w 2000, est donc à souligner.De quoi parle-t-il?D\u2019une idée simple et terriblement complexe: la mobilité ou le mouvement dans le monde, à ne pas confondre ici avec la mobilisation comme un engagement politique ou un regroupement d\u2019individus cherchant à transformer le monde.«Nous ne savons pas ce qui nous arrive», écrit le philosophe, et il ajoute : « Ici semble à l\u2019œuvre un automatisme éthico-cinétique qui non seulement nous \u201ccondamne à la liberté\" mais également au mouvement constant vers la liberté» (p.36).Il faut bouger.Il faut pouvoir se déplacer et mettre en circulation nos idées.Il faut toujours être dans le mouvement, même lorsqu\u2019il est parfois absurde de vouloir absolument l\u2019être.Nous avons adopté le mouvement comme ligne de vie; il est maintenant partout et il est un peu le dieu de notre monde.Le philosophe invente devant nous de nouveaux concepts qu\u2019il teste dans le mouvement même de l\u2019écriture.Ce livre est une ontologie du mouvement, ce qui n\u2019en fait pas une lecture simple.Une ontologie du mouvement, c\u2019est un peu le mouvement dans son être même.Depuis La mobilisation infinie, l\u2019auteur a écrit plus d\u2019une dizaine d\u2019ouvrages qui expliquent encore mieux sa démarche.Mais ce livre est essentiel, car nous sommes ici dans les premiers moments d\u2019une pensée qui s\u2019installe lentement dans notre univers philosophique.Les concepts sont neufs, les concepts sont denses, les concepts sont prioritaires.Dans un récent entretien (Le Point, mars 2011), Sloterdijk s\u2019interroge : «L\u2019individu a-t-il assez la foi pour réaliser l\u2019impossible?» Magnifique question philosophique qui mérite l\u2019attention de chacun de nous.Une société peut-elle se proposer l\u2019impossible pour son avenir?La question est importante parce qu\u2019elle fixe une balise et, en même temps, offre un horizon à nos yeux fatigués.Mieux vaut fixer l\u2019impossible que de toujours abandonner.« C\u2019est le roman du venir-au-monde, rédigé comme prototype de toutes les histoires qui parlent du départ, de l\u2019odyssée, de la carrière héroïque et de la formation dans le labyrinthe du monde » (p.158).Lire Sloterdijk, c\u2019est accepter que des idées vont nous échapper.C\u2019est une expérience philosophique pas toujours écrite avec le souci de se faire comprendre.Et pourtant, il y a là un élan, une recherche, un besoin de dire, de questionner notre monde.Il est bon parfois de se laisser provoquer par un auteur.De le lire même quand on ne peut pas en accepter toutes les propositions.De lire en questionnant.Cet essai nous oblige à le faire.MARC CHABOT ü avril-mai 2012 RELATIONS Social SOC 1000 +123 Solidaire SOL 1000 +123 Durable DUR 1000 +123 Équitable ÉQU 1000 +12.Social SOC 1000 +123 Solidaire SOL 1000 +123 Durable DUR 1000 +123 Équitable ÉQU 1000 +123 Du) SOCIAL ~ 'urable \u2019 quitable ncial lolidaire iJurable Équitable j Social 3 Solidaire DUR 1000 +123 ÉQU 1000 +123 SOC 1000 +123 SOL 1000 +123 DUR 1000 +123 ÉQU 1000 +123 SOC 1000 +123 SOL 1000 +123 Solidaire Durable Équitable Social Solidaire Durable Équitable Social SOL DUR ÉQU SOC SOL DUR ÉQU SOC Misons sur un développement économique.Équitable Social Solidaire Durable Équitable Social Solidai Durai Équiti Soc: Sol: Dur; Équit; Social Solidairi Durable Équitable Social Solidaire Durable EQU 1000 +123 SOC 1000 +123 SOL 1000 +123 DUR 1000 +123 ÉC Durable Équitabl Social Solidair; Durai Équii 1000 +123 + P3 3 EQU 1000 +123 SOC 1000 +123 SOL 1000 +123 DUR 1000 +123 Solidaire rable itab aire able quitr jle ocia.Solidaire Durable Équitable Social Solidaire EQU SOC SOL DUR ÉQU SOC SOL 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 De Équ Socia.Solidaire Durable Équitable Social Solidaire SOL Durable DUR Équitable ÉQU Social SOC Social Solidaire Durable Équitable Social jolidaire rable fitable social Jolidaire Durable SOC SOL DUR ÉQU SOC SOL DUR ÉQU SOC SOL DUR 123 1U0 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 CSN ujtuuj.csn.qc.ca 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 Claude Vaillancourt Hollywood et la politique La rentrée 2012 d'Écosociété 2011 Solide Introduction critique au cinéma politique hollywoodien, cet essai à la fois simple et substantiel est un modèle de pédagogie citoyenne [.].Il montre avec force qu'une activité souvent associée au pur divertissement - regarder un film à grand déploiement \u2014 reste un geste éminemment politique qui nécessite un esprit critique informé pour ne pas devenir abrutissant.\u2014 Louis Cornellier, Le Devoir Marie France Labrecque En librairie le 14 février Tenter de comprendre l'incompréhensible : plus d'un millier de femmes ont été tuées depuis 1993 à Ciudad Juarez, ville de 1,3 million d'habitants.Normand Landry SLAPP « Point de haine de l'économie là où on nous fait aimer l'argent (à tout prix).Point de haine de l'économie, mais une économie de la haine.[.] Haïr sans qu'il n'y paraisse.Ainsi s'investit-on dans l'asservissement à l'argent.» Alain Deneault Faire l\u2019économie de la haine Féminicides et impunité Le cas de Ciudad Juârez écosociété Guide de survie anti-SLAPP, voici la première et unique référence en français à décortiquer un mécanisme de bâillonnement qui met en péril le débat public et la liberté d'expression, mâillons essentiels d'une véritable démocratie.En librairie le 13 mars écosociété En librairie le 8 mars I - ^\t.1 nkJ WMà cibl1015.com AnimerMontréal 101,5 "]
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