Relations, 1 septembre 2012, Septembre
[" PP CONVENTION : 40012169 ReLatiüNS Pour qui veut une société juste NuméRü 759 septemBRe 2012 M A' Une Église appauvrie: une chance?Un déclin salutaire Jeunes croyants entre inquiétude et espérance L\u2019engagement social catholique fragilisé Les laïques: l\u2019appel au changement Église et société, un dialogue incertain Nouveautés Carnet de José Acquelin Chronique littéraire de Virginia Pésémapéo Bordeleau 6,00 $ ARTISTE INVITÉ: DANIEL LEBLOND 72527485879809 ReLatioNs NuméRo 759, septemBRe 2012 ACTUALITÉS HORIZONS La réconciliation en Côte d\u2019Ivoire Alain Zouzou, s.j.LE CARNET DE JOSÉ ACQUELIN La libellule anarchiste AILLEURS L\u2019avenir du Pays basque après l\u2019ETA Pedro Ibarra Güell CONFIDENCES À EMMA-ROSE CHRONIQUE LITTÉRAIRE Toi, comme la Vie Virginia Pésémapéo Bordeleau REGARD Le modèle migratoire utilitariste en Occident Mouloud Idir DÉBAT Une Agence québécoise de solidarité internationale est-elle souhaitable?Michèle Asselin Louis Favreau EN BREF MULTIMÉDIAS LIVRES Couverture : Daniel LeBlond, Crucifixion (triptyque), 2005, huile sur bois, 61 X 37 cm.Photo: Michel Dubreuil dOSSieR UNE ÉGLISE APPAUVRIE: UNE CHANCE?L\u2019Église québécoise est de plus en plus appauvrie à plusieurs égards, notamment sur le plan de l\u2019engagement social.Quelles en sont les conséquences 4\talors qu\u2019une droite religieuse conservatrice de plus en plus virulente encourage le repli sectaire?En quoi cet appauvrissement est-il une occasion de rebondir pour les croyants?Donne-t-il espoir aux jeunes croyants et aux laïques pour 9\tconstruire du neuf?Peut-il favoriser une reconnexion de l\u2019Église avec la société, la rapprocher des laissés-pour-compte?Peut-on envisager un dialogue, voire une réconciliation des Québécois avec l\u2019Église?Une Église appauvrie: une chance?Jean-Claude Ravet Un déclin salutaire Guy Côté Où sont les prophètes?Laurette Lepage Jeunes croyants entre inquiétude et espérance Table ronde avec Catherine Foisy, Patrice Perreault et Marco Veilleux, réalisée par Amélie Descheneau-Guay Art et transcendance Agusti Nicolau-Coll L\u2019engagement social catholique fragilisé Élisabeth Garant Le patrimoine religieux, un bien collectif\t23 Denis Robitaille Les laïques: l\u2019appel au changement\t24 Jacques Racine Église et société, un dialogue incertain\t26 Gregory Baum 38\tARTISTE INVITÉ 39\tDaniel LeBlond, jésuite, est artiste peintre.Il crée aussi des textes poétiques.Son travail est une recherche spirituelle et esthétique.Il est fondateur du Centre de créativité Le Gesù 40\tet cofondateur du Montréal, arts interculturels, un centre dédié aux pratiques artistiques interculturelles.Il est présent au sein du milieu artistique montréalais depuis plus de vingt ans.Il a exposé au Québec ainsi qu\u2019à l\u2019étranger.Trois expositions de ses œuvres sont prévues en 2013: à la Bibliothèque publique de Chicoutimi du 14 janvier au 24 mars; à la Maison de la culture Ahuntsic-Cartierville, à Montréal, du 17 janvier au 23 février; à l\u2019Abbatiale St-Ouen, à Rouen en France, du 23 mars au 2 mai.11 13 14 17 19 21 10 28 30 33 36 foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis plus de 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, écono miques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Emiliano Arpin-Simonetti DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Jacques Goldstyn, Lino RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gilles Bibeau, Eve-Lyne Couturier, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Agusti Nicolau, 'Guy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine, Louis Rousseau COLLABORATEURS José Acquelin, André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Vivian Labrie, Virginia Pésémapéo Bordeleau, Carolyn Sharp, Marco Veilleux IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / HDS Canada Relations est membre de la SODEP Les articles de Relations sont répertoriés dans Érudit, Repère, EBSCO et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 40 $ (taxes incluses) Deux ans: 70 $ (t.i.) À l\u2019étranger: 55 $ Étudiant: 25 $ Abonnement de soutien: 100 $ (un an) TPS : R119003952 TVQ: 1006003784 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec: ISSN 0034-3781 Version numérique : ISSN 1929-3097 Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada, par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d'édition.CanadS BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: 514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca septembre 2012 RELATIONS L\u2019urne démocratique Les délais de production étant ce qu\u2019ils sont, la plupart des personnes qui liront cet éditorial sauront qui aura remporté les élections du 4 septembre, contrairement à celui qui l\u2019écrit.Néanmoins, quelques remarques critiques s\u2019imposent, quel que soit le résultat du scrutin.Tout d\u2019abord, il faudrait instaurer des élections à date fixe.La prérogative du premier ministre de déclencher les élections à la date qui lui convient n\u2019a pas de sens.Au printemps, à la question de journalistes lui demandant si la rumeur d\u2019élections avant les vacances était plausible comme voie de sortie de la crise étudiante, Jean Charest avait répondu que cela aurait été « ignoble » et « grotesque »! Ce qui est ignoble et grotesque, n\u2019est-ce pas plutôt de les avoir déclenchées le 1er août, en pleines vacances d\u2019été alors qu\u2019une bonne partie de la population se repose loin des médias d\u2019information?Ce choix par Daniel LeBlond, Autoportrait I, 2012, huile sur papier cartonné, 59 X 65 cm.Photo: Michel Dubreuil contre n\u2019est pas surprenant de sa part.Depuis longtemps, Jean Charest nous a accoutumé au mépris qu\u2019il affecte pour la démocratie (voir, entre autres, mon éditorial de février 2009, «L\u2019intrus»).La diabolisation de « la rue » en est aussi un flagrant exemple.Il est vrai qu\u2019il l\u2019a opposée à la majorité silencieuse.Celle-ci, pense-t-il, lui serait acquise et, telle qu\u2019il la conçoit, c\u2019est lui faire une aubaine que de tenir des élections en été : cela lui évite la corvée des débats qu\u2019elle exécrerait.Un simple vote, conquis grâce à des boniments dans lesquels excelle le chef libéral, suffirait amplement.Or, si celui-ci devait avoir réussi ce pari, ce serait un triste jour pour la démocratie québécoise.Ensuite, le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour devrait être changé pour un mode proportionnel adéquat qui mette un terme à l\u2019opposition viciée entre le vote dit stratégique et le vote de conviction.Le mode actuel, valable dans un contexte de bipartisme, ne fait que renforcer le conservatisme et le conformisme, en plus d\u2019être en porte-à-faux avec la pluralité politique et l\u2019effervescence démocratique.Il étouffe les rêves essentiels au souffle de l\u2019action politique.Enfin, une dernière remarque.Peut-être la plus fondamentale.Le résultat du vote, quel qu\u2019il soit, ne doit surtout pas signer la déresponsabilisation des citoyens et des citoyennes.Dans une manifestation nocturne, on pouvait lire récemment sur une pancarte : «Vos urnes sont trop petites pour contenir nos rêves ».Il faudra s\u2019en souvenir.Ce qui ne veut pas dire se détourner des élections : il faut au contraire investir le processus électoral pour ne pas le laisser aux mains des opportunistes et des mesquins.Les élections demeurent une modalité importante dans l\u2019exercice de la citoyenneté, mais celle-ci ne s\u2019arrête pas là, contrairement à ce que voudraient nous laisser croire ceux qui y cherchent leurs intérêts privés afin de permettre à la dictature du profit de se maintenir et à la servitude volontaire de se légitimer.Plus qu\u2019à toute autre époque, nous avons des défis immenses à relever pour contrecarrer la marchandisation effrénée du monde et du vivant livrés à la prédation maffieuse et boursière.L\u2019approche affairiste des Charest, Legault et consorts ne permet pas de les affronter; pis encore, elle nous embourbe dans une impasse.L\u2019économisme au service des transnationales et des financiers soutient la société comme la corde le pendu, pour paraphraser Bernanos.Il nous faut trancher cette corde et accoucher d\u2019alternatives.Mais surtout ne pas cesser de créer des espaces de délibération, de questionnement, de libération de la parole et de l\u2019imagination.Cette tâche radicale demande de la détermination et du courage.Il se peut que la convoitise revienne au pouvoir, mais elle rencontrera des hommes et des femmes pour défendre le bien commun et la solidarité sociale.Et pas seulement une fois aux quatre ans.* * * Saluons la venue dans nos pages de José Acquelin et de Virginia Péséma-péo Bordeleau.Ils succèdent respectivement à Wajdi Mouawad au Carnet et à Suzanne Jacob à la chronique littéraire pour les huit prochains numéros.Les habitués de Relations connaissent bien le poète José Acquelin, puisqu\u2019il a été l\u2019auteur de la chronique littéraire en 2008-2009.Passeur de l\u2019invisible, il saura certainement faire éprouver sa prégnance dans la quotidienneté ajoutant ainsi à la profondeur du monde.Virginia P.Bordeleau, quant à elle, est poète, conteuse et peintre d\u2019origine crie et abitibienne.Sa chronique, intitulée « Confidences à Emma-Rose », prendra la forme de huit réflexions d\u2019une grand-mère amérindienne, illustrées des œuvres de l\u2019auteure.Signalons également qu\u2019Emiliano Arpin-Simonetti occupera le poste de secrétaire de rédaction en remplacement d\u2019Amélie Descheneau-Guay, à qui nous souhaitons un bon congé de maternité.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS septembre 2012 actuaLités L'auteur est porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses Attaque contre les chômeurs Les conservateurs nous indiqueraient-ils la voie à suivre: rapatrier au Québec le programme d\u2019assurance-chômage?PIERRE CÉRÉ Il y a un peu plus d\u2019un an, au sortir des élections fédérales de mai 2011, une sorte de bilan s\u2019est imposé à nous au sein du Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC).En effet, depuis 1990, nous avons été de tous les combats contre les mesures régressives et autres contre-réformes imposées au régime d\u2019assurance-chômage qui ont fini par consacrer le nivellement à la baisse de ce programme devenu l\u2019assurance-emploi, en 1996.Pendant toutes ces années, nous avons livré une bataille incessante, parfois avec beaucoup d\u2019impact, parfois moins il est vrai, mais presque toujours en étant la bougie d\u2019allumage, le moteur organisationnel.Surtout, nous gardions espoir que les choses changeraient, qu\u2019une majorité politique au fédéral finirait par nous donner raison.Le choc a été brutal lorsqu\u2019il a fallu mesurer l\u2019impasse dans laquelle nous nous retrouvions et ce qui nous attendait à la suite de l\u2019élection, en 2011, d\u2019un gouvernement majoritaire conservateur pourtant rejeté par 83 % des Québécois.À l\u2019heure du bilan donc - étrange croisement de réflexion et de torpeur-, nous avons finalement vu émerger une idée qui avait déjà été évoquée dans nos milieux au fil du temps : celle de rapatrier au Québec le pouvoir de mettre en place notre propre programme d\u2019assurance-chômage.Il est possible et souhaitable d\u2019établir un tel programme qui protégerait mieux et de bonne foi les travailleurs, et assumerait pleinement le rôle qui Assurance- emploi.1 chômeur sur 2 n a pas accès Faut que ça change! SansChemise.net lui est dévolu en s\u2019articulant véritablement avec l\u2019ensemble de nos politiques sociales.C\u2019est à l\u2019intérieur de ces paramétres que nous avons produit un argumentaire (voir notre site ) et réuni un groupe de personnalités autour du projet.Des municipalités québécoises ont pris l\u2019initiative de voter des résolutions d\u2019appui.Au cours des mois de septembre et d\u2019octobre, le CNC fera une tournée d\u2019assemblées publiques au Québec.Bien sûr, il faudra une volonté politique à l\u2019Assemblée nationale.À cela aussi nous travaillons, car au-delà de l\u2019esprit de parti, de clan, d\u2019intérêt, c'est du rôle même de l\u2019État québécois, de sa capacité à mettre en place des mesures modernes de protection sociale qui répondent aux préoccupations et aux besoins actuels dont il est question.Les mesures adoptées au mois de juin, dans le cadre du projet de loi omnibus C-38, par le gouvernement conservateur, ne font que renforcer notre conviction qu\u2019il faut sortir de là.En effet, ces mesures affecteront gravement le régime d\u2019assurance-emploi, au point d\u2019en ébranler les fondations mêmes.Tout un pan historique de la loi est mis à terre, comme le droit de refuser un emploi non convenable.Dorénavant, en faisant des « prestataires fréquents » leur bête noire, les conservateurs obligeront les travailleurs saisonniers ainsi que tous ceux et celles qui ne travaillent pas à l\u2019année à accepter toute offre d\u2019emploi à 80 % et même 70 % de leur salaire.On crée ainsi une nouvelle sous-classe de chômeurs qui n\u2019aura plus les mêmes droits que les autres et qui sera soumise à plus d\u2019obligations.Ce faisant, on jette à la poubelle 70 ans de jurisprudence.Précisons qu\u2019en s\u2019en prenant ainsi aux travailleurs saisonniers, on s\u2019attaque avant tout au Québec et aux provinces de l\u2019Atlantique.Au Québec, 34 % des prestataires d\u2019assurance-emploi sont des travailleurs saisonniers (46 % au Nouveau-Brunswick, 51% à Terre-Neuve), alors que cette proportion tombe à 19 % en Ontario, à 14 % en Colombie-Britannique et à 9 % en Alberta.C\u2019est comme si le gouvernement fédéral avait déclaré la guerre à l\u2019est du pays.D\u2019autres mesures s\u2019ajoutent à cela, comme l\u2019abolition des tribunaux administratifs qui seront remplacés par une nouvelle instance où ne siégera qu\u2019un seul commissaire nommé par le gouvernement.Est-il besoin de dire qu\u2019en la matiére, nous appréhendons le pire?Le gouvernement Harper met également fin aux projets-pilotes mis en place, en 2004 et 2005, pour adoucir les effets les plus néfastes des réformes de l\u2019assurance-emploi et qui visaient 4^ septembre 2012 RELATIONS actuaLités les régions connaissant un haut taux de chômage.Rien n\u2019annonçait des attaques aussi graves contre le programme d\u2019assurance-emploi et personne n\u2019avait prévu qu\u2019une réforme aussi pernicieuse puisse être promulguée.Le CNC la dénoncera, bien sûr.Nous prendrons la parole et nous nous mobiliserons partout où cela sera possible.Mais une chose est certaine : nous ne serons plus jamais sur la défensive! En dénonçant la réforme et les agissements des conservateurs, nous mettrons de l\u2019avant notre projet, un projet qui prendra de plus en plus de force et de place.Rapatrions l\u2019assurance-emploi au Québec! Occupons-nous de nos affaires! Nous savons faire mieux! \u2022 Hommage à Jean-Claude Bajeux Il y a un an, le 5 août 2011, s\u2019éteignait à Port-au-Prince Jean-Claude Bajeux, un « combattant de la lumière ».PIERRE BONIN Philosophe et écrivain, militant pour la justice et les droits humains, Jean-Claude Bajeux aura contribué à la formation et à la conscientisation de nombreux jeunes, au Cameroun, en Haïti, en Amérique latine, à Porto Rico et dans les Caraïbes.Il fut homme de paix.Dans «Les crucifiés de l\u2019histoire » (2004), publié sur le site Web du Haiti Democracy Project, il écrivait : « Il faut enterrer les armes et leur dire adieu, il faut instaurer la grève de la violence.Il faut que la justice prononce ses verdicts et par là rende inutile le recours aux armes.[.] Ce n\u2019est plus le temps de couper les têtes, c\u2019est, au contraire, le moment de remettre les têtes en place; ce n\u2019est plus l\u2019heure de mettre le feu car, pour notre survie, il est venu le temps de planter et de construire un nouveau monde, en soumettant ce monde-là, ces hommes, ces femmes, à l\u2019ordre du plan, de la raison, de l\u2019écriture.» Après des études universitaires en France, Jean-Claude Bajeux retourne en Haïti en 1961, en compagnie d\u2019autres prêtres haïtiens qui vont insuffler un élan nouveau à l\u2019Église haïtienne.Enseignant au Collège Saint-Martial de 1961 à 1964, il édite la revue culturelle Rond-Point, crée avec d\u2019autres prêtres la Bibliothèque des jeunes, lieu de formation à l\u2019engagement citoyen que Papadoc (François Duvalier) fera fermer en août 1969.Il organise, en 1963, le Pèlerinage des Jeunes à Thomassin, un moment exceptionnel de prise de parole sous la dictature de Duvalier.Banni d\u2019Haïti en février 1964 pour avoir protesté contre l\u2019expulsion des jésuites canadiens, il se réfugie en République dominicaine et fonde le centre Amistad entre los pueblos (Amitié entre les peuples), d\u2019où il soutient les exilés et les coupeurs de canne haïtiens.À l\u2019été 1964, cinq membres de sa famille - sa mère, deux frères, deux sœurs - sont arrêtés et disparaissent dans l\u2019effroyable prison de Fort-Dimanche.Ces événements tragiques vont raffermir son combat contre la dictature et contre toute atteinte aux droits et libertés.Retourné à la vie laïque, on le retrouve aux côtés d\u2019Ivan Illich et de Paulo Freire au centre interculturel de documentation de Cuernavaca, au > * L'auteur, membre de la Concertation pour Haïti, a été un grand ami de Jean-Claude Bajeux Photo: Sylvie Tourdeau-Wadestrandt RELATIONS septembre 2012 actuaLités L'auteure est cher-cheure à l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) Mexique.En 1979, il fonde le Centre œcuménique des droits humains (CEDH) en République dominicaine avec sa compagne Sylvie Tourdot-Wadestrandt.Il devient, en 1980, professeur de littérature antillaise à l\u2019Université de Porto Rico et directeur du Centre interrégional pour les réfugiés haïtiens, militant avec succès pour la libération de plus de 2000 réfugiés incarcérés à Fort-Allen.Il est le premier exilé à rentrer en Haïti le 14 février 1986 après le départ de Jean-Claude Duvalier survenu quelques jours plus tôt.Il participe à la fondation du Congrès national des mouvements démocratiques et installe le CEDH à Port-au-Prince.Il défend la nouvelle Constitution, qu\u2019il édite en créole et en français.Durant le règne des putschistes, il échappe à une tentative d\u2019assassinat en 1993, ce qui entraînera un nouvel exil.Après le rétablissement de l\u2019ordre constitutionnel, il devient ministre de la Culture (1994-1996) et sera régulièrement présent dans les médias et les grands forums jusqu\u2019à son décès.Dans son anthologie magistrale (bilingue) de la littérature créole haïtienne - Mosochwazi Pawol ki ekri an kreydl ayisyen (Éditions Antillia, 1999) -, il fait l\u2019éloge de la langue créole et nous révèle à la fois son amour du peuple haïtien, son immense culture et ses dons littéraires exceptionnels.Convaincu que la construction démocratique nécessite prioritairement une réforme de la justice, Jean-Claude Bajeux a mis ses dernières énergies à la relance du Forum citoyen, ce processus participatif démarré en 2001 et mis à mal par le séisme de 2010.Son engagement et ses écrits sauront nous guider encore longtemps, comme cette intervention inspirante qu\u2019il a faite lors de la présentation des travaux pour un Nouveau contrat social, au Karibe Convention Center, le 15 janvier 2005 : « Cet arrachement du maré- cage où nous sommes englués demande, de manière antinomique, l\u2019adhésion collective à une constellation de valeurs qui devrait nous qualifier comme société civile.Des valeurs à vivre et à réaliser, et j\u2019en cite cinq : l\u2019égalité, la loi, la dignité humaine, le savoir et la solidarité.Et de ces cinq, je salue la loi dans un monde dont la justice serait la clé, la porte, le seuil et la lumière.» \u2022 La Politique pour les aînés Bien qu\u2019elle tente de cerner la nouvelle réalité démographique, cette politique du gouvernement québécois comporte des lacunes.EVE-LYNE COUTURIER « L é es vieux sont partout! Ils nous coûtent cher! Ils épuisent toutes nos ressources! », clament certains.Pourtant, le Québec n\u2019en est pas à son premier choc démographique.En 1950, les bébés étaient nombreux.L\u2019arrivée massive de ces jeunes à l\u2019école a nécessité la construction de plusieurs établissements scolaires.Les politiques en matière d\u2019éducation ont évolué en même temps que cette cohorte, s\u2019adaptant à cette nouvelle réalité.Elles ont eu des répercussions sur toutes les générations suivantes, permettant d\u2019améliorer substantiellement les taux de diplomation des Québécois.La crise étudiante et sociale des der- twitter.com/cridaq iPhone/iPod sur i\u2019Appstore baladodiffusion sur iTunes vimeo.com/cridaq facebook.com/cridaq cridaq.uqam.c.1 Centre de recherche interdisciplinaire ( ( Y sur la diversité CRIDAQ Suivez- nous.(Actualités #événements /débats 6| septembre 2012 RELATIONS actuaLités niers mois prouve à quel point la population tient à son système d\u2019éducation.Mais ceux et celles qui ont connu la démocratisation de l\u2019éducation ne sont plus jeunes.Exit l\u2019image d\u2019une force mobilisatrice ayant créé des institutions solides et accessibles, on nous ment.On peut toutefois y déplorer quelques « vices cachés » : par exemple, bien qu\u2019on y ajoute quelques places, les centres d\u2019hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) sont relativement absents du plan.Des exemples internationaux montrent pourtant que de simples réformes permettent d\u2019améliorer la qualité de vie dans ces centres, en donnant notam- Afin de mettre en place l\u2019ensemble du plan, une coordination entre 18 ministères et organismes gouvernementaux, ainsi qu\u2019un généreux budget de 2,7 milliards de dollars sur cinq ans, sont prévus.Or, cinq ans, c\u2019est court pour changer les mentalités et les pra- LÂ - W6, tel Vieox $0htrAA
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