L'Avenir du Nord, 12 février 1943, vendredi 12 février 1943
1897-1943 Fondateurs : Wilfrid Gascon et Jules-Edouard Prévost 1897-1943 'Le mot de l'avenir est dans le peuple même; nous verrons prospérer les fils du Saint-Laurent" (Benjamin Suite) CHENIER Directeur: HECTOR PERRIER - /'H LABELLE QUARANTE-8EPTIEME ANNEE, NUMERO 7 Journal hebdomaire — Cinq sous le numéro SAINT-JEROME, LE VENDREDI.12 FEVRIER 1943 'Frères, vous êtes appelés à la liberté" L'abbé Claude Fauchet Le dimanche, 31 janvier dernier, l'illustre musicien italien, Arturo Toscanini, transmit à l'univers, sur les ondes mondiales, un message musical d'une profonde signification aux heures de succès annonciateurs de victoire que les armées de la liberté connaissent.Cet Italien démocrate et libéral, qui condamna dès la première heure le fascisme de Mussolini et toute forme despotique de gouvernement en général, termina son concert dominical régulier de lu symphonie de la NBC par une oeuvre, presqu Inconnue des mélomanes d Amérique, du grand compositeur italien, démocrate et libéral lui aussi, Giuseppe Verdi: l'hymne des nations C'est un hommage de Verdi aux grands peuples précurseurs de la liberté dans le monde, l’Angleterre, la France et 1 Italie.Toscanini, pour payer un tribut de reconnaissance à la démocratie américaine dont il jouit de l'hospitalité jusqu'à ce que l’Italie brise ses chaînes, avait complété cet hymne par le chant national des Etats-Unis, Star Spangled Banner.Ainsi, la nation américaine, qui inaugura le régime démocratique treize ans avant la France, se trouvait associée comme il convient aux autres peuples protagonistes de la liberté.Ce chef-d'oeuvre musical, d'un souffle patriotique intense, réunit God Save the King, la Marseillaise et l'hymne révolutionnaire Italien en plus de l’addition apportée par Toscanini pour la circonstance, et est écrit pour choeur et orchestre.Vers la fin.à mesure que s'élèvent vers les hautes cimes musicales les envolées ardentes qui traduisent les aspirations de la race humaine vers l'affranchissement de la contrainte sous toutes ses formes, on entend simultanément le God Save the King au choeur et la Marseillaise à l'orchestre, l'un et l'autre s'harmonisant à merveille sans se confondre et sans perdre de leur valeur respective.11 ne faut voir dons cette superposition de deux hymnes nationaux une simple prouesse musicale, mois le symbole de l'association naturelle et féconde des deux berceaux des libertés modernes en Europe et dans le monde.Image sonore de l'Entente cordiale d'avant-guerre et de celle plus parfaite encore qui devra régner dans la période de paix consécutive au présent cataclysme universel.Illustration de la constante interpénétration de la pensée- française et de la pensée anglaise dans le généreux mouvement d’idées d'où est sortie la Révolution, et de la solidité de l'amitié franco-britannique, chaque fois qu'il s'agit de faire cause commune pour la défense des idées de droit, et de liberté.La pensée et l'action sont deux soeurs qu'il ne faut Jamais dissso-cter.La France, qui continua après la défaite à communier à la même pensée que l'Angleterre, ne pouvait rester longtemps séparée de son alliée dans l’action Après la capitulation, le coeur de la France semblait avoir cessé de battre.Mais la France patriote et en mesure de réagir prit bientôt soin de transporter ce coeur en Grande-Bretagne, dans la citadelle inexpugnable de la liberté où il a continué de fournir de généreuses pulsations.Il déborde maintenant dans l'empire colonial français d'Afrique où il bat ù l’unisson avec les défenseurs de la liberté Peu Importe ln forme spécifique de gouvernement démocratique que la France se donne présentement en Afrique ou qu elle se donnera dans la métropole après la victoire Ce qui importe, dans le moment, c'est qu'elle réunisse sous le même idéal et dans une action commune tous les éléments favorables à la cause de la liberté et quelle accorde la place qu'elle leur croit mériter aux hommes repentants de Vichy.Que ce gouvernement provisoire tende de toutes ses forces vers la revanche et la réhabilitation île la Franco et des autres nations esclaves du nazisme, voilà la principale préoccupation de l'heure.Et surtout, n'oublions pas cette définition de Seignobos dans son Histoire Moderne (1715-1815): "De toutes les formes de gouvernement, la meilleure est celle qui produit le plus grand degré de bonheur et de sûreté et qui est le plus efficacement protégé contre le danger de mauvaise administration." D’autre part, la liberté complète qu'on réclame pour sol Implique le respect et non seulement la tolérance des Idées saines et des actes progressifs d'autrui, quel que soit leur caractère.Car, écrit Edouard Her-rlot: "De toute évidence, pour un homme libre, le mot de tolérance est un mot insuffisant.Nous n'avons pas à tolérer les opinions de nos adversaires: nous devons les respecter, sans plus." Cet oxtôme s'applique à plus forte raison à ceux qui partagent le même idéal.Tour avoir le droit de se réclamer de la démocratie, il faut tout d'abord être démocrate dans l'fime et permettre aux autres de jouir de ses bienfaits sous la forme qui convient le mieux à leur génie respectif, comme le fait l'Angleterre dans ses possessions au moment opportun, nous rappelant le mot de l'abbé Claude Fauchet dans son éloge funèbre des citoyens tués ù la prise de la Bastille."Frères, vous êtes appelés à la liberté.” W.E.h mi RROVIlMCIALt.Le Canadien-fronçais doil faire rayonner la culture française sur foule l'Amérique, dit Monsieur Godboul Hôte d’honneur au vingt-huitième dîner annuel 1e l’Association des diplômés de l'Ecole Polytechnique, à l'Hôtel Windsor, le 30 janvier.I Honorable Monsieur Adélard Godbout.premier ministre et ministre de l'Agriculture de la Province de Québec a rappelé la nécessité pour les Canadiens-français.les jeunes commes les moins jeunes, de faire rayonner la culture française non seulement sur notre Province et dans notre pays mais sur toute l'Amérique.Il n'y a qu'une chose qui compte, si vous voulez être les meilleurs citoyens du pays C’est votre attitude qui vous permettra d'être les citoyens les plus heureux Votre influence, vous deve2 la fajre rayonner non seulement sur toute votre Province, sur tout vHre pays, mais sur toute l'Amérique.Vos diplômés vous en donnent l’exemple vivant.L'Université de Montréal vient de décerner des doctorats èi sciences appliqués “honoris causa" à deux hommes dont l'Influence n'a pas connu les frontières de notre Province et de notre pays.Il a cité en exemple aux convives M.Georges J.Desbarats et le Colonel Arthur-Edouard Dubuc à qui Mgr Olivier Maurnult, p.s.s V D venait de remettre au nom de l'Uni-i versité de Montréal, des doctorats ès sciences appliqués "honoris causa".Je m'incline avec beaucoup de respect, comme devant les plus grands patriotes, devant ceux à qui vous avez décerné ces doctorats honorifiques Ces deux hommes ont voulu faire rayonner sur toute l'Amérique notre culture française et notre culture latine, sur toute l'Amérique que vous avez découverte par vos ancêtres.Monsieur Drouin et les droits des nôtres L Honorable Monsieur Oscar Drouin, ministre des Affaires Municipales.du Commerce et de l'Industrie, a été l'hôte de l'Association libérale de Québec-Est le 1er février.Monsieur Edmond Trudel présidait.! L'orateur a revendiqué les droits des Canadiens-français dans l'adminls-i tratlon fédérale.Les nôtres représentent 30 pour cent de la population ; et il devrait y en avoir 30 pour cent dans le fonctionnarisme fédéral.Un grand nombre de commissions ont assumé le contrôle de la vie : économique du pays.Plusieurs poursuivront leurs activités même après I la guerre.Il importe donc que nous ayons notre part de représentation | dans ces organismes, car d'ici à quelques années, plusieurs membres de ces commissions détiendront les leviers de commande.Monsieur Drouin a dénoncé 1 impérialisme, tout particulièrement celui de Monsieur Bennett.Nous combattons, a-t-il dit.pour la survie du Canada aux côtés de l'Angleterre et des nations alliées.Nous combattons pour le maintien du régime démocratique et non pour un impérialisme quelconque.Le ministre a déclaré que la Province de Québec, sous le régime actuel.avait su collaborer avec Ottawa, tout en sauvegardât son autonomie.Monsieur Drouin a aussi parlé de l'après-guerre, des exigences des masses populaires et a ajouté que nous devons être prêts à dépenser de l'argent pour la paix, comme nous en avons dépensé pour la guerre.L’oei! regardait Caïn .Comme cela s'imposait pour la bonne renommée du Parti Libéral vis-à-vts des citoyens des autres provinces, le Très Honorable Monsieur King a "expédié" de l'autre côté de la Chambre trois députés devenus les principaux membres du Bloc Populaire (7).Le "bloc à trois faces" fait maintenant bloc .à trois, à l'extrême gauche du Président.C'est loin, mais tout de même pas assez loin pour empêcher les députés libéraux fidèles à leur Pays et à leur Province de Jeter de temps à autre un coup d'oeil de pitié du côté de ceux qui ont trahi Monsieur King pour satisfaire leur ambition personnelle et flatter les passions populaires.Ces messieurs n'ont pas fini d'avoir des remords.d'ici quelques années ils seront l'objet de la désapprobation des citoyens de leur Province pour avoir trahi le seul homme capable de prendre la défense des Canadiens-français au cours de la période difficile que nous traversons.On chuchote que Notre capital humain doit, de toute nécessité, être protégé.Les tout-petits méritent d’être, de la part (les aînés, l’objet de la plus grande sollicitude et des soins les plus suivi».I-a mortalité infantile décime encore notre population.C’est un terrible fléau qu'il nous faut à tout prix enrayer.Que tous contribuent donc, dans l’exécution de leur tâche quotidienne, dans la poursuite de leurs activité», à poser des actes qui contribueront à effacer cette plaie.• * • Il y a amélioration quant aux décès chez les enfants.C’est ce que démontrent les dernières statistiques émises.Mais les ravages sont encore trop grands, désastreux même.Ainsi, le taux des décès chez les très jeunes s’établit à 59.35 par mille naissance» en 1942, contre 70.28 en 1941.C'est une bal»se fort encourageante, mais qui ne doit pus nous inciter à mettre une fin nu rom bat que nous avons engagé contre la mortalité infantile.Souhaitons que l'amélioration soit encore plus sensible au cour» de l’année qui s'écoule.• • * Nous sommes en guerre : nul ne l'ignore.Ht pour faire la guerre, il faut le nerf, l’argent : autre vérité bien connue de tous.Un moyen de prêter à l’Etat les deniers si nécessaires est de mettre en portefeuille de» timbres d'épargne.La vente s’en fait maintenant dans un nombre croissant d’établissements.Que le public réponde à l'invite de l’autorité.Deux excellentes tins seront atteinte» : l’ncquércur fera de» économies dont il usera avec agrément en temps opportun ; puis, l’effort de guerre du pays ne sera rendu que plus efficient.?• • On a ob»crvé l'absence de M.Edouard Lacroix à l’assemblée publique tenue au Marché Saint-Jacques, le 7 février dernier, par le Bloc populaire canadien.Mais qu’est-ce donc qui ne va pas ?Des indiscrets prétendent que l’abstention de monsieur Lacroix est attribuable à la présence de» trois "intellectuels” du "bluff impopulaire”, MM.Gouin, Chaloulx et Philippe Hamel.De telles dLssension» au sein d'une organisation naissante ne sont certes pa» de bon augure.• • • Pour excuser l’absence du piller du Bloc, le président de la réunion s’est borné à annoncer que M.Edouard Lacroix avait "été empêché d’être présent”.Il eût pourtant été facile à M.I-acroix de faire parvenir une dépêche que le maître de cérémonies eut pu lire à l'assistance.Mais de dépêche.il n’y avait pas.Dont acte.* * * Monsieur Maxime Raymond, aux Ans de mesurer sa popularité, aurait confié à un de scs organisateurs, - échcvin de la ville de Vallcy-fleld si nous sommes bien informés, — la tâche de faire une tournée dans le comté, de sonder l’opinion et de lui faire rapport.Ce dernier aurait été des plus décevant, l’organisateur ayant déclaré nu chef du ‘"bluff Impopulaire” que ses chnnces de réélection dan» le comté étaient absolument nulle».Est-ce vrai ?SI oui, quelles sont donc les chances du Bloc dans son ensemble 7 * * * Un autre organisateur qui aurait toujours été dévoué aux intérêt» de Delpha Sauvé aurait fait parvenir à M.Raymond une note l’avisant de ne pas compter sur lui.Et pourtant, selon la rumeur, le chef aurait été dLxposé à mettre toute sa confiance dans cet homme.Encore un élément peu rassurant pour un mouvement dont la coquille ne fait que de sc briser.* * * I/asiemblée Inaugurale du Bloc qui eut lieu à Saint-Georges de Bcauce.devait être tenue à Vallcy-flcld.On dit que certaine» difficultés exLstant entre l'autorité d’une usine locale et le personnel, difficultés qu'aurait tenté de régler M.Raymond sans toutefois y parvenir, aurait été le motif du changement de site.Certains électeurs de Val-Icyflcld auraient été jusqu'à dire : "Que Raymond vienne tenir l’assemblée de son Bloc ici,.on va lui faire “une job”.Le chef "branle’’’ dans son comté.Que feront donc ses suiveux ?* * * En constatant les modifications radicales que vient d'opérer uu sein de son cabinet fasciste, le piteux Mussolini, on ne peut s'empêcher de penser : Ce n'est pas seulement un REMANIEMENT, mais surtout un RENIEMENT.Depuis le début de la session fédérale, aucune attitude de ses partisans n'a laissé entendre que le Bloc veuille prendre figure de parti politique officiel au parlement.Au cours du débat sur l’Adresse en réponse au discours du trône, tous les chefs de purti ont parlé avant les simples députés.La nation entière (?) s'attendait à ce que le chef du Bloc énonce se» MAXIMES sur le parquet de la Chambre, à l’heure réservée aux chefs de parti.M.Raymond, qui prend de plu» en plus figure de m’as-tu-vu, préfère le marché Saint-Jacques où il est entouré de sa tourbe de thuriferère».C’est plus confortable.Ce qui manque le plus à ee ramassis de retaille» politiques, apre» l'originalité, c'est le courage et le souci des responsabilités.Autre preuve de cette assertion : lors du premier vote prix à la Chambre de» communes, sur la prolongation du terme d'office du Juge en chef de Ir cour suprême, M.Maxime Raymond et se» partisans se sont défilé» en B1XK.'.Comment le peuple pourra-t-il voter pour des hommes qui n’ont pas le courage de voter uu parlement de la nation 7 Le gouvernement provincial perd deux de ses membres Les honorables Cléophas Bastien et L.-J.Thisdel C'est avec peine que nous annonçons la mort presque simultanée des honorables Thisdel.ministre sans portefeuille dans le cabinet Godbout et député de Maskinongé.et Bastien, ministre de la colonisation et député de Berthier.Malgré la douleur que nous cause la disparition de M.Thisdel.sa mort, prévue depuis quelque temps déjà par suite de sa maladie.nous surprend moins que celle de M.Bastien qui était plus jeune que son collègue, jouissait d'une excellente santé et a fourni une somme considérable de travail jusqu'à l'heure où la faucheuse inexorable est venue le frapper et le ravir A sa province, à son comté, qui lui faisait confiance depuis 1927, et à son parti qui voyait en lui un pilier de la doctrine libérale.L'un des députés les plus actifs depuis son arrivée à l'assemblée législative.M.Bastien s'était surtout révélé pendant les trois années que le parti libéral a passées dans l'opposition.Avec M.Bouchard et la phalange libérale du temps, Cléo-phns Bastien a tenu tête victorieusement à l'autoritaire premier ministre de l'époque et à sa tourbe de bateleurs de foire.Ministre d'Etat dans le dernier cabinet Taschereau et dans le gouvernement Godbout depuis 1939, son chef venait do reconnaître officiellement ses talents et de récompenser son dévouement en lui cédant son portefeuille de la colonisation.Dans ce domaine, le nouveau ministre avait conçu de vastes projets pour l'après-guerre.Lorsque sons successeur les réalisera, nous y découvrirons l'inspiration de M.Bastien et nous y verrons son testament politique.M.Thisdel est décédé mardi, A Louiseville après une longue maladie.Quant A M.Bastien.Il est disparu subitement, mercredi soir, à Québec, après une rude Journée de travail, emporté par une crise d'oe-dêrna pulmonaire.M.Bastien était CHANTS LAU RENT! ENS Eblouissements ! Je ferme les yeux.Le bruit de la ville meurt à la porte de ma chambre des faubourgs.Ma mémoire est plus active que d'habitude.La raison?J ai vu tantôt un clair croissant de lune, accroché à la robe de bai de madame la nuit, distillant le froid avec une insistance désespérante.Quelle belle nuit d'hiver sur la ville.Les étoiles frileuses dans leur nudité séculaire cherchent un nuage pour s'en faire un cache-nez.Mais nenni.C’est un soir limpide et la voûte céleste est une immense coupe de turquoise renversée .Les souvenirs s’estompent tout au fond de mon cerveau.Ils sont si nombreux.Prenons-les comme on prend un billet de loterie chinoise, au hasard .Vous les avez tous vus les pigeons geons de mon oncle Bruno.Le cher homme, lorsqu'il ne votait pas des lois à Ottawa, endossait ses énormes salopettes jaunes et se plaisait à jeter à ces beaux oiseaux les plus beaux grains de blé du canton.Il avait aussi des pois Quels pois.’ Le marchand général Laffamme s’était fait rouler (c’est le cas de le dire) par un fermier de la Côte à Paquette.Des ménagères furieuses lui avaient lancé ses pois, en plein magasin, en criant: "Ils ne cuisent pas”.Monsieur le ministre avait profité de l’occasion et en achetait vingt sacs pour ses pigeons.Les voyez-vous voler en groupe au-dessus de la rivière du Nord par un bel après-midi de soleil.Autant de flèches rouges.bleues, blanches qui coupent l'azur.pirouettent, plongent, planent, osent même effleurer les vagues folles pour aller se reposer dans le clocher de J a vieille église .Les plus hardis des beaux oiseaux se reposaient même sur les fenêtres du couvent pour roucouler leurs amours.J’ai même vu une bonne soeur en chasser un couple.Il ne fallait pas distraire les fillettes penchées sur leurs livres de classe.Mais de tous les pigeons je me souviens surtout de celui qui osa laisser tomber, sur un beau chapeau neuf de l'huisier Théodore Grignon, un trop collant souvenir.Le cher homme courut à Bruno et lui fit payer son chapeau-melon.Dans le temps, pareil détail courait toute la ville.Mais oui, on appelait déjà ville le beau village fondé par le curé Labelle.Je revois le "pacage” de l’autre côté de la rivière.Les gamins et gamines s’y plaisaient, surtout au temps des fraises.Les belles vaches au repos, couchées dans le sable et regardant de leurs grands yeux humides la clôture de cèdre alourdie de corneilles, guettant le moment propice pour aller voler du mais dans les jardins voisins .C’est dimanche : les barouches, les calèches arrivent de partout pour la messe paroissiale.Les fermiers attachent leurs chevaux aux poutres de bois, supportés par des tuyaux rouillés.tout le long du trottoir de la rue Labelle.La porte de l'église est ouverte.Monsieur Gendron.le bedeau, sonne le dernier quart-d'heure.Il y va de tout son courage et parfois le cable le soulève de terre.Lui aussi était un héros pour mes yeux de huit ans .C'est le soir.Je me faufile dans l’église.Quel délicieux parfum de vieux bois lavé et d’encens.La lampe du sanctuaire sautille en mouche à feu de rêve.Une porte s ouvre.Je regarde ébloui.C’est une soeur de Sainte-Anne qui apporte à la Vierge une belle gerbe de roses.Je gage qu’elle lui a été envoyée par madame Théberge, au si beau parterre .Puis tard la vieille église tombe sous le marteau et le pic des démolisseurs.Le charnier seul reste debout.parmi les ruines.Je suis en retard pour le souper familial et j’ose couper court en passant par là.J'entends un souffle rapide, la peur me prend, le souffle me suit, je cours, je vole et je tombe parmi les pierres.Apeuré, terrifié, je murmure un Ave pour ce revenant qui se colle à mes talons.Soudain une moite chaleur se colle sur ma joue.Je promets de faire un prêtre si la bonne âme ne me fait pas mourir là.La caresse continue, le vent d’automne commence à hurler.J’échappe un grand cri, étend les mains, ouvre les yeux pour me trouver le nez collé sur le museau du chien du vicaire.un bel épagneul.C'est depuis cette aventure que je n'ai plus peur des morts.Adolphe NANTEL LE PLUS GRAND REVERS un ami personnel de notre directeur, l'hon.Hector Perrier, député de Terrebonne et secrétaire d'Etat de ln province, qui assista nux derniers moments du ministre disparu.L'Avenir du Nord prie Monsieur Godbout, son directeur, M.Perrier, les nutres collègues des ministres décédés et leur fnmille respective d'n-gréer l’expression de ses profondes condoléance».Dons tout le secteur de Stalingrad, 11 ne reste que ruines et décombres.Les Russes n'ont pas voulu céder devant les poussées allemandes; Ils ont subi de bien profondes et cruelles blessures, mais leur courage et leur energie indomptables ont fait qu lls sont demeurés les maîtres de cette ville que Hitler, dès l'automne dernier et dans un spasme de fanfaronnade, disait être tombée aux mains des axistes qui n'en seraient jamais délogés.Il appartient maintenant à la propagande nazie de faire oublier cet irréparable échec en distribuant de par le monde, par le truchement de la radio ou autrement, des excuses et des justifications qu elle a soin de draper de titres pompeux.Si intense que puisse être cette propagande, quelle que soit la nature des excuses invoquées, un fait certain, irrécusable, demeure; les pertes subies par les axistes à Stalingrad sont lourdes au point qu'elles ne sauraient être dès aujourd'hui exactement établies.Lorsqu aprèa leur "glorieuse résistance", — c'est là la formule de Goebbels, les forces allemandes levèrent le siège dans une complète déroute, elles accusaient un dégonflement de plus d'un demi million d'hommes, pertes lourdes, s il en fut et dont un peuple ne peut que souffrir un affaiblissement marqué de ses forces, forces difficiles à récupérer.Peut-être cette "résistance" fut-elle, aux yeux des propagandistes boches, "glorieuse ", mais les observateurs s'accordent à déclarer que la bataille livrée à Stalingrad ne le fut pas selon les règles et données de la guerre; elle constitua tout simplement une stupide, fanatique et aveugle obéissance aux ordres qui germèrent dans le cerveau d'un démoniaque dictateur chez qui le souci et la valeur des vies humaines ne résidèrent jamais.• • • Nous avons pleinement raison de considérer pour le moins bizarre l'opiniâtreté des Allemands devant Stalingrad.Après trois ans de conflit.la carence prononcée du capital-soldats dans leur pays s'avérait critique et dangereuse.Puis, le débordement de troupes devant cette ville se faisait précisément au moment où.— de l'autre côté de la barricade.chez les alliés, la puissance de combat s'accroissait chaque jour, et où le matériel humain de môme que le matériel de guerre gagnalent'en Importance à chaque instant.Un stratège de réelle valeur eût-il été à la tête des armées allemandes, que ce siège eût été levé des semaines plus tôt.Mais.— et c'est malheureux et pour les Russes et pour les Allemands.les guidons de direction étalent tenus par un déséquilibré, l'ex-caporal de l'autre guerre.- • • • Certains événements récents incitent à croire que Hitler a lâché les leviers de commande.Mais pourquoi?Peut-être les chefs d'armée, — et c est une hypothèse fort plausible.— lui ont-ils signifié un ultimatum 7 De deux choses, l'une: ou les généraux, techniciens et stratèges allemands, conscients de leur valeur, soucieux de leur responsabilité et las d'être guidés par l'incompétence d'un homme, ont intimé au Führer l'ordre de leur remettre la tâche d'élaborer les plans de combat, de décider du mouvement des troupes, des tactiques, en un mot de faire la guerre selon les règles imposées par les circonstances, tenant compte de tous les facteurs et contingences, ou bien.Personne ne saurait compléter cette deuxième partie de l'ultimatum et dire si elle revêt le caractère d'une menace, mais l'imagination n'est-elle pas libre d'échafauder à son aise ?• • • Ceux versés en la matière estiment qu'il est d’ores et déjà entendu que le soin d élaborer la stratégie, de préparer les batailles, sera laissé aux "guerriers de profession”, aux techniciens qui devront juger de l'opportunité de prendre l'initiative sur tel ou tel front, établir le moment de3 replis, etc.Ces généraux et commandants tenteront assurément de sauver ce qui reste de l'armée allemande et de reprendre le terrain perdu, les circonstances s'y prêtant.Mais parviendront-ils seulement à soustraire au désastre qui semble les attendre, les troupes qui évoluent dans le secteur caucasien 7 Ces troupes sont poursuivies de prés par les Russes qui ne semblent pas disposés à leur accorder de quartiers; elles cherchent le salut dans une fuite qui n'a d'issue qu'une avenue qui se rétrécit de Jour en jour: la route de Rostov.Peut-être l'Allemagne perdra-t-elle définitivement le bas-Don avant que ne se lève le soleil du printemps.D’autre part, au nord, les ruées russes gagnent en intensité.Il semble que les ressources dont disposent les Soviets, en hommes, en matériel de guerre et surtout sous l'angle de la stratégie militaire, soient illimitées, inépuisables.L'hiver dernier, les Allemands exécutaient des retraites stratégiques, ne laissant que de faibles troupes sur la ligne de feu et réduisant, par le fait même, leurs pertes en hommes.Mais alors, de vrais généraux, de réels militaires étaient à la tête.Cet hiver, sous l'immédiat commandement de Hitler, le gros des troupes est maintenu sur le front, opposant toute résistance possible, même Insensée, aussi de lourdes pertes sont-elles essuyées, dont la dernière s'est traduite par la plus complète catastrophe.Celle-ci est la pire dont fasse mention l'histoire; elle n'est attribuable qu'à l'entêtement irraisonné et à l'inaptitude d'un seul homme.un fou: Hitler: • • • Que Hitler ait lâché les manchons de direction et que ses généraux tentent un suprême effort pour racheter ses désastreux impairs, cela ne signifie pas que les Allemands, tant civils que militaires, se remettront de l'ébranlement moral que les successives défaites qu'ils ont subies ont inévitablement causé.Cette guerre a secoué le monde entier sur ses assises et a créé partout le plus entier chaos.L'Allemand, ou plutôt le Nazi, a voulu l'asseoir sur les faux principes de l’injustice,.de la spoliation, de la force brutale: le jour où il lui faudra rendre compte est proche.Il sera impossible à cette nation de se remettre des terribles secousses ressenties dans son organisme économique .et ses cadres sociaux.Elle est irrémédiablement vaincue, car la justice et le droit, ______ momentanément cachés par un nuage de haine et de folie, — ne peuvent que réapparaître pour rayonner encore sur le monde.Léopold F.M.Lionel Bertrand affirme sa confiance dans le gouvernement King 'Je rosie de ce câié-d de la Chambre oh existe la liberté de parole" déclare le représentant de Terrebonne dans un discours libre d'expression sur l'Adresse Dans un discours de près d’une demi-heure, sur l’Adresse en réponse au discours du trône.M.Lionel Bertrand, député libéral de Terrebonne, a touché à plusieurs aspects de la politique du gouvernement King et a fait l’éloge du premier ministre qui "a occupé son poste, dit-il.avec un dévouement qui grandit encore sa carrière politique.Il a été à la hauteur des plus grands parlementaires du monde moderne et son prestige auprès des Etats-Unis fera l’objet d’une page particulière quand s’écrira l’histoire de la présente guerre." Af.Bertrand, qui approuve la politique générale du gouvernement, a précisé qu’il réserve toutefois sa critique sur certains points accessoires qu’il énumère dans son discours.Le représentant de Terrebonne, qui crut opportun, l’an dernier, de différer d’opinion, comme d’autres de ses collègues, sur la politique mi- _ lit aire du gouvernement, tient à affirmer sur te parquet de la Chambre, que.en dépit de certaines divergences d’un caractère accidentel."Je reste de ce côté-ci de la Chambre (celui du gouvernement) où existe la liberté de parole, et je regrette que des libéraux aient jugé à propos de fonder de nouveaux partis quand ils pouvaient exercer Je droit d’exprimer ici leurs opinions, toutes leurs opinions." Coup direct porté au Bloc qu’il fait bon d’entendre dans la bouche d’un des "Onze".' Constatant que le volontariat reste à la base de la politique mili.taire du gouvernement pour le service armé extérieur, Af.Bertrand a dissipé ses craintes et a jugé sage de rester dans le giron libéral où chacun peut exprimer librement et courageusement son opinion et obtenir plus pour son comté, sa province et son pays qu’en quittant le bercail pour aller paître avec les loups déguisés en bergers.' " (Suite à la cinquième page) deax L'AVENIR DU NORD Saint-Jérôme, le 12 février 1943 LA CLINIQUE DES RUMEURS (Contribution de la Colonne Canadienne) PLUS D’ESPION N’ES BLONDES.MAIS UN TISSU DE MENSONGES Où sont dans cette guerre les espionnes I»lonar leur lieauté.leur sourire et leurs beaux discours, qui savaient gagner la confiance des officiers supérieurs et leur arracher les secrets militaires de la plus haute importance?Dans toutes les guerres, s’il faut en croire certains auteurs, il y a eu de ces blondes sirènes qui n’hésitaient jas à risquer leur vie pour obtenir (les renseignements utiles au pays qui les payait.Mais, dans le conflit actuel, elles brillent plutôt par leur absence, car nous n'entendons pas (varier de leurs exploits.On serait même j>orte à croire que ces espionnes irrésistibles n’ont jamais existé que dans l’imaginaiton des romanciers, à moins quelles n’aient plu- leur place dans La guerre moderne II semblerait même que les Nazis ont découvert une méthode bien plus efficace d’arriver à leurs fins et qu’ils ont créé une technique auprès de laquelle l’espionnage par les femmes pourrait être considéré comme un jeu d’enfants.Cette technique est celle de la propagande défaitiste au moyen de mensonges et de fausses rumeurs.Il est vrai qu’avant la guerre, Goebbrls avait envoyé au Canada une véritable légion de "professeurs”.de “journalistes’ et d’“a-gents commerciaux" qui avaient pour mission de recueillir sur le Canada et les Canadiens tous les renseignements susceptibles d’être utilisés plus tard pour le -ucce- de la cause nazie Hitler a pu, de cette façon, se procurer une information précieuse — du moins c’est ce qu’il pense II croit connaître la mentalité des Canadiens, leur force et leurs faiblesses.Il s'imagine que nous sommes assez naifs pour ajouter foi aux rumeurs ridicules que se> agents mettent en circulation pour créer de la confusion, diviser les groupes, miner La confiance et diminuer la portée de not re effort de guerre.Pour obtenir ce résultat i! a recours au mensonge, à La calomnie et aux fausses rumeurs.Il met pour cela tout en oeuvre — la radio surtout, dont les émissions sur ondes courtes sont recueillies ici et propagées par des sympathisants de l'Axe.Nous devons être constamment sur nos gardes pour échapper aux atteintes de cette campagne insidieuse et déjouer les efforts des pn/pagandistes nazis.Maintenant que les nouvelles sont meilleures, que nous avont été mis au courant de la mémorable rencontre de Casablanca et que nous nous réjouissons des succès de nos alliés russes, redoublons de vigilance contre la propagande ennemie et ses vagues fausses rumeurs.N'oublions pas que la lutte est loin d’être terminée et que nous pouvons nous aussi faire notre part sur le front intérieur I.es Cliniques des Rumeurs, publiée chaque semaine dans ce journal.s’est donné pour mission d’éventer les mensonges d'inspiration allemande et de les démentir par la révélation des faits véritables dans chaque cas.Ces rumeurs peuvent parfois paraître enfantines et insignifiantes, mais il ne faut cependant pas les traiter à la légère.Elles vint toutes lancées pour nuire à notre cause, qu’elles concernent l’armée, l'aviation, la marine, l’administration ou nos oeuvres sociales.Evitez de les propager car alors vous travailleriez pour le sinistre Hitler.Les rumeurs d'accidents d'avions sont fréquentes, car elles offrent un excellent moyen de semer la crainte et l’inquiétude dans les familles des nombreux jeunes gens qui font partie de l'aviation canadienne.En voici une que nous sommes heureux de démentir.Uns rumeur “Quinze avions ont été détruits récemment dans la région de Chicoutimi, en une semaine seulement On soupçonne du sabotage ” La Vfcrllé Des quartiers généraux du R C.A.F., à Ottawa: “C’est faux et exagéré hors de toutes proportions ” En voici une bonne qu'Hitler, sans doute, aimerait bien à croire lui-même.II s'agit de la sécurité douteuse du Cana'la au point de vue financier.Déjà nous avons démenti les rumeurs concernant le “gelage" des Certificats d'Epargne de Guerre et des Obligations de la : Victoire, mais on vient encore en raconter de bonnes sur l’instabilité de nos finances.Voici ce que l’on nous rapporte d’Ottawa Vita rumour “On s’imagine, du moins 'laits cette partie ici du pays, que le Gouvernement n’a jias l’intention de remliourscr la partie d’épargne obligatoire comprise dans l'impôt sur le revenu.” La vérité L’honorable J.-L.Ilsley, ministre des Finances à Ottawa, déclare à ce sujet : “la; taux d’intérêt moyen pavé sur notre dette est moins de .1 pour cent.Actuellement, les paiements totaux d’intérêt représentent moins que le dixième de notre revenu même si nous avions une forte diminution de notre revenu et une augmentation élevée de notre dette, nous pourrions disposer d’une forte somme après la guerre.” NOTE : — Les obligations de la Victoire sont garanties par les ressources du Dominion, et le gouvernement s’engage à rembourser l’argent prêté sur les obligations, tout comme il vous rend la valeur du dollar que vous avez en pioche.Pour ce qui est de la partie d’épargne obligatoire, disons simplement que le Canada n’a jamais failli à ses promesses.Voici des paroles qui détruiront, nous l’espérons, bien des rumeurs concernant la Croix-Rouge.Une rumeur “La Croix-Rouge vend des approvisionnements aux forces armées d’outre-tner.On ne peut rien se procurer sans paver à la Croix-Rouge." La vérilc Le major D.-J.Corrigall.commissaire de la Croix-Rouge, division de Quebec : "C’est absurde ! On se lasse de nier de tels mensonges ! La Croix-Rouge ne vend rien et n’a jamais rien vendu.” Voici une autre rumeur qui porte atteinte à la campagne de récupération et que nous démentis-sons : La rumeur "On brûle chaque semaine plus de 5oeooooooooooooooooooo3ooae LOUIS NICOLAS ARCHITECTE 430.rue MELANÇON Tél.510 SAINT-JEROME SCOOOOaQCOOOOOOOOOCOOSOOOO Examen de la vue Lunettes 304 S.-Georges S.-Jérôme André Racinet O.O.D.SPECIALISTE POUR LA VUE Or.Jules P âgé CHIRUROIEN - DENTISTE Ex-Interne à Forsyth, Boston 310, rue SAINT-GEORGES SAINT-JEROME OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOU Armand Parent COMPTABLE-VERIFICATEUR Autorisé de la Commission Municipale de Québec CLASSE “A” Rés.: 389, boulevard Melancon Bureau : 566, avenue du Palai» SAINT-JEROME 300000000000000000000000001 Lorenzo Bélanger, C.P.A.Comptable public licencié Expert en impôts sur le revenu et taxe de vente Le soir sur appointernent Téléphone 626 ooopooooooooocoooooooocooooooQroooeoooaopoooooooooooc 630 ouest, DORCHESTER MONTREAL PETITES ANNONCES Mataon à louer, à rendre, meubles b racés, demande d'emploi, objets perdu», ete.etc.TARIF t sous 1e mot.minimum 40e, ou S Insertions pour
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