Le Courrier du Canada : journal des intérêts canadiens, 9 septembre 1886, jeudi 9 septembre 1886
gOcmc Année No 78'Edition quotidienno'’-XOème Année •Jeudi 9 Septembre 188® JOURNAL DES INTERETS CANADIENS.•T5Ï CJiiOIK l’EaPERa1, £K* J’AIMF.7 £10 MAS Oil AT A IS, Rédacteur en Chef.K-J **rrkVHCT!^JSES25u2SZaS LEGER BROUSSE AU, Editeur-Propriétaire.FRANC E Paris 2iJ août.J'ai des nouvelles toutes fraîches do Vierzon.J’espère qu’elles vous paraîtront intéressantes.Le département du Cher est pour le moment dans les mains de deux personnages: l’un est.Je préfet du Cher, l'autre est le citoyen Bcaudin, le Basly de la localité, lequel, comme son émule, aspire au mandat de député et 1 obtiendra avant longtemps._ Le préfet, M.Bernique!, est depuis longtemps connu parmi les conserva-tours.Pour vous donner une idée exacte do son caractère, je ne peux rien trouver de mieux que le jugement de la personne qui m’a rapporté l’opinion qu’on a dans le Cher du personnatre : 111 est un homme qui ferait volontiers le bien dans une CaVC.” La carrière de M.Berniquet a été assez accidentée.Bisons tout d abord qu’il appartient à une honorable famille conservatrice.M.Gimet, prélot du Calvados sous l’empire, était son oncle,et il y a des Français du Calvados qui se rappellent encore l’émotion et la solennité patriotiques avec lesquelles, pendant la guerre, le jeune Berniquet communiquait, du balcon de son oncle, à la Joule iré-missante des nouvelles de la frontière.Son oncle ayant disparu dans l’cffrodement de l’empire, le jeune Berniquet surnagea.L’ordre moral lui ouvrit la carrière de l’ad rain is-, tration, où ce fonctionnaire émérite fut assez bien casé.Sous le 16 mai, on letrouve sous-pré let quelque part je ne sais plus où.Survient la débâcle du Mac-Mabonnât, la victoire des républicains ; mon Berniquet surnage toujours, si bien qu'on le trouve il y a quelques années, préfet du j Doubs.Ce fut là à Besançon que, rencontré par un ancien camarade de cours qui lui offrait de parier qu’il serait un des premiers préfets de la monarchie,il se contenta de sourir avec indulgence.Dans le Cher M.Berniquef, qui sait que les préfets heureux n’ont pas d’histoire,évita de faire parler de lui.La première année il lit assez ostensiblement ses Pâques.La seconde année il partit pour Paris aux environs de la Semaine Sainte.Cette année on no sait pas au juste comment il s’est tiré du “ devoir pascal.’’ Espérons qu’il s’en est tiré mieux que de son “ devoir préfectoral ”.Car vous imaginez bien que cet to malencontreuse grève de Vierzon et les exploits du citoyen Baudin ont arraché le malheureux Berniquet à sa joyeuse quiétude.Il a voulu jouer au plus fin avec la grève et avec le citoyen Baudin comme avec le gouvernement ; mais cette fois il a été, suivant l’expression d'un membre du conseil général, complètement “ roulé ”.11 faut bien dire aussi que le citoyen Baudin n’est pas un adversaire ordinaire,avec sa tournure d’ouvrier, ses mains mal nettoyées et son langage parfois un peu incorrect, c’est un gaillard fort intelligent.Les lauriers de Basly l’empêchaient de dormir, et Basly maintenant n’a qu'à se bien tenir, car le citoyen Baudin est au jourd’hui un~ personnage dans le Cher.Quand il voudra.il sera député et alors c’est lui sans doute qui mènera le bataillon socialiste.C’est lui, .je crois, le plus intelligent de tous.Voyez plutôt common il a roulé son Berniquet.N, Choses universitaires Le Moniteur du Cantal ’’signale, d’après le “ Fetit Montagnard,” un scandale causé, à Maurs, à l’occasion de Ja distribution des prix aux écoles laïques, par M.Bourget, recteur de l’académie de Clermont.Ce fonctionnaire do l’état neutre aurait dit dans cette circonstance : “Il faut écraser ce grand ennemi du genre humain dont la tète est à Home, les mains partout.” La presse honnête flétri t avec indignation ce propos inepte et odieux.Le recteur se justifiera sans peine auprès do ses chefs, en leur faisant remarquer que les maximes de ce genre constituent la science des laï-ciseura de toute catégorie, de M.Paul Bert à M.Goblet.Celui-ci cet aujourd hui fortement vitupéré et adjuré par la Justice, qui I lui signale un fait de cléricalisme à la charge de l’inspecteur d’académie do Compiègne.Il paraît que ce pédagogue supérieur viont de défendre aux pédagogues subalternes de demeurer affiliés, à une société dite de la Libre-Pensée, récemment fondée à Compiègne.La Justice publie, en effet, la lettre révélatrice, accusatrice et persécutrice : Monsieur, J’ai le regret de vous informer que M.l’inspecteur d’académie m’a chargé de vous infliger un blâme très sévère pour la part active que vous avez prise aux dernières élections.M.l’inspecteur rappelle que les manifestations politiques ou antireligieuses (évidemment ledit inspecteur vise la société de la Libre-Pensée) sont formellement interdites à tout fonctionnaire de l’université.11 est regrettable que voua n’avez pas compris que le collège serait victime de votre imprudence (sic.) Je vous prie, etc.Signe : a., Principal.10 août 188(5.La Jmtice est trop piessce de s’indigner.Elle devrait se souvenir que la loi qui règle l’administration de l’université c’est la prudence.11 est certain que le personne»! de l'enseignement otliciol est, sauf trois ou quatre exceptions, tout entier animé de l’esprit anticlérical ; il est certain que les ministres, qui font manœuvrer ce personnel désirent ardemment propager l’arrogance et l’ignorance libre-penseuses qui resplendissent dansles enterrements civils ; mais ccs généreuses aspirations ne dispensent pas tout ce monde de ! «MBBflagQgBg ’compter avec les nécessités de la vie.Or l’irréligion n’est estimée que d’un nombre insignifiant de Français ; et l’instruction libre-penseuse ne plaît qu’à un nombre imperceptible de pères de famille.Comment retenir des élèves dans les lycées et dans les collèges où les professeurs manifesteraient sans mesure leur haine pour le culte ?Il faut bien do temps à autre dissimuler, il faut dissimuler le plus possible pour que la clientèle si précieuse, et dont le recrutement est si difficile, ne s’enfuie pas vers les écoles congréganistes.La dissimulation est devenue le grand art de l’université, laquelle doit combattre la religion sans en avoir l’air.La “ Justice ” manque d’équité à l’égard du ministre.11 sait bien, lui, quelle circonspection est de rigueur pour imposer à la jeunesse par la force et par la fraude les négociations libre-penseuses qui font horreur à la France.Sans s’éloigner de ce sujet, on peut citer ici une infâme sottise, imaginée par un conseiller général dans Creuse, un médecin qui s’appelle Darchy.Lors des dernières élections, il a défendu sa candidature par des affiches où so trouvaient ces choses : Electeurs ! Sachez donc enfin la vérité : En 907, les nobles de Normandie ont coupé les pieds des paysans, leur ont arraché les yeux, les ont empalés vifs et les ont arrosés de plomb fondu.En 1031, ils en ont massacré des centaines en Bretagne.En 1358, ils ont égorgé les laboureurs de file de France, du Beau-voisis, de la Brie, du Valois.Dans une seule rencontre : le roi de Navarre en tua trois mille.En 1370, le duc de Berry fit pendre ou passer au fil de l’épée les paysans qui lui refusaient un impôt extraordinaire.Quelques mois après, les nobles pendent, étranglent ou huilent vivants les paysans du Poitou, de l’Auvergne et du midi de la France.En 1430 et en 1435, ils les massacrent de nouveau.Eu 1480, la noblesse de Bretagne lait de ces malheureux un tel massacre que le champ de bataille prit le nom de “ Pré des mille ventres.En 15*24, la noblesse d’Alsace et de Lorraine en tua quarante-deux mille en quelques jours ; à Saverne on marchait dans le sang jusqu’au genou.Sous François 1er, Henri II, Henri III, Henri IV, sous Richelieu, Mazarin, Louis XIV, les paysans sont massacrés.“ Et les paysannes ?écoutez : ” Le seigneur Guy de Chàtillon dit : Comme seigneur de Mareuil, je dois avoir droit de braconnage sur les filles et fillettes de ma seigneurie.(Suivent quelques lignes obscènes qu’on ne peut songer à reproduire.) Relevez donc la tète, paysans, et dites avec votre bulletin de vote que la monarchie est.le gouvernement 'xæzxæxœTz&sysæjaææ -T22cæsæ'&cv des rois et des nobles et.que la république c’est, le vôtre ! Dr Darchy, Officier d’académie.Après tout, c'est l’histoire à la manière libre-penseuse.M.Paul Bort n’en dit guère moins dans ton manuel.C’est la science incrédule, c’est l’esprit de Voltaire étendu aux derniers degrés du suffrage universel.Et le sieur Darchy n’a-t-il pas été fait ofiieier d’accadémie ?Il colle sur ses professions de foi anticléricales ce titre universitaire, qui s’y trouve aussi bien placé que sur sa poitrine.Eugène Tavernier.Une lettre de M- lo comte de Paris.La lettre suivante a été adressée par M.le comte de Paris à un correspondant d’un journal américain, Mf Henri Hubert : Tunbridge-’Wells, 8 août 138(5.Je m’empresse de vous remercier de votre lettre avant mon départ pour l’Ecosse, et je réponds aux questions que vous mavez adressées relativement au duc d'Aumale.Le grade ou la commission d’un officier français, lorsqu’il a été obtenu conformément à la loi, est sa propriété absolue, dont on no peut le dépouiller que*par une sentence d’un Conseil de guerre et pour des motif déterminés.L’on ne doit pas confondre le grade avec la fonction.Le ministre do la guerre peut refuser un emploi ou un commandement à un ofiieier ; il peut le mettre soit en disponibilité, soit en retrait d’emploi pour une cause telle qu’une infirmité temporaire ; il peut le mettre en réforme pour incapacité permanente ou pour avoir failli contre l'honneur, si tello est l’appréciation du conseil d’en-quèto convoqué à ce sujet.Mais aucun ministre no peut priver un officier de son grade.Le duc d’Aumalo a gagné ses erra-des très rapidement, mais non plus rapidement que d’autres officiers en temps de guerre, et tout particulièrement le général Boulanger, qui, capitaine en juillet 1870, était nommé colonel onze mois plus tard, en juin 1871.En tout cas, les nominations du duc d’Aumale furent faites régulièrement et conformément au lois d’alors qui permettaient aux princes français, en récompense de leur bravoure au feu, d’etre promus en dehors* des délais ordinaires.Chaque grade du duc d’Aumale fut ainsi gagné.En conséquence, après la chute de l’empire, il fut aussitôt replacé dans l’état-major de l’armée d’où il avait été injustement exclu en 1848.Le duc de Chartres, ayant reçu de M.Gambetta, durant la guerre, une commission provisoire de commandant, sous le nom supposé de Robert le Fort, fut confirmé dans son grade par la commission des grades, nommée par l’Assemblée nationale avec pleins pouvoirs pour juger, sans appel, toutes les questions rela- tives aux grades donnés durant la guerre.Lo duc d’A lençon fut fait capitaine par une loi spéciale de la meme assemblée.En 18S3, le général Thibaudin, alors ministre de la guerre, priva les trois princes de leurs fonctions actives, et, par suite d’une mesure politique inspirée par le dépit des radicaux à la suite du premier rejet de la loi d’exil, leur infligea le retrait d’emploi qui est généralement considéré comme la dernière punition que le ministre de la guerre lient infliger de son propre chef.! Mais quand il agit ainsi, le général Thibaudin affirma à la Chambre que cette mesure politique était “ légale, ” précisément parce qu’elle ne privait pas les princes de la propriété de leurs grades.La loi do proscription du 28 juin! 1880 décide qu’aucun membre des familles ayant régné en France n’aura le droit d’entrer dans les armées françaises do terre ou de mer.Le général Boulanger a méconnu le texte formel de cette loi, en chassant de l’année des princes qui étaient entrés déjà dans l’armée et possédaient des grades obtenus conformément aux lois ; il a néanmoins rayé des contrôles de l’armée les ducs de Nemours, d’Aumale, de Chartres et d’Alençon.11 agit de la même manière à l’égard des deux princes Murat, alliés A la famille Bonaparte seulement par la ligne maternelle et qui avaient suivi leur carrière comme tous les autres officiers.C’est à la suite delà notification de cette illégale expulsion de l’armée, expulsion absolument i n justifiée, que le duc d’Aumale écrivit sa noble lettre à M.Grévy, qui crut devoir se venger personnellement en exilant l’auteur de la lettre.Telle est l’histoire de ces faits.Croyez-moi, etc.Philippe.comte de Paris.Il existe en France 85,000 sœurs ou religieuses.Elles n’ont fourni aucune accusée aux assises criminelles de 1876 à 1879.Les sages-lemmes sont au nombre de 12,000.Pendant ces trois années, la justice criminelle en a condamné respectivement 37, 4S et 49.Le clergé régulier ou séculier comprenant 66,000 personnes n’a eu que deux accusés parmi ses membres.Les médecins et chirurgiens, \ qui sont au nombre de 25,000, en ont eu 1S ; les avocats et officiers! ministériels 66, sur 29,000 et les banquiers et agents d’affaires 75 sur 12.436.Une lettre (Extrait du Monde) Ün lira avec intérêt sans doute, le fragment suivant d’une lettre que M.Moïse Therrien, brave citoyen de Sainte-Anne des Plaines, dans le comté de Terrebonne, a reçue de son fils Adéodat, novice de la Congrégation des Oblats, et qui sera admis a la prêtrise dans quelques mois.Cette lettre, très bien écrite, est assez éloquente par elle-même pour se passer do commentaires; Calgary, N.O., 13 février 1886.On se passionne beaucoup dans les cercles politiques au sujet de Rich On en lait un martyr,un héros, j’allais dire un zéro.Au fond do tout cela, il n’y a que la politique.Riel n’est ni un héros, ni un martyr, on le considère ici comme un vulgaire ambitieux, rêvant les honneurs, prêt à livrer son pays au carnage et marcher dans le sang de ses compatriotes pour satisfaire son désir effréné de faire parler de lui et de monter à la gloire.Même iei sur le théâtre où se sont déroulés les derniers événements, on rit des démonstrations exagérées organisées par les Canadiens-français de la Province de Québec.Et pendant que le peuple s’agitait comme un forcené pour apporter un témoignage de sympathie aux victimes de la récente révolution, (si on peut appeler révolution cette passe d’armes entre les métis et nos soldats) ici tout était tranquille.Pendant que VEtendard et sa clique criaient à la trahison à l’ignominie et s’évertuaient en tout sens, pour prouver que nos ministres canadiens avaient trahi leur patrie et qu’il les stigmatisait de l’épithète de lâches et de vendus, pour avoir laissé pendre Riel, ici on sc réjouissait en quelque sorte de la disparition de cet homme dont l’intérêt personnel était pour ainsi dire le seul mobile—Riel est monté sur l’échafaud et il l’avait bien mérité—C’était un homme dangereux au plus haut point ; l'ambition qui le rongeait pouvait le pousser aux plus grands excès.Preuve c’est que pour parvenir à son but il ne craignit pas de renier sa foi, de villipender les prêtres et d’employer tous les moyens pour détruire leur influence.Bien loin d’être un héros et un martyr il fut renégat.On invoque le motif de sa folie pour l’exonérer de tout blâme.Ici on est sous l’impression que Riel jouait la folie.11 avait quelque chose sans doute qui n’était pas ordinaire, mais ce quelque chose, c’était l’exaltation montée au plus limit degré, exaltation enflammé j à chaque moment par le désir de la gloire.11 rêvait la domination, ou plutôt il rêvait de voir le gouvernement à plat ventre devant lui, lui faire les plus amples concessions, ou bien lui accorder une position qui lui aurait valu le titre d’honorable ou autre.Voilà ce qu'on pense ici.Ici en est convaicu que Riel a mérité son sort et que nos ministres ont bien fait.Te m’aperçois que je rentre dans le domaine potitique, mais je m’arrête.Je voulais vous donner en résumé comment, ici, où le gens sont plus au courant des affaires, on apprécie les derniers événements.Ga vous donnera une idée de la fourberie de certains journoux qui font du capital politique avec les mots de patriotisme et de vertus civiques.Votre fils adéodat.«JCG Feuilleton du COURRIER Ml CANADA U Septembre 1 ab
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.