Le Courrier du Canada : journal des intérêts canadiens, 30 juin 1891, mardi 30 juin 1891
35ème année No 21-Edition quotidienne.-14ième année Mardi, 30 Juin 1891 îm (Eaïuiùa t JOUENAL DES INTEEETS CANADIENS.JE CROIS.J* ET J’AIME.THOMAS CUIATA J S, Directeur- Propriétaire LEGER BRO USSEA U, Editeur c.‘ administrateur, Pki'iilbton du COURRIER DU CANADA 30 Juin 1891.—No 90 DKS CARRIERES OE JAUMON (SUITE) Wilfrid ferma les yeux pour ne pus voir l'Arabe et pour se reeueillir.L’espoir n’était pas eucore sorti de sou fuuc ; il espérait attendrir l’aine du catholique.En quittant le cachot, Guillaume s’était dirigé A tâtons, mais sans hésiter, vers une autre partie du souterrain, plus élevée et par conséquent plus sèche, et dont il avait fait fait son arsenal secret et son magasin.Au moment où il y entra, un bruit, comme des battements précipités sur la paille, se lit entendre.—Tout beau ! dit A demi-voix le braconnier, tout beau, Sultan ! ici, il n’est pas permis d’aboyer.Et, ae baissant, il caressa doucement le fidèle nuimal, qui lui léchait les mains.Ensuite il alluma une bougie, dont il avait par avance, fait provision pour ses parties de braconnage, s’assura que le pain et les provisions qu’il avait apportés étaient intacts, regarda si les armes n’avaient point eu A souffrir de l’humidité et, déliant la gerbe de paille qu’il avait apportée le jour meme, prépara un lit pour les chers fugitifs qui devaient à cette heure, l’attendre dans l’auberge des carrières.—Si les ennemis s’éloignent, nous pourrons repartir demain matin ; si au contraire ils continuent â occuper le pays, iiou.^ pourrons attendre une nuit favorable pour leur échapper.D’ici à deux ou trois jours les vivres ne nous manqueront pas.Il acheva de tout ranger, caressa encore son chien, qu’il avait pris la précaution d’attacher, et retourna vers le cachot.Le silence le plus profond y régnait.Wilfrid, toujours immobile, continuait A tenir les yeux fermés ; Iousouf, roulé dans son manteau, et couché en travers de la porte, son sabre-baïonnette A la main, ne le perdait pas du regard.A la vue de sou sompaguon, il s’accroupit A terre, A la façon des Arabes.Guillaume prit place auprès de lui.Le tribunal était composé ; il entra aussitôt eu séance, —Wilfrid, es-tu prêt ?demanda le hra.connicr.Le prisonnier ouvrit les yeux et répondit : —Je suis prêt.—Wilfrid, continua Guillaume, imitant oc qu’il avait vu et entendu au Conseil de guerre, tu es accusé d’avoir, comme espion, abusé de la conliaucc de M.Schultz, d’avoir causé, par la trahison, la mort de M.Frédéric, d’avoir conspiré pour livrer notre pays à l’ennemi, d’avoir mis toi-même le feu A la maison dont le maître t’avait accueilli comme un fils, d’avoir tenté d’assassiner Mlle Marguerite, d’avoir, pour commettre tous ces crimes, employé le mensonge., l’hypocrisie, l’argent et la violence.Est-cc vrai ?L’obcr-licutenant avait eu le temps de réfléchir et de recouvrer sou sang-froid.Ce fut de sa voix la plus douce et la plus persuasive qu’il répondit : —Parmi les faits qui me sont reprochés, il y en a de vrais, je les avoue, mais il y on a de faux que je repousse avec indignation.Oui, je me suis condamné au rôle d’espion ; mais plus co rôle était humiliant pour un homme d’honneur, plus il était pénible A remplir, plus je suis excusable de l’avoir fait.” Si la Prusse et la Franco eussent été des champions d’égale force, nous n’aurions pas eu besoin de recourir A do pareils moyens ; mais nous savions tous que la France nous le cœur de mes parents et de ma fiancée, alors j’ai cherché une excuse, j’ai voulu leu-persuader que ma désertion n’était qu’un prér texte pour continuer à servir mon pays ; j’ai imaginé un conte absurde pour faire croire A la vérité do mon premier récit, et remarquez que ce conte était tellement contraire A mes sentiments que j’en ai honte, et qu’au lieu de l’envoyer, j’ai froissé ce papier avec collère ; vous-même qui l’avez ramassé, vous avez pu vous en assurer ; en sorte qu’au lieu de me disculper aux yeux de ma famille, j’ai préféré m’exposer A toute son indiguation.—Et l’attaque du village, et l’incendie de la maison, lit le braconnier, comment expliques-tu cela ?—Comment je l'explique ?s’écria Wilfrid, qui sentait son interrogateur ébranlé.Oh ! IA j’ai eu tort, j’ai commis un crime et, pour le réparer, je suis prêt A subir la mort ; mais, mettez-vous A ma place et dites-moi si un autre n’eut pas perdu la tête comme moi, dans les circonstances terribles dans lesquelles je me trouvais.Je venais de uéserter.par remords, j’étais revenu expier ma faute première; vous savez avec quelle indulgence je fus accueilli?je me]disais : si j’ai trahi mon pays,au moins je jouirai de l'estime de mon bienfaiteur.Mais non, le ciel s’acharnait contre moi • dans cette malheureuse promenade, qui a excité, quoique bien innocente, tant de soupçons, je perds ce malheureux papier, écrit dans un moment de folie.Vous le trouvez, vous le rapportez A Mlle Marguerite ; toujours soupçonneuse, elle le lit, y voit lu confession du crime que je n’avais pas commis et, au moment où je m’y attendais le moins, m’accuse, preuve en mains et publiquement, d’être un assassin.“ L’écriture était de moi, l’accusation semblait appuyée sur des preuves irréfutables, je perdis la tête, je voulus fuir, mais, où aller?Eu France, on m’aurait poursuivi comme un assassin, ; je fuyais au hasard, pour rejoindre les Prussiens et regagner l’Allemagne, dans un bois je tombe au milieu d’une bande de féroces uhlans.Ils m’ordonnent de les suivre ; ai j’avais refusé, ils m’auraient arrêté comme déserteur et fait fusiller.” Je me joins A eux et je me dis : J’ai un grand acte de justice à faire, sauvons au moins la famille de mon bienfaiteur,eu le préve* liant, ils verront que je suis pas un traître.J’arrive devant la maison, des coups de leu sont tirés sur nous ; si j’avais reculé, j’étais mort, car mes complices voyaient bien que je n’étais pas pour eux.Alors,.je mets le feu à un volet, en me disant : Cela suffira pour les tromper et le feu sera bientôt éteint; puis je fuis, entraînant toute la bande avec moi.“ Voici la vérité, toute la vérité ; si Mlle Marguerite était ici, j’en appellerais A son témoignage ; en son absence, je fais appel A Dieu, qui méjugera.“ A présent, vous pouvez me tuer, si vous le voulez, un jour viendra, j’en ai la confiance, où vous reconnaîtrez que j’étais innocent.L’Arabe avait écouté sans trop comprendre, mais avec une impassibilité complète ; quand l’espion eut fini de parler, il regarda son compagnon.—Qu’en penses-tu ?lui demanda Guillaume.—Moi, tuir ce chien comme ceci, répondit le turco, en faisant avec son coutelas le geste d’un homme qui scie une planche.—Il dit qu’il est innocent.—Oui, dit l’Arabe.—Le crois-tu ?—Non.—Pourquoi ?—Li, toujour mentir.—As-tu bien compris ce qu’il disait?—Non.—Alors, pourquoi crois-tu qu’il est coupable?—Li toujours mentir.Cette réponse ne satisfaisait pas Guillaume ; condamner A mort un prisonnier garott.é n’est pas la même chose que d’envoyer une balle A un ennemi dans un combat, et, mal.était supérieure de tous points ; en science, en richesse, en courage ; 110113 savions qu’elle I gré lui, sa conscience se révoltait, possédait une armée invincible A.nombre égal, —Ecoute, dit-ib A \\ iltrid, je suis sûr que un peuple prêt A sc lever comme un seul tu nous mens ; mais je 11e suis pas avocat, et homme ; nous, Allemands, nous sentions que je n’ai jamais été juge, n importe, si, comme l'Allemagne était perdue, qu’elle succombe- je le crois, tu es un scélérat, ton affaire est rait dans la lutte et nous nous sommes dit : réglée.M.Schiiltz et Mlle Marguerite sont Sacrifions notre honneur, mais sauvons notre près d’ici, je xais interroger la demoiselle ; si patrie 1 Voilà pourquoi je me suis fait es- tu as menti, et je te le répète, j’cil suis sûr, pion.tu mourras ici, attacdié A ce mur, sans quo ” Quant A la mort do M.Frédéric, de cet rien puisse te sauver, officier loyal, que j’aimais comme un frère, —Mlle Marguerite ici ! s’écria l’espion, certes, je 11e suis pour rien, .et la preuve, I qui sc sentit tout-A-coup renaître 1 espérance; c’est que oette mort m’a tellement affligé que, faites-moi comparaître devant clic, que j’aie dès que je l’ai eu appris, j’ai déserté l’ar- la consolation, au moins avant de mourir, de niée allemande pour revenir pleurer sur.me laver en présence de mes bienfaiteurs —Et ta lettre, misérable l la lettre que tu d’une partie do mes crimes, us perdue dans le bois ?— Attends-moi ici, dit le braconnier, en se —La lettre est la cause do tous mes mal* levant, je vais prévenir M.Schültz et la débours.Oh 1 si elle était l’expression de la nioisellc» vérité, je n’aurais qu’A courber la tête comme —Pourquoi faire ?demauda le turco.un criminel ; mais ma désertion allait briser | (A suivre.) L’EGLISE DU VŒU NATIONAL LA UÉKÊDICTIOX “ Cœur de Jésus sauvez la France ! ” Plus que jamais, c’est lo cri qui jaillit des lèvres et vibre dans les aines au,sortir de F émouvante cérémonie dont la colline de Montmartre vient d’être le théâtre.Mais avant d’en tracer le récit, 11e semble-t-il pas opportun de rappeler brièvement l’histoire de la basilique ?On sait que la première idée en vient à l’époque de 110s malheurs, vers la fiu de 1870.Presque même temps un I’.jésuite, le P.de Boy-lesve, prêchant à la Visitation du Mans M.J hindou, prési lent général des conférences de Saint-Vincent de Paul, et M.Beluzc, A Paris, MM.Legentil et Reliant de Fleury, A Poitiers, conçurent ou se communiquèrent ce projet né de la dévotion au Sacré-Cœur préparée par les révélations divines faites A la bienheureuso Marguerite-Marie Alacocque, religieuse visitandine au couvent de Paray-le-Mo-niai en 1080.Ainsi, comme on rajustement remarqué (1), pur un merveilleux concours de circonstances, le Sacré-Cœur a voulu associer la Visitation, la Compagnie de Jésus et les conférences de Saint-Vincent de Paul dans le «dori- o eux enfantement de ce projet de consécration nationale aussitôt béni par un tics plus illustres membres de l’épiscopat, le cardinal Pie, et auquel la Fille aînée de l’Eglise rattache A bon droit ses meilleures espérances.Mais s’il fut glorieux, cet enfantement fut douloureux aussi.L’idée, facilement acceptée par toutes les congrégations îeligieuses qui la propageaient A l’envi avec un élan admirable ne recevait pas le même accueil partout.Cependant les difficultés commencèrent a s’aplanir du jour où Pie IX, le 20 avril 1871, eut consacré, en la bénissant la formule définitive du Vœu* dont il avait daigné lui-même revoir la rédaction.Cette formule disait.En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui l’attendent encore; En présence des attentats sacrilèges commis à Borne contre les droits de l’Elise et du Saint-Siège, et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ.Nous nous humilions devant Dieu et réunissant dans notre amour l'Eglise et notre patrie 110h s reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés» Et, pour faire amende honorable do nos péchés et obtenir de l’infinie înisévi-ricorde du Sacré-Cœur de Xotre-Seigneur Jésus-Christ le pardon de nos fautes, ainsi (pie les secours extraordinaires qui seuls peuvent délivrer le Souverain Pontife de sa captivité et faire cesser les malheurs de la France, nous promettons de contribuer, selon nos moyens A l’érection A Paris d’un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus.Un premier effet de ce vœu 11e su lit pas attendre, car il apparut tel alors k la pensée des hommes de foi.Quelques semaines plus tard, le 21 mai, Paris, livré A une horde féroce et impie, était inopinément délivré par la vaillante initiative d’un chrétien M.Ducatel, qui eu ouvrait les portes a l’armée de Versailles.Or, l’assaut 11e pouvait être donné que quatre jours plus tard, quatre jours pendant lesquels les bandits de la Commune auraient pu achever leur œuvre de sang et de dévastation.• q Dès lors l’élan pour la propagation du vœu 11e connut plu?d’obstacles et l’entreprise ne tarda plus à prendre vraiment son caractère d’œuvre nationale.Patronnée, après quelque hésitation, par le nouvel archevêque de Taris, feu le cardinal Guibert, elle obtint bientôt l'adhésion, de l’épiscopat tout entier.La piété des fidèles y lit de toutos parts un puissant écho; l’œuvre était fondée.Restait maintenant A en hater l’exécution.Dans co but, un comité laïque fut fondé sous le regard et avec l’approbation du cardinal, et tout ^aussitôt commença ce courant de généreuses offrandes çl) La France et le Sacré-Cœur le P.Alet do la Compagnie de Jésus.Uu bel inquarto illustré, Paris.C.Dumoulin,éditeur.qui devait grossir chaque jour et 11e plus s’arrêter.A quelques mois de la, le 14 avril 1872, le P.Monsabré, qu’on retrouvera tout A l’heure pour chanter la bénédiction de la basilique en donnait, par avance, la signification en commentant du haut de la chaire de Notre-Dame, l’inscription proposée pour le sutur monument du Vœu : Christo ej usque Sacratisshno Cordi Gallia paeuitens et dévolu.Puis ce fut, le 31 juillet 1872.un bref du Pape bénissant de nouveau cl approuvant l’entreprise.Mais, le choix de remplacement une fois désigné, le plus difficile restait A faire.Il fallait obtenir du gouvernenent non, comme onia dit, une simple auterrisation de bâtir, mais un acte positif et officiel qui donnât A l’œuvre un caractèie vraiment public.Déjà un député, M.Jean Brunet, avait, de son initiative privée, demandé qu'on élevât au nom de la France,sur les hauteurs du Trocadéro,un temple A la gloire du Crist universel et» bien que la formule laissait A désirer, l’idée n’avait pas été sans faire grande impression A la Chambre.Elle était donc favorablement préparée quand Mgr Guibert, le 5 mars 1878 écrivit au ministre des cultes pour lui demander : “ lo d'approuver la proposition faite par l’archevêque de Paris d’ériger sur la colline de Montmartre, ou A un point déterminé après enquête un temple destiné A appeler sur la France la protection divine : 2o d’autoriser l’archevêque a acquérir, tant en son nom qu’au 110m de ses successeurs les terrains nécessaires, A l'amiable, et s’il y avait lieu, par voie d’expropriation pour cause d’utilité publique.” Ce n’est pas le moment de raconter par le détail ce qui s’ensuivit ; comment la Chambre fut saisie par le ministre qui donnait un avis favorable ; comment fut nommée la commission d’examen du projet ; et comment, le 24, juillet, après une discussion qui fit éclater d'une part des fureurs infernales, de l’autre des élans de foi admirables, et, il faut le dire aussi, des timidités regrettables, le projet fut finalement adopté, par 382 voix contre 128, en des termes qui, sans nommer le Sacré-Cœur et sans parler du Vœu national, déclaraient d’utilité publique “ la construction d’une église sur la colline de Montmartre, conformément A la demande qui en a été faite par l'archevêque de Paris ” Onde-vive pourquoi Montmartre avait fixé le choix des initiateurs du Vœu national.N’est-ce pas la que fut martyrisé saint Denys et que saint Ignace jeta les fondements de la Compagnie de Jésus ?Aussitôt le terrain fut acheté (11,702 mètres pour la somme de 722,000 francs) et, a la suite d’un concours remarquable, M.Abadie ayant fait adopter le plan de l’église a construire (une basilique de 90 mètres de long, sur laquelle s’ouvre un porche de 10 mètres, et de 50 mètres de large, surmontée de cimj coupoles disposées en forme de croix grecque et d’une tour plus élevée que le grand dôme), le cardinal Guibert qui, comme le vieillard Siméon, avait tant désiré ce jour, fixa la pose de la première pierre au 16 juin 1875.Cette date, providentiellement, coïncidait avec le jour de la consécration universelle du monde chrétien au Sacré-Cœur, recommandée par Pie IX, et aussi avec le deuxième anniversaire de la plus importante des révélations faites par le Sacré-Cœur A la bienheureuse Marguerite-Marie.Bien que, pour ménager les transes d'un gouvernement qui devait bientôt donner sa mesure, le cardinal 11’eftt pu selon selon son premier désir, invité, inviter tous les évêques de France, on sait quel fut l’éclat de cette cérémonie, a laquelle prirent part, avec S.Exc.le nonce apostolique, nue dizaine d’évêques (S.Em.lo cardinal Lavigerie et Mgr Froppel sont aujourd'hui les seuls survivants), une foule de religieux et do prêtres, plusieurs princes de la maisoli do France, cent cinquante députés et d'innombrables fidèles, venus de partout comme une délégation choisie de la France chrétienne tout entière.Seul, le gouvernement ee parut pas, et l’on sait que cela 11e devait pas lui porter bonheur.Depuis lors, que 11’avons nous pas vu ?On a remarqué que ht formule du Vœu débute par ces mots : “ En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui Vattendent encore ”.Ces malheurs sont venus ; les laïcisateurs, après l’étranger se sont abattus sur la France et, quand nous commencions â nous relever de la ruine matérielle amenée par l’invasion, ils se sont acharnés A ruiner moralement notre malheureux pays.C’est donc plus que jamais l’heure de la prière, et de l’intercession, ce sentiment est au fond de bien des cœurs comme en témoigne cette basilique, aujourd’hui enfin dressée sur le sol dans toute sa magnificence extérieure, et dans les plis de son superbe vêtement de pierre enfermant les dons, les supplications, les larmes de plus de six millions de souscripteurs.Ah ! oui, ces pierres parlent, et quels cris elles jettent au Ciel pour notre délivrance ! Leur faisant un écho vivant, les pèlerins dès l’aube sont accourus et leurs flots roulant sur les pentes de la sainte montagne, l’ont envahie par degrés jusqu’au faite.Le soleil d’ailleurs s’est levé brillant et l’air en serait trop échauffé si une douce brise 11e venait donner quelque fraîcheur.Sur le sommet de la butte, aux alentours de l’église enfin débarrassée île ses échafaudages, les pèlerins se tassent par milliers et les voitures se croisent par centaines.Nul moyen d’entrer dans la chapelle provisoire où, depuis minuit, des messes se disent sans interruption pour une foule a chaque instant renouvelée.En attendant que vienne l’heure de la cérémonie, ceux a qui l’on en permet l’accès vont contempler la basilique.1 fans l’austère nudité de ses murailles, de ses piliers et de ses voûtes où n’apparaît aucun ornement, elle offre un aspect des plus grandioses et saisissants.L’harmonie de son architecture est toile que, comme A Saint-Pierre, la première impression est, quant A l’amplitude, presque une déception.Mais tout A l’heure, quand la foule l’aura remplie, cette impression changera.Ce n'est pas un petit vaisseau celui qui, avec ses nefs et ses tribunes, peut contenir dix mille personnes, Successivement nous revoyons clans un pieux parcours les quinze chapelles de l’église supérieure et surtout la chapelle de Saint-Benoît-Labre particulièrement chère au public de Y Univers, qui peut se promettre d’y voir bientôt un monument a la mémoire de Louis Yeuillut.Les autres chapelles sont celles de Saint-Michel et de ILIrnute,—de Saint-Louis de la Magistrature.—de Y Industrie et du Commerce, — de la Bienheureuse Magueritt-Marie, — de Sa in t-Jca n -Bapt iste et du Canada,— de Sa i n l-Joseph, — de la Sa i n te-1 7ct-gedu Cierge (avec le» piliers dits du Fuseau, de la Poésie et de la Musique), —des saints Lue, Cosmc et Damien ; —de Sainte-Prsule, — de Saint-Vincent de Paul, — de l'Agriculture, — de Sainte Badegonde et des Reines et France,— de la Marine.Parallèlement dans la crypte, on voit successivement les chapelles : des A mes du Purgatoire, —de Sainte-Geneviève — do Saint-Denys martyr, —de Saint Dominique, — de Saint-Jean, — de Saint-Benoit et Saint-Bernard} — de Saint-Bru no.— de Jésus enseignant et de Jésus enfant, — de la Sainte-Famille, — de Saint-Pierre, — de Sainte Thérèse, — de Saint-Latuin et Saintc-Opportune, — de Sainte-Anne, — de Saint François J Assise.— Sainte-Claire et Saint-A ntoinc de Padoue, — de Saint-Martin, de Saint-Rémy.Toutes ces chapelles attendent leur décoration, qui 11e saurait larder désormais, du moment qu’est terminé le gros œuvre de construction.Les seules or-nemontations qu’on remarque, sont sur l’au-tal de la chapelle de Saint-Pierre, le beau tabernacle a baldaquins donné par Léon XIII A la basilique, et dans la chapelle de Sainte-Geneviève une statue de* la patronne de Paris.Sur les murs ou sur les piliers des chapelles 011 remarque de ci de la, des lettres ou des noms imprimés en rouge.Ces lettres ou inscriptions sont pour désigner les donateurs qui, par des souscriptions qui vont de 300 A 500 francs pour les pierres, de 1,000 A 5,000 francs pour les colonnes de 5,000 jusqu’à 100,000 francs pour les piliers, ont acquis ce privilège.On sait ([tic le total des sous criptions, à ce jour, dépasse vingt-cinq millions.Avant huit heures, l’église s’est * remplie et au delà.Au premier rang de l’assistance, nous remarquons : Madame la comtesse de Paris et M.le duc d’Alençon, une dame d’honneur de Madame la comtesse de Paris, le colonel de Parse val et le commandant de Maigret, SI.le comte Mercier, premier-ministre de la province de Québec,et le ministre duTré.sor, SI.Sliehyn; puis, par miles person nagespolitiques ou les hommes d'œuvre SfSl.Chesnelong, de Kerdrel, Wallon» sénateurs ; MSI.de Casenove de Pra-dines, le héros de Patav où fut ensanglanté le drapeau du Sacré-Cœur ; le comte A.de SIun, de Lamarzelle, LeG on idée de Tressa 11, Toellier de Ponclie ville, député ; Keller, qui fut a l'Assemblée nationale le rapporteua de la loi déclarant d’utilité publique l’érection de la basilique; Pagès président général des conférences de Saint-Vincent de Paul ; comte de Xicolaï,d’IIerbelot,‘Louchât de Sfarolles, marquis Ségur, Roliaut de Fleury, Lauras, comte des Cars, baron de Livois, comte de \\ aziers, de Coulon-ges, ect., ect., Il est huit heures et quart, et voici l'entrée de NX.SS.les évêques.Précédés de la croix, devant laquelle se tient le P.Voiron, supérieur des zélés missionnaires oblats qui desservent la basilique, du séminaire de Saint-Sulpice, de MM, les curés de Paris, (nous avons remarqué MM.les curés de Sainte-Clotilde, de Saint-Rocli, de Saint-Sulpice, de Saint-Thomas d’Aquin, des chanoines de l’insigne métropole, nous voyons s'avancer piocessionnellement NX.SS.Potion, évêque de Jéricho ; Brineat, évêque d’Adrumète, auxiliaire de S.Em.le cardinal Lavigerie ; Mgr Cazet, évêque de Madagascar ; Mgr Lamarche, évêque de Quimper ; Mgr Bonnet, évêque de Viviers ; Mgr Couillé, évêque d’Orléans ; Mgr Balaïn, évêque de Nice ; MgrSoulé, ancien évêque de la Réunion ; Mgr Bêcel, évêque de Vannes, et S.Em.le cardinal Richard, ayant A ses côtés M.l’abbé Odelin, promoteur, et NT.l’abbé Thomas, secrétaire de Son Eminence.Presque ausitôt la bénédiction commence, et pendant près d’une heure on voit se dérouler la cérémonie selon les rites liturgiques, la bénédiction se faisant d’abord A l’extérieur de l’église pour se répéter A l’intérieur avec aspersion d’eau bénite, chants de psaumes et des litanies des saints et invocations.II est neuf heures quand S.Km.le cardinal Richard commence la célébration de la sainte messe.Après l’évangile, du trône dressé pour lui du côté [de l’évangile, Mgr l’archevêque prend la parole.S'adressant;! son peuple avec l’onction qui caractérise sa parole, il fait ressortir en l’appliquant A la doctrine contenue dans l’évangile du jour où il est dit que l’épée de Longin lit sortir du côté de Xotre-Seigneur de l’eau et du sang, figuration du baptême eide l’eucharistie;les deux sacrements de vie par excellence Puis, Son Eminence commente a l’honneur de la bienheureuse Marguerite doux paroles d’une lettre apostolique du Souverain Pontife qui sera lue tout A l’heure A la fin de la messe, et où la bienheureuse est appelée Sucrâtissimi Cordis Jesu al uni na et gloriœ ejus administra.Lu messe s’achève et les cérémonies se déroulent avec une grande majesté dans le vaste chœur.Tout est simple, mais tout est grand et tout émeut parce qu’on sent, au religieux silence qui règne par toute la basilique, combien profonde est la foi de tous les assistants.Comment en douter, d’ailleurs, quand, à : Le Courrier du Canada, Mardi, 30 Juin 1891 cette heure tardive, on les voit se presser au banc de communion, où, pendant trois quarts d’heure, le cardinal distribuera sans interruption l'Hostie sainte, aidé dans ce pieux office par M.le vicaire général Caron et par Mgr le chanoine de l’Escaillo ?Après le dernier évangile, M.le vicaire général monte en chaire et donne lecture d’une lettre écrite par le Saint-Père a Son Eminence au sujet de la bénédiction de ce jour.En quels termes paternels le Pape y parle de la France, c’est ce que nous n’avons pas à dire, puisque nous sommes assez heureux pour publier ailleurs le texte d«a ce mémorable document.En vertu des pouvoirs qu’il confère au cardinal, Son Eminence donne la bénédiction papale conférant une indulgence plénière/aux conditions ordinaires, à tous les assistants et après le chant du Credo professé à l'unisson par la foule, la cérémonie se termine par la bénédiction du Saint-Sacrement.o Au sortir, c’était une émotion, une confiance et une allégresse générales.N’était-ce pas le corn ni enta ire, par ces innombrables pèlerins des paroles d’Isaïe que rapport l’épitre de !a fête du Sacré-Cœur : Domine conversas est furor tuus am sol ai us est me: “ Seigneur votre couroux s’est apaisé et vous m’avez consolé.” Augustk Roussel.ANNONCES NOUVELLES Canada life Assurance Co—V riak Pennée.Commission du havre de Québec.—JWools.G.H.burroughs, comptable et liquidateur.La Quebec Wonted Company.— Robert BroJi-.Pipes, cigarts et lalmcs —J.Eme^l Lepage.Compagn e du Richelieu et Ontario.Tapis î Prélarts—G'over, Fry cr* Cie.Pianos î Pianos ! —Bernard, Fils ôr* Cie.Instruments de musique, —L.N.Yratte.I>e Magasin du Louvre.—Côté v>- F a gu y.Etofte» à rol>es.— Befren brus.CANADA QUEBEC, 30 JUIN 1891 L’EMPRUNT Nous lisons dans Y Electeur de ce matin : Nous apprenons que l'honorable M.Mercier et l’honorable M.Shehyn viennent de conclure des arrangements extrêmement satisfaisants avec uu syndicat français et belge pour la négociation de l’emprunt de dix millions autorisé par la législature de même que pour la conversion de notre dette provinciale.Ce syndicat, composé de représentants des institutions financières les mieux posés de l’Europe, se charger de choisir U moment le plus avantageuxp
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