Le Courrier du Canada : journal des intérêts canadiens, 2 septembre 1891, mercredi 2 septembre 1891
85ème année No 75-Bdition quotidienne.-14ième année Mercredi, 2 Septembre 1891 JOURNAL DES INTERETS CANADIENS., .*v JE CROIS.J’ESPERE ET J’AIME THOMAS OU AP AÏS, Directeur- Propriitavre LEGER BRO U SSE A U, Editeur et administrateur, (MCIM.KTON i»u COURRIER DU CANADA 0 2 Septembre 1891.—No 45 LE S DRAMES FOYER (Suite) Il se prenait parfois à la regarder passer, frôle et blonde, glissant sur les tapis épais soulevant ou abaissant un rideau, tendant aux lèvres brûlantes de Nanteuil une boisson glacée, glissant un coussin sous ses pieds, mettant sous sa main une fleur, un fruit, sc faisant sa gardienne et.son ange, avec des prévenances et des soins qui l'attendrissaient soudainement.Un jour môme en la regardant il murmura : —Aveugle ! j’ai été aveugle ! Et de ce moment il devint plus timide.Jusqu’alors il l’avait traitée en amie, près* qu’en camarade, maintenant il ne le pouvait plus.Il interrogeait sou regard, il lui demandait de lui raconter son enfance, tou*-ce qui sc rattachait à elle l’intéressait et le charmait.Angèle ne s’inquiétait point,ne soupçonnait rien.Elle ne voyaitque Nanteuil, considérait Etienne comme un frère chargé de l’aider dans sa tache 11 lui parla un jour de son avenir ,et Angèle prononça le mot de (C couvent”.Comptait-elle donc y ensevelir sa jeunesse, quand son devoir serait rempli près de Nanteuil ?Durant huit jours, cette crainte attrista Etienne ; le neuvième, il se dit que la pauvre enfant ne voyait peut-ôtre pas le moyen d’arranger autrement sa vie.* La fortune de son oncle, cette fortune sur laquelle devait ôtre prélevée une dot de cinq cent mille francs, était engloutie sans retour.Mme Nanteuil séparée de son mari serait-elle disposée t\ garder Angèle avec elle ?Quant à Cécile, il n’y Aillait point songer : Kasio accaparerait toutes ses peines, et d’ailleurs jamais Angèle ne consentirait a vivre près de Ylinski.Dieu seul lui serait donc un refuge et une consolation, et elle se jetterait dan£ son sein avec la confiance d’une enfant qui sait que tout remords s’y apaise, que toute espérance s’y désaltère et s’y anime.Progressivement Angèle s’empara de l’esprit d’Etienne, sans y songer, sans le vouloir.Si elle avait gardé dans son esprit la trace des rêves d’autrefois, quand elle ignorait encore les projet de Nanteuil sur Parthos, elle n’eut pas agi autrement qu’elle ne le faisait.La plus habile coquetterie ne vaudra jamais la naïveté d’une âme simple qui laisse voir ses impressions comme une savaue en fleurs livre ses impression! omme une savane eu fleurs livre scs corolles embaumées il la brise tropicale.Cependant Etienne ne crut pas avoir le droit de dire un seul mot de ses sentiments secrets avant la célébration du mariage de Cécile.—Jo demande à Dieu uue femme comme vous! lui avait-il dit.Et Angèle s’était enfuie ravie charmée, et sentant le besoin de pleurer.Elle le deviuait bien il l’aimait maintcuaut.Peut-être aurait-elle dû faire appel il une fierté loin de son âme,et lui reprocher d’avoir pris le strass pour le diamant, mais elle ne le tenta pas.Kilo rougit et s’enfuit, ce fut tout ce qu’elle put faire.Du reste, ménageant les susceptibilités de cettto enfant,Etienne ne fit plus d’allusion à son secret désir.Il attendait le résultat de la euro entreprise par le docteur Toussaint pour le salut de Nanteuil.Alors seulement, quand le romancier serait en pleiuc possession de sa raison, quand il se rendrait compte des efforts qu’il devait multiplier pour le rachat du passé, Darthos lui avouerait quo son cœur ne lui appartenait plus, et qu’il lui demandait la main de sa seconde fille.Us s’entendirent sans sc parler, sans échanger 'de confidences et de promesses ; Etienne ne demanda point d’aveux il Angèle, Angèle n’exigea point de promesses d’Etienne ; ils parurent continuer i\ s’oublier et fidèlement ils veillèrent avec Toussaint sur la raisou il demi perdue du romancier.papier d’un ton doux, mais qui ne devait pas coûter plus de douze sous le rouleau.Quelques pots de fleurs égayaient la croisée, mais c’était des fleurs de pauvres gens, qul lèveut au printemps, et meurent à le fin de l’été, âpres avoir donné quelques corolles pâles à l’avare soleil parisien.Ce serviteur semblait inquiet, et sou regard consultait souvent un pastel assez beau suspendu au-dessus d'une console.—Comme ils tardent! murmura-t-il,pourvu qu’il ne soit rien arrivé de fâcheux à monsieur.Le roulement d'un liaerc se fit entendre et le domestique, se penchant à la fenêtre, regarda dans la rue.—Les voici ! fit il j’avais peur ! J’ai toujours peur, maintenant.J’entends le pas léger de mademoiselle Angèle dans l’escalier.Dieu la bénisse, l’cxcclleutc jeune fille ! Le serviteur ouvrit la porte toute grande avec la solennité des jours anciens, puis il s’effaça contre la muraille.Appuyé sur le bras du docteur Toussaiut, Victor Nanteuil venait de franchir le seuil de la petite chambre.Il s’arrêta, étonné, saisi d'un atteudriese-mentvaguc.On eût dit qu’il reconnaissait les meubles ; et, dans un demi-jour, distinguant un portrait, il fit deux pas en avant, et joignit les mains avec l’expression d’un regret indicible.—Mon père ! dit il, pardonnez-moi ! Mon père, toi qui fus un sage et un saint, deman.de pour moi grâce devant le tribunal de Dieu.Toussaint saisit vivement les mains de son ami, et le conduisit devant un bureau : —Assieds-toi, lui dit-il en serrant le poignet de Nanteuil, comme s’il voulait davantage lui commun 1er l’attention.J’ai à te parler de choses graves, très graves.—Des chiffres, n’est-ce pas?demanda Vie tor d’un air crahitif.—Oui des chiffres.—J’en ai beaucoup écrit.J’ai recommencé des calculs faire éclater mon cerveau.Mais je compterais plus vite les finies entraînées au mal par moi.—Ces âmes dit le docteur, Dieu les nren dra en compassion, puisque tu te répons.— S’il n’y avait que le passé, murmura Nanteuil.Mais les calculs sont toujours incomplets.Dieu sait comblent je vivrai, trente ans, peut-ôtre ! et pendant treute ans, combien de fois tirera-t-on mes pièces ?Et non seulement pendant ma vie, mais encore après ma fille touchera cet argent maudit.Ce terme passé, mes œuvres appartiendront à tout le monde, comprends-tu cela, à tout le monde.Etienne posa sur le bureau une serviette gonflée de papiers.—Seriez-vous bien heureux de rentrer dans la propriété de vos œuvres.—Vous savez bien que c’est impossible ! J’ai signé.—Itépoudez-moi, fit Darthos avec une solennité croissante, sacrifieriez vous pour rentrer dans la plénitude de de vos droits.—Ma vio ! ma vie ! s’écria Nanteuil, en se levant, tes yeux dressés comme pour prendre Dieu à témoin de cette parole.—Et s’il s’agissait seulement de votre fortune ! —Donuez-la toute, toute, entendez-vous, jusqu’au dernier sou.Engloutissez-la dans LES GRANDS MAGASINS Au commencement de juillet, M.l’abbé Garnier prononçait ;i Paris, dans la salle des Mille-Colonnes, un discours au sujet de la concurrence entre les diverses catégories de magasins.L’éloquent orat jiir exposait les inconvénients désastreux d’un régime où le moyen et» le petit commerce se trouvent fatalement écrasés par les grands établissements.Sur la proposition de M.l’abbé Garnier, l’assistance a résolu de s’adresser à Sa Sainteté Léon XIII.en le priant de traiter cette question si importante comme le Saint-Père vient de le faire pour la condition des ouvriers dans l’industrie.Voici le texte de cette adresse : Très Saint-Père, Voyant les maux qui accablent le monde du commerce, la concurrence engendrée par la liberté sans limites et les funestes conséquences du penchant qu’on a de plus en plus à concentrer toute espèce de commerce dans une même maison, savoir : la ruine infaillible du moyen et du petit commerce, le manque de travail qui jette beaucoup d’ouvriers et d’employés dans la misère, la décadence de la famille *et l’impossibilité pour les ouvriers et employés de bonne volonté d’arriver jamais au petit patronat ; Considérant avec quelle sagesse vous avez, dans votre dernière Encyclique, tracé au monde du travail l’application des principes de justice et de charité qui doivent le régler en toute chose, s’il veut retrouver la paix, la prospérité et le bonheur ; Sachant que votre voix ne serait ni moins compétente ni moins écoutée dans les questions du commerce que dans celles du travail si, cédant à nos instances, elle s’élevait pour dire comment les choses doivent être comprises pour que tout le monde vive ; Nous soussignés, commerçants fran- mentaire qui la prépare procède à une enquête que nous croyons sérieuse.Cette commission a entendu dernièrement le président de la chambre de commerce d’Orléans, qui a demandé que les patentes fussent établies d’après le montant du loyer et le nombre des personnes employées, quelle que, soit la nature des emplois ; elle a entendu aussi directeur de la Belle Jardinière qui a paru favorable à l’idée d’établir des patentes d’après le chiffre des bénéfices.Mais d’autre part, une délégation des fabricants de dentelles et de lacets de Saint-Chamond, Lyon et Douai devant cette môme commission s’est déclarée favorable aux grands magasins qui ont donné une vive impulsion à la vente des produits industriels, dont les délégués avaient mission de plaider la cause.Un fabricant de tapis s’est, de son côté, élevé contre toute modification h la législation actuelle.Ces faits nous permettent, ce semble, de concluic que les fabriquants eux-mêmes, ou du moins bon nombre d’entre eux, font cause commune avec les grand magasins.C’est que la fabrication est constamment préoccupée de l’écoulement de ses produits ; or les grands magasins sont des canaux admirablement construits et entretenus pour conduire et déverser dans la clientèle les objets fabriqués par toutes les industries.Il est vrai qu’ils font souvent la loi aux producteurs pour la réduction des prix mais il sont capables de recevoir et de faire accepter par les acheteurs de telles quantités de marchandises, que l’inconvénient parait largement compensé par l’avantage.Ajoutez qu’ils paient fort bien, qu’ils demandent eux-mêmes à payer comptant, et vous comprenez l’intérêt que les fabriquants ont ou croient avoir a conserver d’aussi précieux auxiliaires.D’autre part, la clientèle elle-même tient beaucoup aux grands magasins.Elle y court, elle s’y presse, elle .s’enthousiasme des richesses qu’elle y voit s çais, venons supplier Votre Sainteté do exposées et annoncées à si bas prix, de bien vouloir tracer également, dans un facilités qu’elle y trouve pour les appro-document qui sera notre direction et no- visionnera eut sr les plus variés et la satis-tre sauvegarde, l’application des lois de faction de ses fantaisies.Or, de qui se la justice et de la charité en ce qui cou- compose cette clientèle ?De tout le corne la liberté du comnicice et de lu monde ou de presque tout le monde, concurrence.sans excepter les députés et les séna- Le Bulletin de l b nion des syndicats teurs ou leurs femmes et leurs filles.du.com merce et de Vindustrie reproduit Comment donc espérer le vote d’une loi '.utte requêto.11 y ajoute les interes-1 quelconque qui augmente les charges rante:i observations que voici.LHc3 des grands magasins au point de les em-lbnt juger de la gravité du problème, pêcher de vivre aux dépens des autres Elles contiennent des conseils qui | maisons ?amélioreraient l’état de choses actuel et qui prépareraient la solution réclamée : M.l’abbé Garnier a fort bien saisi toute la portée du problème économique à résoudre.“ Après avoir supprime tous les intermédiaires, disait-il dans l’invi- (A suivre) - -C.»- ?-O- ?L’ENCYCLIQUE bRERUM NOVAW "fl *’ F.T SES ENSEIGNEMENTS l’abîme que j’ai creusé, vendez mou hôtel et (a(iou Sîl conférence, le monopole com- DKUxIKME ARTICLE nies tableaux, rendez-moi pauvre, s’il le faut, mais au uom du Dieu de Miséricorde ! lais-sez-moi libre d’anéantir une œuvre monstrueuse.Toussaint éparpilla Us papiers sur le bureau.—Voici, dit-il, tes traités avec Maniai, ils nous ont coûté ta Madone rte Raphael.' Le yeux de Nanteuil étincelèrent : —Maniai ! Mantal les a cédés.Est-ce possible.Oui, sa signature, la mienne!.je les retrouve, je les reconnais.—Tu’cn disposeras donc tout à l’heure poursuivit Toussaint, en voilà d’autres.dix autres : l'Ange des Mansardes, les Chemises ronges et ceux dont tu peux voir les titres.A moi aussi â moi ?meveial imposera ses prix aux grandes fabriques et, par contre coup, amènera la ruine des ouvriers on abaissant notablement les salaires.” L’industrie clle- Anctlyse.détaillée de VEncycliquc (,Suite) II.—L’Etat, de son côté, doit d’abord même est, en effet, menacée par le tléau I procurer, par une sage administration, qui s’accroît de jour en jour, et le sort la Prospérité générale ; spécialement des ouvrier» comme celui des artisans assurer aux faibles le bienfait de la jus-i\ façon est en jeu dans cette crise re- ^lC€ 1 ugtdité devant la loi, umedio-doutable .orer h\ fortune publique et le sort des Vous sommes d’accord aussi avec M.ouM’icrs et protéger 1 ordre sociale l’abbé Garnier pour reconnaître que la I contro les injustices et les séditions.XIII LE RACHAT Au cinquième étage d’une maison do modeste apparence, un vieillard acliovait de ranger une chambro presque pauvro.Les meubles étaient do forme anoienne ot de faible valeur ; sur les murailles s’étalait un justice et de la charité sont toutes deux nécessaires, si Ton veut guérir le monde industriel et commercial de cette grave malanic.La justice seule risquerait —Payés quarante mille fraucs ; j’ai de d’être impuissante ; il faut en outre un plus, par mou crédit, fait obtenir au fils de généreux dévouement a tous ceux qui Jean Vaudoisunc place qu’il désirait.souffrent, une intelligente sollicitude en —Il y a encore les traités do lionardofc, faveur de ceux qui ne peuvent lutter colui lit ne les échangera pour nucuno | seuls contre les lois de 1er imposées par somme.—C’est vrai, mais nous l’avons fait capituler,[ci avec un appoint de cent mille U U U U
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