L'ordre, 24 décembre 1934, lundi 24 décembre 1934
T I ¦M L’ORDRE REDACTION ET ADMINISTRATION TARIF DES ABONNEMENTS à 180 est, rue Sainte-Catherine, Montréal Téléphone : PLateau 8511* 1 an 6 mois 3 mois Administrateur En ville, par la poste.$9.00 $4.75 $2.50 Canada (hors de Montréal), } Royaume-Uni, France et I $6.00 $3.25 $1.75 Espagne .J Etats-Unisct Amériquedu Sud $6.50 Autres pays PIERRE ASSEUN Secrétaire de la Rédaction .PIERRE BOUCHER On est prié d’envoyer toute correspondance à la case 4018 de 1 Hôtel des Postes en mentionnant »ur l'enveloppe le service (Rédaction ou Administration) auquel on veut s’adresser.$3.50 $1.85 $8.00 $4.25 $2.25 Quotidien de culture française et de renaissance nationale Directeur-fondateur $ OLIVAR ASSELIN m L’abonnement est payable tfavance par mandat-poste ou chèque affranchi, accepté et payable mu pair à Montréal.IS % Un ordre imparfait vaut mieux que le désordre.1 Première année — No 240 Le numéro: 5 sous Montréal, lundi 24 décembre 1934 I Une crise en France il y a 135 ans L’ARCHITECTURE De la Méditerrannée au Pacifique * B Comment faire renaître économique dans le monde C’est avec un étonnement mêlée d’appréhension que Londres a reçu une note officieuse de la France sur la question du Traité de Washington et des armements navals.Devant la menace conjuguée de l'Italie et de l’Allemagne, on peut se demander comment il se fait que l’Angleterre soit surprise de l'attitude française.Londres, qui sait si bien défendre son point de vue lorsqu’il est question de la sécurité de ses voies de communication, devrait cependant comprendre la position de la France, prise entre deux feux.Que' ce soit par rapport à la flotte allemande ou à la flotte italienne, la marine française se trouve déjà en état d’infériorité; elle le sera davantage lorsque Rome et Berlin auront chacun parachevé leur programme naval.La mise en chantier, en Allemagne, de plusieurs unités de grandes dimensions peut ne pas être encore une menace directe à la suprématie navale de l'Angleterre, mais elle en constitue certainement une à l'égard de la France, obligée de compter sur sa marine de guerre pour assurer le transport de ses troupes stationnées en Afrique du Nord.L’Italie d'autre part, même sans une flotte égale à celle de la France, pourrait presque, étant donné sa position géographique, paralyser les lignes de communication entre l’Algérie et la métropole.Devant la décision italienne de construire deux nouvelles grandes unités de 35,000 tonnes, il ne reste plus à la France que l’alternative de rester maîtresse de ses lignes de communications ou de se résoudre à ne pas .utiliser une partie.importante des forces militaires qu’elle recrute en Afrique du Nord.Cette dernière éventualité est peu probable, car il est difficile de croire qu’un pays de 40 millions d'habitants, menacé par un bloc deux fois et demie plus populeux, se place volontairement dans un état d'infériorité manifeste.La France devra donc construire des navires de guerre pour assurer le transport de ses troupes, et elle les construira si les Allemands et les Italiens continuent d'armer comme ils le font.Evidemment, le gouvernement français ne demanderait pas mieux que de signer un accord international limitant les flottes; mais, pas plus que le Japon, il ne saurait accepter une limitation qui serait exclusivement à son désavantage.le Japon, l’Allemagne et l’Italie se mettront à construire de nouveaux navires de guerre, et l'on ne tardera pas à se trouver dans la même situation qu’au-paravant.Trois pays se déclarent prêts à renouveler le Traité de Washington: les Etats-Unis, qui veulent dominer dans le Pacifique; l’Angleterre, qui voudrait économiser; l’Italie, qui cherche à se rendre dangereuse en Méditerranée, C’est pourquoi, lorsque, le 3 décembre, le Japon a invité l'Italie à dénoncer le Traité, le gouvernement de la Péninsule a répondu par une fin de non-recevoir.Les conversations anglo-japonaises en vue d’un rapprochement préliminaire à une alliance n’ayant pas encore donné de résultats, Tokio a dénoncé le Traité et rejeté définitivement le principe des proportions navales, afin de ne pas se trouver un jour coincé entre l’enclume russe et le marteau américain.Depuis, la situation est devenue plus délicate.L’Angleterre renforce sa base de Singapour et semble se tourner du côté américain.Ainsi donc la / situation navale en Méditerranée influe sur la situation dans le Pacifique, et réciproquement.Il sera probablement difficile à toutes les puissances intéressées de trouver un compromis acceptable.Plusieurs d'entre elles, en effet, émettent des prétentions trop irraisonnables et qui ne correspondent nullement à leurs besoins réels.André BOWMAN l'activité ffl i Dans son livre sur Napoléon U), M.Louis Madelin décrit ainsi l’état économique de la France lors de Favcnemcnt de Bonaparte au consulat; inconscients de la démagogie révolutionnaire en dénonçant sans répit les abus du capital, au lieu de rappeler courageusement, en toute occasion, qu’à part la guerre, voulue de tout le monde et votée par tout le monde, la principale cause de la crise a été un désir de jouissance qui avait gagné toutes les classes de la société; si enfin, au lieu de proposer des solutions impossibles, du moins pour longtemps, ces savants « rebouteux » voulaient bien commencer par constater tout ce que la limitation de la responsabilité civile des sociétés par actions a apporté de désordre dans le monde contemporain.Sur ce dernier point il ne sera pas inopportun de rappeler ce que notre jeune collaborateur Patrick O’Leary disait dans sa thèse de l’Ecole des hautes études consulaires d’Anvers, après avoir exposé la doctrine et l’application du corporatisme en Europe; Nous ne pouvons admettre — lisons-nous dans cette étude — la conception individualiste du législateur libéral qui a créé par une fiction juridique la société anonyme et par actions.Pour ne pas reconnaître légalement une association de personnes et de capitaux, puisque l'individu est seul libre et sujet à des droits devant l'Etat, il a préféré créer une « personne morale » qui juridiquement possède la plupart des droits d’un individu.Mais au lieu d'appliquer, comme il en est pour chacun, le même principe de responsabilité illimitée et personnelle en conséquence de la liberté économique, il a donné à une CHOSE l’anonymat et la responsabilité limitée.Au I • UiMjo J'ai décrit ailleurs le lamentable spectacle que donnait en l’an Vlll (2) ce pays — jadis, grâce à ses multiples ressources et fécond labeur, le plus riche de la Chrétienté — : les routes abandonnées, ruinées, coupées, tournant en fondrières et, pour les trois quarts, devenues impraticables; les canaux envasés, les ports ensablés, les mines à l'abandon, les ponts écroulés; les manufactures en grande partie arrêtées dans leur activité par les troubles intérieurs comme par la guerre maritime et continentale, les quelques ateliers restés ouverts désertés par les ouvriers qui, contraints au chômage, y avaient pris goût; et, à Paris, le chiffre des bras occupés tombé de 7.053 à 1.722; le I son % , BS m méM JÊT S i LA ‘PAtlATyi jr/ commerce atteint par le blocus du pays, résultat de la guerre, comme par l’incertitude des lendemains quand émeutes, proscriptions, d’Etat, révolutions, venaient ébranler la fiance —- sans parler de l’émigration privant ce commerce de ses plus riches clients; l’agriculture elle-même, qui, tout d’abord avait semblé favorisée par la suppression des droits féodaux et l’accès d’une masse de petites gens à la propriété rurale, subissant, à son tour, les contrecoups des convulsions citadines, frappée par les décrets du maximum et, d’autre part’, comme paralysée par la situation précaire de la nouvelle propriété; les affaires partout arrêtées, les transactions rendues impossibles par l effroyable crise monétaire, la chute progressive et bientôt incroyable des assignat*; toute la vie économique, d’abord ralentie, puis arrêtée et, ce qui était pire, un pays entier prenant, au témoignage des visiteurs, l habitude de la paresse.coups con- it £ M.Jules Poivert a': LES IDÉES ËT LES FAITS I : ! P # suit Mesmer, celle de son rayonnement per-sonnel.Il bâtit une doctrine sur la puissance MM.Valery et Benda, celui-ci le der- occulte du « magnétisme animal ».dont nier clerc de France avec notre ami Gar-neau, fondent leur mépris de l’histoire sur cette boutade de Fustel de Coulanges : « L’histoire ne sert de rien.» Entourés d’une cour de nigauds, ils estiment le passé trompeur, et qu’il n’y a rien à tirer de situations L—Un peu d’histoire ¦fl 1 Paris, le sceptique Paris, doit s'enthousiasmer quelques années plus tard.C’est la gloire ; mais toute gloire, toute idée nouvelle éveillant la méfiance des Académies, corps empiriques s’il en est, celle de Vienne se met à bouger.Les rivalités s’allument.Mesmer doit s’exiler.Où irapt-il, sinon en France ?Ses cures sont connues, Marie-M.Louis Madelin réplique dans la Revue Antoinette a le goût du singulier, la no-DE Paris : «.Ayant la meme chair, les blesse croit aux sorciers.Mesmer dédaigne mêmes nerfs, le même sang, le même ccr- pourtant l’appui de la Ville.En savant hon-vcau, partant, les mêmes passions, il est p/iji- i nête, il veut l’audience de la Faculté.On siologiquement le même être, capable, les refuse de l’écouter.En 1779, il publie un idées acquises cedant soudain, des mêmes Traite sur la decouverte du magnétisme ani-actions et des mêmes réactions.» mal qui défraye la chronique.Paris ne parle Le moindre d entre les hommes peut plus que du médecin allemand.Mesmer loue suivre à travers l’histoire la marche d'une un hôtel luxueux sur la Place Vendôme, idée, d’une « idée en armes » : l’humanita- Tout ce que Paris compte de femmes risme de Rousseau en est l’exemple clas- veuses (et Dieu sait si elles sont sique.Dans son dernier essai (I), M.Ste- breuses !) court chez lui.Alors, ce sont des fan Zweig rétablit, par exemple, la filiation séances étranges et ridicules où semblent flot-spirituelle entre le créateur du « magnétisme ter les esprits de la Gnose et de la Cabale, animal », Mesmer, et Sigmund Freud, le Les patients, hommes et femmes, se tenant maître de la psychanalyse.L’occultisme est par la main, attendent que le maître les ma-une idée mise à la portée de la masse, et gnétise par des passes.Puis des crises d’hys-qui.à deux siècles de distance, sur des térie, des convulsions, des sanglots, qui dans foules de mœurs différentes, produit des l’esprit de Mesmer doivent provoquer la effets identiques.Quand on sait que la mar- « crise » et guérir les malades.Il s’agit, ne quise de Pompadour, 1 esprit le plus calcu- l’oublions pas, de maladies nerveuses.Mes-lateur de son temps, et le plus politique, mer obtient des résultats indiscutables croyait à la vertu divinatoire des sibylles et il est à mi-chemin de la vérité, et il se faisait lire l’avenir dans le marc de café ; vient pas à découvrir ce que la médecine que ces superstitions existaient en plein derne reconnaît comme une thérapeutique né-XVIIIe siècle, c’est-à-dire à l'époque la cessaire des ébranlements nerveux : la plus raisonneuse, la plus sceptique de This- gestion, toire, on trouve tout naturel que des millions d’hommes, aux Etats-Unis, terre du Pragma et du Dollar, aient vénéré la fumisterie occulte de Mary Baker Eddy et, plus près de nous la theosophie maçonnique d’Aimée Semple Mc Pherson.La marquise de l’Hôpital, nous rappelle M.Zweig, se laissa un soir entraîner par une sorcière « dans un lieu isolé », où le diable devait lui apparaître « au cours d’une messe noire ».La marquise — qu’on me pardonne — était à poil.Le diable ne vint pas, mais durant l’attente la pseudo-sorcière s'enfuit avec les vêtements de la marquise.Ces pratiques étaient d’ailleurs fort répandues dans Paris, et cela, à l’époque où Franklin inventa le paratonnerre, où Lavoisier ouvrit des horizons merveilleux à la chimie et Jussieu à la botanique.- Une bonne nouvelle lion des mœurs et des institutions.À quoi L’autear Tappelle ensuite qtie'rafo lition des corporations par la Constituante, coïncidant avec la paralysie de 1 industrie, avait réduit l’ouvrier à la misère; puis il ajoute: illimitée, il a réduit le risque à l'apport.Beaucoup de gérants et d’administrateurs, grâce aux bénéfices acquis en temps de prospérité, ont pu s'assurer une bonne réserve qui, rentrée dans leur patrimoine personnel, se désolidarise, en cas de faillite ou de difficulté, du patrimoine de la société.Voilà la concurrence (déloyale) qui tue la concurrence.En limitant donc la responsabilité de ce nouvel individu irréel, il a créé un faux droit au profit.En effet le profit se justifie, dans un régime de libre concurrence, par le risque d’une responsabilité complète qui stimule l’esprit de modération des agents actifs de l'Economie.La société anonyme n'est pas ses meilleurs souhaits à l’occasion des fêtes de Noël et du Nouvel An.KRAUSMANN’S S 1107, Square Philips Divertissement de premier ordre O Alvera Gomez, première danseuse (ancienne danseuse étoile du ballet d'Albertina Rasch) • Le chœur des jolies Lorrainettes Dîner spécial : SI — Couvert gratis Pour résérver votre table, téléphonez LA 4402 m HEURE: 10 H.80 DU SOIR LE 81 DECEMBRE Prix: $8.50 par personne, tout compris : le couvert, le somptueux banquet de minuit, le magnifique spectacle do cabaret, et des heures de danse au rythme d’un maître.I » * Pour retenir sa place, léliphoner au maître d’hôtel HÔTEL MONT-ROYAL Plateau 77V7 I 11 L'imprimerie de la « Patrie » exécute avec soin ira travaux les plu a difficiles Leur vérité, ils l’auront cherchée longtemps par divers chemins de souffrances et de doutes: ils l’auront trouvée parce qu’ils en auront ru soif.Elle sera humaine.L’action s'imposera alors à leur esprit in- VERNON G.CARDY J.-ALDERIC RAYMOND Directeur-gérant Président POSTE 1157 1 i .L’ORDRE — Montréal, lundi 24 décembre 1934 CANADA 1934 (1) 3 explicables peut-être en période révolutionnaire, doivent prendre fin dans un Etat régulier dont désormais le parti national-socialiste assure la gestion.Les autorités régulières du Reich rappellent que le régime des « commissaires » qui florissait l’année dernière a pris définitivement fin.La Turquie nouvelle Le ministre allemand de l'Intérieur rappelle à l'ordre les «caporaux» du parti hitlérien Qu’est devenue la «Nouvelle France »?lents, hors de proportion avec la situation réelle du pays, alors qu'elles ne portaient que des sommes insignifiantes aux amortissements et aux réserves.Il en résulte que le moindre marchand de pastèques s’imagine qu’il y a en elles une mine d'or sur laquelle il suffit de mettre la main.Depuis l’affaire Salem, elles sont devenues le point de mire des attaques du gouvernement.La Société compromise a été très légalement nationalisée.La Société des Tramways d’istamboul, qui n’avait pas observé intégralement les clauses de la convention, a vu cette convention annulée.La Société Turque d’Electricité a été mise en demeure d’abaisser sans délai ses tarifs.Ces mesures ont frappé durement les intérêts français et belges, et il serait bon qu’on se rende compte dans notre pays de l’évolution qu’elles décèlent, évolution prévue depuis des années par tous les observateurs attentifs.La Nation belge a publié récemment cette lettre que lui a adressée un de ses amis, rentré d'un voyage en Turquie: Je n'avais plus revu la Corne d’Or depuis 15 ans, et quand j'y suis retourne récemment je n’y ai plus trouvé intacts les paysages.Le Bosphore est toujours aussi bleu.Le vent aigre qui souffle en novembre de la Mer Noire balaie toujours les quais et les bras de mer où les vedettes glissent.Sur l’autre rive du détroit, les maisons de Scutari s’étagent au bord du fleuve, les Eaux Douces d’Asie coulent encore, paisibles et lentes, mais ce n’est plus pour le plaisir des sultanes.Dans ce site immuable, c’est un nouveau peuple qui s’affaire, aussi différent au premier abord que s’il était le produit d’une invasion étrangère, avec ses hommes qui portent le chapeau mou au lieu du fez, et ses femmes dévoilées, en robes parisiennes, sortant des cinémas illuminés où triomphe Clark Gable, ou des bureaux organisés à la mode américaine.Au beau milieu du Bosphore, entre deux merveilleuses collines aux tons mats, le gouvernement a construit d'énormes tanks à pétrole qui détruisent l’harmonie du paysage.Le petit bourgeois turc en feutre gris vient contempler avec orgueil ces monuments de la Turquie nouvelle, et peut-être donnerait-il pour eux toute la Corne d’Or.Ces tanks sont, en effet, un symbole qui illustre l’industrialisation rapide d’un pays qui veut se moderniser à tout prix, avec tous les excès qu’entraîne un nationalisme respectable peut-être, mais impatient.Il n'est question ici que de la lutte pour l’indépendance économique du pays, lutte qui se poursuit par des procédés dont l’intransigeance et la hardiesse étonnent.Partout des banques turques sont fondées pour rendre le pays indépendant du capital étranger.« Etranger », voilà en effet le mot qui dit tout.Ce qui caractérise la Turquie nouvelle, c’est une xénophobie militante, dont il est bon de comprendre l’intensité avant de se risquer à des relations d’affaires avec un peuple qui considère la lutte contre l’étranger comme un réflexe de défense naturel.m Dans une déclaration récente, le ministre allemand de l’Intérieur a défini l’opinion du gouvernement sur les relations régnant entre le parti national-socialiste et l’Etat, et dans les termes suivants : Les paroles du Führer: « Le parti commande » et « Le parti est F expression de la volonté politique de la nation », ont etc mal interprétées.Elles ne signifient pas que chaque membre ou organe du parti a le droit de donner des ordres aux agents de l'Etat, mais simplement que le parti s'est emparé du pouvoir public et qu’il l’exerce par l’intermédiaire des organes de l’exécutif, en particulier celui des ministres du Reich.En réalité, les remarques de M.Frick s’appliquent aux interventions intempestives des organes inférieurs du parti, qui s’arrogent le droit de donner des ordres aux agents de l’Etat, d’intervenir même dans la gestion des affaires privées.M.Frick leur rappelle que ces interventions, â m XIV Faute d’amateurs La fête du Travail Le fameux diamant Fonder, découvert l’an dernier dans les mines sud-africaines et estimé à 75,000 livres sterling, n’a pas encore trouvé amateur.C’est en vain que la Diamond Corporation de Londres a essayé d’offrir en vente cette pierre qui est la plus grande du monde après le Cullinan, appartenant au roi d’Angleterre.Les acheteurs ont boudé, aussi bien à Amsterdam qu’à New-York, de sorte que le Yonf(cr continue de reposer dans le coffre-fort de la société.La perte subie par la Diamond Corporation du fait de ce retard est évaluée à 3000 livres annuellement pour intérêts et primes d’assurance.m (Du Quotidien du 25 novembre) Ce matin, réveil en fanfare.De ma fenêtre — qui donne sur le carrefour des Saint-Denis et du Mont-Royal, en plein travailleurs se déroule, de chaque côté de la rue, dans un silence terrible.Au centre du cortège, enveloppées dans les acclamations délirantes des cuivres, toutes les autorités de la ville, maire, échevins et notables, ont défilé par les La fête du Travail n’est pas, comme chez nous, une manifestation d’un caractère séditieux, mais une véritable fête nationale à laquelle participent travailleurs, patrons et membres du gouvernement.— Ne vous faites pas trop d’illusion sur le caractère grandiose de cette manifestation I me dit un des chefs du mouvement syndical au Canada.Vous auriez une idée fausse de l’organisation et de la puissance, beaucoup plus apparentes que réelles, du prolétariat dans la province de Québec.« En réalité, le prolétariat est divisé et force.Une partie de la classe ouvrière, la plus importante, est affiliée aux Syndicats catholiques.Une autre partie, infiniment plus faible, adhère à la Fédération internationale du Travail.Il existe quantité d’autres syndicats et associations qui contribuent à diviser le prolétariat et à réduire presque à rien ses moyens d’action.» rues centre du quartier français de Montréal — j’aperçois un cortège d’une centaine d’hommes qui défile au milieu de la rue, bannières en tête et cuivres étincelant au soleil.Le quartier, si animé d’ordinaire à pareille heure, est étrangement calme.On se croirait un dimanche matin, après les derniers départs pour la banlieue, quand ne restent plus à Montréal que les très pauvres rues.tm * * * gens.Bn voue assurant à La Sauvegarde, vous •rotéjce* votre tamllle contré les éventualités de la vie.tout en suivant l'adatte de Cartier : t Travaillons oour le maintien de nos Institutions.» 162 est rue Notre-Dame t Montréal.(r-al Cependant, en dehors de ces incidents fâcheux, la vie en Orient garde son caractère si particulier d’intérêt et de charme.Nous sommes ici en Asie, dans une région où les événements balkaniques, persans ou russes accaparent davantage l'attention.L’Allemagne y passionne l’opinion par des tragédies comme, celle du 30 juin et l’on y parle de Rœhni et d’Hitler ou des morts de Munich comme on parlait autrefois des Vizirs qui avaient reçu le lacet de soie.L’Europe « civilisée » donne aujourd’hui un exemple de mépris de la vie humaine, de respect de la brutalité et de la force, de révolutions et de meurtres, où l'Orient retrouve sans peine les meilleures traditions de son histoire.Insurrection violente dans les Asturies, assassinats de Marseille, épisodes quotidiens et toujours imprévus de la dictature hitlérienne ou de la guerre civile yicn-,noise, qu’avons-nous encore à envier aux drames somptueux de l’imagination orientale ?La vie du monde est aujourd’hui une tragédie et les événements quotidiens d’Istamboul, où l’on ne tue personne, semblent des faits divers provinciaux et bourgeois à côté des coups de théâtre sanglants d'une Europe en perpétuel devenir.Ni trams, ni autos.La plupart des magasins sont fermés.Que se passe-t-il donc ?Des groupes flânent sur les trottoirs.Des familles endimanchées paraissent.Bientôt la foule s’amasse au carrefour.Un peloton de gardes à cheval traverse la rue Saint-Denis au galop.Des agents casqués et gantés de blanc vont et viennent.Des coups de sifflet retentissent.Et un tram extraordinaire, ou plutôt une plate-forme de tram chargée de plantes vertes, hérissée de mâts, d’oriflammes, et montée par une horde gesticulante de Peaux-Rouges emplumés et à demi nus, trombe sous ma fenêtre.â m > fflJm sans 1 s I POUR VOUS, I encore passe en Prépare-t-on le carnaval ?Mon étonnement grandit en voyant Martial entrer dans ma chambre: — Eh bien ! vous n’êtes pas allé à votre bureau, ce matin ?— Comment ?A mon bureau ?Le jour de la fête du Travail 1 Voilà donc l’explication 1 — Inutile de descendre.Nous serons très bien ici pour voir le défilé ! Bientôt, toute la famille se presse à la fenêtre.Martial, qui est employé de bureau, n’a que quatre enfants.Une misère.Son père, qui était docker, en a eu quatorze.Le grand-père, dix-huit.Les fils de Martial resteront peut-être célibataires.Dans beaucoup de familles canadiennes, on observe cette diminution croissante de la natalité.Actuellement encore, à la campagne, les familles de seize enfants ne sont pas rares.Et, à Verdun, faubourg usinier de Montréal, les tablées de dix ou douze personnes sont nombreuses.MESSIEURS! B Georges REYER VkA À SUIVRE 8 La vengeance du Pharaon MAISONS RECOMMANDABLES ET ARTICLES RECOMMANDES Adressé au président du Conseil d'Egypte, un mystérieux pli, scellé, expédié d'Amérique, est récemment arrivé au Caire.Il contenait une bague d'or très ancienne, richement ornée de pierres précieuses et ayant appartenu à un Pharaon.Une lettre accompagnant l’envoi a permis d'apprendre non seulement le nom de l'expéditeur — il s'agit d’un Américain du nom de Kayel — mais encore l’histoire extraordinaire de cette bague dont, en 1863, le Khédive avait fait don au compositeur George Frank, lors d’un concert donné par celui-ci à la Cour d'Egypte.Suivant le récit de Kayel, le bijou a engendré, depuis 1863 jusqu’à nos jours, des malheurs se succédant régulièrement tous les sept ans.Frank, étant tombé malade en Amérique, mourut sept ans plus tard, en laissant la bague à son héritier, John Kayel, qui après des revers de fortune mourut à son tour, sept ans après, c’est-à-dire en 1879.Le fils de ce dernier reçut l’anneau, mais en 1886 il perdit tous ses biens.On commença alors à parler de l’influence magique de l'héritage, mais l’intéressé n'y voulut point croire, malgré la mort d'un proche survenue en 1893.Ayant récupéré sa fortune, il la reperdit en 1900, puis, les catastrophes septennales s’étant régulièrement produites, Kayel ne se sentit plus le courage d'affronter l'échéance suivante, celle de 1935, et il décida de renvoyer la bague au président du Conseil d'Egypte, afin qu'il la replaçât dans le sarcophage du Pharaon à qui elle appartenait primitivement.En attendant, elle a été exposée dans la salle des joyaux du Musée Egyptien.: Bureaux à louer, bien éclairés, très propres, située dans un centre d'affaires.Local tageux dans un quartier canadlen-françals.Pour tous renseignements, s’adresser à M.F.Brunet, ch.601, 1010 est, rue Sainte-Catherine.H IMMEUBLE AMHERST avan- Mm m * * * ., Ce sentiment se manifeste jusque dans les plus petits détails.À Istamboul, ville pourtant internationale, tous les métiers modestes viennent d’être réservés aux sujets turcs.Il est interdit aux médecins étrangers d’opérer dans les cliniques privées, et la presse est remplie du récit des incidents que cette mesure provoque.L’opinion prend parti avec passion dans tous les différends qui opposent le gouvernement aux sociétés étrangères.Il n’a été ainsi question cet été que d’un épisode tragi-comique qui aurait passé ailleurs inaperçu, et qui a rempli pendant des mois d’innombrables colonnes de journaux.Un avocat turc fixé à Paris, Me Salem, administrateur de la Transclgat, ayant tenté, au cours d’un voyage à Is-tii—ih-)ul, d’obtenir certains .avantages financiers pour une société de téléphones en offrant un pot-de-vin considérable , à un haut • fonctionnaire intéressé, avait été invité à renouveler ses propositions devant deux policiers dissimulés derrière un rideau, arrêté et traduit en correctionnelle pour corruption.Eu égard à son grand âge, le tribunal lui a épargné la peine de prison prévue, en le frappant seulement d'une amende, contre laquelle le procureur de la République s’est d’ailleurs pourvu en cassation.Cet incident presque insignifiant a pourtant permis à la presse de jeter le doute sur l’intégrité des dirigeants de sociétés étrangères, que le gouvernement ne demandait justement qu’à frapper.Cas de xénophobie, évidemment.Le malheur est que des intérêts tout à fait respectables risquent d’en souffrir.On reproche à certaines sociétés de Services publics d’avoir commis la faute de distribuer ces dernières années des dividendes opu- Han.COUVAY Il ne reste que lundi pour faire vos achate de Noël.Venez nous voir, nous serons heureux de vous aider à faire votre choix.Nos marchandises sont toutes nouvelles et conviennent à tous les goûts.Aux lecteurs de l’« Ordre » noue souhaitons un Joyeux Noël.BUY & FILI0H Sem et le général Tailleurs Chemisiers 811 est, rne Sainte-Catherine * Pendant la guerre, un jour qu’il revenait du front, le dessinateur Sem, qui vient de mourir, raconta qu’il aurait aimé s’entretenir avec un général anglais, mais que sa petite taille l’en empêcha : — Il était si grand, si grand, ce gaillard, disait-il, que je le « perdais de vue ».$ De réelles aubaines I Chez It- & A.Massé, vous pouvez vous procurer à bon compte dee chapeaux de première qualité: les meilleurs chapeaux Frontenac, A $3.30; les plus beaux Lafayette, à $3; enfin lee derniers modèle» de Borsallno et de Stetson.Un seul magasin Chez l'employé commence la limitation des naissances, qui s'accentue au fur et à mesure que s'améliore la situation sociale de la famille.Un « professionnel » n'a que deux ou trois enfants.Un richissime banquier ou un ministre souvent n'en ont pas.Comment Martial, qui ne gagne que 20 piastres — 300 francs — par semaine, nourrirait-il les dix-huit enfants du grand-père ?Ce qui était possible autrefois, ce qui l'est encore dans les campagnes, ne l'est plus aujourd’hui à la ville.Le citadin, qui a subi l'influence américaine, a des.besoins qu'ignore encore 1* « habitant ».Besoin de confort, de distractions.Comme l’ouvrier new-yorkais, l’ouvrier canadien a presque toujours un appartement dont le loyer absorbe le quart de son salaire.Souvent il a une auto.Toujours un appareil de T.S.F.Lourdes charges à déduire d’un salaire de 1200 ou 1400 francs par mois ! — Les voilà I Allègres comme les premières mesures de la Marche Hongroise, des fanfares annoncent le cortège.Le long des trottoirs, sur plusieurs rangs, la foule attend, très calme.Bientôt les cuivrés éclatent sous nos fenêtres, triomphants.Et un étrange défilé commence.De chaque côté de la chaussée, en une double file indienne qui se déroule comme une chaîne, pendant des heures, des hommes passent, l'un derrière l'autre, en chapeaux, en casquettes, les bras ballants, d’un pas un peu lourd de travailleurs.Quand la musique cesse, et que les deux chaînes parallèles se déroulent dans le silence, ce défilé prend une grandeur extraordinaire.Ce qui frappe dans ce cortège, c’est l'absence de tout caractère militaire.Les hommes ne marchent pas au pas.Aucun air martial ni gonflement de to*se.Ils vont, l'un derrière l’autre, dans leurs vêtements de travail, dans leur attitude de tous les jours, comme ils vont au bureau, à l’usine, avec leur lassitude dans les jambes et leur fatigue au bout des bras.’ Si ce défilé continuait ainsi, sans musique et sans cris, il deviendrait tragique.Aussi les intermèdes abondent-ils.Tous les cent mètres, la chaîne traîne un peloton de fanfare.Les sociétés de gymnastique, de musique, sont de la fête.Tous les syndicats, toutes les associations professionnelles, passent avec leurs bannières.Des chars de carnaval jettent une gaîté bruyante dans la manifestation.Voilà le tram chargé d'indiens qui reparaît.Sur la plate-forme d’un camion, des matelots barbus jouent les compagnons de Cartier.Puis, de nouveau, la double chaîne des R.6 *.MASSE E , Chapeliers 813 est, rue Sainte-Catherine : r 1 j rWiADVW m 11 SERVICE CONFORT RAPIDITÉ SÉCURITÉ y RAILWAYS % Voyage de noces 1 Un couple munichois est occupé à battre un' record peu banal : uni en 1925, il est, depuis ce temps, en voyage de noces : Immédiatement après la cérémonie nuptiale, il s’est mis en route et il a traversé, à pied, la Belgique, la France, ' l’Espagne, l’Autriche, V Italie, la Hongrie, la Yougoslavie, la Bulgarie, la Grèce, la Turquie, la Syrie et l'Irak.Parvenu à Bagdad, une souscription lui a permis de poursuivre sa route à bicyclette et ainsi d’accélérer les étapes et d’allonger encore le voyage.En 1930, les globe-trotters arrivaient à Calcutta, puis, traversant la Birmanie, le Siam, la Chine, parvenaient au Japon.Depuis, après avoir visité en outre les Philippines, ils ont pris le chemin du retour et ils espèrent rentrer à Munich en 1937.Leur voyage de noces n’aura pas duré moins de douze ans.JOYEUX NOEL HEUREUSE ANNÉE i y Chez ïê.i m 8 W00DH0ÜSE 0 AUBAINES DE NOËL /.I* Canadien National offre à ses clients et amis ses meilleurs souhaits pour l’année , nouvelle et se réjouit avec eux que les douze mois qui viennent de s’écouler aient %té meilleurs que les douze mois précédents.Le Canada tout entier étant intéressé à son progrès matériel il ose espérer que cette amélioration se continuera l’an prochain.Cette espérance, il va sans dire, repose largement sur le public.L’optimisme et la confiance de chacun peuvent faire beaucoup pour améliorer la présente situation des affaires.Que chacun, par exemple, dépense selon scs moyens.Tout Canadien qui consomme, use ou utilise quelque-chose crée du travail et la solution de la crise repose justement sur l’emploi d’un plus grand nombre de bras.Certes, 1935 sera une heureuse année si chaque canadien qui gagne en aide un autre à gagner.Le Canadien National en appelle à la bonne volonté de tous les Canadiens, mais il entend mériter l’encouragement qu'il sollicite pour lui-même.Il est convaincu que si chaque citoyen dépensait quelques dollars l’an prochain en utilisant l’un ou l’autre de ses services il aiderait, non seulement le C.N.R., mais aussi les ouvriers et tous les marchands du Canada; qu’il consoliderait les positions acquises, accélérerait le rythme de la reprise et contribuerait de façon sensible au retour de la confiance et de la prospérité.D’autre part il entend donner en retour un service rapide et sûr, courtois et complet.Quand à ses tarifs ils sont raisonnables en tous temps et remarquablement bas en certaines circonstances, par exemple aux temps des fêtes.Aidons-nous mutuellement et 1935 sera vraiment une bonne et heureuse année m il n Au rayon des meubles : SI B • Secrétaire, valeur de $49.50 pour .• Bibliothèque, de $37.50 pour • Table à thé, mobile, valeur de $18.50 pour • Table Gateleg, valeur de $15 pour .• Coffre en cèdre, valeur de $18 pour.• Fauteuil de chambre valeur S23-50 $11-05 $ 9-05 $1205 $ $05 $ 2 00 0 CARTES D'AFFAIRES ’ Tous les grands hebdomadaires parisiens CANDIDE — JE SUIS PARTOUT MARIANNE — GRINGOIRE Tonte» les dernières nouveauté» en librairie y.Librairie J.-A.PONY Ltée m m • Table & café tous HA 2577 554 e»t, rue Sainte-Catherine ! FAITES DE Au rayon des jouets : $ 3-95 $ 3-M $ 2,5° $ 2-25 $ 1" $ lA0 METHOT (i) Sans doute parce qu’on l'a mal renseigné, M.Georges Reyer commet dans ce reportage des erreurs de fait que nous corrigerons toutes ensemble quand aura paru son dernier article.— P.B.¦i VOTRE LIBRAIRE LANCASTER 4708 325 est, me Sainte-Catherine • Tricycle, valeur de $6.50 pour.• Camion à pédale, valeur, de $6 pour .• Lit de poupée.GRADS H CONSERVEZ LEZ "MAINS DE BRIDGE”— Nous acceptons maintenant fl' R comme série complète 52 cartes en série ou non.H Dorant lé temps des fêtes profites des tarifs réduits pessr vests déplacer et expédier messages et cables.• Pupitre et chaise • Voltnrette de poupée CANADIEN NATIONAL S Baignoire de poupée 1 WOODHOUSE & CO.LTD.105 ouest, rue Satntc-Catherlno L.O GROTHE LIMITEE, MAISON CANADIENNE ET INDEPENDANTE ' r J ¦ - '-V~i\ -,V|'- , I,"U‘ h', \ î$sës£lp Si3*8 *_ ! jyir\'r'7iiii¥fiî;'»r'a lirVin L’ORDRE—Montreal, lundi 24 décembre 1934 4 LE THÉÂTRE Pour l’Université Sonnerie i Luiffi Pirandello vie intellectuelle.M.Jacques Rousseau, l’auteur de l'article en question, nous fait à ce sujet des observations judicieuses : Il est, dit-il, des problèmes scientifiques indispensables à la survie d'un peuple.La colonisation, l'agriculture, les mines sont à base de science pure.Pour l'avoir ignoré, nous avons connu le lamentable échec d:i curé Labelle, nos mines sont allées aux étrangers, notre agriculture a périclité.Parce que nous n’avions pas d'enseignement scientifique adéquat, les carrières scientifiques des services officiels nous restèrent fermées.Sur 373 hommes de science que comptaient les services fédéraux en.1930, il n’y avait que il Canadiens français.Sur une centaine de techhniciens, le Conseil national des recherches, à la meme époque, ne comprenait que 3 Canadiens français.Faute de sujets formés par nos universités, certains de nos services provinciaux étaient même forces de faire appel aux Anglais.Un grand mouvement est lancé en faveur de l’Université de Montréal.Depuis quelques mois on travaillait activement à l’organisation d’une loterie et à la publication d'une revue.Aujourd'hui la machine est en marche : les billets de loterie sont, paraît-il, mis en circulation et le premier numéro de 1’Action universitaire vient de paraître.Espérons qu’au contraire de plusieurs tentatives infructueuses ces nouvelles initiatives obtiendront un plein succès.L’Université mérite de vivre, elle est même nécessaire, parce que son œuvre est essentielle au développement du Canada français.Pour poursuivre cette œuvre, elle a besoin d’une certaine aisance matérielle que ses moyens ne lui permettent pas d’acquérir.Aussi compte-t-elle sur la collaboration active de tous ceux qui lui touchent de près ou de loin.Ce n’est que juste.Ainsi que le dit l’article de présentation de la revue, « il n’est pas une université un tant soit peu importante, en Europe ou en Amérique, qui ne possède son association d’AncicnS ou sa société d’amis, armée de volontaires résolus, fidèles à l'Alma Mater, et dont les rangs grossissent d’année en année.Il n’est pas une de ces associations ou sociétés qui h’ait sa revue ou son bulletin mensuel.» C'est pourquoi on a fondé l'Association des diplômés de l’Université de Montréal.L’Action universitaire servira de lien entre ses membres.La revue se présente un peu comme un « magazine » avec son format, sa couverture légère et son papier glacé; mais il ne faut pas oublier le caractère particulier de cette revue qui se propose seulement d’intéresser tous les diplômés de l’Université à leur Alma Mater.D'ailleurs cela n’est qu’accessoire; c'est le fond qui importe surtout.Voici donc le programme de VAction universitaire : Ce périodique, qui paraîtra tous les mois, sauf en juillet et en août, n’est pas une revue « spécialisée » en quelque matière scientifique ou littéraire.L’Action Universitaire ne pourra, par conséquent, nuire aux revues qui existent déjà et qui s'adressent à des groupes déterminés de lecteurs.Elle veut être la revue de tous les diplômés de l'Université, quels qu'ils soient.Elle leur apportera chaque mois quelques articles d'intérêt général ou d’actualité.Elle racontera la vie universitaire et l'action des diplômés ou de leurs associations respectives.Elle signalera les succès de ceux-là et leurs publications.Elle s'efforcera de renseigner sur l'oeuvre universitaire.Dans la mesure où les attaques et les critiques seront loyales et polies, elle cherchera à y répondre.Elle accueillera toutes les opinions et toutes les suggestions raisonnables qu'on lui adressera.Le premier numéro renferme des articles intéressants et variés ; notamment un portrait de Jacques Mari tain, professeur ; une vue d'ensemble du Congrès des médecins de langue française qui s’est tenu cet été à Québec ; un article .littéraire sur les «violons d’Ingres » ; des critiques littéraires, etc.La plupart des articles répondent aux besoins actuels et se donnent pour but de faire connaître les divers domaines où s’exerce l’action universitaire.Il convient de signaler des détails intéressants sur le mouvement scientifique au Canada français, en particulier sur I'Acfas, qui est actuellement une des manifestations les plus intéressantes de notre & Noël ! Noël ! A toutes volées, Les cloches sonnent dans le bleu de la nuit étoilée.Les carillons légers sautent jusqu'à la lune.Dig, ding, dong ! Dig, ding, dong ! Dans le scintillement des prairies, Par les collines, les vallons, Les grands clochers, les clochetons Font d'aériennes sonneries.(De la Petite Revue du 15 décembre) Luigi Pirandello, dramaturge italien, ! rappeler constamment, au sujet d'un indi-rient de recevoir le prix Nobel de la litté- ' vidu, une faute passée ou un fait héroïque rature.Les lecteurs de la PETITE Revue accompli une seule fois, et d'identifier déaimeront sans doute à faire la connaissance i finitivement l’individu en question à son du titulaire du plus grand honneur litté- I acte héroïque ou à sa faute, d interpréter rairc au monde, car Pirandello est assez ! tous les gestes du personnage en fonction peu connu chez nous.; de ce moment passager où il a peut-être Rappelons d’abord, à l’intention de ceux , été tout autre qu il n est en réalité.Comme qui seraient incomplètement renseignés à I écrit M.Benjamin Crémieux, c est comme ce sujet, que I institution du prix Nobel rc- * un masque que la société plaque sur le monte à la fin du siècle dernier et qu’on visage véritable » des individus.On a beau essayer de rejeter ce masque, la société nous le maintient collé au front et nous force à demeurer ce personnage d’emprunt que nous n’avons été qu’à un court moment de notre existence, dans une minute d égarement ou d’enthousiasme.Parfois aussi, des gens apparaissent autres qu’ils ne sont parce qu’ils ont pris eux-mêmes un visage d’emprunt.11 arrive encore qu’un personnage à qui la société a imposé un masque en lui attribuant une personnalité qui n’est pas la sienne, voyant le jour où il lui serait permis de se séparer de cette personnalité factice pour redevenir lui-même, s’aperçoive qu'il a intérêt à rester pour les autres ce qu'ils croient voir en lui, et s’enferme délibérément et définitivement dans cette personnalité qu’on lui a ainsi imposée.Dans le théâtre de Pirandello, le conflit n’oppose pas plusieurs personnages dont les volontés ou les passions se contredisent: un seul personnage ou un seul groupe de personnages formant bloc s'opposent à leur personnalité propre en même temps qu’aux sur l’œuvre dramatique de cet autres personnages qui, en somme, représentent la société.Au fond il n'y a qu’un personnage dans les pièces de Pirandello — ou, comme je l’écrivais à l'instant, un seul groupe de personnages formant une unité.Ce personnage unique voudrait paraître ce qu’il est ; les autres, s’immisçant dans sa vie.interprétant ses actes faussement ou arbitrairement, lui attribuent un caractère, des intentions, un mode de vie qui ne sont pas les siens.De là le drame.Ou le personnage réagit contre cette intrusion de la société dans sa vie ; ou il finit — rarement — par imposer sa véritable personnalité ; ou il se laisse imposer contre gré celle qu’on lui attribue ; ou il réa- L’étoile du Berger a lui.Noël verse enfin la bonne lumière.Voici que la neige s’éclaire Au carrefour des clairs minuits.Voici les campagnes réveillées.Noël ! Noël ! Il vente doux.A l’infini, • L’envol sonore des bourdons Eveille la joie endormie Sous les vieux toits à croupetons.en doit la fondation à l’inventeur de la dynamite, le chimiste suédois Alfred Nobel.Enrichi par son invention, le savant nordique voulut faire servir son immense fortune aux arts de la paix.11 légua à cet effet en mourant, en 1896, des sommes considérables à l’académie de Suède, et c’est l’intérêt de ces sommes que les académiciens de Stockholm divisent chaque année, depuis 1901, entre les littérateurs, les savants et le* philanthropies du monde entier qui se sont distingués le plus piendant l’année en cours ou dont l’œuvre entière les impose à l'attention du monde.11 y a longtemps qu’un auteur dramatique n’avait reçu le prix Nobel, si ce n'est la première fois que cela se produit.Remarquons que le prix Nobel se distingue de tous les autres prix littéraires par le fait qu’il est international, et par i’imprortance des sommes distribuées : Pi- K'4 les plaines de gel, sur Nous ne pouvons pas multiplier les citations.Notons seulement deux rubriques destinées à tenir les lecteurs au courant de la vie de l’Association ainsi que de la vie universitaire au Canada et dans le monde; enfin une bibliographie des œuvres et travaux écrits par les Anciens.Noël d'amour, Noël de vie ! Dans l’air sonnent des bruits de cloches.Car c’est la fête des clochers, Des verts sapins, des blancs hameaux, La fête simple et gaie que les gens de la terre Exaltent devant les bondieux de cire Au fond des nefs enrubannées.Ainsi conçue, V Action universi- taire ralliera certainement un grand nombre de gens qui ne se rendent pas compte du rôle bienfaisant de l’Université, non seulement dans le domaine spéculatif, mais aussi dans le domaine pratique.Au commencement sans doute la revue aura une allure quelque peu utilitaire; le but lequel elle tend et les conditions dans Dig, ding, dong ! A toutes volées, Les cloches sonnent dans le bleu de la nuit étoilée.Les carillons légers sautent jusqu’à la lune.Ecoutez, ô vieux toits à croupetons, Par les ravines, les vallons, Tinter l’airain sonore Des fins clochers, des clochetons.randcllo ne recevra pas moins de $45,000.Luigi Pirandello reçoit le prix Nobel de 1934 pour l’ensemble de ses oeuvres et non pour celles de cette année.Jetons donc un coup Italien.d’œil I i vers lesquelles elle voit le jour la lui imposent.Peu à peu cependant, du moins nous l’espérons, et pourvu que chacun y mette du sien, elle s’élèvera au niveau d’une revue bien représentative de ce qu’est une université digne de ce nom.Le théâtre de Pirandello ne ressemble à aucun autre.Cet auteur a trouvé une formule dramatique à lui.L'apport personnel de Pirandello au théâtre ne consiste pas seulement dans l’intérêt des sujets qu’il choisit, la nouveauté de ses personnages, le traitement pirandellicn de la matière théâtrale, mais surtout dans la conception même de l’art dramatique.Il l’a complètement renouvelé par son œuvre qui comprend plus de quinze titres.Clément MARCHAND 1 Quelle imprudence ! Jeu-CUtuk MARTIN M.Adolphe Menjou, qui est un corné- Mais dix f- n'en nommer que dix, quel dien très fin et le premier des Français ayant danger / Songez-y ! M.Adolphe Menjou connu le succès à Hollywood, vient de commettre une grave imprudence, fl a donné aux \ journaux américains la liste des dix femmes qu'il trouve le mieux habillées du monde.Et cette liste, la voici : Pour exposer en détail la conception pirandcllienne du théâtre, il faudrait beaucoup plus qu’une page de la Petite Revue.L’essentiel de cette conception, c’est l’immobilisation d'un personnage ou d’un groupe de personnages dans un état saisi à un moment de leur vie, alors que le théâtre traditionnel cherche à suivre l’évolution des personnages dans la vie ou leur réaction devant la vie.On a dit que les personnages de Pirandello portent des masques.Ils sont en effet comme des gens qui se seraient costumés pour un carnaval et auraient été condamnés à rester jusqu'à la fin de leur vie, ou du moins indéfiniment, sous leur travestissement.Pirandello est parti de cette idée ou plutôt de cette constatation que très souvent dans la vie les gens sont pris pour ce qu’ils ne sont pas et se trouvent dans l’obligation de paraître et parfois même de devenir ce pourquoi on les a pris.Un personnage de Pirandello, expliquant, pour les besoins de la pièce, ce qu'il est, L'ORDRE est édité unr les Editions de nous expose clairement ce fait social illus- l'Ordre limitée (cette bouffonne désigna-tré par un cas particulier: «Cette jeune lion est Imposée par le seul gouvernement fille, dit-il, m’a surpris dans un endroit, dans ! français d’Amérique) et Imprimé par la fie de Publication de la Patrie limitée, 180 est, rue Sainte-Catherine, Montréal.Comment se répartit la population allemande ! y a dû penser, un instant, car il a pris soin de dire qu'il écartait, par discrétion, sa femme, Verree Teasdale, de cette sélection.Il a redouté, on le comprend, l'humeur conjugale.Mais ayant eu cette prudence, comment n'a-t-il pas compris qu’en nommant dix femmes, il en mécontentait dix mille — dix mille qui se croient également les plus élégantes de l’univers.Que dis-je ?En en nommant dix, il en a d’abord mécontenté neuf qui seront chacune un peu déçue de ne pas avoir été désignée la première.Pourquoi ¦en second, ou la cinquième, ou la neuvième ?Je ne parle pas de la dixième, Mrs Earle C.Anthony (de Los Angeles), qui a la ressource de croire qu elle est nommée la dernière comme les Vedettes américaines.M.Adolphe Menjou vient d'accomplir là un acte d’une témérité inouïe pour quelqu’un qui vil de l'opinion publique.Je salue son courage.Il ne fait pas bon de choisir entre les grâces, nous savons cela de longue date, et /entends la voix de ma compagne au prochain film d’Adolphe Menjou, quand je lui dirai « qu’il porte bien l’habit et qu’il a de l’esprit », f entends déjà ce « oui.oui !.» indifférent et douteux avec lequel, en toutes villes du monde, on détruit si bien une réputation.son gît mollement et accepte d'assez bon gré de passer pour ce qu’il n’est pas et alors le drame est tout intérieur ; ou il s'enferme dans cette fausse personnalité comme dans une tour d’ivoire qui sera pour lui une forme d'évasion ; ou après avoir vécu avec cette sorte de masque il parvient à le rejeter pour apparaître tel qu'il est ; ou encore il refuse l’occasion de briser son mas-s'en couvrir délibérément après D'après la statistique sur la répartition de la population allemande, la proportion de population industrielle a diminué, pour la première fois depuis cinquante ans.Elle est encore de 40.4 p.100 ; celle de la population agricole, 28.9 p.100 ; 18.4 p.100 des Allemands sont occupés dans le commerce et les transports ; 12.3 p.100 dans les autres professions.Le nombre des personnes exerçant une profession est presque exactement la moitié (49.5 p.100) de la population totale.Sur ce nombre, 26,400,000 étaient réellement occupées; 5,900,000 chômaient à l'époque du recensement (juin 1933).Parmi les Allemands qui travaillaient, on compte plus d’un tiers de femmes : 11,500,000.Les personnes sans profession comprennent 5,800,000 rentiers et retraités, et 2 7,100,000 femmes et enfants.Le recensement a établi, d’autre part, qu’il y avait 18 naissances pour 1000 habitants dans les districts ruraux et 12 pour 1000 dans les régions industrielles, la mortalité étant sensiblement la même dans les uns et les autres.Lady Alexandra Mclcaljc ; Mrs Wellington Koo ; Mrs Clarlç Cable ; Mrs Kay Francis ; Miss Joan Bennett ; Mrs Reginald Fellowcs ; Mme Schiaparelli ; Mrs Harrison Williams (de New-York) ; Mrs Isabel Dodge-Sloane (de New-York) ; Mrs Earle C.Anthony (de Los An- ti que pour l’avoir longtemps subi.Autant de cas particuliers, d’aspects différents du conflit de l'homme et de la société, que Pirandello a étudiés dans cette oeuvre abondante et tout à fait personnelle qui lui a valu l'honneur du prix Nobel.!|: Georges LANGLOIS gelés).Sauf les trois dernières nommées de ces dames, j'ai vu, j’ai rencontré, ou je connais ces personnes auxquelles M.Adolphe Menjou offre la palme de l'élégance.Vous pensez bien que je ne le contredirai pas et que je suis d’accord avec lui pour trouver que la femme de ce ministre de Chine, que cette vedette fameuse, que cette couturière, s’habillent, en effet, à ravir, et que Mrs Reginald Fellowes met à se parer le goût attentif et sûr quelle met en toutes choses.lii! > une attitude où elle n’aurait pas dû me voir.Elle m’a vu tel qu’elle n'aurait jamais dû me voir et veut m’attribuer cette personnalité.cette personnalité qui a été la mienne dans une minute fugace, honteuse de mon existence ! » Au fond c'est la manie qu'ont les gens de généraliser, de Etes - vous sûr que votre abonnement à 1’ « Ordre » est payé ?' GUERMANTES •f (Du Figaro) avaient disparu, avec leur maisonnette solitaire où vivait un éleveur de moutons où un gardien de parc à huîtres.Pourtant, il ne renonçait pas.Il s’était mis en tête de rentrer chez lui avec une paire de bernaches pendues à son épaule.L’idée de revenir bredouille est intolérable à une caboche de quatre-vingts ans.La marmite était toute parée dans la cheminée, à côté de la bûche bénite.La plainte apaisée du gibier, rythmée par la mer, le portait à la somnolence, et le capuchon s’inclina un peu sur sa grande figure.Mais le froid le réveilla vite.Il remua les épaules.— Eh bien.François, dit-il, tu te rappelles, en 70.Tout était prétexte, au père Lorvol, pour évoquer 70.et ses 18 ans, le: camp de Conlie, les bonnets de coton des fermiers normands passés en chemin, le canon prussien tonnant du côté du Mans.que c’était Noël et la messe de minuit.Jadis, à pareille heure, les gens de son île natale, qu’il savait toute proche, à la corne de Pen-Bleil, avec sa demi-douzaine de chaumières, poussaient leur canot à l’eau pour aller à la messe de Saint-Arm»!, ou se risquaient à mer basse à travers les pouillardes, sur l’incertaine chaussée de cailloux glissants qui les reliait à la terre.A l’église, il prenait place parmi les hommes, parce qu’il chantait aussi fort que n’importe lequel.Il avait une voix d'ouragan, de flot qui déferle, de gibier sauvage.Une fois le col de sa chemise déboutonné, il ne craignait personne.Le père Lorvol croyait entendre encore résonner à la voix des chantres la voûte crevassée de l’église et vaciller le petit ' navire qui y était pendu.Il avait sous les yeux de son enfance ignorante des jouets la crèche avec son Jésus de bois peinturluré, ses bœufs, son âne, et il disait en lui-même comme autrefois : « C'est joli!» Ce n’était plus sur un fusil de chasse qu’il croisait les mains, mais sur son chapeau breton aux rubans de velours.A ce moment, une colonne de fumée monta dans les airs presque silencieusement.L’oreille du chasseur distingua un froufroutement d’ailes qui s'ouvraient un chemin parmi les brumes.Il leva la tête.La colonne passait au-dessus de lui, hésita un moment, se redressa, prit la forme d’une épée dont la poignée en croix se détachait sur le gris du ciel.Un faible avertissement monta de l’avant-garde, deux notes étouffées qui paraissaient sortir de la gorge d’une colombe.Mathurin Lorvol demeura la tête levée à regarder.Il avait sa bonne fl-bure de tous les jours, ses yeux bleus candides, son sourire flottant au bord de ses lèvres comme si elles eussent été prêtes à murmurer : « C’est joli.» Lui, qui n'avait jamais manqué un coup de fusil de sa vie, gardait ses mains croisées sur la vieille canardière.Et pour répondre aux derniers carillons du clocher de Saint-Armel, il emprunta les deux notes doucement croassèes par les bernaches : « Noël.Noël.» roula sous le ciel avec un bruit de feuillage d'automne, et alla se poser plus au large.La poursuite recommença.Mais chaque fois qu’il allait saisir son fusil, la bande prenait son essor et lui échappait.Elle était maintenant alertée, nerveuse, d’un affolement qui avait quelque chose d'humain, guettant le chasseur de ses centaines d’yeux, prévoyant ses manœuvres, déjouant ses ruses et remplissant le silence de terribles croassements.la pareille.Il finit par distinguer la li-s sière d'écume gelée au delà de laquelle! la mer était totalement invisible.Des' brumes couleur de plomb planaient à la surface, chargées de fumées qui se mouvaient lentement comme si elles fussent montées d’un gouffre volcanique.Et ce gouffre se creusait, s’élargissait à mesure que le regard le pénétrait, de sorte qu’on se trouvait bientôt devant un paysage sans confins, flottant entre ciel et terre, de ceux que les vieux gabelous aiment assez à imaginer pour leurs factions d’outre-tombc, formés d'étiers fuyant en ruisselets d’argent dans les palus sombres, de salines aux étroits chemins surplombants où ils circuleraient comme des Dieu-le-père en pèlerine bleue.Le doux Morbihan réalisait enfin son rêve d échappée au large, sa nostalgie de grandeur et de puissance, et devenait à la faveur d'une nuit de gel un océan sans bords.Une plainte sourde arriva des lointains, s’enfla, se rapprocha, se fit de plus en plus rauque, une sorte d’aboiement multiple étiré eh cordon sur la mer,' qui partait de la direction de Pen-Bleil, un îlot semblable à un cuirassé ancré dans la grisaille.Bientôt il distingua sur la mer un repli gonflé et sombre, un ourlet de fumée houleuse d’où sortait l’étrange vacarme : c’étaient les bernaches ! Il chaussa ses sabots de planche aux jambières de toile et entra dans l’eau qu’il tâta du pied pour trouver la chaîne de son bateau.« Doucement, petit! » chuchotait-il en l’amenant à lui.car la barque mettait un empressement d’animal à répondre à son appel, menaçant de le renverser d’un coup de son museau noir.Il rangea son fusil à ses côtés.Tout se faisait sans heurt et sans bruit, car le gibier a l’oreille fine, et les courtes et larges pagaies s’enfoncèrent dans l’eau ainsi que deux nageoires.Personne d’autre que lui à courir la ber-nache par ce froid du diable.Il allait essayer de s’approcher sans être vu de Pen-Bleil d’où il aurait une.chance de canarder la bande.Un goéland qui traversait le ciel en.éclaireur le dépista et lança dans le silence un infernal croassement.L’ourlet de fumée frémit à la surface des flots, ondula, prit son vol d’une seule aile, Noël en Morbihan D /'"'lE JOUR du 24 décembre s’était V-* levé sur le golfe du Morbihan avec une physionomie extraordinaire.Au large, tout était blanc et gelé, et la mer semblait avoir fui de peur de se laisser prendre dans les glaces.Ce qui n’était à marée basse qu’une immense vasière grise où se mêlaient les reflets de la nacre la plus délicate et de l’algue la plus translucide, s’était transformé pendant la nuit en une sorte de toundra pétrifiée du Nord, de lac aux glaçons chaotiques qui laissaient apparaître entre eux des flaques d’une eau pâlie.Là où tout était d’ordinaire mélancolie ou joie riante, selon la brume ou le soleil, dans une ceinture de villages blancs et d’iles vertes, il n’y avait plus qu’une vaste steppe polaire d’où émergeaient de loin en loin des rochers pareils à des épaves d’attelages surpris par la tempête.Et la nuit avait camouflé tout cela.Une nuit de Noël sourde et sans étoiles.cha vers leur haleine engourdie son verte de givre, frangeait l’ombre d’une blancheur miraculeuse.Le vieil homme les effleura douce- 8 ment avec ses grosses mitaines, pour se rendre compte de leur réalité, et pen-rose.« C’est joli! » murmura-t-il.Il n’avait pas fréquenté les écoles, le père Mathurin, ayant appris à lire comme il pouvait, en gardant les vaches, avec l’aide du fournier, du tau-pier ou du paludier de son île, où il faisait à la fois son apprentissage de pêcheur et de pasteur.Personne n’avait jamais prononcé devant lui le mot de beauté ; mais la beauté pousse seule, dans certaines âmes, comme la lande et le genêt, et il lui fallait dire avec une voix de Paradis : « C’est joli », quand il découvrait dans une brousse une branche fleurie de prunellier en plein décembre, ou regardait les alouettes de mer s’élever comme un cerf-volant d’argent au-dessus du golfe.Il décida de débarquer sur Pen-Bleil.où il avait arrangé une niche pour pouvoir se cacher et attendre.II s'assit à l'intérieur, face à la brèche d’où il surveillait la mer.Son ancien métier lui avait donné l’habitude des longues heures de guet patient.Il ne bougeait pas plus qu'un saint de pierre, son fusil posé en travers de ses genoux.Le muret de goémon le protégeait du froid.Ses yeux regardaient le large et son oreille était attentive.De temps en temps un goéland traversait le golfe d’un bord à l’autre, et, en passant au-dessus de la pointe du capuchon du guetteur, lançait un croassement strident.1: ' % Toute sa vie défilait dans sa njé-moire, son enfance de misère, sa jeunesse héroïque.Il souleva encore une fois des barriques pleines, bâtit des canots, des fours, forgea des charrues, ramena à la perche des « flottes » de goémon sur la mer.hissa jusqu’au croc d’une solive de la maison le cochon éventré, retourna à la pelle la glaise des salines, battit au fléau dés aires entières de blé, r’ia de Saint-Armel à Vannes à pied, un sac de bigorneaux équilibré sur sa tête, et ses sabots à la main pour les ménager.Dans ses moments de loisir, il s allongeait dans le foin du grenier et s’exerçait à lire les vieux psautiers abandonnés là par les « mouènes » qui s'étaient réfugiés dans l'ile pendant la Révolution.Et gai et adroit, le plus fort tireur au jeu de boules, le dimanche, dans le courtil pelé par le vent de mer.Et raconteur et chanteur 1 C’était à sa jeunesse qu'il revenait.Sa carrière de gabelou lui paraissait toute proche encore : il serait temps de l'évoquer, une fois devenu un bonhomme de cent ans.Soudain, dans la brume, une cloche tinta.Rêvait-il?.Le vieux, étonné, tendit hors du capuchon sa bonne oreille, tourna lentement la tête de côté et d'autre.La cloche de l’église de Saint-Armel! Ah! oui, il avait oublie il 1 En tournant l’angle du salorge, il se heurta à un fantôme grisâtre qui veillait là, le fusil à l’épaule, revêtu d’une longue houppelande taillée dans de la toile à voile.Une barbiche blanche pointait hors du capuchon.Il ne vint pas au père Lorvol l’idée de le saluer du nom de roi mage.Il avait reconnu un de ses rivaux de chasse et de pêche, Pacoureau, un ancien gabelou comme lui.et comme lui présentement pilleur du golfe.Us échangèrent à demi voix des avis sur la position du gibier, tout juste à l'opposé de ce qu’ils pensaient, sachant bien que l’un n’eût pris les renseignements de l'autre pour paroles d’évangile, même en cette nuit sainte.Mathurin Lorvol laissa Pacoureau à son poste, descendit sur la grève et marcha jusqu'à la pointe où son bateau était ancré.Il y avait encore trop d'eau pour qu'il pût.l'atteindre, Il s'assit sur le seuil de la cabane de varech où il En arrivant sur les digues des sa- abritait son matériel de pêche, rigide lines, scs yeux habitués à l’obscurité dans sa grande pèlerine, et on l’eût curent un éblouissement : la haie de ta- \ pris pour un père Noël venu de la mer.marins qui les bordait, toute recou- | Il essayait de pénétrer de scs yeux grand visage lisse couleur de goémon aigus une nuit dont il n avait jamais vu — Sacré farceur ! Si je pouvais t'envoyer une bordée! grommelait-il.Il avait l’habitude, depuis qu’il était vieux, de causer seul pour se tenir compagnie.Si quelqu’un par hasard se trouvait à l’entendre, il expliquait tranquillement : — C’est à François que je cause.François, c’était le compagnon imaginaire, celui qui partageait ses aventures sur la mer et ses mille travaux sur la terre, l’aidait à bâtir ses cabanes, replanter sa vigne, nettoyer son puits.Sans rien dire, il lui prêtait la main, le soir, pour tirer sur bottes.Il était de son âge, François, quatre-vingts ans passés, et aussi têtu que Le père Mathurin Lorvol regarda l’heure à sa montre accrochée à un clou, contre la muraille.7 heures.Il était temps.La mer baissait vite par morte eau.Il poussa jusqu’au fond de la cheminée la bûche bénite; puis, ayant glissé ses cartouches dans ses poches, il jeta sur ses épaules son ancienne pèlerine de douanier, prit son fusil et s'engagea dans le chemin tortueux qui descendait à la côte.Tout autre que lui s'y fût cassé le cou : mais il savait sur quel côté chaque caillou était couché et comment poser dessus son sabot pour ne pas le dé- : : , 0 ranger.r: Il passa devant le courtil d’une ferme misérable, en contrebas de la butte, où un petit berger de l’Assistance écrasait, en dansant dessus avec ses sabots, de la lande pour la litière des bêtes.La faible lueur venue de la fenêtre éclairait cette danse fantas- ia!.Le gibier ne se montrait plus.Sa rumeur diminuait d’ampleur, n'arrivait plus que comme le halètement de la mer montante qui poussait 'devant elle des blocs d’écume.Impossible d être sûr de rien dans cette nuit bouchée ! A peine s'il distinguait, à moins d’une portée de fusil, un sinagot figé dans la brume, et les îlots minuscules qui parsèment le golfe tique.Marie Le FRANC ii __ ¦aaot
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