La renaissance, 20 juillet 1935, samedi 20 juillet 1935
Première année—l\o 5 10 sous Montréal, samedi 20 juillet 1935 h nmnmmu HEBDOMADAIRE POLITIQUE ET LITTERAIRE Directeur: OLIVAR ASSELIN Chez nous .Hors de la tRéserve* M.Ch.G.rapporte dans le Droit que le député de Témis-couata, M.Jean-François Pouliot, ayant mis à la poste d’Ottawa une lettre adressée « en ville », la reçut quelques jours plus tard avec la mention qu’il n’y avait pas de bureau de poste de ce nom au ( ianada.11 est vrai que cola se passait dans la capitale du pays, qui n’est pas comprise dans la réserve québécoise.Mais la direction de la poste outaouaise lie pourrait-elle pas affecter au déchiffrement du j français, comme on le fait maintenant dans la plupart des autres services, quelque traducteur ignorant, d’ailleurs mal payé.L’idée d’ignorer le français ne serait-elle pas venue à la poste de l’habitude où sont tous les députés français, à commencer par M.Pouliot.et Bourassa, de ne parler qu’en anglais sous prétexte qu'ils sont mieux compris, comme -i.d’être compris, ils avaient plus d'idées ou s’ils avaient jamais, par leur argumentation, changé un seul vote.En Ire démagogues .Nous sommes dotés depuis quelques jours d’un nouveau parti dénommé par son fondateur « Reconstruction party » et par les agents nullement accrédités du Souverain Pontife « Parti de la restauration sociale » parce que, dans les circonstances, « restauration sociale» va particulièrement bien dans le ’’paysager On doit cette fondation à l’ancien ministre du Commerce, M.Stevens, (pii n’ayant pas réussi à mettre la main sur le parti conservateur s’est arrangé pour avoir son parti à lui.M.Stevens voudrait : 1.— relever l’impôt sur les recettes des sociétés ou corporations à multiples succursales, et faire percevoir tous les impôts par Ott awa, avec obligation pour celui-ci d’en partager le produit entre les gouvernements intéressés : 2.— faire passer des lois qui assurent des prix raisonnables à l’agriculture en généralisant la politique du « marketing » pour éliminer les intermédiaires ; 3.— mettre à l’étude toute la question de crédit, avec l’aide des techniciens les plus compétents du Canada et de la Grande-Bretagne, en vue d’élaborer le système de contrôle monétaire qui convienne le mieux au pays ; nationaliser la Banque du Canada ; 4 — restreindre le taux d’intérêt afin que les hypothèques ne coûtent pas plus que 5% ; liquider la dette publique en 25 ans par une exploitation intense du « bouclier » canadien, un usage plus intense du charbon canadien grâce au paiement d’une partie du transport par l’Etat et l’utilisation de la tourbe ; 5.— créer une commission de contrôle du commerce et de l’industrie pour une application rigoureuse des recommandations de la commission d’enquête sur les bénéfices commerciaux ; 6.— achever la route transcontinentale ; ouvrir de nouvelles routes entre la frontière et les « parcs » nationaux avec le concours des provinces ; d’une façon générale, aménager le tourisme dans les régions du nord ; supprimer les passages à niveau ; 7.— inviter les institutions financières à participer à la construction de logements à la ville et à la campagne ; au besoin, financer cette politique par la vente d’obligations garanties par l’Etat ; 8.— prendre des mesures pour l’uniformisation des salaires et des heures de travail ; appliquer rigoureusement la clause du salaire raisonnable dans les entreprises publiques ; en général, voir à [ l’établissement de salaires raison- ! nables dans l’industrie ; 9.— conc’ure des traités de commerce avec l’étranger ; protéger à la fois l’ouvrier et l’agriculteur I ! ) en abaissant le tarif douanier sur les machines agricoles et toutes les classes de matières textiles à l’état brut Iail classes of primary textiles) ; lb.— voir à ee (pie le gouvernement fédéral utilise tous ses pouvoirs constitutionnels, avant de demander aux provinces de renon-ser à aucun des leurs ; 11.— ne consentir à aucune fu sion des chemins de fer de I Etat avec les chemins de fer prives ni a la vente du réseau de l’Etat à des financiers internationaux suivant l’évaluation actuelle ; 12.— trouver à tous les jeunes gens et toutes les jeunes femmes des emplois utiles sur la terre, dans les mines, les forêts et autres carrières industrielles et commerciales ; 13.— mettre à l’étude tout notre s y 8 t è m e pénitentiaire en vue d’« humaniser » les établissements de répression ; 14.— protéger les femmes et lés jeunes filles contre les « patrons sans entrailles » (unscrupulous employers) ; reconnaître le droit j des femmes de participer à toutes les fonctions de l’Etat intéressant la santé et le bien-être du peuple ; 13.— étudier en toute bonne foi et sympathie la législation relative aux soldats démobilisés, en vue de remplir pleinement les promesses faites durant la guerre.On le voit, M.Stevens n’a rien oublié, si ce n’est de dire comment il remplira certains articles de son programme ; comment il pourrait, par exemple, éteindre la dette nationale en 25 années en augmentant encore les largesses de l’Etat envers les vétérans, (pie ceux-ci souffrent ou non des suites de la guerre.M.Woodsworth, ne voulant pas être en reste de démagogie envers son confrère, a publié lui aussi, quelques jours après, son propre programme ou plutôt son propre manifeste, car, le programme, on le connaissait déjà.Ce (pie désire surtout M.Woodsworth, c’est d’abord nationaliser le crédit et le mettre à la disposition de tous, « sans trop s’occuper des plaintes de porteurs d’obligations ».Ce que M.Woodsworth entend par là, il est difficile de le dire, à moins que les porteurs d’obligations ne doivent être sacrifiés dans l’intérêt de tous ceux qui ne détiennent pas d’obligations.Mais ce qui frappe le plus dans le concours de démagogie ouvert entre M.Stevens et M.Woodsworth, c’est (pie, abstraction faite du caractère social de leurs revendications, l’un et l’autre sont surtout impatients d’enrôler sous leur bannière tous ceux qui, n’ayant rien, sont intéressés à faire travailler pour eux ceux qui ont quelque chose.• L 'Angleterre change son fusil d’épaule Le fusil, c’est celui qu’elle épaulait figurativement, pour la défense de la Société des Nations.L’Italie et l’Abyssinie faisant toutes deux partie de la Société, ill importait de ne pas laisser ces deux pays porter scandale à la chrétienté en se livrant l’une contre l’autre à des voies de fait sanglantes, et c’est dans ce but que l’émissaire du Foreign Office, sir Anthony Eden, voulait faire pression sur l’Ethiopie en lui offrant, comme compensation d’un règlement amiable, un couloir de 60 milles (1e longueur allant de ce pays à la Mer Rouge à travers la Somalie britannique.Il y a quelques jours, le successeur de sir John Simon au Foreign Office, sir Samuel Hoare, prononçait un discours (pii faisait prévoir un changement de front de la part (le l’Angleterre : l’Italie, disait sir Samuel, avait droit à une expansion coloniale, il ne fallait pas rejeter d’un coup toutes ses exigences, et ainsi de suite.D’autre part on corn- ! î O M M fl l R € Chez nous et ailleurs Politique extérieure Pour une culture musicale Comment on devient célèbre A travers l’actualité Olivar Asselin André Bowman Léo-Pol Morin Valdombre Jean-Claude Martin La presse canadienne-française Georges Langlois Louis Pel land Toujours le mélo Le rude apprentissage de champion nageur Un cas de survivance L’asthme «La flore laurentienne » (suite) Pierre Dansereau Lettre de Paris Hélène Roulans Chronique financière Augur Jean-Robert Bonnier Jean-Marie Fortier Dr G.A.Séguin mençait à lire dans les journaux ordinairement inspirés par le Foreign Office ou par ses agents que l’Ethiopie n’avait peut-être pas rempli à la lettre toutes les exigences de la Soeiété des Nations : qu’il n’était pas sur, par exemple, qu’elle eût pleinement aboli l’esclavage dans ses domaines.Dans la Gazette du 16 juillet paraissait une dépêehe de Londres faisant prévoir que le gouvernement anglais ne sacrifierait certainement pas la Société des Nations, moribonde mais vraiment trop commode, pour les beaux yeux de celte nation « barbare » que jont les Ethiopiens.Vraiment, tout cela a du sens, et on se demande si un protectorat de l’Italie sur l’Ethiopie ne serait pas aussi avantageux à la civilisation que celui de la France sur le Maroc, obtenu il est vrai avant l’institution de la Société des Nations.II n’en reste pas moins que l’Ethiopie a été admise légalement dans la Société de Genève et que s’il suffit, pour empêcher une nation adhérente d’en attaquer une autre, de poser que cette autre ne mérite pas la protection de la Société, on verra Genève tomber tout à fait sous le règne de l’arbitraire.Le Canada a en l’espèce des droits (pii lui coûtent quelque $300,000 par année.C’est peu pour un pays (pii ne nourrit d’allocations de chômage qu’une population d’un million et quart ; mais c’est beaucoup si cette modeste contribution nous entraîne de nouveau dans une guerre mondiale, que l’Ethiopie y prenne part ou que sa place soit prise par la Germanie.dont il a garanti le prix aux banques, et a'ors ce sont les intérêts (pii s accumulent et la perle éventuelle (pii s’accroît.Four compenser les agriculteurs de.1 Est, l’Etat s’est engagé à primer la production du fromage, ce qui automatiquement dégonflerait la production du beurre.Mais à supposer que cette prime atteigne pleinement son objet, ce ne sera encore qu’une bagatelle dans la situation de nos agriculteurs, tandis que l’Ouest continuera a profiter de l’intervention de l’Etat dans le marché des blés c L'attitude de M.Ferland Le maire de Verdun, M.Ferland, refuse de payer à Montréal la taxe (le vente et il conseille à ses administrés d’en faire autant.Pour savoir s’il a tort ou raison il faudra attendre le jugement des tribunaux.Disons cependant qu'aux yeux d’un profane son attitude ne saurait présenter rien d’extraordinaire, quoi qu’en aient jugé d avance de très savants avocats.Que le parlement provincial puisse concéder à une municipalité un pouvoir d’imposition qu’il n’a pu exercer jusqu’ici qu’en faisant de l’imposé lui-même son agent de recouvrement, passe encore.Qu’il puisse — comme dans le cas de Montréal — déléguer à une municipalité le droit d’exercer ce pouvoir dans une autre municipalité, voilà ce qui se comprend beaucoup moins et où le maire de Verdun pourrait bien avoir raison.• L’Etat et le commerce du blé Poirr tenter de dégager le pays de la situation où l’a mis M.McFarland en accumulant près de 225,000,000 de minots de blé sous la garantie d’Ottawa, à des prix qui présentement dépassent sensiblement les prix courants, M.Bennett a fait voter sur la fin (le la session parlementaire la création d’un conseil de trois.M.McFarland en sera le président si cet habile spéculateur a alors la santé nécessaire pour assumer cette nouvelle charge.Ce conseil aura toute faculté d’écouler les stocks de l’Etat au mieux, ou d’en faire l’acquisition aux cours qu’il jugera convenables.Il a suffi de mentionner la première de ces solutions pour que la cote s’effondrât de plus de 4 sous sur le marché de Liverpool, et M.Bennett, pour empêcher un effondrement encore plus désastreux, a dû s’empresser de démentir au nom de l’Etat toute intention de dumping.La parole de M.Bennett est sujette à variation, mais, à la prendre telle quelle, l’Etat est condamné à conserver jusqu’à une liquidation apparemment impossible les stocks L’Ethiopie et les Etats-Unis A part les discours édifiants dont l’Angleterre agrémente ses conseils à l’Italie sur les inconvénients qu’il y aurait à laisser une puissance blanche s’emparer du lac Tsana — autrement dit, des sources du Nil Bleu — la tragédie qui se joue autour de l’Ethiopie ne laisse pas de présenter certains intermèdes comiques.Telle, par exemple, la demande d’intervention faite aux Etats-Unis par le Lion de Juda.Les Ethiopiens peuvent se targuer de descendre de la reine de Saba et prendre pour un titre de noblesse leur parenté avec les Arabes, mais aux yeux des Yankis 100 pour 100 ils ne seront jamais, au mieux, que des coloured gen’men et des quality niggers.Les Américains, qui chez eux brûlent les noirs après les avoir arrosés d’essence, invoqueraient maintenant le pacte Briand-Kellogg pour les sauver ! Idle est bien bonne ! D’ailleurs, le différend avec l’Italie n’est-il pas déjà soumis à la Société des Nations, et n’est-il pas évident que 1 Abyssinie a là le meilleur des billets ?Après tout, un pacte en vaut un autre.et ailleurs Les chômeurs des camps de concentration Ils reçoivent vingt sous par jour pour six heures île travail qui, au dire de certains d’entre eux, se réduisent à trois — ce qui, en comptant les trois repas, Je coucher, les soins médicaux, fait encore une rémunération raisonnable.Un peu partout ils se mettent en grève pour obtenir un | dollar, sans Iravailler davantage.Ceux de Rockliffe, près d’Ottawa, s’étant portés sur la ville au nombre de 134 après que le commandant du camp eut refusé de faire droit à leurs demandes (il ne pouvait d’ailleurs le faire), le 1 maire, M.Nolan, leur a donné trois jours pour déguerpir.« Après i cela, a-t-il déclaré, il faudra tra-! va il 1er ou partir.» Ce (pie le maire entendait par j « travailler ou partir », les journaux ne le disent pas, car s’il suffisait aux pensionnaires des i camps de se porter sur la ville la plus proche pour avoir du travail aux prix courants, il est clair qu’il resterait peu de monde dans ces établissements, du moins en été.Mais M.Nolan a ajouté : « II y a rareté de main d’œuvre pour les moissons », ce qui indique qu’il voudrait au moins les diriger sur l’Ouest.Avant la crise, les agriculteurs de l’Ouest offraient généralement $4 par jour et même davantage aux moissonneurs, (pii pouvaient faire le voyage de l’Ouest moyennant quinze dollars.Les agriculteurs sont peut-être plus enclins aujourd’hui à travailler de leurs bras, mais d’autre part les chemins de fer aiment sans doute autant réduire encore leur tarif en faveur des voyageurs, que de les transporter gratis comme chemineaux.Mais les chômeurs se sont habitués au chômage.Six heures de travail par jour les garderaient en forme et, comme ils n’ont pas de famille, vingt sous leur suffiraient pour le tabac et autres achats du même genre.Ce qu’ils veulent, c’est un dollar par jour à ne pas travailler.Quatre, trois, même deux rlol'ars à travailler, c’est plus d’argent pour la bière, mais c’est beaucoup plus éreintant.• «• You are a pig » C’est, d’après un compte rendu de la Gazette, ce qu’il paraît qu’a dit F ingénieur du service des eaux, M.Charles-J.Des Baillets, à M.l’échevin Riggar, au cours d’une discussion sur l’opportunité des travaux projetés à la prise d’eau du Saint-Laurent.I Les travaux de l’aqueduc ayant ; notoirement engendré les grands coups d’écumoire de ces dernières années, il est tout naturel (pie M.Biggar se demande s’il est besoin d’autoriser dans le cas actuel une dépense de 12 à 16 cent mille dollars.Mais il y a une chose certaine : c’est que M.Des Baillets, homme bien élevé, n’a pas dit à M.Biggar : « You are a pig ».« Vous êtes un cochon », cela veut dire, en français : « Vous ne respectez pas la vérité, vous m’attaquez injustement, vous laissez des doutes planer sur mon intégrité », et ainsi de suite.Il y a en anglais vingt manières de dire cela, dont la dernière tient toujours de l’argot et est toujours la meilleure.Mais traduire cela par : « You are a pig », cela ne respecte ni le bon sens ni la justice.Les journaux anglais sont malheureusement coutumiers de ces traductions qui dispensent le reporter de chercher longtemps et de consulter un dictionnaire des éauivalents, qu’il n’a d’ailleurs pas toujours dans sa poche.Au pis, M.Des Baillets voulait dire : « Vous êtes un salaud.» Le reporter de la Gazette pouvait lui faire dire en anglais: «You are small potatoes », « You are rotten corned beef », que tout le monde n’aurait peut-être pas compris : « Vous êtes un cochon ».mais aurait été plus près de la vérité.Lui faire dire : « You are a pig », c était ramener toute l’affaire du figuré au réel, de l’abstrait au concret.La révision de la - constitution M.Bennett est décidé, semblc-\ 1-il, a discuter la révision de la constitution avec les provinces en vue d’uniformiser la législation | économique et sociale.L’uniformité en matière économique, pour autant qu’elle reste à réaliser, est ! sans doute désirable, mais avant de remettre à Ottawa plein pouvoir en matière sociale il faudra voir si en cette matière le besoin ; de diversité législative ne découle pas précisément de la diversité des intérêts, des mœurs, des cou-tûmes.C’est ce (pie l’on croyait en \ 1867, c’est ce que l’on a cru jusqu à ces derniers temps encore.| Le désir de ramener toute la ; legislation à un même modèle, évidemment établi par la majorité, est né pour une part de la volonté de se conformer aux idées cou-i rantes sur la nécessité de rappro-I cher les peup'es, même quand il ! n y a pas lieu, et, dans la province de Québec, de la croyance que l’on ; brimerait ainsi M.Taschereau, défenseur reconnu des libertés locales dans 1 intérêt de ce (pie Ton croit être le grand patronat.Mais si M.Bennett voulait réformer la constitution, rien ne l’em-péchait de le faire avant de s embarquer dans cette politique de soi-disant «réforme sociale» (pii a marqué la dernière législature et (pii a fait (pie certaines propositions formulées pur le gouvernement lui-même se présentaient aux Chambres sous le signe de 1 invalidité constitutionnelle.A l’heure actuelle, toute révision constitutionneMe proposée par le gouvernement fédéral apparaîtra forcément comme une carte forcée.Inutile de dire (pie ce n’est pas la manière la nlus raisonnable de faire accepter la révision.• < Au ban de notre patronage * « Les postes ciikc et c K A c, dit le Glide, de Sainte-Marie en I Beauce, sont loin de donner satisfaction aux amateurs.En plein Québec ces deux postes (pii i couvrent toute notre province nous font entendre des programmes anglais presque tout le jour.On semble oublier de faire remarquer à l'annonceur qu’il s’adresse à une population française et non anglaise.L annonce elle-même a j moins d importance, car on sait (pie personne ne prend le temps d’écouter les boniments embêtants de l’annonceur, mais le programme lui-même doit être français et nous conseillons fort aux Canadiens-! rançais de ne pas encourager tout annonceur qui ne prendra pas a 1 avance le soin d’irradier un programme français.Qu’on y songe.Tout annonceur qui irradiera un programme anglais dans Québec devra être mis au ban de notre patronage.» Le ban de notre patronage : voilà une bien grosse menace.Mais la direction des postes intéressés a sans doute observé qu’après très peu de temps le public canadien-français se contente de l’anglais, comme il advint naguère pour les affiches commerciales des tramways.1 out d’abord les clients des lignes Saint-Denis, Amherst, rues Sainte-Catherine et Notre-Dame se raidirent quand ces affiches s'étalèrent pour la plupart en anglais : aujourd’hui ils les subissent, croyant avec raison au’une affiche anglaise n’est pas plus offensante pour un esprit français que le français ordinaire des traducteurs.A quoi bon prêcher la «refrancisation », quand d’ordinaire les textes proposés ne sont que du mauvais jargon, peu ou point I apparenté au français.Olivar ASSELIN hhhhhhrbh hhh —- KHkH wmmammmmnu ._______________ lUHXIISilUl 20 juillet 1935- Réciprocité Depuis quelques générations, les discussions sur la réciprocité commerciale entre le Canada et les Etats-Unis ont fait couler plus d encre que d’argent.Mais la décision des Etats-Unis de ne pas signer de traités de commerce avait, depuis assez longtemps, rayé cette question de tous les ordres du jour.Voici qu elle est revenue d'actualité depuis que nos voisins sont revenus sur leur décision en voyant les marchés étrangers se fermer les uns après les autres et leur marché domestique devenir impuissant à absorber leur production industrielle.Si l’on suivait l'avis de la Gazette, on ferait la nique aux Etats-Unis et l’on se retournerait vers Y Ampàààrc.la main sur le cœur.Car la Gazette ne se préoccupe pas de traiter cette question objectivement.Elle ne la traite pas non plus du point de vue du Canada.Seul le point de vue de l'Empire l'intéresse.On est britannique ou on ne l’est pas.Elle résume, cite, analyse, commente.décortique un article du New York Journal of Commerce.émaillé ses longues et savantes considérations de statistiques et met ses lecteurs en garde contre le plaidoyer du journal new-yorkais.Car.dit-elle, ce projet de réciprocité est dirigé contre les accords d'Ottawa.Et.pour la Gazette, les accords d'Ottawa sont tabou ! Le Journal of Commerce constate que le commerce extérieur du Canada s'est déplacé des Etats-Unis vers l'Empire britannique et la Gazette demande à ses lecteurs s’ils veulent que notre commerce avec l'Empire diminue à l’avantage des Etats-Unis.Parlant des Etats-Unis à ce propos, elles les désigne par l’expression « foreign countni » dans laquelle elle met un; grimace.Elle ajoute, ce qui ne laisse pas d’être juste, que les Etats-Unis n’ont jamais été bien chic avec nous au chapitre des relations commerciales et que nous n avons pas besoin de nous montrer plus chic maintenant que ce sont eux qui viennent solliciter notre clientèle.La Gazette n oublie qu’une chose : c’est que.puisque ce sont aujourd'hui les Etats-Unis qui sollicitent notre clientèle et se montrent prêts à faire des concessions pour l'obtenir.nous trouverions peut-être là l’occasion d'obtenir plus de concessions que nous en pourrions faire.Cela ne serait peut-être pas de si mauvaise politique en temps de crise, dût le commerce de l’Empire en souffrir quelque Est-ce la fin du capitalisme Un cas de survivance La caravane bleue roulait à laisse dans le allure sur la route nationale.Les voiLe nouveau parti île M.Stevens tures venaient de traverser un village peut-il donner le coup de grace au quand une détonation fit ralentir capitalisme canadien ?Il y a év i- l’avant-dernière, qui pencha un peu à déminent, dans le rapport de M.gauche et s’immobilisa près du fossé.Stevens sur les bénéfices commer- Le conducteur de 1 auto-car qui fai-ciaux.assez d’explosif et d’absurdités sait queue stoppa à une faible distance pour mettre à mal l’organisation eco- en avant, sauta a terre et vint rejoindre mimique canadienne.Mais M.Ste- ; son copain qui retroussait scs manches ns triomphera-t-il aux prochaines et jurait en anglais, lous deux se mirent en frais d’enlever les boulons retenaient à la jante le pneu vive mon pardessus et je car.Il fit un pas vers l’intérieur, mais le jeune intraitable, lui barra le passage cens triompnera-t-u aux prod' élections et tiendra-t-il en mains balance du pouvoir ?Ne sera-t-il pas qul tenté de donner un coup de barre de éclaté.mis vers a démagogie ; Serait-ce Les occupants des deux voitures en alors la fin du capitalisme ?Certai- prof.tèrent pour descendre et se dé-nement pas, car le capitalisme ne gourd.r un peu les jambes.Du village meurt pas.Les révolutionnaires lov,l près, une petite bande de curieux russes, mencheviks et bolcheviks, ont accourut, souvent annoncé son trépas au momie.Lu Russie, même soviétique, le ca- pitalisme se porte mieux que jamais et écrase de son poids le peuple russe.Ouvriers et koulaks sont même les esclaves du capitalisme déchaîné et tombé aux mains des politiciens.Les ministres d'Etat de la Russie Ce fut l’affaire de cinq ou six minutes et les lourdes voitures étaient prêtes à repartir.Un petit homme à barbiche, coiffé d’un melon et vêtu d'une jaquette qui le faisait paraître encore plus bas sur pattes, monta dans la voiture 18, qui se trouvait maintenant la dernière, et dite nouvelle, même s'ils portent va- Prl* _place sui la^ troisième banquette, reuse à l'occasion, ne sont au fond 11 était pas sitôt assis qv une jeune que des politiciens de la pire espèce qui, avec leur Guépéou, font marcher et voter le peuple au doigt et a l'ir I.Malgré toutes les belles promesses des Pères de la Révolution, le capitalisme est de plus en plus puissant en Russie.Les politiciens soviétiques n'ont fait que copier et imiter le capitalisme jusqu’aux limites de la monstruosité.Avons-nous besoin, d'ailleurs, d’un M.Stevens pour faire du capitalisme ou des biens de production la chose des politiciens ?Le réseau de lois et de statuts qui réglementent et bouleversent l’économie canadienne contient déjà, en germes, tous les éléments du bolchevisme ou, si \ous préférez, du capitalisme des politiciens.Jean-Marie NADEAU fi le et un homme âgé s’arrêtèrent à côté de lui.L.e petit hoimme eut un moment d’hésitation puis se leva pour les laisser passer.La demoiselle s’installa au fond et son vieux compagnon s’assit à côté.Le petit homme fit de même.Mais il n’était pas tout à fait I suivait tant bien que mal et l’on d’aplomb car les sièges étaient faits j buvait beaucoup de vin.m n rn i m c r! J’regrette, M'sieu’.mais j’ai des ordres.Y faut avoir vo’t’ carte.Alors ce fut une explosion de colère.Par exemple ! Ce n’est pas à moi qu’on fera cela.Je ne suis pas venu ici pour qu’on me renvoie paître.Ma carte, ma carte ! Je suis là, ça suffit.Cependant la foule se faisait plus pressante.Le jeune contrôleur dut se jeter de côté et attraper les petits cartons tant bien que mal.Le petit homme profita du moment pour se faufiler parmi la foule.Après un brouhaha de va-et-vient, un grand bruit de chaises et de couverts, le dîner commença.Un grand murmure s’élevait des tables où avaient pris place un millier de convives.Dans un coin, un orchestre poussif accompagnait un chœur d’hommes et de femmes.Puis ce furent les discours.Des haut-parleurs crachaient l’éloquence de toutes parts.On se renvoyait les compliments et les paroles de bienvenue.Le service des tables se pour- Les échanges internationaux pour deux personnes, et encore.Les deux hommes se jetèrent un regard de côté et ouvrirent la bouche en même temps; mais ce fut la jeune fille qui poussa un petit cri de douleur.A chaque heurt, à chaque tournant, le bouton qui sert à descendre et remonter la vitre lui entrait dans le bras.Le vieux monsieur grogna.— Mais enfin, Monsieur, vous avez pris notre place.Heu.quoi ?fit l’autre.J’ai pris votre place ?Mais je pense bien que non.Ce serait plutôt ma voisine de tout à l'heure, la grande dame blonde, qui pourrait vous dire que vous avez pris la sienne.Mais, au fait, où est-eile ma voisine ?1 iens ! mais qu’est-ce que ça veut dire ?Mais.mais je me serai trompé de voiture, alors ! C’est bien cela; j'étais dans l’autobus no 34, celui-là qui file en avant.Après avoir ajusté son lorgnon, il fit le tour de ses poches et poursuivit : — Ah ! malheur.Et mon ticket et’ tous mes papiers qui sont dans les poches de mon pardessus.Le chauffeur allait plus lentement.I La moitié du trajet n’était pas encore chargés sont fermement l’exécuter.Dans le Ficauo.M.Lucien Rnmicr, dit à ce propos ce qu’il faut rechercher .i __j,, r.„_'jn surtout pour obtenir le résultat voulu : peu.si le commerce du Canada 1 .r « Les marchands — ceux du moins savoir si le commerce ,1,,nl '*’ ,rav,,il e, plus nos conditions sociales et économiques s’améliorent, moins nous avons l’excuses à cotte incuriosité, moins (?us pouvons expliquer ce primarisme mossier.11 semble, pourtant, que notre décimante paresse intellectuelle com-ence à fralpper ceux qui ont le soin i c notre culture et qui sont, en iclque sorte, responsables de l’en-ignement qu’on donne aux jeunes i inadiens.Un peu partout, en haut I u, on commence à fustiger notre , athie déjà légendaire.Notre incurie pour tout ce qui t uche à la culture et aux études < sintéressés est une maladie vieille v imme le Canada.Déjà, aux environs ci' 1695, le baron de La Hontan, licier français en service au Canada, t pariait dans ses célèbres mémoires.I disait en substance que les Cana-c.ens d’alors n’avaient aucun souci < instruction, de culture et de beaux-i Is.Cette indifférence des premiers ( inadiens l’avait frappé.Il est vrai < i uc La Hontan a été très souvent taxé il exagération.Quoi qu’il en soit, le uval demeure.Le bas niveau de notre culture H de notre enseignement supérieur trouvent, il est vrai, mille excuses devant notre paresse.Mais on croit avoir tout dit quand on parie des difficultés de toutes sortes que nous avons rencontrées dans le passé.On croit tout expliquer par le manque de ressources, le bois à abattre et le pain à gagner, et on veut ignorer notre indifférence native, notre paresse intellectuelle, grande, profonde et terrible réalité.On estime même que nous avons tout lieu d’être satisfaits, sans se soucier que ce contentement de soi accuse une lâche bêtise.Cette béate satisfaction de soi-même, qui fait de nous des êtres exceptionnels dans le monde, il ne faut pas la confondre avec la saturation, avec la douce indifférence des yens qui ont fait le tour de toutes choses.C’est, au contraire, une maladie de l’insuffisance, une maladie de l’esprit.Si nous sommes dans cet état déplorable, c’est qu’on ne nous a pas donné les moyens de voir ou de faire autrement, c’est qu’on nous a éduqués exactement comme il le fallait pour en arriver là.Si nos grandes écoles, universités, etc., n'ont pas donné les résultats supérieurs qu’on en attendait — revoir à ce sujet, et parmi d'autres, les courageuses déclarations du cardinal-archevêque de Québec, ou i ncore celles de Mgr Camille Roy —-v ’est que l’enseignement n’y a pas été La primeur comique de la saison rWtfNH FERNAN DEL il» a .h La garnison amoureuse IITVeC Pierre Brasseur — Raymond Cordy — Lucien Baroux et Pierre Magnler quatre Kranilt coin 6(1tenu tlnns un seul filai.pen*e*-y ! EN PROGRAMME DOUBLE Il VIM* RAPT ou « Lu séparation des races » i la* l'ilia le i>l u» tranieenilant réalisé dcimlN les ilélmts j «Iii l'Iaéina parlant SAINT-DENIS I.e filin qui ntteint le record lie « Fanny », « Les Misérables » et « 5 ans sans Femmes» PFV#5£NT-E NAPOLÉON BONAPARTE en 5ième semaine ! Ce film ne «era pax montré ailleurs avant six mois.IjE manquez DONC PAS CINÉMA DE PARIS donné ainsi qu’il eut dû J’être, c’est qu on n’a pas su développer le goût des études désintéressées.Et si, en musique, nous ne sommes toujours que des primaires, c’est qu’on ne nous éduque pas du tout.Car on les compte sur les doigts d'une main ceux qui, au pays de Québec, ont une véritable culture musicale, une culture raisonnée et complète.Et pourtant, nous ne sommes pas fermés à la culture musicale.Nous avons du talent pour la musique, à défaut de réelle curiosité, de besoin profond.Il nous manque seulement de pouvoir cultiver ces dons et les développer.Or, la musique, dans notre province, ot d’une façon générale, n’est ni comprise, ni enseignée comme elle devrait I être.Sur la foi des programmes d’études de certaines maisons, conservatoires, académies ou autres collèges de musique, on pourrait croire que la musique a chez nous une existence officielle et que les maîtres de l’éducation ont tout prévu.Mais, justement, ces maîtres n’ont pas encore su créer les plus ordinaires besoins intellectuels dans la jeunesse musicale.Ils cherchent encore à développer le goût de l’étude et du travail.Ils n’ont pas encore pu saisciter, chez les jeunes, de la curiosité naturelle pour les choses de l’esprit et de l’art.On est donc encore loin de la culture, de la foi, de la discipline et des méthodes raisonnées qui président généralement à l'élaboration des grandes œuvres.On a su appliquer aux sciences et aux beaux-arts des systèmes rationnels et intelligents qui donnent déjà des résultats positifs.Mais on persiste à croire que la musique échappe aux méthodes scientifiques.L’Université de Montréal décerne des titres de Docteur en Musique, mais elle ne possède aucune chaire de musique.Cependant, les maîtres de l’université savent comme nous que la musique, « art de sensibilité vivante », est une excellente éducatrice du cerveau par tout ce qu’elle révèle d’ordonnance, d’énuîlibre et de noble discipline des facultés de l’esprit.Ils savent également que la connaissance de cet art ne peut qu’ajouter aux facilités intellectuelles.Des maîtres éminents nous apprennent que les nombres sont la musiane cachée de l’atchitectuire et ie crois bien nue c’est M.Emile Male, le grand his’orien des cathédrales de Franoe.qui a ainsi formulé la loi secrète de cet art.Eh bien ! on nour-i-ait renverser les termes de la définition et dire oue les nombres sont l’architecture de la musioue.Une fiicme de Bach, une svmohonie de Beethoven, un poème svmiohonique de ^traxvinsky sont des monuments dW-Utecture où les nombres iouent un rôle mvstérieux et subtil, mais impérieux et certain.Dès lors, apprendre la musioue constitue pour l’intelligence le plus fécond exercice intellectuel.Cette étude développe des narres du cerveau oui demeurent inertes sans, le secmurs de cet assouplissement spécial.Un homme oui ne sait nas la musioue.cfsrnme on disait dans la langue d’au-ti-efois.n’a nas un** instruction complète.Enseigner les éléments des sciences, des lettrés ou d**s aTts.en omettant la musioue.c’est comparable è une orvmnastîoue oui oublierait
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