L'ordre nouveau, 20 janvier 1937, mercredi 20 janvier 1937
LORDRE NOUVEAU i ¦ Un monde s’écroule, un ordre nouveau s’élabore.Il faut que les catholiques laissent mourir ce qui doit passer et qu’ils aident à créer ce qui mérite de vivre.— LES ÉVÊQUES DE FRANCE.PREMIÈRE ANNÉE, No 8 Montréal, 20 janvier 1937 ORGANE DES SEMAINES SOCIALES Prix: 5 sous; l’abonnement: $1.00 L’ORDRE CORPORATIF Pour une politique familiale aux prises avec la réalité Journées d'études sociales catholiques tenues à Paris II.Dans l’agriculture II.— Situation précaire de la famille dans la société moderne de l’économie.D’abord, parce que la corporation tend A éliminer les faiblesses et les vices énumérés: elle décentralise, échappe l’ordre corporatif, M.Salleron s'inspire au virus des querelles politiques, règle diode La lour du Pin, dont il aime a citer même la plupart des dillicultés sans recours une définition: «Le régime corporatif est l’Élai-providence; elle réveille donc les une organisation de la société en corps pro- élites paysannes, rend au terrien des droits fessionnels, aussi bien dans l’ordre politique | usurpés par le politicien.Ensuite, elle sim-que dans l’ordre économique.Dans l’ordre piilio et améliore la conduite de la produc-économique, il substitue à la liberté illimitée tion, qui est faite par les intéressés selon du travail et du capital, à la concurrence )cs régions et les produits, conformément à sans frein qui en résulte, des règles véri- |a multiplicité des droits, dans leur réalité tables dictées par les corps professionnels ; e( leur harmonie.La corporation sauverait eux-mêmes dans l’intérêt de la sécurité et de Comme tous les restaurateurs exacts de La nécessité d’une politique familiale s'impose à l’État aujourd’hui plus que jamais.Les changements qui se sont produits dans le régime économique moderne, par le fait de la grande production, ont rendu de plus en plus précaire la situation de l’ouvrier père de famille.Celui-ci, en effet, est de nos jours moins à même de faire face aux besoins d’une famille, parce que, à cause des exigences de la civilisation, il a été peu à peu dépouillé d'une partie de ses moyens de gagner.Il suffit pour s’en rendre compte de jeter un coup d’œil sur le régime économique tel qu’il existait autrefois avant l’introduction de la machine et la généralisation de l’usine.Alors, en effet, la presque totalité des ouvriers, après avoir travaillé quelque temps à salaire, sous la conduite d’un patron, avaient la perspective de devenir patrons à leur tour et d’ouvrir une boutique à leur compte.Ainsi, à mesure que croissaient les charges de famille, les ressources augmentaient en proportion.L’ouvrier avait de plus complète liberté de disposer de son temps; de travailler douze heures, seize heures, dix-huit heures, s’il le fallait, pour subvenir aux besoins de sa famille.Enfin, rien ne l’empêchait, s’il était nécessaire, d’utiliser les forces de ses enfants, dès que ceux-ci étaient capables de rendre service, le niveau de la civilisation n’exigeant pas alors un long stage à l’école.Or, depuis que la machine a permis à la grande production de s’implanter partout, depuis que l’immense usine a fait disparaître la petite boutique, la grande majorité des travailleurs ont perdu la possibilité de devenir patrons.Ils sont destinés à rester leur vie entière au rang des salariés.Au cours de leur vie d’ouvrier, ils verront sans doute croître leur salaire, mais non pas dans la même proportion que leurs charges de famille.Et quand ces charges le presseront, le chef de famille n’aura pas, comme l’ouvrier d’autrefois, la ressource de prolonger son travail et d’augmenter sa production: la journée de huit heures lui est imposée par la civilisation moderne ; elle a été sanctionnée par la législation internationale, en attendant qu’on décrète la journée de six heures comme mesure nécessaire pour faire disparaître le chômage.Enfin, l’ouvrier d’aujourd’hui ne peut compter au même degré que celui des générations précédentes sur la collaboration de ses enfants.La vie moderne exige que l’enfant fasse à l’école un stage de dix, douze ans, et même davantage.De plus, la législation de presque tous les pays interdit à l’enfant tout travail dans les usines avant l’âge de quatorze ou seize ans et, après cet âge, l’État intervient encore parfois pour défendre d’employer le grand garçon à certains travaux qui seraient plus rémunérateurs ou pour limiter la durée journalière de son travail.Toutes ces mesures sont sages et excellentes.Elles sont à l’avantage de la société qui en bénéficiera dans l’avenir, puisqu’elle sera composée de citoyens plus robustes et plus instruits.Mais, en attendant, il faut vivre et le père de famille doit, seul avec ses deux bras, ravitailler, vêtir, loger sept ou huit enfants.On l’a dépouillé, au nom des exigences de la civilisation moderne, d’une partie de ses moyens de gagner.Que lui a-t-on donné en retour ?Rien.Il n’est pas étonnant que dans ces conditions une fraction considérable de la classe ouvrière ne possède pas aujourd’hui les ressources pour assurer le minimum de subsistance d’une famille: c'est, en particulier, le cas pour les ouvriers occupés aux emplois qui ne requièrent aucune spécialisation ou qui ne demandent qu’un léger apprentissage.Dans son dernier rapport officiel, le Conseil Canadien du Bien-être social constatait que dans ce genre d’emploi (unskilled or semiskilled labour) le salaire des travailleurs reste très souvent assez inférieur aux allocations que reçoit en secours le chômeur chef d’une famille nombreuse.Il faut en conclure qu’au Canada une notable partie des chefs de familles nombreuses ne gagnent pas un salaire suffisant pour assurer la subsistance de leurs familles.Or, nous l’avons établi, l’État a le droit et le devoir d’ordonner le régime économique de façon que le groupe familial y puisse vivre convenablement.il ils l'agriculture de son déclin en élevant les agriculteurs à un ordre commun, car le régime corporatif s'oppose non pas à telle ou telle conception d’organisation professionnelle et d’organisation politique, il s'oppose ! d'abord au régime individualiste.Ainsi abritée de la lutte des classes, l'agriculture française pourrait se conduire elle-même, sans la tutelle publique, grâce à ses conseils corporatifs tout proches des syndicats, grâce aux Chambres (l’Agriculture, dotées de pouvoirs corporatifs et chargées de veiller aux intérêts économiques des régions.Chambres et syndicats évolueraient ainsi dans le sens de leurs activités présentes.Car l’agriculture française est prête: ses corporations ne seront pas ceci ou cela, mais les associations actuelles transplantées en régime corporatif, développées et vivifiées par lui.la loyauté du métier.» C'est ce qu’il conviendrait d’appliquer à l'agriculture.Or si, dans le commerce et l’industrie, on trouve des groupements forts, le syndicalisme agricole est généralement faible.Bien mieux, s’il y eut autrefois de nombreuses ' corporations de métiers, on ne vit jamais de corporations agricoles, hormis celles des jardiniers et quelques-unes de vignerons.L’association est un fait récent dans l’agriculture française, dont M.Sallcron donne le mérite à son initiateur: Gailhard-Bancel.Jusqu’au siècle dernier, le problème, agrieole fut un problème de la terre, un problème foncier.Les associations agricoles naquirent d’une réaction de défense contre les trusts de fabricants d’engrais, les concentrations d’acheteurs de produits agricoles.Le régime.corporatif esI nécessaire à l'agriculture.autant, même plus qu’aux autres branches ¦ (/I suivre) La lutte contre le communisme Dans une entrevue donnée â Rome, S.Km.le cardinal Goma, archevêque de Tolède, a déclaré que les nationaux espagnols luttaient d’abord pour la défense de leur foi et que la guerre en Espagne était avant tout une guerre religieuse.Le communisme veut ruiner, a-t-il ajouté, la propriété, la famille, l'autorité, la religion.On l’a laissé durant cinq ans faire une propagande active.Celte propagande a abouti au mouvement subversif d’aujourd’hui.On comprend, à la lumière de celte déclaration, l’opportunité de la consigne que S.Exc.Mgr Gauthier donnait le 31 décembre dernier: « Il ne faut cesser de s'opposer au communisme.Nous ne pouvons le laisser se propager parmi nous.» On saisit mieux aussi le devoir qui s’impose à l’Etat, dont le communisme veut le renversement ici comme en Espagne, de ne pas tolérer ses menées.C’est pour répondre à ces consignes, qui s’inspirent d’ailleurs de celles du Rape, que l'Ordre nouveau fait une si large place dans ses pages à la menace communiste.Quelques-uns préféreraient la politique des yeux fermés et du silence.Dénoncer le communisme serait faire son jeu.L’expérience des autres pays nous enseigne le contraire.Qui veut jouer ici le rôle de l’autruche nous conduira à la ruine.it Le programme politique du nouveau bloc catholique belge Pour répondre aux besoins nouveaux, le Parti catholique belge a refait ses cadres.11 a renouvelé aussi son programme politique.Voici deux de ses principales déclarations: Forme de l'Étal.— Le Directoire reste fermement attaché au régime représentatif, seul compatible avec l’exercice des libertés politiques dans le cadre des partis.Il ajoute cependant que l’existence des partis doit se concilier avec la nécessité de gouverner et qu’à ce point de vue des réformes profondes s’imposent dans le sens d’un renforcement de l’autorité de l’État.Organisation professionnelle.Le Directoire du bloc catholique belge considère comme une urgente nécessité pour le pays de s’engager dans la voie de l’organisation des professions que recommande d’une manière pressante l’encyclique.Qnadragesimo anno.Il estime que celte réforme doit être poursuivie sur la base « des syndicats libres dans la profession organisée », à l’exclusion de tout corporatisme d’Etat.« Si la construction de l’ordre nouveau se Le moyen d’opérer cette adaptation, en partie du moins, existe: ce sont les allocations familiales.Les allocations familiales sont une institution qui a déjà fait ses preuves.Elles ont été mises en opération avec succès depuis près de vingt ans par les patrons de France et de Belgique; depuis quelques années, elles sont appliquées juridiquement et d'une façon généralisée à tous les salariés de ces deux pays.Elles ont été sanctionnées par l’approbation et l’encouragement officiel de Pie XI dans l’encyclique Qnadragesimo anno.Mais une pareille institution ne saurait devenir une réalité chez nous que sous la pression de l’opinion; et le moyen le plus efficace pour mettre la question devant l’esprit du public serait que quelqu’un prit les devants et donnât le branle au reste du pays.Ce rôle reviendrait de droit au gouvernement de la province de Québec.Les allocations familiales sont une création des patrons français et catholiques; n’appartient-il pas au gouvernement français et catholique de Québec, qui est le principal employeur de la province, d’être le premier à donner des allocations familiales à ses fonctionnaires pères de famille ?11 pourrait compléter son action en imposant aux soumissionnaires des travaux publics l’obligation de verser des allocations familiales au personnel qu’ils emploient pour l’exécution de leurs contrats.fait sans les catholiques, avait déclaré le cardinal-archevêque de Malines, quelque temps avant le congrès du Parti, elle se fera contre eux.» Pour les classes moyennes Pense-t-on assez, dans cet effort de restauration sociale qui s’accentue de jour en jour, aux classes moyennes?Le petit propriétaire est une force pour une nation.C’est le meilleur élément d'ordre, de stabilité sociale.« Faites des ouvriers de petits propriétaires, disait un économiste chrétien, et vous éviterez le socialisme.» Mais encore faut-il d’abord s’efforcer de maintenir ceux qui le sont déjà.Or, il est évident que la plupart des réformes préconisées ignorent les classes moyennes quand elles ne les menacent pas.D’où leur mécontentement et souvent leur adhésion à des mouvements de force où elles espèrent trouver une protection à la fois contre l’oppression du capitalisme cupide et la poussée tumultueuse du prolétariat.La sauvegarde des classes moyennes devrait être le souci de tout gouvernement qui a le sens de la justice sociale et du bien commun.Ce serait ensuite le tour des grandes municipalités d’entrer dans la même voie.Nous sommes persuadé qu’il suffirait de voir fonctionner le régime des allocations chez une classe de salariés, pour qu’il soit désiré et réclamé par le reste du pays.Et si jamais la généralisation des allocations devenait une réalité, la solution presque complète du problème matériel des familles serait trouvée; en même temps on aurait dressé une barrière efficace à la propagande du communisme chez nous.\ N Léon Lebel, s.J.if. La Persécution religieuse en Russie et l’opinion protestante Le Parti communiste canadien v LE CATHOLICISME (Sidle) Activités Pour tromper la faveur du public, des ligues surgissent, dirigées par des militants; en plus d’unions pour les minorités étrangères, c'est la Canadian Labor Defence League, la Workers’ International Relief, la League against War and Fascism, la Women’s Labor League, la Farmers’ Unity League, etc., etc.La Workers’ Unity League, mouvement syndical franchement communiste, est maintenant abandonnée.La récente tactique du front uni, du front populaire, contraire A toutes les directives passées, ordonne aux membres de la W.U.L.d'envahir le Congrès des Métiers et du Travail du Canada (section de la Fédération américaine) et le Congrès pan-canadien du Travail.C’est fait.Leur présence se montre déjà influente.L’Ex-Radical dévoile les activités communistes auprès des mineurs, des bûcherons, des débardeurs, et les grèves qu'elles ont provoquées parmi eux.Cette propagande habile et sournoise attaque toutes les catégories d'ouvriers.Journal, tract, plaquette, affiche, bibliothèque circulante, conférence, tout est mis en œuvre pour assurer une propagande efficace, inlassable.Les journaux ouvertement communistes ont 135,000 abonnements payés; les principaux sont : The Daily Clarion (quotidien, Toronto), The Young Worker (hebdomadaire, Toronto), The Ukranians Labor News (quotidien, Winnipeg), Vapus (quotidien, Sudbury) et sept autres hebdomadaires hongrois, russe, polonais, etc.L’auteur commet-il une erreur en plaçant le Monde ouvrier parmi les journaux du Parti?Oui, s'il faut en croire les déclarations de M.Francq, son directeur.\ Nous avons signalé, dans notre numéro du 20 décembre, l’étrange attitude d’un bon nombre de ministres protestants en face du mouvement communiste.Sa malfaisance semble leur échapper.L’ancien préfet du pénitencier de New-Westminster, M.Edgett, cite à ce sujet un journaliste anglais, M.William Henry Chamberlain, qui séjourna en U.R.S.S.de 1922 à 1934, comme correspondant du Manchester Guardian.Ce nouveau témoignage sur la persécution religieuse en Russie est à retenir.En voici la partie essentielle, telle que l’a publiée VAmerican Mercury dans sa livraison de septembre 1936: Principaux aspects de la persécution « Les ministres protestants constituent une partie notable du contingent touristique qui chaque année visite l’Union soviétique.Il convient peut-être de louer la largeur d'esprit qui porte ces gens à rechercher et à découvrir du bon et du bien dans un État fondé sur l’athéisme dogmatique.Mais aucun de ces pèlerins ecclésiastiques à Moscou ne semble avoir entrevu l’étendue de la persécution religieuse sous le régime soviétique.Il faudra vraiment s’inquiéter, si un jour en Allemagne on garde dans le domaine des affaires ecclésiastiques un silence complet de mauvais augure.C’est bien le cas en Russie.Là, aucune relation n’est possible entre les journalistes et les représentants de l’Église orthodoxe ou des sectes évangéliques russes, car les clercs qui se permettraient de telles relations seraient immédiatement arrêtés et conduits en exil.« On peut résumer ainsi les principaux aspects de la campagne soviétique dont le but est de faire disparaître toute forme de croyance religieuse: Enseignement intense de l'athéisme dans les écoles.Tout instituteur qui refuse de donner un enseignement antireligieux risque d'être renvoyé.Défense absolue d'imprimer ou d'importer des livres religieux.Par contre, on facilite le plus qu'on peut la publication intensive de livres athéistes.La liberté qu'on accordait jadis à la propagande religieuse a été retirée, et aujourd'hui une telle propagande est l)lius /
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