L'ordre nouveau, 20 juin 1940, jeudi 20 juin 1940
[ORDRE NOUVEAU Un monde s’écroule, un ordre nouveau s1 élabore.11 faut que les catholiques laissent mourir ce qui doit passer et qu'ils aident à créer ce qui mérite de vivre.— LES ÉVÊQUES DE FRANCE.ORGANE DES SEMAINES SOCIALES Prix: 5 sous; l’abonnement: $1.00 QUATRIÈME ANNÉE, No 18 Montréal, 20 juin 1940 Un problème national Le communisme hors la loi LE CHÔMAGE Le gouvernement fédéral s'est enfin décidé à décréter la mise hors la loi du Parti communiste ainsi que de plusieurs autres associations subversives.Son décret s'appuie sur les règlements de la défense du Canada.Il aurait été préférable, à notre sens, de voter une loi spéciale qui eût subsisté, la guerre finie, et nous eût protégés en temps de paix contre de nouvelles offensives.Il faut féliciter quand même le ministre de la Justice de cette mesure et souhaiter que le gouvernement s'efforce aussi de faire disparaître les conditions économiques qui favorisent l'éclosion du communisme.par le R.P.Jean d'Auteuil RICHARD, S.J.On lira dans une autre colonne du journal les statistiques les plus récentes sur le chômage au Canada.L'amelioration constatée peut bien rassurer quelques esprits facilement satisfaits : elle est toute relative et transitoire, due uniquement à la guerre.Elle laisse au problème tout son aspect inquiétant.Formidable tâche, en effet, pour un petit peuple de 11 millions d'habitants, de devoir assister matériellement 768,500 de ses citoyens, dont 172,000, au demeurant, sont en état de concourir à la richesse nationale, mais ne peuvent le faire, faute d'un emploi où exercer leurs activités.• A VERS LE CORPORATISME « Nous nous acheminons vers le cor- unanimes qu'elle provoqua chez les dé-poratisme et c'est là le progrès », a dé- putés ministériels sont un signe des claré le premier ministre de la province temps.Que de chemin parcouru depuis de Québec en présentant le projet de une couple d'années, alors que le seul loi modifiant la charte de la ville de mot de corporatisme faisait l'effet d'un Montréal.Quoi qu'on pense de ce pro- épouvantail dans les cercles politiques, jet et de sa valeur corporative, la re- Le jour n'est pas loin où Québec don-marque du premier ministre sur le cou- nera l'exemple aux autres pays par son rant corporatiste et les applaudissements organisation corporative chrétienne.Problème Qui defie le bon sens, quand on songe qu'il se pose dans pays jeune, gratifié par la Providence de richesses incommensurables.Problème capital, puisqu'il mine sourdement les forces vives de la nation : ses forces économiques, en accumulant de plus en plus sur les pouvoirs publics, c'est-à-dire en réalité sur la population productive, des charges disproportionnées; ses forces sociales, en poussant insensiblement les masses populaires sur les pentes glissantes des mécontentements révolutionnaires; ses forces chrétiennes, son plus noble et essentiel héritage, en démoralisant (au sens étymologique et fort du terme) ses victimes et leurs familles, en démoralisant notre jeunesse surtout par l'oisiveté forcée.Les efforts tentés dans le passé pour apporter une solution au problème ont été dérisoires.Comme la période des hostilités se prête mal à une politique d'envergure de lutte contre le chômage, il est permis d'augurer pour l'après-guerre une recrudescence du terrible fléau.Le travail de dissociation économique, sociale et morale, auquel nous venons de faire allusion, va continuer à un rythme accéléré.Et l'on peut se demander combien longtemps l'armature de notre société, énervée par l'effort de guerre, pourra tenir contre le flot montant du chômage qui tend à en faire éclater les cadres.Le chômage est le grand problème qui confronte nos démocraties et qu'elles n'ont pas encore réussi à résoudre (au fait, elles ne s'y sont jamais sérieusement appliquées; cette négligence dans le passé, dirait Démosthène, est un motif d'espoir pour l'avenir, si seulement elle sert de leçon et de stimulant).On ne saurait en différer indéfiniment la solution, sans mettre en cause l'existence même de nos régimes politiques.Comment espérer que des foules miséreuses et faméliques conservent bien longtemps leur respect et leur affection à un régime qui engendre le cruel paradoxe de l'abondance pour le petit nombre et de la pauvreté pour la masse?« Un minimum de bien-être est nécessaire à la pratique de la vertu », dit saint Thomas.Ce minimum de bien-être n'est pas moins nécessaire à la stabilité politique.un Nouvelle faveur à la Beauharnois La Chambre des Communes a donné à la Beauharnois Power Company l'autorisation de détourner un volume additionnel de 30,000 pieds cubes par seconde des eaux du Saint-Laurent.Quelques députés se sont opposés à ce nouveau privilège accordé à un puissant monopole.Mais la majorité l'a approuvé.Nous regrettons qu'il n'y ait eu aucun représentant de la province de Québec pour rappeler que les ressources naturelles d'un pays doivent contribuer au bien-être du public plutôt qu'à l'enrichissement de quelques privilégiés.L’exposition de l’artisanat à l’ile Sainte-Hélène public canadien-français au spectacle de l'exposition.Les visiteurs, cette année, devraient être deux fois, cinq fois, dix fois plus nombreux.De l'île Sainte-Hélène, ils rapporteront chez eux, à Montréal, à Québec, dans toutes les parties de la province, une intelligence plus grande du problème vital de l'artisanat et de la petite industrie dans l'économie canadienne-française, une volonté plus ferme de travailler à son expansion méthodique et rapide à travers tout le Québec.Un artisanat solidement organisé sera, sans aucun doute, l'un des moyens les plus puissants de faire face victorieusement aux problèmes angoissants de l'après-guerre.L'Exposition de l'Artisanat, tenue l'an dernier à l'île Sainte-Hélène, en préparation lointaine aux fêtes du troisième centenaire de Montréal, a obtenu un succès inespéré.Forte de cette expérience et assurée d'un intérêt croissant du public, la Commission du Troisième Centenaire a préparé dans le même esprit une deuxième exposition de l'artisanat.Elle est ouverte depuis le 15 juin dans les vieilles casernes de l'île Sainte-Hélène et se terminera le 7 juillet.M.Jean-Marie Gauvreau, dans son livre intitulé Artisans du Québec, a dit les leçons de fierté et de confiance en soi recueillies l'an dernier par le Si la démocratie ne peut donner de solution satisfaisante au problème du chômage, après avoir gagné la lutte présente sur les champs de bataille, elle la perdra sur le front de l'intérieur.La promesse de donner à tout leur peuple du pain et du travail n'est pas étrangère aux prodigieux succès des dictateurs.Il y a deux façons pour nos gouvernants de faire face au problème du chô- mage : F Distribuer des secours en argent, — ou, ce qui est déjà beaucoup mieux, appliquer les chômeurs à l'exécution de travaux publics rentables et productifs; 2° Créer, dans le pays, des conditions telles que le chômage, graduellement, se résorbe de lui-même, comme disparaît l'enflure d'un membre contusionné à mesure que la circulation du sang reprend son cours normal.La première méthode est un expédient.La seconde est une solution de base.Il semble assez clair que les deux procédés doivent être utilisés concurremment.Le premier, simple palliatif, ne règle rien; le second, dont les bons effets ne peuvent se faire sentir qu'à longue échéance, ignore la réalité présente qui appelle une solution immédiate, fût-elle boiteuse.Les estomacs vides ne peuvent attendre.“ Tous pour la victoire ” Le geste du 24 juin Un auteur français écrivait en 1919 : « Il y avait, au 11 novembre 1918 (jour où l'Allemagne vaincue dut se rendre), assez de drapeaux du Sacré Coeur au front pour en planter un tous les cinquante centimètres le long des mille kilomètres qu'avait environ la première ligne.Sur cette armée toute signée du Coeur de Jésus, Dieu a ouvert ses mains pleines de grâces.» Qu'étaient ces drapeaux du Sacré Coeur ?Le drapeau de la France sur lequel des catholiques, pour répondre à la demande de Notre-Seigneur à sainte Marguerite-Marie, avaient placé l'image de son divin Coeur.Cet acte, joint à la consécration des armées alliées par leur vaillant généralissime, le maréchal Foch, eut, à n'en pas douter, un effet puissant sur le dénouement de la guerre.On peut être assuré que le général Weygand, successeur de celui dont il fut le premier lieutenant et l'ami intime, sait recourir aux mêmes forces surnaturelles.Et n'a-t-on pas vu, au commencement de ce mois, le premier ministre de la France, Paul Reynaud, prendre part, dans la basilique du Sacré Coeur, à Montmartre, à un triduum de prières présidé par le nouvel archevêque de Paris, le cardinal Suhard?Reste aux catholiques alliés à se tourner, eux aussi, collectivement vers le Coeur de Jésus, à mettre, en signe de confiance, son image sur leurs drapeaux.Pour le Canada français, la chose est facile.Il y a longtemps que de fiers chrétiens en ont eu le dessein et l'ont mis à exécution.Mais le geste doit se généraliser actuellement.Il faut qu'il constitue comme un hommage de notre nationalité au Sacré Coeur, comme un appel collectif à sa protection.Quelle plus belle occasion que le 24 juin prochain, fête nationale des Canadiens français ?Tout patriote se doit d'arborer sur sa demeure, ce jour-là, le drapeau bleu, à la croix blanche et aux fleurs de lis, qui s'est imposé peu à peu comme le drapeau de notre nationalité.Mais qu'il fasse plus encore ! Confiant dans la promesse de Notre-Seigneur, qu'il place son divin Coeur, entouré d'une guirlande de feuilles d'érable, au centre de ce drapeau.Ainsi, Français de l'ancien et du nouveau monde, unis dans une foi commune, dans un même hommage au Christ « qui aime les Francs », dans un même attachement à la civilisation chrétienne, obtiendront du Coeur de Jésus miséricorde pour leurs péchés et victoire sur leurs ennemis.Le malheur est que nos gouvernants ont fait appel presque exclusivement à la première manière.Elle a l'insigne avantage d'être plus facile d'application : on puise à même le trésor public.La crise présente, persiste-t-on à affirmer, n'est que temporaire : la situation finira bien par se rétablir, et Ton en sera quitte pour quelques taxes nouvelles.C'est la réponse que dicte la loi du moindre effort.Elle mène à la catastrophe.Le projet d'assurance-chômage, dont on parle périodiquement depuis 1930 dans les milieux politiques, et que d'aucuns présentent comme une panacée, relève-t-il de la première méthode ou de la seconde ?L'assurance-chômage, comme d'ailleurs toutes les autres formes de protection contre les risques de la vie, est une des manifestations les plus intéressantes et les plus bienfaisantes du progrès social contemporain.Encore ne peut-elle pas réaliser de miracles économiques ni accomplir ce pour quoi elle n'est pas faite.En temps de guerre, quand les hommes sont fauchés comme des blés et que des villes entières s'abîment dans les flammes, il ne saurait être question d assurance contre les incendies ou contre les accidents.Ainsi les législations les plus parfaites d'assurance-chômage seront inopérantes dans une nation où une partie importante de la population est en état de chômage permanent.De sa nature, cette forme de protection sociale est destinée à obvier aux pertes temporaires d'emploi, au chômage saisonnier, caractéristique de certaines industries, à des formes mitigées du chômage technologique, etc.C est dire que l'assurance-chômage n'apporte pas une solution de base au problème en question et qu'elle ne fera profiter les chômeurs de ses indiscutables avantages que dans la mesure où le chômage cessera d'être une institution permanente de il Test aujourd'hui.Quand il sera réduit aux proportions (A suivre à la page 4) notre société, comme Joseph-Papin ARCHAMBAULT, S.J. Criminalité juvénile et responsabilités familiales Leçon de choses Pensions de vieillesse.Logement Le témoignage de M.Fernand Dufresne Directeur de la police de Montréal lisation que d'emprisonner les jeunes délinquants.On a proposé d'établir le Dans une conférence donnée récemment aux Ligueurs du Sacré Coeur, M.Fernand Dufresne, directeur de la police de Montréal, a exposé le problème de la moralité juvénile.On reconnaît partout la gravité de Loi des pensions de vieillesse, ment les familles à revenu modique et ia question.Aux Etats-Unis, par exem-— Cette publication nous donne un à fortes charges domestiques.La piG| jes statistiques montrent que 20'V sommaire des statistiques et contribu- partie III encourage l'accession à la
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