L'ordre nouveau, 5 août 1940, lundi 5 août 1940
LORDRE NOUVEAU 5S Un momie s’écroule, un onlre nouveau s’élabore.11 faut ORGANE DES SEMAINES SOCIALES QUATRIÈME ANNÉE, Nos 21 et 22 Montréal, 5 et 20 août 1940 que les catholiques laissent mourir ce qui doit passer et qu'ils aident à créer ce qui mérite de vivre.— LES ÉVÊQUES DE FRANCE.Prix: 5 sous; l’abonnement: $1.00 La restauration de la France Encore le divorce Il est trop tôt pour porter un jugement définitif sur l'oeuvre du nouveau gouvernement français.Le passé cependant du maréchal Pétain, ses convictions religieuses et nationales bien connues, l'aide qu'il a demandée aux catholiques sociaux, —on dit même que c'est l'un des plus éminents d'entre eux qui _______ : fut l'inspirateur sinon le rédacteur de la nouvelle constitution de la France, — les mesures que cette constitution contient relativement à la famille, à la corpo-Trente bills de divorce ont été présentés, cette année, au Parlement fédéral.,ration' a Agriculture, l'attitude favorable du Souverain Pontife, tout indique que « Montre en main, a déclaré M.Hansell, j'ai constaté qu'il a fallu moins de douze 6 n°UVe^ gouvernement veut restaurer la nation française sur des bases due-minutes pour que ces trente bills de divorce fussent adoptés en deuxième lecture lei}"es' d a.p,res les ldees d°rdre et de justice, et en conformité avec les vraies après examen en comité.Nous reconnaissons, cela va de soi, que l'adoption : raditions et les meilleurs interets du pays II rencontrera de puissants obstacles de ces mesures, vu qu'elles sont toutes les mêmes, devient une question de rou- ! n a ^'^oneui qu a extérieur de la nation.Fasse le ciel qu il puisse les tine.Il se peut aussi que le comité des divorces de l'autre Chambre les considère mon er ‘ comme question de routine également.» par le R.P.M.-Ceslas FOREST, O.P.Doyen de la faculté de Philosophie de l'Université de Montréal sur- Le débat contre « cette législation putride » avait été amorcé par M.Jean-François Pouliot.Plusieurs députés ont joint leur protestation à la sienne.C'est alors que le T.H.M.Mackenzie King s'est levé et a fait à la Chambre la décla- I ration suivante dont la gravité n'échappera à personne : « Il nous est arrivé à divers intervalles d'assister à un débat du genre de celui qui a lieu cet après-midi.Il y a quelques années à peine, un débat de ce genre eut quelques bons résultats en aboutissant à la création de nouvelles cours de divorce dans certaines provinces.Le gouvernement d'alors, ainsi que les honorables députés, espérait, je crois, que toutes les provinces suivraient cet exemple.Il n'en reste plus qu'une où il n'y a pas de tribunaux de divorce, et peut-être la discussion de cet après-midi contribuera-t-elle dans une certaine mesure à en faire établir prochainement dans cette province.» La prochaine Semaine sociale C'est à Nicole! — et non à Valley-field comme il avait été d'abord annoncé — que se tiendra cette année la Semaine sociale.Des circonstances imprévues ont nécessité ce changement, qui n'est d'ailleurs pour Valleyfield qu'un ajournement.S.Exc.Mgr La-fortune s'est dit heureux d'accueillir les semainiers dans sa ville épiscopale du 19 au 22 septembre.Tous y recevront la plus cordiale hospitalité.Il est à es- pérer que de nombreux auditeurs voudront participer à ces assises.En premier lieu les prêtres et les laïcs du diocèse de Nicole!, mais aussi ceux des autres régions qui s'intéressent aux problèmes sociaux.Ou y traitera des devoirs qu'imposent au chrétien la famille et la nation.Sujet d'une constante actualité mais auquel les événements donnent un renouveau d'importance.La province à laquelle M.le premier ministre fait allusion est la province de Québec.C'est la seule où le mariage soit encore indissoluble.Et, comme l'établissement de tribunaux de divorce relève exclusivement du Parlement fédéral, le souhait exprimé ici par M.Mackenzie King pourrait sembler une menace si nous ne savions par ailleurs quel respect il professe pour l'opinion des diverses provinces, surtout en matière religieuse.Cette opinion s'est exprimée publiquement et officiellement, dans une lettre collective des évêques de la province de Québec, le 2 février 1930.Nous en détachons les passages suivants : « Si Nous élevons la voix, écrivent d'abord nos évêques, c'est avec la pleine conscience ! Une imposante délégation, représentant les autorités religieuses, catholiques d'exercer un droit sacré et imprescriptible.Pour l'immense majorité de cette et protestantes, a rencontré l'honorable M.Gardiner, ministre fédéral, pour lui province, le mariage demeure, aujourd'hui comme aux siècles passés, un sacre- demander d'imposer des restrictions à la vente de l'alcool durant la guerre.C'est ment, une cliuse par conséquent qui releve — en tout ce qui regarde le lien — une mesure d'économie et de sagesse.Des mesures semblables furent adoptées pas du pouvoir temporel des Etats, mais du pouvoir divin de l'Eglise.Nos lors de la dernière guerre.Et actuellement on les remet en vigueur en Europe, législateurs peuvent ne pas partager tous cette conviction; Nous croyons qu'elle Une autre proposition avait été faite au cours du débat sur la loi de l'impôt de s'impose a leur respect.L'histoire leur dira d'ailleurs que jamais la famille n'a guerre.Des membres du parti ministériel et de l'opposition firent remarquer qu'on connu une plus grande cohésion et une plus grande stabilité qu'aux jours où la aurait dû taxer l'alcool.Une taxe de 50 pour cent sur une pinte de spiritueux législation civile s'harmonisait avec la législation ecclésiastique.rapporterait énormément, déclara un député libéral, et elle n'aurait pas, comme la plupart des autres taxes, l'inconvénient de nuire à une industrie bienfaisante.Mais, évidemment, ajoutait-il, les gros intérêts veillent.On s'en est aperçu au lendemain de l'entrevue avec M.Gardiner.La Gazette de Montréal, organe des magnats de l'industrie, publia un article des plus injustes envers les délégués.Tous les groupements sociaux, soucieux de l'ordre et de l'économie, devraient appuyer auprès de M.Gardiner la demande de la délégation.A propos d'alcoolisme non « C'est donc avec l'assurance de servir les intérêts du pays, tout autant que ceux de la religion, que Nous venons vous rappeler, Nos très chers Frères, avec la doctrine indéfectible de l'Eglise sur l'indissolubilité du mariage chrétien, les directions données par le Concile plénier du Canada, directions qui doivent servir de règle immuable à votre action publique.» Voici la partie de la Lettre pastorale qui rappelle ces directions : « Les Pères du Concile exprimaient d'abord le regret que le Parlement se permît d'accorder le divorce par voie de législation spéciale.Depuis lors, l'état de choses qu'ils déploraient s'est singulièrement aggravé.Les demandes se multipliant d'une façon soudaine et imprévue, le Comité de divorce du Sénat s'est peu à peu transformé en une sorte de tribunal dont nos législateurs débordés ne pouvaient ou ne se souciaient pas de discuter les suggestions.« Les députés catholiques, qui s'étaient abstenus jusqu'ici d'intervenir dans la plupart de ces débats, ont cru avec raison devoir faire davantage pour amener le Parlement à supprimer les bills privés de divorce, ou, tout au moins, à leur rendre ce caractère de mesures d'exception qu'ils perdent chaque jour de plus en plus.Nous applaudissons à l'effort qu'ils ont fait.« Toutefois, ajoutaient les Pères du Concile, comme ce serait une source « de maux plus grands, si les divorces étaient accordés par un tribunal ordinaire « et régulièrement constitué, en conformité avec une législation, les vrais chré-« tiens doivent faire tout leur possible pour que cela ne se produise jamais.» « Voilà le point capital autour duquel doivent se concentrer tous les efforts.Qu'on ne dise pas qu'il s'agit simplement de remplacer une procédure défectueuse par une procédure régulière.La loi qui régit le mariage dans la province de Québec, par exemple, est la loi de l'indissolubilité.Les époux qui se présentent devant le Parlement pour faire dissoudre leur mariage ne réclament donc pas un droit, mais une faveur.La dispense qu'ils obtiendront sera une exception et ne vaudra que pour eux.Après comme avant, le mariage restera pour tous indissoluble.« Il ne pourrait, au contraire, établir une cour régulière de divorce sans modifier la loi qui déclare le mariage indissoluble.Ce serait, au point de vue social et religieux, le plus grave attentat que nous aurions eu à subir de sa part.Sans compter qu'il se serait enlevé toute possibilité d'arrêter le débordement du mal.Le jour où le divorce serait devenu un droit légal, nous referions à notre tour l'expérience douloureuse d'autres pays, et nous assisterions à la ruine lente mais sûre de la famille.» Voilà ce que les catholiques du Québec pensaient hier, ce qu ils pensent aujourd'hui et ce qu'ils penseront demain.Ils pensent que c'est plus ou moins en opposition avec l'esprit de la constitution que le Comité de divorce du Sénat s'est transformé, de tribunal d'exception, en tribunal régulier.S'il ne rend pas justice ou s'il entrave le travail de la Chambre, qu'on le supprime simplement.Toutefois, tel qu'il est il vaut mieux encore qu'une cour de divorce.D'abord et juridiques et sera heureuse de profiter de leurs suggestions.Car les initiateurs parce qu'il laisse l'indissolubilité du mariage intacte; en second lieu, parce qu'il du mouvement entendent travailler non au profit d'une seule classe mais pour rend le divorce plus difficile à obtenir et met obstacle à son expansion.Si jamais le bien commun et comptent sur la collaboration de tous ceux qui lui sont défi fut une heure où nous devions mettre au premier plan de nos préoccupations voués.Des groupes se sont formés à Québec et aux Trois-Rivieres pour propager, la défense de la morale et celle de la famille, c'est bien celle que nous vivons, de concert avec le groupement de Montréal, l'idée corporative et contribuer a Cette heure serait donc mal choisie pour doter de cours de divorce la seule pro- j sa réalisation.Il est à souhaiter que des groupes semblables s établissent bientôt vince qui a encore le respect de l'union matrimoniale.| dans les principaux centres de la province.Le spectre du socialisme Un projet de loi permettant à un syndicat de l'Ouest de faire de l'assurance a soulevé un assez vif débat au Parlement.« C'est du socialisme ! » se sont écriés quelques députés, et non des moindres.Mais le ministre du Commerce et des Transports, M.Crerar, remit les choses au point : «Voici un groupe de cultivateurs, dit-il, qui fait d'importantes affaires dans le commerce du grain, chose la plus naturelle du monde.Ils veulent prendre les moyens de faire leurs propres affaires d'assurance.Il y a plusieurs années, les négociants en grain de Winnipeg et quelques exploitants d'élévateurs obtinrent une charte pour la création d'une compagnie d'assurance sur le grain, en vue de le protéger dans les diverses éventualités.On n'a jamais considéré qu'il s'agissait là de mesure socialiste.C'est plutôt une attitude fort louable et tout à fait opposée à la conception ordinaire du socialisme.Pour ce motif, j'estime qu'elle devrait être encouragée.En l'occurrence, il s'agit d'une entreprise coopérative.Ces gens ne demandent pas à l'Etat qu'il se charge de leurs affaires d'assurance-feu.Non, ils veulent le faire eux-mêmes, en se conformant aux lois du pays.Leur entreprise relève des lois d'assurance du Canada, tout comme celles de toute autre maison d'assurance.» Appeler de la coopération du socialisme, reprocher aux cultivateurs de « se mêler de leurs affaires sans recourir à l'Etat, voilà vraiment qui est renversant.Comment, avec de telles tactiques, obtenir ensuite un front commun contre le vrai socialisme ?En vérité, quelques députés gagneraient à suivre des cours de saine sociologie.>>, L’ORGANISATION CORPORATIVE Sans éclat, mais avec la prudence et la ténacité qui garantissent les succès, « l'Action corporative » poursuit son oeuvre.Elle a mis la dernière main au projet de loi qui permettrait l'établissement dans notre province de véritables corporations, douées de tous les pouvoirs inhérents à cette institution.Elle en soumet maintenant le texte aux intéressés ainsi qu'à des personnalités politiques, sociales LA CONVENTION COl| PRATIQUE EI|P I.PRATIQUE ?Le syndicalisme ne prétend pas être une vague et platonique manifestation de solidarité : il fut dans le passé et demeure aujourd'hui encore, pour l'ouvrier, le moyen principal — souvent le seul — de défendre ses légitimes intérêts et d'améliorer progressivement son sort.Moyen, avons-nous dit.Le syndicalisme n'est pas une fin.Il se présente, plus ou moins clairement, selon qu'il s'agit des chefs ou de la masse, comme une étape indispensable vers un régime nouveau d'organisation du travail : par négociation collective.pa le Et cependant ce serait une grave erreur de croire que les origines troubles de la convention collective l'ont marquée pour toujours et que le climat de bataille dans laquelle elle a vu le jour reflète sa nature intime.R.P.Jean d’Autei Mil Issue, pour le corriger, de l’individualisme du siècle 6a dernier, la convention collective de travail est à la foi.siè le témoignage et l’instrument principal de l’étonnant* prJ évolution de nos pays démocratiques qui lentemejp co trop lentement, s’acheminent vers des formes plus , ne Bien au contraire, la convention collective est un merveilleux instrument de paix sociale et de collaboration, exigé impérieusement et par les conditions industrielles du monde moderne et par ïévolution psychologique contemporaine.Aussi, à mesure que, d'une part, le syndicalisme gagnait en puissance et en discipline et se donnait de véritables chefs et que, d'autre part, le patronat pénétrait peu à peu le sens des situations nouvelles et comprenait plus exactement ses véritables intérêts, les relations entre patrons et ouvriers eurent tendance à s'exprimer dans la convention collective.Elle cesse d'être le traité de paix qui met fin plus ou moins heureusement à une lutte, une grève ou à des menaces d'hostilité; elle entre davantage dans son véritable rôle d'instrument normal d'une collaboration dont dépendent le fonctionnement harmonieux de l'entreprise ou de la profession et la prospérité commune de tous les intéressés.La convention collective ', expression concrète, dans la pratique, de ce besoin, est l'objectif par excellence des activités syndicales.Voilà pourquoi la convention collective, en relation essentielle avec le syndicalisme dont elle exprime, tel un baromètre, les fluctuations d‘influence, est fichée au coeur même des préoccupations syndicales, au centre des luttes sociales de ce dernier demi-siècle.La convention collective de travail ! phénomène nouveau, extrêmement riche de possibilités, insoupçonnées hier encore ou volontairement ignorées, pour le réaménagement social du monde.Il vaut la peine de l'étudier dans son contexte historique, pour en dégager ensuite le sens intime et la portée sociale; plus que tout autre facteur, elle est responsable de l'étonnante évolution structurelle de la société qui s'accomplit aujourd'hui sous nos yeux.en France.Les chiffres n'ont cependant qu'une valeur relative, toutes les conventions conclues ou renouvelées n'étant pas toujours communiquées : V \ 1919 .557 1920.345 1924 .177 1925.126 1926.238 1927.58 1929.112 1930.72 .17 1931 1921.159 1932.23 1933.20 1922 .196 1923 .144 .Commentant ces chiffres, le rapport d'une grande enquête menée par le Conseil national économique, en 1934, ne craignait pas de déclarer que « cette situation pouvait comporter des risques sérieux pour ïéconomie du pays et pour la solidarité nationale 1 ».Enfin, aux jours troubles de juin 1936, c'est autour de la convention collective que se cristalliseront les « aspirations populaires » exaltées par la récente victoire du Front populaire.Les Accords Matignon, signés le 7 juin, arrachaient à un patronat affolé une acceptation complète des conventions collectives, situation qu'une loi du 24 juin suivant devait stabiliser.Les conventions collectives dans les deux années qui suivirent se multiplièrent comme par enchantement.Au 15 juin 1937, les statistiques du ministère du Travail accusaient pour l'année écoulée la signature de 4,420 conventions collectives de travail.Au 15 décembre de la même année, ce chiffre avait atteint 5,480 2.Le problème de la convention collective aux Etats-Unis nous rapproche singulièrement du problème tel qu'il se pose au Canada.L'atmosphère sociale des Etats-Unis est nettement défavorable à T éclosion d'organisations syndicales vigoureuses.A cause des relations intimes entre syndicalisme et conventions collectives, on peut prévoir tout de suite que, dans ces circonstances, celles-ci seront relativement peu nombreuses.L'esprit de pionnier (the pioneer spirit) qui a caractérisé le patronat américain, jusqu'au vieillissement brusque de l'économie américaine dans la crise récente, postule une liberté d'action entière.Et quand, devant la pression de plus en plus forte des syndicats, il faudra céder, les premières concessions n'iront guère au delà de la convention collective d'entreprise, qui permet aux patrons entreprenants de neutraliser en grande partie les effets de l'entente.La lutte autour de la convention collective aux Etats-Unis a été particulièrement dure et implacable, les procédés les plus répréhensibles étant, dans certains milieux, d'usage courant.Certains chapitres de l'histoire industrielle américaine sont fort peu édifiants •1.Un des articles les plus importants, — le plus violemment combattu, — de la législation sociale instaurée par Roosevelt à son accession au pouvoir en 1933, tendait précisément à faciliter le recrutement des organisations syndicales et par là à promouvoir l'organisation des relations industrielles par voie d'ententes collectives.Quelques exemples C'est ainsi que dans certains pays où le tempérament national, moins intéressé aux idées qu'aux situations de fait, va comme d'instinct aux méthodes d'accommodement mutuel, la convention collective est entrée depuis longtemps dans les moeurs comme une véritable institution.C'est le cas de l'Angleterre en particulier, de l'Allemagne pré-naziste, des pays Scandinaves.En 1929, il y avait en Allemagne 12,672,060 vriers affectés par des conventions collectives; en Autriche, 957,940; en Hollande, 291,831; en Norvège, 141,535, etc.Le tableau suivant ', concernant la Suède, fera saisir le rôle prépondérant joué par la convention collective dans certaines économies modernes, celles précisément qui jouissent de la plus grande paix sociale.La population totale du pays est d'environ 6,500,000 habitants.Le tableau indique le nombre des ouvriers protégés par des ententes collectives : I Origine de la convention collective On sait comment la convention collective s'est insérée dans l'histoire du dernier siècle.Les interdictions, graduelles en Angleterre, soudaines et totales en France par la législation révolutionnaire de 1791, avaient supprimé, en les mettant hors la loi, toutes les organisations professionnelles, et avec elles le droit lui-même d'association.C'était rendre le plus mauvais service à ceux-là mêmes qu'elles prétendaient « libérer ».Il n'y avait plus désormais, en face de l'Etat, qu'une « poussière d'individus ».B -, ou- Dans l'industrie, alors en pleine expansion, les conséquences furent particulièrement graves.Les ouvriers, isolés et abandonnés à eux-mêmes, devinrent de plus en plus faibles vis-à-vis d'un patronat qui, grâce à la concentration technique d'abord, puis industrielle et bientôt financière, voyait croître sa puissance.Les conditions de travail ne se discutaient plus; elles s'imposaient.Il se trouva alors, pour la honte de l'humanité, trop de patrons sans scrupules et bientôt trop de sociétés anonymes sans âme pour instaurer, au nom même de cette liberté, un régime de véritable esclavage.V 1908.255,950 1921.437,587 1927.464,503 .494,625 .512,542 .541,403 1931 .580,931 1932 .618,034 1933 .636,138 596,563 674,700 1936.719,433 1928 1934 1929 1935 1930 1937.769,172 Ce dernier chiffre représente 7,044 conventions collectives, intéressant 28,189 patrons.Quant à l'Angleterre, ces quelques lignes, empruntées à un document officiel, en diront plus que des chiffres : « Collective bargaining between employers and workpeople has, for many years, been recognised in this country as the method, best adapted to the needs of industry and to the demands of the national character, for the settlement of conditions of ployment of the workpeople in industry.Although collective bargaining has thus become established as an integral part of the industrial system, it has discharged its important function, on the whole, so smoothly and efficiently and withal so unobstrusively, that the extent of its influence is apt to be, if not altogether overlooked, at least underestimated.It has produced a highly coordinated system of agreed working arrangements, affecting in the aggregate large numbers of workpeople and defining, often with great precision, almost every aspect of industrial relations 2.» Parmi les causes nombreuses et complexes qui, en France, ont retardé le développement des fions collectives, signalons : le caractère idéologique de la lutte sociale.D'une part, le patron est profondément imbu de la doctrine libérale de l'individualisme et de la liberté totale; d'autre part, une portion considérable du syndicalisme, inoculée du dogme nefaste de la lutte des classes, repousse par principe toute collaboration, fût-elle immédiatement avantageuse.Les conventions marqueront même depuis 1920 une régression qui n'est pas sans expliquer pour bonne part le malaise et le mécontentement laires.C'était pousser les ouvriers sur la voie des revendications collectives, puisque leurs efforts individuels pour la défense de leurs droits étaient de plus en plus inefficaces.Excédés de cette misère imméritée dont parlera un jour le grand pontife Léon XIII et guidés par des élites actives, ils forcèrent une à une les barrières législatives et pénales derrière lesquelles on avait relégué, au profit d'un individualisme complet, le droit supposément périmé de libre association.Dès lors, à la puissance de l'argent et du pouvoir, ils purent opposer la puissance du nombre : l'égalité des forces était rétablie, et avec elle la liberté dans la fixation des conditions de travail.Mais comme, dans la pratique, la majorité des patrons, au nom d'une doctrine économique déclarée intangible et définitive — qui, au reste, les servait si bien, — persistaient à refuser à leurs ouvriers le droit effectif de s'organiser, c'était la guerre.Mais une guerre se clôt toujours, tôt ou tard, par un traité de paix.Ainsi, dans le champ clos des luttes sociales, les groupements en présence (car c'est bien de forces collectives qu'il s'agit désormais) en arrivaient à des ententes qui étaient, par la force même des choses, collectives.Ainsi est apparue, sur la fin du XIX' siècle, la convention collective de travail, traité de paix souvent caduc, souvent violé par l'une ou l'autre partie, sombrant dans quelque contre-offensive subite, reconquis par la menace d'une nouvelle lutte.em- Conclusion Si l'on étudié l'histoire contemporaine des relations entre le capital et le travail, la convention collective apparaît toujours au centre de toutes les préoccupations comme l'objectif capital qu'il s'agit, pour les organisations ouvrières, de conquérir, pour un nombre trop considérable de patrons, la dernière des concessions à accorder.Cette situation de fait est le reflet de la leur philosophique et sociale de la convention collective.Essayons d'en saisir l'importance.conven- va- Instrument de paix Dans tous les pays, au Canada aussi, la convention collective de travail est née dans une atmosphère de combat, parfois lourde de haines et de violences.une popu- Voici, d'après les statistiques du ministère du Travail, le mouvement des conventions collectives .1 * Rapport La roque sur les conventions collectives au Conseil national economique » (session de novembre 1934).janvier 1935, p.15.n p" "J Evolution des conventions collectives de travail » Paris, 1939, p.197.« Journal officiel », annexe, 3 1.Dans le langage courant, on dit indifféremment : contrat collectif et c:invention collective de travail.En fait, les deux expressions sont loin d'être synonymes; elles expriment doux tendances juridiques très différentes, qui aboutissent en définitive à deux conceptions de la société, la première contractuelle, la deuxième professionnelle et corporative.Pour notre part, nous estimons que seule l'expression «convention collective» rend pleine justice à la richesse du phénomène social à l'étude.1.« Les Entretiens franco-suédois de Pontigny », « Nouveaux Cahiers » 15 juillet 1938, p.13.Sirey, 2.« Report on Collective Agreements between employers and workpeople in Great Britain and Northern Ireland », 1934, vol.I, p.ii, cité par « Trade Union Law in Canada », Ministère du Travail, Ottawa, 1935, p.52.3.Voir par exomplo E.E.Cummins, « The Labor Problem in the United Etata-Un“"Alc/n1;'Patia'itl^SSO pages" Pr°blème """"" 3UX 2 (82) — — L’ORDRE NOUVEAU 5 et 20 août 1940 LECTIVE DE TRAVAIL PHILOSOPHIE « Cette égalité de droits, le contrat individuel est incapable de la garantir.D'une part, le patron de la grande usine est obligé de prévoir un règlement uniforme et par conséquent collectif; d'autre part, la possession des moyens de production confère à l'employeur une prépotence invincible.Le juste contrat de travail, c'est le contrat collectif, que s'obstine à refuser la quasi totalité du patronat français, y compris la plupart des patrons chrétiens l.» ?1® Richard, S.J.2 Primauté de la collaboration sur l’autorité absolue Plus extraordinaire encore est la transformation en train de s'opérer concernant la conduite de l'entreprise.Selon la doctrine libérale, le patron — en vertu de la liberté totale dont est censé jouir l'individu — était chez lui le maître absolu.La liberté de l'ouvrier — proclamée non moins hautement que celle du patron — se résout, dans la pratique, à ce dilemme : ou bien accepter intégralement et quel qu'il soit le régime d'usine que prétend lui imposer le patron, ou bien, si ces conditions lui paraissent incompatibles avec sa dignité d'homme et de père de famille et par suite inacceptables, chercher ailleurs son travail et sa subsistance.Ou ira-t-il ?Devra-t-il, en fin de compte, pour ne pas crever de faim ou de misère, après avoir cherché en vain des conditions plus satisfaisantes, se rallier à l'inévitable, s'abandonner à l'empire absolu du patron ?L'économie libérale ignore et la question et la réponse.On vit alors, en pays censément démocratiques et libres, se créer un nouvel esclavage que ne corrigeaient pas toujours les principes les plus élémentaires de justice et de charité chrétienne.La concentration des entreprises n'allait qu'aggraver la situation en déshumanisant de plus en plus les relations entre l'ouvrier et une direction toujours plus impersonnelle et lointaine.Mais un jour vint où les ouvriers — enfin organisés — firent comprendre à leurs patrons, en usant généralement de la grève, que désormais ils entendaient discuter avec eux, sur un pied d'égalité, les conditions de leur travail et les fixer par entente librement acceptée de part et d'autre.Nous retrouvons la convention collective de travail.La répercussion d'un procédé aussi nouveau devait se faire sentir dans la conduite de l'entreprise.Le patron, hier encore maître absolu d'embaucher qui il voulait, au salaire décidé par lui-même, pour la durée du travail qu'il lui plaisait de statuer, etc., est désormais lié par un nombre toujours grandissant de clauses insérées dans une espèce d'accord qui l'engage en qualité de signataire.Le contrat de travail ne sera plus, dans bien des cas, que l'application exacte à un individu déterminé de stipulations générales fixées à l'avance entre la direction et les représentants des organisations vrières.Or, la convention collective, en devenant l'instrument ordinaire de la collaboration entre le patronat et le personnel, va provoquer entre eux des rencontres de plus en plus fréquentes, de mieux mieux organisées, en vue de poursuivre bilatéralement l'aménagement des relations entre le capital et le travail.De ces rencontres naîtra cette intéressante floraison de commissions mixtes, dont l'idée même eût fait scandale il y a un siècle, mais qui répond si parfaitement à la situation industrielle présente et à la psychologie nouvelle des masses populaires.Faut-il signaler qu'un trop grand nombre de patrons n'ont pas encore saisi le sens de cette nécessaire évolution?Soit reste de libéralisme, soit passion pour le pouvoir et l'indépendance, beaucoup persistent à bouder ce régime nouveau qui limite trop, à leur gré, leur liberté d'action.Ils voient s'étendre avec effarement le champ d'application des conventions; ils y dénoncent volontiers un acheminement inévitable vers une organisation industrielle de la société à base de gestion commune dont la seule pensée les déconcerte.Il se trouve heureusement des patrons sociaux pour comprendre la valeur sociale de la convention collective.Voici l'avis de M.Paul Chanson, président du Syndicat maritime du port de Calais : « Quant aux conditions de travail, nous savons qu'elles intéressent toute la personne du travailleur, son âme, son esprit, son corps; s'il est un contrat que l'homme ait le droit de débattre en connaissance de cause, en toute indépendance, c'est à coup sûr le contrat de travail.Quand vous louez votre champ, votre maison, votre cheval, vous y regardez à deux fois, vous prenez votre temps; mais l'ouvrier qui se loue soi-même ou qui loue ses propres enfants n'y regarde pas de si près, et pour cause.La grande usine élabore unilatéralement et d'autorité ce prétendu contrat qui n'est au fond qu'un diktat que le plus fort impose au plus faible.Le contrat de travail implique sans doute un rapport de subordination, mais dans son exécution, non dans sa conclusion; lors de l'embauche, patrons et ouvriers doivent être deux sujets de droits rigoureusement égaux.ganiques de société.Aussi, depuis trois quarts de siècle, la convention collective est-elle au centre des préoccupations tant patronales qu’ouvriè * courte étude voudrait mettre en lumière l’excepti nolle valeur de ce phénomène social nouveau.3 Primauté du service sur le prolit D'ailleurs, cette collaboration dans la conduite de l'entreprise qui se substitue de plus en plus à l'autorité absolue n'est que la manifestation d'une transformation plus radicale encore dont est l'objet la propriété elle-même.Consultons, une fois encore, l'économie libérale.Pour elle, la propriété, prolongement de l'individu souverain et libre, participe en quelque façon à ses prérogatives : la propriété est un absolu, centré sur l'individu, et dont toute la fonction est de le servir.Le propriétaire pourra bien, s'il en décide ainsi, disposer plus ou moins généreusement de son bien à des fins non personnelles; c'est affaire de charité ou d'humanité, non d'obligation.L'économie libérale n'ignore pas le bien commun, mais déclare que, par le jeu infaillible des lois économiques, il sera d'autant plus assuré que les individus s'abandonneront davantage à la poursuite de leurs intérêts personnels, de leur profit.Il en est sorti le mythe de la production maximum, condition nécessaire et infaillible du plus grand bonheur de l'humanité.Cette conception essentiellement individualiste de la propriété a été gravée dans les moeurs, les codes de loi et les institutions publiques.On sait quelle cruelle déception notre monde, façonné par cette mystique de la production et du profit, savoure amèrement aujourd'hui.La production se paralyse par la richesse même de ses possibilités infinies et devient paradoxalement néfaste à des multitudes miséreuses.Pie XI, d'une plume magistrale, a rappelé la doctrine séculaire du double aspect de la propriété, individuel et social, ses responsabilités vis-à-vis du bien commun que le seul jeu du profit est totalement impuissant à assurer \ Le grand pontife, avec une sainte hardiesse, rappelle ce fait capital — et généralement oublié — que « pas plus que toute autre institution de la vie sociale, le régime de propriété n'est absolument immuable ».La remarque est particulièrement opportune à l'adresse d'un monde qui a vu, dans les méthodes de production, la plus formidable révolution de l'histoire.Qu'y a-t-il de commun, peut-on se demander, entre la production artisanale du moyen âge ou même du XVII" siècle, et la production massive de l'industrie contemporaine ?La transformation est si radicale qu'elle a même suggéré à toute une école, — c'est l'éternel mouvement du pendule, — la substitution intégrale, à la notion de profit personnel, de celle de service de la collectivité et la négation pure et simple de l'aspect individuel de la propriété.C'est la doctrine communiste.Pie XI a montré excellemment qu'il fallait non pas supprimer, mais conjuguer, avec la notion de profit, la conception retrouvée de l'aspect social de la propriété.Or, c'est encore la convention collective qui, en amenant de plus en plus à l'avant-plan des négociations, des préoccupations d'ordre humain, tempère l'exercice traditionnel du droit de propriété et l'oriente vers l'accomplissement de sa fonction sociale.Cette res.io ri- ll.- PHILOSOPHIE \ On peut distinguer trois paliers successifs — d'ordre idéologique plutôt que temporel — dans l'évolution qui, depuis soixante-quinze ans, modifie peu à peu, mais substantiellement, par le moyen de la convention collective, les relations entre le capital et le travail., I Primauté de l’humain L'économie libérale avait proclamé dogme 1 autonomie de l'ordre économique, sa perfection, et, par suite, son intangibilité.Le jeu admirable de ses lois, en particulier la loi de l'offre et de la demande, devait opérer automatiquement les corrections nécessaires.Le travail humain, simple denrée autre, figurait à l'enseigne des « marchandises », soumis à la loi d'airain de la concurrence.De là nous est venue cette expression, aussi abominable qu'exacte, dont nous ne nous sommes débarrassés : le marché du travail.Les abus qui, innombrables, crevaient les yeux, étaient déclarés inévitables, voire même plus apparents que réels.Tout interventionnisme était damné à l'avance; n'entraînerait-il pas, en détraquant le fonctionnement des lois économiques, des abus plus grands que ceux-là mêmes qu'il voulait corriger ?Doctrine froide comme une mécanique, inhumaine et fausse, qui a permis au XIX" siècle, sans qu'il reniât son christianisme officiel, d'écrire quelques-unes des pages les plus laides de l'histoire de l'humanité.Des lois timides, arrachées péniblement à une autorité publique contente de tenir le rôle effacé que lui assignait l'économie libérale, vinrent peu à peu corriger les abus les plus criants.Mais ce n'est vraiment qu'avec l'apparition de la convention collective à la fin du siècle dernier que les valeurs humaines commencèrent à retrouver leur place, surtout sur deux points fondamentaux : les salaires et la durée du travail.A la valeur strictement économique du travail se substitue une conception plus riche, plus large, plus humaine qui transcende les contingences de l'offre et de la demande '.On ne permet plus que les salaires s'abaissent au-dessous d'un niveau déterminé, sous prétexte par exemple qu'une surenchère de concurrences, étrangère ou nationale, exige ces rabattements.Ainsi peu à peu le travail-marchandise tend à devenir le travail-capital jouissant quant à sa juste rémunération d'une priorité de droit sur le capital-argent.Changement véritablement révolutionnaire, au meilleur sens du terme.C'était soustraire en partie au champ jusqu'alors illimité de la libre concurrence le secteur le plus important : les salaires, et doubler la valeur économique du travail d'une valeur humaine, aux multiples exigences.Or, la convention collective, où venaient s'inscrire les victoires successives des ouvriers, a été l'instrument concret qui a opéré peu à peu, dans les faits puis dans les idées, cette redécouverte des valeurs humaines.Son rayonnement débordait bientôt les cadres de l'accord privé et exerçait sa bienfaisante influence sur l'économie entière, les nombreuses lois sociales ne faisant habituellement que sanctionner et généraliser des résultats déjà acquis par les conventions collectives.C'est ainsi que l'on pouvait écrire récemment au sujet de la Suède : « Le système des contrats collectifs couvre actuellement en Suède la majeure partie du marché du travail, et là où il n'est pas encore appliqué, ce sont en fait aussi les stipulations de ces contrats qui servent de règles pour l'essentiel » l’économique sur comme un N comme une G VS pas encore con- i' V ou- en Vers une société corporative Triple primauté : de l'humain sur l'économique, de la collaboration sur l'autorité absolue, de la notion de service sur celle de profit; triple conquête que la pratique de la convention collective assure de plus en plus; triple conquête qui appelle, de sa nature, une véritable refonte de la société où les principes fondamentaux contenus en germe dans la première entente collective entre patrons et ouvriers s'épanouiront dans une définitive collaboration sociale.La société sera alors une économie organique, hiérarchisée, au service de l'homme : la démocratie chrétienne, faite de justice et de charité, dont rêvait le grand pontife Léon XIII; la société corporative, que Pie XI a appelée de ses voeux et à laquelle il a, par ses immortelles encycliques, si judicieusement préparé les voies.» 1.« Los Droits du travailleur et le corporatisme », Doscléo de Brouwer, Paris, 1935, pp.32-33.L'italique est de nous.2.C'est tout l'objet du remarquable ouvrage de H.H.Tawnoy, • The Acquisitive Society ».3.« Quadragoaimo anno », n.48 et suivants.1 Voir dans « Quadragesi.dividuel et social du travail, n.76.2.« Les Entretiens franco-suédois de Pontigny », dans « Les Nouveaux Cahiers», 15 juillet 1938, p.14.le développement sur le caractère in- mo anno » - L’ORDRE NOUVEAU (H3) ¦ 3 5 et 20 août 1940 Le natlonalsocilisme allemand Sources du nazisme: orgueil de race et religion du sang.Hegel et Nietzsche Néo-paganisme antichrétien et matérialisme.Bolchevisme “brun".'À R.P.LOUISAGNON, s.J.< ?i ?Professeur à ITÿfgoriennc Je Rome et au Scolaslicat de'‘^Conception Je Montreal Dans un essai de synthèse, forcément schématique et très sommaire, nous voudrions retracer les grandes lignes .du nationalsocialisme (par abréviation : écho dans les masses populaires ?Avec quasi divine de 1 Etat (ici la nation) et nazisme) et rappeler les condamna- quelle violence habile et calculée n'a- de son rôle, enfin la volonté créatrice, tiens pontificales qui, à plusieurs re- t-il pas su exploiter l'amertume des hu- le pessimisme catastrophique et cos-prises, ont flétri le paganisme raciste initiations subies et le désir nostalgique mique de Schopenhauer.On y recon-symbolisé par la croix gammée.Es- de la grandeur ! En clamfant bien haut naît surtout le panthéisme du sol, de blanche.sayons, d'abord, d'esquisser un exposé des aspirations encore confuses et pour la race et du sang.On y reconnaît La race aryenne, au début de l'ère d'ensemble, aussi objectif que possible; ainsi dire subconscientes dans l'âme Haeckel et son matérialisme anthuopo- historique, aurait habite le plateau de dans une seconde partie, nous résume- populaire, Hitler est apparu, aux yeux logique.On y reconnaît même Nietz- Pamir, en Asie centrale.Par des mile jugement critique qui s'impose, d'un grand nombre d'Allemands, comme sche, avec son surhomme qui se meut grattons successives, elle aurait pénétré le puissant champion du redressement « par delà le bien et le mal», son anti- en Europe, donné naissance à la glo- national et de la revanche, comme un christianisme en réaction contre la cure rieuse civilisation des Grecs, puis, ga- héros wagnérien, un Siegfried capable protestante — mais très mal compris par gnant le nord du continent, elle aurait , de rendre à son pays le courage, la les nazis et odieusement transposé, — formé les nations germaniques.Le nor- Le nazisme n est pas seulement un ej.ja force, en vue des victoires son culte de l'héroïsme et sa volonté de dique est donc le plus authentique desprogramme politique et economique, fufureS- puissance.Cependant, les deux philo- cendant de l'Aryen.Si le sang nordique une certaine forme de gouvernement Qn ga^ l'histoire des progrès du sophes qui relient le national-socialisme ne subsiste nulle part à l'état pur, il qui s oppose a la démocratie parlemen- nazisme; arrivé au pouvoir en jan- à toute l'évolution antérieure, sont reste, pourtant, le caractère prédomi-taire et au capitalisme liberal; mais il vjer 1933, jj a constitué un gouverne- Heidegger, ce néokantien qui cherche nant de la vie allemande.La supério-se fait gloire d apporter au monde une men^ totalitaire et farouchement uni- à concilier la philosophie du devenir rité de la race nordique est le lien vital nouvelle philosophie de la vie, un evan- {a- sous je signe de la fameuse de- avec celle de l'être, et à généraliser la gUi unifie les groupes allemands, gile qui inspire les « mythes » et les vise : « Un Peuple, un Empire, un Chef » conscience, et surtout Spengler.» Outre Ecoutons Hitler lui-même faire le pa-idees-forces du parti hitlérien sur le plan ^-n y0y/r( e/n Reich, ein Führer).l'inspiration de la philosophie dite négyrique de la race aryenne : « Tout national et international, suivant le „ existentielle », on pourrait encore si- ce que nous avons aujourd'hui devant mot consacre en Allemagne, le nazisme Atavisme philosophique gnaler, dans la genèse du nazisme, les nous de civilisation humaine, de pro- V,ne « conception du monde » prolongements du romantisme allemand, duits de l'art, de la science et de la Personne n'aurlla naïveté de croire riques ^tohe^dSer l^gTni%nor^J^%We l'épopéJg^ fruit%%cttitr%t%e%^A%n^ issi us* us* is§p par une longue ebullition souterraine.La « Weltanschauung » qui s élaboré .racisme Pour reconstituer toute la genèse du suivant le dynamisme des événements nazisme, il faudrait retracer l'histoire réunit plusieurs courants de pensée.On allemande des deux derniers siècles.pourrait dire qu'elle est une sorte de , symphonie wagnérienne développant une nouveauté dans 1 histoire.des leitmotivs bien connus dans l'his- grandes conquêtes colonisatrices, en qui, sous la forme de la connaissance, mmn é§üii imni #### IeEEeI WÊ^- moyennes, l'anarchie et les émeutes 1 histoire comporte une apologie de la doctrinale de la supériorité d une race, bons latines, p.200.) sanglantes provoquées par les commu- guerre et accorde a certains peup es une sorte de philosophie anthropolo-nistes rouges une mission divine et un droit absolu, gique qui pretend expliquer i histoire Mais re nui est pnrnre nire c'est le « Dans le processus rationnel et néces- et la civilisation par l'apport culturel déc%J^ saireparlequelestassuréledéveloppe- delasoi-disantraceoryenne., faissement de l'âme nationale.Le ment de l'Idee ici-bas, écrit Hegel, le Ici, encore, le nazisme a des precur-peuple allemand souffre d'un complexe Peuple qui, a une époque donnée, re- seurs.Il nous suffira de citer quelques d'humiliation; il sent peser sur lui « le présente une certaine étape de ce deve- noms : le comte de Gobineau qui publia diktat de Versailles qui le condamne à loppement a contre tous les autres quatre volume, en 1853-1854, sous le une infériorité séculaire ».On se ré- Peuples un droit absolu, et ceux-ci sont titre suivant : Essai sur 1 inégalité des volte intérieurement contre «une dé- sans aucun droit contre lui.» (Cite races Aummnes; Georges Vacher de chéance qui semble imméritée et contre dans Aac/sme ef C/mskamsme, p.Lapouge, processeur a 1 université de châtimentquiparaîttropsévèrepour 125.) MontpeUier, dont les ouvrages prmci- être juste».On s'indigne en voyant Nietzsche paux ont pour titres: /es Se/ec/ions « les nations victorieuses s'enrichir aux Le nazisme s'inspire aussi de Nietz- spcia/es Utiyb), ryen e son dépens d'une Allemagne réduite à la sche, le théoricien du «surhomme».^ socioY (1899); Houston Stewart misère »; bref, le peuple éprouve un Le surhomme doit développer à fond Chamberlain, Anglais naturalise AUe-besoin de revanche, qu'il n'ose pas en- son égoïsme, sa volonté de puissance qui fit paraître, en 899, un ivre core formuler, mais déjà, au fond des et sa personnalité; il est au-dessus du célébré : /es Assises du X/%- siec/e; coeurs, retentissent les mots de la cé- bien et du mal.Voilà la morale des %Tl9n7^ ^ ^ ^ lèbre protestation : «Le Samson aile- maîtres et des hommes supérieurs, qui iyuj?' mand ne restera pas éternellement en- s'oppose à la morale chrétienne des Dans 1 immense littérature racique chaîné à la meule de Versailles.» esclaves, prêchant la pitié, la douceur, ^ 'T lapatieAœhumbleetlerenoncement mentionspeciale:AdolfHitler(Mem delamortification.C'estleLatinchris- ESïiEps implaçableacharnement,lamisère lesnazis?Ce prétendu christianisme P^gande : revues, presse, radio.« imméritée » du peuple allemand, « vie- combat férocement les vertus dites pastime du diktat de Versailles »; il a stig- sives ainsi que le dogme du péché ori- matisé « la faiblesse et la servilité du ginel et le mystère de la croix rédemp- civilisation.Le centre de dispersion de la langue aryenne primitive serait, non point « quelque part en Asie », mais cationnel, économique et politique tout plutôt dans la région letto-lithuanienne; entier commandé et inspiré par une de là auraient dérivé les courants qui « conception du monde » (Weltans- ont donné les langues latines, les lan-chauung) ?gués germaniques, les langues slaves, Que vaut-elle cette conception du tandis qu'un quatrième courant monde ?Que faut-il en penser du rait étendu vers l'Asie donnant les point de vue anthropologique, moral et langues iraniennes et le sanscrit.» (Racisme et Christianisme, pp.77- Veut-011 un confirmatur de celle assertion ?Dans l'Encyclopédie italienne, encouragée par le gouvernement fasciste (on y trouve, en effet, l'article Fascisme écrit par M.Mussolini lui-même), voici ce qu'on peut lire à l'article Razza (vol.28, p.910) : « Il n'existe pas de race italienne, mais seulement un peuple italien et une nation italienne.Il n'existe pas de race juive ni de nation juive, mais seulement un peuple juif.11 n'y a pas de race aryenne, mais seulement une civilisation aryenne et une langue aryenne et même dans cette acception le mot aryen a pour les savants une signification beaucoup plus limitée que le mot indo-européen.» Hélas ! la vérité est relative et changeante ! Le 14 juillet 1938, tous les journaux italiens publiaient un manifeste raciste élaboré par des savants fascistes, dans lequel on trouve, entre autres propositions, les énoncés suivants : « L'Italie est peuplée par une race aryenne pure et son origine et sa culture sont aryennes.— Depuis mille ans il n'y a pas ou en Italie d'invasions.— Il existe donc une race italienne pure.» N'insistons pas.Objectivité de la science et relativisme de la vérité ! valeurs raciales, il faut un Etat fort, centralisé, unitaire, totalitaire; on doit laisser aux peuples décadents le triste privilège de la démocratie parlementaire avec la pluralité des partis.Pour assurer la protection de la race, il faut 1 unité, la discipline et l'obéissance du parti officiel qui représente tout le peuple, sous la direction suprême d'un seul chef (ein Führer).Monopole contrôle sévère de l'Etat sur l'éducation, lutte contre la « juiverie » et le « catholicisme politique ! » Dans le domaine économique, la propriété a pour fonction directe et principale, non pas le service des personnes privées, mais le service de la nauté raciale.De là un régime d'économie dirigée et vigoureusement frôlée, socialisme d'Etat, au profit de la race.m la race aryenne, rameau de l'humanité Pendant quelque temps, il put encore vivre des réserves qu'avait accumulées la civilisation, puis la pétrification fit son oeuvre et cette civilisation tomba dans l'oubli.« C'est ainsi que s'écroulent civilisations et empires, pour céder la place à de nouvelles formations.« Le mélange des sangs et l'abaissement du niveau des races, qui en est la conséquence inéluctable, sont les seules causes de la mort des civilisations anciennes; car ce ne sont pas les guerres perdues qui amènent la ruine des peuples, mais la disparition de cette force de résistance qui est la propriété exclusive d'un sang pur.« Tout ce qui n'est pas, dans ce monde, de race pure n'est que brins de paille balayés par le vent.» (Mon combat, pp.295-296.) Il serait trop long de multiplier les citations.On entrevoit facilement les conclusions logiques d'un pareil postulat : le véritable péché originel, le pire crime, c'est la souillure du sang, le métissage, le mélange du sang nordique avec des races inférieures, tout spécialement avec les sémites, les Juifs.Par nature, le Juif est un être vil, corrupteur, parasite, incapable de grandeur et d'héroïsme.Messianisme nordique Pour restaurer la grande civilisation allemande, il faut purifier le sang nordique de toute contamination, particulièrement de la souillure juive.Il faut rigoureusement interdire le métissage, rendre au peuple allemand la force et la vigueur du nordique primitif.Il faut que toute la vie politique, économique, culturelle tende à promouvoir la pureté, la puissance et l'expansion de la race.C'est la valeur suprême à laquelle tout doit être subordonné.Par tous les moyens : éducation intensive du sens racial, stérilisation eugénique, politique nataliste, économie dirigée et mise au service de la communauté allemande, revendications d'espace vital et domination sur les peuples inférieurs, par tous ces moyens il faut assurer la grandeur et la prospérité de la race allemande nordique.Ce messianisme nordique, ce culte de la race supérieure entraîne, fatalement, une réaction violente contre l'internationalisme décadent du marxisme manoeuvré par les Juifs et aussi contre l'internationalisme d'égalité chrétienne et de charité universelle prêché par l'Eglise catholique ainsi que par les confessions protestantes.Résumé de l’exposé Résumons en un raccourci schématique l'exposé que nous venons de faire, afin de mieux saisir l'enchaînement et la subordination des dogmes nazis.A la base du système, le mythe et la religion du sang, un culte mystique de la race nordique supérieure appelée à la domination; dévouement total et absolu à cette cause divine, puisque c'est Dieu, le « dieu allemand », qui se révèle par la voix du sang.Dieu est l'élan vital, le principe mystérieux du dynamisme racial; le Führer, en défendant les valeurs aryennes, accomplit une oeuvre divine; il faut lui obéir avec une foi aveugle.De cette croyance fondamentale on déduit, avec une implacable logique, les conclusions morales, politiques et économiques.La règle suprême de moralité se ramène à cet axiome : tout ce qui est commandé par le parti et le Führer pour le bien de la race est honnête, légitime et moralement vertueux; tout ce qui nuit à la pureté, à la vigueur du sang nordique est mal et déshonnête.Sur le plan de la politique intérieure, pour défendre efficacement les se se- religieux ?Anthropologie rons au nom de la doctrine de l'Eglise.78.) ou Nous n'entendons pas discuter longuement l'argument anthropologique.Contentons-nous d'un rappel sommaire.La notion de race est fondée sur la communauté des caractères physiques.« La race est donc un groupement présentant les mêmes caractères physiques, anatomiques et biochimiques.C'est une variation somatique, fixée par l'hérédité, à l'intérieur de l'espèce.» (Racisme et Christianisme, p.65.) La plupart des anthropologues distinguent trois races principales : européenne, nègre et mongole, ou, en termes de couleur : blanche, noire et jaune.Chacune des races principales se subdivise en I.—EXPOSÉ commu- 3 con- Enfin, sur le plan international, il faut suivre l'appel du sang.Il faut rattacher au grand arbre aryen les branches allemandes que des traités artificiels ont brutalement coupées pour les enter sur des Etats voisins.Il faut ramener dans la grande famille allemande tous les frères de sang, et par tous les moyens, par la ruse, par les pressions politiques, par l'agitation intérieure, et, s'il le faut, par la force et la guerre, quelles qu'en soient les conséquences.Le respect des droits acquis et des traites, la fidélité aux engagements, ce sont là des obligations juridiques qui s'effacent devant l'impératif naturel et la voix sacrée du sang.IL —CRITIQUE Après cet exposé, abordons maintenant la critique du nationalsocialisme.Quel jugement un chrétien doit-il porter sur le régime et l'idéologie qui l'inspire ?Comment faire le partage entre le bien et le mal, entre la vérité et l'erreur dans cette mystique nébuleuse, fuyante et imprécise ?Part de vérité Il y a une part de vérité même dans les pires erreurs.Au fond, l'erreur est une vérité grossie, exagérée, démesurément poussée.Qu'il y ait une certaine diversité entre les races humaines, une certaine inégalité provenant du climat culturel, des conditions économiques et de l'ambiance sociale, rien de plus évident.Qu'un grand peuple riche d'une longue tradition culturelle, d'une civilisation très haute et d'une histoire glorieuse cultive la fierté nationale et même raciale, rien de plus légitime, pourvu que ces sentiments restent dans les bornes d'un juste patriotisme.Contre le danger de l'internationalisme marxiste, contre les faiblesses et le désordre démagogique de la démocratie, surtout dans un grand pays en pleine crise, contre les abus du capitalisme, une réaction s'impose et des réformes de structure sont nécessaires.Une politique sainement nataliste et familiale, soucieuse de la formation physique et morale de la jeunesse, une intervention ferme de l'Etat pour discipliner l'économie et assurer la fonction nationale de la propriété, quoi de plus légitime ?N'est-ce pas l'objectif tant de fois proposé par les Encycliques pontificales ?Enfin, dans l'ordre international, la révision des traités qui ne correspondent plus aux justes exigences de la situation présente, la revendication d'un espace vital vraiment nécessaire aux besoins d'une grande nation qui a le droit de vivre, mais sans tuer les autres, est-ce que tout cela n'est pas conforme au droit naturel et à la pensée chrétienne ?Il y a dans le nazisme des éléments, des efforts, qui, réduits à une juste mesure, seraient louables et salutaires.Mais comment isoler ces éléments de la mystique générale qui les anime ?Comment établir un bilan exact entre le bon et le mauvais, entre le juste et l'injuste dans un vaste programme édu- s» « sous-races » ou groupes distincts; c'est ainsi que la race blanche comprendrait neuf subdivisions.Jusqu'ici, aucune classification n'a été définitivement et universellement acceptée par les anthropologues.Les uns distinguent treize races, d'autres seize ou dix-neuf; Deniker en compte vingt-neuf.C'est que les critères de différenciation varient avec les systèmes : indice du crâne (dolichocéphales ou brachycéphales), particularités des cheveux, du nez et des yeux, etc.Quoi qu'il en soit de la valeur relative des diverses classifications, voici les conclusions que le Dr Van Campenhout, professeur d'anatomie et d'embryologie à 1 université de Louvain, ne craint pas On voit donc l'inconsistance scienli-de formuler : « 1 Entre les diverses races tique du racisme au point de vue de humaines, il n'existe que des différences l'anthropologie, mais il soulève de détails, constituées par des carac- ce que nous entendons sous le nom d'homme.L'Aryen est le Prométhée de l'humanité; l'étincelle divine du génie a de L'orgueil national et racial n'est pas tout temps jailli de son front lumineux; Les il a toujours allumé à nouveau ce feu Racisme L’Allemagne après 1918 Morale et religion un pro- x blême infiniment plus grave au regard teres héréditaires, mais qui se retrouvent de la morale et de la religion.A plu-dans des races très éloignées les unes sieurs reprises, le néo-paganisme rades autres.cique a été condamné par les évêques , allemands, et tout spécialement par le « 3 II n existe aucun critère permet- Pape Pie XI dans la célèbre encyclique tant d'attribuer à une race une supé- Mit Brennender Sorge de mars 1937.riorité absolue par rapport a une autre En avril 1938, la Congrégation romaine race.» (Racisme et Catholicisme, des Etudes, Séminaires et Universités adressait à toutes les Facultés catho-Le meme auteur ajoute : « Les ten- ligues du monde une lettre contenant dances racistes exprimées par les an- une sorte de Syllabus qui résume en huit thropologistes et politiciens allemands propositions les principales erreurs du ne reposent donc sur aucun fait scientifiquement démontré; à un point de « 2° Aucune race n'est pure.Pureté du sang L'Aryen, en se servant des races inférieures comme d'instruments, a créé les civilisations; mais en perdant la pureté de son sang par le métissage, il a été entraîné dans la décadence.Citons un autre passage de Mein Kampf qui est particulièrement significatif : « Ce ne fut pas par hasard que les premières civilisations naquirent là où l'Aryen rencontra des peuples inférieurs, les subjugua et les soumit à sa volonté.Ils furent le premier instrument technique au service d'une civilisation naissante.« Par suite, la voie que devait suivre l'Aryen était nettement tracée.Conquérant, il soumit les hommes de race inférieure et ordonna leur activité pratique sous son commandement, suivant sa volonté et conformément à ses buts.Mais, en leur imposant une activité utile, bien que pénible, il n'épargna pas seulement la vie de ses sujets, il leur fit peut-être même un sort meilleur que celui qui leur était dévolu, lorsqu'ils jouissaient de ce qu'on appelle leur ancienne « liberté ».Tant qu'il maintint rigoureusement sa situation morale de maître, il resta non seulement le maître, mais aussi le conservateur de la civilisation qu'il continua à développer.Car celle-ci reposait exclusivement sur les capacités de l'Aryen et sur le fait qu'il restait Voici, en substance, le dogme fonda- lui-même.A mesure que les sujets com- gouvernement démocratique issu de la trice.Vérités humiliantes qui entravent mental de la mystique raciste.Il y a, mencèrent à s'élever, et, comme il est constitution républicaine de Weimar »; le développement du surhomme collée- sur la terre, des groupements humains vraisemblable, se rapprochèrent du con- il a dénoncé « l'insolente arrogance et tif et racial, qui paralysent la volonté appelés races, qui se différencient phy- quérant au point de vue linguistique, la T égoïsme des vainqueurs ».Dans un de puissance ! siquement et biologiquement par la cloison qui séparait maître et valet dislivre célèbre, Mein Kampf, commenté Gonzague de Reynold, dans son beau structure corporelle et la qualité du parut.L'Aryen renonça à la pureté de et vulgarisé par une longue campagne livre D'oii vient ïAllemagne ?(pp.sang.Cette diversité n'est pas simple- son sang et perdit ainsi le droit de vivre de discours, Hitler s'applique à démas- 57-58), écrit fort justement : « Presque ment accidentelle ou secondaire, mais dans le paradis qu'il avait créé.Il quer ce qu'il appelle « l'ennemi le plus toutes les tendances de la philosophie il s'agit d'une inégalité profonde, essen- s'avilit par le mélange des races, perdit perfide de la grandeur allemande, le allemande se sont répercutées dans la tielle et spécifique.En vertu de la de plus en plus ses facultés civilisa-principal responsable des malheurs de doctrine du national-socialisme.On y hiérarchie humaine, certaines races trices; finalement il devint, non seule- la patrie : le judéo-marxisme, le so- reconnaît, masqués de formules sim- sont fatalement et irrémédiablement in- ment intellectuellement, mais aussi phy- cialisme international instrument plistes, l'impératif catégorique de Kant, férieures, condamnées par le destin à siquement, semblable à ses sujets et aux des Juifs ».Est-il étonnant que le chef le nationalisme métaphysique de Fichte, servir.Il y a, au contraire, des races autochtones, perdant ainsi la supériorité du nouveau parti national ait trouvé un l'idéalisme d'Hegel avec sa conception aristocratiques et supérieures, issues de qu'avaient eue sur eux ses ancêtres.p.118.) racisme.Le préambule de la lettre déclare que dans la grave persécution qui strictement anthropologique, elles de- sévit contre l'Eglise catholique en Alle-vraient donc être écartées comme étant vue un magne « on fait intervenir des calomnies non justifiées, illusoires et non exemptes impudentes et on répand partout les de dangers.» (Ibid., p.116.) doctrines les plus pernicieuses, fausse- En effet, comment retrouver une race ment colorées du nom de science, dans pure surtout en Europe centrale et sep- le but de pervertir les esprits et d'en tentrionale, lieu de passage de toutes arracher la vraie religio les grandes migrations et invasions, Les propositions que nous allons citer après tous les mélanges qui ont brassé sont vraiment contenues dans le « coran » et rebrassé les divers groupes humains ?naziste, mais il est bien évident que la Quant à l'inégalité des races, n'a- propagande sait habilement orchestrer t-elle pas principalement pour cause la ces « leitmotivs », leur donner des ré-diversite des conditions culturelles et des sonances harmoniques qui en corrigent avantages sociaux ?Ici encore, il y a la brutalité et troublent l'âme ardente n ».Hitler avantages sociaux ?Ici encore, il y a des pauvres et des riches, des groupes des jeunes.Au lieu d'une exégèse ana-lortunés et des prolétaires, mais la di- lytique qui nous arrêterait à chaque gnité de la nature humaine et les capa- proposition, nous allons reproduire de cités naturelles de progrès restent subs- suite les huit articles du Syllabus; puis, nous tâcherons d'en faire un commentaire synthétique et général.tantiellement les mêmes chez tous.« Race aryenne »?Enfin, touchons rapidement une question anthropologique qui ne manque pas de piquant : cette fameuse race aryenne, dont on chante les grandeurs, , , v , -, a-t-elle jamais existé?Est-elle une réa- ^ee que de 1 espece animale la plus lité historique ou un mythe ?au.e'.’\ , n s X}e direct et brutal, cela La plupart des savants répondent ca- re'fient a dire : ü y a Plus de difference tégoriquement : le mot aryen désigne, en!re un ar,yen nordique et un Juif non pas un groupe racial, mais un qu en re un homme et un chien .) groupe linguistique.« Il n'y a pas de « Il faut, par tous les moyens, con- race aryenne, mais seulement une fa- server et cultiver la vigueur de la race mille de « langues aryennes ».A la fin la pureté du sang; tout ce qui conduit du Néolithique, les habitants de l'Europe a ce résultat est, par le fait même, auraient été aryanisés au point de vue honnête et permis.» de la langue, sans changement notable 3.« C'est du sang, siège des carac-dans la constitution de leur type phy- tères de la race, que toutes les qualités sique, ni même probablement de leur un 1.« Les races humaines, par leurs caractères naturels et immuables, sont tellement différentes que la plus humble d'entre elles est plus loin de la plus éle- La race aryenne (A suivre h la page 6) L’ORDRE NOUVEAU ¦ 5 et 20 août 1940 L’ORDRE NOUVEAU 4 - (84) 5 et 20 août 1940 (85) 5 i ¦ core dans les commissions paritaires de l'industrie.Pour échapper aux écrasements inhumains des totalitarismes, les chrétiens sociaux arracheront à l'emprise tentaculaire de l'Etat ces mêmes corps professionnels reconstitués pour les doter d'une autonomie juridique aussi large que possible.L'Etat, ainsi allégé de charges économiques et sociales — qui d'ailleurs dépassent sa compétence, — rentrera enfin dans son rôle essentiel et indispensable, qui est de coordonner et de diriger de haut les diverses activités de la nation.Voilà en deux mots la substance de l'organisation corporative.Jaillie de la nature même de l'homme et de la société, l'organisation corporative est universelle.Puissent se multiplier chez nous les hommes de tête et de coeur pour en appliquer les principes sauveurs aux besoins particuliers de notre pays.Pourquoi parler d’organisation corporative dans ce magnifique album destiné à commémorer, avec le souvenir de Gutenberg, le quinzième anniversaire de la fondation de la Fédération des Métiers de l’Imprimerie ?C’est que l’organisation corporative, aux yeux de la Fédération, exprime le plus parfaitement l’idéal de bonheur, de santé et de paix sociale, à la réalisation duquel elle se dévoue depuis quinze ans.Personne, je pense, n'hésitera à reconnaître que, même indépendamment des innombrables et tragiques problèmes soulevés par la guerre, cela va mal dans le monde.Très mal.De larges portions de la société ne peuvent se procurer les éléments essentiels d'une vie matérielle décente en fait de nourriture, de vêtement et d'habitation.Un chômage généralisé prive des millions d'hommes du droit de travailler et de fonder un foyer.La technique industrielle poursuit toujours sa marche en avant, et pourtant le standard de vie des masses baisse.La richesse augmente sans cesse.et la pauvreté aussi.La classe paysanne et, depuis quelque temps, la classe moyenne rejoignent progressivement la classe ouvrière sous le Expression concrète du bonheur social par le R.P.JEAN D’AUTEUIL RICHARD, S.J.L'Ordre nouveau offre ses félicitations à la Fédération des Métiers de l'Imprimerie à l'occasion du quinzième anniversaire de sa fondation.Il ne saurait mieux les exprimer qu'en reproduisant ici un article du magnifique album-souvenir publié par la Fédération, qui souligne son rôle particulièrement important dans l'évolution sociale de la province.des exécrables systèmes, du communisme ou du totalitarisme, l'un et l'autre également destructeurs de toutes les valeurs humaines et spirituelles.Des chrétiens refuseront toujours de se laisser enfermer dans ce dilemme stupide.Pour échapper à l'anarchie du communisme (née de l'anarchie libérale), ils organiseront fortement la société.Ils le feront d'après les inclinations naturelles des hommes qui les poussent à s'associer les uns aux autres, d'après la communauté de leur travail, de leurs métiers et de leurs intérêts.Ainsi renaîtront les corps professionnels ou corporatifs, dont on trouve déjà des éléments dans les syndicats et plus en- signe fatidique de l'insécurité prolétarienne.Cela ne peut durer indéfiniment.La lourde mission des travailleurs sociaux est de prévenir la révolution en favorisant une saine évolution de la société.Mais en quel sens?Impossible — et c'est heureux ! — de revenir en arrière vers l'organisation, plus exactement : vers l'absence d'organisation, économique et sociale, du siècle dernier.Le libéralisme est bel et bien dépassé.L'avenir, d'autre part, n'est guère engageant.Au train où vont les choses, il semble que la société malade doive verser fatalement dans l'un ou l'autre Et encore.Pourquoi parler d’organisation corporative dans cet album préparé par la Fédération des Métiers de l’Imprimerie ?(Suite à la page 8) n'est-ce pas l'antithèse de la doctrine chrétienne qui enseigne la charité universelle, la fraternité humaine, l'union dans le corps mystique, le pardon des offenses et l'amour, même envers les ennemis ?Le nationalisme païen et ra-cique n'est-il pas l'antithèse de l'internationalisme chrétien de l'Eglise catholique, universelle, qui accueille avec amour tous les hommes, quelle que soit leur race, leur couleur ou leur langue ?christianisme et de l'Eglise.Nous pourrions accumuler les textes tirés des publications officielles du régime : invectives contre le christianisme qu'on appelle une « religion infectée de judaïsme, indigne de l'âme allemande »; parodies sacrilèges des textes chrétiens, insultes grossières contre le Pape, les évêques et le clergé.Mais à quoi bon aligner des citations ?Les faits parlent encore plus haut que les textes.Comment expliquer cette persécution systématique, implacable contre l'Eglise ?D'où vient cet acharnement sadique contre le clergé, procès des devises, procès pour immoralité, internement dans les camps de concentration, espionnage féroce de la Gestapo ?Pourquoi a-t-on supprimé toutes les écoles confessionnelles, les collèges chrétiens, les associations catholiques et les oeuvres de presse ?Les chrétiens d'Allemagne sont condamnés au régime du ghetto.On voudrait imposer aux catholiques « une sorte de vie réduite aux Catacombes » (Documentation catholique, 1938, col.1105).Depuis le début de la guerre, que de cruautés à l'égard des catholiques polonais, combien de profanations sacrilèges et d'églises fermées ! Le nationalsocialisme allemand (Suite de la page 5) intellectuelles et morales de l'homme dérivent, comme de leur source principale.» 4.« Le but essentiel de l'éducation est de développer les caractères de la race et d'enflammer les esprits d'un amour brûlant de leur propre race, comme du bien suprême.» 5.« La religion est soumise à la loi de la race et doit lui être adaptée.» (Christianisme positif ! !) 6.« La source première et la règle suprême de tout l'ordre juridique est l'instinct racial.» 7.« Il n'existe que le Kosmos, ou l'Univers, Etre vivant; toutes les choses, y compris l'homme, ne sont que des formes diverses, s'amplifiant au cours des âges de l'Universel Vivant.» (Monisme panthéiste !) 8.« Chaque homme n'existe que par l'Etat et pour l'Etat.Tout ce qu'il possède de droits dérive uniquement d'une concession de l'Etat.» (Totalitarisme.) Voilà donc, résumées et condensées, les principales erreurs du racisme.Est-il besoin d'en faire un commentaire détaillé ?Ne suffira-t-il pas de souligner quelques points fondamentaux ?Négation du vrai Dieu Dans cette religion de la race et ce culte idolâtrique du sang n'v a-t-il pas la négation du vrai Dieu ?Sans doute, les harangues officielles se terminent souvent par un appel au « Tout-Puissant, au Dieu qui bénit le peuple allemand ».Mais ces expressions recouvrent une conception panthéiste.Le Dieu de la race allemande, c'est l'élan vital du sang nordique, le vouloir-vivre collectif d'un peuple puissant qui aspire à la force du surhomme rêvé par Nietzsche; ce Dieu, c'est un pouvoir impersonnel, c'est l'âme de la race, de la nature et de la terre allemande.Au mois d'août 1938, dans une Lettre pastorale collective, — qui reste un document de tout premier ordre, — les évêques allemands dénonçaient l'erreur panthéiste : « On veut rejeter le Dieu des chrétiens pour mettre à sa place un « Dieu allemand »; mais que signifie, en définitive, « un Dieu allemand » ?Ce Dieu serait-il par hasard différent du Dieu des autres peuples ?Si oui, il en existe autant qu'il y a de races et de nations, c'est-à-dire qu'au fond il n'en existe aucun.On a proclamé que l'Allemand ne reconnaît pas le « Dieu créateur ».Par là l'Allemand fait éternel le monde caduc et rejette l'unique et seul vrai Dieu, entendant, sous le concept de Dieu, tout au plus une expression de l'âme raciale.Mais un tel Dieu ne signifie rien.» (Documentation catholique, 1938, col.1110.) L'encyclique Mit BrennenderSorge signale la confusion panthéiste : « Ne croit pas en Dieu celui qui se contente de faire usage du mot Dieu dans ses discours, mais celui-là seulement qui à ce mot sacré unit le vrai et digne concept de la divinité.« Quiconque identifie, dans une confusion panthéistique, Dieu et l'univers, abaissant Dieu aux dimensions du monde ou élevant le monde à celles de Dieu, n'est pas de ceux qui croient en Dieu.« Quiconque, suivant une prétendue conception des anciens Germains d'avant le Christ, met le sombre et impersonnel Destin à la place du Dieu personnel, nie par le fait la Sagesse et la Providence de Dieu.« Quiconque prend la race, ou le peuple, ou l'Etat.quiconque prend ces notions.et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là.est loin de la vraie foi en Dieu et d'une conception de la vie répondant à cette foi.» (Ed.E.S.P., pp.41-42.) Négation de l’âme spirituelle et immortelle En exaltant comme valeur suprême la pureté et la vigueur du sang, le nazisme s'enlise dans un panthéisme matérialiste qui est la négation de l'âme spirituelle et immortelle.Que signifie, en effet, ce culte du corps, cette mystique des sports, de la gymnastique collective, cette religion de l'entraînement physique en plein air ?Pour séduire la jeunesse, on lui parle d'immortalité, mais il s'agit d'une immortalité impersonnelle et collective; on lui enseigne que les individus sont des choses éphémères comme les feuilles de l'arbre; les feuilles tombent et meurent au pied de l'arbre, mais, en enrichissant la terre, elles contribuent à rendre l'arbre plus grand, plus fort et plus beau; ainsi les individus meurent, mais après avoir servi la communauté raciale, ils se survivent dans l'immortalité d'un peuple puissant et glorieux.La lettre collective de T épiscopat allemand est très explicite sur ce point : « Dans la pleine conscience de notre responsabilité, nous nous élevons donc contre une conception purement matérielle de la vie humaine et contre la négation de l'existence d'une âme immortelle.» (Documentation catholique, 1938, col.1112.) L'encyclique Mit Brennender Sorge déclare : « Quiconque ne veut désigner par le mot immortalité que la continuation ici-bas de la vie collective dans la durée de son peuple., celui-là renverse et falsifie l'une des vérités fondamentales de la foi chrétienne.» (Page 51.) Négation du christianisme et de l’Église Avec son vocabulaire pseudo-mystique et en vertu de la logique du système, le nazisme est la négation du Négation du droit naturel Après avoir nié Dieu, l'âme spirituelle et immortelle, le christianisme et la mission de l'Eglise, le nazisme répudie le droit naturel qui impose des limites au pouvoir de l'Etat, qui sauvegarde l'autonomie de la famille et les droits innés de la personne humaine.En vertu d'un totalitarisme plus barbare que les doctrines tyranniques des anciens, on prétend que tous les droits viennent de l'Etat, qu'ils peuvent être arbitrairement révoqués ou limités par l'Etat.Bref, les personnes humaines ne sont que des instruments destinés à servir la communauté raciale; les individus ne sont que des pièces engrenées dans un mécanisme collectif; le peuple est un troupeau qui doit se laisser conduire par le chef sans demander où Ton va.Totalitarisme grégaire qui légitime et favorise les pires oppressions.Dira-t-on que ces excès sont le fait de fanatiques irresponsables, sans mandat officiel ?Relisons la très grave déclaration des évêques allemands, qui sont beaucoup mieux informés sur la situation que les sympathisants hitlériens d'Amérique : « Aujourd'hui, nous devons à nouveau, forts de toute une série d'expériences, constater que les attaques.tendent à l'anéantissement et à la ruine de la vie catholique; bien plus : à la destruction de l'Eglise catholique en Allemagne.Oui, elles tendent à déraciner le christianisme tout entier et à implanter une croyance qui n'a plus rien de commun avec la foi divine et la foi en l'au-delà.L'évolution des conceptions doctrinales du régime fait apparaître de plus en plus clairement que les cercles dirigeants eux-mêmes ne veulent plus d'un accord réel et permanent avec nous et avec l'Eglise catholique.Que la lutte soit dirigée non seulement contre l'Eglise, mais contre le christianisme comme tel, nous l'avons déjà clairement démontré plusieurs fois.» (Documentation catholique, 1938, col.1104, 1106, 1107.) Bolchevisme « rouge )) et bolchevisme « brun )) Terminons cette critique par un parallèle entre nazisme et communisme.Pendant longtemps on a pu croire que les deux idéologies étaient opposées.Depuis le début de la guerre, la collusion germano-soviétique est un fait qui éclaire singulièrement les affinités profondes du bolchevisme « rouge » et du bolchevisme « brun ».Assurément, il y a une certaine diversité : le communisme est un évangile basé sur les valeurs économiques et la classe prolétarienne; le nazisme s'appuie sur les valeurs biologiques du sang et de la race.L'un est fondé sur le matérialisme « économique », l'autre est un matérialisme « anthropologique ».Les rouges exaltent l'instinct du prolétariat, les bruns font appel à la voix du sang, à « l'âme animale », qui, une fois exaspérée, est capable des pires violences.Malgré ces modalités diverses, les deux matérialismes se rencontrent dans la lutte contre Dieu et l'Eglise, dans la négation des véritables valeurs spirituelles.Les méthodes peuvent varier; la persécution « rouge » a été plus franchement brutale; la persécution est menée par les bruns avec une tactique plus subtile et une stratégie plus scientifique.Les deux bolchevismes sont une terrible menace pour la civilisation chrétienne et les plus hautes valeurs humaines.Que Dieu sauve le monde de la tyrannie communiste et naziste ! En vertu de sa logique interne, l'idolâtrie racique n'est-elle pas nécessairement antichrétienne ?Elle se heurte au dogme de la paternité universelle de Dieu qui embrasse dans son amour toute la famille humaine, sans distinction de races ou de nations.Elle s'oppose au dogme du Christ, Rédempteur universel, qui, de ses bras étendus sur la croix, appelle au salut toutes les nations, tous les peuples, toutes les races.Le racisme, exaltation d'orgueil, de mépris haineux et de violence injuste, 6 - (86) L’ORDRE NOUVEAU - 5 et 20 août 1940 49$ 709419 : Premiere session de formation sociale au Saguenay Education ouvrière I Nécessité et tendance Historique et réalisation, vues d’avenir L'éducation ouvrière implique toute une destinée, dès que l'on consent à en comprendre le sens vrai, comportant, Les écoles d été de formation sociale Les remarquables travaux que le P.lac- à la fois, un souci d'instruction et de inaugurées dans le Québec depuis quel- ques Cousineau nous a présentés sur connaissances, soutenu par des inten-ques années ont suscité dans le pays un l'importance du problème de la famille bons morales.intérêt que justifient T importance des dans la société moderne, sur l'évolution Tout d'abord, une des premières con-sujets traités, la gravité de la situation historique de la famille et sa situation séquences de la juste définition du terme et les résultats escomptés.actuelle dans le monde n'en étaient que éducation ouvrière sera de donner au La haute portée éducative de même plus précieux.Puissions-nous en pro- mot ouvrier un sens nouveau et plus que T utilité pratique de ces sessions de fiter pour prévenir la déchéance de nos complet, pas réservé à désigner exclu-formation ont été démontrées par les belles familles du Saguenay.sivement le travailleur manuel, comme magnifiques réalisations dont elles ont Le P.Louis Chagnon, S.J., pour sa aujourd'hui.L'évolution sociale fait de été l'inspiration plus ou moins directe, part, est entré dans les questions très chacun de nous, tant intellectuels que Il n'est personne aujourd'hui qui ne délicates des erreurs modernes sur la manuels, des ouvriers, ou plutôt des veuille de bon coeur en reconnaître famille et le mariage, mais il s'en est travailleurs, et par là même le rôle l'importance.tiré avec une virtuosité qui fait honneur des travailleurs grandit, en importance à sa science et à ses dons d'expression.et en responsabilité, dans la grande De plus, en présence de S.Exc.Mgr Me- oeuvre de la communauté humaine.Le Royaume du Saguenay est géo- lançon et d'une nombreuse assistance, C'est pourquoi l'éducation ouvrière graphiquement isolé du reste du pays, il a donné la conférence de clôture sur prend une importance toujours gralimais il ne reste pas pour cela indifférent un sujet brûlant d'actualité : le national- dissante, et requiert, dès à présent, dans aux questions sociales ou nationales qui socialisme allemand, dont il a puissam- ses divers aspects, de la réflexion, des préoccupent le Canada.On a vu, dès ment analysé la philosophie pernicieuse, décisions, des programmes, des idées le début du siècle, naître ici les Syndi- Le P.Richard a exposé en connais- en un mot, le tout bien équilibré en un cats nationaux catholiques à l'instiga- seur deux sujets qui nous ont grande- fout organique de culture et de docu-tion de Mgr Lapointe que je salue ici ment intéressés parce que nous les con- mentation, comme apôtre, pionnier et éducateur, naissions d'expérience au Saguenay et II y a certes longtemps déjà que des De façon générale, on peut affirmer que à Chicoutimi surtout : la crise du chô- réformateurs « ouvriéristes » ont exposé le Saguenay, dans tous les domaines, mage et celle du logement.Le P.Ri- toutes les raisons de la nécessité de s'est développé au même rythme que le chard a donné deux autres cours, l'un T éducation ouvrière, et peut-être ne reste du pays : toutes les sociétés, toutes sur la convention collective de travail, reste-t-il pas grand'chose à ajouter en les institutions, toutes les initiatives qui l'autre sur les relations entre l'écono- fait d'argument de fond.Sinon ceci.font la gloire du Québec sont ici floris- mique et le social.qu'il y a urgence plus que jamais, pour santés.On sait quels succès remarquables les travailleurs, de comprendre la gra- la coopération remporte dans notre ré- vité de l'époque qu'ils vivent, la mulli-II nous manquait, pour compléter le 9ion\ 11 convenait qu'il y eût à notre PÜcité, la tragique urgence de nos di- réseau de nos organismes sociaux, une semaine un cours de doctrine sur le vers pro emes sociaux, école d'été de formation sociale, bien ,sujet M.Arthur Tremblay, étudiant à Anciennement, les ouvriers n avaient adaptée à nos besoins et à notre carac- 1 Ecole des Sciences sociales, écono- que le souci de se defendre — et ce tère particulier.Les autorités acéjistes niques et politiques de Québec, s'est souci absorbait toute la substance de en général, et en particulier M.l'abbé acquitte de cette tache en un magni- eurs energies Aujourd hui, il faut a Georges-E.Côté, aumônier de la J.I.C.{lcIue et sol^,e expose.M.Tremblay est la fois se defendre et créer, car la un jeune Chicoutimien qui nous fera part du travail dans 1 économie du honneur s'il atteint l'idéal élevé qu'il monde devient de plus en plus déci-s'est fixé.sive.gnaler l'importance de nos options d'aujourd'hui sur les solutions sociales de demain.Demain.c'est l'acuité encore plus vive et plus urgente des problèmes sociaux non résolus d'hier, et de tout temps.C'est le chômage, les dettes, la grève, la désorganisation, le désemparement, les querelles, et, au total, c'est surtout le manque de préparation et l'atrophie inexcusable de notre sens des responsabilités.Il est caractéristique de noter à cet égard la relation entre le manque de culture générale, d'une part, et l'absence, d'autre part, de doctrine constructive de redressement social dans la plupart des organisations ouvrières du continent nord-américain (Fédération Américaine du Travail, Comité d'Organisation industrielle, etc.).C'est ce qui explique les solutions précaires et courtes généralement mises de l'avant.Or, cela ne suffit plus devant l'ampleur des problèmes d'aujourd'hui et devant les échéances de demain.Il nous faut donc, pour reprendre la consigne si réaliste de la ].O.C., voir, juger et agir., 5 ¦; !; Va i ¦ ¦ M Cette prise de conscience do notre devoir social une fois accomplie, nous allons tout aussitôt constater que les anciennes solutions du socialisme et du marxisme ou de l'individualisme libéral, l'un et l'autre appuyés sur le matérialisme complet, n'ont rien résolu, et, au contraire, n'ont réussi qu'à dissoudre la moralité de l'homme et, avec elle, les meilleurs espoirs de redressement.Il faut donc rendre à l'homme son espoir, son élan, sa loi, sa moralité, et ce sera sur ces bases solides que l'on pourra asseoir ses futures entreprises.« Si cet ouvrage vient des hommes, dit l'Ecriture, il se détruira lui-même.S'il est l'ouvrage de Dieu, vous ne pourrez le détruire.» Tel est l'esprit qui doit animer notre règle et notre orientation de culture générale.De là se dégageront dans la lumière les solutions sociales neuves, appropriées, équilibrées, parce que expliquées et comprises dans le développement même de l'enseignement et de l'éducation des travailleurs tant à l'école que dans les exercices pratiques et quotidiens de leur vie ouvrière et sociale.Les travailleurs saisiront alors le sens et la portée nouvelle de ces mots : salaire, argent, capital, travail, main-d'oeuvre, bénéfices sociaux, responsabilités, droits, devoirs.En un mot, ils comprendront la vraie conception de la vie sociale.A cet égard, on peut se poser cette simple question : quelles sont actuellement, dans notre mouvement ouvrier dit « organisé », sur ce continent, les solutions d'envergure offertes à nos problèmes d'aujourd'hui et de demain ?A part les Syndicats catholiques, qui ont vraiment une doctrine sociale, mais dont on pourrait souhaiter qu'elle soit plus solidement et généralement maîtrisée par eux, la réponse ne fait pas de doute.C'est pourquoi j'ose dire que si le mouvement ouvrier de ce pays ne se met pas sans délai à l'étude sérieuse de ses propres problèmes, lesquels sont, je me plais à le répéter, ceux de la nation elle-même, il marche à la déroute, entraînant celle du pays, simplement parce qu'il aura failli à sa mission.En faut-il davantage pour justifier dans notre milieu le besoin urgent d'éducation syndicale et ouvrière?i I Historique i : à Chicoutimi, caressaient depuis longtemps ce projet; mais les difficultés de l'organisation semblaient insurmontables jusqu'au jour où, ce printemps, le P.Jean d'Auteuil Richard, S.J., de l'Ecole Sociale Populaire de Montréal, vint à Chicoutimi donner une conférence sur le corporatisme.La question fut alors soulevée, et c'est ., ., , .de ce jour que la Semaine de la Villa 0UTte la re9lon les echos de la Villa de de la Jeunesse est née.la Jeunesse; ainsi, le grand public a pu .Le R.P.Richard se chargeait de jouir de nos conferences et s intéresser incomparable qu il leur incombe de dresserunprogrammeetdetrouverdes auxquestionsetudiées.,ouer dans le salut de 1 humanité.l , ™“"t ¦, poiisabilité matérielle de l'organisation.^ mlefetuma" ne U fau! que le to»a°ii ci, ou a a pour e mieux jusqu a lançon, qui, dès qu'il en fut informé, devienne la règle de vie de la nation, a promulgation de la loi de mobilisa- ^orda à la Semaine de la Villa tout ce qui veut dire la règle de vie dd 10n i m ,eu, 3 ors, unf Pulque .on SQn de pasteur du diocèse.Di- l'homme lui-même.Or, l'homme étant escomp ai ou es sor es e , îcu es, e manche soir, 28 juillet, Son Excellence à la fois corps et esprit, nous revenons Projet, allait etre abandonne quand une ^ ^ personne présider la dernière ainsi au sens intégral de l'éducation erniere m erven ion, venue e on - séance de la semaine.Sa présence au ouvrière, qui nous commande, dès le real, par lentremisedu R.P.Raymond milieu de nous était déjà un splendide départ, de nous préoccuper delà for-Dunn, b.J., aumônier general de la encouragement; son allocution de cio- mation complète, c'est-à-dire intégrale-J.I.C„ redonna a tous espoir et cou- ture en contenait d'autres bien précieux ment humaine, du travailleur.qui nous sont allés au coeur et pour lesquels nous, les jeunes, lui sommes profondément reconnaissants.¦ Il faut donc que les travailleurs sa- Les cercles d'études ont été très in- ¦ téressants.Ils ont fourni à nos profes- chent, comprennent, s'informent, s ins-seurs l'occasion de donner des préci- truisent.et, davantage encore, il faut sions qui entrent difficilement dans le qu'ils deviennent des hommes capables cadre d'une conférence ou d'un cours, d intervenir dans toutes les situations de Chaque soir, la radio apportait à la vie collective., capables de comprendre, sans se laisser arrêter par des formules peut-être dépassées, la tâche I 1 rage.' Après d'intenses préparatifs, l'Ecole s'ouvrait à la Villa de la Jeunesse, le mercredi 24 juillet dernier, sous la direction générale du R.P.Dunn.Les PP.Richard, Cousineau et Chagnon étaient délégués comme professeurs et conférenciers par l'Ecole Sociale Populaire de Montréal.Voilà, en résumé, l'historique de la première session de formation sociale tenue à Chicoutimi.A la base de l'éducation ouvrière, Ce sont ensuite nos semainiers qui nous posons donc le double fondement se sont imposé nécessairement des sacrifices pour se transporter à la Villa de la Jeunesse pour la session entière ou pour l'une ou l'autre des conférences.Les Syndicats catholiques de Chicoutimi, de Jonquière, de Kénogami et de culture générale et de documentation sociale.Un petit effort de synthèse va nous faire comprendre que culture générale et documentation sociale sont les termes complémentaires d'un même de Bagotville ont envoyé aux cours du mode de formation de notre intelligence soir et pour la journée entiers du di- et de nos volontés, en ce que la culture manche de belles délégations.Leur générale guide et oriente nos efforts, , presence au milieu de nous, tout en leur tandis que la documentation sociale les Le programme de cette premiere se- permettant de profiter eux-mêmes de soutient.Ne faisons donc aucun classe-rnaine comprenait des sujets destines l'enseignement social dispense a la ment aujourd'hui, quitte a y revenir a ouvrir des horizons sur le problème Villa, a assure a 1 initiative de la J.I.C.plus tard, lorsque nous établirons un social plutôt qu à, 1 approfondir.J au- un succès plus éclatant.commencement de programme de cui- rais mauvaise grace de tenter de les Enfin, pour ne pas parler ici d autres ture générale et de documentation, résumer ici.Je me contenterai de si- inappréciables collaborations, je dois en Qu'il suffise, pour le moment, de signaler quelle a été la tâche de chacun terminant féliciter aussi l'Ecole Sociale de nos professeurs, tout en glissant Populaire de Montréal, car le succès quelques remarques propres à mieux remporté à la Villa de la Jeunesse est faire connaître la situation au Saguenay, bien aussi le sien.Tous nos remercie-L'exemple de la France est une ments lui sont assurés, preuve terrible de ce que peut apporter Si on en juge par l'enthousiasme sus-la désorganisation morale et matérielle cité cette année, nous pouvons croire ouvrière et syndicale auront lieu, comme de la famille.Au Canada, la famille qUe la session de formation sociale de la Par ^ passé, à travers toute la province, semble garder son caractère d'homo- Villa de la Jeunesse deviendra une ins- P°ur ^ur part, les Conseils centraux généité, mais le chômage et la crise du titution traditionnelle.L'Ecole Sociale des Syndicats catholiques nationaux prélogement sont des facteurs matériels qui Populaire trouvera là un vaste champ parent activement le programme de la concourent fatalement à la déchéance d'action d'où elle pourra rayonner dans journée.Dans telle ville, ce sera sur- de la famille.Au Saguenay, où la vie notre magnifique Royaume.tout une journée d etudes et de forma- a gardé un caractère rural, même dans b°n syndicale, ailleurs, le programme les petites villes, la famille n'a presque Vincent BRASSARD, sera plus spectaculaire, comportant prorien perdu de son ancienne vitalité.Section Labrecque de la 1.1.C.cessions et defiles.Les cours Jean PÉRON.LA FÊTE DU TRAVAIL A Montréal, les Syndicats catholiques tiendront comme d'habitude leur réunion de masse à l'Oratoire Saint-Joseph, sous l'égide du patron des ouvriers.Cette imposante cérémonie religieuse se déroulera dans l'après-midi du dimanche l” septembre.Le Conseil central de Montréal étend l'invitation d'y assister non pas seulement à tous les syndiqués catholiques et à leurs familles, mais à tous les travailleurs et au public en général.A l'occasion de la Fête du Travail, de belles démonstrations de solidarité (87) - L’ORDRE NOUVEAU 7 5 et 20 août 1940 : L’ORGANISATION CORPORATIVE DANS IÆ VIE ?(Suite do la page 6) par le Et enfin.Pourquoi parler de corporatisme dans cet album-souvenir de la Fédération des Métiers de l’Imprimerie?C’est que la Fédération prétend faire sa part dans l’instauration, chez nous, de l’organisation corporative où depuis longtemps elle a reconnu l’expression la plus parfaite du bonheur social.Dans le champ de l'organisation industrielle, les métiers de l'imprimerie sont particulièrement favorisés.Ils sont très peu exposés au chômage saisonnier, qui affecte si gravement, par exemple, l'industrie de la construction.Les di- ; i verses occupations, telles que celles de typographes, de linotypistes, de pressiez, de relieurs, etc., se démarquent nettement et facilitent l'organisation méthodique de la profession.L'apprentissage de même s'y contrôle assez facilement et prépare une classe d'ouvriers bien évolués.Aussi, n'est-il pas étonnant que, dans tous les pays, les métiers de l'imprimerie aient toujours été parmi les premiers à fonder des organisations ouvrières et les plus constants à les maintenir vigoureuses.Faut-il rappeler que l'histoire ouvrière canadienne remonte à la fondation à Québec, en 1827, d'un syndicat d'imprimeurs, et que c'est un syndicat de typographes de Toronto qui a tenu le rôle le plus important dans les origines du mouvement syndical ontarien et canadien ?Gratifiés d'avantages particuliers, les syndicats de l'imprimerie se doivent donc à eux-mêmes et doivent à la classe ouvrière dont ils sont solidaires d'être toujours en flèche quand il s'agit de réformes sociales.Nous avons signalé avec plaisir la splendide initiative prise en 1931 par la Fédération des Métiers de l'Imprimerie et qui aboutit à la législation sur l'extension juridique des conventions collectives de travail.Cette loi, avons-nous dit, si parfaite soit-elle, n'est qu'une étape vers un idéal beaucoup plus large de réaménagement social d'après les principes corporatifs.Ce n'est pas trop attendre, me semble-t-il, de la Fédération qu elle se montre dans l'avenir aussi progressive que dans le passé, et qu'elle mette son honneur à promouvoir, pour le plus grand bien de toute la profession et de la société entière, l'organisation corporative de la province.Des motifs nombreux et pressants l'y exhortent, dont les moindres ne sont pas les avis des sociologues les plus réputés et les invitations souvent réitérées des derniers grands Pontifes de Rome, la plus haute autorité sociale et morale au monde.C’est que la Fédération a joué un rôle important dans l’orientation vers l’organisation corporative qui se dessine depuis quelques années dans notre province.Personne n'a oublié les années tragiques qui suivirent le krach de 1929.Ce fut un sauve-qui-peut, déclenchant une formidable poussée de concurrence, sauvage, souvent déloyale, toujours désastreuse.La lutte pour la vie se posait, pour les patrons comme pour les ouvriers, dans les termes classiques du to be or not to be.Où s'arrêterait cette avilissante surenchère à rebours menée par les moins scrupuleux ou les plus nécessiteux, et que les meilleurs ne pouvaient essayer de bloquer sans chavirer dans la faillite ou le chômage ?C'est le grand mérite de la Fédération des Métiers de l'Imprimerie d'avoir lancé l'idée si féconde de l'extension juridique des conventions collectives de travail, familière aujourd'hui à tous les ouvriers et à tous les patrons du Québec.On lira dans un autre article de cet album le texte de l'historique résolution présentée par la Fédération au congrès annuel de la Confédération des Travailleurs Catholiques du Canada, tenu à Québec en septembre 1931.Ce fut le commencement d'une énergique et intelligente campagne d'éducation populaire.R.P.JACQUES COUSINEAU, S.J.Redressement d’un pays = redressement de sa famille Il faudra du temps, l'échange postal libre, pour juger du sens et de la vigueur propre du redressement qu'accomplit la France de 1940.Les nouvelles de Vichy donnent l'impression que l'équipe groupée autour du maréchal Pétain a décidément entrepris la mise au point du régime dit autoritaire.Gonzague de Reynold avait laissé entendre, dans sa conclusion de l'Europe tragique, que l'esprit français, fidèle à sa tradition d'équilibre, trouverait la formule juste de la révolution politique contemporaine et que cette formule se généraliserait vite.Ce travail semble bien amorcé, puisque le correspondant du New York Times à Vichy écrit le 6 août : « Ce qui sortira de là sera tout français, c'est-à-dire que ce sera un régime humain et personnel », témoignage que corroborait, à son arrivée à Washington, l'ambassadeur des Etats-Unis en France, M.Bullitt.Mais la censure qui s'exerce à la source des dépêches invite à la prudence; ils sont trop évidents les intérêts de certaines puissances, politiques ou autres, à laisser croire au monde que le nouveau gouvernement français agit dans une harmonieuse liberté.Ceux qui ont vu la vraie France de près savent l'extraordinaire ressort de son âme, appuyée à une économie équilibrée, et sont prêts à croire que la défaite présente pourra y préluder à « l'une des plus grandes victoires qu'un peuple ait jamais remportées sur lui-même » (Presse Associée, 6 août).Les Canadiens français, dont le destin divorce pour l'instant d'avec celui de leur mère-patrie, le souhaitent mais, se rendant compte de l'obscurité des temps, ils attendent de plus amples preuves pour se réjouir à fond des nouvelles orientations de la politique française.* soit parvenu de l'organe de la L.A.C.(Ligue agricole chrétienne), Foyer Rural, de Rennes; on y lit cette manchette énorme : « Le redressement du pays se fera par le redressement de la famille.» D'ailleurs, les Droits de la Famille ont été proclamés en France dès 1920 par le général de Castelnau et pas moins de vingt associations poursuivaient en 1938 une action familiale soit en général soit sur un point particulier.Les allocations familiales, depuis longtemps généralisées dans l'industrie, furent progressivement étendues à l'agriculture dès 1938, si bien que le l, r avril 1940 tous les travailleurs de France en bénéficièrent.Après une campagne fructueuse menée par l'Union féminine civique et sociale, on adoptait le Code de la Famille.Ainsi donc, le gouvernement de Vichy n'a eu qu'à continuer le travail, et lui qui rétablit les vieilles provinces françaises se réclamera sans doute du vieux jurisconsulte Bodin : « Il est impossible que la République vaille rien, si les familles qui sont les piliers d'icelle sont mal fondées.» Mais une question vient à l'esprit : comment se fait-il qu'en dépit de toute cette campagne d'opinion en faveur de la famille les sources de la vie se soient Trois ans plus tard, le 20 avril 1934, le Parlement du Québec, un des premiers au monde, inscrivait dans les statuts de la province la loi désormais fameuse dite de l'extension juridique des conventions collectives de travail.peu à peu taries en France au point que dès 1935 les décès l'aient emporté sur les naissances ?Le travail passé des associations de familles fait augurer un redressement dans l'avenir, mais pourquoi, par qui et comment a-t-il été entravé ?Un peu de lumière sur ce mystère empêchera beaucoup de condamnations en bloc de la France soit républicaine soit dictatoriale et permettra de tirer leçon pour le Canada de l'expérience douloureuse de la France.Un sérieux examen de conscience sur nous-mêmes s'impose cette année, pour préparer l'après-guerre.La situation de notre famille canadienne nous préoccupe-t-elle ?Connaissons-nous la température de notre milieu familial canadien-français ?Avec les inévitables toxines qui empoisonnent notre organisme familial, y a-t-il les antitoxines nécessaires à l'équilibre qu'est la santé ?Réagissons-nous par une action concertée parce qu'étudiée, ou bien nous reposant sur la force tra- , ditionnelle de notre groupe familial, dation originale, egalement eloignee du nous exposons-nous à un réveil terrible, communisme et du totalitarisme, vers sans possibilité de reprise, où nous se- ^ organisation corporative.rons collés pour de bon ?La France savait son mal et organisait sa défense.Nous ignorons le nôtre et laissons faire.Cette comparaison avec la France nous aidera à faire le point de notre évolution familiale et à marquer les étapes d'une saine politique familiale, condition de paix et de progrès social.« La richesse d'une patrie coule dans les veines de ses fils.» (Kipling.) Ce ; La nommer suffit à rappeler les services qu'elle a rendus, tant aux patrons qu'aux ouvriers, pour brider cette concurrence désastreuse dont nous parlions à l'instant et pour stabiliser, dans la justice, les principales conditions de travail.La législation de 1934, en prévenant l'avilissement progressif des salaires et du standard de vie, enrayait le communisme; en confiant aux groupements ouvriers et patronaux l'organisation de l'industrie, elle enrayait pareillement le centralisme gouvernemental, prélude à la dictature.Quoi qu'il en soit, un fait demeure, les nouveaux chefs s'intéressent à la famille.Non seulement leur devise dit : Travail, Famille, Patrie, mais la Chambre basse de l'Etat sera élue par les organisations familiales.Les discours de M.Ybarnégaray, ministre de la Famille et de la jeunesse, nous parlent du respect de l'autonomie familiale, de la préférence donnée aux pères de famille dans l'embauchage, de la rémunération des ouvriers proportionnelle au nombre des enfants (principe qui peut mener loin, mais un Basque qui parle reste un homme du Midi !), du retour de la mère au foyer et de l'enseignement ménager aux jeunes filles.Les lignes de force du régime ont un sens familial.Plusieurs voudront voir en cette orientation une transposition plus ou moins libre de la formule allemande des trois «K» (Kinder, enfants, Kirche, église, Küche, cuisine), quand c'est tout autre chose, et l'aboutissement de toute une campagne d'éducation menée par la meilleure France.J'ai sous les yeux le dernier numéro (avril 1940) qui nous Par ses dispositions et en particulier par la création audacieuse des comités paritaires, véritables organismes précorporatifs, la législation de 1934 donnait à l'économie québécoise une orien- La solution corporative Semaine sociale de Bordeaux Nous avons pu faire venir quelques exemplaires du dernier volume des Semaines sociales de France : par Léon-Mercier GOUIN et Maximilien CARON professeurs à l'Université de Montréal LE PROBLÈME DES CLASSES En quelques pages substantielles qui vont sera le sujet traité cette année dans droit au but, MM.Gouin et Caron exposent à leurs concitoyens ce qu'il faut entendre par l'organisation corporative et quels services rendrait à notre province cette institution.Ils n'en voient pas d'autre capable de construire la société chrétienne que tous appellent et qui seule nous sauvera de la révolution.Ils établissent aussi de Sherbrooke, Joliette, Trois-Rivières, So- i quelle façon l'organisation corporative peut s'éta-„_l /1 , a n a.bhr dans notre province sans bouleverser notre rel, Quebec et meme Ottawa.Pretres, constitution et sans imposer un régime dictatorial, hommes publics, chefs syndiques, ani- Elle viendra du peuple, des groupements pro-mateurs d'oeuvres, etc., étudièrent et fessionnels et sera régie par eux, sous le contrôle discutèrent la reconstruction chrétienne deLEtat', .» i _______./.
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