La relève, 1 juin 1935, Juin
ft I I , I } I; ! ! I P: ' 1 il I r ' I IMPRIMERIE POPULAIRE LIMITÉE, MONTRÉAL i f- dixième cahier, 1935 L - ~ -—^r'ZTT Ü5“T _3 —- : — — — = z la relève CAHIERS MENSUELS PUBLIES SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET PAUL BEAULIEU dixième cahier, première série 36, avenue roskilde, outremont. ¦7 1 i la relève .¦ rédacteur-en-chef : CLAUDE HURTUBISfc I ?m sommaire 245 LA DIRECTION ' regards 1 I I 246 .PAUL BEAULIEU ernest psichari 1 ANDRE LAURENDEAU 251 un homme libre I léon bloy: le catholique 253 .PAUL DUMAS i 264 le beau, le vrai .GENEST TRUDEL t » la part de Dieu dans les lettres françaises contemporaines .LOUIS DESPRES H 268 ' e “les cordons de la bourse” ROBERT CHAR BON N EAU 272 : 273 ROGER DUHAMEL critique catholique : 7 ü toute demande d’abonnement, toute lettre d'information au sujet de la publicité doivent être adressées à la direction.l'abonnement de un dollar est payable par mandat ou par chèque au pair à montréal, aux bureaux de la direction, situés 36, avenue roskilde.tel.: calumet 7562 .' | : regards Avec ccttc livraison sc clôt la première série de la rdeve, dont le premier numéro paraissait le 15 mars 1934- Nos cahiers étaient jusqu'ici publiés irrégulièrement; à dater de septembre prochain, la seconde série paraîtra le 15 de chaque mois.Pour le reste, nous continuerons de publier sous forme de cahier: c’est la forme qui convient à notre genre d'activité.Nos positions, qui sont un programme de vie autant que d'action, restent les mêmes.Après une année, nous n éprouvons aucunement le besoin de nous justifier; notre travail, cette chose concrète que nous laissons en arrière, le lecteur plus que nous-mêmes est en mesure de l'apprécier.Nous avons publié, au cours de ces dix mois, un article de M.Jacques Maritain sur le rôle temporel du chrétien; deux articles du P.Paul Doncœur: la jeunesse chrétienne dans la crise mondiale et la sainte Vierge et notre génération; des notes philosophiques: la notion de la personne, les problèmes temporels et spirituels d'une nouvelle chrétienté, le nouveau moyen âge; une série d'articles de Roger Duhamel sur les corporations; des essais: la jeunesse catholique en France, saint François d'Assisc, la primauté de la sou fl rance, compassion pour une jeunesse catholique, l'art spiritualiste, le théâtre moderne, le Newman club, le fascisme anglais, la démocratie; des études d’ordre littéraire: Charles Péguy, Léon Bloy, Georges Bernanos, François Mauriac, Flcnrik Ibsen, Dostoievsky, Mme de Sévigné, Eugénie de Guérin, Emily Bronte, Elizabeth Barrett Browning, O Neill, M.l'abbé Groulx et autres; des critiques de livres et un C arnet de route.* La seconde série comprendra trois numéros spéciaux consacrés à l'étude de questions sur lesquelles nous avons promis de définir nos positions.Ces numéros seront intitulés: Nationalisme et Culture, Jeunesse, Essais sur les positions des catholiques modernes (en philosophie, en politique, en littérature et en art).Le mouvement se poursuit, une communauté se forme, cette communauté dont le lecteur est un des éléments essentiels.La direction ernest nsichari Une figure aussi symbolique dépasse toute littérature.Aucun cadre ne peut la restreindre, aucune formule la contenir.Notre monde moderne se fait fort de peindre les hommes par un trait.Ainsi Bloy est affublé en pèlerin de l'absolu, Mauriac traîne le sens du péché, Jacques Rivière représente la lutte contre l'ange; et combien d’autres.Pour Psichari, il n’a pas réussi.Tout moule qui veut étreindre ce type trop humain, éclate; le sang riche qui parcourt ses artères et ses veines n'accepte pas la mort.Aussi la tentative de fixer les limites de son rôle et de son influence renferme-t-elle une tâche ardue.Cette vitalité même peut trahir sa pensée.Notre recherche se basera sur les quelques écrits laissés par Psichari ; ils expriment sans artifice ses idées et empêchent ceux qui, trop avides de découvertes, sont tentés de lui attribuer leurs propres opinions.' ) 1 ut ; U Pourquoi s'arrêter à cette figure ?On s'attache à un homme lorsqu'il possède quelques points communs avec nos aspirations, nos désirs les plus purs ; surtout dans la mesure où il les réalise.Psichari s'impose à plusieurs titres.Parce qu'il est Français ?Justement, Parce qu'il est profondément de son pays, ce contact ranimera notre sens national.Mais il y a plus.Le message qu'il apporte est catholique; donc il dépasse les frontières restreintes d'un territoire et nous concerne particulièrement.î t 1 il ; } A plusieurs, Psichari s est révéle vers les dernières années de collège.Les décisions qui orientent toute une vie, la rendent pleine ou mesquine, sont en jeu.Surtout naissent les inquiétudes — l'effondrement de notre civilisation moderne accentue l'angoisse : elles se multiplient à un rythme énervant, enlevant toute efficacité aux solutions.Nous avons à peine dépassé la littérature, une manière superficielle de juger les problèmes subsiste.La nécessité impérieuse d'une discipline qui augmentera notre valeur humaine se fait sentir, tragique.Souvent ceux qui nous entourent ne comprennent pas cette ardeur de vivre, ne savent pas la guider.C’est alors que 1 1 ! , >1 I 1 y Ml 1 ERNEST PSICIIARI 247 Péguy, Claudel, Psichari sc dressent hautement et orientent ces énergies qui ne demandent qu'à servir.Ernest Psichari exerce un attrait indéfinissable sur la jeunesse.Son amitié acceptée, on ne peut plus la rejeter; elle nous poursuit sans cesse dans nos tentatives d'évasion.Péguy dépasse facilement ceux qui l'approchent; ses affirmations, parce qu'indiscutables, déconcertent.Psichari est plus près de nous, moins compliqué, plus facile d'accès.Les contrastes saisissants dans sa vie rendent le débat concret.Ce jeune intellectuel, lavé des soucis matériels, abandonne un avenir brillant pour s'enfoncer dans le désert ; il quitte une vie facile pour le rude métier de soldat.Les combats, le silence des grands espaces de sable lui donnent la nostalgie de la vie monastique; les Arabes lui réapprennent la grandeur de la France.La prise de contact d'un héritage lourd de traditions chrétiennes le conduit à une mort héroïque, sous le feu de l'ennemi.Autant d'aspects qui rapprochent et font pénétrer dans l'intimité.Ces circonstances extraordinaires voilent la plénitude de son témoignage et les liens qui unissent toutes ses attitudes.La réalité n'émergera qu'avec la connaissance de la vie.Le Centurion.Psichari s'est attribué ce nom.Il se pose en chef, accepte les responsabilités.Massis, Maritain, Claudel le reconnaissent comme tel; de nombreux jeunes l'écoutent avidement.La carence des chefs.Voilà un sujet très exploité de nos jours.Plusieurs esquissent une analyse savante des causes qui l'ont produite; plus nombreux sont ceux qui offrent au monde désaxé la formule qui produira les chefs en série.Aucun ne pense à s'interroger, à interroger les seuls chefs pour apercevoir que ce qui caractérise le meneur, c'est une richesse intérieure, une lutte interne pour acquérir la disponibilité.La disponibilité est un dépouillement de l'âme, une simplicité qui permet de faire face à toutes les tâches, de surmonter l'événement.Psichari se rapproche de Péguy qui déclare catégoriquement: "La révolution sera morale ou elle ne sera pas".Cette revision des valeurs exige un effort pour se mettre dans l'ordre voulu par le Maître.Toute la vie du Centurion sera tendue vers l'accomplissement de cet ordre.Le vomissement F I 7 1 LA RELÈVE 24 S du milieu sevré d'intellectualisme où il vivait, la discipline de l'armée, et surtout la délivrance par l'Afrique, ne sont qu autant d’étapes franchies.le soubresaut d'une sensibilité d'esthète, ni une recherche Il ne faut donc pas voir dans ses actes d'exotisme.Quand Psichari brise les cadres, se libère des situations héritées, toute faites, quand il préfère le sable du désert confort amolissant des salons parisiens, il pose autant de points d'appui qui serviront à bâtir la nouvelle Cité.Mais avant toute action extérieure, il faut se conquérir soi-même ' I il au pour mériter la mission de novateur.Cette marche allègre vers la rencontre de Dieu se poursuit sans discussion philosophique; une grande confiance, la certitude de rejoindre la vérité 1 anime.Ne pas résister à la vérité quelle qu elle soit", telle est la pensée directrice de son évolution; elle ne peut l'égarer.Un écrivain célèbre s'oppose brutalement sur la route: Ernest Renan, l.cs catholiques ont exploité cette tragique rencontre; ils se sont acharnés sur le vieillard, croyant par ce manège élever le petit-fils.Il ne nous appartient pas de défendre Renan, ni de flétrir sa pernicieuse influence, mais il n est pas digne de prendre prétexte d un reniement pour une réputation.Non, ce qui fait la vraie valeur de Psichari, ce n est pas filiation.Il faut la recherche dans sa personnalité vi-Aurait-il appartenu à une famille moins illustre, 1 ) ! ¦V > élever cette ) gou reuse.sa conversion aurait été aussi féconde.L ellct aurait été moins brillant, ceci n a aucune importance.Ce qui importe, c est ce de positions fausses à des positions franches, c'est le f retour rejet d'un siècle erroné pour un passé de certitude.Dans ce redressement vers la lumière, Renan ne joue aucun rôle."Toute conversion véritable est 1 oeuvre de Dieu, mais dans celle-ci plus peut-être qu'en aucune autre se montre à l'œuvre Dieu seul, Dieu agissant directement dans ce fond de l'âme où le regard mystique peut seul pénétrer Ces paroles de Jacques Maritain expriment bien I intérêt d une conversion.Elle place en plein jour le travail de la grâce; le converti est un témoin de Dieu.Ne voir en Psichari que le petit-fils de Renan, c'est amoin- r n II 240 ERNEST PSICIIAR! drir un talent riche et original.Cette parenté a pu jeter de l’étonnement, contribuer au succès littéraire.Cependant la curiosité littéraire disparaît vite et ne travaille pas en profondeur.L’œuvre de Psichari ne touche que la vie intérieure, car elle est l'expression du drame d’une âme à la recherche de la certitude.Drame d’autant plus émouvant que ses contemporains y ont reconnu leurs fièvres et leurs espérances.S’il connaît les mêmes inquiétudes que les jeunes de son temps, il ne s’y complaît pas, comme un Jacques Rivière.Toute cette génération sentimentale de 1900 lui déplaît.Il veut revenir aux solutions en ligne droite, élancées comme la flèche d'une cathédrale du Moyen Age.Un réalisme sain des choses remplace cette vision maladive.Il secoue les raffinements d’une culture décadente et s'élance vers une doctrine ordonnée.Sortir de la médiocrité, risquer l’aventure au grand scandale des bourgeois.L'armée semble lui offrir le plus sûr moyen d obtenir la discipline qui libérera.Car il ne s'agit pas encore de préoccupation religieuse; Psichari ne désire que la splendeur humaine.Les expéditions d’Afrique lui vaudront de grandes découvertes.Ce contact intime avec les Musulmans, ces longues discussions théologiques avec les Arabes nomades le forceront à prendre position.Talonné par Sidia, il s'écrie: "Issa, mon ami, est fils de Dieu”.Ces mêmes hommes lui révèlent ce qu'est le catholicisme et la France."Depuis six ans que j’ai fait connaissance avec les Musulmans d’Afrique, je me suis rendu compte de la folie de certains modernes qui veulent séparer la race française et la religion qui l'a faite ce qu elle est et d'où vient toute sa grandeur".Quand il écrivait ces mots, il n était pas encore fils de l'Église.Un besoin de fidélité au passé français lui dictait de telles paroles.Rien n’empêche l'adhésion complète.Ln 1913, Psichari fera sa première communion.Rapidement cette âme imbue de christianisme atteindra les sommets de la vie mystique.Les Voix qui crient dans le Désert et Les Lettres du Centurion sont remplies d’accents profonds qui trahissent le travail d’un perfectionnement continu.Les quelques mois qui lui restent à vivre sèment l’exemple d'un catholicisme intégral, qui dirige t Il ; LA RELÈVE 250 toutes les actions et leur donne la suavité propre à la sainteté.Ce témoignage d'un homme plein de santé mérite donc d'etre retenu.Il nous enseigne la joie de la certitude et surtout la possibilité d'appuyer notre foi sur une large culture intellectuelle.Le chrétien se doit de n’etre pas inférieur; son titre d'héritier du Père l’oblige à prendre la tête de la colonne humaine.Psichari nous précède et nous appelle à sa suite.i I Sous le signe de Dominique, il partit à la guerre.Il savait qu'il accomplissait une mission tragique; cet engagement n'était pour lui qu'un pas de plus vers le dépouillement complet.Celui qui avait écrit ces paroles compromettantes : "Nous savons bien, nous autres, que notre mission sur la terre est de racheter la France par le sang", était frappé d’une balle à la tempe, le ir août 1914.Il accomplissait les paroles écrites.On ne s'étonnera plus d'un rayonnement aussi intense.La raison de son emprise se trouve dans ce sacrifice total, sans rétention ni concession.L'héroïsme laisse toujours une traînée lumineuse qui guide ceux qui avancent dans l'obscurité.•) .) ! ! ! Paul BEAULIEU i I i( i' III 1 LL. un 11 cm me libre En prononçant l'oraison funèbre d'Armand La Vergne, Lyon Mackenzie King a eu un mot heureux: “Il est difficile d évaluer les services qu'un homme véritablement indépendant peut rendre à son pays".Certes.On est en droit de se demander quelle fut l'influence de son action.Jusqu'à quel point réussit-il à imposer telle décision, à empêcher qu'on ne fût trop lâche ou trop bête ?— Nous n'en savons rien.Ah! Si La Vergne avait été président du Canadian Pacific, il en serait autrement.Le président du Canadian Pacific, voilà un homme influent, important, pratique.Voilà un homme qui fait quelque chose.Le président du Canadian Pacific manie beaucoup d'argent, immensément d'argent.Il achète.Tout ne se vend-il pas ?Croyez-vous pas qu'un tel homme rende d’énormes services à son pays ?Des services qui se pèsent, qui se mesurent, qui s'évaluent.Des services db.nt on peut faire la statistique, qu'on dénombre si l'on veut jusqu'à la vingtième décimale.Tandis qu'un homme libre: sais pas.Le mystère est plus profond encore si nous posons la question comme elle doit être posée: dans quelle mesure son indépendance a-t-elle rayonné ?Lui, qu'on disait un homme-léger ; qui, à toutes choses, préférait sa liberté : lui qui ne fut pas ministre; et qui changea si souvent de partis "pour rester du même avis" : on a beau jeu pour crier qu'il n’a rien fait, rien payé, rien acheté: rien fait.Et pourtant! Vous rappelez-vous ces vers où Péguy chante laFrance immortelle ?"Peuple, les peuples de la terre te disent léger Parce que tu es un peuple prompt.(.) Mais moi, je t'ai pesé, dit Dieu, et je ne t'ai point trouvé léger.O peuple inventeur de la cathédrale, je ne t'ai point trouvé léger en foi.O peuple inventeur de la croisade, je ne t'ai point trouvé léger en charité.Quant à l'espérance, il vaut mieux ne pas en parler, il en a que pour eux.Ce sont eux qui marchent le plus tout seuls.Ce sont eux qui marchent le plus eux-mêmes.Entre tous ils sont libres et entre tous ils sont gratuits.(.) (Et) toutes les soumissions d esclaves ne valent point un beau regard (d'homme libre." P, Wf LA RELÈVE 252 Son influence la plus réelle, un La Vergne l'a, non par ce qu'il fait, mais par ce qu'il est.Du fait que celui-là qui se promène, qui écrit, qui parle, qui se bat, est un homme libre; du fait qu'en ce regard bleu brille un reflet de liberté, nous, les enchaînés, les bourgeois, les tièdes, les empêtrés de routine, nous devenons autres.Un homme libre, le beau miracle! Voilà qui redonne de la saveur à la vie.Oubliez La Vergne.Poussez votre pointe: Par sa seule existence, par sa seule présence, celui-là qui est un homme libre tend à nous libérer.11 exerce la plus douce des violences, il nous délivre des fantômes et des démons intérieurs.Parfois, la liberté fut dérisoire.Au commencement, elle ne comptait pas.Car qu’est-ce qu'un homme politiquement, économiquement libre, s'il reste esclave de lui-même ?Celui qu'agace le bruit des chaînes, ayant brisé les premières, les plus tapageuses, brisera bientôt les autres, les plus réelles.Ou bien, n'ayant point conquis la liberté intérieure — seule vraie liberté — il perdra successivement les autres.1 * > 1 : Devenir libre, en Dieu.Le saint n'est rien autre chose qu'un homme intégralement libre.; André LAURENDEAU :U ' i 1 ' 8 léon blcy: le cathcliaue Catholique, Bloy l'était implacablement, insolemment.Intégralement aussi et malgré les apparences, dans toutes les acceptations du terme."Une foi splendide, impavide, héroïque, car elle a su soulever cette montagne de souffrance: sa vie effroyable; une espérance indéfectible, maintenue, un demi-siècle durant parmi les pires tribulations et déceptions ; une charité brûlante à l'égard de Dieu, un appétit de sa gloire, un amour de son Église sans limite.A l'égard de ses frères, une charité spirituelle, — visant leur âme, sa fidélité, sa surnaturelle grandeur, — la plus apostolique et la plus prévenante, scellée du don total de soi, fait pour eux devant Dieu."Le christianisme, disait-il, c'est de souffrir les uns pour les autres " (Léopold Levaux, Léon Bloy, p.152).Sa foi était entière, lumineuse.Elle transcendait tout.Elle était un élément essentiel de sa vie, l'élément primordial."Nous crevons de la nostalgie de l'Etre " écrivait-il; il se disait lui-même tenaillé "d'une enragée famine d'absolu ".La nécessité, la réalité de Dieu s'imposait à lui de façon éclatante.Son œuvre est une de celles où le nom de l'Etre suprême revient le plus souvent.Dieu le hantait, l'obsédait: il voyait clair' Ses confessions de foi sont nombreuses, sans détour."Je suis avant tout, surtout, catholique romain, et j’ai, depuis très longtemps, épousé toutes les conséquences possibles de ce principe.Cela, c'est mon fond, c'est mon substrat.Si on ne le voit pas, on ne peut rien comprendre à ce que j'écris.K "Je suis et je serai toujours, aussi, pour les pauvres et les faibles contre les puissants, pour le peuple de Dieu contre le peuple du Démon, dussé-je en mourir.Mais à la condition que ces pauvres ou ces faibles ne viennent pas faire leurs ordures contre l’autel, parce qu'alors je deviendrais aussitôt moi-même un puissant pour les écraser." "Quand je maltraite mes coreligionnaires, ce qui m'est LA RELÈVE 25t P i I souvent arrive, c'est que leur lâcheté ou leur bêtise révolte en moi précisément le sens catholique".1 Son credo, il nous le résume en formules lapidaires dans Le mendiant ingrat: "i ° Tout ce qui arrive est adorable — 2 0 Accord parfait de la liberté divine et de la liberté humaine.De toute éternité, Dieu sait que, tel jour, tel individu accom-nlira librement un acte nécessaire.— 3 ° Enfin tout ce qui n'est pas strictement, exclusivement, éperdument catholique, doit être jeté aux latrines".Ces principes dirigèrent toute sa vie.Ils furent le phare d'espoir et de consolation de son infernale existence; ils furent le brasier où il flambait les épieux qu’il dardait dans les chairs des impies — et de ceux qu'il croyait atténuateurs à la gloire de Dieu.Comme l'a dit un de ses exégètes, il fut un chrétien théologal.Sa foi ne fait de doute pour personne.Il se réclamait constamment du catéchisme, du concile de Trente.Il "accomplit ce prodige de dépasser toutes les audaces d'investigation ou de conjecture, sans oblitérer en lui sa soumission filiale à l'autorité souveraine de l'Église.Le poulain sauvage affronteur de gouffres ne cassa pas son licol et resta dans le brancard".Son imagination hyperbolique, ses illuminations de voyant l'amenèrent parfois à des interprétations hasardeuses des textes sacrés et de la symbolique liturgie, à des élans mystiques désordonnés, jamais il ne broncha sur les articles du dogme.M i : 11 i ) in L'espérance a inondé son existence noire.La misère l'a fait geindre parfois.Illico il se ressaisissait, honteux de son gémissement dont il s'accusait comme d'un ignominieux outrage à Dieu.Tout son journal, toutes ses lettres, sont un défilé colossal, marmoréen, où se répercute inlassablement le cor de l'Espérance.Sa charité était très pure.Intransigeante aussi.L'amour de Dieu inaccessible à tant de nos contemporains, il s'accusait de n'en pas être imbu ; pourtant, il le possédait à un degré rare."Moi je vis dans l'Absolu et dans l'Amour ", disait-il; ou encore : "le sentiment religieux est une passion 1 Cette citation et toutes les autres qui ne sont pas suivies d'un nom d'auteur sont tirées de Bloy.ü LÉON BLOY 255 d'amour" ; ou encore, sous une forme énergique: "Tout ce qui n'est pas strictement l'amour de Dieu nous paraît au niveau de l'ordure".Le comble de l'amour c'est de s’humilier devant l'être aime: devant Dieu, Bloy sent sa misère, il crie sa détresse, il se prostré sur le sol comme le publicain, se vitupérant lui-même dans les mêmes termes dont il se sert pour flageller les ennemis de Dieu.Cet être ardent, incandescent, qui écrit à un athée: "C'est terrible, vous savez, de n'aimer rien", enflamme d'autres cœurs attirés par sa clameur et ses oraisons: sa femme Jeanne, qu'il abreuve de tendresse et qu'il entraîne avec lui à Dieu, et toute une cohorte d'âmes sudaméricaincs, polonaises, tchèques, japonaises, etc., etc.Il ne lésine ni ne transige avec la religion: il se donne entier."Immense difficulté de servir Dieu vraiment.Dieu veut tout, il exige tout et on ne peut pas lui échapper.— Nous sommes vendus à Dieu.nous sommes pris dans son filet, et nous savons que le filet ne peut être rompu.Joie terrible qui commence par un cri de détresse".Homme — et donc pétri de concupiscence — il doit lutter, et il prie.11 écrit au peintre Henry de G roux: "Relevez donc votre âme par la contemplation des choses qui ne se voient pas.Soyez un homme de prière et vous serez un homme de paix, un homme vivant dans la paix.Dites-vous bien, je vous en supplie, que tout n'est qu'apparence, que tout n'est que symbole, même la douleur la plus déchirante.Nous sommes des dormants qui crient dans leur sommeil.Nous ne pouvons jamais savoir si telle chose qui nous afflige n'est pas le principe secret de notre joie ultérieure.Nous voyons actuellement, dit saint Paul, per speculum in aenigmate, à la lettre: "en énigme par le moyen d'un miroir", et nous ne pouvons pas voir autrement, avant la venue de Celui qui est tout en feu et qui doit nous enseigner toutes choses.Jusque-là nous n'avons que l'obéissance, l’amoureuse obéissance qui nous restitue, sur la terre, le paradis perdu par la désobéissance".Ailleurs: ".Il faut prier.Tout le reste est vain et stupide.Il faut prier pour endurer l'horreur de ce monde, il faut prier pour obtenir la force d'attendre".Il accepte sa pauvreté et il la chérit, à l'imitation de Jésus R I LA RELÈVE 2ÔG i i qui fut le Pauvre par excellence: “Jésus est au centre de tout, il assume tout, il porte tout, il souffre tout".C'est un pauvre qui ne peut garder le silence; il se résigne mais il est tourmenté d'un invincible besoin de déprécation, de clamer sa souffrance et la misère de son âme.Celle-ci le tourmente plus que l'indigence et la faim; il s'applique fréquemment à lui-même le mot de Clotilde qui clôt la Femme pauvre: "Il n'y a qu'une tristesse, c'est de M'ETRE PAS DES SAINTS." Quoi qu’on dise, il était profondément bon, il a aimé son prochain comme lui-même pour l'amour de Dieu.Il croit à la valeur expiatoire de la souffrance et il souffre pour les autres: "Le christianisme, c'est de souffrir les uns pour les autres." Pauvre, il fait autant qu'il le peut, la charité en riche: à tous, il donne, à profusion, de l'argent, s'il en a, et surtout, toujours, les trésors spirituels dont son cœur craque.D'innombrables esprits ont trouvé par lui l’avenue cahoteuse et ardue de la grâce, y sont revenus.La charité est tellement consubstantielle à cet homme qu'il écorche et vitupère sans pitié ceux qui en sont dépourvus.Cela explique les attaques sauvages dont il accabla tant de ses contemporains.Du rôle de l'Église, servante de Dieu, il a une idée sublime.Il ne peut comprendre la modération, la circonspection des ministres de Dieu."Ma trompette est jumelle et pourvue de deux embouchures, l'une pour le Haro, l'autre pour l'Hosanna".Cette phrase explique toute son œuvre: le Haro pour la confusion des mécréants et des catholiques médiocres, l'Hosanna pour la glorification de l'Absolu.Convaincu de sa mission de témoin de Dieu, ünese fait pas faute de crier Hpro à ses coreligionnaires à la manque.Il leur dit des vérités, avec une extrême dureté."D'autre part, je suis malheureusement atteint d'une infirmité, d'une sorte de goitre infâme.Je crois en Dieu, comme Marchcnoir, et je suis catholique jusqu'à la pointe des cheveux, comme lui encore.Vous me voyez installé, non moins que lui, dans l'intolérance absolue.Pour tout dire en un mot, nous estimons, l'un et l'autre, que l'Inquisition fut parcimonieuse de supplices et que la véritable charité apostolique est, avant tout dans l'abondance et la qualité des massacres".-1 t ÏJ I 1 U.: ) 11 il 1 1 B ; u 1 LÉON BLOY 257 Ce catholique incendiaire a eu des pages cinglantes pour les catholiques terres; inexorable pour leur faiblesse d'homme, il a “conspué en toute occasion leur lâcheté indicible; "Les catholiques déshonorent leur Dieu comme jamais les Juifs et les plus fanatiques antichrétiens ne furent capables de le déshonorer." Il stigmatise leur tiédeur, leur sensiblerie: "Dans la pratique des choses religieuses, cette exquise sensibilité se manifeste avec les accompagnements variés de la plus suave précaution.On s'attendrit au pied des autels, on pleure de douces larmes sur de chers défunts qu'on croit au ciel, ce qui dispense de prier pour eux à des messes qu'on aurait payées; on fait de toutes petites aumônes fraternelles, pour ne pas exposer le pauvre aux tentations de la débauche et pour ne pas contrister son âme par l'ostentation d'un faste excessif; on s'abstient amoureusement de parler de Dieu et des saints, par égard pour l’obstination des incrédules qui pourraient en être horripilés, et on parle encore bien moins de l'héroïsme de la pénitence à une foule de chrétiens tempérés qui répondraient, sans doute, que Dieu n'en demande pas tant.Enfin, le sentiment religieux réalise, aujourd'hui, l'idéal de ce grand penseur catholique, ennemi des exagérations, qu'on appelle Molière, qui voudrait que la dévotion fût "humaine, traitable" et qu'on n'assassinât personne avec un fer sacré.Et plus loin: ".En attendant, le Christ est indubitablement traîné au dépotoir "."Il avait jeté le défi à l'opprobre humain, ce Fils de l'homme et l'opprobre humain L'a vaincu "."Vainement, Il triomphait des abominations du Prétoire et du Golgotha, et du sempiternel recommencement de ces abominations du Mépris.Maintenant, 11 succombe sous l'abomination du RESPECT!" Et sur les Judas de la chrétienté il appelle la colère de Dieu, Vomisseur des tièdes.—Il souligne crûment les vices de la société chrétienne: ""Emasculation systématique de l'enthousiasme religieux par médiocrité d'alimentation spirituelle; haine sans merci, haine punique de l'imagination, de l'invention, de la fantaisie, de l'originalité, de toutes les indépendances du talent; congénère et concomitant oubli absolu du précepte d'évangéliser K ! ,! FI 258 LA RELÈVE r ., les pauvres; enfin, adhésion gastrique et abdominale à la plus répugnante boue devant la face des puissants du siècle: tels sont les pustules et les champignons empoisonnés de ce grand corps, autrefois si pur!." Il ne tolère pas que le clergé puisse avoir des faiblesses d'homme.11 aime citer le mot célèbre d'un philosophe: "Le clergé saint fait le peuple vertueux; le clergé vertueux fait le peuple honnête ; le clergé honnête fait le peuple impie".L'on se rappelle la page mémorable qui ferme les Belluaires et porchers: "On demande des prêtres.On en demande d'autres.On en veut qui soient fraternels aux intelligences, qui aiment la Beauté et la Grandeur jusqu'à en mourir, qui n'acceptent pas d’abdications comme il s en est tant vu depuis deux cents ans".if - r A I ! ; / “On vous demande, messieurs les successeurs des Apôtres, de ne pas dégoûter le Pauvre qui cherche Jésus, de ne pas détester les artistes et les poètes, de ne pas envoyer au camp ennemi, — à force d'injustice, de déraison, d'ignominie, — celui qui ne chercherait pas mieux que de combattre à côté de vous et pour vous, si vous étiez assez humbles pour le commander." Hi “Quelle autre conclusion à ce livre où l'cpouvantable stérilité des intelligences privées de culture supérieure est surtout montrée ?1 : F ON DEMANDE DES PRETRES!" ii —Certes Bloy s’est souvent laissé emporter par sa colère, condamnant ses victimes sans les entendre, accablant à la fois les innocents et les coupables.Son amour de Dieu, son sens de la justice étaient si vifs, si ardents, qu'ils l'ont conduit, faute de discernement, à manquer de charité envers ses semblables.De quel droit s'érigeait-il en juge ?dira-t-on.Il se croyait le témoin de Dieu: "Qui donc parlera, si ceux-là se taisent qui ont été investis du don de la Parole".On peut mettre en doute la réalité de cette mission: elle n'en correspondait pas moins, chez Bloy, à une conviction sincère.Léon Bloy ne discutait pas sa croyance.Pour lui c'eût i i .{¦ LÉON BLOY 259 etc un crime, une aussi renversante absurdité que de mettre en doute l'existence du soleil.Les spéculations et ratiocinations subtiles, qui piétinent et gambadent autour des distinctions et des concepts abstrus, le mettaient hors de lui-même, 1 horripilaient.A vrai dire, il n'avait pas l'esprit philosophique: "La philosophie m'ennuie, la théologie m'assomme, les paroles sans amour me sont inintelligibles, les raisonnements des sages m'apparaissent comme un cloaque de ténèbres et l'orgueil de l'esprit humain me fait vomir".De là certaines erreurs d'appréciations, 1 certaines condamnations par trop sommaires, certains emballements.Bloy ne cogite ni ne raisonne: il voit, il sent.Intelligence imaginative, intuitive, visionnaire puissant, il a prophétisé la guerre mondiale et la déconfiture mondiale qui a suivi; jugeant l'histoire du monde en fonction des réalités absolues, il a laissé sur celle-ci des raccourcis panoramiques d'une lucidité éblouissante.Bloy ne pouvait non plus supporter le narcissisme béat des romanciers psychologiques, leur complaisance à étaler les insignifiants méandres et la vacuité de leur cœur de chair.Il abhorrait les auteurs mondains qui narrent en une prosette glaireuse et déliquescente les tribulations des misérables âmes distinguées à la remorque d'une fouissante carcasse, avec un luxe de susurrements qui veut nous faire croire que le stupre n’est pas toujours et à tous les degrés de l'échelle sociale le même immonde batracien, — avec des regrets attendris qui trahissent plus souvent l'impuissance que la contrition.Il était confondu de voir ces "greluchons de l'impénitente sottise" se perdre dans la dialectique des petites secousses au lieu de se dissoudre et de s'abîmer dans la fulgurante divinité, la Réalité qui trancende toutes les autres, la Seule qui compte et qui vaille."L’analyse! Savez-vous que c'est un travestissement du Démon ?.Toujours s'analyser, s'interroger anxieusement, se regarder l'ombilic!.substituer la contemplation de soi-même à la contemplation de Dieu." Sur la nécrophilie de Huysmans, sur la pestilence de Mendès, sur l’égotisme « 1 Par exemple, sa défiance pour la science, son horreur pour lu vaccination "cette ordure".: "on finira par putréfier les petits enfants de quarante sortes de vaccins", etc. ¦F LA RELÈVE 2C)0 II harrcsicn, sur la casuistique de Bourget, etc., il a écrit des pages dévastatrices.Voici par exemple un aperçu de Bourget première manière: "Raturer toute passion, tout enthousiasme, indépendance généreuse, toute indécente vigueur d'affirmation; fendre en quatre l'ombre de poil d'un sénile fantôme de sentiment, faire macérer,en trois cents pages, d'impondérables délicatesses amoureuses dans l'huile de myrrhe d'une chaste hypothèse ou dans les aromates d un elegant scrupule, surtout ne jamais conclure, ne jamais voir le Pauvre, ne jamais s interrompre de gémir avec Lord Byron sur 1 aridité des joies humaines; en un mot ne jamais ÉCRIRE.On l'accusera d'injustice à l'égard des romanciers psychologiques.L'avenir nous prouvera qu il n avait pas tellement tort.toute ! .! I J if: Léon Bloy, il est vrai, a dénudé, lui aussi, son cœur dans ses livres.Mais il n'y a pas déniché des bijoux de petits péchés qu'il eût montés en épingle pour l'épate de perruches et de muscadins sentimonieux.11 y a trouvé des fautes et des fai’ blesses, qui le torturaient et l'ensanglantaient de répentance.fl ne s'est pas admiré au miroir; il a fait, sans rien farder, son de conscience.Et il nous a découvert l'âme lamenta- I examen ble et exaspérée d'un pauvre homme exilé dans un univers où il n'y a place que pour les obèses, les fesse-mathieux et les souteneurs de 1 argent et de la politicaille; d un pauvre homme affamé et ignoré par ses contemporains, d'un pauvre grand bonhomme dévoré d'un irréfragable amour de l'infinie Beauté.—A côté des prières d'agonie et des massacres, à côté des d'amour, l'œuvre de Bloy contient des hosannas r pages d’une magnificence sans pareille.Enrage d absolu, Bloy ne pouvait concevoir qu on pût glorifier la Vérité et la Beauté infinies autrement que dans une langue somptueuse, avec un pinceau ou une musique d une splendeur inouïe.11 a fustige le dédain et la haine des catholiques de son temps pour l'Art "dont ils s'effarouchent comme d'une tentation de péché, comme du Péché même", l'indigence et la joliesse de leur pein-de leur plastique, la ’ betise horrible, tuméfiée et J ! turc et blanche" de leur littérature, "la lèpre neigeuse du sentimentalisme religieux, la médiocrité de leur hagiographie, etc.Ici —û- LÉON BLOY 2G1 il se rencontre, et combien justement, avec Maurice Denis, Jacques Maritain, Alexandre Cingria, Paul Claudel, etc.Sur ce problème de la littérature catholique, Claudel écrivait récemment: "Le cliché, la faconde, la routine, le développement tout fait, ont remplacé l'humble méditation nourrissante et personnelle.Ce n'est pas seulement dans l'art plastique que se montrent ces défauts et le tristes fruits d'une rhétorique périmée, cette espèce de mousse albumineuse qu'on prend pour de l'éloquence, incroyablement étroite, artificielle et timide.11 n'y a qu'à ouvrir les livres de dévotion, disons d'il y a vingt ans, pour y trouver des échantillons navrants de ce que j'appelle le style Gramidon, ce style chaste et feutré dont l'illustre Ernest Renan nous offre les meilleurs exemples ".(«Sept, it) oct.1034).Ce style Gramidon dénoncé par Claudel et qui imprègne et désosse la littérature pieuse à un tel point qu'il détourne les fidèles des livres écrits de main de maître et avec des encres d'or, Bloy s en est gardé comme d'une maladie honteuse: il répugnait à son tempérament ardent, à la fermeté de ses convictions.Son œuvre est un modèle quasi inaccessible pour les penseurs catholiques; les exagérations et les crudités inutiles mises à part, elle est un des plus grands et des plus authentiques monuments littéraires à l'honneur du catholicisme.Elle contient des pages sublimes sur l'Évangile, la Vierge, les Saints, la Messe, la Mort, le Cloître, la Pauvreté.Les catholiques peuvent la revendiquer sans crainte, comme un bien propre.Sans doute effarouche-t-elle par certaines de ses apostrophes, sans doute manque-t-elle souventes fois à la charité.Ce sont là des scories qui se décanteront avec le temps.Et Léopold Levaux a raison de la comparer à celle du Dante et de Pascal, qui demeurent des stèles grandioses à la gloire de Dieu, bien que le premier ait précipité en enfer des papes et des cardinaux, bien que le second ait pactisé avec 1 hérésie.Le temps a estompé tout cela comme il estompera les vociférations par trop violentes de Bloy."Pour toutes ces raisons, écrit encore Léopold Levaux, il peut être imprudent de convier au banquet de son œuvre, tel que, le premier venu, et surtout la jeunesse, pétulante par définition et trop souvent impatiente de tous les jougs.1 ant (< LA RELÈVE 262 le travail de décantation dont j'ai parle n'aura pas été que accompli et ne sera pas incorporé à la Culture, 1 œuvre de Bloy présentera certains dangers et réclamera un commentateur capable, comme en ont eu besoin, a leur heure, le janséniste 1 as-cal ou le gibelin antipapiste Dante.Par ailleurs, l'œuvre de Bloy sera, malgré ses incontestables défauts, d'un grand réconfort moral pour d'innombrables fidèles et incroyants: elle ne fait que commencer à opérer des conversions.Et surtout, c'est une œuvre durable, qui restera, à la grande gloire de Dieu.Bloy l'a pressenti lui-même: "Le pauvre, le famélique, le mendiant, le fou, le désespéré, se relèvera dans sa force, et les êtres généreux qui auront eu pitié de sa souffrance, qui l’auront aimé à cause de sa sou 11 rance, auront part à son triomphe et se réjouiront avec lui".Jacques Maritain a dit de Leon Bloy que c était une cathédrale calcinée, toute blanche au-dedans.Rappelant la boutade de Barbey d'Aurevilly, "Léon Bloy est une gargouille de cathédrale qui vomit les eaux du ciel sur les bons et sur les méchants", Pierre Termier a écrit dans son Introduction à Léon Bloy: "Léon Bloy est, à mes yeux, bien autre chose ; il est la cathédrale elle-même.Oui, la cathédrale; la cathédrale française du XIle ou du XIIle siècle, Chartres ou Reims, Amiens ou Beauvais, Bourges ou Paris ; ou encore la cathédrale espagnole, Salamanque ou Léon, Burgos ou Jaen; la folle cathédrale que chantait Verlaine, inégale, inachevée, excessive, monstrueuse, mais sublime; douloureuse, mais triomphale; poème d'effroi, mais poème d amour.Elle est hostile aux riches, aux heureux du monde, qui la trouvent sombre, froide, triste, inconfortable; elle est infiniment douce aux pauvres et aux affligés.Elle paraît, quand on y entre, toute pleine de ténèbres et l'on y avance à tâtons; mais elle a des chapelles merveilleusement éclairées par des lampes à la douce odeur et par des buissons de cierges, et elle s'illumine, dans ses hauts, de l'éclat de ses verrières et de l'étincellement de ses roses.Ses porches sont peuplés de figures, ravissantes ou effrayantes, anges et démons, • ' • V — — » ==^s=s Sm LÉON BLOY 2G3 saints et pécheurs, hommes et monstres, ceux-là dans l'extase, ceux-ci dans le ricanement et l’insulte.Ses dalles sont usées par l'agenouillement de tant de créatures humaines; ses pierres sont patinées par le contact des mains suppliantes et par l’ascension des prières passionnées; scs murs immenses et ses piliers géants sont noircis par la flamme des incendies qu’ont périodiquement allumés les Barbares; mais, tout de même, ils sont debout, vainqueurs du temps, vainqueurs des hommes, dressés vers le ciel dans une attitude que rien ne décourage, l'attitude du martyr qui sait bien que Dieu existe et qu’il sera le plus fort.Oui, la cathédrale, voilà le vrai Léon Bloy: artiste somptueux, pénitent très humble ; imprécateur terrible, intercesseur plein de pitié; promulgateur d'absolu, ami tendre et indulgent; chantre magnifique de la Gloire et de la Misère, de la Joie et de la Douleur, de la Vie et de la Mort, de la Justice et de la Clémence, de la Foi, de l’Espérance et, par-dessus tout, de l'Amour!" .Comment terminer de façon plus heureuse cette piteuse mosaïque de citations que par cette page magistrale d'un grand savant sur un des plus magnifiques artistes de la littérature catholique de tous les temps, un indigent dont l’esprit et le cœur regorgeaient de trésors, le pauvre grand Léon Bloy! Paul DUMAS Fin Note : Le commencement dc cet article aur Bloy a été publié dans les numéros 8 et g dc la relève. i - le beau, le vrai ‘La vraie métaphysique, à sa manière et proportions gardées, peut dire aussi: mon royaume n’est pas de ce monde.Ses axiomes, elle s’en empare malgré ce monde, qui s elforce de les lui masquer".1 A méditer ces mots, l'on peut voir que la métaphysique est plus forte que l'homme en ce sens qu elle existe dans cc qui lui est supérieur: l'immatériel pur.Siégant, par définition, au-dessus des choses sensibles, meta ta phusika elle domine l'homme, matière par la moitié de son être.Ln conséquence, chacun ne peut sc forger sa métaphysique à soi ; elle nous est imposée et le métaphysicien a droit d être écouté avant tout puisqu'il a pour but d'établir les principes premiers, de découvrir en toute 1 étendue de 1 être les valeurs authentiques et leur hiérarchie.La métaphysique plonge au cœur des choses, les fouille dans leurs replis les plus éloignés et revient avec une solution qu elle nous livre, ce travail et à cause de cet office supérieur, elle commande le respect et exige que nous ne pervertissions point ses données quand nous avons à les appliquer autour de nous.Ainsi quand elle a défini le Beau et le Vrai, nous ne pouvons pas dire là où nous en voyons les reflets: "Cela n est pas beau, cela n est pas vrai".Maritain détermine l‘essence du Beau: "C'est une vision et une joie".Mais on ne voit qu’un objet, et attribuer une raison objective au beau, c'est poser le principe qu il n est pas matière de goût ou caprice du sujet mais bien exigence de l’objet.Si la beauté en elle-même est une abstraction, il existe cependant dans la réalité des choses belles.En nous guidant les trois éléments du beau d'après saint Thomas — 1 intégrité, la proportion, la clarté, — essayons de voir ce qui, dans la vie de l'homme, est métaphysiquement beau, c est a-dire beau malgré nous.L'homme qui aura parachevé toutes les capacités latentes en lui, qui se sera surmonté pour devenir ce qu il est, qui aura cultivé progressivement les racines enfouies au fond de son être pour les faire pousser, fleurir et produire, qui, en un mot, De sciée de Brouwer , il \ f , { J Alors, en paiement de ; r 'h i I sur i \ 11 i1 1 Jacques Maritain: Les degrés du savoir — — Paris - 1934- »- 'i S ' 265 LE BEAU, LE VRAI se sera ennobli en passant de la puissance à l'acte dans le plus de domaines possible, celui-là sera un homme complet, un homme présentant la plénitude de sa nature.Tcllcest l'intégrité, élément du beau.A ce compte, il est très beau le serviteur de l'Évangile: "Seigneur, vous m'avez donné cinq talents, voici enrichi de cinq autres", Et le mal ne pourra jamais être beau par cela précisément qu'il est une carence, c'est-à-dire une injure à 1 'intégrité, "Bonum ex integra causa, malum ex quocumquc defeetu", dit saint Thomas.La proportion est le deuxième élément du beau.Dans l'homme elle se manifestera d'abord par l'équilibre, la juste mesure, la connaissance de la limite.La limite est le point ultime où chaque chose reste encore à son lieu propre et adéquat, et réalise ainsi l'ordre.Notre temps méconnaît peut-être la limite.Aussi est-il configuré de cavités, de boursouflures.et cela ne peut être que laid.Mais l'équilibre à lui seul n'assure pas la proportion.On voit parfois un assemblage d'objets les plus disparates tenir en équilibre.Pour être proportionné, l’homme devra vivre avec harmonie; il devra avoir constitué en lui une hiérarchie, donné des préséances; il devra avoir dit, un jour ou l'autre: "Dieu, l'esprit, la matière".Et alors on ne peut pas ne pas trouver beau l'homme qui pose tous et chacun des actes de sa vie d'après une telle échelle de valeurs.Les cloîtres renferment parfois de très beaux types d'hommes; les moines qui réussissent à maintenir en eux l'équilibre et l'harmonie difficile de la vie active avec la vie contemplative.C'est là une magnifique réalisation de la proportion."Lux pulchrificat quia sine luce omnia sunt turpia".1 La clarté est le dernier élément du beau.Si le beau est le resplendissement de la forme sur la matière, c'est donc qu'en la forme est la clarté; c'est elle qui jette la lumière.L'homme dont la vie d'un bout à l'autre se déroule dans un silllon de lumière fait partout prévaloir sa forme, son âme.Faire ainsi c'est agir en beauté.Et les saints sont beaux par cela précisément que même sur la terre, ils ont presque anéanti leur me k 1 Saint Thomas: Comment.In Psalm.Ps.XXV, 5. if I LA RELÈVE 260 i; matière en l'inondant des rayons de leur forme ; car la lumière dont nous parlons ici a sa pénombre dans le sens et son ombre dans la matière.Aussi, la matière pure, la matière seule, la matière non embellie par un travail de l'intelligence est très laide, mais l'esprit est beau.Ce n'est pas nous qui le voulons ainsi, c'est la métaphysique.Saint Jean montrait la beauté du Christ en écrivant de Lui: "La lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme, venant dans le monde".Comment trouver dans nos vies des applications de cette autre notion offerte par la métaphysique à notre respect : le Vrai ?— La vérité essentielle, ou ontologique, ou intrinsèque à l'ètre est la conformité d'une chose à l'intelligence divine.L'intellect divin étant cause exemplaire de toute chose, un être sera vrai dans la mesure de sa conformité aux idées de Dieu.En ce sens tout ce qui existe est vrai; nous ne pouvons rien à cette vérité; nous ne sommes pour rien à son existence.Notre intelligence verra la vérité logique d'une chose si elle s’accorde avec l'état de cette chose dans l'existence.Nous voici encore en face d’une raison objective.Cela semble être la position précaire de notre intelligence d'avoir à compter avec la réalité extérieure à elle-même.En conséquence nous sommes impuissants ù nous créer des vérités personnelles.L'esprit qui ose dire: “Dieu n'existe pas" tourne à vide sur lui-même et n'a pas l'humilité de se faire mesurer sur les choses.En effet, la moindre parcelle de réalité nous crie la vérité de l'existence d'un Etre Suprême.Ici, il faut insister: l'esprit est coupable et pervers lorsqu'il refuse d'affronter les réalités exrta-mentalcs et d'accepter comme Vrai ce qui l’est malgré lui.Nous ne pouvons pas nier que la vérité logique soit à notre portée puisqu'elle a sa perfection dans le jugement.Et c'est à cause de ce rapport intime avec la vérité que le jugement est une qualité si précieuse pour la conduite de la vie.L'homme au jugement sain témoigne pour la vérité.En dehors du domaine de la métaphysique, jusqu'où s'étend l'exigence du Vrai1 La vérité logique, une fois rccon- 1 11 : '!) 1 i J i .1 / i / J i > ¦ ' i i il: Saint Jean.i.9 LE BEAU, LE VRAI 207 nue par notre jugement, doit devenir la vérité morale si avons à la dire.Le vrai conçu en nous ne doit pas se pervertir en s extériorisant.C’est pourquoi le mensonge est souverainement méprisable parce qu'il est le péché en pleine lumière, le pire de tous, l'injure à l'Esprit.Si les termes sont les signes de la pensée, il ne leur est pas permis de la trahir.Combien s'amélioreraient les relations entre les hommes s'ils avaient toujours le respect de leurs pensées! La vérité morale peut rejoindre dans son extension les actes humains autres que les paroles, et alors nous sommes encore dans un vil mensonge si nos actions ne sont pas en conformité avec nos idées.Et le danger d'un tel état est que par la répétition de ces actes bâtards, il tend à s'établir un infâme semblant de vrai; l’habitude usurpe alors le nom de vérité."Quand on ne vit pas comme on pense, on finit par penser comme on vit '.Mais il ne faut pas se croire dans le vrai pour cela! Notre siècle a pcut-ctre quelques méfaits au débit de son bilan.Il serait déshonorant pour nous d'avoir à y inscrire un attentat contre des notions aussi supérieures que celles du Beau et du Vrai.D'ailleurs ces notions sont inclues adéquatement dans les doctrines de la religion chrétienne; il semble donc que nous n'aurions qu'à reculer le problème et qu'à affermir et fortifier le sens chrétien pour voir, par engrenage, tout se remettre en équilibre et rentrer dans l'ordre.nous Genest TRUDEL R la part de Dieu dans les lettres françaises contemporaines j Quand Gide prétend avec une ferveur charnelle qu "‘avec de bons sentiments on ne fait que de la mauvaise littérature", il ment.Papini, le repenti, lui répond : "L'art collabore mieux avec Dieu qu'avec le diable.Je le sais, moi, j’ai essayé des deux".Quand Renan écrit: "La préférence donnée à l'anormal, au maladif, voilà l'esthétique chrétienne", il ment lui aussi.Et il parle plus faux quand il annonce que le sang du Christ est trop usé pour pouvoir lever et fleurir longtemps encore sur la terre de France.Le bel azur du printemps revenu en ciel de France, il a reflué comme une sève, gagné de proche en proche, comme un ruissellement de vie, toutes les lettres françaises, roman, drame, poésie.Les grains nourriciers, ce sont, pour ne pas omettre un témoignage trop caractéristique, Les voix qui crient dans le désert, Le voyage du Centurion, écrits avec tremblement "sous le regard de la Trinité".Ce sont les pages diaprées de Souffrances et bonheur du chrétien, et le vigoureux roman spirituel, Le noeud de vipères.C'est La réponse du Seigneur, le roman de la prière, de A.de Chateaubriant.C est toute l'œuvre "anormale", la "mauvaise littérature" de Bordeaux.Bazin (J admirable et si pur Magnificat), Baumann.Les figures de saints ont attiré les ferventes attentions d’écrivains passés maîtres dans le roman.Rompant avec la tradition de l'histoire hagiographique bourrée de récits et de dates, mais attentifs aux sources, ils se sont proposés de parler du sacrifice et de l'amour voué par les saints à Dieu en belle, et adroite prose française.L'érudition dépouille son aspect revêche.De beaux livres écrits avec des battements de cœur mal contenus.C'est le Saint Augustin de Bertrand, le Charles de Foucauld de Bazin, le Saint Paul de Baumann, la Sainte Thérèse de iEnfant-/ésus de Bernoville, le Saint Curé d'Ars de Ghéon, et ainsi de suite.Cet honneur n'appartiendra pas aux clercs ni aux théologiens mais à des laïques d'avoir substitué aux saints rectilignes (qui n'existent que dans nos imaginations) des saints à notre unisson.Dans le théâtre, les jeux, Miracles et Mistcres ont été I' if ! I.i n 1 ii i ' ; I- ii i It : 209 LA PART DE DIEU DANS LES LETTRES.ressuscités et sont joués devant les foules par les Compagnons de Saint-Lambert, les Compagnons de Notre-Dame, et sur les porches des églises par les Routiers du P.Doncœur.Beauté du Comédien el la Grâce, du ,Saint François d'Assise de Ghéon; les grands coups d'ailes de l'Invention de la sainte Croix et du Mystère de la Messe.Le mystère de Noël et la Passion selon saint Jean.Le Noê d'André Obey.La plénitude dépouillée de l'Annonce faite ù Marie.Plus de théâtre! il est corrupteur de mœurs! déclarait avec un zèle intraitable le clergé du i -e siècle, Bossuet en tête.On connaît l'austère sentence du grand évêque: "On ne s'amuse pas quand on est chrétien ".Il ne fait aucun doute qu'aujourd'hui encore une vaste production théâtrale affiche une note de hardiesse extrême et même de lubricité.Mais Réflexions sur la comédie confinent au jansénisme.L'Eglise ne renie aucune ressource d'art, et nos dramaturges savent qu'il leur faut divertir avant de convertir.La poésie c'est toute l'oeuvre séveuse de Péguy, les admirables catéchismes de Mme Gervaise, la prodigieuse fresque d'Eve, les tapisseries de Sainte Geneviève et Notre-Dame contre quoi l'usure des siècles ne pourra rien.C'est le lyrisme savant du génial Claudel embrassant l'Octave de la création, et nous donnant "l'épopée du corps mystique " — lettre close pour plusieurs dont il ne laisse de surprendre certaine routine.Pour retrouver un terroir aussi spécifiquement chrétien que le nôtre, c'est par-dessus les siècles jusque vers le moyen-âge que notre attention doit se reporter.La religion est, mieux que les racines, comme la chair et le sang de ces siècles.Can-tilènes, épopées, romans de chevalerie, miracles, mistères soties, chansons de gestes, son atmosphère baigne tous les genres.Bien loin qu elle boude aux joies saines, elle accorde les cœurs à la joie de ses fêtes.Les évangiles sont les premiers drames, les parures liturgiques les premiers décors, les clercs les premiers acteurs.Au début ceux-ci se livrent à la comédie dans les églises mêmes, le jour de la fête de saint Etienne, leur patron.Comme le jaillissement robuste des cathédrales, la vitalité de leurs surhumaines amours, la quête du Graal et les légendes d'Arthus vérifient la hauteur de leurs amours d'hom- t< ' : h LA RELÈVE 270 ! me.La ferveur dicte aux troubadours leurs mélodies.Luths et violes chantent sous leurs doigts naïfs la Vierge féconde et pure, Roland le chevalier chrétien.Et même les musiques des poètes débauchés, Rutebœuf et Villon comme celles de Baudelaire et de Verlaine, restent catholiques, car le péché y garde son dégoût, et l'homme séparé de Dieu sa misère et ses nostalgies."Le mal dont nous souffrons depuis plusieurs siècles, écrivait Paul Claudel, est une scission beaucoup moins entre la foi et la raison qu'entre la foi et l'imagination devenue incapable d'établir un accord entre les deux parties de l'univers visible et invisible.Toute la représentation du monde que nous nous faisons depuis quatre siècles est parfaitement païenne.Dieu est d'un côté et le monde de l'autre, pas de lien entre les deux.Qui se douterait à lire Rabelais, Montaigne, Racine, Molière, Victor Hugo, qu'un Dieu est mort pour nous sur la croix ?" (Lettre à Robert Vallcry-Radot).Eh bien! Dieu n’est plus d'un côté et le monde de l'autre.Par mille pentes, il revient.On est en train de réinsérer dans son œuvre sa présence infinie.Ceux qui viendront sauront qu'un Dieu est mort pour nous sur la croix.Anticipation hasardeuse ?Cette résurrection catholique, pareille à d'autres, n'est-clle pas condamnée à périr au premier gel ?Non certes.La luxuriance d'œuvres produites ces trente dernières années permet tous les espoirs.Cette ardeur de printemps promet un mois de juin bourdonnant et fécond.Le catholicisme franc, affiché, sans peur et sans reproche des croyants de vieille souche, l'émerveillement des convertis et leur ferveur de novice nous permettent de faire fond, leur voix ne professe rien dont leur vie ne soit la confirmation.Chose nouvelle: art et foi chez eux vont de pair.Ils viennent prier à l'église, communier à la messe et ne se tiennent pas quittes envers le ciel au prix d’observances rituelles.Bref, le croyant et l’écrivain ne font qu'un."Par une prière continue, obtenir cet esprit de foi et de vérité, et surtout ce véritable esprit d'apostolat qui fait considérer à chaque phrase que l'on écrit l'utilité spirituelle plutôt que la vainc beauté de l'art ".“Le désir ardent de mettre le Christ partout, de tout instaurer H II : ¦ :) 's' i , i I i i I y i ; L'émission de i i .i ¦ i I 1 " BP.I t 271 LA PART DE DIEU DANS LES LETTRES.dans le Christ.Le Christ n'est pas pour nous une idée philosophique, mais le Dieu réel, le Dieu vivant de l'Lucharistie, | Homme-Dieu.homme en même temps que Dieu, l'ami humain et divin de chacune de nos âmes".(B.Psichari).Dieu, de qui déborde de degré en degré tout être et toute intelligence, a droit par un juste équilibre à un retour sans réserve de sa création.Cette soumission plénière, nos écrivains catholiques la comprennent, et comment aussi, en échange, la foi, si elle ne remplace pas le talent, lui assure, quand elle s'y ajoute, grâce à ses profondeurs, des sonorités incomparables.Charles du Bos écrit: Ma foi est le couronnement de tout ce que je pense sur tout, de tout ce que je sens sur tout, de tout ce que je veux sur tout".Louis DESPRÉS le présent cahier de la relève, le dixième de la première série a été achevé d'imprimer par les soins de l’imprimerie populaire, le sixième jour du mois de juin en l'honneur du Sacré-Coeur de Jésus. F 11 “les ccrdcns de la bourse” I j 1 c dernier livre de M.Edouard Montpetit est une œuvre close.J'entends par là que l'auteur a boucle la boucle, que le sujet soigneusement délimité à l'avance y est épuisé depuis l'alpha jusqu'à l'oméga et qu'il ne reste rien à dire au critique qui ne veut pas se contenter de résumer le livre ou d'ergoter sur les conclusions par elles-mêmes très claires.Comme l'indique la série les documents économiques dans laquelle a été publié les Cordons de la bourse, l'ouvrage est un document solide, que tous les contribuables qui ne connaissent pas la question du budget voudront avoir lu et que les spécialistes ne songeront pas à garder dans leur bibliothèque parce que après une lecture attentive tous les rouages des finances parlementaires leur seront familiers.Prononçons le mot, l'ouvrage de M.Montpetit, par son objectif appartient à la catégorie des livres d'éducation.Nous savons gré à l'auteur d'avoir traité d'une façon agréable un sujet dénudé de tout ce qui fait l'intérêt humain d'un ouvrage, passions, digressions, anecdotes, et de nous avoir intéressé pendant 350 pages à une question qu'on serait tenté au premier abord de considérer comme un cours de finance parlementaire.Les jeunes gens liront avec profit un ouvrage qui nous intéresse parce qu'il a intéressé l'auteur le premier, parce qu'il est le fruit de recherches patientes dont il a su garder pour lui tous les ennuis, et qu'il traite d'une question vitale pour notre pays.Le livre de M.Montpetit me fait rapprocher sa manière de celle de Jacques Bainville, le grand historien français qui ne sait pas ce que c'est qu'un ouvrage encombré et qui vient nous donner une histoire de la Troisième République en 300 pages parce qu'il a pour méthode de n'exposer son sujet que quand il s'est confondu avec sa pensée, tous les dessous ayant été éclaircis a priori, et que l'écrire n'est plus qu'une affaire de style.Ces écrivains donnent l'impression qu'on n'a pas besoin de les relire, de les consulter ; ils sont de ceux dont un adopte le point de vue parce qu'il s'impose par sa logique, de ceux qui réalisent en quelque sorte cet art si difficile de nous donner le sentiment obscur de participer à leur science.R.CHAR BONNEAU m ni %.pii ; \ ! i i ; J ï! i p i n i i; ¦ w I ll ' ¦ il: I I ! critique catholique Nous savons à quoi nous en tenir: ‘Tes critiques sont partiales.Hiles procèdent du parti pris évident de soutenir une cause.Elles sont passionnées et les mots dont elles usent ne transmettent qu'à demi la ferveur de leurs intentions".Ces lignes franches nous accueillent au seuil d'une série d'études sur nos poètes./ Elles en indiquent la tonalité sans en révéler la pénétration.A nous de la souligner.Les rapports de l'art et de la morale ont suscité de bien vives controverses.La théorie funeste de l'art pour l'art, tout comme l’exaltation naïve d'un art soi-disant moralisateur, relèvent de l'exagération et du défaut d équilibre.La vérité se trouve dans la poursuite de l'artiste à créer de la beauté, avec ses propres moyens d'expression, à devenir un miroir où puissent se refléter les rayons de la Beauté incréée.‘‘Purifier la source .' La mal moral par là même est banni ; il n'apporte à l'art que des éléments morts, des débris, où la recherche du beau s'avère stérile."Telle est la force du beau qu'on ne le peut séparer du bien".Cette parole de Cicéron apporte une confirmation tout humaine à la collaboration, sur des plans superposés, de la morale et de l'art.Dans une préface élaborée, le P.Brouillard rappelle ces principes.Il assigne également un rôle à la théologie dans la critique; de par sa nature, elle transcende toutes les disciplines, sans intervenir dans leur champ particulier; elle les ordonne toutes à la fin ultime.Ces pages d'introduction mettent en lumière la place du dogme dans l'intelligence catholique.« Le P.Brouillard est "un jeune qui croit à l'avenir".D’une culture et d'une érudition rares, il s'attache à rechercher les sources vivantes de notre poésie.Avec une acuité de vision et un goût très sûr, il fouille la pensée de nos poètes les plus authentiques; sous la musique ou le coloris des mots, il saisit la qualité du sentiment et la richesse de l'évocation.Chaque poète dissimule un moi d'une mobilité extrême, et le critique 1 Fr.Carmel Brouillard, o.I.ni.Sous le signe des nuises, essai de critique catholique, 1ère série, chez Granger, 1935 f LA RELÈVE 27-1 : i i n'a de cesse qu'il n'ait percé le mystère dont se ceint tout inspiré.; - On peut différer d'opinion avec le P.Brouillard sur certains points secondaires; on ne saurait cependant nier de bonne foi qu'il ait écrit les notations les plus justes qui soient au sujet de l'inspiration épique de ('hoquette, des gémissements pathologiques de Mlle Bernier et du goût fortement terroir des vers de DesRochers.L'historien de nos lettres ne devra pas négliger ces jugements; ils sont signés d'un critique de race.M i Pour exprimer avec ampleur et subtilité les multiples facettes de son esprit curieux, le P.Brouillard se forge une langue de métal qui charrie dans son cours quantité d'expressions pittoresques, volontiers hardies.Homère, Virgile et Fréchette (p.tu), voilà un rapprochement à tout le moins audacieux! On parle ailleurs des "cordonniers du Parnasse".Qu'à cela ne tienne! ces exagérations visent le but, qui est de pénétrer plus intimement pour faire comprendre mieux, pour faire aimer davantage.Sous le signe des muses aura-t-il un succès de librairie ?Nous en serions fort surpris.Nous avons tellement perdu l'habitude — 1"avons-nous jamais eue ?— de nous soumettre aux lois du réel qu'une prose ni laudative, ni vengeresse, mais simplement lumineuse et sympathique, perd a priori notre audience."La critique est aisée." Non pas.Ceux qui comprennent son rôle l'élèvent à la dignité d'un art ; le P.Brouillard est de ceux-là.i I •l > ; i ' i f j 1 Roger DUHAMEL i .f I ' R S' ¦ '\ 1
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