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Titre :
La relève
Éditeur :
  • [Montréal :La relève],1934-1941
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
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La relève, 1935-12, Collections de BAnQ.

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¦ ! I 1 1 I I : - I " Imprimerie Populaire Limitée, Montreal r ¦ mMÈÊÊ décembre 1935 quatrième cahier, deuxième série 7 ns ' I > 6 „ W la relève f CAHIERS MENSUELS PUBLIES SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET PAUL BEAULIEU ( k r ii i quatrième cahier, deuxième série 36, avenue roskiide, outremont. nil r h la relève rédacteur-en-chef : CLAUDE HURTUBISfc ?sommaire .ROBERT CHARBONNEAU 99 notes sur la jeunesse .f RENE SCHWOB 104 Palestine ROGER GARIEPY 108 chant grégorien de l’esprit bourgeois .ROBERT ELIE 111 du silence et de la vie intérieure.LOUIS DESPRES 115 chronique vivante sens de cette chronique .ROBERT ELI E 121 chronique des beaux-arts .H.DE SAINT-DENYS CARNEAU 124 ?toute demande d’abonnement, toute lettre d’information au sujet de la publicité doivent être adressées à la direction.l’abonnement de un dollar est payable par mandat ou par chèque au pair à montréal, aux bureaux de la direction, situés 36, avenue roskilde.tél.: calumet 7562 1 ï.notes sur la Jeunesse jeunesse et régime Les jeunes s'agitent beaucoup depuis quelques années; beaucoup trop au gré de quelques-uns.Nombre de gens dont les idées sont arrêtées, et pour qui le régime n'a pas été trop rigoureux, ne peuvent comprendre que des jeunes chrétiens critiquent l'état de chose actuel et proposent une révolution.“Spirituel d'abord" ne leur dit rien; pourtant il fait bien rager ceux qui ne considèrent la révolution que comme un changement politique.Mais il faut bien accepter que des chrétiens qui agissent, suivant la belle distinction de M.Jacques Mari-tain, en chrétiens et non en tant que chrétiens, critiquent au nom de la justice le fondement de notre système économique (spéculation, répartition inégale, etc.), un régime politique qui n'est plus adapté aux nécessités d'une civilisation évoluée et une philosophie matérialiste qui nie la morale et fait d une abstraction : l’individu, son Dieu.Il ne faut pas que des mots nous arrêtent.Nous verrons plus loin dans une note intitulée Sur les prétendues idées abstraites des jeunes que ce ne sont souvent pas ces derniers qui se leurrent de mots.Le jeune homme n est pas si dilférent de ce que furent ses aînés à son âge.Le jeune homme est éternel.Seulement, les conditions sont changées ; les qualités propres au jeune homme, notre type moderne les a accentuées du côté vers lequel son intégrité était menacée.Autrefois les conditions d existence imposaient une conception plus morale qu intellectuelle de la grandeur de 1 homme.Notre civilisation, je devrais dire, notre culture extrêmement raffinée a renversé les valeurs.Le machinisme, par 1 accélération de tout le processus vital, a déplacé la vie vers la jeunesse.Un garçon de 15 ans s'il est instruit, dans nombre de cas, a plus de valeur dans 1 industrie qu'un homme de 40 ans illettré.Les grandes difficultés de la vie d autrefois, sinon abolies du moins simplifiées, l'homme a perdu la foi dans son immortalité terrestre.11 ne considère plus la vie humaine comme un très long travail ; il lui semble au contraire que c est à peine s'il a commencé de vivre que déjà il va mourir.L homme ancien arrivait au terme de la vie, fatigué, ayant, tel Anne HJÜ'I I LA RELÈVE 100 •L Vcrcors de Y Annonce faite à Marie, accompli un dur devoir et aspirant à se reposer.Le moderne ne s'explique plus cette fatigue, sauf s'il est malade.La vie n'étant plus indéfiniment longue il n'a plus le désir de stabilité que la famille symbolisait.Le résultat est un corps social en désagrégation, n'ayant plus l'autorité nécessaire pour imposer les anciennes disciplines ou ne s'en souciant plus.Il faut tenir compte de ces facteurs quand on se propose de se représenter le jeune homme moderne.La mentalité de la jeunesse a surtout été modifiée par la crise.C.'est devenu une banalité de le dire.Au temps de la prospérité, on n'aurait pas réuni d'équipes pour critiquer le système de spéculation ; chacun spéculait à sa manière ou bénéficiait des miettes tombées de la table des spéculateurs.On ne se plaignait pas trop, non plus, de la politique.Tout allait bien.On s'est aperçu que tout allait mal, et cela, depuis plus d'un siècle, quand les chômeurs qui avaient faim ont réveillé le bourgeois confiant.On s'est rendu compte, mais on n'a pas osé l’avouer, que ces hommes avaient droit en justice au travail et que s'ils étaient à la charge d'un État capitaliste apeuré, c'est que la direction a été faussée quelque part en arrière.On a réfléchi, on a finalement constaté que la pensée utilitaire primait partout avec cette double conséquence que l'individu se voyait réduit à ces deux fonctions: créer de la richesse et accroître son confort.Aucune morale ni en haut, ni en bas, le désir de jouir et l'esprit tourné vers la création de forces destructives d'un côté (explosifs inouïs, gaz délétères, etc.) et de nouveaux plaisirs de l'autre (le goût de la volupté et celui de la mort sont les deux faces d'une même force).Devant ce désordre indéniable, mais surtout, avouons-le, devant ses conséquences, les jeunes se sont demandé si le capitalisme était une forme essentielle à la vie moderne.Ce régime, disait M.Jacques Maritain, dans sa Lettre sur le monde bourgeois "est lié au principe contre nature de la fécondité de l'argent".Il ne s'agit pas pour nous de savoir si nous pouvons christianiser une économie animée par le profit "où c'est l'argent qui est tenu pour l'organisme vivant ", » . 101 NOTES SUR LA JEUNESSE mais au contraire s'il marque une étape vers un nouvel état plus humain.Mais le point de vue matériel n'est pas le seul critiquable dans l'économie capitaliste.La prépondérance de l'épargne et de la spéculation, conséquence de la création des banques, eut pour résultat, d'après Esprit, un bouleversement de la psychologie sociale, de l’éthique et de la politique.C’est de ce bouleversement ainsi que de la confusion dans l’ordre philosophique que nous subissons aujourd'hui le contre-coup.Nous ne pouvons répondre pour tous les jeunes chrétiens si on nous demande ce que nous entendons par l’ordre, l'harmonie, qui doit nous acheminer vers une nouvelle chrétienté.Qu’on nous permette cependant de demander à M.Emmanuel Mounier, chef d’un des groupes les plus vivants de jeunes et à M.Daniel-Rops ce qu'ils entendent par cet ordre."Cet ordre en effet (et c’est peut-être une chimère car il faut se placer sur le plan de l'absolu, et sur ce plan les volontés humaines sont libres, libres d’entraves, libres de contingences) cet ordre serait l’expression de toute cette immense aspiration partout manifeste vers une philosophie qui ne serait plus détournée de sa loi, vers une science qui n’aurait plus comme seul dessein l’utile, vers un art qui ne serait plus séparé de la nature, incohérent et inhumain ” (Daniel-Rops).Mounier voit de son côté la primauté du spirituel qui doit être la hiérarchie de l’ordre nouveau dans "la primauté des valeurs de bonté sur les valeurs de culture, des valeurs de culture sur les valeurs biologiques et de toutes celles-là sur les valeurs matérielles.Cette hiérarchie s’achevant pour certains vers le haut, sans que les autres en soient gênés, en des valeurs religieuses".Cette dernière phrase s'explique quand on songe que la cité future sera composée de chrétiens et de non-chrétiens.du côté de notre inquiétude Les griefs du jeune Européen contre le régime actuel ne sont pas différents de ceux qui fondent notre inquiétude.Les grands problèmes de la crise économique, de la paix et de ECOLE NORMALE CHAMPAGNAî' Il 102 LA RELÈVE la démocratie débordent le cadre des nationalités; ils ne peuvent se poser à un peuple sans se poser au même moment au reste de l'humanité.C'est que les liens qui existent entre nations rendent tout individualisme stérile.Tous les intérêts sont liés.Cette connexion a fait naître chez les jeunes le désir d'une solidarité supranationale, essentiellement différente de l'internationalisme communiste, (parce qu'elle postule une civilisation respectant la personne et les particularismes) mais qui correspond à un identique désir de communion.Notre confrère, Robert Elic, a ici même exposé ce que ces tendances ont de commun et en quoi elles s'opposent.Les jocistes du Canada et ceux d'Europe réalisent, m'a-t-on dit, cette solidarité supranationale.Cette solidarité que nous souhaitons universelle, fondée sur des nations tendant vers l'accomplissement de l'idéal commun et chacune poursuivant entre ses frontières son destin propre, simplifierait le problème si compliqué de la paix.Il faut pour cela que l’Europe et l'Amérique optent entre la civilisation chrétienne et la culture communiste."Les forces de la paix sont très puissantes dans le monde, disait M.de Lanux, expert français à Genève, mais c'est la cohésion qui manque ".Sur ce point de la solidarité nous avons tout à admirer des communistes du monde qui seront nos plus puissants alliés contre les guerres impérialistes.Au point de vue concret ce sont les jeunes que le problème de la paix touche le plus.Ce sont eux qu'on charge de s'entretuer.Et nous savons qu'une guerre scientifique signifie la fin de la civilisation.Les jeunes qui ne croient plus à rien et qui ne songent qu’à jouir pourraient avoir adopté cette forme du suicide à la suite d'une méditation incomplète sur ce problème.Nous savons, nous Canadiens, que nous pouvons être entraînés dans la guerre, même dans une guerre contre la latinité.Le geste récent d'un de nos délégués à Genève, au sujet des pétroles, (il a été désavoué par le gouvernement) nous rappelle que l'impérialisme de 1917 n'est pas disparu.Rappelons-nous ce qu'on a fait des vétérans, non seulement au Canada, mais aux États-Unis, en France et ailleurs.Je » . 103 NOTES SUR LA JEUNESSE crois que les jeunes Canadiens français seraient unanimes, si on les interrogeait, mais d'une façon honnête, au sujet des guerres impérialistes.Que ferions-nous, jeunes chrétiens du Canada, si la guerre était déclarée ?Certains indices nous permettent de prévoir qu'on songe à employer l’argument de la Justice pour le cas où h Angleterre, qui a déjà fait trois déclarations virtuelles de guerre à l’Italie, viendrait aux prises avec cette puissance.Si nous insistons sur ce côté concret de la guerre, c'est que ce problème est avec la crise le plus imminent.Pourrions-nous condamner les jeunes qui refuseraient de se laisser enrôler de force dans une guerre dont les motifs ignobles ne parviennent pas à se masquer sous les oripeaux de la Justice bafouée ?Le problème politique ne se pose pas aux Canadiens comme à l'Europe parce que notre situation comme nation n’est que transitoire.Nous allons vers l'indépendance.Alors que la démocratie en France est un régime moribond, le parlementarisme canadien comme celui de l'Angleterre résiste mieux.D'autre part, au Canada, nous sommes moins attachés par le sentiment que les Français à cette institution du parlementarisme : les partis étant obligés à une certaine retenue par le protocole, les luttes sont moins âpres et elles portent rarement sur un point vital.Chacun des partis continue la politiqye de l'autre.Nous comprenons qu'aucun changement économique essentiel n'est possible sans révolution politique.Politique avant écononomique.Mais le problème concret, dans le Québec, c'est le problème de la patrie, de la nation libérée, vivant par elle-même.Robert CHARBONNEAU LLL'n I Palestine1 C'est en Palestine que je suis rentré en possession de toute mon histoire.A cause de cette insertion de la douceur dans une sécheresse qui semble, elle aussi, comme ce peuple, se refuser à son achèvement.C’est ici que j’ai connu qu’il n'y avait point de faille entre les deux Testaments.Et que l'Ancien était la forme — et réduite comme elle à scs traits apparents — d’une matière qui continue de nous offrir ici son témoignage persistant.Nulle part terre ni peuple ne sont à ce point le reflet l'un de l’autre.Mais la douceur qui circule à travers ce qui ne serait sans elle qu'une assemblée de pierres, qui la connaît ?Ce pays n'a cessé d'etre à l'abandon que pour être ravagé et d'être ravagé que pour plonger dans l'abandon.Mais quoi qu'il en soit — et tel que nous le découvrons — il est à cette pointe où s'éclaire un visage qui pleure, dans cet équilibre fragile où c’est de sa détresse que le cœur engendre son contentement.Le motif de l'Incarnation se transpose ici dans l'ordre de la géologie, n’étant pour ces indénombrables chaos de cailloux et de roches qu'une unanime et plus tendre occasion de sourire.Sans herbes, sans fleurs, sans un seul arbre que, parfois, un groupe d'oliviers ou, de loin en loin, un chêne dont l'apparition met sa solitude en valeur, ce sourire des pierres, en Terre Sainte, est partout.Et l’activité des Juifs a beau à présent multiplier les champs d'orangers, la grâce de leurs végétations qui surprend au milieu de terres nues et désolées discorde avec la grâce des pierres.Un élément humain s'y mêle, qui ne trouble point la douceur des collines nues pareilles aux collines de David dont l'appel nous invite déjà du fond des siècles à découvrir, derrière la sévérité des apparences immobiles, le sourire apaisé de Jésus.C'est ce sourire-là que l'œil vigilant des prophètes voyait et dont ils n’allaient plus cesser de nous redire la promesse et l'appel.Non! Je ne crois pas qu'il y ait pays sur toute la terre capable de parler une pareille langue; et c'est la propre langue de l'Amour.Aucun ne s'identifie dans cette sécheresse et cette austérité, dans cette espèce de vagabondage où courent les colli- 1 Extrait du livre de René Schwob, Solitude de Jésus-Christ, à paraître dans la collection Les Iles, chez Dcsclée de Brouwer, Paris. ü I 105 PALESTINE nés et les vallées d'ici, au lyrisme des Écritures.Nul autre qui nous dise, malgré la distance qui les sépare, l'identité des promesses de Dieu, de Ses terribles vengeances et de cette parole à la fois si sévère et si douce où confluent les promesses, les vengeances, la justice, I cspérance et l'amour.C'est vraiment ici le pays des paysages de l'esprit, lit qui se développent et se déroulent en dépit des obstacles que leur opposent les éléments mêmes qui les constituent.Dans la confrontation que semblent présenter à travers ces terres de pierre, de soleil, de silence, une matière réduite à sa plus dure essence et un esprit qui n'élève point la voix, le cœur attentif chérit, presque autant que cette patiente douceur de I esprit, l'occasion que lui offre la matière de faire trembler partout les frissons de sa voix refoulée.C'est un enchantement continu et où rien n'est de trop ni ne parle trop fort, où si l'amour même se désenchaîne pour pénétrer à leur insu ses créatures, leur dureté à elles n'a plus d'autre raison que de lui permettre de les mieux entourer.Jamais dialogue ne fut plus pur; jamais les efforts de l'esprit ne se firent aussi insidieux et séduisants qu id, pour rendre aimable une nature qui se refuse sans parvenir à le lasser.Tout est pierres — mais d'une pierre qui malgré soi se transfigure.Et Israël est cette pierre plus profonde sur qui II résolut de se fonder.La pierre qui ne se laisse pas faire.Et la brebis perdue.Celle qu'il importe absolument de retrouver.Dans sa foi même l'Égypte restait attachée à la terre.Et c est à préserver cette vie de la terre que les ellorts des hommes qui l'habitent n'ont cessé de tendre.Jusqu'au désir de ceux qui allaient s ensevelir sur les rivages écartés, pour continuer d'y goûter dans la mort la volupté de rêver et de jouir à l'abri des sables infertiles.Pour peu que l'on vive dans cette Égypte, si entourée qu elle soit, au delà des limites de l'étroite vallée où les oiseaux, les bestiaux et les hommes fourmillent, si étranglée qu elle soit partout par le désert, plus que le danger du désert ce sont les séductions de la vallée qui bientôt vous étouffent Et I on entrevoit alors la grandeur de Moïse profitant des malheurs de son peuple pour le presser de fuir.Ce n'est pas tant à leurs malheurs peut-être qu'il désirait de les soustraire, puis- ; I LA RELÈVE 108 qu'il devait les entraîner à travers des régions plus désolées encore et d'où lui-même ne devait pas sortir.Non! il ne s'apitoyait point sur la dureté de leur sort quand il les forçait à le suivre.Mais il avait compris que l’amour du vrai Dieu, la mollesse égyptienne l'interdisait au cœur.Et il entraînait son peuple dans des contrées sans herbe, sans fleuve, sans rivage pour le mettre à l'abri des obscènes moiteurs.11 le poussait vers un pays fertile mais de cailloux et très vite brûlé.Un pays dur.Et point par point opposé à cette étroite vallée où la chair ne peut pas échapper au terrible poids de sa propre langueur.Je ne connais point de terres plus dissemblables que ces deux terres si voisines pourtant.La grâce de l'une est celle de la sécheresse.La sensualité de l'autre vous poursuit jusque dans ses déserts hypocritement pleins de formes charnelles qui à la torpeur vous invitent.L'Égypte est à ce point, comme le veut le proverbe arabe, le refuge du diable, que jusqu'à son élément le plus inculte, jusqu'aux dunes de sable y viennent troubler la chair et la rendre inquiète à force de lui proposer ses trop tendres contours ?Oui ! à peine débarqué sur le sol égyptien on comprend quel divin messager fut Moïse pour ce peuple qui devait être mis à l'écart et souffrir.Avant que fût crucifié dans ce pays de pierre celui qui devait y mourir il allait donc falloir qu'Israël lui-même s'y déchirât.Et son passage en Palestine n'eut pas d’autre raison que de nourrir de son sang la Cité mystérieuse et sainte qui, depuis la mort du Saint et la fuite du peuple, flotte comme une épave sur l'abîme du temps.Comme si entre l'Exode et la Croix le peuple du Seigneur dût écrire ici, avec ses blasphèmes et sa souffrance, le Livre où mûrit le miracle de la Rédemption.C'est donc ici qu'il importe de le lire pour savoir dans quel petit pays cette histoire se composa.A quel point Dieu voulut que tout fût petit dans ce qui préparait la venue de son Fils.Un peuple pauvre et toujours prêt à la révolte ; un pays dont on a bientôt fait le tour.Que nous voici donc loin des grands espaces égyptiens et de ces villes de temples et de tombeaux dont les somptuosités imaginaires se reflétaient le long du Nil.Mais de cet univers ». 107 PALESTINE de ruines — et pourtant aussi d'offrandes et de prières — rien ne nous parle plus un langage humain.Tandis que continue de nous sourire le petit pays aux collines jonchées de pierrailles en désordre.Et les hommes n'ont pas encore fini de venir y pleurer.Telle est certainement la plus haute grâce de la Palestine.Son visage est sans rides, et son corps prolonge parmi nous le témoignage de la vérité.C'est quelque chose de penser, où que l'on soit, qu'il est sur la terre une terre où Dieu parla.A un petit peuple orgueilleux, perfide et turbulent.Puis, par Son Verbe, à tous les hommes.Mais vivre sur cette terre-là! Non pas y passer en courant comme les touristes qui vont de ville à ville visiter ce qui reste des monuments d'un passé trop récent, ou qui se penchent un instant sur les lieux où on leur certifie que tel fait illustre s’est déroulé.Y vivre en esprit et en vérité.Méditant sur cette absence de tout vestige par qui Dieu permet que son murmure soit prolongé.Sans se lasser de se dire que le pays du peuple de Dieu ne présente plus aux yeux de chair que les emplacements incertains de quelques villes.Que rien de précis ne marque plus les traces de son Fils dans les vagues limites de quelques paysages dont il n'y a du moins pas moyen de douter.Enfin que ce pays est celui du silence et de l'oubli.>- Mais cette histoire écrite avec laquelle nous pouvons errer à travers des paysages où la probabilité d'un nom nous arrête parfois, cela suffit pour que germe en nous une émotion que les vestiges plus précis des autres histoires humaines, si ce n'est dans la mémoire de quelques spécialistes, non! que nulle part au monde rien ne peut faire vibrer dans notre cœur.Et sans doute ne suffirait-il pas du choc de quelques noms pour éveiller cette ferveur.Il faut encore la magie de ce pays dur et tendre, la conspiration mystérieuse des lignes et des plans, et de l'air qu'on respire et de cette grisaille universelle et monotone, pour faire glisser l'esprit dans une absence de soi où la curiosité profane est bientôt effacée.Sans cet équilibre il ne nous faut jamais chercher ici des grandeurs qui ne soient pas des grandeurs de l'esprit.Ce pays est fait pour nous désembourber de nos superstitions.René SCHWOB J Il chant ûréûcrien L'art sacré et l'art profane se rencontrent dans le cœur de l'homme.Même dans un cœur de chrétien, des conflits naissent souvent d'un partage.C'est la grâce qui réconcilie les partis en désignant le seul amour qui en soit digne, où tout se confond, s harmonise dans la contemplation."Le détourner de la Sagesse et de la Contcnplation, et viser plus bas que Dieu, c'est, pour une civilisation chrétienne, la cause de tout désordre", dit Maritain.D'ordre différent par leur objet, l’art sacré et l'art prolane ne sauraient se comparer dans leur ensemble.Mais parce que c'est le même homme qui va de l'un à l'autre, il est requis pour le bonheur et la paix du chrétien que l’art profane — resté profane — ne soustraie pas la personne à l'influence de la grâce en lui montrant une autre fin.Toutefois, dans une cité fortement chrétienne, l'art profane se rapproche beaucoup plus de l'art sacré que dans le cas contraire.Il est naturel en effet que le fruit de l'âme chrétienne, né hors de l'Église, exhale non pas l'odeur de l'encens, mais celle de la création purifiée.Pas du tout celle de la sensualité.Si l'on peut rencontrer le sublime dans certaines œuvres de Wagner, on ne se cache pas un certain malaise à rapprocher celles-ci de la simplicité et de la paix de l'hymne grégorien.1 Pour peu que l'on tienne absolument à faire des rapprochements, il faut avouer que Bach s'y prête beaucoup mieux.Ici l'analogie ne consiste pas tant dans l'austérité (surtout dans le sens qu'on accorde à ce mot pour dissimuler sottement son mépris de la règle et de 1 équilibre) que dans les aspirations spirituelles de l'âme, la pureté et la noblesse de l'inspiration, l'unité dans la variété, l'équilibre.Le chant grégorien demande en effet, pour être apprécié, plus que la connaissance des règles qui assurent son intégrité, plus que l'aimable consente- ».1 Nous devons féliciter et remercier les moines bénédictins de St-Bcnoit-du-Lac de nous avoir fait (jouter dans la simplicité et le bon goût d'une audition parfaite sous la direction de Dont Mercure, la saveur de cet art trop peu et trop mal connu (Chapelle du collège St-Laurent, 14 novembre iqjt ) CHANT GRÉGORIEN 109 ment à une poésie qui n'est pas sans attirer l'attention de maints bourgeois.Le charme de quelque abbaye a fait verser des larmes à plus d'un romantique.11 est un certain état d'âme, qui n'est pus affaire de culture, mais prédispose plutôt à ce genre de culture dans les arts sacrés, en l'absence duquel on ne saurait comprendre la valeur du style grégorien, pas plus d'ailleurs que celle d'aucun autre style de chant religieux qui soit vraiment liturgique.Le mensonge est insupportable en art plus qu’ailleurs, et dans l'art religieux plus que dans n importe quel autre.11 existe là un minimum de sincérité en deçà duquel on ne peut s'empêcher de crier.La prière est incompatible avec la déclamation.Et c'est par respect pour la vérité qu’on évite de chanter l'opéra à l'église — quelque beau soit-il par ailleurs L'étonnante simplicité de la poésie franciscaine tient dans le respect que le saint poète portait à l'égard des réalités.Et la grande réalité pour lui, comme nous le fait voir Chesterton, c'est sa dépendance absolue de Dieu.Ce principe premier qui doit régner dans l'esprit de tout chrétien, lui doit aussi inspirer un acte d'amour qui se traduit en des chants où resplendit la beauté de 1 âme, mais dans forme qui laisse non moins deviner un acte d'humilité.Le chant grégorien est dans la musique la fleur des premiers siècles chrétiens, cueillie et conservée par saint Grégoire.A cette époque où les cœurs très fervents ne se lassaient pas de contempler le Christ, jaillissait de l'amour, la beauté qu on retrouve par toute la liturgie.Avec le développement de la chrétienté, le temps heureux où les psalmodies s'improvisaient, sur-le-champ, 1 inspiration de la prière (donnant sûrement lieu à des beautés incomparables) devait prendre fin.romaine, donc païenne, menaçant l'art encore fragile des premiers sanctuaires, un certain libertinage1 tout aussi menaçant, — auquel le chant d" Église fut toujours expose d ailleurs, — s'installant malgré saint Ambroise, saint Grégoire conçut une sous Lf influence gréco- 1 Le fameux “Minuit, chrétiens" est une forme de libertinage dans le chant d'Église. LA RELÈVE 110 une synthèse de tous les chants sacrés alors en usage chez les chrétiens.Son génie puissant marqua le tout d’un caractère particulier et très riche par des règles qui devaient assurer son cxistchce jusqu'à nos jours — malgré les vicissitudes de la Renaissance.Dire du chant grégorien que sa valeur musicale est la plus grande de toutes n’exclut pas celle des autres styles.Le plus fanatique des profanes ne saurait nier cependant sa très grande richesse d’expression assurée par une mélodie qui tient toute dans l’esprit, un rythme qui n’est marqué que par les mouvements très libres de l’âme, suivant leur allure et variant comme eux à l'infini.Et les multiples subtilités qu'on ne trouve pas ailleurs.On entrevoit aujourd’hui sa très grande valeur culturelle.Quelle que soit présentement l'influence du grégorien sur les autres styles, il peut arriver que ceux-ci, pour ne pas vouloir des Classiques, viennent chercher chez lui un équilibre nouveau en s’inspirant de ses lois.L’ordre de Saint-Benoît, continuant l'oeuvre de culture qu il n'a cessé d'accomplir depuis le temps des forêts gauloises, présente aux catholiques, depuis les recherches scientifiques de Dom Pothier et de Dom Moqucrcau sur l'authenticité de la mélodie et de la rythmique grégorienne, un chant qui représente une forme éminemment convenable au culte liturgique, forme transcendante de la musique sacrée.Le chant grégorien, comme toute la Liturgie, porte le signe de Dieu parce que ceux qui l’ont créé étaient des saints.L’être entier participant au culte du Christ.La beauté débordant des âmes ferventes.>.Roger GARIEPY le présent cahier de la relève, le quatrième de la deuxiè-série, a été achevé d’imprimer par les soins de l’imprimerie populaire, le vingt-septième jour du mois de décembre, en l’honneur de saint Jean, Evangéliste. (le l’esprit bourgeois Les premiers contacts avec le monde ont la plus grande valeur de témoignage.Il s'agit de retrouver derrière cette position confuse et uniquement sentimentale les forces de vie en leur plénitude.Elles sont encore assez libres pour réagir: leur élan voulait un large espace éclatant de pureté, elles se trouvèrent en face de régions froides et tranchées d'ombres opaques.Le refus catégorique que les jeunes opposent au monde venait de cet appel qui voulait les forces de leur être au service de toutes souillures, ces forces qui semblaient promettre un plus noble destin.On a ri devant ces rêves sans s'apercevoir qu'ils n'étaient que l’espérance naturelle de l'homme encore animé d’âme.De vivre ainsi pleinement permet seul ce grand rire libéré de tout ce qui asservit: ce qui fait frémir le surveillant conformiste et lui donne toutes les raisons de vous assagir.Ce refus reste en premier informulé, tant est marqué de misère tout ce que l'on touche.Les mots mêmes ne rendent pas sans collusion avec l’ennemi cette position.Chez quelques-uns pourtant demeura jusqu’à la maturité de l'esprit cette pureté de forces vives.Tout fut repris des premiers mots aux plus anciennes formules, comme dynamité par la force de l'être, et ouvert jusqu'en ce point où chaque chose rejoint la vie.Ce fut le grand travail d'une jeunesse que l'on connaît mieux maintenant et qui jalonna son oeuvre de principes vivants.Chaque acte de ces groupes faisait large brèche dans ces cadres morts que sont les institutions et où se répand inutilement la vie.Ce fut surtout une prise de possession, un mouvement de conquête du réel, et de toute certitude, qui jeta une telle lumière sur ceux qui eurent à choisir.Alors qu’en nous domine l'élan, voici une œuvre réaliste qui permet une vie largement remplie d'un effort créateur, et joyeusement directrice des forces qui voulaient l'entraîner.Où est maintenant le cran d'arrêt, la force qui s'oppose chez tous les morts vivants à un retour, et chez ceux qui commenceraient à déborder de tout ce qui les a si longtemps intrigués, à une adhésion ?>.il m LA RELÈVE 112 Satan a vraiment bien travaille.Depuis les Sommes du moyen âge, cette belle levée de liberté et de forces si simples qu'il ne pouvait même les toucher, le Prince a engagé l'homme dans un labyrinthe.Là tout est réglé ; juste assez d'air pour qu'il ne crie pas; assez de confort pour en damner quelques-uns de paresse, et par eux en faire maudire d'autres de haine; assez de volupté pour que s'aiguise, s'habitue au laid et au faux ce qui voulait la vie.Sur tout cela une lourde fumée d’opium qui donne à ces regards la satisfaction béate et chaude des rêves confus qu'un frisson à peine tient à la vie.L'homme est quelque part sur une verticale dont la base est sauvagement inondée de misères.Pour atteindre cette région claire dont nous parlions plus haut, il faut avoir conservé ce goût de pureté entre les hommes, la haine des faux-fuyants, de la morale peureuse, des demi-lumières, des soupçons de vérité, et une violence assouplie de charité qui n arrête plus dans son aventure pour aérer les régions sans soleil et rendues inhabitables par nos péchés.Pour glisser jusqu'à la mort dans le labyrinthe du diable il n'y faut que l'obsession maladive du péché de la négation, et une grande mollesse à morale négative.En somme ce seigneur de domaines désertiques, ce maître de fantômes inconsistants, ce joueur d'abstractions n’est autre que le bourgeois.Niais le mot fait peur, les bien-pensants se reportent à l'antidote du communisme.Pourtant il fut dit souvent qu'il n'y eut jamais rupture entre le monde bourgeois et celui de Moscou.Les deux restent à l'intérieur de l'hédonisme.Les deux poursuivent une synthèse des tendances opposées de l'homme en des institutions abstraites qui en sont la négation, et qui détruisent la tension spirituelle féconde de ce choc.1 Lorsque nous prenons le bourgeois comme type d'une classe sociale, dans la réalité historique concrète que nous vivons, il se peut que nous rencontrions le même type que les Révolutionnaires de 1917.mais ce sera pour d'autres raisons, et aussi pour lui opposer un ordre différent.1 Voir la Révolution nécessaire de Robert Aron et Arnaud Dandicu.Livre lumineux qui est quelques fois trop nietzehéen. KB DE L'ESPRIT BOURGEOIS 113 Cette classe doit son hégémonie, comme l'ont démontré les essayistes d'aujourd'hui, à l'influence simultanée et longée de la philosophie de Descartes et d'inventions techni-L'un créait des cadres rigides et abstraits où tout p ro- ques.mouvement libre et créateur ne servait qua rendre plus puissants et oppresseurs un esprit contraire.La révolution spirituelle s'élève contre cette construction inhumaine.Les termes même marquent exactement l’attitude des deux esprits: l'un est Révolution, c'est-à-dire un mouvement d'ensemble qui veut briser tous les cadres, l'autre, une évolution qui tend à protéger l’acquis, et pour cela mettre à son service l'activité créatrice des hommes.La révolution tend à une participation minima et commune au travail inqualifié (automatique) et maxima au travail créateur, à l'exploration de régions nouvelles.La machine dans cette poursuite devient la servante bien humble de I homme, elle ne fera que le remplacer dans ce travail qui, lui-même, ne vaut qu'au service du travail créateur où l'homme sera toujours le maître sur terre.L'évolutionnisme bourgeois, au contraire, veut rester dans les cadres du déjà fait et tout réduire à l'utilisation.On dirait que l'homme n'a plus de problèmes une fois résolus ceux de la vie animale.L'équilibre, au contraire, est fait d'une lutte incessante avec la nature, scs mystères.L'avarice bourgeoise résume la vie sociale à 1 usure conlortablc qui crée le prolétariat, l'autre fait de cette lutte un explosif qui dégage l'homme de I inertie, le met en contact avec la nature.11 atteint en lui scs facultés les plus hautes et les plus exigentes.Mais le type bourgeois, s'il se réalise plus parfaitement en une classe, semble être pour tous le mirage du démon.Après avoir écrit le mot, Emmanuel Mounier dit: "Je sens les impatiences.Chacun de nous porte en soi une moitié, un quart, un huitième ou un douzième de bourgeois, et le bourgeois s irrite à son nom comme un démon dans un possédé.Entendons-nous.On ne passe pas la frontière du bourgeois avec un certain chiffre de revenus.Le bourgeois fréquente toutes les latitudes, tous les milieux.Si sa morale est née d'une classe, > LA RELÈVE 114 gaz lourd, sur les basses elle a glisse aujourd'hui, comme un régions de la société".1 Ce qui caractérise le bourgeois, c'est l'avarice.Cette économie dirigée de tout son être.C'est lui, en nous, qui a peur de cette violence qui voudrait affirmer la personne et la dé-l cngagcant.Il n'aime pas l'inattendu, l’aventure, passer en il lui faut tout prévoir.Certains économistes ne veulent-ils qu'on étudie les possibilités de chaque muscle, et même, les psychologues, qu'on règle les réactions spirituelles de l'ouvrier, toujours en regard d'une production plus active ?D'où les interminables essais de classification ; après une schématisation de 1 homme, il fallait persister dans cette voie et le soumettre à la machine, dernier degré d'apprentissage pas avec dans cette course à l'abrutissement.Type très ancien, le bourgeois n'en est pas moins éloigné de l’homme vrai que le laid du beau.Pourtant, pour le retrou-partout il faut que dequis longtemps l'homme en abdique.Le libéralisme, le communisme, l'inertie de toutes les institutions politiques et économiques qui tendent à annihiler l'homme sont nés de l'esprit bourgeois.Ce s cadres rigides ne sauraient exister dans la société qui respectera en 1 homme une double fonction dans ses rapports avec la nature: “D'un côté, l'homme accroît sans la puissance de ses procédés d'économie; de l'autre il déploie toujours plus largement sa capacité d'explosion, de défense et d'invention gratuites" (Révolution nécessaire) et qui fera de la personne le centre de cette nouvelle société.son coeur ver cesse Robert EUE 1 Esprit, première année, No 6. I du silence et de la vie intérieure “Malheur à ceux qui n'ont pas connu le silence!" Tout éclairement puissant provient d'un silence préalable.Mais qui médite aujourd'hui, qui se tait ?La fièvre et le tapage des villes distraient l’attention, émiettant la pensée.Aussi que de bruit pour peu de chose! Much ado.Le monde est noyé dans un flot d'encre perdue.On croit que le silence est vide.Non, le silence n'est pas le vide.Le silence force à la contemplation, et l'action d'un homme est en fonction de cette contemplation qui chez la plupart est réduite à une part misérable, quand clic n'est pas supprimée.Je lis dans Le visage de mon frère un aveu trop rare.1 Dhan Gopal Mukcrji a séjourné douze ans en Amérique, occupé à se frotter à la culture occidentale et à s'adonner à I action politique.Or un jour, il se trouva subitement en face de la nudité de son âme.C’était à New-York.mais laissons-le raconter: "Comme je montais sur l'estrade du 1 own Liait à New-York, en jetant les yeux sur le visage de mes auditeurs et, en regardant dans mon propre coeur, je découvris avec consternation que j'étais un homme dépourvu de message.Et j'entendais clairement cet appel: Rentre aux Indes et, aux pieds de la Sainteté, renouvelle ton esprit '.Dhan Gopal Mukcrji est revenu aux Indes, l'âme épuisée.G est auprès des grands silcnciaires de Bénarès qu’il reçoit les paroles où se nourrit sa faim.Cependant l'Occident hante rêves.Librairies, hôpitaux, somptueuses universités, laboratoires prodigieusement outillés; livres, journaux, revues; tant d'instruments de science et d'expression.Cette formidable activité, il ne comprend pas encore pourquoi elle est inféconde.Il confie à l'un des Saints son étonnement.11 y avait un homme en Amérique dont vous avez peut-être entendu parler: Woodrow Wilson.Il avait un idéal d'une grande bonté, qu'il s'efforça de formuler en XIV articles.Il travailla à les faire appliquer.Mais il échoua.Comment expliquez-vous cela, mon Seigneur ?—Je ne suis qu'un ignorant, répondit le Saint, comment 1 Cette note sur Dhan Gopal Mukcrji est inspirée de quelques arti clés du Père Doncoeur.SCS I ¦ 116 LA RELÈVE .pourrais-je éclaircir de si hauts problèmes, mon fils 1 Je puis expliquer le Bien-Aimé, car il aime ceux qui ne savent rien.Mais cet homme aux XIV points, est-ce un saint?A-t-il médité au moins un an sur chacun de ces points ?A-t-il jeûne et prié Dieu assez longtemps pour insérer en chacun d eux une vie immortelle ?" — Non, mon Seigneur, il n'a ni jeûné ni prié pendant quatorze ans"."Alors sa figure s’éclaira: “Comment, dit-il, peut-on greffer une idée sur la vie, sans lui sacrifier d’abord bien des années ?" Évidemment, ce vieux bonze se paye notre tête.Voyez-vous les députés, les écrivains qui le prendraient au sérieux! S'ils allaient se mettre à jeûner et à prier un an avant de proposer un amendement ou d écrire un ouvrage! Non, mais!.Ce vieux bonze a raison.La pensée ne porte de fruits durables que greffée sur le silence.Plus que tout autre l'écrivain catholique est soumis à cette loi — rameau dont la collaboration doit porter des fruits spirituels, éternels.C'est aux pieds de la Sainteté, de Notre Seigneur en croix que Psichari recevra son message.A Mademoiselle Saint-René Taillandier il écrit: "Il y a un livre, dit sainte Angèle, il n'y en a qu'un seul, la Croix.Nous qui vivons dans une époque de luttes, de tribulations et de douleurs, nous devrons en écrire d'autres.Nous devrons agir, utiliser toutes les forces, tous les dons que nous tenons de Dieu seul, à la défense de Dieu seul.Nous écrirons des livres, parce que nous devrons "faire flèche de tout bois", batailler avec toutes les armes, nous dépenser tout entier et sans partage.Tel est le devoir qui nous est imposé par la place privilégiée où la Providence nous a mis, pour la défense de Jésus-Christ et de son Église.N lais que ferons-nous de bon si nous n'avons pas, avant toute chose, gravé au fond du cœur le livre divin dont parle sainte Angèle ?" (Lettres du Centurion, p.285).Quand la contemplation aura nourri son âme, modelé son imagination, pétri sa sensibilité, il composera.Non pas des articles de journal ou de revue: il ne gardait en eux qu'une médiocre confiance, si bien qu'un jour, en pleine discussion, il lâcha cette phrase d'une verdeur toute militaire: "Eh! au ' .DU SILENCE ET DE LA VIE INTÉRIEURE 117 lieu de tous ces articles, f.-nous donc un chef-d'œuvre à travers la g Il fera donc des livres, de beaux livres où se fondront dans un alliage parfait la vibration d'un grand amour, d'une haute pensée, et la séduction du style.Ses loisirs sont ployés à refondre les \'oix dont il veut faire, sur une trame moins autobiographique, le roman de la conversion: ".Je me suis plongé avec ardeur dans le travail.Et quel travail ! La rédaction d'un petit livre qui me prend presque tout le temps laissé libre par mon service.Il m'a semblé qu'il serait possible en priant le Saint-Esprit et en lui demandant avec une humble insistance le véritable esprit de foi, de traiter l'éternel et grand sujet du retour à Jésus-Christ d'une façon plus large, plus impersonnelle, plus classique en un mot, et que même un semblable essai pourrait avoir quelque utilité.Et je me suis mis résolument à la tâche après avoir essayé de m imprégner de cette force souveraine, de cette large adhésion à Dieu, de cette santé morale et spirituelle qui caractérisent, à mon sens, notre Ordre bien aimé (l'Ordre dominicain dont il est tertiaire) et qui d'ailleurs conviennent si bien à une âme de soldat." La mort est venue interrompre l'oeuvre.Telle quelle cependant, elle prend place aux côtés, à la hauteur des plus beaux drames de la foi dans l'âme.Moins nourrie, moins serrée qu'un ouvrage récent par exemple, Y Augustin ou le Maître est là, de Joseph Malègue, elle est plus simple, plus frémissante, et d'une meilleure écriture.Dès que le Voyage du Centurion serait paru en librairie, un autre volume, vous devinez bien, serait mis immédiatement sur le métier où il raconterait "le rôle précieux du clergé dans la société ".Psichari a rencontré le prêtre.Nous comprenons qu'il soit captivé: les cœurs généreux résonnent au choc d'une vertu insigne.Pendant les manœuvres, c'est chez le curé de l'endroit qu'il descend, demandant comme une faveur d'être logé chez lui.Là il poursuit son enquête, parfois incognito.Dès l'aube, I homme de Dieu est debout pour la messe Au cours de la journée, il l a vu faisant les cent pas, le bréviaire ou le chapelet en main.Ces hommes, que leur robe noire isole du monde, r cm- >, I ¦ 7 LA RELÈVE 11S lui proposent à la fois l'exemple de la prière et celui de la grandeur morale, ayant choisi pour seul partage le dévouement, le zèle, la chasteté, la mortification.Livrés cju'ils sont depuis la Séparation à la générosité des fidèles, ils ne possèdent que le nécessaire.La salle où le prêtre mange a seule un meuble de prix, faute de quoi le prédicateur, le catéchiste ne saurait se renouveler ni l'intellectuel jouir d'une diversion nécessaire: la bibliothèque."Dans nos campagnes françaises", dit-il, “la seule maison qui serve de refuge à la vie de l’esprit, c'est le presbytère".Ce n'est pas qu'il ne rencontre des fois un prêtre moins zélé.Cette négligence l'atteint dans son cœur de chrétien : il ne le cache pas.Mais l'admiration l'emporte: "Et que dire de notre clergé ?Beaucoup de catholiques — et non des moindres— trouvent bon de faire la moue lorsqu’on parle de nos prêtres — des prêtres de Jésus-Christ! — 11 faudra que je dise un jour ce que, vous autres, vous ne pouvez pas dire.Il faudra que je dise, si Dieu m'en donne la force, que ce clergé est admirable, qu'il est pénétré des plus mâles vertus chrétiennes, qu’il est plus grand peut-être qu'il n'a jamais été.Au village — comme à la ville — le presbytère est le seul endroit où se réfugie l'intelligence, — car je n'appelle pas de ce nom la pauvre intelligence des intellectuels —, le seul endroit où il y ait vraiment de la vie, le seul où l'on soit assuré de trouver toujours non seulement des hommes de cœur, mais des hommes ayant la plus fine compréhension de toutes choses, le sens plus droit, la raison plus déliée.On dit qu'il n'y a plus de saints aujourd'hui.Ah! si l'Église me le permettait, je dirais bien qu'il y en a encore, et où ils sont!" (Lettres du Centurion, p.291).Pourquoi pas ?Choix pour choix, l'élite ne serait-elle pas plus intéressante que la crapule, les presbytères que les bouges où de frivoles littérateurs promènent trop souvent leurs curiosités ?Bourget disait donc bien, en commentant la parole citée plus haut : "C'est un tremblement que d écrire devant la Sainte Trinité"."Mot révélateur", écrit-il, "et qui permet de comprendre ce que ce petit-fils de Renan demandait à l'art littéraire: un apostolat de sensibilité sublime, un pain DU SILENCE ET DE LA VIE INTÉRIEURE 119 de vie à distribuer aux cœurs, de quoi susciter la vertu du sacrifice sanglant, à la veille d'une crise qu’il pressentait tragique".Littérairement, Psichari fut, avec Péguy et Clermont, pour ne parler que de la France, un des plus grands parmi les morts de la grande guerre.“Talent déjà supérieur (il comptait à peine trente ans) et d'une nouveauté singulière", nous assure l'auteur d'L'n divorce; et Barrés appelait gentiment le lieutenant méharistc: "Le jeune colonel des lettres françaises".Encore que Clermont soit plus universel, plus richement orchestré, Péguy plus contemporain, plus efficace sur nos gens d'aujourd'hui, Psichari est plus jaillissant.On devine dans l'ébauche du Centurion et les pages frémissantes des Voix, la promesse de futurs chefs-d'œuvre.“Les pages où Ernest Psichari raconte le dialogue de Maxence avec Dieu dans le désert", écrit Paul Bourget, “rappellent, par leur éloquence et leur pathétique, le célèbre Mystère de Jésus.Elles sont, à mon jugement, parmi les plus belles pages dont puisse s'enorgueillir notre littérature mystique".(Préface du Voyage du Centurion) Or, ces dons littéraires si prometteurs, il les possédait sans fausse complaisance.On connaît l’amour-propre chatouilleux dont sont affligés trop d'hommes de lettres, même les plus grands.Ils préfèrent, en général, qu’on dise du mal de leurs ouvrages plutôt que de n'en pas parler.Rien de tel chez Psichari.Une formule de modestie, dite en passant, pourrait donner le change, surtout elle pourrait être artifice; mais ici les affirmations de pauvreté morale et intellectuelle sont si abondantes et le ton si franc, qu'il est impossible de soupçonner pareils manèges.A propos de l'Appel des Armes, il écrit au R.P.de ( lé- rissac: “Ce livre me donne des sueurs de honte et je vous assure qu'il est pour moi une épouvantable épreuve".(Lettres du Centurion, p.237).“Votre appréciation, si sévère qu elle doive être, me sera bien précieuse.Mais je l'attends avec beaucoup de sangfroid, puisque vous, du moins, vous savez avec quelle bonne foi j’ai travaillé et quels sont mes torturants regrets de n’avoir pas servi dignement Jésus-Christ." (Lettres, p.249) 11 LA RELÈVE 120 Mlle M.Saint-René Taillandier lui a écrit pour le féliciter: il répond: "Vous me faites, sur mon pauvre roman, des remarques extrêmement fines et avisées.Je n'ai pas le courage d'y revenir et de donner ainsi plus de prix qu elles n'en ont à des pages très misérables, je vous assure.Le mieux est de n'en plus parler, puisque nous savons que rien de ce qu elles contiennent n'est la VIH véritable, et que tous nos discours, s'ils ne sont pas habités par une pensée plus haute que la terre, ne peuvent être qu'airain sonnant et cymbales retentissantes".(Lettres du Centurion, p.284) Devant le Maure, il a, chrétien malgré lui, placé au-dessus de l'encre des savants le sang des martyrs.Au-dessus de la gloire littéraire et des prestiges de l'art, il place toujours le sacrifice, le sang.Ses amis, Paul Bourget et Albert de Mun surtout, veulent lui faire obtenir le Grand Prix de Littérature à l'Académie française.11 est obligé de multiplier démarches, visites et lettres.Mais le soir, devant son agenda, il écrit: “30 mai.— En vérité, en toute sincérité, comme cela m'est égal.Je le dis devant Dieu, mon seul désir sur terre est d’avoir la Foi, l'Espérance, la Charité des saints, mon seul désir est de mourir pour le nom de Notre-Seigncur, s'il veut bien de nous pour ses martyrs.Mon seul désir et ma seule pensée est le Paradis." (Mon frère, p.ibo).Cela dut lui être bien égal aussi que l’Académie (trompette Lavisse) lui préférât le Jean-Christophe de Romain Rolland, dix volumes ou plutôt dix blocs indigestes.Outre que c'était insulter au bon goût, c'était patronner, à la veille de grands jours sanglants, contre le nationalisme éclairé la germanophilie aiguë.Sur le point de partir à la guerre, il remet à l’abbé Houyvet le manuscrit du Centurion, avec ces mots: "Je vous le donne, si je meurs, vous pouvez en faire ce que bon vous semblera; le brûler si vous le voulez ".Que pouvait-il bien donner encore, celui qui avait tué en soi meme l'attachement de l'artiste à scs œuvres ?Seul le don suprême de tout soi-même, par les trois vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, pouvait parfaire I oblation ».Louis DESPRÉS chronique vivante sens de cette chronique La philosophie chrétienne est celle même de la réalité.Les concepts de sa métaphysique restent toujours en relation avec l'observation première, si bien que le passage se fait sans heurts entre les concepts et la vie.Nous aimons cette unité car clic transfigure le monde.Il n'y a plus rupture entre la surnature et la nature, mais un lien qui est une espérance et qui commande à l'homme non pas de se détruire afin d'etre élevé à la mesure de son destin, c'est-à-dire de la sainteté, mais de surélever en lui, actuellement vivant et disponible à la Grâce et à la Béatitude, l'image de Dieu.La Relève n'a pas voulu élaborer une doctrine puis, le moment venu, l'imposer aux faits pour la mesurer.L'attitude de saint Thomas enseigne autre chose : toutes les exigences de la vie qu'il saisit ne sont pas le désir d'une autre planète, mais celui de vivre.Il s'agissait de rejoindre la vie en son centre et de permettre ainsi son rayonnement propre.D'où la route vers l'Etre et vers Celui qui dit: "Je suis la Voie et la Vérité et la Vie".Indissoluble trinité qui commande la primauté du spirituel; ni la Vie ne s'obtient sans le Christ et la Vérité, ni Celle-ci sans le Christ et la Vie et l’on ne peut trouver le Christ sans la Vérité et la Vie.Nous avons la certitude d'être en contact avec la réalité essentielle et non pas avec une doctrine plus ou moins vague et gênante.La Sagesse de l'Eglise est la libération du plus profond de nous-mêmes: une envolée ivre de tous les Noms Divins parce que celle-même de la vie.Le chrétien puise à la Source pour en vivre sous un autre climat.L'ordre sur terre naît de cette relation inespérée: l'homme par tout son être La contemplera, il La trouvera au centre et partout en transposant le monde dans une structure à la mesure de sa pensée, il agira à Sa lumière.Il , i F ! 122 LA relève: La Relève est sur le plan de l'action, tributaire des deux autres; mais cette activité peut être multiple: il y a le vouloir d'un acte d'homme et la recherche d’un acte d’homme.Voir ce que permet la vie, dégagée de tout ce qui l'alourdit, dans la plénitude de la liberté, souvent précède le désir de la libération.Une chronique ne sera sûrement pas pour rechercher les faits qui corroborent une pensée puisque le catholicisme nous immerge déjà au plus profond de la réalité.Ce sera rechercher, sur le plan des oeuvres les plus hautes et essentielles de l'homme, cette plénitude de vie parce que libre du mal.L'art et la pensée en regard du Beau et du Vrai.La tension spirituelle de la vie selon l'Évangile se manifestera au centre de la réalité.Ainsi apparaîtra plus clairement que l'acte issu de l'âme et de la chair ne vaut que parce qu'il porte la marque de l'esprit.baite à ce point de vue, la chronique juge de l’humain engagé dans l'œuvre comme de ses moyens et de sa fin spécifique.Pourtant, même chez le philosophe et l'essayiste, la dissociation entre l'humain et son expression reste un artifice.Comment la structure d'une œuvre et la profondeur d’une pensée ne se commanderaient-elles pas mutuellement sans déficiences ' Cette œuvre surtout qui n'admet pas de marge entre la vision et la réalisation ne peut s'analyser comme contenu et contenant.L’un n'est pas sans l'autre car l'artiste dans cette "approximation de la réalité absolue" insaisissable en son mouvement même, ne saurait la réaliser que par une représentation purifiée.Le passage de la réalité à l'art, exaltation, exclut l'analyse.Voir commande une forme; mieux voir, une forme plus pure qui laisse resplendir cela qui n’a pas de définition et qui est la chaleur de tout.Devant l'œuvre d’art nous vivons la vie; il s'agit alors de savoir pourquoi et selon quelles dominantes car la distance est grande entre les frissons de l'épiderme et la clarté de l’âme.L'œuvre doit être regardée sans intervention aucune de nos préjugés, mais dans son mouvement même: cette inflexion de tout soi produite par elle, sa lumière. 123 SENS DE CETTE Cl IRONIQUE Si ce chant en nous permet d'éclairer l'artiste sur la qualité de sa vision et lui faire éviter un poids trop lourd à sa liberté, c'est-à-dire à son ingénuité (comme une passion volontairement débridée ou une esthétique imposée) l'analyse des formes peut aussi rejoindre la conception et aider à sa libération.Pour un tableau quelle détermination à faire entre la valeur propre des formes et leur valeur de signe, et le juste moment où l'artiste peut informer la matière sans sacrifier de sa spontanéité devant la nature! Nous avons déjà vu des oeuvres correctes qui ne chantaient pas du tout car pour être mélodiques elles auraient dû rejoindre le signe sous la chose, la vie.Nous continuerons dans les articles de fond à recomposer le vrai climat de l'homme: nous connaissons par le Christ une ordonnance de la réalité; il s'agira sur tous les domaines où I acte se pose d'en définir les harmoniques particulières.La chronique, elle, mesure ce qui est réalisé.La participation à une telle lumière, assez universelle pour qualifier tout travail d'homme et qui trouve dans l'approximation de l'œuvre son éclat, donne chance à un jugement probe, même si provisoire.Robert EL IE A nos amis, Depuis un an et demi que nous existons, nous n avons fait qu'une propagande discrète.Nous voulions d'abord savoir quelle réponse on ferait spontanément à notre mouvement.Un nombre suffisant de lecteurs fidèles, les témoignages de plusieurs journalistes et écrivains nous ont convaincus de la nécessité de notre travail.Mais pour atteindre complètement son but, une revue libre comme la nôtre compte sur ses abonnés.Nous demandons donc à nos amis de s’abonner et de nous amener d autres abonnés.Il i ¦ F I clircniaue des beaux-arts Ce qui est trop incomplet est faux par là.Nous n'aurions pas la place dans cette chronique pour exprimer assez complètement ce qui nous est suggéré par des expositions récentes qui, parmi le fatras habituel, groupaient une dizaine d artistes intéressants.Nous serons donc forcé de distribuer sur un espace de temps plus ou moins long ces études où nous voudrions dégager certaines notions d'art mises en jeu par les œuvres et attirer l’attention sur le talent de quelques peintres.Dans de prochains numéros de la relève nous parlerons de certaines tendances générales et d'artistes tels que Jackson, Edwin 1 lolgatc, Louis Muhlstock, etc.Il y a beaucoup de tristesse au salon d’automne, la tristesse qui se dégage des ténèbres de l’absence.Les peintres dits officiels se répètent inlassablement.Cela reste du sage métier pour la facture, et de l’insipidité pour l’inspiration, quand cela ne tombe pas dans le mauvais goût à l’eau de rose, qui est du pire avec une sourdine.La seule audace de N !.Coburn est d'avoir exhibé de nouveau à "l'exposition des produits canadiens ” le cadavre en robe verte qui nous effrayait jadis au "salon du printemps".11 est surprenant qu’une chose aussi inconsistante ne se soit pas encore décomposée! Sa rigidité la défend peut-être de l’écroulement.Et pour la Nième fois le Nude Study, d’une belle pâte et parfaitement insignifiant.Enfin, un portrait nouveau venu d’une si niaise sentimentalité.Dans une atmosphère semblable, l’artificiel portrait de Mme Ross Clarkson, par Adam S.Scott, et celui, si prodigieusement vide qu’il fit de M.Laliberté.Le grand tableau de M.Britton, intitulé "Evening" et qui représente, je crois, la mer, avec une extraordinaire opacité, est remarquable en outre pour son ciel rose-nanan et le mélange de violet, de vert, de bleu, etc, avec quoi les vagues sont coloriées.Un enfant m’a dit un jour que les vagues sont pareilles à des pignons de maisons qui surgiraient pour s’écrouler aussitôt et surgir à nouveau, sans cesse.Voilà ce que c’est que la poésie.Combien rares les peintres qui soient enfants par là! Ainsi M.Britton fait sérieusement des vagues de carton peint.M.W eston dans "Tangled Beach" nous offre l’exemple ) i 125 CHRONIQUE DES BEAUX-ARTS d'un style étranglé en effet, qui révèle sans doute une grande patience.Hoüyburn Ridge du même est fort apparenté aux deux toiles de M.Leighton par la tristesse de la couleur et l'immense vide qui se dégage de la composition.Les deux portraits de Mme Newton ont un incroyable fond vert, une pâte sale, et quelque chose de forcé qui est bien fatigant.Il y a encore et sempiterncllement l'insipide vulgarité de Paul Caron.Mlle Agnès Le fort a peint, d'une pâte glissante retouchée et lavée, un "nu " dont la forme cède partout où le regard se pose.Et par je ne sais qui des danseuses disgracieuses d'un poids tel qu'on n'arrive pas à s'imaginer qu'elles puissent jamais quitter le plancher, ni même se mouvoir.Et.jusqu'à n'en plus finir.Dans l'ensemble, c’est vulgaire; d'une vulgarité impersonnelle de société, très déprimante.Absence de poésie et par-dessus tout absence de joie; cela ne danse pas, c'est terne dans le timbre.Et puis, c'est opaque, tellement opaque.On n'a pas l'impression de portes ouvertes sur les choses, mais fermées.C’est comme un enduit sur le monde qui le cacherait.On ne sent pas que les choses aient été touchées.L'ordre, quand ordre il y a, qui leur est imposé est superficiel.Cela n'a pas de transparence, de cette clarté intime, si discrète soit-elle, à quoi l'on reconnaît la poésie.Toutefois, ceux qui sont allés au salon d automne n'ont pas perdu leur temps.Car ce à quoi je me suis arrêté ici, je ne m'y suis guère arrêté au salon, mais plutôt devant les dessins de Louis Muhlstock, devant les tableaux d'Edwin Holgate, et quelques autres.Le reste, on I oubliait.Symphony de Mlle Nutt aurait été bien agréable sans un lourd nuage qui fermait le ciel.La neige rose était bien consistante et la courbe des champs avait un rythme large d’une belle inflexion.Robert Pilot The Blue House, Chambly par Robert Pilot est très subtilement peint.La composition est faible, mais la qualité de l'atmosphère nous empêche d'en tenir compte, violacé, neige que le soir amortit en gris Nous aimons la I il Ciel ¦ If > LA RELÈVE 12G discrétion de cette toile.Une très sensible harmonie, une tendresse.Le gris de la neige est très beau.Les maisons ont du volume, et sont peintes en exquises tonalités.Les valeurs sont parfaites.Les tons se marient admirablement.Aucune dissonance à cette délicatesse.Une atmosphère très pénétrante, beaucoup de charme.Mlle Marion Hawthorne.Nous ignorions jusqu'à date Mlle Hawthorne.Le salon d'automne nous l'a présentée et nous conservons désormais pour elle une spéciale sympathie.Son unique envoi: Church, Sle-Adèle est certainement une des toiles les plus remarquables et les plus personnelles du salon.Il est dommage que la composition mal centrée tire l'œil et l'empêche de se reposer complètement dans une si belle et moelleuse couleur.Il est douloureux de ne pouvoir adéquatement décrire et analyser une toile; nous avons toujours l'impression d'être injuste envers elle.Il faudrait la voir! Un morceau de route qui s’en va; au bout, le petite église de Ste-Adèle, et 1 horizon proche fermé par le rideau paiement roux des bois.Le brun profond des troncs humides qui bordent la route et sur la route l'ombre molle des arbres.Derrière les arbres, à gauche, à droite, couleur plutôt que formes, deux maisons.Entre l'enlacement rythmique des branches, la claire vibration du ciel bleu.Voilà la simple ordonnance.Ce qui est plus difficile à définir, c'est la chaleureuse qualité de l'harmonie.I larmonie pour ainsi dire vécue par une claire sensualité, les arbres surtout qui donnent l'impression d'une profondeur habitée, d'une chaleur charnelle.Et nous pensons à Kathreen Mansfield, qui résume ce besoin si profondément féminin de vivre l'objet aimé, l'objet désiré, en disant qu'il lui faut devenir une pomme pour la décrire.Les gris violacés de l'ombre sur la neige et de la façade de l'église à contre-jour sont exquis.La couleur a partout une texture très riche et vibrante, une sonorité pleine, depuis le brun magnifique des troncs jusqu'à ce bleu du ciel si lumineux entre les branches, si aéré.Et dans tout cela, sur la neige moelleuse, une abondance de lumière qui imprègne les choses de sorte qu elles en rayonnent comme d'elles-mêmes.>. 127 CHRONIQUE DES BEAUX-ARTS Un sentiment profond de la forme vivante se dégage des troncs, si consistants, et de leur évolution à droite, du premier qui coupe l'angle supérieur du tableau aux plus éloignés, verticaux, dans une torsion large qui a quelque chose d’enveloppant, de très mélodique.Harmonie de la forme et de la couleur, subtiles et profondes relations où tout est lié par I intérieur et se répond dans la chaleur vibrante de ce chant, tout cela est imprégné d'une sensibilité très pleine, comme veloutée et d'une si transparente clarté.Nous attendons la joie de voir cette splendide harmonie dans des compositions plus solides.» Pepper.Remarquons en passant deux toiles de George Pepper.Dans “Green Fields, Grey Day" la forme manque de consistance, mais il y a quelque chose de bien agréable dans la couleur discrète, aux tonalités froides particulièrement certains verts-bleu très frais de feuillages.Les rythmes aussi, comme dans “Winter, St-Urbain", sont bien décomposés en évolutions nettes et nerveuses.Cette toile toutefois manque d’air, d'atmosphère.Winter, St-i rbain, qui a la transparence nette d'une aquarelle, est plus aéré, a beaucoup plus d'éclat.La glaciale et claire lumière des hivers du Nord est bien rendue dans cette atmosphère comme raréfiée, du bleu du ciel au violet de la neige est très agréable.André Biéler.Dans un mauvais coin du salon, on découvre une toile d’André Biéler, et dans une autre salle une gravure toutes deux pleines de la joie des formes, non pas le plaisir de les voir bouger (ces choses sont même un peu trop arrêtées) mais de les saisir, de les arrondir, de les disposer, de composer des édifices chatoyants en joyeuses couleurs et tout en deurs.Les volumes b enchantent, et il adore les faire rebondir, non pas d'une place à l’autre mais en elles-mêmes, par un gonflement intérieur; et c'est là qu'il trouve la vie, dans ces larges épanouissements.C'est touffu, souvent surchargé, mais cela vit en joie ; et la vision est personnelle.M.Biéler allectionne La claire relation ron- LA RELÈVE 128 la relation de l’oranger à l'indigo: cela indique déjà la couleur de la chanson.Et il a de très beaux indigos: il aime à en cerner une forme blanche qui se gonfle dans cet enveloppement.Il aime aussi les roses, des roses tendres et joyeux, un peu vieux-rose, d'une consistance moelleuse et mate de belle laine.La laine des moutons, petite gravure nous offre du meilleur Biéler, et un peu ce qui lui fait défaut.Le buste d'un personnage en rose au premier plan, à droite.A gauche, second plan, un groupe.Troisième plan, au fond, un peu à droite, une maison adossée à un bois de sapins clairement dessinés et d'un beau vert.La disposition des volumes est admirable, et celle des plans, et aussi la plénitude des formes.Le dessin est pur et solide.La relation du vert au rose, en une gamme bien particulière à l'auteur, est parfaite.C'est une des rares choses du salon qui aient du style.Mais cela n'y gagnerait-il pas si le groupe n'était pas si arrêté, s'il y avait là la vibration du mouvement ?Le bel enchaînement des formes serait enrichi de quelque chose de vivant qui lui manque.Herman Heimlich.Girl in Bathing Suit, un pastel de Herman Heimlich, nous a tout de suite saisi par la robustesse de l'ordonnance et la beauté du coloris.Le traitement est large, sans souci des détails.La couleur est appliquée par taches éparses qui se répondent à travers des espaces libres et qui, par l'art de leur disposition, arrivent à merveilleusement évoquer les ondulations des formes.Manière elliptique qui risque parfois de tomber au rudimentaire par trop de simplification, la sensibilité de M.Heimlich lui communique au contraire la continuité dans la vibration.L’artiste sait, au moyen d’une dégradation vibrante de la tache et de touches très sensibles, évoquer de subtils ondoiements du modelé.Il conserve par cette manière aérée une grande fraîcheur à la forme.La couleur est d’une qualité savoureuse, spécialement, pour l'habit de bain, un beau vert mat qui absorbe la lumière.L'équilibre est remarquable entre la forme dessinée et la disposition des taches.L'appui du bras est magnifique.Le métier n'est pas encore complètement maîtrisé, il y a des négligences.Mais un robuste équilibre rayonne déjà.1 I.de ST-DENYS CARNEAU ¦ Æ
de

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