Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
La relève
Éditeur :
  • [Montréal :La relève],1934-1941
Contenu spécifique :
Novembre - Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

La relève, 1937-11, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
( i ü IMPRIMÉ AU ‘'DEVOIB*', MONTRÉAL LA RELEVE CAHIERS PUBLIES SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET DE PAUL BEAULIEU Numéro double RENE SCHWOB Sainte Jeanne d'Arc à Rome 225 JEAN LE MOYNE Le purgatoire et la perfection 231 ROBERT CHARBONNEAU .M.Fumet et Léon Bloy 237 DANIEL-ROPS 241 Lettre de France Confidences de Katherine Mansfield ROBERT CHARBONNEAU .Document essentiel d"'Esprit" 255 PAUL BEAULIEU 250 Chroniques De “Sept” à “Temps présent” — Les oeuvres de saint Augustin — Un mistère américain — Le Messager — Notules — “Le rôle social des idées” — Le communisme, dilemme des chrétiens — La plus belle chose du monde Numéro double.Léo-Paul Desrosiers 25 cents 9e et 10e cahiers, 3e série MONTRÉAL 1937 I I i LA RELEVE rédacteur en chef: CLAUDE HURTUBISE 36, avenue Roskilde, Outremont, Montréal.9e et 10e cahiers 3e série Sainte Jeanne d’Arc à Berne .Pour n ôtre pas une sainte de Rome, Jeanne d'Arc n'en a pas moins sa fête à Rome.Mais c’est à Saint-Louis, dans l'église qui en est la paroisse française.Et il est assez singulier de fêter, dans cette ville où la notion d'étranger n'entre pas, celle qui se sanctifia en délivrant son pays de l'étranger.Et il y avait dans sa vocation spirituelle une telle identité entre le patriotisme et la sainteté, qu'il semble vraiment qu'aucune sainte ne soit moins romaine qu'elle.Et pourtant l'Église l'a donnée comme patronne à la France.Elle la propose à la vénération de tout l'univers catholique.C'est que l'Église respecte aussi la diversité des patries.L'indépendance des groupes humains lui importe autant que leur égalité dans son sein.Une fois de plus on touche à cette contradiction perpétuelle qui est le propre de la vie chrétienne, mais ici elle va jusqu'à la guerre, jusqu’à l'autorisation de verser le sang quand c'est pour une juste cause.Et la justice d'une cause se confond avec la légitimité d'une indépendance temporelle.A travers Jeanne d'Arc ce sont les droits de toutes les patries humaines que l'Église reconnaît, et c'est le droit de légitime défense qui se trouve plus encore sanctifié que justifié.La non-résistance au mal, l'Église, par l'exemple de Jeanne d'Arc, nous dit qu elle est une hérésie condamnable, comme si Dieu, qui nous appelle à une filiation commune, nous interdisait de laisser s'établir une uniformité temporelle qui serait Note: —Ces pages son extraites d'un livre qui doit paraître bientôt aux lies chez Dcsclec de Brouwer, Rome ou la Mort.I- m 22G LA RELÈVE la parodie de l'unité spirituelle à laquelle nous sommes convoqués.Et vraiment cette fête de Jeanne d'Arc dans ce per-mier dimanche après l'Ascension prenait tout son sens d'etre célébrée à Rome.Condamnée par des représentants de Rome qui, d'ailleurs, n'engageaient que leur jugement personnel, leur parole et leur propre salut, elle n'est jamais venue à Rome.Elle n'y est pas populaire.Elle est ici, tout au plus, l'occasion pour les résidents français d’affirmer leur nationalité au sein de la Ville catholique et d'y faire retentir une gratitude particulière au souvenir de celle à qui ils doivent d’être ce qu'ils sont.Peu de saints donnent un pareil enseignement.11 y en a peu qui soient l'occasion d'une manifestation pareille.Car d'autres régnèrent sur les peuples, à commencer par saint Louis à qui cette église est dédiée.Mais ce n'est pas son attachement à un peuple particulier qui importe quand on songe à lui.C'est exclusivement la manière dont, à l'occasion de son métier de roi, il développa en lui l'image du Christ.Et de même les autres saints qui régnèrent 1 andis que la sainteté de Jeanne d Arc est indissoluble de la mission guerrière qu elle eut à remplir pour chasser de France les Anglais.A travers ses vertus, c'est cette mission singulière que I Église nous incite à commémorer.Il n'y a pas dans toute I histoire une figure plus douce et plus forte que la sienne, ni qui soit a la fois aussi attachée à la terre et aussi soumise seules voix du ciel.C’est au point que son attachement à la terre, c'est par une soumission plus humble à des voix célestes qu elle semble le nourrir et le porter jusqu'au total sacrifice où sa sanctification s'achève.Tout saint est une victime.L'amour dont Jeanne est la victime semble n'être qu'un amour temporel.Et ne pouvons pas douter de sa sainteté et qu'un amour temporel ne suffit pas à rendre une âme sainte, il nous faut bien dure qu aux yeux de 1 Église la résistance sanglante à envahisseur étranger, si elle est accompagnée de toutes les vertus qui font les saints, est une vertu spirituelle.aux comme nous con- un -STE JEANNE D ARC À ROME 227 On ne s'attend guère à un tel enseignement de Rome.Lit c'est pourquoi cette fête de Jeanne d'Arc me semble marquer un des traits de Rome qui risquent aisément d'échapper.Toute la terre est transfigurée par l'Église.Mais non pas seulement par le détachement que celle-ci nous commande d'en avoir; elle est transfigurée aussi dans un certain attachement temporel, dans une certaine défense d intérêts qui semblent avoir, aux yeux du ciel, une importance aussi grande que les propres intérêts du ciel même.Car enfin Jeanne n'est rien d'autre qu’une paysanne chargée de délivrer son pays Et c'est ici que la plus grande difficulté se pose, car si, à travers Jeanne, la sainteté de l'attachement à toute patrie temporelle semble bien être en effet signifiée, toutefois ce n'est que de la France qu'il s'agit dans son cas.La singularité de la sainteté de Jeanne force à poser le problème de la singularité de la vocation de la France dans l'Eglise.A ce moment du moins de l'histoire du monde où Jeanne fut suscitée par le ciel.L)e toute façon ce qu'une telle vocation manifeste, c'est I intérêt particulier que le monde surnaturel peut prendre au maintien d’un certain ordre qui, à première vue, semble n'être qu'un ordre humain.La fête de Jeanne d'Arc à Rome force les Français de Rome à venir ensemble célébrer l'individualité de leur pays au coeur même de la ville qui est la négation de tous les individualismes de la terre.Et c'est, à travers eux, la vocation des hommes à une espèce de sainte diversité qui se trouve comme mystérieusement affirmée par Rome en dépit de Rome même.Mais que signifient d'autre ces paroisses étrangères que nous trouvons à chaque pas dans le centre de Rome ?ici une église allemande, là une église anglaise, une église yougoslave et tant d'autres encore.Il y en avait jadis une de Lorrains, une de Bretons.Et il ne s'agissait pas de rites particuliers, mais simplement de permettre aux gens d’un même pays de se retrouver pour assister ensemble au sacrifice, et prier ensemble pour leur petite terre.foutes les distinctions s'effacent à Rome.Mais Rome garde plus qu’il ne semble une tendresse secrète pour la diversité des hommes.Et Jeanne d'Arc, au milieu de tous les saints, 228 LA RELÈVE semble n'avoir d'autre vocation que de donner voix dans le concert des Saints au désir, au besoin que peuvent avoir de petites populations, de se grouper pour vivre leurs jours en commun.Le roi était hostile à cette résistance qu'elle voulait opposer aux Anglais.Elle n'agissait pas sous l'influence des grands.Elle n'exprimait que l'amour des plus humbles.Et elle nous fait entendre, avec une douceur singulière, que ces vœux des plus humbles s'accordaient mieux que la volonté des puissants aux intentions du ciel.Elle avait les gouvernants contre soi, mais elle entraînait tout son peuple.L'Église, en la sanctifiant, sanctifie aussi un peu la volonté populaire.Elle la donne pour règle aux puissants.Et ici encore se soulève une contradiction apparente, puisque saint Paul nous recommande de respecter toujours les autorités établies.Il y a donc des cas où il faut leur faire violence ?En Jeanne s’incarnent toutes les volontés du peuple face à l'aveuglement des grands.Ce sont, très singulièrement, des valeurs naturelles qui s'affirment à travers sainte Jeanne d'Arc et qui prennent par elle tout leur rayonnement.Qu elles n’aient été si saintes que dans la mesure où elles reflétaient des intentions célestes, qu'importe, car cette confusion nous oblige à penser surtout que des désirs si temporels puissent être à notre insu si conformes à des vœux du ciel.Jeanne, c'est la voix d'une terre qui réclame son ordre: et d'un ordre à travers lequel le ciel même transparaît.Nous ne devons pas nous séparer de notre terre; nous ne devons pas permettre qu elle tombe aux mains de l'étranger.Une certaine justice territoriale relève encore du registre de la sainteté.Mais où commencc-t-clle ?où finissent nos droits à l'indépendance ?Et comment pouvons-nous juger de nos devoirs de résister ?Ce qu'a de précaire tout établissement humain empêche de poser des règles.Pour Jeanne c'était plus simple: il lui suffisait d'écouter ce que ses voix lui conseillaient.La sainteté de Jeanne est particulièrement impraticable à tout autre qu elle.Elle ne résulte que de son obéissance parfaite à des voix que nul autre qu'elle n'entendait.- !' STE JEANNE DARC À ROME 229 Je me demande si, auprès de la sainteté des divisions temporelles, la sainteté de Jeanne n'a pas pour objet de nous proposer surtout pour modèle un exemple de rébellion à toutes les puissances du monde enfoncées dans leur aveuglement.Elle lutte contre les Anglais.Elle trouve contre elle jusqu'aux dignitaires de l'Église.Elle est condamnée par eux.Plutôt que de renier ses voix, elle accepte le bûcher.C'est comme si, en la dressant sur ses autels, l'Église voulût nous avertir de ne pas confondre son autorité avec la voix de ses prêtres.C'est une extraordinaire leçon de défiance à l'égard de tout ce qui est humain, que cette petite paysanne nous administre; et précisément à propos de la sainteté de l'ordre humain.Tout est antinomique dans son histoire.Elle est une pierre d'achoppement.Et il semble impossible de comprendre clairement le sens de cette sainteté.Ce qu elle a l'air de nous dire, c’est que toute chose sur la terre n est pas signifiée par sa seule apparence.Et c’est que Jeanne plus qu'une petite paysanne est, dans l'action même, un personnage du ciel chargé de nous faire savoir que toute cette terre est faite pour être habitée un jour par des êtres comme elle.Au fait on ne peut humainement rien comprendre à cette histoire si engagée dans l'histoire temporelle, et qui en est à chaque instant le vivant démenti, la tangible contradiction.Jeanne, à sa façon, joue un peu le rôle de Rome dans les événements de France.Elle nous parle d’un ordre qui n'est absurde qu'aux yeux des hommes et qui ne s'établit qu’au prix de la souffrance et de la persécution.C'est plutôt encore de la nécessité de la persécution qu elle nous entretient, que de la légitimité de la résistance au mal.Et elle nous dit que, par les Anglais ou par les gens d’Église, il faut de toute façon que l'injustice ait l'air de l’emporter; qu’il faut aboutir à l'échec personnel pour que la justice triomphe.Oui ! c est d'une espèce de compensation plus mystérieuse encore que celle des saints pacifiques, que cette guerrière de dix sept ans nous entretient.Elle nous dit qu'il faut tout quitter; que 1 éclat de la vérité ne se paie qu'au prix de notre anéantissement volontaire.Elle a pris pour nous parler le langage le moins ambigu: celui du sang.Et elle nous dit qu'il ne suffisait même * 230 I.A RELÈVE pas qu elle eût versé son sang pour une juste cause.Il fallait encore que les représentants de la justice divine la condamnassent au bûcher.liny a guère dans l'histoire des saints une ressemblance plus intime avec l'aventure du Christ meme De sorte que cette petite fille, qui commence par nous parler de la légitimité de la résistance au mal, nous laisse ensuite entendre qu'il faut pourtant que, de notre propre personnage, le mal finisse par triompher, si nous voulons qu'en nous la ressemblance avec le Christ soit achevée.Et cette petite paysanne ne réussit à délivrer son pays qu'en se laissant faire prisonnière pour être condamnée.Et, là encore, nous voyons en action ce jeu mystérieux des compensations surnaturelles.Et il s'agit ici du salut d'un pays dont le ciel avait besoin.Dans l'ordre des nations comme dans celui des âmes, Rome nous fait entendre que tout s'achète au prix du sang.Et c'est par là que Jeanne fait partie de I Église de Rome.Elle est parmi les plus romains des Saints: son martyr témoigne de la réalité d'une Église qui survit aux défaillances des siens.Elle témoigne de l'attachement nécessaire à des réalités invisibles que les apparences expriment en les trahissant.Elle est celle qui nous enseigne à accepter tout le mal, la guerre même et [ injustice des prêtres, pour un salut plus secret; et qu’au prix de notre vie finisse par I emporter un bien que nous ne verrons pas.Jeanne d’Arc figure la parfaite soumission à l'ordre dissimulé derrière l'impunité et le désordre, malgré ses membres.* C'est l’Église même qui se survit, Elle nous répète la légende des martyrs avec cette variante que son martvre à elle fut offert à l'Église par les princes de cette même Église.C'est l'Esprit crucifié par les siens.Et c'est la tragédie de toute la terre.René SCHWOB * ¦ j • Le purgatoire et la perfection Comme si la masse des chrétiens eût compris que le purgatoire est l'ultime condamnation de sa médiocrité, elle l'ignore ou en fait une sorte d'ersatz de cette recherche de la perfection, à laquelle tout chrétien un peu conscient se sait obligé.On le croirait à moins, telle est l'analogie entre l'état des âmes du purgatoire et celui des saints, ou de tout homme qui cherche ici-bas la perfection avec une entière bonne volonté.Dans les notes qui vont suivre nous nous efforcerons de montrer cette analogie, à la lumière du Traité du Purgatoire, de sainte Catherine de Gênes *, si riche de nourriture spirituelle et d'une théologie si sûre Qu'est-ce que la perfection pour l'homme ' L'état ada-mique, c'est-à-dire la conformité parfaite de sa personne avec la volonté de Dieu, une réponse obéissante et joyeuse de sa nature à la volonté divine, qui faisait que Dieu se complaisait dans l'homme, son image, et qu'il le visitait sans cesse, lui communiquant ses propres perfections.Dès ce monde nous étions destinés à la plus haute vie spirituelle.Par le péché originel notre nature a été faussée, notre volonté s’est repliée sur elle-même, nous avons oublié la saveur de Dieu.Le premier péché fut désobéissance, aussi le premier caractère intérieur de la vie du véritable chrétien est-il l’obéissance, h adoration de la volonté de Dieu.La vie chrétienne est recherche de la pureté, de l’intégrité première d’Adam, une lutte incessante, dans la foi et la charité, contre les effets toujours ¦*! ' Aux Éditions du Cerf, z fr. LA RELÈVE 232 renaissants de la faute originelle.C.'est encore une réponse à Dieu qui se fait de plus en plus entière.Plus les saints avancent dans l'amour de Dieu, plus ils souffrent d'en être séparés, plus ils deviennent indifférents à tous les biens (même spirituels), non seulement parce que ceux-ci pourraient les éloigner ou les distraire de Dieu, mais parce qu'ils ne sont pas Dieu lui-même.Souffrance crucifiante que nos âmes charnelles ne peuvent imaginer et qui augmente à mesure qu'ils s'approchent de Dieu.Car plus Dieu se communique, plus ils distinguent, à ce rayonnement en eux de la Justice, ce qui les en sépare, ce qui empêche encore leur volonté d'être parfaitement conforme à celle de Dieu, et plus ils en souffrent.J Ce ne sont ni les pénitences, ni la mortification, ni le strict accomplissement des devoirs, qui font la sainteté (pas plus que les souffrances “physiques" du purgatoire ne sont le purgatoire), mais la charité.Cette ardente charité, dans la nuit de la foi, est pour ainsi dire l'âme même de la purification, car jusqu'à la vision béatifique tout amour sera souffrance.C'est donc par la charité que nous sommes purifiés.Et sans elle, le devoir et la pénitence ne sont rien.Il faut d’abord la souffrance de la foi et de la charité pour informer et vivifier les douleurs de la pénitence, afin qu elles puissent servir à libérer et à protéger notre amour, et contribuer à la venue de l'Amour divin en nous.Ainsi chez les saints toute souffrance est joyeuse parce qu elle est spiritualisée, parce qu elle fait partie de leur amour, puisque l'âme de toute leur vie est la charité.Ils aiment la douleur, ils se réjouissent de tout ce qu'il leur est donné d'endurer pour Dieu et par Deiu ; ils sont les perpétuels témoins de la Providence.Leur volonté se fait de plus en plus conforme à la volonté divine, jusqu'aux plus amères épreuves (suivant en cela l'exemple du Christ en Croix, le Saint de Dieu), (Luc IV, 34) pour entrer enfin dans leur récompense.Entièrement justifiés et ayant satisfait aux peines temporelles du péché par leur charité, leur foi et leur vie mortifiée, quelques-uns sont trouvés dignes de paraître devant Dieu dès leur mort.¦ ' : ! i i 233 LE PURGATOIRE ET LA PERFECTION Il n'en est pas ainsi pour le plus grand nombre des hommes, cependant morts en état de grâce ou qui ont fait un acte de contrition parfaite 1 au moment de mourir.Pendant cette vie nous avons joui de notre liberté de personne.Or de la mort il résulte immédiatement une confirmation de la volonté, par le fait de la libération de l'âme et de son entrée dans un état où il ne peut se produire aucun changement.Au moment de la mort la conscience est illuminée d'une manière particulière et, aussitôt, "la valeur morale de notre vie s'inscrit au regard de l’ordre éternel " et "l'âme prononce son propre jugement en prenant d'elle-même la place qui lui revient ".(Diet, de Thêol.cath.art.jugement, col.1803)."Elle va au bien qui lui est assigné, n’ayant besoin d’autre guide que la nature du péché lui-même, si elle a quitté le corps en état de péché mortel " (Traité p.18).Et, poursuit Sainte Catherine de Gênes, "ceci est également vrai du purgatoire: l'âme quittant le corps et ne trouvant pas en elle cette pureté dans laquelle elle a été créée, voyant aussi les empêchements qui retardent son union avec Dieu, comprenant que le purgatoire peut seul les écarter, s’y jette d'elle-même, promptement et volontairement” (p.19).Elle devient ainsi un vivant purgatoire.En effet le purgatoire est l'état de l'âme temporairement privée de la vision de Dieu ; cela même constitue spécifiquement la nature des peines.Avant tout, l'âme souffre de l'amour de Dieu et nous retrouvons ici la charité dans son rôle purificateur.La sainte le répète souvent: les "souffrances du purgatoire peuvent aller de pair avec celles de l'enfer; mais, comparées à l'amour de Dieu, elles ne sont rien " (p.19).< * 1 1 Contrition parfaite veut dire charité parfaite.C’est donc une grave présomption que de compter sur ce moment pour se convertir.Il n'est pas moins demandé à cet instant qu'il n'était exigé auparavant, et l'on reste soi-même et si profondément attaché à soi jusqu'à la dernière minute.La conversion est l'œuvre d'une vie entière, une œuvre de tous les jours et de chaque heure."Priez pour ma conversion ", telles furent les dernières paroles et la suprême leçon du Fr.André.* A propos de "peines physiques" du purgatoire, rien n'est défini L'Église ne s'est pas prononcée sur la réalité du "feu" ou peine des sens.Cependant presque toute la tradition et la majorité des théologiens en admettent I existence, sans en définir la nature et concluent qu'il y aurait danger grave d'erreur à le nier.1 f- LA RHLÈVE 234 Dès le commencement de leur purgatoire les âmes ont déjà atteint le plus haut degré de sainteté dont on puisse rêver ici-bas: une parfaite conformité à la volonté divine.A la différence "des damnés qui portent avec eux la culpabilité et le châtiment.les âmes du purgatoire ne souffrent que de la peine, car leur culpabilité a été effacée à la mort" (pp.12-13).Leur amoureuse soumission à la volonté de Dieu est si grande, si vive, qu elles ne voient plus qu'elles souffrent pour leurs péchés, elles ne sont capables d'aucun retour sur elles-mêmes, “car si elles le pouvaient, ce serait une imperfection active, qui ne peut exister dans un état où elles n'ont plus la possibilité de pécher" (p.b).Tout leur est indifférent ; “elles ne voient plus que l'œuvre de la divine bonté, qui les ramène si manifestement à Dieu" (p.b)."Étant affermies en la charité, elles ne peuvent plus en dévier par aucun défaut et n’ont d'autres volonté et désir que la volonté du parfait amour " (p.y)."Les âmes du purgatoire sont en conformité parfaite avec la volonté de Dieu.Dès lors elles correspondent avec sa bonté, sont contentes de tout ce qu'il ordonne et sont entièrement purifiées de la coulpe du péché " (p.14).Voilà la raison de l'inimaginable paix dont jouit l'âme du purgatoire, elle est la même que pour ses souffrances, puisque c'est l'amour qui les occasionne, “et ces souffrances sont d'autant plus grandes que Dieu l'a faite plus capable de son amour" (p.30).Joie et souffrance sont inséparables au purgatoire, comme dans la vie des saints.Ce même amour, cette même souffrance s'éclairent mutuellement dans deux ordres différents.Il y a une constante analogie entre ces deux modes de sanctification.Ils ont pour cause la Justice et la Pureté divines et procèdent de la même Charité."Aucune paix n'est comparable à celle des âmes du purgatoire, excepté celle des saints dans le ciel, et cette paix s'accroît sans cesse par l'écoulement de Dieu dans ces âmes, à mesure que les empêchements disparaissent’’ (p.8).Tandis que se poursuit la purification.Dieu se communique de plus en plus à l’âme, l’illuminant de son Intelligence, l'embrasant de son Amour."Quand l'âme contemple en elle-même la i I ¦¦ 235 LE PURGATOIRE ET LA PERFECTION flamme amoureuse par laquelle elle est attirée vers son doux maître et son Dieu, l'ardeur brûlante de l'amour la terrasse et elle se fond" (p.23)."L'âme cependant, ne peut être annihilée en Dieu, mais elle peut l'être en elle-même, et plus la purification dure, plus parfaitement elle meurt, jusqu'à ce qu'enfin elle soit toute purifiée et passée en Dieu.Elle atteint alors la plus haute perfection dont elle soit capable : chacune selon son degré" (pp.25-26).Voici enfin les âmes sur le point de jouir de la vision béati-fique, rien ne s'oppose en elles à leur parution devant la juste et pure Majesté de Dieu.Sainte Catherine termine son traité en s'appliquant à elle-même ce qu'il lui fut donné de contempler au purgatoire, faisant le parallèle que nous indiquions plus haut.La doctrine de l'Église sur le purgatoire illustre bien l’universalité du précepte de Jésus-Christ: "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Matt.V, 48).Ainsi, nous sommes tous appelés à la sainteté, sans distinction, peu importent les circonstances de notre vie.Il n'existe pas de petite porte au paradis; il n'y a qu'une voie et c'est la voie royale de la sainteté.Nous voulons oublier que si la sainteté ne varie pas quant à ses exigences, elle peut s'appliquer à chacun comme la grâce, qu elle peut se servir de la richesse et de la pauvreté, de l'intelligence et de la médiocrité, de la sensibilité comme de la sécheresse du cœur, du monde comme de la solitude.Tout est grâce, disait sainte Thérèse de Lisieux.Ah ! si nous envisagions nos vies d'un regard plus spirituel, nous verrions bientôt que Dieu nous a comblés, qu'il a multiplié autour de nous et en nous des instruments de sainteté.La vocation est la même pour chaque homme: être saint.Seulement les uns peuvent être spécialement appelés à une vie plus intime avec Dieu.La sainteté n'est pas exclusivement liée au régime des conseils évangéliques, le premier commandement de la loi contient à lui seul toute la règle de la perfection, son essence même : la charité! Il oblige universellement.1 LA RELÈVE 236 Nous nous évertuons à un impossible partage entre Dieu et nous-mêmes; nous croyons y réussir par l'accomplissement, tout extérieur nécessairement, du devoir et des obligations morales — car la loi n'cst pas intérieure d'elle-même.La morale est devenue le dernier refuge contre la grâce; on s'en couvre pour se dérober au tendre appel et à l'ineffable promesse de Jésus: “Voici que je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez toi, je souperai avec lui et lui avec moi " (Apoc.III, 20).La vie se passe en une misérable et sordide ruse avec Dieu et sa grâce.Mais elles sont terribles les paroles de la Miséricorde offensée: “Je connais tes œuvres: tu n'es ni froid ni chaud.Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud! Aussi parce que tu es tiède et que tu n'es ni froid ni chaud, je vais te vomir de ma bouche" (Apoc.III, 15-16).Car cette ruse, ce marchandage, c'est bien le péché contre la miséricorde divine.Jean Le Moyne i M.Fumet et Léen Bley Peu d'écrivains ont le don, comme M.Stanislas Fumet, de nous faire pénétrer dans la personnalité profonde d'un écrivain.Son art est à l'antipode du roman, à l'antipode également de cette biographie dont M.André Maurois veut qu’on dise qu'elle est construite comme un roman.Il se rapproche plutôt, mais tout en demeurant complètement personnel et original, de la manière de Chesterton.Mais l'auteur de Dickens et de Robert Browning se servait beaucoup de la biographie pour exprimer ses idées.L'auteur de Mission de Léon Bloy reste toujours plus objectif, en étant tout aussi personnel.M.Fumet, quoi qu’il fasse,est un philosophe; et il a beau choisir les hommes qu'il veut nous faire connaître parmi ceux qui sont le plus près de son cœur, c'est toujours par l'intelligence qu'il les anime.Il est attiré vers eux par les idées-force de leur œuvre et celles-ci ne cèdent jamais leur irremplaçable primauté.Il ne construit pas ses livres sur Baudelaire ou Bloy en suivant la ligne, si accidentée qu elle soit, de leur vie; mais, derrière les arrêts de l’œuvre, un édifice spirituel s'élève, où les interstices sont comblés par lui et l’œuvre est restituée non pas dans un état statique, mais vivante avec ses prolongements réels et possibles.Dans le domaine mystico-Iittéraire, un Léon Bloy devait naturellement solliciter l'attention de l'auteur d'Ernest Hello ou le Drame de la Lumière.Cependant il ne faudrait pas se hâter de conclure que M Fumet s'attache seulement aux idées.Llles constituent l'ossature, en ce sens que c’est l'auteur plutôt que l'homme et l'homme toujours à travers l'auteur qu’il étudie. *• LA RELÈVE 238 On ne peut s'empêcher, dans un certain ordre, de diviser les écrivains en deux groupes : les premiers, dont l'œuvre est parfaite, parce qu'elle répond adéquatement aux conditions et à l'attente d'un siècle, ou qu elle est l'aboutissement de toute une préparation ; les autres, dont l'œuvre s’ouvre largement sur l’avenir et attend un complément.Claudel, par exemple, qui, par certains côtés, projette sur l'avenir, est l'aboutissement de toute une littérature bien plus que le commencement d'une autre.Ses prolongements ne seront probablement qu'accessoires et Rengageront pas le centre, qui ne sera plus remis en question.Le créateur du Soulier de Satin n'est pas seulement l'aboutissement d'un certain symbolisme, mais aussi de certaines choses de Balzac, de Dostoievsky, des classiques.Dostoievsky au contraire est un commencement.Bloy aussi.Le premier parce qu'il a marqué et marquera longtemps ce qui vient après lui dans le roman; Bloy, parce que les prolongements mystiques et spirituels de son oeuvre ont accidentellement des vertus apologétiques qui se cristalliseront plus tard dans des œuvres.Ce qui attire dans Bloy, bien plus que sa méthode exé-gétique, qui consiste dans l'interprétation des Livres saints comme si à chacune des pages et dans chacun des personnages, Dieu y parlait invariablement de Lui-même, c'est son expérience de la pauvreté et de la douleur, son expérience mystique tout court et en quelque sorte sa sainteté.Car Bloy était très pauvre en tout ce qui fait 1 orgueil des Fils des ténèbres.En dehors de son art et de sa faculté de souffrir, qui sont proprement le style de sa sainteté, il agit toute sa vie comme un enfant.Et les bourgeois, qu'il ne comprit jamais, le percèrent jusqu'à l'âme.Il ne put jamais agir, par timidité et par inadaptation, et c'est pourquoi la théorie de l'Avènement de l'Esprit Saint devait avoir un tel prestige pour lui, même vaticinée par une pauvre fille qu’il avait rendue folle.Il fut incurablement malheureux de ce que des millions d'autres pauvres, qui n'avaient pas sa foi, souffrirent avec une résignation qu'il ne connut jamais.Il ne chercha pas à faire vivre sa famille dans une occupation, même I * I r VI.FUMET ET LÉON BLOY 239 vulgaire, terre à terre, mais il préféra mendier et attendre.Il passa sa vie à attendre contre toute espérance et à tenter Dieu.Meme son art, il ne le posséda jamais d'une façon complète, si la littérature n'est pas seulement l’enluminure d'une pensée, mais comporte aussi la composition.Et s'il n'avait été réduit à enregistrer les vibrations dans l'homme de la pauvreté et de la douleur, on peut se demander ce qu'il aurait fait.Tel est le bilan, qu’on peut tirer de Léon Bloy quand on le regarde avec des yeux humains.Mais le Pèlerin de l'Absolu est si évidemment marqué de signes surnaturels que ce portrait, très vrai si l'on ne tient compte que des faits visibles et appréciables humainement, est, au vrai Léon Bloy, ce que les caricatures de Bloy romancier étaient aux vrais personnages de son temps."Tout m'est égal sauf Dieu ", a-t-il dit.Et il n'est compréhensible qu'en Dieu.Bloy mystique est vulnérable parce qu'il fut un mystique sensible, mais en regard de Dieu, il ne lui en était probablement pas demandé plus parce qu'il n'était pas doué autrement.Le moyen âge, dont il eut toute sa vie la nostalgie, l'eût mieux compris que notre monde moderne pour lequel il n était pas fait L'abbé Moidrey qui lui donna sa méthode exégétique, lui fut enlevé prématurément par la mort.Celui-là que n'aurait-il pu faire pour pousser Bloy vers sa vraie voie mystique, si Barbey d'Aurevilly avait pu d'un seul mot, dit en raillant, jeter son timide disciple au pied de la Croix, cette Croix qu'il embrassa avec véhémence dès qu'il l'eut découverte et qu’il tint toute sa vie embrassée ?Bloy était choisi pour être le témoin de la pauvreté la plus absolue: un pauvre homme bien plus qu'on ne pense.Il fut, et c'est par là que son œuvre domine, l'exégète de la douleur et de l'amour, (qu'il concevait comme le Saint-Esprit et aussi comme la Vierge, pour laquelle il eut un culte véritablement signalétique de sa sainteté), et le métaphysicien de la pauvreté.A son absolu, remarque M.Fumet, se mêlait de la littérature.Il mêla à tout la littérature, sauf à sa foi, car il était doué d une foi sans alliage, commme son amour d'ailleurs, qui résista à I : ' f LA RELIEVE 240 l’abandon pendant dix ans des pratiques religieuses dans les plus horribles circonstances, et, ce qui est plus, à l’illogique et grandiose sublimation qu'il entreprît de Véronique et au bout de laquelle la santé mentale de cette malheureuse chavira définitivement, Bloy ne comprit jamais les hommes.On le juge à travers ses romans, dans l'étrange conception qu'il y extériorise de la vie.Chez Bloy, il n'y a jamais à proprement parler de roman, parce qu'il ne sut jamais s'astreindre à composer, mais surtout parce qu'il ne put jamis créer un personnage.Tous sont la projection de sa personnalité.Et cet écrivain fécond ne fit toute sa vie que décrire la courbe ascendante d'une âme, terriblement charnelle mais munie d'une foi et d'une charité d'une qualité exceptionnelle et divine, vers Dieu.Les personnages de la Femme pauvre et du Désespéré sont des caricatures, sauf pour Marchenoir et ceux qui sont autobiographiques.Il donne à ceux de ses héros qu'il veut nous faire aimer, comme signe spirituel de domination: la pauvreté, qui rapproche, même le pauvre qui se rebelle, de Dieu, dont il est comme l'autre l’image, et la force physique.Il ne pouvait que parler de lui, étant essentiellement le témoin de la Vierge et de la pauvreté.Il n'avait qu elles et un petit appareil littéraire qui est à la source de toutes ses déconfitures.L’œuvre exégétique de Léon Bloy, contenue dans son énorme journal, dans le Salut par les Juifs, dans le Désespéré et dans les autres livres sera très féconde.M.Stanislas Fumet en indique les prolongements dans son livre, dont il est peut-être un peu tard pour dire que c’est un livre que tous ceux qui s'intéressent à la littérature spirituelle doivent lire.Robert C NARBONNE AU ! Lettre de France Octobre 1937 Que le catholicisme soit une des forces les plus vivantes de la France, s'il en faut donner une preuve éclatante, les plus récents mois nous la fournissent sans effort.La visite à Paris de Son Éminence le cardinal Pacelli, légat du Pape fêtes de Lisieux, a été accompagnée d'un cérémonial que d'aucuns n'eussent point attendu d'un gouvernement radical.Les régiments qui rendaient les honneurs au représentant officiel du Saint-Siège faisaient apparaître, aux yeux des moins attentifs, deux notions parallèles: que l'Église dans un monde dangereusement fasciné par les puissances du matérialisme et du grégarisme, demeure, meme pour des incroyants, un bastion où les plus hautes valeurs de l'homme trouvent encore à s'abriter; et, d'autre part, qu’en France, dans la dure et confuse bataille où s'affrontent les partis, les catholiques — parce qu'ils sont au-dessus des partis — occupent une position reconnue d’arbitres.On peut dire que le catholicisme français bénéficie aujourd'hui d’un double prestige: celui que vaut à tout catholique l’attitude si noblement courageuse dont le chef de tous les catholiques a témoigné dans ses encycliques: celui, plus particulier et, en quelque sorte, dans la filiation du premier, que lui ont mérité les décisions et les déclarations de maints chefs de son épiscopat.Par un paradoxe qui n'en est un que pour les moins réfléchis, c’est en France, pays où le catholicisme se refuse à jouer, en tant que tel, un rôle politique, que son autorité est le plus manifeste, même dans le domaine politique.On recherche ouvertement sa bienveillance; décidément 1903 est loin et ne semble pas près de revenir! aux LA KELLVL 242 Il est presque amusant de constater avec quel soin et quel zèle la plupart des journaux de gauche, j'entends de ceux qui expriment l'opinion d'un grand parti, se sont efforcés, ces derniers temps, de répudier l’anticléricalisme.Les mûres du petit père Combes ont frémi dans leur morne tombe : les mânes du petit père Combes, aujourd'hui, c'est M.Albert Bayet qui, dans l'Oeuvre, a gémi, en deux colonnes, sur cette fin des bons principes.Sic transit.les jeunes radicaux ne sont plus anti-cléricaux.L'Ère Nouvelle nous l'a dit en toutes lettres.Certains socialistes ont essayé de relever ce vieux drapeau en loques, mais on leur a fait entendre qu'ils retardaient.Bien mieux des catholiques militants sont dans les conseils du gouvernement et l'on prétend que M.Camille Chautemps, en prenant comme sous-secrétaire d'Etat le catholique Philippe Serres, l'aurait présenté à ses collègues en disant: “Je vous préviens qu'il va à la messe!'' Quant aux communistes, tout le monde sait que, depuis deux ans, ayant (les premiers, il faut le reconnaître) compris de quelle importance pouvait être l’appui ou même seulement la bienveillance des catholiques, ils s'évertuent à leur "tendre la main".Tout récemment encore, l’homme le plus intelligent du parti communiste, M.Maurice Thorez, s'est efforcé de montrer non seulement que la collaboration avec les catholiques était possible selon Lénine lui-même, mais encore que le matérialisme dialectique, fondement du marxisme et pierre d'achoppement de tout éventuel rapprochement, n avait pas le sens qu'on lui donnait d'ordinaire.En substance le matériel précéderait le spirituel mais ne lui serait pas supérieur.C'est un argument que nous connaissons bien et qui a été souvent dénoncé comme spécieux.Pour nous le spirituel est premier, dans tous les sens du terme: l'esprit a plané sur les eaux avant même que la terre fût.Mais ce n'est pas en réalité de doctrine qu'il s'agit.En matière doctrinale, après l'encyclique Divini Redemptoris on ne voit pas que le doute soit encore possible.Avant même l’Encyclique, la confusion avait été vigoureusement dénoncée, en particulier par le R.P.Ducattillon,o.p.,qui,en confrontant la doctrine communiste à la doctrine catholique dans le ¦ 24:1 LETTRE DE FRANCE cahier Le Communisme et les Chrétiens de la collection ‘‘Présences ", en avait montré la totale incompatibilité.Il s'agit, en fait, moins de doctrine que de tactique, et là, les choses sont délicates.Un chrétien ne refuse une main tendue que lorsqu’il a la certitude absolue de la mauvaise foi.Le dialogue catholique-communiste est-il possible?s'est demandé le R.P.Fessard, s.j.Et avec sa lucidité coutumière, le sagace jésuite en a montré les très inquiétants périls.Il semble bien qu‘aujourd'hui, en France, cette discussion de "la main tendue soit réglée, pour les catholiques.Ils ont mesuré le danger des alliances qu'on leur offrait et, posant le problème sur le plan primordial de la doctrine, ils ont résolument refusé tout contact qui risquerait de contaminer leur foi.Les maladroites témérités d’une revue comme Terre nouvelle n'ont fait que contribuer à signaler le danger.Mais un tel refus ne prend vraiment tout son sens que si l’on considère bien qu’il n'a en rien été formulé au nom des intérêts d'un parti.On ne saurait assez insister sur cette chance de la France catholique, et de la France tout court — que le catholicisme n'y soit pas embrigadé.La Belgique soulfre énormément de cette confusion entre le catholique, membre d'une église surhumaine, et le catholique, citoyen enfermé dans un parti.Le Rexisme est né de cette antinomie intérieure, et, quoi qu’en pensent certains, il ne mourra pas (sous une forme ou sous une autre) tant que cette antinomie existera.En France des catholiques siègent dans des partis extrêmement variés.Ils y votent et ils y agissent, non pas en tant que catholiques, mais en tant que citoyens: toute la différence est là.Tout ce qu'on leur demande c’est, dans le cadre de leur action politique (cadre, on l'oublie trop, où 1 Église laisse à ses fidèles une liberté très grande) de ne pas oublier les vertus qui font proprement le chrétien, mais au contraire de les rendre efficaces, même dans le domaine de la chose publique.Entendu ainsi le devoir des catholiques est, en quelque sorte, d’irriguer de christianisme, les terres d ordinaire assez desséchées de la politique.Cela serait tout à fait parfait si d'aucuns, croyant détenir la vérité infuse, ne soupçonnaient de secrets et sombres desseins tout catholique qui ne pense - f LA RELÈVE 244 le suffrage universel ou les vertus de la pas comme eux sur démocratie.Mais je ne cache pas que ce danger, — je veux dire celui de voir les catholiques paraître divisés, — me parait l'autre: celui de les voir trop artificiellement moindre que unis sur des positions partisannes.11 y a cependant un domaine où l'unanimité devrait se faire entre catholique et où elle est bien loin d exister : c est celui de la charité et particulièrement de la charité sociale.11 semble qu'après la publication d'Encycliques telles que Quadragesimo anno le devoir de tout chrétien soit trace en lettres de feu.C.'est cependant un fait que, de beaucoup de catholiques très convaincus et très respectables, ^ certains faits les plus graves de la question sociale, ceux-là mêmes qu'a soulignés l'Encyclique, soient entièrement ignorés.On peut dire que, pour beaucoup, ce sont "des problèmes qui n'en sont pas".Cela tient à l'ignorance invraisemblable de milliers d'honnêtes fidèles à l’endroit de la réalité sociale.Au moment des mouvements violents dont les soubresauts ont secoué la France, l'an passé, on a vu des patrons qui se disaient chrétiens être tout à fait surpris de découvrir que tels ou tels de leurs ouvriers gagnaient si peu.11 a fallu des revendications âpres pour obtenir ce minimum qu'est le congé annuel payé, que la classe bourgeoise possède depuis longtemps.A quoi est due cette ignorance ?Non pas à 1 Église enseignante, qui a multiplié les avertissements.Non pas même à l'Église enseignée qui, en bien des domaines, a fait preuve d'une féconde audace.Il est frappant de constater que la plupart des réformes sociales qui ont été imposées depuis avaient été proposées depuis bien longtemps par les plus sages des chefs catholiques.Il est impossible de méconnaître le rôle éminent qu'ont joué, en ce domaine, les Semaines sociales, où des professeurs catholiques, venus de toute la France, étudiaient une question sociale à fond devant un immense auditoire.Marius Gonin, le fondateur des Semaines sociales, vient de rendre à Dieu une âme qui, toute sa vie mortelle, avait été illuminée de charité et d abnégation : mais son œuvre demeure et a été singulièrement utile.1 toute un an r 245 LETTRE DE FRANCE Pourquoi donc de tels efforts ont-ils été peu efficaces dans la grande masse du public ?C'est peut-être que la presse lue par des catholiques (qui n'est pas forcément une presse catholique) les a passés sous silence.Soit afin de ne pas déranger la quiétude de certains, soit pour des raisons parfois moins avouables, beaucoup de ces journaux ont gardé presque un silence absolu sur les initiatives qui, même prises en très haut lieu, leur paraissaient inquiétantes.On a vu un de ces journaux publier Quadragesimo anno tronquée, en tout petits caractères et dans la page des annonces.La difficulté d'une presse exclusivement catholique, entendant porter sur tous les événements un jugement chrétien, on l'a bien vu à propos de l’hebdomadaire Sept qu’avait fondé, il y a trois ans, un groupe de jeunes et courageux Dominicains.Un tel jugement heurte tant d intérêts qu'il est extrêmement facile de l'accuser de servir lui-même d’autres intérêts.Toute opinion nuancée qui, par exemple, refuse de voir dans un adversaire un ennemi, mais nous montre dans le pire ennemi un frère, aboutit, sous la plume de certains, aux calomnies les plus immondes.Sept a disparu au mois d'août dernier; mais il a fait une trouée.Il a montré la possibilité, en France, de faire vivre un organe absolument au-dessus des partis et jugeant tout en chrétien.Et puis, il faut le dire, il a été un merveilleux moyen de rapprochement entre les chrétiens, par-dessus la barrière des classes.En ce sens son œuvre a été providentielle.Il suffit d'évoquer ici ces admirables cérémonies qui, dans la grande nef de Notre-Dame, réunissaient quatre à cinq mille fidèles amis de «Sept, dans une messe matutinale où, pour répondre au prêtre, la foule jetait d un même élan une même prière vers les voûtes.N aurait-il fait que susciter cet accord, cette unanime ferveur, que Sept aurait joué un rôle essentiel dans le développement du catholicisme français., 1 1 On ne peut se dissimuler les difficultés immenses que rencontre le chrétien quand il veut ainsi transcender son christianisme, et faire de sa foi le code au nom duquel il juge les événements.C'est que l'Église est à la fois divine et tous humaine; par ses fins elle vise à l'éternité; par ses membres ¦ ï LA RELÈVE 24 (i elle est tout engagée dans le temporel, avec tous les risques d'erreurs que comporte l'immédiate proximité des événements.Avec du recul on peut encore discerner le sens selon lequel doit s exercer son action.Mais les événements nous pressent et il faut leur dire "oui " ou “non".C'est là qu'on mesure tout ce qu'a de dramatique la position du chrétien qui est dans le monde sans être du monde.Un homme comme François Mauriac n est jamais mû, quand il prend une attitude publique et prononce certaines paroles, que par cet immense sentiment de charité qui lui vaut 1 admiration et l'amitié de milliers de jeunes catholiques français Pourtant ses adversaires l’accusent, avec une véhémence souvent indigne, de se laisser guider par des intérêts ou des habiletés.•> 5 Cela encore ne serait rien.Mais le drame se resserre davantage, car il advient que, sur certains points, on ne sache même pas comment juger.profondément troublé les catholiques français, que condamner b opération de Mussolini était facile, au nom d'une certaine morale internationale.Mais encore faudrait-il savoir sur quelles bases repose cette morale internationale Si, comme les Italiens le disent, la S.D.N., qui conserve cette morale à la façon dont le Louvre conserve les momies, n est qu'une coalition de nations repues, un syndicat d intérêts ?Alors il faut encore repousser le problème et se demander si toute condamnation de l'entreprise italienne ne devait pas, ipso facto, s'accompagner de propositions effectives en matière coloniale, par exemple ?Si l'on invoque la justice pour l'un a-t-on le droit de la refuser à l'autre ?La guerre italo-éthiopicnne a Il semble Le drame espagnol a posé un cas de conscience plus Les récentes déclarations de Son Éminence le cardinal grave.Verdier ont fait apparaître que la hiérarchie de l'Église de France reconnaît la nécessité et la prééminence d'un ordre : une société qui nierait le christianisme et ne lui permettrait pas de vivre est, en tout état de cause, inacceptable; même si la formation qui la combat ne peut être acceptée sans réserve par un chrétien.Telle est la position catégorique à laquelle on aboutit aujourd’hui. ¦ " 247 LETTRE DE TRANCE Mais ce n est pas à dire que cela ne suscite pas des drames terribles dans le cœur de maints chrétiens.Le danger que court quiconque prétend affirmer la transcendance de l’Eglise à 1 endroit du pouvoir politique est de tomber dans la rébellion.Si 1 attitude de la hiérarchie semble trop prudente ou trop pragmatiste, on voit de jeunes exaltés, avec la meilleure toi du monde, se dresser dans une attitude dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est dépourvue de prudence.Ainsi a-t-on pu lire, dans la revue Esprit, un article qui n'était qu'un rappel à 1 ordre adressé par un jeune catholique à toutes les autorités de 1 Eglise.Le ton en était si violent qu’il fallait, pour l'excuser, ne voir dans cet article que l'expression d’un profond désespoir et d’un grand bouleversement.“L’heure est venue, y lisait-on, pour les prêtres de l’Église du Christ, depuis les plus hauts degrés de la hiérarchie, de prêcher les vérités de vie et non les mensonges de mort.Quels que soient les risques, et à tout prix.L’heure est venue, par-dessus tout, pour la conscience chrétienne, en présence de la douloureuse et magnifique réalité de notre Espagne, de se demander si l’Église du Christ à Rome peut maintenir son indépendance et sa liberté contre la nouvelle Rome impérialiste; si les représentants italiens du Pape, dans tous les pays du monde, ne le sont seulement que du Pape ; en un mot, si l’Eglise chrétienne dans la Rome de Mussolini peut demeurer catholique et apostolique.Compatible avec notre credo et donc avec notre foi et notre espérance; avec la charité évangélique".Ces phrases violentes n’auraient d’autre intérêt que d'avouer un profond désarroi si elles ne correspondaient peut-être à quelque réalité dans le petit clan où elles ont été publiées.Elles font assez bon marché de l’infaillibilité pontificale, de la confiance respectueuse que chacun doit au chef suprême de l’Eglise, même et surtout quand ses décisions ne plaisent pas à notre conscience d’homme infiniment faillible et de catholique mal informé.La charité est une vertu, et admirable.Mais il y a aussi l’humilité.Qu'il y ait des problèmes qui se posent à la conscience catholique française, cela ne prouve sans doute qu'une chose: mm LA RELÈVE 248 l’extraordinaire vitalité intérieure qui l’anime.De cela on multiplierait aisément les preuves.On les choisirait dans la littérature catholique, par exemple, où l'éclatant succès d’un livre comme le Journal d'un curé de campagne, l’admirable roman de Georges Bernanos, n'a été dépassé que par celui de La Vie de Jésus de François Mauriac, dont l’élan n'est pas encore épuisé.Il ne laisse pas que d’etre significatif que les deux plus grands succès de librairie de l’an passé aient été ceux de deux ouvrages catholiques.On a vu ainsi pénétrer dans des milieux qui, sans doute, n’y étaient guère accessibles de pures et poignantes images.De la Vie de Jésus que certains ont discuté, un prêtre me disait: "Qui sait combien d’âmes ce livre aura forcées dans leurs retraites les plus secrètes 7 Ces hommes auront vu le visage du Christ, eux qui ne l’avaient jamais considéré".Citerait-on encore ce renouveau très évident vers les ordres monastiques dont tant de couvents ont vu bénéficier leur noviciat ?Il existe meme, de plus en plus nombreuses, de petites communautés laïques dont les membres vêtus, comme vous et moi, ne sont lies que par des vœux intérieurs, et qui vont ainsi de par le monde, s'appliquer à rechristianiser des milieux divers.Mais, de cette puissante vitalité, la preuve la plus éclatante aura été donnée, en une admirable journée de juillet, par les jeunes ouvriers chrétiens.Il y a dix ans que le cher chanoine Cardijn transportait de Belgique en France le petit grain de sénevé.Peu à peu, puis de plus en plus vite, le mouvement a rayonné, proliféré.Il s’agit, on le sait, d’un effort de rechristianisation des jeunes ouvriers par eux-mêmes.Le prosélytisme vient d'eux seuls.“Nous referons chrétiens nos frères." dit un des hymnes jocistes.La fierté de l'ouvrier double ici la fierté du chrétien.L'une et l’autre se font conquérantes.La nuit tombait sur Paris, lente et comme toute pétrie encore de lumière.Dans le stade immense, — le Parc des Princes — décoré de bannières, 85,000 assistants se serraient, et tout ce blé vivant coulait sur les gradins, couvrait jusqu’au faîte, emplissait les escaliers et les plates-formes.Au milieu de la piste, sur une haute estrade, un jeune parleur, comme le ! ¦* 249 LETTRE DE FRANCE célébrant cl un rite nouveau, se tenait debout vêtu de blanc.Sa voix par une centaine de hauts-parleurs, emplissait tout 1 espace ; et par moments au rythme parfait d'une cadence puissante, la foule immense répondait à sa prière.Car il s agissait d'une prière, d'une gigantesque prière que jetaient vers le ciel des milliers et des milliers de poitrines; et cette imploration laissait au cœur la plus puissante impression d'unité.Chacun de nous éprouvait jusqu'au plus profond de soi la joie de n'être qu'une fourmi parmi ces milliers de minuscules taches blanches dans la nuit et de se sentir vibrer à l'unisson de tous.I 1 A l’appel de la voix les artisans de l'œuvre surgirent.Chaque délégation ouvrière avait apporté le signe de son labeur.Et chacune dans une lente offrande vint la déposer sur la plate-forme centrale, édifiant ainsi un autel étrange et émouvant, manifestant dans une symbolique admirable l'identité chrétienne du labeur et de la prière.Les mineurs du Nord transportèrent un bloc de charbon.Ceux de l'Est un morceau de minerai de fer.Les ébénistes déposèrent une planche.II y en eut qui apportèrent des étoffes et des fleurs.Des quatre points de l’horizon les tisserandes, marchant vers l’autel grandissant, dessinèrent de quatre longues bandes de lin étendues une gigantesque croix blanche sur l'herbe verte.Enfin un lent cortège traversa toute l’arène, portant sur maintes épaules une croix de dix mètres: c’étaient les malades et leurs infirmières.Car la souffrance encore est plus riche en vertu que l'effort.n Il y eut alors un moment d'inexprimable pureté.Lentement, dans la nuit que ne dissipait plus le feu de milliers de torches ceinturant la piste, la croix se dressa sur l'autel.Elle était blanche, nette, triomphante.Cependant que, comme pour susciter cette montée triomphale, un chant tout nu, s'élevait, dans le poignant silence, appelant à une bénédiction surhumaine Celle par qui est né le Sauveur des hommes.A cet instant, qui eût douté qu'une fois de plus, dans l'histoire, la France chrétienne avait retrouvé sa mission, celle même qu'évoquait dans la nef de Notre-Dame, le cardinal-légat parlant à tous les Français ?DANIEL-ROPS A Confidences de Katherine Mansfield ( Lier connaissance avec Katherine Mansfield n’est pas sans présenter quelques difficultés; pour pénétrer son intimité elle exige une longue patience.Encore la première rencontre s'avcre-t-elle déconcertante pour plusieurs.Contrairement à la plupart de ses contemporains, elle dédaigne l'éclat et le "Bal Masqué"; sa recherche de simplicité et sa terrible sincérité déroutent les esprits nourris de complications, qui croient découvrir dans les lignes d'un écrivain 1 exposé d'un cas rare.Katherine Mansfield ne livre pas le secret de son âme à un inconnu ; elle ne partage sa vision du monde qu'avec ceux qui puisent aux mêmes sources, qui se nourrissent d'une même nourriture.Lentement elle initie son lecteur à cet ensemble merveilleux de la nature; pour lui, elle fait revivre des êtres fragiles, les fleurs, les fruits, les plantes.Ses Lettres et son Journal1 débordent d'aperçus profonds sur le monde extérieur, monde si près de l'homme et si peu connu.Cette étoile scintillante qui lui apporte une parcelle de son pays natal, la Nouvelle-Zélande, la colère de la mer, une fleur qui secoue l'humidité matinale, toute la nature possède, pour elle, une signification précise et joue dans le plan du Créateur.Pour suivre Katherine Mansfield dans scs découvertes, il faut en quelque sorte se styliser; pour percevoir les mêmes nuances, il faut expulser toute attitude artificielle.Cette femme prend place au milieu de ces êtres imprégnés de pureté, qui marquent ceux qui s’en approchent.Un tel destin exige Katherine Mansfield, Lettres, Journal, chez Stock. 251 CONFIDENCES DE CATII.MANSFIELD une soumission totale à la vérité."Seigneur, rends-moi pareille au cristal pour que ta Lumière brille à travers moi", elle sait la souffrance que traîne à sa suite une telle demande; car avant qu'une âme ne reflète la Lumière divine, elle doit héroïquement rejeter maintes fausses valeurs.Et qui s'étonnera qu'une prière aussi généreuse soit exaucée ?Ainsi s'explique l'emprise profonde exercée par cet écrivain tant sur les gens simples que sur les esprits cultivés.Il lui a suffi de quelques livres de nouvelles pour jeter une lueur sur le mystérieux des événements ordinaires, car elle avait repéré les liens serrés qui unissent et harmonisent toutes manifestations extérieures apparemment distinctes et détachées.En effet la vie de chaque jour avec ses détails hanals, cette existence telle qu elle se déroule dans une petite ville de pionniers, ces êtres fantastiques qu'il nous semble avoir déjà rencontrés sur notre chemin, ces quelques détails ordinaires, une joie familiale lui fournissent des thèmes gonflés d'humanité.Combien la littérature est vaine! Une âme vibrante accepte la vie et tente d'étreindre l’univers.Ses diverses tentatives dénotent un cœur de femme qui sait rester femme.La familiarité avec la nature dépasse la connaissance raisonnée; elle présuppose une communion étroite avec les êtres, communion provoquée plus par l'intuition que par le raisonnement.Tout avait préparé Katherine Mansfield à cette perception délicate.Une vie qu'on jugeait ratée vers les vingt ans, qui mystérieusement reprend son essor dans la splendeur.Cette jeunesse orientée par une vocation bien définie: chanter les joies de la vie, et qu'épure la terrible épreuve de la maladie.La femme qui n'aspire qu'à la beauté et que les circons-enchaînent à toutes les exigences médiocres de la condition humaine.Parce qu elle fut loyalement acceptée, cette expérience enrichira Katherine Mansfield d’une grande connaissance des choses de l’âme.ces tances LA RELÈVE 252 Le Journal et les Lettres n'ont rien du recueil d'analyses ou de plaintes sur un état de santé précaire ou sur la pauvreté de la vie intellectuelle de son pays natal; ils traduisent par des signes discrets une vie intense qui ne peut trouver son épanouissement normal dans un monde restreint.A cette femme possédée par le désir violent d’embrasser toute la Création, le Beau, sous toutes ses formes, n'est jamais indifférent ; à peine le perçoit-elle que la nécessité de le partager avec ses semblables l'oblige à crier sa joie.De là les admirables lettres adressées à ses amis dans lesquelles elle leur communique ses pensées.Quelle idée élevée de sa vocation d'écrivain! Pour elle, écrire devient une manifestation de son âme, qu'elle désire plus noble; la diffusion de la vérité totale nécessite cette mise au point, et les exigences de l'Art ne seront jamais sacrifiées à la médiocrité environnante.La progression ascendante apparaît nettement entre les premières pages du Journal, nerveuses, sceptiques, et la sérénité de la fin — pourtant les dernières années de sa vie furent celles où elle souffrit le plus cruellement dans son corps.Toujours la même maladie la tenaille, mais l'esprit, qui autrefois était paralysé par la souffrance, la domine maintenant d'une hauteur toute chrétienne.Vouloir être selon son expression une enfant du soleil, parvenir à ce qu elle appelait la vie nouvelle, savoir regarder la vérité en face, voilà autant de positions chrétiennes qu’elle n'acquit qu'après une lutte serrée, des hausses et des baisses terribles; car la sensation d'incapacité devant la tâche à accomplir, devant la page à écrire, résultant, croyait-elle, d'une médiocrité personnelle, lui est beaucoup plus pénible que les faiblesses de santé.Ce n'est que par un retournement sur elle-même que sa volonté parvint à chasser l'anéantissement du désespoir.Combien de pages l'on voudrait citer tant le sens chrétien s'en dégage, surtout ces magnifiques lignes sur la souffrance, ma confession, selon ses propres termes."Il n'y a pas de limite à la souffrance humaine.“La douleur physique n'est.qu'un jeu d'enfant."Fais de la douleur une part de ta vie1.i C'est Katherine Mansfield qui souligne. 253 CONFIDENCES DE CATH.MANSFIELD "lout ce que, de l’existence, nous acceptons véritablement subit une transformation.Ainsi la souffrance doit devenir l'Amour."Ici, par un phénomène étrange, se dresse devant moi la silhouette du docteur Sorapurc.Il était bon.Il ne m’aidait pas seulement à supporter la douleur, mais il suggérait l’idée que la maladie physique est peut-être chose nécessaire, est un processus réparateur."Si la souffrance n'est pas réparatrice, je veux la rendre telle.Je veux apprendre la leçon qu elle enseigne.Ce ne sont pas là de vaines paroles.Ce ne sont pas des consolations de malades."Oh, Vie! accepte-moi —rends-moi digne — apprends-moi!" {Journal pp.172 et 173).Ces bribes de citations disent à peine ce que contiennent des textes qui méritent une méditation.Ces esprits en quête du vrai, qu’on pourrait qualifier: chrétiens de l'extérieur, rappellent souvent à ceux de l'intérieur des notions essentielles que leur conformisme et leur encroûtement laissent tomber dans l’indifférence sinon dans l'oubli.Et avec quelle ferveur de néophytes ils s'emparent de ces valeurs vitales qui appartiennent au christianisme, et que les chrétiens ne veulent pas reconnaître, parce qu'une attitude plus large condamne leur propre crainte.Sachons comme Katherine Mansfield regarder d'un regard simple la vérité en face et reprendre avec cran tout l'héritage du Père.Ce qui a mis Katherine Mansfield sur la piste des traces divines, c’est son amour de la Création.On comprend mal, surtout un esprit latin, ce que signifie cette préoccupation d'observer la nature, de comprendre le monde extérieur.Cette attention passionnée dépasse le dilettantisme de vieux Lords désabusés ou de vieilles filles anglaises humanitaires; elle provient d'un souci tout intérieur.Si l'amour maladif, mal discipliné de la nature, conduit à de graves erreurs doctrinales, conclure que tout dans la nature est faussé serait une aussi grave erreur, car la Rédemption n'a pas seulement racheté 1 l.A RELÈVE 254 I homme, elle a également rétabli la Création dans sa splendeur première.Le Seigneur dans un geste large — la largeur des bras de la Croix suffisait amplement pour attirer à lui toute la terre avec les plantes et les animaux et les étoiles a repris un horizon illimité.Saint Paul est catégorique sur ce point."Car il a plu à Dieu que toute plénitude habitât en lui, il lui a plu de réconcilier par lui toutes choses avec lui-même, soit celles qui sont sur la terre, soit celles qui sont dans faisant la paix par le sang de sa Croix (Ep Coloss I, 19-21).Pour peu qu'une âme droite soit attentive mouvements des créatures créées par Dieu et pour Dieu, choses visibles témoigneront de leur origine et de leur fin d'autant plus que la révolte contre le Créateur fut le fait de l'homme, et ce n'est que par la faute d Adam que la Creation entière fut entraînée dans la déchéance.Chez Katherine Mansfield se rencontre cette volonté de surprendre le dialogue divin.Le moindre mot, le plus petit geste perçu, lui fait pousser des exclamations qui sont d au- ou d'imploration.La les deux, en aux ces thentiques prières de reconnaissance foi pour mener jusqu au bout son inquisition lui manquait cependant qu'un désir ardent d y parvenir 1 animait.La terre et ses merveilles lui avaient donné un tel goût de la simplicité, de la vie pleine, non amoindrie par des partages intéressés qu'il nous est permis de croire que rien n’aurait arrêté le développement de ses recherches, et qu'ainsi elle aurait atteint la source de Vie — sa guérison.Comme les fleurs et les plantes que Katherine Mansfield aimait passionnément parce que de toutes leurs forces elles lèvent la tête vers le soleil, ainsi elle-même s'abandonna à la Lumière.Si elle ne reçut que des lueurs partielles de la vérité chrétienne, elle s’était réellement engagée dans les traces divines en acceptant la vie sans tricher, et son désir absolu du Vrai l'aurait poussée jusqu’au Christ.Comme son âme se trouverait à l'aise en compagnie de saint François d'Assise Paul BEAULIEU Document essentiel d’“Csprit” On peut considérer, à date, le Manifeste au service du personnalisme comme le document essentiel du mouvement “Esprit".Rédigé par son directeur, monsieur Emmanuel Mounier, et contenant de nombreuses références à des articles de la revue "Esprit", dans laquelle ces pages parurent d abord en réponse au manifeste du communisme, il contient les données fondamentales de la doctrine et marque une époque dans l’évolution du mouvement.La position du groupe, par rapport aux problèmes d une situation historique sans précédent, est définie clairement et sa cause séparée, par cette définition même, de toutes les autres formes d'opposition à l'ordre existant.Il s agit d empêcher que ne dévie de sa route la Révolution.Car Esprit est, au sens propre, révolutionnaire.Le Manifeste, écrit pour un groupe qui se destine à l'action immédiate, prend, selon les termes de Mounier, la "mesure de la vérité qui lui donne son sens et de la situation historique qui lui donne son échelle, en même temps que ses conditions de réalisation".Le livre est divisé en quatre parties dont la première, intitulée le monde moderne contre la personne, fait le procès des civilisations bourgeoise et fascistes et de I homme nouveau marxiste.La seconde partie définit le personnalisme et les principes d’une civilisation basée sur la personne."Les structures maîtresses d'un régime personnaliste," qui contiennent l'essentiel du livre, et “principes d'action personnaliste complètent cette œuvre magistrale. I ' LA RELÈVE 25(5 Dans sa critique des formes d'opposition au capitalisme, monsieur Meunier se sépare des formes réactionnaires qui ne “un refus formel de l'éthnique et des struc- comportent pas fondamentales du capitalisme", parce qu'en général, remarque-t-il, toutes, elles ont pour but "le salut et le redressement du capitalisme".Il va sans dire qu’il rejette également les autres formes radicales d'opposition (dont le communisme), parce que leur éthique est viciée.turcs Le grand reproche qu'il adresse à l’économie capitaliste — et c’est sa philosophie même qu’il condamne et non sa for-actuelle — c’est de mettre sa finalité dans la quantité et le profit.me "Ce qu'il faut reprocher, dit-il, à la civilisation technique, ce n’est pas d’être inhumaine en soi, c’est de n être pas humanisée et de servir un régime inhumain.” encore Après avoir exposé les principes par lesquels la personne reprendra sa primauté sur la matière dans une économie humanisée, il remarque, à notre profonde satisfaction, que "l’homme fait pour créer plus que pour consommer".Il rappelle enfin que le primat du travail sur le capital se fonde sur les trois lois suivantes: le travail est une obligation universelle; il n’est pas une marchandise ; enfin le droit au travail est un droit inaliénable de la personne.Dans l’ordre politique, c’est en tenant compte des exigences les plus hautes de la personne que le Manifeste étudie les formes de la société future.La patrie, société instinctive, à laquelle se superpose 1 économique et la culture, la nation, dans laquelle se fait 1 unité vivante, encadrée par l’État, réduit au rôle d’instrument de l’accomplissement de la personne et d’arbitre suprême entre personnes et individus, tendront à se résorber, sans jamais y atteindre, dans la communauté internationale.En effet, la personne “exigence de spiritualité et d’universalité.aspire, à travers des sociétés de plus en plus spirituelles, à cette communauté limite de personnes qui serait la plus concrète en même temps que la plus universelle ” est DOCUMENT ESSENTIEL O'ESPRIT 257 On ne peut, dans une étude comme celle-ci, que donner une idée très superficielle des richesses contenues dans un tel livre, dont chaque page est une synthèse de synthèse.M.Mounier s'est défendu d'avance d'avoir eu l'intention de donner dans le Manifeste une doctrine définitive du personnalisme.Il s'y propose plutôt de saisir la civilisation "qui est un amalgame de technique, de structures et d’idées, mises en œuvre par des hommes, c'est-à-dire, des libertés créatrices ".Ces idées, trop neuves, trop près encore de l'obscur ébauche qu'il intitulait naguère "Refaire la Renaissance" 1 marquent, sous leur forme actuelle, un effort achevé pour atteindre, après une méditation soutenue pendant quatre ans, à une plus grande clarté de conception.On peut leur reprocher de s'embarrasser de tout un appareil négatif, dont l'esprit est lent à se dégager.Cependant, malgré des lacunes, que ses auteurs sont les premiers à reconnaître, cette conception spiritualiste et personnaliste d'une civilisation, conçue comme une "réponse métaphysique à un appel métaphysique, une aventure de l'ordre éternel", représente déjà un idéal cohérent.Elle comporte une éthique de la vie privée, publique et collective, très discutable, mais marquée tout au long d'une véritable esprit chrétien.Robert CHARBONNEAU 1 icr numéro di'Esprit. Chronique De "Sept" à "Temps Présent" Au mois d'août dernier est disparu Sept, le seul grand madairc français qui fût franchement catholique.sincérité et une hon- Sept, apportait un air sain, une nêteté véritablement extraordinaires.Ses rédacteurs ont bien pu sc tromper, manifester dans leurs jugements quelques préjugés mais ils n'ont jamais refusé la discussion, ni les critiques et n’ont pas hésité devant l'aveu d'une erreur quand on avait pris la peine, non de les injurier, mais de la leur prouver.Nous n'entendons pas rappeler et défendre ici les positions de Sept, qui sont aussi les nôtres.Nous n avons pas à le faire Sept s'est bien défendu pendant son existence et peut le faire encore D'ailleurs un nouvel hebdomadaire le remplace et le continuera, à sa façon, respectant la différence qui existe journal d'Act ion catholique dirigé par des religieux journal publié par des laïques.Temps Présent saura les idées et les faits actuels, les juge- entre un et un porter de nouveau sur qu'on incriminait à Sept et défendre sa philosophie ments Nous voulons seulement faire remarquer quel esprit profondément chrétien animait cet hebdomadaire unique.Nulle part, je crois, on ne trouvait tant de charité jusque dans les luttes où était attaquée la raison même de son existence plus de respect à l'égard des personnes, plus d amour pour la vérité. 250 CHRONIQUE • On a écrit que Sept avait sombre dans l'indifférence.Au contraire.C'est vers la fin que certaines de ses interventions ont causé le plus grand tumulte parmi les catholiques eux-mêmes.Sa disparition a laissé un vide immense.Il y eut un moment d'hésitation.Les uns avaient peine à croire qu'ils étaient débarrassés de cet encombrant et tenace adversaire.Et les autres étaient consternés de ne plus sentir cet appui.Les premiers sc sont vite repris, et avec quels glapissements de joie ont-ils ingénieusement expliqué les raisons ‘‘métaphysiques" de sa disparition, au Canada comme en France, en Allemagne, en Italie et ailleurs.Quel adversaire dangereux que Sept.L'attaquer sérieusement, avec franchise?11 donnait ses preuves ne craignant pas d affirmer la vérité avec candeur et plénitude.Il ne restait qu'à essayer de le discréditer, suivant la méthode polémique élégante des journaux politiques, par de grossières personnalités, souvent ridicules, par des attaques malhonnêtes qu'on basait sur de fausses interprétations des textes ou des citations tronquées.C'est ce qu'on a fait.Ses amis, eux, n'ont eu pour le défendre qu'à répéter ce qu'il avait toujours dit.Et à prier pour qu'il soit continué.C'est ce qu'on a fait.Nous ne voulons pas dire que nous ayons tout accepté dans Sept.Ses positions contenaient justement ce respect de la libertéduchrétien, liberté qui dirigée, "animée par le magistère de I Eglise en matière spirituelle, devient liberté de choix très grande mais appuyée sur la doctrine du "docteur commun" en matière temporelle.Tous ses principes généraux étaient les nôtres.Nous savons cependant que Sept a fait des erreurs au sujet de notre pays, qu’il manifestait, comme le fait remarquer André Laurendeau dans L'Action nationale, une certaine naïveté dans son jugement sur les Anglais qui l'aurait empêché de comprendre nos problèmes nationaux, par exemple.La constatation de ces erreurs que nous étions à même de vérifier devait éveiller un sens critique qu’il ne faut d ailleurs jamais perdre.Nous ne lui en demandions pas tant, pour le moment.(Cette déficience aurait pu être corrigée facilement LA RELÈVE 260 par une chronique des choses canadiennes écrite par un de mus compatriotes).Remarquons plutôt la solidité de ses éditoriaux, que la théologie et la philosophie étayaient.Il fut peut-être un des premiers journaux catholiques à pousser l'audace — qui doit être la marque des fils de lumière jusqu'à affirmer qu'on doit tenter la réalisation dans notre monde déspiritualisé des plus fortes exigences du thomisme et jusqu'à indiquer à propos de chaque fait ce que sont ces exigences.Il entendait d'abord apporter le témoignage chrétien mais il n'avait pas perdu espoir d'une réussite temporelle, alors qu'un pseudo-réalisme qui n'est en somme qu'un pessimisme négateur de la puissance de l’esprit ne voit pas de possibilités, non seulement prochaines (ce que nous admettons) mais lointaines d'une rechritianisation de la Cité par des moyens pauvres, les seuls adéquats.Sept s'est parfois trompé; il ne l’a jamais fait volontairement tant il était animé par le plus pur amour de la vérité.Par contre, pour être sûr de ne pas aller au delà de la vérité, il n'a pascherché à s'accrocher à de vieilles vérités archi-connues l, ce qui équivaut à tomber en deçà de la vérité.Nous avons etc parmi les premiers à parler de Sept et à le faire connaître.C'est donc avec joie que nous recevons Temps Présent.Dirigé par des laïques, indépendant de tout Ordre religieux, il aura les moyens de corriger certains défauts, déficiences plutôt, de Sept.11 lui sera possible par exemple, de prendre une position plus précise, plus engagée sur les problèmes politiques.Les premiers numéros ne manifestent pas de grands changements.Des écrivains jouissant d'une aussi haute autorité ne doivent pas s'engager à la légère dans des conflits sociaux, et surtout dans des conflits politiques dont l'apparente vanité 1 Je veux dire surtout des vérités de l'ordre temporel, qui sont plus précisément des projections dans cet ordre transitoire, de la vérité abso-ue, ses incarnations, sujettes à être usées et dépassées par la vie. 261 CHRONIQUE et le véritable oubli du réel sont bien les signes d’une grande anarchie.Ces conflits exigent leur présence car ils recouvrent une grave carence des idées.Temps Présent est lancé sur une "Profession de foi' sans équivoque.Plusieurs évêques français, dont le Cardinal Verdier, ont publiquement approuvé (3e numéro) cette profession et ont tracé la ligne de conduite.Temps Présent rendra d'immenses services à la France, il montrera aussi à l'étranger ce que peuvent faire des catholiques français, il rendra service au catholicisme.' 1 Claude HURTUBISE Les oeuvres de saint Augustin La maison Desclée, de Brouwer, a commencé à publier une édition presque intégrale des œuvres de saint Augustin, édition, comme il est dit dans l'avant-propos du premier volume, destinée à "un public d'élite même non spécialisé".Cette entreprise répond à un besoin qui s'affirme de plus en plus dans les milieux catholiques d'un contact plus direct avec les sources vives de la spiritualité chrétienne.Ces trésors de la doctrine des Pères de l'Eglise nous étaient comme dérobés et n'étaient plus que lot d'un petit nombre de spécialistes.Tout renouveau catholique est caractérisé par une conscience accrue des exigences de la foi.Celui que nous vivons cherche naturellement à s'alimenter aux œuvres de ceux qui ont les premiers défini les exigences de la Révélation, ses rapports avec la raison et la nature, et non plus seulement à ces ouvrages qui, dans l'intention de vulgariser et de résumer cette doctrine, en viennent souvent à nous empêcher de sentir d’être touchés par cette grâce vraiment inhérente aux œuvres de tous les grands saints.Nous avons ici en vue des livres spirituels qui ne semblent pas dériver d'une authentique con- 1 1er numéro de Temps présent.Ceux qui ne pourront obtenir ce numéro probablement épuisé pourront lire cette "profession ^ dans le numéro de décembre de la Revue Dominicaine, publiée à Montréal. LA RELÈVE 262 temptation, et non ces ouvrages des grands maîtres de la spiritualité moderne qui sont plus que des adaptations aux temps présents de l'enseignement patristique, mais de véritables renouvellements.Nul n'ignore la place éminente qu'occupe saint Augustin dans ce temps où l’Eglise se trouvait aux prises avec l'incroyable difficulté de formuler le dogme et, en même temps, de combattre de nombreuses hérésies.D'où le caractère apostolique de sa pensée, cherchant à la fois à définir, à affermir et à convertir.Dans ce premier volume 1 de ses œuvres, qui réunit trois opuscules: des moeurs de l'Église, du combat du chrétien et de la nature du bien, saint Augustin envisage tout d'un point de vue divin, ne faisant pas seulement œuvre de philosophe mais de moraliste, et nous fait participer à cette ardente charité qui rappelle celle de l'apôtre Paul.Il est extrêmement difficile de résumer un texte qui touche à tant de problèmes et d'aspects de la vie chrétienne.Le ier opuscule établit d’abord la hiérarchie du composé humain pour en arriver à montrer que Dieu seul peut être le souverain bien et que le moyen de L'atteindre est la vertu.Des pages magnifiques définissent celle-ci comme n'étant pas autre chose que la charité.Il termine par une brève apologie de la sainteté de l’Eglise.Le 2e opuscule traite des difficultés du chrétien en butte aux hérésies, aux attaques du démon et donne un bref résumé de la doctrine chrétienne.De la nature du bien, le dernier opuscule, se développe avec plus de continuité.Dirigé contre les manichéens, il rappelle que seul le bien possède l'être.Cette idée est à la base de la philosophie chrétienne.La traduction, les notes et l’excellente introduction sont du R.P.Roland-Gosselin.J.L.1 De sciée, de Brouwer, Paris.Présentation très commode qui ressemble à celle de l'édition de la Somme à la Revue des Jeunes.Texte latin en regard de la traduction. 263 CHRONIQUE Un mistère américain Green Pastures, qui a subi avec succès l’épreuve de près de 2,000 représentations à la scène en cinq ans, et auquel la compagnie Warner vient de donner une diffusion encore plus grande en l’adaptant au cinéma, est un chef-d’œuvre authentiquement américain.La pièce est le produit de la collaboration du romancier de ”01’ Man Adam an' His Ghillun ”, Roark Bradford, et de Marc Connelly, qui en découvrit les merveilleuses possibilités et l'adapta à la scène avec Bradford, puis au cinéma.La simplicité de la facture, l’angle spécifiquement nègre sous lequel le récit est envisagé, la statuaire, si l’on peut dire en empruntant ce mot à Gabriel Marcel, tout contribue à faire de Green Pastures, un spectacle de la plus indéniable valeur artistique.L’émotion y atteint à certains moments des sommets inconnus sur les scènes modernes et qui rappellent les mistères du moyen âge.Mais alors que dans ces derniers, l’idée de l’Incarnation était toujours présente, Green Pastures n'en contient qu’une allusion lointaine, dans une scène (qui est un des "climax ”) où Jehovah apprend des hommes la miséricorde.Les auteurs, du moins dans le film, se sont surtout souciés de faire une œuvre spectaculaire.On ne saurait exiger d'eux une autre exactitude que celle des faits.Tous les personnages sont des nègres.Et il ne faudrait pas s’imaginer que la pièce est seulement jouée par des acteurs de la race noire.Non pas! Ces enfants, à travers lesquels s'anime la Sainte-Ecriture, pendant que le vieux pasteur parle, au Sunday school, voient vraiment, et nous après eux, Jehovah sous les traits d un vieux pasteur, bon, tout-puissant, qui habite une riche plantation derrière les nuages, où des anges noirs, des saints et des saintes de couleurs occupent leurs loisirs à la pêche et à des parties sous la verdure.Babylone est vu par eux dans le décor d un night club; Noé, Moïse, Josué, sont respectés dans les grandes lignes de leur personnalité mais sont l'occasion de déploiement scéniques extra-bibliques.C'est le Seigneur (The Lawd's) LA RELÈVE 264 qui est l'unitc du drame.Il surveille le monde d'un bureau, ouvert par une fenêtre sur les espaces illimités, et, c'est là, devant son pupitre, que les trois petits-fils d'Abraham viennent intercéder pour le peuple choisi.Un tel film ne se résume pas parce que ce qui en fait la grandeur est justement la simplicité avec laquelle on a mis en scène l'Ancien Testament.Toute sa nouveauté vient de l'angle.Pour l'émotion qui s'en dégage elle est d'une qualité telle que l'on peut dire qu elle nous met de plain-pied dans le plan de la prière.Robert CHARBONNEAU Le messager Les pièces récentes de M.Henry Bernstein comportent toutes plusieurs thèmes, si étroitement enchevêtrés dans le conflit de chair qui fait leur armature dramatique, qu'on est embarrassé de déterminer les intentions.Jean Berjancé (le Jour), Marcel Blanc (Mélo), Gilbert Rollin et Nick (le Messager), absents de leur âme, chargés de transmettre l’inquiétude multiforme, substantiellement liée au complexe juif de l'auteur, s'efforcent tous à lépaisissement d’un mystère qui les dépasse.Leur bonheur, âprement poursuivi, chèrement défendu, est un bonheur qui fait peur, mais dont on sait bien que pour certains il est irremplaçable, qu'il n'en existe pas d'autre.Sous son aspect extérieur, le Messager reprend la préoccupation exposée déjà fortement dans le Bonheur, à propos d'une actrice et des sentiments qu elle éveille par son image sur l'écran.Dans le Messager, c’est encore une image, mais charnelle, véhiculée avec l'amitié d'un homme à un autre.En nous laissant guider par le titre, nous trouvons dans cette pièce l'animation de la théorie de Flaubert sur le rayonnement de l'amour.L'être qui aime rayonne et c'est lui qui embrase pour l'être aimé les cœurs disponibles.Gilbert Rollin, quand il rencontre Nick, se sent attiré par la certitude qu'irradie son aîné d'être aimé.Une forte 265 CHRONIQUE amitié se noue entre les deux hommes, Nick fait du jeune hom-confident ; il évoque le meilleur et le pire de sa vie cette Marie Christophe lointaine, sa femme, pour la- me son avec quelle il s'est exilé sous les tropiques.Est-ce l'amitié ou 1 amour naissant qui pousse Gilbert à risquer sa vie pour une photographie, la photo de Marie ?La fièvre, le cafard, Marie, thème unique de leurs conversations, où se confondent pour eux la patrie et la femme, les tendent jusqu'au point où l'on se tue.Le Messager est simplifié; il est porteur de fatalité 11 brûle de la passion d'un autre, qui est son ami au point où amitié et partage s'appellent.Marie accueille dans le Messager son image embellie, portée comme un sacrement.C'est Nick qu elle aime dans ce jeune être qu'il a façonné, dans cette brûlante fièvre d'elle que l'autre lui a communiquée là-bas.Le phénomène de l'endosmose d'une passion, nous le connaissons bien sous toutes ses formes, depuis le cinéma et la présence physique par l'image.C'est l'un des points de force de l'œuvre de poser dans l'universel, sans le désincarner, le mystère de l'homme désaxé.Le Messager est à cet égard un grand film.Robert CHARBONNEAU Interprétation: Gaby Morlay (Marie Christophe), Jean Cabin (Nick) Jean-Pierre Aumont (Gilbert).Notules — "Green Pastures" ouvre la voie à un cinéma diffc-Avant, "Midsummer Night's Dream et As You Like rent.It" avaient fait connaître les possibilités illimitées de la fan- taisie à l'écran.Nous ne croyons pas qu'il puisse exister un cinéma catholique, pas plus qu'on ne peut faire de romans catholiques.cependant, n'ont pas donné toute leur mesure.G est par le Les cinéastes catholiques, comme les romanciers 1 LA RELÈVE 266 respect de la vérité et en purifiant la source, comme l'a admirablement prouvé Mauriac, notamment dans le "Nœud de Vipère" et le “Mystère Frontenac", que le romancier catholique, et le cinéaste catholique après lui, atteindront mets de l'art.La fin de l'art n'est pas extérieure à l'art.Et l'artiste — toute une littérature et certains films déjà en témoignent— gauchit son œuvre en y introduisant d'"émi-nentes finalités morales".C'est la vie que les foules exigent du cinéaste comme des romanciers, et quelques-uns un agrandissement de la culture que peut seul donner le spectablc du beau, dégagé de toute intention apologétique.2 — Un directeur va au Mexique avec un ciné-kodak ; il en rapporte un film grouillant de vie, le découpe et crée une œuvre qui n'a d'unité qu'en lui et cependant est une et concrète à l'écran.Idée d'un cinéma personnel, moyen d'investigation et de prise de conscience des choses, parallèle à la littérature.aux som- 3 — L’Astrologie, traquée au moyen âge, reléguée jusqu'à nos jours au rang des superstitions, sera réhabilitée par les psychologues.Elle comporte un certain déterminisme, comme l'hérédité, qui n'abolit pas le libre arbitre, et de ce fait, n'est pas incompatible avec le dogme.Il y a peut-être là possibilité d'un agrandissement insoupçonné jusqu'ici de la personnalité.R.C.Le rôle social des idées Aujourd'hui que le monde a tant à souffrir de la carence des idées qui l'inspirent, il ne pouvait être plus opportun d'étudier le rôle social des idées.Nous savons gré à M.Max Lamberty de l'avoir entrepris 1 pour nous ; et de l'avoir réussi d'une manière ouverte à tous.i Le rôle social des idées, Editions de la Cité Chrétienne.Bruxelles -21 frs 50 (belges). 267 CHRONIQUE Partant de concepts philosophiques, ce n'est pas en théoricien pur qu'il prouve sa thèse.Dans l'introduction l'auteur affirme les principes qui l'ont guidé et les critères dont il s'est servi.Il trace dans le premier chapitre la généalogie idéologique de notre temps ; et dans le dernier il nous convie à une révolution philosophique.Mais notre monde moderne a été un champ de trop cruelles expériences pour que nous ne sachions pas en tenir compte, en tirer profit.Que ceux qui nient le rôle, dans la marche du monde, des idées, observent les faits qui bouleversèrent le nôtre depuis un quart de siècle.I leerschappij en rroodder Ideeën."Domination et détresse des idées ", avait écrit comme titre de son essai l'auteur, pour l'édition flamande, en vue de caractériser l'histoire contemporaine.Il prouve son jugement par l'étude des faits.Notre siècle est né sous la souveraineté d’idées-forces qui, de la fin du moyen âge à la déchéance du libéralisme, préparèrent l'avènement de notre monde.Domination des idées encore que l'histoire de la "Grande Guerre", celle d’une défaite, ou celle de la puissance d'un Mussolini ou d'un Hitler.Tout cela prouve la force révolutionnaire des idées, mais aussi que cette force est relative, instable.La crise économique le montre.Du jour au lendemain ce fut la faillite: la détresse des idées.Les idées mènent le monde.Il faut donc que le nôtre soit mené par de bien vilaines idées, parce qu'il va mal, excessivement mal.A l'analyse des faits, quand on finit de lire le chapitre de M.Lamberty sur "la philosophie d’une crise économique" l'on ne peut s'empêcher de se rappeler le mot de Chesterton pensant à notre siècle: "Le monde est rempli de vérités chrétiennes devenues folles".Cependant c'est à nous de les assagir, si nous voulons que la révolution s'opère.Et c'est un ardent chapitre du livre celui que l'auteur consacre à l'orientation de ceux qui veulent vivre: "Le salut par les idées".Sans doute, ce n'est pas son but — qui est de réfuter l'interprétation matérialiste de l'histoire — que de nous guider dans la révolution à faire.Mais après la critique des faits, l'auteur ne pouvait pas ne mettre pas en garde, contre 1 LA RELÈVE 268 certains dangers qui les menacent, ses contemporains et ne pas apporter quelques solutions à leur misère."Du diagnostic à Vindication du remède il n'y avait qu'un pas.Je n'ai pas hésité à le franchir, considérant que l'exploration du passé n’est jamais plus féconde que lorsqu'elle sert à mettre en lumière les besoins du présent et les tâches de l'avenir C'est avec une extrême bienveillance qu'il le fait.Il est, cependant, une confusion de termes, sinon de pensées, qui compromet la théorie fondamentale de l'auteur.Par la relativité de la valeur sociale des idées ne met-elle pas en — étant donné les critères dont il use — le problème de Peut-on affirmer justement que le raisonnable cause la vérité ?social et le vrai sont identiques ?Sans doute, le raisonnable social est relatif, mais le vrai n'est-il pas éternel comme Dieu dont il est la substance ?Au lieu de la valeur sociale relative des idées ne serait-il pas plus exact de parler de force sociale relative des idées ?N'est-ce pas là, au fond, ce que l'auteur veut signifier ?Car ce rôle social qu elles jouent, les idées ne le doivent pas tant à leur valeur de vérité, mais qu'à leur valeur de dynamisme, c'est-à-dire, à leur force révolutionnaire, comme le prouve le succès présent de certaines idées plus ou moins fausses du bolchévisme et du fascisme.A part cette hésitation, l'ouvrage de M.Lamberty demeure l’un des plus puissants témoignages sur notre monde.Iémoi-gnage d'autant plus précieux que l’auteur, uniquement préoccupé à prouver sa thèse, ne peut s'empêcher de ne voir qu'une seule solution à la misère des hommes d'aujourd'hui: la révolution spirituelle.Celle que nous devons tous opérer à l'intime de notre être si nous voulons être fidèles à notre destin.A notre vocation d'hommes et de chrétiens.Jean-Marie PAREN 1 Le communisme, dilemme des chétiens 1 Le principal mérite de Daniel-Rops consiste surtout à ramasser en quelques pages lucides une pensée qui, sans être Par Daniel-Rops, VRAY, éditeur, Montréal, — Dépositaire général pour la région, J.-M.Parent, 2540, rue Chaplcau, Montréal.Prix: cinq sous. 26!) CHRONIQUE toujours très neuve, se présente à l'esprit avec netteté et simplicité.Une simplicité qui — rassurons-nous — n'est pas le moins du monde assimilable aux simplifications épaisses dont certaines gens semblent prendre plaisir à nous saturer.Loin d'ignorer les problèmes, elle les pose en leurs termes tragiques : elle connaît l'art d’en définir les données avec une clarté merveilleuse — issue d'un ordre trop rigoureux parfois et qui donne un peu l'impression de comprimer les jaillissements de l'esprit.Aussi, à l'heure où le communisme donne lieu ù tant d'équivoques, de mensonges, de peurs et de haines aussi bien derrière les remparts de ses adeptes que derrière ceux de certaines catégories de ses opposants (car ces gens-là ne vivent qu'avec la hantise des remparts, même si, comme chez Maurras, le rempart se fleurit de dentelle), une étude de Daniel-Rops sur le communisme est-elle bienvenue.C'est sans doute ce qu'a compris un jeune éditeur de Montréal, en publiant en plaquette le communisme et les chrétiens, étude d abord parue dans le deuxième cahier "Présences ".Alors que la critique anticommuniste étale tout un bazar de “littérature" de pacotille qui ne résout absolument rien et dont la valeur se situe bravement aux environs du zéro intégral, il est réconfortant de prendre contact avec une critique féconde, faite de charité et de sens chrétien.Féconde, la critique de Daniel-Rops l'est, au premier chef, parce qu elle considère le communisme non pas comme un monstre abstrait (du Spectre Rouge, délivrez-nous, Seigneur!) mais comme une attitude humaine; un phénomène qui plonge ses racines dans la chair de cœurs humains.Vis-à-vis du communisme, il commence par dégager nos responsabilités.Elles sont formidables.Que des millions d’êtres, en effet, s accrochent au communisme de toute la force de leurs espoirs, rejetant par là même la valeur de la solution chrétienne, voilà une situation dont la faute retombe sur les chrétiens.Delà suspicion qui détermine, à la racine, ce rejet et cet éloignement, chaque chrétien est personnellement responsable.Si l’Eglise a perdu les masses, ce n'est pas la faute du Christ.C'est la nôtre.Parce que chacun de nous a manqué à la charité compréhensive indispensable au rayonnement du message divin. I I.A RELÈVE 270 Féconde, la critique de Daniel-Rops l'est à un autre degré parce qu'elle sait discerner dans la doctrine communiste un enchevêtrement de vérités chrétiennes authentiques et d’erreurs inacceptables; les premières étant détournées et stérilisées par les secondes.En dissociant les premières des secondes on attaque le communisme en son point vital.Car il vit de cette confusion: c'est en elle qu'il puise son dynamisme de conquête.Là est la seule tactique valable.Elle enfonce, en tout cas, par sa cohérence et son efficacité, toutes les rodomontades et les vitupères contre le “Spectre Rouge ", étant la seule qui soit de bonne foi et qui porte en elle la promesse d'une rédemption.Le communisme est un dilemme; il est aussi un jugement.Jugement contre un monde de nom chrétien confit dans l’égoïsme le plus sordide sous la dictature abrutissante de l'argent.Jugement contre nous, contre nos égoïsmes et nos complicités, qui nous font solidaires de ce monde.C'est pourquoi “toute critique du emmunisme faite par un chrétien aura donc deux pointes: l'une tournée contre l’adversaire; l'autre tournée contre soi.Et la première ne sera tout à fait légitime que lorsque la seconde aura pénétré jusqu'à la chair vive, à travers ces pourritures, ces connivences, ces routines et ces trahisons, tout cet amas de mort et de péché sous lequel s'abritent nos complicités les plus secrètes .' Tout le reste est duperie.Guy FRÉGAULT La plus belle chose du monde ' Parmi les plaisirs que procure un livre, en dehors des satisfactions littéraires, mentionnons celui d'une lecture paisible.On choisit au hasard sur un rayon de bibliothèque le titre reposant pour une soirée calme.Cette fois c’est le dernier roman paru de Michelle LeNormand, l’histoire voilée sous les noms de Monique, Nicole, Lucette et Claire, des jeunes filles qui passaient hier, qui passent aujourd'hui, qui 1 Roman.Editions du "Devoir" 271 CHRONIQUE passeront demain sur les artères des villes vieilles ou modernes, par les sentiers vagues de la campagne, ou les rues allongées des villages.Histoire surtout de celles moins nombreuses qui fréquentent les cercles intellectuels et ne dédaignent point les mondanités, dont le cœur a vingt ans quand les cheveux blanchissent.Histoire de petits bonheurs qui furent grands comme la vie, et de peines multiples faites d'appréhensions et de désirs, d'aspirations idéales malmenées par les exigences matérielles.Ames féminines qui hantaient autrefois les préaux et maintenant arpentent les boulevards, envahissent les lieux à la mode, puis reviennent vers un foyer tranquille pour reconquérir un cœur qui voudrait se dissoudre dans le bonheur.Avec elle nous voyons la plus belle chose du monde se modifier au rythme des imaginations avant de retrouver un équilibre certain dans la réalisation des jouissances de l’esprit.Thérèse TARDIF Léo-Paul Desrosiers1 .nous présente, pour la première fois depuis le début de sa carrière encore jeune, un volume d'histoire.Ces pages sont consacrées à la période d'Accalmie qui accompagna le séjour de Lord Durham au Canada, à l'issue de la rébellion de 1837.Des commentaires brefs, fortement appuyés sur une documentation officielle, ouvrent l’esprit à l'intelligence des événements qui suivirent immédiatement l'action des Patriotes canadiens et furent la préparation de la prise d'armes et des manifestations sanglantes de 1838.Nous voyons comment lord Durham, impétueux et sensible, enchaîné par la politique active, contredit en haut lieu et se débattant entre un réel souci d'équité envers les parties adverses et l'emprise impérialiste, parvint, en maintenant une certaine justice fondamentale, à régler la question difficile de l'Amnistie.La situation lamentable d'il y a un siècle se moule dans le cadre précis des paroles écrites par lord Durham: "Les Canadiens français sont et devront toujours rester isolés au milieu d'un monde anglo-saxon.la grande masse des Canadiens français est vouée, en quelque mesure, à occuper une position inférieure et à dépendre des Anglais pour leur travail ”.Cette lumière nouvelle, sentence prophétique considérée après cent années d évolution lente mais sûre, revèle la force irréductible d'une race dont l'ambition s'oppose hardiment à celle des grandes nations.Nous y retrouvons aussi la formule d’anglicisation systématique entreprise par lord Durham et poursuivie sans relâche mais également sans succès.sous une Thérèse TARDIF L’Accalmie.Editions du "Devoir '.Numéro double Le mois dernier, nous demandions de nouveaux abonnés, des abonnements de soutien.Nous réitérons notre demande avec plus d'insistance.C'est une question de vie.Abonnez vos amis, faites vendre ce numéro, organisez-en la vente dans votre groupe, dans votre entourage, si vous ne voulez pas que notre mouvement disparaisse.Qu'on nous envoie les noms de personnes susceptibles de s'abonner.Nous leur adresserons un numéro spécimen.Ce numéro, qui réunit en 48 pages deux cahiers, clôt la troisième série de la "Relève".Il contient des articles de MM.René Schwob et Daniel-Rops.D'autres collaborations étrangères nous sont assurées pour 1938 Des collaborateurs nouveaux sont venus s'ajouter au groupe initial.La chronique, on le remarque se rapproche de plus en plus de l'actualité.A partir de janvier, si nos amis nous aident, nous voulons publier régulièrement chaque mois, comme nous l'ovoons fait pour les trois derniers numéros.L'augmentation des abonnements nous permettrait également de publier chaque mois à 48 pages et même à 64, en 1938.La RELEVE Beaulieu, Gouin, Tellier, Bourdon & Beaulieu AVOCATS L.'E.Beaulieu, LL.D., C.R.LéoirMercicr Gouin, LL.D., C.R.Edouard Tellier, C.R.Bernard Bourdon, C.R.Henri Beaulieu, LL.B.André Montpetit, LL.L.Paul Beaulieu, LL.L.6Û6 CA5 harbour 0165016601670168 MONTRÉAL Adresse Télégraphique: "EMERICUS" CHAMBRE 810 Édifice Montreal Trust 511 Place d'Armes Les personnes qui désirent rencontrer les directeurs peuvent communiquer d'avance, soit par lettre, soit par téléphone, avec Paul Beaulieu aux bureaux de la revue ou avec le rédacteur en chef, Claude Hurtubise, à 340, ave Kensington, Westmount, Fltzroy 8658.L'abonnement d'un dollar (à 10 cahiers) est payable par mandat ou par chèque au pair à Montréal aux bureaux de la revue, 36, avenue Roskildc, Outremont.Téléphone: CA.7562.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.