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Titre :
La relève
Éditeur :
  • [Montréal :La relève],1934-1941
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
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La relève, 1938-04, Collections de BAnQ.

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LU X ewe CAHIERS PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET DE PAUL BEAULIEU # Réflexions sur l'"Echange" 97 PAUL BEAULIEU 101 DANIEL ROPS Lettre de France Illuminations et sécheresses 111 JEAN LE MOYNE .118 Dialogue sur la médecine JEAN-MARIE PARENT Chroniques Seuls — France, espoir du monde.15 cents 4e cahier, 4e série AVRIL 1938 ai (ANAPA *JrUST 0ÉNÉRAL DU CONSEIL D’ADMINISTRATION M.le sénateur J.M.Wilson, president M.le sénateur D.-O.L’Espérance, vice-president M.Beaudry Leman, vice-president Messieurs Hon.Jacob Nicol, c.r.Alfred-H.Paradis Hon.J.-E.Perrault, c.r.Donat Raymond, sénateur Léo G.Ryan Hon.Geo.-A.Simard C.-E.Taschereau Arthur Terroux L.-J.-Adjutor Amyot Joseph Beaubien L.-E.Beaulieu, c.r.J.-T.Donohue Sir Georges Garncau Mendoza Langlois Charles Laurendeau, c.r.René Morin Rene Morin, directeur-général Louis Trotticr, trésorier Jean Casgrain, secrétaire Capital verse, $ 1,105,000.00 Bien en régie, $72,000,000.00 .EXECUTEUR TESTAMENTAIRE — ADMINISTRATEUR FIDUCIAIRE — AGENT FINANCIER.1 12, rue St-Jacques ouest MONTREAL 71, rue St-Pierre QUEBEC ?mit LA RELÈVE rédacteur en chef : CLAUDE HURTUBISE 36, avenue Roskilde, Outremont, Montréal 4e cahier 4e série Réflexions sur“rEcîianûe” La représentation d’un drame de Paul Claudel constitue un événement artistique trop important pour qu'on le laisse inaperçu.La rareté d'un tel spectacle en augmente l’intcnsitc, notre attention y étant davantage fixée.Aussi les fervents de l'Art dramatique apprirent-ils avec un contentement réel que les Pitoeff risquaient l'aventure de monter l'Échange.Non seulement les admirateurs du théâtre si aigu et si poignant de Claudel, mais tous ceux qui désirent que la scène résiste à la poussée funeste d'un cinéma facile, doivent à ces artistes incomparables une forte joie et une profonde reconnaissance pour n'avoir pas craint d'offrir au public un spectacle lourd d’enseignements.Ils auront beaucoup contribué à détruire cette légende qui cherche à réduire les œuvres du dramaturge chrétien en un théâtre de lecture, c'est-à-dire en un théâtre qui ne peut subsister que par et pour le lecteur, et non pas être joué par des artistes qui vivent des personnages réels et les projetent hors des cadres restreints d'un certain nombre de feuilles imprimées.Maints critiques ont jugé Y Echange comme étant un des drames les plus parfaits de Claudel.Ln effet quatre personnages se rencontrant sur une plage d'Amérique suffisent à créer un climat dramatique, et l'action atteint son dénouement entre le lever et le coucher du soleil.Le moindre incident a été prévu et voulu: cette vision d’immensité suggérée par le voisinage continu de la mer, de même que cette plénitude contrainte entre un temps si restreint précipitent le drame, suscitent un terme irrémédiable.' . LA RELÈVE 98 Bien que l'écrivain, dès ses premières œuvres, se révèle maître de son métier, l'intérêt qui nous tient en haleine dépasse largement celui d'une réussite technique.Composé en 1S93, peu d’années après sa conversion et au moment d'un autre événement décisif de la vie du poète, le début d'une carrière diplomatique qui signifiait l'éloignement de la patrie et la brisure des liens qui l'attachaient solidement à un ensemble charnel, ce drame exprime un combat intérieur.La libération provoquée par un jet aveuglant de Lumière divine et cette rencontre avec un peuple neuf qui cherchait à modeler un continent, lui clament la difficulté de coordonner les divers éléments constitutifs du monde et le rendent impatient d'y apporter un remède.Déjà par l'intermédiaire de son héros, Louis Laine, il rêve de prêcher la théorie salvatrice, théorie plus tard approfondie et précisée dans Connaissance de l'Est et Art poétique; rencontre du poète avec les réalités de la terre.L'Échange nous transporte en Amérique, non dans cette Amérique facile d'aujourd'hui, mais dans cette Amérique puritaine, rude, dans laquelle la nature même force l'homme à se dépasser, ou l'écrase sans pitié.Une nature sauvage, à la grandeur des tâches gigantesques, pèse lourdement sur une humanité nouvelle, s'associant à la formation d'un nouveau type humain.Le titre fixe l'intention de l'auteur.Il s'agit réellement d’un échange, d'un don réciproque; chaque personnage joue son jeu ouvertement et retient ce qui peut l'enrichir.Claudel lui-même a profité de ce jeu; les nombreux pays où le hasard d'une carrière diplomatique le conduisit, furent autant de chantiers qui lui fournirent des matériaux; en retour, à combien n'a-t-il pas révélé un aspect de la vérité, aidé à la prise de conscience et à l'éclosion d'une attitude intégralement chrétienne ?Il faut cependant se rappeler après quels événements Claudel a abordé l’Amérique.Le saisissement qui s'empare de l'homme généreux devant une manifestation créatrice de - ¦ RÉFLEXIONS SUR "l'ÉCHANGE" 99 l'activité humaine se transforme facilement en déséquilibre, alors que cette vision aurait dû signifier une invitation à participer à 1 œuvre.Nul doute que le jeune diplomate ait reçu un choc brutal à la rencontre des habitudes et des américaines; cependant il a tôt fait d'en comprendre le et d'en extraire le bon pour le faire fructifier.mœurs sens Louis Laine présente à la femme, qu'il a ramenée d'Europe, le mirage d'une liberté que rien n'altère; il fait briller devant ses yeux la vision d'une libération de tout joug, libération à laquelle aspire tout être qui tend à un épanouissement harmonieux.Au fond le mal qui ronge Louis Laine est le même qui, depuis toujours, dévore l'homme: se libérer pour se quérir.Son épouse, Marthe, apporte un élément obscur, discret; elle nourrit en elle "la passion de servir", de se donner, unique liberté totale parce qu'elle est la route vers l'affranchissement spirituel.Tandis que Louis Laine croit devenir son maître en abandonnant certaines exigences spirituelles, il n'aperçoit pas, possédé par son désir, les liens multiples qui le paralysent et annulent l'efficacité de son effort.Tout attentive à la voix intérieure, Marthe entend les paroles qui lui enseignent que la vraie réalité demeure de l’ordre de l'âme.L’homme n'est pas une créature isolée, il appartient à une communauté et lui doit des obligations.Le groupe humain forme une caravane; chaque membre répond de son salut et doit s'efforcer de mériter celui de l'ensemble.Cette exigence communautaire, Marthe la porte dans son cœur, mais son mari s'éloigne, et les battements ne parviennent plus à ses oreilles.con- Léchy Elbernon m'apparaît ne pas posséder une existence propre; elle est plutôt ce personnage dont le rôle consiste à accentuer les traits du personnage principal.Toutes les tentations et les différents arguments qu elle propose à Louis Laine sont déjà en lui; la seule présence de l'actrice le force à se révéler en entier.Dès qu'il sera lui-même, il l'abandonnera pour suivre sa voie.Cette même puissance le tuera ¦ LA RELÈVE 100 et non pas le chasseur vénal, complice de la vengeance de Lichy Llbcmon ; Laine supporte les conséquences extrêmes de son aveuglement.Thomas Pollock Nageoire.Claudel attache une grande importance à cet homme d'affaires.Cette sympathie résulte de son caractère entier, tout d'une pièce, propice à un retournement brusque du côté de la Vérité.Car, malgré des apparences qui permettent de le croire très attaché aux choses terrestres, à ses biens, il demeure disponible, presque indifférent.La poursuite de la richesse le rend tenace parce qu'il juge que le bien y est attaché.Ce qu'il désire en achetant la femme de Louis Laine, c'est une valeur toute spirituelle.Il veut partager avec elle le secret qui lui apportait le calme et une forte certitude.A l'annonce de l'incendie de sa maison qui renferme tous scs biens, il ne se révolte pas et préfère rester avec Marthe plutôt que d'aller gémir sur sa ruine.La présence de cette femme également frappée par le malheur lui donne la paix tant cherchée; il lui suffit de sentir sa main dans celle de Marthe pour affronter la vie dans la droite direction.Claudel n'a pas craint d écrire au sujet de Thomas Pollock Nageoire: "Peut-être après tout est-il un de ces publicains dont il est écrit qu’ils nous précéderont dans le royaume de Dieu".Ce drame possède un intérêt saisissant pour les peuples d'Amérique parce qu'ils sont partie à la lutte.Le conflit dépasse le destin de quatre personnages, il engage deux civilisations.Les mêmes aspirations, les mêmes revendications s'étendent dans le domaine universel.Deux conceptions de la vie s'affrontent, l'une spirituelle, apanage du Vieux-Monde, l'autre, matérielle, bouleverse les Nouveaux Pays.L'une et l'autre cherchent à devenir elles-mêmes, à se débarrasser des contraintes qui nuisent à leur intégrité.Tandis que la conception matérialiste réclame la liberté sans en accepter les devoirs, 1 autre consciente que la vraie liberté réside dans un équilibre entre des droits et des devoirs, respecte cette unité essentielle. 101 LETTRE DE FRANCE Ces pages sont également une invitation à conserver ce qui nourrit notre culture, cet ensemble de traditions et d'attaches qui nous portent à réagir d'une façon déterminée devant les événements, à accorder de l'importance à certaines valeurs et à en négliger d'autres.Si le Canada français ne peut prétendre au monopole du christianisme en Amérique, il lui incombe en une large mesure de rayonner la Vérité, parce que son catholicisme, malgré un amoindrissement de ferveur, demeure libre et entier.Claudel nous exhorte à demeurer fidèle à cette source de vie qui a formé la grandeur de l'être humain, car de même que Louis Laine court à une mort certaine en abandonnant son épouse, notre entité subira une atteinte mortelle en désertant l'enseignement du Christ.Paul BEAULIEU NOTE.— "L'Échange" a été joue pour la deuxième fois, à Paris, vers le milieu du mois de novembre 1937.Lettre de f raeice Mars 1938 L'observateur impartial qui considère la France (même si, placé à l'intérieur d'elle, il a les meilleures raisons de se désespérer de cette constatation), est bien obligé de constater qu elle a l'apparence d’un pays où de multiples choses s effritent et où, par contre, peu donnent b impression de grandir et de s'affirmer.C'est là un fait qui pourrait appeler des considérations pessimistes et qui, d ailleurs, en suscite; n'a-t-on pas entendu un homme politique français déclarer qu'il fallait adopter une position confortable de repli et de médiocrité, où, ne gênant personne, la France pourrait survivre à la façon d'une Belgique ou d un Luxembourg ?C est mal connaître, semble-t-il, l'état d’esprit des voisins de la France qui seront d autant plus enclins à être exigeants à son endroit CH AMP AGN Al "ECOLE NORMALE m LA RELÈVE 102 qu’elle sera plus décidée à démissionner; c'est surtout mal connaître le vrai sens du destin de la France, qui, au contraire ne vit réellement que lorsqu’elle s'affirme créatrice, qu elle assume toutes ses responsabilités.Au reste, l'opinion française a accueilli de telles déclarations avec une hostilité si évidente que cela même est un signe.Mais il ne saurait être question de nier que la France traverse une crise.Pour l’étranger elle se manifeste sans doute surtout dans la fragilité politique et l'instabilité sociale; c'est un point sur lequel nous reviendrons.Pour les Français clairvoyants le plus grave de cette crise tient dans un certain affadissement, un certain relâchement des énergies vitales qui paralyse le travail, gêne la production, donne à chacun l'impression qu'il n'a aucune responsabilité à l'égard de la collectivité.La double erreur des bourgeois qui, pendant des années, n'ont pas voulu comprendre ce que signifiaient les légitimes demandes des classes populaires, puis des chefs socialistes qui, en mettant l'accent sur les seules revendications, sans souligner, en contre-partie, certaines obligations, cette double erreur a eu pour résultat que l'ouvrier français, — et cela gagne de proche en proche,— laisse faiblir en lui l'exigence du labeur.Il ne faut cependant pas exagérer et considérer toute la France comme un pays de fainéants; on constate même, à l'heure actuelle, une grande et presque unanime lassitude de la paresse; les vieilles traditions, les fidélités ancestrales reprennent le dessus.Il suffirait de peu de chose pour déclencher un choc psychologique inverse, relancer le volant, rendre à ce pays une volonté d'énergie dont, au fond, il garde la nostalgie.Mais ce choc dépend dans une large mesure de la politique.Pour que les querelles s'apaisent dans le pays, il faut qu elles cessent parmi les hommes du pouvoir.Nous sommes assurément très loin de l'état d'esprit de violence exaspérée que nous avons connu aux jours de juin 1936; bien des passions sont calmées.Mais ce n'est pas encore dans une unanimité créatrice, c'est dans un échec universel.Il est frappant de constater que tous les partis politiques donnent l'impression d'un effondrement.La gauche et la _ 103 LETTRE DE FRANCE droite sont, différemment, mais aussi gravement, entraînées dans une terrible désagrégation.La formation du "Front populaire" ne tient plus debout (pour combien de temps ?) que par la force des alliances électorales.Quant à la droite, son effondrement ne fait de doute pour personne, encore moins pour elle.Il faut cependant examiner de près les symptômes et les raisons de cette désagrégation.A gauche, si la formation victorieuse s'est déchirée c'est qu'elle reposait uniquement sur des notions politiques, qu'elle défendait bien plus des slogans habilement utilisés que des réalités humaines profondes.Il y avait cependant des idéaux nobles dans cette “mystique de gauche" qui a soulevé bien des enthousiasmes; un certain sens de la justice sociale, un certain amour de la liberté; et surtout une opposition instinctive à tout ce qui, dans d'autres pays brime l'homme.Lit c'est précisément dans le sens de ces mêmes aspirations que se produit la rupture du Front populaire: le communisme a perdu en dix-huit mois, la moitié de sa force.En même temps s’opère un retour significatif à une conception réaliste des choses, qui tend à convaincre les Français qu’entre les idéologies et les réalisations il existe une certaine marge ?L'opposition qui s'organise contre les vrais éléments syndicalistes et les partis qui prétendent utiliser le mouvement syndical à des fins politiques est, tout particulièrement caractéristique.Un état d'esprit se manifeste qui montre, dans la France réelle, une grande réserve de forces intactes prêtes à s'utiliser.La crise de la droite n'est pas moins significative.Deux grands faits en ont souligné la décomposition: la condamnation de Y Action française par le comte de Paris, fils du prétendant; les attaques déclenchées contre le Parti Social Français et son chef.De ces deux épisodes dégageons le sens.Le comte de Paris se désolidarise de Y Action française parce qu'il estime que le nationalisme excessif ne correspond pas à la tradition véritable de la France, parce qu'il pense que la politique n’est pas une fin en soi ("Politique d’abord"), mais un moyen, parce qu’il s'oppose à l'étatisme sous-entendu dans le Maurrassisme, parce qu'il proclame que "la substance LA RELÈVE 104 du bonheur du peuple réside dans l'épanouissement spirituel, moral et matériel de la personne humaine".Cette rupture a donc valeur d'affirmation et de promesse.Si l'on considère, par ailleurs, les attaques qui ont été déclenchées contre le colonel de La Rocque, et surtout si l'on veut bien les rapprocher des événements confus, où le bizarre se mêle à l'odieux, qu'on range sous la rubrique de "complot du C.S.A.R " on est bien obligé de faire une remarque.Ceux-là mêmes qui ont préparé un complot, qui serait ridicule s’il n'avait entraîné des morts, ont attaqué le P S.F.précisément parce qu'il se refusait à user de la violence et à organiser l'insurrection.Il est donc bien vrai que ccs procès, ces campagnes de diffamation ont bouleversé gravement l'équilibre dans tout ce qui n'est pas “Front populaire", mais ce bouleversement aussi a valeur de signe: il montre que certaines prudences et un certain idéal moral ne sont point abandonnés de tous les Français.Mais ces vertus dont nous savons bien que les Français, à quelque parti qu'ils appartiennent, sont encore riches, il est peu probable qu elles puissent retrouver leur efficacité à la faveur d'une simple combinaison politique.Un ministère d'union nationale peut être nécessaire au point de vue financier et militaire, il ne pourra pas réaliser cet accord profond, proprement spirituel, qui permet à une nation de retrouver le sens de son destin.C’est par delà le politique que faction véritable se situe.C'est à dégager le sens d'une doctrine créatrice, enracinée dans les fidélités françaises et, en même temps, prenant audacieusement barre sur l’avenir, qu'on revient toujours comme à une obligation fondamentale.C'est ce qui explique que les catholiques apparaissent, de plus en plus en France, comme le seul noyau capable de travailler, en face des marxistes, à cette création.Les signes de convergence de tant de volontés chrétiennes vers ce but unique ne manquent pas; l'embarras n'est que de choisir.Plusieurs grandes figures du catholicisme français ont eu, 13 I ¦¦Minfin LETTRE DE FRANCE 105 temps derniers, 1 occasion d exprimer leur opinion les plus graves problèmes et l'ont tous fait avec un sens des vrais problèmes et des véritables réalités qui a frappé tous les témoins intelligents, quelles que fussent leurs opinions par ailleurs.lout se passe comme si, en un moment où les partis politiques qui font du tapage au Parlement, avaient perdu le sens de la véritable mission de la b rance, se laissant acculer, dans tous les domaines à une abdication sans cesse renouvelée, c'était la France chrétienne qui s'assignât le devoir de relayer la Prance officielle, de formuler les paroles nécessaires.On a entendu, par exemple S.E.le cardinal Verdier, archevêque de Paris, prononcer le 10 décembre 1937, une conférence remarquable, où il situait les affirmations chrétiennes en face des principes qui sont ceux de l'État français.Il trait comment, si dans les fameux articles de la Déclaration des Droits de l'homme, il y a certaines inflexions inacceptables, bien des données y reposent sur une conception valable de 1 homme, une conception chrétienne, chrétienne sans le savoir.Le catholicisme, bien loin d'être l'adversaire des "Droits de l'homme", en est le véritable défenseur, parce qu'il entend l'homme dans une acception infiniment plus large que ceux qui ne voient en lui qu'un citoyen ou un producteur.En somme, ce que depuis bien des années des groupes de j écrivains ont affirmé avec une force qui, au début, a pu passer pour insolente, c'est-à-dire que la personne humaine vaut par delà toutes nécessités, par delà toutes contingences, nous avons la joie, aujourd'hui, d'entendre les Princes de 1 Église affirmer (ce que nous avons toujours pensé) que c est là la vraie doctrine chrétienne.L'Église, dit le cardinal Verdier, “place la personne humaine au sommet de l'ordre politique.Nous sommes loin, avec un tel enseignement de cet état social où l'individu est absorbé par la collectivité, où il n est qu'un rouage de l'immense machine qui est l'État." Cette affirmation de la personne humaine en face des monstres de l'État, de la Race, de la Masse, c'est elle tant de peuples attendent de la France.Qu'elle naisse en quelque sorte spontanément, de la pleine terre chrétienne, voilà ces sur mon- eunes que , LA RELÈVE 106 qui nous touche et qui nous réconforte.C'est dans le sens d'une telle affirmation qu'il faut entendre le titre de ce numéro spécial si important que l'hebdomadaire Temps présent a publié le 25 février 1938: “France, espoir du Monde '.Qui le lit ne peut manquer d'être frappé par l'extraordinaire unité de ton qui le caractérise.Venus cependant des points les plus divers de l'horizon politique, mais unis par le lien fondamental qui les fait chrétiens, les collaborateurs de ce numéro ont tous, à travers des thèmes divers, dégagé la même notion, ils ont retrouvé et mis en évidence ce sens de la mission “personnaliste" de la France, dont l'affirmation leur apparaît comme une nécessité.Dans un domaine tout voisin, les RR.PP.Dominicains, qui ont créé une série de conférences sous le titre des Grandes \oix de Chrétienté ont réussi à établir une unanimité tout à fait analogue.Il ne faut pas se faire d'illusion et une telle affirmation rencontre des résistances.Le message des hommes de bonne volonté, dans la mesure où il répète le message même du Christ, apporte toujours avec soi “non la paix, mais l'épée ".Proclamer que la personne humaine est avant toute chose respectable c'est risquer la colère de tous ceux qui sont prêts à la sacrifier aux mythes meurtriers de notre temps.Dire que la meilleure méthode pour faire triompher la vérité, c’est la justice et l'amour, c'est attirer aussitôt sur soi une coalition de violences.Le problème juif, par exemple, qui ne devrait jamais être abordé qu’avec ce triple souci de vérité, de fraternité et de justice, suscite dès l’abord un déchaînement de colères.Ce sont ces amateurs de violence et de haine qui ont fait un accueil de scandale au livre (si l'on peut dire) de M.Céline: Bagatelles pour un massacre.Il me faut cependant reconnaître que je n'ai point, personnellement rencontré de résistances semblables (ou à peine) en publiant dans la collection Présences un cahier collectif sur les Juifs auquel avaient collaboré aussi bien Claudel, Maritain, Schwob, Cattaui, que des Israélites comme André Spire et le colonel Mayer.Même sur un point aussi délicat, on peut se faire entendre en France, au moins de la plus grande partie, en adoptant une attitude pleinement compréhensive et impartiale.¦i 107 LETTRE DE [-RANGE Cette volonté humaine de compréhension demeure, quoi qu'on en dise, la grande chance de la France.Elle n'est “l'espoir du monde " comme le dit peut-être avec trop d'orgueil, Temps présent, que si elle montre un visage suffisamment humain pour que chacun puisse s'y reconnaître.Dans la mesure où un Français trahit ces valeurs profondément humaines, il trahit la France, il la diminue en se diminuant.Et chaque affirmation que nous en donnons (et d'abord par l'exemple) contribue au rayonnement français.De telles affirmations seraient-elles suffisantes ?Pas encore.Il ne suffit pas de poser en principe la grandeur unique de l'homme.Nous savons bien que nous sommes au cœur même de l'option.La civilisation qui naît, en ce moment même, autour de nous parmi tant d'incertitudes et de violence, nous savons bien qu elle peut s'édifier pour l’homme ou contre lui ; la volonté de la conscience libre se manifeste à travers les institutions.Cette tâche proprement créatrice, comment se réalise-t-elle à notre signification de Français et à notre destinée de chrétiens ?Sur le premier point la chose va de soi.L'histoire nous a assez appris que maintes institutions sont nées de la France et ont, ensuite, proliféré sur le monde, pour que nous puissions douter un instant de l'exigence que nous recevons.Si nous ne voulons pas que le monde de demain s'édifie contre tout ce qui paraît faire la valeur de l'homme et être le témoignage même du génie français, il faut qu'à ce travail de création la France se veuille présente.Mais sur le second point, bien des braves gens ignorent qu'une semblable nécessité les attend.Combien se sont longtemps convaincus que, pour être un bon chrétien, il suffisait d'aller à la messe, de donner au denier du culte et d'être bien vu de son curé! Les Encycliques ont fini par arracher les catholiques à leur torpeur, en leur rappelant qu'il y a une responsabilité sociale dont chacun est investi, que le désordre dans la société prend racine dans notre indif- LA RELÈVE 108 férence à l'cgard de la misère et de l'injustice, que l'Evangile et la tradition de l'Église comportent dans l'ordre de la vie des peuples de précises obligations.C’est à une prise de conscience de telles obligations et à un effort pour en tirer des conséquences constructives, que correspond l'ensemble de ce qu’on appelle "l'Action catholique".On sait quel rôle elle assume en France déjà, et de quelle richesse spirituelle elle dispose.Nous avons parlé de la J.O.C.mais ce n'est là qu'un des "mouvements spécialisés" de cette action, un des plus sympathiques et des plus vivants; il en est d’autres et l'on peut dire aujourd’hui qu’il n'est guère de domaine de la société où ne s'accomplisse un effort analogue.Le R.P.Chenu, dans un article remarquable de la \ ie intellectuelle (25 décembre 1937), a excellement montré que les mouvements d’Action catholique n'ont point pour but, en tant que tels, d'inciter leurs membres à la charité, à 1 ascèse, à la piété, mais que leur but immédiat est d'incarner la vie de la grâce dans les milieux sociaux, dans des institutions professionnelles.C'est ainsi, par cette action lentement créatrice que tendra peu à peu à s'instaurer, dans une société en pleine transformation, une chrétienté renouvelée.Faire qu elle naisse le mieux et le plus tôt possible, la France chrétienne ne s’assigne point d'autre mission.Une telle action ne peut se réaliser qu'en dehors de la politique; c'est ce que Son Em.Mgr Gerlier, en prenant possession de son nouveau diocèse de Lyon, a rappelé avec une grande force.Ce dépassement par l'action proprement créatrice, du terrain de la politique partisane, est un des grands faits de la France d'aujourd'hui, celui sans aucun doute qui est le plus riche en promesses d'avenir.Cette action qui fait sans cesse retour aux principes chrétiens, qui en cherche sans relâche le point d'incarnation dans la société où nous vivons, peut déconcerter ceux qui sont habitués à considérer sous l'angle de la-politique: mais elle demeure la seule valable et les échéances de demain lui donneront raison.On a pu mesurer à quel point cette volonté exclusivement chrétienne et la politique était difficile à faire comprendre, al(B ¦ ¦ 109 LETTRE DE FRANCE lorsque revenant de Rome, S.Em.le cardinal Verdier, dans un message retentissant, rapporte l'audience que lui avait accordée S.S.Pie XI.On ne lit pas ces pages sans une profonde émotion.On imagine l'effort héroïque de ce vieillard qui, il le dit lui-même, a obtenu de Dieu, par l'intermédiaire d'une petite Sainte française, un sursis d'appel à mourir, et qui entend user jusqu'à son dernier souille pour rappeler ses (ils à une entière compréhension de leur véritable rôle de chrétiens.Le message portait sur les rapports des catholiques avec les communistes.Ce que disait le Pape était double.D'une part que, sur la doctrine, il est absolument certain qu'aucune transaction est possible : l'opposition du christianisme au communisme athée n'est pas de celles qu’explique une "doctrine politique"; c’est bien autre chose; c'est une conception de la vie et du monde qui est en jeu.Mais si cette leçon était, une fois de plus, affirmée solennellement, une autre leçon était donnée qui, elle, ne s’adressait plus aux communistes.Que si la doctrine chrétienne est intégralement valable, il ne faut pas oublier que sa base essentielle est la charité; et que le chrétien qui l'oublie, même en face d'un ennemi qu'il peut tenir pour aussi dangereux que le communisme, trahit cette doctrine qu'il prétend servir."La charité, la charité, c'est le grand besoin de l'heure présente; on dirait que les hommes ne savent plus s'aimer!" Il n'est pas possible de ne pas entendre ce rappel émouvant comme un avertissement à ceux qui prétendent riposter à la violence par la violence, au mensonge par le mensonge, à l'erreur par une autre erreur.Qu'on ne fasse pas dire au Pape plus qu il n a dit; il n’a pas été question de "saisir la main tendue " et aussitôt d'aboutir à une collaboration avec les communistes.Mais c est 1 attitude même spirituelle qui est en cause, la volonté formelle qui est exprimée de faire du peuple catholique 1 alpha et 1 oméga de toute action, le germe du monde qui naît.Il est permis de penser que la désignation du chanoine Chevrot pour occuper la chaire de Notre-Dame pour le carême qui commence au moment même où j écris ces lignes n a pas moins de signification, et qu elle entre dans une même vue.i il - LA RELÈVE 110 Dans sa première conférence, en ce lieu même où Lacordaire a prononcé en son temps des mots d'une audace semblable, le Curé de Saint-François-Xavier a osé rappeler de profondes vérités.Celle-ci d'abord qu’aux yeux de qui juge d'un point de vue chrétien, les institutions valent non par le seul fait qu elles existent, mais par ce qu elles contiennent de justice et d'humanité ?L'ordre chrétien juge, éternel, l'ordre des institutions.“L'actualité de l’Évangile tient à ce qu'il exprime Vordre éternel.A parler rigoureusement, on ne saurait opposer l'ordre nouveau à l'ordre ancien: il n'existe que l'ordre tout court".Jésus-Christ est le même hier, aujourd'hui, éternellement.Mais parce qu'en fait, il existe un ordre de choses qui a sanctionné, à côté de droits imprescriptibles, des désordres réels, il faut lui substituer une nouvelle organisation sociale, d'où l'on s'efforcera de faire disparaître l'injustice.Ce qui était vrai reste vrai, ce qui est injuste l'a toujours été.Le progrès ne consiste ni à faire table rase du passé, ni à y revenir purement et simplement.Une révolution légitime indique un retour à l'ordre éternel décrété par Dieu, un réajustement des conditions humaines toujours changeantes, à l’ordre de lui-même immuable."Je ne suis pas venu abolir, disait Jésus, mais achever ".Mais le chanoine Chevrot a rappelé aussi que cet effort institutionnel devait s'accompagner d'un effort intérieur et que cet effort est marqué du signe chrétien.“A temps nouveaux, répète-t-on, il faut des hommes nouveaux.” Cette formule n'est pas pour nous déplaire, car Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu sur notre terre promulguer l'avènement de "l’homme nouveau".Rétablissant l'homme dans sa dignité première, Jésus lui annonce que Dieu lui a rendu sa place et sa fonction dans son plan créateur: c'est la bonne nouvelle du règne de Dieu.Cependant il serait vain d'attendre que ce monde nouveau se réalisât tout seul.L'humanité ne sera transformée que si les hommes se réforment un à un, par un effort personnel de rénovation.' . ILLUMINATIONS ET SÉCHERESSES Ill L'Évangile qui contient les lois de ce renouvellement reste donc le message inégalé et seul capable d'opérer le relèvement de notre société.Je ne pense pas qu'on puisse formuler en termes plus justes les deux aspects de l'action qui nous paraît nécessaire et à la réalisation de laquelle nous accordons tous nos espoirs, toute notre ferveur.DANIEL-ROPS Illuminations et sécheresses i Le présent numéro des Études Carmélilaines, dont nous nous proposons de donner à nos lecteurs une vue d'ensemble aussi juste que notre peu de compétence nous le permettra, est composé de la réunion des communications et travaux des “Journées de psychologie religieuse ", tenues au couvent d'Avon-Fontainebleau en juillet 1937.Le thème du congrès était "la critique des phénomènes d'aridité spirituelle dans la perspective des «signes» de S.Jean de la Croix".Ces signes caractérisent la "nuit du sens", c'est-à-dire le passage de la méditation discursive à l'oraison contemplative ou comme dit le saint Docteur: “le pas du sens à l'esprit ".Il s'agit donc bien d’une aridité conditionnant le passage à un plan supérieur".(P.Bruno de J.-M.) Cette aridité mystique ayant des analogués sur des plans inférieurs - mais relevant de l'activité 1 Les Études Carmélilaines, numéro d'octobre 1937.Dcscléc de Brouwer.Revue d'un intérêt et d'une valeur incomparables paraissant deux fois par année.Derniers numéros parus: Douleur et stigmatisation, Foi et "mystiques hvmaines", Humanismes et Humanisme, Amour humain et amour divin 1 Saint Jean de la Croix avait bien pressenti le caractère général de cette loi physiologique à savoir que tout progrès intellectuel ou spirituel (ou simplement personnel) est conditionne par une phase difficile et douloureuse d'aridités et d'obscurités, de désarroi.Nous le citons d'après le P.Louis de la Trinité, p.izü: Ainsi, comme celui qui chemine vers des terres nouvelles, inconnues, emprunte des chemins ni connus ni battus par lui.ni plus ni moins, celui qui se spécialise et progresse dans un métier ou un art avance toujours dans le noir, non par son premier savoir, car s'il ne le laissait derrière jamais il n'en finirait avec lui, ni ne progresserait davantage; ainsi, de la même manière, lorsque l'âme profite davantage elle va par une voie d'obscurité et de non-savoir.£ LA RELÈVE 112 ! propre de l'homme, l'étude des sécheresses préludant à l'inspiration poétique ou l'accompagnant, et l'étude des aridités que traverse l'amour humain, forment-elles comme une introduction naturelle à la discussion du sujet qui occupait le congrès.Des auteurs et critiques bien connus nous livrent leur témoignage au début de ce volume des Études Carmé-litaines.11 semble d'apres le témoignage de Maxence Van der Mccrsch que dans “l'ordre intellectuel le passage d’un plan inférieur à un plan supérieur soit marqué par un temps d'aridité".Il se borne à analyser le processus de l’élaboration d'un livre.L'idée d'un livre, dit-il, lui vient comme au hasard des conversations, des lectures.Il pressent dans cette idée "une matière riche, instructive".Dès lors c'est le stade de la documentation, le temps où l'on couvre de notes des carnets sans rien d'autre que le sujet pour se guider dans le choix.C'est un pur travail, semblable au reportage.Ht vient le moment de mettre de l'ordre dans ce chaos d’idées disparates, instant qui s'accompagne d’une “espèce de crainte et de répugnance".Le travail est comme forcé, mais cette masse informe s'organise et "peu à peu émergent plus distinctement les caractères, les idées, les intrigues".L'idée générale informe déjà le livre en gestation.Le travail est plus facile, mais reste encore une "besogne de fonctionnaire de l'État Civil, d’historien, d'archiviste".Enfin le livre est achevé, l'auteur le possède par cœur, il est tout entier dans les fichiers “à l'état de condensé".Il y manque encore l'expression , la réalisation artistique, ce que M.Van der Mccrsch appelle le Ton.la Sonorité d'un livre.Maintenant l'inspiration doit entrer en jeu.Elle lui vient tout à coup, parfois après de longs et pénibles essais de rédaction, provoquée par une promenade à la campagne, par l'audition d'un morceau de musique; et le livre lui apparaît tel qu'il doit être, comme s'il "l'entendait lire à haute voix".La besogne est facile et attachante; si l'inspiration vient à manquer, l'élément extérieur qui l’avait provoquée la fera revenir immédiatement.Cet "état de sécurité et de certitude" se maintiendra généralement, subissant parfois quelques éclipsés ou diminutions d'intensité, il demeurera iden- . m ¦ ILLUMINATIONS ET SÉCHERESSES m I tique à chaque reprise cependant, et l'auteur note que inspiration lui semble "spéciale pour chaque livre et propre à lui".Il s'agit dans ce cas d'une sorte de germination et d'une floraison.Le livre a d'abord une vie cachée, élémentaire, puis, sous l'influence de l'inspiration, l'auteur le produira, l'élèvera à sa perfection propre.Henri Ghéon nous révèle une tout autre expérience: au lieu d'être en quelque sortes particulière à chacun de ses ouvrages, comme pour Maxence Van der i\ leersch, la sécheresse et l'inspiration se sont trouvées chez lui intimement en rapport avec sa vie, avec son évolution spirituelle et intellectuelle surtout.A vingt ans il se sent une inspiration très riche, une matière poétique abondante et confuse, impatiente de trouver sa forme.Rien ne l'arrête, il ne se préoccupe pas de ses moyens d'expression.Mais l'auto-critique s'éveillera en lui et diminuera l'inspiration.Cette prise de conscience le plonge alors dans l'aridité pour dix ans, pendant lesquels il cherchera péniblement le moyen d'expression qui conviendra à sa nature.Ht d'ailleurs, ce qu'il avait à dire pendant ce temps de “paganisme vague à la fois libertaire et nietzehien", ne le pressait pas assez pour lui faire "bousculer la forme".La guerre, et la foi retrouvée l'ont délivré."Je me recentrai autour de moi-même, de mon moi primitif, permanent, éternel : de ma condition de Français dont la patrie est menacée et bientôt de chrétien autrefois baptisé, communié et confirmé, qui vient de recouvrer par grâce tous les trésors de l'Esprit-Saint".Et M.Ghéon nous dit comme il retrouvera sa spontanéité et son ardeur de vingt ans, désormais “essentiellement spirituelles, nourries de la vérité catholique".C’est une libération par la vérité, de lui-même et des puissances créatrices qui l'habitent.Il ne connaîtra plus l'aridité.L'inspiration lui vient presque en même temps que l'idée d’une pièce qui s'est installée en lui, “à son insu".Quelques réflexions conscientes seulement et la pièce sera écrite le plus souvent d'un jet; il composera toujours dans la joie, sauf sa tragédie: Saint Maurice et l'obéissance.Cette confession de M.Ghéon montre combien l’inspiration est liée à la personne, secrète et mystérieuse comme son ¦ - -I LA RELÈVE 114 elle.Edmond Jaloux le rappellera dès le début de ses subtiles réflexions: l'étude de ce phénomène présente des difficultés presque insurmontables, “parce qu'il se produit dans des circonstances si étranges qu'elles suspendent l'analyse de soi et qu elles échappent par conséquent à l'investigation et à l'approfondissement".En effet, pendant l'inspiration l’artiste agit avec u.c parfaite générosité; il ne commet aucun retour sur soi; il ne s'appartient pas durant la création, et après, l'oeuvre ne lui appartient plus.Il a réalisé ce qu'il voulait sous une impulsion qui a dépassé sa volonté sans la détruire; ce qu'il voyait il l'a connu par une intuition éminemment féconde.1 L'inspiration est une réalité insaisissable: on l'approche, on peut la circonscrire, mettre en évidence comme le fait M.Jaloux, son caractère particulier et rarissime en la séparant de son "résultat", en la jugeant "en dehors de ses conséquences," rien ne l'explique.L’aridité, ajoute-t-il, est inséparable de l'inspiration.Dans ce cas comme dans l'autre, même passivité; la difficulté subsiste.L'auteur rapproche de ces phénomènes la sécheresse au sein de la douleur et du chagrin, par l'exemple de Marcel Proust qui ne ressentit vraiment un profond chagrin d'avoir perdu sa grand'mère qu'un an après la mort de celle-ci, et d'une manière subite, que rien ne laissait prévoir."Rien ne me semble plus proche de l'événement lyrique que cette brusque invasion de la douleur.Rien ne correspond mieux à l’aridité que cette sécheresse de près d'une année à l'égard d'un chagrin ", Remarquons l'analogie entre grâce et inspiration.Dans les deux cas l'activité est passive et pourtant souverainement libre et personnelle: la grâce achève la nature et unit à Dieu ; l'inspiration permet une connaissance interne, quasi expérimentale de la chose et libère dans sa plénitude l'activité créatrice de la personne: il s'agit d’une véritable contemplation.Comme l'aridité mystique, celle dont il est ici question "n’est donc qu'une période intermédiaire, qui nous sépare le 1 Ne peut-on pas appliquer d'une certaine manière, ces versets des psaumes à l'artiste : opera.exquisita in ornnes volunlates ejus: scs oeuvres sont proportionnées ù toutes scs volontés (Ps.CX, i), et : omnia quaccumque voluit, fecit: tout ce qu’il a voulu, il l'a fait (Ps.XC1II, 11) ?. ILLUMINATIONS ET SÉCHERESSES 115 plus souvent d'un progrès, d'un approfondissement de notre don".Ces analogies ont induit plusieurs à méconnaître l'essence de la poésie.Bremond, que cite Baissa Maritain en des pages substantielles qu'il faudrait transcrire tout entières de peur de trahir une pensée si délicate, si amoureuse de son objet, disait "que l’activité poétique est une ébauche naturelle et profane de l'activité mystique.ébauche confuse, maladroite, pleine de trous et de blancs, tant qu enfin le poète ne serait qu'un mystique évanescent ou qu'un mystique manqué ".La poésie “est une essence particulière, reprend Baissa Maritain, un être qui a sa nature propre et ses lois ontologiques".La connaissance obscure, particulière à la poésie ne "touche" pas de la même manière à la source universelle de l'être.“Dans l'expérience mystique " l'objet touché est “l'Abîme incréé, le Dieu sauveur et vivificateur, connu obscurément comme présent et uni à l'âme de celui qui contemple." "La connaissance du Poète" découle "d’une union d'un autre à Dieu créateur " et touche comme objet connu les choses et la réalité du monde plutôt que Dieu même.Les vocations propres du contemplatif et du poète s'apparentant à tel ou tel des attributs divins, leurs oeuvres, quoique puisant à la même source divine, relèvent de types tout différents.La connaissance obscure du contemplatif "tend à surabonder en actes immanents," tandis que l'expérience obscure du poète "tend à fructifier en objet".Enfin, "dans l'ordre de la contemplation mystique, il s'agit avant tout de connaître et d'aimer — de connaître pour aimer," tandis que dans l'ordre poétique une "connaissance de connaturalité.tend à la création d'œuvres belles".1 A cause de sa double essence l'homme est inégal, inconstant, tourmenté par des lois contraires, il réalise difficilement en lui-même 1 harmonie des puissances et la pleine possession de sa personne; par l'esprit il jouit du moyen de se dépasser, et par son animalité il peut descendre au-dessous de lui-même; i Et sit splendor Domini Dei nos/ri super nos et opera manuum nostra- nostrarum dirige: que la splendeur rum dirige super nos: et opus manuum de Yahweh notre Dieu soit sur nous; et dirige pour nous l'œuvre de nos mains (Ps.XC, 17). LA RELÈVE 116 il connaît d'horribles nuits et des jours radieux.L'amour des sexes semble le lieu de toutes les contradictions inhérentes à sa nature, parce que c'est dans l'amour qu'il se cherche le plus ardemment, se révèle, s'épanouit selon toutes ses virtualités instinctives et personnelles.Dans ce drame humain par excellence de l'amour des sexes, se rencontrent aussi des nuits purificatrices préludant à la libération de l’esprit à, pourrions-nous dire, une ordination de la personne selon le plan divin.Ln suivant de près M.Gustave Thibon, dans sa profonde et objective étude, nous essayerons de déterminer les étapes de l'évolution de l'amour.On reconnaît dans le premier amour une authentique recherche de la personne, bien qu'en fait aucune passion ne soit “moins attachée à son objet en tant que personne que l'attrait sexuel." Il crée en l'homme une unité singulièrement forte autour de la personne aimée, il “communique à l'âme une chaleur affective, une vibration lyrique indiciblement profondes;" il "semble jaillir des profondeurs de l'âme, du centre immortel de la personnalité".Mais en réalité, sa source “est surtout nourrie par I instinct et par le moi".Il y a dans le premier amour une impulsion cosmique irrésistible, obéissance de la nature au "multiplicamini" du Créateur bénissant tout ce qui vit.La personne spirituelle est comme fascinée, abusée, dit M.Thibon, et “l'amour risque de n'etre que le prétexte de I instinct".Rappclons-le encore une fois, "il n'est pas fait que de sensible et d'éphémère (comment s'expliquerait alors sa soif d'absolu, sa foi spontanée en une personne élue entre toutes ?) mais il atteint le spirituel et l'éternel qu'au travers et en fonction du sensible et de l'éphémère"."Il imprègne toute la personne humaine, mais son centre de jaillissement réside dans les profondeurs infra-humaines de Vindividualité"’.Le rôle du moi, de l'égoïsme, est prépondérant.Les amants s'aiment eux-mêmes l'un dans l'autre, ils adorent leur propre désir, leur propre exaltation.Que cette concordance (et non communion) vienne à se rompre, que la source du désir se tarisse, l'obscurité les dérobera l'un à l'autre, ils ne se reconnaîtront plus.En fait, ils ne s'étaient jamais réellement connus.L'amour sexuel n'opère pas de "conversion", il ne purifie pas, “sa joie est indépendante de I élévation spirituelle de hindi- \ ILLUMINATIONS ET SÉCHERESSES 117 vidu" et d'ordinaire, exalte l'égoïsme, l'ambition, la susceptibilité, la jalousie.Les moralistes et les romanciers de tous temps ont décrit la crise de l'amour.Elle se résume en la découverte de la réalité de l'aimé qui fait place à "la projection idéalisée de nous-mêmes".L'abondance naturelle s'épuise, l'ardeur sensuelle diminue, la curiosité est satisfaite.L'autre n'a plus rien à nous apprendre, non pas parce que nous avons touché le fond de son âme, mais parce qu'il ne nous reste plus rien, à nous.C’est nous-mêmes que nous avons parcourus dans notre rêve et notre illusion.C'est la mort de l'amour.Ou bien “une symbiose d'égoïsmes, un compromis artificiel entre deux âmes devenues étrangères et fermées l'une à l'autre ", sort commun, indicible ennui dans la médiocrité la plus profonde, de la plupart des ménages.Ou enfin, cette crise sera pour les amants une "nuit " purificatrice et leur amour se transfigurera.La mort de l'amour des moi est alors la naissance de l'amour des âmes.L'âme dans sa pureté va reprendre sa place qu’usurpait le soi.L'amant, au lieu de prendre et de s'approprier férocement, acceptera et se donnera.Il accepte de perdre pour tout retrouver et connaîtra bientôt une communion, une plénitude, une pureté amoureuses infiniment plus hautes et plus profondes que celles rêvées au commencement.Les deux sont morts à eux-mêmes pour vivre l'un dans l’autre.L un pour 1 autre ils sont devenus le "prochain le plus intime .(P.Bruno de J.-M.).M.Thibon insiste longuement sur le fait que cette aridité n'a pas conduit à un amour asexué.Au contraire, elle mène à la plénitude de l'amour des personnes, la sexualité prend sa place, selon l'expression de I auteur, descend pour ainsi dire de l'âme".Après cette descente aux enfers, dans l'ordre purement naturel, l'amour peut-il ressusciter, son ascension est-elle possible ?M.Thibon ne le croit pas.Il faut l'amour de Dieu, le sens chrétien; il faut voir dans “l'être aimé une réalité qui le dépasse".Seule la charité est l'amour, seule "elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout.La charité ne passera jamais" (I Cor.XIII, 7-8).Jean LE MOYNE (à suivre) M La technique au service de la personne humaine Dialcaue sur la médecine 1 "Vous, les scolaires, au fond, ce qui vous ennuie, c'est qu'il y ait des réalités ".Péguy frappe juste.Quand, tout fougueux, il prend parti contre le modernisme de I intelligence et lui porte ses terribles anathèmes, il sait à quel adversaire il s'attaque.Il a découvert le perpétuel embarras des scientistes, qui glacent d'un froid de mort tout ce qu'ils approchent : c’est qu'il y ait une personne humaine.Une personne de chair et d'âme — et dont les exigences et les réalités sont pressantes.Que c'est ennuyeux, ces réalités! II Péguy écrivait: “De la situation faite à l'histoire et à la sociologie dans le monde moderne et sa critique véhémente enfonçait ces remparts artificiels de la Science que Renan et toutes les momies systématisantes de la Sorbonne avaient édifiés.Au nom du même principe — la défense de la réalité charnelle et spirituelle de l'homme — il aurait pu écrire encore : de la situation faite à la médecine dans le monde moderne.Ou mieux, et avec plus de justesse même: de la situation faite à la personne humaine dans le monde moderne.III L'homme ignore l'homme.Cette ignorance lui échappe; et personne ne s'en préoccupe.Cette ignorance est pressentie: et l'on se demande: à quoi bon ?Il y a les philosophes qui scrutent le mystère ontologique de l'être.Certains y ont poussé une pointe aiguë: Gabriel Marcel.» ¦ DIALOGUE SUR LA MÉDECINE 119 Spéculations intellectuelles, concluront le matérialiste tenant de la technique tayloriste et le scientiste féru de raison pure.Pour eux, l'homme est un mécanisme humain quelconque, pareil à n importe quelle machine de 1er et d'acier (ou un prédicat "froid" d'un syllogisme rigoureux).On le démonte, on le répare.O"^"d un organe est "en panne ", on le remplace par une pièce de "rechange".Ce n'est pas plus compliqué que cela.Le mystère ontologique ?Belle chimère! On n'en a pas souci : on le néglige.Partant, on détruit l'homme; et tous les systèmes, les plus admirables comme les mieux construits, restent nuis: ils agissent contre la personne humaine.IV Le docteur Alexis Carrel posa le problème.L'Homme, cet inconnu est le témoignage d'un scientiste sur le mystère insondable de l’être.Son témoignage est puissant, parce qu’il est d'un savant, au fond, plus matérialiste que spirituel.Carrel a su découvrir, et nous les révéler, les réalités char- nelles de l'homme.Plus.Il aperçut aussi ses réalités spirituelles; mais il ne put s'avancer plus avant que pressentir l’existence du problème, projeté dans un domaine supérieur — infini; et qui lui échappe.Le savant avoue son impuissance.Mais Carrel aura le mérite d’avoir dit au monde de la Science: Il y a autre chose, il y a une personne humaine, formée d'un corps et d'une âme, totale et qu'il ne faut pas diviser.Et ce mérite n'est pas le moindre, si l'on songe que c'est là la mission de personnalités prédestinées.V Moïse lui aussi entrevoit la Terre Promise.Il pèche par manque de foi, et, par punition, Dieu ne lui permettra pas d'y pénétrer.Josué continue l'entreprise du "libérateur " des Juifs; il établit la Race élue de Jéhovah dans cette patrie que le Tout-Puissant lui a choisie.Carrel entrevoit, de même, le mystère ontologique que recèle l'homme.Mais il est matérialiste, et son péché est LA RELÈVE 120 contre le spirituel ; le spirituel lui est interdit.D'autres doivent parachever son œuvre: les docteurs Carton, Vincent, Okinczyc, Dumesnil, et, encore ces jours derniers, le docteur René Riot, ancien collaborateur, pendant la guerre, du docteur Alexis Carrel.VI Le docteur Paul Carton 1 nous raconte l'apprentissage qu'il expérimenta de la santé; aussi, la génèsc lente et laborieuse, à tâtons et dans la souffrance, de son naturisme.Il ne crée pas une doctrine nouvelle: c'est Hippocrate qu'il redécouvre, et qu'il complète.Son naturisme est pur.Il opère un grand chambardement, parce que son auteur a vécu l’expérience cruelle de la médecine moderne, et que le seul fait de sa réussite personnelle est un témoignage péremptoire en faveur de ses enseignements.Le docteur Joseph OiciNczvc-situe la Médecine en regard de l’Humanisme.L'homme est composé d'un corps et d'une âme: "à son service, la Médecine, pour demeurer dans l'ordre de sa nature", doit s'inspirer des exigences charnelles et spirituelles, "et rester humaine au sens profond et entier du mot"."C'est à la lumière de cette vérité élémentaire et première (qu’il pose) le problème de la Médecine dans les temps modernes." René Dumesnil 3 ressaisit l'à/ne du médecin, et c'est le problème professionnel de la médecine qu'il envisage.Tu es sacerdos, medicel répète-t-il à tous ses confrères les médecins.Il leur enjoint de prendre conscience de leur vocation d "élection".La profession médicale est un sacerdoce, dont la dignité est égale — à un autre degré, certes, et moins élevé: prêtre des corps — au sacerdoce ecclésiastique.1 L'Apprentissage de la Santé, histoire d'une création et d'une défense doctrinales.Deuxième édition, complétée; à la Revue Naturiste, Brévannes, '937- 2 Humanisme et Médecine, chez Labergerie, Paris, 1937.Cet essai est le premier volume d'une nouvelle collection: Au Service de l'Homme, publiée avec la collaboration d’Olivier Lacombe, Jacques Maritain, Dr Joseph Okinczyc et dont le but est."par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes dont la plup situation d infortune et de misère imméritée' .(Prospectus de lancement).3 L'Ame du médecin, collection Présences, chez Plon, Paris, 1938.art se trouvent dans une I DIALOGUE SUR LA MÉDECINE 121 Le docteur René Biot 1 reprend le problème où l'a laissé le docteur Carrel Plutôt, il le reprend au début et approfondit les "interréactions du physique sur le moral".Cette "double racination" de l'homme qui influe tout son être; et que Péguy a si bien chantée: "Le spirituel est lui-même charnel"," il est couché sans le lit de camp du temporel", écrit-il.Thomas d'Aquin, après Aristote, affirmera: "A la bonne complexion du corps, suit la noblesse de lame.d'où il suit que ceux qui ont le tact délicat sont d'âme plus noble et d'esprit plus perspicace".(cité par le docteur Biot, p.109) Aussi est-il nécessaire qu'il existe une réelle et constante collaboration entre "biologues ou médecins et psychologues ou moralistes".VII Tous ces ouvrages et ces médecins témoignent d'une carence: médecine trop scientifique et aussi trop matérialiste; et, comme corollaire, d'une nécessité: retour à une médecine vraiment humaine qui étudie l'homme total, dans sa "double racination ", et qui se souvienne que I "homme malade est une âme vivante dans un corps souffrant ", et qu elle respecte dans ce corps l'âme qui l'anime.Mais le témoignage le plus puissant sera, sans conteste, celui du docteur Armand Vincent; et qu'il nous apporte dans un essai récent: Vers une Médecine Humaine.2 Les autres ne dressent que le pédigree de la médecine moderne, qui — fait curieux, mais réel — délaisse de plus en plus la personne humaine.Ils envisagent le problème sous des angles souvent différents, mais se complétant assez bien.Tandis que le docteur Vincent pousse la fine pointe de sa critique au cœur même du problème."L'abaissement de la profession médicale, dont la fonction est au plus haut point humaine, est lié à la fois au manque de spiritualité qui sévit sur l'ensemble de notre société et aux Le Corps et l'Ame, collection Présences, deuxième série, chez Plon, Paris 1938.- Vers une Médecine Humaine, collection Esprit, éditions Montaigne Paris, 1937.¦ ¦ LA RELÈVE 122 méfaits d'un régime économique et social qui crée aux hommes des intérêts opposés, au lieu de solliciter leur collaboration à une œuvre commune.Il y a aussi un problème technique très important, auquel le reste est étroitement lié." (p.8: \ ers une Médecine Humaine).Il s’agit, alors, de juger ce qu'il en est de la moralité médicale ; et aussi de la médecine sociale.C'est l'étude de La médecine qui meurt.Mais ce qui donne une extrême importance à son témoignage c’est que, ayant achevé la critique de la médecine moderne, le docteur Vincent jette les assises d'une médecine nouvelle: La médecine qui naît.Une médecine humaine organisée, au service de la personne humaine.(à suivre) Jean-Marie PARENT Clircniemes Seuls(1) Trop de personnages sont seuls, dans ce livre écrit avec passion et talent, pour permettre d'apprécier l'ctendue de leur solitude ou en ressentir l'oppression.L’importance accordée aux personnages secondaires enlève du relief au caractère cependant bien soutenu du héros de ce nouveau roman composé par Mlle Lucie Clément, et publié l’automne dernier.Giovanni Santacroce, victime responsable d'une aventure malheureuse dans une grande ville canadienne, revient seul en Italie après de nombreux échecs, et ayant apporté le désenchantement et la ruine morale aux êtres qui furent mêlés à sa vie capricieuse: Chantal, sa jeune femme, âme naïve et belle, éveillée trop tard aux désirs de l'amour, et qu'il délaisse sans explication, par crainte du blâme qu'il va découvrir dans les yeux aimés; Lino, son fils, devinant le tourment de sa mère et souffrant d’un mystère qu'il comprendra bientôt; Judy, ( ') Roman.Éditions Beauchemin. CHRONIQUES 123 venue des confins du Canada vers l'Europe pour y rejoindre une destinée qui lui sera fatale; Marcello Santacroce, le vieux père, qui adresse une lettre émouvante à sa belle-fille demeurée fidèle, afin de l'appeler auprès de lui et solliciter le pardon de son fils, mort repentant sur le front italien, durant la guerre d'Ethiopie.Mlle Clément s'est surtout appliquée à respecter la réalité psychologique dans des atmosphères si différentes qu elles exigeaient une forte discipline du jugement, en plus de l'imagination ardente qui prime quant au travail de composition.Ce volume pourrait être avec avantage moins ou plus considérable.Les notes de voyage, multiples mais insuffisantes à combler une curiosité naturelle; le rappel de la guerre d'Ethiopie — trop récente pour faire l'objet d'un récit portant les qualités indispensables d'unité et de continuité — supportés par une intrigue, peuvent, semble-t-il, fournir les éléments d'un troisième ouvrage.Il est regrettable, je le crois, que l'auteur n'ait pas mis plus de temps à revoir et modifier cette matière surabondante, qui demandait d'être partagée.Le fait dépouillé, accolé sans lien à l'image abondante et profondément significative, place SEULS sur le plan du roman moderne — qui n'a recours, pour rendre le fait acceptable, ni aux artifices de l'imagination, ni à ceux du décor, et laisse au lecteur le soin d'en dégager une pensée équivoque parce que livrée à une personnalité fantasque — et le rattache, à la fois, au mode ancien, alors que le concret était présenté sous des formes abstraites et que le fait émanait de la pensée.com- Thérèse TARDIF France, espoir du monde Alors que Proust chantait la mort de l'ancienne noblesse de France, à la fois misérable et magnifique, dont les racines portaient jusqu'aux plus grands jours de chevalerie, mais aussi dont les habitudes rappelaient les jours les plus vides du XVIIle siècle, Péguy, lui, chantait la naissance de la nouvelle noblesse de France (l’éternelle noblesse, car ce n'est pas d'hier *1 * LA RELÈVE 124 que ces figures franches illuminent les livres d'heures, mais c'est d'aujourd'hui seulement, à cause du scandale de leur silence, de ce lourd silence avec lequel se fait un pater et un ave, que leur éclat apparaît comme une puissance).Péguy avait retrouvé les voies de l'espérance la plus haute et la plus sûre, qui sont la foi et la charité, dans le livre des humbles, et son chant très pur faisait un livre d'humble, une illumination du catéchisme.Que cette confiance en la France chrétienne ait été raisonnable, il n'en faut pour preuve que la ppstérité de Péguy.Et si pour un regard plus attentif et, disons-le, plus aimant, la France apparaît comme le lieu des expériences les plus fécondes, des expériences d'hommes libres, c'est bien grâce à ce qu'il y a de chrétien en elle.Et si l'espoir du monde est aujourd’hui dans un ordre qui rende au travail de chacun, à l'effort de chacun toute sa portée et toute sa valeur en le reliant à la communauté et qui fasse de ce travail une œuvre libre en laquelle l'homme trouve pour son esprit non pas l'occasion d'une spéculation qui l'enivre, mais un appui réel pour sa méditation, et un horizon toujours plus large pour sa compréhension, nous pouvons dire que l'espoir du monde doit se reporter sur la France : aucun pays n'est moins tenté par la facilité des solutions brutales, aucun n'espère plus en une prise de conscience renouvelée et approfondie, chez aucun autre le catholicisme n'est plus éveillé et plus attentif à instaurer cet ordre humain.Les catholiques de Temps Présent nous en donnent aujourd'hui une forte assurance.1 "La liberté est la plus haute acquisition de la créature, mais elle est trop belle pour ne pas vouloir être orientée vers une utilisation sainte.Ce que la France, aujourd'hui, doit se rappeler, c'est qu'une liberté qui ne se rallie pas aux intérêts spirituels de la personne est une liberté gâchée."[.] "Mais, si la France est appelée à garder jalousement cette prérogative des enfants de Dieu qu'est la liberté, il convient que les quelques enfants de Dieu qui sont Français l'aident à brandir haut ce sceptre qui demeure 1 espoir du monde." Numéro spécial "France, espoir du monde" du 25 février 1938 CHRONIQUES 125 “L'équilibre, cette expression de la liberté, est une des plus précieuses vertus de France.Relever lu France, c'est maintenir l'équilibre européen, l'équilibre humain, des gouffres opposés." (Stanislas Fumet) Cet équilibre, on veut l'obtenir en donnant à la famille, à la paysannerie, à l’ouvrier tous leurs droits; en formant véritable communauté de travail.entre une Cet équilibre suppose l'unité sociale, et tout ce numéro de Temps Présent le signe de 1 unité (dans la diversité des tempéraments et des opinions politiques).Jacques Maritain nous rappelle les conditions de 1 unité; il y faudra la sève du christianisme, il y faudra s attacher au sens réel des mots liberté, justice, fraternité.plus qu'à leur sens idéologique, il y faudra le pluralisme.est sous Mais si nous concevons l'unité dans le personnalisme pour la cité, comment la concevoir en France, à l'heure où elle semble plus divisée que jamais ?Parce qu'étant une personne et ayant une vocation propre, un esprit libre qui ne cherche pas à avoir raison, à se satisfaire, mais à satisfaire à la vérité (voici le vrai "réalisme") trouvera une œuvre commune à accomplir, un témoignage commun à rendre: “la conservation de la nation française demeure, pour quarante millions de personnes, une condition de leur salut temporel et un climat spirituel nécessaire " (P.-H.Simon).Et tous s'entendent pour répéter que cette œuvre commune, expérience de liberté, expérience d'homme, est à son ultime une expérience chrétienne.Il y faut toutes les ressources, car un tel ordre rend plus difficile, mais incomparablement plus enrichissant, I exercice du pouvoir d'homme: il l'oblige plutôt qu'à la destruction, à la transformation de la nature, à l'utilisation de scs forces, il l'oblige aux besoins d’âme, au besoin de compréhension qui suppose un esprit dominant l'instinct et une volonté capable d'aimer, libre de la convoitise animale, de la convoitise qui veut posséder en détruisant et non plus en exhaltant.Un tel ordre ne permet pas l'abandon de sa volonté et de son intelligence à celles d'un chef ou d'une intelligenlia, et ne réserve pas à l'homme que la joie de produire et de con- i -J m LA RELÈVE 126 sommer toujours plus.11 veut, au contraire, que chacun se rende responsable de ses pouvoirs; il suppose que l'on cultive les vertus de probité et de conscience au travail, plutôt que de ferveur aveugle et d'ardeur désespérée ; il demande que l'on appelle à la vie responsable tous les membres d'une communauté (ce qui rend l imité moins facile, mais plus nourrie et seule véritable, car elle ne repose pas sur l'esclavage du grand nombre, mais sur la libération de tous.Ce qui, soit dit en passant, est une preuve d'amour plus grand que le mépris afïiché trop souvent par ceux qui se disent nationalistes).Il suppose que I on a de l'homme et de son histoire une conception chrétienne toujours assurée de réserves de force et de sagesse insoupçonnées: non' un homme n'a jamais définitivement trahi puisque la miséricorde le soutient et puisque la Rédemption le relève de bien plus bas encore qu'on ne l'imagine.Que la vraie noblesse de France soit présente à l'appel — et elle le démontre — suffit à l'espoir du monde, malgré la panique qui se saisit de ses gouvernants.Cette forte affirmation d'un ordre chrétien et d’une vocation française qui n'exclue rien, sans faiblesse dans son attachement à la liberté et à la justice, est pour nous un encouragement, surtout à ces moments de paganisme toujours plus meurtrier et puissant qui, par l'abrutissante rhétorique, tyrannise les consciences.— Nous ne pouvons espérer qu'en un appel fait à chacun, pour une destinée d’homme libre et conscient.Robert EUE Editions populaires Vray 2540, rue Chopleau, Montréal Numéro spécial de Temps présent, "France, espoir du monde".L'exemplaire : 5 cents, port en plus.Manifeste au service du Personnalisme d’Emmanuel Meunier, 40 cents franco.Le Mystère de la Messe, pièce d’Henri Chéon qui sera jouée pendant le Congrès Eucharistique de Québec.La seule édition en vente au Canada.10 cents l’exemplaire. Ministère du Secrétariat de la Province L’INSTRUCTION PUBLIQUE Depuis quelques années, la population tout entière reconnaît l’importance de l’instruction publique.Aucun sacrifice ne paraît trop lourd quand il s’agit d’améliorer le sort de la jeunesse en facilitant à celle-ci l’accès des plus hautes fonctions.Il ne faut rien négliger pour l’éducation de la jeunesse et pour la diffusion de la culture intellectuelle dans notre peuple.C’est par là que le Canada français doit se distinguer.L’acquisition de richesses spirituelles n’est guère moins désirable qu ele progrès matériel.Honorable Albiny PAQUETTE ministre JEAN BRUCHESI, sous-ministre È. L'École des Hautes Études Commerciales Affiliée à l'Université de Montréal Préparant aux carrières supérieures du commerce, de l'industrie et de la finance COURS DU JOUR — COURS DU SOIR Cours par correspondance donnant droit à un certificat d'études pour la ou les matières suivies; ou conduisant: a) à l'admission dans les associations d'experts-comptables (C.A., L I.C., CPA.); aux titres d'aspirant (associate) et d'associé (fellow) de l'association des Banquiers canadiens (A.ou F.C.B.A.).Principales matières : comptabilité, langues anglaise, française, mathématiques financières, algèbre, droit civil et commercial, économie politique, langues étrangères (anglais, espagnol, italien, allemand) d'après la méthode linguaphone.Prospectus envoyés gratuitement sur demande au Directeur 535, avenue Viger, MONTREAL ¦M Beaulieu, Gouin, Tellier, Bourdon &P Beaulieu AVOCATS L.'E.Beaulieu, LL.D., C.R.Léon'Mercier Gouin, LL.D., C.R.Édouard Tcllier, C.R.Bernard Bourdon, C.R.Henri Beaulieu, LL.B.André Montpetit, LL.L.Paul Beaulieu, LL.L.o*o rj*) harbour 0165-0166-0167-0168 MONTRÉAL Adresse Télégraphique: "EMERICUS” CHAMBRE 810 Édifice Montreal Trust 511 Place d'Armes Les personnes qui désirent rencontrer les directeurs peuvent communiquer d'avance, soit par lettre, soit par téléphone, avec Paul Beaulieu aux bureaux de la revue ou avec le rédacteur en chef, Claude Hurtubise, à 340, ave Kensington, Westmount, Fltzroy 8568.L'abonnement d'un dollar (à 10 cahiers) est payable par mandat ou par chèque au pair à Montréal aux bureaux de la revue, 36, avenue Roskilde, Outremont.Téléphone: CA.7562.ÈÜ Ml
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