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Titre :
La relève
Éditeur :
  • [Montréal :La relève],1934-1941
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
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La relève, 1938-05, Collections de BAnQ.

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, IMPRIMERIE POPULAIRE, LIMITÉE 430, rue Notre-Dame Est Montréal * m La Releve \ CAHIERS PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET DE PAUL BEAULIEU © ! EMMANUEL MOUNIER .L'action temporelle des catholiques 129 ROBERT ELIE L'idée de travail 142 JEAN LE MOYNE Illuminations et sécheresses (fin) 148 Chroniques Un Franciscain chez le Grand Khan — “Vie d'Alexandre Pouchkine" — Oeuvres de saint Augustin.5e cahier, 4e série 15 cents MAI 1938 Beaulieu, Gouin, Tellier, Bourdon Beaulieu AVOCATS L.'E.Beaulieu, LL.D., C.R.Léon'Mercier Gouin, LL.D., C.R.Edouard Tellier, C.R.Bernard Bourdon, C.R.Henri Beaulieu, LL.B.André Montpetit, LL.L.Paul Beaulieu, LL.L.CAD harbour 0165-016601670168 MONTRÉAL Adresse Télégraphique: “EMERICUS" CHAMBRE 810 Édifice Montreal Trust 511 Place d'Armes l Ml LA RELEVE rédacteur en chef : CLAUDE HURTUBISE 36, avenue Roskilde, Outremont, Montréal 5e cahier 4e série Action temporelle des catholiques Un appartement exigu, meublé de livres et d'un minimum de chaises et de tables: juste l'essentiel.Au mur, une instruction à l'usage des "volontaires", les amis généreux de leur temps qui viennent mettre au service d'Esprit une heure ou une matinée, afin qu'ils sachent les besognes auxquelles ils peuvent s'employer, depuis le paquetage des revues jusqu'au triage de la correspondance.Vous avez compris la confiante solidarité, le sens de l’équipe avec lequel des jeunes qui paient de leur personne créent d'un effort continu cette revue Esprit qui n est pas seulement, comme beaucoup d'autres, une revue d'idées, mais une action.Revue d avant-garde, c'est-à-dire essayant de comprendre, et, pour sa part, de diriger l'immense mouvement de notre époque, elle groupe des collaborateurs catholiques et non catholiques, d'accord sur la primauté du spirituel et certaines positions techniques en vue d une reconstruction de la cité et d'une vaste œuvre culturelle.Emmanuel Mounier, le jeune directeur de ce jeune mouvement, ancien élève de l’enseignement laïque, agrégé de philosophie depuis 192S, pour se consacrer exclusivement à sa revue, a sacrifié sa situation de professeur.1 Ce texte est extrait d'un volume d'interviews recueillis par Dominique Auvergne auprès de personnalités catholiques telles que Maritain, Claudel, Mauriac, P.Doncceur, Fumet, Schwob, Gheon, etc.Le volume, qui contient un portrait de chacun de ces auteurs, vient de paraître chez Descléc de Brouwer sous le titre de Regards catholiques sur le monde.L LA RELÈVE 130 — Qu'cst-ce qui vous a mené là ?— D'abord d'avoir souffert toute notre jeunesse d'entendre certains désordres sc réclamer des valeurs spirituelles et donner un visage d’hypocrisie aux réalités qui nous sont les plus chères.Cette souffrance à notre vingtième année s'est cristallisée sur un homme : Péguy.J'ai écrit mon premier livre sur sa pensée, il y a dix ans, et j'ai vécu alors, au moment où les vocations se forment, de longs mois dans l'intimité de son œuvre.Oh! je n'essaie pas de l'annexer.Je prétends moins encore le continuer.11 est plus grand que nous.Et puis on ne continue vraiment que ce qu'on a essayé de recréer.Je dois à la vérité de dire que, quand je décidai de fonder Esprit, je ne pensais point à un pastiche ou à une résurrection des Cahiers.J'en étais encore à l'égard de cette influence récente dans cette volonté de recul et d'abstinence qui suit toute forte influence, surtout au lendemain de la publication d'un livre.Ce n’est que depuis, à mesure que notre œuvre avance, que je vois de jour en jour ma dette s'accroître.— (J’entre dans le vif de mon enquête et je demande:) Que pensez-vous de la situation catholique actuelle ?Où conduit-elle le catholicisme ?— Votre question pose deux problèmes distincts: celui du catholicisme comme réalité surnaturellement enracinée, et celui du monde catholique en tant qu'il est engagé dans des situations historiques concrètes.Du premier, ce n'est pas moi, individu, qui ai la clé.Du point de vue du progrès du Royaume de Dieu, je ne peux infailliblement apprécier ni mes propres actions, ni les actions des autres.Nous avons souvent la mauvaise habitude, nous catholiques, de juger à la place de la Providence.Puis-je savoir si ce que Dieu veut précisément du monde catholique actuel est son triomphe temporel dans une chrétienté rénovée ou son martyre dans un monde renégat ?Non.Quelque action que je tente, j'ignore en définitive si elle est dans le sens des desseins de Dieu, fût-elle moralement valable.Moi, catholique, je n'ai pas le droit de dire: "Ce que je fais est dans le sens de la plus grande extension du royaume de Dieu".Mais, ACTION TEMPORELLE DES CATHOLIQUES 131 en tant qu'engagé dans le monde et dans le monde catholique je peux essayer de lire dans sa destinée temporelle, réfléchir sur ses erreurs, sur scs insuffisances, sur les voies historiques qui s'olfrent à lui.Catholique je ne serais pas si je ne pensais que le guide sûr dans ce terrain même est une méditation de l'enseignement de l'Église, depuis le dépôt de foi et son explicitation théologique jusqu'aux avertissements pontificaux.Mais les Encycliques elles-mcmcs ont plusieurs fois proclamé que orientations générales de doctrine ne suffisent pas à la solution de tous les problèmes historiques et techniques concrets qui s offrent à nous.C’est ici qu'individuellement chaque catholique engage des recherches sous sa propre responsabilité et suivant les lois communes de toute recherche.Prenons un exemple: le tragique problème de la coupure entre le catholicisme et le monde ouvrier.Il nous place devant un dilemme d'action: ou bien nous aurons un contact authentique avec ces masses, nous irons là où elles se trouvent et nous semblerons à certains, par une illusion d'optique, nous mêler aux partis marxistes, alors que la rencontre n'est que topographique, si je puis dire: ou nous refuserons de joindre le peuple et renoncerons à une action réelle sur lui: car il n'aime pas ceux qui l'aiment et le protègent de loin, avec des mots, avec des habitudes qu'il ne comprend pas, et qu'il soupçonne.Ce problème n'a pas de solution en "oui " ou en “non".Il ne s'agit pas de dire: “Oui, allons-y, avec n'importe qui" ou bien: "Non! n'y allons pas, ça peut être dangereux, restons chez nous".Mais des catholiques, individuellement, peuvent tenter de dissocier le fait prolétarien du fait marxiste, d'assumer toutes les revendications humaines du prolétariat sans nullement collaborer avec les philosophies et les partis auxquels il fait encore confiance, voire en se dressant contre eux.Or vous voyez bien, si tous les catholiques doivent être unanimes sur la condamnation du marxisme, une tentative comme celle que je viens d'indiquer est une aventure courue, un pari au sens pascalien du mot.Il est cependant pour le chrétien un devoir général d'initiative.Il doit toujours être sous tension de juger et d'agir: ces . LA RELÈVE 132 sinon qui sera le sel de la terre ?On le voit trop "défendre", "conserver".Non, les vieilles choses sont toujours nouvelles! Ut nova sint vetera.Et ce n'est pas une raison, si les nouvelles sont fréquemment indigentes, de les considérer a priori comme diaboliques.Dieu pousse le monde devant soi, comme un pasteur.Nous ne sommes pas faits pour nous abriter derrière Lui.Une autre manière de nous abriter est une sorte de fatalisme qui n’est pas dans la ligne chrétienne.Il consiste à dire: “Bah! occupons-nous de nos petites affaires, le bon Dieu fait les siennes sans nous".C'est ainsi que le monde catholique a perdu tout le domaine du temporel.Il nous faut faire violence à cette passivité d'hommes riches qui croient leur trésor incorruptible et imprenable: nous remettre à Dieu pour le tout, mais agir comme si tout dépendait de notre décision.J'aime à penser, et à répéter que le commandement biblique: "Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front " a été donné à tout l'univers, et même aux catholiques.En matière d'économie, d’art, etc., un chrétien n'a pas de lumières exceptionnelles qui lui fassent découvrir avec certitude et facilité la meilleure solution.Quant il en a, elles sont gratuites, il n'a pas à compter sur elles, mais seulement à se réjouir comme un homme qui est toujours accompagné.J'ai dû vous encombrer de généralités un peu longues peut-être, mais elles sont très importantes pour éclairer votre question.Sans elles on s'expose à tomber dans deux erreurs.Ou bien on dit: "Je ne m'occupe que du surnaturel, du royaume de Dieu; le reste, ça n'a pas d’importance".Cette erreur est d idéalisme, au sens philosophique du terme, d'angélisme, comme dit Maritain.Et ainsi nous avons délaissé le règne de Dieu sur terre et laissé les Fils de la terre s'organiser Ou bien on pense: "Si je fais ceci ou cela, je suis le seul à assurer le vrai destin du royaume de Dieu.Je suis d'Action I-rançaise, démocrate, "socialiste chrétien"; mon parti, ma politique, sont seuls capables d’assurer le salut temporel de la chrétienté ".C’est l'erreur contraire à la première.Je vois un Dieu indulgent à une maison bâtie, par ignorance de Scs plans, hors de Ses plans, non sans tendresse même pour elle, sans nous. 133 ACTION TEMPORELLE DES CATHOLIQUES comme nous en avons pour les maladresses des enfants, si l'architecte a le cœur simple et doute de soi.Mais je le vois sans pitié pour les péremptoires.La vérité est qu'entre le spirituel pur et le temporel pur, qui ne sont guère séparables dans nos affaires courantes que par abstraction, s'étendent des domaines variés et souvent mêlés, ceux des actes à but surnaturel, voire à incidences spirituelles et à moyens temporels.Sur ces buts on est bien d'accord.Sur les moyens c'est autre chose, d'autant que pour beaucoup ces buts derniers ne sont acceptés que par une déférence très lointaine, et dont les moyens qu'ils affectionnent portent bien peu la trace Beaucoup de chrétiens se sont entendus sur les principes, — entendez sur des directions générales comme on en trouve dans les Encycliques, par exemple, — qui sont étonnés et scandalisés ensuite qu'on ne soit plus unanime sur les moyens.C'est qu'ils omettent de voir une coupure qui n'est pas entre un spirituel désincarné et un temporel pur, mais entre le spirituel incarné pur et les jugements techniques ou historiques qui s'introduisent dans la recherche de ces réalisations temporelles.Je prends le cas f d'Esprit, qui n'est pas une revue catholique.Nous avons certain nombre de positions sur des problèmes temporels.Par exemple, nous jugeons que le fait de l'émancipation des masses prolétariennes est un fait capital de l'époque.Cette position, nous ne la croyons pas étrangère à une vision chrétienne de l'histoire: n'est-elle pas un aspect essentiel, une extension à un nombre d'hommes toujours plus grand, du don de Dieu: la personne, et la liberté qui permet de choisir entre le bien et le mal, sans que le choix soit faussé par des gênes exté-Cependant nous ne pouvons faire choix de cette un rieures ?position en tant que catholiques.Car elle comporte un jugement de fait, porté sur l'histoire, un pari sur certaines possibilités que d'autres peuvent juger par nous surestimées.Un chrétien est libre de juger que cette émancipation des masses n'est pas un fait capital, ou n est pas mûre, ou ne sert pas le progrès de la personne.Ce chrétien peut d ailleurs avoir un grand souci des masses prolétariennes, être charitable.Mais AH LA RELÈVE 134 sur une question historique et technique il peut y avoir des positions techniques differentes.De meme sur la question de la paix.Un chrétien peut être partisan de la conservation de la S.D.N., un autre de sa disparition, tout en pensant, d'ailleurs, que l'arbitrage est préférable à la guerre, mais que la société génevoise sous sa forme actuelle n’est pas en mesure d'y procéder d'une manière juste et efficace.Le danger, c'est de quitter le plan de la réalité concrète et, croyant "s'élever" au plan spirituel, s’arrêter dans une sorte de moralisme solennel et dogmatisant, sans morsure sur les choses qui sont dans ce lieu et dans ce temps, sur les hommes réels, mystification qui, pour être une défense contre l'empirisme des politiciens, n'en est pas moins éloignée du réalisme chrétien.11 faut apprendre à beaucoup de catholiques que rien n’est encore fait quand ils ont énoncé une généralité."Le capitalisme en soi n'est pas condamnable".Soit.Mais continuez l'Lncyclique.Lisez cette effarante description du capitalisme actuel.Et travaillez déjà contre des abominations au lieu de vous envelopper dans la bonne conscience d'une formule qui peut-être apaise en vous une inquiétude salutaire."Le salariat n'est pas anathème".Soit.Qu'un homme loue sa force de travail à un autre homme ou à une collectivité qui la rémunère humainement, qu’il ne participe ni aux risques ni aux bénéfices, c’est un système à la rigueur admissible.Mais passons aux faits.Premier fait: les salariés actuels participent aux risques puisqu'ils sont en chômage dès que le travail manque et que leurs salaires sont les premiers révisés en cas de crise.Deuxième fait : ils prennent une vive conscience de la subordination où les met le salariat à l’égard d'un capitalisme qui s'est à leurs yeux déconsidéré par son matérialisme.Pourquoi ne pas tenir compte de ces faits ?Voyez le développement de Rerum Novarum à Quadragesima sur ce problème du salaire: n'est-il pas pour nous un exemple ?Un débat topique à ce sujet est celui que nous entendons souvent mener sur la lutte des classes."Antichrétienne" diton.Bien sûr ! Et qu'on se garde de I exaspérer ! Mais est-ce une raison pour dire: "Il n'y a pas de lutte des classes, c'est une I ACTION TEMPORELLE DES CATHOLIQUES 135 invention du socialisme ?" En fait, il y a un prolétariat constitué, et non pas seulement des situations individuelles.Sa vie n'est pas toujours un enfer, soit.Mais c'est Proudhon je crois qui disait: ce qui fait la souffrance du peuple, ce n est pas tant l'intensité actuelle de ses peines que leur continuité.Une collaboration dans les situations actuelles du capital et du travail est condamnée à l'échec: ici ou là, elle donnera une réussite partielle à ne pas négliger.Mais elle ne peut réussir comme solution d'ensemble parce qu'on ne fonde pas la justice sur l'injustice, la confiance sur un ressentiment dont les raisons profondes ne disparaissent pas.Est-ce à dire que le chrétien doive renoncer à l'idée essentielle pour lui de collaboration et de réconciliation ?Que non pas.Mais, comme précisément il doit tenir à la chose plus qu'à l'idée ou au fantôme d'idée, il lui est permis d'abandonner des essais qu'il sait vains dans des cadres périmés, et de travailler à établir des cadres où la collaboration des hommes ne se heurtera plus à la méfiance du plus grand nombre.J'espère vous avoir donné une idée de la manière dont trop souvent à mon sens les catholiques rappellent les principes sans consentir à envisager sérieusement, sur la matière vivante qui leur est donnée, leurs conditions de réalisation.C.'est le reproche que fait parfois notre génération à une partie des leçons des Semaines Sociales, — pas à toutes, car il y a dans les Semaines une ligne très vivante.Sur des problèmes partiellement techniques, ces assemblées de moralistes tendent des formules générales, et laissent leurs questions suspendues en l'air, embrumées de généralités, dénouées certes: mais le travail de l'intellectuel est-il de dénouer les questions ou de les nouer solidement à l'effort des hommes ?On a l’impression, encore, de déductions magnifiquement équilibrées, parfaitement emboîtées, mais qui ferment le ciel au lieu de l’ouvrir.Je ne fais la leçon à personne.Chaque génération a ses besoins propres, ses difficultés propres: j'essaye de définir les nôtres et dis nos réactions en face de ce que nous transmettent nos aînés.Il existe un danger contraire des formules morales: certains se précipitent à des formules d'application auxquelles U LA RELÈVE 136 ils donnent le caractère de généralité et d'obligation qui n'est dû légitimement qu'aux premières.Car les applications font état de constatations techniques particulières, résultat d'un jugement technique ou historique particulier.Prenons par exemple le débat du corporatisme.Une Encyclique prononce ce mot.Immédiatement des hommes comme Dollfuss, Robles, Salazar, établissent des corporations pensées par eux, dans une idéologie et dans un régime de forces données, et disent: "Voici le régime chrétien ".Alors qu’il s'agit seulement dans chaque cas de l'application d'un terme tiré des Encycliques à des formules techniques particulières qui se relient aux principes chrétiens par des rapports qu'il est permis de trouver discutables, en tout cas nullement universal isablcs.Ce n'est point parce que Quadragesima a conseillé sous le nom de corporation une organisation rationnelle de la profession, sans la définir plus, ce qui n'est pas de sa compétence, que je vais devoir comme catholique donner mon adhésion à tout ce qui se baptise corporatisme, voyons ! Il ne faudrait tout de même pas confondre le sens catholique avec le fétichisme des mots ou avec la mise en vacance du discernement ! — Alors quelle est la solution ?— Dès que les catholiques prennent des positions précises, certains disent (vous savez qui) : "Ce sont des entreprises de division".Mais il est inévitable que les catholiques soient profondément divisés sur ces questions mixtes, car elles ne relèvent pas, dans leur aspect technique, des principes religieux communs à tous les catholiques mais de la compétence et du jugement.Il faudrait voir le problème en face une fois pour toutes.Les chrétiens divisés par l'action temporelle in dubiis ne sont pas pour cela divisés en tant que catholiques.Je crains que certains politiques catholiques, qui ont parfois dénoncé avec violence cette "division ", ne généralisent, si je puis dire, un peu trop vite leurs opinions personnelles en doctrine commune.Les catholiques doivent faire d'autant plus attention à être unis sur le plan spirituel et sur les plans de l'action chré- «n. ACTION TEMPORELLE DES CATHOLIQUES 137 tienne, qu ils sont plus divisés sur les solutions concrètes de l'action temporelle.Qu on cherche de plus en plus à les réunir sur le plan de la vie surnaturelle, de la vie morale et de l’action chrétienne.Puis, qu ils s’égaillent.Vouloir souder une unité entre eux sur le plan des solutions temporelles, politiques, économiques, etc., c est baptiser leur attitude moyenne, et en compromettre le catholicisme qui, hélas!ou heureusement, la transcende au delà de toute mesure.Parlons clair.La moyenne des catholiques français aujourd’hui, hors quelques extrêmes, se tient dans une position disons pour résumer “centre droit ”, faite de plus de peur que de générosité, de plus d’avarice que de lucidité.Je réclame le droit, face aux politiciens de cette politique moyenne, de la juger sans grandeur et sans avenir, et de n être pas suspecté pour cela dans mes sentiments de catholique.— Mais ne dira-t-on pas des catholiques qui s'écartent du gros des troupes qu'ils sont entraînés à des collusions ?— Il y a deux catholiques qui se sont écartés du “gros des troupes" sur le Golgotha: saint Jean et sainte Madeleine.Quelques années plus tard, saint Paul.Et la tradition continue à travers tous les fondateurs d'Ordre.Comprenez-moi bien: un chrétien doit toujours prendre ses modèles au plus haut; il ne me vient nullement à la pensée de comparer une action temporelle aux événements extérieurs à l'Église surnaturelle.Mais qu'on ne fasse pas la confusion en sens inverse: ce n'est pas le gros des troupes, c'est l'unanimité des troupes qui doit marcher derrière l'Église, côté, les uns gambadant, les autres conseillant, les autres se serrant les coudes.Pour le reste, que les hommes catholiques n'en jugent pas avec des yeux de chair.Un homme du centre qui regarde avec effroi vers le communisme, tout ce qu'il classe paresseusement “entre " lui et le communisme lui apparaît projeté sur le communisme.Qu'il se déplace, qu'il se dérange, qu'il vienne sur place, là où on se bat, et il découvrira un monde où ses classifications, à proprement parler, n'ont plus de sem.Les hommes qui viennent maintenant, ont-ils le sens des révolutions nécessaires du point de vue social, ils trouvent les derrière et devant et à î — J _ J LA RELÈVE 138 places prises par les marxistes ; ont-ils le sens de la cité, de sa cohésion, de sa durée, ils trouvent les places prises par les nationalistes.Suffit-il de s'en lamenter ?Il faut batailler pour que les choses reprennent un sens.Je crois, du reste, que dans la réalisation de fins temporelles, il faut nous garder des mouvements proprement catholiques.Les catholiques ont à se comporter, en de pareilles réalisations, en tant qu’etres doués d'une raison et d’une expérience, et ils utilisent leur raison et leur expérience pour chercher une solution avec tous ceux qui acceptent leurs principes fondamentaux de vie.Récemment, dans son bel ouvrage sur YHumanisme intégral, Maritain rappelait que c'est une fausse conception de la pureté qui amène des catholiques à se séparer civilement de ceux qui ne travaillent pas à la pure œuvre chrétienne.Cette séparation, le R.P.Congar rappelait naguère qu'elle nous amène trop souvent à des précautions plutôt qu'à des initiatives.Notre enseignement libre est-il, dans sa pédagogie, toujours conscient de ce mal ?On dit qu’il faut protéger les jeunes gens et les jeunes filles.Et c’est prudence.Mais la plus forte protection rfest-elle pas de rendre les jeunes gens et les jeunes filles capables d'aller au dehors et de se défendre ?On risque sinon de faire des êtres humains diminués, presque châtrés ou bien, s'ils ont quelque'démon en eux, il rompra un jour ces chaînes fragiles.Leur donner dès l'enfance, une attitude de prudence au sens négatif: "Ne va pas là, c'est dangereux", est-ce le meilleur moyen de prévenir ce danger et d’en faire des soldats virils de l'héroïsme chrétien ?— Puisque vous parlez d’école, que pensez-vous de l’avenir de l’école catholique ?— En Belgique, la tension entre l'école libre et l'école laïque est plus violente qu'ici.Notez qu’en Belgique l’école libre n'est pas l'école catholique, mais l’école du parti catholique.Eh bien, nous avons considéré là-bas, une sorte de commission d'études entre des catholiques et des socialistes, appartenant aux deux enseignements.Nous voulions définir ensemble, très franchement, un certain nombre de notions auxquelles se butent les discussions, peut-être élaborer un » 139 ACTION TEMPORELLE DES CATHOLIQUES projet de statut, un traité de paix.Cela a crée une détente.Avant, les socialistes de la commission attribuaient à des raisons de politique cléricale le refus, par les parents catholiques, de mettre leurs enfants à l'école publique.Ils ont compris des choses auxquelles ils n'avaient jamais pensé, par exemple que l’instruction est inséparable de l'éducation et celle-ci d’une métaphysique.— Il faut à cette compréhension beaucoup de bonne foi.— Oui, et cette condition préalable est peut-être la plus difficile à satisfaire.Les préjugés sont pris depuis l'enfance.En maintenant des écoles de métaphysiques diverses il faudrait faire place, sous quelque forme à trouver, à un certain mélange des enfants, qui sans cela risquent de devenir des personnages fermés pour toujours les uns aux autres.En Belgique nous avons envisagé le problème et en poursuivons l'étude.— Le fait d'etre catholique, comme le fait d'etre averti sur tel ou tel point, ouvre les yeux sur des événements qu'on n'eût peut-être pas remarqués, malgré leur importance.— Oui, il a fallu le rappeler à un certain modernisme qui l'oubliait.Mais je me demande si le défaut contraire n'est pas plus courant aujourd'hui.Soyons modestes et prudents quand nous jugeons de l'histoire à la place de D.ieu ou au nom du catholicisme.D'ailleurs, est-ce notre affaire ?Proclamer avec éloquence des harmonies, à tous propos et hors de propos, est-ce là porter témoignage du Christ ?Nous a-t-il prédit l'harmonie, ou le combat ?la considération publique ou la croix ?Faisons plutôt notre tâche, ici et maintenant, sur ce qui nous est prochain à chacun, avec cette attention au réel, à l’histoire, aux conditions d'existence du spirituel qui n'est pas empirisme comme le veulent certains esprits péremptoires, mais attention sacrée aux appels de l'Incarnation.Il faut d'abord nous désolidariser de toutes les compromissions quelles qu elles soient, où nous catholiques avons fourvoyé malgré lui le nom de 1 Église de Dieu.Nous n avons pas pour cela à l'engager dans des compromissions contraires et retentissantes.Faisons distinct ce qui est distinct, puis travaillons modestement.' r LA RELÈVE 140 C'est à nous, laies, à faire entre nous la critique des où nous sommes engages, sans phafisaïsme ; non pas exa- moeurs comme les purs qui vont juger les autres, mais en nous minant nous-mêmes tout entiers, solidaires que nous sommes du monde tout entier.Car dans nos réponses, nos vies, nos manières de penser, nous participons à ces trahisons.Nous sommes clairvoyants plus que d autres, peut-être, mais la cla.rvoyahce n'est pas une vertu, c'est une responsabilité.Puis travaillons à la restauration du sens chrétien.11 y faut des violents.Voyez le dernier Bernanos ; nous ne lui serons jamais assez reconnaissants d'avoir écrit cet admirable Journal d'un curé de campagne, d'avoir fait plus brûlante encore la flamme de sa violence en la purifiant du mépris.11 nous faut de ces flammes-là, aujourd'hui.Le mal terrible d'une grande partie du monde catholique actuel, c'est qu'ils n'ont pas, les malheureux, l'ombre de mauvaise conscience.Ils croient défendre de grands souvenirs quand ils ne défendent que des peurs, de petites peurs de rentiers.Il faut tâcher de restaurer, c'est l’essentiel, une grandeur chrétienne que la peur ne dirige plus.Quand, dans les traductions de textes liturgiques.nos pieux ouvriers seront aussi communément tentés d écrire "fort et violent Jésus" que "doux et aimable Jésus", et qu'ils cesseront de maquiller ces beaux noms nus et solides comme des pierres que nous offre le latin, le signe sera visible que quelque chose est changé.En troisième lieu, il nous faut retrouver le sens de l'Incarnation, ressusciter en tous lieux le christianisme avec tout ce qu'il comporte d'engagé dans l'humain, d'universel, de catholique.Il s'est trop souvent retiré en une sorte de religion très individuelle, très imprégnée de protestantisme et de jansénisme: individuelle, c'est son côté protestant jetant l'anathème sur le monde et le profane, c’est son côté janséniste.C'est la position du petit journal de province: tout l'art moderne vient du diable! En tout il convient d'aller avec prudence, j'aime mieux dire avec humilité.Insistez là-dessus.Il faut que les catholiques partent à l'exploration de ce monde, qu'ils connaissent T ACTION TEMPORELLE DES CATHOLIQUES 141 si mal, avec une grande humilité.On a fait beaucoup de choses en dehors de nous.Il serait extrêmement présomptueux et naïf de dire: "Toutes les lois sociales ont été proposées par des catholiques", parce que, en feuilletant bien, on retrouve telle ou telle proposition de loi sous leur initiative.Le socialisme, le syndicalisme, ont pesé infiniment plus.Et ainsi dans beaucoup d’autres secteurs.Les catholiques, je ne dis pas la doctrine catholique, mais les catholiques sociologiquement et humainement existants dans le monde moderne, ont beaucoup à apprendre, beaucoup à rattraper.Qu'ils ne se hâtent pas de dire: "Ceci est bon, ceci est mauvais".Qu'ils commencent par pénétrer longuement dans le monde.Ile obscure.Il ne faut pas donner des coups de trompette tout le temps.Ça se verra si vous êtes chrétien.Et ne faites pas prendre pour christianisme vos indifférences passées ou vos premières erreurs.J'aimerais bien dire aussi comment nous devons restaurer la gratuité.C’est un élément essentiel au catholicisme: le chant, la danse devant l'arche, l’acte fait par pure louange à Dieu, le tour du saltimbanque devant l'autel de la Vierge.Par suite de l'infiltration janséniste, la morale même a pris une sorte d’allure utilitaire.Elle a été envahie par l'avarice, dans le monde catholique paganisé.Mais l'argent lui-même, on ignore trop qu'en bonne théologie "son usage c'est de le dépenser".Le chrétien n'est jamais en équilibre.Il a toujours un compromis à réaliser entre son christianisme et les conditions que lui fait l’histoire, mais il doit le réaliser de l'intérieur, composer avec le but au lieu de composer avec sa conscience.Il ne s’agit pas de s’accrocher aux anciennes institutions et d'y bloquer des valeurs qui se sont quelque temps réalisées en elles.11 faut aller avec prudence, hardiesse et désintéressement dans un monde nouveau où, en tant qu'homme, nous sommes solidaires de tout, et que, chrétiens, nous devons sauver.(Interview par Dominique AUVERGNE) AD *1 Discussion sur l’idée de travail Dans un récent livre sur le travail, dont il fut rendu compte ici meme, MM.Borne et Henry nous ont donné du point de vue chrétien quelques analyses qui exaltent le travail plus que tous les socialismes et quelques considérations qui purifient des jugements hypocrites (qui cachent mal la paresse de l'esprit et la sécheresse du cœur) des morales courantes dites chrétiennes ou enseignées dans des milieux catholiques.Aucune tâche n'est sûrement plus urgente puisque, ne cessons de l'affirmer, l'espérance en un humanisme intégral ou en une civilisation réellement chrétienne, est étroitement liée à l'hommage à rendre au travail; et d'autant plus que l'histoire n'a montré que du mépris ou de l'indifférence.Nous n’hésiterons jamais à proclamer les grandeurs du monde du travail tellement plus vraies que celles-là, des universités et des collèges, qui voudraient n'attirer notre attention que sur l'expression polie et le moindre mal.Nous affirmerions aussi que le travail se caractérise par une loi de mobilité, ajoutant sans cesse quelque nouveauté à une chose inachevée, et par une générosité métaphysique, le travailleur travaillant pour son ouvrage plutôt que pour soi-même ( Yves Simon ), que le travail n'est pas qu'ascétisme mais aussi production de biens nécessaires quoiqu'insuffisants, qu'il est la forme de la société, sa raison d'etre, sa vie même, que le climat du travail est normalement climat de fraternité, d'humilité, de simplicité et que, s'il y a une peine au travail qui rédime, il y a une joie qui exalte.Et si nous voulons ici critiquer certaines analyses du livre de MM.Borne et Henry, ce n'est aucunement pour réduire l'importance du travail, ni pour discréditer un livre intéressant, mais simplement parce que nous croyons que la meilleure façon de répondre à l'urgence de la vérité est de tenter une mise au clair.En lisant le volume certaines expressions nous ont paru tout-à-fait inacceptables et certaines conclusions, parce que hâtives, ambiguës et dangereuses; il nous a semblé qu’il fallait revenir à l'idée même du travail. l'idéf.de travail 143 Borne et Henry définissent le travail comme "l'effort créateur de biens utiles, c'est-à-dire l'effort qui se met au service d'une oeuvre, elle-même destinée au service de l'humanité, effort personnel par son origine, fraternel par ses fins".“Effort personnel par son origine, fraternel par ses fins", c'est ce qui rend vivifiant le climat du travail et les auteurs ont heureusement insisté sur cet aspect (Cf.Le travail et l'amitié; Travail et ascétisme).Pourtant signalons que cela n est pas de la pure essence" du travail qui est mouvement, activité transitive ayant son achèvement dans fabriquée (P.98), mais cela participe de sa nature concrète enrichie d'harmoniques sociales, morales et spirituelles (P.99).Ne nous arrêtons qu’à l'expression: "effort créateur de biens utiles".En ce sens toute activité transitive intermédiaire une œuvre entre un agent intelligent et une matière extérieure à fabriquer est un travail, et nous l'admettrions volontiers pourvu que l'on distinguât deux genres de travail: l'un qui s'applique uniquement à transformer la nature, à l'utiliser en vue d'un progrès matériel, et un autre qui, à la fois, s'applique à faire épanouir la nature, à collaborer avec elle, poursuivant ainsi et son bien propre et, peut-être inconsciemment, l'achèvement de la nature.Cette distinction semblera artificielle, mais je crois que sans elle nous risquons de confondre une activité qui est plus facilement "effort personnel par son origine et fraternel par ses fins" et une autre qui exige réflexion, une sorte de sublimation à rebours; nous risquons de réduire le travail à une activité transformatrice alors qu'il peut être aussi, qu'il doit même être une connaissance et un amour (je ne pense qu'au rapport entre l'agent et l'objet) ; enfin c'est peut-être alourdir la civilisation de matérialisme de faire de l'ouvrier un travailleur qui n’est capable que de produire plus de matière première ou plus d'énergie alors qu’il doit pouvoir entrer par son travail, un travail qui n'est plus mécanique, en communion avec la création.En somme nous distinguons entre les activités transitives qui sont à la fois des arts, qui se soumettent à la matière tout en la transformant, qui travaillent à ce que l'objet devienne ce qu'il est, à le déclarer, à déterminer mieux, à expri- LA RELÈVE 144 mer mieux en lui l'idée créatrice qui est de Dieu, déjà présente, mais comme cachée, et ces activités qui ne sont que techniques, outil pouvant engendrer l’outil, pouvant satisfaire aux besoins matériels de l’homme, qui s'empare de la nature non pas pour la déclarer, mais bien pour la réduire au rôle d’énergie (sans couleur et sans forme), pour l'utiliserdans cette poursuite de l'hypothèse toujours agrandie, jamais réalisable parce qu'appuyée non pas sur l'être mais sur une détermination qui ne peut jamais, même additionnée à mille autres, faire l'être, l’existant réellement, en somme le vrai, parce que cette détermination demeure parcelle d'être et parcelle qui ne vaut que rattaché au tout dont on la tira, et cela malgré la spéculation la plus ingénieuse.11 nous semble qu’il faut convenir que le travail tel qu'il est dans l'art du médecin ou de l'agriculteur (arts que nous dirions sociaux pour bien montrer qu'ils sont travail et pour les distinguer de l’Art qui est personnel et chant) et le travail qui aboutit aux mécaniques, à ces "corps" de la chimie, ont une signification différente: par l'un la nature reste ce qu'elle est, créature de Dieu, par l'un il nous reste possible de comprendre le monde, de l'accueillir, mais par l'autre la nature n'est plus qu'une énergie, un être de raison, très utile pour nourrir la spéculation sans fin des savants, provoquer des "expériences" toujours plus étonnantes, mais jamais plus absolues et définitives.Cette distinction nous semble loin d'être artificielle, si nous pensons dans les perspectives actuelles; l'humanisme n'a-t-il pas à choisir contre cette formule de Marx toujours répétée : il ne s'agit pas de comprendre le monde, mais de le transformer ?ne s’agit-il pas d'affirmer que si les résultats de l'histoire humaine, cette civilisation et cette cité modernes, sont inacceptables, il s'agit non pas d'avoir foi à la toute-puissance du discours de la raison, d’avoir foi en la réalité de ses constructions autonomes, qu'il s'agit non pas d'imposer au réel des êtres de raison, de ne l'utiliser que comme une énergie sans couleur et sans forme, mais bien d'avoir foi en la puissance d'accueil de la raison, en sa force de reconnaissance, de croire que comprendre c’est beaucoup aimer puisque c'est l'idée de travail 145 consentir à l'objet, c'est accepter son être, espérer de ses investigations, puisque maintenant le "monde" participe de la Rédemption, n'est pas qu'à détruire mais à intégrer, à réintégrer te! qu'en lui-même ?Non! que cette civilisation de demain se recherche dans l'esprit orgueilleux ou inconscient des morales du travail qui en font la réalité suprême et nous retomberons en pleine barbarie.Que l'homme ne pense plus qu’à utiliser, transformer, et nous avons le règne des instincts de guerre, de la convoitise et de l'orgueil.Que l'homme ne cherche plus à comprendre dans et par son travail, que la société ne soit pas aussi bien une source de progrès matériel et une exhaltation de la création et nous nous dirigeons vers les ténèbres du productivisme.Voici maintenant une affirmation de MM.Borne et Henry que nous ne pouvons admettre parce qu'ils n’ont pas distinguer, nous semble-t-il, à l'œuvre pour cet aménagement du monde, des activités qui relèvent de la raison discourante, les activités qui relèvent de l’intelligence (si l'on reprend la distinction entre intelligence et raison, intelligere et ratio-cinari, puissance d'accueil de l’esprit et puissance de raisonner), distinguer aussi d'un progrès d’extension, jamais achevé parce qu’il ne sc fait pas du côté de l'être, un progrès de compréhension."Il conviendra de nous faire, disent les auteurs, une sensibilité neuve en face des paysages d'usine et de banlieue ouvrière, le jour où ils ne seront plus le symbole d'une oppression".Il va sans dire que nous espérons cette délivrance, mais sans attendre une "sensibilité neuve".Une sensibilité à la mesure des inventions humaines, je suppose ! L'invention humaine, toutes les œuvres, les formes qui relèvent de la raison discourante, ne sont pas de véritables créations.Jamais d'une cité du productivisme l'on ne créera une langue aussi belle, aussi humaine (divinement humaine), que celle qui fut créée de la considération de l'œuvre de Dieu.Lorsque l'homme voudra s'exprimer, lorsqu'il s'essaiera à des œuvres d’art, s'il n'a pas recours aux formes de la nature, à ses harmonies, à ses déploiements, son langage sera trop au-dessous de son âme pour qu’il en exprime la plus humble parcelle.Prenez à la LA RELÈVE 146 spéculation scientifique, au génie, à la physique, leurs formules les moins hypothétiques, leurs constatations les plus prouvées, et vous n'arriverez pas à faire une seule phrase poétique, c'est-à-dire une seule phrase qui signifie quelque chose d'absolu, quelque chose de totalement vrai.Cette source ne peut pas être pure puisqu’elle ne naît pas de la considération de l'être, mais d'une détermination arbitraire.La vraie source d'un langage humain, qui nous permette cette possession spirituelle du monde par la connaissance et l'amour, est dans la Création de Dieu, dans cette Invention même si innombrable et admirable qu'un regard attentif ne peut ni s’en lasser, ni l'épuiser.Valéry essaie jusqu'à l'impossible de trouver dans l'esprit humain les sources de la création, dans les constructions spéculatives (qu’il dira autonomes à la suite des idéalistes), les éléments du poème, les éléments de cette phrase qui veut exprimer l'essentiel, et il n arrive qu'à témoigner contre lui-même, car dans cet art où toujours l'on côtoie, sans l'embrasser, le réel, et l'éther sans s'y dissoudre complètement, les moments-sommets qui se situent très haut dans la vie de l'intelligence (le très bel et très pur éclat de certaines de ses formulations), sont justement ceux qui naissent du choc de cet esprit avec le réel, juste avant qu'il s'essaie à se détourner de lui pour vivre de lui-même et juste avant que le réel devienne moments d'une géométrie, avant qu'à la faveur du rythme trouvé à ce moment-sommet, il veuille, en dépensant un trésor d'ingénuité, nous enivrer de spéculation.Les grands poèmes de Valéry sont ceux où le sujet l'obligeait à rester en lutte avec le réel, où il ne lui fut pas permis de briller.Une sensibilité ne se renouvelle et ne crée un langage humain que si, par une attention redoublée, elle puise dans la Création de Dieu, mais non pas si elle puise dans la chétive et irréelle invention humaine.Si nous reprenons la distinction des vieux auteurs, nous dirons que du côté de la perfectio operarxlis, le travail est un secours nécessaire et heureux et que même il prépare l'âme au silence habité de la contemplation, mais cela justement ¦ l'idée de travail 147 parce que son climat est humain, i.e.parce que naturellement le travail-art est exaltant, ou parce qu’un ordre social juste humanise un travail-technique, indifférencié, en soi sans valeur éducative, en appelant à la gestion d une manière plus ou moins prochaine, mais réelle, tous ceux qui concourent au bien de l’entreprise.Nous dirons aussi que du côté de la perfectio operis, tout travail parce qu’il prépare la société et édifie la cité, a une grande valeur, permettant à l’âme de communier, de vivre de sa vie propre qui est surabondante, et au corps de se nourrir, de satisfaire à sa vie menacée, mais que par soi, indépendamment de ces harmoniques sociales, tout travail n’achève pas la nature, ne la divinise pas et n’humanise pas l’homme.Robert ÉL1E Livres reçus à la rédaction Dcsclcc de Brouwer .Numéro d’avril 1938, "L'Esprit et la vie" .Les aventures de Don Bosco .Constantin Léontieff, "Les Iles" Etudes Carmclitaincs Hugo Wast .Nicolas Bcrdiaeff Théodore de Wyzcwa et Guillaume de St-Foix .Mozart, 3 volumes Tcqui Trois leçons sur le travail.“Cours et documents de philosophie” Tves Simon La Cite chrétienne .Pax Christ! .Socialisme juridique et socialisation du Droit .Equilibres lean Caret .Gerard van Bumen Abbe Leclercq Plon ! e corps et l'âme, “Présences’’ Dr René Biot I Illuminations et sécheresses1 (fin) Le P.André de la Croix dans le présent volume des Études Carmélitaines et Jacques Maritain dans Les Degrés du savoir, montrent avec quelle insistance saint-Jean de la Croix liait l'expérience mystique à la nature de la foi: "elle est le seul moyen prochain et proportionné de l'union mystique " (Maritain).C'est par elle que nous comprendrons les stades d’aridité traversés par les saints.La foi est formellement "une adhésion surnaturelle de l'intelligence à la vérité divine obscurément proposée, à raison du témoignage surnaturel de Dieu révélant " (M.Labourdette, O.P., Revue Thomiste, mai-juin 1937).Elle est donc une connaissance dont l'objet est "la Déité même comme crue et formellement révélée".2 Or, nous connaissons par concepts "et donc, en ce qui concerne les choses divines, par l'analogie des réalités créées sur lesquelles est mesurée la manière de signifier de nos concepts.C'est pourquoi la foi, bien qu elle atteigne Dieu selon son intériorité même et sa vie propre, secundum suam propriam quidditatem, ne 1 atteint ainsi qu'à distance et reste une connaissance médiate, énigmatique, comme dit saint Paul en ce sens qu elle use pour cela comme nous le notions plus haut, de moyens formels proportionnés à notre mode naturel de connaître, concepts et formules conceptuelles, notions analogiques ou plutôt suranalogiques ".2 Mais la connaissance de Dieu sous le régime des dons du Saint-Esprit dépasse le mode naturel (conceptuel) de connaître et plus la distance entre Dieu et l'âme diminue "plus la nuit doit grandir"."La foi dans son obscurité atteint Dieu comme restant d'une certaine manière à distance, en tant que la foi est de ce qui n'est pas vn.Mais la charité atteint immédiatement Dieu en lui-même, s'unissant intimement à cela même qui est caché dans la foi".3 La charité est la plénitude de la foi.Il est désormais facile de concevoir pourquoi l'âme éprise 1 Le commencement dons le 4c cahier de la 4c série, avril 1938.* Maritain.1 Jean de St-Thomas cité par Maritain. ILLUMINATIONS ET SÉCHERESSES 149 de Dieu traversera des "nuits" plus ou moins profondes, selon le degré de purification intérieure et la prédestination divine.Arides et obscures nuits à cause du caractère particulier de la connaissance dans la foi nue, nuits douloureuses à 1 excès à cause de la "surabondance de Présence" en une âme non encore entièrement purifiée."Firmabo super te oculos meos:" "je poserai, j'appesantirai sur toi mes yeux" (Ps.XXXI, io).Les souffrances de ces nuits ne peuvent se comparer qu’à celles du purgatoire: elles s'équivalent; et celui qui aura atteint le sommet du Carmel aura traversé le purgatoire.C'est l'œuvre de la Justice en l’âme aimante.Décrivant les signes par lesquels on reconnaîtra qu'une âme a quitté l'oraison discursive pour l'oraison contemplative, S.Jean de la Croix distingue la véritable sécheresse purificatrice des sécheresses causées soit par les imperfections volontaires ou naturelles, "la mélancolie ou quelque autre jeu de l'humeur naturelle du cerveau ou du cœur qui produise dans les sens une certaine suspension".C'est ici qu'interviennent le psychiatre et le médecin, car le diagnostic de l'aridité peut être extrêmement difficile; elle relève parfois de causes purement naturelles, ou encore, d'une concomitance de causes pathologiques et surnaturelles qui conjugueront leurs influences.La difficulté est augmentée du fait que tous n'arriveront pas de la même manière à ce stade.La personnalité tout entière du sujet est engagée et on doit le considérer selon cette perspective.Force nous sera de négliger une des parties les plus intéressantes de ce volume, consacrée à I étude des causes pathologiques de certaines aridités (dépressions, inhibitions, asthénies), pour noter simplement les critères différentiels de 1 aridité stade et de l'aridité symptôme.1 i Les médecins liront avec intérêt les savantes communications des docteurs Jean Lhermite: Étude biologique des états d aridité mystique; René Porah: Remarques d’un biologiste sur la secheressc et l illumination; Julien Rouart : Sécheresse et inhibition au cours de la vie psychique; Charles Grim-bert: L'aridité et certains processus psycho-pathologiques; Rudolf Allers.Aridité symptôme et aridité stade; Laigncl-Lavastine: Concomitance des états pathologiques et des “trois signes". LA RELÈVE 150 Les critères du pathologique sont essentiellement d'ordre négatif: les phénomènes ont un caractère nettement déficitaire; l'âme n'est pas orientée vers Dieu seul; il y a orgueil et fausse humilité; il ne se produit pas d'enrichissement (passage à un plan supérieur, acquisition d'une personnalité plus forte, mieux affirmée) ; enfin à la base de la névrose il faut voir "un conflit métaphysique".(R.Allers) La fréquente concomitance des états pathologiques et des trois signes suggère une collaboration entre le prêtre et le médecin.Collaboration impossible si le médecin — comme c'est, hélas! trop souvent le cas — n'a aucune notion de psychologie religieuse et ne voit dans l'homme qu'une activité relevant uniquement du biologique.Attitude qui constitue crime contre la personne.Les études réunies dans ce volu-indiquent bien la position personnaliste de la médecine et de la psychiatrie chez leurs représentants catholiques.On s'est rendu compte que la "notion de pathologique est essentiellement relative" (Rouart) et qu'on doit tout ramener à la "personnalité totale du sujet".Ceci nous fait espérer que parmi nos médecins on prendra de plus en plus conscience des exigences constantes de la personne humaine et qu'on se rendra compte du danger d’une tendance matérialiste en psychiatrie.11 est criminel, souverainement odieux d’opposer à l'œuvre de Dieu, en une âme, l'imbécile orgueil d'une science rien qu'humaine.un me Dans son article intitulé Sèche et obscure nuit de contemplation, le P.Louis de la Trinité cite la comparaison établie par S.Jean de la Croix entre les commençants qui se sont engagés résolument dans les voies spirituelles et l'enfant que sa mère va bientôt sevrer pour lui donner une nourriture virilisante.Mais ces débutants ne sont pas de ceux qui se contentent de vivre dans les observances de la foi catholique, en accomplissant strictement leurs "devoirs" sans faire une recherche active de la perfection.Ceux-là sont les honnêtes gens dont l'Honnêteté ne figure pas au nombre des Béatitudes.Ils ont enterré à l'abri de la grâce et du risque le talent d or confié par le Maître.Car la foi est pas chose morte comme la morale: elle est d'essence surnaturelle, elle est participation iXf ILLUMINATIONS ET SÉCHERESSES 151 à la vie éternelle; elle doit fructifier en charité.Le débutant sera donc celui qui a opéré en lui une "conversion intentionnelle à la vie parfaite", un renoncement initial aussi entier que le lui permet sa conscience actuelle, un engagement sans réticences.11 se soumettra à une rigoureuse ascèse et vivra dans la présence habituelle de Dieu.Les consolations abondent dès lors en lui, il trouve sa joie dans la pénitence, il est favorisé d'une oraison fervente et aisée ; Dieu le “caresse comme une mère amoureuse fait à son tendre enfançon" et "le nourrit d'un lait savoureux'.L'enfant est tout entier tourné vers sa mère.Selon l'expression de S.Jean de la Croix, le néophyte est revêtu "de la parure de fête et d’allégresse".Bientôt — surtout dans les monastères où les sujets sont protégés du mouvement extérieur — il échangera sa première parure pour celle "de travail, de sécheresse et de délaissement " : la ferveur diminue, la méditation devient pénible, parfois impossible, la prière sans goût, la pénitence accablante, les défauts réapparaissent; l'âme se sent isolée, "l'intelligence se fait obtuse, la volonté souffre d'atonie, des tentations oubliées ou inconnues frôlent l'imagination ".Une telle âme est-elle entrée dans la sèche et obscure nuit ?Il faut pour en être certain que se réalise dans le sujet la présence simultanée des trois signes indiqués par l'auteur de la Montée du Carmel.Les voici: i 0 la méditation devient impossible ; l'imagination reste inerte; 2° ni elle ni les sens ne se fixent sur aucun objet extérieur ou intérieur; j ° enfin l'âme se plaît â se trouver seule avec Dieu en attention affectueuse et sans considération particulière.Nous allons voir avec le P.Louis de la Trinité que ces signes peuvent souvent ne pas être au complet et qu'on est alors en présence de "formes subalternes et accidentelles de l'aridité et non de la véritable nuit de sens.On rencontre d'abord l'aridité due à un état pshycho-pathologique anormal.Cependant il est à noter qu un tel trouble n entrave pas nécessairement un processus ascético-mystique concomitant, il peut le renforcer .Une autre aridité peut être consécutive à l'imperfection morale.Au cours de 1 avancement spirituel la moindre défaillance volontaire, les plus petites fautes délibérées peuvent avoir de graves effets: LA RELÈVE 152 “perte de l’esprit de Dieu" et, "lassitude, tourment, obscurcissement, souillure et affaiblissement".Cette sécheresse due au dérèglement de la volonté peut "se substituer insensiblement à une aridité d'origine divine ou se juxtaposer à elle.D'où l'importance notoire de l'examen moral du sujet".L'imperfection habituelle naturelle, que le Docteur mystique a bien distinguée de l'imperfection habituelle volontaire, peut devenir occasion de mérite si lame y résiste.Enfin, l’ignorance une du sujet qui, arrivé au pas du sens à l'esprit, persisterait dans l’oraison discursive, peut encore être une raison d'accroissement d’aridité.Il arrive souvent qu'un directeur spirituel maladroit en soit une deuxième cause.L'aridité que le P.Louis de la Trinité appelle royale et substantielle requiert dans le sujet des dispositions morales d'une haute élévation.Les expressions employées par Jean de la Croix la décrivant, montrent qu elle affecte la volonté (sécheresse), l'intelligence (ténèbres), la mémoire (vides).Il se joint à cette grande pauvreté intérieure de multiples tentations, des difficultés de toutes sortes, des persécutions, des incompréhensions.Elle atteint une terrible densité, d'où le sentiment "d'écrasement, d'impuissance et finalement de passivité au moins relative".Elle est, de plus, stable, "enveloppant l'être sensible et en paralysant les mouvements".Cette aridité proprement enrichissante ne s'abat pas de la meme manière sur tous, car le Seigneur sait "ce qu'il y a dans l'homme".La personnalité tout entière du sujet est en jeu, son passé, sa culture, son âge, sa force, sa faiblesse.Il y a aussi la prédestination.L'aridité, selon les divisions données par S.Jean de la Croix, sera, propre à la nuit du sens, intense, brève avec ou sans graves tentations, ou progressive ou faible, récurrente et cyclique; postérieure à la nuit du sens et préparatoire à la nuit de l'esprit ou non préparatoire, récurrente et cyclique; elle est susceptible aussi de réapparaître au sein de la Nuit de l’esprit.1 1 Cf.p.22i et pp.226-27, schéma de la Montée du Carmel pour bien situer la nuit du sens par rapport à l'ascension spirituelle. ILLUMINATIONS L I SÉCHERESSES 153 Comme nous l'avons vu plus haut, l'aridité produit un enrichissement de l'âme.Enrichissement moral qui se manifeste par l'augmentation des vertus, une grandissante pureté d'intention.Enrichissement psychologique se manifestant d’abord dans la volonté que les souffrances affermissent et qui demeure indéfectiblement orientée vers Dieu, puis dans l'intelligence: c'est le commencement de la contemplation infuse, c'est-à-dire "connaissance générale, amoureuse et confuse de Dieu".Cette contemplation entretient dans la conscience un souvenir habituel de Dieu et la crainte de ne pas le servir; le sujet éprouve malgré son apparente inactivité au temps de l’oraison, le sentiment d'une réfection intérieure toute nouvelle, insoupçonnée.Le Christ donne sa paix à l'âme.Elle est portée à la solitude, à demeurer en repos avec lui et en lui, ne pouvant ni ne cherchant à s'attacher à quelque objet particulier, ne regardant que lui.Il se développe peu à peu en l'âme une “activité d'amour, faite de désirs angoissés de Dieu, comparable à une soif d'amour extrêmement vive".L'âme s'approche de Dieu; elle participe à un plus haut degré à l'amour qu’il met en elle, jusqu'à ce quelle aime enfin son Dieu, de l'amour même du Saint-Esprit."Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, dit Jésus, je suis la porte: si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé, il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages" (Joan VI, 35; X, 9).1 ________ Jean Le Moyne 1 Nous nous excusons auprès de nos lecteurs de ne pouvoir, faute d espace, inclure dans notre recension les articles d Olivier l^acombc: Sur le Yoga indien; de Louis Massignon: L’aridité spirituelle selon les auteurs musulmans; de Charles Journet: L'aridité dans le protestantisme; de M.Lot-Rorodinc: L'aridité ou "siccitas" dans l'antiquité chrétienne; de M.Olphe-Gaillard, s.j.: La "nuit du sens " d'après le P.de Cloriviire, s.j.Nous nous proposons de revenir plus tard sur ces questions Nous avons dû négliger aussi les communications du P.Bruno de Jcsus-Maric sur une série de témoignages de "l'expérience mystique nocturne .Les membres de la Relève ont eu la joie de rencontrer à plusieurs reprises pendant son séjour à Montréal, M.Cari F.P.Lohle, le directeur du Service Etranger de la grande maison d’éditions catholique, Desclée de Brouwer, qui a tant fait pour la diffusion universelle de la pensée catholique.C’est avec plaisir que nous avons pu parler avec lui des problèmes actuels, des mouvements catholiques en France, en Angleterre, et ailleurs en Europe, de ceux qui les dirigent. BU CHBCNICLIES Un Franciscain chez le Grand Khan Saint François d'Assise qui avait, en plus de sa douceur légendaire, une impétuosité extraordinaire dans l'amour, eût un jour l'idée d’aller évangéliser le Sultan des Turcs et de délivrer le St-Sépulcre.L'idée ne lui était pas plus tôt venue qu'il était prêt à sauter dans le premier bateau pour la Palestine.En 1314, un de ses fils, Odoric de Pordcnone quittait Venise pour aller en Chine.Nous ne savons si c’est avec la même impétuosité, mais c'est avec la meme douce persévérance que notre Franciscain vaincra toutes les difficultés et parviendra jusqu'au Khan de Chine, à Pékin, après avoir traversé la Perse, suivi les côtes des Indes, visité les Iles de Java.Le retour se fera par l'intérieur de l'Asie, le nord du Thibet, jusqu’en Perse de nouveau.Odoric de Pordenonc nous a laissé, de son second voyage seulement, un récit1 rempli d'observations judicieuses sur l'état social des pays de l'Asie, de descriptions des villes,des cours royales, surtout celle du magnifique Khan de Chine dans sa Cité Interdite de Pékin.Ce qui est particulièrement étonnant c'est de constater la merveilleuse organisation politique de l'Asie à ce moment-là, cette Paix Mongole que Gengis-Khan, "le conquérant du monde " et ses descendants faisaient régner.Leur empire s'étendait de la Chine à la Perse et même jusqu'en Hongrie.Une paix si réelle que les voyageurs, commerçants ou missionnaires, pouvaient traverser cet immense empire en toute sécurité.Les empereurs se montraient très favorables au christianisme.Un autre sujet d'étonnement, c'est la vitalité de ce 13e siècle, produisant de grands rois, des saints rois, les plus grands philosophes et théologiens, les cathédrales, mais aussi des 1 Oderic de Pordenone, préface et appendice de René Groussct.Col-Ilcction "Les Beaux Voyages d'autrefois" dirigée par P.Desfontaines et Y.Simon chez Tcqui à Paris. 155 UN FRANCISCAIN CUES LE GRAND KHAN voyageurs qui une vie durant, dans des conditions matérielles très dures, ne cessent de se ballader à travers l'Europe et l'Asie.Marco Polo revenait de la Chine au moment où Odoric entreprenait son 1er voyage, cette fois en Tartarie septentrionale qui comprenait la Russie, le Turkestan et la Mongolie.En 1253, saint Louis avait déjà envoyé un autre Franciscain en ambassade chez le grand Khan.Et enfin, en ce siècle, un élan missionnaire incroyable.Avant Odoric, un autre Franciscain est envoyé à Pékin, par Nicolas IV en 12S9, y construit des églises, devient archevêque en 1307, ayant avec lui 3 suffragants.En 1300, un archevêque à Pékin, cela laisse rêveur et plonge dans l’admiration.La paix mongole eut-elle duré que la pénétration chrétienne eut été plus profonde.Mais, dès 1340, les peuples conquis se révoltent contre la domination mongole, la Chine chasse, avec le conquérant, les blancs qui veulent l'évangéliser Il faudra tout recommencer en 1581 avec le Jésuite Michel Ruggicri.Le livre se termine par le récit dû à René Grousset, de la non moins extraordinaire aventure de deux moines chinois chrétiens du rite nestorien.Ce rite qui avait son centre en Perse s'était répandu en Chine probablement lors des conquêtes mongoles.Raban Çauma et Marcos, les deux moines, partirent en pèlerinage à Jérusalem vers 1280, traversèrent comme Odoric l'intérieur de l'Asie et parvenus en Perse assistèrent à un concile de l'Église nestorienne réuni pour choisir un patriarche.Marcos fut élu.Quelques temps après, le nouveau patriarche délégua son compagnon auprès du Pape et des rois d Occident.Après avoir visité Paris, la France, l’Italie, Raban Çauma fut reçu par le Pape Nicolas IV aux pieds de qui, au nom de l'Église nestorienne, il abjura l'hérésie et se ralliait au Siège de Rome.Par le ministère de deux Chinois que la grâce avait poussé à travers les déserts d’Asie, un schisme prenait fin.Claude FIurtubise y LA RELÈVE 156 "Vie d'Alexandre Pouchkine"(1) Tenter de raconter la vie exubérante d'aventures et intensément pleine, dans sa brièveté, — il meurt à 37 ans! — de Pouchkine; surtout vouloir la condenser en 80 pages : n'est pas une petite affaire.Aussi tout nous porte à être indulgent à l’égard de l'auteur: madame Zinaida Schakhowskoy.Si dans les 05 pages de texte de sa \ ie de Pouchkine elle ne peut que nous rappeler la vie humaine du poète, nous serions bien exigeant de nous attendre à ce qu'elle nous livre, en plus, le drame passionnant de cette âme — génie magnifique et volonté de souffrir — qui incarne si bien la mentalité et l'esprit russes.Mais, à la fin de cette année du centenaire de la mort de Pouchkine — année d'apothéose où il y eut pléthore d'essais consacrés à l'analyse de son œuvre et de son âme — il importait de rappeler, en un court résumé et avec amour, la vie de cet homme.Tel était le but de l'auteur: "Aussi ceci n'est-il tout simplement qu'une histoire brève de sa vie, sorte de croquis dont tout le mérite — s'il y en a — sera d'être écrit avec reconnaissance " (p.g - En guise d'Introduction).Si brève et forcément incomplète qu'elle soit, cette vie de Pouchkine laisse deviner, toutefois, le drame qui tourmenta son âme.C'est le drame même de la Russie.“Pouchkine — manifestation prophétique de l'esprit russe ", note Dostoievsky.2 Tout le long de sa vie, le démon de l'indépendance agite le poète.Il est sans cesse en révolte contre l'autorité: il ne peut que difficilement échapper à tous ces tracas que lui suscite son caractère de mauvais gosse.Aujourd'hui l'U.R.S.S.le vénère comme le grand émancipateur du peuple russe.C’est que Pouchkine, le premier, saisit l'âme russe : il la révèle à la Russie même, dans une langue pure et libérée de toutes les influences étrangères.Il est le créateur de la littérature russe, et il incarne la Russie éternelle."Je suis athée du bonheur " (cité par Z.S., p.63) proclame-t-il, à 30 ans, à la 1 Pur Zinaida Schakhowskoy, collection: Essais et Portraits, Editions de la Cité Chrétienne, à Bruxelles, 1938.1 Cité par Z.S., p.8. "vu: d‘ALEXANDRE POUCHKINE" 157 veille de son mariage, clans une lettre à Mme Ossipova.Et toute sa vie baigne dans une atmosphère de souffrance.Cette meme atmosphère de souffrance — suffocante et d'une grandeur sauvage — qui impressionnait si profondément M.Syl-veire 1 à son voyage en U.R.S.S.,en 1932.Peuple demi-civilisé.Plutôt, peuple dont le heurt des raffinements des civilisations étrangères: française, italienne, ou anglaise, bouleversa la lente évolution, bigarrée.Encore aujourd'hui, c'est une confusion de résignation douloureuse et d'aspiration violente de liberté et de Son âme en devait être pathétiquement solitude.Une âme de Tsar dans un corps de serf! Veuf de tout amour familial, nature sensible et hautaine, rêve d'indépendance et fatalisme de la douleur, Pouchkine réalisait parfaitement l'esprit russe.C'est jusque dans sa toute chrétienne et paisible, qu il s identifia a 1 âme de mort, sa patrie.Jean-Marie Parent Oeuvres de saint Augustin Continuant la publication des Oeuvres de saint Augustin, collection que nous avons naguère présentée a nos lecteurs, la Desclée de Brouwer a dernièrement livré au public le maison second volume de la 1ère série réservée aux opuscules.A part les deux derniers traités, La patience, l'utilité du les autres sont des œuvres jeûne, qui sont de simples sermons, de circonstances et des réponses à des consultations, écrite dira M.Combes, tandis que saint Augustin travaillait nous à ses grands ouvrages, tout absorbé qu i! était par 1 immense besogne de son épiscopat.On reste vraiment confondu d admiration devant un si grand zèle apostolique.Augustin faisait les fronts à la fois, il veillait aux innombrables face sur tous ILsprit, no i, p.Si, octobre 1932.y LA RELÈVE 158 soins de son ministère, il formulait la doctrine pour les siècles futurs, il protégeait sans cesse la vérité catholique contre de nouvelles hérésies et trouvait moyen de répondre à de lointains correspondants, tels les évêques Pollcntius, Consen-tius et Paulin, occasions qui nous ont valu les traités des époux adultères, du mensonge et du soin à donner aux morts.Au milieu de cette prodigieuse fermentation de bien et de mal qu'était son temps, son immense charité, son amour intransigeant de la vérité lui firent accomplir de véritables miracles de labeur.Il était “dévoré du zèle de la maison de Dieu".La matière des sept opuscules laisse bien peu de place à la métaphysique chère à saint Augustin ; ils sont pour la plupart du domaine le plus épineux de la morale.On sera surpris, en les lisant, de la minutie qu'il met dans l'exposition de sa doctrine, de son souci de ne rien laisser dans l'ombre, de tout dire comme à des enfants, de tout expliquer, de répéter avec une inlassable patience.Il incite les fidèles à résoudre les problèmes dans la grâce et par la charité.11 a constamment souci de l'établissement de la Cité de Dieu.Et c'est bien ce qui rend si actuels ses ouvrages, qui le sont déjà par leurs sujets.Le lecteur verra enfin quelle merveilleuse amitié devait être la sienne, si pleine de charité, de charme et de cette courtoisie qu'on retrouve encore chez les moines, et qui fait de la politesse une vraie vertu chrétienne.J.L.Les personnes qui désirent rencontrer les directeurs peuvent communiquer d'avance, soit par lettre, soit par téléphone, avec Paul Beaulieu aux bureaux de la revue ou avec le rédacteur en chef, Claude Hurtubise, à 340, ave Kensington, Westmount, Fltzroy 8658.L'abonnement d'un dollar (à 10 cahiers) est payable par mandat ou par chèque au pair à Montréal aux bureaux de la revue, 36, avenue Roskilde, Outremont.Téléphone: CA.7562. Ministère du Secrétariat de la Province Ecole Polytechnique de Montréal Electricité, Chimie Industrielle, Dessin, Machines thermiques, Chemins de fer, Mines, Constructions civiles, Béton, Mécanique, Machines, Arpentage, Hydraulique, Travaux publics, Génie Sanitaire, Ponts, Métallurgie, Essais des matériaux, Architecture, Géologie, Minéralogie.Ecole des Hautes Etudes Commerciales Décerne les diplômes de Bachelier en sciences commerciales, Licencié en sciences commerciales, de Docteur en sciences commerciales, et Licencié en sciences comptables.Ce dernier diplôme donne droit d'admission dans l'Association des comptables agréés de la province de Québec (CA), l'Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec (L.I.C.) et la Corporation des comptables publics de la province de Québec (C.P.A.) On peut obtenir de plus amples renseignements en s'adressant aux directeurs de ces Ecoles.Honorable Albiny PAQUETTE ministre JEAN BRUCHESI sous-ministre y L'École des Hautes Études Commerciales Affiliée à l'Université de Montréal Préparant aux carrières supérieures du commerce, de l'industrie et de la finance COURS DU JOUR — COURS DU SOIR Cours par correspondance donnant droit à un certificat d'études pour la ou les matières suivies; ou conduisant: a) à l'admission dans les associations d'experts-comptables (CA, L.I.C., C.P.A.); aux titres d'aspirant (associate) et d'associé (fellow) de l'association des Banquiers canadiens (A.ou F.C.B.A.).Principales matières : comptabilité, langues anglaise, française, mathématiques financières, algèbre, droit civil et commercial, économie politique, langues étrangères (anglais, espagnol, italien, allemand) d'après la méthode linguaphone.Prospectus envoyés gratuitement sur demande au Directeur 535, avenue Viger, MONTREAL Société ^'ADMINISTRATION et de FIDUCIE fondée en 1902 Administration de successions Gérance d'immeubles et de fortunes privées Garde et gestion de portefeuilles Assurances : feu, vol, automobiles VOÛTES de SURETE Siège social : MONTREAL 5 est, rue St-Jocques (immeuble du Crédit Foncier Franco-Canadien) AGENCES Québec Edmonton Vancouver Winnipeg Régina mm
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