La relève, 1 novembre 1938, Novembre - Décembre
la Releve \ CAHIERS PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET DE PAUL BEAULIEU Position sur la guerre i i LA RELEVE Déclaration 193 i ROBERT EUE Acte de présence 197 PAUL BEAULIEU GUY FREGAULT Splendeur humaine Au delà du machinisme Francis Jammes 200 204 MARCEL RAYMOND 210 Chroniques Shadow and Substance — Profession — “Le moi de monsieur Barrés — La vie recluse en poésie — Saint François d’Assise — M.Bernard Fay.7e cahier, 4e série 15 cents NOVEMBRE-DECEMBRE 1938 » 1 b;‘ ; i r LA RELEVE rédacteur en chef : CLAUDE HURTUBISE 36, avenue Roskilde, Outremont, Montréal 7c cahier 4e série Pcsiticii sur la Guerre La paix a été sauvée pour quelques mois pendant lesquels de nouvelles causes de guerre vont surgir, les armements continueront de grever lourdement le crédit des nations reculant encore I étroite marge qui les sépare de l'abîme.Les problèmes primordiaux du chômage, de la distribution des matières premières, du minimum vital nécessaire à chaque peuple, resteront sans solutions.La paix a été sauvée pour quelques mois.Et il n'est personne qui ne se réjouisse au fond de son cœur qu'il en ait été ainsi.La dernière guerre aura appris au monde à considérer la guerre sous son véritable jour, comme une fausse solution et comme un crime.A qui la guerre profite-t-elle ?Pourquoi ne pas poser cette question comme on le fait quand il s'agit d'un crime ?La guerre est-elle un moyen de régler les différends entre peuples ?Certes non! La guerre ne règle rien.Alors, pourquoi la guerre ?Peu importent les motifs qui ont été à l'origine des autres guerres — nous savons que les démocraties qui devaient, dans l'idéologie de leurs maintcncurs, être des facteurs de paix ne le sont pas plus que les autres régimes — les motifs actuels de guerre paraissent, pour une grande part, suscités par l’argent.Il y a des hommes à qui la guerre bénéficie, des hommes, si paradoxal que cela paraisse, qui ne peuvent maintenir de gigantesques industries qu'au prix de plus gigantesques hécatombes.L'Amérique latine, avec ses factions révolutionnaires, la Chine, les Indes, l'Espagne ont été des débouchés pour ces financiers en armements.Ils défient tout pour vendre des armes et dans l’affaire d’Espagne on a vu qu'ils étaient prêts à précipiter leur pays dans la guerre pour pouvoir continuer leur commerce.t à LA RELÈVE 194 Ceux qui arment le faible, ceux qui fournissent des munitions à l'agresseur comme au pays attaqué pourraient bien être ceux qui secrètement commandent les conflits.Si au moins nous pouvions être assurés que tant que la course aux armements durera la guerre ne sera pas déclenchée par les marchands de canons puisque leur fin est atteinte ! Mais d'autres causes qui leur échappent peuvent mettre le feu aux poudres.Ce ne sont pas tant les financiers qui peuvent déclarer les guerres, ou les politiciens: ils ne font que manipuler des jouets dangereux.C'est le système lui-même qui mène au cataclysme.Quand les États n auront plus d'argent pour les armements, la faim, la misère, la révolte fera tout éclater, et on utilisera alors les armes accumulées pays contre pays, classes contre classes.Pendant la crise de septembre, notre pays a réagi curieusement.Une sourde agitation s'est manifestée: de tous les côtés on travaillait à préparer la participation ou à l'empêcher.Quelques groupes et leurs journaux, s'attachant surtout aux conclusions pratiques, immédiates, ont tranché la question selon leurs principes et leurs préjugés.La crise passée, d'autres groupes entrent en action.Il faut sans tarder organiser la résistance à toute nouvelle tentative d'entraîner notre pays dans le sens de la participation, répondre non! aux efforts concertés de l'impérialisme anglais.L'expérience nous a appris qu'une telle action sur l’opinion ne s’improvise pas.Nous n’avons pas toujours, à la Relève, accordé aux problèmes nationalistes toute l'attention que d'autres y portaient.Certaines tâches fondées en métaphysique nous paraissent plus urgentes, aussi l'éclaircissement de questions qui transcendent le plan national.Les problèmes de la personnalité et de la culture nous ont paru préalables à l'action nationale.Et aujourd'hui, c'est parce que la person- 1U5 NOTRE POSITION SUR LA GUERRE nalité et la culture sont menacées que nous croyons devoir adhérer au mouvement contre la guerre.Néanmoins, nous avons déjà abordé la question nationale, à plusieurs reprises, n hésitant pas à condamner certaines équivoques, certains renversements des hiérarchies, nous opposant à tout affolement des cerveaux autour de quelques "slogans" nationalistes, à toute forme d'exaspération des instincts patriotiques pour des fins politiques.Le souci des réalités directement nationales, de la défense de notre entité ne nous est cependant pas étranger, à preuve notre cahier spécial, Préliminaires à an manifeste pour la Patrie.L'amour de la patrie nous paraît une trop grande chose, trop profonde et trop naturelle, pour que nous le galvaudions.Convaincus que c'est par l'épanouissement de la culture chrétienne chez nous, par le développement d'un climat chrétien, d'un ordre temporel (social, économique, politique) conforme aux exigences évangéliques et aux élaborations thomistes que nous parviendrions à la formation d'un type canadicn-français bien défini et à l'unité de notre nation, nous avons porté nos efforts de ce côté.Mais aujourd'hui, devant le danger éminent, nous sentons le besoin d'affirmer cet amour de la patrie, de notre peuple, de la vie de chacun de nos frères, et notre accord pratique avec tous ceux qui veulent éviter la catastrophe.Cet accord pratique, nous l'affirmons et nous sommes prêts à collaborer suivant nos moyens à tout effort juste dans ce sens.Mais nous devons encore une fois chercher à éviter toute équivoque et poser la question dans toute son ampleur.Notre refus de participer à aucune guerre hors de notre pays ne doit pas être un repli frileux sur des positions acquises.La vie est un bien inestimable, qui ne doit cependant pas être préféré à la gloire de Dieu ni au bien de la patrie.Quand aucun de ces biens n'est en jeu, qu'il s'agit, par exemple, d’une guerre européenne où nous ne sommes pas engagés directement, mais où peut-être des biens précieux sont indirectement menacés, notre refus d'y participer ne doit pas être un reflexe de peur.I .Ml LA RELÈVE 1% Nous avons une vocation plus grande que celle de faire des guerres étrangères: cette oeuvre de civilisation chrétienne qui nous échoit tout particulièrement à nous catholiques français d’Amérique.Ce serait une perte inappréciable si l'Europe disparaissait, si l'apport spirituel et intellectuel de la culture occidentale nous était enlevé.Mais il faut que les peuples d'Amérique, qui ne sont pas aveuglés par les passions qui déchirent l'Europe, indiquent clairement qu'ils ne croient pas qu'une civilisation vaut la peine d'etre conservée au prix d'effroyables boucheries quand elle est devenue incapables de les conjurer.Il faut à tous prix trouver d'autres moyens.Et ici, il faut distinguer entre la civilisation qui est menacée là-bas, même sans les guerres, et la culture occidentale, chrétienne, qui n'est plus l’exclusive de l'Europe.La civilisation a été élaborée et trahie par les deux côtés en Europe.Nous devons sans retard, nous mettre à la tâche, collaborer activement à tous les efforts qui sont tentés pour rendre le monde habitable à l’homme.Un esprit critique constamment éveillé doit protester contre toute atteinte à la dignité de l’homme, contre toute injustice.Sur notre continent, rapprochés des autres catholiques et de certains éléments des autres confessions, nous devons nous efforcer d’établir, d’abord dans notre pays, une organisation temporelle chrétienne.Avoir le souci constant de la morale internationale, certes bien mal en point actuellement mais dont l’idéal doit malgré tout rester vivace; de la morale sociale au sujet de laquelle il y a tant à faire, pour éviter la révolte d’abord, motif instinctif, mais surtout pour réaliser la justice et la charité.Il ne faudrait pas vouloir sauver sa peau, ce qui du reste est un désir légitime, uniquement pour l'amour de cette peau! Un chrétien a plus grand à faire.C'est à définir cette tâche que nous nous attachons.La RELEVE Acte de présence S il semble aujourd hui, à ceux du moins qui vivent avec le prochain, qu il n y a plus rien à comprendre, c’est peut-être que la raison discourante n’a pas tous les droits ni tous les pouvoirs.Et n’est-ce pas aussi que le monde, où les essences sont méconnaissables, ne demande pas tant à être jugé qu a être soullert, et que de souffrir le monde permet seul de le transcender, de retrouver, sinon les essences, du moins 1 essentiel, lout, dans notre monde, semble désorienté, et les grands mythes qui se le partagent ne font que l’énerver.Devant cet état de choses, ne paraît-il pas moins urgent de condamner que de comprendre, c'est-à-dire d'unir tout en le rapportant h U.et mine a sa seule fin ?La vérité demande à être aimée, plus qu'à être enseignée et, surtout, plus qu'à être exploitée pour ses besoins et son bien-être, ô chrétien de la bonne littérature ! C est dire que I urgence de la vérité nous oblige à être présent au monde : aimer la vérité dans les plus petites choses; éprouver son amour.C'est dire également qu'une pensée actuelle n'a tant à résoudre des problèmes qu'à témoigner de la vérité par un acte, je veux dire qu elle doit aboutir à une attitude morale qui accepte tous les problèmes, non pas afin d’y trouver une solution, mais afin de les vivre selon la vérité, dans 1 adhésion même à la vérité.Je parlais des grands mythes qui se partagent le monde; dois-je dire qu'ils sont nocifs justement parce qu'ils refusent le monde, refusent de le souffrir, et se retournent, au contraire, vers leur propre désir, les solutions de leur propre désir, et ne veulent plus connaître d autre monde que celui qu'ils tendent d'édifier ?Fascisme et communisme souffrent d'apriorisme, si bien qu'ils négligent le réel, ils n'offrent plus à l'homme qu une chimere qui, dans 1 enivrement d une religiosité, le vide, le détache de l'être pour l'enthousiasmer d'une Weltams-Chauung, d une conception abstraite et lui préparer ainsi une déception totale.La faillite morale rendra nocives les nas é LA RELÈVE 198 conquêtes économiques et politiques de ces régimes totalitaires.Non! Comprendre le monde, ce n'est pas affirmer telle ou telle réalité au dépens de telle autre, exalter un sentiment de fierté nationale en même temps qu'un mépris de la justice, ou une justice qui s'est détournée du monde de dégoût, une justice sans charité dont les jugements sont monstrueusement injustes.Non, pour comprendre le monde, il faut l'accueillir avec ses vices et ses plaies et surmonter tous les conflits, du moins refuser d'abdiquer, en regard d'une justice qui procède de la charité, et d'une vérité qui est au delà de cet acte d'amour et de justice, non pas cette fois comme un concept qui reste en dehors de l'action, mais comme une réalité ineffable mais unifiante et compréhensive.Remarquons en passant que si les fascismes, de fait, méprisent le monde de la rédemption et par là même le Dieu fou sans uniforme et qui ne savait même pas se faire adorer spectaculairement, le communisme idéologique par le fait même qu'il se dit athée, non seulement méprise le monde de la Rédemption et son Dieu et parallèlement se cherche un autre monde et un autre Dieu, mais se condamne en renonçant à tout absolu, à une action perpétuellement anar-chisante, à une négation perpétuelle de ce qui est, et de ce qui pourrait être, enfin à la destruction de l’homme.Nier Dieu, c'est vraiment refuser le monde en tant qu'il est, parce que le monde et nous-mêmes ne sommes acceptables, ne sommes pensables, même, que reportés, unis à une fin dernière."La volonté en effet va par nature au bien comme tel, au bien pur.Dès qu elle agit, elle agit pour une fin dernière qui ne peut être qu’un bien qui la comble absolument.Or, où est ce bien en réalité, si ce n'est dans l'être qui est par lui-même la plénitude infinie du Bien ?Voilà en bref ce que nous dit une authentique philosophie de la volonté.Aussi toute volonté, même la plus perverse, désire Dieu sans le savoir.Elle peut choisir d’autres fins dernières, opter pour d'autres amours, c'est encore et toujours Dieu qu elle désire sous des formes aberrantes et contre son propre choix".(Humanisme intégral de Maritain). ACTE DE PRÉSENCE 199 Disons que si les fascismes, en détruisant ce qui est pour ce qui pourrait être et ne sera jamais, aboutissent au néant, le communisme, lui, en détruisant ce qui est, simplement parce que cela est, non seulement prépare une désillusion totale (que la vie, parce qu elle est riche, peut réduire) mais proclame un état de désespoir et oblige ceux qui veulent penser le communisme athée sans faux-fuyants, tel un Alexandre Blok, des l'abord, au désespoir, et dès aujourd'hui, soit à l'anarchisme qui est un suicide glorieux, soit au simple suicide qui rend plus irréductibles encore la mort et la vie.Vouloir faire acte de présence oblige à un acte de foi.L'acte de foi, lui, oblige toujours à la compréhension du réel, soit dans un réalisme aussi détaché que celui de saint Thomas, soit dans une action aussi persistante que celle d'un saint Vincent de Paul.Il faut aimer le monde.Les fascismes et le communisme le condamnent, s'en détournent et se cherchent une Réalité.Les libéraux l’ignorent et pleurent sur eux-mêmes dans l'intemporel.Nous, nous saurons reconnaître ce pauvre; l'éternel pauvre qui lève son regard sur ceux qui l'aiment et les ravit.I Robert EL IE L'article de Marcel Raymond sur André Gide et Henri Ghéon paru dans le no d'octobre consacré à un Hommage à Ghéon, est extrait d'un livre à paraître aux Editions Populaires Vray, "Henri Ghéon, sa vie, son oeuvre". Splendeur humaine Le père Doncœur, à l’intention des nombreux jeunes hommes et jeunes filles qui le suivent dans ses tentatives de réaliser intégralement le christianisme, a inventé une expression pleine de possibilités: splendeur humaine.Une notion exacte de son sens me fut rendue possible par la connaissance de Mireille et de Pierre Dupoucy.Enfin éclataient dans une lumière sans tache l'inanité et le mensonge des efforts de tous ces prêcheurs d'ordre chrétien, incapables de mettre en harmonie leur propre vie avec leur prédication.Et notre temps sera caractérisé par cette faiblesse qu'il aura produit trop de littérateurs et de théoriciens qui n'engagent concrètement rien autre chose qu'un certain nombre de feuilles barbouillées de caractères d'imprimerie.Deux chrétiens ont accepté les conseils de leur Maître et, par cette acceptation sans réticence, ont dépassé toutes ces théories sans vie.La lecture attentive des Lettres tlu lieutenant de vaisseau Dupouey nous débarrasse de cette atmosphère étouffante des théoriciens elles ne constituent pas non plus une autobiographie édifiante.Ces lettres retracent en traits simples la vie splendidement humaine d'un jeune ménage qui a pris conscience de la grandeur du chrétien et de l'urgence du témoignage qu'il doit porter au monde.Ces pages n'ont jamais reçu un prix littéraire ni un prix de vertu, ce qui garantit leur sincérité.Le titre se lit: Lettres du lieutenant de iaisseau Dupouey parce qu'il fallait bien donner un titre au volume, mais ce recueil aurait mieux exprimé la substance en s'intitulant : l'"Amour chrétien", tant la présence de Mireille Dupouey y est constante à toutes les pages.Comment aurait-il pu en être autrement puisque le sacrement de mariage a fondu ces deux êtres en un seul, corps et âme.Une communion étroite de désirs et d'aspirations oriente, en dépit des occupations et des soucis de la vie de guerre, ces deux créatures vers leur Créateur, en hommage de louange et de reconnaissance.Quelle puissance d'attiait recelait ce militaire pour retenir la sympathie amicale d’une Gide dillctante et retourner (convertere) un dramaturge possédé par son art, Henri Ghéon. m SPLENDEUR HUMAINE 201 Cet homme était un les fibres de son être défendre le bel ordre français et catholique; les soldats, par le sacrifice qu'ils font, à tout instant, de leur vie, adoptent une attitude de disponibilité qui impose l’admiration à tous ceux qui les approchent.Ce recueil de lettres écrites pendant la lit qu'avec un tremblement tant on craint de trahir une confidence.Gide n'avoue-t-il pas qu'il fallut la mort de Dupouey pour dcssiler nos yeux myopes ?Celui qui donne si allègrement sa vie pour une juste cause a droit d'être entendu, et ce qu il nous abandonne représente un message précieux.C est ce message que nous écouterons pieusement et que nous essaierons de comprendre sans le déformer l'amoindrir.Gide aimait en Dupouey une humanité sans petitesse; avait-il cependant compris que cette valeur prenait sa mesure dans un ordre plus élevé.L'unité qui permet un tel épanouissement de la personnalité est toute spirituelle.Cette vérité est difficile à découvrir, car les romans modernes ont rabaissé 1 ' intérêt à des intrigues troubles: l'amour atteindra sa grandeur dans une lutte à trois où l'adultère jouit d'une complicité secrète et est assuré d'une victoire morale.L'amour de ces deux êtres s'oppose diamétralement à cette conception; commandé par le christianisme, il en retire une intensité de ferveur qu'ignore l'amour défendu.La préséance de la vérité est rétablie, car Dupouey s'efforcait de tout juger à la lumière divine.Les principaux traits qui se dégagent de ces lettres montrent combien il voulait extérioriser par ses façons d'agir son christianisme, source d'enrichissement tant humain que spirituel.A toutes les pages perce cette joie que rien n'altère ni les souffrances des tranchées ni les impatiences de l’inaction.Une conviction ferme qu’en suivant la volonté du Seigneur, il remplit sa mission humaine, lui permet de voir dans son ménage et son métier de soldat des instruments de Dieu.La première lettre jette une note de paix sereine oue la dernière répétera comme un écho lointain dans la mort.De cette correspondance est banni tout accent maladif ou de faux mysticisme.Une atmosphère joyeuse de santé et d’équilibre se maintient sans cesse.Quand Dupouey soldat chrétien qui voulait de toutes guerre ne se ou t d * 1 LA RELÈVE 202 ! convie sa femme à le joindre clans la prière, quand il lui donne des conseils sur la spiritualité, il ne s arroge aucune autorité de visionnaire.Ces conversations lui paraissent celles de l'époux chrétien, et parce qu'il a puisé dans son mariage certaines lumières spirituelles, il se doit de les partager celle qui a liée son aventure humaine à la sienne.Les vœux qu'il formulait pour son fils en le confiant à sa femme, lui servaient de point de base dans scs propres comportiments."Tu sauras faire de ton fils, si Dieu le voulait, véritable chrétien et un véritable homme sans petitesse s’attachant qu'à l'essentiel".La guerre avait exprimé avec un et ne que l'essentiel seul possède une réalité.Le spectacle des villes dévastées, les maisons éventrées par les obus, les trésors artistiques et spirituels abandonnés, lançaient des appels impérieux à la vraie sagesse.S'attacher à l'essentiel, c est rétablir l'ordre des choses ; devenir un véritable surtout homme sans petitesse exige un rajustement des positions fondamentales.Nos façons fausses de calculer, nos mesquineries sont étalées dans toute leur hideur par ces lignes de Dupouey, incitant sa femme à l'aumône: "11 peut sembler que le temps (la guerre) soit aux économies; mais, d'autre part, il est dit: "Donnez et l'on vous donnera." Sachons donc donner et vivre au jour le jour, meme si nos façons d'agir doivent nous valoir le dégoût et la réprobation des gens “comme il en faudrait .le moins semble d’ailleurs le placement «il possible.Donner aux L.me le plus avantageux, le vrai placement du père de famille, celui qui produira son intérêt en bénédictions sur le foyer, la tête de la bien-aimée et du petit garçon.Ne portent-ils point avec éclat — la maman L.et les petits tout au moins —- la marque des vrais élus dont se compose la véritable Église du Christ et que le premier devoir des riches est de servir ?" (p 48).Cette recommandation se pose certes contre les règles élémentaires de tout traité d'économie ou d'entassement des biens en vue de l'incertitude des jours futurs.Notre époque prévoyante, surtout parce que pauvre en confiance en Celui qui nourrit les petits oiseaux, conseille fortement l'achat de rentes viagères et d obligations.11 est remarquable Il sur L 20% SPLENDEUR HUMAINE que l'argent se retourne contre ceux qui lui ont voué un culte, dévorant ceux qu'il a nourris Un détachement total en face de l'argent — le devoir de l'imprévoyance — semblait à Dupouey une attitude non pas héroïque, mais l’attitude normale du chrétien.Quelques jours avant sa mort, une sorte de pressentiment lui dictait ccs lignes qui résonnent comme un mot d'ordre."Si je venais à disparaître (pour t'entourer d'en haut plus incessamment) ne te préoccupe pas trop du lendemain.N'oublie pas qu'un peu d'incertitude de l'avenir est le meilleur aiguillon de la confiance, de l'abandon à Dieu.Le grand malheur des riches, c'est que leur or les met à l'abri de la Providence, de ses merveilleuses, tendres et paternelles prévenances.Ils combinent toute leur vie dans leur cervelle et n’ont pas comme nous partie liée avec Dieu ".(p.212) A travers cette correspondance se multiplient les traits d une semblable hauteur, mais notre intention ne vise qu'à susciter le désir de connaître plus intimement les Dupouey en lisant les pages du lieutenant de vaisseau.Toujours s'y trouvera un homme qui ignore cette parcimonie des chrétiens tièdes, adorant les idoles et préférant, comme Dupouey l’a constaté durant son séjour au front, utiliser l'or, l'argent et l'ivoire pour leurs besoins spirituels et se contenter “d’un Christ en plâtre, d'une Vierge en faux bronze ou en métal blanc", (p.1 50).Cette parcimonie quand il s'agit des plus hautes valeurs trahit en même temps un homme humainement amoindri.Parce qu'ils avaient partie liée avec Dieu, Mireille et Pierre Dupouey n'ont pas trahi les règles du jeu et l'ont accepté avec toutes ses rigueurs et ses risques.Dupouey entrevoyait avec une joie d'enfant la célébration de Pâques en union avec sa femme; il fut appelé sans bruit par le Seigneur à partager le banquet divin.Une balle allemande l'avait marqué au front.Mireille et Pierre Dupouey avaient atteint cette splendeur humaine qui est pleinement humaine parce qu enracinée et agie par un christianisme intégral.Ils avaient réalisé des attitudes chrétiennes qui font tant défaut de nos jours et qui seules réussiront à préparer l’établissement d'un ordre chrétien.( Paul BEAULIEU Au delà du machinisme Les développements inouïs, l'existence même du machinisme, ont mis le monde dans une situation de jour en jour plus cruciale: épisode, pourrait-on dire, de la lutte perpétuelle de l’homme avec ses créations.Il faut dès l'abord saisir l'importance de cet épisode: si l'homme y est vaincu, il marquera incontestablement la fin de la civilisation.Mais là, l'homme ne peut être vaincu que par son propre désespoir et sa propre insuffisance; insuffisance qui se traduit actuellement par deux attitudes.Examinées d'un peu près, ces attitudes sont loin d'être attachantes.Leur simplisme au contraire déconcerte.Il est bon toutefois de se les représenter dans leur nudité tragique: il faut, une fois pour toutes, les liquider, parce qu elles sont stériles, qu elles mènent à des impasses et qu elles entraînent, dans leur chute nécessaire, tout un système bâti sur des données artificielles.Les crises économiques correspondant, depuis cent ans au moins, aux étapes du machinisme, il ne manque pas d'hommes pour crier à la malfaisance intrinsèque de la machine.Malgré tout il en est encore qui, en dépit des apparences, n'hésitent tout de même pas à chanter un péan à la gloire du système machinique.Nous avons donc, d'une part, les contempteurs en bloc de la machine et, à l'autre bout de la chaîne, ses laudateurs — en bloc, également, c'est entendu.L'attitude des premiers aboutirait, à la limite, à opérer un retour au passé — retour techniquement et psychologiquement impossible, à un passé qui se situerait sans doute à l'époque où l'on pratiquait le troc à l'état pur, c’est-à-dire à une époque bénie dont le seul défaut est de n avoir jamais existé.L'attitude des seconds suppose, au terme d'une évolution technique poursuivie sans bruit et sans imprévu ce qui revient, au bout du compte, à nier le caractère essentiel de l'invention humaine qui est de procéder d'une façon discontinue, par éclairs et par bonds imprévisibles — l'asservissement intégral de tous les hommes aux machines.* 205 AU-DELA DU MACHINISME l'abdication de toute liberté, la perte de tout sens créateur, l'élimination de toute volonté de position et d'opposition personnelles, c'est-à-dire en somme, la fabrication d’un paradis standard à l'usage de robots perfectionnés.En restant dans ces perspectives, de quelque côté qu'on se trouve, on se trouve devant une impossibilité.C'est que ces deux attitudes sont, au fond, rigoureusement complémentaires.Leur commun dénominateur est une évasion du réel, une démission en face de fatalités supposées inéluctables, c'est-à-dire fortement surestimées.Leur vice, à toutes deux, consiste en ceci que loin de dépasser le machinisme, de se situer au delà, elles mettent l’esprit humain en position d'infériorité en présence d'un phénomène, je ne dis pas envisagé, mais confusément adoré: les premiers se voilent la face des lambeaux de leurs vêtements préalablement déchirés; les seconds se prosternent et attendent.Pour tout dire, leur défaut est de considérer le machinisme non pas comme l'objet d'une conquête indispensable, mais comme une borne contre laquelle l'homme est inévitablement destiné à se casser la tête.D’où leur carence.I Henri Bergson a vu plus juste, en disant que le système machinique est un grand corps à l'intérieur duquel une âme trop petite ballotte qui n'est pas encore parvenue à le remplir.Daniel-Rops a vu plus juste encore, en disant que le monde du machinisme est un "monde sans âme" ; et ce monde ne retrouvera son âme que lorsque la présence effective de l'homme le soulèvera et le mettra en mouvement.C'est pourquoi, à qui veut poser le problème de façon à lui apporter une solution — car il faut éviter de donner au problème plus d'importance qu'à sa solution; et il faut que, le poser, ce soit préparer les actes qui auront à le résoudre — une élimination s'impose qui doit être, selon le mot de Maurice Blondel, à la fois “purifiante et enrichissante Il est important, dès lors, de répudier tous les critères inhumains.En un tel débat, l'homme demeure le critère véritable: c'est la civilisation qui est en jeu.Et c’est de la situation A d LA RELÈVE 200 faite à l'homme qu'une civilisation ou un système tirent leur valeur réelle.De quoi s'agit-il ?D'opérer un changement de plan.De passer du niveau des mythes, des chiffres, des grands nombres et des statistiques au niveau du concret humain.Cela est nécessaire si l'on tient à pousser au delà du fait machinisme - et l'on sait combien nous avons raison d'y tenir — ce qui veut dire: non seulement passer ses frontières, mais le dominer.Ce serait encore rester dans les perspectives du système machinique — système est plus juste ici que civilisation, si l'on admet que le mot civilisation signifie quelque chose — que d’étudier d'abord le machinisme par rapport à la Production (avec majuscule) ou à la Consommation exclusivement.Ce sont là deux mystiques: car si I on se place sur ce terrain, on se heurte tout de suite à des mystiques au rabais.Ces deux mystiques puisque mystiques il y a, ne sont autre que des pentes opposées conduisant au même sommet d'irréel: le destin de l’homme n'étant pas de produire massivement, ni de consommer pour produire encore plus.Certes, production et consommation sont des opérations qui doivent redevenir sources de rapports humains.Mais elles ne le sont pas, vues de l'intérieur du capitalisme.Et c'est ici l’endroit de dire que le phénomène machinique est incomoréhcnsible si on ne le rattache à celui plus vaste et plus profond du capitalisme.Sans celui-ci, celui-là ne se conçoit pas.Le capitalisme, en effet, se révèle comme la plus grande force de désintégration et de dissociation sociale: le machinisme est un résultat de cette dissociation et de cette désintégration.Dans le système machinique, la production se trouve dissociée de la consommation, et cela, même dans le secteur des produits de nécessité vitale.1 Alors, il est naturel que la production croisse à un rythme constamment accéléré — le profit étant le régulateur et le stimulant du système — et indépendant de celui de la consommation.Le machinisme triomphe.Mais pas pour longtemps : la / Il est normal que, dans le secteur "de luxe", la production n'obéisse pas strictement au rythme de la consommation, mais le commande.k 207 AU-DELA DU MACHINISME saturation des marchés ne tarde pas à s'accomplir.Je dis saturation des marchés plutôt que surproduction: il faut vraiment trop d'ironie ou de distraction pour parler de surproduction et déplorer la surproduction et mesurer la surproduction, alors que des millions d'hommes ont faim.Nécessité primordiale donc: dominer le machinisme.Et comme on ne domine pas un fait, surtout un fait de cette taille, en se situant comme à son ombre, l'intention doit apparaître, dès que s'effectue la prise de conscience du problème, de mettre le machinisme — ou plutôt ce que le machinisme peut comporter de valable parmi ses éléments impurs — au service de la personne humaine "Le machinisme qui a mobilisé en cent ans, des énergies considérables, multiplié probablement par quarante au moins la puissance disponible pour le bien-être des hommes, n'a multiplié celui-ci que dans une proportion dérisoire.On n'ose articuler un chiffre: deux peut-être.Et encore ce deux sonne-t-il avec une ironie sinistre aux oreilles de ceux qui depuis huit ans sont dans l'impossibilité de satisfaire leurs besoins même les plus élémentaires.Devant ce fait monstrueux, il ne s'agit naturellement pas de crier à la malfaisance intrinsèque de la machine.Nous avons vu combien c’est à la fois puéril et ridicule.Les machines produisent ce que nous voulons.Quand nous n'avons pas la force de vouloir, elles produisent de la faim.C'est ce qui arrive dans le cas présent.Elles ne sont pas fautives.Elles ne sont pas responsables, mais l'homme qui, carence de force et de lucidité, a laissé sans scrupule (ou avec des scrupules à retardement, ce qui revient au même) s'implanter le système machinique.Système qui est né, nous l'avons vu tout à l'heure, de la dissociation des rapports humains, elle-même conséquence du capitalisme.Système qui est né du divorce de l’esprit et de la matière — distinction qu’il faut maintenir, certes, mais à condition qu elle ne tourne r 2 Marcel Malcor, Au-delà du machinisme, p.282.U k LA RELÈVE 208 pas en séparation — et qui conduit fatalement au matérialisme le plus bas: culte du produit massif, culte du profit.Et, à cette occasion, l'attitude théâtrale des idéalistes magnifiques, nébuleux et satisfaits ne doit pas nous faire oublier que matérialisme et idéalisme sont les deux aspects jumeaux de la trahison du réel.Parce que le désordre actuel est né d'une carence totale de l’homme, il serait absurde de chercher le remède qui doit y mettre un terme dans de petites habiletés, des palliatifs bénins et des réformes de surface.D'ailleurs le réformisme, si ingénieux soit-il, ne règle aucune situation.C'est que, par essence, il procède d'un confort spirituel: mots qui vont très mal ensemble mais qui, par leur association même, indiquent bien la contradiction profonde, inhérente à tout réformisme.Ainsi donc, de même que le capitalisme marque la trahison du capital en subordonnant le capital - argent au capital - technique qu'informe puissamment l'esprit humain, de même le machinisme marque la trahison des machines.La machine doit être conçue pour libérer l'homme des automatismes et des besognes serviles: sinon, où serait sa valeur ?Mais le capitalisme, en concevant la machine comme un moyen d'augmenter le profit de l'industriel ou les dividendes de l'actionnaire, c'est-à-dire, en fin de compte, comme un moyen d'enrichir le pays "fictif " aux dépens du "pays réel , a asservi l'homme au rythme inhumain de la machine.Là est la trahison.Dans une économie respectueuse des valeurs et de leur sens véritable, la machine devra retrouver sa fonction libératrice.Et cette fonction sera double.— Les machines devront libérer l'homme, le plus possible, du travail indifférencié, de façon à assurer à tous l'accès au travail créateur; soustraire l'homme à l'envahissement de l'esclavage prolétarien.Il restera certes un résidu de travail machinal que les machines ne pourront absorber: mais on peut, sans pour autant verser dans l'utopie stérile, prévoir 209 AU-DELA DU MACHINISME une diminution progressive de ce résidu quand les inventions pourront s'accroître sans être étouffées ou stérilisées (ce qui se produit actuellement).Mais, comme il n’est point juste qu'une seule classe serve de bouc émissaire à une civilisation, ce qui en restera devra s'étendre sur toute la société par l'institution du service civil.— Les machines devront encore libérer l'homme de la misère qui, dans notre système inhumain, correspond à l'extension du chômage "technologique "— lui-même, on le sait, rançon du progrès technique.Dans une économie humaine, la machine devra garantir à tout homme son minimum vital.1 Il n’existe pas d'autre moyen d’aller au delà du machi- nisme.GuyFRÉGAULT Note — Ceci n'est pas un compte-rendu du livre de M.iVlalcor, Au delà du machinisme paru chez Desclée de Brouwer (Paris, 1937).L'ouvrage de M.Malcor comprend deux parties: I Pour que l'échange puisse être fécond ; II Au delà du machinisme.Dans la question très complexe de l'échange, l'auteur émet des opinions dont plusieurs me paraissent contestables, mais qui valent assurément d'être critiquées.Il en est de même de la seconde partie.L’impression laissée par ce livre est assez mêlée.On y trouve de longs passages indiscutablement justes et surtout un effort pour arriver à quelque chose s'y manifeste qui ne laisse pas d’être sympathique.Toutefois on voudrait une vision plus complète du problème et des conclusions plus larges.Sur la question du machinisme, le lecteur pourra consulter utilement l'ouvrage de M.Malcor.Il fera son profit des divergences qui existent entre les points de vue exposés dans ce livre et ceux exprimés dans l'article ci-dessus.— G.F./ Cf.à ce sujet : A nous la liberté, No 1, pp.y et II.¦ Francis Jammes Mardi, le 1er novembre, à ib heures, le poète Francis Jammes est mort à l'âge de 70 ans.Inconscient sans doute de la lourde perte que subissent les Muses françaises, la voix de l'annonceur, à la radio, n'a pas bronché.Une nouvelle tout simplement.Une nouvelle comme tant d'autres.Et pourtant.Dans le train qui m’amène à Montréal, j'essaie en vain de lire.Même Charles du Bos ne peut me retenir.L'image de Jammes s'impose à ma pensée.Je me souviens de ce qu'il écrivait: "Lorsqu il faudra aller vers vous, ô mort Dieu, faites que ce soit par un jour où la campagne en fêle poudroiera Je désire, ainsi que je fis ici-bas, choisir un chemin pour aller, comme il me plaira, au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.Je prendrai mon bâton et sur la grande roule j'irai, et je dirai aux ânes, mes amis-Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis, car il n'y a pas d'enfer au pays du Bon Dieu.Je leur dirai Venez, doux amis du ciel bleu, pauvres bêtes chéries qui, d'un brusque mouvement d'oreilles, chassez les mouches plates, les coups et les abeilles.> Mon Dieu, faites qu'avec ces ânes, je Vous vienne.Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises, lisses comme la chair qui rit des jeunes filles, et faites que, penché dans ce séjour des âmes, sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes qui mireront leur humble et douce pauvreté à la limpidité de l'amour éternel." [Le Deuil des Primevères,| 211 FRANCIS J AMM F S Je revois cette tète blanche encadrée de barbe, coiffée du béret basque.Sous l'arcade sourcilière broussailleuse, deux yeux pleins de malice; et partout, sur ce visage, cette bonté éparse, cette naïveté légendaire, et soudain, au moment où l'on s'y attend le moins, cette émotion, ce tremblement devant le mystère humain.C'est un grand poète qui meurt.De son œuvre abondante et inégale, il est difficile de choisir ce qui demeurera, autant comme symbole d une époque que comme survie d'un écrivain.Ses premiers recueils de vers offraient une poésie rajeunie, ironique, délicate, inattendue, parcourue de correspondances inédites et subtiles, d'images parfois gauches, de naïveté voulue qui a fait école.Païenne à ses débuts, l'œuvre de Jammes s'épura vite, car il rencontra ou plutôt retrouva le Christ.Ce fut vite fait.11 y eut des larmes douces, un front penché; la poésie de Jammes n'y perdit point.Elle devint plus franciscaine.Dans le monde symboliste et décadent, l'auteur De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir, apporte la simplicité.Dans un monde de bourgeois rancuniers et de rentiers envieux, Jammes regarda l'église "habillée de feuilles"; parla de lame de l"'armoire à peine luisante" qui a connu les pas de toute une génération; se pencha sur les fleurs qui crèvent le gazon; écouta l'oiseau qui chante, la source qui filtre, le reptile qui fuit.Le vrai poète.Non point celui qui sait compter jusqu'à douze et possède un dictionnaire de rimes, ni celui qui entre poétiques et met quinze strophes pour dire qu'il en transes fait beau.Le poète tout court, le vates, qui parle le langage de son âme et de son cœur; 1 interprète des merveilles de Dieu auprès des hommes.La Grâce seule donne 1 inspiration.Un art.Jammes avait la Grâce.L'art du spiranthe a distiller parfum, du papillon à composer le sinople de ses ailes.son Et cet homme de Dieu qui comprend les fleurs et les bêtes a entendu un jour la parole que Wagner cite à propos de LA RELÈVE 212 Beethoven: "Aujourd'hui même, tu seras avec moi dans le paradis." Tous ceux qui le lisaient y étaient avec lui.Jeunes filles tentées par l'amour: Clara d'Ellebeuse, Almaïde d’Étremont, dans vos robes démodées vous vivrez encore et "dans le grand parc solitaire et glacé", vos ombres continueront à passer.Niaiserie parfois appliquée, si l'on veut, mais il nous suffit pour garder le souvenir du "Poète rustique" de nous souvenir de quelques vers charmants et maladroits où passent l'odeur du jardin, la quiétude alanguie des dimanches passés en Province, des promenades dans la campagne avec une chienne qui s'appelle Gyp.Rappelons-nous: Il va neiger, La mort de l'aïeul, Prière pour aller au Paradis avec les ânes, etc.En prose, relisons le Roman du Lièvre.Laissons le Rosaire au Soleil et les autres romans du même genre, qui sonnent faux.Quant à Francis Jammes, ne l'oublions jamais, car nous lui devons trop.Il est bien évident que sans lui, une bonne part de la sensibilité moderne n'aurait ni même couleur, ni même accent.Francis Jammes nous a tous marqués.Pour arriver à l'amour, il a fallu passer par lui.C'est un moment, une époque dans l'histoire de la sensibilité française, comme dans l'âme de tout jeune homme.Dans un numéro des Nouvelles Littéraires consacré à Jammes, je lisais une remarquable lettre que l'auteur des Géorgiques chrétiennes adresse à Colette, il y a bien longtemps, au lendemain de sa conversion, si j'ai bien compris.L'auteur de Chéri lui a écrit le cœur gros, Jammes lui répond avec affection.11 la prie de ne pas l'appeler “Monsieur" sous prétexte qu elle est actrice.11 y a dans cette lettre une profession de foi de Jammes que je crois fondamentale.Tout son amour, comme la Poppêe du Comédien et la Grâce, il l'a donné à Dieu.Il sait qu'il est dur de se détacher de son corps surtout lorsqu'on a connu, une seule fois, l'émotion d'une tête lourde penchée sur une épaule.Comme Claudel, tout ce qu'il a, c'est à Dieu qu'il le donne.> = 213 FRANCIS J AMMES En terminant, il demande à Colette de lui écrire souvent, surtout lorsqu'elle sera malheureuse.Sans doute devait-il penser: "Si tu savais le don de Dieu ".Puis, semblable aux anciens pèlerins, Jammes est parti avec son bâton, sa pèlerine de berger, son chapelet, pour le grand voyage et s'est agenouillé aux pieds du Père de la création avec la jeunesse de cœur que prescrit l'Évangile Nous suivions avec intérêt et plaisir les pages de son Journal qu'il donnait à la N.R.F.Vint un jour où l'on nous apprit que Jammes était malade.Il écrivit son testament.Le Journal se fit plus court.Il n'y en eut plus.Il n'y en aura plus.Marcel RAYMOND Shadow and Substance La distinction entre drame et tragédie prend ici tout son sens et, bien qu'une œuvre de valeur ne se puisse réduire à l'une de ces notions, du moins, selon ses dominantes, la notion du dramatique ou du tragique nous aidera à la situer et à l'analyser d'une façon plus largement compréhensive Nous dirions alors que ce qui distingue le drame est que le chant n'y a pas place, en d'autres termes que 1 activité poétique ne peut s'y déployer.Notre attention à peine éveillée est laissée à elle-même et cela signifie peut-être que le public moderne ne vit rien qui ne 1 intéresse, non pas dans sa foi, mais dans sa raison.L exposition et 1 observation psychologique prennent ainsi toute la place; le lyrisme se fait à peine jour dans cette situation qui tend, plutôt qu'à se dénouer et s'éclairer, à se compliquer, c est-à-dire à s établir.L on pourrait remarquer que l'homme moderne étant peu sûr de lui-même dès qu'il y entre, et questionnant toujours sa conscience, ne vit plus de plain-pied avec le réel, se fait difficilement aux situations, à tout ce qui est antérieur au cas de conscience.Cet homme a toujours les mains blanches, mais il a le cœur bien malade depuis qu il ne vit plus qu avec ¦I 1 LA RELÈVE 214 des êtres de sa raison.Qu'il y ait lin problème et il est satisfait.Il n'aura peut-être pas la force, ni le courage de chercher une issue,— d'ailleurs tout dénouement d'un drame paraît arbitraire et mélodramatique.La tragédie grecque, au contraire, suppose chez le public une foi; la situation s’établit sans souci d'aucune explication (relisons Y Orest ie), mais dans un espace habité d’ombres, ou d’âmes, très peu encombré, mais d'une atmosphère étrangement subtile et pleine d'échos lointains, dans une lumière de grande forêt.Orcste, Élcctre, Agamemnon.ne sont pas des acteurs, mais des témoins.Aucun d eux ne joue, car à aucun moment ils ne se sont crus maîtres de leur destin; ils sont "joués" par ce destin qui s'achève fatalement, ils sont déterminés plus qu'ils ne déterminent.Aucun n’agit pour lui-même, aucun ne témoigne que de lui-même, comme dans un drame passionnel, mais chacun scion son âme témoigne de la Fatalité, et le poète est du côté de la Fatalité pour en chanter le mystère ou les mystères.Ce qui est particulier à Shadow and ySubstance *, pièce de Vincent Carrol, est qu'il subit toutes les lois du drame mais, par un renversement de perspective, parce qu'un personnage témoigne du surnaturel et introduit le religieux, tend à se délivrer de ces lois et à donner à la pièce une signification absolue.Ainsi une lumière apparaît, l'ineffable se fait jour, mais à ce moment aucun chant ne s'élève,— la pièce est déjà finie.Cet éclat ultime nous fait mesurer la profondeur de l'œuvre et nous en donne la raison dernière, mais il a fallu qu’auparavant l'œuvre soit toute soumise au travail d'exposition.1 2 Carrol fait défiler une dizaine de personnages habilement dessinés, sinon fouillés (il est impossible de faire assez 1 Cette piece a été interprétée en [octobre un theatre His Majesty’s par Sir Cedric Hardwickc et sa troupe.1 Cette qualité spirituelle, nous la retrouvons dans la dernière pièce de Gabriel Marcel: la Soif, d'une composition si parfaite, et d’une langue si juste.(Chez Dcscléc, de Brouwer, Coll."Les lies" Précédée d'une importante étude du Père Gaston Fessard, SJ.). 215 SHADOW AND SUBSTANCE agir un personnage pour qu'il soit explique à fond, d'ailleurs aucune psychologie ne peut aller au fond), mais ce ne serait encore rien dire si, au delà des balbutiements de la psychologie, ne se découvrait une profondeur.Il y a, ici aussi, une Fatalité.Et c'est l'affirmation de l'humain, tout l’humain, nature et surnature, par un personnage, qui nous fait pénétrer au fond, qui entraîne ces squelettes et les fait sortir d'eux-mêmes, de cette chose sans intérêt qui est le moi.Car qu'est-ce qui fait remuer tout ce monde et leur demande plus qu'ils ne peuvent donner, si ce n'est l'innocence de Brigid, seule parfaitement humaine, parce que seule détachée d'elle-même.Il y aurait mille réflexions intéressantes à faire sur les rapports entre l'innocence de Brigid et l'orgueil méprisant du Cannon, mais mendiant de beauté et de bonté humaines, ou la révolte du professeur, ou l'humilité simple, mais funeste des deux prêtres, ou l'emportement aveugle de la foule.Je dois ajouter qu'il fallait être catholique pour comprendre la maladresse des deux vicaires.Comme elle nous touche plus que l'esprit subtil du chanoine, que Brigid par son humilité et la pureté de ses intentions, brise involontairement! Il faut croire aux visions de Brigid, car, autrement, ce serait fausser le sens de la pièce et briser son unité, car ce serait ignorer cette Grâce si gratuite, si légère, qui, au lieu d attendre des hommes un secours, ne vient que pour les aider à sortir d'eux-mcmes, les briser: lorsque Brigid meurt, l'un des abbés pleure de sa maladresse, le Cannon se raidit tragiquement, le rebelle se sauve, touché, mais trop affollé pour se reconnaître encore Pour revenir à notre distinction du début, nous dirions, qu ici le surhumain (ou le pleinement humain) ne se découvre que lorsque la situation a été complètement développée, en somme au moment où le drame s'achève, mais que dans la tragédie grecque le chant qui se développe essaie constamment d'approcher le surhumain, de pressentir les raisons les plus cachées du destin, et que, au moment où la tragédie s'achève, c'est la situation qui s'explique.Robert ÉL1E I Profession Vivre! L'unique souci.Florence Nightingale, adolescente comblée, songeait que pour le riche, muni de tous les avantages matériels, il consiste dans la pénétration de jouissances physiques, intellectuelles ou spirituelles; le pauvre, ne peut que s'adonner au métier qui procure le pain indispensable.Elle n'admettait le prolongement de la vie dans l'cter-nité que par la fusion de ces deux besoins et rêvait de briser la parallèle qui sc maintient, étrangère aux conditions économiques, depuis l'origine du monde.Elle résoudrait cet angoissant problème en conférant le poids d'une vocation au rôle de garde-malade, de tous temps exercé par la femme comme œuvre de miséricorde, et rangé à cette époque du règne de Victoria parmi les emplois dépourvus de responsabilité et maigrement rémunérés.La jeune anglaise sollicitait en vain la permission de quitter son entourage pour se livrer à cette occupation jugée peu convenable.Les raisons n'étaient pas sans valeur que l'on objectait à son zèle.Elle-même s'énumérait sans atténuation, au cours des méditations qui suivaient les oppositions persistantes de son milieu aristocratique et de sa famille, les embûches vers lesquelles elle entraînerait d'autres femmes mal préparées par des inclinations incertaines: les fatigues accrues, les spectacles troublants, les secours répugnants, les contagions, les afflictions morales: le péché ne les épargnerait pas qui nous quitte longtemps après la mort, après la purification par les flammes; mais ses poursuites n'entament point la dignité humaine et le Ciel se voit acquis par le repentir.11 faudrait adopter pour leur protection, l'attitude plutôt froide que la fatigue rejette parfois en dehors des heures de service, dans un apparent laisser-aller qui n'affecte pas des convictions éprouvées.Elle repassait la série des révoltes intimes, violentes au contact immédiat de la misère dévoilée et dans la subordination à des autorités souvent incompétentes : sept fois le jour subir les tentations de chute; sept fois le jour réaliser le don d'une sympathie libre de tout calcul, dénuée 1 217 PROFESSION de consolation.La fausse mystique, produit d'aspirations infinies retenues dans la voie bornée du désir, ne serait pas moins à redouter.Florence Nightingale se plaignait de ne pas comprendre la vie; mais elle savait échapper aux maux de l'âme par le travail.La crainte des excès tempérait ses élans vers la pratique d'un bien actif.Ne pouvant déterminer ces reculs comme vertu ou présomption, elle mêlait sciemment à l'idéal qui l'animait la vision sceptique de sa faiblesse.Elle avait voulu que ses prières d'affranchissement ne fussent pas de l'obstination et consentait aux gestes rappelant que si elle cherchait à s'élever au-dessus du plan de la médiocrité, elle ne prétendait pas s’en évader.Elle s était soumise à une vie large et mondaine quand elle retrouva l'appel divin dans ces mots de Carlyle: "Ce n'est pas de mourir ou meme de mourir de faim qui rend l'homme méchant mais d'être misérable sans savoir pourquoi; de travailler péniblement sans gain; de se débattre seul, meurtri et tourmenté, encerclé dans un laissez-faire universel.Béni, celui qui connaît sa tâche; qu'il ne demande pas d’autre bienfait".Sa tâche, elle la connaissait: celle-là même que l'auteur soumettait à ses hésitations et semblait lui reprocher de n'avoir pas entreprise: redonner un sens à la souffrance, créer le lien pouvant soutenir le malheureux dans ce laissez-faire permanent.— "La vérité, et une manifestation de Dieu!" priait elle seulement, encore sous la contrainte des lois sociales.La vérité! C'était beaucoup exiger sans la recherche première à travers la vie, l’opprobre et d’amères expériences.Une manifestation de Dieu ?Ne convient-il pas d'abord de la mériter ?Elle cédait enfin, marchant dans la solitude et l'aveuglement de la grâce vers le but.Elle formulait un rêve et croyait à la gloire qui en découlerait, compensation que le sacrifice désintéressé est en droit d’espérer sans anticipation mesquine.Des légions se formèrent à sa suite, assez semblables au reste de la foule, si ce n'est par cette berceuse dans leur cœur qui enfante la joie.Thérèse TARDIF . "Le Moi de Monsieur Barrés" L'attrait exercé par Maurice Barrés sur la jeunesse trouve dans une certaine mesure son explication dans son culte de la volonté, dans ce goût du risque qu’il porte dans le domaine jusque là réservé de la personnalité humaine, dans cet art enfin avec lequel il pense les sensations, en fait l'objet de méditations spirituelles quintessenciées et le moyen de la conquête d’un “moi" infiniment riche et complexe.Barres, jeune écrivain presque inconnu, voulant se soumettre à un intercesseur, le choisit dans la personne de ce Loyola qui représente à cette époque tout ce à quoi les incroyants, dont il est, n'osent pas faire face et, si je puis dire, de la façon la plus désagréable qui soit, même pour un grand nombre de catholiques.Et ce ne fut pas par parade qu'il prononça ce nom, car l'Homme Libre marque déjà l'influence de l'intercesseur à qui il a demandé comme à Sainte-Beuve et à Constant une méthode pour l'enrichissement de son individualité.Barres fut un homme qui voulait voir clair en lui, à un moment où, comme le note M.Paul Pochet, toutes les valeurs étaient brouillées.Puis comme l’analyse ne suffisait pas, que c'était construire, son idéal, il emprunte la discipline de Loyola.A travers la politique et la littérature, car il est passé par toutes les tentations subtiles, il accède enfin à la lumière et en 1912 il écrit: "Au-dessus de la nature, il y a un Dieu qui, un jour, nous a envoyé son Fils pour nous dire: "Je suis là".M.Paul Pochet, dont l'essai intitulé “Le Moi de Monsieur Barrés" 1 est un hommage touchant à la mémoire du poète de Sous l’oeil des Barbares, a bien compris le sens de la fécondité de ce génie quand, dans un élan lyrique, il lui demande: “indi-que-nous moins le but que les méthodes" ."enseigne-nous l’inquiétude et l'insatisfaction".Le "Moi de Monsieur Barrés" est un essai touffu, où l'auteur veut trop faire entrer dans ces parallèles entre notre époque et celle où vivait Barrés, mais c’est un livre attachant, plein de spontanéité et de maladroite tendresse.R.C.1 Aux Éditions de la Cité Chrétienne à Bruxelles.ta La vie recluse en poésie Ce discours est si secret qu'il ne nomme même pas l'ultime.Un "il" imprévu et humble oblige à plonger au fond, non pas à se saisir d une idée, ou d'une figure, mais à s'abandonner à une présence innommable.(P.74.) Les beautés charnelles sont méprisées.Patrice de la Tour du Pin emploie toujours les formes de phrase les plus elliptiques afin de laisser au sens métaphysique des mots toute sa vigueur.Voici des arêtes vives qui font un dessin à la pointe sèche, qui ne vibre presque pas, mais qui est un signe de réalités mystiques ou poétiques.— Il faut donc faire une continuelle transposition; transposition que ne peuvent tenter que ceux qui ont déjà fait l'expérience poétique.Mais l’œuvre de La Tour du Pin doit être moins altière et laisser filtrer ce qui est le sens même de la poésie, la lumière de ces sommets intérieurs, et baigner toutes les formes de manière à les rendre plus compréhensives.Il semble que dans la Vie recluse,1 ce qui est le plus délié, où une musique commence, se comprenne le mieux et que le plus péremptoire, le plus nu, n'arrive pas à nous éclairer.C'est ainsi que pour avoir laissé des mots à image comme "portée " et "courant ", sans image agrandissante, ceux-ci risquent d'alourdir la méditation, d'y apparaître comme des pierres difficilement maniables et, aussi, parce qu'ils ne furent pas rendus transparents, de nuire à la compréhension de l'œuvre.Robert EL IE ! PS.— Nous ne pouvons ignorer les trois études de Daniel Rops qui complètent le cahier."Reconnaissance à Rilke", particulièrement, est un très beau témoignage./ Plon, edit., coll."Présences", par Patrice de la Tour du Pin i La vie profonde de saint François d'Assise Le passage de Ghéon a porté à son plus haut point l'affection qu'on lui avait voué au Canada.Il a trouvé ici un public capable de communier à son "théâtre pour le pcupJe fidèle." Il est heureux que nous recommencions, à Montréal, à nous intéresser ù l'art dramatique par ce théâtre chrétien, qui n'est pas le seul théâtre, ni le seul chrétien, mais qui est une belle réussite de cet art populaire où s'exprime une foi vivante et créatrice.Le M.R.T., anciennement, section française du Montreal Repertory Theatre qui a monté naguère l'admirable Noé d’André Obey, a commencé sa saison par le Saint François de Ghéon.La pièce a obtenu un grand succès, à tel point qu'on a dû ajouter des représentations à celles qui étaient prévues Une des meilleures pièces de Ghéon, une des plus centrées, en dépit du dernier acte, le Saint-François demandait un grand effort à l’acteur du rôle titre.M.Leduc a bien soutenu ce rôle écrasant, trouvant des accents très justes, en particulier dans la scène de la ballade "Je suis un fils du roi".Frère Léon a été joué avec toute la naïveté, l'abondance et la générosité voulues.Les décors, bien savoureux, surtout celui de la scène du sermon aux oiseaux.Nous remercions M.Mario Duliani d’avoir monté avec conviction ce drame de la générosité totale, du don complet de François qui a tout quitté pour l'amour de Dieu, créateur de toutes les bonnes choses, de notre sœur la Terre, de notre frère le Soleil, pour l'amour de notre frère Jésus.Il faut absolument que le M.R.T.français nous donne ce théâtre dont nous avons besoin.Qu’il ne craigne d’avoir de l'audace et que tous ceux qui sont groupés autour de lui se mettent au travail avec ardeur.C.H.t J » ’ M.Bernard Fay M.François Mauriac, dans Temps present, a relevé les quelques paroles obligeantes qu'un gentil (?) écrivain français catholique, professeur au Collège de France, M.Bernard Fay, a laissées tomber négligemment devant un auditoire montréalais, il y a quelques semaines.Nous aurions voulu que ce numéro de la Relève paraisse assez tôt pour prouver que nous avions déjà senti la bassesse d une attaoue comme celle que s'est permise M.Fay et montrer à nos amis de France que nous ne laisserions pas passer sans commentaires de telles choses.Nous ne sommes pas les seuls d'ailleurs à penser ainsi et nombreuses furent les désapprobations dans l'auditoire "En ce qui me concerne, écrit M.Mauriac, je lui pardonne bien volontiers, et je trouve même assez comique ce qu’il a osé dire de mon œuvre.Mais bien que je nourrisse peu d'illusions sur les hommes, j'avoue que je n'eusse jamais cru qu'il se trouverait chez nous un écrivain, un membre de l'Université, pour sc livrer, à propos d'un de nos confrères, et devant un auditoire étranger, à une allusion abominable: ‘M.X.a deux instincts, l'un dont je ne parlerai pas.'." Nous voulons protester ici contre de tels moyens de critique.Si on est opposé à certains écrivains, à leurs idées, à leurs positions doctrinales ou politiques, qu'on les attaque franchement, sur le plan même où l'on diffère d'opinion avec eux.Qu'on ne choisisse pas l'arme de l’insinuation.Les auditoires canadiens ne sont pas destines à accueillir la rancœur d’écrivains jaloux de leurs confrères et incapables de leur dire à la face le mal qu'ils en pensent secrètement.Ce n'est pas seulement au nom de notre amitié pour des écrivains catholiques ou non catholiques que nous protestons.C’est au nom de tous ceux, à Montréal, qui sont prêts à se déranger pour entendre les maîtres de la pensée française qui veulent bien venir nous exposer leurs idées et aider au développement de notre culture.Nous avions de l'estime pour M.Fay, parce qu'il nous semblait un écrivain de valeur, un historien digne d'être écouté.Nous avons été déçus.mâ I LA RELÈVE 222 Et c'est au nom de la justice et de la charité que nous protestons.La vérité prend des moyens plus dignes pour se faire connaître.La RELEVE Les personnes qui désirent rencontrer les directeurs peuvent communiquer d'avance, soit par lettre, soit par téléphone, avec Paul Beaulieu aux bureaux de la revue ou avec le rédacteur en chef, Claude Hurtubise, à 340, ave Kensington, Westmount, Fltzroy 8658.L'abonnement d'un dollar (à 10 cahiers) est payable par mandat ou par chèque au pair à Montréal aux bureaux de la revue, 36, avenue Roskilde, Outremont.Téléphone: CA.7562.Livres reçus à la Rédaction Desclée de Brouwer .Joseph-Armand Passerai-, Un juste proscrit.L’Instinct, études de psychologie animale, "Questions disputées".Questions de conscience, "Questions disputées".Introduction à l’exégèse du Livre de Ruth de l'abbé Tardif de Moidrey, avec le texte de l’exégèse.Du sens et de la fin du mariage.Coll."Moralia”.Pierre Debongnie, C.SS.R.E.Jannsens |.Maritale P.Claudel.Dr Herbert Demi Plon Charles de Gaulle La France et son armée, “Présences".Grasset Le Problème basque, vu par le cardinal Coma et le président Aguir- Dr de Azpilikoeta re.fat ymJST 0ENERAL DU (ANAPA CONSEIL D'ADMINISTRATION Président : le sénateur J.M.Wilson Vice-président: le sénateur D.-O.L’Espérance Vice-président: M.Beaudry Leman # Messieurs L’Hon.Jacob Nicol, c.r.Alfred-H.Paradis L'Hon.J.-E.Perrault, c.r.Le sénateur Donat Raymond Léo-G.Ryan L’Hon.Geo.-A.Simard C.-E.Taschereau Arthur Terroux L.-J.-Adjutor Amyot Joseph Beaubien L.-E.Beaulieu, c.r.Georges Belleau J.-T.Donohue Sir Georges Carneau Mendoza Langlois Charles Laurendeau, c.r.Rcnc Morin, n.p., directeur-général Louis Trottier, trésorier Jean Casgrain, secrétaire Capital versé, $ 1,105,000.00 Biens en régie, $72,748,604.00 EXECUTEUR TESTAMENTAIRE — ADMINISTRATEUR FIDUCIAIRE — AGENT FINANCIER.71, rue St-Pierre QUEBEC 112, rue St-)acques ouest MONTREAL \ ! Secrétariat de la Province Ecole Polytechnique de Montréal Electricité, Chimie Industrielle, Dessin, Machines thermiques, Chemins de fer, Mines, Constructions civiles, Béton, Mécanique, Machines, Arpentage, Hydraulique, Travaux publics, Génie sanitaire, Ponts, Métallurgie, Essais des matériaux, Architecture, Géologie, Minéralogie.?Honorable Albiny PAQUETTE ministre JEAN BRUCHESI sous-ministre t 1 '
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