La relève, 1 mars 1939, Mars
! Imprimerie Le Devoir MONTREAL \ eiewe CAHIERS PUBLIES SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET DE PAUL BEAULIEU ENTRETIEN AVEC MARITAIN SUR LA DEMOCRATIE CLAUDE HURTUBISE ROBERT EUE .Sa Sainteté Pie XI Le discours au monde de Claudel 225 231 ROGER LA PALME Fax 233 SENS ET FIN DU MARIAGE par JEAN LE MOYNE Chroniques Espoirs en l'Amérique : « L'Extrémisme catholique » de P.- H.Furfey , Nouvelle mentalité politique eux Etats-Unis, Une revue catholique : « Common weal » La fin de l’Après-guerre — C inquième année.8e cahier, 4e série 10 cents MARS 1939 Société d’Administration et de Fiducie (Administration and Trust Company) fondée en 1902 Administration de successions Gérance d'immeubles et de fortunes privées Garde et gestion de portefeuilles A / A VOUTES de SURETE Siège social: MONTREAL 5 est, rue Saint-Jacques (immeuble du Crédit Fonder Franco-Canadien) AGENCES Québec — Winnipeg — Regina — Edmonton — Vancouver La Relève rédacteur en chef : CLAUDE HURTUBISE 36, avenue Roskilde, Outremont, Montréal 8e cahier 4e série Sa Sainteté Pie XI La mort de Sa Sainteté Pie XI a terminé un long pontificat, l’un des plus glorieux, des plus grands qu’ait vécus l’Eglise.Innovations et réformes audacieuses, création ou mise en marche définitive de mouvements aussi essentiels que l’essor missionnaire, l’Action Catholique, élaboration de la doctrine sociale de l'Eglise, règlement de la Question romaine, pour stimuler la piété des fidèles: canonisations nombreuses, institution de nouvelles fêtes religieuses, réforme liturgique, en particulier le retour au chant grégorien, tels furent quelques uns des accomplissements de ce règne.Admiré par tout l’univers pour son autorité morale, sa sainteté, son dévouement à Dieu, son labeur immense, Pie XI, exténué de travail et de douleur a donné sa vie pour la paix.Les hommes d’aujourd’hui et l’histoire se souviendront de celui qui en maintes circonstances, sans crainte, s’est opposé fermement à l’erreur, l’a condamnée du haut de la chaire suprême, toujours miséricordieux pour les hommes que le mal avait touchés mais sans compromission ni faiblesse devant ce mal.Moins que toute autre chose,nous n’oublierons pas la voix du Pape, cette voix qui, déjà affaiblie lors de son discours à la radio à Noël 1936, n’était plus qu’un souffle, l’automne dernier, la veille de “Munich”.Personne n’oubliera les sanglots de cette voix.Des saints ont prié e^ pleuré pendant ces terribles journées de septembre, mais c’était dans la solitude et le silence.Comme eux, le Cardinal Ratti aurait pu cacher son angoisse.Le Pape ne le pouvait pas.Le Vicaire du Christ, l’homme qui possède ici-bas la plus haute autorité, l’homme le plus élevé en gloire et en ¦ ! La RELEVE 226 majesté sur cette terre et qui pour cette raison habite les plus hautes tours do la solitude, cet homme a voulu comme son divin maître s’abaisser à pleurer devant ses disciples, devant tous ses fils, au moment d’offrir sa vie comme Lui.Depuis que la maladie l’avait frappé, Pie XI, sans rien perdre de sa vigueur, et de son dévouement inflexible à la vérité— ce sont les années qui suivent cette maladie qui ont vu les foudroyantes condamnations du communisme, du racisme, du nationalisme exagéré — Pie XI avait encore grandi.Son coeur, de plus en plus sensible aux appels de la souffrance qui montaient vers lui de toute la chrétienté, de tout l’univers non-catholique même, cherchait jour et nuit—il a dit lui-même qu’il ne dormait plus—à faire régner l’amour entre les hommes.Lors de la bénédiction de la Basilique de Lisieux, Pie XI disait à la radio: “Prions enfin qu’Il veuille accorder un peu de tranquilité dans l’ordre et dans la paix au monde troublé et bouleversé !.Prions pour nos âmes, ces basiliques vivantes .Prions pour les prêtres qui en ont la charge .Priez pour Nous, Nous prions pour vous, Priez les uns pour les autres afin de vous sauver.’ ’ Je ne sais rien de plus émouvant que cette insistance apostolique à nous demander de prier les uns pour les autres.Sa tendresse surnaturelle pour les hommes, pour le Corps mystique du Christ, le poussait irrésistiblement à parler de cette communion des Saints qui est le fondement de l'Eglise, lui faisait infailliblement trouver les mots et l’accent qu’il fallait pour amener les fidèles à cet amour réciproque, les mots et l’accent, toujours les mêmes depuis le Christ, ceux de l’apôtre saint Jean dont il semblait que Pic XI se rapprochait chaque jour un peu plus par son grand amour : “Mes petits enfants, aimez-vous bien les uns les autres”.' [Sgi ; -.»¦ !?Pie XI, qui fut le Pape des grandes actions, qui résista à toutes les puissances du mal, fut aussi le Père qui priait pour ses enfants et pleurait devant eux.Claude HURTUBISE.i" Entretien avee Jacques Maritain Au mois de novembre dernier, deux membres de La Releve, Paul Beaulieu et Claude Hurtubise, se sont rendus à Toronto pour y rencontrer M.Maritain.Au cours des entretiens qu’üs ont eu la joie d’avoir avec celui que Stanislas Fumet appelle “le Docteur angélique des temps modernes”, ils ont pu causer avec lui des problèmes qui ont toujours retenu l’attention de La Releve, en particulier du problème des relations entre la religion et la culture et du problème du régime temporel, de la démocratie.Ils ont tenu à le questionner surtout sur l’état de ces problèmes en Amérique.M.Maritain ayant accepté de donner une interview à La Releve sur ces sujets, un questionnaire lui fut envoyé avant son départ pour Paris.Nous avons aujourd’hui le plaisir de publier cette inter- view.En Europe, lea fascismes qui gagnent partout vont-il refouler le catholicisme, le réduire à des petits groupes, des petits ilôts de saintst Est-ce le retour aux catacombest Les masses seront-elles encore plus profondément perdues pour l’Eglise à cause de ces mystiques nationalistes, à cause de l’abolition de l’enseignement chrétienT Je pense qu’il en serait ainsi, si l’esprit totalitaire gagnait toute l’Europe.Ce n’est encore là, grâce à Dieu, qu’une menace.Les masses, surtout les classes ouvrières, vont-elles vers le communisme ou plus loin encore, vers l’anarchisme t La bourgeoisie, elle, tend vers le fascisme.N’y aurait-il pas une chance de salut dans l’union des ouvriers, des paysans et de la petite bourgeoisie autour d’un idéal de démocratie vraief Oui, je pense que l’idéal d’une nouvelle démocratie, organique et pluraliste, et fondée sur la dignité de la personne humaine, image de Dieu, peut seul sauver la civilisation.? La Rkleve 228 Mais il faut pour cola un redressement héroïque dans l’ordre intellectuel et moral.Et le problème social, le problème du dépassement du capitalisme, est là certainement aussi grave que le problème politique.En Amérique, y-a-t il assez de forces jeunes pour surmonter le matérialisme de la civilisation américaine et faire fleurir un humanisme intégral?Sauront-elles, ces forces jeunes, éviter la tentation de prendre des moyens trop rapides et trop artificiels, et choisir les moyens pauvres, plus lents t J’ai grande confiance dans l’Amérique.Une de mes joies a été de constater à quel point on y a conscience, à l’heure actuelle, de la mission qui lui incombe à l’égard de la civilisation.Il est bien vrai, d’autre part, que pour s’acquitter de cette mission le tempérament américain doit se garder de l'impatience et des prompts découragements qui la suivent.La tradition politique américaine ne scmblc-t-clle pas, en un certain sens, singulièrement mûre, véritablement attachée à la liberté, aux moyens d’expression de l’opinion publiqueî Les Etats-Unis n'ont-ils pas réussi cette fédération d’Etats à laquelle l’Europe aspireî Mais cette fédération aurait été faite autour d’un idéal de civilisation bien moyen, bien médiocre.Une conception plus haute, jusqu’à la crise mondiale, n’avait pas chance d’être acceptée; on ne paraissait même pas prêter attention aux avertissements de ceux qui constataient le niveau médiocre de l’idéal commun.Y-a-t-il moyen, maintenant, de soulever cette masse, de l’amener à une conception plus élevée, plus large de la civilisation, sans, la désunir, sans que les résistances de ceux, d’une part, qui ne veulent pas d’un idéal plus haut, de ceux, d’autre part, qui veulent prendre des moyens mauvais (communisme-fascisme) n’occasionnent des luttes nui briseront l’ensembleT Oui.je crois qu’il y a encore moyen d’opérer ee redressement.Tout ee que vous venez de dire exprime fort exactement les espoirs que je rapporte de mon récent voyage aux Etats-Unis, et dont j'ai eu l’occasion de parler dans une conférence ¦ ! ¦w Entretien avec Maritain 229 dont Temps Présent a publié la conclusion.L’élaboration d’une nouvelle démocratie, chrétiennement inspirée, est plus facile en Amérique qu’en Europe, en ce sens qu’au XIXe siècle le divorce entre l’idée démocratique et le sentiment religieux n'y a pas été poussé aussi loin.Il y a donc moins d’obstacles, un terrain plus libre.Mais quel immense effort positif est requis ! L’élite intellectuelle américaine est-elle ouverte à la métaphysique, à une philosophie spéculative, se libère-t-elle du rationalisme, du pragmatisme?L’âge du pragmatisme américain me semble révolu, en ce qui concerne du moins la philosophie.Ce qui m’a le plus ému ces derniers mois, ç’a été de constater l’ardeur de la recherche métaphysique dans bien des groupes de jeunes gens—catholiques et non-catholiques—que j’ai rencontrés dans les Universités des Etats-Unis.La classe ouvrière a-t-elle pris conscience, comme en France, de son accession à sa majorité?Je n’ai pas fait d’enquête là-dessus.Je suis porté à croire que pour le moment la masse ouvrière américaine est dans un état encore assez inorganique.Quel peut-être le rôle des catholiques américains dans un pays dont la population est si indifférente à toute idéologie.Ce rôle peut être immense, s’ils comprennent qu’ils doivent coopérer à la recherche commune et ne pas se constituer en un monde fermé ! Les catholiques de tous les continents peuvent-ils songer au pluralisme en politique et en matière sociale?Les syndicats catholiques (voulus par les papes) peuvent-ils sans danger, chercher une plus grande force dans l’alliance avec les syndicats non-catholiques?Je crois que partout où les dictatures totalitaires, rouges, noires et brunes, ne s’installeront pas pour le malheur des hommes, le pluralisme est la solution de l’avenir.Quant aux problèmes posés par le syndicalisme, ils diffèrent selon les circonstances et selon les lieux.La liberté *¦ La Relevf, 230 syndicale et l’autonomie des syndicats catholiques sont des biens très précieux.Eu même temps, les problèmes concrets du travail obligent souvent les syndicats catholiques, sinon à s’allier avec les autres, du moins à coopérer avec eux dans des rencontres et des “cartels”.Comment concevez-vous la refonte (le la démocratie dans le sens de celle que vous appelez communautaire et personnaliste?Pratiquement, les moyens pauvres pourront-ils gagner le temps à la course, railraper le temps perdu?Le mouvement se démontre en marchant.L’Occident n’a jamais tenté encore l’expérience des moyens de “la force de l’amour et de la vérité” dans l’activité politique elle-même.I I Au Canada, quelle est notre vocation?N’étant pas prêts, nous les Canadiens français catholiques, ni spirituellement, ni intellectuellement, notre politique et notre économique étant dominés par le capitalisme anglais, juif, américain, dans quel sens porter notre effort?Devons-nous chercher à faire le pont entre la civilisation européenne, et la civilisation américaine?U ne faudrait pas, j’imagine, par peur d’être nogé dans le matérialisme américain, nous refuser à des contacts étroits et nous replier sur nous-mêmes.Je suis heureux de vous entendre exprimer ees pensées.Je crois (pic votre effort doit d'abord être spirituel, je dis au sein même des choses profanes et séculières, tendre à christianiser la vie.—le reste viendra ensuite.Et comme vous je crois aussi (pie loin de vous replier sur vous-mêmes, Canadiens-français, vous êtes appelés à coopérer avec tous ceux qui, aux Etats-Unis (et plus généralement dans tout le continent américain) s’inspirent du même esprit que vous, —à coopérer, en cette période de nuit où l’union des h mines de bonne volonté est particulièrement urgente, au salut de la civilisation et à l’avènement d'une nouvelle chrétienté ! ( Interview par Claude ÎIURTL’BISE) I .' H; 1 I | ëZ l,v (liMMMirs au monde «le Claudel Un poète regarde la Croix.Les dernières oeuvres de Claudel furent travaillées sur place et leur langage se fait eu même temps que la pensée s’explicite.Plus que jamais cette prose est sans retouches et porte toutes les marques de sa lutte avec le réel.Voici qu’il ajuste des éléments, qu’à l’aide de légendes, de souvenirs, de remarques triviales, de grandes pensées, de mémoires d’aventures spirituelles, il redonne vie aux mots pâlis par l’habitude, anémiés par l’académismes ou, pour les besoins du moment, abstraits, détachés d’un contexte vivant.Tout ce remuement, ce grouillement qui fait penser aux personnages qui président toujours chez Rembrandt à la pure exaltation du Seigneur, les met bien en chair, incarnant dans ]n lnmm're non seulement ces conquêtes qui ressortissent à la description, à la fine observation, mais même les plus hautes et les plus altières qui supposent la voie difficile et nue de la métaphysique.Claudel déchiffrant le Mcssavc divin, l’acquérant au prix d’interprétations exégétiques, e* de cet entour précieux mais lointain de la philosophie, mais surtout considérant la vie du Christ, le retrouve dans sa vérité profonde et mystérieuse, réincarné, distandnnt le charnel parce qu’ouvert à l’infini, parce qu’exhalé par I Infini même, a la fois il retrouve les choses, ce monde, ces souvenirs et ces observations quotidiennes dans leur vérité, découverte, éclairée par le Verbe.k Ainsi ce que nous trouvons de si admirable dans ces c’est cette émotion première, mais, par une rare coinci- oeuvres, dence, enrichie d’un passé très nourri d’expérience et de méditation, une émotion si jeune qui est la découverte dans leur beau'é la plus nouvelle et des choses du monde et des choses de l’âme, et de ces éclats de la grâce qui manifestent la Beauté avec plus de fréquence encore et plus de variété, pour un regard attentif et approfondi, que tous les paysages.Il faut ainsi suivre ce prodigieux discours (car c’est vraiment La Rklevb 232 discours que l’oeuvre de Claudel, mais c|ui, o heureusement, ne relève pas d’une rhétorique : un discours plein de points d’ombre, qui épouse le mouvement de la vie, qui a sa profondeur comme la souffrance, sa hauteur comme une joie de pur amour, sa largeur à la mesure du monde comme un regard immense de poésie), car de 1 événement quotidien, des riches compositions du génie humain, de la Bible qui a signification à perte de vue”, le poète recueille pour l’âme une liqueur substantielle.Il semblerait que parfois, irrésistiblement, l’on veuille reprocher à ce livre sa trop abondante richesse.Nous voudrions que cet art se réfléchisse lui-même comme chez un Baudelaire ou un Racine, car il est vraiment impossible de lire le commentaire de la Septième parole sans chavirer un peu.Mais ne serait-ce pas méconnaître les fondements même de l’oeuvre de Claudel, ce grand Baroque?Ne pourrions-nous pas regarder à la lumière de cette pensée, à savoir que un une ) I toute son oeuvre chez lui, toute discipline, toute contrainte, le verset, les règles du théâtre, ne sont là que pour l'élan lyrique et nullement pour les jeux de la raison, pour endiguer sa poésie afin d’élever son niveau et.qu’à mesure que le poète étend son assurance, élargit son expérience, ce n’est, pas l’élan qui perd de sa puissance, mais la contrainte de sa rigueur ?Et l’on dirait qu’aujourd’hui, entré dans l’âge de la sagesse, dans cet âge rafraîchi par une sûre promesse, le poè’c n’est plus porté à discuter de ses positions, mais à chan'er sans plus de bornes sa foi et son espérance.11 est sûrement permis de préférer cet a~t réfléchi et même, chez Claudel, les neuves où il use d’intervalles qui élargissent le discours d’un sens secret, mais il est impossible insensible à la richesse de cet ensemble sans pitié à l’abondance lissée, c’est-à-dire i de rester pour conduite et goûtée à juste mesure, des tapisseries.Quel motif ne reçoit pas du tout la lumière qui le clarifie, quel ensemble n’est pas assuré par l’innombrable évènement qui l’a préparé?Nous disions que Claudel était un Baroque, et n’image-t-on pas que pour considérer la Croix il s’est armé de l’immense appareil d’un Michel-Ange, et qu’il est entré dans son sujet le lecteur, comme 1 iU Claudel 233 avec l’amour jaloux qu’eut le peintre pour le Jugement dernier?Rien ne paraît négligeable pour un tel dessein, et justement l’élan lui-même emporte tout le fatras d’anecdoctes, brûle tout et l’éclaire.Cet art n’est, pas méditatif, réflexif, il n ’est pas mystique ; ce qui le soulève, c’est plus une haute intention de l'intelligence, un compréhension sûre et exaltée par la foi et l’espérance, élargie par une expérience nombreuse.Et cet art, s’il est toujours éloquent, combien souvent, grâce à cet élargissement de l’intelligence par la foi et 1 espérance, ne dépasse-t-il pas l’éloquence et ne rend-il pas le plus noble témoignage de la Croix.Art baroque, mais du poète qui se saisit du charnel dans sa beauté et sa puissance révélées.Art où le bric-à-brac du monde est largement perceptible, mais où étrangement, sa voix a une tout autre sonorité, envahie qu’elle est par l’exhalation profonde du Verbe.I Robert ELIE.Pax Il y a quatorze siècles 8.Benoît ouvrait sur le mont Gassin une école du service du Seigneur.Il voulait dans les conditions troublées de la société d’alors réapprendre chrétiens la vie de l’Evangile.aux Les disciples devinrent bientôt si nombreux qu’il fallut essaimer.Avant de les voir se disperser, S.Benoît voulut leur don-un code de la vie bénédictine qui lui permettrait de diriger ses fils où qu'ils se trouvent dans le lieu et dans le temps.L’Ordre monastique était fondé.La Règle était écrite.Au cours des âges, des saints et des saintes innombrables sortirent de cette ccole.nor Depuis vingt-cinq ans que nous avons chez nous un monastère bénédictin, combien le savent?Allons y faire une visite. La RELEVE 234 Dieu vous a fait la grâce d’une retraite à Saint-Benoît-du-Lac.Vous oubliez vos tracas journaliers, et, déjà allégé à la porte du monastère.Il est trois heures.vous venez sonner En grandes lettres de bois, un mot enjambe sur le linteau : FAX.Ce mot.vous le retrouverez partout ; c’est la devise de la famille bénédictine, c’est le but vers lequel elle tend, c’est le sentiment qu elle inspire à ceux qui 1 approchent.Votre première visile est pour le Maître du lieu.Le 1 ère hôtelier vous conduit à l’oratoire par un corridor que les rallonges successives ont parsemé de marches inégales.Une courte prière, pour demander à Dieu de bénir votre retraite, et suivez le Père jusqu a votre cellule.On vous remet la vous clef du monastère, une grosse clef de enivre forgé, et on vous laisse à votre installation.Vers quatre heures, une cloche s’agite qui ressemble à celle d’un servant de messe, une cloche d’école lui répond, mais son envolée est étouffée par la sonnerie brutale d’un timbre électrique.Dans le silence qui succède vous entendez comme clou rouillé que l’on projetterait par trois fois sur une pla-de fer; à ce signal, le bal des cloches recommence.La un que petite cloche de locomotive se trémousse sur le toit pendant que la grosse cloche de 1 angélus se balance lentement dans le kiosque.A l’un (le ees sons que vous apprendrez à distinguer, le Père hôtelier frappe à votre porte et d’un signe vous invite à le suivre.Après avoir traversé le choeur, vous prenez place dans une chapelle latérale.Les moines entrent et prient quelque temps en silence.Au signal que le Père Prieur donne en frappant son prie-Dieu d’un marteau de bois, tous se lèvent et les vêpres commencent.Le Dens in adjutorium grave et suppliant.Et la psalmodie vous enveloppe comme d’un manteau de paix.Le chant déferlé sur vous en vagues lentes; il vous soulève, vous emporte puis doucement s’affaisse.Un temps de silence, et 1 autre partie du choeur le reprend en crescendo, un repos au milieu du verset, un nouvel élan, et de .attaque vigoureuse, un une 1 1 1er Pax 235 nouveau la musiqc se cache dans le silence.Les vêpres vont finir et les distractions ne vous ont pas encore effleuré .Tout à coup vous remarquez la simplicité de cette chapelle toute en bois, qu’on n’a pas cherché à masquer d'imitations de faux marbres.L’autel est ce qu’il doit cire, une table.Les cierges sont des cierges et non des “machins en tôle avec des bouts de cierges dedans.Impression de vérité, de sincérité.Les vêpres sont finies.La communauté sort, vous suivez.Mais quelle n’est pas votre frayeur lorsque, voulant regagner votre chambre, vous apercevez dans la pénombre du couloir de grands fantômes noirs agitant de grands draps noirs.Heureusement le Père hôtelier vient à votre secours et bravement vous guide.Sur son passage les formes noires se rangent le long des murs et aucune n’essaie de vous grimper sur le dos comme la Corriveau, ou de vous entraîner à la danse comme les lutins de l’Ile d’Orléans.Vous ê'es saisi d’une grande admiration pour les pouvoirs étendus que semble avoir le Père hôtelier sur ces esprits d’un autre monde .Une autre fois, retardez un peu à suivre la communauté et vous verrez en passant dans ce couloir, les moines suspendant leurs longues coules aux crochets qui garnissent la paroi.Vous comprendrez.En approchant six heures, le earillonnage recommence: clous, cloches, timbres.C’est le souper.A l’entrée du réfectoire, le Père Prieur vous attend et suivant un cérémonial antique prescrit par S.Benoît vous verse un peu d’eau sur les doits.La table des hôtes est au milieu de réfectoire.Les repas se prennent toujours en silence, même le réveillon de Noël.A 8 heures, complies.L’oratoire est plongé dans les ténèbres et en entrant vous heurtez les agenouilloirs et tapez du pied les marches qui mènent à la chapelle latérale.La communauté glisse sans bruit dans la noirceur.Recueillement.Le lecteur, après avoir reçu la bénédiction, s’installe La Releve 236 sous une lampe qu’on allume pour lui et lit un passage d’un livre édifiant.Puis tout rentre dans le silence et dans la nuit.Douce, lente, tranquille, la psalmodie s’élève.Le travail est fini.Toute la journée durant, ils ont servi.Ils viennent prendre congé et demander au Maître de protéger maintenant le repos de ses ouvriers.Ht vous pensez à ces hommes qui uc sont pas comme les autres, à ces hommes qui toute la journée travaillent sans espoir de gain, qui ont dévoué leur vie à une tâche ne rapportant ni argent, ni honneur, qui se sont attachés pour toujours à l’Opvs Pci, l’Oeuvre de Dieu.De ces hommes, votre pensée chemine vers Dieu.Que doit-Il être pour justifier pareils sacrifices?Sans vous eu apercevoir vous joignez votre louange à celle du choeur.Eccc nunc benedieite Doniinitin, omnes servi Domini Qui stalls in ! ¦SET Sens et Fin du Mariage 241 nentc, non seulement de ses attributs, mais de ce que Saint Thomas appelle les moeurs de Dieu, l’intimité féconde, la plénitude de trois Personnes en une seule Nature.Organisés, faits l’un pour l’autre, les deux sexes s’appellent pour un complément réciproque permettant l’épanouissement total de leurs virtualités respectives.Mais le sexe déterminant la personne tout entière et celle-ci étant soumise à l’instabilité, au relatif de tout ce qui existe et s’exprime dans le temps, ce complément, s’il doit s’accomplir pleinement, nécessite l’union permanente de l’homme et de la femme.Tl est ordonné comme la personne par rapport à l’esprit; il doit en procéder.L’amour des personnes est de soi spirituel ; il embrasse la personne dans ce quelle a de singulier, d’unique.Don et acceptation réciproques d’êtres dont la destinée est éternelle, de personnes en relation étroite à la Personne absolue, l’amour vise de soi à l’éternité; on peut même dire qu’il la comprend.Il y a dans l’amour un don sans repentance.L’amour des personnes n’est pas nécessairement l’amour conjugal, mais dans ce dernier, il atteint une plénitude naturelle parfaite,puisque la différence sexuelle y est incorporée comme moyen d’expression de la singularité et de l’individualité de la personne.Connaissant l’existence des choses par les sens et parvenant à la science des essences par la même voie, il est impossible que “l’amour soit absolument indépendant de l’expression de la personne dans le corporel.” Dans cet amour qui est celui de personnes uniques, irremplaçables, qui ne peut être que celui de cet homme pour cette femme, l’acte sexuel en est l’expression, la communication sensible à l’un et à l’autre de “l’essence individuele comme telle.” Ces lignes sont capitales pour la bonne intelligence de la thèse de Doms.La communauté conjugale repose sur l’amour des personnes, sur la seule relation des époux l’un à l’autre.Théologiens et philosophes instruits par l'expérience ont noté que dans l'exercice de l’acte conjugal, surtout dans le cas idéal d’un mariage d’amour, le premier motif est le motif d’amour et non celui de procréation, lequel reste en arrière dans la conscience.S’il en est autrement on se verra forcé d’admettre que l'expérience de La Releve 242 l’amour est trompeuse et, avec certains moralistes au coeur vacant, certaines gens dits d’expérience et autres sages “sur le retour,” que l’amour n’est qu’une ruse de la nature pour atteindre sa fin: la conservation de l’espèce.L’expérience de l’amour ne trompe pas; mais nous, nous pouvons tromper l'amour.Envisage dans ces perspectives, pose comme expression de leur don mutuel de soi, l’acte sexuel devient pour les époux le moyen de s’acheminer vers leur perfection personnelle, il est leur propre devoir conjugal.“Il est donc l’acte second spécifique de la communauté conjugale comme telle.Il est par nature l’acte et l’actualisation de cette communauté.Les hommes possèdent selon des modalités, des qualités et des degrés divers une nature spécifique commune.Cette nécessaire pauvreté de chacun est la base de la société et, on le voit aussitôt, c’est par leur activité de personnes en tant que telles qu’ils agissent avec fruit les uns sur les autres.Commun à tous les animaux, on retrouve normalement chez l’homme, sexuellement différencié, l’instinct de reproduction, mais il engage en lui plus que la fonction, non seulement la nature, mais des personnes disposant librement et également d’elles-mêmes.S'il y a service au bien de l’espèce, “ce ne peut être que le service de personnes concrètes dans leur totalité indivisible.” Ce service à l’espèce, à savoir sa conservation par la naissance de nouveaux individus, résulte d’un achèvement que deux êtres humains de sexes différents ont trouvé l’un dans l’autre.Et c’est précisément la recherche réciproque de l’accomplissement personnel qui est l’objet de cet instinct élémentaire de notre nature.Le rapport des époux ne fait pas que leur valoir des biens d’ordre spirituel, psychique et matériel qu’une vie à deux comporte ordinairement, l'acte sexuel normal est “lui-même, au sens ontologique, un achèvement.” A vrai dire l’homme et la femme forment ensemble à ce moment un nouvel être; ce qu’expriment ces paroles de l’Ecriture: ils seront deux en une seule chair, et ce mot : deux âmes en un seul corps.Ils atteignent â une mystérieuse “unité d’être transitoire.” ' 1 ¦ ."I . Sens et Fin du Mariage 243 C’est en posant cet acte spécifique du mariage, c’est en actualisant pour eux-mêmes cette aptitude des personnes à s’achever en se communiquant l’une à l’antre corporellement que le père et la mère réalisent en même temps les conditions requises par la nature pour la génération.Bien qu’ontologiquement complet, l’acte conjugal n’empêche pas le mariage infécond de manquer d’un certain achèvement que la femme surtout éprouvera comme une insatisfaction.Mais alors son désir se portera sur elle-même, sur son propre accomplissement.Pour la femme l’enfant est un achèvement qui la porte à la perfection de son état de femme mariée.Pour les deux parents, les soins et l’éducation sont une haute école de perfectionnement.On voit que le rapport sexuel, considéré indépendamment de l’enfant, est en soi plein de sens et comporte un achèvement si grand que l’unité du mariage et sa durée en sont exigées par le fait même.ï (à suivre) Jean Le MOYNE Note: Les lecteurs que la question intéresse consulteront avec profit les articles suivant.Au sujet de Doms: les excellentes études du P.Benoît Lavaud, o.p.Sens et fin du mariage (Revue Thomiste, octobre 1938), Vers une nouvelle synthèse de la doctrine du mariage (Vie Intellectuelle, 25 novembre 1938).Dans ce dernier, le P.Lavaud cite l’article très favorable à Doms paru dans l’Osservatorc Romano du 21 mars 1938, les articles des PP.Paul Doncoeur, s.j.(Sainteté du mariage, Etudes, 5 juillet 1938), Olphe-Gaillard, s.j.(Mariage et spiritualité, Revue d’A cétique et de Mystique, juillet-septembre 1938), Gcrlaud, o.p.(M.Doms et le sacrement du mariage, Orientation).Livres sur le mariage récemment parus et de tendances ana-longucs à celles de Doms: Le Mariage par Dietriech von Hildebrand, o.s.b.(Editions du Cerf).Die Ehe, a Is gcwcihtes Le ben par Norbert Rocholl (On lira la recension que P.Lavaud lui avait consacrée dans la Revue Thomiste de juillet-septembre 1937.Questions connexes: Problèmes de la sexualité, cahier collectif de la collection Présences chez Plon.I ' Chroniques Espoir en I*Amérique "L'extrémisme catholique" de P.H.Furfey.Le problème des exigences de la justice que l’Evangile pose au chrétien devient de plus en plus angoissant pour chacun, mais trop peu encore parmi nous consentent à s’y arrêter.Un professeur de l’Université Catholique d’Amérique (Washington) M.Paul Ilanly Furfey nous le suggère dans une courte plaqette.(1) Admettant tout d’abord qu’à l’égard du monde—de ce monde dont Satan est le prince—le catholique a le choix entre deux positions: celle des modérés, prêts aux compromis pour obtenir au moins quelque chose,—ce fameux “moindre mal” dont ou abuse,—et celle des extrémistes, conscients de l’impossibilité d’atteindre la perfection mais sachant qu’une tension toujours plus forte tiendra de plus en plus en échec les forces du mal, l’auteur s’applique à prouver que seule la dernière position est selon le véritable esprit de l’Evangile.Le Christ est notre modèle.Et qu’a-t-il fait, sinon porter témoignage sans cesse pour la plus absolue vérité; ami du pauvre contre le riche dont il venait troubler la quiétude.M.Furfey n’a aucune difficulté à montrer que notre monde est bien semblable à celui où vécut le Christ et que, par conséquent, les catholiques ne doivent pas agir différemment de Lui! Pour s’être opposé résolument à l’injustice sociale, aux intérêts égoïstes des riches le Christ, haï des Pharisiens, fut mis à mort.Le chrétien ne doit pas fuir l’inimitié du monde, son témoignage nécessaire doit nécessairement la faire naître “Si jamais, écrit M.Furfy, nous réussissons à faire comprendre notre message aux riches injustes, ils cesseront de persécuter les communistes et commenceront à nous persécuter.Le communisme n’est pas grave.Nous sommes les vrais ennemis des privilèges particuliers.” (1) L’extrémisme catholique aux Editions de Cité chrétienne, Bruxelles, 2.25 frs.1938.Pi m il Espoir en l’Amerique 245 L’auteur n’a nullement ! ’intention d’exviler 1‘s cathn-1 if]lies à la démagogie, ù la haine des rielies.Comparait le communiste au chrétien, il fait bien remarquer que le premier est prêt à tuer son adversaire alors que l’autre ne désire que ¦' a .tiir.Cependant “comprenons que les riches ne doivent vire tolérés que s'ils veulent humblement se conformer à l’idéal de l'Eglise.Nous n'avons pas un tel souci de les voir parmi les protecteurs de nos collèges, ni dans les comités exécutifs de nos oeuvres catholiques.Nous ne sommes pas particulièrement fiers d’eux.Les Encycliques ne sont pas des textes niodrrrs; impitoyablement lucides à signaler le mal.tout en étant remplies d'une charité ardente, elles affirment avec puissance les dernières exigences du catholicisme vrai, qui est extrémiste.Nouvelle mentalité politique aux Etat>Unis.Cette plaque te qui nous vient des Ht as-Unis acquiert de ce fait un in érêt particulier.Voilà certes une v >ix rue nous n ’entendons pas souvent eh nous prése v une pcnv'" au ; an hevtiqu m ml révolut'on-ii a ire.—chrétienne,—que celle ipv nous v - uns de signaler, nous sommes étonnés.Toute la politique aux E ats-Cnis .semblai" jusqu ’i"i se ramener à l’économique.Depuis la crise, nntamme “ depuis n à cause de la “dépression’’ qui recommence,—preuve que la crise v.’est pas finie, pas résolue.—cette politique a pris un nouvel aspect : la tragique y a fait son entrée.Le budjet ne se débat plus uniquement autour du mouvement des capitaux mais sous la menace de vies en danger et de sursauts de désespoir à éviter, et même, pour les plus humains, soucieux du destin spirituel de leur prochain, sous la menace de le voir s’anéantir dans la misère.Des grèves ont é datées depuis un an, des hommes en révolte, tués ! La vie politique américaine accède à l’humain, du moins par les problèmes qu’elle se voit ou igé d’attaquer, par son ambiance, par le murmure qui commence dans l’opinion.Les solutions son.encore trop Jimt.;cicie.->, trop artificielles, parce que la machine adminis’raLve n’a pas toujours été humaine, voisins, quand r.c- ii La EELEVE 246 ni conduite par des hommes, parce (pie la souffrance du peuple n’a pas encore été assez grande, assez consciente pour détruire l’idéal matérialiste de puissance et de richesse qui semble le fondement de la civilisation américaine, parce que la pensée politique chez nos voisins n’a ni assises religieuses, ni assises philosophiques justes, et celle qui commence à chercher des meilleures bases est encore sans influence.L’armature du pays, le fondement des institutions publiques et privées, tout est capitaliste aux Etats-Unis.Et chaque fois que des hommes,—rares, il est vrai—ont voulu injecter un peu de sang chaud dans cette formidable machine, toutes les voix puissantes du capitalisme ont étouffé leur propos cl la plainte du peuple souffrant.Conçoit-on que sans révolution violente l'économie américaine puisse être humanisée jusqu’à donner le pas au social?Un des signes les plus rassurants est, sans aucun doute, les réactions favorables des milieux intellectuels américains et de la grande majorité du peuple au remarquable discours du Président Roosevelt lors de l'ouverture de la session du Congrès, le 4 janvier dernier.Pour la première fois depuis longtemps un président des Etats-Unis ne craignait pas d’affirmer devant tout le pays et tout l’univers que le fondement de la véritable démocratie et de la paix internationale devait être cherché dans la religion.Même si celui qui a prononcé ces paroles n’y a pas accordé plus qu’une valeur d’opportunité politique, cela serait déjà considérable qu’elles aient été prononcées, et surtout qu’elles aient été l'occasion pour nombre de personnes d'y réfléchir et d’y réagir comme elles l’ont fait.Nous croyons cependant que celui-là y croyait, qui les a prononcé.Roosevelt est.certes, un politique très habile, possédant un sens aigu de l’opportunité d’un acte ou d’un geste ou d’une parole ; il manque, non moins certainement, d’une philosophie politique solide et organisée, d’une philosophie tout court, mais il serait difficile de dire que ce qu’il affirme, il ne le pense pas.Devant le manque de préparation de l’opinion politique des différentes classes américaines pour comprendre la nécessité, et surtout, le sens d’une reconstruction des institutions publiques, il était diffi- i# ¦ I I H Espoir en l’Amérique 247 cile pour Roosevelt, même s’il l’eut voulu, d’accomplir en quelques années une révolution radicale tout en respectant les principes essentiels de la démocratie, c’est-à-dire les droits de la personne.Quand aux moyens dictatoriaux, plus rapides peut-être, on sail qu’ils produisent en fait de justice 1 Malgré la lenteur de l’évolution intellectuelle des masses américaines, indifférentes à toute idéologie, même la moins spirituelle, il est manifeste que depuis six ans, la pensée politique aux Etats-Unis a beaucoup progressé, grâce à une petite élite, elle, très active, ouverte à toute recherche, à toute remise en question des idées, des principes considérés jusqu’ici comme intangibles.Une revue catholique: "Commonweal".I Des groupes de plus en plus importants s’efforcent aux Etats-Unis d’améliorer la civilisation propre à ce pays, et parmi ceux-là, les catholiques sont aux premiers rangs.Une revue hebdomadaire catholique est publiée à New-York depuis plusieurs années, Commonweal, dont les rédacteurs s’inspirant du thomisme, des grands mouvements de renouveau catholique d’Europe, mais sans perdre leur liberté d’esprit, leur façon de penser américaine, portent sur l’actualité mondiale, sur les problèmes propres aux Etats-Unis, des jugements chrétiens.Ces écrivains font preuve d’une audace remarquable, d’une franchise à laquelle seuls quelques groupes de chrétiens français et anglais nous avaient habitués.Nous sommes heureux qu’existent aux Etats-Unis des groupes correspondant aux efforts de ceux qui en Europe tentent de refaire la chrétienté, heureux surtout que cette collaboration se fasse sans perte d’originalité.Il est particulièrement réconfortant de rencontrer, comme à Commonweal, des écrivains connaissant à fond les choses d’Amérique, les problèmes économiques, politiques et spirituels des Etats-Unis, capables d’expliquer les réactions de la mentalité américaine, et qui ne regardent pas ces choses les yeux aveugles de 1 idéalisme libéral, les yeux étroits avec du capitalisme ou du socialisme, mais avec le regard clair du chrétien, du thomiste, qui voit plus loin, plus universelle- La Iîeleve 248 ment et plus vrai (pie les prétendus réalistes.Dans un numéro récent, le jugement que porte Commonweal sur les expropriations de gisements pétrolifères et de fermes accomplis par le gouvernement mexicain en étonnera plusieurs.Commonweal n’hésite pas à affirmer que le gouvernement du Mexique avait raison, devant le refus des compagnies propriétaires d’accorder des salaires plus justes et plus en accord avec les énormes profits qu’elles empochaient, de recourir au moyen radical de l'expropriation.Surtout si 1 ou considère que ces compagnies ont gagné en quelques années dix fois plus que la mise initiale et que le gouvernement s’est déclaré prêt à racheter ces propriétés à un prix raisonnable devant être déterminé par un tiers arbitre.On ne s’est rallié à ce moyen violent qu’après de longues négociations et après un jugement de la Cour suprême du Mexique ordonnant aux compagnies de donner des salaires plus élevés.A l’égard de ces fantastiques puissances financières, monstres anonymes sans contrôle, la force légale des Etats doit être audacieuse.Ces puissances sont lâches, elles ne reculent pas devant la concussion, la trahison, le déclenchement d'une guerre, l'assassinat de quelques individus, mais un mouvement national ferme soutenant un gouvernement résolu peut les abattre.Les démocraties devraient suivre l’exemple que leur donnent les régimes fascistes: leur mépris de l’argent et leur façon courageuse de traiter avec ses puissances.Te parle évidemment de certains de leurs chefs, de la majorité des partisans, de I attitude du régime en général, car.là comme ailleurs, on i mvo des profiteurs.A propos de la conférence panaméricaine de Lima, Commonweal, avec cette façon directe c constructive qu’il a d ai niquer les problèmes, a mis en garde le gouvernement de Wnshi, gtou 1'¦••pinion du pays contre la tendance qui consiste à void >ir domi :er les deux Amériques au profit de l’économie capitaliste des Etats-Unis.Los 22 républiques américaines ne doivent pas être considérées comme des marchés et des subsidiaires de l'industrie de la vingt-troi- Espoir en l’Amérique 249 sième, les Etats-Unis doivent respecter la souveraineté de ces peuples, leur civilisation, leurs conceptions politiques, ne doivent pas chercher à leur imposer par la force des armes ou de l’argent un état de chose qu’elles ne voudraient pas.Devant quelque problème que ce soit.Commonweal ne perd jamais de vue ,cs exigences de la justice pas plus d ailleurs que celles des réalités temporelles terrestres.sujet, du Mexique, des relations avec les Amériques qu’au sujet des réfugiés juifs, du 1 Orient et la Chine, ses rédacteurs n’ont garde d’oublier qu’d s’agit, en dernier ressort, de personnes humaines, de vie droite à mener pour tors et qu ’alors, la voracité financière doit être comha'tuc.Et tant au commerce avec Le problème américain, comme celui de toutes les autres grandes puis a-,ces.selon Commonweal, n’est pas de conquérir chaque jour de nouveaux marchés à l’étranger, d’une part, au détriment, de ces peuples étrangers qu’on maintient par là dans une relative pauvreté et un dépendance coin ni’te des industries dos Etats-Unis, d’autre part, an profit d s producteurs américains s’enrichi- •.ant chaque jour un peu plus.On u'améliorera pas par ces moyens le sort du peuple américain, ce n’est pas en angmeu ant d’une façon inouie la rn-hesse des riches que le pauvre sera moins pauvre! tout si c’est aux dépens d’autres peuples plus sur- pauvres encore.La racine du mal.c’cs' la mauvaise distribution de la richesse.Aux Etats-Unis, des surplus d’or, une surproduction eu 'ont, en produits industriels, en produits de la terre et, onze millions de chômeurs, un tiers de la population alimentée, mal vêtue ! La solution ne se trouve pas dans l’impérialisme économique.sous- Nm’s touchons à le vice osent ici de ce système capitaliste/qu’il faut condamner et dépasser: voi’à deux siée! s que par cette mauvaise distribution, dans Us pays capitalistes, (1) Capitalisme ne doit pas être confondu avec régime de proprié é privé.Nous visons ici le régime de la domina ion du capiial et de la finance internationale anonyme.S La RELEVE 250 un prolétaria1 et une paysannerie souffrent d’une misère innommable alors que toute la puissance des riches est basée non seulement sur cette exploitation des peuples de leurs pays mais sur celle, pire encore, des peuples des pays colonisés et dominés par la nations capitalistes.(1) Il n’est pas question d’abandonner toute tentative de commerce international : des échanges entre pays sont nécessaires puisque les uns possèdent ce dont les autres sont privés, mais c’est vers des ententes commerciales pacifiques et véritable-meni réciproques que les efforts doivent êtres tendus, comme les accords que le secrétaire d’Etat américain Cordell Hull ajoute patiemment les uns aux autres depuis six ans.La solution véritable du marasme économique doit être cherchée dans la redistribution de la richesse.L’univers n’en est pas rendu à manquer de quoi que ce soit de nécessaire à toute la population du globe.Cette vision du problème économique fait preuve d’une largeur de vue remarquable, d’un sens, aussi bien des nécessités de la vie matérielle que de ces exigences de la justice dont nous parlions au début de cet article.On admettra qu’il est singulièrement significatif que de telles idées soient professées dans un hebdomadaire de New-York.* Commonweal appartient à ce petit nombre de journaux et de revues qui non seulement sont, pour reprendre une expression de Maritain, d’étiquette catholique mais d’inspiration catholique.sa i j Claude IIURTUBISE La fin de l'Après-guerre 2 Ecrit au “lendemain de Munich”, le dernier livre de Robert Aron, La fin de l’apres-guerre est plus qu’un livre de circonstances.Il n’est pas, je veux le dire tout de suite, (1) CF.article de Hilaire Belloc reproduit de Je Suis Partout dans le Devoir sur les assises de la puissance impérialiste anglaise.(2) La Fin de L’Après-Guerre par Robert Aron, Edit.N.R.F (Paris) 1938.I Fin de l’Après-Guerre 251 comme c'est le fait des gloses plus ou moins incongrues de maints intellectuels, bourré de ces bons conseils au rabais qu’on distribue généreusement au moment précis où ils ne peuvent influer eu rien, commentaires inutiles d’actes définitifs, irrévocables.Trop de capricieux, de bavards et de prétentieux ont écrit “en marge” des évènements de septembre dernier pour qu’on n’éprouve pas de la joie à reconnaître un livre constructif, un livre qui prépare des réalisations et qui ne se contente pas de rebâcher des regrets stériles ou des imprécations ridicules.La première partie du volume est consacrée à la crise de septembre.Crise fatale, qui ne pouvait pas ne pas se produire, ainsi apparaît-elle pour peu qu’on s’arrête à considérer la convergence impeccable de ses causes.C’est la crise du monde de l’après-guerre, avec ses systèmes, ses utopies logiques et artificielles — rigoureuses, correctes si l’on veut, mais fondées sur des données dont il n’est pas excessif de dire que tout ce qui est humain leur est étranger.(jue cette crise ait tournée à l’avantage de Hitler, c’est simplement normal.Alors que les opposants de 11 hier défendaient un système d"alliances bâ i sur des bouts de papier Etat unitaire et tyrannique Hitler avait derrière lui la une nation et la nostalgie de c’est-à-dire et un monstre i’roid un force propulsive de toute tout un peuple d’Allemands qui, en général ne demandaient qu’à redevenir allemands—e’est-à-dire une puissance sentimentale, chargée d’humanité qui, quoique canalisée au profit d’un rêve d’impérialisme démodé, constituait tout de , même une presence réelle et pesait d’un poid réel sur la destinée de l’Europe.L’élément essentiel qui se dégage de la crise de septembre, en-dehors de toutes considérations anecdotiques, c’est que Hitler a profondément entamé les certitudes du monde d’après-guerre.Seulement, il l’a fait profit d’un idéal périmé : l’hégémonie de l’Etat allemand l’Europe centrale.Tl reste que l’après-guerre, les cadres abstraits de l’après-guerre doivent être définitivement liquidés.Et liquidés, non pas au profit d’un idéal impérialiste au sur La Releve 252 mais de la liberté.Qui peut le faireî Les Etats totalitaires?Ils sont, eux-mêmes un état de guerre et une servitude cristalisée.L’Angleterre impérialiste?Elle vc peut que réagir, comme en septembre.Or, il ne s’agit pas d’une réaction mais d’une action cohérente.La France est donc tout désignée pour cette oeuvre — une oeuvre qui exige un changement de plan et qui, au surplus, se situe précisément dans le prolongement du rôle historique de la France.Elle est d’ailleurs plus que jamais en état de retrouver ce rôle, elle qui, “sûre de sa santé profonde et de son équilibre foncier, s’est débarrassée peu à peu, sans heurt, sans catastrophe des influences extérieures, d’où qu’elles viennent et où qu’elles aillent.” (La Fin (le l’après-guerre, page 15).Mais une telle action sur le plan extérieur suppose elle-même un renouvellement opéré à l’intérieur.De ce renouvellement qui est, à la lettre, une révolution—la révolution—Robert Aron trace alors les lignes de départ.On s’est étonné de voir Robert Aron établir ainsi une étroite solidarité entre la politique intérieure et la politique extérieure de la France de façon que celle-là commande et conditionne celle-ci, ou plutôt de sorte qu’elles procèdent toutes deux d’un même esprit et que toutes deux elles emploient des méthodes humaines.C’est qu’une telle politique, ressortissant à une telle morale, doit nécessairement être organique.Il est inconcevable qu’une cloison étanche se dresse entre l’élément intérieur et l’élément extérieur ; que, tandis qu’à l’intérieur on poserait des actes cohérents de façon à opérer un réel retour à l’homme et à faire retrouver à une nation le sens de sa mission, à l’extérieur, d’autre part, on se contenterait de mener, à coup de petites habiletés diplomatiques, le petit jeu “technique” des chancelleries avec tout ce qu’il comporte de conventionnel et d’abstrait.C’est pourquoi, dans la seconde partie de son ouvrage, l’auteur s’attache à “tracer le bilan de la France dans tous les domaines où il semble qu’elle rencontre les mêmes angoisses qui ont mené aux dictatures les pays démocratiques, mais où il semble aussi que, par sa tradition et son génie, elle soit I Fin de l’Après-Guerre 253 capable d’en sortir.Politique extérieure.Parlement.Capitalisme des trusts.Question ouvrière.Question financière, (p.6.1.) Cette simple énumération montre la complexité des questions qui sont envisagées dans La fin de l’après-guerre.Dans tous ces domaines s’est établie une véritable mobilisation générale et cela depuis plus d’un siècle.Par exemple, le capitalisme des trusts correspond à une mobilisation qui, loin de comporter aujourd'hui aucun caractère de nécessité, constitue au contraire une oppression et une oppression inutile —si tant est qu’une oppression puisse jamais être utile— que les causes qui lui ont donné naissance ne subsistent plus.De plus, qu’est-ce que le nationalisme étatique, sinon mobilisation, aujourd’hui inutile au même titre que la première, des forces politiques d'un pays.Il faut lire en particulier le chapitre sur le parlementarisme où l’on voit que cet organisme politique centralisé—encore une mobilisation !—joue un rôle ù la fois disproportionné et inefficace, et inefficace parce que disproportionné.Il faut lire aussi le chapitre sur le capitalisme des trusts, qui est l’un des plus suggestifs et apporte à ce problème une solution que pour ma part, je n’ai jamais vue présentée avec plus de cohérence et de lucidité.Le chapitre sur la question ouvrière est aussi très à point; je signale en passant, à titre de complément à ce chapitre, l’article paru dans le dernier méro de la revue Esprit: “Le patronat doit-il disparaître” par Xavier de Lignac et Pierre Prévost.Il faut m’en aurais voulu de l’oublier—lire le parallèle tracé, dans la première partie du volume, entre Mussolini et Hitler.Ce livre, qui contient une foule d’idées sur lesquelles nous aurons à revenir, est très important et sera sans doute l’un des bons instruments de la Révolution de l’Ordre.N’avais-je pas raison d’affirmer au début, qu’il s’agit d’un livre éminemment constructif?ou une nu- eneore—je Guy FREGAULT 1 Cinquième année Depuis l’automne dernier, nous n’avons publié que deux cahiers.Voici le troisième, préparé au milieu de difficultés financières de toutes sortes, dans un nouvel atelier d’imprimerie, chez notre ami et collaborateur Jean-Marie Parent qui a accepté de publier nos cahiers d perte.Ce n’est pas sans regrets que nous avons quitté cette maison du “Devoir” qui a imprimé nos cahiers pendant cinq ans.Nous tenons d exprimer ici notre profonde gratitude d M.Georges Pelletier, le directeur du “Devoir”, dont la patience et la générosité nous ont permis de tenir pendant ces cinq années.Le nombre des abonnés et des lecteurs, suffisant pour nous encourager à poursuivre notre effort ne le fut jamais cependant pour combler, même avec les souscriptions, les dons et quelques annonces, le déficit sans cesse croissant d’une entreprise qui ne rapportait aucun profit à ses membres.Nous demandons à nos amis d’avoir confiance dans la Relève.Nous leur demandons de souscrire s’ils le peuvent pour nous aider à combler un déficit qui se chiffre aujourd-hui par $180., nous demandons à nos lecteurs de s’abonner, d’abonne?leurs amis afin de nous permettre de continuer la publication de ces cahiers.La RELEVE Les personnes qui désirent rencontrer les directeurs peuvent communiquer d'ovonce, soit par lettre, soit par téléphone, avec Paul Beaulieu aux bureaux de la revue ou avec le rédacteur en chef, Claude Hurtubise, à 340, ave Kensington, Westmount, Fltxroy 8658.L'abonnement d'un dollar (à 10 cahiers) est payable par mandat ou par chèque au pair à Montréal aux bureaux de la revue, 36, ave.Roskilde, Outremont.Tél.: CA.7562. Beaulieu, Gouin, Tellier, Bourdon & Beaulieu AVOCATS L.-E.Beaulieu, LL.D., C.R.Léon-Mercier Gouin, LL.D., C.R.Edouard Tellier, C.R.Bernard Bourdon, C.R.Henri Beaulieu, LL.B.André Montpetit, LL.L.Paul Beaulieu, LL.L.Chambre 810 Edifice Montréal Trust 511, Place d'Armes HArbour 0165-0166-0167-0168 Montréal Adresse télégraphique : «EMERICUS» ; HOMMAGES DU SECRETARIAT DE LA PROVINCE Honorable fllbiny PAQUETTE ministre JEAN BRUCHESI, sous-ministre I — «Le Centre d'Editloni Populaires » , 2540 rue , Chapleau .39 5 4 — ¦ PAIX et BONHEUR Vous Sont Assurés .Si Vous Pratiquez lyEconomie! À m éT'-^ m y ,/l 1 39% ^ IJ SSi : V usd® & ' k % "1 ¦'j .! / i« ' ‘ J ^^0 i ( iX ¦ w iUSMrWMt: mr SM T- -13 \ \ i lif'M Fl * : «ES mm*** % & mm >: .y::.
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