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Titre :
La relève
Éditeur :
  • [Montréal :La relève],1934-1941
Contenu spécifique :
Juillet
Genre spécifique :
  • Revues
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La relève, 1939-07, Collections de BAnQ.

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I EDITIONS DU CEP MONTREAL la Relewe \ CAHIERS PUBLIES SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET DE PAUL BEAULIEU Devant les dictatures JACQUES MARITAIN LA RELEVE.DANIEL-ROPS .L'Evangile et l'Empire païen 257 Pour une démocratie vraie 265 Actualité ce Péguy 268 JEAN LE MOYNE .Sens et fin du mariage (II) 276 Chroniques Progression de la "Chronique des Pasquier" "La France veut la liberté" — "Codréanu, l'homme de la forêt" Journal d'Allemagne.9e cahier, 4e série 10 cents JUILLET 1939 ' 1 JrUST 0ÉNERAL PU (ANAPA.I CONSEIL D'ADMINISTRATION: ! Président: la sénalour J.M.Wilson Vlce-préside:: : le sénateur D.-O.L'Espérance Vice t : r.jident: M.Beaudry Leman ! Messieurs: L.-J.-Adjutor Amyot Joseph Beaubien L.-E.Beaulieu, c.r.Georges Belleau J T.Donohue Sir Georges Garneau Mendoza Langlois Charles Laurendeau, c.r.Reno Morin L'Hon.Jacob Nicol, c.r.Alfred H.Paradis I.'Hen.J.-E.Perrault, c.r.1/ sénateur Donat Raymond I oo-G.Ryan L’Hon.Geo.-A.Simard C.-E.Taschereau Arthur Terroux ! i ?René Morin, directeur-général Lc Trottier, trésorier Jean Casgrain, secrétaire Capital versé, S 1,105,000.00 Biens en régie, $84,000,000.00 i i i ADMINISTRATEUR AGENT FINANCIER EXECUTEUR TESTAMENTAIRE FIDUCIAIRE 112, rue St Jacques ouezl MONTREAL 71, rue St-Pierre QUEBEC LU éve Rédacteur en chef : CLAUDE HURTUBISE 36, avenue Roskilde, Outremont, Montréal 9e cahier 4e série l'Evangile et l'Empire païen Afin de comprendre ces choses plus profondément, il est necessaire d’entrer pour un moment dans des considérations concernant quelques notions fondamentales de la pensée chrétienne.L’Evangile condamne le monde: ce qu’il appelle alors le monde, ce n’est pas la nature, c’est la nature en tant qu’elle prétend se suffire et rejeter le don de Dieu : et ce n’est pas la politique, c’est la politique en tant qu’elle prétend régler à elle toute seule la vie de l’homme et se soustraire à la vérité de Dieu qui a fait l’homme à son image.La |x>litique ainsi entendue et vécue a une signification beaucoup plus profonde et mystérieuse qu’on ne croit d’ordinaire, elle tend en définitive à créer au sein de l’humanité un corps collectif qui attirant à soi toute la substance humaine accomplirait en lui-même la divinité de l’homme, elle tend à l’Empire païen tel que l’Apocalypse le décrit, et c’est contre cet Empire que le Christ s’est dressé.Entre le Christ et l’Empire païen il n’y a pas de compatibilité: les anciens Ncron et les nouveaux Néron ne l’ignorent pas.Et ils savent aussi que seul le Christ peut venir à bout de l’Empire païen.L’Empire, en vertu d’un dynamisme qui serait tout-puissant si Dieu ( 1 ) Fragment d’une conférence donnée à Pars, au théâtre Marigny, le 8 février 1939.sous le titre "Le Crépuscule de la Civilisation".Le texte complet de cette conférence paraîtra en juin aux Editions des Nouvelles Lettres sous le titre: "Le Crépuscule de la civilisation". - 25ti LA RELEVE ! n’était plus puissant que lui, tend à la divinisation de l’ordre politique et du chef qui le représente: il fait du politique la règle et la mesure suprême, supérieure à la loi éternelle et à la grâce de Dieu.Eli bien quel est le principe propre du politique ainsi entendu, ainsi entendu et vécu?Un des plus intelligents théoriciens du national-socialisme, M.Carl Schmitt (I), nous le suggère, quand décrivant phénoménologiquement le concept du politique, il nous dit qu’il consiste essentiellement dans la relation: avec l’ami contre l'ennemi, et qu’il est essentiel à la communauté politique de se faire contre quelqu’un.C’est le principe du contre l'autre, ou de l’inimitié constitutive.Pour la politique de l’Empire païen, l.i haine contre I ennemi, intérieur ou extérieur, de la communauté, jaillit en même temps et du même coup que l’amour de celle-ci, elle lui est inséparablement jointe, elle est aussi primitive que lui: c’est en se constituant et à condition de se constituer contre son ennemi que la communauté politique sait vraiment avec qui elle se constitue; c’est en se constituant et à condition de se constituer pour écraser les autres que l’Etat sait quels sont les siens.Souveraineté de la haine.Que telle soit la loi du politique considéré dans son essence, je ne l’accorde pas! Si le Christ est le sauveur du monde, c’est que le politique aussi peut être sauvé, c’est-à-dire qu’il peut être pénétré et vivifié lui aussi par la grâce du Christ, et c’est donc que son essence n’est pas rebelle à cette grâce, ni à la justice ni à l’amour.(2) Il suffit au surplus de considérer l’horreur et la turpitude auxquelles les soi-disant réalistes de la |x>litique, — ceux qui savent, n’est-ce pas, que le Christ a parlé pour ne rien dire, — réduisent cette malheureuse planète |>our apprécier les résultats pour le bien commun des hommes et la valeur politique de la politique païenne.Ainsi donc je ne pense pas que les formules de Carl Schmitt nous découvrent l’essence du politique lui-même, non! Mais elles : .g ,(| I ( 1 ) Cf.Carl Schmitt, Dcr Begriff des Politischen, München, Dunclcer und Humblot, 1932, (2) Sur ce point je me trouve en désaccord avec M.Pierre Klossowski, qui dans une remarquable étude sur les forces de haine (Esprit, 1er Décembre 1938,) a aussi signalé l’opposition entre l'Evangile et la politique au sens de Carl Schmitt. l’evancile et l’empire païen 259 nous découvrent l’essence de la politique païenne et des fondements de l'Empire païen, elles nous découvrent l’essence de cette terrible réalité qu’est le politique séparé de la Loi éternelle et des énergies vivifiantes du Christ, le politique tel que l’esprit du monde le met en oeuvre, et avec quel entrain, et avec quelle férocité.Il est bien vrai que l'inimitié, la présence de l’ennemi et la haine de l’ennemi est à la base de la vie politique telle que cette terrible réalité nous la présente.Il est bien vrai que pour l’Empire païen c’est contre un autre, contre son ennemi, contre les méchants que la cité politique se constitue dès l’origine, et elle sait quels sont les siens et quels sont les bons.Il est bien vrai que pour ce politique-là, pour le politique séparé de la morale et de la loi divine, le sommet de l’intelligence politique est le discernement de l’ennemi ; il est bien vrai que l’Empire ne peut attirer à soi la sève de l’humanité pour qu’elle donne en lui son fruit divin, qu’en tendant à subjuguer et asservir tout le reste du monde.Parce qu'en définitive l’homme sans Dieu ne ;aeut s’unir que contre quelqu’un.Voilà pourquoi les totalitarismes vont d’eux-mêmes à la guerre, intérieure ou extérieure, en vertu d’une loi métaphysique beaucoup plus puissante que la volonté et les calculs des hommes d’Etat.C’est la loi mystique de l’Empire païen et de la politique païenne, c’est la loi mystique de l’esprit du monde, que la haine subjugue l’amour, et que l’on n’aime les siens que dans la mesure où l’on hait les autres.D’où il suit immédiatement que l’unité de l’Etat, et "l’amitié”, — quelle amitié ! — entre ses membres, ne se réalise que sur la base de la haine collective, de la haine de clan : et qu’elle exige par suite l’étouffement de la vie propre et des droits propres de la personne; et qu'elle est de soi incompatible avec la liberté.Telle est la loi de l’esprit du monde, au sens que l’Evangile donne à ce mot.L’Evangile, lui, dans une opposition radicale à l’esprit du monde, apporte le commandement nouveau contre lequel tout Empire païen se brisera, et auquel nous ne pouvons pas nous dérober; il proclame que l'amour primé la haine et que l'amour va à tous les hommes, parce que tous les hommes sont enfants de Dieu, parce que chacun est une personne douée d’une âme immortelle qui vaut plus que tout l'univers des corps, une personne rachetée par le sang du Christ et appelée à la liberté des fils de Dieu, et parce que Dieu lui-même est l’Amour subsistant, Deus caritas est.L 1 I 260 LA HELEN E “Je vous donne, dit Jésus, un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres ; que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés.” {Joan.1 3,34) “Le second commandement est semblable au premier : tu aimeras ton prochain comme toi-même.” (JVIallli.22,39.) Et quel est donc mon prochain?demande le docteur de la Loi.ill U.itc.10.29,19.) Et Jésus lui répond en lui racontant l’histoire de cet homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho et que des brigands ont laissé à demi-mort sur la route, et un prêtre suivait la route, et vit cet homme, et passa son chemin; et un lévite suivait la route, et il le vit, et il passa son chemin; et c’est un Samaritain qui eut pitié de lui.“Lequel de ces blessé?” trois a été selon toi le prochain de l’hom-Lc docteur répondit: “Celui qui lui a fait miséricorde” —“Va donc, et fais de même toi aussi”, lui dit Jésus, nous montrant par là que seuls notre manque de pitié et notre manque d’amour nous empêchent de reconnaître en tout homme notre prochain."Aimez vos entremis, — je cite encore l’Evangile.Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous?.Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant?” (Malth.7.40) Oui.les païens en font autant.Leur amour s'arrête net, pour faire place à la haine, aux frontières de leur cité terrestre, de leur communauté temporelle de nation, de race, d'empire ou de parti.Mais l’Eglise du Christ n'est pas une cité terrestre, l’Esprit-Saint n'est pas un esprit d’empire ou de parti, de nation ou de race, de clan ou de faction.Et quand à la cité politique elle-même, telle qu elle doit être conçue selon sa vraie nature et selon le Christianisme, non selon l’Empire païen, il ne lui est pas essensiel de se constituer contre un ennemi.Si elle a des ennemis (et elle en a, ça se sait bien), c’est là une suite, non de son essence, mais du premier péché.Et en luttant contre ces ennemis elle doit encore aimer en eux la créatu- iii , me I II il II ! re de Dieu et respecter en eux la dignité humaine.Haïr le mal est chrétien : mais haïr le méchant ne sera jamais" chrétien.“Là où est l'amour et la charité, dit l’Eglise, là Dieu est ” Il n’est pas ailleurs, sinon de cette présence d’immensité par laquelle il est aussi dans les pierres et dans les démons.Je ne dis pas que la civilisation chrétienne avait réalisé la parole de l'Evangile, — seuls les saints la réalisent à peu près.Je dis que la civilisation chrétienne, et même ce qui nous reste encore de .r l’evangile et l’empire païen 261 civilisation chrétienne laïcisée, savait du moins que cette table des valeurs est la vraie table des valeurs.C’est cela que l'esprit du monde, ou l'esprit de l’Empire païen, de la Bête dénoncée par saint Jean, c’est-à-dire l’esprit de la Souveraineté de la haine, est en train d’anéantir sous nos yeux.L’esprit de l’Empire païen a deux façons d’attaquer le christianisme: du dehors et du dedans.Le communisme russe et le racisme allemand entreprennent ouvertement de chasser de l’existence, et avant tout de l’existence politique, tout ce qui détient en soi une valeur chrétienne.Ainsi du moins ils lèvent le masque.Et sans le savoir ils rendent ainsi service aux chrétiens.M.Hitler, dans son livre Main Karnpf, condamnait la tactique de la guerre contre la religion, et aujourd'hui il mène une guerre perfide et implacable contre la religion.Pourtant, se demande-t-on quelquefois, n’aurait-il pu se poser en champion du christianisme contre l’athéisme?Si les dirigeants du national-socialisme avaient eu Vlwbileté de protéger la religion, quelle indulgence les grands sophismes et les grands desseins de leur politique n’auraient-ils pas rencontrés chez bien des croyants abusés?Mais Vhabiletc dont on parle était métaphysiquement impossible ; et c'est là sans doute la grandeur de l’hitlérisme.Car protéger la religion ne suffirait pas, il faudrait encore accorder un certain minimum à la liberté de la parole de Dieu ; et si petit que soit ce minimum, il sera toujours de trop pour l’Empire.Et surtout, comme le démon à sa flamme, l’esprit du racisme est attaché, ainsi que ic le montrais tout à l’heure, à la haine du Dieu du Calvaire et du Dru du Sinaï.Dans un petit livre publié il y a quelques années.Religion et Culture, je signalais la faute qui consiste à nenser la communauté spirituelle du royaume de Dieu comme si elle était elle-même une communauté temporelle ou une cité terrestre.Allons plus profondément.Si l’on réfléchit à l'opposition que je viens de rappeler entre l’Empire païen et l’Evangile, il faut dire que chaque fois qu’un chrétien pense et agit comme si la haine primait sur l’amour, et comme =i la communauté chrétienne se constituait sur la haine, sur la haine d’un ennemi, de l’ennemi du groupe, du méchant, — pour autant il cède à l’esprit de l’Empire païen, à l’esprit du monde.Il serait naïf de s’étonner que nous suivions souvent l’esprit du monde plus que l’esprit du Christ : il serait plus grave de se dissimuler que î I 1 262 LA RELEVE pour autant que nous trahissons ainsi l'esprit du Christ, pour autant nous blessons au coeur le christianisme et la civilisation elle-même.Je dis donc que si nous croyons que le vrai catholicisme est celui des deux apôtres — la Pentecôte n'avait pas encore eu lieu — qui voulaient faire descendre sur les méchants le feu du ciel, pour autant notre catholicisme n'est pas selon Jésus, mais selon le monde.l'ous ne savez pas quel esprit vous êtes, a répondu le Christ à ceux qui lui demandaient ainsi de convertir les infidèles en cendres.Je dis que si nous croyons que la vraie preuve de la foi en Dieu et de l'amour de Dieu, ce n'est pas seulement, comme certains l’ont dit, d’être prêt à mourir pour lui, mais à tuer |x>ur lui, pour autant nous suivons l’esprit du monde au lieu de l’esprit du Christ et blasphémons la foi en Dieu.Car tuer pour l’Empire est bien la suprême signature de la foi en l’Empire païen, mais la suprême signature de la foi en Dieu est de donner sa vie à Dieu, non celle d'un autre.“Il n’v a pas de plus grand amour, selon la parole du Christ, que de donner sa vie pour ses amis’’.(Joan.I 5,1 3.Cf.Sum lheol.1 I Ml.1,2,4,3.) Mais il est encore d’autres psychoses.Je dis que si nous mettons la haine d’une race à la base de l’idée de chrétienté, et de la communauté qu'elle implique, pour autant nous pervertissons la notion de cette communauté, et nous pensons la chrétienté ellc-mcme, la communauté temporelle chrétienne, selon l’esprit de l’Empire païen.L’an dernier, dans une conférence aux Ambassadeurs, je disais dans le même sens: “Que des chrétiens soient antisémites, cela est certes possible, puisque le cas se rencontre assez fréquemment.Cela ne leur est ixissihle qu’en obéissant à l’esprit du monde, non à l’esprit chrétien." i?s Ml I I a! Les personnes auxquelles les vérités que je rappelais dans cette conférence ont déplu consentiront peut-être à entendre ce que le Pape, quelques mois après, disait à un groupe de pèlerins belges.Commentant les paroles du Canon de la Messe Sacrificium Patriar-chae noslri Abrahae, le Sacrifice de notre Père Abraham, le Pape s’est écrié : "Remarquez qu’Abraham est appelé notre patriarche, notre ancêtre.L'antisémitisme n’est pas compatible avec la pensée et la réalité sublimes qui sont exprimées dans ce texte.C'est vement dans lequel nous chrétiens nous ne prouvons avoir aucune part .Spirituellement nous sommes des sémites.” (Cf.la Croix 16 i un mou- s 1 L'EVANGILE ET L* EM PIRE PAÏEN 263 Sept.1938.) Spiritucllemnet nous sommes des sémites: aucune parole plus forte n'a été prononcée par un chrétien contre l’antisémitisme, et ce chrétien est le successeur de l'apôtre Pierre.Quand on a compris que! triomphe du monde sur le Christ, au sein de l’âme humaine, représente le racisme, et quand on contemple les résultats visibles, quand on sait à quel degré ont pu atteindre, dans les pays où sévit ce fléau, d’un côté la méchanceté, le mépris de la t personne humaine, la cruauté sadique, la féroce bêtise, de l'autre la douleur et l’agonie, on ne s’étonne sans doute pas que partout les professionnels de la bassesse et de la haine offrent à une telle fête leur ioveuse collaboration, mais le fait que l’état d’esprit raciste peut trouver nuolque complicité dans des âmes qui croient servir Dieu apparaît dans sa vraie perspective, qui est celle de l’agonie de Jésus-Christ qui continue jusqu’à la fin du monde.Notre époque offre aux démons homicides des festins inouïs.Staline leur a donné les koulaks; Hitler leur donne les Juifs.Et l’un et l’autre leur donnent aussi les chrétiens.L’immense clameur qui monte des camps de concentration n'est pas perceptible à nos oreilles, elle pénètre dans les fibres cachées de la vie du monde, et son invisible vibration les déchire.Le jour où le Président des Etat-Unis a demandé la prière de tous les hommes de bonne volonté “pour les infortunés qui en d autres pays sont dans une affreuse détresse”; (for the unfortunate peoples in other lands who are in dire distresse .’” /Veto York Times, Nov.20, 1938”).le jour où, devant la terrible impuissance du monde civilisé à secourir une foule si grande d’innocents persécutés, un chef d’Etat s’est ainsi tourné vers le ciel, il a montré quelles sont les dimensions réelles du problème qui ébranle aujourd'hui la conscience des peuples.Jamais encore dans l’histoire du monde les Juifs n’ont été persécutés d’une façon si universelle; et jamais la persécution n'a atteint, comme aujourd'hui, à la fois les Juifs et les Chrétiens.C’est un des signes d- l'ébranlement profond de notre civilisation.Mais n’ayons ~minte, pendant un temps les injustes triomphants peuvent faire ce ou’ils veulent: ils savent eux-mêmes que ce temps est court, c'est pourquoi ils montrent une si horrible hâte.Je vous ai parlé de l’esprit de l’Empire païen, de l’esprit du monde.Il trouve partout aujourd’hui de terribles complicités.Une classe ouvrière fatiguée, blessée, martérialisée par trop de politique, 1 264 LA RELEVE une bourgeoisie livrée à un égoïsme anarchique et aveugle, et dont les structures morales s’affaisent, sont sans défense contre lui.Qu'il me soit permis d'ajouter que devant cet esprit les catholiques français, groupés derrière leurs évêques et dévoués au grand Pape qui souffre et combat sans trembler pour la vérité et la Parole de Dieu, que rien ne ]>eut enchaîner, — devant l’esprit de l’Empire païen, devant l’esprit de brutalité et de haine les Catholiques français comptent bien, avec l’aide de Dieu, ne pas incliner leur coeur.# I Jacques MARITAIN i'll ' .* Pour une democratic vraie On est tenté d’opposer, aujourd'hui, la démocratie au fascisme et au communisme et, avec cette paresse intellectuelle qui caractérise les masses, à force de simplifier le problème, on ne se rend pas compte que sous le nom de démocratie on défend des préjugés, des intérêts, ou des passions, et une dictature peut-être plus redoutable que les autres parce qu elle est plus hypocrite, celle de la haute finance.On oublie trop souvent que le fascisme et le communisme sont nés de la faillite du système démocratique actuel, de son impuissance à satisfaire certaines exigences légitimes et à corriger certaines injustices sociales et internationales.Certes, il importe de défendre la démocratie et les droits de la personne contre la menace des Etats totalitaires, comme il importe de défendre la civilisation, mais il importe bien plus de bien déterminer ce que nous entendons par démocratie, et avant d’entreprendre de la défendre, de séparer sa cause de celle de la grande finance, de celle de ces quelques privilègiés, qui, grâce à la concentration de la richesse, exercent le pouvoir sans avoir l’autorité.( I ) L’idée d’une guerre défensive contre les dictatures doit être rejetée sans hésitation.Il doit y avoir d’autres moyens de sauvegarder la liberté.Et d’abord, il faut faire l’union de tous les hommes libres contre ceux qui veulent recourir aux moyens violents pour régler les conflits.v Et si la démocratie ne peut se maintenir que dans le sang, on peut se demander s’il ne serait pas préférable d’en changer.La dernière guerre qui a été faite pour le salut de la démocratie et qui a été gagnée contre les ennemis de la démocratie a eu pour résultat de faire ( 1 ) "Nous appelons autorité, le droit de diriger et de commander, d'etre écoute ou obéi d’autrui; et pouvoir la force dont on dispose et à l'aide de laquelle on peut obliger autrui à écouter ou à obéir (.) Tout pouvoir qui n’est pas l’expression d’une autorité est inique (.) La démocratie selon Rousseau supprime l’autoritc et garde le pouvoir.C’est ce type de démocratie qui depuis bientôt deux siècles prévaut dans I’idéologje des peuples occidentaux.(Maritain dans Les Nouveaux Cahiers nos 30 et 31.) - 266 LA RELEVE surgir trois dictatures et de porter un coup mortel à ce qui était encore démocratique dans le monde.Malgré la répugnance qu’on peut éprouver à prévoir le remplacement des formes actuelles de la démocratie, il faut admettre qu elles devront évoluer |xmr s'adapter aux conditions nouvelles ou disparaître.Car les institutions actuelles ne remplissent pas leur fonction à l’égard de l’homme, qu elles laissent asservir à la matière et qu elles réduisent à un état qui rappelle l’esclavage des temps antiques.Il faut que les préjugés et les passions soient bien forts pour qu'on demande aux ouvriers et aux chômeurs d’aller verser leur sang pour maintenir un ordre qui les écrase et les rejette comme des déchets.> Ceux qui ont à coeur le maintien de la démocratie doivent comprendre, avant qu’il ne soit trop tard, la nécessité absolue de dépasser les forces actuelles et de préparer l’avènement d'une démocratie personnaliste et communautaire.( I ) “A sa racine est l'idée que l’homme ne nait pas libre, mais doit conquérir la liberté et, que dans la cité, totalité hiérarchique de personnes, les hommes doivent être gouvernés commes des personnes, non comme des choses, vers un bien commun véritablement humain qui se reverse sur les personnes et dont la valeur principale est la liberté d’épanouissement de celles-ci.” (Maritain.) Les événements actuels font naître le désir de cette démocratie véritable qui sauvegarderait les droits de la personne en l’intégrant dans une communauté humaine, en établissant une tension féconde entre le bien de l’individu et le bien commun.Un tel idéal ne se réalisera que par un recours aux forces spirituelles.Et en premier lieu, il y a urgence de la vérité.Vérité et justice à l’égard de tous et des dictatures elles-mêmes.Il faut comprendre, sans préjugé et sans passion, comment certains peuples ont ï 1 ' ^ t (1) Emmanuel Mounier dans un remarquable article paru dans le no de novembre 1038 d'Espril a tente de définir les conditions essentielles de cette démocratie.De prochains articles commenteront ce texte de Mounier.Disons seulement que lorsque nous parlons de démocratie personnaliste nous n’entendons pas "le parlementarisme tel qu’il fonctionne".Il y a tout de même antre chose que l’anarchie individualiste et libérale ou que la dictature, l’esprit humain après 20 siècles n’est pas encore à bout."Un peu d’imagination, un peu de courage”, dit Mounier 1 : : » ¦ POUR UNE DEMOCRATIE VRAIE 267 étc [MHissés à abdiquer leur liberté entre les mains d’une tyrannie qui promettait de les sauver du désespoir où les avait plongé dans la faillite de leurs institutions.Vérité et justice, mais aussi charité.Il faut dominer la passion aveugle que la presse et la propagande (par les moyens les plus subtils comme les plus grossiers) ne cesse de susciter dans le monde, il faut, pour sortir de la terrible impasse cù nous avons été entraînés, apprendre à considérer tous les hommes comme nos frères.Cette democratic personnaliste cjuc M.Maritain définit, il la tient "pour inconcevable sans les surélévations que la nature et les civilisations temporelles reçoivent dans leur ordre propre des énergies du ferment chrétien”.LA RELEVE r Actualité de Péguy Il n'y a pas beaucoup d’écrivains qui, après leur mort, grandissent et, en quelque sorte, se surpassent.Combien, de ceux que l’actualité éclaira de ses feux, ne connaissent plus, retombée sur eux la pe'letée de terre, qu’un crépuscule lentement descendant vers la nuit de l’oubli.Pour Péguy, rien de tel.Il y a vingt-cinq ans qu’il es! mort “couché dessus le sol à la face de Dieu”, tombé au premier jour de la victoire de la Marne, à la tête de sa section de fantassins.Bien loin de perdre du rayonnement à mesure que les ours passent, son nom et son oeuvre en gagnent semble-t-il, sans cesse.Il y a quelques semaines, sur la “boutique" du fond de laquelle il dirigea ses Cahiers tic la quinzaine, une plaque fut posée; pour célébrer sa mémoire, le jour de l’inauguration, tout un groupe d'amis se trouva réuni.Il y avait là Halévv, Tharaud, Porche, Jules Isaac, “Monsieur Bourgeois", Jacques Maritain, et la présence invisible de relui qui fut son maître, Henri Bergson, qui avait envoyé un message admirable.Et autour de ses contemporains, il y avait un groupe compact de ses cadets, de ceux qui pourraient être ses fils, et qui sont bien en effet, ses fils par l’esprit.On ne saurait rendre l'atmosphère de recueillement cl de fidélité de cette toute simple cérémonie.On sentait que ce mort était présent parmi nous, que de ses longues luttes, de ses combats héroïques, rien n’avait disparu mais au contraire tout demeurait efficace.Ce rayonnement de Péguy, on en citerait de multiples preuves.Se; livres ne se vendaient guère quand il était vivant ; l'entreprise des Cahiers ne l’a point enrichi.Mais aujourd’hui les rééditions se multiplient et certains des petits volumes d’extraits qu’a préparé avec piété son fils Pierre.Prières, Souvenirs, la France, connaissent des tinges de romans à succès.Des cercles d’études de jeunes, en province, à Paris, ont pris son nom comme symbole.Quand une très grrnde éducatrice.Madame Daniélou, a voulu créer, dans la banlieue de Paris, des écoles primaires libres, en souvenir du petit écolier l'Orléans, elle les a nommées "Ecoles Charles Péguy".On n’en finirait nas de montrer tout ce qui prouve l’éclatante survie de cet homme, de cette oeuvre.Nous savons bien, nous, tout ce que nous lui de’ ons.tout ce par quoi ses livres nous ont aidés à concevoir ce "per- : v.4?lii 1 ) 1 ! . I 269 ACTUALITE DE PEGUY sonnalisme français", cette doctrine encore grandissante, incomplète mais sûre dans ses principes, et en laquelle nous pensons que réside la chance de la France demain, la dernière chance peut-être d’un monde libre.Qu’apporte-donc cet homme; par quoi se justifie ce rayonnement.Dieu nous garde de prétendre enfermer Péguy en quelques formules.L’oeuvre d'un grand écrivain se développe et prolifère par l'effort, par l’amitié d'un nombre infini de lecteurs.Péguy était un homme trop riche, trop complexe, pour que quelques pages de critique prétendent à l’épuiser.Il s’agit ici donc plus d’un témoignage personnel, d’un aveu de reconnaissance.D’ailleurs, les images de Péguy sont nombreuses et diverses.Péguy pour quelque-uns c’est surtout l’écrivain au lyrisme verbeux, aux formules fulgurantes, faillies du long piétinement des vers.Pour d’autres, c’est le socialiste, celui qui toute sa vie lutta pour “une cité harmonieuse.” Pour d'autres encore c’est le Pèlerin de Chartres, le bonhomme barbu, aux souliers bien cloutés, qui, reprenant l’antique chemin, s’en va, à pied, de Paris au sanctuaire de Bcauce pour jeter sur les genoux de la Mère un de ses petits garçons malades.Pour d’autres, c'est le Drcyfusislc qui se battait au nom de la justice.Et pour d'autres, le soldat, le mort de Villeroy.Toutes ces images sont vraies, mais pour comprendre pleinement le véritable Péguy, il faut chercher à les relier toutes, à voir par quoi elles témoignent toutes de cette “fidélité à soi qui est tout de même l’essentiel”.L’actualité de Péguy, l’actualité de son message réside à la fois en trois données: les dénonciations qu’il a portées, les affirmations qu’il a posées, le témoignage humain qui fut le sien.On peut différer d'interprétation sur tel ou tel point de sa pensée, mais ces trois colonnes soutiennent son oeuvre et ce sont elles qui l’empêcheront longtemps de fléchir.Il y avait du combattant, du polémiste dans Péguy.Il disait volontiers que les idées doivent être servies par l’Epée.Mais sa plume à lui était déjà une arme.Polémiste, dont la drôlerie a quelque chose de la raillerie paysanne, il aimait à incarner ses adversaires idéologiques dans des adversaires charnels.La trahison de la mystique en politique, à ses yeux, ce fut Jaurès.La grande trahison de l'histoire était pour lui celle de M.La visse.Le catholicisme bourgeois prenait, un peu injustement, les traits de M.Fernand Laudct. 270 LA RELEVE Aussi ccs dcnon- Le monde moderne, c’était Taine et Renan, dations, qui revêtent rarement l’aspect didactique, sont-elles éparses dans toute son oeuvre, au hasard de l’actualité et de la publication des Cahiers.Il n’en reste pas moins qu'une grande rectitude de pensée soutient l’oeuvre tout entière et qu'il est aisé d’en dégager les traits majeurs.Péguy met le doigt sur l’essentiel en faisant porter le plus fort de l’attaque sur ce qu'il appelle lui même “le monde moderne”.Devant la violence de ces attaques, certains de scs adversaires ont prétendu qu elles se justifiaient ou s’expliquaient par le demi-échec qui a été celui de sa “carrière”; un tel argument disqualifie ceux qui l’utilisent car jamais Péguy n’a manifesté la rancoeur du raté, et s’il avait voulu “faire une carrière ”, tous les es|x>irs, comme on dit, lui eussent été permis.De même, dans cet anti-moderne, il ne faut pas voir un contempteur du machinisme, on ne sait quel Mahatma Gandhi, quel prophète hirsute d’un renoncement crasseux.Péguy savait très bien la valeur du progrès technique, mais dès son premier livre, Marcel, il avait montré avec force que ce progrès technique n’a de sens qu’étayé, contrôlé par de précises disciplines morales et sociales, ou que sinon il se tourne contre l'homme au lieu de le libérer.Non, le moderne que dénonce Péguy n’est pas ce moderne qui constitue un progrès authentique.C’est plutôt une donnée morale, une philosophie sous-jacente, celle-là même qui traîne dans nos journaux et qui persuade nos contemporains que, parce qu’ils vivent en 1939, ils bénéficient d'une grande supériorité sur les temps aujourd'hui révolus.Cette subversion, d'origine assez récente, à laquelle Taine et Renan ont puissamment contribué, a conduit l'homme à une idolâtrie de soi, à une satisfaction et à un orgueil dont on ne voit pas que les événements contemporains fournissent la justification.C’est contre cela que Péguy s'est élévé.Bien loin de croire que notre monde présent soit le meilleur des mondes, il pense “incontestable que l’humanité présente est malade sérieusement”.Il reproche au monde moderne d’être un système intellectualiste, abstrait qui isole de plus en plus l’homme des véritables "forces de vie”; d’être tout enivré d’un orgueil absurde qui identifie le progrès à “l’immensité des connaissances" — cette conception du progrès, dit-il “c’est une théorie de carnet de caisse d’épargne”.Il lui reproche encore, en accentuant la césure entre le spirituel et le temporel, de I E J H ) ; t ! 271 ACTUALITE DE PEGUY livrer l’homme à tout ce qui en lui l’entraîne vers un matérialisme de plus en plus dégradant.Ces dénonciations, on ne saurait oublier qu’il les a portées, il y a bientôt trente ans, ou quarante ans, en une époque où les résultats de la trahison de l’esprit n’avaient pas encore mené aux catastrophes que nous savons, où elles n avaient pas encore l’éclat de l’évidence.Esprit concret, Péguy appuie sans cesse ses réquisitoires sur des dénonciations précises.La déchéance morale du monde moderne, il la voit dans l’excès de pouvoir qu’a usurpé l’argent parmi nous, “L’argent, dit-il, n’est |>oint déshonorant quand il est le salaire, la rémunération et la paye, quand il est pauvrement gagné.” Mais, où il devient plus même qu’un déshonneur, une véritable hérésie, c’est quand il prétend être le mobile premier des actions humaines, quand il est “devenu maître à la place de Dieu".Contre cette soumission de notre époque de notre presse, de notre pensée, de notre système économique à l’argent-Roi, Péguy a protesté en termes fulgurants.Il a montré qu’il y a là un phénomène nouveau, que cette révérence universelle à Mammon est nouvelle dans l’histoire.G.K.Cherster-ton observait de même que là où le Moyen Age plaçait le chevalier ou le moine, là où le temps classique plaçait le gentilhomme, le temps romantique l’artiste, notre époque place, qu’il soit banquier, roi de la viande en conserve, star de cinéma, celui qui gagne beaucoup d’argent.Et, dans un de ces raccourcis qui jalongent son oeuvre, Péguy n’hésite pas à montrer que “ce n’est point par hasard que le monde moderne est le monde de l’avarice et de la vénalité, et que d’autre part, il est le monde de l’intellectualisme, du déterminisme, et du matérialisme." La liaison est profonde, le lien solide; c’est exactement celui dont nous nous sentons encore aujourd’hui ligotés.Car il y a un phénomène qui.en quelque sorte, est l’aveu de la bassesse de notre monde: c’est que, tout en proclamant l’argent roi, il laisse des millions d’êtres plongés dans la misère.Nulle page de Péguy plus forte, plus impressionnante que celles où dans Jean Caste, il dénonce la misère comme le péché irrémissible de notre monde, comme la brûlure qui devrait être intolérable pour toute conscience humaine.Ici déjà nous voyons ces réquisitoires aboutir à une affirmation.Il s’agit, dans un monde renouvelé, une cité harmonieuse, comme il disait, de faire que la misère ne soit plus possible, que les institutions humaines en écartent le spectre.? 272 LA R LU.XL C’est que les affirmations de Péguy ne sont pas moins “pertinentes” que ses dénonciations.S'il est exagéré de voir en lui un théoricien, à la façon dont un Karl Marx est un théoricien, on ne saurait nier l’existence, tout au long de son oeuvre des linéaments d’une doctrine moins explicite que sous-entendue, moins abstraite que sans cesse incarnée dans le témoignage même de sa vie.A la racine de tout ce que nous trouvons c’est une certaine conception de l’homme.Toute doctrine vivante suppose, même si elle n’est pas formulée, une certaine définition de l’homme, de ses composantes, de ses moyens.Pour Péguy, même au temps où il n’était pas chrétien, on peut dire que h représentation qu’il avait de l’homme était -hré'ienne.On pourrait même d're qu’elle était Thomiste.“Le spirituel est lui-même charnel”, ou encore “le corps et l’âme sont comme deux mains jointes”; de telles formules définissent une certaine représentation de l'homme.Spiritualiste, Péguy est aux Il antipodes de l'idéalisme.I! est tant de façons de servir l'esprit, ou de s’en servir .Il est si commode de voir dans les valeurs spirituelles un refuge, l’occasion d’une fuite.Pour Péguy, le spirituel feste partout, hic et se mam- nunc on ne le trouve pas ailleurs qu’à portée de ’ la main.( La grandeur du “Péguisme” tient dans sa racination.Le spirituel il prétend le servir en toute occasion où l’homme s'engage, dans toutes les réalités qui sont à la taille de l'homme.Il le trouve dans le métier où il magnifie l’éminente dignité du travail, la grande tradition de ces artisans comme il en avait connus dans sa Jeunesse pour qui un bâton de chaise devait être aussi bien fait qu’une cathédrale.En fn-e de celte conception moderne du travail qui l'identifie de plus en plus à un" denrée, à un Produit qu’on achète et qu’ vend, Péguy pose la véritable conception humaniste de la tâche qui affirme la grandeur de la condition humaine.Le spirituel, il le trouve dans les fidélités concrètes, “charnelles de l’homme lié à un sol, à un pays.La patrie est pour lui le lieu réel où l’être plonge ses racines vivantes.La nation est ce faisceau de souvenirs et d’exigences auquel chacun de nous doit demeurer fidèle s’il ne veut pas se trahir soi-même.Et cette concrète d’une ligature l’amène à concevoir ces notions de la façon la plus large, la plus généreuse.La tradition française lui apparaît une, à travers les contradictions de l’histoire : learn" d’Arc.!»c volontai- i fl on vue ._____ 2/3 ACTUALITE DE PEGUY res de 93, les soldats de 1870, lui apparaissent servir une même cause, un certain idéal vivant.En face des exaspérations des nationalismes, en face des discussions stériles des partis, sa conception des fidélités nationales est rayonnante.Le spirituel, il le trouve dans la communauté du peuple, la fraternité sociale dont il a eu toute sa vie le sentiment simple et exigeant Il n a jamais été “l’intellectuel qui descend, qui condescend au peuple".Peuple il est.fils de paysans et d’ouvriers, peuple il te.Il aime se sentir membre d’une communauté, plonger au coeur d’une foule, faire une période militaire; pèlerin de Chartres, il met ses pas dans les pas des ses aïeux.En face de l’individualisme libéral qui a été une des pires misères du siècle passé, il a affirmé que la personne humaine ne se trouve vraiment que dans la communion.res- Est-;! besoin de dire davantage; on voit bien ce que Péguj nous apporte.Ce monde moderne qu’il détestait, tend irrésistiblement scmblr-t-il, à nier l’homme par ce qui en lui est charnel comme par ce nui e-t spirituel.Péguy rappelle qu’il y a là une grande trahison.nti" la base de toute société, c’est l'homme, que les institutions doivent être pour lui et non lui pour les institutions.Mais en même temps, se retournant vers nous, il nous dit que rien n’est rien si l’homme n’est pas d’abord un homme.Le progrès ne nous délivre que si nous voulons être délivrés.D’où cet appel constant tout au long de son oeuvre à ce qui fait vraiment la grandeur de l’homme c’est à dire le sentiment de sa propre responsabilité envers soi.L’homme qui cède à sa pente, à l’habitude, à cet affadissement que la vie nous propose, celui qui ne sait plus que vivre est une chose difficile, et qui exige qu’on s’y engage à plein, celui-là trahit le spirituel, se rend coupable “d’un grand détournement".Péguy, polémiste, allait même plus loin et affirmait que toute vie protégée est une vie perdue, et que ceux-là n’entreront jamais au paradis qui auront eu tous les jours, leur pain assuré, il énumérait même, dans cette situation “les rentiers, les fonctionnaires et les moines” .Le mot, qui est piquant, serait bien pharisien si, à cette théorie impérieuse du risque, Péguy n'avait donné le contre-seing de sa vie.Cet appel aux responsabilités personnelles, Péguy y a été toute sa vie admirablement fidèle.Sa célèbre théorie de “la mystique” n’a pas été pour lui qu’une théorie, mais une exigence quotidienne. 274 LA RELEVE L’essentiel, à ses yeux, dans le témoignage de l'homme, c’était la part d’engagement personnel qu’il comporte, la mystique, la générosité, l'enthousiasme qui soulève notre jeunesse.Une grande affaire, dans sa vie, lui avait appris que le meilleur de l’homme tient dans cet enthousiasme.Ce fut l’affaire Dreyfus.A vingt ans, se battant pour Dreyfus, il se battait pour la justice, pour la mystique.Il devait apprendre ensuite que la mystique se dégrade vite en politique et que les causes les plus justes peuvent se rabaisser à devenir des tremplins électoraux.Quand on lui demandait, à la fin de sa vie s’il parlerait encore de l’Affaire: “et j'appellerai cela, disait-il, Mémoires d'un âne”.Mais ce pessimisme n’était que dans le mot.En fait, toute sa vie, il fut fidèle à la mystique.Il refusa toute dégradation en politique, on peut même dire qu’il se méfia de la tentation du suc'ès.Les Cahiers de la quinzaine ont été une grande entreprise mystique.Il avait songé, jeune homme, à fonder le Journal ürai.Les Cahiers procèdent du même dessein.On y voyait ‘‘des Juifs qui ne trichent pas, des fibre-penseurs qui ne trichent pas, des chrétiens qui ne trichent pas." Aux yeux de Péguy, collaborer aux Cahiers, c’était recevoir de lui un brevet d’honneur.Cette entreprise qui fut celle de sa vie touche de près à l’essentiel de son témoignage personnel.Car, il n’y a là-dessus aucun doute à avoir, cette lourde tâche de directeur, d’administrateur, de correcteur, de gérant, lui a interdit de poursuivre les avantages du succès.Barrés lui en avait fait la remarque: mais Péguy savait que son vrai témoignage avait besoin de cet effort patient, de la petite boutique des Cahiers.La pauvreté même de Péguy a valeur de signe, peut-être aussi de protestation dans un monde prosterné devant l’argent.Ce témoignage de Péguy, toute sa vie le donne, sans une reprise, sans un rebroussement.Le chrétien des dernières années n’a pas à désavouer le socialiste de sa jeunesse.Il le parachève, il 1 accomplit.L’un comme l’autre, disent ce que dit son héroïne la plus familière, Jeanne d’Arc: ”11 faut sauver les hommes, tous les hommes, sans exception.” Devenu chrétien.Péguy n’aura donc rien à renier.Et c’est peut-être même pour n’avoir pas à introduire dans sa vie une brisure, qu’il accepta malgré la tristesse qu’il en éprouvait, de demeurer un chrétien en un sens incomplet, loin des sacrements.Mais son christianisme, simple, solide, celui du paysan qu’il ' I t ¦i 275 ACTUALITE DE PEGUY était par toutes ses racines, reposait sur vertus.La charité dont il faisait la vertu éminente de sa Jeanne d Arc, était en lui, dans sa vie quotidienne comme dans sa pensée.A I espérance, il s'accrochait avec un coeur d’enfant; il aimait à citer saint Louis de Gonzague qui, interrogé sur ce qu'il ferait si la fin du monde survenait au moment même où il jouait, répondait qu’il continuerait à jouer à la balle espérance en Dieu.La foi était chez lui celle d’un simple, qui se méfiait un peu de la théologie, qui avait tant vu les erreurs de l’orgueil, qu’il avait appris la nécessité d’être humble de christianisme est exactement celui qui, sans complication, sans sacrifice, porte l’homme nu plus haut de soi.Est-ce à dire qu’il y eût dans Péguy un “saint” comme l’a dit -n de ses biographes?C'est peut-être exagéré.A ceux qui faisaient de lui un Père de l’Eglise, il répondait, bougonnant: “C’est déjà assez d en être le fils’ .Ce violent, ce passionné avait seulement des côtés de sainteté.Mais c’est par toute son humanité, par ses défauts mêmes qu’il nous touche.Le témoignage de qu’il peut être pour nous enseignement et modèle.L’héroïsme de sa mort parachève un héroïsme longuement quotidien.Raison dernière de placer cet homme non seulement au Panthéon des gloires littéraires, mais au cercle secret de nos fidélités.le trépied des plus grandes au chasseur, parce qu’il plaçait son coeur.Son ' sa vie, nous savons DAN1EL-ROPS Du sens et de la fin du mariage * ¦! Parmi les innombrables moyens donnés à 1 homme pour com-scmblables, l'acte sexuel, conséquence de la dif- muniquer avec scs fcrencialion en deux sexes, occupe une place très particulière.Dans relations avec nos frères nous exerçons une influence toujours mé- servons de signes, nos diate, car pour communiquer avec eux, nous nous les atteignons pas directement, nous demeurons dans un or- nous ne dre intentionnel de relations.Certes, notre valeur personnelle est comme de notre bien le suppôt des moyens d’expression choisis influence elle-même, mais nous restons a distance.Sexuellement 01-donnés l’un à l’autre, l’homme et la femme ont dans l’union charnelle (copulalio carnalis) plus encore qu’un moyen, mais un communication, si étendu, si parfait que les couches de leur être dépassent celles de n’importe quel autre mode 11 est à la fois signe et réalité d une chose.acte Je—Tu.“Rencontre im- acte de répercussions sur toutes scs cie communication.Conforme à la nature on l’appelle médiate d’acte et d’acte, inséparables des agents {aclus secundi) en lesquels précisément les personnes se donnent elles-mêmes et se acte commun qui se termine en toutes I un reçoivent mutuellement en un deux.” ( 1 ) Il ; ' I i Incapables que nous sommes de connaître ou de pâtir une action quelconque autrement que par les sens, (qu’une âme spirituelle informe ainsi que tous ses actes) pouvant immédiatement, a pour nous infiniment plus de valeur exest plus proche par exemple, que la pensée exprimée acte vital il n’entre aucune convention.tel acte vital du corps un être reçu pressive et nous IJ- par parole.Car dans réside en lui et s’en exprime naturellement.On ne peut donc personnel puisque, l’auteur ne un son sens dépouiller l’acte conjugal de son se lasse pas de le répéter, il engage deux âmes, deux absolus.Et il de- sens < vient évident que pour réaliser son sens, il doit être exercé selon tes * Li première partie de cet article est parue dans le 8e cahier, mars 1939.I ¦ personne n’est donc pas complètement close de tous côtés; crées a l'image et à la ressemblance de la Trinité, Dieu nous a donné le pouvoir de communiquer notre propre Ineffable.1 ! 277 SENS ET FIN DU MARIAGE tendances de la nature c'est-à-dire, avec un partenaire de l'autre sexe et d’après les exigences de l'appareil anatimo-physiologique.L'acte sexuel est pour l'homme une actualisation de toutes ses forces à chaque plan de son être, qui atteint jusqu'aux limites du douille au-delà de sa conscience: les profondeurs opaques de l’instinct, et le secret de l’âme.Le plaisir ressenti augmente en proportion du contenu substantiel des dons réciproques et l'on dit bien qu'il ressemble à une sorte d’extase.L’amour a pour objet l’ineffable de la personne, aussi "le mystère de la saisi" vivante de la personne est certainement situé hors des limites du logiquement formu- labié.” Les pures finalités biologiques sont de loin dépassées.L’acte de chair, impliquant toute la personne, participant à de très hautes réalités ontologiques, est un péché toujours grave, s’il est accompli seulement en raison du plaisir subjectif.Saint Pau! comprenait bien la valeur intrinsèque de l’acte sexuel, en dehors du lien juridique et de la fin procréatrice, quand il disa’t: “ne savez-vous pas que celui qui s’unit à la prostituée est un seul corps avec elle?Car dit l'Ecriture, ils seront les deux en une chair.” A cause de sa haute valeur d’etre, de l’abandon qu’il comporte, un tel acte exige, pour être posé, l’unité de vie à deux jusqu’à la mort, c’est-à-dire le mariage indissoluble.Répétons-le encore une fois, en l'acte con'ugal s’est réalisé ontologiquement l’abandon total de la personne à celle du partenaire, et ce don est sans repentance, ne peu' être ni repris, ni remis, il établit une relation indestructible.Remarquons enfin ave- le Dr Doms que l’Eglise ne proclame le mariage indissoluble absolument qu'après sa consommation par l’union charnelle.(2) La consommation lui apporte donc un indiscutable élément d’ordre ontologique “d'importance capitale pour la solidité du lien." Le mariage apparaît dès lors comme une communauté d’une nature très spéciale en ceci qu'avant toute tendance à la réalisation d’une fin extérieure, il est de par la nature de la copulation charnelle 2.—On peut dire que le mariage consommé imprime dans l’âme une sorte de caractère comparable au caractère ineffaçable du baptême ou de l’ordre: il est dû au contenu ontologique de l’acte sexuel et à ce que le mariage consommé est le symbole de l’indissoluble union du Christ et de l’Eglise par l’Incarnation. SENS ET El N DU MARIAGE 278 1res haute réalité.Le bien de cette communauté à deux, déjà une société organisée avant d'être élargie en famille par le venue de 1 enfant, est “l'unité ontologique secrète et mystérieuse, c’est-à-dire la participation mutuelle à la vie du conjoint, 1 ordination de 1 un a l’autre jusqu'à l'unité à deux .Il ne faudrait pas hâtivement inférer de ces pages que la procréation soit chose secondaire dans le maria-serait absolument méconnaître la pensée de Dorns.D ailleurs m ge, ce allons voir dès maintenant comment s’insère la fin procréatrice nous dans la communauté conjugale.Selon les conclusions indubitables de la biologie moderne l’union sexuelle apparaît destinée à la conception d’une manière beaucoup moins immédiate qu elle n apparaissait a saint "Thomas, d après les théories plus ou moins abracadabrantes de son temps.(3) L élaboration, puis la séparation des cellules germinales du corps des générateurs est indépendante de la volonté, ainsi que la fécondation, due à la conjonction des germes.On ne peut même pas déterminer les jours où celle-ci se fera certainement : en raison de cela 1 acte conjugal doit être répété.La fécondation est un te conjugal.Ainsi, la nature elle-même nous enseigne la forme personnelle de cet acte.C’est donc l'union des sexes qui passe avant la clecisio seminis, expulsion des germes, appelée réflexe consécutif, car l’union seule est dans ce cas acte humain proprement dit.Rappelons ce que disait Doms plus haut : Dieu a voulu la manifestation normale de nos instincts de reproduction dans une recherche de Tac-plissement personnel mutuel, tendance nécessairement actualisée selon le mode voulu par la structure des sexes et leur ordination l’un à l’autre.fruit ultérieur de l’ac- com » Cette fin personnelle ne peut ni ne doit cependant nous faire oublier que tout le processus biologique est orienté vers la fin procré-On peut distinguer les deux fins, il est par contre impos- atrice.sible de les séparer tant elles sont vitalement liées.L acte humain est ici inséparable de l’oeuvre de la nature (opus naturae)et 1 homme, qui ne peut réaliser lui-même la conjonction des cellules germinales, droit sur elles dans l’acte conjugal, il ne lui est permis en perd son manière de fausser celui-ci par des manoeuvres contracepti- aucunc 3.—En résumé il s’agissait de ceci: information par le semen masculin, avec l’aide du soleil, de la matière inanimée enclose en l’organisme féminin. I 279 SENS ET FIN DU MARIAGE ves.S’il modifie par sa volonté le cours d’un processus biologique voulu par Dieu, l’homme ne pèche pas contre le droit à l’existence d’un être seulement possible, “mais contre le droit sonverain de Dieu lui-même." Il empiète sur un domaine réservé à la Providence.De plus il détruirait la fin biologique dans son retentissement sur les deux conjoints.A l’encontre de Saint Thomas qui envisage l’établissement de la communauté conjugale et son indissolubilité en raison dernière de l’éducation, Doms nous démontre comment, de par la nature de cette même communauté (de soi indissoluble), les parents “ont l’aptitude tout à fait propre, naturelle, à l’éducation de leurs enfants.” Dans le mariage l’enfant est reçu comme fruit naturel (providentiel) de l’acte où s’exprime l’amour des conjoints, où se réalise leur abandon réciproque.Il est issu des deux, il apporte la ressemblance des deux, il devient un nouveau signe vivant de leur unité.L’amour parental n’est autre que le même amour conjugal qui se porte sur l’enfant, l’enveloppe et l’intrègre dans une communauté déjà parfaite, riche de la plénitude du don des parents l’un à l’autre.L’enfant ne change rien : il enoblit, il hausse, il parfait.Rien ne pourrait remplacer l’achèvement dernier inestimable qu’il représente pour les parents.Et ces aptitudes humaines sont si riches, dit l’auteur, ces richesses ontologiques des parents sont si grandes que l'unité à deux conjugale ne pourra trouver son expression adéquate qu’en plusieurs enfants.Cet amour qui peut sans s’appauvrir, s’effuser sur de nouvelles personnes, qui tend à s’établir entre de nouvelles “relations” en demeurant inchangé, prouve bien que l’unité à deux conjugale, indissoluble par nature, possède en propre, découlant de son essence, force et vertus irremplaçables pour l’éducation des enfants.On sait que, pour Saint Thomas, spécificité, indissolubilité du mariage reposent sur la fin procréatrice et éducatrice ou fin primaire et que la communauté de vie avec tout ce qu’elle comporte, l’amour et l’amitié conjugale, sont par lui considérés comme des fins secondaires.Sans entrer dans une critique détaillée des rapports de sub-ou de sur-ordination des fins entre elles, et de la théorie de Saint Thomas en général, nous indiquerons quelques-unes des sérieuses difficultés fin extrinsèque au mariage: cette propriété constitutive de la fin primaire disparaîtra nécessairement toutes les fois que se présentera un de ces très nombreux cas concrets où il sera impossible d’ordonner 280 LA RELEVE le mariage à cette fin.Selon Saint Thomas le mariage est une institution naturelle (donc de Dieu) au sens d adaptation solidement établie de moyens par rapport à une fin et non au sens d une loi Donc si la fin qui oblige fait défaut, l’obligation tombe, physique.par exemple clans le cas de 1 union certainement stérile.D autre part le lien doit être maintenu en toutes circonstances.on enseigne que Dans ce cas particulier de stérilité, puis et de la grossesse, au cours des périodes agénésique, où l'on ne peut l'obtention de la fin primaire, l'acte conjugal lui-même temps de la ménopause aux avoir en vue apparaît comme un désordre, du moins dépourvu de noblesse et d élévation, puisqu'il est privé de ce qui lui donne son sens (1 excuse, irait-on jusqu’à dire en certains milieux), et voit-on une autre raison le devoir de justice de l’accorder au conjoint sans péché?Mais fs que l'auteur nous a montré plus haut la relative indépendance où se trouve l’acte sexuel humain vis-à-vis de la procréation et comment il exige, l’indissolubilité : il a conclu à bon droit qu il est de soi plein suppose de sens, une réalité ontologique, légitime, et confère, renouvelle, augmente la grâce sacramentelle du Dans les cas exixisés.il demeure mariage.L’Encyclique Cdsli Cowiiibii et le Cdlcclùstuc J\orncun enseignent que le mariage est une “institution destinée à la perfection rôdes conjoints dans la communauté de toute la vie" et que un élément de cette par- I ciproque la procréation — éducation de 1 enfant est faite communauté de vie.Ce qui est conforme a la saine psychologie, à l’expérience certaine des fiancés et des jeunes époux, à la de plus en plus profonde que l’homme a atteinte de la vie L’amour est en lui-même une réalité totale, !¦; conscience m intime de sa personne, il peut être voulu pour lui-même : c’est précède celui des parents qui n’en est que l’extension, 1 effusion (grâce à sa richesse intrinsèque.dh > mieux à sa plénitude) sur autre être.On comprend le malaise éprouvé par les fiancés quand on leur expose l'essence du mariage selon des vues purement finalistes, extérieures à la réalité de l’amour qu'ils vivent alors.Comme le remarque l’auteur, “la doctrine de Saint Thomas ne fait pas de place à une appréciation systématique de la valeur propre de 1 amour.Avant de conclure, disons que le Code de Droit Canonique est absolu.L’amour des époux un un ( la fin principale du parfaitement justifié de désigner 1 enfant comme 28! SEN’S ET FIN DU MARIAGE C’est le point de vue du droit qui considère le bien mariage (4).commun avant le bien individuel, car l'enfant qui, en tant que per- sonne est déjà “une fin en soi qui déborde la finalité immanente au mariage," en est le bien qui intéresse le plus la société “dont ii représente l’avenir; enfin dans le plan divin ce bi™n ne devait venir que du mariage.” Bien que non nécessairement générateur l’acte du mariage peut être normal, sa fin objective étant la représentation et la réalisation vî vante de l’unité à deux conjugale.Il est en lui-même plein d'un sens très profond.Cette unité en s’achevant s’oriente naturellement vers deux fins éloignées, l'une personnelle; accomplissement des époux, l’autre biologique: la procréation.A noter que le sens est réellement distinct de la fin personnelle; il se réalise toujours objectivement si l'acte est normalement posé: les deux fins pas toujours.On ne doit pas confondre le sens immanent du mariage avec l’amour qui rend morale l’union qu’il imprègne et vivifie.“Le mariage est d'abord en soi avant d’être pour quelque chose qui n'est pas lui” ; par la réalisation de son sens, l’unité à deux conjugal™, il atteint les fins qualifiers de primaire et de scom' ire.et depuis le péché originel, cette autre fin, le remède à la concupiscence.Faute d’espace nous devons nous arrêter ici après n’avoir recensé que la moitié du livre de Doms, déplorant d’en négliger la partie proprement théologique où il est magistralement traité de la sacramentnlité du mariage et nous est révélée la merveilleuse richesse de son contenu spirituel.La seconde partie (5) contient en outre des chapitres très importants sur le mariage avant et après la chut™ originelle, sur la virginité et le célibat, enfin sur les applications de la présente thèse à la théologie morale et les conséquences pastorales qui en découlent.Le mariage est le symbole des plus grands mystères et celle symbolique, ce foisonnement d’analogies, ces entrelacs de rapports entre Dieu et les hommes nous apparaissent dans une nouvelle clarté, avec une profondeur et un relief extraordinaires à la lumière de la pensée du grind théologien allemand.1! se dégage de son essai une poésie grave et fervente que nous attribuons à la vision ontologique 4.—Canon 1013 Par.1.5.—Peut-être aurons-nous prochainement l’occasion d’en donner la recension à nos lecteurs. r'"r 282 LA RELEVE des clioscs si caractéristique du Dr.Dorns, et à la nature de la théologie, fondée en la Vérité divine et qui en vertu de cela embrasse par le dedans, existentiellement, la réalité du cosmos.Espérant n’avoir pas trahi la pensée de l’auteur dans le peu qu'il nous a été loisible d en exposer, nous avons essayé, au cours de modestes pages, de montrer l’importance d’une oeuvre qui a déjà profondes libérations qu’apporte tou- ces été pour beaucoup une de ces jours à l’esprit un contact vivant avec la vérité.Le lecteur se rendra compte que l’opposition à Saint Thomas qui s y fait jour à plusieurs reprises n’est en fait qu’un progrès à l’intérieur même du thomisme, doctrine dont le principe n'est pas le magistcr dixit, mais 1 hum" ble et courageuse soumission à la nature des choses.Il verra que cet essai correspond d’abord au sens du mouvement théologique et philosophique actuel, tout orienté vers la personne, et singulièrement, à la conscience de plus en plus explicite que nous avons d’être des per-et d’être ainsi nous-meme à l’origine du drame de notre vie.sonnes Nous sommes persuadés que le livre du Dr Doms exercera une influence heureuse et que l’étude de la problématique du mariage en orientation nouvelle, plus conforme à la réalité ontologi-des choses et à l’expérience vécue.Il fait le plus grand honneur admirons depuis longtemps la recevra une que à la théologie allemande dont nous richesse et la profonde originalité.Jean LE MOYNE !¦&}.1 : f i 11 ' Chroniques Progression de la "Chronique des Pasquier"."Cécile parmi nous" Chaque automne nous ramène, dans sa jaune livrée mercurécn-ne, un tome nouveau de la Chronique clés Pasquier.sans conteste le plus vivant, le mieux réussi des romans-fleuves.Dans le Notaire du Havre — dont l’action ne se déroule pas au Havre (I ),—M.Georges Duhamel nous a montré la famille Pasquier, anxieuse de recevoir un héritage qui viendra les tirer de la gêne, et d'une lettre que ne se hâte pas d’expédier le notaire du Havre.Le Jardin des Bcles sauvages, c’est la famille Pasquier, curieux lâcher de caractères différents, opposés, difficiles, aux heurts fréquents.Voici le père, “Ram”, lancé dans les études médicales à quarante ans; il ne craint pas de bousculer les bonnes entre deux examens.Il a moustache rousse, cultive les effets de voix, “poitrine”, pérore, engueule ses contemporains et fait de grandes colères “Pasquier" qui font trembler les vitres.Mme Pasquier, effigie pâle et douce, pleine d’indulgences pour les frasques de son mari, économe, toujours à ravauder quelque vieux vêtement.Cécile est une belle femme, assez fantasque, une très grande musicienne qui sait faire taire toutes les “bêles sauvages" avec deux lignes de Mozart ou Laurent le tourmenté, l’inquiet, initié aux subtilités littéraires et aux diciplines biologiques, ami fidèle et coeur d’or.Le prosaïque et de J.S.Bach.(I) “Au mois de janvier dernier, j'avais pour voisin de table, dans un repas à demi-officiel, un homme politique fameux et d'un pays étranger."Monsieur, crut-il devoir me dire, j’ai lu tous vos livres .Je les aime tous évidemment ' (Petit salut de la tête)“Mais celui que je préfère, c'est le Notaire du Hâorc.Pensez; j’ai passé au Havre plusieurs années de la guerre.” Mon voisin dit encore avec un soupir quelque chose comme: “Vous vous rendez compte .” Oh! je me rendais parfaitement compte et je souriais gaiment: dans le livre intitulé Le Notaire du Hâorc, il n'est pas question du Havre.” (Défense des Lettres) 284 LA RELEVE Ferdinand.Le financier-arriviste Joseph.Suzanne encore myope petite, mais qui deviendra une grande actrice.Créations inoubliables autour desquelles gravitent d’autres personnages qui ne manquent pas d'intérêt : Justin Weil, |x>ète juif — peut-être la meilleure réus- site de Duhamel ; Paula Lescure; Désiré Wasselin ’ 1 enfant déchu ; Waldémar et sa mère, combien d’autres .La famille acquiert une certaine aisance et déménage — ce ne sera pas la dernière fois dans Vue de la Terre Promise.Joseph devient très riche, achète sa “Baquellerie", pend la crémaillère en des fêtes grandioses qui comblent l’Orgueil-de-Joseph ; et nous avons la Nuit de la Saint Jean.Nous y rencontrons quelques figures de savants, un prêtre aveugle dont la conversation nous bouleverse et est peut-être la meilleur page qu’ait écrite l’auteur de la Vie des Martyrs.Vers 1 900, plusieurs jeunes gens, lassés de vivre dans un monde qui méconnaît l’art et la beauté vont s’enfermer à Bièvres, où, faisant quelques menus travaux, ils se livrent à leur démon L’affaire rate, parce que les tout en familier: poésie, peinture, musique, intellectuels sont habituellement des mauvaises têtes.On doit fermer Le Désert de Bicorcs.rêve longtemps caressé pas Justin, et par Laurent qui tend de plus en plus à devenir le personnage central de la chronique et qui ressemble à Duhamel comme un frère.Maîtres, Laurent cherche, parmi ses professeurs savants, des directeurs, des chefs, des conseillers, des maîtres.La jeunesse, de plus en plus, réclame des maîtres.Ses professeurs, Laurent les a placés haut, très haut, trop haut.Au fond, ce sont de pauvres hommes, faibles, vulnérables, en proie aux mesquineries comme tous les hom-Lcs Maîtres est un autre échec.Ici et là, tout au long de son émouvante chronique, on a senti la Grâce tourmente Duhamel, qu'elle le harcelle, ne le quitte Et je crois bien que sa fréquentation de Mauriac y est pour uurlque chose.Et voici que dans le dernier tome, Cécile la grande musicienne Bach et Mozart va se convertir, touchée par le malheur.Dans Les mes.que pas.qui joue Elle a marié Richard Fauvet, un intellectuel qui, depuis dix ans, cherchait sa voix “dans le luxieux chaos des connaissances hurnai- ".Cécile et Richard ne sont pas faits l'un pour l’autre.M.Du-V ur el a bien su rendre ce nouveau Duo.Cécile est trop reine.Son rear1 aime blaguer, jongler avec les mots.Elle s’irrite lorsqu'il l'ap- nes ! "la chronique des pasquier" 285 pelle Athéna.Suzanne est jolie, elle fait du théâtre.Richard s’en éprend.Le clan Pasquier est aux ton: réflexe hériditaire.Laurent s'inquiète et jusqu’à Justin.Céa le déclare à son mari “qu’il y a certaines choses qu'elle ne lui laissera pas faire .A 1 issue d un concert où Richard s’est approché trop près de Suzanne, Justin lui donne un soufflet.Duel.Au plus noir de cette tragédie conjugal, Cécile perd espoir de sa vie.Le tragique de cet épisode rappelle les pages les plus angoissées rl'Augustin ou le Maître est là.Cécile a rencontré un prêtre.Au dernier chapitre, Laurent cause avec sa soeur sur la tombe du petit Fauvet."Laurent, il faut prier!" A l’automne prochain ! M.Duhamel n’a pas fini de étonner, de nous édifier, de nous plaire.abois.Mme Pasquier tremblote du men- enfant, l’unique son nous Marcel RAYMOND "La France veut la Liberté" (1) Il semble bizarre, au siècle des dictatures.—à l’âge Je chemise¦ —qu’une nation affirme vouloir la liberté.Ce serait chose assez singulière en effet, si, en l’occurence, il ne s’agissait de la France Mais il s’agit de la France.“Ils ont la liberté dans le sang”, disait Péguy.Depuis, beaucoup d’évènements ont fait subir au problème maintes “fluctuations” eci dit pour reprendre le mot de Valéry.Alors la France n’avait pas besoin de Jirc qu’elle vouhit la liberté.Surtout elle n’avait pas besoin de se le Jirc: elle le savait suffisamment.Les autres aussi.Mais voilà : depuis Versailles certains ont cessé d’y croire : ont-ils tellement tort?Leur seul tort est de confondre le juridisme versaillais — apprêté, en fin de compte, à la sauce britannique et américaine — avec la volonté permanente de la France.Le plus grave, c’est que la France elle-même paraisse l’oublier.Aussi, ce cahier Présences prend-il valeur de témoignage.Il montre sur quel plan se placent les volontés de la France.C’est quelque chose — quoique le Cahier en ait pu dire davantage.G.F.et J.-M.P.( 1 ) Coll.Présences, cahier collectif, Plon, 1938. "Codreanu, l'homme de la forêt" (1) Codreanu, héros national roumain, chef des Cardes de Fer, est un personnage que le monde connaît fort mal.Les journaux nous l’ont toujours représenté comme un dangereux agitateur, de tendances fascistes, en relations étroites avec le gouvernement allemand, grand admirateur des nazis.Cette année, nous avons appris sa mort.Il avait été tué, a-t-on dit, en cherchant à s’évader de prison.Beaucoup n’ont pas voulu accepter cette explication officielle.Il était si gênant pour le gouvernement du roi Carol qu’il est facile d'admettre ce que ses admirateurs ont écrit: que sur l’ordre du gouvernement il avait été attiré dans un guet-apens et qu’on s’en était ainsi débarrassé.Le Codréanu que nous présente Michel Gauvin (1) est un héros splendide, \'Envoyé de l’Archange selon le titre de l’ouvrage que les frères Tharaud lui ont consacré.Quand on connaît l’état social des pays d’Europe centrale, quand on sait à quel point les problèmes de races, de distribution des richesses y sont aigus, on imagine aisément l’enthousiasme qu’a pu soulever un mouvement comme celui de Codréanu.Dans tous ces subsiste encore une semi-féodalité où dominent les seigneurs, ( pays propriétaires des grands domaines, et les financiers — la plupart juifs — créanciers d’une imputation presqu’uniquement paysanne qui crève de faim.Très peu industrialisés, ces pays n'ont pas encore un prolétariat assez nombreux et assez organisé pour accomplir une révolution sociale comme il s’en est produit en France ou en Angleterre, qui libérerait un peu les masses de l’oppression des grands "possédants".Les paysans n’ont pas encore réussi à secouer le joug.A cause du caractère individualiste du terrien et de la dispersion des fermes, les syndicats, les groupements professionnels paysans sont toujours plus difficiles à former que les organisations ouvrières des villes.il (1) Codreanu, l'homme de la forêt.Cahier no I, Editions de la Nouvelle-France, 496, Première avenue — 48, rue Fraser, à Québec.Plaquette de 31 pages, 15 cents.Parait: nt des oeuvres de François Hertel, Valdombre, R.P Carmel Brouillard, o.f.m , R.P.Gabriel-M.Lussier, OP.etc. “CODREANU, L'HOMME DE LA FORET" 287 Il existe bien clnns ces pays d’Europe centrale des partis politiques paysans, mais ils n’ont su prendre le pouvoir, ou du moins s’y maintenir.Il est remarquable d’ailleurs que presque tous les chefs de ces partis sont exilés ou emprisonnés pour permettre aux partis dominés par la finance de gouverner à leur gré.On comprend alors la terreur actuelle des milieux gouvernementaux de Pologne ou de Roumanie à l’idée d’une alliance avec la Russie.Une fois les armées entrées sur le sol de leur patrie, c’est la dictature du prolétariat qui remplacera celle des féodaux et des financiers.Le peuple, le malheureux peuple des pauvres ni ne gagnera, ni ne perdra au change.on le voit, de porter un jugement final sur l’action de Codréanu.Devant un problème juif quasiment insoluble, tant les Juifs sont nombreux et bien placés, devant un problème économique et social urgent, dans un pays aux moeurs rudes, Codréanu a choisi les moyens violents.Ne visant pas seulement à la conquête immédiate du pouvoir, il a d’abord lancé une espèce de croisade pour éveiller la fierté nationale et organiser la défense du peuple.Monté sur un cheval blanc il parcourait les campagnes, cherchant à entraîner les paysans à sa suite.Comment entendait-il procéder après cette préparation de l'opinion publique, il est difficile de le savoir.Il y avait chez lui, semble-t-il, une méfiance profonde à l’égard de la démocratie parlementaire actuelle, de ses marchandages, et de sa prétendue représentation populaire.Méfiance qui se comprend, d’ailleurs.S’il y eut déjà en Europe une véritable démocratie, ce n’est certainement pas dans ces pays d’Europe centrale.Il est difficile.Aurait-il alors imité les procédés fascistes.Il semble qu’il ne voyait pas d’autres moyens de reconstruire la nation roumaine.Il faut dire que dans ces régions de l'Euro|>e, on loge dix balles dans la peau du voisin avec une étonnante facilité.Pour éviter ce sort, Codréanu a dû le faire subir souvent à ses adversaires.M.Gauvin veut nous faire accepter son héros comme le type parfait du défenseur de la patrie, mieux encore, comme un saint.Cela est inadmissible.Certains gestes violents s'expliquent peut-être, le meurtre ne devient pas une vertu.Nous avons trop besoin, dans le monde actuel, et chez nous particulièrement, de sang froid et de visions justes des intimes conséquences de nos actes pour qu’il soit 288 LA RELEVE utile de nous proposer un tel exemple.Codreanu avait fonde une Ligue antisémite nationale chrétienne.Le litre même de celte ligue contient une contradiction.Il n’y a pas d'antisémitisme chrétien, l’antisémitisme est contraire à la loi de justice et de charité.On doit se défendre contre les Juifs, comme d’ailleurs contre tous ceux qui cherchent à nuire, mais l'idée antisémite avec tout ce qu’elle comporte de violence injustifiée, de désir d’écrasement du prochain, de haine de l'homme n'est pas une idée ch étienne.L’auteur de Coilréanu a raconté très simplement, d’une façon vive l’histoire de ce héros qu’il accepte intégralement.Il a négligé, à notre sens, d’en montrer certains aspects.Nous n’avons pas caché que la situation particulière de ces pays expliquent peut-être les moyens choisis par Codréanu : nous sommes prêts à croire à son courage, à son désintéressement, à sa générosité mais nous nous demandons si ce n’est pas en purifiant les moyens qu’on accomplira une véritable révolution.Nous voulons dire une révolution qui dégage vraiment l'homme de ces servitudes qui ne sont pas liées à sa nature d’une façon absolument nécessaire, qu’il est possible d’éviter dans une mesure assez large, comme la domination d’une classe, ou la domination de l’argent.Les révolutions violentes n’ont jusqu’ici fait que changer les servitudes de place, elles ne les ont pas abolies, mais au contraire les ont aggravées.Certains problèmes paraissent à première vue ne pouvoir trouver de solutions ailleurs que dans la violence.Il faudrait peut-être un jour essayer d’autres moyens, plus conformes à l’Evangile.La justice de.hommes seule, dégénère toujours en tyrannie.Il lui faut être tempérée, redressée par la charité.' ¦Il If i LA RELEVE."Journal d'Allemagne" (1) Les livres écrits sur l’Allemagne surtout depuis que Hi 1er y a pris le pouvoir constitueraient à eux seuls une collection assez imposante.Pourtant celui de Denis de Rouge- (II Journal d'Allemagne, p.ir Denis de Rougemont édit.N R.F .Piris, 1938.I “journal d’allemacne" 289 mont lie rend pas le même son (pie bien d’autres.D’abord il est à noter (pi’il ne s'agit pas d’une “étude générale” sur l’Allemagne, mais d’une vision, opérée à travers les attitudes qu’il détermine, du régime hitlérien.Il ne s’agit pas davantage d’un reportage style grand quotidien ; qu’ambitionne effet un tel genre?convenir à un publvc, son publie, c’est-à-dire créer une sorte d’imagerie sommaire qui corresponde aux goûts et aux préjugés de ce même public, lequel on le sait, n’aime pas tant connaître les choses telles qu’elles sont que telles (pi’il veut qu’elles soient.Or Denis de Rougemont s’est attaché à faire justement le contraire : contredit les stylisations opportunes”.C’est précisément ce qui fait l’intérêt du Journal d’Allemagne.S’il a voulu voir le régime hitlérien par les yeux de ceux sur qui il pèse—seule méthode permettant de d’apprécier sa valeur historique véritable—il a su toutefois l’adhésion et la résistance intimes qu’il suscite et partant, se garder de la facilité qui consiste à socialisme tous les traits caractéristiques de la vie allemande aujourd’hui.” Et c’est par des échanges d’abord étudiant S.A.qui lit La involution necessaire d’Aron et Dandieu, puis avec un bourgeois, un petit industriel, opposant, un “vieux combattant” du régime, un Israelite, un communiste qui termine en lui disant : “Si tous l’abandonnent, tous ces gros cochons qui sont autour de lui (et il nomme les principaux chefs du régime) eh ! bien, moi ! (il se frappe la poitrine) moi, je me ferais tuer pour lui!”—o’ost par ces échanges qu’il reconstitue le climat humain du régime.Et il a vu Hitler.Et je vous prie de croire que ce n’est pas le Hitler de M.Jean-Charles Harvey.Xi, évidemment, celui de M.Adrien Arcarid.C’est Hitler lui-mcmc.L’homme qui ne vit qu’entouré du ''râle d'amour de l’âme des masses”, qui, dans les tonnerres d’un meeting monstre, dans les hurlements rythmés d’une foule qui n’est plus qu’un cri énorme—des personnes ne se distinguent plus—apparaît comme le prophète d’un culte élémentaire.On peut ironiser à ce sujet.On peut déplorer qu’en Allemagne le ridicule ne tue pas.Mais l’ironie est l’alibi des impuissants.A défaut du ridicule, certains croient qu’un bon tireur est toujours prêt à abattre le dictateur.On attend.On peut (Ml fi noter ce qui mesurer, attribuer au national- avec un un 290 LA RELEVE no tire pas, dit Denis de attendre longtemps.Car Rougemont, sur un homme qui n’est rien et qui est tout.On ne lire pas sur un petit bourgeois qui est le rêve de soix- on ante millions d’hommes.Un autre passage capital du livre de Rougemont est celui où il raconte une cérémonie chrétienne.Le contraste est impressionnant entre l'assemblée chrétienne et le meeting hitlérien.La force véritable, sûre d elle-même, invincible ne se manifeste pas dans celui-ci: une inquiétude y perce que la mise-en-scène ne peut réprimer; elle apparaît au contraire, dans celle-là, persécutée mais indéracinable.Si j’ai insisté sur ces deux passages, c’est qu’ils sont, à mon sens, les plus importants du Journal d'Allemagne.Mais il y a bien d’autres pages qui vaudraient d’être soulignées: en particulier une note sur la presse allemande où IVi voit que la principale différence qui se marque entre les journaux allemands et les journaux “libres” de bien d’autres pays consiste principalement en ceci que ces derniers fabriquent eux-mêmes leurs fausses nouvelles tandis que ceux d’Allemagne les reçoivent toutes faites des officines d’Etat ; et cette autre sur le “vertige de la relativité historique” émet une résonnance très pure et presque pascalienne ; et cette “conversation avec un S.A.” où l’on comprend que la guerre moderne—pour laquelle, eu Allemagne (et ailleurs!), on fait des préparatifs très réels sinon toujours très ce scients—n’est qu’une mystification et une dévalorisation de cet irrépressible instinct de lutte que tout homme porte en soi.I!: Le livre se clôt sur trois annexes, dont la dernière— Les jacobins en chemise brune”—met en relief le parallélisme qui existe entre la jacobinisme—unitaire et centralisateur—et l’hitlérisme—centralisateur et unitaire ! En somme on serait fort déçu si l’on avait le dessein d’aborder le Journal d‘Allemagne comme un recueil d’impressions élégantes détachées, tirées du carnet de notes d’un intellectuel en voyage.Il s’agit ici d’un “document” humain et d’un document politique d’une valeur rare.Et, pour les chrétiens, il s’agit d’un avertissement.Guy FRECAULT I II T Livres reçus à la rédaction Desclée de Brouwer La doctrine spirituelle de Soeur Elizabeth de la Trinité.Préface du R.F.Garrigou-Lagrange.L'Evangile devant les temps présents.Les Chrétiens et le monde, coll."Paroles de vie" M.M.Philipon.O.P.F.M.Braun.O.P.Henri Barbeau L'Ascétisme chrétien, coll."Oeuvres de saint Augustin" Celui qui est, nature de Dieu, tome troisième du Cours synthétique de Religion.Le Sacré-Coeur, coll."Cathedra Pétri" commentés par Paul Galtier, s.j.Saint Augustin Abbé J.Raimond Textes pontificaux Bonedictus Henri eus Merkelbach, O.P.Mariologia Plon .L'Amour et l'Occident, "Présences" .Aviation, école de l'homme, Denis de Rougemont Robert de Marolles "Présences" Une renaissance française, R.P.Ducatillon "Présences" L'Epée de feu, roman.Daniel • Rops .Card.Verdier, R.P.Aupiais, A.Sidobre, P.DoDinh, R.P.La Farge, Abbé I.Leclercq, Grousset, L'homme de couleur, "Présences" etc, Téqui Eléments de Philosophie 1er volume: Introduction générale à la philosophie.Nouvelle édition 1939.Jacques Maritain La Cité Chrétienne Professeur E.de Greef Nos enfants et nous.Les personnes qui désirent- rencontrer les directeurs peuvent communiquer d'avance, soit par lettre, soit par téléphone, avec Paul Beaulieu aux bureaux de la revue ou avec le rédacteur en chef, Claude Hurtubise, à 340, ave Kensington, Westmount, Fltzroy 8658.L'abonnement d'un dollar (à 10 cahiers) est payable par mandat ou par chèque au pair à Montréal aux bureaux de la revue, 36, ave.Roskilde, Outremont.Tél.: CA.7562. I Secrétariat de la Province I ECOLE DES HAUTES ETUDES COMMERCIALES Décerne les diplômes de Bachelier en sciences commerciales, de Docteur en sciences commerciales, et Licencié en sciences comptables.Ce dernier diplôme donne droit d'admission dans l’Association des comptables agréés de la province de Québec (C.A.), l'Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec (L.I.C.) et la Corporation des comptables publics de la province de Québec (C.P.A.) i ifii r Honorable ALBINY PAQUETTE ministre » JEAN BRUCHESI sons-ministre « J RENÉ DLIGLIAy DUGUAY, CARIGNAN & LALANDE AVOCATS HA.5111 276 ST-JACQUES OUEST.Suite 707-708 Magasin de Fleurs et Bibelots d'Art LA MAISON ALMANZOR Almanzor Riopel, prés.FLEURISTE Téléphone: DOllard 7076 Montréal 5054, avenue du Parc
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