La relève, 1 janvier 1940, Janvier
LIU X ewe CAHIERS PUBLIÉS SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET DE PAUL BEAULIEU Conditions de l'unité canadienne CLAUDE HURTUBISE 293 Charles Du Bos 295 MARCEL RAYMOND .Un grand humaniste: saint Thomas d'Aquin 301 Réflexions sur Dante J.DE LA ROCHELLE JEAN LE MOYNE 306 Du côté des chefs GUY FREGAULT .311 Chroniques Gustave Flaubert — L'idée de la vie religieuse — Théâtre: "Genève" de G.-B.Shaw — Les revues et les événements: Les Carnets viatoriens; Commonweal, et la guerre — La misère en Chine — Note aux amis de "La Relève".10e cahier, 4e série 10 cents JANVIER 1940 "JrtUST 0ËNKRAL DU (ANAPA CONSEIL D'ADMINISTRATION: Président: le sénateur J.M.Wilson Vice-pi ésident: le sénateur D.-O.L’Espérance Vice-président: M.Beaudry Leman Messieurs: L.-J.-Adjutor Amyot Joseph Beaubien L.-E.Beaulieu, c.r.Georges Bedeau J.-T.Donohue Sir Georges Garneau Mendoza Langlois Charles Laurendeau, c.r.René Morin L’Hon.Jacob Nicol, c.r.Alfred H.Paradis L'Hon.J.-E.Perrault, c.r.Lo sénateur Donat Raymond Léo-G.Ryan L'Hon.Geo.-A.Simard C.-E.Taschereau Arthur Terroux y I: René Morin, directeur-général Louis Trottier, trésorier Jean Casgrain, secrétaire I Capital versé, $ 1,105,000.00 Biens en régie, $84.000,000.00 EXECUTEUR TESTAMENTAIRE FIDUCIAIRE ADMINISTRATEUR AGENT FINANCIER 'i ' I ' h i 112, rue St-Jacque» oueri MONTREAL 71, rue St-Pierre QUEBEC I LU ère Rédacteur en chef : CLAUDE HURTUBISE 36, avenue Roskilde, Outremont, Montréal 10e cahier 4e série Conditions do runïto canadienne Les mouvements qui sont nés dans la province de Québec depuis cent ans appartiennent presque tous à l’ordre des replis soi et des réaction défensives.Contre les tentatives d'assimilation, de centralisation, de nous impérialiser, nous avons eu le nationalisme, le séparatisme, l’anti-impérialisme.Nous n'avons jamais eu le temps, nous les aînés dans ce pays, de lancer un mouvement de canadianisme, de créer, dans les éléments hétéroclites apportés ici par l’immigration, un esprit vraiment canadien, de préparer l'unité de pensée et de volonté politique, et par ressaut un sentiment profondément canadien qui ne soit pas fondé sur la race ou la géographie particulière d’une province.La différence des cultures se manifeste dans tous les événements importants de la vie nationale.La guerre nous oblige encore une fois à le constater à l’évidence.Et pourtant, le soldat canadien, qu’il soit d’origine anglaise ou d’origine française, sous une conception différente, défend la même patrie.Pour une partie des Canadiens anglais de la vieille école coloniale (qui se retrouve dans toutes les parties du monde), le Canada, détaché de l’Empire, ne serait plus la patrie.Pour le Canadien français, issu de dix générations de paysans, sans autre lien avec l’Europe que les liens culturels, la patrie, c’est “la terre et les morts”.Il n’en est pas moins loyal à son Roi, et la guerre étant déclarée, sa religion lui fait un devoir de lutter su: 294 t-A RELEVE pour le triomphe de la patrie ; mais cela clans la mesure de ses moyens et non au-delà.Le Canada, étant un pays jeune, riche en ressources matérielles mais non en capital humain, sa [wlitique dans cette guerre est toute tracée d’avance : son effort doit être d'abord économique.Le volontariat, et seulement le volontariat, lui est ])ossiblc.Toutes ses énergies lui sont nécessaires, d’abord pour défendre adéquatement scs frontières advenant une attaque, ensuite pour fournir l’effort industriel que réclame sa participation, et enfin pour le redressement qu’exigera l’après-guerre.Nous n’aurions pas gagné la guerre si la victoire nous trouvait décimés et incapables de poursuivre seuls notre destinée de nation libre en Amérique.Nous, que les traditions attachent à l’Amérique plutôt qu’à l’Empire, nous devons cependant comprendre le sentiment de l’élément anglais qui, arrivé plus récemment au pays, ne peut, du jour au lendemain, briser tout lien avec l’Europe.Et c’est pourquoi, comme le disait M.Ernest Lapointe, le ministre de la justice, lors de la récente élection provinciale : ’’Nous avons dit à nos compatriotes de tout le pays que nous accepterions avec eux les mesures prises en vue d’aider la Grande-Bretagne et la France dans se conflit, mais que jamais nous ne consentirions à la conscription et que nous refuserions d’appuyer un gouvernement qui essaierait de la mettre en force.C’est à cela que nous avons rallié l’opinion du Parlement et c'est de cette façon que nous avons maintenu l’union canadienne.Notre peuple partout a loyalement accepté l’effort.’’ Ces conceptions différentes chez les Canadiens-anglais et chez les Canadiens français n’empêchent pas l’unité d’être possible.Les deux groupes auraient-ils également considéré la guerre d’un point de vue exclusivement canadien que cela n’eût pas évité la déclaration de guerre.Il faudrait tout de même que les deux en viennent à penser notre patrie comme une puissance autonome que des liens culturels seuls rattacheraient à l’Europe, qu’un lien économique — et sentimental pour les Anglais — rattacherait à l’Empire.Les Canadiens français, conduits par cette pensée politique depuis déjà longtemps, ont toujours résisté aux tendances centralisatrices qui ne sont pas dans le sens de l’histoire — de l’histoire de la patrie qu’ils ont créée, bâtie, défendue—, qui ne sont pas .Y 295 CHARLES DU BOS nécessaires au maintien de l'unité, comme ils ont résisté aux tendances séparatistes nées en réaction contre les premières.L’unité canadienne existera donc quand les deux nations qui habitent notre pays et dont la religion, la culture, et une grande partie des traditions ne cesseront jamais d’être différentes auront su communier dans un même amour de la terre canadienne, et de scs institutions autonomes issues des nécessités purement géographiques et ethniques.Claude HURTUBISE Charles du Cos Depuis quelques semaines, les lettres catholiques pleurent Charles du Bos.Pour plusieurs, il fallut cette mort pour leur révéler l’existence de l’éminent critique, cl les notices nécronologiques d’un Maurois, d’un Mauriac, d’un Gabriel Marcel furent une véritable révélation.En un siècle de réputation chipée à coups de réclame tapageuse, il se sera trouvé un homme qui aura vécu en dehors de l’éloge officielle, qui aura méprisé la louange et n’aura jamais cru nécessaire d’asseoir sa notoriété sur des parchemins officiels.Une vie simple, sans faits saillants: joie du biographe.Il naît à Paris, le 27 octobre 1882.Il fait ses études à l’école Gerson, passe par Oxford.Sa mère est anglaise et, toute sa vie, Du Bo; attiré par la littérature anglaise.Mariage en 1907.Voyages nombreux: Italie, Allemagne, Hollande, Angleterre.En 1914, il fonde, avec André Gide, le Foyer Franco-Belge, oeuvre créée en faveur des réfugiés.Il y donne tout son temps.Il rencontre, en 1922, à l’Abbaye de Pontigny, avec André Gide qu’il connaît déjà, André Maurois, Edmond Jaloux, Roger Martin du Gard, Ernest-Robert Curtius et Jacques Rivière.Avec François Mauriac et l’abbé J.P.Altermann, il dirige la revue Vigile.Il donne des conférences populaires mais c'est avant tout, grand liseur.Il lit à la journée, soulignant les passages qui sera un PT 296 LA RELEVE l’intéressent plus particulièrement d’un des innombrables crayons qui traînent toujours au fond de scs poches, les apprend pour les réciter à ses amis, les cite dans les nombreux essais qu’il a semés ici et là dans de nombreuses revues et qu’il reprenait en volume sou; le titre de Approximations.A date, sept compacts volumes ont été publiés, comprenant des études très fouillées sur Goethe, Novalis, Brémond, Louis Hémon, Hoffmansthal, Tolstoï, Hardy, Mauriac, Keyserling, Baring, Patmore, Stendhal, Amici, Valéry, etc., etc.Durant son adolescence, il s'était éloigné de l’Eglise, il y rentra en 1927.Sa conversion influença Gabriel Marcel, le philosophe métapsychiste.Ce dernier, élevé dans un milieu libre-penseur, n avait reçu aucune espèce d’éducation religieuse.Lorsque parut Dieu et Mammon, il engagea une correspondance avec Mauriac.“Ne viendrez-vous pas nous rejoindre, lui écrivait l’auteur de Les Mains Jointes.Ne vous rendez-vous pas compte qu’il n’y a pas d'autre solution”.Du Bos avait été l’initiateur, Mauriac fut l’agent direct.Gabriel Marcel se convertit au catholicisme en 1929, bien que, marié à une protestante, il eut toujours témoigné beaucoup de sympathie au protestantisme.Depuis quelques années, Charles du Bos avait accepté de donner un cours sur Pascal, à l’Université de Notre-Dame, Indiana.Un moment, nous avions même cru pouvoir lui faire donner une série de conférences dans nos collèges.Je comprends maintenant pourquoi une lettre de nous à ce sujet soit restée sans réponse.Charles Du Bos était gravement malade.(Je dirai plus loin comment il l’a été la majeure partie de sa vie.) Le printemps dernier, il lui fut impossible d'aller déjeuner à Chicago avec Maurois, comme il le lui avait promis.“Charlie est malade.Il souffre beaucoup”, dit Mme Du Bos à Maurois au téléphone.Charlie rentra précipitamment en France pour y mourir en août dernier.Claudel, * # # On retrouvera Charles Du Bos dans ses denses Approximations, dont le titre de haute mathématique en dit long sur méthode de travail : approcher un être, saisir sa pensée dans ses méandres, dans ses moindres nuances.Négligeant le anecdotes et les faits.Du Bos recherchait avant tout les textes révélateurs, ceux ¦ i 297 CHARLES DU R OS qui lui permettaient de mettre à nu “les mouvements cachés d’un esprit".Il avait sur les arts plastiques et sur la musique des connaissances approfondies.Il aimait peindre par analogie, établissait de subtiles correspondances et d’impalpables parentés entre une strophe de Keats et quelques mesures de Mozart, entre un |aoème et un vase chinois, entre un dessin de Corot et un exposé de Bergson: "Je suis venu revoir certains dessins de Corot et Bergson .J’ai noté bien des fois la tendresse avec laquelle Corot manipule, manie, modèle la nature : Bergson procède avec la même tendresse à l’égard de la pensée.Tous deux, pleins à la fois de respect et de précautions, épousent leur matière, loin de la contraindre ou de la tordre en quoi que ce soit.C'est le même modèle doux, — l’impression générale obtenue par touches successives qui sont autant d’approximations délicates.La nature et la pensée sont lentement investies sur plusieurs points successifs; — et toute deux obéissent à cette peruasion et la récompensent.Il y a chez Bergson et chez Corot un tel mélange de tendresse, d’humilité et de respect qu’ils ne font rien en vue du style .etc." (Extraits J’un journal: Corrêa, page 63).Du Bos avait le goût du spirituel.Même dans une oeuvre en apparence trouble, il savait trouver la nappe d’eau vive souterraine qui y coulait sans bruit e' si.quelquefois, à le lire, il nous semble qu’il ait majoré l'importance d’un être ou surfait une couvre, n’y voyons que l’excès d’une indulgence intellectuelle générale et la manifestation d’une charité peu commune.Au sens du spirituel, joignons le "sens de la qualité” dans la même acception que Du Bos donnait à cette expression à propos de Hofmannsthal —• ou encore de “l'authentique" qu'il prêtait à Curtius.Malheureusement, ce sens de la qualité, de l'authentique, peu de critiques le possèdent.Combien peu savent séparer la contrefaçon de l’authentique.Du Bos le possédait et les citations Hugues et nombreuses qui émaillcnt ses essais témoignent un goût qu’on ne prend jamais en faute et montre bien que le critique pertinent de Byron ou de Cide avait fait sienne depuis longtemps h proposition de Barrés: "La grande règle de la compréhension est qu’il faut toujours dégager ce qui, dans une oeuvre, dans un homme, est digne d’amour”.Ce qui ne l’empêchait pas de discuter avec l’auteur qu’il étudiait lorsque ses idées heurtaient un dogme ou un principe moral.Son Dialogue avec André Cide est, à ce point de vue, classique. 298 LA RELEVE Son amitié ne l’aveugla point.Sur Byron incestueux.Du Bos a donné clans un maître livre (Byron ou le besoin de la fatalité) une explication psychologique tous les byroniens (je pense à Maurois, à Sir John Fox, à Miss Ethel Colburn May ne) ont acceptée avec enthousiasme.Aucun sujet n est peut-être plus banal à traiter que le paga-mploie les procédés usuels.Charles du Bos que nismc de Gocllic, si on c savait que Goethe avait reçu une éducation chrétienne.Nul doute qu’à un moment donné de sa vie, il dut choisir.Après quelles hésitations a-t-il choisi ?Si l’on aime mieux, pourquoi a-t-il écarté Dieu ?Comment l'a-t-il écarté ?Dans le dernier volume des Approximations, à un problème aussi grave et aussi délicat — n’est-ce pas là la vie intime et essentielle du génie ?— Du Bos a donné des explications qui tiennent du clief-d oeuvre, tant par la documentation que la pénétration psychologique.Son petit livre sur Mauriac règle bien des discussions et des palabres inutiles.Les cadres de cet article nous retiennent d’analyser toute 1 oeuvre de Du Bos.Disons encore que ceux qui veulent le connaître le trouveront dans ce ’’journal” dicté chaque soir durant vingt confident des émotions quotidiennes, des rencontres avec les confrères, des méditations, des dialogues avec Dieu.Ils y liront les étapes de sa montée spirituelle.' ans, ( ! # # * Toute sa vie, Charles Du Bos a souffert.Il fut un grand malade, un “invité à l’attention”, un de ceux qu’on a appelés des diminués et qui, bien que diminues dans leur activité materielle, sont des agrandis dans leurs fonctions spirituelles; un acclimaté, chez qui la maladie est une vocation.Vocation qu’il n’a pas choisie mais qu’il accepte, élection gratuite qu’il tâche d’utiliser pour l’enrichissement de son âme.C’est en 1929 que l’Ange vint le visiter, le front, ou si l’on aime cette expression de Du Bos; le V ’ marquer au clouer à la croix.“L’image qui convient à la maladie, cest le bois de la croix.Peu importe pour notre propos que sur cette croix le malade ne sache pas se tenir, qu il s y tienne le plus disgracieusement du monde : cela, c’est une autre question.Ce qui importe, c est qu il la Croix.Il y est attaché, de lui-même, il ne pourra jamais en descendre ; il y pend .Dum pcndcbat Filius .nu [*< est sur i : È ¦É 299 CHARLES DU BOS L'admirable texte de la Souffrance Plu/siquc (!), je voudrais le lire avec vous, tout au moins, je voudrais que vous le lisiez.Et d abord celte page familière sur les chères pipes que Du B os dut abandonner par ordre du médecin: “J’étais très grand fumeur de pipes : je sais aujourd’hui que plus jamais il ne me sera |)ossibIe d’en fumer une: je n’en garderai pas moins toujours mon arsenal de pipes, et il me plaît de les voir, à leur poste, nombreuses autour de moi: il m’arrive d’en prendre une dans le creux de la main, de la palper avec le bien-être organique d’autrefois, de la bourrer même avec soin et, à l’écart de toute boîte d'allumettes, de la porter à ma bouche .Charme mélancolique de ce regret de malade.La comparaison s’impose entre Charles Du Bos et Marcel Proust.Deux malades qui ont écrit sur le “bon usage des maladies" dans un style semblable: longues périodes, dictées plutôt qu’écrites, parenthèses fréquentes.Mais ce qui n’est qu’un jeu d’esthète, chez Proust, est pour Du Bos une aventure à laquelle il se donne tout entier ave- une gravité passionnée et une grande conscience.Proust agonisant mit au point l’agonie d’un de ses personnages; sur son lit de mort, Charles Du Bos parlait de Nietzsche, demandait à entendre de la musique.Muni des derniers sacrements, celui qui avait glané la beauté tout au long de sa vie, voulait mourir parmi eUe.Depuis longtemps, il s’était résigné à souffrir, à mourir.A ses proches qui s’affligeaient de le voir souffrir.Pascal répétait volontiers: "La maladie est l’état naturel des chrétiens".Depuis 1929, Charlie, comme l'appelait Maurois, ne pensait pas autrement.Et voici comment il s'y résignait : “Il faut qu’en moi cet homme d’action qui, malgré tout mon amour de la contemplation, a toujours survécu jusqu’ici, finisse enfin par admettre que l’on peut faire, et peut-être même faire le plus, en ne faisant pas, en ne faisant rien.Passivité c!e la contemplation: pendant des années Dieu m’en a dispensé les prémices, m’en a laissé goûter l’inexprimable douceur spirituelle : — passivité de la Croix et, au second degré, possibilité d’une contemplation retrouvée au sein de cette passivité même, ah ! Seigneur, je le sais bien que c’est cela que Vous réclamez maintenant de moi, et peut-être le sachant, sais-je aussi que c’est pourquoi si souvent je un ( I ) Approximations, vol.7. 300 LA RELEVE recule.Mais, même au bout de cet apprentissage de quatorze mois, que c'est âpre, que je m’y éprouve encore inégal, et surtout comment voulez-Vous, Seigneur, que l’on se croie capable de |x>rtcr du fruit, alors qu’au dedans de soi-même on est tout le contraire d'un fruit, si dur, si coriace, tout au plus la noix bonne pour le casse-noix.Mais qu’importe que je me croie incapable ou qui importe, c'est que je crois en Vous, Seigneur.Jamais je n’oublierai le cri de Simon-Pierre: “Seigneur, à qui irions-nous ?Vous avez les paroles de la vie éternelle”.Celle à l’intérieur de laquelle Vous m’avez permis de lire pour que j’y déccle le symbole d existence terrestre sera plus que jamais mon guide.C’est sous le signe de la patience que je veux vivre désormais, et puisqu’aujour-d'hui est la fête de saint Justin, de celui dont Renan écrivait que “jamais thélogien n’a ouvert aussi largement que Justin les portes du salut”, puissé-je espérer qu’en dépit de ces pauvres plaintes sur moi-même, le fruit de ma patience à venir soit d’aider à maintenir les portes du salut ouvertes pour tous aussi largement qu’il se puisse".(Approximations VII, pp.417-418).Ce dernier désir, “maintenir les portes du salut ouvertes pour tous aussi largement qu’il se puisse” celui que les générations à venir salueront sans nul doute comme “l’un des premiers critiques de tous les temps” (Maurois), l’a accompli à la lettre jusqu’à sa mort.Malade, ayant à peine la force de se supporter, Charles Du Bos fut, pour des milliers d’êtres, un directeur de conscience qui ne compta jamais un temps pourtant précieux, et auquel la patience ne fit jamais défaut.Faible il dispensa la force.Aussi, quelque tristesse que nous causent sa mort, le silence de sa belle voix lente et grave, le point final à une oeuvre qu'on aurait voulue éternelle, qu'on se console tout de même à la pensée que l’homme qui a dit un jour: “Mon espérance est du côté de mon attention”, a fini de souffrir et qu’il a pris place à la Table, désormais invité à l’éternelle Attention.capable ?La seule chose c mon • : u Marcel RAYMOND ; i 1?LES EDITIONS DU CFP PUBLIENT 2540 RUE CHAPLEAU I HENRI GHEON par MARCH!.RAYMOND VOLUME DE 160 PAGES 75 SOUS i Un grand humaniste: saint Thomas d'Aquin Les admirateurs et les disciples de saint Thomas ont multiplié les études sur sa doctrine et sur sa vie.Mais ils semblent oublié ou avoir laisse clans I ombre l’un des angles les plus intéressants de cette grande figure : son caractère d’humanisme ( 1 ) achevé.Et pourtant saint Thomas mérite certainement d’être classé parmi ceux qui ont le plus approché du type idéal humain.On l'admet à première vue : ce théologien du Moyen-Age domine tous les siècles par l’amplitude de son génie et la profondeur de sa doctrine.Il a résumé et refondu tout l’oeuvre des temps qui le précèdent, il demeure le meilleur guide des temps qui le suivent.Et l’Eglise, canonisant cet homme au savoir prodigieux, n’a fait que confirmer la conviction que l’on avait de sa haute valeur (1) II importe de traduire ici en quelle acception nous employons ce terme.Le mot "humanisme”, si fréquemment employé aujourd’hui, servit d’abord aux historiens de la fin du XIX siècle pour désigner la culture et l'ensemble des doctrines littéraires des grands intellectuels de la Renaissance — tels Pétrarque, Erasme .etc — qui, à cette époque, prônaient le retour aux lettres et aux arts antiques.C’est encore selon cette acception que le définit le vénérable Dictionnaire de l’Académie.La signification de ce terme a beaucoup évolué au XXe siècle.On l’emploie maintenant pour désigner "la tendance même qu’ont nos activités à réaliser le type idéal humain”.L’humaniste, c’est l’homme complet, perjtdus homo, celui qui a donné un plein épanouissement à sa nature.Or la nature de l’homme se compose de deux principes dont le second transcende le premier: la chair et l’esprit.Et c’est par l’esprit que l’homme se distingue des autres êtres de la nature sensible, c’est par l’esprit surtout qu'il est homme: "l’homme est visiblement fait pour penser, c’est toute sa dignité.” A ces deux principes s'en ajoute un troisième, supérieur à la nature humaine: la grâce sanctifiante.Par ce nouveau principe de vie, attribué gratuitement à l’homme par Dieu, la créature humaine s’élève à un niveau qui lui est surnaturel: à la participation de la vie même de Dieu.Pour réaliser le plein épanouissement de son humanité, l’homme devra développer ces trois germes de vie, les amener par son activité à leur état de perfection.Ceci posé, on voit qu’on peut ramener la notion d’humanisme à la notion toute métaphysique d’acte et de puissance: "l'humanisme, c’est l’harmonieuse mise en acte de toutes les puissances humaines: corporelles, intellectuelles et spirituelles”. 302 LA RELEVE spirituelle.Pour apprécier l’application de ce terme (1 humanisme au cas n avons qu’à faire le tableau de toutes les de l’Aquinate, virtualités, de toutes les puissances de son être, pour contempler nous ensuite l’épanouissement qu’il leur a donné.# # # Thomas d’Aquin, on peut le dire, fut véritablement choyé par la nature et par la grâce, qui dès sa naissance veulent s’unir pour le combler de leurs dons.Par son père, Landolphe d’Aquin, saint Thomas descendait de la noblesse longabarde.Par sa mère, Théodora de Théate, il appartenait à la forte race des Anciens chefs normands.Sa haute taille et sa robuste constitution rappelaient la lignée des preux guerriers, ses ancêtres.Une énergie pacifique se dégageait de cet homme qu’on appelait “le grand boeuf muet de Sicile”.Tout, en lui, respirait la santé, l’équilibre des forces physiques, la sérénité du tempérament, l égalité de l’humeur.L’acuité de ses sens et la fraîcheur de sa chair — indices de puissance intellectuelle au dire d’Aristote lui-même — laissaient deviner les qualités de son esprit dès le premier abord.Le fils de Landolphe, en effet, était doué d’une imagination à la fécondité prodigieuse, d’une mémoire étonnante et d'une intelligence dont la puissance et l’agilité, la subtilité et la profondeur, commandent notre admiration.Mais ces heureuses dispositions de la nature s’effaçaient devant les merveilles opérées en lui par la grâce.Tout jeune encore, Thomas donnait des signes d’une évidente prédestination et d’une intimité particulière avec le Maître intérieur.La Vierge Marie, protectrice admirable de sa vocation et de sa vie intérieure, le conduisait elle-même.En lui se révélaient les aptitudes nécessaires aux savants et aux saints.Il n’aurait qu’à les développer pour devenir homme complet, humaniste au vrai sens du mot.Or la Providence l'avait précisément placé dans les meilleures conditions de temps et de lieu.Ses parents très chrétiens le consacrent à Dieu dès sa naissance et le placent, à l'âge de cinq ans, au célèbre monastère du Mont-Cassin.Il doit y mener, durant toute son adolescence, une vie Y; < i 303 UN GRAND HUMANISTE très féconde dont les heures paisibles se partagent entre l’étude et l’oraison.Car le jeune Thomas, en plus de suivre fidèlement les leçons des vieux bénédictins, a ce privilège unique — toute son existence en sera transfigurée — de passer de longs moments de sa journée en compagnie des moines, chantant les louanges de Dieu.( I ) Admis ensuite à faire profession dans l'Ordre des Prêcheurs, il aura l’avantage inappréciable de fréquenter les milieux universitaires les plus réputés, sous la direction des maîtres les plus habiles.Il pousuit ses études dans les meilleurs couvents des Prêcheurs, à Naples, à Paris, à Cologne; ayant ainsi l’occasion de prendre conta t avec les trois cultures italienne, française et allemande.Tout l’entraînait à se cultiver intensément: les encouragements de ses supérieurs, les exemples de ses maîtres, les travaux des adversaires de la vérité.Contemporain de Dante, il apparaît en Euro; c au moment où celle-ci se voit envahie par le flot de la sagesse antique, à cet instant précis où la découverte des oeuvres d’Aristote et l’activité intellectuelle des Arabes provoque une émulation fiévreuse pour les recherches scientifiques et philosophiques.Et par bonheur, Thomas se tient dans un monde où pullulent les saints.Il compte Albert le Grand parmi ses professeurs, et Bonavcnture est son ami.Placée en telle atmosphère, cette âme prédestinée allait s’épanouir largement.N’allons pas craindre cependant que saint Thomas devienne un monstre de l’esprit, un ange de la spéculation, séparé de tout le terrestre.Son pauvre corps qu’il avait mortifié, négligé, et peut-être oublié, s’était pourtant façonné, grâce à la discipline monastique, aux jeûnes et aux veilles, jusqu’à se faire un instrument admirable de l’esprit.Ce corps avait même acquis, au dire des contemporains, une sorte de grâce et d’eurythmie particulières qui charmaient et reposaient l’oeil.Rayonnement de la grâce et de l’eurythmie intérieure sans doute, mais aussi résultat évident d’une existence pasrée (1) Dans le beau volume de Raïssa Maritain sur L'Ange Je l'Ecole, tin*' plaisante gravure de G: no Se vérin i nous montre ce petit bout d’homme, enfoui sous sa cagoule, suivant la procession des moines qui se rendent au choeur pour célébrer l’office divin. - -ta -04 LA RELEVE dans la paix du cloître et le service du choeur, et pénétrée des “gestes les plus augustes que l’homme puisse faire": ceux que lui commande la liturgie.Par ailleurs nous savons ce que lui a donné cette extraordinaire persévérance dans l'étude et l’oraison.“A treize ans, il savait par coeur une grande partie du Psautier, des Evangiles, des Epîtrcs de saint Paul.Il traduisait saint Grégoire, saint Jérôme, saint Augustin".Quelques années plus tard, durant sa captivité à Roccasecca il étudie toute la Bible et les Sages de l’Antiquité.A son entrée chez les Prêcheurs on l’envoie d’abord à la "Faculté des Arts” de Naples où il s’initie aux “sept arts libéraux”: la grammaire, la rhétorique, l’astronomie, la géométrie, etc.Puis ce sont ces années d’étude en Italie, en France, et en Allemagne, où il développe sa culture en tous sens et prend contact avec les meilleurs travaux des savants de son époque.Mais ses auteurs de prédilection demeurent toujours les Pères et les Docteurs: “en sorte que pour les avoir profondément vénérés, il a hérité, en quelque manière, de leur intelligence à tous”.Pour cet homme auquel rien d’humain n’est étranger, la science immense qu’il acquiert va devenir une source de poésie.Saint Thomas sera "l’interprète de l’univers”.Au terme de sa carrière, saint Thomas nous rappelle les plus beaux types de la Grèce classique par l’amplitude de son génie et l’équilibre de sa culture.Tandis que l’harmonie toute chrétienne de sa vie l’égale aux plus grands hommes de son époque, de l’étonnant Moyen-Age.Est-ce assez pour reconnaître en lui la perfection de l’humanité ?Retrouve-t-on ici les éléments fondamentaux du véritable humanisme ?Pas encore.— Si nous tenons que tout homme possède en lui, transcendant les deux principes de la vie naturelle, celui c'e la vie spirituelle, on ne peut admettre la perfection de l'être humain (maintenant surélevé à un ordre divin) avant la mise en valeur de ce troisième principe.Pour saint Thomas — comme pour tous les croyants — la question de l'humanisme se résout donc à celle de la perfection chrétienne.( 1 ) ( I II' (1) "C’est tout le problème de la culture et de l'hu i 305 UN GRAND HUMANISTE Il n'empêche que science et sainteté peuvent et doivent généralement se retrouver dans le meme homme.Et c'est bien le cas chez le docteur angélique, qui se distingue par ce que saint Paul appelle le "Sermo sapientiae”, l'union des deux sagesses, l'acquise et l’infuse.La sainteté de sa vie éclate aux yeux de tous.“Pour ce qui est des vertus morales, nous dit Pic XI, saint Thomas, à la vérité les ]>osséda toutes à un degré magnifique.Elles étaient chez, lui à ce point réunies et connexes qu elles se fondaient ensemble, selon l’idéal qu’il indique lui-même, dans la charité "qui donne leur forme aux actes de toutes les vertus, (Ila-IIae, XXIII, a.8)".D’autre part, saint Thomas avait si bien répondu au discret appel du Maître Intérieur que l’Esprit Saint l’avait comblé de ses dons.Sa crainte de Dieu, sa piété, ses larmes abondantes au spectacle de la beauté divine ou de la misère humaine, sa grande Intelligence des vérités surnaturelles.nous le prouvent assez.Mais il faut signaler, au milieu de ce foisonnement d’habitus surnaturels quelques traits particuliers de sa sainteté, communs à tous les vrais humanistes.D’abord son incommensurable humilité, principe de tant de grâces, unique sauvegarde du génie.Puis son édifiante charité fraternelle, par laquelle il se révèle si délicieusement homme, et qui devient la source en lui d'une grande ardeur apostolique.Enfin, il n’est que de relire les admirables stances de l’“Adoro te” pour comprendre à quel sommet s’élèvent en lui les trois vertus théologales.Il croit comme un enfant, il espère comme l’Epouse, et sa charité ravit le Coeur du Maître.Ce brûlant amour de Dieu, auquel se joignent une entière abnégation et un généreux abandon à l'action de la grâce, ont mérité à notre saint le plus désirable des dons divins; celui d’une merveil- r manisme qui sc posait en lui.Sa réponse est: sainteté.L’homme n’a sa perfection que surnaturelle, il ne se développe que sur la Croix”.Jacques Maritain, Le Docteur Angélique, p.28.Il faut respecter l’ordre des valeurs.Pour le chrétien, le premier humaniste sera le saint, non le savant ou le philosophe: dans l’ordre de l’humanité le brillant Erasme se classe après l’obscur Benoit Labre.Le premier possédait une culture et une finesse d’esprit extraordinaire; le second avait, comme dit Garrigou-Lagrange, des "concepts vécus sur les choses divines”. 306 LA RELEVE leuse contemplation.— Et c’est ici qu’il atteint la cime de l'humanisme puisque l'acte de contempler — auquel tendent tous les autres — est celui en lequel se consomme normalement l’activité humaine.Or nous savons que le divin Thomas a vécu dans une extase presque continuelle même et qu’à la fin il en a rendu l’âme: le Seigneur lui ayant accordé une trop claire vision de son Essence.Saint Thomas est mort d’avoir vu la Vérité, après avoir consacré sa vie à son service .Voilà par exemple une belle figure d’homme.Devant une culture aussi complète, devant une telle sainteté de vie, nous n’avons qu’à nous incliner en murmurant le mot du Grand Albert : “Thomas d’Aquin a été la fleur et la gloire du monde".: Joseph de La ROCHELLE.Réflexions sur Dante Dans la préface à son livre ( I ) Pour comprendre la Divine Comédie, monsieur Masseron fait remarquer combien sont en France les gens qui ont lu l’oeuvre de Dante depuis la joyeuse inscription gravée à la porte de l'Enfer, jusqu’à l’envolée au fin haut du Paradis.Dans notre pays alors, ils doivent être rarissimes les phénomènes qui ont fait ce long voyage.Quelques-uns l'ont entrepris, mais se sont bientôt arrêtés (la plupart en Enfer) devant les difficultés du chemin; ceux qui se rendent jusqu’au bout en demeurent longtemps éberlués.Sans doute rares ilil sommes-nous, avec eux, tombés dans l’erreur des curieux qui ont voulu lire sans préparation spéciale la Divine Comédie.Nous ne croyions pas, bien à tort, qu’elle n'exigeât plus de préparation que nous en avions quand nous abordâmes pour la première fois Homère, Sophocle, Virgile, Racine ou I 8 B Baudelaire.Certes, notre intelligence de ces auteurs s’approfondit, notre plaisir grandit au long d’un commerce fervent et fidèle, cependant de notre première lecture, nous est resté le h (I) 1 vol.chez Desclée, de Brouwer, à Paris. 307 REFLEXIONS SUR DANTE souvenir impérissable d’un événement extraordinaire, d’une découverte capitale, d’une extension subite de notre présence à tout un univers nouveau.A ce moment nous ne réalisions peut-être pas la portée de ces rencontres, mais leurs substantielles promesses ne se sont jamais démenties.Notre premier contact avec Dante a été sans cet émerveillement que suscite naturellement la connaissance d’un nouveau monde poétique, notre première impression plutôt fâcheuse .C’est qu’on se frotte bientôt à l’écorce, à la fameuse écorce de la Divine Comédie.C’est ici que nous attendent charitablement M.Masseron et l’imposant collège des dantologues.Si encore une simple question de forme poétique déroutait l’esprit au premier abord, mais non, c’est d’une véritable écorce qu’il s’agit, d’une écorce à plusieurs rangs, et il faut un tempé- rament de pic-bois pour la percer.Aussi on ne parle pas de Dante comme on parle d'un autre poète : avec lui un arsenal très particulier d'érudition variée, un appareil très compliqué d’exégèse sont indispensables.On tâchera donc de ne pas reprocher à M.Masseron l’aspect que prend son livre.Il lui faut décrire et expli- quer aux novices une véritable cour des miracles d’allégories, d’astrologie, de cosmogonie, d’hermétisme, de mathématiques, d’histoire, de théologie et de philosophie.A l’aide de schémas, de plans, de tableaux synoptiques, on parcourt l’itinéraire de Dante en compagnie de M.Masseron, nouveau Virgile, qui explique au fur et à mesure les épisodes, indique les problèmes soulevés, les résoud quand c’est possible, hausse les épaules, sourit et passe outre, quand il s’agit d’un point sur lequel les dantologues se trouvent tous en savant et parfait désaccord.Puis, l’oeuvre dans son ensemble est étudiée avec les ressources d’une érudition formidable : ses ori-relations historiques, sa symbolique, sa structure mathé- 2' un gines, ses matique.son sens, ses but.Enfin, Dante lui-même : sa formation, milieu, sa vie, les caractéristiques de son art et de sa pensée, sa vision du monde.On termine le livre avec un sentiment d in- son satisfaction, avec l'impression d'avoir passé à côté de 1 essentiel.C’est que nous aurions bien voulu entendre parler de poésie.Le chapitre consacré à Dante poète nous a paru le plus décevant parle de poésie dantesque, l’auteur aligne de tous.Quand il nous des citations prétendues caractéristiques, accompagnées de petits Aucune synthèse là, précisément, où elle aurait été commentaires. 308 LA RELEVE tout à fait indiquée pour dégager le climat, la tonalité du [xicme.Mais on peut se demander si la chose est seulement possible, car la divine Comédie est un organisme chargé de corps étrangers.Le point de vue poétique est toujours insuffisant, impossible de s’en contenter, le critique est immédiatement entraîné malgré lui à une foule d'éléments étrangers à la poésie, ou purement artificiels.D’abord, les intentions moralisatrices du |x>ète, évidentes dès le début de la Comédie, sont insupirortables, son désir d’édifier, cris-C'était là d'ailleurs, un des buts de son oeuvre et il se pant.croyait même investi de la mission d'enseigner à l’humanité égarée dans la forêt du péché, la voie de la purification et du salut.Et nous voilà au prêche.Nous nous souvenons de ses sermons médiocres à gros effets de diables spécialisés, de flammes ardentes et de supplices variés, qui ont empoisonné notre adolescence.C’est d’une poésie douteuse et d’une bien pauvre psychologie.Comme il y a toujours une arrière-pensée à ces visions de la descente aux enfers, on ne peut les admirer — quand elles sont admirables, car on est généralement en face d’une vulgaire imagerie — sans le malaise éprouvé devant une oeuvre d’art esthétiquement impure et.lorsque la polémique et les "personnalités ” s’y ajoutent, le plaisir est complètement gâté.Car enfin, est-ce à un poème que nous avons affaire ?Sans doute, mais à un poème qui prétendait intégrer tout le savoir humain du temps.Une sorte de poétique Somme.: t h cj Voilà une gageure difficile à tenir.M.Masscron et le P.Mandonnet (2) prétendent que Dante l’a soutenue jusqu’au bout.Voire, voire.li il Dante nous entraîne à tout moment hors de la jxiésie.C'est du P.Man- ixrurquoi des livres comme celui de M.Masscron ou donnet nous enseigneront à grand renfort d’érudition et d'arguments d’allure scolastique comment la poésie se dissimule discrètement } il,; nit rous la morale, les mathématiques, les rébus de l’allégorie, l’usage facile de l’allusion, le fatras théologique et la déclamation mystique.Voilà une danseuse si bien vêtue qu’on ne distingue pas la forme de sa danse.Que d’affutiaux, que d’angigorniaux, dirait le Piarrot II (2) P.Mandonnet, O.P.Dante le théologien.Introduction à l’intelligence de la vie, des oeuvres et de l’art de Dante Alighieri, chez Desclée, de Brouwer, à Paris.J I 509 REFLEXIONS SUR DANTE de Molière ! On nous présente la divine Comédie comme une oeuvre universelle par excellence.L’universel semble y être atteint par des moyens singulièrement extérieurs.La vraie poésie atteint l’universel d’elle-même; par la mode de contemplation qui lui est propre, elle pénètre au plus profond de la nature des choses.Sa matière est l’ordre naturel lui-même et rien que lui.La raison raisonnante, les constructions de l’intelligence pure, la morale et la dogmatique lui sont étrangères.Parce que son contact avec les êtres est essentiellement une expérience vitale, un analogué de l’acte créateur de Dieu.Elle s’oppose donc à l’analyse.Cependant faisons une distinction nécessaire à propos de la théologie, science du donné révélé : hormis deux cas, nous ne croyons pas qu’elle puisse être matière poétique, car en tant que science elle n’est que l’explication rationnelle de la Révélation.Mais si un saint décrit sa vie intérieure, c’est-à-dire son expérience, sa “passion” de la vivante substance des mystères, il se peut alors qu’on se trouve en face d'une poésie d’ordre supérieur comme dans le cas de saint Jean de la Croix ou de sainte Thérèse ou du Bx Henri Suso.Le second cas serait celui des écrivains sacrés : le Saint-Esprit provoque en eux par son inspiration une autre expérience du mystère divin, telle chez les prophètes ou les auteurs des Psaumes et du Cantique des Cantiques, etc.Pour ces raisons, nous ne pouvons croire au sublime du “Paradis” parce qu'il n’est pas le résultat d’une exjrérience.Le ton n’est pas juste en dépit d’un effort gigantesque.Nous ne pensons pas avec le P.Mandonnet qu’un Dante a triomphé d’une difficulté surgissant de la nature même de l’art.Voilà bien plus une série de discours imagés, assurément très savants non dénués d’emphase, plutôt qu’un poème.Le fait que Dante écrivait selon les moeurs littéraires de son temps ne change rien à la question.Ces manières de concevoir l’art correspondaient moins que d’autres à l’ordre naturel et pourtant, ne permettent pas aux oeuvres d’atteindre l’universel à un degré qui les porterait à leur perfection propre.Par exemple l’emploi de l’allégorie à outrance chez les contemporains de Dante, en temps que mode poétique ou valeur expressive de l’ordre surnaturel, est-il bien défendable ?L'allégorie ainsi considérée nous semble impraticable excepté dans la Bible où, 310 LA RELEVE comme nous le disions plus haut, l’inspiration de l’Esprit-Saint unit l’expression humaine d’une réalité divine ou surnaturelle à la substance de celle-ci d'une façon très mystérieuse; c’est pourquoi Dieu dit : mes paroles sont esprit et vie.On a coutume de rapprocher souvent l’allégorie du mythe bien qu’ils diffèrent radicalement, 1 une étant le produit d’une conscience artistique achevée, l’autre issu d’un processus spontané de la conscience primitive.Nous ne voulons nullement exagérer le contenu théologique du mythe, notre pensée est celle-ci : l’objet du mythe, entre autres, était la tradition initiale concernant les rapports de la divinité avec le monde, soit la théodicée naturelle.Il y avait équivalence de l’objet et des moyens.L anthropomorphisme était la base de la mythologie : par un prodoute très lent à s’élaborer complètement les vérités de cessus sans la première révélation ont été peu à peu ramenées au niveau dei grandes lois naturelles.En ce sens on peut affirmer que l'anthropomorphisme est le principal garant de l’inépuisable richesse poétique du mythe.En dernière analyse ce processus est à l’inverse de celui de l’inspiration soutenant les poèmes sacrés.L’allégorie est dépassée par son objet, par le terme qu on voudrait lui imposer, puisqu'elle ne peut ni se grandir jusqu a devenir capable (capax) de contenir la vérité révélée, ni de réduire celle-ci à des représentations anthropomorphiques I La nature trouve sa plénitude d’expression dans l’art de l’hom-qui lui confère un degré d’être supérieur; 1 ordre surnaturel ne souffre pas cette appropriation gratuite qu'est la contemplation artistique, laquelle ne saurait que le trahir.Ici-bas, rien ne peut y répondre ni l’atteindre ni le posséder, si ce n'est l'amour dans la foi.Et d’ailleurs, plus l’amour avance dans la possession de son objet, plus la foi vive s'identifie avec lui, plus ils tendent à se dégager de l’image.L’allégorie mythique comme la venue du Christ, de vérités essentielles, avait ses raisons d’être; l’incarnation de la Vérité parmi nous rend vaine toute allégorie.Quant à la théologie de Dante, quant à sa philosophie, il simplement voulu montrer ' I I me M ; ;Jj dépositaire, avant I .n’en sera pas question ici; nous la deception de celui qui chercherait dans la divine Comédie une poésie exempte d éléments étrangers a la jouissance esthétique.avens Jean LE MOYNE.* Du côté des chefs "Voici mes animaux !” dit Zarathustra, et il se réjouit dans son coeur.NIETZSCHE Il ne se passe presque pas de semaine qu’on ne demande quelque part, avec des accents plus ou moins “déchirants", un chef—un seul, mais un vrai—à suivre aveuglément.Mieux encore, il arrive qu’on s’offre un tel chef, qu’on s’en fabrique un à trois ou quatre, et qu’on s’étonne sérieusement, ensuite, qu’il ne reçoive pas l’hommage aveugle de toute la tribu : ce qui fait penser aux stratèges et aux diplomates de salle de rédaction, qui échafaudent gravement leurs calculs et leurs prévisions, pour s’indigner, lorsqu'ils voient leurs vaticinations démolies par les faits, de l’inquiétante absurdité de leurs contemporains.Mais là n’est pas le point important.Ce qui frappe, dès l’abord, dans le rayon des "chefs”, c’est que l'aveuglement y est jugé indispensable.On peut voir, en cela, une façon de blague d’un goût plutôt douteux.Il est possible, aussi, que se révèle par là l’aveu d’un réel désarroi.Derrière ce désir, en effet, de s’en remettre totalement, pour la prise de conscience et l’affrontement de sa propre aventure, à l’infaillibilité d’un homme qui voie tout, qui sache tout et qui puisse, en toutes circonstances, prendre la décision nécessaire, il n’est pas malaisé de discerner un goût certain de l’irresponsabilité et une volonté ou plutôt un glissement nettement marqué vers l’évasion.Un chef suppose des troupes.Réclamer un chef implique le désir de prendre rang, d’emboîter le pas et de se diluer dans un tout.Cette résorption dans la masse n’est pas sans être séduisante.Plus que tout, elle procure de la sécurité, du confort moral et intellectuel, et un cher conformisme qui donne l’impression qu’on a raison parce qu’on est une cellule d’un gros bloc homogène.Impression qui est, en somme, une illusion.Car cette sécurité consécutive à une adhésion, on sait qu’elle nie plus de problème qu’elle n’en résout : “La cessation de la recherche, et la forme de celte cessation, note très justement M.Paul Valéry, peuvent donner le sentiment de la trouvaille”.On sait bien qu’une certitude, on ne se l’administre pas en fermant les yeux et en se bouchant le nez, comme une potion.On ne peut pas ignorer que le pur travail de ; igi’jHgair* : 312 LA RELEVE la certitude, s'il est douloureux — ‘‘je ne puis approuver que ceux qui cherchent en gémissant", disait Pascal des joies très hautes et une allégresse qui n’a rien d’artificiel.Au rebours, l’adhésion violente au chef produit une joie toute faite; une joie de commande.Une joie d’illusion.Aussi prend-on, trois fois sur quatre, la précaution d’avertir les gens d’avoir à ne pas faner ses illusions : car, n'est-ce pas, c’est tout ce qui reste.Ce fait est significatif.Il y a, dans cette précaution, dans cette culture méthodique de l’illusion, un relent de romantisme qui me paraît à la fois anachronique et malsain.Cette façon de guigner un troupeau où l’on n aît même pas la peine de compter |>our une tête est encore la manière la plus élégante — ne prend-elle pas des airs d’héroïsme ?— de se soustraire à la présence effective que le monde exige de chacun.Le clan dans lequel on s’embrigade devient tout.Grenouille monstrueusement gonflée qui vous happe et se fait plus grosse de votre substance.Ajoutez à cela qu’on se dérobe à des fidélités concrètes et qu’on se coupe le plus souvent de toutes racines pour s’intégrer ainsi dans un orbe d’exigences artificielles.On lâche le réel, humble et difficile, pour donner dans l’opérette, pour s’accommoder d’un rôle de figurant de mélodrame.De plus, cette présence au monde, qu'interdit le grégarisme, ne s’établit pas comme à travers un guichet à sens unique où tout ce qui est nôtre passerait s’empiler dans un gouffre.Il existe des fidélités qui sont sources d’un enrichissement accru et d’une pureté plus haute.Etre fidèle aux exigences de la condition humaine, c’est en même temps être fidèle à soi.C’est s’accomplir.C'est se donner chance de pousser au plus haut point l’épanouissement personnel.C'est s’insérer au coeur de l’universel humain.Ce travail d’expansion, certes, n’est pas facile.Il suffit qu’il soit nécessaire.La condition de la vie n’est-elle pas qu’elle se dépasse constamment elle-même ?Voici ce qui constitue le noeud du problème de la soumission aveugle au chef : si, lassitude ou duperie, on s’attache à en suivre un qui correspond aux voeux hebdomadaires de certains, c’est qu’on aime à se faire imposer des oeillères, c’est qu’on souhaite de se voir limiter.Parce qu'on ne se sent pas assez de force et de cohérence intérieure pour rendre ses buts clairs à soi-même et organiser les moyens de les atteindre ; parce que, au bout du compte, dispense cependant fil ¦ J.ÉÊÊttM 313 DU COTE DES CHEFS cela tranche maints débats et, surtout, supprime maints efforts.Solution de paresse ou de déses|x)ir, cette soumission aveugle au chef est encore une trahison pure et simple de notre vocation.“Homo sum .je suis homme et rien de ce qui est humain ne m est étranger .Le mot de Térence peut être repris par tout homme.Il peut être repris par tout chrétien.Il n’est pas hérésie; il ne va pas contre l’appel de la surnature.Car le christianisme ne constitue pas un appauvrissement; il ne nous interdit pas d'être ce que nous sommes; il nous commande même de le devenir.L’humanisme du chrétien est intégral; il transcende l’humanisme amaigri de ceux que Pascal appelle les “philosophes et les sçavans”.— Le plus grand danger de cet embrigadement consiste à provoquer d’une façon artificielle et prématurée l’unité dans la personnalité de celui qui s’engage sous la bannière du “chef".Sans doute est-il exact, comme dit Baudelaire, que “le goût de la concentration progressive doive remplacer, chez un homme mûr, le goût de la déperdition".Exact et nécessaire.Aussi ne s’agit-il pas le moins du monde d’ériger ! 1 “déperdition" en système.Mais il ne faut pas que cette concentration perc’c son caractère “progressif"; il ne faut pas qu’elle soit imposée de l’extérieur, sous peine de saboter la complcxit H la richesse de la personnalité, c’est-à-dire, ce qui constitue sa valeur profonde.Il est possible qu’on trouve i es vues par trop “individualistes".Tout est possible.Il se peut qu’on croie que la personnalité doit s’effacer devant le groupe et servir uniquement à la grandeur nationale.Prise absolument, cette formule est une fausseté : ce n'est pas en vue du groupe humain, celui-ci fût-il la nation, qu’existe l’individu; au contraire, la valeur de celui-là est nulle s’il n’est pas ordonné à celui-ci.De plus, il faudrait réfléchir davantage avant de prononcer ce mot de grandeur.“La grandeur d’un peuple, écrit André Suarès, est faite de la générosité de tous les individus Et cette générosité, condition de la orandeur, ce n’est pas un “chef" oui peut la faire naître.Il faut qu’elle existe.Sinon, le peuple n’est rien.Rien qu’une foule destinée à être trompée ou asservie: mieux encore, à la foi trompée et asservie.Ce qui fait que certains demandent des chefs avec tant d’insistance et de ferveur, c’est qu’ils confondent les chefs avec les maîtres.Autant on n’a que faire des premiers, autant les derniers une 314 LA RELEVE sont nécessaires.Mais on croit d'ordinaire avoir vidé la question en alléguant que des maîtres, nous n’en avons pas.Ce qui est faux.Il en est des maîtres comme des hommes originaux.“A mesure qu on a plus d'esprit, dit Pascal, on trouve qu’il y plus d’hommes originaux".— Il resterait peut-être à marquer les principales différences qui distinguent les maîtres véritables des “chefs”.Un maître est avant tout un homme qui excelle en quelque chose.Il n'exige de notre part aucun aveuglement.Il n impose pas la servitude, mais force la compréhension.Un “chef”, au contraire, est un dispensateur de mythes, ce qui ne veut pas dire, du reste, qu’il ait toujours le mérite de leur invention.Un maître donne des clartés sur tel point précis, il est par lui-même et non point seulement par la place qu’il occupe dans l'admiration de ses disciples : celle-ci peut être très grande, mais enfin elle ne lui donne pas son être.Sur un plan plus haut, la définition de Georges Duhamel me paraît excellente : "Le maître, à mes yeux, est celui qui nous renvoie devant notre conscience, seul juge en tant de conjonctures”.Ce serait s’abuser singulièrement que de prendre prétexte du besoin très réel que nous avons de nos maîtres, pour décharger sur eux le poids de nos propres responsabilités et de nos propres décisions.Quant aux "chefs”, il suffit, je crois, pour liquider la question, de savoir que la vie n’est pas un département de l'éloquence.a Guy FREGAULT R LA MISERE EN CHINE Dans la plaine du Hopeh, par exemple, nous écrit un missionnaire, le P.H.Joliet, une des régions les plus peuplées do la terre, les habitants meurent de laim, se tuent par désespoir."Les six membres d'une lamille n'ayant plus de grains, se sont liés ensemble avec des cordes et se sont Jetés dans le courant"."La vente des enfants commence.Au lieu de se noyer, d'autres préfèrent se pendre.Les nouveaux chrétiens passent leurs Journées en prières, demandant que Dieu touche le coeur de leurs frères de la terre et leur suggère de donnet au moins le SOU de leur pain quotidien".Quatre dollars suffisent à sauver de la mort une famille chinoise durant un mois, quarante lui permettront de subsister Jusqu'à la prochaine moisson, en Juin.On peut envoyer son aumône au A.P.H.Joliet, Mission catholique de Polowchen, Hopeh, Chine, par chèque ou mandat postal ou au R.P.procureur des Missions, Maison des Jésuites, L'Immaculée-Conception, 1855 est, rue Rachel.Montréal.! ! t Chroniques Flaubert C’est une étude attachante que Monsieur Henri Guillemin vient de faire paraître sur l’auteur de L’Education sentimentale et des Trois Contes (1).Il ne prétend pas avoir découvert un Flaubert jusqu’ici inconnu, mais il s’attache à nous montrer par I analyse critique de la correspondance et des romans, à la lumière d’une grande charité, l’envers du décor dont s’entourait, même pour ses intimes, le malade de Croisset.Refusant de se laisser arrêter par la conception pessimiste que Flaubert nous a donné du monde et de la vie dans ses romans, M.Guillemin fait de celui-ci un croyant et en quelque sorte un catholique qui s’ignore.Mauriac nous avait présenté un Flaubert chez qui l’art usurpait la place de Dieu.Il avoue dans la préface du livre de M.Guillemin qu’il s’incline devant la découverte de ce dernier puisque, dit-il, il “n’existe aucune ccntradiction entre Dieu et le beau auquel Flaubert voua sa vie”.Mais le tour n'est pas si facilement joué.Et c'est contre la vie et l’oeuvre de Flaubert que le critique devra démontrer son point.Flaubert devant la vie et devant Dieu nous fait l’effet d’une gageure par le problème qu’il pose ; mais dès qu’on en commence la lecture on est vite pris par le mouvement de ce livre, par la sincérité et la charité de son auteur.Le livre refermé cependant, quelques-uns ne seront pas convaincus.Aux conceptions de Mauriac et de M.Guillemin, ils préféreront l’image qu’ils se sont faite de Flaubert en lisant Madame Bovary, Salammbô ou surtout l'Education sentimentale; une image, réduite aux traits essentiels, de l’écrivain qui, ayant accepté la maladie comme le climat naturel de l’art, se refusa au monde et aux plaisirs pour en tirer le plus grand parti possible.Le reste est entre lui et Dieu.M.Guillemin, comme Mauriac, a montré ceh : mais ils ont voulu aller plus loin.“Ce qu'il faut, écrit Julien Green dans son Journal ( I cr vol.p.151) “c’est pouvoir s’en aller avec la certitude qu’on a fait tout ce qu’on pouvait faire”.R.C.( I ) Flaubert devant la vie cl devant Dieu, chez Plon. m L'idée de la vie religieuse A cause de sa compréhension si juste du climat spirituel de notre temps, de son accord avec les exigences et les tendances de la jeunesse catholique, nul mieux que le Père Benoît Lavaud ne pouvait traiter d’un sujet aussi rempli d’embûches que la vie L’éminent théologien nous religieuse considérée en son essence, présente un opuscule d’une pensée très dense et d une riche substance spirituelle, aussi loin de l’écoeurant miel des recruteurs que de la plate sécheresse de faiseurs de manuels.C'est un livre viril que nous souhaitons voir dans toutes les maisons de retraite.sii La charité est le principe de notre vie.puisque nous avons été créés en vertu de l’Amour de Dieu et pour l’Amour de Dieu.Aussi la perfection dernière de l’homme n’est autre que d’aimer Dieu autant qu'il est aimé de Dieu: c’est la vocation universelle de l’humanité.L’état religieux qui se définit “un état de culture et d acquisition de la perfection, status perfectionis acquirendae’’, par l’acte de profession qui confère comme un second baptême, remettant tous les péchés et par la pratique des trois voeux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, consacre l’âme et le corps, protège le sujet des périls qui menaient perpétuellement le chrétien du monde.Certes, cela ne l’empêche pas d’avoir la même vocation, le même devoir que le religieux, à savoir sa totale sanctification, mais il est aisé de comprendre combien l'homme du monde est exposé à la convoitise toujours en éveil, aux trois concupiscences dont parle saint Jean, celle de la chair, celle des yeux et l’orgueil de la vie.délivrent de tout, et du monde et de soi; ils holocauste très agréable ift 1 I I jp Les trois voeux réalisent une désapprobation complète.t un w à Dieu.autre motif que la charité, La vie religieuse n'a donc c’est-à-dire les grands commandements de l’amour de Dieu et du prochain, d’autre soutien, d’autre fin que la charité.Il nous plait de dire la même chose de l’opuscule du P.Lavaud.Il a fait une de charité où les laïques et les religieux trouveront une aucun Si K' oeuvre nourriture spirituelle et doctrinale substantielle; les jeunes, des avis remplis de sagesse où résonne vraiment l'appel de Dieu; les parents comprendront à cette lecture, la terrible portée de leur responsabilité devant la vocation de leurs enfants, quelle qu’elle soit.Nous croyons de toutes nos forces que le langage héroïque de i s; ?»' I* i L— 317 CHRONIQUES ce qui est issu de la charité du Saint Esprit, sera toujours mieux compris de la foule, sera toujours plus effectif que celui du ménagement moralisateur, de “la mise à la portée de tous”.Oh ! certes, il ne s agit pas de parler le langage des traités d'ascétique et de mystique, mais les mots infiniment vivants de l'amour de Dieu, des exigences amoureuses de l’amour de Dieu et de l'homme.Oublie-t-on que, si les apôtres ne comprenaient pas Jésus avant 11 Pentecôte, ils furent dès ce jour, illuminés d’intelligence et embrasés d’amour ?Oublie-t-on que nous avons reçu l’imposition des mains 1 Or, puisque le Saint Esprit est aussi en nous, Son langage sera entendu.Jean LE MOYNE "Genève" de G.-B.Shaw Dans son théâtre, George-Bernard Shaw n’a jamais voulu raconter une histoire, et même si souvent il oppose ses personnages dans un conflit personnel, il ne s’est jamais intéressé au développement logique de la situation ainsi créée.Le théâtre, pour lui, est un moyen, en faisant rire de tout ce qui est établi, d’exprimer ses idées contre la religion, les Eglises, ! i politique, la médecine, les arts, la dictature, la pensée de tous les autres, et contre les Anglais.Les personnages de sa récente oeuvre, Genève, sont tous des hommes d’Etat du monde actuel dont le rapprochement sur la scène, tout imaginatif, ne produit pas de conflit et sa pièce est sans action.Shaw n’a pas voulu faire ressortir la tragédie du destin de ces hommes, Hitler, Mussolini, Franco, l’éternel ministre du Foreign Office, chargés du drame des peuples actuels et dont dépend l’existence de chaque individu.Ils ne viennent en scène que pour défendre leur système, leurs agissements et donner l’occasion à l’auteur de les rendre ridicules.(1) Un volume chez Desdce, de Brouwer, à Paris. 318 LA RELEVE Avec ccs éléments, surtout considérés de ce point de vue, il était impossible d écrire une comédie sans des artifices très apparents qui rapprochent la pièce beaucoup plus de la pantomine, de la farce que du drame.Pour faire apparaître en scène, tous ensemble, trois dictateurs, en co nmissaire russe et le ministre du Foreign Office, Shaw imagine que divers mécontents des régimes politiques actuels déclenchent un procès à la Cour internationale de La Haye.Le deuxième acte consiste uniquement en ce procès.Une heure et demie durant, sans qu'il n’y ait la moindre action dramatique, grâce à l’esprit brillant de l’auteur, on prend le plaisir le plus vif à entendre ccs maîtres du monde se disputer sur leur intelligence respective, leur puissance et manifester plus d’une fois, une vanité qui voisine la bêtise.Le vainqueur de cette joute, c’est en définitive, le ministre anglais, qui avoue modestement ne rien comprendre comme tout ses compatriotes.La pièce ne finit réellement pas.Quand l'humour est épuisé, 'es personnages quittent la scène parce qu'on vient d'apprendre l’invasion d’un petit pays par les armées de Hcrr Batler.Il n'est plus temps de parler.Le plus empressé à partir, c’est le ministre anglais: il s’agit maintenant d’un fait.De cette comédie, il ressort que pour Bernard Shaw, l’intelligence a perdu tous ses droits dans le monde actuel et que d’ailleurs, il faut mettre en doute sa capacité d’atteindre la vérité.Il ne lui : este que la possibilité, après avoir tout ridiculiser, de rire d’clle-même.i .H m iï> Genève nous paraît un exemple frappant de celte désagrégation de toute une partie de l’art contemporain, incapable de construire quelque chose de pleinement humain, conséquence de la désagrégation de l'homme moderne, sans ouverture sur une foi et une espérance transcendantes qui lui redonneraient confiance en l’oeuvre de Dieu.C.H.Erratum i i Pans le dernier cahier, (juillet 1939, 9e cahier) page 265, 4e paragraphe, dans la phrase: "L'idée d'une guerre défensive contre les dictatures doit être rejetée.lire: "guerre préventive".T n petit billet d'erratum a été glissé dans les exemplair s mis en vente dans les librairies, mais les abonnés avoir ni déjà reçu le leur quand cette faute a été découverte.i ; » ( ta» : I i Les revues et les événements Les Carnets viatoriens Parmi les revues canadiennes françaises, les Carnets du Théologuc, devenus récemment les Carnets viatoriens, rang.Publiés par le Scolasticat des Clercs de Saint-Viateur, celte revue trimestrielle manifeste un esprit très ouvert et le sens de i 1 liberté du chrétien devant les problèmes de la vie.Nous avons toujours pensé à la Relève que ces petits groupes d’étude pouvaient accomplir une véritable révolution en s’attachant à la recherche de la vérité, sans préjugé, ni fausse prudence.L’ardeur de ces petits groupes rayonne d’elle-même, par les contacts personnels, mais des revues comme celle-ci étende leur influence tout en stimulant le travail.Ces futurs prêtres n’étudient pas seulement leur théologie et les sciences humaines, mais ils apprennent à se servir d’une façon personnelle et compréhensive de ces inestimables instruments de connaissance.La théologie est le plus vivant des savoir, l’ultime, cl vécue en esprit de foi, avec la liberté des enfants de Dieu, elle donne explication à tout l’humain.Les Carnets viatoriens accordent un intérêt tout particulier à la liturgie.De là vient sans doute l’amitié qu’ils portent à la poésie catholique d’un Claudel ou d'un Péguy, épanouissement dans l’art de la connaissance théologique et liturgique.La formation sociale du prêtre, et des laïques conscients d’appartenir à la “race sacerdotale”, occupe aussi une grande place.La dernière livraison (octobre 1939) contient une exceller te étude sur la notion de justice distributive, par le Fr.Hector Tessier et deux études sur le racisme et la guerre.Nous insisterons sur l’article du directeur de la revue, le R.P.Gustave Lamarche, parce que ses conclusions rejoignent les positions exprimées au début de ce cahier.L’auteur développe les raisons que nous avons de refuser une participation à la guerre qui dépasserait nos moyens et nos forces.“Il y a, rappelle-t-il, une hiérarchie d'obligations de la part d’un sujet donné.Il doit par exemple placer les obligations de la justice, qui sont parfaites au sens philosophique, avant les obligations de la charité, lesquelles ne sont qu’imparfaites (.) De même un pavs n'a pas le droit de substituer des obligations de charité à celles qui sont au premier encore 320 LA RELEVE le lient en justice stricte vis-à-vis de la communauté nationale (.) Mais au premier rang des obligations rigoureuses et prochaines qu'une sociél • constituée doit se reconnaître, il y a la preservation de l'existence nationale.Ses membres actuels et futurs y ont un droit impre criptiblc.C’est le bien de l'ctrc.Il est primaire.Tout autre bien, par rapjxirt à lui, est secondaire.Il s'ensuit, pour le cas qui m us occupe, qu’une intervention qui mettrait en péril l’existence nationale, fût-elle décorée de prétextes mêmes magnanimes, doit être écartée comme un crime de lèse-nation".Nous pourrions, continue le P.Lamarche, exercer la charité internationale sous trois formes: la prière pour que Dieu pardonne à not e monde |>éclieur, “l’obéissance à l’Eglise en tout ce qui concerne la pureté du sentiment patriotique”, et enfin “la dénonciation persévérante du crime raciste sous toute ses formes, crime, on le sait, qui revient toujours aux prétentions hégémoniques d’une race par rapport aux autres.Toute intention dominatrice d'un élément ethnique sur un autre, en quelque pays que ce soit, serait ainsi minutieusement surveillée, signalée à l’attention publique et vouée à la vindicte des gens de coeur".Il faut former l’opinion publique à l’idée de morale internationale si l'on veut qu’un jour les gouvernements la respectent.Cela nous ramène à cette urgence de la vérité qui doit être proclamée même si elle est incompatible avec la soi-disant politique réaliste dont Bernanos, dans ses derniers livres, a prouvé les dangers pour la chrétienté.V I Commonweal Dans cet hebdomadaire de New-York, Mr.Georgc-N.Shuster, à propos des livres de Boris Souvarine sur Staline et de M.Hermann Rausclming, The Revolution of Nihilism, condamne a complicité avec les dictatures, de ceux qui prétendent aimer la liberté.1 I .es deux compères, dont l’alliance a permis le déclenchement de la guerre, ont trouvé, tour à tour, des connivences dans les pays démocratiques et, en particulier, parmi les catholiques.Comprendre les problèmes temporels et vouloir leur apporter une solution droite présen'e de terribles difficultés.L’ordre et la justice y sont &! 321 CHRONIQUES constamment en conflit et c'est, pour l’homme, sant débat que de déterminer la part de chacun.Les gens à tempérament de droite, parmi lesquels se trouvent un grand nombre de catholiques, qui, légitimement et souvent générosité et un sens réaliste des exigences naturelles de la société, cherchent l’ordre, le respect de la propriété, parfois au détriment de la justice distributive la plus élémentaire et du droit de chacun à l’existence digne, ont cru trouvé en Hitler le défenseur de la chrétienté, (malgré les persécutions religieuses, “mesures politiques temporaires”).Hitler ferait reculer le spectre du Ils oubliaient que celui-ci, en dépit de sa doctrine condamnée et de ses méthodes inacceptables, gagnait ses adhésions en répondant au sentiment profond, dans les masses, de I injustice de la société capitaliste.des plus angois- un avec communisme.Les tempéraments de gauche, ont moins réaliste, le sens très juste d'une réalité plus mystérieuse, celle du refus de la nature humaine d'être ravalée au niveau de l’animal ou de l’objet, même si cela est accompli avec un ordre parfait.Ils sont plus portés à revendiquer la justice absolue, au détriment même de l'organisation essentielle à l’épanouissement de la vie et malgré les conséquences incontrôlables des moyens violents.Pour eux, le communisme allait tenir en échec les fascismes, oppresseurs, de l’ouvrier, dont les conquêtes devenaient menaçantes.Selon Mr.Shuster, le chancelier Dolfuss avait compris que la révolution naziste était un mouvement beaucoup plus grave qu’une tentative d’abolition du Traité de Versailles.Conscient de la résistance que l’Autriche pouvait opposer à Hitler, à l’intérieur même de la nation allemande, Dolfuss voulut établir la justice sociale selon la doctrine chrétienne.Mais il eut tort de penser que le fascisme pouvait être un allié.“Cette erreur, écrit Mr.Shuster, fut catastrophique parce qu elle cachait derrière un épais nuage de fumée le champ de bataille sur lequel la lutte contre la révolution était engagée.Il devint impossible de distinguer l’ami de l’ennemi".Les naifs, les conservateurs anglais par exemple, et tous ceux qui ne croyaient pas à la possibilité d’une troisième solution, ont toujours espéré trouver un terrain d’entente avec Hitler.Le plus étonnant, pour l’auteur, c’est que les persécutions contre les catholiques, les protestants et les juifs en Allemagne n’aie; : pas démasqué, eux aussi, un sens non 1 322 l.A RELEVE de la révolution d’Hitler.“Les aux yeux du monde, le vrai sens peuples ont oublié celte vérité, que d’enlever à un être humain ses droits inaliénables est.après le blasphème, le crime le plus radical (most basic)”.On a cru qu'Hitler mettrait fin à la trop réelle de révolution perpétuelle qui subsiste pour la chrétienté dans le peuple juif.On a voulu combattre un mal par un autre.Ce fait demeure, qu’on a, à certain moment, été 1 allié d Hitler et que par des pressions politiques, on a aidé a empêcher dans ce pays (les Etats-Unis) ce qui seul aurait pu arrêter l’irrésistible course l’abîme, une déclaration claire et nette par les Etats-Unis, menace vers d’une volonté d’ordre et de paix dans le monde .Les autres n’ont pas été moins naifs ni moins découragés par l’ampleur du problème quand ils ont délibérément fermer les yeux la tragique faillite du communisme en U.R.S.S.et en Espagne.“Le nazisme, pour Mr.Shuster, — c est la thèse de The Revolution of Nihilism qu’il adopte — est une tyrannie dynamique qui doit constamment entretenir le mouvement initial pour que le ii y sur nihilisme qui est son vrai sens n’apparaisse pas"."Le fait important, conclut-il, c’est que nazisme et nisme sont tous deux aujourd’hui devenus des idéologies relation avec les causes qui les ont fait surgir ou les buts qu elles commu- sans aucune auraient voulu atteindre".La profondeur de celle vision éclaire le danger qui nous ne gardons pas vivace notre sens chrétien.L’Eglise, non plus que la chrétienté, ni même les peuples chrétiens n ont à doctrines païennes, aux moyens inhumains pour résou- menace si nous I f t,B iti recourir aux dre les problèmes du monde, cela est évident, mais ils ne doivent pas non plus se jeter au cou du premier faux chevalier venu, ni croire qu’entre deux maux, ils doivent nécessairement en choisir un, même s’il est le moindre.Il faut parfois en accepter un, sans doute, mais ne soit pas par une adhésion enthousiaste de l'esprit.Il y a ill ?;i que ce loin d’une alliance militaire avec la Russie, acceptée pour des avec le régime, à une î.stratégiques mais sans connivence approbation joyeuse cl une persecution anti-scmitc, meme si on la raisons croit nécessaire.Il n'est pas permis au chrétien de ne pas garder son coeur le Ciel, même si ses yeux doivent s'attacher aux épineux i E ouvert sur problèmes du monde.Le regard de l’Eglise, qui devrait être celui i Ü - 323 CHRONIQUES de tous ses membres, est très réaliste justement parce qu’il est éclairé par l’Evangile, par l’idée du Royaume de Dinu où la justice et l’ordre s’embrassent.C.H.Note: Le présent cahier termine la quatrième série de LA RELEVE.Nos abonnés voudront bien renouveler sans retard leur abonnement.Bien décidés à continuer notre travail, nous demandons à nos amis de faire un nouvel effort de propagande pour nous obtenir des abonnés en plus grand nombre.Les personnes qui désirent rencontrer les directeurs peuvent communiquer d'avance, soit par lettre, soit par téléphone, avec Paul Beaulieu aux bureaux de la revue ou avec le rédacteur en chef, Claude Hurtubise, à 340, ave Kensington, Westmount, Fltxroy 8658.L'abonnement d'un dollar (à 10 cahiers) est payable par mandat ou par chèque au pair à Montréal aux bureaux de la revue, 36, ave.Roskilde, Outremont.Tel.: CA.7562. 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