La relève, 1 décembre 1940, Décembre
i-ÇLAAJ^ ij , C.F t- LETTRE DE FRANCE Ce qu’il me semble important d’expliquer à nos amis américains, déconcertés par la turbulence un peu cavalière des événements européens, ce n’est pas leur tumulte extérieur, mais leur sens profond.Quels que soient les accidents d’hier ou les surprises de demain, une certaine histoire se fait.Plus de bonheur dans nos destins militaires ne l’auraient pas empêchée de porter ses conséquences essentielles.Les imprévus de l’avenir n 'en pourront pas modifier certaines pentes fondamentales.C’est de cette réalité historique qu’il faut d’abord prendre une claire conscience si l’on veut avoir, dans l’orage où est entré le monde, une étoile directrice et, pour sa conduite personnelle, un axe de résistance.Le premier soin à prendre est de se placer à l’échelle de vision de l’homme qui a, en ce moment, l'initiative de l’histoire en Europe.M.Hitler, à plusieurs reprises, a déclaré qu’il pensait son action à l’échelle de mille ans.Les réalistes” ont souri.Mais, à réflexion, la perspective serait plutôt un peu étroite.En mille ans, du 3e au 13e siècle, l’Empire romain n’a pas réussi à disparaître tout à fait de l’horizon des peuples, et au bout de mille ans où en était, dites-moi, la christianisation de l’Europeî Je sais bien que les temps vont aujourd’hui plus vite.Du moins en ce qui relève des machines et des techniques : mais cet accroissement de l’âme du monde, dont M.Bergson dit si justement qu’il est nécessaire pour remplir les vides d’un corps démesurément agrandi, je ne crois pas que le rythme en change beaucoup avec les ans.Il n’est donc pas déraisonnable de chercher les origines de la crise européenne quelques siècles en arrière et de prévoir l’impulsion à donner à ce monde convulsionnaire pour quelques siècles en avant.On n’enlève rien à la valeur de l’armée allemande et à la brillante conduite de sa campagne en disant que la France n’a pas subi exactement une défaite militaire, s’il existe jamais des défaites militaires à l’état pur.On a pu I 98 IA RELÈVE s’étonner que la “première infanterie du monde” ait été aussi vite écrasée.Mais sous l’avalanche d’une massive supériorité de matériel, ses qualités militaires n’ont même pas eu le temps d’être mises à l’épreuve.11 est vrai de dire que notre défaite est une défaite de la France, plus que de l’armée française.Tout au moins d’une certaine France, et derrière elle d’une certaine forme de l’Occident.Ici cette défaite commence à intéresser le monde entier.Les causes militaires elles-mêmes de nos revers portent la marque de cette langueur fatale qui a conduit un pays, dans l’insouciance de l’histoire qui l’entraîne, jusqu'au bord de l’abîme.Indigence de matérielî Mais que penser d’un personnel politique qui continuait, une politique à la Richelieu, de présence active à l’Europe et de garanties militaires à des pays éloignés de nos propres frontières, et qui en même temps laissait notre appareil militaire dans une indigence que même des Français bien informés n’auraient osé soupçonner?Absence de combativité?C’est un fait, nous l’avons tous noté autour de nous, le peuple français n’est pas entré dans cette guerre de plein pied et avec un réel désir de la gagner.Le Français, en civil, est idéologue.Mais le fantassin français est.paysan.11 ne comprend bien que quand on menace sa terre.Sagesse solide, dont on ne saurait nier que depuis les Croisades et Napoléon, elle n’est devenue une sagesse un peu étroite.Mais qu’on l’attribue au bon sens ou à la force des propagandes, le paysan français a cru reconnaître dans Hitler un “prussien” renouvelé de celui qu’avaient connu ses pères et ses grands-pères, et puisque le prussien, pour une fois, disait n’en pas vouloir à ses champs et parlait de guerroyer de l’autre côté du monde, il n’a pas bien su pourquoi on le dérangeait.La guerre a pris pour lui un sens en mai, quand la “guerre pour Dantzig” est devenue la “campagne de France”, si tant est qu’il y ait eu transformation : c’était trop tard.Il se serait ressaisi, alors, le paysan, des exemples locaux l’ont bien fait voir.Mais autour et au-dessus de lui.l’esprit IS ! fl am 11 Il 1 i Il ¦ ' , F !>'J LETTRE DE FRANCE f bourgeois, celte plaie invisible du monde moderne, avait achevé son œuvre de décomposition.Ces milliers d’hommes que depuis deux ou trois générations il désespère, qu’il dépouille de toutes les richesses qui font un peuple sain : un goût joyeux du travail, la gentillesse, une générosité de race, quelque sens de vastes aventures, comme la mer, l’univers, Dieu, I"hospitalité, ces milliers d’hommes qui n’ont plus appris que la revendication, la dispute, des distractions d’insectes et une dureté de machines, ces hommes étaient là, et la guerre ne les avait pas miraculeusement transfigurés.Ils ne comprenaient rien, ils ne croyaient à rien, surtout ils ne voulaient mourir pour rien : ni pour Dieu ni pour la révolution, ni pour la France ni pour leur ami.Ils se donnaient des raisons.Mais ils formaient entre eux l’internationale du confort et de l'égoïsme personnel.Ils n'étaient pas toute la nation mais ils suffisaient à paralyser ses réflexes.Des cadres solides auraient peut-être masqué le mal, permis d’attendre une rénovation née de l’épreuve même, que nous espérions tous il y a quelques mois encore.La bourgeoisie française, qui des cadres civils passa aux cadres militaires, vivait malheureusement, elle aussi, sur sa réputation.Je ne veux pas être injuste pour ces couches profondes de résistance qu’elle tenait encore, sous des apparences un peu timides, un peu vieillottes, au fond de nos provinces.Mais le meilleur d'elle-même était si loin de l’histoire ! Il a sans doute donné de glorieux morts, faute d’avoir su former des vivants.Pour le reste, il était largement entamé par un autre internationalisme, celui du monde de I "argent, de ses valeurs, de ses intérêts, de ses haines surtout.Aveuglé depuis plusieurs années par le seul danger communiste au point de tenir ipso facto pour salutaire toute initiative qui affichait un anticommunisme au moins verbalement violent, il croyait sans doute moins que tout autre à l'opportunité de cette guerre.Il voyait avec évidence que le capitalisme en serait, en toute hypothèse, le vaincu, et redoutait trop que quelque forme d’atteinte à ses privilèges en fût le vainqueur.i LA REIièVE 100 Voilà les nolontés qui rongeaient l’énergie de resistance de la France.Elles avaient pris corps dans une psychologie commune, qui avait sa théorie militaire : la psychologie de la stratégie des lignes fortifiées.la défensive, soutenue par L’événement a démontré, une fois de plus, qu’il n’y a pas défensive, là où une seule nation, suffisamment entretient la seule conception militairement effi- soit de guerre puissante, : celle de la guerre offensive, lies lignes , que ce la ligne du canal Albert ou celle de la Meuse, la ligne Maginot la nouvelle ligne du Nord, se sont révélées comme de à entretenir l’inertie (le l’ima- d'arrêts caee ou néfastes illusions, propres ginution et de l’initiative : c’étaient, hélas, des crans spirituels bien plus que des barrières militaires.Voilà la France qui a été vaincue.Qu’est-ce qui avait défaite?Nous en arrivons à mettre époque, et plus mûri lointainement sa en accusation, plus qu’un événement, secteur de civilisation.11 y aurait, certes une qu’un pays, un beaucoup à dire, sur les solidarités profondes des ideologies qui s’affrontent à travers le monde, et se partagent souvent les pans d’une même vérité, avec la doublure de mêmes mœurs.Mais notre propos n’est aujourd’hui que de faire 1 examen de cette décadence que les premiers coups violents de la guerre ont condamnée.Quel que soit le vainqueur final, elle éliminée de l’enjeu : le conflit est né de ses déficiences, elle en est la seule victime assurée.Comme toute réalité un peu vaste, elle ne se laisse pas réduire à de grandes définitions idéologiques.L’esprit bourgeois en est le cœur, si ce mot désigne non pas tant un secteur social qu’un état d’âme, fait d’avarice, d’indifférence à autrui, d’âpreté dans la revendication, de confort mediocre, nombreuses depuis les formes dures et formes douillettes et familiales.L in- est avec des nuances agressives jusqu’aux dividualisme en est la racine, — non pas le sens mesure de la liberté, de la dignité des personnes, de la bigarrure des vocations, mais un isolement têtu de chacun dans son intérêt, dans ses goûts, dans ses ambitions, les rapports sociaux ramenés à la lutte pour la vie, à la surveillance mutuelle et à la bousculade.Le monde de l’argent en est l’instrument . t f 101 LETTRE DE FRANCK t- «économique et social, avec scs classements bizarres des images de Dieu par le port du 4e bouton du gilet (ou du 5c : comptez chez un marchand, je n’en ai pas), ou par le nombre de cylindres d’une machine bruyante et nauséabonde.En ce qui concernait la France, une certaine forme de démocratie parlementaire et libertaire venait, s’il était besoin, finir de gâcher ce désordre par l’incompétence, l'irresponsabilité, le débraillé, tous maux éternels, mais un peu trop installés chez nous depuis quelques dizaines d’années.Voilà un certain nombre de réalités que notre Cour Suprême ne fera pas comparaître devant elle, mais qui sont à la source même de nos malheurs.Puisse tout pays qui désire s’épargner notre épreuve s’eu préserver à temps ! Quelques jeunes Français l’ont dit en vain à leur pays : la guerre qui secoue l’Europe n’est pas d’abord une guerre impérialiste, c’est d’abord une guerre révolutionnaire.L’Europe, divisée contre elle-même, s’accouche d’un ordre nouveau, elle en accouche peut-être le monde.Seule une révolution spirituelle et une révolution institutionnelle de même ampleur que la révolution fasciste eussent pu, peuvent encore sauver la France de la destruction.Les pays totalitaires donnent un visage frénétique à des lignes de civilisation dont nous devrons découvrir après eux, mieux qu’eux, l’âme profonde.Prenons des exemples.L’Allemagne contre l’Occident, c’est Sparte contre Athènes, la dureté contre le bonheur.Je ne pense pas que les hommes se nourrissent de la seule dureté, je ne pense pas non plus qu’ils soient heureux, ni vraiment des hommes, dans ce que le monde moderne appelle le bonheur.Il y a bien des formes possibles au sens de la grandeur humaine ; ceux qui r’élançaient sur des caravelles vers le gain et l’aventure, les lourds chevaliers qui partaient combattre l’infidèle, vos pionniers de l’Ouest, les capitaines d’industrie de la grande époque, voilà une assemblée, j’imagine, un peu hétéroclite.Mais aucun n’eût confondu le sport avec la qualité d’un fauteuil de stade, ni le sens de la vie avec le confort du living-room.Après un siècle de langueur bourgeoise, 102 LA RELÈVE l’aventure réclame à nouveau sa part dans le monde.Je vois le XXe siècle connue un siècle de grandeur, après un siècle qu’on a dit injustement stupide, mais qui fut peut-être pire : médiocre.Il n’y a pas de place dans une telle époque pour qui ne songe qu’à défendre le calme de son jardin, de son home, de sa campagne, de ses habitudes.C’est une question vitale, pour tout peuple, d’y faire son entrée avec un grand dessein.Or les temps de conquête ne sont jamais des temps de facilité.Je n’ai pas dit qu’ils ne sont pas des temps de joie.Notre devoir est de sauver la joie de vivre de l’écroulement du bonheur.La mort de l’individualisme, dont le glas a été sonné de 11)17 à 1933 par les révolutions fascistes et communistes n’est pas, Dieu merci, la mort du sens de la personne.Mais ce n’est pas en défendant le premier que nous sauverons le second.Je vois une grande parenté entre la Renaissance qui nous sollicite aujourd’hui et celle qui, au XVIe siècle, fixa les destins du monde moderne.La Renaissance d’alors fut une explosion juvénile de vie contre des cadres morts, une société aussi pesante et lourde de mouvements que la vieille armure de ses combattants, une hiérarchie autrefois souple et heureuse, devenue cristallisée et oppressive.Un sens réel de la personne et de la conscience y fusait.Mais la réaction, comme toujours, emporta le bien avec l’abus, déracina du cœur de l’homme moderne le sens des communautés vivantes, et nous donna peu à peu, avec l’aide des légistes, des philosophes et des mœurs, cet individu que décrivit Renan, sans famille, sans passé, sans patrie, sans voisins, sans idéal, sans Dieu, atome désarmé qui devait se perdre un jour dans l’élan puissant des masses.C’est le dégoût de cet individu-là, de cette vie étroite et désolée que disent les grandes révolutions de masse du XXe siècle.Napoléon a été vaincu, la Révolution Française a passé.Quels que soient les destins que les Américains ont la liberté d’imaginer au conflit actuel, le siècle fera, dans le monde entier, une révolution anti-individualiste et communautaire.Ne la boudons pas, ne l'attendons pas.Sinon sa poussée, trop f 103 LETTRE DE FRANCE f longtemps contenue prendra des formes exacerbées, et emportera avec elle les droits élémentaires de la personne.Chacun de nous peut la commencer autour de soi.Comment?Déclarer la guerre, par exemple, à l’esprit revendicateur, depuis le guichet du bureau de poste, la file en attente de l’autobus, jusqu’aux manifestations publiques de notre vie civique.Préférer le témoignage de responsabilité à la revendication d’autonomie.S’attacher à d’humbles valeurs, comme les relations de voisinage, le sens de l’hospitalité, l’entr’aide.Dans certaines tribus de Peaux-Rouges, nous dit-on, le voyageur qui remercie son hôte est insulté comme un goujat.La plus traditionnelle doctrine chrétienne de la propriété affirme le devoir pour chaque individu de distribuer à la communauté la totalité de son superflu matériel.Voilà des mœurs qui nous semblent pittoresques, et qui sont pourtant bien plus naturelles que les nôtres.J’en fais appel à ceux d’entre vous qui furent soldats en 14-18.Vous souvenez-vous d’avoir vu le monde s’entr’ouvrir, dans les gares, le long des routes, sur une fraîche et chantante floraison de sourires, de bras agités, de mains offrantes, de cœurs offerts.L’homme sans regard découvrait le regard, la jeune fille ne fermait plus sur son visage un rideau héréditaire de méfiance, la commerçante ne vendait plus, les portes n'étaient plus des portes, ni les biens, des biens.Est venu un jour où nous avons quitté l’uniforme : ce monde miraculeux s’est refermé sur son indifférence maussade comme à la fin d’un conte de fées ; les yeux se sont éteints, les visages clos, les mains repliées sur de l’argent, les voix sur des comptes et des bavardages.D’un vaste village, où chacun est un homme pour chacun, le monde était redevenu une sorte de building, de fourmilière, où l’homme n’est rien du tout pour l’homme.Lisez la littérature éperdue de l’Allemagne d'après-guerre, rapprochez-en quelques œuvres de la jeune Allemagne ou de la jeune Russie : vous verrez que la grande leçon des révolutions totalitaires, c’est l’urgence pour notre monde de retrouver le sens et les mœurs de la communauté, s’il ne veut pas user en même temps les derniers espoirs de l'individu moderne et les derniers espoirs des sociétés. KH LA RELÈVE Mais ce n’est pas uniquement dans les mœurs que nous ferons cette révolution de la personne vivante et de la communauté vivante contre, les avariées et les désordres de l’individualisme.L’individualisme a pénétré, informé nos institutions, depuis trois siècles.11 ne m’appartient de juger ici que celles de mon pays.11 ne faut pas attribuer la mort du parlementarisme français à un accident de la route ou à une pression du vainqueur.Quelle qu’ait été l’issue de la guerre, quel que soit le statut de la France de demain, il avait fait son temps, surabondamment démontré, “gauche” après “droite”, sa déchéance et son impuissance.Je ne pense pas que les nations trouveront tout de suite cet équilibre d’autorité et de liberté, d’ordre et de jeu, qui est l’idéal d’une cité saine.11 faut compter avec la loi de balance de l’histoire.L’Europe des prochaines années, et, encore une fois, indépendamment des conflits qui s’y poursuivent, sera une Europe autoritaire, pour avoir trop longtemps été une Europe libertaiiic.Quiconque n’y a pas fait une sérieuse révision de sa philosophie de la liberté et des formes politiques qu’elle implique, est un conservateur, fût-il classé parmi les esprits “avancés”.C’est à trouver la place de la liberté dans (les régimes autoritaires (je ne dis pas totalitaires) que nous sommes désormais conviés, et non plus à mettre un peu d’ordre dans des régimes libertaires.L’argent vagabond, insouciant dans ses spéculations du destin des personnes et de la réalité organique des communautés sociales, était un autre instrument du désordre libéral.Lui aussi condamné par sa mort.Si la France, et d’autres pays, surmontant l’infortune ou la peur, savent à temps faire cette prise de conscience et cet effort de redressement par l’intérieur, l’épreuve n’aura pas été vaine, quel que soit l’avenir.Et un grand pays, comme un homme de caractère, compte sur lui-même et sur son effort, présent plutôt que sur les mystères du futur.(l) Emmanuel MOUNIER.I (1) La traduction de cette lettre a paru dans la livraison du 26 octobre 1040 de Commonweal. f f- L’INTELLIGENCE ET LE MYSTERE INCARNE Parmi les étapes glorieuses de l'intelligence, au cours historique de son développement, il en est deux surtout qui retiennent l'attention et la ferveur des philosophes et des historiens.En premier lieu, ce qu'on appelle justement le Miracle Grec : plénitude de la raison et splendeur de la lumière intellectuelle purement humaine; puis la Renaissance, pendant laquelle l’homme découvrit existentiellement sa place dans la nature et, avec une audace merveilleuse, une témérité enivrée, prit possession de son paradis retrouvé, et commença, tel un nouvel Adam, du l’organiser cl de s'en approprier l'exubérante richesse.Si la métaphysique grecque, première apogée de l’esprit humain, dégénéra dans les jeux de la sophistique, dans le sectarisme philosophico-rcligicux, aboutit à l’inquiétante flore des “mystères" et au syncrétisme religieux le plus désordonné (pour jeter plus lard, il est vrai, une fulgurante et dernière lueur avec le néo-platonisme de Plolin), parce qu’il manquait à l'intelligence l'appui ontologique du Dieu personnel révélé; si d’autre part, la Renaissance, pour avoir méconnu dans ses principes la primauté du spirituel et, ainsi que l'a magistralement montré le P.Petit dans un article récent (cahier précédent de la Relève), pour avoir prôné le “primai du faire sur l’être”, a donné lieu à notre déplorable civilisation pragmatique, il n’en reste pas moins qu’on n’épuisera jamais l'apport humain de ces deux âges et qu’ils fascineront toujours les historiens de l'intelligence.Voilà deux aventures, cependant, où tout sc joue dans un ordre strictement humain et naturel (ce qui est particulièrement vrai de la période grecque).Tout y est à noire mesure, c’est-à-dire à la mesure de la pure nature, cl dans les sujets et dans les objets.! w 106 LA RELÈVE Cost sans doute un peu pourquoi la mémoire et l'orgueil de notre temps s'y portent volontiers, les éléments tant surnaturels que spirituels du destin de l'intelligence étant méconnus plus que jamais Car il est une autre aventure de l'intelligence, un drame formidable qui s'est déroulé sans interruption pendant sept siècles, depuis l'enseignement du Christ.Saint Paul l'inaugure devant l’Aréopage d’Athènes par un échec retentissant.“Nous t’entendrons une autre, fois là-dessus”, répondent les sages (Actes, XVII.loll I).Premier réflexe de l'intelligence qui.devant l'intrusion du mystère, donne une fin de non-recevoir.Nous nous proposons en ces notes trop brèves de dégager les caractéristiques de cette longue époque et de mettre en lumière son importance capitale dans l’histoire de l'intelligence.La première caractéristique de ce “moment” de I intelligence (appelons-le avec les historiens, période ou âge palristique), est que celle-ci se trouve pour la première fois aux prises avec les mystères de Dieu.Certes le mystère a toujours flotté sur le monde.Dieu s'est fait connaître dans l'Ancien Testament par des signes, des commandements, par les témoignages de ses justes et de ses prophètes.Mais II ne nous avait pas encore visités.La Révélation de l'Ancien Testament n'est pas complète; car seule une présence réelle équivaut à une totale révélation, en possède toutes les notes intrinsèques en même temps que les conséquences.La première révélation est avant tout promesse, alliance.Les Juifs sont faits gardiens des promesses salviques de Dieu, dépositaires, trésoriers de l'Espérance de l'humanité.Pour parer à leur inconstance.Dieu a établi une loi sévère et très particularisante, valable jusqu'au jour de sa Visitation.La Vérité ne s'est pas encore révélée charnellement.La Loi est prépondérante.Les écrivains sacrés se conten- I INTELLIGENCE ET LE MYSTÈRE INCARNÉ 107 ?le il l de- rapporter les paroles, les signes, les ordres de Dieu.r Chez les Grecs, ce qui frappe le plus est l'harmonie de l'intelligence et de la nature.La raison exprime le monde sereinement; les forces en présence sont égales : sujets et objets correspondent.Nous sommes au clair sommet d'une connaissance toute humaine.Par les voies de la causalité les Grecs ont établi une théodicée — mais théodicée n’est pas théologie.Dieu est connu en tant que cause première.La raison s’enlise alors sur ies rivages du mystère, de l'inconnaissable.Ici Dieu apparaît comme cause, comme une nécessité posée par la raison pour l'intelligibilité du monde : limite d’une connaissance purement rationnelle de Dieu.Dans l’Ancien Testament Dieu ne se manifeste que par figures.Là Dieu est caché : Deus abscunditus.Il habite dans la nuée du désert, dans le buisson ardent, sous le voile du temple.Nul ne le voit, ni les vivants ni les morts.Certes la connaissance de Dieu dans la Bible dépasse de très haut celle des Grecs : Dieu se propose et se révèle à la foi des Juifs et fait une alliance solennelle avec eux.Cependant le Verbe n'est pas encore incarné pour apporter la Rédemption à la nature humaine et nous révéler le Père inconnaissable des mystères.Quand le Christ viendra, l'intelligence obscurcie, cnténébréc depuis Adam par le péché, dépouillée de la science infuse, déshabituée en quelque sorte de l’habitation du mystère, sera elle aussi rachetée, et touchera le mystère de Dieu dans la plénitude de sa réalité, qui l’envahit et la pénètre de toutes parts, par l’esprit et par la chair.Désormais la vue du Mystère se pose à l’intelligence dans la nature hypostasiéc; dès lors elle peut en faire sa pâture.Mais ce pain des anges sera pour elle une douloureuse passion. LA RELÈVE 108 Saint Paul n'insista pas devant l’Aréopage, car il savait que la conversion de l'homme ne pouvait s’opérer que par l'esprit, par la partie supérieure de l’âme réservée à Dieu pour être son tabernacle secret, et par les œuvres de la charité théologale.Mais cet enseignement que reprendront bientôt les Pères de l’Eglise, c’est l’Incarnation du Verbe, l’Incarnation des mystères de Dieu.Voilà donc le Mystère parmi nous, et s’ofTrant à notre chair ! Voilà donc dans sa substance même la Vérité venue avec le Christ ! Il ne s’agit plus de promesses : nous avons cessé d’attendre, la Vérité nous a comblés, nous dilate à l’infini, nous déchire bien heureusement de sa présence.Dieu a fendu le voile de l’Ancien Testament et les justes de l’attente ont vu leur Seigneur.Nous touchons donc aux origines d’une nouvelle sagesse humaine : la théologie en tant que science.Nous verrons l’intelligence non pas maîtrisant le mystère, mais se maîtrisant devant lui, usant de sa tendance naturelle “à l’investigation et au raisonnement” m.(tendance perfectionnée par les dons du Saint-Esprit, à la manière de la grâce qui loin de détruire la nature, l'achève), usant de toutes ses ressources discursives pour le définir en langage rationnel, le formuler en dogmes, en un mot, l’expliciter.C’est aux origines de la théologie que se situe la mission intellectuelle des Pères de l'Eglise qui nous apparaissent alors non seulement sublimes pasteurs des âmes, mais aussi, incomparables pasteurs de l’intelligence.Si la vérité nous est donnée substantiellement dans | Evangile, qui est esprit et vie, pourquoi cet immense travail d'assimilation intellectuelle, d’apparente justification?pourquoi ne pas s’en référer uniquement à lui ?V 19 I Il est vrai.l’Evangile se présente conunc une nourriture essentiellement spirituelle, s’adressant à ( 1 ) .Tran dr R.Thomas, citti par Maritain, Degree du Ravoir, p.582 INTELLIGENCE et i,b mystère incarné 109 , f l’esprit, au cœur, et susceptible d’emporter l’assentiment de la raison : il est quelque chose d'essentiellement vital, devant être avant tout réalisé, exprimé, dans et par des œuvres de salut.Mais cette vérité ne se pose pas de manière à forcer l’adhésion de l’esprit.Le Christ n'a donné que des preuves qui laissaient toute son intégrité à notre liberté.On pouvait lire l’Evangile sans amour, et n’en point être convaincu et soulever d’innombrables difficultés Ne forçant pas la liberté l’Evangile était encore susceptible d’interprétations erratiques (spéculativement ou pratiquement), de sollicitations diverses.Puisque la vérité se trouve la proie d’esprits divers, voire contraires, qui les discernera ?A qui, à quoi donc en appeler en dernier ressort ?Le Christ n’a-t-il pas donné aux apôtres les clefs de la vérité, aux apôtres et à leurs successeurs visités du même Esprit'-'?La norme et les canons de la vérité appartiennent donc à l’Eglise infaillible.Ces deux faits : la vérité de l’Evangile et la remise des clefs à Pierre, sont inséparables.Dans ces perspectives, il n’est pas tout de vivre expérimentalement les mystères, il faut aussi les formuler, les définir en langage rationnel, les disposer en canons universels.Il faut établir les assises terrestres de la divine Vérité comme l’exigent sa préservation et sa diffusion.N’est-ce pas un paradoxe ?Ne voit-on pas là une difficulté insurmontable, une gageure hors de toute proportion ?Que peut l’intelligence devant un objet qui la transcende infiniment ?Comment pouvait-elle traduire cet objet sans le trahir ?L’ayant contemplé, l’expliciter sans en changer le fond?sans en altérer moindrement la substance ?Ce travail énorme que fut l’enfantement du dogme (nous ne disons pas : création), ou plutôt cette germination dans le sol de (2) S.Irénév, d’apr&s J.'Fixeront, Histoire des Dogmes, 1.1, p.241 I 1 LA RELÈVE l'intelligence du grain dr sénevé qu'était l'Evangile et sa croissance en l’arbre de la théologie, les Pères, voix souveraines de l'Eglise, surent les mener à bien au cours d'une longue et sanglante Pentecôte, grâce à l'ctlusion surabondante des dons du Saint-Esprit.Ils élaboraient la doctrine, poursuivaient l'éducation de l'Eglise selon le mot de M.Mari tain m, au milieu de soucis pastoraux innombrables, pressés de questions ardentes, chargés de l'inquiétude entière de leur temps, remplis d'une inépuisable sollicitude pour la ferveur mal assurée des simples comme des grands de l'intelligence (qu'on évoque leurs prodigieuses correspondances!).Ils promulgaicnt le dogme tandis que les hérésies surgissaient de partout, ou renaissaient sous des formes fuyantes et subtiles.Leur intelligence spirituelle et prophétique les dépistait et discernait en elles la vérité compromise.Intelligences évidemment inspirées que celles-là auxquelles fut confié le dépôt de la Vérité, intelligences qui avaient “reçu pour la garder et la répandre sans erreur les arrhes de l'incorruptibilité : le Saint-Esprit" l41.Des intelligences d’homme quand même, forcées au discours, à l'analyse, aux prises avec des mystères ineffables, des réalités infinies, des desseins insondables.Seule peut donner une idée du travail intellectuel accompli par eux, la lecture d’une histoire scientifique des dogmes.L’histoire de l'intelligence, des premiers siècles de notre ère jusqu’au neuvième, est liée à celle du dogme.Philosophes ou non (ils ne possédaient pas tous la philosophie d'Augustin, le néo-platonisme, instrument d’ailleurs bien moins parfait que l’aristotélisme) se servant d’instruments rationnels plus ou moins adéquats à leur tâche, les Pères ont accompli l'illumination de l’intelligence par la foi; ils lui ont 110 g s t (3) Degrés, p.534 (4) S.Irénée, ibid.p.242 i INTELLIGENCE ET LE M YSTÈRE INCARNÉ rendu un peu de sa transparence, de sa perméabilité au mystère, perdue depuis Adam, la faisant participer aux purifications de l'homme intérieur, la préparant à la future synthèse théologique.Ils n’ont pas connu la paix, ni de la part des hommes, ni de l’intelligence, ni des vérités en jeu, ni de l’Esprit enfin, — celte paix dont jouissait saint Thomas écrivant la Somme.Pour cela, il fallait que se terminât la longue Pentecôte pa-tristique.En quoi dill ère l’enseignement des Pères, de celui de la théologie telle que connue depuis la scolastique ?En ceci, nous dit M.Mari tain ,r" qu’ils enseignent dans l’amour et ont “pour lumière la lumière même du don de sagesse usant de la raison”; et que la théologie comme science (sagesse inférieure à la sagesse infuse) procède “selon le mode humain et rationnel", “ayant pour lumière la raison surélevée par la foi".Certes le Consolateur est toujours parmi nous pour nous rappeler les choses que le Christ nous a dites (Jean, XIV.2(1).mais l’intelligence est désormais affermie et clarifiée dans son domaine élargi et approfondi de tout l'apport ontologique du Mystère.Les Pères ont préparé et permis (’épanouissement de la théologie, dont le progrès ne s’arrêtera pas plus que ne cessera la contemplation.On voit qu’ils ont apporté à la philosophie ce qui lui manquait pour ne pas s’évanouir dans le mystère abordé sans les réalités substantielles de la foi.Une philosophie chrétienne s’ébauche, ayant accès comme d'elle-mème sur le plan surnaturel, se déversant, se continuant harmonieusement dans la théologie, selon les voies ascendantes de l’esprit humain.L’extraordinaire mouvement scientifique originaire de la Renaissance et qui se poursuit aujourd’hui dans l’effervescence et la richesse que nous savons, ni f I (5) Degrés, p.584 112 LA RELÈVE donnera lieu avec le temps à une nouvelle philosophie de la nature, achevant, perfectionnant ainsi la vision Robert CHAR BON N EAU.BERENICE PARLE AU DOCTEUR ALBERT LESAGE Suivez dans su Judée une docile esclave.Plus sage savourez votre cœur plus suave.Et désirez du mien le désirable don.Et faites mon délice après mon abandon ! Je me réjouissais et je suis dans mes larmes, El mes peu sers changeants ont la vertu des charmes : De vous revoir encore et de ne plus vous voir.La crainte la plus vaine est près du désespoir.i ifST LA RELÈVE 120 Les larmes que versa sur une mer de songe Me portant loin de Home et de votre mensonge, Mon amour désireux de vous en transpercer, Ailleurs qu’en rêverie aurai-je à les verser ?Le jour touchait, alors, les dernières étoiles, La nef; et, comme un sein, le vent gonflait les voiles; Je prolongeais la nuit romaine dans mon cœur.“Bérénice, ma sœur", disait mon amant, (sœur Amoureuse, liée au malheur d'y survivre!), “Ne change point ta route et pleure de la suivre." Bien âpre fut mon rêve et, depuis mon réveil.Je goûte l'amertume au seul jour du soleil.A quel serment prêté je doive encore croire, O l'indécis au bord même de notre gloire?Car votre ambition, ni votre désarroi, A Bérénice en deuil ne rendront pas son roi, i lit vous vous condamnez par vainc complaisance A regretter toujours son éternelle absence.Vous aimez : redoutez encor plus le succès Qu’une femme en fureur ou ses sombres essais.Quel Narcisse, penché sur un songe, qui s'aime, Pour que, durable et cher, et cher comme vous-même, L’empire sur un cœur d’un autre cœur séduit Soit par son propre auteur rapidement détruit ?Laisse, mon magnifique, enfin plus sage, laisse Vu prince absolument exprimer sa faiblesse, lit son ambition connaître enfin son cœur; Ne présume de charme à ton lâche malheur Ni ne sois plus en rien de lui-même complice; Notre soir sous son myrte en Orient finisse ! PlEHKE BaiLLARGEON 121 , F NOTH SUR ZUNDELi f Note sur Zundel Une des caractéristiques fondamentales et les plus heureuses de l’humanisme contemporain est son personnalisme.De Rougemont va jusqu’à dire que la conquête de la personne est désormais le terme absolu de la civilisation occidentale.Mais quel chemin sous nos pas.Si les dieux de l’individualisme et du socialisme agonisent, leurs effets s’avèrent longtemps encore perdurables.C’est pourquoi les œuvres des penseurs personnalistes doivent être notre nourriture constante.Zundel est de ceux-là.Recherche de la personne, qui est une des grandes choses de la pensée contemporaine — est un livre d’antennes sur l’avenir et sur notre présent cœur de chair.Zundel est par essence un communiant, un homme qui se définit par sa participation à la vie universelle.Que nous importent ces auteurs qui s’anéantissent dans une objectivité totale ou qui anéantissent le réel dans le faux miroir de leur opaque ego ! Les uns et les autres sont stériles car ils ne définissent rien.Toutes les créatures sont des êtres finis, terminés, elles se définissent donc par cela qui les finit.L’homme est engagé dans le cosmos et il lui est vain de s’en vouloir évader, car sa vie est échange : don et saisie.On n’a pus assez remarqué que la Trinité — qui est la Réalité première — était vivante relation des Personnes divines.Ne devons-nous pas aussi tendre à l’altérité, à nous réaliser en autrui t L'auteur de l’Evangile intérieur est encore un intériorité, un méditatif, un recueilli, un consacré.C’est une anima natural iter Christiana.Il aime à saisir le réel en le faisant coïncider avec la lumière intérieure ordonnée à sa saisie.Il aime à respirer le parfum des êtres, à sentir l’univers en sympathie profonde avec lui.Il vibre du même cœur que la création.C’est en nous qu’est notre vraie vie.Que nous parlez-vous de moulins à vent et de don quichotesî La grandeur est une fleur cachée.i SJ LA RELÈVE 122 réaliste à la manière de Claudel, Maurice Zuiulel est un intégral iste, un homme qui dit oui, qui assume sacramen-tellement les éléments, pour employer ses propres termes.C’est un homme qui sait, dire oui à tout, (le néant est rien tout est bon selon sa finalité un et le péché est néant) -parce que propre.Toute chose se définit par rapport à notre amour, et il s’agit là rien moins que découvrir la réalité des choses : “en les aimant comme Dieu les aime”.L’univers est en effet un tout où chaque chose a un rôle la gloire de Dieu, et il n’est pas vrai que interchangeables.Nous avons à porter ce que à jouer pour nous soyons Zundel appelle le fardeau glorieux du témoignage, nous avons le devoir d’accepter la création entière.Cela suppose connaissance et amour, amour qui est dépassement de soi, abolition de nos limites, transport de soi au cœur des choses.Limites faciles à abolir pour le chrétien car partout il trouve le reflet du Christ.Zundel exprime cela par une belle image.Les âmes qui se livrent à la présence du Christ sont comme autant de cercles qui trouvent dans la tête du Corps mystique intérieurs les uns foyer identique qui les rend comme un aux autres.Nous avons mission de rattacher le monde à l’esprit, actes et par le plus sublime de tous : la et cela par tous nos Prière affirmation consciente de notre liberté reconnaissante.été facilitée par Toute l’humaine tâche n’a-t-elle pas cette venue parmi nous du Fils de Dieu, par cette assumption laquelle l’esprit peut désormais se reposer ?C’est tout entiers que nous ressusciterons au dernier jour; maintenant c’est tout entiers qu’il nous faut vivre.Si quelque chose n’était pas digne de notre amour pourquoi Dieu l'aurait-il créée?Le catholique est l’homme qui sait dire oui.encore de la chair en Guy SYLVESTRE. , F Sœur Elisabeth de la Trinité Si tous les livres offerts au public avait cette puissance d'entraînement vers l’Esprit, il me semble que toute une portion de l'humanité serait vite emportée dans la voie du salut.De presque chaque page de cet ouvrage, 1 il émane un feu doux et secret, mais si contagieux qu'il ne permet pas au lecteur attentif de rester intouché.A le lire, il sent son âme s'agiter délicieusement au fond d'elle-même parce qu’elle a reconnu la présence de son Dieu.Comme pour la première fois, il comprend que le temps peut vraiment être « l'éternité commencée et toujours en progrès » Il faut admirer et remercier le Père Philipon pour l'application qu'il a mise à s’effacer et à laisser parler bétonnante Carmélite.Aussi souvent que cela semble avoir été possible, c'est à Sœur Élisabeth de la Trinité elle-même qu'il confie le soin de commenter et d'éclairer ses propres textes en leur confrontant les textes antérieurs ou postérieurs.Il arrive ainsi que le même passage, que la même trouvaille reviennent plusieurs fois sous nos yeux comme de lumineux leit-motives.Qui oserait se plaindre de la répétition très utile, sinon indispensable, de ces textes admirables ?C'est avec gratitude que chaque fois, j'en ai salué le retour.Le Père Philipon n'a pourtant pas ce seul mérite: il a fait plus que d'utiliser d'admirables textes longuement assimilés.Avec aisance et sûreté, en vrai théologien, il a souligné 1 équilibre, la profondeur, et partant, la sécurité de cette doctrine à la fois ancienne et nouvelle.Selon une excellente méthode, qu'il nomme lui-même: « méthode théologique mixte », parce qu elle est à la fois historique et doctrinale, il explore en tous sens cette vie de doctrine et cette doctrine de vie, et en rattache chaque aspect ou chaque phase aux principes immuables de la théologie mystique.Aussi met-il en relief le caractère doctrinal et sapicnticl de 1 expérience mystique de sœur Élisabeth de la I rinité, en nous montrant i 1 La doctrine spirituelle de Soeur Elisabeth de la Trinité, par M.M.Philipon, O P., Dcsclce.1940. 124 LA RELÈVE la place qu'occupèrent dans sa vie et sa pensée la Sainte-Trinité, l'humanité souffrante du Vcrhe, et celle qu’elle désigne avec insistance sous le nom de Jamtci Coeli.Nous assistons avec lui au déploiement de cet ordre divin résumé dans une prière digne d'habiter toutes les mémoires : lÉlévation à la Trinité Avant de nous laisser avec les écrits de sœur Elisabeth, qui, pour le plus grand profit du lecteur, sont reproduits à la fin du volume, le Père Phi Upon termine son étude en essayant de dégager la mission particulière de la Carmélite de Dijon Très justement il résume ainsi cette mission : « Ramener les âmes au grand silence du dedans », et « susciter dans le monde une multitude de louanges de gloire de la Trinité ».Opportune et urgente mission ! Entraîner les âmes privilégiées vers les cimes du pur désintéressement que suppose l'office de louange de gloire, cela, certes, est urgent, mais combien plus encore de faire comprendre à la multitude des baptisés que «le Royaume de Dieu est au dedans », que leur vie extérioriste et grégaire, faite de bruit et d automatisme, est la négation même de la vie chrétienne Rien ne presse plus que de ramener à la solitude et au silence tout un monde qui s'enfonce, un peu plus tous les jours, dans l'infantilisme et la démence .G.-M.Lussier, O P.Molière chez les Compagnons de Saint-Laurent Le cahier était déjà sous presse quand nous sommes allés chez les Compagnons de Saint-Laurent voir jouer Molière.Nous n’avons pu attendre au mois prochain pour dire notre enthousiasme et notre joie.Cette troupe accueille tous ceux qui se sentent appelés à la scène et veulent bien y travailler ferme, sans autre ré- 125 MOLIÈRE CHEZ LES COMPAGNONS r numération que la joie de faire œuvre belle, elle accueille les professionnels des tréteaux et de la radio, les amateurs fraîchement sortis de nos collèges et de nos Universités et les unit dans une volonté ardente de restituer à la comédie une santé chrétienne.Et cette troupe, cela découle d’un tel idéal, porte ses efforts vers un théâtre qui ne passe pas avec une génération mais qui demeure l’expression la plus parfaite de la réalité humaine, avec tout ce qu’elle comprend de mystère.Avec Molière, viendront Racine, Claudel et notre cher Ghéon.Après un tel départ, nous n’aurons plus qu’à demander pour obtenir tous les grands Français, Corneille, Musset, Beaumarchais, les étrangers, Shakespeare et les Elizabéthains, et les classiques grecs, et pourquoi pas les poètes espagnols, et le puissant O’Neill.Voilà les rêves que nous formons pour cette troupe qui débute par un coup de maître.Leur simplicité nous touche mais nous leur reprochons la consigne qui nous prive du plaisir de les applaudir à la fin de la pièce.Pourquoi ne viendraient-ils pas nous saluer, comme la politesse l’exige, une fois au moins, tous ensemble, sans rang de priorité pour les premiers rôles.Nous avons besoin du fracas des applaudissements pour nous libérer d’un enthousiasme et d’une gratitude qui débordent.Nous n’avons pas encore parlé de Molière.11 n’en voudrait à personne puisqu’on cherche ici à remercier ceux qui l’ont si bien récréé.Cela a tout de même été une révélation et le vers bien joué nous apparaît combien plus beau qu’à la lecture.Il faudrait parler de ce sens infaillible de l’action, de la vérité des caractères, qui sont chez Molière tellement justes, qu’on en finit plus de les interpréter, comme la vie elle-même, qu’on n’en finit plus de les comprendre, comme notre prochain, et de nuancer son jugement, et de chercher toujours une dernière explication ! L’idéal de Copeau, et de ses disciples, celui de Ghéon, de Chancerel, de Brochet, se réalisera-t-il chez nous?Quelle victoire pour eux! quelle fierté pour nous! Une renaissance chrétienne commence à se manifester au Canada français, dans tous les domaines, au moment où nous voyons s’établir lentement en France les conditions de ce renouveau qui est notre espoir et l’essor du théâtre intégralement humain qui sortira certainement de là commencerait à poindre ici.Après avoir vu Molière chez les Compagnons, il n’y a pas de doute, nous sommes encore vraiment Français.Claude HURTUBISE.< ! ERRATUM Dans le dernier cahier, novembre, 3e cahier, 5e série, le titre de l'article de Simone Aubry, aurait dû être Alfred Pellan et non Jean Pellan.La Relève publiera prochainement : des articles sur la France par Jacques Maritain.M.-A.Couturier, o.p., Nicolas Nabokoti, professeur au Wells College, New York; des articles de C.G.Paulding, collaborateur d'Esprit et maintenant rédacteur de Commonweal; de T abbé H.A.Reinhold, directeur du mouvement d'Action Catholique, The Apostolate of the Sea et collaborateur de Commonweal; de Yves Faribault, o.p., sur l’exégèse de Paul Claudel; de Noël Mailloux, o.p., sur la génétique de la pudeur; de Vianney Décarie sur la philosophie de Gabriel Marcel; de Guy Sivestre sur Montherlant; de Jean de Menasce.prêtre égyptien, auteur de "Quand Israël aime Dieu", sur le problème de l'art pour le chrétien; de Don Luigi Sturzo, fondateur du parti Social Populaire italien, exilé par le régime fasciste, sur le problème des relations entre la religion et la politique; la fin de l'article de Daniel-Rops sur Psichari.L'abonnement ($1.00) donne droit à 10 cahiers, même s'ils ne paraissent pas tous dans l'année.La revue se vendant 15 cents chez les dépositaires, le déboursé est moindre pour les abonnés; pour nous cela représente l'assurance d'un tirage fixe.L'abonnement d'un dollar (à 10 cahiers) est payable, par mandat ou par chèque au pair à Montréal, à l'ordre de la Relève Enrg.aux bureaux de la revue, 340, ave.Kensington, Westmount.Tel.: FItzroy 8658. F f LES EDITIONS DE L’ARBRE i commenceront en jcmvier la publication d'une série de livres essais, romans, théâtre anthologies qui paraîtront à des intervalles réguliers LES EDITIONS DE L’ARBRE ont l'honneur d'éditer comme leur premier livre Crépuscule de la Civilisation de Jacques Maritain s? rnn HOMMAGE du SECRETARIAT de la PROVINCE ! ¦ ; ; I e Hector Perrier ministre lean Bruchési sous-ministre V
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