La relève, 1 mars 1941, Mars
- •' La Relewe Ul & \ Sommaire BAISSA MARITAIN .Henri Bergson 161 NOEL MAILLOUX, O.P.Etude génétique sur la pudeur 167 ANNE HEBERT .Poèmes 173 ROBERT CHARBONNEAU .Ils posséderont la terre.roman.1.Edward (suite) 179 CHRONIQUES Le cinéma : Les Frères Marx par Jean Le Moyne—Les livres : Constantin Leontieff de Nicolas Berdiaeff par Auray Blain.- %*: k ' 6e cahier, 5e série 15 cents MARS - 1941 Mi! SECRETARIAT DE LA PROVINCE LES ECOLES D'ARTS ET METIERS Les Ecoles d'Arts et Métiers, sous le contrôle du Secrétariat de la Province, offrent à ceux qui se destinent aux carrières industrielles, une variété de cours basés sur les besoins de l'industrie et susceptibles de répondre au désir de chacun.Les cours du soir ont l'avantage de permettre à l'élève de poursuivre son travail rémunérateur tout en employant, le soir, ses loisirs à des études qu'il reconnaît nécessaires et souvent indispensables.IS Le machinisme, en plus de révolutionner les méthodes de production, a transformé les sociétés et changé les coutumes des peuples.Peu de gens parviennent à des fonctions supérieures dans l'industrie sans s'être, au préalable, préparés.1 # il i Hector Perrier ministre Jean Bruchési sous-ministre £-«=r - vULC«it^ j£AM DE BREBEUI 0131».MAJ.LIU V xvtgjUF èwe Fondée en 1934 Robert Charbonneau Paul Beaulieu Directeurs : Rédacteur en chef : Claude Hurtubise 340, avenue Kensington, Westmount, Montréal 6e cahier 5e série HENRI BERGSON Souvenirs Ilcnvi Bergson est mort à L’a ris, le 4 janvier, à l'âge tie 81 ans.Tous ceux qui lui sont redevables de quelque bienfait de l’esprit, et ils sont nombreux en France et ailleurs, ressentiront douloureusement cette disparition.11 était malade depuis longtemps, et les événements de cette terrible année ont dû achever de le détacher de la vie.L’un de ses derniers actes aura été de refuser la “faveur par laquelle Vichy voulut l’exempter des obligations dégradantes auxquelles, sous la pression nazie, sont désormais soumis tous les Juifs français.Il n’accepta pas cette exception plus humiliante que la triste loi commune, et il démissionna de sa chaire au Collège de France, comme de toutes ses autres charges honorifiques.Les journaux ont même annoncé qu’il voulut se soumettre aux formalités spéciales de l’enregistrement des Juifs, et pour cela, quelques semaines seulement avant sa mort “il quitta son lit de douleur [lui qui depuis plusieurs années pouvait à peine se mouvoir] et vêtu d’une robe de chambre et de pantoufles, appuyé au bras de son valet de chambre, il alla faire la queue pour se faire inscrire comme Juif.” I LA KLLKVK 11)2 Il s’en est.donc allé abandonnant tous les signes et privilèges de la gloire, pour la gloire plus grande d’une vie jusqu’à la fin noble et généreuse.Plus que jamais solidaire de son peuple Henri Bergson a cependant reçu le Baptême.Il ne voulait pas rendre ce l'ait publie de son vivant, par délicatesse pour les Juifs persécutés qu’il aurait paru ainsi abandonner dans leur détresse.Maintenant il n’y a plus aucune raison de taire ce grand événement spirituel.Nous ne savons pas exactement quand ce Baptême a eu lieu.Plusieurs années certainement après la publication des Deux Sources.Donc après 1932.Mais l’évolution spirituelle de Bergson avait commencé depuis longtemps.Dès Les Données Immédiates de la Conscience il avait rompu avec l’état d’esprit régnant, avec cette “ivresse mécaniciste” dont il a parlé lui-même, qui obnubilait les esprits à la tin du N IXe siècle, et dont il avait d’abord subi l’influence.Bientôt il s’aperçut de l’inanité du mécanicisme, a écrit J.Maritain dès 1913.Il vit.que le positivisme soi-disant scientifique n’est qu’une agglomération de préjugés plus ou moins inconscients, et qu’une si énorme illusion doit impliquer la responsabilité de la philosophie moderne tout entière.Amené ainsi à chercher la réalité méconnue par le mécanicisme.M.Bergson dut aborder la psychologie ; reconnaître l’insuffisance radicale des idées que nos savants se font d’ordinaire des rapports du physique et du moral ; conclure successivement à la réalité du libre-arbitre à la distinction de l’esprit et de la matière, à l’existence d’une différence de “nature” entre l’homme et les animaux, à une certaine substantialité de l’âme, peut-être même à l’immortalité de celle-ci ; arriver ainsi enfin à des problèmes de métaphysique générale et presque de théodicée; incliner vers la reconnaissance d’un Dieu personnel et laisser peu à peu se faire jour les inquiétudes religieuses et les besoins de vie spirituelle d’une âme portée d’instinct à la contemplation.y y # # J.MAR IT AI N, La Philosophie Bergsonicnnc, 21* édition. 163 HENRI BERGSON Un tel redressement intellectuel Bergson était seul à le tenter, du moins parmi les laïcs.Et les étudiants qui en ce temps-là fréquentaient la Sorbonne n’en recevaient pas encore les bienfaits.Lorsqu’enfin Jacques et moi prîmes le chemin du Collège de France, où Bergson enseignait, nous étions aux portes du désespoir.Nous faisions le bilan de ce que nos maîtres nous avaient donné comme viatique, à nous les très jeunes qui attendions d’eux les principes d’une connaissance vraie et d’une action juste, et nous ne tenions dans nos mains que mort et poussière.Positivisme, scientieisme, mécanicisme, relativisme faisaient violence en nous à cette “idée de la vérité invincible à tout le pyrrhonisme” dont parle Pascal.Et nous ne pouvions résister que par la souffrance à cette démoralisation de l’esprit.Tous ces maîtres avaient personnellement beaucoup de mérites, mais dans ses résultats leur enseignement était tout négatif et destructeur.Il aboutissait à un relativisme sans issue.Relation au néant, puisqu’aucun absolu n’était admis.Quant à nous, malgré tout, nous persistions à chercher la vérité.Quelle vérité?I/espérance d’une plénitude d’adhésion à une plénitude d’être.Or, jusqu’au jour inoubliable où nous entendîmes Bergson, cette espérance avait été par tous bafouée.Nous trouvâmes le Philosophe dans tout l’éclat de sa gloire.Un sûr instinct guidait ses nombreux auditeurs, et nous n’étions pas les seuls sans doute à qui il rendait la joie de l’esprit en rétablissant d’une manière indubitable la métaphysique dans ses droits ; en affirmant que nous pouvons connaître le réel, et que par l’intuition nous atteignons l’absolu.Alors peu nous importait que ce fût par l’intuition ou par l’intelligence, il fallait d’abord retrouver la vie.L’art consommé avec lequel Bergson exposait ses vues et semblait nous entraîner tous avec lui dans le processus de ses découvertes, n ’atténuait en rien la subtilité et la technicité de son enseignement.Cependant la grande salle où il parlait était trop petite pour contenir tous ceux qui étaient avides de l’entendre.Nous arrivions de bonne heure avec Charles Péguy, Ernest Psichari, Jean Marx, Georges Word, pour trou- IjA KELKVE H i-l ver sûrement une place.Henri Foeillon était aussi parmi les auditeurs.Nous assistions en outre une lois par semaine au cours d'explication de grec, que Bergson donnait dans une petite salle, devant un petit nombre d’élèves.L’année où je suivis cours il expliquait Plot in.La connaissance de Plot in a exercé sur moi une profonde influence.Avec Bergson et Plot in entrèrent aussi dans notre vie un autre vivant et un autre mort : Léon Bloy et Pascal.Ve fut un temps merveilleux de délivrance et d’espoir.Mais nous ne savions pas encore où nous étions conduits.I"n jour je m’en fus toute tremblante demander à Bergson des conseils pour mes études, davantage sans doute — pour ma vie.De tout ce qu’il me dit alors je n’ai retenu que ces mots : “Suivez toujours votre inspiration”.Je la suivis en effet un peu plus tard en allant avec Jacques et ma sœur au Dieu des Pauvres, au Dieu de Léon Bloy.Nous partîmes pour l’Allemagne, où nous passâmes deux années.Nous ne devions plus retourner aux cours de Bergson.Il publia en 1007 le plus contestable de ses ouvrages, 1.'Evolution Créatrice.Et Jacques, à la lumière de la foi comprit mieux le rôle de l’intelligence.Son activité personnelle commenta.Il dut s’opposer à Bergson sur plusieurs points essentiels.Nous perdîmes en lui notre maître.En 101.'I Jacques publia son premier livre qui est une étude critique de la Philosophie licrgsoniennc.La dernière partie de l’ouvrage s’intitule : “les deux bergsonismes” à savoir : le bergsonisme “de fait”, celui qu’on trouve dans la pensée exprimée de Bergson, et le bergsonisme “d"intention”, celui qui est l’âme de cette pensée et qui peut-être n’a pas reçu une expression tout à fait adéquate.Et J.Maintain concluait ainsi : “Si jamais on tâchait d’isoler et de libérer ee bergsonisme d’intention, il semble bien que passant à l’acte il irait délivrer et ordonner ses puissances dans la grande sagesse de saint Thomas d’Aquin”.V’était une singulière audace que d’opposer ainsi à lui-même le plus grand philosophe de notre temps.Mais l’homme illustre et le jeune homme téméraire n'étaient-ils pas l’un et Cl' i ' «fl ! r 1 (15 Il MX 1(1 111', KO SOX' railin' amis île la vérité avant tout 1 Nous sûmes que Bergson le comprit ainsi.Quant à ce qui est de saint Thomas, Bergson écrivait il y a quelques années que l'ayant peu fréquenté, il s’était néanmoins, chaque fois qu’il avait rencontré un texte de lui sur le chemin, trouvé d’accord avec lui ; et qu'il admettait fort bien qu’on situât sa philosophie dans le prolongement de celle de saint Thomas.L’Evolution Créatrice avait paru eu 1907.Depuis on savait que Bergson préparait un livre sur la Morale.Ce livre il ne le publia qu’en 1932.En pleine gloire il s’était tu; et ce silence, héroïque dans ces conditions, il le garda pendant vingt-cinq ans! Ce furent vingt-cinq années d'enquêtes concernant l’histoire de l’humanité, ses morales, ses religions, ses mystiques.Le livre parut enfin sous le titre : Lis deux Sources île lu Morale et de lu licliyion.Dans une conférence encore inédite .1.Maintain a analysé ce livre au point de vue du système conceptuel auquel il se rattache, et au point de vue de l’esprit qui l’anime.Quoi qu’il en soit du système l’esprit ici est admirable.Après avoir étudié le mysticisme grec, le mysticisme oriental, les prophètes d’Israël, le mysticisme chrétien, Bergson se croit autorisé à dire que le mysticisme chrétien est le seul qui ait véritablement abouti, ("est l’expérience des mystiques qui le conduit à aflirmcr l’existence de Dieu.Il croit au témoignage de ceux qui ont l’expérience des choses divines.Il met les mystiques chrétiens au sommet de l’humanité.‘‘En réalité, écrit-il, il s’agit pour les grands mystiques de transformer radicalement l'humanité en commençant de donner l’exemple".Il les défend contre ceux qui les tiennent pour des malades : ‘‘Quand on prend à son terme l’évolution intérieure des grands mystiques, on se demande comment ils ont pu être assimilés à des malades.Certes nous vivons dans un état d’équilibre instable, et la santé moyenne de l’esprit, comme d’ailleurs celle du corps, est chose malaisée à définir.Il y a pourtant une santé intellectuelle solidement assise, exceptionnelle, (pii se reconnaît sans peine.Elle se manifeste par le 1 l(i(i LA KKLlh'K goût de l’action, la faculté de s’adapter et de se réadapter aux circonstances, la fermeté jointe à la souplesse, le discernement prophétique du possible et de l’impossible, un esprit de simplicité qui triomphe des complications, enfin un bon sens supérieur.N’est-ce pas précisément ce qu’on trouve chez les mystiques dont nous parlons?Et ne pourraient-ils pas servir à la définition même de la robustesse intellectuelle?Georges t’attain, un de nos amis juifs récemment converti au catholicisme, voyait assez souvent Bergson depuis la publication des “ Deux Sources”, et n’hésitait pas à l’interroger avec une grande indiscrétion sur les dogmes chrétiens, et sur la manière dont il fallait à cet égard comprendre son livre.Bergson lui répondait que dans ce livre il n’avait voulu parler qu’en philosophe, mais qu’il n’était pas défendu de lire entre les lignes.G.Cattaui m’incitait à revoir Bergson ; il me disait que le philosophe se souvenait de son ancienne élève, de la jeune tille qui suivait son cours sur Plotin.Je me décidai à lui faire une visite, ce devait être en 1936 ou 37.Je revis avec une émotion indicible ce maître de mes jeunes années.Son fin visage n ’avait guère changé.Ses yeux d’un bleu de faïence étaient toujours aussi clairs.Et il y avait autour de lui une aura de sagesse et de sérénité qui inspirait la vénération.De nouveau je me sentis toute petite devant lui, comme au temps du Collège de France.Mais lui.supprimant les distances, me dit tout à coup, sans autre préambule : — ‘‘ Est-ce que pour vous aussi cela a commencé par Plotin?” Cela, c’était notre conversion au catholicisme, qu’il connaissait bien.Pouvait-il plus clairement me dire que cela avait commencé pour lui aussi de cette façon, et que son enquête religieuse, sa quête mystique avaient débuté par Plotin ?Il me parla de Jacques, de ses travaux.Il me dit : ‘‘Vous savez, lorsque votre mari opposait ma philosophie ‘‘de fait” à ma philosophie ‘‘d’intention”, comme contenant certaines virtualités non développées — il avait raison”.Et il continua, pendant que mon cœur se remplissait de reconnaissance et d’admiration : — ‘‘Depuis nous avons marché w 167 11K NUI liKIlliSOX l’un vers l’autre, et nous nous sommes rencontrés au milieu du chemin”.Kl je pensai qu'ils s'étaient rencontrés dans le Christ, qui est la Voie, comme il est la Vérité.Nous lui fîmes encore quelques visites, -Jacques et moi.A plusieurs reprises il nous dit : ‘‘Tout ce (pii s’est fait de bien dans le monde, depuis le Christ, et tout le bien qui se fera — s’il s’en fait encore — aura été fait et se fera par le Christianisme”.Il nous dit un jour que certains juifs convertis au catholicisme affirment qu’ils y trouvent l’accomplissement du .judaïsme.‘‘et cela est vrai”.“D’autres hésitent à entrer dans l’Eglise, à cause de la persécution que les Juifs souffrent aujourd’hui”.Et nous comprenions que lui-même il hésitait encore par amour des siens.Et lorsqu’enfin cet été nous eûmes l’assurance qu’il était baptisé, nous ne fûmes nullement étonnés qu’on nous demandât en même temps de garder la chose secrète de son vivant.Baissa MARITAIN, le 7 janvier 1941.(Cet article est paru en anglais dans le € Commonweal », livraison du 17 janvier 1911.) I ETUDE GENETIQUE SUR LA PUDEUR (U Dans unu science comme la pédagogie, entièrement tournée vers les applications concrètes, on sait à quelles méprises nous expose le recours à des notions imprécises ou vides de sens.Au nombre de celles-ci, nous n’hésitons pas à ranger le qualificatif d’ “instinctif” chaque fois qu’on l’accole à l’une ou l’autre des réactions propres au comportement humain.Nous avons dit déjà, dans une longue étude consacrée à la sexualité quels inconvénients suscite son usage dans ce domaine particulier ; aussi, on nous dispensera d’y revenir dans cette trop brève communication où les mêmes considérations s’appliquent sans restriction aucune.Nous appuyant sur les données de la philosophie et de la psychologie expérimentale, nous nous efforcerons de projeter quelque lumière sur les trois aspects suivants que présente l’éducation de la pudeur : A) aucun argument convaincant n’autorise l’éducateur à tabler sur 1 existence d’une pudeur instinctive ; B) quelles sont les composantes essentielles dont l'intégral ion, réalisée par les soins de l’éducateur, aboutira à la pudeur raffinée de l’adulte vertueux ; (’) quels facteurs, enfin, menacent de troubler l’évolution normale de la pudeur.i Hi! > I ! 1 (1) On nous pardonnera la présentation par trop schématique des considérations qu’on va lire.11 s’agit d’une communication lue au dernier congrès de l’ACFAS pour laquelle les strictes limitations d’usage nous obligent à adopter cette forme dépouillée et dense.D’ailleurs, nous ne publions cette ébauche fragmentaire d’un travail beaucoup plus développé, présentement sur le métier, que pour répondre aux vœux de plusieurs pédagogues de nos amis qui n’ont pu assister il la réunion de la section de Pédagogie.(-) Ttyi/it'iir mentale et education sexuelle dans L'Hygiène mentale et l'éducation.Les Editions du Lévrier, Ottawa, 19-10, pp.95 130.lü N; li ; ÉTUDE GÉNÉTIQUE SUR LA PUDEUR 169 ] Généralement, on parle de la pudeur comme d’une crainte presque instinctive” (Havelock Ellis), ou d’un ‘‘dynamisme sensitif d'appréhension quasi instinctive” (de la Vaissièrc), en relation directe avec les processus sexuels.Examinons donc les deux affirmations impliquées dans cette description : 1" La pudeur serait un mécanisme de freinage, de nature instinctive, ayant pour lin de contenir la sexualité dans les bornes convenables.Et ce caractère instinctif est attesté parle fait que la pudeur s’avère une réaction a) universelle, c'est-à-dire, commune à tous les individus de l’espèce humaine ; b) innée, donc existant en vertu de la nature même de l’homme; c) indestructible, même chez ceux qui font profession de la braver.2” La part d’instinctif qui constitue le fond de la pudeur laisse place à des adaptations et à des manifestations aussi multiples que variées, et qui supposent l’acquisition d’habitudes conformes aux exigences du milieu.Dans l’impossibilité où nous sommes d’insister davantage.on se contentera, à ce sujet, des deux remarques suivantes : 1" On peut, à bon droit, qualifier de naturel un comportement qui s’avère universel, inné et indestructible.Par contre, est-il opportun de rappeler que l’identification du naturel et de l’instinctif est injustifiable 1 2° Comment regarder comme instinctif un comportement “aux trois quarts appris” et comportant des individualisations très différenciées, de sorte qu’il s’exprime par des manifestations qui varient du tout au tout avec les individus ou, du moins, avec les milieux V < < 11 L’éducateur ne se trouve donc pas en présence d’un mécanisme instinctif qui fonctionnera à peu près identiquement chez tous, aussitôt parvenu à maturité, et qu’il a tout juste pour mission d’adapter aux prescriptions du milieu ou de préserver de toute provocation susceptible de l’é- -i'î; 119 LA RELÈVE 170 mousser.11 doit, au contraire, assurer l’éclosion il’une vertu, veiller sur l’évolution d’une conduite qui résulte de l integration heureuse de diverses composantes.Ces dernières, appelées à devenir les ressorts subconscients du comportement adulte, nécessitent une intervention clairvoyante des éducateurs dès la petite enfance si l’on veut atteindre a 1 équilibré final.La trop sèche énumération qui va suivre sutura, nous l’espérons, à laisser entrevoir ce qu’est, dans scs grandes lignes, la genèse de la pudeur, et à projeter sur sa nature intime quelques éclaircissements.Les réactions émotives, on le sait, comptent parmi les plus primitives de l’être humain.Mais, si l’enfant naît doué d’émotivité, c’est-à-dire, avec une aptitude radicale a réagir émotivemcnt, il n’apporte avec lui aucun comportement émotif déterminé.Nous attachant tout de suite au comportement qui nous intéresse ici, la peur, par exemple, est une réaction qui n’apparaît qu’à l’occasion d une expe-lésagréable liée à quelque excitant externe.Bien plus, par voie de conditionnement, à peu près n’importe quelle circonstance, d’abord liée artificiellement à cet excitant, pourra bientôt se substituer à lui et déclancher indépendamment de lui la même réaction.A ce stade, 1 enfant n c-prouvera aucun malaise à étaler son corps, à courir dans les ténèbres, à s’approcher d’un animal dangereux, aussi longtemps qu’un châtiment corporel, une chute malheureuse une morsure cuisante, ne lui auront pas appris tout ce qu U en coûte d’agir ainsi, et ne se seront pas répétés assez vent pour que la seule représentation du comportement de l’une de ses circonstances se substitue à 1’experience desagréable et suscite par elle-même une émotion de crainte inhibitrice.On lie saurait donc parler encore de pudeur, mais seulement d’une disposition lointaine et primitive : une crainte émotive de poser tel acte déplacé, crainte conditionnée par une expérience physique.Un peu plus tard, l’intelligence s’éveille.Bien qu’il ne s’en serve pas encore, l’enfant est servi par elle.Des lors, sentiment se fait jour, qui absorbe en lui la crainte émotive, mais qui est à la fois plus complexe, plus eleve, plus raffiné qu’elle : c’est la honte.Devenu capable d une introspection rudimentaire, l’enfant est en état de comparer sa conduite à celle de ceux qui 1 entourent.Une rience < ; sou- ' ou un ÉTUDE GÉNÉTIQUE SUIt LA PUDEUR s°rte de malaise caractéristique s’emparera de lui lorsqu’il se sera laissé aller a déroger au code de convenances qu’on lui a inculque.Cette fois, le conditionnement est beaucoup plus subtil : l’approbation ou la réprobation de l’entourage y joue le rôle principal.Déjà, l’enfant s’isole pour satisfaire aux besoins élémentaires de sou corps.Surpris en train d accomplir une action impudique, il a honte; mais cette honte — bien que plus accentuée grâce à un conditionnement répété avec insistance — n a rien de spécifiquement sexuel.Elle est de même nature que celle éprouvée par 1 enfant lorsqu il est surpris en train de voler un gâteau dans l’armoire ou de jouer avec un bibelot interdit.Bref, ce n’est pas encore la pudeur, mais un sentiment indéterminé et vague qui déclenche un mécanisme d’inhibition à l’égard de tout comportement là l’erubcscentia des latins.Mais, vient 1 age de raison.L enfant, capable désormais de délibérer de ses actes, se sent pour de bon en état de disposer de lui-même.Maître de sa conduite, il continue d’éprouver le besoin d’agir en conformité avec les usages reçus, mais il sent naître et se développer un besoin plus profond encore : celui d’agir en conformité avec les exigences de sa propre raison.A partir de ce moment, toute dérogation à cet ordre intérieur conçu par lui, et traduit en impératif par le jugement de sa conscience, engendre une sorte d’humiliation intime qui se traduit à l’extérieur par des réactions émotives en tout semblables à celles qui accompagnent le sentiment que nous décrivions tout à l’heure.Mais, cette fois, l’enfant, et surtout l'adolescent, est devenu conscient que certaines manifestations de sa sensualité échappent plus particulièrement au contrôle de sa raison.Aussi, redoute-t-il d’une façon tout à fait spéciale que le moindre comportement se rattachant d’une manière ou d’une autre au domaine de la sexualité — que ce soit à titre de provocation, de manifestation ou de signe, — soit surpris par "" regard indiscret.Cette crainte de la turpitude s’identifie avec ce que le langage vulgaire entend désigner le terme timent de honte, soudain et insurmontable, si noble soit-il, ne doit pas être confondu avec la pudeur-vertu.En effet, la vertu impliquant l’habitude acquise et affermie d’éviter 171 déplacé”.On reconnaît par que ce sen- pudcur”.Ajoutons tout de suite - h I T» LA RELÈVE 172 toute action honteuse, est incompatible avec la crainte troublante et même physique de se laisser entraîner par la passion.Toutefois, il importe de souligner que la pudeur-vertu trouve, dans cette honte particularisée, spécifique, que les latins appelaient “verecundia”, une sauvegarde puissante, à une période de la vie où elle n’a pu encore s’implanter dans l’âme d'une façon stable.Bien plus, c’est sur ce fondement posé par la nature raisonnable qu’elle devra s’édifier.Mais, qu’est-ce doue que la pudeur-vertu 1 Comme son nom l’indique, elle est un comportement acquis et non une émotion, un sentiment naturel, à l’instar des réactions précédemment étudiées.Au fond, une circonstance de la vertu de chasteté, une emprise de la raison sur certaines manifestations accessoires (regards, touchers, baisers, etc.) de la sexualité.Elle suppose donc l’horreur de toute turpitude enracinée profondément en nous au point d’assurer l'assujettissement définitif de la sensualité à l’égard des puissances supérieures.Certes, nous ne prétendons guère affirmer que le vertueux ne connaît plus les révoltes de la sensualité, les conflits de la chair et de l’esprit, mais bien que rien de cela ne jette en lui l’inquiétude et le trouble, maintenant qu’il a I habitude de la victoire et qu’une longue expérience l’a familiarisé avec les procédés de la lutte.Une fois que l’on a atteint à ce haut degré de maîtrise de soi, à cette conduite, si nuancée et si souple dans ses adaptations, que les anciens appelaient la “pudicitia”, les états émotifs et les sentiments primitifs que nous avons analysés antérieurement continuent, sans doute, de jouer à la façon de ressorts subconscients.Ils contribuent même puissamment à renforcer les inhibitions volontaires qu’impose une conscience honnête et prudente.Toutefois, cette action s’exerce désormais dans l’aisance et le calme, et, sans être accompagnée, la plupart du temps, de tout ce halo de bouleversements organiques et d’agitation imaginative qui la caractérisait naguère.111 Malgré l'insuffisance de cette esquisse, nous en savons déjà plus qu’il ne faut pour dégager les principaux facteurs qui concourent à l’éclosion de la pudeur et en assurent 17:* ÉTUDE GÉNÉTIQUE SUR LA l’UDKUR l'épanouissement normal et sain.Accordons-lcur une tion rapide, car avec eux l'éducateur doit compter.1" Comme le suggèrent des recherches, poursuivies tant chez les animaux que chez l’homme, l'établissement rapide d’un conditionnement sûr et stable est fonction de la solidité et de l'équilibre du système nerveux, ainsi que de la vivacité de la compréhension.L’enfant faible ou arrière doit donc être suivi, aidé et soutenu, avec plus de soin et de persévérance.2" Tout procédé entraînant une sorte d’hyperémotivité comme, par exemple, un châtiment corporel capable de provoquer une crainte morbide, toute attitude aboutissant à une certaine exaspération de la sentimentalité, telle une sévérité excessive génératrice de gêne et de timidité, développeront chez l'enfant la pudibonderie ait lieu de cultiver line pudeur de bon aloi.3° Des interventions maladroites ou faites à contretemps, des provocations qui stimulent la curiosité, une information prématurée ou communiquée sans ménagements, empêcheront à peu près sûrement la pudeur de l’enfant d'atteindre à ce degré de délicatesse et d’aisance qui la caractérise lorsqu’elle s’est innée en une vertu au sens fort.4" Enfin, la pudeur-vertu se présentant comme la résultante de l’intégration harmonieuse des diverses composantes (pie nous venons d’analyser, il faut aider le plus possible à cette intégration.Pour cela, en inculquant des habitudes, essayons de nous adapter avec beaucoup de clairvoyance et de souplesse au rythme évolutif du psychisme infantile.men- Noël MAILLOUX, o.p. m MARINE A quoi révais-je tantôt, Que j’étais si bien?1 i Quel est ce flux Et ce reflux Qui montent sur moi, Et me font croire Que je m’étais endormie, Sur une île, Avant le montant, Et que les vagues Maintenant Me surprennent Tout à Valent ourf Est-ce dans un coquillage Que j’entends la mer?Est-ce le vent sur nos têtes, Ou le sang qui bat à ma tempe?1 Dans quelle marine Ai-je donc vu mes yeux? r 175 U'.K DIOUX MAINS Qui donc a dit Qu ’ils étaient calmes Comme un puits, Et qu’on pouvait S’asseoir sur la margelle Et mettre tout le bras Jusqu’au coude Dans l’eau lissef Gare aux courants du fond, Au sel, aux algues, Et aux beaux noyés Qui dorment, les yeux ouverts, En attente de la tempête Qui les ramènera A la surface de l’eau, Entre les cils.LES DEUX MAINS Ces deux mains qu’on a.La droite fermée Ou ouverte.La gauche ouverte Ou fermée.Et les deux Ne s’attendant pas L’une l’autre. _ff' i LA RELÈVE 176 Ces deux mains emmêlées Ccs deux mains immclables.Celle qu’on donne Et celle qu’on garde Celle qu’on connaît El l’autre l’inconnue.Cette main d’enfant, Cette main de femme.Et parfois cette main travailleuse Simple comme une main¦ d’homme.Cela fait donc trois! Et je découvre un nombre infini En moi De mains qui se tendent Vers moi, Comme des étrangères Dont on a peur.Ah! qui me rendra Mes deux mains unies?Et le rivage Qu’on touche Des deux mains, Dans le meme appareillage, Ayant en cours de route Eparpillé toutes ces mains inutiles? *r JOUR DE JUIN Ils sont trente jours Il craint l’embourgeoisement de l’Orient par l’Occident, de ce qu’il appelle la “démocratisation”, le nivellement social et la suppression du gouvernement par la force brutale, force nécessaire à son principe esthétique qui veut la diversité comme condition sine qua von de la beauté.“Il sentait venir l’image d’une Russie qu’il ne voudrait, ni ne pourrait chérir, une Russie libérale, démocratique, et athée”.LeonticfF, par ses justes vues de l’histoire malgré les lacunes de sa doctrine sociale, se rattache à notre époque dont il a prédit les grandes phases; et, s’il n’a pu prévoir que l’internationalisme russe serait plus fort que celui de l’Occident, il avait tout de même trouvé que la Russie, le peuple russe était un ¦ (1) Voir Menace à l'est, Daniel-Rops, La Relève, avril 1940. 1 I I-A RELÈVE 3 5)2 terrain apte à jouer un rôle révolutionnaire dans l’histoire.L’historien devra désormais tenir compte des œuvres de LconticlT qui diffusent de si singulières lumières sur cette époque de transition.L’esthétisme de Leon tied" est extrêmement dangereux.Son expérience religieuse en est la preuve.Nombre de jeunes d’aujourd’hui — qui recherchent comme lui le bonheur, plus inclinés vers l’Aphrodite terrestre que la céleste — trouveront, dans cette analyse de Berdiaeff, un excellent sujet de méditation d’ordre pratique.Nicolas Berdiaeff est de lecture quelque peu laborieuse.C’est un analyste au sens strict du mot.11 s’attache à coudre et à découvrir afin de présenter une trame de bonne venue.Ecrivain spiritualiste, orthodoxe, il réside actuellement à Paris, exilé de son pays.Exil tout en son honneur.La traduction, assumée par Mme Irène Iswolsky, garde, nous semble-t-il, l’esprit russe dans un style et une langue absolument français.Auray B LA IN.Plateau 7506 BERNARD Le BEL AVOCAT Montréal suite 69 I 275 ouest, rue St-Jacques PERRAULT et PERRAULT AVOCATS Tel.: HA.0200 511, Place d'Armes Montréal, Canada.0209 JACQUES PERRAULT.LL.D.Rés.: 2380.Boul.Pie IX Tel.: CL.3580 ANTONIO PERRAULT.C.R.Rés.: 64.Ave Nelson.Oulremont Tel.: DO.6342 Art et Catholicisme du R.P.M.-A.Couturier paraîtra en mars AUX EDITIONS DE L’ARBRE dans la collodion inaugurée le mois dernier par Le Crépuscule de la civilisation de Jacques Maritain Demandez les conditions d'abonnement à la série de volumes i/ni seront publiés au cours de l'année.340, avenue Kensington, Weslmount, Montréal.L'abonnement d'un dollar (à 10 cahiers ) est payable, par mandat ou par chèque au pair à Montréal, à l'ordre de la Relève Enrg.aux bureaux de la revue, 340, ave.Kensington, Westmount.Tel.: FItzroy 8658.
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