Bulletin /, 1 septembre 1916, Septembre
[" SEPTEMBRE 1916 17e ANNEE Bulletin mensuel DE LA CHAMBRE DE COMMERCE *A' SOMMAIRE \u201c Le commerce d'après-guerre.133 L'orthographe dans les affaires.134 Les transports maritimes.13.5 Est-ce la banqueroute.135 Bons conseils.137 Le système métrique, étalon international 137 La construction.137 Séance spéciale du conseil.138 L'avenir économique du Canada: MM.Lud-ger Gravel, J.-N.Cabana, J.-H.-Paul Saucier, A.-J.de Rray.138 tl LA CHAMBRE DE COMMERCE DU DISTRICT DE MONTREAL Canadien \u2018-'SK\u2014 * -.i LIGNE Service DE Londres et Southampton à Québec et Montréal The Cunard S.S.Co., Ltd.LIVERPOOL, Pier Head.LONDRES, 61 Bishopgate, E.C.29 Cockfpur St.8.W.PARIS, 37 Boul.dea Capucins.hr nouveau navire \u201cAndania\u201d.DE Montréal à Londres via Falmouth Jules Hone, Travel Agencies 9 Boul.8t.Laurent, Montréal.The Robert Reford, Co., Ltd.Montréal, Toronto, Québec, Ht.Jean, N.B., Portland,Me Halifax, N.E.Les Membres de la Chambre de Commerce de Montréal, d\t* L\u2019AFFIRMATIVE, QUELLES SONT LES CEuc \\S QUE LE CANADA PEUT EXPORTER EN EUROPE?Lin.Pommes: sèches, vertes, mûres.Conserves de ^ fruité.Blé, orge, haricots, sarrasin, maïs, avoine, pois, seigle.Céréales préparées.Farine de blé, d\u2019avoine, de maïs.Malt.Foin.Chanvre.Houblon.(Sucre et sirop d\u2019érable.Paille, etc.Bestiaux.Chevaux.Porcs.Moutons.Volailles.Viandes: bacon, boeuf, jambon, mouton, porc, langues, gibier, Os, beurre, caséine, fromage, œufs, fourrures, * graisse et déchets graisseux, poil, cuirs et peaux, cornes et sabots, miel, saindoux, enveloppes de saucisses, suif, laine, etc.Morue, aigrefin, merlan, flétan, hareng, homard, maquereau, huîtres, saumon, truite.Huile de poisson. LA CHAMBRE DE COMMERCE DU DISTRICT DE MONTREAL 139 Pulpe.Cendres.Potasse.Ecorces pour tanneurs.Bois en grume: orme, sapin, chêne, pin, épinette (spruce).Bois scié et bois d\u2019industrie: bois blanc, noyer, noyer dur; chevrons, voliges, lattes, pieux, piquets, madriers et plan-* ches, bardeaux, pièces pour caisses, douves et fonds.Blocs pour allumettes.Bois à bobines.Mâts.Pilotis.Echalas.Poteaux.Billes.Traverses de chemins de fer.Bois équarri : frêne, bouleau, orme, érable, chêne, pin.Locomotives, wagons, tramways.Accessoires méca-é niques.Machines agricoles: faucheuses, moissonneuses, lieuses, charrues, herses, râteaux, machines à battre, sar-cleuses, pièces de rechange, articles en aluminium, fil d\u2019engerbage.Briques.Balais et époussettes.Boutons.Ciment.Articles en argile.iVêtements.Cordages, cordes, ficelle.Tissus et déchets de coton.Lainages.Drogues, produits chimiques.Matériaux pour teinture.Engrais chimiques.Fourrures.Verrerie.Meules à aiguiser.Gypse.Chapellerie.Objets en caoutchouc.Objets en fer et en acier.QuincalJerie.Fer en gueuse.Machines à coudre.Poêles.Machines à écrire.Lampes et lanternes.Cuir: bottines et souliers, semelles, empeignes, sellerie.Chaux.Instruments de musique.Huiles.Papier: tentures, papier d\u2019emballage, papier à imprimer.Peintures et vernis.Plombagine.Chiffons.Savon.Amidon.Goudron.Objets en étain.Etoupe.Automobiles, voitures, bicyclettes.Tonneaux.Portes et châssis.Accessoires de construction.8eaux et baquets, etc.Nickel.Cobalt.Aluminium.Arsenic.Amiante.Baryte.Chromite.Feldspath.Quartz aurifère.Gypse.Cuivre.Plomb.Platine.Argent.Mica.Matières colorantes minérales, oxydes de fer, ocres.Huiles minérales.Antimoine.Corindon.Fer.Manganèse.Phosphates.Pyrites.Sel.Pierre à meule, etc.coût de celle-ci, perfectionner notre technique de l\u2019exportation.11 faut encore prendre l\u2019offensive commerciale: c\u2019est-à-dire, au lieu d\u2019attendre la demande étrangère, aller au-devant d\u2019elle, la provoquer au besoin.Notre gouvernement promet de seconder plus efficacement que jamais les exportateurs canadiens résolus, puisque, il y a quelques mois, le parlement a attribué au ministère du corn me roc une somme d\u2019une importance sans précédent en vue de rechercher les perspectives favorables que présentent les pays étranger» pour le eommrce canadien.Aux hommes d\u2019affaires de se mettre à l\u2019oeuvre.Nous n\u2019avons pas à leur dicter une ligne de conduite.Que chacun recherche les meilleurs moyens de réussir, qui peuvent varier d\u2019un pays à un autre, et selon la branche de commerce et d'industrie à laquelle chacun est adonné.Réponse de M.J.-N.CABANA, conseiller de la Chambre de commerce.Monsieur G.A.Morin, Secrétaire de la Rédaction, \u201cLe Réveil\u201d, Montréal.Cher Monsieur:\u2014 Ijcs quatre questions que vous m\u2019avez posées sont d\u2019une gravité qui n\u2019échappera à personne.Elles touchent des sujets d\u2019une telle importance, que bien osés seraient ceux qui pourraient prétendre affirmer, même après mûre réflexion ce que sera l\u2019avenir économique de notre pays après la guerre.Cependant à cause de leur caractère éminemment patriotique, on ne doit pas non plus s\u2019en désintéresser.Je ferai donc mon possible pour vous satisfaire et ce, dans la mesure de mes faibles connaissances.lo.\u2014-Que penser de l\u2019avenir du Canada après la guerre?Je crois qu\u2019aussitôt après la guerre, noua traverserons une crise dont les conséquences pourront être fort graves pour notre avenir, si nous ne prenons immédiatement les mesures nécessaires pour la subir avec le moins de désavantage possible.Cette crise sera naturellement provoquée par la terrible dépression qu\u2019éprou verori tous los pays qui auront pris part au carnage; comme le disait avec raison, je crois Monsieur Hirst du \u201cLondon Economist\u201d, les pays aujourd'hui en guerre seront pratiquement en banqueroute lorsque la paix sera conclue.La réorganisation de nos finances, l\u2019augmentation des impôts et la création de nouveaux impôts, forceront lea peuples à pratiquer l'économie.Les objets de luxe devront, sinon disparaître, çlu moins être cor sommés en quantité moindre; le roulement de l\u2019argent causé par le luxe sera moins intense, et par conséquent, privera le marché-d\u2019autant.Cela nous amène à la deuxième question.2o.\u2014L\u2019occasion sera-t-elle favorable pour augmenter notre exportation?Oui, en autant que le produit de nos ressources naturelles est concerné, et j\u2019entends par là nos bois, nos minéraux, nos grains, etc,, mais comme nous avons jusqu'à ce jour du moins, négligé nos industries, je ne crois pas que, à moins que la guerre dure le temps nécessaire pour nous permettre de développer nos indus tries, afin d\u2019être en position de faire la concurrence aux t\u2014QUELS SONT LES MOYENS A PRENDRE POUR QUE LE CANADA ACQUIERE UNE PLACE AVANTAQUSE SUR LES MARCHES EUROPEENSf La question est très vaste.On ne peut qu\u2019indiquer ici quelques moyens à prendre et quelques moyens à ne pas prendre.Ainsi, il faut nous mettre en garde contre les raisons de sentiment sur lesquelles plusieurs comptent pour vaincre, après la guerre, la concurrence allemande dans les pays alliés et même sur quelques marchés neutres.Ceux qui comptent là-dessus feraient bien de se rappeler que c\u2019est à partir de la guerre de 1870-71, où les atrocités prussiennes furent si violemment dénoncées, que le commerce franco-allemand prit un immense développement.Qu\u2019on songe aussi qu\u2019un commerçant, dans une branche quelconque, qui achèterait seul des marchandises allemandes moins chères et de meilleure qualité que celles des Alliés, mettrait bientôt en faillite tous ses concurrents, qui s\u2019abstiendraient d\u2019entretenir des relations économiques avec l\u2019Allemagne.Le moyen de conquérir un marché allemand, ce n\u2019est donc pas d\u2019escompter le sentiment antLprussien, mais d\u2019offrir mieux que l\u2019exportateur allemand.Et pour cela, il faut améliorer nos méthodes de production, abaisser le 140 LA CHAMBRE DE COMMERCE DU DISTRICT I)E MONTREAL autres pays industriels, je ne crois pas, dis-je, que nous puissions nous implanter sur les marchés étrangers.Il ne s\u2019ensuit pas que nous devions négliger notre industrie, le Canada est un pays essentiellement agricole, mais nous devrions, je crois, faire en sorte qu\u2019une foule d\u2019articles, importés jusqu\u2019à ce jour, soient fabriqués chez nous.Je crois qu\u2019ici il est opportun de demander à nos industriels d\u2019imiter l\u2019Américain qui s\u2019efforce de placer sur le marché une marchandise bien finie et bien soignée.Une autre raison, je crois, entravera notre développement commercial, c\u2019est le système colonial sous lequel nous vivons, et tout fait prévoir que la situation ne changera pas.Nous pouvons créer des industries, mais pour ce faire, il nous faudra trouver à l\u2019étranger les capitaux, et pour réussir, faire mieux que les autres pays.Les Allemands, avant la guerre, ne visaient qu\u2019à l\u2019apparence dans leurs industries.De là la pacotille dont ils ont inondé les marchés de l\u2019univers; ils établirent des comptoirs partout et par ce moyen, écoulaient leurs produits.Ixî Président de la Chambre de Commerce du District de Montréal disait avec raison, je crois, qu\u2019il faut nous mettre \u201cen \u201cgarde contre les raisons de sentiments sur lesquelles \u201cplusieurs comptent pour vaincre, après la guerre, la concurrence allemande dans les pays alliés et même sur quelques marchés neutres.\u201d Certes, nous avons actuellement des industries qui fonctionnent tant bien que mal.Ces industries, il nous faudra les perfectionner, et changer le mode de leurs opéj rations.La préoccupation de réaliser sur le champ de gros bénéfices, devra être mise de côté pour quelque temps, afin de permettre à nos produits de se faire connaître et de s\u2019imposer.Enfin, ceci me conduit à votre quatrième question.Quels sont les moyens à prendre pour que le Canada acquière une place avantageuse sur les marchés européens ?Je n\u2019ai pas la prétention de donner une direction à nos hommes d\u2019affaires, mais pour pouvoir prendre rang parmi les nations, il faut d\u2019abord que le Canada jouisse de la plu» complète autonomie possible au point de vue commercial, et j\u2019entends par là avoir non seulement le droit de conclure des traités, mais aussi celui d\u2019établir partout des agences commerciales relevant directement du Gouvernement canadien.Tl faut en plus quo nos hommes d\u2019affaires prennent l\u2019offensive en allant dans les pays étrangers offrir notre marchandise.Il faut également que les lois de navigation de la Grande-Bretagne permettent aux colonies de développer leur commerce, même si les industries anglaises ou le commerce maritime anglais devaient snyffrir.Le Gouvernement Impérial sera-t-il prêt à montrer autant de désintéressement?J\u2019en doute.Veuillez me croire, cher Monsieur, Votre tout dévoué, J.N.CABANA.Réponse de M.J.-H.PAUL SAUCIER, conseiller de la Chambre de commerce.Monsieur G.À.Morin, Sec.de la Rédaction, \u201cLe Réveil\u201d, Montréal.Cher Monsieur,\u2014Voici par écrit les quelques remarques que je vous faisais en réponse à vos quatre questions.1° Que pensez-vous de l\u2019avenir économique du Canada après la guerre ?Un grand Canada si les Canadiens sortent de leur apathie; si non, une rétrogradation, étant donné l\u2019esprit de combativité des pays qui nous environnent.Je dis apathie, pourquoi ?Parce que le chancre de la discorde nous ronge, discorde de langue, discorde de religion.Quelques-uns de nos concitoyens ne cherchent qu\u2019à semer la division parmi nous, en creusant un abîme entre les différents éléments du Canada.De là, perte de temps, perte d\u2019énergie en discussions stériles.Discorde, parce que le peuple du Canada veut rester Canadien, mais nos grands financiers, nos politiciens font fi de ces aspirations nationales.Pourquoi?l\u2019ordre social est partout déséquilibré, les conditions économiques d\u2019avant la guerre ne se représenteront jamais, nos gouvernements n\u2019ont rien essayé pour parer à ces changements ; nos grands industriels non plus.Par la réflexion, l\u2019étude et un peu d\u2019observation, on se convaincra facilement qu\u2019on s\u2019est laissé vivre, on a joui d\u2019une prospérité inouïe sans en chercher les causes.Avec notre politique de laisser faire et nos habitudes de luxe, on doit prévoir un terrible réveil.Nous serons alors aux prises avec une dette au-dessus de nos moyens qui nous mènera probablement à la banqueroute.Nous aurons à faire face au problème de repatrie-ment.Nous aurons à placer les milliers d\u2019ouvriors employés aujourd\u2019hui aux munitions.Deuxième question :\u2014\u201cL\u2019occasion sera-t-elle favorable pour augmenter notre système d\u2019exportation ?Oui, si on se sert de l\u2019expérience acquise pour se mettre de suite à l\u2019oeuvre.Parlons moins, agissons plus.Troisième question :\u2014\u201cQuelles sont les choses que le Canada peut exporter en Europe ?Outre nos grains, nos bois, nos produits miniers, nos instruments aratoires, nos animaux, etc., etc., etc., elles sont innombrables.Voici quelques rapports de nos représentants de commerce à l\u2019étranger, publiés dans le \u201cWeekly Bulletin\u201d depuis avril dernier: Cuba demande foin, avoine, patates, papier.Cuba a employé en 1914, d\u2019après un rapport du \u201cWeekly Bulletin\u201d No 047, page 1317, 30,000 tonnes de papier.Nous en avons vendu une très faible quantité.Ce papier a été vendu par les Etats-Unis.Pourquoi ne le vendrions-nous pas nous-mêmes? LA CHAMBRE DE COMMERCE DU DISTRICT DE MONTREAL 141 Afrique* Sud demande de l\u2019huile pour ses chemins de fer, coffres-forts, cabinets d'aisance, clefs anglaises, des meubles.Indes, instruments aratoires, portes, traverses de chemin de fer par millions, ferronneries de toutes sortes.Australie, automobiles, faucheuses pour gazon.Trinidad, des machines.Argentine, du homard.Grande-Bretagne, des fruits de toutes sortes.France, ferronneries de toutes sortes et en grandes quantités.Terreneuve, lait condensé.Russie, rouleaux à vapeur.Nouvelle-Zélande, accessoires électriques, des métaux, des ferronneries.Quatrième question:\u2014\u201cQuels sont les moyens à prendre pour obtenir au Canada une position avantageuse sur les marchés européens ?J usqu\u2019à présent nos industriels semblaient croire qu\u2019il n\u2019existait pas de marchés autres que le marché local pour écouler leurs produits.C\u2019est ce qui démontre*à l\u2019évidence qu\u2019au jourd\u2019hui après 23 niois de guerre, on n\u2019est pas plus avancé.Combien d\u2019industries ont été fondées depuis le commencement des hostilités ?Qu\u2019a-t-on fait pour remplacer la matière première venant d\u2019Europe ?Rien.Il est bien vrai que le gouvernement a voté à sa dernière session un montant considérable pour rechercher activement les moyens pour nous mettre en état d\u2019étendre notre commerce avec les nations alliées et les pays neutres.Le Canada a aujourd\u2019hui des représentants dans la république Argentine, aux Inner Anglaises, en Chine, au Japon, à Cuba, en France, en Hollande, à Terreneuve.à la Nouvelle Zélande, en Russie, en Afriquc-£nd et chuik les îles Britanniques, mais cela n\u2019est pas suffisant; il faut avoir des produits à vendre.Le gouvernement doit encourager l\u2019industrie en fondant des laboratoires de chimie industrielle; eûcourager les manufacturiers au moyen de primes ou autrement, à développer, exploiter nos ressources naturelles, \u2014 réformer les lois commerciales.Que les industriels se renseignent sur les demandes des marchés étrangers.Le ministre du commerce publie le \u201cWeekly Bulletin\u201d, \u2014 tout homme d\u2019affaires devrait recevoir et lire cette brochure, mais hélas ! le culte de l\u2019intérêt privé règne en maître, on se désiste complètement de l\u2019intérêt général.Les industriels doivent employer les énormes bénéfices qu\u2019ils réalisent annuellement à la création d\u2019oeuvres qui, la guerre terminée, donneront du pain et un peu d\u2019aisance au peuple.\u2014 Sinon de graves conflits naîtront entre patrons et ouvriers.Ils doivent aussi favoriser chez les jeunes gens l\u2019étude des langues étrangères afin d\u2019avoir des représentants compétents pour placer leurs produits à l\u2019étranger ou bien renoncer à faire des affaires.A preuve le \u201cWeekly Bulletin\u201d dans le No 650, page 94, dit: \u201cPour faire du commerce avec la République Argentine, il faut parler l\u2019Espa- gnol.Au Brézil, le Portugais et en Russie, sinon le Russe, du moins le Français, (voir Weekly Bulletin No 647, page 1346.) Que va dire l\u2019Ontario?Ixïh banques doivent aussi coopérer dans le mouvement, en ouvrant des succursales à l\u2019étranger, afin de faciliter l\u2019échange.Quant à l\u2019agriculture que de choses nos gouvernements ont encore 'i faire\u2014Création de caisses économiques, encouragement aux coopératives agricoles, petites fermes expérimentales, etc., etc., etc.Oui, tout cela est bien beau mais il faut transporter nos produits, tant agricoles que manufacturés.Pour cela une chose essentielle s\u2019impose \u2014 )a seule qui nous mettra au rang des nations exportatrices \u2014 et cette chose e\u2019est une marine marchande canadienne, enregistrée au Canada, avec des lois maritimes en rapport avec nos besoins.Mais l\u2019Angleterre y mettra toujours le même égoïsme, car elle aura tout intérêt à nous tenir encore longtemps sous le lien colonial.Essayer à faire concurrence A Ja marine marchande anglaise, c\u2019est toucher à la prunelle de l\u2019oeil de notre mère patrie Pas de marine, pas d\u2019exportation.C\u2019est à nous Canadiens de s\u2019unir et d\u2019exiger du gouvernement qu\u2019il encourage l\u2019industrie maritime au pays; alors seulement nous pourrons espérer occuper la place que nous envions dans la grande lutte économique qui s\u2019ouvrira.Bien à vous, J.H.PAUL SAUCIER.Réponse de M.A.-J.de BRAY, membre de la Chambre de commerce, ancien directeur de l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Montréal.Monsieur,\u2014 C\u2019est avec plr.isir que je réponds au questionnaire que \u2022 ous m\u2019avez adressé, d\u2019autant plus que l\u2019enquête patriotique que vous avez entreprise pourrait avoir des résultats utiles pour le pays.C\u2019est pourquoi je répondrai, exposant franchement mes idées, bien qu\u2019elles soient en opposition à celles que l\u2019on entend généralement émettre.Rernarquois que le problème est très complexe et que c\u2019est à peine si on peut l\u2019effleurer.Le volume l'essor commercial et industriel du peuple Canadien, édité A la veille de la guerre, par la Librairie Beauehemin, répond assez bien, mais pour épuiser le sujet chacun des chapitres demanderait plusieurs volumes.C\u2019est dc«c une bibliothèque qu\u2019il faudrait et non un livre.L\u2019avenir économique du Canada au lendemain de la guerre me paraît bien sombre.Cet avenir, qui s\u2019annonçait si bien il y a quelques années, exige des hommes et des capitaux.C\u2019est une grande erreur que de croire que l\u2019immigration européenne va se poursuivre après la guerre.Il faudrait montrer ici les raisons de cette immigration, ce qui serait trop long.Affirmons simplement que ces raisons n\u2019existeront plus.On a dit que ceux qui ont eu leurs maisons détruites viendraient s\u2019installer dans le Non- 142 LA CHAMBRK DE COMMERCE I)U DISTRICT DE MONTREAL veau-Monde.C\u2019est une pure illusion.Leur plus grand souci sera de reconstruire, de restaurer leurs villes, de réorganiser leurs industries, etc., et les indemnités de guerre les y aideront.Bien mieux, il y aura de nombreux vides à combler et la plupart des pays, certains l\u2019avaient déjà fait, non seulement interdiront la propagande poussant a l\u2019expatriation, mais feront eux-mêmes une propagande en sens contraire.Mieux encore, nous pourrons assurer qu\u2019il y a bon nombre d\u2019Européens établis au Canada qui attendent la fin de la guerre pour retourner en Europe.Et cela s\u2019expliqe.Les pays aujourd\u2019hui dévastés seront après la guerre dans la situation des pays neufs, où tout est à faire, avec cette différence qu\u2019ils disposeront de capitaux.L\u2019essor économique du Canada demande également des capitaux.Ceux-ci ne pourront plus être obtenus des pays qui les fournissaient antérieurement, attendu qu\u2019ib en auront grand besoin eux-mêmes, à moing que ce ne soit à des conditions très onéreuses, ce qui, en dernière analyse, deviendrait une charge nouvelle pour l\u2019industrie par la répercussion sur les prix de revient.lia seconde question aurait dû être renversée.Il nous semble que pour établir un système d\u2019exportation, il faut une industrie, une production.Il faudrait montrer ici comment nos industries sont nées, par qui elles ont été créées et comment elles vivent.Bon nombre d'entre elles sont nées à l\u2019ombre d\u2019une protection exagérée.Pour celles-là, il est inutile de songer à l\u2019exportation; dès que la période de réorganisation européenne, qui sera certainement courte, sera passée, elles devront se contenter du marché national.L\u2019adoption d\u2019une politique commerciale ayant pour souci de favoriser l\u2019intérêt général et non les intérêts privés serait fatale pour plusieurs de ces industries.La guerre a modifié complètement le commerce extérieur du Canada.Les trois-quarts de nos importations, dont le volume est beaucoup plus considérable que celui de nos exportations, consistaient en produits manufacturés, qui ne comprenaient que le huitième de nos exportations.En d\u2019autres termes, nous importions à peu près 10 fois plus de produits manufacturés que nous n\u2019en exportions.C\u2019est là un indice certain de la faiblesse de notre organisation industrielle.La guerre a changé cette proportion, mais uniquement par la force des choses, parce que les autres pays ont vu leurs industries arrêtées.Que la guerre cesse et la situation antérieure sera bientôt rétablie.Pourquoi ?Parce que le commerce ne fait pas de sentiment et qu\u2019il se procure les produits là où il les trouve à meilleur compte.Il faudrait ici exposer l\u2019ensemble des raisons pour lesquelles bon nombre d\u2019industries canadiennes ont des prix de revient qui ne leur permettent pas de lutter sur les marchés étrangers.Les industries qui devraient retenir l\u2019attention et vers lesquelles les efforts devraient se concentrer sont celles dont on trouve les matières premières en abondance au Canada.Dans l\u2019état actuel des choses, qui devrait s\u2019améliorer graduellement, l\u2019exportation des demi-fabrieats et même des matières premières devra rester en première ligne.Les mesures à adopter pour prendre pied sur les marchés'eu répons sont nombreuses, malheureusement elles sont à longue portée et l\u2019on ne peut en attendre des résultats immédiats.La première question, la plus importante, car les autres en dérivent, est celle de l\u2019instruction publique.Le % peuple qui a les meilleures écoles est le premier des peuples; s\u2019il ne l\u2019est pas encore, il ne tardera pas à le devenir, a dit Jules Simon.Et sans nuire aux autres branches de l\u2019instruction, on peut affirmer que l\u2019éducation commerciale et technique doit être mise au premier plan, car c\u2019est
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