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Titre :
Les ateliers d'arts graphiques /
Éditeur :
  • Montréal, Québec :[École des arts graphiques],1947-1949
Contenu spécifique :
1947
Genre spécifique :
  • Revues
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Les ateliers d'arts graphiques /, 1947, Collections de BAnQ.

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Q U , v; fmmm .> ¦H — wmamm ' ¦ : : Siifeste' 5 ¦ ¦ Il nous est particulièrement agréable de présenter à notre population canadienne de la province de Québec le présent numéro des Ateliers d’Arts Graphiques.Si, de par notre mandat, nous devons créer et maintenir des institutions propres au développement général de notre peuple, il appartient, en retour, à ceux qui les dirigent activement de les faire servir au bien-être spirituel, intellectuel et matériel de notre jeunesse, et de contribuer au progrès de notre culture nationale.Et nous sommes heureux de constater que l’Ecole des Arts Graphiques tend, depuis sa fondation, à atteindre cet idéal par les heureuses initiatives qu elle prend, et qui lui assurent, par les nombreux succès obtenus en maints domaines, une valeur morale et technique justement méritée.Nous rendons spontanément un hommage sincère au dévoué Directeur de cette école spécialisée, aux professeurs et aux élèves qui ont vu à réaliser cette œuvre.Nous ne pouvons oublier de remercier les artistes et les écrivains de chez nous, pour avoir participé si bénévolement et si généreusement à cette revue d’art.Nous souhaitons que le public accueille favorablement cette expression de l Art Graphique et qu’il manifeste son encouragement sincère à ceux qui servent si bien la cause de l’éducationJ Paul Sauvé, c.r., Ministre du Bien-Etre Social et de la Jeunesse. Dans toute profession et tout métier, l’exécutant peut trouver l occasion de respecter l’échelle des valeurs, et l opportunité de les mettre en lumière de façon à conserver, même dans le tourbillon de la vie active inhérente à chaque siècle, l’esprit d’ordre, de méthode et d’harmonie qui a présidé à l’éclosion d’une œuvre nouvelle.Dans l imprimerie comme dans toute sphère, il y a place pour cette hiérarchie des valeurs spirituelles, psychologiques et matérielles.A la suite de tous les autres pays, de toutes les grandes écoles d’Arts Graphiques, notre institution provinciale, fondée essentiellement pour répondre aux exigences industrielles et artistiques de l’heure, n’a pas cru devoir déroger à cette obligation morale.Elle porte, aujourd hui, à l’attention du public canadien, pour qu’il le maintienne et le développe, le projet d’une revue d’Art, Les Ateliers d’Arts Graphiques, dont elle prend, consciente de ses responsabilités, l’initiative de lui faire connaître la nature et les éléments essentiels.Notre sincère et vive reconnaissance aux professeurs qui ont pris la direction de ce travail, aux élèves pour l’exécution d une si belle œuvre, aux écrivains et artistes canadiens de la province de Québec pour leur collaboration à cette entreprise artistique1 Le Directeur, Louis-Philippe Beaudoin. mm mm MINISTÈRE DU N - Ê T R SOCIAL ET DE LA JEUNESSE HONORABLE PAUL SAUVE' MINISTRE GUSTAVE POISSON SOUS-MINISTRE LES ATELIERS D'ARTS GRAPHIQUES DIRECTEUR ARTISTIQUE : ALBERT DUMOUCHEL MAQUETTE ET TYPOGRAPHIE : ARTHUR GLADU CETTE REVUE A ÉTÉ EXÉCUTÉE PAR LES ÉLÈVES DES ATELIERS DE L'ÉCOLE DES ARTS GRAPHIQUES 202 0, RUE KIMBERLEY, MONTRÉAL, QUÉBEC DIRECTEUR: LOUIS-PHILIPPE B E A U D O N 7228 e SOMMAIRE Paul Verlaine Mandoline.Gravure sur linoléum de Jean Poirier, élève de l’Ecole des Arts Graphiques.Alfred Pellan Magie de la chaussure.Peinture murale.Paul Gladu Trois essais sur la danse.Illustration et lettrines gravées sur linoléum par l’auteur.Paul-Emile Borduas Les arbres dans la nuit.Collection de M.R.-C.Hubbard, Ottawa, Ontario.Gilles Hénault Trois poèmes.John McCombe Reynolds Omar in Town.Illustration de I auteur.Jean-Louis Roy Elève de l’Ecole des Arts Graphiques Le canal.Gravure sur linoléum de l’auteur.Alphonse Piché Prière.Aline Piché Illustration extraite du IivTe : Ballades de la petite extrace, d’Alphonse Piché.Jean-Paul Mousseau Illustration extraite du livre : Les sables du rêve, de Thérèse Renaud.Léon Bellefleur Plaidoyer pour l’enfant.Gravure sur linoléum de hauteur.Son message.Jean Vaillancourt Elève de I Ecole des Arts Graphiques L’art et la vie de l’homme.Pierre Ouvrard Elève de 1 Ecole des Arts Graphiques Reliure.Robert Montminy Elève de l’Ecole des Arts Graphiques La Nativité.Gravure sur linoléum.Projet d’imagerie populaire à l’Ecole des Arts Graphiques.Albert Dumouchel La création du monde. Robert La Palme La médecine à travers les âges.Illustrations pour un calendrier de la Cie Ayerst, McKenna & Harrison, qui a gracieusement fourni les hors-texte.Charles Hamel Milice noire.Gravures sur linoléum de Paul Gladu.Roland Truchon Personnage dans un atelier.Jean-Paul Mousseau Illustration extraite du livre : Les sables du rêve, de Thérèse Renaud.Charles Hamel Projection dans l’avenir.Jean Léonard L’ermite.Illustration de Jean Benoît.N Rémi-Paul Forgues Tu es la douce yole-iris de ma Fin.Pierre Gauvreau Fête foraine.Collection de M.et Mme Georges Delrue, Montréal, Québec.Jean Vaillancourt Elève de l’Ecole des Arts Graphiques L’Existentialisme et nous.Edmondo Chiodini Maternité.Sculpture sur bois (Photo Gibo).Jean Léonard Extrait de Naïade, en préparation.Texte et dessin de l’auteur.Mimi Parent Nu.Premier tableau (19" x 22”).Maurice Gagnon Bonnard.Index typographique Noms des caractères employés dans cette revue.V ¦ —- M A ¦¦ OLIN E Les donneurs de sérénades Et les belles écouteuses Echangent des propos fades Sous les ramures chanteuses.C’est Tircis et c est Aminte, Et c est I éternel Clitandre, Et c est Damis qui pour mainte Cruelle fait maint vers tendre.Jean Poirier.Leurs courtes vestes de soie, Leurs longues robes a queues, Leur élégance, leur joie Et leurs molles ombres bleues Tourbillonnent dans l’extase Dune lune rose et grise, Et I a mandoline jase Parmi les frissons de brise.Paul Verlaine — WMBÜUBWt iH P E L L A N Collection — Maurice Corbeil — Montréal Format — 7' x 3' 1 Titre — Magie de la chaussure Photo — André de Tonnancour nH muni ""u\ Imp i $ r w » W S?*» & 7/y y> o,o [iiij vSTOKit — .¦>«/'y.w?’ >»* *' *, yv /C7 W F£S»3 ii />/ iï.üü • «vv/ly/ ; -' : . ESSAIS SUR LA DANSE / LE PÉRUVIEN FANTAISIE SUR UN PERSONNAGE DE DANSE Z UNE DANSEUSE PARLE.3 RIEN QUE LA DANSE mKmwm % LE PERUVIEN FANTAISIE SUR UN PERSONNAGE DE DANSE ^ SSUE avec le ballet de Massine, une question : Vivra-t-il, le Péruvien?se pose, à quoi P vivement échappe le personnage étincelant, mi-Arlequin, mi-Matamore, aux trousses d’une Isabelle gantière.Je I examine au sein d’une éruption de gestes ; poursuis "•Ok habit blanc et visage rubicond; à peine rattrape mains jetées, pieds vibrants, jambes ^ diverses, œil roulant; confonds pirouette et menaces, entrechats et rires; et rêve au destin de cet homme nombreux.II est démon, mais gracieux, tyran, mais cocasse, n habite un point qu une fois, s offre partout et partout se dérobe.C’est un muet qui chante ou s esclaffe, pérore à coups de bras, se faufile entre jupes multicolores, glisse, bondit et disparaît.Encor le voici, ce vif-argent qu’un sourire de femme parfois retient l’espace d’une mesure.Il semble que tout I étonne, 1 anime et joue de son corps entier : Il veut tout exprimer de soi, constamment traduire, annoncer mille fables.Le mouvement émane de lui.Sa personne est une abeille joyeuse volant de toutes façons vers les fleurs vives.Le Péruvien ne peut qu’il ne cherche toujours, et ne traverse les attitudes sans trouver la définitive.Chaque instant le conduit vers un autre.Ses bonds se répètent comme les vagues et ses désirs l’entraînent vers une grâce fugitive.Sa physionomie réfléchit un monde inépuisable.Cette face incessante, qui résume tout, rivalise même de vivacité avec le groupe des danseuses qui envahissent et occupent la scène.Le démon du Pérou les tente ou les mime, les pourchasse, rassemble et emmène avec lui.Les gracieuses obéissent un moment, et voici tout le monde en délire : Ses rangées de sourires s alignent, se croisent, puis sautent, et les sœurs se rejoignent, et les pareilles se confondent.Les bras conjuguent leurs arabesques ondulées et tressent des liens de chair autour d’un lieu mobile, au-dessus des pas complexes, des pieds silencieusement agités.Au centre, le diable au regard de feu, le diable ébloui multiplie les tours aériens, et dissipe gaiement ses forces dans 1 espace qu il a choisi.C est en vain qu il se consume parmi elles, ces provocantes le délaissent, ces légères 1 abandonnent.Le voici qui vole après les robes et supplie à la ronde, vide sa pesanteur, hante 1 air, s épuise en efforts surhumains, va, revient, franchit la place comme une vision, illumine 1 endroit de sa vigilance et de son activité suprême, devient mélodie, rythme, et caetera.Le perpétuel souci de cette âme curieuse est d épouser la forme de ses désirs : Elle n’est que souhaits, que devenir, et son essence est de toujours apparaître.Mais sa persévérance n’obtiendra rien ici ni romances, ni baisers car les femmes se dispersent et laissent le Péruvien désemparé.Celle qu il possédera vit sans doute ailleurs.Le Péruvien est homme qui n’arrête point, va tout recommencer, poursuivra l'dép ou Ianjio:„ UNE DANSEUSE PARLE • • • ST-IL vrai que des saisons ont passé, depuis ces paroles de lumière qu un soir mémorable Martha Graham adressait à ses sœurs les danseuses?Un instinct tout-puissant m avait conduit là : Je n’ai pas oublié les leçons d abstraite beauté, de baut courage et de ferme vouloir que leur donna cette personne étonnantel L art avait pris forme et voix, et mon ardente curiosité enfin trouvait réponse, entre les murs d Adelpbi loin situé.< Il est évident, disais-je par la suite, qu elle se réduit à ses seules certitudes, qu elle n’exprime rien qui ne soit observé et vérifié, vécu même.Elle néglige cet éclat emprunté dont parle Racine, et que nous attribuons volontiers à celle qui danse.Il est vrai qu elle jouit de I assurance qu apportent la renommée et la maîtrise de soi (que prouve sa carrière à 1 écart des poncifs).Elle a défendu, dans des conditions parfois adverses, la cause difficile d’ un art nouveau.La liste de ses créations révèle son flair artistique : Elle s inspirait de musiciens aujourd bui connus, du temps qu’ils I étaient peu, >—> de Falla, Bartok, Copland, entre autres.Sa récente interprétation du poème Hérodiade, de Mallarmé, la montre occupée aux travaux même les plus subtils.Elle a créé un genre personnel et indiqué une voie aux siens, qui la suivent nombreux, réalisant ce que n’a pu la très belle mais très naïve Isadora Duncan.» Des paroles émergeaient dans ma mémoire, et redisaient la foi de cette femme en la danse, son amour de la vie et son désir de beauté.Mais ce qui me restait le mieux, et que je garde encore, ce sont des mots concernant I esprit et le corps, la cbair et le mouvement; 1 image d une existence comme drapée autour de I idée qu elle se fait du monde; ainsi que des expressions inusitées, où 1 argot des danseuses se mêle à des termes d anatomie et de physique.Elle insiste sur les longues années d’apprentissage qui précèdent I apparition en public; l'effort conscient et renouvelé de celle qui plie son corps à des lois sévères; tous les sacrifices à consentir; toute la culture à posséder! Du corps devenu instrument fidèle de I esprit, elle fait naître le geste révélateur ; Elle montre d abord ces parties qui s écartent Je la colonne vertébrale, y trouvant leur appui et leur place dans I espace; la force invisible sous les membres qui bougent et les joints qui s’échauffent; puis le groupe des figures jaillissant de cet axe qui tient le corps droit et puissant, son visage offert aux sensations; enfin, le sens de toute attitude, — soit du pied sur le sol aimanté, soit de la main aux jeux infinis, soit de la tête riche de pensers.« » * i Ce qu elle veut ; Le regard bien conduit.La plus générale vue des choses.Le seul geste essentiel.L économie des pas.Le don entier de soi! Selon elle, le danseur est celui qui expose au jour cette part de nous-mêmes que nous ne pouvons ou ne voulons jamais tirer du secret de notre être.Ayant consacré sa jeunesse à acquérir une technique impeccable, le danseur doit ch oisir une voie dès son début à la scène.On demande à I adolescent que son art soit développé, et que ses créations présentent déjà les caractéristiques de I âge mûri.D autre part, sa vie de danseur s’achevant vers la quarantaine, on conçoit le drame intime qui le guette.Je suis de ceux qui veulent perpétuer à tout prix I admirable activité de ces êtres surhumains.Leur grâce s’oppose heureusement à la cruauté de notre temps.Je ne puis ne pas envier la femme et 1 homme qui emploient toutes les ressources de leur corps.Ils font paraître grossier ce qui n est pas de leur monde noble et précis.(C’est aussi I impression que donnent le penseur ou le savant.) Ce talent de dire avec le corps est immémorial.Martha Graham se plaît à rappeler la signification primitive de certains mouvements, et leur évolution.Elle imite le ballet classique aux gestes conventionnels, puis la mode qu il impose : Les bras en anse de panier, ou la main-tige de blé qui bat 1 air.On est loin du geste au sens défini, celui du danseur hindou, par exemple.La mimique, qui se dessine dans lespace, se soumet au rythme, dont I affaire est le temps.Martha Graham observe que la dépense des forces correspond à ce dernier.Elle évoque ces races de I Orient où les enfants grandissent avec certaines mesures sans cesse à l oreille, et, participant à des cérémonies publiques, insensiblement deviennent eux-mêmes danseurs.En passant, elle admire la spontanéité des Espagnols, et la pureté d une Markova.Lorsqu elle fait allusion à son enfance plutôt pénible, au sein d une famille austère et puritaine, je songe aux velléités de l’adolescence rêveuse.Mais quand elle affirme ensuite que dans un bond parfait il y a tous les bonds qui le précèdent, elle exprime la détermination de tous ceux qui s orientent vers une totale édification de soi.En concluant, voici dans sa langue F étrange vœu qu elle adresse à son auditoire : «c 1 wish you a spine.» Chacun de nous devrait méditer sur cette petite phrase.Il me semble que toutes nos vertus ne parviennent pas à dissimuler I absence de quelque chose rigide sous nos chairs.Nous avons tendance à priser la sentimentalité ou la violence de caractère *—- qualités négatives si une flèche ne les traverse .—- au détriment de la mesure et de la rigueur.?Ces réflexions d artiste ne doivent pas surprendre plus qu il ne faut.Contrairement à 1 opinion commune, il est le moins vague des êtres.En effet, à quoi lui serviraient les préceptes non utiles, les discours sans logique?Quelle que soit sa fantaisie apparente, une œuvre d art obéit à des règles.L extraordinaire, c’est que des chaînes puissent ne pas nuire au mouvement d une âme, et même, qu elles puissent y aider : Ce qui arrive à Iartiste.Martha Graham est libre.Une immense résolution habite ses traits.Elle se vêt simplement, et parle presque à voix basse.Tout en elle est réserve.(La danse enseigne à ne parler qu à bon escient.) Le rôle qu elle joue ce soir est spirituel.Son visage est très expressif : Une seconde fatigué ou inquiet; soudain tout autre éclatant de fraîcheur!.Cette circonstance fait mentir bien des préjugés contre la femme et la danse.Ici, rien des faiblesses qu on prête à ce sexe.Mais de 1 unité de pensée, et une observation juste.L’art en question est conçu un peu à la manière des poètes symbolistes, dont 1 ambition était d écarter tout ce qui n’était pas uniquement poésie.Au cours de cette soirée, je m étonne de ce que rien ne soit dit au sujet du spectateur.L’art contemporain lui ménage une part de plus en plus active dans les échanges artistiques.Presque toujours, I artiste modifie son travail selon sa notion du spectateur idéal.ou probable.J espérais naïvement quelque remarque d’ordre esthétique, à propos du sol, où se mirent nos forces.Le choréographe n y voit peut-être aucun problème?Ces questions résultent peut-être du caractère universel de la danse, qui éveille en nous des souvenirs très anciens, antiques.Elle attire à soi et retient I esprit qui s y attendait le moins.Remercions-Ia d être plus qu un simple spectacle.Martha Graham nous entretenant de sa danse évoque Edgar Poe exposant le mécanisme de son poème Le Corbeau.Bien des fois, on préférerait que la fée se taise.Quelque mauvais rappel, la crainte d entendre proférer une bêtise, nous font écarter sa confidence.« Contente-toi d être belle et distante », songeons-nous.Par exception, il arrive qu’au don de plaire s ajoute celui d approfondir et d analyser.Minerve se fait l’interprète de Vénus.Sans redouter la perte d aucun prestige, la reine quitte alors ce royaume suspendu à des câbles, et sans faux paysage et sans mélodie importune se change en merveille de I esprit! J assistai à ce pur changement, un soir de printemps, dans la campagne américaine.La soif d'un plaisir issu de la danse avait guidé mes pas. RIEN QUE LA DANSE ^^A DANSE telle que nous la connaissons est un compromis entre les exigences individuelles 11 ^ et celles de la tradition.On ne peut rompre tout à fait avec le passé, si l’on veut être ¦ ||^ entendu.11 faudrait I oublier, afin d être soi.In Tu imagines sans trop de peine un danseur incomparable, dont le rapport avec I m autrefois est aussi mince qu il se peut, et qui exprime le plus directement possible -*A ce qui Ihabite, sans autre souci que son art.Mais il lui faut à la fois trop de science et de naïveté, trop de réflexion et d’audace.C’est un être improbable.Le voici cependant, par la grâce de 1 esprit : Sérieux.Jeune et fort.Son corps souple et obéissant.Vêtu par lui-même avec habileté.Là où il se meut n est pas le décor habituel, mais un endroit imaginaire qu il ébauche sous tes yeux.Seul.L esclave d aucune musique.Ses mouvements, d abord simples, se combinent comme font les nombres et prennent la même ampleur.Quelque architecture de l’espace est conçue, suivie et tendue selon des plans successifs de bas en haut, vers les côtés, et dans la direction de ta vue.CHANT PASTORAL.L’AME QUE RIEN NE FIXE.ANCÊTRE TOTÉMIQUE.INVOCATION A AHAKN (ancien roi-dieu d Arménie).LANCÉ TEL QUEL (l’image d’un rire issu dans I esprit).Tous les titres de ses danses montrent la volonté de traduire, de personnifier, d extérioriser.Ce qui n est pas sensible au regard le devient : Passé ou instinct, idée ou sentimentl Actes purs ou primitifs.Idées réduites à leur essence.Vie dépouillée de tout artifice.Thèmes tirés du monde ou abstrait ou psychique.L imagination et le don d analyse de celui-ci se combinent de manière à dépasser vite tout moyen de réalisation.Quelques données simples lui suffisent.D une position à une autre, faisant agir ses forces et varier ses formes, il va jusqu au terme de 1 expression artistique.Cette tentative de représenter le rire autrement que par les moyens connus constitue une sorte de pari.Quand le rideau se lève sur LANCE TEL QUEL, tu te demandes quel rire peut naître ailleurs que sur les lèvres?Vers la gauche, le danseur est droit et immobile, au centre d un squelette de tente, et coiffé de quatre tiges tremblantes comme 1 herbe.Le calme qui précède 1 hilarité.II quitte sa demeure fragile, avance dans l à-venir, émiettant sa dignité à chaque pas.Quelque idée le chatouille.Son visage reste immuable.Les molécules de I imprévu mitraillent sa sagesse et sa chair.Refusé à la bouche, le sourire anime mollement ses membres sans défense.Mais I idée saugrenue poursuit son diable de travail, et défait jusqu’au bout le lacet de sa gravité.De plus en plus vite, il court et bondit le long de courbes sans équation.Ses pieds foulent le cadavre de la discipline.L idée infernale déborde, et secoue de vagues ses bras et jambes.Le corps tout ondulé, il se livre tout entier à la joie épuisante.Ses traits toujours figés semblent étrangers à la crise.Ce rire ne quitte pas l’esprit.Pendant que le théâtre s’amuse, les effets du contraste et de 1 inattendu s achèvent.Humeurs et principes ont trouvé logis.L ordre gèle tout.Le danseur se paralyse., Si difficile à concevoir qu il soit, ce personnage abstrait vit sur la scène de New-York : II se nomme Merce Cunningham.Note aussi qu il possède une technique qu envieraient maintes étoiles du ballet classique, bien que son genre soit tout autre.Il est d un groupe qui ne ménage rien pour créer un mode d expression propre à ce continent et à cette époque 1 Paul Gladu.Illustration et lettrines gravées sur linoléum par l’auteur. Les arbres dans la nuit, Paul-Emile Borduas .¦ .ô , •• - '.V:V.1 I 1+1+1 = 3 POÈMES Les mains disent bien plus Les mains parlent bien plus et les mots ne sont rien Les mains savent bien plus que les mots Dans les caresses et dans la guerre Dans la peinture et la sculpture Les mains sont parlantes, et le poing c'est la main de la colère et le doigt de Dieu c'est la main de l'homme à plat sur toutes choses et modelant le monde à l'image de l'homme.Deux et deux ne font plus quatre Les chats à neuf queues miaulent sous les gouttières Mets ta tête casquée sous la guillotine La foule, c'est toi, les bras ballants Mais le vrai homme c'est celui qui lève un marteau Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud Ton bras qui retombe affirme une vérité étincelante Forgeron Ton bras qui retombe, c'est oui, c'est non Du choc de l'acier jaillit la lumière Et moi pauvre je compte les mouvements du pendule Mon esprit hésite et discute avec le temps Je ne m'étais pas aperçu qu'il était minuit! L'enfant qui jouait le voilà maigre et courbé L'enfant qui pleurait le voilà les yeux brûlés L'enfant qui dansait une ronde, le voilà qui court après le tramway L'enfant qui voulait la lune, le voilà satisfait d'une bouchée de pain L'enfant fou et révolté, l'enfant au bout de la ville, dans des rues étrangères, l'enfant des aventures sur la glace de Sa rivière, l'enfant perché sur les clôtures, le voilà dans l'étroit chemin de son devoir quotidien.L'enfant libre et court vêtu, le voilà travesti en panneau-réclame, en homme-sandwich, affublé de lois en carton-pâte, prisonnier de mesquines défenses, asservi et ligoté, le voilà traqué au nom de la justice L'enfant du beau sang rouge et du bon sang, le voilà devenu fantôme d'opéra tragique L'enfant prodigue, l'enfant prodige, le voilà devenu homme, l'homme de time is money et l'homme du bel canto, l'homme rivé à son travail qui est de river toute la journée, l'homme des dimanches après-midi en pantoufles et des interminables parties de bridge, l'homme innombrable du sport de quelques hommes, et l'homme du petit compte en banque pour payer l'enterrement d'une enfance morte vers sa quinzième année The city; full undercut with labyrinths Of rattling rails and gongs of memory, Rnd instant speeches uttered, Quick statements in block letters, Mutilated sentences of some Stocking ads.and death.Death by lamplight sits in shacks That neighbour refuse heaps, and Yards that breathe the sweat of steel, The cool grim glint of weapons wedged Into the flesh.Death deep In the seeded groin of cities’ Spiraled tentacles of life.Rnd life substance stirring in Convection circuits through the shelves Of segments cliffed in tiers.Encounters of flesh and flesh before o m R R The final crooked clank Fans through the gratings of the mind.Cheap nerves assaulted through The veins of last nights smoke Rnd silent sounds that rest In dust about our feet.Ill forted, UUeary, burned out bearings of the soul, Tear the mummy bindings, shatter The sarcophagi of semi-death.The shuddering gears rewinding Into movements automatic to The tracts of puffy brains, blinking Rt the onslaught of the day.First in the coffee stalls Khyam appears, wrapped In reflection of the doughnut jars Rnd coffee cups, Omar repenting Hours with hours to come, leaves To combat ledgers, bobbins keys.Into the highwaters of the day.Caught.Proteus sessions about to render UUhat may well or ill remember in The carrion sheets of sin, between The lines where inactive lie The double deaths and plural Phases of the mind.The child UUhose elastic limbs are tested from The table leg to fathers’ hands.The dank under cover smells of Short order kitchens spank The sense of slumber, truant Vassals wander through the Corridors of memory into day.in t o uu n POEM AND DESIGN BY JOHN McCOMBE REYNOLDS m 3 2 Il est six heures.Un piéton suit la bande du canal: là-bas sont les écluses.La pénombre, de son velouté riche, tamise la clarté du jour.Bientôt les réverbères chuchotent à l’ombre naissante leurs rayons discrets.Une bruine froide grisaille l’atmosphère.La nuit vient, poussant partout des vagues de noir.Un vent âpre s’élève, irrité, soufflant, terrible, de cinglantes gouttelettes.Les usines, échelonnées sur le bord, sont des féeries de points lumineux.Un bateau silencieux fend l’onde.Ses brillantes lumières se reflètent, ivres, dans ce miroir somptueux, baignant dans l’eau calme leurs mois rayons qui vont se perdre en reflets troubles, si beaux et si flous qu’ils captivent l’œil.L’usine hurle, le bateau mugit.Là-bas, tout le long du canal, des myriades de lumières vierges épousent leurs rayons neufs à l’onde capiteuse qui les décompose en des kyrielles de miroitements purs, zébrés de taches d’argent.Plus loin encore, dans l’espace, dans un tableau grandiose sillonné de clameurs et de scintillements, la perspective libère l’âme.Là-bas, c’est l’inconnu, l’irréel, le rêve.Avec ses deux points qui ne se rejoignent qu’à l’infini, la perspective s’allonge, aussi émouvante qu’un prélude de Chopin.Sur un navire qui, très loin, s’estompe dans l’ombre, un marin, ruisselant de pluie, se rit de l’intempérie.Sa joue a la fraîcheur d’une pomme fameuse, et son estomac l’appétit d’un ogre.L’officier, assis dans le mess, hautain et aristocrate, serre du coin dédaigneux de sa bouche une fine cigarette; il regarde, rêveur, les fumées bleuâtres qui découpent leurs douces volutes dans les hublots givrés.Et, la sortie de l’usine.Tout ce paquet grouillant, humain, se bouscule, s’agite, vit.Puis la masse s’éloigne, se disperse, s’efface dans la brume grise, laissant derrière elle de vagues murmures, avec le glouglou de l’eau qui emplit la trace des pas perdus. Prière Mon Dieu, recevez la prière D’un pauvre pécheur maladroit Qui s’abreuve parfois de bière Et d’autre chose par surcroît; Vous qui mourûtes sur la croix Les bras ouverts à la souffrance, Prenez mon coeur en désarroi, Je vous donne toute créance.Quand je gigote dans l’ornière De mes vieux péchés aux abois, M’empoignez donc par la crinière Et me refaites marcher droit; Pour que je reste de sang-froid Sur le chemin des pénitences, Quelques bons mots au bon endroit, Je vous donne toute créance.Quand tintera l’heure dernière En ma tête pleine d’effroi, Et que le diable à sa manière Dansera son sabbat sur moi, Me mandez vite, si je chois, La Vierge de toute espérance Qui sait vous mater le Sournois: Je vous donne toute créance.ENVOI Mon âme de longs jours a froid Quand souffle la désespérance, Réchauffez-la comme autrefois, Je vous donne toute créance.Alphonse Piché Illustration extraite du livre : Ballades de la petite extrace, d Alphonse Piché.Aline Piché.» iWJVl'-l'V,.-JSS A—A_A l^JLÂ-A-Ji ÀÂl-i \' \ V \ ^'\\N v>\\v /fVy Z£3Z%.«S» 5«S8Si I PLAIDOYER POUR L'ENFANT SON MESSAGE L'enfant est l'être le plus sensible, le plus sain et le plus spontané qui soit.Il faut vivre tout près de lui longtemps pour vraiment le comprendre et l'apprécier.S'adapter à lui ne suffit pas, il faut de plus l'aimer et redevenir ce que vraiment nous sommes tous au fond : DES ENFANTS.Celui qui croit que l'instruction et l'éducation lui ont apporté quelque chose de substantiel se leurre grandement.A huit ans, à dix ans, il était déjà en possession de tous ses dons.Les connaissances acquises qui l'ont véritablement aidé à les développer sont celles qu'il a eu l'impression de découvrir lui-même.Elles n'ont toutefois rien ajouté à son héritage.Quant aux autres connaissances étrangères à son problème ou à son tempérament, elles lui ont été appliquées par couches diverses et superposées.Elles ont marqué, pour ceux qui n'ont pu s'en affranchir, le point d'arrêt de leur développement.Leur vie est un embourgeoisement stéril, un désastre.Seuls les hommes qui ont conservé ou retrouvé la possibilité de rêver, de jouer, de s'émouvoir et de poursuivre un idéal, peuvent espérer faire de leur vie une grande et magnifique chose, si au surplus ils peuvent s'analyser, vivre et aimer intensément, puis s'engager à fond dans la voie qui leur est propre.La maturité véritable est celle de l'homme qui a conservé intacts ses dons d'enfant, qui les a développés et qui a laissé tomber tout ce qui était sans rapport avec sa nature.Apprenons donc alors à aimer les enfants et même à vivre au milieu d'eux.Nous n'aurons jamais d'amis plus sûrs, plus désintéressés et plus généreux.Ils seront pour nous une école de joie et de vie. C'est dans ses dessins et ses peintures que l'enfant se livre le plus.C'est son chant et son message.C'est donc une oeuvre d'art.L'enfant est presque toujours un artiste et un poète.Un rien l'enchante.Faites danser devant ses yeux un joli polichinelle aux couleurs vives et gaies : il sera tout de suite émerveillé; montrez-lui une jolie fleur, il sera touché; racontez-lui une belle histoire et vous verrez dans son regard s'illuminer la plus magnifique féerie.Puis laissez-le l'illustrer et vous serez étonné du parti merveilleux qu'il saura en tirer.Sans doute, son dessin ou sa peinture ne possédera pas la puissance des oeuvres de maitres, parce qu'il est incapable de concentration et de contrôle suffisants, qui est le propre de la maturité, mais en revanche vous y trouverez, je parle ici des plus doués, une fraîcheur unique et une beauté plastique indiscutable.La fraîcheur de sa couleur est d'une subtilité indéfinissable.Seuls, quelques peintres primitifs populaires ont trouvé ou retrouvé cette pureté particulière de la couleur.Entre autres, je citerai Horace Pippin, un peintre nègre des Etats-Unis qu'il faut compter parmi les grands coloristes et dont le dessin rappelle à s'y méprendre celui des enfants.Mais c'est Paul Klee qui est allé le plus loin dans cet art si naïf et si spontané, et parfois jusqu'au génie.Sa couleur toutefois n'est pas tout à fait celle de l'enfant : elle est intensément poétique, mais d'une autre essence.L'enseignement du dessin à l'école est néfaste à tous les degrés, et ce n'est pas au nom de l'observation ou de tout autre bobard que l'on pourra justifier un tel état de chose.Le dessin est un art, et un merveilleux moyen d'enrichissement pour l'enfant.Il ne peut servir à aucune autre fin.Pourquoi alors ne pas lui laisser l'entière liberté d'exprimer sincèrement sa propre vision du monde, naïve sûrement, mais sensible, charmante et pleine de grandeur.Que l'on place sous les yeux des plus vieux certains objets pouvant servir de prétexte pour une composition, d'accord.Mais que l'on choisisse alors avec soin des objets susceptibles de les enchanter et d'évoquer de la poésie : des poissons rouges dans un bocal, un bouquet de jolies fleurs fraîches ou une corbeille de fruits, mais en leur laissant toujours leur entière liberté.Ce qui est néfaste par-dessus tout, et absolument insensé, c'est de les obliger à copier ces objets en leur enseignant tous les trucs académiques.On détruit alors en eux ce qu'il y a de plus sacré : la possibilité de rêver.On leur ferme la voie du mystère et de l'infini.Leur message pourtant serait pour nous une si grande leçon, et pour eux un enrichissement si merveilleux! Vive l'enfant! Vive la grandeur authentique! LÉON BELLEFLEUR. L'A R L'HOMME * 11 y a autant de beaute quil y a de manières habituelles de chercher le bonheur.» Baudelaire.La vie de 1 homme sur la terre apparaît comme une montée convergente et sans fin vers un Lut unique et absolu qui serait le Sommet; comme une armée de fourmis lancées à 1 escalade d’un tertre, vers le sommet du tertre après lequel il n’y a plus rien, que de redescendre.Ou mieux, les fourmis emprisonnées dans une bouteille close, dont elles escaladent avec un instinct très sûr les lisses parois de verre pour atteindre 1 endroit où un couvercle noir clôt la prison.Quel est battrait des fourmis pour un couvercle inébranlable qui forme le sommet de leur prison?Pourquoi I ascension douloureuse vers un couvercle noir qui fut jadis un trou de lumière?L air, peut-être, y aurait-il gardé une saveur de liberté?Ou peut-être, simplement, les fourmis poursuivent-elles inlassablement leur effort parce que 1 escalade est plus ardue que la glissade vers un fond où il ne resterait plus qu’à mourir.L bomme pareillement, quand il est libre, préférera toujours bescalade des montagnes à la descente dans les mines, bien que censément il n’y ait pas plus de richesse réelle sur le sommet nu d un pic de glace que dans les entrailles obscures d une mine d or.L’univers est devenir, la vie est élan, 1 bomme est lutte.Cela malgré tous les goûts, la lâcheté, des quiétistes, des réactionnaires et des satisfaits.II faut qu il y ait parmi les hommes des perpétuels révoltés, parce qu il y a de perpétuels satisfaits.La réaction elle-même est fonction de la révolution perpétuelle, la réaction est principe de mouvement.Don Quichotte, malgré San-cho Pança et à cause de Sancbo Pança, continuera jusqu à la fin des temps à courir à I assaut des moulins à vent qu il rencontre sur son chemin, car l’élan qui I emporte est son désir de reconquérir son bonheur perdu, et les moulins à vent sont ses chimères.L ensemble du mouvement et de la cause du mouvement de Don Quichotte, dans le langage humain, se nomme Romantisme.Le Romantisme naquit un jour d un appétit de liberté.Quand Lucifer dit à son Dieu : « Je ne servirai pas! » il posa le premier acte de romantisme pur dans l’histoire de la création.Précipité par Dieu au fond des enfers pour y souffrir le dam éternel, Lucifer leva encore la tête vers son Dieu pour lui dire : « Plutôt régner aux enfers que de servir au ciel! » Déçu de son Archange, Dieu fit 1 bomme; et 1 bomme dit à son tour : « Je ne servirai pas! ou peut-être avant i—< il eut celle des sons harmonieux.La musique naquit simultanément à la danse, sa sœur inséparable.L’ homme ayant découvert qu il pouvait produire avec sa voix un chant agréable à son oreille, il en fit un art qui imitait par le mouvement des sons le flux et le reflux de ses rêves; il apprit à reproduire par son chant le rythme de son âme.Puis il désira suivre avec les mouvements de son corps les modulations de sa voix, avec leurs élans inlassables et leurs perpétuels retours; il inventa la danse.Après les arts de la contemplation, il découvrit les arts berceurs.L homme a un besoin sans cesse renaissant des belles chimères de Part comme il a besoin des dures réalités de la vie.Il aime enfouir son bonheur au sein de la réalité quand il croit pouvoir I y garder toujours, et quand le bonheur s en va de la réalité et que la réalité demeure, il fuit, éperdu, loin de la réalité, limon dénudé par le reflux.II aime, tout le long du jour, s enivrer de son action, tromper son désir par I action, parce que 1 action épuise bien sa force de conquête.Mais quand le soir vient, et que les forces ont décru, et que la conquête s en est allée avec elles, une terreur l’empoigne, comme elle empoignait jadis son ancêtre de la caverne devant le soleil en fuite.Sa conquête ne I emplit plus comme un jeune dieu ivre de sa force, et la bête blessée qui reste s enfuit dans son antre.Isba du moujik des bords de I Oural, chaumière du paysan occidental, iglou de I Eskimo ou maison de papier des fils du soleil levant, la maison de toile des nomades du désert et le sleeping-car du voyageur de luxe, le gratte-ciel de fer et de béton de I homme de New-York, la tranchée où le soldat se réfugie pour dormir ou mourir, au sein même de sa mère la terre, le lieu où I homme se réfugie pour dormir et rêver en attendant le retour du soleil est toujours son antre, et il revient toujours à son antre pour panser ses blessures du jour.Et là, il est chez lui; là, il rêve en paix.II reve de son action, il rêve de sa conquête et de h objet de sa conquête.11 pense à ses forces perdues pendant le jour et se demande ce qui lui reste; et quand il n a plus de force pour la conquête, il lui reste le rêve pour continuer sa conquête.Avec ses rêves, il fait de 1 art; il appelle I art pour bercer ses rêves.L esprit Iiumain est un enfant frileux qui a besoin, chaque soir, d’une berceuse pour s endormir.Tous les bommes sont des artistes, parce que tous les bommes sont des rêveurs.L bomme sur la terre, blessé par une existence si pénible qu il ne peut croire qu elle soit faite pour lui, I bomme sans cesse déçu, toujours trompé par son rêve qui lui échappe, 1 bomme rêve pour reconstruire sa vie, sans cesse et sans lassitude, il panse ses vieilles blessures pour offrir sa cbair guérie à de nouvelles blessures; il vit par le rêve une fête de joie à la hauteur de ses aspirations, et 1 art n a pas d autre origine.L bomme, frère terrestre de 1 Archange déchu, a répété le « non serviam ».Tant que Dieu accordera à des créatures le pouvoir de penser, il y aura des hommes qui penseront, et des hommes qui pensent se révolteront contre qui prétend avoir pensé définitivement le monde avant eux.Adam, Prométhée, Socrate, Michel-Ange, Luther, Descartes, Beethoven, Napoléon, Nietzsche, ECCE HOMO! Le rêve de reconstruire un univers insuffisant est à 1 origine de toute œuvre de pensée, de toute création artistique, il est son principe même.Pas de révolte contre ce qui est, pas de désir de refaire ce qui est et pas de recréation de ce qui est.Et qu est-ce que 1 art, sinon une recréation perpétuelle?Le musicien qui rétablit dans I univers des sons l’harmonie sans cesse brisée de son âme par une existence absurde de chaque jour; le sculpteur et le peintre qui fixent dans le temps et 1 espace 1 attitude d un moment de la vie surprise chez un être mobile, pour en faire un moment immobile d’éternité.Et les métaphysiciens, ces artistes transcendants, ces rois parmi les rois de I art, ces .hommes qui s’appellent « amants de la sagesse » et qui furent, très adorablement, les plus fous parmi les hommes! Le métaphysicien, cet architecte du rêve, est un homme qui construit sa maison dans les cadres mêmes de la maison de Dieu, mais une maison digne de son immense appétit d harmonie, de lumière et de paix.Puis il en jette le plan à la face de Dieu en disant : « Voilà comment j aurais fait l’univers si j eus été à ta place.» Les hommes ont tellement aimé la philosophie, ce plus grand parmi les arts, qu ils I ont élevée à la dignité de science; ils I ont appelée « la reine des sciences ».Ce n est pas la douleur qui fait le drame de I homme, mais la connaissance de sa douleur et le désir de la combattre ; car I homme est volonté.« Je veux, donc je suis », dit 1 homme qui pense.Je sais que je suis parce que je pense, mais je pense parce que je veux être.Or 1 homme veut être pour lutter contre sa douleur, et sa douleur est un dragon aux sept têtes sans cesse renaissantes.Là est le drame et dans sa lutte est le génie de I homme.Car c est toujours cette volonté de résister, de subsister, de durer aussi longtemps que durera la douleur et de prendre ainsi une assurance sur I éternité qui fait de 1 homme un créateur.Créateur de lui-même dans la reproduction de son espèce, créateur de lois et créateur d’empires dans 1 espace de la terre et dans l’espace de son rêve, 1 homme est un éternel créateur, sans quoi il cesserait d être.Tous les hommes sont des créateurs, parce que chacun reconstruit 1 univers pour lui-même; les plus grands créateurs parmi les hommes sont les artistes, car ceux-là, en plus de reconstruire I univers pour eux-mêmes, le reconstruisent en même temps pour I admiration de tous les hommes.Tous les hommes sont des artistes, puisqu ils sont des recréateurs, mais ceux-là sont les plus grands qui sont les porte-parole de tous les hommes ensemble quand ils disent « je », et c’est pourquoi on les appelle les artistes ; ce sont les artistes conscients.Tous, ils sont très grands parmi les hommes, parce qu ils portent toute 1 humanité en eux-mêmes, ils sont des individus universels.Leur lignée dans l’histoire de I homme est longue, leur histoire est étincelante.Leurs noms survivent aux hommes et aux empires.Plus on en connaît de ces hommes extraordinaires, plus on désire en connaître; ils sont pourtant tous semblables quant à l’essence, puisque chacun en particulier porte tous les hommes en général.On souhaite les connaître tous parce qu ils portent tous un message nouveau dans la manière de son expression; on les reconnaît tous et en même temps on reconnaît tous les tommes dès que se fait entendre la voix de Iun d entre eux, parce que le motif de leur déchaînement vient toujours du même motif d enchaînement, et 1 enchaînement de I artiste qui tente de briser ses chaînes de la terre est toujours l’enchaînement de 1 homme sur la terre.La grandeur des artistes vient peut-être simplement de ce qu ils font plus de bruit que les autres hommes quand ils essaient de briser leurs chaînes de la terre, leurs chaînes sont plus fortes que celles des autres hommes parce qu’ils les sentent davantage, et leur effort pour briser les chaînes est fortifié dans la mesure exacte où les chaînes se fortifient.Ils n y arrivent presque jamais, d ailleurs, parce que leurs chaînes sont la condition même de leur effort pour les briser et l’effort de l’artiste fait sa grandeur et sa beauté; la chaîne est le principe de 1 œuvre d’art.Quelques-uns cependant réussissent à briser leurs chaînes et à ne plus retomber sur la terre lorsqu ils s en sont élevés, tant leur effort a été grand pour s en élever.Mais ils cessent en même temps d intéresser leurs semblables, parce qu ils cessent d être les semblables des hommes.L’homme aime de voir son semblable, qu il appelle l’artiste, reproduire sa lutte d une manière grandiose dans cette lutte implacable qui s’appelle 1 œuvre d art.Mais I homme ordinaire ne se reconnaît plus dans I artiste qui a cessé de lutter parce qu il a réussi à briser la chaîne qui le faisait rugir.Il ne s y intéresse plus et se contente d envier de loin la triomphante paix de ce vainqueur qu il appelle le saint ou le fou, le simple d esprit.Le vainqueur de la lutte humaine est vraiment et divinement un simple d esprit, car il a résolu en lui-même la tragique dualité originelle qui faisait I objet de sa lutte.Il est devenu simple parce qu il a réuni en une seule chose dans son âme les deux choses qui faisaient sa lutte : son bonheur perdu et sa volonté de le reconquérir.Il a reconquis son bonheur et en même temps a disparu la lutte.Ceux-là sont peut-être les plus heureux qui renoncent à la lutte avant le choc ultime de la mort.Les autres sont peut-être les plus grands.Car il n y a de beauté que dans la lutte; dans la paix il n’y a que du repos.Ceux qui luttent jusqu à la mort, ils restent humains jusqu à la fin de leur vie d hommes.Ils furent nombreux dans 1 histoire humaine.Les plus grands de ces artistes sont ceux-là qui, en plus de résumer tous les hommes dans leur vie, ont résumé tous les artistes dans leur œuvre.Des artistes qui ont du mérite, on dit qu ils sont humains ; de ceux-là qui ont du génie, on dit qu ils sont universels.Parmi ces universels modèles, il y en a dont les noms sont connus de tous les hommes, même de ceux qui ne les comprennent pas et de ceux, inconscients, qui font profession de mépriser l’art.Mais, même en méprisant l’art, ils ne peuvent 1 ignorer, puisque l’art est une chose qui existe de toute éternité au fond d eux-mêmes, et c est pourquoi ils connaissent ceux de leurs semblables dont les noms mêmes semblent être I évocation de l’Art.Des Dante et des Michel-Ange, qui vinrent sur la terre comme Gulliver au pays des Lilliputiens, s amusèrent à reproduire en quelques œuvres d art le monde de leurs hôtes en lui donnant, de mémoire, les dimensions du leur, et retournèrent dans leur patrie.D autres, des pèlerins de 1 empire des sons qui se nommaient Bach, Hændel, Mozart, Beethoven, chantèrent la Joie de I homme, les angoisses de sa lutte et les alléluias de sa victoire avec de tels accents que la terre en est demeurée transportée.Le premier, Jean-Sébastien Bach, fut une montagne transportée par la foi.Foi en Dieu et foi en la montagne.Beethoven avait peut-être des chaînes plus lourdes que Bach : il n’en connut que mieux la façon de ces chaînes et employa sa vie entière à les forger, armé comme on le vit toujours d’un grand marteau aussi lourd que lui-même et qu’il abattait, relevait et abattait sans relâche sur l’enclume de son âme.Il fut un grand forgeron.Hændel était un homme gros et fort qui calait ses deux pieds dans la terre et n’avait qu à lever un poing au-dessus de sa tête pour cogner à la porte du ciel; de l’autre, il tenait une bouteille d alcool.Mozart fut un enfant divin que sa douleur d’homme faisait chanter comme un petit oiseau plein de joie; plus la douleur était humaine et plus le chant devenait divin, c’est là le plus grand mystère de I histoire de 1 art sur la terre.Dante, Michel-Ange, Bach, Hændel, Mozart, Beethoven, et tous les autres, ils furent nombreux, toute la caravane assoiffée qui s’avançait dans le désert en cherchant l’oasis et parfois l’apercevait dans un beau mirage doré de soleil et de rêve.Platon, Spinoza, Emmanuel Kant, rêveurs égarés dans un univers de rêve qui n’était pourtant pas leur rêve à eux, essayèrent dans un effort sublime de construire leur demeure dans la demeure de 1 autre Créateur; ils y réussirent si bien qu’on se demande aujourd bui laquelle est la vraie demeure.William Shakespeare, vaisseau fantôme égaré dans la brume et dont la sirène d’appel faisait frémir les ténèbres.William Shakespeare, tragédien de vocation, livrait sa lutte d homme en fouillant avec une dague dans les entrailles des âmes; il en fit jaillir des cris comme jamais la terre en entendra d autres.Lui aussi avait créé un univers à la mesure de sa force.Et William Shakespeare disait à Dieu : « Mon verre est petit, mais je bois dans mon verre! » Vincent Van Gogh, qui fut le Christ de la peinture, disait parfois à ses amis : « J ai déjà sacrifié la moitié de ma raison à 1 art, je m en rends bien compte, et je vais lui sacrifier l autre moitié.Et puis, que veux-tu?.» « .que veux-tu?.» L art est tragique et n atteint pas son but, les hommes ne comprennent pas toujours ceux d entre eux qui sont les plus humains, 1 artiste crée du beau sur la terre, invente des univers de victoire et d immortalité, rêve de I affranchissement de tous ses frères de la terre, cela, 1 espace d un moment que dure sa lutte d homme sur la terre, puis, quand la lutte est finie, on le fait disparaître dans un trou de terre, poignée de poussière ajoutée à la terre dont il avait rêvé de s évader.II sait tout cela et il lutte quand même, dans le court instant qui lui est donné pour lutter, comme si sa lutte pouvait servir à quelque chose.Mais, que veux-tu?Jean Vaillancourt, Elève de l’Ecole des Arts Graphiques.I»/fl.ROY ~~~~ m >;£ i; Reliure exécutée par Pierre Ouvrard, élève de 1 Ecole des Arts Graphiques.Détails : format 7lA" x WV4", mosaïque blanche et brune sur marocain anglais. i*;î t'.i&rsV **B£mJS!ÿ **',?*,*,•*»» « ?»»**• »lî** Vmv'»Vi * v!â»a; fc»M ?— f»l«* r'T’ÿM1 *1*1 >«•1** |\WV ^•7# lâ#M IMI» La Nativité.Robert Montminy ( Prov.VIII, 22-31.) Yahweh ma possédée, moi, l'archétype de ses voies, Depuis toujours, moi, le préambule de ses oeuvres.J ai été consacrée dès I'éternité, Dès I es débuts, avant les origines de la terre.Les abîmes n existaient pas encore, et moi, j'étais née.Les sources remplies d'eaux n'étaient pas encore, Avant que les montagnes fussent affermies, Avant les collines, j'étais enfantée.Il n avait pas encore fait la terre, ni les champs, Ni les premiers grains de la poussière de la terre, Lorsqu il prépara les cieux, jetais là.Lorsqu il traça le cercle sur la surface de la mer, Quand il affermit en haut les nuages, Quand il régla les sources de l'abîme, Quand il imposa une limite à la mer, De peur que les eaux ne transgressent sa volonté, Lorsqu'il constitua les fondements de la terre, J étais là, comme une enfant, J étais délices chaque jour, Jouant devant lui sans arrêt, Jouant sur le globe de la terre, Et mes délices étaient d être avec les enfants des hommes. OV.V.I 'î.V.'i > V!.ù, 'Pj'.kkkWÆ i w&m mm mmm '/s' IxWM.f T \w • » » ?11 .W\ « *7v V« » 7 ?/,V, V v*.{.•'* »«.* lj 11> !'t (i I •#»jt»_• «_¦».» '1 •/ ti }.-.I* A*.fra^fSP La création du monde, T i -n ¦I A \ r t ’SsS ¦A Ai', /.*->V DULOOuCHEL 1 HI Albert Dumouchel.1 ü iM ¦ •SalitMiit.ll,, •MÎÎÜÎIIX^ ÏSS> Süür.11W0.SS?;î;; SHH I|pM| KîSîKS^iMn ri jsaagiiiiii SW SM ; 'I'- : Dans l’antiquité, l’Egypte constituait l’autorité suprême en matière de médecine.En réalité, elle s’inspirait autant de la magie que de la science; et les cadavres y recevaient plus d’attention que les malades.m Wyy I Que la Chine nous ait devancés dans le domaine de la médecine — comme en beaucoup d’autres, d’ailleurs — est un fait reconnu.On prétend même qu’elle a oublié ce que nous sommes à découvrir après de longues années de recherches.Æ ; LA MEDECINE A TRAVERS LES AGES.— Illustrations pour un calendrier de la Cie Ayerst, McKenna & Harrison, qui a gracieusement fourni les hors-texte ci-contre.UK PALME MILICE HOIRE J’ai renoncé au sommeil.La paillasse où je suis étendu est trop dure; le réduit où je suis confiné, trop malodorant.Impossible de dormir.Puis il y a.l’angoisse.Alors, les yeux ouverts dans le noir, je songe.Qu’importe ce qui m’a amené au Bourg?J’y aurais espéré un autre accueil! J'aurai donc, pour aboutir à cette couche hostile au repos, franchi les montagnes, sac au dos.J’évoque l’escalade difficile, le dangereux passage, la descente sans cesse ralentie de nécessaires précautions.ETO Qu elles m’ont paru belles, dans le lointain, ces montagnes, quand je me suis une dernière fois retourné pour les contempler, après avoir pendant des heures avancé dans la vallée.Je touchais alors au but.Voici que les premières maisons du Bourg étaient en vue.La route devenait rue.•N.D.L.R.Au terme de cette guerre affreuse, nos esprits doivent se rappeler quels symptômes précèdent les horreurs qui nous frappent encore.Ce conte évoquera pour nos lecteurs un aspect de la terreur exercée naguère par les troupes à chemises diversement teintées dont aimaient s'entourer les chefs d’états totalitaires.Puis j’ai ressenti ce malaise qui m'étreint à présent avec tant de force.Dès les premiers pas sur le pavé inégal de la rue.Dès les premières maisons dépassées.Dès les premières personnes rencontrées.Non que les gens de 1 endroit me parussent redoutables ; C est au contraire leur allure craintive, effacée, qui m a brusquement rendu sensible à l’angoisse suant des vieilles pierres de la chaussée et des murs.L obscurité tombait abruptement comme je m’engageais dans la rue étroite.L’instant d’avant, sur la route, un reflet du jour s’attardait.Dans le Bourg, déjà, c était la nuit.Comment ai-je trouvé l’auberge?Comment ai-je découvert sa façade aveugle et muette, au terme d’un enchevêtrement de ruelles?Enfin, j’y suis parvenu.Quand je suis entré dans la salle basse et sombre, j ai entendu un silence.Le silence qui se fait brusquement lorsqu’un intrus dérange une conversation en cours.II y avait sept personnes dans la salle.J’ai vu sept figures penchées vers le sol.J’ai senti sept regards qui m’observaient par en dessous.Les yeux qui, les premiers, se sont fixés dans les miens sont ceux d’une femme.L'épouse de l’aubergiste ou la servante.Jeune?Comment savoir?La taille est perdue dans les plis lourds d’une étoffe grossière.Un bonnet disgracieux ne laisse rien voir des cheveux et deviner fort peu des traits.La femme m a paru laide.Mais ses yeux sont beaux.Et j’y ai lu la douceur.L aubergiste, à qui je demandais une chambre, m’a dit n’en point avoir.« Vous ne pouvez pourtant me rejeler à la rue » ai-je dit.« Allez loger ailleurs.— Où?Je suis étranger.J’ignore tout du Bourg et je tombe de fatigue.¦—¦ Je n’y puis rien.Je n’ai pas de chambre.— En ce cas, tout abri fera mon affaire.Laissez-moi dormir dans un coin et je vous paierai bien.» L’aubergiste esquissait un refus, quand la femme est intervenue.Après qu elle lui eut parlé bas à l’oreille, l’homme m’a offert, d un ton où perçait le mécontentement, et aussi une crainte, de dormir dans un cabinet attenant à la cuisine.On étendrait une paillasse entre les bidons d’huile, les balais et les torchons remisés en ce lieu. Ne pouvant faire autrement, j'ai accepté.Tandis que je remerciais l’aubergiste, mon regard cherchait les yeux de la femme.J’aurais voulu lui dire merci.Lui dire : « Je sais que je dois à votre intervention de n’avoir pas été rejeté dans I inconnu de la rue, le froid de la nuit.» Mais ces mots, il ne fallait pas les prononcer, je le sentais.Alors, je demandais à mon regard de dire merci, de dire tout cela pour moi.Elle, a-t-elle compris?Nos yeux se sont rencontrés un moment à peine.Aussitôt, elle détournait la tête, allait s’affairer à une table éloignée.Quand, après un repas pris à l’écart, j’ai quitté la salle pour gagner ma couche improvisée, j’ai senti les regards qui collaient dans mon dos.Puis, une fois dans mon réduit, j’ai entendu un chuchotement : La conversation avait repris.J’en faisais sans doute à présent le sujet.Après avoir soufflé ma chandelle, allongé dans le noir, j'ai malgré moi tendu l’oreille.Quelques bribes de phrases, quelques mots à peine, parvenaient jusqu’à moi de façon tant soit peu distincte.A force de les entendre répéter, à cause surtout de l’accent avec lequel ils étaient prononcés, j’ai fini par saisir et retenir deux mots.Ces mots, c’était : « Milice noire ».L’accent avec lequel ils étaient prononcés était celui de la peur.Est-ce que j’ai somnolé?Me suis-je assoupi pendant que s’agitaient dans ma tête si lasse mille souvenirs imprécis, mille pensées informes?Un bruit, bien léger, m’a fait soudain me dresser sur ma couche.Mes yeux se dilatent dans les ténèbres.En vain.On ne perce pas un noir si dense.Mon oreille elle aussi scrute l’invisible.Elle ne perçoit aucun son.Il fait un silence noir; la nuit n’a pas de voix.Une pensée s’impose à mon esprit : Résister à la crainte qui voudrait s’insinuer en moi; me faire imperméable à cette angoisse dans laquelle je baigne.Je me contrains à me lever.Je tente de m’orienter dans l’obscurité.Je cherche à deviner d’où est venu ce bruit.Mon sac! Le bruit est venu de ce coin où j’ai déposé mon sac.A tâtons, je repère l’endroit.Enfin, je saisis à pleines mains mon sac.Tout mon bien! Quel soulagement : Les courroies sont bouclées.rien n’a été dérangé.Alors, j’explique ce bruit de cent façons : La fuite d'un rat, le craquement d’une poutre, le glissement d’un balai, que sais-je?Puis, ce bruit, au fait.L’ai-je bien entendu?Peut-être ai-je rêvé, en quelques secondes de lourde somnolence?Je suis rassuré.Mais, quand même, mes yeux ne se referment plus jusqu’à ce que l’aube grisaille les murs de mon réduit.Quand la cuisine, à côté, s’éveille, je me sens comme délivré d’une interminable faction.Je puis me lever, me détendre, sortir de l'infect cabinet.Discrétion?Fuite des embarras possibles?Je n’aurais pas quitté ma couche avant d’entendre une présence dans la cuisine.Y pénétrant, j’y trouve la femme en train de ranimer le feu.Je m’offre à l’aider.Elle me refuse avec gêne.La regardant de plus près et dans une meilleure lumière qu’hier soir, je lui découvre de la jeunesse, de la fraîcheur.Mais déjà, si matin, sa mise est en tout point stricte et sévère comme la veille.Sentant que je l’observe, elle rougit.Je voudrais engager conversation avec cette femme et je ne sais que lui dire.Bien que les gens du Bourg soient du même sang que moi et parlent la même langue, je me trouve chez eux aussi dépaysé que si j'étais transporté au sein de quelque peuplade lointaine.Je devine chez cette personne de la sympathie à mon égard.Je lui ai de la reconnaissance d’être intervenue hier en ma faveur.Nous sommes seuls.Et je ne parviens pas à énoncer un mot.Si bien que je sais presque gré à l’aubergiste de sa brusque entrée dans la cuisine.Cela met fin à une situation gauche, qui devenait rapidement embarrassante.L’homme, cependant, n’apparaît pas d’humeur joyeuse.II nous regarde, la femme et moi, d un œil où je Iis un soupçon.Afin de rompre un silence qui va bientôt m’oppresser, je demande de I eau chaude pour me faire la barbe.Et, comme j’ouvre mon sac pour y prendre mon rasoir, je pousse un cri ; Le livre que m’a confié Paul, le livre que je dois remettre à Jean, a disparu! L’aubergiste me demande, la voix dure, ce que j’ai.« On m’a volé! » Je Iis alors dans les yeux de I homme et de la femme l’étonnement et, aussi, la frayeur.Elle, je sens que c’est pour moi quelle craint.Mais lui, il est évident que c’est pour lui-même qu’il a peur.II me dit aussitôt : « Faut vous rendre chez I officier de la Milice noire, porter plainte.«— Pourquoi la Milice.?— C’est comme ça! p— Mais qu’est-ce, cette Milice noire?» L’homme ne répond pas et semble plus effrayé encore.II ne fait que répéter, têtu : « Faut aller voir l’officier! > Excédé, je lui demande où je trouverai cet officier de la Milice noire.II me donne de hâtifs renseignements, paraît soulagé quand je pars.J ai trouvé, non sans quelque peine, le poste de la Milice.L’officier qui me reçoit est sanglé dans son uniforme noir haut boutonné.Il a le teint jaune, les cheveux plats, les lèvres minces; derrière le cristal du lorgnon, ses yeux sont froids.II m’accueille avec une extrême politesse, m é-coute avec tous les signes de l’intérêt.« On vous a volé?Je suis navré que telle chose survienne dans ce Bourg à un étranger! Que vous a-t-on pris?— Un livre.— Un livre?» Mon interlocuteur semble étonné que je porte plainte pour la disparition d’un tel objet; puis il paraît avoir trouvé une explication à ma démarche : « Ah oui! un livre rare, je suppose, un livre précieux?.— Non.» Visiblement, je le déçois; il ne comprend plus.« Un livre fort simple, mais que je tiens d’un ami.— Ah.valeur sentimentale, je vois.> II s’informe de l’auteur du livre, de son titre.Rien de cela ne l’intéresse guère, apparemment.Il me dissimule à peine I ennui que Iùi cause à présent ma visite.Pourtant, il retrouve un ton aimable pour me dire : « Si vous m'en croyez, vous laisserez tomber cette affaire.» Je proteste.J’exige une enquête, le retour de mon bien.Alors, l'officier de la Milice demande, comme on exprime un doute bien plus que comme on pose une question : « Tenez-vous vraiment à une enquête?Le dommage qui vous a été causé vaut-il que vous provoquiez à l’auberge un scandale qui, même léger, ne peut que vous entraîner des ennuis?> II se fait insinuant.« Vous avez bien fait de venir me voir.II arrive que les étrangers qui nous visitent, par ignorance des mœurs du Bourg, s’indisposent les habitants.et c’est tout à fait malheureux.pour eux-mêmes aussi bien que pour nous.Moi, je ne vous veux que du bien.Je n’ai de plus cher désir que de vous voir goûter pleinement votre séjour en ce lieu, de quelque durée qu’il doive être.Et je serais ravi que.de votre côté, vous évitiez de vous causer d’inutiles embarras.Ainsi, croyez-m’en, suivez mon conseil : ne parlez pas de vol.Qui dit que vous ne retrouverez point votre livre, que vous n’avez peut-être qu’égaré?.— Impossible! Je vous dis.— Allons, allons! ne vous emportez pas.Je ne faisais qu’une supposition.Mais, admettons que vous persistiez dans votre conviction.Quand même, ne parlez pas de vol.C’est un bien vilain mot et qui, de la part d’un étranger, semble faire planer un soupçon sur l’honnêteté de tous les gens du Bourg.Pour un voleur que vous visez — si vraiment il y a voleur — vous risquez de vous aliéner la sympathie d’une foule d'honnêtes gens qui croiront que vous les soupçonnez.— Mais non! je ne les soupçonne.— Que voulez-vous?Ils vous en voudront de paraître mettre en doute l’intégrité de notre population.A leurs yeux, vous portez atteinte à l’honneur du Bourg! > II se fait sans cesse plus pressant.Sa main se pose, protectrice, sur mon épaule.D’une secousse presque involontaire, je me dégage.II me vient une instinctive répugnance.Les gestes, les paroles.la voix.tout me repousse chez cet être.Je sens le besoin de réagir avec violence contre cette voix enveloppante, ces paroles doucereuses, ces gestes onctueux.Je lance, brutal : « Singuliers conseils que vous me donnez là! Je suis victime d’un vol et vous voudriez que je me taise?Après ce bel accueil du Bourg à l’étranger que je suis — détroussé dès la première nuit en ses murs — il faudrait encore ménager la susceptibilité des habitants?Laissez-moi rire! Je veux que I on retrouve mon voleur.Je veux savoir ce qui s’est passé.» L officier ouvre des bras impuissants, tend les paumes d’un air accablé.« Je suis désolé, sincèrement désolé de ne pouvoir vous être agréable.Mais, croyez-moi, une telle enquête ne peut avoir lieu.-Je ne vois pas pourquoi.— Cette enquête ne doit pas avoir lieu.Elle n'aura pas lieu! » Le ton et l’allure ont changé.Derrière le lorgnon, le regard est maintenant de glace.Une question brûle mes lèvres.Une question que je ne formule cependant qu’intérieurement : « Qu’est-ce donc que votre Milice noire?Qui êtes-vous donc, vous que l’on craint, vous qui vous substituez à la justice, vous qui.» Mais ce mot que je viens d’évoquer — « justice » — me retient, dicte mes propos : « Puisque vous ne voulez donner suite à ma plainte, j’irai m’adresser à la justice.— A votre aise! » Un pâle sourire erre sur les lèvres minces.« Mais vous pourriez vous épargner une démarche inutile.Allez-vous imaginer que les argousins puissent réussir ce à quoi se refuse la Milice?— Merci de votre avis.J irai quand même.» Je salue sèchement.Il s’incline profondément, avec une courtoisie exagérée, ironique.Comment tout s’est-il passé?Je n y comprends rien encore.Voyons un peu : J’ai trouvé, non sans mal, le poste de police.Des enfants, seuls habitants du Bourg à qui j aie osé m’adresser, m’ont indiqué le chemin.Au poste, le commissaire m’a assez mal reçu.Sa première question a été : « Pourquoi ne vous adressez-vous pas à la Milice noire?— J’en viens.» Le commissaire m a regardé, visiblement interdit.• « Mais alors.que venez-vous.faire ici?— On a refusé là-bas de me donner satisfaction.C’est ce que je viens chercher ici.» Le commissaire a esquissé une grimace.Après m’avoir fait de nouveau raconter mon histoire, il a tenté à son tour de me dissuader de toute action.J’ai protesté.Il m’a resservi les arguments de I officier de la Milice.N’y tenant plus, je lui ai demandé : « Avez-vous peur de la Milice noire ou bien êtes-vous à ses ordres?» Après ces mots de ma part, le commissaire ne m’a plus adressé la parole.Avec un très évident déplaisir, il a désigné un agent de police pour m’accompagner à l’auberge et ouvrir l’enquête.Il a répondu en silence, et sans empressement aucun, au salut dont je l’ai gratifié au départ.Sur le chemin du retour à l’auberge, les gens du Bourg me lançaient de bien singuliers regards, me voyant accompagné d’un policier.Ils semblaient voir en moi un criminel que l’on mène pendre, et s’étonner même que mon compagnon ne m eût point passé les menottes.J’ai commencé à mieux saisir, à ce moment, toute la portée des propos que m’avait tenus l’officier de la Milice noire.Mais c’est à l’auberge que je devais éprouver toute l’amertume de mon humiliation! Là, le policier — qui m’avait suivi en tirant la jambe, comme à regret —m’a demandé d’un ton rogue où était mon bagage.Je l’ai conduit au placard où j’avais passé la nuit.Dans le coin, contre le mur, mon sac était posé, défait, tel que je l’avais laissé pour courir chez l’officier de la Milice.L’enquêteur s’est agenouillé.II a commencé de sortir du sac mes effets, pièce par pièce.Et une exclamation m’a échappé : Du sac, l’agent de police venait de tirer le livre qui m avait été volé! A mon cri, le délégué du commissaire s’est retourné, m’a jeté un regard inquisiteur.« C’est le livre qui avait disparu de mon sac » lui ai-je dit.L’agent a souri avec mépris.« Etait-ce bien la peine de déranger tout le monde?» a-t-il demandé.« Mais je vous jure que ce livre n’était pas dans mon sac quand j’y ai regardé en me levant!.— Vous deviez être mal éveillé! En tout cas, à 1 avenir, frottez-vous les yeux à deux fois avant de venir ennuyer Monsieur le commissaire.Je crains qu il ne garde assez mauvais souvenir de votre petite plaisanterie! — Mais.puisque je vous dis.— Bon, ça va! » Sans m’en laisser dire davantage, il fait un petit salut dédaigneux, deux doigts à la visière du képi, et s esquive.Prenant le livre entre mes mains, je me demande un instant si, comme l a laissé entendre le policier, je n ai pas rêvé.Si je n ai pas insuffisamment fouillé mon bagage, plus tôt ce matin.Puis, à quelques indices imperceptibles à tout autre que moi-même, j acquiers la certitude que je ne m étais pas trompé.Le volume a été enlevé de mon sac.II a été minutieusement examiné, scruté, interrogé.De fines aiguilles dont la trace est à peine visible ont été plongées dans la reliure, dans le dos, jusque dans les pages du livre -— vaine tentative de lui arracher son secret.s’il en possède un! Rapidement, je vérifie qu’aucun feuillet n’a été arraché.Puis je souris.Pas longtemps, cependant.Car l’aubergiste, demeuré à l’écart durant la visite du policier, se rapproche et me dit, l’œil mauvais : « A cette heure, allez-vous-en! » Je veux protester, je cherche à le convaincre de me laisser demeurer un peu encore.Inflexible, il répète : « Payez, et partez! » D un coup, je comprends.Je vois nettement sç dessiner la main de la Milice noire.Je sens toute la vanité de mon insistance.Résigné, je paie et, sac au dos, je quitte l’auberge.Toute la journée, j’erre à travers le Bourg.Comme il est de peu d étendue, sans cesse mes pas me ramènent au même point.Les passants, les gens sur le seuil de leurs demeures, même les enfants qui jouent dans la rue, me regardent à présent avec malveillance, inquiétés de me voir ainsi aller et venir, sans but.Toutes les portes auxquelles j’ai frappé se sont refermées à ma face.Nulle part, même contre la promesse de la plus extravagante gratification, on ne veut m’accorder I hospitalité.Nulle part il n’y a pour moi un grabat où m’étendre.Nulle part je ne trouve à boire et à manger.Et quand la nuit tombe, je grelotte, épuisé.N’ayant pas dormi la nuit précédente, ayant marché tout ce jour, je me sens frileux et las, les membres rompus.Avec le coucher du soleil, le froid est venu, qui me pénètre.Puis la faim me mord aux entrailles.Que X.•> x vais-je devenir?Je me sens affreusement isolé, faible, misérable.Et pourtant, je ne puis quitter le Bourg.Je ne dois pas le quitter, tant que Jean n’y sera pas venu.Tant qu’il n’en sera reparti avec le livre de Paul.et son message.Sans m’en rendre compte, je suis revenu à l’auberge.J’ai un ricanement douloureux.Expulsé, comme un indésirable! Je courbe le dos, vais m’éloigner, lorsque j’entends appeler à voix basse : « Hé! [’étranger! > Interrogeant les ténèbres, je discerne une petite porte entr ouverte au flanc de l’auberge.La jeune femme est là, qui me fait signe d entrer.Je lui obéis rapidement.Elle pose un doigt sur ses lèvres, me commandant le silence.Puis, prenant mon poignet, elle m’entraîne dans un étroit corridor, me fait monter un escalier.Et nous pénétrons dans une petite chambre dont elle referme la porte à clé.Coupant court à mes remerciements, la femme me désigne une table sur laquelle un repas est servi : « Vous devez avoir faim.> Elle ne dit que trop vrai! Rapidement débarrassé de mon sac, je suis à table, je mange et bois.Sans perdre une bouchée, je regarde ma compagne.Elle, semblant avoir oublié ma présence, défait son corsage, arrache son bonnet.Tête et épaules nues, elle laisse échapper un soupir de soulagement.Puis elle a tôt dénoué le chignon qui tord sur sa nuque ses cheveux tirés.Une coulée d or fauve se répand sur ses épaules, sur son dos.L’air rêveur, presque voluptueux, la femme passe ses doigts dans sa chevelure, caresse son épaule libérée.Je la vois transformée, embellie; pour la première fois, elle m’apparaît désirable.« Comment vous appelez-vous?» Ma voix la fait tressaillir.Elle était perdue dans son rêve.Son regard plonge dans le mien, [’interroge; puis un sourire, le premier que je lui vois, détend ses lèvres.Elle répond à ma question ; « Marie.— Qu’êtes-vous ici?— La servante.— Rien de plus?— Non.» Un silence se prolonge.Nos regards se lient.Je sens battre mon cœur, à grands coups désordonnés.Et si je parle enfin, c’est pour ne pas entendre ce battement fou de mon cœur.« C’est votre chambre?— Oui.— Pourquoi m’y avoir recueilli?» Marie ne dit rien.Longuement, elle fixe sur moi ses yeux dont la prunelle semble s’assombrir.Toute la nuit, nous avons parlé.A voix basse, dans le secret de la chambre enténébrée, Marie m’a confié ses terreurs et, aussi, son unique espoir : Fuir le Bourg! Elle m’a révélé tout ce qu elle sait de la Milice noire.Mais ce qu elle sait est bien peu de chose.Il est des mystères qui ne sont point, dit-elle, pour une humble fille d’auberge.Sa voix se faisait plus voilée encore, lorsqu elle parlait de la Milice noire.Dans mes bras, je la sentais alors frissonner.Personne dans le Bourg, dit-elle, ne peut vivre s’il ne se soumet aux commandements de la Milice noire.Nul n’ose la défier. « Mais pourquoi?Les miliciens sont-ils si nombreux?Non.mais ils menacent les rebelles de geôles sinistres, d’oubliettes insondables, de chambres de torture où des bourreaux jamais las infligent des souffrances sans fin.» Je me suis étonné que les gens du Bourg ne cherchent pas à fuir, à s’exiler.« Les miliciens prétendent qu en s éloignant, on est certain de tomber aux mains des bourreaux.11 n’y a de sécurité qu’en ces murs, disent-ils.— Mais les étrangers qui sont venus ici ne vous ont-ils pas renseignés.— Il vient peu d’étrangers, et personne ne leur adresse la parole.C’est interdit par la Milice noire.Aucun étranger n’est demeuré ici bien longtemps, d’ailleurs.— Mais toi, tu m’as recueilli, tu me parles.— Moi.je t’aimel.Et je veux quitter le Bourg! — Tu ne crains pas?./— Avec toi, non! » Elle se fait petite contre moi, cherche un refuge, une protection dans mes bras.Elle me demande de lui parler du monde extérieur : « Qu’y a-t-il, en dehors du Bourg?» Doucement, je lui parle du monde où il n’y a pas de Milice noire, du monde où l’on ignore cette angoisse.du monde où les femmes gracieuses et jeunes vont, les cheveux libres, en des vêtements légers; où la beauté n’est pas une honte que l’on cache.Car, lorsque je lui disais ma surprise de la voir, avec sa taille et ses cheveux, porter ces tristes vêtements et cet affreux bonnet, elle m’avait répondu : « Toutes les femmes ici sont mises de la sorte.Ainsi le veut la Milice noire.Les miliciens ne nous aiment pas et nous traitent avec rigueur.» Mes caresses, à présent, calment ses craintes; mes paroles créent pour elle la vision d’un avenir enchanté.« Un peu de temps encore, et tu viendras avec moi, loin du Bourg.— Emporte-moi dans ton monde, où je pourrai être belle, pour toi! » Jean est venu dans le Bourg.Il est parti avec le livre.Ma mission est remplie.Je puis à présent organiser notre fuite.Nous serons trois à fuir.A ma demande, Marie m’a prévenu dès qu’un étranger est arrivé dans le Bourg.Elle est montée ce matin à la chambre où je me cachais pour me dire qu’un cavalier inconnu était arrêté chez le forgeron, afin d y faire ferrer sa monlure, Sans égard pour le risque que je courais, je suis sorti.Il le fallait.II fallait que je voie moi-même le cavalier, que je m'assure que c’était bien Jean, avant de lui remettre le livre dont Paul m’avait confié le dépôt.C’était Jean.J’ai passé près de lui sans un signe.Mais quand il a quitté le Bourg, au moment de s’engager sur la grand’route, il m’a frôlé de sa botte.II a conlinué sans un mot.Seulement, c’était lui à présent qui avait la garde du livre! Je me réjouissais de notre succès quand une main s’est posée sur mon épaule et une voix a dit à mon oreille : « Alors, après tout, ce livre contenait un message?» Je me suis retourné brusquement, consterné.Un milicien jeune, pâle et frêle, était à mes côtés.Je songeais à lui sauter à la gorge, à le réduire au silence le temps que monture et cavalier puissent s’éloigner, quand il m’a dit en souriant : « Ne redoutez rien de moi.Si je n’ai pas empêché ce départ, ce n’est point pour donner l’alarme à présent! » II avait raison.Sans un mot, j’ai regardé la forme de Jean qui, toujours plus lointaine, devenait minuscule et, enfin, disparaissait dans un nuage de poussière.Alors, je me suis tourné vers le milicien : « Que me voulez-vous?— Suivez-moi.A quelque distance.» Je l’ai suivi, ainsi qu’il me l’avait demandé, comme si nous n’avions pas été ensemble.II allait vite, sans s’arrêter.Et brusquement, il a disparu.Etonné, je lançais autour de moi des regards inquisiteurs, près de me croire la victime de quelque mauvaise plaisanterie.Mais, avançant encore un peu, j’ai vu, par l’entrebâillement d’une porte, la manche noire d’un uniforme et une main blanche qui me faisait signe d’entrer.Bientôt, j’étais enfermé avec le milicien dans une pièce étroite et sombre un papier épais était tendu sur la fenêtre pour empêcher tout regard de plonger à l’intérieur.« Nous sommes en sûreté.pour le moment » a dit mon compagnon, se laissant tomber sur un lit de sangle qui occupait la plus grande partie de la petite pièce.J'allais parler.Il m'a interrompu : « Nous n’avons pas de temps à perdre.Je vous donnerai plus tard toutes les explications que vous voudrez.Pour le moment, écoutez-moi : Je sais que vous vous proposez de fuir avec Marie, la servante de l’auberge.J’ai fait des préparatifs qui faciliteront l’exécution de votre projet.Vous trouverez des provisions dans le petit bois, à une demi-lieue du Bourg, sur le chemin par où vous êtes venu.Vous avez remarqué le grand pin étêté?> J’ai incliné la tête affir- mativement.« Eh bien, vous trouverez un sac rempli de vivres au pied de cet arbre.» Je n’y pouvais plus tenir.II me fallait savoir! « Mais.pourquoi faites-vous cela?— Je voudrais fuir avec vous.Oh! seulement si vous acceptez ma compagnie.Dans le cas contraire, je ne dirai ni ne ferai rien qui puisse entraver votre évasion, à vous et à elle.Je vous ai révélé la cache de vivres afin que vous puissiez la découvrir même si je ne vous accompagne pas.Mais.comme je veux quitter ce Bourg! Fuir cette Milice! » Je r ai de nouveau interrompu : « Je ne comprends pas.Pourquoi mettre un étranger dans votre secret?Pourquoi ne point partir seul?— Non.— Pourriez-vous partir sans provisions?Et trou- veriez-vous dans le Bourg quelqu’un qui vous cède des vivres?— Non.— Vous êtes libre dans le Bourg comme un prisonnier qu’on laisse crever dans son cachot! Allez.je connais bien la Milice noire! Un filet, invisible encore pour vous, se resserre sans cesse sur votre personne, vos actions, votre vie.Une maille a cédé pour vous permettre de passer : cette maille, c’est moi.Ne laissez pas perdre l’occasion! » Cette fois, j’étais convaincu.J’ai serré les mains de cet ami que je venais de découvrir, et je suis sorti.Je me hâte vers h auberge.Mais à chaque pas, malgré moi, je tourne la tête.J’ai l’impression d’être suivi, épié sans trêve.Puis un premier problème se pose : comment rejoindre Marie sans être vu de l’aubergiste?Cet homme est à la dévotion de la Milice noire, j en suis sûr.La porte dérobée par où je suis sorti ce matin ne sera-t-elle pas fermée à clé?Enfin, je suis prêt à tout affronter.Je tuerai l’aubergiste s’il le faut! J’ avance avec une résolution nouvelle.Mais voici, comme je parviens à l’auberge, qu’un singulier spectacle frappe mes yeux.Un groupe de miliciens noirs sort de cette maison, entraînant une forme sombre.Mais c’est une femme! C’est.« Marie! » Un grand cri m’échappe, où frémit toute la terreur qui envahit mon âme.Marie m’a entendu.Elle se débat, échappe une seconde aux miliciens.Tout son être se tend vers moi d’un effort désespéré.Et, comme ses gardes la saisissent de nouveau, elle crie, de toutes ses forces : « Fuis! » Un moment, j’hésite.Un nouveau cri, une clameur atroce, qui a l’accent même de la douleur poussée à la dernière limite, vient me pousser dans le dos.« Fuis! » Suis-je poursuivi?Je n'en sais rien.Droit devant moi, bousculant les passants abasourdis qui ne se rangent pas assez vite, je fonce dans la rue étroite.Je tourne à un angle brusque, pense tomber, retrouve mon équilibre, poursuis ma course insensée.Jusqu’à la porte du milicien qui m’attend.L huis, non verrouillé de l’intérieur, cède à ma poussée.Je bondis dans l’escalier, me rue dans la chambre.Là, un nouveau crève-cœur me guette : mon ami, étendu sur sa couche, baigne dans son sang.II vit encore pourtant.Se soulevant un peu, il dit, dans un souffle : « Vous partirez sans moi! — Ami, je venais te dire que je ne partais plus! •— Plus que jamais, il faut fuir.Ils m ont eu.Ils t auront bientôt! ¦— Peu m importe! Ils ont enlevé Marie.Je restais dans le Bourg pour la retrouver, j’y resterai aussi pour te venger.— N’offre pas à la Milice noire une autre victime! » Je ne réponds pas.Il y a un silence.Puis, le moribond, d’une voix qui a retrouvé quelque force, me demande : « Arrache ce papier de la fenêtre.Que la lumière pénètre, au moins une fois, en ce triste refuge! > Je lui obéis.« A présent, ami, soulève-moi, que je vois les montagnes, là-bas.t> Je le soulève, doucement, tendrement, avec une tristesse infinie.Alors, il me montre les monts qui brillent dans le lointain, qui semblent l’unique source de lumière en ce monde lugubre : « Ami, c’est là qu’il te faut t’en aller.Vers la lumière.Au delà de ces sommets.C’est ainsi que tu pourras vraiment délivrer Marie et me venger.Ici, tu ne peux rien.Ici, tu seras comme nous la proie des ombres.Ami, fuis! » Et comme il me dit ce mot, dans mes oreilles résonne le dernier cri de Marie: « FUIS! > Et je comprends.Tout est lumineux comme les monts vers lesquels je vais aller, là-bas, dans le lointain, dans la clarté.Ma résolution est prise.Je me sens fort, fort de trois vies, de trois volontés tendues vers la liberté, vers la lumière.Je suis invincible.La Mil ice noire ne peut rien contre moi.Mon ami meurt en me souriant.Il a deviné ma décision sans que j’aie dit un seul mot.Je sors de la maison.Je quitte le Bourg.J avance sur la route.Un cauchemar noir s’évanouit derrière moi.II n'y a plus que la montagne, devant moi, qui vient à ma rencontre.Charles Hamel.rxm 'll f Illustrations gravées sur linoléum par Paul Gladu. ¦ ¦ .' ¦ Personnage dans un atelier.Roland Truchon. tW/zs/Z/J.• • ' ,L } -J -, :v.j y./.1_4^Ë5l jnmfM ACTION m «(OJECTION m PROJECTION m , EN IR PROJECTION m «/AVENIR PROJECTION DS /ANS L’AVENIR PROJECTION m DANS L’AVENIR PROJECTION DS .flON DANS L’AVENIR PROJECTION DS EJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION DS - PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION DS ^NIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION O' ^AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION DS v*S L’AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION os DANS L’AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION Di S .«ON DANS L’AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION OS SECTION DANS L’AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION OS ROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION OS ^lECTION DANS L’AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION DS TIOIV DANS L’AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION OS >r DANS L’AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION os ‘;ns L’AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION os ' ’AVENIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION DiS ^NIR PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION os N PROJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION os •OJECTION DANS L’AVENIR PROJECTION DiS «TION DANS L’AVENIR PROJECTION DiS AN DANS L’AVENIR PROJECTION Di* 'ANS L’AVENIR PROJECTION D^ L’AVENIR PROJECTION DiS ENIR PROJECTION DiS n PROJECTION Di* "«OJECTION Di ‘ ACTION 4 c H A R L E S ' Di » p e\ d» VAmour^ Pref" «es dents 3 tr Ventf 7es voyages mono^es ~d*;ra^ ~ »-* r.r "“" “mme "u ,„, en *o.u.r»d'°"nefe en^«>-to"s',mpose quand d'aluns paren aux éclairs de 9ralS hurnanHés neuves.Troisième monceau de avec affectation Qui naîtra de moi boulevard inach s'abandonnant à ton mystère .marcherons rr:-r Le concours est ouvert.D'amoureux serpents s'entr aiment.Clins d'yeux de l'homme plus vrai.Au bou, du boulevard m, lumière elle vibre e.soudain se bnse lampes à arc tous vos flambeaux mon feu puissant s'amplifie de la nue hostile vil sursaut.Sublimation suspendrai immortelle au monde la mêle.Le silence reste au fond constitué par des clôtures.Leur délire ils osent portant la brise au palmier haut ainsi qu'une Babel.Reconduirai ce sera long hostiles panoplies barbares.Ma lumière peut-être un Soir verra s'empoigner au cou blanches colombes.Couronnes de plumes d aigles abandonne à ton mystère colore bouquets pour lit et pour tombe.A gauche péril de chute le même au Saint-Esprit.Et son âme n'est plus n'est plus n'est plus n est plus qu'une phrase amoureuse.Une espérance verte où s'effeuille |.pr;„,emps fc| Honneur qu il srerd de faire brille ef luit.on talent ses vers leur misérable ' OUS les livres héLc i ,msi couronne ., .uni°n hélas! 'ivres hélas! gagna la poser >mbeaux du monde et du r , n’omete p|„s , °'PS l,u"»nités neuves ms le f|0, , " me«»S>ers.sans honneur l'k - ¦ Propres ¦ “'"'e : » clievaux d T *“ ‘°* 5S vers les Aâ de bois- dépouillant 1/ Un n°uveau ePouillent d'i sa cellule rmite en wu Pilule rory_ nvergure des fs- 6 “° V'7 fr°upeau bl quelles D ^ à "^rer des , "° à U*»oir .Pour /angu/r ;/ / /,s envo/e's Verç , m,ta9e est en f tz'9anes Drnrn ®S v°ûfe île reines monde.ces dé en feu.tour d.vers les voû(ej ,ra,„Mu fêveid ^"'^-cbeurs Mvoyx j.1 il» I11,1 ESFiW 0Wl'i5 tv^iVi’i IVh'W, I rïVWMf I.MW2 Jean Benoît.La trier, ses cris.¦ ' ' ¦ ¦ - : S ¦•UWM -lei-.=V iwm&am @®PHKSS US k'SfSSS S5SIS «sag [«asia ^wrv«»iïr.“¦«3c àimiiua Br^ggj mm i&Sl k4 mmm ssj^s PJM 9Bmh &ls§fSs^ yism mm È#*; * tfl&3 wm i L ' E (EXTRAIT DE Une ombre de femme Glisse par ma fenêtre.Une ombre de femme Se faufile, curieuse, Dans mon cloitre.J'écoute Son haleine fade et lente.Son haleine jalouse Qui rompt le silence J'écoute.La comédie Prolonge le sacrifice.Elle expire.Vous entendez, peuples inventés Qui vous grisez de cette drogue ?NAÏADE" EN Tordu, difforme, L'horrible monstre Offre ses fleurs, Et les filles en robes longues Défilent.Folles au noble coeur.Fouet au poing, L'hypocrisie flatte les races.Chantez, pleureuses de fabrique, Buvez ces plaisirs d'avarice.Le sol se fait vieux.JEAN I T PREPARAT Filent les vieilles.Passe la besogne.Entendu, vous êtes aveugles, Mais vos oreilles pourtant Combattent.Une ombre de femme Glisse par ma fenêtre.La mer, ses cris.Le jardin, couleur.L'amour.Le monde.L É O N A I' TU ES LA Les touffes immobiles d'oiseaux Les mains longues du silence Les râles des étoiles lèchent mon coeur et ma gorge Des chrysanthèmes de glace boivent la chair nue de mes épaules Ma tête roule sur les miroirs des feuilles DOUCE YOLE-IRIS Une figure ensanglantée de pervenches tourne autour des arbres d'eau lumineuse Une vitre brisée s'ouvre sur l'horizon de neige verte Le visage des pleurs perce la surface de l'eau Regarde Béatrix, les églantines sont écloses dans la vallée heureuse Le frisson lancinant des yeux Les lèvres d'une négresse pleurent Des chevaux galopent entre les yeuses de crystal Et les colonnes sans nombre des voiles du silence Des femmes descendent dans les temples du son de ma Fin Le pollen étincelle Les lames et les bougies éteintes des voiles de la rivière Les sanglots des sapins L'oeil crevé des épis se lève Tous les fossés de larmes s'emplissent de lunes et de daphnés Tous les bras de la peur Toutes les figures crispées Toutes les bouches gonflées s'affaissent octobre 1946 Rémi-Paul Forgues Fête Foraine.Pierre Gauvreau.o '¦ ï't?*''? L' EXISTENTIALISME NOUS * J’admire comme on peut mentir en mettant la raison de son côté.» (Jean-Paul Sartre, La Nausée.) On parle beaucoup d Existentialisme, de ce iemps-ci.On en a surtout parlé il y a quelques mois, lors de la visite en notre ville de Jean-Paul Sartre, le « Roi de IExistentialisme ».Puis il y a les journaux et revues de France qui nous apportent régulièrement les échos de violents débats livrés autour de cet « isme » métaphysique pour lequel on se passionne autant, là-bas, que nous, ici, autour d’un nouvel « isme » en politique.Question de goût et de culture, naturellement; qui reprochera à un homme d accorder autant de crédit aux idées d'un philosophe qu à celles d’un politicien?Comédie pour comédie, celle du premier a au moins le charme d être plus désintéressée que celle du second.11 ne saurait évidemment être question d analyser les idées de Jean-Paul Sartre comme s il y allait de notre avenir national.Chacun ses plates-bandes, et Sartre est un philosophe de profession.Pour nous, étudiants canadiens-français, il n’est pourtant pas sans utilité que nous nous intéressions un peu aux grands courants d idées qui agitent la France d aujourd hui, si nous ne voulons pas la perdre tout à fait de vue, et si nous ne voulons pas faire figure de rêveurs perdus dans la poésie d un passé révolu, comme nous le reprochent nos compatriotes de langue anglaise, quand nous nous proclamons « héritiers de la grande culture française ».Etienne Gilson, le grand philosophe chrétien, a défini la doctrine existentialiste ; « la plus forte somme philosophique du siècle ».L Existentialisme, philosophie de l absurde et du pessimisme intégral, n’est pas né en France, terre du bon sens et de la joie de vivre.Cette vision « spleenétique » du monde est sortie des brumes de la Scandinavie avec un théoricien nébuleux du nom de Kirkegaard, en passant par 1 Allemagne d aujourd hui, où elle se teinte d athéisme avec Heidegger.11 a fallu la désorientation spirituelle d’un après-guerre comparable à un réveil de cauchemar pour que de telles idées fussent reçues avec une sorte de passion de revanche par une jeune élite intellectuelle de France.Sartre lui-même, 1 impor-tateur des dites idées en France, a cruellement souffert de la guerre dans un camp d internement nazi.11 ne fut certainement pas seul dans son cas; on peut dire que tous les intellectuels de France, sauf quelques salauds qui s appelaient les « Collaborateurs » et quelques autres qui s enfuirent en Amérique dorée, eurent à souffrir pendant l’occupation de leur pays d’humiliations telles de la part d un conquérant considéré depuis toujours comme le barbare historique, que plusieurs en perdirent jusqu au goût de vivre et jusqu à la force de penser.Le premier ouvrage de Sartre, publié pendant I occupation, s intitulait La Nausée, et connut un succès immédiat.L Existentialisme tire son nom et son originalité d un principe qui veut, s opposant aux théories de la vieille métaphysique, que « I exis-tence chez 1 homme précède lessence, étant donné que Dieu n existe pas ».L’essence étant 1 ensemble des caractères généraux qui conditionnent et servent à définir une catégorie d êtres (1 idée qu on se fait d'un chien ou d’un livre d après ce qu on connaît de ces êtres, sans songer à aucun chien ou aucun livre en particulier) , une telle idée ou conception n’a pu précéder 1 existence de l homme sur la terre dans 1 esprit d un créateur quelconque, puisque Dieu, le créateur de l’homme selon les théistes, n existe pas selon les existentialistes.D’où le principe que 1 existence précède l essence chez 1 homme, puisque exister, c est simplement se trouver là, « surgir » sur terre.« L'homme arrive et se définit ensuite », d où son essence, qui vient après son existence.L’homme porterait donc en lui-même le premier principe de I univers, la première force pensante de la Création dont tout le reste dépendra, suivant 1 idée que F bomme se sera faite de l univers et de la vie qu i] limite à ses capacités personnelles d entendement.L existentialiste en conclut à un « subjectivisme » qui, en fait, mure 1 homme de tous côtés, puisqu il ne peut aspirer à une vérité absolue existant hors de lui-même; on conçoit aisément que b existentialiste présente comme des principes de sa doctrine des mots comme : « délaissement », « désespoir » de I bomme.Il n aurait plus manqué qu il fût idéaliste, au sens donné à ce mot par les artistes! Le point de départ de I Existentialisme est donc ingénieux, radical et éminemment dynamique, puisqu il enlève à I bomme tout espoir de valoir autrement que par ce qu il se sera fait lui-même.On croit reconnaître ici la mystique marxiste, mais le subjectivisme de 1 existentialiste est pourtant radicalement opposé au collectivisme des communistes, qui, eux, prétendent supprimer 1 individu.Mais si le point de départ de I existentialiste est ingénieux et radical, commode en somme, il est évidemment tout à fait arbitraire, ne reposant que sur lui-même.On préférerait que M.Sartre nous explique pourquoi il pense que Dieu n existe pas, mais il néglige simplement de le faire, se contentant de nous prévenir que son système n est pas un athéisme en ce sens qu il ne s épuise pas à démontrer que Dieu n existe pas; il se contente de le noter au passage comme une chose entendue.Mais là où Sartre pousse sa logique à une rigueur qui fait honneur à sa sincérité, c est quand il se refuse, après avoir supprimé Dieu, à voir le monde du même œil qu’avant.Il méprise le monsieur qui, se trouvant gêné par I existence de Dieu, a cru très simple de le supprimer et prétend tout de même conserver le droit de s’indigner de ses semblables s ils ne continuent pas à pratiquer à son profit les vieilles vertus chrétiennes de charité, de travail, d honnêteté et de pardon des injures.Le monsieur qui vous assure que Dieu n existe pas, mais ne voudrait tout de même pas que vous eussiez l’idée de tirer toutes les conséquences logiques d’une pareille situation, et lui tirer un coup de revolver si ses idées ne vous plaisent pas.L existentialiste assure au contraire trouver très gênant que Dieu n existe pas, « car avec lui disparaît toute possibilité de trouver des valeurs dans un ciel intelligible ».Si Dieu n’existait pas, tout serait permis, disait Dostoïevski, et voilà le véritable point de départ de l’Existentialisme.Aussi faut-il contempler, si I on peut se permettre un si beau mot à I égard d une telle horreur, I univers de « I homme entièrement livré à lui-même » que nous montre Sartre dans ses romans et pièces de théâtre, celui de I homme délaissé de Dieu et abandonné à son sort, entièrement livré à ses instincts.Il s’agit en fait d un authentique enfer terrestre où « I homme délaissé », comme une bête blessée à mort et laissée pantelante, s acharne à assouvir tous ses instincts les plus bas avant de crever.Milton lui-même n avait pas imaginé une telle atmosphère d horreur morne pour créer son enfer, car dans le Paradis perdu, les anges se souvenaient encore de Dieu pour I insulter et lui crier : « Rather to reign in Hell than to serve in Heaven I » tandis que le désespoir de I homme délaissé de Sartre n a même pas la ressource de se vociférer, puisque le désespéré existentialiste n a même pas conscience d avoir mérité son dam.II n est pas délaissé parce qu il a perdu Dieu, il est désespéré parce que Dieu n existe pas, voilà tout.L’homme est libre, I homme est liberté, proclame Sartre.Les existentialistes sont en effet très fiers de leur liberté conquise en rompant les liens que 1 on sait.On peut quand même se demander ce qu ils comptent faire d une liberté où n entre même pas la faculté d un choix entre des principes de bien et de mal qu ils ont supprimés.L homme est ce qu il se fait, il se fait ce qu il se veut, il ne vaut que par ce qu il aura fait.Si on peut admettre à la rigueur qu'une telle situation suffise à quelques intellectuels capables de se contenter de ce que Sartre appelle « une vision technique du monde », ou à quelques privilégiés du sort comme il y en aura toujours au milieu des pires crises, il est difficile d admettre que le peuple souffrant, frustré dans la plupart de ses appétits instinctifs, et incapable de philosopher, pourrait se contenter d une pareille situation morale.Philosophie de 1 arrivisme forcené d’une part et du « Væ victis » de I autre.« II n’y a de réalité que dans I action » dit Sartre.Et si 1 action est manquée?Eh bien, il n y a plus de réalité du tout.Sartre ne manque donc point de logique avec lui-même quand il écrit des histoires ignobles pour faire danser devant nos yeux des personnages existentialistes.A vrai dire, on croirait que Sartre a découvert quelque part une pierre philosophale qui change en merde tout ce qu elle touche, et il ne se lasse pas de nous en faire admirer les effets.On parle de son « réalisme » et Sartre défend son « réalisme » ; ce prétendu réalisme, dont le scandale est le principe même, est aussi intéressant que le vieux truc consistant à regarder passer le monde derrière une vitre sale, photographier 1 arrière-train d une prima donna pendant qu elle vibre de son plus grand air, et dire ensuite : « Voilà le monde tel que je 1 ai vu.» Le réalisme de Sartre est bien triste, c est tout ce qu’on peut en dire.Réalisme dépourvu de lyrisme et de grandeur, réalisme aux ressorts brisés.Jamais un indice de cette passion étranglée qu’on entend gronder sous les mots atroces et simples d un Léon Bloy ou d un Eric Maria Remarque, ce témoin d un autre après-guerre qui écrivit A l’ouest, rien de nouveau.Chez un personnage de Sartre, ce n est plus, encore une fois, le désespoir d un homme qui a perdu le ciel, mais celui d un être irresponsable qui ne s’est jamais demandé s il peut exister une chose semblable.Et ce réalisme, mou et informe comme une pourriture, n’est même plus le mal, c’est la saleté pure et simple.Tout au plus peut-on y entendre de temps à autre les grognements inarticulés d un porc enfoncé dans sa marne et qui n a aucune idée d’en sortir.Si les valeurs morales telles qu on les conçoit encore n étaient vraiment qu un énorme mensonge et une formidable fumisterie échafaudée au cours des siècles par des gens qui avaient intérêt à ce que le peuple ne connût pas la « vraie » réalité des choses, le mensonge et la fumisterie vaudraient certainement encore mieux que la « réalité » d un Jean-Paul Sartre.En somme, si on veut trouver quelque mérite à Sartre, il faut aller le chercher dans la création de ces personnages ignobles des romans, nouvelles et pièces de Sartre, qui sont l adéquate illustration d une métaphysique cohérente.Le Christ a inspiré le saint, Nietsche a imaginé le surhomme qui se veut plus fort que la Vie; Sartre, lui, a créé le type littéraire de la ganache d après-guerre, la ganache pure et simple.Des lâches et encore des lâches, des ratés, des impuissants, des invertis, des abouliques et des paranoïaques, puis d’autres lâches et d autres abouliques : voilà l’homme de Sartre, voilà le héros existentialiste qui vient prendre sa place dans un monde dont on a éliminé « î honnête homme » des vieux humanistes, en même temps que leur morale périmée.On s étonne seulement, en contemplant cette pittoresque galerie des héros existentialistes, de n en pas rencontrer un seul qui manifeste des velléités « d engagement ».Que fait Sartre, dans toutes ses histoires, de l’élément positif d une doctrine de vie et d action que son auteur prétend « éminemment optimiste et dynamique »?Il est vrai que Sartre ne prétend pas avoir dit le dernier mot de l Existentialisme, mais ses lecteurs le diront peut-être avant lui.Sartre, dans I ensemble de son œuvre, apparaît beaucoup moins comme un philosophe véritable que comme un dialecticien très doué, doublé d’un nouvelliste au talent douteux.Il est bien peu plausible que cette doctrine à la mode qui se réclame de l absurde et se voudrait génératrice d action, voire de révolution, soit capable d engendrer quelque bouleversement politique ou social.Sartre n a certes pas suscité le courant moral de son époque : il s est laissé porter par lui en allant au plus facile; il est avant tout un opportuniste, ce qu’on pourrait appeler : « un profiteur d après-guerre ».Puis il faudrait que 1 ordre s établisse au sein même des différentes écoles d existentialistes, il faudrait au moins qu on nous explique comment l’Existentialisme peut être chrétien ou athée suivant les écoles qui le professent.Il faudrait enfin qu on nous dise ce que cette doctrine hétéroclite peut apporter de neuf à 1 Humanité.Il existe en France des snobs qui prétendent instaurer le règne de 1 Existentialisme en peinture et en musique; Sartre est le premier à se moquer de ces farceurs.Quant à l’éthique, Sartre n a certes rien inventé depuis le subjectivisme cartésien et les philosophes allemands : 1 homme prisonnier de sa condition, ] absurdité du monde, le dégoût de la vie, la haine de 1 homme pour 1 homme, et par-dessus tout, la rage furieuse de survivre « quand même », cette « énergie du désespoir » qui résume tout Schopenhauer et que Sartre traduit par « 1 action pour l’action et 1 engagement à tout prix ».11 n’y a guère que les snobs (ils sont toutefois nombreux) pour prétendre trouver la solution de leurs problèmes personnels dans ces mots à grand effet de la terminologie existentialiste que sont le « délaissement », « l’angoisse de vivre », le « choix » et « l’engagement », des mots qui ne sont que de rutilants ustensiles neufs employés à remuer une vieille pâte.La simplicité primaire de la plupart des nouvelles et pièces de Sartre, de ses personnages surtout, n est que la contrepartie nécessaire d un système idéologique qui vaut surtout par I ingéniosité machiavélique de son argumentation et demeure nul dans ses résultats.Personne ne s’est encore suicidé après avoir pris connaissance du message existentialiste sur le « délaissement », la « nausée ».et « l angoisse de vivre », pas officiellement en tout cas.L Existentialisme a fait travailler bien des cervelles et dépenser beaucoup de salive.II en a ébloui plusieurs et n a éclairé personne; encore moins a-t-il guidé qui que ce soit, apporté un remède au mal du siècle.La controverse existentialiste a tout au plus créé quelques termes à la mode, comme « l’engagement », qui ont déjà pris leur place dans le vocabulaire de tous les manieurs d’idées.Que M.Sartre se plaise à être le sinistre amuseur de sa triste époque, il peut amuser tant qu’il lui plaira pourvu qu il ne nous demande pas de le prendre au sérieux plus qu il ne se prend lui-même; mais qu il parle de « descendre sur la place publique » pour venir nous apporter « une doctrine d action » et nous le prierons de remonter dans sa tour d ivoire existentialiste où il praticjue son alchimie.« Elan », « Engagement ».« Projet », ces termes dynamiques, s ils sont sincères, sont I explosion du désespoir d un homme qui se rue dans 1 action pour oublier I effroyable gouffre moral qu’il s’est creusé lui-même en supprimant Dieu.Puisque le ciel n existe pas, « ils posséderont la terre », c est simple.Les communistes veulent beugler en troupeau en attendant le « grand soir »; Sartre préfère vomir seul sa nausée, seul avec ceux qui ont le goût de le suivre et qu’il ne force pas à s enrégimenter sous sa bannière.II prétend bien se défendre de tout déterminisme, mais Sartre n a pas remplacé le bon Dieu, Sartre ne s est pas fait seul.Car c’est de toute évidence — quelques pages de La Nausée le prouvent surabondamment dans ce séjour aux promiscuités immondes des camps de prisonniers qu il faut aller chercher pour la comprendre chez Sartre cette horreur féroce et maladive de I homme, de la « bête humaine », cette nausée, enfin, qui n’est point l’aboutissement de I Existentialisme, mais son point de départ.Et comme Sartre est philosophe, I égoïsme devient chez lui « subjectivisme » ; le besoin d outrager des valeurs qui ne I ont point aidé à supporter les déboires de sa vie passée de- vient savant nihilisme chez cet homme qui « admire comme on peut mentir en mettant la raison de son côté ».Rien de plus humain que tout cela; il y a donc, en dépit de ce qu en dit M.Sartre, une nature humaine.L homme s explique par 1 homme.Le seul avantage qu un homme de notre époque puisse tirer des expériences d un Sartre est une leçon, terrible et salutaire leçon.Sartre nous fait toucher avec lui un fond de bassesse et de dégoût qui est 1 aboutissement logique et ultime de toutes les crises morales d un monde désemparé après la plus grande crise de son histoire.II a touché le fond de la nausée universelle devant un monde qui roule à I abîme, atteint le moment où il faut remonter à tout prix ou s enliser à jamais dans un limon de mort.Il aura été pour beaucoup de ses contemporains le coup de bistouri lancé dans une chair infectée pour en faire jaillir quelques lourdes gouttes d un sang noir qui sent affreusement mauvais; opération aussi douloureuse que nécessaire, qui ouvrira la voie à I hémorragie libératrice.Après Sartre, la France retrouvera peut-être de I indulgence, et là est son salut, pour lire ses humanistes, les vrais.Non seulement les éternels qui ont guidé son passé à nul autre pareil, mais les contemporains, ceux d aujourd hui qui continuent la lignée : de braves bonshommes comme Georges Duhamel qui n ont rien ignoré de la saleté contemporaine (Civilisation, Vie des Martyrs, Les Maîtres), et qui ont eu le courage « quand même » de ne pas désespérer d’un roi piteux de la Création qui porte en lui plus de souffrance que de méchanceté.Sartre aura probablement hâté, par ses excès mêmes contre I homme, le retour de I homme à la santé.Il nous aura appris à apprécier comme le Juste le penseur fraternel dont chaque livre est une bonne action.II y a Claudel-Ies-Grandes-Orgues qui rencontra Dieu un jour et qui n en est pas revenu, Jammes-Ie-petit-âne-gris lâché dans les verts pâturages du Seigneur, Bernanos-Tout-est-Grâce qui sème la flamme et I incendie, Maritain-I Intégral qui impose le respect dans le camp de ses ennemis, et Péguy le pur, Péguy le grand, Péguy-Ie-Héros, qui n a pas attendu les élucubrations d un dialecticien-pornographe pour comprendre l engagement, le vrai, et mener le sien à travers les campagnes d action sociale, les routes poudreuses des pèlerinages de pénitence et les champs de bataille de France, jusqu aux portes du Paradis.Jean Vaillancourt, Elève de l'Ecole des Arts Graphique». Wi C W&iM ¦ i.-.¦¦ ¦ Hl ¦ ;.?v-•.Maternité.Edmondo Chiodini. ^ %dL ’4.¦¦ ife( B& .wave mus^ ,?-c?l9e5; i^v'.l p^nn |v JlSfIÏ’îïa l?**»*^!!l »§ v::::::ïï* AU COMMENCEMENT NAQUIT LE SOUFFLE 3 i J J n o s - c ^ à \ ET L'ENFANCE ACCABLÉE D'ÉPREUVES.AU COMMENCEMENT NAQUIT L'ENFANCE.SOUFFLE, SON, COULEUR, MOUVEMENT.JEAN LÉONARD wmmgt li est des oeuvres qui ne parlent qu'aux plus sensibles; il est des âmes qui refusent d'être mises à nu.Il est des oeuvres et des âmes qui sont des mondes réservés.Bonnard fut cette oeuvre et cette âme.Il vécut en marge des éblouissements impressionnistes; il vécut à côté du très grand Cézanne, aux couleurs solides comme un mur roman; à côté de Gauguin, tellement sûr de lui-même; à côté de van Gogh qui brûla d'une ardeur passionnée à en mourir.Bonnard vécut au centre du brasier barbare des Fauves.Il fut le contemporain de Picasso.Quand tout un aspect de l'art moderne tend à une outrance tragique et puissamment émouvante, Bonnard est un délicieux repos, un " havre de grâce", comme dit Rouault.Poète de l'intimisme, il a une façon familière de sentir et d'aimer la vie, et sa passion tendre dote l'Impressionnisme d'un chant qu'il n'aurait jamais connu sans lui.Il fut au delà de l'Impressionnisme, et son excuse.Il est la séduction même du Fauvisme.Cet enchanteur a créé l'oeuvre la plus palpitante d'émotion, la plus riche d'une sensualité de rêve qui est tout riplement le bonheur.mais combien rare.Bonnard est mort en son charme impéris- sable.Maurice Gagnon ATTACHÉ HONORAIRE DES MUSÉES NATIONAUX DE FRANCE ' ->*** .-M _i Mimi Parent, k, f.j INDEX TYPOGRAPHIQUE Couverture Ludlow, 36 points, Tempo médium.Maquette : Albert Dumouchel.Introductions du ministre et du directeur Intertype, 14 points, Egmont médium italique.Page de titre Ludlow, Tempo médium (différentes grosseurs).Sommaire Titre : Ludlow, 36 points, Tempo médium.Texte : Intertype, 8 et 10 points, Egmont médium.Mandoline Titre : Ludlow, 36 points, Tempo médium.Texte : Monotype, 24 points, Kabel léger.Signature : American Type Founders, 18 points, Lydian italique.Magie de la chaussure Légendes : Ludlow, 10 et 14 points, Tempo médium.3 ESSAIS SUR LA DANSE Page de titre : Ludlow, 8, 18 et 42 points, Radiant médium; 36 points, Hauser Script (1, 2 et 3).Titres : Ludlow, 8 et 24 points.Radiant médium.Texte : Intertype, 12 points, Egmont médium.3 POÈMES Page de titre : Ludlow, 36 points.Tempo noir; 18 points.Tempo médium.Texte : Ludlow, 18 points, Tempo médium; 36 points, Tempo noir (1, 2 et 3).Omar in Town Titre : Ludlow, 42 points, Radiant médium.Texte : Ludlow, 18 points, Radiant médium.Sous-titre : 10 points, Tempo médium.Le canal Titre : Ludlow, 60 points, Hauser Script.Texte : Monotype, 14 points.Garamond léger.Signature : American Type Founders, 18 points, Lydian italique.Prière Titre : American Type Founders, 30 points, Lydian.Texte : Ludlow, 14 points, Eden léger.Signature : American Type Founders, 12 points, Lydian.Plaidoyer pour l’enfant Titre : Ludlow, 30 points.Tempo condensé noir.Sous-titre : Ludlow, 24 points.Tempo médium.Texte : Ludlow, 14 points.Tempo médium.L’art et la vie de l’homme Titre : Ludlow, 24 et 72 points, Tempo noir.Texte : Intertype, 12 points, Egmont médium.La création du monde Texte : Monotype, 18 points, Kabel léger.Milice noire Titre : Ludlow, 24 et 72 points.Tempo noir.Texte : Intertype, 10 points, Egmont médium.Projection dans l’avenir Titre : Ludlow, 14 points, Bodoni noir.Texte : Ludlow, 10 points, Tempo médium./ L’ermite Titre : Ludlow, 72 points, Tempo noir.Texte : Ludlow, 14 points, Tempo médium.Tu ES LA DOUCE YOLE-IRIS DE MA FIN Titre : Ludlow, 18 et 24 points, Tempo médium.Texte : Ludlow, 10 points, Tempo médium.Signature : American Type Founders, 12 points, Lydian.L’Existentialisme et nous Titre : Ludlow, 36 points, Tempo médium; 72 points, Tempo noir.Texte : Intertype, 10 points, Egmont médium.Extrait de « Naïade » (Jean Léonard) Ludlow, 8 et 10 points, Tempo médium.Bonnard Titre : Gravure sur linoléum.Texte : 14 points.Tempo médium.* Légendes des illustrations : Intertype, 8 et 10 points, Egmont médium. ACHEVÉ D'IMPRIMER EN MAI 1947 SUR LES PRESSES DE L’ÉCOLE .DES ARTS GRAPHIQUES 1500 EXEMPLAIRES SUR PAPIER VERGÉ ANTIQUE y ’Vi#' mm ¦MHg wsÊÈÊA.mm illlll ; ' :ï:
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