La femme, 1 mars 1911, Mars
[" s \u2022 \\ mm t ¦ isi® ÉüH 3ème Année MONTREAL, MARS.1911 No.36 \u201cCliktaf\u201d eet un tissu qui tient le premier rang comme u Idéal en doublures à robes.ff II dure deux fois autant que la soie et coûte le quart du prix de cette dernière.DEBUNDEZ ft VOIR L\u2019ETIQ U E T T E et n\u2019acceptez rien de ce que l\u2019on vous recommande; comme tout aussi bon Tel.Up.Town 4152 Mad.ASSEL1N 260 Ste-Catherine Ouest Entre Bleury et St-Alexandre SALONS DE TOILETTE POUR DAMES Coiffures de la Mode actuelle, Postiches en tous genres Ondulations Marcel, Massage, Vibrassage, Shampooing, Manicure, Spécialité d\u2019ouvrages en cheveu et accessoirs de toilette.Peignes, Perruques, Barrettes, Transformations, Epingles, Toupets, Bandeaux, Tresses, Lotions, Pompadours, Paitumenes LA RH A R M AC IE C HIC AU CENTRE DES BEAUX QUARTIERS La PHARMACIE MOISAN est reconnue comme la pharmacie chic du centre de la ville.Le site est admirable, le service distingué et les produits ultra selects.LES CAPSULES ANTI-CHILL pour L\u2019INFLUENZA (la Grippe) FRISSONS, ACCES de FIEVRES sont SANS RIVALES devraient aussi être employées comme PREVENTIF en vente partout si votre Pharmacien ne la pas adressez-vous à la PHARMACIE MOISAN.\u2014 PRESCRIPTIONS \u2014 Sous le rapport des prescriptions remplies avec célérité e* minutie, en usantque des meilleurs ingrédients, la PHARMACIE MOISAN n\u2019a pas de rivale.ÜW Téléphonez si vous voulez que le messager aille chercher chez vous les ordonnances à remplir ; il retournera avec les médicaments.S.MOISAN, Pharmacien Angle ST-LAURENT et SHERBROOKE.\tTél.Est 4739 LINIMENT MAJOR Le meilleur pour l\u2019usage externe Il est d\u2019effet Magique pour les Meurtrissures, Brûlures, Névralgies, Rhumatismes, Efforts, Entorses, etc., etc.Grande Bouteille 25c.En vante Partout LOTION NIPPS Antiseptique et inoffensif Guérit la gerçure des seins en quatre applications.\u2022Préparée par\tBOUTEILLE 50c La Oie.Chimique SViajor 278 RUE CRAIG EST, - MONTREAL Bazar du Voyag'e Manufacturiers DE VALISES ET SACS Vous trouverez à nos magasins un assortiment complets de Malles, Valises, Sacs de voyages, Sacoches pour dames, Porte-Monnaie, Folios, etc., etc.En un mot tout ce qui se fabrique en cuir.Nous faisons aussi la réparation des articles ci-haut mentionnés.Venez voir nos marchandises et nos prix avant d\u2019acheter.LAMONTAGNE Limitée, 496 Ste-Catherine Est, Près St-Andrè Propriétaire de la Célèbre Marque de Commerce \u201c ALLIGATOR \u201d /K- U CDU BEL RT, Qér LA PRESSE Le Journal du \u201c Foyer\u2019\u2019 INSTRUIT - RÉCRÉE - AMUSE Il vous apporte chaque soir dans votre famille les évènements du monde entier.Il vous fournit les renseignements les plus précis sur ce qui vous intéresse.\t,\t.\t.Et il vous guide de la façon la plus concise, dans vos transactions quotidiennes En un mot c\u2019est le journal favori des familles. ________Revue mensuelle offerte a tousles clients du \u201cBON MARCHE\u201d, Maison Letendre, Fils & Cie.3me Année\tMONTREAL, MARS 1911\tNo.36 k Lettre à la plus mondaine * ^\tde mes amies.ÜlfirWlFIiHFWlfWWÏHHIfW Ma très chère, Vous ne regrettez pas trop la saison de vos bruyants plaisirs, vraiment?J\u2019en suis fort aise et permettez qu\u2019amical ement je vous félicite de ce beau détachement de même que des résolutions \u2014 presque héroïques \u2014 que vous avez formées en vue de bien faire votre Carême, et dont vous mie faites part.Vous voilà donc bien sage, bien courageuse et bien fermement chrétienne.Ce n\u2019est pas, vous devez le savoir, par flatterie que je vous le dis, mais je vous ai assez souvent jeté vos defauts à la tête sans que vous me retourniez les miens que je puis bien, pour une fois, me donner le plaisir de mettre le doigt sur vos qualités.(Ne ripostez pas plus que de coutume, au moins.) Il me semble voir la jolie paresseuse que vous êtes, trotter menu, un petit missel à la main, à l\u2019heure des ouvrières et des laitiers, pour se rendre à la messe la plus matinale chaque jour.Et vous m\u2019assurez que cette petite promenade est pleine de charme.Je vous crois sans peine.C\u2019est à la jolie église de S.que vous allez?Quelle impression de calme paisible et d\u2019infinie sérénité se dégage n\u2019est-ce pas, de ces grandes nefs toute sombres et presque désertes où, sans bruit, les rares fidèles s\u2019en viennent prier à la place habituelle où chaque matin nouveau les voit s\u2019agenouiller.Chaque lustre, chaque colonne, chaque prie-Dieu, chaque bénitier, toutes les choses diverses qui à d\u2019autres heures, nous paraissent ou banales ou familières, s\u2019imprègnent dans cette obscurité qui s\u2019en va, d\u2019une mystique poésie qui se communique à l\u2019âme et lui donne de la paix pour tout le reste du jour.Comme bien vous le dites aussi, il semble qu:en cette ombre tiède, on.soit plus recueilli et que Dieu se fasse plus rapproché de l\u2019âme à mesure que le jeune matin estompe et dessine les contours des verrières.Vous verrez que vous allez finir par tant aimer votre sacrifice qu\u2019il cessera d\u2019en être un et que le Carême terminé, vous le continuerez comme on est fidèle à une chère habitude.Je gage que jamais plus vous ne restez tard au lit.Mais non, je ne gage pas, vous pourriez faire exprès que je perde.Donc, voilà qu\u2019après avoir prié chaque matin à la messe de six heures, le soir on ne danse plus, et pour tout divertissement, l\u2019on se permet de temps en temps une petite veillée de euchre.C\u2019est charmant! Ce que vous me dites au sujet des deux tricheuses que vous avez surprises ne m\u2019étonne guère, je vous assure; la chose, pour être \u201cpire que laide\u201d n\u2019en est pas unique.Elle s\u2019est produite ici même tout dernièrement, à ma connaissance.Une belle madame, très cossue, tout comme les vôtres, se permettait de faire glisser devant elle les cartes à sa convenance, de sorte qu\u2019elle gagnait et gagnait encore.A tel point qu\u2019une veine si persistante éveilla chez les bonnes amies des soupçons qui les menèrent bien vite à la certitude que madame faisait habituellement sa petite \u201cgrecque\u201d.On fit pour elle ce que vous avez fait pour les deux ci-devant de votre cercle.On la \u201cboycotta\u201d sans miséricorde.Quelle honte ! n\u2019est-ce pas, des femmes qui se disent bien élevées et qui sont admises partout, ne pas rougir de \u201cvoler\u201d au jeu comme de vulgaires escrocs.Car c\u2019est un vol, après tout, un vol moral, mais qu\u2019importe; une partie d\u2019euchre gagnée illégalement ou bien le prix de la soirée remporté ainsi par la fraude?Ce prix consiste généralement en un joli et peu coûteux bibelot, mais quels cris de paons pousseraient ces belles voleuses, je vous le demande, ma chère, si on cherchait à pallier devant elles la mauvaise action d\u2019une pauvresse qui aurait dérobé, sous forme de galette, pour ses petits affamés, la moitié seulement de la valeur d\u2019un prix de euchre.Misère humaine ! que deviendraient-elles donc, ces femmes qui ont tout à souhait et qui encore ne craignent pas d\u2019agir déloyalement même avec leurs amies, s\u2019il fallait qu\u2019elles eussent à lutter, à souffrir, à peiner pour se maintenir dans la route droite.A propos de jeu, je tiens à féliciter votre mari d\u2019avoir renoncé à jouer pour de l\u2019argent.A vous, mon sincère compliment de vouloir l\u2019imiter par esprit.de condescendance.Le \u201cbluff\u201d est un vilain mot qui désigne une chose plus vilaine encore, puisque vous voulez mon sentiment.Une femme ne devrait jamais toucher une carte pour de l\u2019argent, jamais.C\u2019est une chose dont tout le monde ne voudra pas convenir peut-être, mais que tout le monde éprouve que la délicatesse féminine s\u2019émousse à cette habitude de compter, ou de ramasser ou de faire \u201cdanser\u201d des pièces de monnaie.Le bluff est à la mode, dites-vous, sage petite folle, mais vous verrez que cette mode passera vite si seulement les maris veulent être raisonnables et sensés comme le vôtre et les petites femmes faire comme voua preuve d\u2019esprit.de condescendance.Adieu, ma très chère, ne trouvez pas trop sérieuse, votre vieille amie JOSEPHTE.La vertu, dans toute sa pureté, est simple, sublime, naturelle, sans vanité, sans ostentation, et trouve en elle seule sa gloire et sa récompense.Combien les relations entre parents et amis seraient meilleures s\u2019ils avaient toujours entre eux les égards qu\u2019ils ont.pour tout le monde! Celui qui dit qu\u2019il ne redoute pas la mort est un menteur: le brave la craint, mais il a assez de force, de volonté, pour ne pas fuir devant elle.C\u2019est faiblesse, c\u2019est vanité, c\u2019est ignorance grossière de son propre intérêt, que d\u2019espérer de pouvoir cacher ses fautes en les soutenant avec fierté et avec hauteur.Dans ses rêves le jeune homme imagine l\u2019avenir, le vieillard refait le passé.Aussi le rêve a-t-il pour l\u2019un le charme de l\u2019espérance, pour l\u2019autre l\u2019amertume du regret. 4 LA FEMME jj^ CHAGRIN D\u2019ENFANT J\u2019étais alors une écolière étourdie, à cet âge où l\u2019on a pas encore fini de .s\u2019étonner que l\u2019existence offre tant de contrariétés et que le mot de Devoir revienne si souvent à nos oreilles, comme un refrain fastidieux.En un mot, je n\u2019étais pas disciplinée au point d\u2019admettre \u201cqu\u2019on n\u2019est pas dans le monde pour s\u2019amuser\u201d.J\u2019avais obtenu ce soir-là, en considération d\u2019une extraordinaire circonstance, la permission de veiller au salon.Certains préparatifs qui bouleversaient l\u2019ordre accoutumé de la grande pièce: la profusion inusitée de lumières, l\u2019arrivée des amis, qui allaient se ranger dans l\u2019alignement des chaises \u2014 sans parler du petit bruit, si impressionnant, pour de jeunes oreilles, des cristaux heurtés et de la vaisselle qu\u2019on apprête à l\u2019office ravissaient absolument ma curiosité toute neuve, qui d\u2019habitude, à cette heure, s\u2019occupait au pays des rêves.Or, il y avait, parmi les hôtes familiers, un jeune homme étranger \u2014 grand, mince et bien tourné que je savais devoir être le héros de la soirée.Tout ce que j\u2019avais appris de lui depuis le matin avait au dernier point aiguillonné mon intérêt.Après quelques années d\u2019absence au pays voisin, il revenait de ce que, dans sa langue de poète, il appelait: la \u201cterre d\u2019exil\u201d.Son nom, que déjà soulevait l\u2019aile de la Renommée, volait au devant de la gloire.Tout près de la frontière qu\u2019il avait la veille repassée, elle lui souhaitait la bienvenue, sous le toit d\u2019un ami.Au milieu de tant d\u2019incidents infiniment intéressants pour une fraîche recrue, mon regard s\u2019emballait litté-rallement comme une cavale indomptée.Mais mon attention, surmenée par la foule des notions nouvelles qu\u2019elle collectionnait avidement fut soudain accaparée par l\u2019événement attendu.Le bourdonnement des conversations cessait.Mes yeux suivant la direction qu\u2019indiquaient tous les yeux s\u2019arrêtèrent sur la personne du poète.Debout au milieu de la pièce, il se recueillait un instant.Il semblait faire l\u2019appel intérieur de ses facultés et en rassembler les rênes avant de les faire donner toutes, en une charge vibrante.Il releva la tête et prononça: \u2014\u201cLa voix d\u2019un exilé !.\u201d Je ne sais plus ce que je retins et ce que je compris de cette musique des vers qui faisait à mon âme fraîche l\u2019effet d\u2019un bain d\u2019ambroisie.La mélodie du rythme, l\u2019élégance noble de la phrase rimée, le \u201cleitmotiv\u201d des souvenirs intimes alternant avec l\u2019éclat d\u2019un hymne patrio- tique, ou la vision mélancolique des paysages de la patrie lointaine \u2014 tout cela grisa mon imagination à un point d\u2019enthousiasme inédit.J\u2019en demeurai comme hypnotisée, en proie à une espèce de fièvre morale qui résista même à l\u2019effet du sommeil acharné de cet âge inconscient.Toute fête a son lendemain.L\u2019axiome avait alors pour moi, la saveur intacte d\u2019une nouveauté.Il fallut donc, le jour suivant reprendre le harnais de l\u2019école.Par un effet de la miséricorde providentielle cependant, ce lendemain était un \u201cjour de composition\u201d, c\u2019est-à-dire, un moment de détente dans les \u201cgalères\u201d qu\u2019était alors l\u2019école.La mélopée endormante des récitations \u2014 que j\u2019entends encore accompagnée du bourdonnement des grosses mouches libres et tapageuses qui semblait la revanche de notre silence et de notre immobilité douloureuse \u2014 cette fastidieuse ritournelle des leçons ânon-nées, se taisait au moins pendant une demi-journée.En face de notre papier immaculé nous étions censé nous recueillir pour saisir au vol et fixer les réflexions ingénieuses que devait nous suggérer le thème donné par la maîtresse.Elle nous avait dit ce jour-là\u2014voulant tenter peut-être, un stratagème qui stimulât notre paresse : \u2014Je vous laisse à vous-mêmes le choix de votre sujet.Quand d\u2019habitude approchait la fin de \u201cla classe\u201d, le silence.très relatif et la méditation étaient interrompus par la bonne soeur qui enjoignait à quelques élèves prises au hasard, de lire tout haut leur composition.Mon ardente application à la tâche \u2014 parce qu\u2019inusitée peut-être \u2014 avait dû intriguer notre professeur.En tous cas je fus la première appelée.Ramassant les feuilles encore éparses de mon travail, je me levai avec une sorte d\u2019exaltation contenue et je le lus tout d\u2019une haleine.Le sujet que j\u2019avais choisi était: \u201cLa voix d\u2019un exilé.\u201d Je sentis bien que le ton nouveau de ma voix faisait lever la tête à mes camarades.Moitié surprise, moitié intérêt, on finit par se taire tout à fait et quand je terminai au milieu d\u2019un silence flatteur, je me figurais en toute sincérité avoir fait \u201cun effet\u2019\u2019.Ce fut un moment de triomphe véritable.mais court.Je m\u2019étais rassise, et n\u2019attendais plus que la sanction du censeur autorisé.Sa voix en effet se fit entendre: \u2014Ce que je vous avais demandé mademoiselle, c\u2019était un travail personnel, original, et non une \u201ccopie!\u201d La classe toute entière eut un rire qui donnait l\u2019impression d\u2019un allègement.L\u2019une des plus paresseuses murmura avec un soupir de satisfaction : \u2014Il me semblait bien, aussi.-\u2014S\u2019il fallait se mettre à travailler comme ça, par exemple ! s\u2019exclama ma voisine.\u2014C\u2019était trop bien.Il y avait des mots extraordinaires, comme \u201cnostalgie !\u201d ¦\u2014Non, ce n\u2019était pas naturel.Telles étaient les réflexions échangées de côté et d\u2019autre.Tout ce temps-là, je gisais, sur le sol, moi, précipitée du Capitole à la Roche Tarpéïenne; humiliée, révoltée, ravalant mes larmes et tâchant de toutes mes forces, en dépit de mon émotion, de garder une attitude digne et protestataire.Je n\u2019avais pas encore lu la maxime de Pestalozi qui dit qu\u2019il faut apprendre aux enfants \u201cà supporter l\u2019injustice\u201d.C\u2019est égal, pour une fois qu\u2019on faisait un effort dans notre classe, l\u2019expérience n\u2019était pas encourageante.La méfiance pourtant qu\u2019on m\u2019avait témoignée n\u2019était pas sans excuse.Et je l\u2019ai pardonnée à la pauvre bergère d\u2019un troupeau ingrat et indiscipliné dont les innombrables méfaits autorisaient toutes les suspicions.Mon effort littéraire ai-je besoin de le dire?était d\u2019un mérite tout relatif.Il fallait vraiment que nous eussions accoutumé notre malheureuse institutrice à une bien pauvre chère pour que ce premer essai spontané la trouvât à ce point sceptique.Ce souvenir m\u2019est revenu au sujet de la disparition de notre poète national, Fréchette, qui fut la cause indirecte et involontaire de ce gros chagrin d\u2019enfant.A sa mémoire, j\u2019offre l\u2019hommage de ce souvenir.Il m\u2019est cher comme les choses du passé dont l\u2019amertume, en vieillissant, s\u2019adoucit et se fond dans le lointain de l\u2019âge heureux.Madame DANDURAND.(Ecrit en juin 1908 quelques, jours après la mort de Fréchette).Chercher dans les livres à rendre le vice aimable, ce n\u2019est pas seulement une faute de goût, c\u2019est un crime de lèse-humanité, une véritable tentative d\u2019empoisonnement social.Malgré toute son impudence, le vice rend un hommage forcé à la vertu, en voulant se parer de ce qu\u2019elle a de plus beau pour recevoir les honneurs qu\u2019elle se fait rendre.Dans tous les temps, comme chez tous les hommes, la force de l\u2019opinion a décidé les plus grands événements.Ceux qui aiment sont tout ensemble, follement inquiets, follement rassurés.Ils pensent qu\u2019un rhume de cerveau va tuer l\u2019objet de leur tendresse; ils sont certains qu\u2019il peut guérir de son cancer.Daniel Lesueur. LA FEMME 5 I PROPOS DU CAREME | M.Marcel Prévost, dans \u201cFemina\u201d, prend sujet des adoucissements apportés au carême pour railler aimablement les femmes d\u2019aujourd\u2019hui, s\u2019imaginant vivre en un temps d\u2019affranchissement : elles croient qu\u2019il fait bien meilleur vivre en 1911 que cinquante ans plus tôt: \u201cVous vous congratulez, leur dit-il, de ne plus faire carême, ou du moins \u2014\tque votre carême moderne comporte un ordinaire où, certains jours entre autres, \u2014 la sarcelle et le canard sauvage remplacent ingénieusement sur votre table, la poularde de Brisse et le perdreau de Sologne.\u201cQuel bonheur ! Ne plus faire pénitence !\u201d \u201cQuel bonheur !.\u2014 En êtes-vous bien sûres?\u201d M.Prévost affirme être certain du contraire.\u201cCar-, dit-il, les femmes modernes font toujours pénitence : leur pénitence est autrement distribuée que celle de leurs aïeules, il est vrai, mais je me fais fort de prouver qu\u2019elle est beaucoup plus rigoureuse.Seulement elle leur est prescrite par un autre idéal, \u2014 et aussi par d\u2019autres directeurs.\u201d Jamais, vos grand\u2019mères, chères lectrices, ne se seraient astreintes \u201cau régime de famine auquel vous vous condamnez pour garder votre \u201cligne\u201d \u2014\tcomme vous dites, \u2014 ou parce que tel ou tel thérapeute vous a persuadé qu\u2019en l\u2019observant, vous éclairciriez votre teint, vous guéririez votre estomac ou vos nerfs.\u201cAujourd\u2019hui, presque toutes les femmes d\u2019un certain monde font maigre, non pas durant la sainte quarantaine, mais tout le long de l\u2019année.Ou du moins, si elles additionnent en fin d\u2019année, tous leurs jours de végétarisme, et même de jeune cela passe le double d\u2019une quarantaine.M.Prévost n\u2019exagère pas, on n\u2019a qu\u2019à feuilleter n\u2019importe quel magazine ou journal de modes, et on sera effrayé du nombre de questions posées dans le but de transformer sa silhouette.Les questionneuses sont prêtes à endurer toutes les tortures pour obtenir le résultat rêvé.N\u2019est-ce pas une mortification pire que celle des carêmes austères d\u2019autrefois?Seulement le mobile est tout autre.Deux voyageurs dont l\u2019un est Italien, discutent sur le plus ou moins de mérite de leur pays.\u2014Au moins, dit l\u2019Italien, nous avons un volcan, qui est presque toujours en irruption, tandis que chez vous.\u2014Nous avons un volcan aussi, répond l\u2019autre, mais il est éteint; nous ne l\u2019allumons pas par économie ! S LE SOURIRE £ Bébé dort dans son berceau.Qu\u2019il est joli! ! Sous la blanche mousseline et les fines dentelles, sa charmante figure rose nous apparaît,encadrée par les boucles soyeuses de ses cheveux aux reflets d\u2019or.Tout à coup ses petites mains s\u2019agitent.Il sourit délicieusement à papa et maman qui, assis auprès du joli berceau, contemplent avec ivresse la délicate petite créature, leur premier né.Que de rêves ébauchés par ces heureux parents dont rien n\u2019est encore venu troubler la douce quiétude ! Que de châteaux en Espagne! Ils sont riches, ils s\u2019aiment! Avec cet enfant qui met le comble à leur bonheur, que leur faut-il de plus ?.Hélas, les joies de ce monde sont bien éphémères et la félicité ici-bas n\u2019est trop souvent qu\u2019une amère dérision.Trois ans ont suffi pour tout détruire et de ce bonheur si bien édifié il ne reste plus que des ruines.Le père est mort, la mère inconsolable l\u2019a suivi de trop près; seul l\u2019enfant est resté à la garde du Dieu des orphelins.Dans un site enchanteur, sur les bords de notre beau fleuve, se trouve une habitation charmante à l\u2019air tranquille et riant.C\u2019est là qu\u2019au milieu des bosquets fleuris ou sur la verte pelouse, on voit le plus bel enfant prendre de joyeux ébats.Il est seul ! ! ! Profitons du moment où il vient d\u2019interrompre sa course folle et de s\u2019asseoir à l\u2019ombre du vieux chêne sur le frais gazon pour l\u2019étudier ou plutôt le contempler à loisir.Ces grands yeux si expressifs et si beaux, cette figure aux traits fins et réguliers, à l\u2019expression gracieuse et charmante, l\u2019ensemble de cet extérieur à la fois si séduisant et si noble ne peut que faire rêver d\u2019un ange ou d\u2019un roi.Roi, il l\u2019est réellement, et ange il devait le devenir trop tôt, hélas ! le cher et bel orphelin de la veille.Il a quitté le village natal, qu\u2019il ne peut revoir sans déchirements.A cet âge si tendre où une heureuse insouciance est d\u2019ordinaire le partage des enfants, il a compris l\u2019étendue de son malheur et c\u2019est à regret qu\u2019il s\u2019est éloigné de la tombe de ses parents, de ces lieux si chers à son coeur.Mais pour son bonheur la délicate petite tige transplantée, retrouva un sol plus que favorable à son développement.Dieu avait préparé à cet enfant un nid bien douillet et bien chaud, des coeurs vraiment maternels l\u2019attendaient pour lui faire oublier les tris- tesses de l\u2019exil et verser sur lui des trésors de tendresse.Ame innocente et pure, coeur tendre et aimant, intelligence précoce, esprit déjà supérieur, il joignait à tous ces dons une mémoire prodigeuse et une raison au-dessus de son âge, ce qui en faisait le confident et en quelque sorte l\u2019ami de ses parents adoptifs qui l\u2019idolatraient.Aussi, s\u2019attacha-t-il de toute la force de son coeur à sa nouvelle famille.Ainsi choyé et gâté par tous ceux qui l\u2019approchaient, il vivait heureux, sans souci de l\u2019avenr qui s\u2019offrait à lui sous le plus brillant aspect.Mais jamais il n\u2019oublia ses parents et leurs traits aimés restèrent toujours gravés bien profondément dans son coeur.Hélas! un jour vint, jour de mortelle angoisse où il fallut se séparer non pour le collège, non pour l\u2019Université; mais pour toujours.pour le ciel ! !.Sa peine fut d\u2019autant plus grande que la maladie fut plus courte et que l\u2019illusion l\u2019accompagna jusqu\u2019au bout.Ce ne fut que lorsqu\u2019il fut bien près des portes du ciel que la dernière lueur d\u2019espoir s\u2019évanouit.Comment peindre cette douleur profonde comme l\u2019océan?Seule une mère peut comprendre les regrets cuisants, la douleur presque désespérée, l\u2019anéantissement sans nom, qui suivent la perte d\u2019un enfant.Auprès de ce petit lit tout blanc, dans les yeux éteints du cher mourant, l\u2019enfant de son coeur, qui lui disait encore de si douces choses mais à ce moment si déchirante pour son coeur, la mère lisait la fatale condamnation.Elle souffrit un martyre intolérable, lorsque de sa voix encore suave et belle il entonna la dernière hymne qu\u2019il devait chanter ici-bas.Cette douleur, le temps ne l\u2019a, guère adouci.Nos grand\u2019mères sont de fortes chrétiennes qui se résignent à la volonté de Dieu et baisent avec amour la main qui les frappa; mais en même temps ce sont des âmes d\u2019élite qui n\u2019oublient pas.Elles ont la mémoire du coeur où tout reste gravé en caractères indélébiles.Lors même que les ornements liturgiques, les jouets tant aimés, les petits habits et même les mignons gants de kid, ne seraient pas là pour redire à leur manière: ne m\u2019oubliez pas! la mémoire de la chère grand\u2019maman serait fidèle.Donc, mon Léon, sois tranquille et jouis en paix de l\u2019éternel amour; rien désormais ne prendra ta place dans son coeur parce que rien ne peut toucher l\u2019endroit d\u2019où l\u2019ange a pris son essor.Et à cette assurance, le petit ange s\u2019est penché radieux vers la terre et.î' a souri.i Blanche de NORMANDIE.'l Kamouraska. 6 LA FEMME % LE PARDOM DES Û3SEAUX | * £ Lettre de René à sa cousine Hélène Quimperlé, le 17 mai 19.Ma chère Hélène, Depuis que je suis venu m\u2019installer avec père dans cette \u201cvieille Armorique\u201d, comme il l\u2019appelle, pays des légendes et des korrigans, je n\u2019ai pas encore laissé passer une seule occasion de te faire part de mes impressions.Je n\u2019y voudrais pas manquer aujourd'hui, trop heureux de te conter mes émotions d\u2019hier.La Bretagne est la terre classique des \u201c Pardons\u201d.Leur origine remonte, paraît-il, aux temps les plus reculés, et, au moyen âge, ils étaient, pour ceux qui les fréquentaient, l\u2019occasion de s\u2019approcher des sacrements et de gagner des indulgences.Si toutes les chapelles votives, es-saimées sur la côte bretonne, devaient avoir leur \u201cPardon\u201d, je doute que les trois cent soixante-cinq jours de l\u2019année y suffiraient.Heureusement, on a fait parmi elles une sélection, et s\u2019il reste encore un nombre respectable de ces pèlerinages, quelques-uns ont conservé un éclat et une popularité justifiés.Je ne t'apprendrai rien en te disant que le plus célèbre est le \u201cPardon\u201d de Sainte-Anne d\u2019Auray, celui-ci essentiellement religieux.D\u2019autres, et, parmi ceux-ci, celui auquel j\u2019ai eu l'occasion d\u2019assister hier, ont un caractère mi-religieux, mi-profane, en ce sens que, \u201cla cérémonie faite\u201d, ce n\u2019est plus qu\u2019un prétexte à beuveries.Hier donc, lundi de la Pentecôte, a été célébré, dans une très vieille chapelle, sise à quatre kilomètres de Quimperlé, tout auprès de la rivière et presque à l\u2019orée d'une des plus antiques forêts armoricaines, le \u201cPardon clés oiseaux\u201d.Dès l\u2019aube, une foule bigarrée de plus de quinze mille personnes se rend au vieux sanctuaire, qui à pied, qui en char-à-bancs.Dans tout ce va-et-vient, dans ce perpétuel brouhaha, une chose attire particulièrement mon attention : ce sont les costumes.Le sexe auquel tu as l\u2019honneur d\u2019appartenir arbore des coiffes d'un linon vaporeux, prêtes à éployer leurs ailes cle libellules, mais un ruban cle soie emprisonne leur vol.Sur les corselets de velours, des entrelacs des fils chargent, d\u2019or, de pourpre dessinent cle précieuses arabesques ; des tabliers mauves, azurés, couleur d\u2019améthyste et couleur de topaze, teintés cle grenat ou veinés d\u2019amarante, flottent au vent comme le panache de reconnaissance du bon roi Henri.Du côté de \u201cla toute-pussance\u201d, le costume n\u2018est pas moins original.Les pantalons à jgont sont de drap fin, les gilets de velours noir et les vestes d\u2019une coupe à faire honneur aux couturiers du boulevard.Seuls, les chapeaux feutrés, cravatés d\u2019un ruban de velours qui n\u2019en finit plus, paraissent s\u2019être grisés de cidre.Us ont le poil à l\u2019envers, précédant, en cela, la tête de leur propriétaire.Mais, soudain, un grand-silence.Line cloche a tinté, et cette foule, tout à l\u2019heure si turbulente, à genoux maintenant, les hommes tête nue, prosternés à même le sol de la plaine, écoute le saint-sacrifice de la messe.Un prêtre à cheveux blancs officie, tandis qu\u2019un marguillier, presque ausi vieux que lui, lui fait les \u201crépons\u201d.Pour maîtrise, nous avons le chant des oiseaux, et pour grandes orgues les murmure de la rivière et le bruissement des feuilles agitées par la brise matinale.Eh bien ! tu me croiras si tu veux, ma chère Hélène, j\u2019ai trouvé plus de grandeur dans cette simple cérémonie, où j\u2019ai retrouvé la foi vivace de nos vieux Bretons, que dans la pompe de nos cathédrales.L\u2019office terminé, la fête profane a aussitôt commencé.Juchés sur un tonneau, deux musiciens, un joueur de biniou et un bombardier, ont attaqué les morceaux les plus discordants de leur répertoire.Les gavottes succèdent aux branles et lés branles aux gavottes.Les couples, la main haute, sautillant sur un pied qu\u2019ils alternent,se font des révérences, aimables de la part des femmes, gourmées et sévères du côté des hommes qui semblent se croire investis d\u2019un sacerdoce ; on supposerait, lorsqu'on n\u2019est pont initié, que le sexe fort s\u2019ennuie, alors que le plaisir est pour lui délirant.C\u2019est la festivité de l\u2019Esprit-Saint.Un concert exquis de gazouillements mélodieux baigne l\u2019âme d\u2019harmonies et l\u2019enivre.Tout autour de' nous, prodigieux, insolent, superbe, parfois mélancolique et contenu, monte le chant des oiselets, captifs en des cages de roseaux, ivres de liberté, d'air et d\u2019espace, dont la foule bigarrée vient faire l\u2019emplette.Toutes les Serpolettes de la lande bretonne se disputent ces souvenirs du Pardon, souvenirs de beauté, souvenirs de plaisirs; et le chorus de la gent emplumée, répercuté par l\u2019écho, paraît un hosanna à la nature en liesse.Te me souviendrai toujours de ce beau lundi de Pentecôte, au pays celtique.Dois-je ajouter qu\u2019ainsi que dans toute fête bretonne digne de ce nom les bolées ont coulé à flots?Je te quitte, ma chère cousine, et reste ton cousin, RENE.Pour copie conforme : MarHllac.CONTE I LE SOU DU PAUVRE.Les vieilles pierres de Notre-Dame sont éclairées par un soleil tout neuf.C\u2019est la première fois, depuis les jours d\u2019automne, qu\u2019on sent ses rayons vraiment gais et chauds.Us dorent les têtes des gargouilles et les couronnes des vingt-huit rois de pierre.Us baignent les tours d\u2019une atmosphère lumineuse et jaune.Us adoucissent les ombres de l\u2019architecture.Les trous noirs sont devenus bleus, les ogives sont pleines d\u2019air et de jour léger.L\u2019air est frissonnant de lumière, les cloches élargissent leurs vibrations.C\u2019est le printemps et c\u2019est dimanche, c\u2019est la fête des humbles, qui se reposent.Seulement l\u2019une est complète et l\u2019autre a des lacunes: toute la nature est en liesse et tous les pauvres ne se reposent pas.Témoin, parmi ceux même dont l\u2019âge serait encore aux sourires et aux jeux insouciants, témoin la petite bouquetière qui trotte déjà depuis deux longues heures, à petits pas vifs, du trottoir, où elle se réfugie, au passant qu\u2019elle sollicite.Elle répète le geste de son bras tendu au bout duquel s\u2019épanouit le bouquet dont la couleur somptueuse contraste avec la misère proprette des vêtements.Les violettes sont belles, cette année, les bouquets sont touffus, les pétales s\u2019ouvrent à l\u2019air léger.On en achète un peu.\u2022\u2014'Voyez, monsieur, deux sous la botte ! Le neuvième bouquet est payé par deux petits sous.L\u2019un d\u2019eux va docilement rejoindre les autres au fond de la poche.Le second, sournois, glisse sans bruit le long de la petite jupe et va se tapir dans le ruisseau.L\u2019eau fait doucement : cloc ! La petite marchande entend vaguement.Mais elle pense à autre chose.Elle a saisi un autre bouquet, le frappe à petits coups sur sa main ouverte et tendue, le secoue entre ses doigts, l\u2019élève.\u2014Deux sous ! II LE SOU DU RICHE Les trois portails de Notre-Dame ne sont pas semblables.Il ya d\u2019abord le grand, celui du milieu et deux petits, à droite et à gauche.Ces deux là ne sont pas non plus pareils entre eux.L\u2019un est ogival, l\u2019autre triangulaire.On dit que celui du Sud est le reste d\u2019une très vieille église qui existait sur l\u2019emplacement du monument gothique.Celui du Nord, ouvert, laisse passer ies fidèles qui entrent et sortent.Quand on s\u2019approche, on voit un grand LA FEMME 7 abîme sombre.Quand on entre on découvre l\u2019église, l\u2019église dans toute l'acception matérielle du mot, mystique, pleine d\u2019ombre ménagée et savamment disposée par les constructeurs du moyen âge.Quand on sort, on est ébloui par la clarté et la simplicité du jour.C\u2019est ce qui arrive au monsieur très bien mis qui sort de Notre-Dame en ce moment.Il est richement vêtu de fourrures entr\u2019ouvertes.Une fillette l\u2019accompagne, très grave, la bouche sérieuse, peut-être un peu pincée, la démarche mesurée.Tous deux sont très dignes, se sentant enviés et respectés à cause de leurs beaux habits.Mais avant de franchir le seuil, le monsieur a été troublé par la voix de la quêteuse, une religieuse à genoux, pâle, avec des yeux qui s\u2019agrandissent démesurément dans la pénombre.\u2022\u2014Pour les pauvres malades, s\u2019il vous plaît?Cette voix dolente, presque irritée, l\u2019a frappé.C\u2019est que depuis un long moment, visiteurs et fidèles passent devant la bourse rouge sans y rien jeter.Le monsieur a retiré son gant, donné cinq sous à la soeur quêteuse.\u2014Pour les pauvres malades, s\u2019il vous plaît?Le monsieur entend encore cette voix en entrant dans le grand jour et, comme il referme son porte-monnaie, un sou s\u2019en échappe et roule.\u2014Papa, papa, il est dans l\u2019eau ! dit la fillette qui s\u2019est élancée et a suivi la course du petit disque.Comment faire pour l\u2019avoir?Le monsieur a un court moment d\u2019hésitation.Un sou, c\u2019est un sou.Mais il faudrait se mouiller les doigts, se salir.On le regarde.majestueusement : \u2014Ce sera pour un pauvre.Tous deux s\u2019en vont, sans tourner la tête.III UN N\u2019EGALE PAS TOUJOURS UN, MAIS PEUT FAIRE DEUX.La petite marchande de violettes a traversé la Seine, est passée près de Cluny, sera bientôt rue Monsieur-le-Prince, où habite sa mère.Il n\u2019est pas trop tard.Tout est vendu.Elle a vingt-quatre sous dans sa poche -\u2014 dont dix de bénéfice.Elle pense, en petite ménagère sérieuse, qu\u2019elle.va acheter ses provisions : une livre de pain, un chou, un peu de saindoux et du charbon, en gardant pour demain les quatorze sous qui serviront à l\u2019achat d\u2019autres fleurs.En abordant le boulevard Saint-Michel, elle compte ses sous au fond de sa poche, onze gros et un petit.Onze fois deux, vingt-deux.Et un vingt-trois.Elle recompte, croyant s\u2019être trompée.Elle s'arrête, un peu pâle.Elle a perdu un sou.Tout à coup elle se rappelle.C\u2019est cela.Les deux petts sous du neuvième bouquet.Un d\u2019eux a dû tomber.Le petit bruit du ruisseau : cloc ! Pour elle, un sou est plus qu\u2019un sou.En se résignant à sa perte, il faudrait prendre le chou plus petit, moitié plus petit.Ce ne serait rien si l\u2019on avait d\u2019autres mets.Mais celui-là seulement.Ce serait une journée de faim.Il y en a déjà eu tant de jours semblables.Il faut qu\u2019elle retrouve l\u2019égaré.Et la voilà repartie, retournant vers Notre-Dame.Juste à ce moment, le monsieur riche franchit, avec sa petite fille, la porte de son hôtel, là-bas, au bout de l\u2019Ile-Saint-Louis.Ils ne pensent plus au sou perdu.Bien sûr il n\u2019a pas la même valeur que celui deQa petite marchande, quoique ce soit une pièce toute pareille.Cette fois-ci, un n\u2019égale pas un.Comment la monnaie du riche égalerait-elle celle du pauvre ?On ne parvient à les mettre en balance, sur le papier, qu\u2019en faisant abstraction de ce qu\u2019elles représentent.Combien de mal se donne la petite bouquetière en trottant de ses jambes lasses vers Notre-Dame?Aura-t-elle fait cette course inutilement?La voici arrivée où elle était tout à l\u2019heure.Elle ne craint pas de se mouiller les doigts, elle.Elle cherche bravement dans l\u2019eau froide.Mais si un sou n\u2019égale pas toujours un autre sou, cette fois-ci il en vaut deux, car la bouquetière trouve les deux petites pièces l\u2019une sur l\u2019autre, bien sages, qui l\u2019attendent.Elle n\u2019en croit pas ses yeux, s\u2019émerveille.Puis elle empoche et s\u2019en va toute joyeuse, dans une caresse du soleil.Les pauvres ne sont pas gâtés.Quelle joie dans sa vie vaudra celle de cet instant?Emile SOLARI.* * * La vertu porte en soi sa récompense; le vice traîne avec lui son boulet.Apprenez \u2018à sourire (à vos amis ils ont assez de soucis dans leur coeur sans se badrer des vôtres.Guérison des yeux sans médicaments, opé ration uidouleur.Nos \u201cVerres Toric\u201d nouveau style A ORDRE sont garantis pour bien VOIR, de LOIN et de PRÈS, tracer, coudre, lire et écrire.Consultez le meilleur de Montréal.- A L\u2019INSTITUT D\u2019OPTIQUE LE SPECIALISTE BEJDKiER 144, Ste-Catherine Est.coin Ave Hotel de Ville.Montréal L\u2019EXAMEN DES YEUX GRATIS Spécialité: Yeux artificiels AV IS\u2014 Cette annonce rapportée vaut 16c.par dollar sur tout achat en lunetterie.Il recherche les Cas difficiles, désespérés, N\u2019achetez jamais des \u201cPEDLERS\u201d ni aux magasins \u201c A-tout-faire\u201dsi vous tenez à vos yeux.I BONNES RECETTES § a Oeufs en cocotte printanière Hacher finement un oignon et du persil.Faire revenir avec gros comme un oeuf de beurre; si vous avez une truffe à ajouter au mélange, il n\u2019en sera que plus délicat.Beurrer le nombre de petites cocottes en porcelaine, ou en terre brune (ce qui est mieux encore), correspondant au nombre des convives, les saupoudrer avec le mélange préparé d\u2019avance, casser un oeuf dans chacune d\u2019elles, saler et poivrer; mettre enfin les cocottes au bain-marie (eau pas trop chaude) et cuisez au four jusqu\u2019à ce que l\u2019oeuf soit légèrement pris.Arroser avant de servir d\u2019une cuillère de crème bien fraîche.On peut aussi cuire les oeufs simplement sur le fourneau ; ils sont seulement un peu moins onctueux.La quantité de beurre indiquée est pour six convives.Oeufs Dandolo Battez en neige les blancs de douze oeufs que vous avez assaisonnés de sel et de poivre.Placez régulièrement vos jaunes sur une tourtière beurrée, en ayant soin de ne pas les briser; arrosez-les de quelques cuillerées de crèmes, versez votre neige par-dessus, faites cuire au four pas trop chaud jusqu'à ce que votre plat se dore légèrement.Servez de suite.Croquettes fermière Battre dans une terrine, cinq oeufs entiers et trois jaunes; rajouter du sel, poivre, un peu de muscade, deux cuillerées de crème; mettre ce mélange dans un moule à timbale beurrée et le faire pocher au bain-marie.Quand le mélange est raffermi, le démouler et laisser refroidir.Couper finement en petits dés, ou mieux hacher un peu grossièrement et mélanger à une sauce béchamelle (sauce à la crème) épaisse et liée avec deux jeunes d\u2019oeufs.JONAS Ce nom sur une bouteille d\u2019essence culinaire veut dire 8 LA FEMME Etaler cette sorte de pâte sur une tourtière ; laisser refroidir et lorsqu\u2019elle est bien ferme, la diviser en parties égales, grosses comme deux noix.Former des croquettes, les rouler dans une panure fraîche et fine, puis dans un blanc d\u2019oeuf battu.On peut les paner une seconde fois, ce qui les rend plus malléables, mais aussi moins délicates.Passer alors les croquettes dans une friture bien chaude et sans goût.Dresser en dôme, en accompagnant d\u2019une garniture de persil.En faisant les croquettes, moitié grosseur, on peut s\u2019en servir pour accompagner et garnir une pièce de viande rôtie, ce qui est d\u2019un bon effet.Ce plat peut se faire plus simplement avec six oeufs cuits durs, hachés et mélangés avec la même sauce.Le manque d\u2019épaisseur de la sauce pourrait compromettre la réussite des croquettes.Observation.\u2014Cette façon d\u2019apprêter les oeufs pourra permettre de les faire paraître ainsi déguisés, au repas du soir qui, suivant l\u2019étiqeutte de classique élégance, ne doit pas en comporter.Cet usage un peu étrange, semble excessif à beaucoup de personnes au courant des usages comme nos aimables abonnée,s et beaucoup d\u2019estomacs se plaignent aussi d\u2019être privés les jours maigres de leur mets de prédilection.Les croquettes fermière, en dissimulant les oeufs, offrent une solution mixte dont élégants et gourmets se déclareront satisfaits.CONSEIL UTILE Contre les enflures.\u2014Appliquez de suite ou aussitôt que cela est possible un cataplasme fait avec de la cendre de bois (de la cendre de bois, pas d\u2019autre), et de l\u2019huile à manger, autant que possible huile d\u2019olive, une autre serait bonne également.Le remède est infaillible.MESDAMES Après avoir magasiné venez prendre un bon repas a 15c de -PREMIÈRE CLASSE- Melle COTÉ 576 RUE STE-CATHERINE EST En face du Magasin Letendre, Fils & Cie CELUI QUI VIE L\u2019effort pour conqioérir ne m\u2019est jamais à charge Des gestes sont mêlés aux rêves de mes jours.Si bien que, pour mon corps et mon âme trop courts, Les feuillets de ma vie ont une étroite marge.Mais l\u2019écriture en est exubérante et large, Car la page a tremblé sous un souffle toujours Venu de ce qu\u2019hier enlisa sans recours Ou du vierge demain craintif d\u2019une surcharge.C\u2019est aussi que ma main frémit quand mon regard, Pour un lointain que le désir pare de fard, Quitte un but où ma force a marqué son empreinte.Etre votre tantale, ô mes rêves! Non pas.Si mes yeux sont fixés sur un espoir d\u2019étreinte, Tous mes regards brillants sont suivis par mes pas.Charles GUERET. LA FEMME POESIE INEDITE -Passe, temps cruel, passe.Des oiseaux, des parfums, des fleurs, Des femmes en toilette claire, L\u2019art pour aimer, les yeux pour plaire.Sur l\u2019herbe tendre aux mille odeurs L\u2019effroi des nuits, a mis des pleurs.L\u2019âme humaine, où la foi se glace, Dans l\u2019émoi des printemps, a peur.Passe, temps cruel, passe! T out flambe en ardent incendie, Tout vibre d\u2019amour exalté! Les blés d\u2019or, la fécondité, Rythment leur tendre mélodie! .L\u2019être languit d\u2019avoir été.Dans l\u2019ivresse du bel été L\u2019effort s'amollit et se lasse.Passe, temps cruel, passe! Dans l\u2019air humide et les bois roux Grisaille l\u2019indécise automne.O jours trop brefs! O jours trop doux! Et nos rêves frileux s\u2019étonnent.L\u2019amour s\u2019effeuille.le parfum Des foins séchés, des mots défunts Se volatilise et s\u2019efface.Passe, temps cruel, passe! Le cerveau s\u2019endort dans les brumes Car l\u2019hiver triste et pâlissant Est là, déjà! Regrets posthumes, Spectres falots, remords cuisants, O souvenirs meurtriers, grâce! Il fait si froid! Il fait si nuit! L\u2019heure distille de l\u2019ennui.¦\u2014Passe, temps cruel, passe! 10-1-1911.GEORGE RYVAL m A QUALITE EGALE, NOS PRIX SONT TOUJOURS LES PLUS BAS - ¦¦ /C-.\t- KM: Ter- ¦mm VOICI LE PRINTEMPS! L\u2019Hiver à soufflé ses dernières bourrasques- C\u2019est l\u2019époque où chacun aime à refaire la ]Dhysionomie de son intérieur.En prévision de ce fait nous avons déjà pourvu amplement ce rayon où s\u2019étalent à profusion toutes sortes de GARNITURES DE MAISON Tapis, Prélarts, Rideaux, Etc.(2ième Etage \u2014 Tel.Bell Est 695) C\u2019est le meilleur temps pour venir y faire votre choix.Les marchandises achetées actuellement pourront être mises de côté jusqu\u2019à ce que l\u2019on désire en prendre livraison.A REMARQUER\u2014que nous envoyons à domicile prendre les mesures nécessaires, sans qu\u2019ii n\u2019en coûte rien de plus à nos clients.TAPIS BRUXELLE\u201427 pouces de large, avec ou sans bordure.Différents dessins et nuances.Prix régulier,$1.25 Spécial.98c COUVREPIEDS\u2014blancs ourlés et finis au crochet.Grandeur 70 x 80, pour lit double, valant $2.00.Spécial $1-19 RIDEAUX\u2014en dentelle Nottingham longueur 48 pouces par 3 verges.Jolis patrons.Toujours vendus $100 la paire Spécial.59c PANNEAUX\u2014Pour portes ou fenêtres, 30 x 40 pouces.En tulle appliqué blanc, dessin renaissance.Depuis 75c jusqu\u2019à, chacun.$3 50 Autres panneaux de genres différents, depuis 19c jusqu\u2019à.$2.50 MOUSSELINE A RIDEAUX \u2014 Couleurs fleuries, teintes différentes, double ou simple largeur.Depuis 10c la verge jusqu\u2019à.30c STORES \u2014Faits sur commande.LA CONFECTION NOS ACHETEURS se sont surpassés cette année.C\u2019 est dire que ce Rayon m a i n ti e n t haut la reputation du \u201cBon Marché\u201d.Tout est prêt pour satisfaire la légitime anxiété de nos clientes qui ne veulent pas se laisser devancer par le chic de leurs toilettés.MANTEAUX\u2014Notre propre importation\u2014en serge et drap français croisé (basket cloth), Panama, soie ou satin, 7-8 de largeur ou grandeur de la robe.Couleurs nouvelles, riches garnitures aux poignets et au collet, Doublure en soie.Tous les styles, Prix depuis $15- à.$60.BLOUSES\u2014en soie chiffon Louisine messaline, taffetas, crêpe de Chine ou satin duchesse, net Tosca et en point, manches nouvelles, nuances choisies.Doublure en soie- Tous des derniers modèles.Prix depuis.$5.à $18.COSTUMES\u2014Toutes les plus récentes créations et patrons très artistiques, Pour dames, jeunes filles et fillettes.Inutile de décrire ces beautés, il faut le voir.Chaque costume constitue une révélation.Prix $12.à.$40.NOUS CONFECTIONNONS sur mesure tous les pardessus, habillements et complets pour HOMMES et GARÇONNETS.LETENDRE, FILS&CIE.567 rue Ste-Catherine Est.LES TWEEDS ET DRAPS achetés ici pour complets d\u2019hom-ou de garçonnets, sont TAILLÉS GRATUITEMENT. i Affiches, Avis, Billets de Concerts, Billets de Théâtres, Billets de Tombola, Bulletins, Buvards d\u2019Annonce, Cartes d'Affaires.Cartes de Visites.Cartes Postales.Cartes Mortuaires, Cartes de Modes, Calendriers, Catalogues, Circulaires, II8III Envois, Etats de Comptes, Folios, Impressions de Luxe, Journaux, Lettres de faire part, Lettres Mortuaires, Lettres, Publications, Pancartes, Pamphlets, Programmes, Revues, Etc , Etc.Voyez à ce que le nom CROMPTON Soit sur vos Corsets, il signifie ajustement parfait, dernier style et qualités insurpassées.::\t::\t:: :: 33 ans de succès ::\t::\t::\t:: Nos DENTS sont très belles, natur 1-les garanties ! 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