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Titre :
La revue trimestrielle canadienne
Revue universitaire qui a le mandat de stimuler et de diffuser la recherche scientifique et la recherche sociale réalisées à l'École polytechnique de Montréal et à l'Université de Montréal. [...]

La Revue trimestrielle canadienne est fondée en 1915 par un jeune professeur de l'Université Laval à Montréal et de l'École des hautes études commerciales, Édouard Montpetit, et les professeurs de l'École polytechnique Arthur Surveyer et Augustin Frigon. Ils en seront les principaux animateurs, durant quelques décennies. Le sulpicien Olivier Maurault se joindra à eux en sa qualité de recteur de l'Université de Montréal.

Publiée par l'Association des anciens élèves de l'École Polytechnique, la revue remplit le vide laissé par Le Bulletin de l'École Polytechnique et La Revue économique canadienne. Elle vise à stimuler l'étude des sciences appliquées et des sciences sociales, en premier lieu le génie civil et l'économie, ainsi qu'à informer et à servir les ingénieurs francophones. La technologie, l'économie politique, la médecine, la philosophie, la psychologie, l'enseignement et l'humanisme trouveront une place dans ses pages au cours des années.

Parce qu'elle est un des principaux organes de diffusion de la recherche francophone, la Revue trimestrielle canadienne est une ressource importante pour la connaissance de l'histoire des sciences au Québec. On y trouve par exemple une présentation rédigée par le frère Marie-Victorin du lancement de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (mars 1924), ainsi que de nombreux articles témoignant du développement des recherches sur le génie civil, l'électricité et l'électronique, dont des articles sur la télévision à partir de 1933.

Le spectre de la diffusion de la recherche y est très large. On y traite fréquemment d'hygiène sociale dans les années 1920 et 1930, et de façon constante de l'enseignement général et professionnel. La psychanalyse y est abordée dans une série d'articles d'Antonio Barbeau publiés en 1930 et 1931. On peut aussi lire en 1938 un retour du géologue Gérard Gardner sur la question complexe de la frontière du Labrador.

La Revue trimestrielle canadienne permet de connaître davantage la vie de l'École polytechnique jusqu'en 1954, dernière année où la revue est publiée. L'Association des anciens élèves y donnera suite avec L'Ingénieur, une revue résolument tournée vers le génie.

Source :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1982, vol. 5, p. 139-141.

Éditeurs :
  • Montréal :Association des anciens élèves de l'Ecole polytechnique de l'Université de Montréal,1915-1954,
  • Montréal :Association des diplômés de polytechnique
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de l'Ecole polytechnique de Montréal
  • Successeur :
  • Ingénieur
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Références

La revue trimestrielle canadienne, 1932, Collections de BAnQ.

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Mention incorrecteA/olume /S’ .-Wème année No 69 MONTRÉAL Mars 1932 Revue Trimestrielle Canadienne Art de l’ingénieur—Economie politique et sociale—Mathématiques Législation—Histoire—Statistique—Architecture —Sciences Hygiène—Industrie—Forêts—Finances—Transports.SOMMAIRE Pages 1— I.Le Statut de Westminster et l’Évolution Nationale.Ernest LAPOINTE 19— II.Utilisation des Cellules photoélectriques à ampoule de verre pour l’étude des radiations ultra-violettes.George DÉJARDIN 29— III.Pour nos enfants.F- MARIE-VICTORIN 35— IV.La Famille Canadienne-française, sa force, ses faiblesse.Léon GÉRIN g4— V.Du nouveau sur le Grand Dérangement.Ernest martin 83— VI.Science et Enseignement.Jean flahaut 92— VII.Revue des Livres.100—VIII.Vie de l’École et de l’Association.ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL COMITÉ DE DIRECTION: Président: Mgr J.-Vincent Piette, Recteur de l’Université de Montréal.Membres: MM.Aurélien Boyer, Principal de l’Ecole Polytechnique.Augustin Frigon, Directeur de l’École Polytechnique.Arthur Amos, Chef du service hydraulique de la Province de Quebec.Victor Doré, Professeur à l’École des Hautes Études Commerciales.Alfred Fyen, Professeur à l’École Polytechnique.Léon-Mercier Gouin, Avocat.Théo-J.Lafrenière, Professeur t\ l’École Polytechnique.Olivier Lefebvre, Ingénieur en chef, Commission des Eaux courantes.Olivier Maurault, p.s.s.Curé de Notre-Dame.Edouard Montpetit, Professeur à l’Universit.de Montréal.Antonio Perrault, Professeur à l’Université de Montréal.Arthur Surveyer, Ingénieur Conseil.L.Brunotto, Bibliothécaire de l’École Polytechnique.Armand Circé, Professeur à l’École Polytechnique.Secrétaire de l’Association des Anciens Élèves.COMITÉ D’ADMINISTRATION ET DE RÉDACTION: _ Président: Arthur Surveyer Membres: MM.Édouard Montpetit, Arthur Amos, Augustin Frigon, Olivier Maurault, Théo-J.Lafrenière, Antonio Perrault, Olivier Lefebvre, Léon-Merciei Gouin.Rédacteur en chef: Édouard Montpetit.Secrétaire de la rédaction: Léon-Mercier Gouin.Secrétaire Général: Augustin Frigon.Trésorier: Aurélien Boyer.PRIX DE L’ABONNEMENT ANNUEL Le Canada et les États-Unis $3.00 — Le numéro .75 cents Tous les autres pays $4.00 — Le numéro $1.00 La Revue Trimestrielle Canadienne parait quatre fois l’an: en mars, juin, septembre décembre.La Revue est accessible à la collaboration de tous les publicistes, spécialistes et hommes de profession; mais la Direction n’entend pas par l’insertion des articles assumer la responsabilité des idées émises.Tous les articles insérés donnent droit à une indemnité calculée par page de texte imprimée ou de graphiques.Les manuscrits ne seront pas rendus.La reproduction des articles publiés par la Revue est autorisée, à la condition de citer la source d’où ces articles proviennent et de faire tenir un exemplaire à la Revue.Il sera rendu compte de tout ouvrage dont il aura été envoyé un exemplaire à la Rédaction.Adresser toute communication pour les abonnements, publicité, collaboration etc.directement à: La Revue Trimestrielle Canadienne LAncaster 9208.' 1430, rue Saint-Denis, Montreal R1 : V U I : TRIM K ST R l ELLE C AX A I) 11 ! X X K I L’UNIVERSITÉ de MONTRÉAL Comprend les facultés et écoles suivantes : P4CIJLTÉS THÉOLOGIE ' DROIT MEDECINE ' PHILOSOPHIE ' LETTRES SCIENCES CHIRURGIE DENTAIRE ECCLES PHARMACIE - SCIENCES SOCIALES POLYTECHNIQUE - INSTITUT AGRICOLE D'OKA ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES OPTOMÉTRIE ^ MÉDECINE VÉTÉRINAIRE HYGIÈNE SOCIALE APPLIQUÉE TOURISME ?Pour tous renseignements, s'adresser au Secrétariat général 1265, rue St-Denis Montréal II liKVrK TRIM l> I IM KU.K ( ' AN A 1)1 K\M Département du Set r- tairt dv la province de Québec HON.ATHANASE DAVID, Secretaire provincial ENSEIGNEMENT TECHNIQUE ECOLES TECHNIQUES MONTREAL, QUEBEC, HULL COURS TECHNIQUE: Cours de formation générale technique préparant aux carrières industrielles.(Trois années d'études).COURS DES METIERS: Cours préparant à l’exercice d'un métier en particulier.(Deux années d’études).COURS D’APPRENTISSAGE: Cours de temps partiel organisés en collaboration avec l’industrie.(Cours d imprimerie à l’Ecole Techinique de Montréal).COURS SPECIAUX: Cours variés répondant à un besoin particulier (Mécaniciens en véhicules-moteurs et autres.) COURS DU SOIR: Pour les ouvriers qui n'ont pas eu l’avantage de suivre un cours industriel complet.COURS D'ARTS ET METIERS SECTION DES METIERS COURS DU SOIR: Montréal.Port-Alfred.Chicoutimi, La Tuque.Beauceville, Lévis, Lauzon, Saint-Romuald, Sherbrooke, Saint Hyacinthe.Valleyfield, Lachine, Shawinigan Falls.Ces cours s'adressent tout particulièrement aux ouvriers, et couvrent plusieurs sujets tels que: Dessin industriel, Mathématiques de l’ouvrier, Electricité, Lecture de plans.Travail du bois.etc.••TECHNIQUE".Revue industrielle, organe de l’Enseignement technique.Abonnement: SI.00 par année (10 numéros).AUGUSTIN FRIGON Directeur général de l’enseignement technique 1430, RUE SAINT-DENIS.MONTREAL REVUE TIUME.'TRIELLE C AX ADI EN N E til Ecole (les Hautes Etudes Commerciales Affiliée a l’Université de Montréal Préparant aux Situations Supérieures du Commerce, de l'Industrie et de la Finance.Bibliothèque Economique.Musée Commercial et Industriel.Décerne les diplômes de Bachelier en sciences commerciales.Licencié en sciences commerciales, de Docteur en sciences commerciales, et Licencié en sciences comptables.Ce dernier diplôme donne droit d'admission dans 1 Association des comptables agréés de la province de Québec (C.A.).l'Institut des comptables et auditeurs de la province de Québec (L.I.C.) et la Corporation des comptables publics de la province de Québec (C.P.A.) BOURSES DU GOUVERNEMENT Cours spéciaux réservés aux avocats, aux notaires et aux ingénieurs.COURS LIBRES DU SOIR: comptabilité théorique et pratique, opérations de banque, opérations d assurance, correspondance anglaise et française, mathématiques Lnanciè-rcs, économie politique, droit civil, droit commercial, langues étrangères: italien, espagnol, allemand.Cours spéciaux, préparatoires à la Licence en sciences comptables.COURS PAR CORRESPONDANCE : comptabilité, français et anglais commercial, économie politique, droit civil, droit commercial, algèbre, etc.Pour tous renseignements, brochures, prospectus, inscriptions, etc., s’adresser au directeur: Coin avenue N iger et rue St-Hubert, MONTREAL IV REVUE TRIMESTRIELLE CANADIEXXE ECOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉAL FONDÉE EN 1873 TRAVAUX PUBLICS - INDUSTRIE Toutes les Branches du Génie PRINCIPAUX COURS: - Mathématiques C" ‘ ‘ Dessin Electricité Minéralogie Arpentage Mines Machines Thermique: Constructions ( 'iviles Génie Sanitaire Hygiène Physique Descriptive Mécanique Hydraulique Géologie Géodésie Métallurgie Travaux Publics Chemins de fer Chimie Industrielle Economie Industrielle Laboratoires de Recherches et d’Essais, 1430 rue Saint-Denis, Montréal.Administration:— Laboratoire Provincial de?TÉLÉPHONES:— LAncaster 9207 Mines: — LAncaster 7880 prospectus sur demande 9 Revue Trimestrielle Canadienne MONTRÉAL MA RS 1932 LE STATUT DE WESTMINSTER ET L’ÉVOLUTION NATIONALE DU CANADA Je vous remercie, Monsieur le Président, de vos bienveillantes paroles.Je désire aussi exprimer ma gratitude aux membres du Cercle Universitaire pour cette seconde invitation.Plie me procure l’occasion de souligner les changements survenus depuis les quelques remarques (pie j’avais l’honneur de faire ici en octobre 1927 sur la situation internationale du Canada.Le sujet revêt un caractère spécial d’actualité à cause de l’adoption récente d’un Statut Impérial, qui a donné la sanction législative aux recommandations des Conférences de 1926, 1929 et 1930.En réalité, l’Acte de Westminster ne confère pas aux Dominions un nouveau statut, il ne leur octroie pas de privilèges constitutionnels nouveaux.Il ne fait que reconnaître et insérer dans le droit statutaire le dernier stage d’une évolution de plusieurs années.Ce n’est pas une création: c’est la constatation d’un développement naturel, d’une croissance normale.lx's Dominions sont devenus des Etats libres, volontairement associés entre eux et avec le Iloyaumc-l ni, non pas parce qu un ou des groupes d’hommes ont voulu faire du nouveau, mais parce que ces jeunes pays ont étendu progressivement le champ de leurs activités gouvernementales et que le problème s’est posé finalement d’une façon pratique et définie.Dans toutes les sphères administratives et constitutionnelles, ' -j"[j Conférence faite au Cercle Universitaire de Montréal, le lti janvier 1932. li 1 : V1 • K TR IM KSTHIK I.I.l ; ( ' A N A I) I K X X K le Canada a requis graduellement et avec succès que 8a Majesté le Roi, dans les affaires canadiennes, cesse d'agir sur la recommandation de ses aviseurs impériaux et ne reçoive d’avis que de ses ministres canadiens.L’évolution fut rapide politiquement, quoique lente à s’exprimer dans les textes légaux.Mais les théories et les formules juridiques étaient contrôlées et dominées par la pratique constitutionnelle.11 ne faut pas oublier le rôle capital de la coutume ou convention en droit anglais, des pouvoirs qui paraissent subsister en théorie sont annihilés par une désuétude définitive, d’autres pouvoirs, effectifs ceux-là, naissent d’une coutume en perpétuelle évolution.Les faits devancent la loi, mais finissent toujours par l’entraîner dans leur sillon.Les grandes chartes constitutionnelles anglaises, la Pétition de droit, la “déclaration of rights” n’étaient pas en elles-mêmes des textes légaux.Mlles posaient un principe.Un principe politique définitivement accepté comme principe constitutionnel finit toujours par apparaître dans le droit administratif.Le rapport de la Conférence de 1920, “une reconnaissance par des égaux et des associés d’un état de choses accepté par tous”, ne pouvait manquer de devenir endroit comme en fait la loi des nations britanniques.Ce rapport, tout en proclamant sans restriction l’égalité de statut entre la Grande-Bretagne et les Dominions, soulignait l’existence tie certaines anomalies, vestiges de l’état colonial, et recommandait la convocation d’une conférence spéciale chargée de faire l’examen des restrictions à l’exercice complet du gouvernement autonome des Dominions et de suggérer la manière de les faire disparaître.Dans certains cas, ces reliques légales apportaient des entraves sérieuses au pouvoir législatif des Dominions.Plus souvent, leur désuétude les rendaient inoffensives, mais elles donnaient lieu à des malentendus au pays et à l’étranger.Toute loi qui contredit un fait "" _ ou social est non seulement un obstacle au progrès, elle peut devenir un réel danger.Cette conférence eut lieu à la fin de l’année 1929, et j’eus l’honneur d’y représenter le Canada et d’être le chef de notre délégation.Le travail de cette conférence fut long et difficile, mais nous eûmes la satisfaction de pouvoir signer un rapport unanime.Ce 0746 LE STATUT DE WESTMINSTER 8 rapport, après avoir reçu l’approbation de la Chambre des Communes du Canada, a été accepté subséquemment par la Conférence Impériale de 1930, et le Parlement Impérial vient do lui donner force de loi.La déclaration de 192G n’est plus seulement une expression, une reconnaissance, une affirmation, (‘lie est devenue un statut.Ce qui avait été en grande partie aboli en pratique n’existe plus même légalement.Les lois de 1 1.mpire sont maintenant d accord avec les faits et la situation réelle.L’association des nations britanniques est basée sur la liberie.Les textes et les formules ont été modifiés pour que la structure soit conforme à la base et (pie rien ru* blesse 1 harmonie de 1 ensemble._ Le temps à ma disposition ne me permet pas de discuter les divers changements (pii ont été opérés.Je me contenterai d’efUcurer quelques-unes des réformes accomplies.La plus importante des anomalies constitutionnelles, incompatibles avec la doctrine d’égalité formulée en 1926, était la suprématie législative du Parlement de la ( irande-Bretagne, plus particulièrement énoncée et mise en relief dans l'acte concernant la validité des lois coloniales, "The Colonial Laws Validity Act”.L’histoire de l’expansion coloniale de l’Empire Britannique, les circonstances sous lesquelles la loi anglaise a traverse les mers à la suite de colonisation ou de conquête justifiaient cette suprématie législative du Parlement Impérial et en font aisément comprendre la nécessité.Il peut paraître étrange que cette loi, le Colonial Laws Validity Act”, au moment de son adoption en 1865, fût une extension et non pas une restriction de 1 autorité législative coloniale d’alors.Son but était de remédier à l’application par les tribunaux du principe (pie toute législation coloniale qui différait du droit commun anglais était nulle et de nul effet.Plusieurs lois de l’Australie Sud avaient été mises de côté en vertu de cette règle, et il en était résulté des embarras de toutes sortes.Le "Colonial Laws Validity Act” fut édicté pour autoriser les législatures coloniales à légiférer, même d’une façon non conforme au droit commun anglais, mais avec l’important proviso «pie toute mesure législative qui serait contraire aux dispositions d’une loi formelle du Parlement du Royaume-L ni s’appliquant aux colonies serait de nul effet dans la mesure où elle contreviendrait à cette loi impériale.En 1865, quand cette loi fut mise en REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE -I vigueur, il n’existait encore aucun Dominion, il n’y avait que des colonies relativement petites et dispersées, ei d’une importance minime, t'ne subordination législative convenait alors à leurs besoins et à leurs désirs, mais appliquée aux Dominions d’aujourd’hui elle devenait un inconvénient et un anachronisme.C’est ainsi qu’au Canada nous eûmes la désagréable surprise de la décision du Conseil Privé dans la cause de Nadeau vs Le Roi.En 1888, le Parlement Canadien, sous la direction de sir .John A.McDonald, avait adopté ce qui est devenu l’article 1025 du code erminel abolissant et prohibant les appels au Conseil Privé en matière criminelle.L’article 1025 était en vigueur depuis près de quarante ans lorsqu’un bootlegger de l'Alberta condamné pour infraction aux lois du revenu s’adressa au Conseil Privé et demanda la permission d’appeler du jugement qui l’avait condamné.Et le Conseil Privé décida (pie l’article 1025 du Code criminel était ultra rires et nul parce qu’il venait en conflit avec un vieux statut de 1844 du Parlement Impérial, permettant le droit cl’appel des décisions de toutes les cours coloniales, et qu’en vertu du “Colonial Laws Validity Act”, ce statut impérial rendait la loi canadienne de 1888 nulle et de nul effet.Cet état d’infériorité législative rendait l’action de notre Parlement incomplète et même illusoire dans plusieurs sphères.Je ne mentionnerai que nos lois relatives à la marine marchande.La loi impériale de la marine marchande, “The Merchant Shipping Act” de 1894, est une refonte des dispositions de la loi de 1852, qui est antérieure de 13 ans à la loi de l'Amérique Britannique du Nord, la constitution canadienne, bin substance, cette loi de 1852, édictée pour les possessions britanniques de l’époque, a toujours été en vigueur au Canada.A la Conférence Impériale de 1897, sir Wilfrid Laurier émit l’opinion que le Canada avait le droit exclusif de légiférer en matière de navigation et de marine marchande, ces sujets étant énumérés dans la section 91 de notre constitution comme venant sous la juridiction du Parlement du Canada.Avant lui, sir John Thompson avait supporté cette thèse, et soutenu la doctrine que le Parlement canadien n’est pas limité dans les pouvoirs qui lui sont conférés par la section 91 de l’Acte fédératif.Mais les tribunaux ont toujours rejeté cette prétention et le Canada, en matière maritime, a continué d’être considéré et traité comme une colonie.Il est vrai que l’Acte Impérial permettait au Canada d’abroger ¦ LE STATUT DE WESTMINSTER •> à 700.û 770 0,ô 7> Mil .i 1 010 .20 1 37>M 1 317.1 330 lut) 1 ul7 lot) 3 003.3 Oüü, 3 0ÛO 000 3 311 Alt 3 132.3 120 10(1 3 020.3 023,3 021 .70 2 007.2 025 7)0 2 SOô.2 Ml 1.2 S03.20 2 0Ô1.2 0.72 s 22 2 .l.a 2 1.N3, 2 1N2 1 2 100, 2 300 II.ô l.a cellule représentée par la fig.3 est utilisable dans un tl'è: large domaine spectral compris entn ¦ 3000 et 12000 A.environ c'est-à-dire de l’ultraviolet moyen à l'infrarouge.Sa cathode es' constituée par une plaqtn • (l’argent oxvdée superficiellement et traitée ensuite dans certaines conditions par de la vapeur de césium, l.a distribution spectrale de la sensibilité est indiquée approximativement par la courbe de la fig.I, qui présenté deux maxima vets 3700 et Tlltttl A.|.es cellules utilisées en photothérapie pour le dosage îles radiations ultraviolettes ou pour le contrôle des sources do rayonnement comportent généralement une cathode de cadtniumi ').dont le seuil photoélectrique est voisin de 3100 A.On a proposé également d'employer le cérium, le thorium et l'uranium, pour lesquels m UK Vf K THIMKSTHIKI.I.K < A N A DI KN X K t Rill I! Il «Ml: I Ril l II II II i aim iiii si ii .i «mi iiitiat ii 4 «lin mi «I j aim mi m 4 «till 1111*1 I Mill IIIINBl in Kill.I I,ps si\ spectres intermédiaires out ric obtenus en jnt nnitrpcont alors plus fortement al>s»»rlhV.v riu. i nusATSoN Di:s i i;i.i.i 1.1i iiotoki.ki thi'M'ks le, limite-, phntoélect riqites correspondent sensiblement à I ">00.I et :{•_>()() A.A.Tous !¦ métaux présentent l’elfet photoelect ri( 11 te normtil, e est -tt-t li re t j t te I emisson ft oil const a m mt it t \ t t > le- courtes longueurs d'ouile, à partir des limites précédentes.Pour les applications photnthérapiques et biologiques, i.vient d :l11 e- i-'iti.r< (’uiirbcs indiquant les variations avec la longueur «l'onde de quelques phénomènes I»id\ «»c11h*- par les radial ions ultra-violettes.\ \< ti.tii «.ur tcu-a ri* ••* ¦ I l«.« ni:»tii>n«1«— prnti'im** < I )i‘struct Ity111«“• 11.• • • 1 «• la pfHii ci11111 i Si*n-il»ilit»' dr> y \< tioii sur l‘fru prairies artificielles; la paille des céréales utilisée non seulement comme litière il l’étable, mais comme partie importante ou principale de la ration d’hivernement des bêtes à cornes.Pour éviter la verse, Clovis coupe son avoine encore “vcrdaude”, c’est-à-dire sans attendre la complète maturité du grain.Troupeau fort réduit; cultures diversifiées, mais sur de petits espaces, et en général dans la mesure des besoins ordinaires de la famille, comme aussi de la somme de main-dVeuvre que ses membres sont en état de fournir.C’est une exploitation qui est nécessairement à faibles moyens.Par exemple, le battage des grains est bien, pour la plus grande partie, exécuté au moyen de la batteuse mécanique.D’autre part, il ne se fait pas d’un coup et avec l’aide d’une nombreuse équipe d’engagés ou de voisins.Clovis s’y prend à plusieurs fois.Cela lui permet, m’explique-t-il, de se charger de toute la besogne, en s’aidant seulement de son fils-associé.Autre avantage: il a toujours sous la main, en s’y prenant de cette manière, une quantité de provende à l’état frais.Les machines agricoles en usage à Saint-Irénée se rattachent presque toutes, — on n’en sera pas surpris, — à la récolte des céréales.Nous avons vu que de bonne heure la batteuse mécanique y avait été introduite.De même, nombre de moissonneuses simples sont utilisées.Cependant, encore en 1920, les moissonneuses-lieuses étaient une nouveauté et une rareté.Elles étaient généralement entre les mains de jeunes gens, fils de cultivateurs, qui faisaient, à tour de rôle la visite des diverses exploitations rurales réquisitionnant leurs services.Le double appui de La culture paysanne: Simple récolte des productions spontanées, Industries domestiques.Cette culture familiale combinée avec un élevage restreint ne saurait absorber toute l’activité des membres du groupe, ni parer pleinement à leurs besoins.Voyons comment le cultivateur de .Saint-Irénée cherche à combler cette double lacune.Nous avons vu que, dans ses opérations de culture, l’Habitant, s’appuie d’une part sur la communauté familiale et, d’autre part, sur la productivité naturelle et les réserves accumulées de fertilité du sol.l'oyons quelles autres ressources il va tirer de la libéralité de la grande nature.Chez Méderile Gauthier et chez Clovis Gauthier, cultivateurs Mi RK VU K TRIMESTRIELLE (AN A DI ENN K sérieux installés sur le plateau de Saint-Irénéc, je ne vois guère que le bois qu’on puisse ranger parmi les productions spontanées dignes de mention.Déjà la forêt, décimée par des années de “pillage” c’est-à-dire d’exploitation désordonnée par les premiers habitants, ne fournissait plus (pie du bois propre seulement au chauffage, lorsque deux industries nouvelles, permettant d’utiliser même des arbres de petite taille pour la production de la pâte de bois et des bobines, vinrent donner un regain d’activité aux travaux de l’exploitation forestière, en dépit des désastres causés de temps a autre par le feu.11 fut un temps où la fourrure fournissait des ressources appréciables aux colons.Même du vivant d’Isidore Gauthier père, il y a soixante-dix ans, la fourrure, dont le rôle avait été si grand dans l’évolution sociale de la colonie, ne comptait que fort peu dans les moyens d’existence de l’Habitant.A Saint-Irénéc, pourtant, on parle toujours de la rencontre que fit ce vaillant Isidore avec une mère ourse, laquelle avait posé sur son épaule une formidable patte.Dans cette circonstance, à ce (pie rapporte la tradition, le vigoureux colon aurait fait preuve d’un admirable sang-froid en criant à son compagnon, au moment où celui-ci allait décharger son fusil dans le corps de la bête: “Ne tire pas, tu vas gâter sa peau; donne-lui plutôt de la hache sur la tête”.Des productions spontanées de la forêt, passons aux product.ons spontanées de la mer.Au temps d’Isidore Gauthier pore, d y u près de trois quarts de siècle, les cultivateurs de Saint-Irénéc, riverains du fleuve, exploitaient ce qu’on désigne des “pêches” de fascines, parcs à poissons en claies qui s avancent au laige (t si terminent en impasse.Mais les poissons ne fréquentent plus autant eos parages; celte manne de la mer a beaucoup diminué; on ne voit presque plus de ces parcs sur la grève de Saint-Irénéc.Nous causons quelques instants avec Joseph Bouchard, un des derniers à posséder une ••pêche”, qu’il visite à marée basse.11 n’en exploite pas moins directement sa terre, couchée entre la mer et le plateau.Le marsouin, qu’on voit parfois s’ébattre aux abords du quai de Saint-Irénéc, est à l’occasion l'objet d’une chasse (pii peut être profitable.Chaque prise rapporte une centaine de piastres, mais la capture de ce petit cétacé n’est pas toujours facile et en outre est fort aléatoire, dangereuse même.Aussitôt qu’il a été atteint, le marsouin disparaît sous l’eau et il est très difficile de le rejoindre.Nombre de jeunes gens ont perdu la vie en se livrant à cette chasse. LA FAMILLE CAN A I) IK N X E-FK A X AIS K 47 Lu disparition graduelle des productions spontanées.Dans une humble maisonnette, pauvrement garnie, sur la plage même de Saint-Irénée, j'ai pu causer assez longuement avec un type fort original, qui m’a paru représenter de manière frappante la réaction qu'exercent sur une vie humaine la mer et la -impie récolte de ses productions spontanées.Patrice Tremblay, natif de Pile aux Coudres, en plein Saint-Laurent, avait, très jeune encore, perdu son père qui s’était noyé, avec plusieurs parents ou amis, en remontant le fleuve dans une goélette à destination île Québec.L’orphelin fut adopté par son oncle Louis Tremblay, forgeron a Saint-Irénée.Après avoir fait chez cet oncle 1 apprentissage du métier.Patrice, âgé de vingt-trois ans, épousa llortense Gauthier, deuxième fille de notre Isidore, laquelle avait alors dix-huit ans.Sous l'influence, -ans doute, de son entourage de terriens et de paysans, le jeune ménage s’en fut s’établir sur le plateau, et, au cours de nos allées et venues dans le rang de Saint-Pierre, entre riiez Méderile et chez Clovis Gauthier, on m’a signalé l’endroit où se trouvait naguère la forge de Patrice 1 remblay.Dr.loin de la mer de “cette misérable-là”, — pour dire le vrai, Patrice se servait d'un terme beaucoup plus énergique, — eet enfant do l'île aux Coudres s’ennuyait à mourir.( o fut au point qu il finit par quitter le plateau, par redescendre sur la plage, où nous 1 avons trouvé installé dans une hutte, mais heureux comme un roi.De nouveau en contemplation devant la nappe liquide et son éternelle agitation, le vieux pêcheur s’est senti revivre; il pouvait scinei.pêcher à cœur joie l’épcrlan, le capclan et la sardine.Mais ce vieillard de quatre-vingt-sept ans, fort bien conservé, a ses petits travers.Persuadé qu’en bonne compagnie, ses propos seront charitablement interprétés, il fait parade de ses exploits avec la dive bouteille.Mais il se hâte d’ajouter: “Sans jamais me déranger, par exemple”.Et sa troisième femme, Adèle Lévesque, de Rimouski, presque aussi âgée que Patrice, renchérit sui la \ antui -dise de son cher époux, et, dans le même esprit, interjette: Je vous dis qu'il en a du vice dans le corps!”, suivi de ce commentaire sauveur: ‘‘On ne s'ennuie jamais en sa compagnie: toute la veillée se passe à rire, à l’entendre raconter des histoires".Or, voici que les productions spontanées sont en train de disparaître'.Leur récolte, qui a longtemps soutenu l’imprévoyant, ne 4 S RE VU K TRIMESTRIELLE CANADIENNE saurait plus le nourrir.La pêche de l’anguille, jadis si productive dans ces parages, ne rapporte plus guère maintenant, non plus que la chasse.11 faut se contenter de petites espèces et de prises de mince valeur.Le Lois marchand est de plus en plus rare et impose pour sa récolte et son écoulement des frais do plus en plus lourds.L’Habitant doit chercher ailleurs un complément do ressources.Nous avons vu, il y a un instant, deux chefs de famille, entre les plus intelligents du plateau irénéen, chercher la solution du problème dans une culture plus intensive du sol.Méderilo Gauthier me confiait qu’il pourrait vendre ses terres, mais qu il préférait s’agripper à la culture et coopérer à l’établissement de ses fils autour de lui, comme il avait déjà commencé à le faire en 1920.Chez les voisins de Clovis Gauthier, on s'appuie davantage sur les industries domestiques.Lu r< naissance des industries domestiques.1 ne courte promenade dans le rang de Saint-Nicolas, qui prolonge celui de Saint-Pierre, et nous arrivons chez Joseph Gauthier, où nous trouvons la mère de famille et plusieurs jeunes filles actionnant des métiers doubles.Naguère on pratiquait ces industries en vue seulement des besoins domestiques ou locaux; aujourd’hui, on tisse en vue do la vente, et surtout de la vente au touriste, notamment pour le compte île la "Handicraft C ompany , des couvertures de lit en coton et fil d’étoupe “boutonné”.Nous échangeons quelques propos avec le grand-père François Gauthier, vénérable octogénaire, qui a été témoin, me dit-il, d'incroyables changements dans son existence, lui qui a vu bâtir, il y a au moins quatre-vingts ans, la maison un peu vieillotte où nous jasons.Le lendemain, revenus vers l’extrémité nord-est de la paroisse, dans ce rang de Terrebonne où Isidore Gauthier avait son exploitation, nous entrions chez “Ti-Boise ’ Gauthier, fils d Ambroise.Nous y trouvions le filage et le tissage de la laine combinés avec la confection île hardes de travail qui avait toujours été en honneur, mais qui est aujourd’hui restreinte aux seuls besoins de la famille.( t’est la spécialité de la mère, femme très entendue, l'esprit dirigeant de la maisonnée, à ce qu’il me paraissait bien, comme, du reste, on l’observe fréquemment chez l’Habitant.De leur côté les hommes, outre la culture de la terre et le soin du troupeau, s’adonnent à quelques industries domestiques, comme la confection de “souliers de beu”, mais plus communément LA FAMILLE 0 A N A DIE N V E-FK A \ ç AIS E 49 à des travaux de terrassement et de réparation sur la voie publique.Le désir de se rapprocher de la grande route, plutôt (pie la préoccupation d’attirer chez lui le trafic touristique, est probablement ce qui a engagé Ti-Boise, il y a déjà plusieurs années, a transporter sa maison d’habitation du bord de la falaise, d’où se découvrait le panorama grandiose du fleuve, a ce bord de route poudreux où défilent les automobiles à l’aller ou au retour de la station balnéaire de la Malbaie.Il nous a été donné de prendre à la table de Mme Ambroise ( iauthier une excellente soupe à la gourgane, suivie d une omelette encore fumante, avec pain et beurre, thé, confitures et gâteaux; le tout dans de la vaisselle luisante de propreté et sur une nappe de toile de lin de fabrication domestique.Quel touriste songerait a se plaindre de pareil menu campagnard! L’Habitant dans leu mines et les transports.A diverses époques, il s’est trouvé des cultivateurs de feaint-Irénée pour tenter la fortune autrement que dans la culture du sol.Mais ils n’y ont guère remporté de succès.\ers 1802, voyons-nous dans la monographie de Clauldrée-Boillcau, plusieurs habitants du bord du fleuve s’étaient associés en vue d’exploiter à frais communs des filons métalliques, fer, zinc, plomb, dans les montagnes île l’arrière-pays.Mais faute de capitaux, d’exporience, d’entente entre les associés, ces tentatives échouèrent promptement.La construction de goélettes, de bricks même, ainsi que leur utilisation pour les transports sur le fleuve, ont été pratiquées de date assez ancienne à Saint-Irénée.I n des frères d’Isidore Gauthier, lisons-nous dans Gauldrée-Boilleau, avait eu 1 idée de faire construire une goélette d’environ (il) tonneaux.Comme il manquait d’argent pour solder les fournitures effectuées par plusieurs marchands, il était menacé de voir le bâtiment saisi par autorité de justice.Dans sa détresse il eut recours à Isidore, qui consentit a lui servir do caution pour une somme de 3,000 francs.Par suite d arrangements subséquents, Isidore acquitta le montant des dettes contractées par son frère, à condition de partager avec lui la propriété du navire.C’est à cette époque qu’Isidorc entreprit le service des transports sur le Saint-Laurent’’."Mais, ajoute aussitôt Gauldrée-Boilleau, il ne le continua que pendant deux ans; il vint à s apercevoir.en effet, que ses absences nuisaient â la culture de ses terres; revue trimestrielle canadienne 50 il s’empressa de revendre sa part de propriété dans la goélette et acheta une nouvelle terre dans le township de Settrington, A X lieues de Saint-Irénée”.Louis Tremblay, forgeron, oncle de notre jovial conteur Patrice.et qui exploitait une forge et une terre à proximité de chez Isidore, s'était, à l’exemple de quelques autres, engagé dans cette petite industrie des transports par voiliers sur le Saint-Laurent; et non pas simplement comme Isidore, dans le dessein de secouru un frère dans l’embarras, mais en vue bel et bien de s’assurer des bénéfices.Or, Louis Tremblay non plus ne put se maintenit lune-temps dans l’industrie des transports.Les capitaines qu’il fallait engager pour la conduite de ces petites embarcations faisaient danser trop allègrement les éeus de leurs bailleurs de tond-.Nu-armateurs d’occasion, après avoir perdu beaucoup d'argent, durent, renoncer à leurs entreprises de navigation.Au reste, une survenance notable, une révolution économique, échappant beaucoup plus au contrôle des propriétaires de voilier.-que les simples voleries de leurs équipages, allait incessamment couper court à leurs visées ambitieuses: je veux dire le développement des transports à vapeur à la fois sur terre et par eau.A Saint-Irénée même, on a la vive sensation du déclenchement de la révolution économique et sociale opéré par 1 avenement dt *( 11 • force nouvelle, à la vue de l’imposante installation dans ce milieu de petites gens d'un millionnaire de Montréal, la grande vdle fille des transports, millionnaire dont la fortune, issue du commerce bancaire, s’est déployée ultérieurement dans les entreprises de navigation du Saint-Laurent et d'un chemin de fer dans la région québécoise.Or l’Habitant de Saint-Irénée n’avait pas attendu l’avènement dans sa région des transports à la vapeur pour s’engager dans des entreprises de colonisation à de grandes distances de chez lui.Depuis assez longtemps, des colons agricoles franchissaient en traîneau sur les chemins d’hiver, ou en goélette, durant la belle saison, les 100 milles ou davantage qui, dans la direction du nord, les séparaient des alluvions fertiles bordant le cours mitoyen du Saguenay et les bords du lac Saint-Jean.Un frère d'Isidore, "Dule' .ou Théodule, avait depuis nombre d’années gagné la région de Chicoutimi, quand, vers 1867, Isidore partit à son tour.Encore dans la force de l’âge, il n’hésita pas à se défaire de son domaine de la rive fluviale, en plein rapport.Il le vendit à un de ses voisins [,A FAMILLE CANADIENNE-FRANÇAISE 51 de Saint-Irénéc, cc Louis Tremblay dont il a été question précédemment, forgeron, constructeur, armateur de goélettes, oncle et peu adoptif du jovial Patrice, et qui, à ce moment en pleine veine do prospérité, faisait l’acquisition de terres à droite et à gauche.Mieux avisé, notre Isidore, une fois sa terre vendue, s’en allait s’installer A la rivière du Moulin, sur une propriété achetée des grands exploitants forestiers, les Price, tout à côté du centre naissant do Chicoutimi.A cette phase primitive do la colonisation du Saguenay, c’était, on le conçoit, un long, pénible, voire même périlleux voyage que la traversée en traîneau do la solitude neigeuse qui reliait la région québécoise du bas Saint-Laurent à celle du fjord saguenayen.Une des filles d’Isidore Gauthier dont nous parle Gauldrée-Boil-loau, Démerise, que nous eûmes la bonne fortune, ma femme et moi,’ de retrouver à Chicoutimi, en 1029, veuve octogénaire do François Pilote, nous parut être la digne représentante do cet âge héroïque du défricheur canadien.De taille élevée, à solide charpente, à la voix masculine, apparemment en parfaite santé malgré son grand âge, Mme Pilote nous fit le récit pathétique d’une do ces odyssées quelle entreprit, jeune femme, à travers cette projection du plateau laurentien, en compagnie di* plusieurs membres de sa famille, pour aboutir a la rivièic du Moulin où était situé le lot concédé à son père.Dans ce coin de pays perdu, accidenté, le colon n’avait pas à sa disposition les belles routes nivelées, empierrées, dont depuis on a gratifie a giands fiais touristes et automobilistes.Le chemin, à peine tracé, suivait au petit bonheur les sinuosités du vallon, les anfractuosités du plateau rocheux; et sous la conduite d'un charretier malhabile, ou rendu téméraire par de trop fréquentes libations, le voyageur courait risque de verser dans un banc de neige, sinon de roulei au fond d un précipice.Puis, le soir, en guise d'hôtellerie on n avait pour tout abri (pie la hutte en troncs d’arbres de quelque trappeur ou bûcheron.Pourtant, c’était là, semble-t-il, un sport délectable, une vraie partie de plaisir pour cette génération robuste, élevée à la dure, et que n’avaient pas amollie les raffinements du confort moderne.Aussi bien, elle était loin d’être luxueuse, elle n’était même pas bien close, à l’abri des intempéries, loin de là.la première maison où Isidore Gauthier, père, dut se loger avec sa famille, en 1867.sur la terre achetée des Price; et leur seconde habitation ne valait guère mieux; construction hâtivement érigée pour servir de chapelle 52 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE temporaire aux premiers colons; les Gauthier en ont gardé longtemps le douloureux souvenir.Mais quel merveilleux progrès depuis soixante ans! Quelle transformation frappante s’est opérée! Et d’abord, pendant une douzaine d’années, l'exploitation bénéficia de la vigoureuse emprise d’Isidore père, qui amorça le défrichement de la forêt et construisit cette spacieuse maison, laquelle, du haut de sa colline, domine superbement le lit étroit de la rivière du Moulin et le cours plus large de la sauvage Saguenay.Les quinze ou seize années suivantes, la terre resta aux mains plus débiles et plus vacillantes, à ce qu’il semble, d’Isidore fils, mort en 1804, âgé seulement de quarante-trois ans.Ensuite, la terre fut quelques années sous la direction de la veuve d'Isidore fils, femme instruite, entendue, dans sa jeunesse institutrice à Jonquière.Elle a convolé en secondes noces avec Hippolyte Tremblay, dit Pierriche, originaire de Saint-Irénée, mais qui a su s'amasser du bien dans les durs travaux de l’exploitation forestière, à l'Anse Saint-Jean, sise à mi-chemin entre Chicoutimi et le confluent de la Saguenay avec le Saint-Laurent.Lors de mon passage à Chicoutimi, en 1020, pendant que, dans un salon garni avec goût, je cause avec la veuve d'Isidore Gauthier fils, devenue Mme Treinblav, son mari valétudinaire, alité dans une chambre voisine, requiert sa présence; et je puis me rendre compte de quels soins et de quelles attentions il est l’objet dans cette maison hospitalière.Et maintenant, depuis nombre d'années déjà la terre est exploitée, avec un regain d’énergie et de savoir-faire, par Isidore Gauthier petit-fils.11 a arrondi le domaine de 120 arpents que lui avait légué son père et l’a doté de bâtiments spacieux, de belle apparence, et pourvus de toutes les améliorations modernes: fond bétonné, eau courante, éclairage à l’électricité, stalles en fer.A part trois chevaux de travail, notre cultivateur avancé ne garde que des bêtes de choix: vaches de race Ayrshire pure, inspectées, au nombre de trente ou trente-cinq; porcs de race Yorkshire.I>e propriétaire me fait faire le tour de ses champs; ils portent en ce moment de belles récoltes de céréales, qu’on est précisément à moissonner.Il me signale les diverses natures de sol : sableux sur les crêtes, argileux à mi-côte, tourbeux dans les fonds.La meilleure terre arable est la franche, où l’argile se mêle plus ou moins de sable ou de terre végétale.Les sols bas ne sont pas productifs à moins I.A FAMILLE CAN' A DI F.N .VE-F K A Ni; AISE 53 d'avoir été drainés au préalable; et les colons qui ont négligé de drainer à fond les terres humides sont les seuls a se plaindre du elimat de la région.Mais ee qui chez Isidore III (ou petit-fils) m’a frappé encore plus que la bonne installation matérielle du foyer, (pie la bonne tenue de l’exploitation, (pie toutes ces manifestations de progrès économique qui partout nous apparaissaient, e’est la fécondité remarquable de cette famille de cultivateurs prospères et les promesses d'avenir quo donnait cette remuante jeunesse.Ces deux époux qui n’avaient pas atteint la cinquantaine comptaient déjà treize enfants, dont dix survivants.L’aîné, le seul qui eût manifesté du goût pour les carrières libérales, s’était, après une année de théologie au collège de Chicoutimi, tourné vers la médecine, qu’il étudiait depuis quatre ans à l’université de Québec.Le second fils secondait son père dans l'exploitation du domaine, tandis que le troisième s'était spécialisé dans l’élevage du renard pour le compte d’une compagnie.1 ne grande fille, Marie des beiges, prêtait main-forte à sa mère dans la tenue de la maison.Les autres, gaiçons ou filles, se préparaient vaillamment à gagner leur vie.Fonction éducutnce de Ici funtille.En vue de compléter et de mener à bien cette étude monographique de la famille rurale canadienne, nous allons retourner a Saint-Irénée.Déjà nous avons observé sous plusieurs de ses aspects ee groupement initial.Nous l’avons considéré d'abord comme simple agrégat de parents installés au même foyer; puis, comme réunion de travailleurs coopérant dans l'ordre économique: culture, simple récolte, fabrication, transports, et par surcroît engagé dans l'œuvre de la colonisation.Mais à cela ne s'arrête pas le rôle social de la famille canadienne: elle exerce en outre une fonction administrative, puisque dans le cours ordinaire des choses elle accumule des biens, dont elle fait un emploi déterminé et qu'elle transmet en tout ou en partie à ceux de la generation suivante.Héritage de double nature: biens matériels, d'abord, sous forme de terres, de bâtiments, de troupeaux, d’instruments de travail, etc.; et aussi, héritage de biens spirituels, comme diraient les sociologues philosophes, sous forme de traditions, de coutumes, de règles de conduite.De ee fait, la famille est investie forcément d’une mission éducatrice; et même, c’est sa fonction éducatrice et la manière dont elle la 54 REVUF.TRIMESTRIELLE CANADIENNE remplit qui permettent le mieux de la caractériser et de la classer exactement.Nous l'avons vu dans les premières pages de la présente étude, la monographie du Paysan de Saint-Irénée, écrite en collaboration, semble-t-il, par Gauldrée-Boilleau et son compatriote le curé Mailley, assimile le groupement familial des Gauthier au type de la Famille souche, si chère à LcPlay.Or l'analogie est loin d’être parfaite: par suite à la fois des conditions géographiques et des circonstances historiques de son développement, notre famille rurale est beaucoup moins traditionnelle, beaucoup moins rivée en un point du territoire, beaucoup moins communautaire à certains égards, que les familles de montagnards pyrénéens, par exemple, distinguées par LePlay sous l'étiquette de la Famille souche.Cinq ou six ans ne s’étaient pas écoulés depuis la visite de Gauldrée-Boilleau et l’encre n’était pas encore sèche sur cet éloge dithyrambique de la Famille souche canadienne, que le fameux “centre traditionnel" des Gauthier de Saint-Irénée était délaissé, la maison "débâtie", et les membres du groupement familial dispersés, ou transplantés au loin.La famille de l'IIabitant ne doit pas davantage être confondue avec un autre type que LePlay a placé dans cette même catégorie de la Famille souche: je veux dire la Famille particularistc de certaines populations du nord de l'Europe.L’Habitant ne forme pas ses enfants à l'initiative particulière dans la mesure où cela se fait en milieu particularistc; il reste plus ou moins empêtré dans ses habitudes de dépendance communautaire; il néglige trop l'instruction, surtout celle de l'ordre élémentaire pratique, qui lui serait d'un indispensable secours pour s'élever dans l’ordre social.De ce groupement de robustes travailleurs manuels, il ne sort guère, sauf de manière exceptionnelle, accidentelle, transitoire, une élite de chois d’entreprise dans les arts usuels.Une fois que le domaine a acquis les dimensions suffisantes pour parer aux besoins ordinaires de la famille et subventionner dans une mesure variable l’établissement des jeunes, il reste stationnaire, ou se subdivise.La race se décapite à chaque génération.La double réaction du type familial sur la société canadienne.La mise en couvre à la base de la société canadienne d'un groupement familial à fonction am.-i compréhensive, à capacités aussi diverses, devrait être pour nous, semble-t-il, un gage de supériorité, LA FAMILLE CANADIENNE-FRANÇAISE 55 (*t h certains égards, cola est incontestable.( e qu on désigné paifois le miracle canadien, le miracle de la survivance du Canada français, a h\ son explication: l’Habitant se suffit à lui-même.Mais si l'on y regarde de plus près, on s’apercevra que ce trait élémentaire de notre économie sociale a d’autres répercussions de caractère beaucoup moins favorable.( ela apparaîtra nettement, je pense, si, déjà initiés comme nous le sommes au fonctionnement interne de la famille rurale, nous l’observons dans ses rapports avec les autres groupements connexes ou superposés.Représentez-vous une simple juxtaposition de familles semblables à celles que nous venons d’observer: à lieu près toutes engagées dans la culture du sol, et s’y maintenant chacune par le travail en commun de ses membres, ne recourant que dans des cas exceptionnels à la main-d’œuvre salariée; complétant les ressources extraites du sol par la simple récolte de productions spontanées ,1e la terre ou des eaux, ou par l’exercice de diverses industries domestiques ou de divers métiers accessoires.Ces familles seront toutes égales, ou, du moins, elles ne seront pas hiérarchisées.Ce que chaque famille ne saurait exécuter ou produire par l’effort concerté de scs membres, elle se l’assurera autant que possible avec le concours bénévole de ses voisins, à charge de revanche.C’est la constatation faite par Gauldrec-Boilleau en 1561; et 1 état de choses n’a pas très sensiblement varié, depuis.A Saint-Irénée, de nos jours, il n'existe guère plus qu’au moment où Gauldrée-Boilleau et le curé Mailley rédigeaient leur monographie, une classe patronale.Comme il le faisait alors, comme effectivement il l'a fait depuis la fondation de la colonie française, 1 Habitant se patronne lui-même, mais sans, de son côté, patronner personne autre (pie ses enfants.Aussi, la division du travail ne se produit-elle pas pour la peine: les professions auxiliaires, faute de clientèle, ne sauraient se développer.Le commerce local et les arts libéraux végètent.Action du commerce lointaine et pourtant dissolvante.l'ne page curieuse de la monographie de Gauldrée-Boilleau donne bien l’idée de la faible activité du commerce local à Saint-Irénée.il y a quelque soixante an^.L argent est rare, dit-il, les habitants sont obligés de recourir au mode primitif du troc, de l'échange en nature, soit entre eux, soit avec les étrangers.Les petits marchands acceptent en payement de leurs fournitures en épiceries, RE VU K TRIMESTRIELLE (AXA DI EN N" E 56 étoffes, quincaillerie, etc., dos céréales et des volailles.Les créanciers poui' des sommes plu- importantes se mettent à construire des goélettes de 30 à 40 tonneaux, et réquisitionnent leurs débiteurs pour des pièces de bois ou des journées de travail.Je signalais, il y a un instant, l’imposante installation d'un capitaliste enrichi dans la finance et les transports.Mais, bien entendu, ce courtier montréalais n'a pas bâti sa fortune sur place.Saint-Irénée n'a été pour lui qu’une retraite champêtre, un lieu *•.de repos et une occasion rie dépense.Greffé tardivement sur ce milieu rural qui n'était pas le sien, mais qu’il a fait largement profiter de ses dons et même représenté quelque temps au Parlement, M.F.a vécu, peut-on dire, en marge de ce groupement communautaire et paroissial dont il n'était pas un produit.D’autre part, pour n ôtre pas entré de plain-pied dans le mouvement mondial des transports et des échanges, Saint-Irénée n'en a pas moins ressenti de bonne heure certains effets pernicieux résultant de la brusque apparition du commerce dans un milieu insuffisamment prémuni contre ses tentations.Dès IStil, au témoignage de l'auteur de la monographie, la prodigalité, le luxe exercent leurs ravages dans cette campagne reculée: "Il y a quelques années, on ne voyait aux hommes et aux femmes que des vêtements fabriqués à la maison, avec la laine de leurs brebis; aujourd'hui, on ne s'en contente plus: le luxe fait des progrès parmi les habitants; les étoffes des manufactures anglaises, aux dessins variés et aux couleurs éclatantes, excitent toutes leurs convoitises.L’usage des corsets et de la crinoline commence même à se répandre." A la messe à Saint-Irénée, le 5 septembre lî)2u, sur la falaise dominant le fleuve, dans une église d'apparence antique dont l’architecture remontait bien à trois quarts de siècle, sinon à tout un siècle en arrière, dans la foule des fidèles, je n'ai pu discerner un seul homme, une seule femme, portant des étoffes du pays.Les robes de soie et les tissus aux couleurs voyantes étaient très en évidence.( )n le voit, dans cette paroisse rurale isolée, la famille de l’Habitant, avec sa formation quasi-communautaire, repliée sur elle-même, qui la dresse à parer directement à tous ses besoins matériels, et dès lois restreint au possible la division du travail social, offre bien peu de prise aux opérations du commerce.Pourtant, dès les premières atteintes de cette force nouvelle qui s’exerce du dehors, une notable partie de la population se trouve ébranlée, instabilisée. h A F A M1 L LI ; CAN A I) I K N N K-F H A X Ç AIS1- 0/ C'est là le signe d'une évidente faiblesse, d'une insuffisance notoire tic l’organisation de la vie privée du Canadien.Mais poursuivons notre analyse.Rile efface f/e la culture intellectuelle et fier profession.s libérales.Voici bien une autre faiblesse tout aussi grave, sinon plus grave, que la première: cette famille traditionnelle de 1 Habitant est peu portée vers l'instruction, lin ISfiil, comme le constate l'auteur de la monographie, “l'éducation n'est pas aussi avancée à Saint-Irénée qu’on sciait en droit de le souhaiter.Il n'y a guère que les adolescents qui sachent lire et écrire.Les habitants parlent assez correctement la langue française.Aucun d'eux ne comprend l'anglais, hormis quelques pêcheurs qui l’entendent à peu près, sans être en état de s'exprimer que d'une manière très imparfaite”.Notamment, Isidore Gauthier, un des hommes les plus remarquables et un des esprits dirigeants de la paroisse, n’a reçu aucune instruction; il sait seulement un peu lire.Au temps, où il était enfant, il n’v avait pas encore d'école sur place, la loi qui inaugurait les écoles publiques n’ayant été adoptée par l’assemblée législative qu'en 1S4G.En ltsGl, Saint-Irénée est bien doté de deux écoles élémentaires et d'une école modèle, qui date tic l’année précédente.Ce sont des filles de cultivateurs, non mariées, qui y enseignent sous la surveillance d’une commission scolaire dont le curé est le président.11 ne se manifeste pas moins, à l'occasion, un fort sentiment de méfiance pour les “petites écoles ".“L'habitant de Saint-Irénée, dit encore Gauldrée-Boilleau, ne comprend pas encore tout à unit l'importance de l’instruction.Aussi voit-on quelquefois, à l’époque fixée pour la rentrée des cotisations, les commissaires des écoles en lutte ouverte avec une partie île la population’ .Et cela en dépit des efforts du curé qui les rabroue d'importance.Observez que cet Habitant, à l’origine du moins, n’est guère mieux disposé à l'égard de l'instruction supérieure.Mais c’est pour des motifs différents et qui paraissent en somme justifiés, de l'aveu même de l’auteur de la monographie.Si l'Habitant n vérité.Un grand nombre fie ces déportés acadiens furent conduits dans les ports français de la Manche par fies navires anglais.Ils venaient du Gap Breton et tie 1 ’Ile Saint-Jean, après la prise de Louisbourg en 175S, ils venaient fie Boston, ils venaient d’Halifax où avaient été emprisonnés les habitants du Gap de Sable en 1759.Enfin, certains venaient fies prisons d’Angleterre où ils avaient langui huit ans.Vous vous souvenez, à ce propos, que quinze cents déportés fie Grand’Pré avaient été destinés par Lawrence à la Virginie et que cet État les refusa.Les vaisseaux reprirent le chemin de la métropole, mais deux d’entre eux coulèrent en cours de route avec leurs passagers, i.e reste, 1,300 environ, fut réparti dans diver?ports anglais: Liverpool, Bristol, Falmouth, Southampton.11 en restait 804 à la signature de la paix.Dès le début d’octobre 1762, notre ambassadeur à Londres , le duc fie Nivernois, s’était employé à faire rapatrier en France tous ces malheureux.Gela n’alla pas sans difficulté.A qui appartenaient-ils en effet ?S’ils étaient vraiment sujets britanniques, la France n’avait pas à se mêler de leur sort; s’ils étaient “Français neutres”, par contre, ils étaient bien libres d’abandonner leur neu- 66 RK VU K TRIMESTRIELLE CAXA 01 i:\XK tnilito et de redevenir purement et simplement Français.C’est ce qu'ils firent.Malgré les tentations des Anglais qui leur offraient maintenant de leur rendre leur patrie et leurs biens, (comment s’y seraient-ils pris, puisqu’ils avaient détruit leurs habitations, emmené leurs ti ou peaux, redistribue leurs terres a de nouveaux colons?) les Acadiens optèrent tous pour la Franco.Le duc de Xivernois leur envoya un secrétaire d’ambassade, M.de la Rochette, que les prisonniers accueillirent avec des larmes et des cris de: Vive le Roi! Plusieurs battaient des mains, les levaient au ciel, se frappaient contre les murailles et ne cessaient de sangloter.Il serait impossible de décrire tous les transports auxquels s abandonnèrent ces honnêtes gens".- La bonne nouvelle, 1 espoir d’être conduits prochainement en France — fit rapidement le tour des prisons d’Angleterre; mais chose plus merveilleuse, elle fit également le tour des groupes acadiens épars en Amérique.Des copies circulèrent d’une lettre offi-l’elle de M.de la Rochette, où celui-ci demandait aux prisonniers acadiens, en quelque lieu qu ils se trouvent, d’établir au plus tôt la liste de ceux (pii désiraient “s’en rapporter à la protection du roi du 1 rance .t >n s imagine 1 enthousiasme des malheureux exilés quand ils lurent cette promesse d un représentant du gouvernement français.“.l’ai le plaisir de vous apprendre (pie votre traitement sera, en 1 rance, encore plus avantageux (pie vous ne l’attendez et que vous serez sous la protection immédiate du Roi et de son ministre Mgr le Duc de Xivernois.” 1 Ceux qui la transmettaient ajoutaient: “Xous avons, tous les ceux qui sont en Angleterre, pris cette liste et nous sommes tous sur notre départ pour passer en France.Xous prions tous Dieu de vous y voir avec nous.A ous runs assurons que quelque part que non* alhons nous n’aurons plus de neutralité, puisqu’il n’y en aura plus.Prenons donc le parti de notre religion.C’est la grâce, messieurs, (pie vous demandent ceux qui sont bien sincèrement vos très humbles serviteurs, les Acadiens: Alexis Trahan, Tranquille I.ePrince, Joseph LcBlane, Alexis Boudrot.” Im Rochctte, février I7f>.’{ Archives Min.( 'ol.Coït.: Rapport de M.de pol Angl.vol.47 Supp .1'Xï‘inplnire d'une Lettre trouvée entre les mains de Joseph Broussard Henusiileil.et communiquée par Deschamps au Conseil tenu à Halifax, le 1 J1'"".,’.L Le ( onseil croit qu’une correspondance de cette nature entre les Md|’ " ‘A • laji'-tc et ceux du roi de trance a I insu du gouvernement est pré-judieial.le aux intérêts de sa Majesté''.Areli.Canad.190Ô.vol II.p 190. DU NOUVEAU SUR LE CRAN'D DERANGEMENT (}7 A l’instar de leurs frères d’Angleterre, les Acadiens d’Amérique demandèrent d’enthousiasme à passer “sous la protection du roi de France”.Mais tout comme après la paix d’Utrecht, les Anglais refusèrent ou leur rendirent impossible cette nouvelle émigration.Tout ce qu’on leur permit, ce fut de venir s’établir au Canada, où un grand nombre se rendirent à partir rie 1760, et notamment, vous le savez, aux environs de Montréal.Quant aux prisonniers d’Angleterre, des vaisseaux partis de Brest vinrent les prendre et les débarquer à .Saint-Malo et à Morlaix, vers le 21 mai 1766.* * * Que fit-on de ces centaines de familles sans foyer et sans ressources ?( 'omment vécurent-elles ?On a dit et répété à l’envi depuis cent cinquante ans (pie la France avait abandonné les Acadiens et ne les avait pas mieux traités, en somme, que l’Angleterre.Sur quoi base-t-on de pareilles affirmations si contraires aux traditions françaises de générosité et d’humanité?En vérité, les faits parlent d’eux-mêmes et très haut.On oublie les envois de fonds incessants pour la construction des aboiteaux, la fondation de Louisbourg, la flotte formidable du duc d’Anville, la guerre continentale, (pie sais-je encore?Certes, il y eut des défaillances individuelles, il y eut des trahisons, il y eut des erreurs irréparables de politique dont nos adversaires surent profiter, — il y eut les malheurs de la guerre, et l’on vit la première nation du monde momentanément humiliée, ruinée: mais il n’est pas possible de parler d’abandon, bien au contraire.Même une boutade mal interprétée d’un philosophe sarcastique n’est pas la voix de la France! Aussitôt prévenu de leur arrivée dans nos ports, Louis XV fit octroyer ses fidèles sujets d’Acadie une pension particulière, la même qu’on accordait aux invalides de la marine, soit 6 sols par jour, 108 livres par an.Ces chiffres nous font sourire aujourd’hui, mais songeons à ce qu’ils représentaient à cette époque.Fne famille acadienne moyenne, comprenant le père, la mère, cinq enfants -un minimum! — un aïeul à charge, soit huit personnes, percevait par conséquent 48 sols par jour, quatre fois le salaire d’un ouvrier de ce temps.Les vieillards malades, les infirmes recevaient même davantage.A Cherbourg, par exemple, des documents authenticities nous apprennent (pie certains Acadiens recevaient 150 et 200 livres par an.Le Sieur Joseph Bellefontaine, qui avait été major de toutes les milices de la rivière Saint-Jean, et sa femme 68 HEVl-K TRIMESTRIELLE C'A \ A DI EN’N* F Marie-Anne Bergeron, recevaient chacun 300 livres.Los réfugiés d’extraction noble, c’est-à-dire tous les membres de la famille d F.nt remont-Landry, recevaient des pensions allant de 1.50 à 300 livres, - nu total 15,100 livres pour 61 personnes.1 Rappelez-vous l’état des finances du royaume en 1763 et vous vous rendrez compte de l’effort considérable que la France a fait, dès 1 origine, pour ses colons acadiens.L'n exemple personnel illustrera davantage encore ce traitement de faveur: à la même date, un de mes ancêtres, officier de dragons, blessé grièvement pendant la guérie de Sept-Ans, lut mis a la retraite avec une pension annuelle de 00 livres, inférieure par conséquent de 18 livres à celle de n’importe quel nourrisson acadien.Sans doute, dans l'esprit du gou-\ornvinont, colto pension notait fjuo provisoire* et devait permettre aux réfugiés d’attendre un établissement stable: il n’en est pas moins vrai qu’elle fut payee pendant plus de trente ans, et même augmentée sous la Révolution! '¦ Ce n’est pas tout.Le gouvernement avait le ferme désir d'aider les Acadiens autrement que par une solde journalière: on voulait leui donnei le moyen de refaire leur vie et (le se fonder à nouveau un loyer.Le duc de Clioiseul, notre nouveau ministre des Colonies, pénétré des fautes commises par son prédécesseur, s'efforcait de ieeonstitlier a la franco un empire colonial.Il songeait notamment à peupler la Guyane, Saint-Pierre et Miquelon, les Iles Malouines.Les Acadiens lurent pressentis; un certain nombre de familles acceptèrent d’aller à nouveau tenter la fortune outre-mer.Malheureusement quel empire colonial pouvions-nous reconstruire sans argent et sans marine?Pendant quinze ans encore, ces colons incertains du lendemain feront la navette entre nos possessions lointaines et nos ports de mer.D’ailleurs, un autre courant d’opinion tenait pour une colonisation à l’intérieur de la France.Vers 1760, en effet, l’agriculture était devenue fort a la mode.La terre, disaient les physiocrat es, est la source de toute richesse, et il restait encore dans le royaume, surtout dans l’ouest, d’immenses étendues incultes.Pendant vingt ans on ne parlera que de défrichements.Pourquoi faire courir aux Acadiens les risques d’une nouvelle expulsion: ne valait-il pas mieux les fixer en franco ou leur établissement augmenterait tout à la fois et la population du pays et ses moyens de subsistance?1 Arch, Cnnad.1905, vol.II.p.p.lits — 203.6 blir F rapport de La Réveillère-Lépeaux à la Convention. nu NOUVEAU SUR LE GRAND DÉRANGEMENT 60 C’était justement ce genre d’établissement que le duc de Nivernois avait promis aux prisonniers d’Angleterre, et nous avons vu comme ceux-ci l’avaient accepté avec joie.Cr, ce n’était pas chose facile d’établir ainsi, à l'intérieur du royaume, sept à huit cents familles qui tenaient par-dessus le marché à rester groupées.Où trouver l’étendue de terrain nécessaire?La France était depuis longtemps déjà un vieux pays où chaque pouce du territoire avait son propriétaire, ou toutes les bonnes terres étaient en culture.Néanmoins les bonnes volontés ne firent pas défaut et de toutes parts les projets surgirent.A dire vrai, leur nombre même fut une cause d’embarras.Payant d’exemple, le due de Nivernois fit des propositions concrètes: il offrit Pile de Bouin située sur la côte du Bas-Poitou, au sud de Nantes, dont il était propriétaire.Il demandait pour ses colons éventuels la continuation de leur solde de six sous par jour pendant deux ans, plus quatre sous pour les vieillards et les enfants pendant quatre ans, et enfin une exemption de tous impôts pendant cinquante ans.Les Acadiens, disaient-ils, retrouveraient sur cette côte le climat et les terres d’alluvions de leur pays et pourraient s’adonner en même temps à la culture et a la pêche.Le duc de Choiscul, à son tour, offrit d’établir deux cents familles acadiennes sur son domaine de Chanteloup, près d’Ambroise, dans cette magnifique vallée de la Loire qui est le jardin de la France.Le père de Chateaubriand, proposa de céder 2,500 arpents de landes dépendant de son fameux Château de Combourg.Bref, de tous côtés on demandait des cultivateurs acadiens.Mais ceux-ci ne pouvaient se résoudre à abandonner tout espoir de retourner en leur Acadie bien-aimée où ils avaient laissé des terres si fertiles et de si riches exploitations; ils ne pouvaient surtout, je crois, se résoudre à quitter ces ports de mer où leur parvenaient de temps à autre des nouvelles de leurs fils ou de leurs frères dispersés.Les années passèrent, les projets succédèrent aux projets.?* * Pourtant, en 1765, l’un d’eux reçut un commencement d’exécution et parut bien près de réussir.L’initiateur en fut un grand calomnié, le célèbre abbé Le T.outre, le vaillant missionnaire des Micmacs, qui venait de passer huit ans dans les geôles ang’aises.Jusqu’à sa mort, l’abbé Le Loutre fut le protecteur attitré des Acadiens réfugiés en France et ceux-ci 70 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE semblent l’avoir toujours considéré comme leur chef naturel.Il avait été accueilli à la Cour avec de grands égards, pourvu d’une pension de douze cents livres, et il jouissait auprès de C’hoiseul du plus grand crédit.Apprenant cpie les Etats de Bretagne, réunis à Nantes à la fin de 1764, étaient décidés à faire un gros effort pour relever Belle-Isle-en mer très éprouvée par la guerre, et que nous venions de reprendre aux Anglais, l’abbé Le Loutre pensa qu’il ne fallait pas laisser échapper cette occasion: les Acadiens à la fois cultivateurs, marins et pêcheurs, étaient plus qualifiés que tous autres pour repeupler cette grande île.Le 5 mars 1765, les États ordonnèrent (pi’une somme de 56,000 livres fut employée à l’établissement des familles acadiennes à Belle-Isle en mer ‘‘sur les avis et mémoires de M.Le Loutre, ancien missionnaire d’Acadie”, l'ne lettre de Choi-seul, au duc d’Aiguillon, datée du 11 février 1765, spécifie en outre que les familles acadiennes établies à Belle-Isle jouiront de la solde de six sols par tête, "jusqu’à ce qu’elles aient .’ait une récolte”.lin octobre de la même année, l’abbé Le Loutre envoya à Belle-Isle soixante-dix-huit familles, recrutées pour la plupart à Morlaix, et provenant également presque toutes de la paroisse de Saint-Joseph, près de ( franc! Pré.On leur donna des terres, on leur construisit des maisons, on les fournit de cheptel, de charrettes, de charrues et d’outils, on leur accorda le transport gratuit, etc.L’abbé Le Loutre s’occupa de tout, sans jamais vouloir accepter quoi que ce soit en remboursement de ses frais personnels.Malheureusement, l’établissement ne réussit pas comme on était en droit de l’espérer: trois mauvaises récoltes survinrent au cours desquelles les Acadiens recueillirent à peine ce qu’ils avaient semé.Découragés, beaucoup abandonnèrent leurs concessions, les vendirent ou les affermèrent.Malgré la bienveillance que leur témoigna en toutes circonstances le gouverneur de l’ile, le baron de Warren,un grand nombre repassèrent sur le continent à part ir de 1768 Quelques familles cependant demeurèrent à Belle-Isle, la perle de l’Océan, à une heure de bateau seulement de la côte.Aujourd’hui encore, on trouve dans l’ile des descendants des colons acadiens: des Daigle, des LeBlanc, des Granger, des Richard, des Gautreau.En juillet dernier, j’ai eu personnellement l’occasion d’interroger deux jeunes Acadiens tie Belle-Isle, candidats au baccalauréat devant l’Université de Poitiers, — les deux fils du pharmacien de Palais, — et les neveux de l’archiviste de la Vendée, DI NOUVEAU SUR LE GRAND DÉRANGEMENT et du regretté chanoine Lanco, curé de Josselin, en Bretagne, qui avait baptisé une cloche de son église “Evangéline”, et dont j'ai appris la mort prématurée en octobre, lors de ma visite au Collège Sainte-Anne, en Acadie.* * * Administrativement, les Acadiens dépendaient du ministère fie la Marine, mais celui-ci ne pouvait pratiquement rien faire pour eux en France sans le concours du grand argentier, le Contrôleur général.Or, les finances du royaume étaient en si piteux état que le contrôleur général ne se pressait guère d’élaborer un plan d'ensemble capable de régler une fois pour toutes le sort des réfugiés.Pour stimuler le zèle de son collègue, le ministre de la marine chargea tout spécialement, en 1765, un de ses hauts fonctionnaires, le Commissaire général Lemoyne, de lui soumettre divers plans d’établissement des familles acadiennes sur des terres royales.Lemoyne présenta plusieurs projets sérieusement étudiés: il proposa tour à tour d’installer les Acadiens sur le marais de Rochefort, aujourd’hui desséché, puis sur des landes appartenant au toi près de Bordeaux, actuellement plantées en vignes.Il se heurta à des difficultés considérables.D’une part les Acadiens, que leur pension faisait vivre dans les ports, ne pouvaient parvenir a >< décider, semblait-il; et d’autre part, on se rendait compte de plu-en plus que la Couronne ne disposait pratiquement d’aucune terre qu’on pût remettre en propre aux Acadiens.La France venait d’acquérir la Corse: on songea aussitôt a envoyer les familles acadiennes en Corse.L’abbé Le Loutre fit le voyage en 1770 avec plusieurs députés acadiens, mais revint sans enthousiasme.On le voit, les choses traînaient en longueur.Elles se gâtèrent bientôt: fin s’aperçut fine les Acadiens étaient travaillés par de.' agents occultes à la solde de l’Angleterre et de l’Espagne.Les Anglais, qui sans doute se rendaient compte maintenant de leur faute, faisaient offrir à leurs victimes îles terres dans le nouveau-Brunswick, tandis que les Espagnols, à la recherche d’une main-d’œuvre agricole, s’efforçaient d’attirer les Acadiens en Louisiane où bon nombre de leurs compatriotes s’étaient réfugiés dès 1756, et même en Espagne, pour peupler leur colonie modèle de la Sierra-Morena dont parlera Théophile Gautier dans ses Voyages.Toujours est-il qu’au mois de juillet 1772, une délégation d’Acadiens vint demander au roi l’autorisation de “sortir du 79 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE royaume” pour aller s’établir en Espagne.Louis XV, qui croyait ses protégés installés en France depuis longtemps, entra dans une violente colère, enleva séance tenante l’administration des Acadiens au ministre de la marine d’alors, l’incapable Bourgeois de Boynes, pour la confier à Bert in, notre premier grand ministre de l’agriculture, et ordonna au Contrôleur général, l’abbé Terray, de trou-MT sans délai les fonds nécessaires à l’établissement des familles acadiennes.Un recensement fait à cette époque par les soins du Commissaire général I.emoyne nous apprend qu’il y avait encore en France 2,510 Acadiens, dont 1,712 à Saint-Malo et environs, 107 au Havre, 222 à Cherbourg, 106 à Morlaix, 7 à Nantes, 26 à La Rochelle, 09 à Rochefort, 1 à Dunkerque, 10 à Bordeaux, le reste à Bclle-Isle.A aucun prix on ne pouvait laisser passer sous une domination étrangère, fût-ce d’un souverain parent et allié du roi de 1 rance, des sujets français qui avaient donné des preuves si décisives de leur patriotisme, sans faire un dernier effort pour les conserver sur notre territoire.Dès le lendemain de la décision royale, Bert in convoquait à son bureau un grand seigneur poitevin, agronome réputé, et l’un des plus riches propriétaires du royaume: le marquis de Pérusse des Cars, duc de Châtellerauh.Bcrtin savait qu’il ne pouvait faire un meilleur choix.Le Marquis de Pérusse était un officier de valeur, qui, ayant été blessé grièvement à Klostcrcamp, s’etait retiré dans une terre qu’il possédait entre Tours et Poitiers, dans cette partie si riante du Haut-Poitou, en bordure de la Touraine et du Berry, et où il se livrait depuis quinze ans à toutes sortes d'expériences agricoles.Ses domaines étaient immenses — a l’échelle française bien entendu 1 — et composés pour la plus grande partie de terres incultes ou '“brandes”, qu’il avait commencé à défricher à l’aide de familles allemandes.Cédant aux instances du ministre, Pérusse des Cars accepta, [this par devoir que par intérêt, d’installer sur sa terre de Monthoiron tous les laboureurs acadiens.Les autres réfugiés pourraient demeurer dans les ports et y exercer leurs professions, mais recevraient en échange de leur solde une certaine étendue de terres défrichées qu’ils pourraient, il leur gré, affermer ou vendre.Les offres du Marquis de Pérusse étaient intéressantes, et même plus avantageuses que celles des Etats de Bretagne à Belle-Isle-en mer.Il y fallait toutefois l'acquiescement des Acadiens. DU NOUVEAU SI R LE GRAND DERANGEMENT < 'eux-ei députèrent encore l’abbé Le Loutre et trois des leurs pour visiter les terrains qu’on leur destinait.Cette visite eut lieu au cours de l’automne 1772, et c’est en se rendant de Bretagne en Poitou que le célèbre missionnaire, épuisé par une longue vie de dévouement à la religion catholique, aux Acadiens et à la France, dut s’aliter à Nantes, où il mourut le 30 septembre.Les Acadiens privés de leur guide, conscients de la perte irréparable qu'ils venaient de faire, se contentèrent de jeter sur la “brande” poitevine un coup-d’ocil rapide et désabusé: le rapport qu’au retour ils firent à leurs compatriotes fut des plus défavorables.L’hiver se passa sans qu’on avançât d’un pas.Au printemps, néanmoins, sentant la nécessité d’agir sans plus tarder (huit familles ne venaient-elles pas de quitter Saint-Malo sans crier gare) un accord fut conclu entre le ministre Berlin, le contrôleur général l’abbé Terray et le Marquis de Pérusse des Cars, —• accord sanctionné aussitôt par une ordonnance royale, le 4 avril 1773.En voici une brève analyse: “On consacrera à cet établissement 7,110 arpents6 qui scrom divisés en 5 villages de 30 maisons; chaque maison devant être occupée par 10 personnes.Chaque personne aura en propriété trois arpents de terre.La maison appartiendra en toute propriété à scs dix occupants, â qui il sera donné en outre 4 bœufs, 2 vaches, 2 charrues, 1 charrette et tous les outils aratoires nécessaires.Les bâtiments de chaque exploitation comprendront, outre la maison, un cellier, une écurie, une grange, un four et un puits.Enfin, en plus des 30 arpents de terrain affectés à chaque habitation et destinés au labour, il sera donné à chaque village un pâturage commun.Tous les titres de propriété seront remis aux établis avant le 1er janvier 1770.Quant à la solde, les réfugiés continueront de la toucher comme par le passé jusqu’à ce qu’ils soient à même de vivre par leurs propres moyens.L’afféagement de ces terres n’est pas encore définitivement fixé, le gouvernement ayant à s’entendre à ce sujet avec les seigneurs propriétaires.On s’efforcera de faire réduire les redevances au plus bas possible.Outre cela, les Acadiens jouiront de tous les privilèges et exemptions accordés aux nouvelles cultures pendant 30 ans et bénéficie* Arpents de Paris.L'arpent de Paris valait environ 1 arpent canadien et demi. K K Vf K TRIMESTRIELLE CANADIENNE 74 vont de réductions de dîmes pendant 15 ans.L’exemption totale sera au moins de 10 ans pour tous les droits royaux, corvées et charges de terrains.Une fois en pleine propriété, les Acadiens pourront vendre leurs possessions, mais à des Acadiens seulement.L’Intendant de Poitiers veillera à l’exécution des instructions du roi, lesquelles seront suivies de lettres patentes dûment regis-i rées.” Malgré ces offres alléchantes, beaucoup d’Acadiens hésitaient encore à cultiver le sol de France et à se fondre dans la classe des paysans français qui, à dire le vrai, ne présentait pas à cette époque une peinture achevée de la prospérité.Trop de projets s’offraient à la fois à ces pauvres déracinés.L’effort de volonté qu ils avaient dû fournir aux jours sombres de l’Expulsion, les tortures physiques et morales qu’ils avaient endurées depuis les avaient laissés, eux -i forts, si héroïques, comme des convalescents (pie toute chimère enchante, que le moindre ennui irrite, à qui toute décision coûte une souffrance.Pour vaincre ces hésitations, Lemoyne et Pérussc provoquèrent une deuxième visite des terres offertes, en juillet 17L3.Et cette fois, après avoir vu les belles moissons des champs d’alentour récemment conquis sur la “brande”, les quatre nouveaux députés acadiens -.lean-Jacques LeBlanc, Simon Aucoin, Augustin Doucct et Louis Martin - retournèrent vers leurs compatriotes pleins d'espoir.On leur donnerait les meilleures parties de la “brande” poitevine et l’on étendrait les concessions sur des terres appartenant a l’Evêché do Poitiers et divers particuliers.La famille d'Entremont recevrait à elle seule un village.3G2 familles, 1472 personnes, demandèrent à faire partie de l’établissement royal de Poitou.* * * Les premiers immigrants arrivèrent a < hatellerault, la ville la plus proche, le 5 novembre 17713.On les logea comme on put, aux abords de l’établissement projeté, — situé sur les paroisses d Arehi-gny et de La Puye, • dans les villages et dans les bourgs, dans un vieux château, dans une abbaye.La plupart demeurèrent a < hâteÜerault, coquette petite cité qu’on traverse en se rendant de Paris à Bordeaux, toute tourangelle d’aspect, et la patrie de Hene Descartes, une douzaine de familles enfin furent logées un peu plus loin, à Chauvigny, dont les vieux châteaux imposants dominent la vallée pittoresque de la Vienne. Dr NOUVEAU SUR LE GRAND DÉRANGEMENT Ainsi sans le savoir, et par une coïncidence quasi providentielle, les Acadiens arrachés de leurs foyers par un ennemi impitoyable retournaient au pays de leurs ancêtres! Les premiers convois étaient venus par la Rochelle, puis de là, par voie de terre, s’étaient rendus à C'hâtellerault.Ils étaient passés a deux pas de Brouage, la patrie de Champlain, du Gua, — la pat rie de de Monts.Les convois suivants remontèrent la Loire et la \ ienne, alors navigables, et traversèrent par conséquent la Grand’pree' de C binon, la patrie de Razilly; ils aperçurent à l’horizon les flèches de la cathédrale de Tours, la patrie de Denys, — et on les installait sur le.- landes d’Archigny, a vingt milles du manoir de Charnizay! Us retrouvaient partout sur leur passage, et particulièrement dans ce petit pays du Châtelleraudais, tous leurs vieux noms familiers: des Brault, des Morin, des Godet, des Richard, des Martin, des Babin, des Maillet, des Thibaudcau, des Landry, des LeBlanc, des Blanchard, des Roy, des Saulnier, des Dion, des Amirault, des Doucet, des Sire, des Granger, des Poirier, etc.Les lieux mêmes qu’on leur nommait pouvaient éveiller en eux des souvenirs d avant l’exil.Giron- et la Girouardière, le l’inct et la Cnraque, les Brault, les Blanchard, la Godet, La Tour, Saint-Cyr, Richelieu, LeBlanc, Ma-:erollec et bien d’autres.Ils allaient s’installer sur l’emplacement de l’ancienne forêt de la .Voue, et la rivière la plus proche s appelait VA mon.Les habitants auxquels on les mêlait les comprenaient saris difficulté, et les mots que vous croyez spécifiquement acadiens, il- les entendaient constamment autour d'eux.Aujourd hui encore, vous seriez frappés, Acadiens ou ( anadiens, d entendre dans ce Châtelleraudais mi-poitevin, mi-tourangeau qui m’a vu naUre.la plupart des plus vieilles expressions de votre terroir.Dans ce coin de France, on dit aussi garrochcr et faire boucherie, accoter et dhricr, des railloches et de la baillarge, zirc et bazirc, etc., etc.A ce propos, je ne sais pourquoi, vous Canadiens, vous persistez toujours, en dépit des documents les plus authentique-, a vous considérer comme étant en majorité d origine normande ou bretonne: les Poitevins sont aussi têtus que les Bretons, et ils ont donné plus de (il à retordre aux Anglais que les Normands!.11 sembla tout d’abord que les Acadiens allaient enfin trouver dans ce coin si français le repos de l’esprit après les terreurs sans nom, le contentement après l’incertitude.: (",*st le nom qu'on donne à Chinon aux riches prairies île la vallée de la Vienne. 7ü HKVI E TRIMESTRIELLE CANADIENNE Leur logement provisoire assuré, on se met aussitôt au travail: les hommes sont employés à bâtir les maisons et les granges, â creuser les puits, les mares et les fossés, à conduire les charrois, à tracer les routes et les chemins, à défricher les terres; les jeunes gens disponibles sont placés comme domestiques; les femmes demeurées à la ville reçoivent du coton et de la laine à filer.Une grande activité règne dans les “brandes” d’Archigny et de La Puye; les maisons s’élèvent rapidement, plus grandes et plus confortables que celles des laboureurs du pays.Pour aller plus vite, on use d’un procédé inconnu dans la région, de sorte qu’aujourd’hui encore les maisons acadiennes sont une des curiosités du Iiaut-Poitou; des maçons normands vinrent faire des murs en “bousillis”, ou torchis de terre et de bruyère hachée.On a parlé à ce propos de méchantes cabanes de terre: or, la plupart des maisons acadiennes sont encore debout après cent soixante ans, certaines même sont habitées après avoir été élevées d’un étage! Ces murs de "bousillis" sont si solides qu’il faut les scier pour les faire tomber! Une route toute droite fut tracée, qui existe toujours et porte le nom caractéristique de “Grand’lignc acadienne”.Les colons la bordèrent de fossés, sur les talus desquels ils plantèrent des haies d’aubépine et des pommiers.Les maisons furent groupées par petits villages et l’un d’entre eux est encore nommé sur la carte d’état-major: l’.tccadie.Tout faisait présager la réussite: le Marquis de Pérusse prodiguait à la colonie naissante son temps et son zèle, l’intendant de Poitiers, la Bourdonnaye de Blossac, un de nos meilleurs intendants du ISe siècle, — ne marchandait pas son appui, et le ministre Bertin, afin de mieux prouver son intérêt, avait envoyé sur les lieux, pour diriger les défrichements, son meilleur technicien, le premier directeur de la première école royale d’agriculture fondée en France: Sarcey de Sutières, l’aïeul du célèbre critique Francisque Sarcey.Sous la direction de Sarcey de Sutières, le plus beau domaine fin Marquis de Pérusse des Cars, Champfleury, fut transformé en une véritable ferme-école (sans aucun doute la première dans la région) où les jeunes Acadiens, dont beaucoup n’avaient jamais encore manié la charrue, vinrent apprendre l’art de la culture.Ainsi les colons, quoique un peu dépaysés, commençaient à envisager l’avenir avec confiance.Mais la providence avait pour eux d’autres desseins. DU NOUVEAU SUH LE CRAM) DERANGEMENT Voici qu’au milieu de cette hâte fébrile et do la confusion inévitable d’un établissement à ses débuts survient la nouvelle de la mort du roi, le 10 mai 1774.Seuls, peut-être, de tout le peuple de France, les réfugiés acadiens pleurèrent le monarque infâme.Ils avaient leurs raisons.Louis XV les avait accueillis en père, les avait cités en exemple à la nation, leur avait alloué une pension considérable.Après l’abbé Le Loutre, mort deux ans plus tôt, ils perdaient maintenant leur plus puissant protecteur.Ils versèrent des larmes sincères.Ils furent les premiers dans la province à faire célébrer dans la vieille église abbatiale rie Notre-Dame tie l'Etoile, qui leur était affectée, un service solennel pour le repos de Lame de Louis le Bien-aimèl Tout Poitiers en fut émerveillé et la gazette locale ne manqua pas de signaler la fidélité, la piété et la pureté des mœurs ties bons Acadiens.L’évêque, Mgr Beaupoil de Saint-Aulaire.alla les visiter.Il revint enthousiasmé: "Je ne connais point, écrit-il au Marquis tic Pérussc des “Cars, de peuples qui méritent plus de protection que ceux "que vous avez mis sous la vôtre, et vous pouvez compter, "Monsieur, que je ne tairai point le bien que j’en connais, "lorsque je trouverai l’occasion d’en parler.Je dois avoir "beaucoup de brandes Monsieur, aux environs de la forêt de "Marcuil, et j’offre bien volontiers aux Acadiens toutes celles “dont je puis disposer.” Malheureusement, la mort du roi, le changement de ministère, l’arrivée au pouvoir tie toute une phalange d'hommes nouveaux, retardèrent le règlement définitif de l’établissement.Sans statut légal, sans titres de propriété individuels, les Acadiens, rentlus méfiants à l’excès par leurs longues épreuves, refusèrent tie défricher des terres qui pourraient être ensuite attribuées à d’autres.Leur pension leur permettait d’attendre; ils attendirent tout l’hiver de 1774-75 — ce terrible hiver où le peuple de France connut à nouveau les affres tic la famine.Il y eut même des révoltes aux environs tie Paris, ce qu’on appela “la guerre des farines”.Malgré leurs six sous par jour, les Acadiens, à la fin de l’hiver, étaient dans le dénûment et le subdélégué de l’intendant à Châtellerault dut payer de sa poche leurs dettes chez les boulangers.Quelle belle occasion pour les fortes têtes, les agents occultes, pour tous ceux qui n’avaient cessé depuis dix ans de prêcher le retour en Amérique, où justement les colonies anglaises se révol- H K VL'K TRIM E9TRIELLE CANADIENNE iaient! Rester au milieu de ces brandes stériles, n’était-ce pas vouloir périr de faim?., l'n certain nombre d’Acadiens demandent à regagner les ports de mer, alléguant maintenant qu’ils ne sont pas laboureurs mais charpentiers de navires, marins ou pêcheurs.Blossac et Pérusse, de leur côté, ne seraient pas fâchés de se débarrasser des mécontents et des brebis galeuses du troupeau.Turgot, qui avait toutes sortes de raisons de s’intéresser â la réussite de la colonie acadienne, comme patriote, comme ministre des finances et comme phvsiocrate, tenta de donner satisfaction ;t tous.Par une lettre en date du 1S juillet 1775, il prescrivit que seuls les ‘'vrais” laboureurs, soit environ 600 individus, resteraient à l’établissement : les autres recevraient de nouvelles destinations.( hacun pensa, qu’ainsi limitée, la colonie n aurait (pie plus de chances de succès, d’autant (pie la lettre ministérielle, par toutes sortes de dispositions bienveillantes, pouvait être considérée par les parties intéressées comme une véritable charte provisoire.Hélas! une nouvelle manœuvre mystérieuse allait à nouveau jeter le trouble dans les têtes acadiennes.La lettre de Turgot n’était pas parvenue à C hâtellerault, qu’un personnage énigmatique, nommé Dubuisson, se disant ami personnel de Dupont de Nemours, le célèbre économiste, venait visiter l’établissement acadien, critiquait avec véhémence tout ce (pii avait été fait jusque lâ, assurait les Acadiens (pie Blossac et Pérusse les trahissaient, cpi ils ne réussiraient jamais sur ces terres et qu’il allait a son retour a Paris user de toute son influence auprès des ministres pour faire transporter les colons sur des terres plus fertiles.Pour le compte de (pii agissait ce Dubuisson ?Mystère.Mais le mal était fait.Quand, conformément aux ordres de Turgot, on demanda ceux des Acadiens qui désiraient abandonner l’établissement et retourner dans les ports de mer, presque tous se firent inscrire.I.e gouvernement, ne voulant pas user de rigueur en quoi que ce soit vis-à-vis des Acadiens (doUt pris un seul encore n’avait encouru rtc cnnrlrunnalton) accepta ce nouvel exode.1.119 Acadiens, sur 1512 que comptait maintenant la colonie, furent, aux frais de 1 ’ fit at, transportés à Nantes, où ils arrivèrent en quatre convois, échelonnés de fin octobre 177•> a mars 17.6.Ils séjournèrent dix ans dans cette ville qu’Artlmr Young, dans ses Voyages, décrit comme l'une des plus belles de I rance, sans qu'aucun document connu à ce jour puisse dire au juste quelle vie ils y menèrent.Finalement, travaillés à nouveau par les agents espagnols, hantés DI’ NOUVEAU SUlf LE GRAND DÉRANGEMENT 79 aussi sans nul doute par le secret désir île retrouver leurs anciens compagnons, leurs parents, leurs amis restés en Amérique et de se reformer “en corps de nation", ils demandèrent pour la deuxième fois à passer en Louisiane.La Louisiane, c’était PEden du temps.Plusieurs milliers de déportés s'y étaient réfugiés, vous le savez, aussitôt après l’Expulsion; d’autres étaient venus par la suite grossir ce premier noyau.Or, depuis 1763, la Louisiane n’appartenait plus à la France: celle-ci l’avait cédée à l’Espagne.Les Acadiens le savaient, mais ils savaient aussi que sous un monarque très catholique et par surcroît cousin et allié du roi de France, ils n’auraient rien il craindre pour leur religion et leur nationalité.Leurs demandes se firent plus pressantes, Xeclcer, qui avait remplacé Turgot, Meeker, banquier suisse uniquement préoccupé d’économies, qui écrivait dès 1778: “Je doute qu’il y ait jamais eu d’affaire plus à charge aux finances du roi, toute proportion gardée, que celle de l’établissement acadien de Poitou”, accueillit cette nouvelle demande favorablement.Los Acadiens qui le désiraient furent autorisés à “sortir du royaume”, c’est-à-dire à émigrer après que le gouvernement espagnol eût donné les garanties nécessaires.Leur pension leur fut payée intégralement jusqu’à leur départ et le Trésor royal fut même chargé de régler leurs dettes personnelles, encore 300,000 livres.Ainsi, 1244 des Acadiens venus en Poitou, puis repassés à Mantes, s’embarquèrent à destination de la Louisiane au printemps de 1785 trente ans après la tragédie de Grand’Pré.L’attrait de la riche colonie avait été le plus fort: les descendants des premiers fondateurs de l’Acadie et du Canada, obéissant à un appel mystérieux, allaient porter à la jeune République américaine les vertus de la race française.Vous savez ce qu’ils sont devenus: vous avez présente à l'esprit l'inoubliable visite à Montréal des élégantes Evangélines louisianaises, et ceux d’entre vous qui ont eu, au printemps dernier, le bonheur d’être du pèlerinage de Saint-Martinville entendent encore les acclamations sans fin dont ils furent salués.11 y a aujourd’hui 500,000 Acadiens en 1 .ouisianc ! Je n’ajouterai qu’un mot: que ceux qui s’étonnent encore d’avoir t rouvé là-bas, sur les bords du bayou Tèche, tant de survivance française, veuillent bien se souvenir que les ancêtres des Acadiens de Saint-Martinville et de Lafayette étaient restés entre vingt-deux REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE 80 et vingt-sept ans en France avant de retourner sur ce continent, que bon nombre d’entre eux étaient nés en France, que tous étaient légalement redevenus Français sans autre épithète, enfin qu'ils venaient de leur propre chef, non plus en déportés mais en colonisateurs.* * * Ainsi donc, de même que celui de Belle-Isle-on-mer, l'établissement acadien de Poitou, beaucoup plus important, venait d’échouer à son tour.Malgré les sommes considérables dépensées, exactement 1,072,419 livres en trois ans, soit au moins 25 à 30 millions do francs actuels, on n’avait pu fixer le gros des réfugiés acadiens sur le sol de France.Il en restait cependant près d’un millier.Que devinrent-ils?Ils se fondirent tout naturellement dans le reste de la population française dont rien ne les différenciait (pie des souvenirs douloureux.180 seulement d’entre eux restaient en Poitou, parmi lesquels 26 orphelins, veuves et vieillards impotents, et 13 gendres d’origine poitevine.Quelques autres rejoignirent encore en 1782 leurs compatriotes de Nantes et durent aussi passer en Louisiane.Cependant, bien (pie réduit à de si maigres proportions - on avait déjà abattu dans les forêts voisines le bois nécessaire à la construction de 150 maisons l’établissement acadien d’Archigny La Puye ne cessa de retenir l’attention du gouvernement.Jusqu’en 1791, il continua d’être une affaire d'fltat relevant directement du roi et gérée par le Marquis de Pérusse sous le contrôle de l’intendant de Poitiers.En 1793, chaque Acadien devint définitivement propriétaire de sa concession, sans dîmes, ni redevances seigneuriales, et la petite colonie, tombant dans le droit commun, se fondit tout à fait dans les paroisses dont elle dépendait.Les Acadiens qui étaient restés furent comblés; chaque chef de famille reçut autant de fermes montées - maison, grange, cheptel, terres attenantes — qu’il avait d’enfants.Certains en reçurent six et sept.Ils entrèrent ainsi de plain-pied dans la classe des propriétaires aisés et n’eurent pas de peine à caser leurs fils et leur* filles dans les meilleures familles de la contrée.Les descendants d’Acadiens sont nombreux dans toute la région d’Archigny et La Puye, bien qu’on n’en trouve guère parmi les habitants mêmes de “la J,igné acadienne”.Plusieurs d’entre eux ont acquis une certaine notoriété.Je citerai l’amiral Martin, fait comte sous la Restauration, dont la mère avait quitté l’établisse- I)U NOUVEAU SUR LE GRAND DÉRANGEMENT 81 ment d’Archigny pour se rendre à Rochefort; le général de division Papuchon (descendant des Daigle) qui fut gouverneur de la forteresse de Toul, la sœur de Verdun : le R.P.Ghicard (dont la grand’-mère était une Brault), missionnaire célèbre de l’Extrême-Orient, qu’on a surnommé le chcvalier-apôtrc.Parmi les vivants, outre un grand nombre de propriétaires et de commerçants aisés, de professeurs et d’ingénieurs, je nommerai simplement le maire de La Puye, M.Armand Bobier, le Dr Gabriel Pouvreau d’Archigny, le chanoine Arnault de Sainte-Radegonde, M.Paul Boudreau cpii fut un moment maire de Chauvigny, enfin si vous le permettez.votre serviteur.Quant aux fameuses “brandes”, c’est à peine si, de-ci de-là, quelque carré non encore défriché en rappelle l’existence.Par contre, la plupart des 58 maisons construites subsistent encore, bien qu’on en ait démoli plusieurs ces derniers temps.Elles sont presque toutes situées au bord de la route de Châtellerault à Saint- Savin, ou groupées en petits villages aux noms caractéristiques: les Quatre-maisons, les Six-maisons, les Huit-maisons, la Maison à Romain Daigle.< 'erlaines sont encore pourvues de leurs petites lucarnes normandes et rappellent en tous points nombre de vieilles maisons canadiennes.* * ' * J’en ai terminé, mesdames et messieurs, avec l’histoire des réfugiés acadiens revenus en France.J’ai tenu à vous montrer que la mère-patrie avait fait son devoir, tout son devoir, envers ses enfants les plus fidèles et les plus héroïques.Si elle n’a pu en retenir une bonne partie, on ne peut l’en blâmer, et peut-être tout compte-fait vaut-il mieux que les choses se soient passées ainsi.I.e vent disperse la semence et partout croissent les fleurs.Qui peut prévoir, en présence des signes évidents d’une renaissance merveilleuse, quel rôle les fils de l’héroïque et vertueuse Acadie sont appelés à jouer sur ce continent, en liaison avec vous, Canadiens, qui avez, avec le nombre et la force, la cohésion?Je vous laisse à ce rêve, mais je voudrais avant de terminer vous soumettre un projet qui me tient à cœur.Vous avez accompli récemment de grandioses pèlerinages.Vous, Canadiens, vous avez, il y a quelques années, parcouru la Normandie — toujours et uniquement la Normandie — puis, pris de remords, vous avez tout de même poussé jusqu’à Brouage, le berceau de Champlain.Vous avez pris, chaque année, l’habitude S2 REVUE trimestrielle canadienne d’aller à Grand-Pré.A qui porte un nom français, ce lieu désormais est sacré.J’y fus moi-même moins de trois jours après mon arrivée sur ce continent.Puis, en 1930, les Louisianais sont venus.Enfin, au printemps de 1931, tous ensemble, Acadiens, Canadiens, vous êtes allés à votre tour découvrir la Louisiane, et vous êtes revenus émerveillés, émus, fortifiés, vos cœurs pleins d’espoirs illimités.Eli bien, il vous reste un dernier pèlerinage à accomplir: il faut que vous organisiez pour bientôt un pèlerinage plus grandiose, plus émouvant encore que tous ceux fine vous avez faits jusque la — un pèlerinage acadien en b rance.11 faut que vous visitiez ces ports de la Manche où ont séjourné pendant des années des milliers de réfugiés sans foyer: Le Havre, Cherbourg, où touchent les grands paquebots; puis Saint-Malo, Dinan, ces joyaux de notre Bretagne; puis Nantes, le grand port fluvial d’où vous vous embarquerez pour Belle-Isle en mer, l'île aux falaises argentées qu'aimait- Sarah Bernhardt ; vous descendrez ensuite sur la Rochelle, Rochefort, d’où sont partis tant de vaisseaux d’émigrants à destination de l’Amérique du Nord; vous irez méditer à Brouage dont les remparts qu on restaure sont maintenant au milieu des terres; vous voudrez voir les îles de Re et d Oléron qui à elles seules ont fourni plus d’ancêtres aux Canadiens que la Bretagne tout entière: vous remonterez par le Gua, la seigneurie de de Monts, jusqu’à Poitiers, la ville-musée, la capitale de l’art roman, le Québec de la Vieille France.On vous y montrera, outre la rue Girouard et la rue Thibaudeau, un des plus beaux ensembles d’architecture médiévale qu’il y ait au monde.P)e la, vous vous rendrez à Chûtcllcrault où près de quatre cents familles acadiennes vécurent trois ans; on vous montrera dans la campagne avoisinante, et pendant qu’il en est temps encore, les vieilles maisons de la Ligne acadienne; puis à travers des vallées pittoresques, hérissées de châteaux séculaires, vous pousserez jusqu’à Charnizay; et enfin, avant d’atteindre Tours où naquit Nicolas Denys, vous tiendrez encore à visiter Richelieu; puis ('binon, la patrie de Razilly et de Rabelais, toute pleine des souvenirs de Jeanne d’Arc, et rien ne vous empêchera même de continuer votre voyage jusqu en ( hampa-gne, la patrie de Foutrincourt, et de le terminer à Paris qui a vu naître Louis Hébert, le premier colon de Port-Royal et de Québec.Venez, venez, vous verrez quel accueil notre France vous fera! Ernest Martin, Professeur nf/réyé t/e II nivcrsitc de l rance, Membre de ln Société des .1 nhqueiircs de l (ïuest. SCIENCE ET ENSEIGNEMENT PERPLEXITÉS ET DOLÉANCES D’EN PROFESSEUR DE CHIMIE Qui ne célèbre les progrès de la science?Les uns sont séduits par la nouveauté des applications: radiophonie, télévision, T.S.F., aviation, sérothérapie, machines frigorifiques, robots, que sais-je encore ?Les autres sont surtout frappés par les conquêtes de l’esprit, humain dans le domaine de l’abstraction intellectuelle: structure de l’atome, mécanique ondulatoire, théorie des quanta, calcul vectoriel, etc.Mais tous s’accordent à penser que mieux connaître et mieux utiliser la nature, c’est un noble but à proposer à l’homme, que c’est une des tâches les plus glorieuses qu’il puisse remplir puisqu’on l’accomplissant il embrasse plus de vérité et qu’il diminue les maux dont nous sommes aflligés.Ce n’est pas mon intention de développer ici cette idée quoiqu’il ne serait peut-être pas inutile d’insister une fois de plus sur les relations étroites qui lient la science pure à la science appliquée et de rappeler que celle-ci n’existerait pas sans celle-là.Non, ces pages n’ont pas pour objet d'exposer le rôle de la recherche scientifique ou d’en démontrer la nécessité.Elles visent, plus modestement, à faire comprendre le problème que pose continuellement aux professeurs l’avancement de la Science.Tous les jours la science s’étend, du connu vers l’inconnu.Elle va dans des directions imprévues; elle annexe de nouveaux royaumes à ceux qu’elle dominait déjà; en même temps, elle organise mieux son domaine.Elle substitue de nouveaux systèmes à des théories surannées, et à peine les a-t-elle élaborés qu’elle y découvre des lézardes.Sans cesse elle doit retoucher, reviser son œuvre, parfois la jeter à bas pour la reconstruire sur un autre plan.La Science, en un mot, évolue; elle se fait tous les jours: elle ne sera jamais achevée.L’enseignement ne va pas si vite: il ne peut pas — et il ne doit pas aller si vite.Il n’a le droit de s’incorporer une théorie qu’autant qu’elle s’est montrée féconde, qu’après qu’elle a subi les premiers remaniements que la critique lui impose presque toujours.Il y faut quelque temps: le meilleur professeur n’est pas celui qui donne tête baissée dans toutes les nouveautés et (pii néglige les vérités anciennes, éprouvées, encore solides, pour s’élancer imprudemment RKVI K TRIMKSTIIIKLLK CANADIENNE SI à travers des régions mal connues où vient de se lever une nouvelle étoile.L’enseignement ne doit pas courir d’aventures.ou le moins possible.Mais il faut pourtant qu’il marche.Il faut qu’il renouvelle son bagage; il faut qu’il abandonne résolument ce dont la science ne sait plus que faire et il faut, d’autre part, qu’il se charge de tout ce dont la science ne peut plus se passer.Du discernement y est nécessaire, cela va de soi, mais, souvent aussi, de l’initiative.A peine un texte est-il imprimé qu’il retarde; un manuel peut être indispensable; il est toujours insuffisant.Seule, la parole du maître peut le vivifier.Nous voulons, dans les pages qui vont suivre, circonscrire le problème à l’enseignement élémentaire de la chimie et il faudra, pour le faire utilement, montrer qu’il ne se pose pas de la meme manière dans l’enseignement primaire, dans l’enseignement secondaire et dans l’enseignement technique.* * * Les études primaires ont pour objet de fournir à l'enfant le minimum de connaissances dont il a besoin pour gagner sa vie.Et je sais bien que l’avocat, le médecin, le pharmacien, l’ingénieur ont également besoin de gagner leur vie et que l’école primaire ne les prépare pas à le faire dans leur profession.Justement, les écoles primaires ne préparent pas à une profession: elles mettent le jeune homme à même de remplir un emploi ou d’exercer un métier, ce qui est tout autre.D’où il suit que l’enseignement primaire a un but nettement pragmatique ou, si l’on préfère, qu’il a pour objet l’acquisition des connaissances pratiques les plus généralement utiles dans les circonstances ordinaires de la vie.Dès lors, l’enseignement de la chimie à l’école primaire peut se borner ù des notions usuelles sur les propriétés des corps et sur leurs réactions mutuelles, notions systématisées du mieux qu’on le pourra grâce à quelques principes ou à quelques lois autour desquels on groupera les faits qu’il importe de connaître: la composition du mortier, le verre, la fabrication du savon, les combustibles, la soude, l’acide sulfurique, l’amidon.La meilleure méthode d’exposition, dans ce cas, sera celle qui, en éveillant la curiosité de l’enfant et en satisfaisant son besoin de comprendre et de retenir, l’aidera le mieux à classer les faits qu’on désire qu’il sache.Un maçon n’a guère de profits ft tirer de l’isomorphisme ou un boucher des formules développées du glucose ou de l’acide picrique. SCIEXCE ET EXSKKiXEMEXT 85 La question ne se présente pas du tout de la même façon quand il s’agit de l’enseignement secondaire.11 n’est plus ici question de métier ou d’emploi — et il n’est pas encore question du choix d’une profession libérale déterminée.Les études secondaires constituent avant tout, dans le développement de l’individu, une étape au cours de laquelle il s’assure une culture générale, provisoirement désintéressée, c’est-à-dire qui laisse tout à fait imprécis (théoriquement, au moins) l’usage qu’il en fera, mais qui assure à son esprit la vigueur, la rectitude, la souplesse, la richesse — et à son caractère la droiture et la force dont il aura besoin, plus tard, pour se préparer à l’une des carrières où ne peut avoir accès qu’une élite et qu’on ne poursuit utilement sans des finalités éprouvées.Un commerçant, un agriculteur, un fonctionnaire peuvent très bien faire partie de l’élite de leurs contemporains; il n’est nullement nécessaire pour cela d'avoir suivi les cours de l’enseignement supérieur mais il est presque indispensable (en tous cas, excellent) d’avoir fait des études secondaires.Cela posé, qu’allons-nous en déduire en ce qui concerne l’enseignement de la chimie dans les établissements d’éducation secondaire?Evidemment qu’il ne devra pas être conçu de la même manière (pie dans les écoles primaires, même supérieures.Le but principal, ici, ce n’est pas d’apprendre beaucoup de faits, des méthodes de préparation (souvent désuètes quand les manuels les enregistrent) ou des réactions aussi nombreuses que possible.Assurément il faut connaître des faits: la chimie est une science expérimentale et ce serait une grave erreur que de vouloir en donner un enseignement déductif, comme celui des mathématiques.C’est en interrogeant la nature (pie la science s’accroît.et qu’elle s’apprend.Mais il s’agit d’entendre ses réponses et de les interpréter, en les insérant dans le système coordonné de connaissances qu’on en a tirées et qu’on appelle telle ou telle science.Or, à vrai dire, l’élève ne sait pas interroger la nature; il ne sait pas ce qu’il faut lui demander, ni comment il faut le demander.11 ne comprend pas ce qu’elle lui révèle.Ce langage lui échappe.Le voilà donc réduit à l’impuissance?Que non pas! Il doit s’initier peu à peu à ce colloque co ' ’ - • ren- nent à parler de façon raisonnable eu ecumam iea euuv émanions des adultes.On veut dire qu’il s’instruira grâce aux observations ^ REVUE TRIMESTRIELLE ( ' AX ADIENNI SO qu’ont faites leurs aînés, les précurseurs, les représentants des générations antérieures; il apprendra les conclusions qu’ils ont pu tirer de leur expérience et qui se sont groupées dans une doctrine.C’est à peu près tout ce que l’on peut faire dans un collège ou dans un lycée : s’assimiler les rudiments d’une science, s’accoutumer à ses méthodes, se familiariser avec son langage, noter les principes les mieux établis, voir comment on les a découverts et comment ils s’appliquent à des cas d’espèces.( "est dire que la chimie descriptive ne constitue qu’une partie fie cet enseignement, partie essentielle, à coup sûr - comme le corps pour l’esprit mais qui ne vaut que par l'âme qui y est associée, par les idées grâce auxquelles on a pu relier les faits en apparence les plus étrangers, en les réduisant à des manifestations de lois naturelles plus ou moins générales.Ainsi donc il faut partir des faits individuels: ce sont les pierres de notre édifice, mais ces pierres ne doivent pas s’amonceler en un tas informe; elles doivent s’ordonner harmonieusement et c’est, ici, l'esprit qui est l’architecte.Sa tâche n’est pas aisée car il ne peut pas tailler les pierres à sa guise: il faut découvrir comment elles demandent à s’agencer et cette recherche exige une grande sagacité.Cet effort est bien au-dessus des forces de l’élève; il dépasse celles d’un grand nombre d’expérimentateurs, même habiles; il exige parfois du génie.Mais ce qu’il est loisible et nécessaire de faire, c’est d’exposer les hypothèses qui ont permis à des esprits pénétrants de rassembler tous les faits épars, ou des catégories de faits, dans des généralisations qu’on appelle des théories.Il faut insister sur ce point, souvent mal compris.Dans l’enseignement secondaire, le laboratoire, si utile qu'il soit, n’est destiné qu’à familisariser l’élève avec un certain nombre fie faits importants qu’il ne peut ignorer; il les retiendra parce qu’il les aura provoqués à son gré, et qu’il les aura observés, ("est assurément quelque chose que de connaître des faits fondamentaux, mais ce n’est pas grand’chose si ce ne sont que fies faits isolés, disparates, qui n’ont pas été intégrés dans l’ensemble intellectuel donc intelligent (pie doit tendre à embrasser l’étude d’une science.Que nous fait, en soi, que le sulfure d’antimoine soit orangé et que l’oxyde de chrome soit vert?Cela, dira-t-on, peut servir au cours d’une analyse.Mauvaise réponse: l’enseignement de la chimie dans les collèges n’a pas pour but de préparer à faire des analyses.Que l’enseignement secondaire se limite à son objet: la culture désintéressée, et qu’il ne vise pas à une spécialisation prématurée.Les études prémédicales se feront SCIENCE ET ENSEIGNEMENT 87 au PC.N.: elles sortent du domaine de l’enseignement secondaire.Mais je crois bien que renseignement secondaire ne sait pas exactement quel est son domaine dans l’enseignement scientifique.Tl ne voit pas clairement (pie ce domaine est distinct de celui de l’enseignement primaire comme de celui fie l’enseignement supérieur.11 ne s'agit pas du tout de faire plus de physique ou de chimie qu’à l’école primaire et d’en faire moins qu’à l’université.11 s’agit tout simplement d’en faire d’une autre manière, c’est-à-dire d’adopter vis-à-vis de la science une attitude différente, de l’envisager d’un autre point de vue, 11 justement du point de vue de la culture générale.La culture générale, ce n’est pas l’optatif grec ou l’interrogation indirecte, l’iota souscrit ou le supin.Ce n’est pas davantage le binôme de Newton, la loi de Coulomb ou les réactions analytiques des chlorures.La culture générale, c’est l’intelligence de ce qu’est l’homme et de ce qu’est la civilisation; de l’homme tel qu’il est aujourd’hui et tel qu’il fut hier; de la civilisation actuelle et des civilisations antérieures, en tant qu’elles ont préparé celle dont nous sommes aujourd’hui les témoins et les bénéficiaires.Bornons-nous à considérer la chimie sous cet aspect et voyons à peu près quel programme on pourrait imaginer, selon nous, pour en faire une discipline intellectuelle favorable à la culture générale.Le mot de programme, d’ailleurs, est mal choisi, car un programme ne vaut que par l’esprit dans lequel on l’applique.Il s’agirait plutôt de directives dont on s’inpirerait sans y être assujetti de façon rigide.Cn premier examen du milieu dans lequel nous vivons conduirait à l’étude de l’atmosphère et de l’eau, puis des matières premières les plus communément indispensables que nous offre le sol: combustibles, minerais, sels.A l’occasion ch1 leur étude, une foule de notions de chimie générale s’introduiraient graduellement dans le cadre de cet enseignement: changements d’état, nature et propriétés des gaz et des vapeurs, propriétés des mélanges (complètement négligés dans les programmes classiques de chimie), nature des réactions chimiques; stochiométrie; constitution de la matière (électrons et protons); théorie des solutions; réactions ioniques; constitution de l’atome; théorie électronique de la valence; énergie radiante; radioactivité.A la vérité ce sont ces questions de chimie physique qui caractériseraient particulièrement l’enseignement proprement secondaire fie la chimie, le distinguant nettement de l’enseignement primaire, rudimentaire et utilitaire, comme de 88 REVU K TRIMESTRIELLE CANADIENNE renseignement supérieur, spécialisé et utilitaire lui aussi, puisqu’il a pour objet de préparer immédiatement à une profession.Le programme comporterait aussi, cela va sans dire*, des notions de chimie organique, grâce auxquelles les esprits se familiariseraient avec le concept de “fonction chimique”.Les colloïdes auraient aussi leur place dans cette étude.L’on pourrait encore, éventuellement, montrer comment se sont formées graduellement les assises de la science actuelle (histoire de l’esprit humain) et, d’un autre côté, l’on pourrait signaler l’importance pratique de telle transformation chimique (économie générale des ressources naturelles).Ainsi compris, l’enseignement de la chimie ne contribuerait-il pas, vraiment, aux “humanités scientifiques”?X’élargirait-il pas l’horizon intellectuel de nos collégiens?Xe donnerait-il pas aux bacheliers une idée moins déformée, non seulement de la science elle-même, mais du monde où ils sont appelés à vivre, monde matériel où la plus grande partie de l’humanité s’occupe à des transformations de la matière et où tout le monde en vit ?“Chimères”, dira-t-on.Tout est chimère quand on fuit l’effort et qu’on est décidé à suivre indéfiniment les routines que nous ont léguées nos prédécesseurs.Nous savons, nous, que cette entreprise n’est pas chimérique; nous le savons, de connaissance expérimentale, car nous nous y sommes engagé avec succès dans des camps de prisonniers de guerre.Les programmes ne nous ligotaient pas; nous ne voulions pas faire des bacheliers mais instruire des hommes.1! nous reste à parler de l’enseignement technique.Technique est pris ici dans son sens le plus large.A nos yeux l’enseignement est technique quand il a pour but immédiat et direct de préparer à une certaine profession ou à un certain métier.L’enseignement secon-dair« ne doit jamais viser à être technique.Il y a, bien au contraire, un enseignement technique qu’on peut appeler primaire et un enseignement technique véritablement supérieur.Le premier se propose de faire des ouvriers et des contremaîtres qualifiés.Il vise à développer l'adresse de l’individu, à lui faire connaître les tours de main, à le munir de procédés ingénieux, précis et rapides à la fois, pour atteindre un objet déterminé plutôt qu’à ouvrir de nouveaux champs à l’activité industrielle.Certes, son rôle est des plus utiles, mais il reste subordonné à la conception pratique du rendement immédiat. SCIENCE ET ENSEIGNEMENT 89 Il ne prétend pas directement à une action créatrice.11 reçoit son impulsion de plus haut et se contente, modestement, d’améliorer les opérations grâce auxquelles se font les applications industrielles et professionnelles fies découvertes scientifiques.Ces applications, elles ont été, au préalable, étudiées et inventées par des hommes d’une culture supérieure, fies ingénieurs, des savants, qui unissent à une formation scientifique très solide le sens, et en quelque sorte l’instinct des perfectionnements qu’on peut apporter à la réalisation industrielle.Il n’est donc pas nécessaire, dans renseignement: technique primaire, de se livrer à une critique serrée des fondements mêmes de la science; il est hors de propos d’approfondir des théories abstraites.Il suffit de donner à l’élève l’habitude de travailler intelligemment, ce qui n’est pas déjà si facile, et, par là, de combattre dans les masses ouvrières la tendance à la routine et l’asservissement à la machine.L’enseignement technique primaire doit accroître l’habileté manuelle des artisans mais aussi sauver le prolétariat tie la déchéance intellectuelle dont le machinisme le menace.L’enseignement de la chimie y reposera donc sur des principes clairs, simples, aussitôt appliqués à des exemples aussi nombreux que possible, par des manipulations faciles mais qui seront exécutées avec beaucoup d’ordre, d’exactitude et de propreté et qui seront toujours, ou le plus souvent, inspirées par la pratique industrielle.Tout autres sont les besoins de l’enseignement technique supérieur, comme on peut déjà le prévoir par ce qui précède.Il s'agit en effet, dans ce cas, de penser plus encore à l’avenir de l’industrie qu’à son état actuel car il est clair que ce sont, plus que toute autre chose, les progrès de la science qui déterminent les révolutions industrielles avec leurs contre-coups économiques.L’idéal, pour les établissements d’enseignement technique supérieur, serait évidemment que leurs élèves aient déjà fait une étude préalable tie la chimie, étude d’ordre primaire et d’ordre secondaire, au sens où nous avons pris ces termes.Ils auraient alors à la fois des connaissances positives et des idées générales et l’on pourrait se préoccuper d’étendre les unes et les autres et de les appliquer concurremment.Malheureusement, au moins en ce (pii concerne les élèves de l’Ecole Polytechnique, à leur entrée, ils ne possèdent ni les unes ni les autres, ce qui pose un problème des plus épineux.Leur langage même est imprécis et vague: fusion et dissolution se confondent; ébullition et vaporisation sont pris pour des synonymes; qu’on (10 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE parle de vapeurs émises par un solide, cela paraît un scandale! La seule définition du corps pur arrête les plus malins: les “philosophes” vous disent, sans rire, qu’un corps est pur quand ce n'est pas un mélange et si on leur demande ce que c’est qu’un mélange, ils parlent de réunion de plusieurs corps purs, ce qui constitue bien le cercle vicieux le plus évident qui soit (mais aussi le plus commun).Pour en sortir ils font appel aux considérations les plus absurdes sur l’essence et les qualités, comme si l’on connaissait jamais autre chose que les qualités de la matière (la composition d’un corps, sa constitution, tout ce que l’esprit imagine à son sujet, cc ne sont que des interprétations de ses qualités).On ne fait pas de physique avec de la métaphysique, ni de chimie rien qu’avec des idées.(Le plus souvent d’ailleurs ces idées sont inconsistantes et c’est plutôt avec des mots que l’on veut faire de la chimie!) On le voit, tout est à reprendre à pied d’œuvre.Tâche effarante, car on est contraint à combiner tant bien que mal les méthodes que l’on souhaiterait voir appliquées respectivement dans l’enseignement primaire, dans l'enseignement secondaire et dans l’enseignement technique.Triple tâche, pour laquelle le temps manque.Faute d’être suffisamment préparés à leur entrée, les élèves trouvent le cours trop difficile.Ils le trouvent surtout trop fatigant parce qu’il exige de l’attention et de la réflexion plus encore que de la mémoire.La chimie physique, qu’on n’aborde qu’avec prudence et modération, malgré son intérêt capital, effraye des esprits encore frustes et enchaînés déjà par les préoccupations exagérées de l’application lucrative.Ah! comme ils préféreraient -même les bacheliers — apprendre par cœur des formules et des recettes que d’étudier les caractères généraux des équilibres chimiques ou les propriétés communes à toutes les solutions diluées! Quel soulagement si la science pouvait s’acquérir par le rabâchage comme la table de multiplication ou comme on parvient à l’impeccable récitation de vingt vers de Virgile! Ah! comme on l’aimerait si elle se réduisait à des tableaux synoptiques avec de belles accolades! Comme on s’y donnerait joyeusement s’il n’y avait pus à penser, à douter, à discuter, à juger, après un examen personnel, de l’exactitude des conclusions tirées de l'étude critique des faits observés expérimentalement.Oh! n’être qu’un phonographe qu’on remonterait la veille de l’examen et qu’on laisserait dormir le reste du temps! Hélas! beaucoup d’élèves se placent dans cette catégorie - SCIENCE ET ENSEIGNEMENT 91 au dél ut de leurs études — et il faut bien reconnaître que ce n’est pas tout à fait de leur faute.N’ayant eu jusque-là de la science qu’une idée très étriquée et déformée, ils continuent pendant quelque temps à la bouder et à regretter même qu’elle ne soit pas conforme à la conception qu’ils s’en étaient faite.Ils ont pris d’abord à son égard une attitude méprisante et elle se venge cruellement en leur montrant leur insuffisance (ou la vanité de leur suffisance), en découvrant l'infirmité de leur esprit qu’ils croyaient devenu sublime par la vertu de l’optatif! Pauvres niais.Ce sont ceux-là, 1: plus souvent, qui voudraient que le cours se bornât à une technologie mesquine, une sorte de livre de cuisine, quelque chose comme: ‘‘Les petits plats pas chers des arts et métiers”.Mais il y a aussi de bons élèves — nous voudrions pouvoir dire qu’il y en a beaucoup; — des élèves qui sont résolus à travailler, qui sont décidés à appliquer toute leur intelligence à leur tâche, convaincus qu’ils gagneront des qualités précieuses, en plus des connaissances qu’ils auront acquises, en s’attachant sérieusement à l’étude de la physique et de la chimie.Ceux-là, bien entendu, réjouissent le cœur de leurs professeurs qui se sentent encouragés et consolés par la conscience, par l’ardeur parfois que ces jeunes gens apportent à leurs études.Quelles conclusions allons-nous tirer de ces pages ?Ne vaut-il pas mieux laisser ce soin au lecteur?Si quelque vérité s’y est fait jour, il l’aura sans doute remarquée et peut-être notée.L’auteur ne prétend, d’ailleurs, donner de conseils à qui que ce soit.Il se borne à exposer ses vues, loyalement et — du moins il l’espère — clairement, quoique d’une façon succincte.Le seul point sur lequel il insiste en terminant, c’est que l’enseignement doit progresser sans cesse, se renouveler constamment et de façon continue: il ne se donnera pas l’année prochaine exactement comme il s’est donné l’an dernier.Ici, se fixer, c’est déchoir, c’est vieillir.La santé, la jeunesse, la vie ne sont assurées à l’enseignement qu’à la condition de suivre de près les progrès et d’annexer peu à peu les conquêtes de la science pure. REVUE DES LIVRES GUADELOUPE, GUYANE, MARTINIQUE, SAINT-PIERRE ET MIQUELON.Volume in-4, de 210 peines, illustré de hors-textes, publié par le Commissariat général de l’Exposition Coloniale Internationale de Paris, à la Société d’Editions Géographiques, Maritimes et Coloniales, 1S4 Boni.Saint-Germain, Paris, 1931.—Prix: 120 fr.Superbe ouvrage écrit en collaboration et qui donne sur les colonies françaises des deux Amériques, les renseignements les plus précis.Histoire, geographic, commerce, industrie, enseignement, religion, tout y est traité avec compétence, par des écrivains qui demeurent sur les lieux et savent de quoi ils parlent.Le chapitre consacré aux lies de Saint-Pierre et Miquelon intéressera particulièrement les Canadiens, puisque cette minuscule colonie française est A nos portes et qu'elle fait partie en quelque sorte de notre territoire géographique.HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE des origines à 1900, publiée sous la direction de M.Ferdinand Brunot, professeur d'histoire de la Langue française à l’Université de Paris.Librairie Armand Colin, 103, Boul.Saint-Michel, Paris.Prix: 90 fr.Cette deuxième partie du tome Vie de la collection, portant sur la langue postclassique du XVIIle siècle, a été confiée à M.Alexis François, professeur à l'Université de Genève.L'auteur y traite de la grammaire et des grammairiens, de l’orthographe, de la prononciation et du vocabulaire.Cette matière ne constitue que le premier fascicule, qui ne laisse pas cependant de compter 1408 pages.(Le second fascicule contiendra tout ce qui concerne les formes et la syntaxe).Tout en prodiguant dans ce volume sa propre science, M.Ferdinand Brunot a voulu laisser le soin de le composer et de le mettre au point à l'un de ses élèves préférés, dont on connaît la compétence éprouvée.A cette collaboration, nous devons un volume de rare qualité, où sous l’histoire des mots s’esquisse l'histoire de la pensée.Ce volume n’intéresse pas seulement le spécialiste: il est désormais indispensable A quiconque veut connaître vraiment le XVIIIe siècle français.LA SCULPTURE FRANÇAISE, par Denise Jalabert.Librairie Armand Colin .103, Boul.Saint-Michel, Paris.—Prix: 30 francs.Ce bel ouvrage de 240 pages, orné de 32 planches hors-texte, écrit par Mlle Jalabert, conservateur du Musée de sculpture comparée du Trocadéro, porte en sous-titre: Evolution et tradition des vieux maîtres romans à Carpeaux.L’auteur démontre qu'entre toutes les œuvres de la sculpture de son pays, il y a comme une parenté, un air de famille: la marque du génie français.Si, dans les périodes de crise, c’est-à-dire quand les influences étrangères se sont exercées sur l'art français, cette tradition a failli être abandonnée, c'est en y revenant que les Goujon, les Bontemps et les Pilon, les sculpteurs de Versailles, et les Pigalle, les Houdon.les Rude, les Curpeaux ont produit à nouveau des œuvres originales et fortes.Cette étude, de lecture infiniment attrayante, où s’harmonisent la science et le talent, n'intéressera pas seulement l'artiste, l’archéologue, l'historien, mais tout homme cultivé. REVUE DES LIVRES 93 L'ILLUSIONNISTE MODERNE, par O’Rcly, Maison de la Bonne Presse, 5, rue Bayard, Paris.—Prix: 3 fr 50.Ce manuel, qui porte le No 11 des Petits Guides pratiques du Foyer, contient les révélations d’un magicien.Plus de 60 tours ingénieux, décomposés, avec figures explicatives dans le texte, forment la matière de ces 175 pages.L’EFFIGIE DU DENIER, roman, par M.Barrère-Affre.Maison de la Bonne Presse, 5 rue Bayard, Paris.Prix: 3 fr.Heugon, riche vieillard qui n’a plus que son petit-fils comme héritier, est surpris par la mort et ne peut lui révéler un secret qu’il avait annoncé.Alain de Sarrans, l’héritier, entre, par une suite naturelle de circonstances heureuses, en relations avec Claude Alix, femme de lettres sans fortune.Alors qu’il admire en elle des qualités charmantes et un courage viril sous l’adversité, il voit tout à coup le secret tragique se révéler.Cette jeune fille et sa mère dont des victimes, son grand-père et lui sont leurs voleurs.Belle tragédie de sentiments et d’aven-t lires.LE PROSCRIT, roman par Charles Dodemnn.Maison de la Bonne Presse, 5 nie Bayard, Paris.—Prix: 3 fr.Encore un drame poignant, parmi tant d'autres, de la Révolution de 1789.Dans le petit pays de Ségeste, la population était heureuse sous la tutelle de la famille de Charlieu.Un des habitants, Onézime Picot, est un jour condamné pour des crimes variés.Mais Aymé de Charlieu, prêtre, le sauve des galères en prenant sa place.La Révolution déchaînée, Aymé de Charlieu est déclaré “hors la loi” et Onézime Picot proclamé Commissaire du peuple à Ségeste, avec, comme assistant et surtout surveillant, Nicolas Friloche, aussi ambitieux qu’Onézime.Le “Proscrit”, malgré tous les traquenards, malgré la surveillance, parvient à déjouer le Commissaire du peuple et son associé.On sera même étonné de voir sur quelle tête le couteau de la guillotine tombera.SOUS LE SIGNE DE LA CROIX, roman par J.Ceynet.Maison de la Bonne Presse, 5 rue Bayard, Paris.—Prix: 3 fr.Christus viricU, c’est le thème de ce beau roman.La famille de Vauxclair, ruinée par la mort du père, colonel tué à la guerre, est obligé de travailler pour vivre.Christiane, la fille aînée, donne des leçons de chant.Sa nouvelle profession la conduit dans une famille juive où le père, baron Lœwenthal, veuf d’une femme chrétienne, a une fille qui a hérité des bons sentiments de sa mère, que l’orgueil du père a toujours refrénés.Christiane, par sa bonté, sa délicatesse, gagne l’amitié de Ruth, la petite juive.Le baron emploie comme architecte un ancien officier du colonel de Vauxclair, celui-là même qui a reçu son dernier soupir.Sa nature droite et son Ame très élevée le rapprochent de Christiane.Unissant leurs efforts et leurs prières, ils arrivent à sauver Ruth, victime d’un accident, mortel.Même le père obstiné est obligé de reconnaître la victoire du Christ de bonté.CHARLES HUOT, sa vie, sa carrière, ses oeuvres, sa mort, par M.Hormisdas Magnan.En vente chez l’auteur, 6 rue Fraser, Québec.Prix: 35c.Cette brochure de 42 pages, au texte serré et abondamment illustré, est nécessaire à tous ceux qu’intéresse la vie des arts au Canada, et en particulier à 94 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ceux qui veulent connaître la part des Canadiens français dans ce genre d’activité.Charles Huot fut un de nos rares peintres d'histoire.11 nous a laissé quelques grandes œuvres que personne ne peut ignorer.D'ailleurs sa vie ne manque pas d’imprévu et de pittoresque, et les pages que lui a consacrées M.Magnan ne sont pas ennuyeuses.11 est dommage que cette brochure ne soit pas un livre: on pourrait le donner en prix.ANNUAIRE STATISTIQUE DE QUÉBEC, pour l'année 1931.Au bureau des statistiques, Hôtel du Gouvernement, Québec.Volume de près de 500 pages, bourré de renseignements sur la chronologie, les caractères physiques de la province, la climatologie, la population, l'instruction, l’administration de la province, les finances, la production, les communications et transports, l’activité économique, le travail organisé, la prévoyange.Cette seule nomenclature indique assez l'utilité d’un tel recueil.Le texte s’éclaire encore de graphiques et de cartes.O.M.RÉPARTITION ET RÉGLEMENT DE LA DETTE PUBLIQUE AUTRICHIENNE ET HONGROISE D'AVANT-GUERRE, par A.Antonucci In S °, 310 pages.Prix, broché: 50 francs.Chez Marcel Giard, Paris .1932.Ce livre est le premier travail d’ensemble sur la question.11 contient une analyse détaillée des dispostions des Traités, des décisions de la Commission des Réparations et des accords conclus par les sept États héritiers de l'ancienne Monarchie avec les Associations des porteurs de titres.L'n grand nombre de renseignements inédits intéresseront les banquiers et les notaires.INSTITUTES DE SCIENCE ÉCONOMIQUE,Tome II, Les Bases du Système Economique, par G.-II.Bousquet.In S °, 210 pages.Prix, broché: 35 francs.Chez Marcel Giard, Paris.1932.Dans ce deuxième volume M.Bousquet traite de l'influence exercée sur le milieu économique par un certain nombre de facteurs importants.Ce sont d'abord les influences du milieu naturel, de la race, des institutions sociales et des connaissances techniques.L'auteur étudie, ensuite, une autre donnée très importante: le chiffre de population.11 critique vigoureusement la théorie de Malthus.Cette mise au point est complétée par une bibliographie.TRAITÉ DE MÉCANIQUE ÉCONOMIQUE, par Alexandre Pericteanu.In 8°, 290 pages.Prix broché: 10 francs.Chez Marcel Giard, Paris.1932.L’auteur analyse d'abord les phénomènes de la production: interdépendance naturelle entre les capacités des choses et les capacités humaines; équilibre qualitatif et quantitatif entre les différentes fonctions que doivent remplir les capacités humaines; causes perturbatrices qui empêchent l’homme de maintenir son activité en équilibre.Dans la seconde partie, M.I’erietcanu examine les procédés disponibles et nécessaires pour faire une bonne répartition de la prroduction et il analyse les avantages et les inconvénients de chaque système.L’ouvrage comprend la doctrine économique.Il laisse à d’autres l’application de cette doctrine, c.â.d.la politique économique. REVUE DES LIVRES 95 L’EPARGNE DES TRAVAILLEURS — La Spéculation et le Néocapitulisnie aux Etats-Unis, par J.Ilaristoy.In S J, 4128 papes.Prix, broche: *'() francs Chez Marcel Giard, Paris.1932.C'est le premier travail qui paraît en Europe sur Y employee slock ownership, c'est-à-dire sur la participation des travailleurs américains au capital-actions des sociétés-employeurs.Cette étirne est basée sur drs faits reeui tllis par l’auteur au cours d'une enquête faite sur place aux Etats-Unis.Monsieur J.Haristoy indique les avant apes et les inconvénients de ce système , ses risques et s( s dangers, Il fait ressortir que les placements en actions industrielles ne remplissent pas les conditions essentielles à la sécurité ne l'épargne populaire.La conclusion de l'auteur, c'est que 1 'employee stork ownership est incapable o’enpendrer le néocapitalisme et la démocratie industrielle.LE FRANC D'AUJOURD'HUI 1913-1931, SA VALEUR, par G.Sand.In 8° 141 papes.Prix, broché: 20 francs.Chez Marcel Giard, Paris 1932.Etude sur la stabilisation de la monnaie, le problème de l’or, les échanges internationaux et les questions économiques connexes.ZOOLOGIE BIOLOGIQUE.Ease.I — Morphologie générale et Système nerveux.In S°, 223 x -xi pages, avec 130 figures.Prix, broché: 45 francs.Chez Gauthicr-Villars, 45 Quai des Grands Augustin.-, Paris, 1932.L’auteur expose, dans sa préface, que l'étude de la zoologie se borne trop souvent à une étude morphologique, incapable d'analyser, d'une façon complète, les phénomènes vitaux.La forme n'est qu'une propriété parmi toutes les autres: fonctionnement des organes, la manière de vivre, l’habitat, les mœurs, etc., etc.C'est cionc l'ensemble des propriétés qu’il faut envisager, en utilisant le mode comparatif largement compris.Tel est l'esprit dans ‘ ' ce nouveau livre a été conçu.Ce premier fascicule sera suivi de deux autres.Le second, actuellement rédigé, traitera îles phénomènes de nutrition.LEÇONS SUR LES FONCTIONS ENTIERES OU MÉROMORPIIKS, par P.Montai.In 8 °, xiv—110 pages.Prix, broché: 30 francs.Chez Gauthicr-Villars.Paris 1932.C'est le premier volume d’une série intitulée: “Publications du Séminaire Mathématique de l'Université de Cluny".Les ouvrages de cette série, publiés sous les soins rie M.P.Sergreseo, sont destinés à servir de guides au public mathématique.Placés entre les traités classiques et les mémoires originaux, ils conduiront les travailleurs au seuil même oes régions où s’élabore la recherche mathématique.Ce premier ouvrage traite de la théorie moderne des fonctions entières et tnéro-morphes.Cette théorie, découverte par Picard, examine la répartition, autour du point singulier, des points où la fonction prend une même valeur.L’étude de la distribution des modules de ces points est très avancée et les résultats paraissent avoir pris une forme définitive avec les travaux de R.Nevanlinna; ces travaux sont exposés dans les quatre premiers chapitres.Les deux derniers sontconsacr-és à l'étude de la distribution des arguments des mêmes points, étude beaucoup plus récente dont les progrès sont liés à ceux de la théorie des familles normales.29 96 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE L'INDUSTRIE CHIMIQUE EN FRANCE.ÉTUDE IIIISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE, par Paul Baud.In 8°, 430 pages avec 04 figures.Prix, broché: 60 francs.Chez Masson & Cie, 120 Boulevard Saint-Germain, Paris.1932.Dansla première partie de ce livre, qui s’apparente étroitement aux ouvrages classiques, l’auteur a suivi l’évolution des premiers métiers d’ordre chimique installés en France depuis la conquête romaine.De là, suivant la méthode de LePlay et d’Henri de Tourville, une série de monographies sur les principales industries, monographies que complètent deux chapitres importants sur la transmission des métiers de l’Antiquité et le commerce des drogues et des matières colorantes a la fin du Moyen Age.Dans la seconde partie qui comporte un tableau d’ensemble de la ‘Trance chimique” au début du XIXe siècle, après la naissance de la Grande Industrie , l’auteur passe en revue les principales activités des différentes "régions industrielles” en liant toujours le fait économique au fait géographique.Cet ouvrage, complété par une bibliographie et de nombreuses cartes, est un document précieux pour l'ingénieur, le géographe et 1 économiste.TRAITÉ DE CHIMIE MIX ERA LE.Tome II.publié sous la direction de Paul Pascal et de Paul Baud.In S °, 594 pages avec 120 figures.Prix broché: 120 francs.Chez Masson et Cie.Paris.1932.Dans ce deuxième tome, Messieurs P.Baud, A Conduché, A.Damiens, P.Germain, P.Mondaur Monv.nl et P.Pascal traitent des sujets suivants: le soufre, le sélénium, le tellure, l’industrie de l’acide sulfurique et de l'olêum.Rappelons que ce traité complet comprendra douze tomes.La forme de publication suivie est celle conçue par Moissan; mais, on a tenu compte des progrès récents de la chimie physique.Chaque chapitre se termine par une bibliographie des mémoires les plus importants.De nombreux diagrammes et tableaux complètent le texte.NOUVEAU LEXIQUE TECHNIQUE ALLEMAND-FRANt.'.MS ET FRANÇAIS-ALLEMAND, par Léon Demand.In 8°, 308 pages.Prix, relié toile: 82 fr 50.Chez Ch.Béranger, 15 rue des Saints-Pères, Paris.1932.Ce lexique n’est pas une copie abrégée de dictionnaires déjà existants; le vocabulaire a été recueilli uniquement au cours de lectures de périodiques et d'ouvrages techniques contemporains.L’auteur suppose, de la part du lecteur, la possession des notions élémentaires sur la facture de la phrase allemande, la grammaire et le vocabulaire usuel.Il se contente de noter le vocable, généralement le nom, qui permet de retrouver le sens de tous les mots de même racine, vertes, adjectifs, etc.Dans la partie allemand-français les termes techniques semblables des deux langues ont été omis.COURS DE VERRERIE.TOME II.PHYSIQUE THERMIQUE DU VERRE par Emilio d’Amour.In 8°, 241 pages avec 67 figures.Prix, broché: 60 fr 50.Chez Ch.Béranger, Paris, 1932.Texte du cours professé au conservatoire National des Arts et Métiers de Paris.La première partie avait été consacrée à la chimie du verre: composition, analyse chimique, influence des constituants sur les propriétés, etc.Dans cette REVUE DES LIVRES 97 deuxième partie, l'auteur étudie les propriétés physiques du verre Ces dernières sont, au point de vue de la fabrication, beaucoup plus importantes que les propriétés chimiques.La table des matières de ce volume contient quatre chapitres: propriétés physiques intéressant la fusion et le travail à chaud du verre; la fusion du verre, ses caractères chimiques et physiques; opération industrielle de la fusion du verre, fours il bassin, fours à pots, conduite des fours; la fabrication des pots et des matériaux réfractaires en verrerie.Un troisième volume traitera du refroidissement du verre, du travail par coulage, du soufflage, de la recuisson, etc., etc.GUIDE POUR L'ÉLECTRIFICATION DOMESTIQUE, par IL Courteux et IL Thésio.In 8°, 367 pages, 175 figures et de nombreux tableaux Prix, reliure souple: 75 fr -10.Chez Ch.Béranger, 15 rue des Saints-Pères, Paris, 1932.Le développement important pris dans ces dernières années par les applications nouvelles de l'electricité à la vie domestique a élargi et renouvelé le domaine des connaissances utiles aux professionnels du bâtiment.Cet ouvrage est divisé en quatre parties.La première est consacrée à l'éclairage; la seconde s’occupe de toutes les applications mécaniques de l’électricité : moteurs électriques et applications domestiques des moteurs; la troisième intéresse les applications thermiques de l’électricité et la production du froid: chauffe-eau à accumulateur, chauffage des locaux, cuisine électrique, armoires frigorifiques; la quatrième contient des renseignements généraux sur les réseaux de distribution et les canalisations collectives et intérieures.LES SPA 1)1 FLORES DU QUÉBEC (Aracées, Lemnacées), par le Frère Marie Vîctorin, F E.C.Contribution Xo 19 du Laboratoire de Botanique de l’Université de Montréal.In 8°, 00 pages avec 27 figures.Prix broché: 75 cents.A l'Institut de Botanique, Université de Montréal, 1265 rue St-Denis Montréal 1932.Ce bulletin fait partie d’une série de publications dont l’ensemble formera le tra'té complet de la flore du Québec La réputation du Frère Marie-Victonn n'est plus à faire et cette fois, encore, il nous donne un travail excellent â tous les points de vue.Insistons sur la belle présentation typographique.Les illustrations, dues au F.Alexandre, f.e.c et au F.Reole-Pierre f.e c.ainsi que la documentation photographique fournie par le F.Adrien, c.s.c.dénotent chez les collaborateurs une haute compétence technique.A TRAFFIC CONTROL PLAN FOR KANSAS CITY, par Miller McClintock.In S °, 272 pages, avec 57 planches hors texte et 24 tableaux.Prix, relié toile: $5.00.The Chamber of Commerce of Kansas City, Kansas City, Missouri, 1930 Rapport préparé pour “The City-Wide Traffic Committee" de la Chambre de Commerce de Kansas City, par "The Albert Russel Erskine Bureau" de l'Université Harvard.M.McClintock, le directeur de ce bureau de recherche spécialisé dans l’étude du trafic des villes, est la plus haute compétence reconnue sur cette question.Ce rapport, le plus récent du genre, a exigé de sa part ainsi (pie de celle de ses nombreux assistants une année de travail.C'est donc un document précieux.On y trouve, dans une série de tableaux, une foule de données os RK VUE TRIMESTRIELLE C AN A DI EN'.VE quantitative*.1! convient de signaler surtout les nombreuses cartes qui servent n faire voir d'un coup-d’tril tous les faits intéressant chaque aspect particulier du problème.Il serait très long d'énumérer ici toute la série des légendes.Il suffit de dire que l’auteur a fait preuve de beaucoup de jugement dans le choix des faits illustrés.Les principales sections du rapport traitent des sujets suivants: Conditions actuelles du trafic d s rues: le trafic, des rues et le commerce; le trafic des rues et les accidents; le stationnement ; la protection des piétons, les règlements spéciaux, les signaux, I ~ agents préposés à la circulation; la procédure des cours spéciales.REVUE AÉRONAUTIQUE INTERNATIONALE.Publication Trimestrielle.Format In -1°, lit pages, par fascicule.Prix de P .abonnement : 00 francs.Chez Albert Roper, 4 rue Beethoven, Paris 10°.France.Ce nouvel organe, publié avec l'assentiment de la Commission Internationale de Navigation Aérienne, nous fournira ce qu'il était très difficile d’obtenir avant son apparition: une documentation complète sur toutes les activités des très nombreuses organisations aéronautiques internationales.]/; premier fascicule contient le bilan actuel de l'activité des plus importantes organisations internationales et un exposé sur les statistiques du trafic aérien.Le deuxième numéro, décembre 1931, renferme le compte rendu des réunions que certaines de ces organisations ont, tenues au cours du dernier trimestre de 1931, le texte du Rapport de la Commission de l'Aéronautique de la Conférence des Armements ¦— Washington 1921-1922, les statistiques internationales du trafic aérien pour l'année 1928 et plusieurs artiecs sur des sujets d’ordre technique.REPORTS OF RADIO RESEARCHES AND WORKS IN JAPAN C’est le douzième périodique sur la liste des publications du Conseil National de Recherches du Japon, llest rédigé par les membres du Comité de Recherches sur la Radio.Deux fascicules ont paru à date.Ils contiennent de nombreux mémo»es sur la propagation des ondes courtes, les atmosphériques, la polarisation des ondes de haute fréquence, la stabilisation de la fréquence de transmission, la résistance des antennes complexes, etc.etc.Pour obtenir les renseignements sur le prix d’abonnement, s’adresser comme suit: The Secretary, National Research Council, Imperial Academy House, Weno Park, Tokyo, Japan INDEX BIBLIOGRAPHIQUE DE L’ASSOCIATION INTERNATIONALE PERMANENTE DES CONGRÈS DE LA ROUTE.1 Ave d’iéna, Paris XVIe.La Commission Permanente de l'Association des Congrès de la Route, désireuse de renforcer son Service de Documentation a décidé, la création,à titre d’essai, d’un Index Bibliographique dans lequel seraient signalés les principaux articles et ouvrages concernant les questions dont s'occupe l'Association.Cet, Index paraîtra une fois par mois.Il sera imprimé sur un seul côté des pages; ceci permettra le découpage des notes et leur collage sur fiches pour la formation des répertoires particuliers.Chaque note bibliographique indique: le nom de l'auteur, le titre complet de l'article avec sa traduction complète dans les langues admises aux Congrès, le mois et la date de la publication dans laquelle l'article a paru.Elle porte, en tête, un numéro d'ordre répondant à la Classification REVUE DES LIVRES 99 décimale.En outre, pour la commodité des recherche.-, les articles signalés seront groupés sous quelques rubriques générales LA HICKKCA 8'CIENTIFICA El) IL PROC1RESSO TECXICO NELL’ ECONOMIA NAZIONALE.Le Conseil Xational de Recherches d'Italie procède actuellement à l’organisation d'un service complet de documentation.A cet effet elle a déjà publié une collection nationale d'ouvrages de références laquelle est unique en son genre.X’ous y trouvons les titres suivants: Liste des Sociétés Savantes; Liste des Laboratoires de Recherches; Liste des Périodiques scientifiques; Biblogra-pln'e des ouvrages scientifiques et techniques.Ce nouveau périodique, qu parait deux fois par mois, servira à compléter les publications précédentes.Chaque fasc'cule contient, en plus des articles d'intérêt général sur les quest mis de grande actualité, toute une série de chroniques aussi intéressantes les unes que les autres.Communiqués sommaires sur les travaux de recherches en cours: activ tés des divers comités du Conseil Xational des Recherches, Calendrier des congrès; Chronique des académies et des sociétés savantes; prix, concours et bourses d’études; notices diverses; nécrologie; revue des livres et des périodiques.Prix de l’abonnement: 150 lires par année CHRVSOTILE ASBESTOS IX CANADA, par James Gordon Ross.In s .JO pages, 31 planches hors texte, 11 diagrammes et 21 tableaux.Publication Xo 707, Mines Branch.Prix, broché: 25 cents.F.-A.Aclnnd, Imprimeur du Roi, Ottawa, Ont.Monographie technique complète sur l’amiante.Propriétés physiques et chimiques; origine et composition des dépôts; exploitation des dépôts; préparation de l’amiante brute; les mines d’amiante du Canada; la fabrication des objets en amiante; les applications commerciales; coûts d'extraction, prix de vente, statistiques de production.Contient , en apprendice, une bibliographie complète sur le sujet.AMERICAN MIXING LAW, par A.H.Ricketts.In 8°, 812 pages.Prix, relié toile souple: $2.00.Bulletin Notts.California State Division of Mines, Ferry Building.San-Francisco, Californie 1931.Cet ouvrage a été compilé pour répondre aux nombreuses demandes faites au Minéralogiste d'Etat de la Californie, concernant les règlements du “United States Land Department” sur la location et le développement des terrains miniers.Les statuts fédéraux américains sur les mines sont relativement peu nombreux et de plus ils ne s’appliquent qu'aux Etats miniers du Domaine public fédéral.C'est l'interprétation de ces lois, ainsi que des lois particulières des différents Etats, par les cours américains qui constitue le fond de cet ouvrage.C’est un véritable livre de référence dans lequel chaque texte de loi est complété par la bibliographie des jugements.L'auteur est une compétence reconnue sur le droit minier.Il a débuté comme avocat conseil de l'Etat de la Californie en 1892. VIE DE L’ECOLE ET DE L’ASSOCIATION RAPPORT DU CONSEIL DE L’ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE Pour l’année 1931 A MM.les Messieurs, Membres de l’Association des Anciens de l’École Polytechnique.Élèves Le conseil de l’Association a l’honneur de vous présenter le rapport de ses activités pour l’année 1931.Le Conseil a tenu dix assemblées durant son terme d'office, l’assistance à ces assemblées se répartissant de la manière suivante: Messieurs.Adhémar Mailhiot, 9 S.-A.Baulne, 6 T.-J.Lafrcnièrc, 6 Augustin Frigon, 6 H.-A.Terreault, f) Arthur Vincent 1 Jules Comeau, 6 Charles David, 3 Jos.Labelle, 8 J.-P.Lalonde, G G.-J.Papineau 2 J.-C.Chagnon, 8 J.-N.Langelier, 10 Ernest MacKay, 10 J.-A.Michaud, 0 IL Lefebvre, 0 A.Beauchamp, 0 Alex.Larivière 2 Président des Étudiants, 8 Armand Circé, 10 MM.J.-A.Michaud, IL Lefebvre, A.Beauchamp et Alex.Larivière résident en dehors de Montréal.L’Association avait en caisse au 31 décembre 1930 une somme de 81,089.46.L’encaisse au 31 décembre 1931 était de 81,198.19, donnant un surplus des recettes sur les dépenses, pour l’année 1931, de 8108.73.L’Association possède en plus une obligation de la Victoire et une obligation de la ville de Greenfield Park au montant de 8500.00 chacune.L’actif liquide total de l'Association est ainsi de 82,198.19.Sur un total de 492 ingénieurs vivants diplômés de l’Ecole Polytechnique, l’Association comptait, au 31 décembre dernier, 4 membres honoraires, 296 membres titulaires et 6 membres adhérents.Depuis cette date, les demandes d’admission dans l’Association faites par 16 des nouveaux diplômés de l’Ecole Polytechnique 101 vie DK l’école et de l’association ont été acceptées par votre Conseil.L’Association compte en outre au nombre de ses membres titulaires 3 architectes diplômés de l’École Polytechnique.Le Conseil se voit une fois de plus contraint d’attirer votre attention sur la question du paiement des cotisations.Chaque année, malgré des appels réitérés, le Conseil doit, pour cause d’arrérages, rayer des cadres de l’Association quelques-uns tie nos membres.11 se bute à une force d’indifférence et d’inertie contre laquelle les efforts les plus persistants sont inutiles.Au cours de l’année 1931, nous avons ainsi rayé 6 membres en retard de 5 ans, 7 en retard de 4 ans, et 3 en retard de 3 ans.Jusqu’à présent, le Conseil attendait plusieurs années avant de procéder à la radiation des retardataires.L’expérience indique cependant qu’après un certain temps de retard, il est extrêmement difficile de faire rentrer les cotisations.Et votre Conseil a discuté la question de la radiation prenant automatiquement effet lorsque le membre est, par exemple, de une année en retard dans le paiement de ses dus, plutôt que de continuer pendant des années à adresser des avis, encourir fies frais de correspondance et faire des démarches qui dans $0% des cas n’auront aucun résultat.S’est présenté aussi le cas de la réadmission de membres qui avaient été autrefois rayés de l’Association pour arrérages.Chaque fois, il a été signifié à l’applicant que pour être admis fie nouveau dans l’Association, il doit payer la somme due au moment où il fut rayé de l’Association.Le Conseil croit que le retour à l’Association doit être facilité dans une plus grande mesure.Il soumet ces questions à vos délibérations et exprime le désir que soient données au Conseil entrant en fonction tics directives précises relativement à la méthode fie les solutionner.Au début de l’année 1931, les membres de l’Association résidant à Québec se sont définitivement constitués en section, en conformité avec les prévisions des nouveaux règlements adoptés au mois de décembre 1930 pour régulariser les activités ties groupements d’Ancicns Elèves de l’Ecole Polytechnique résidant en dehors tie Montréal.Le Conseil souhaite le plus entier succès à la nouvelle Section tie Québec, et il espère que l’arrangement actuel lui permettra de se développer et de grandir plus encore que par le passé.Souhaitons aussi que les groupements d’anciens élèves répartis en d’autres centres deviennent assez nombreux pour justifier la formation de sections additionnelles qui elles aussi continueront la vie 102 RICVl'i: TRIMESTRIELLE < AX A F>1 EXX!• et perpétueront l'esprit d’association si utiles et parfois si nécessaires ntl succès.Vous avez été conviés à quelques réunions au cours de l’année écoulée.Au mois de février, AI.René Pelletier, ingénieur géologue en Rhodésie du Sud.parlait de ses explorations au continent africain et des richesses minières de cette partie du globe.l u peu plus tard, c’était AI.L.-J.Leroux, ingénieur en charge des ponts et tunnels à la ville de Montréal, qui exposait devant vous les détails de construction de l'une de ses œuvres, le grand pont en arche en béton armé d’Ahuntsic, sur la rivière des Prairies.A l’automne, le contrôle de la circulation dans les grandes villes faisait l’objet d’une intéressante causerie par Al.Benoit Laberge, ingénieur de la circulation de la cité de Alontréal, qui nous parla de cette question appliquée à notre métropole.En votre nom, le Conseil offre ses plus vifs remerciements à ces conférenciers qui ont bien voulu consacrer un peu de leur temps pour faire bénéficier de leur expérience particulière leurs camarades de profession.Votre Conseil avait été chargé lors de l’assemblée générale annuelle de 1931 d’étudier la possibilité de l’adoption d’un sceau qui serait apposé par l’ingénieur sur tous ses plans et documents.Le Conseil s’est occupé de la question et a demandé à la Corporation des Ingénieurs Professionnels de la Province de Québec d’exprimer son avis sur l’opportunité de cette mesure, et le Conseil de la Corporation a alors nommé un comité spécial qui fait actuellement l’étude de la question.Le bureau de placement a continué de fonctionner pendant l’année 1931.Au mois d’avril, une lettre circulaire fut adressée à tous les chefs d’industrie et à tous les ingénieurs en charge des administrations provinciale et municipale.Les résultats de.ces démarches ont été beaucoup moins encourageants qu’auparavant.Aucune position ne fut offerte par les industriels, et le nombre d’ouvertures trouvées chez les administrations a été sensiblement moindre qu’en 1930.Par suite, le bureau de placement a eu beaucoup de difficulté à placer les nouveaux ingénieurs gradués.Sur une promotion de dix-sept, deux ont continué leurs études, quatre se sont trouvé par eux-mêmes un emploi permanent, et quatre ont obtenu une position permanente par l’entremise du bureau de placement.Sept furent placés d’une façon temporaire.Actuellement six élèves de cette dernière promotion sont encore sans position. 103 vu: DK l’KCOLK ET DE l'ASSOCIATION' Neuf membres des anciennes promotions ont fait application pour de l’emploi pendant l'année.Deux ont été placés par le bureau, un d'une façon permanente, et un temporairement.Deux autres se sont trouvé un emploi eux-mêmes.Au total il reste onze membres, anciens et nouveaux, qui sont sans emploi aucun.C’est la première année où nous avons réellement souffert de la crise économique.Jusqu’à l’automne dernier le nombre de nos membres sans emploi aucun était relativement bas, mais en moins de deux mois douze d’entre eux ont perdu leur position.L'année précédente la crise s’était fait beaucoup moins sentir parce que la ville de Montréal et la Province de Québec avaient pris plusieurs de nos membres à leur service.Ainsi la \ ilie en engageait douze en 1930, alors qu’elle n’en a pris que six l’année dernière.La Province avait donné de l’emploi à neuf de nos membres en 1930, alors (pie l'année dernière elle n’en a engagé que six d’une façon permanente.De même, le nombre d’emplois trouvés par nos membres dans l'industrie a diminué considérablement.De douze qu’il était en 1930 il a passé à quatre en 1931.Le secrétaire du bureau de placement remercie cordialement tous ceux qui l’ont aidé dans sa tâche.Il mentionne particulièrement messieurs Augustin Frigon et Adhémar Mailhiot à qui il doit, un grand nombre des renseignements qu’il a obtenus.11 fait appel plus que jamais à la généreuse coopération de tous les membres de l’Association, et en particulier à ceux qui peuvent exercer une influence auprès des autorités et des chefs d’industrie.Au nombre des événements heureux pour l’Association survenus dans le cours de l’année dernière, signalons la nomination de AL Arthur Surveyor à la présidence de la < 'ommission du Canal de C'hignectou.Il convient aussi d’attirer votre attention sur le fait (pie la succession de AL François-Charles La berge à la Commission des Services Publiques de la Province de Québec a été confiée à l’un de nos membres les plus estimés, AL Alexandre Larivière remplissant maintenant ces hautes fonctions avec une compétence tenant à la fois de son expérience technique et de ses talents naturels.Le Conseil de l’Association a aussi pris l’initiative de recommander à la Corporation de l’École Polytechnique de faire les démarches nécessaires auprès de l’Université de Alontréal pour que soit accordé à AI.Ernest L oignon, l’un de nos confrères les plus éminents, le diplôme de Docteur-ès-seiencos appliquées "ad hono-rem”, en reconnaissance des travaux remarquables exécutés par lui 104 REVUE TRIMESTRIELLE C AX A DIE XX E dans tout le Dominion du Canada.La Corporation do l’École a présenté sa requête qui a été immédiatement agréée par la commission des Études de l’Université, et le grade sera conféré il M.Loignon par Monseigneur le Recteur de l’Université, au banquet annuel de l’Association.I ne nomination toute récente est celle de notre distingué confrere, M.Alexandre Fraser, ingénieur en chef du ministère de la Voirie, comme membre de la Corporation de l’École Polytechnique, en remplacement de M.F.-C.Laberge.M.Fraser apporte à notre École une grande experience comme administrateur et comme ingénieur.Le Conseil renouvelle à ces membres de notre Association ses plus chaleureuses félicitations pour la distinction dont ils ont été l’objet et pour l’honneur qu’ils apportent à leur Alma Mater.La revue des activités et événements de l’année, dont vous venez d’entendre la lecture, n’est malheureusement pas complète, car il reste à vous signaler la disparition de deux de nos membres au cours de 1931.Au mois de juin dernier, c’était monsieur François-Charles Laberge, ancien president de 1 Association, qui s’éteignait après une longue et douloureuse maladie supportée avec un courage et une vaillance qui étonnent encore tous ceux qui eurent l’occasion fie voir le malade au cours de ses souffrances.Jusqu’à son dernier instant s affirmèrent 1 énergie et la ténacité (pii avaient caractérisé M.Laberge pendant sa vie.A l’automne, au mois fie décembre, monsieur Joseph Hervé Meunier, promotion fie 190S, après quelques mois de maladie, décédait entouré de tous les siens, laissant à ceux (pii le connaissaient, socialement ou professionnellement, le souvenir regretté de l’homme bon et loyal qu’il était.C es deux amis de l'Association et de l’Ecole Polytechnique ne faillirent jamais dans 1 intérêt et l’attachement qu’ils avaient pour elles.L’Association dépose sur leur tombe le pieux hommage de ses regrets et de son souvenir.Armand Circé, Secrétaire. RAPPORT DU TRÉSORIER DE L’ASSOCIATION PourPanhée 1932 En caisse le 31 décembre 1930.SI,089.46 ¦¦MW VIE DE L ECOLE ET DE L ASSOCIATION Recettes: Cotisations.81,306.59 Banriuet du 31 janvier 1931.423.00 Intérêts sur obligations.41.25 Intérêts sur dépôts.43.99 Divers.4.32 1,819.15 82,908.61 Dépenses: -—— Banquet du 31 janvier 1931.8433.72 Abonnement Revue Trimestrielle.594.00 Remise Section de Québec.91.10 Papeterie.86.80 Impression des règlements.85.00 Frais de sténographie.47.50 Timbres.25.44 Indemnité, Secrétaire de l’Association.200.00 Indemnité, Secré.du Bureau rie placement 100.00 Divers .46.80 1,710.42 Pin caisse le 31 décembre 1931.1,198.19 82,908.61 Armand Circé Trésorier.RAPPORT DES VÉRIFICATEURS DES COMPTES Nous, soussignés, nommés vérificateurs des comptes en vertu d’une resolution adoptée à l’assemblée générale du 31 janvier 1931, déclarons avoir examiné les livres du Secrétaire-trésorier de l’Association des Anciens Elèves de l'Ecole Polytechnique de Montréal, et les avoir trouvés satisfaisants.La somme des recettes pour l’année 1931 s’élève à 81,819.15, et celle des déboursés à 81,710.42.L’actif total au 31 décembre 1931 était de 81,198.19 en banque, 8500.00 d’obligations de la Victoire, 8500.00 d’obligations de la ville de Greenfield Park.Eug.Desaulniers, Henri Labrec )ue, A.Düterron.MMH 106 REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE RAPPORT DE LA SECTION DE QUÉBEC* POUR 1031 Monsieur le President, Messieurs les Membres du Conseil de l’Asso- tion des Anciens Élèves de l’École Polytechnique de Montréal.Messieurs, Nous avons l’honneur de vous soumettre le dix-septième rapport annuel de la Section de Québec, celui de 1931.Avant de commencer la revue des faits de l’année, il est de notre devoir de souligner un fait douloureux; nous voulons rappeler à tous la disparition, au mois de juin dernier, d’un ancien, François-Charles Laberge.Il était estimé de tous, car en plus de briller dans les devoirs de sa profession, il s’est toujours dévoué pour la cause commune.Animé d’un esprit de justice, il n’a jamais négligé l’occasion d’aider ses confrères plus jeunes.Nous regrettons vivement sa disparition et déposons sur sa tombe l’hommage de notre plus profond souvenir.Au début de l’année, lors du banquet, annuel à Montréal, beaucoup de Membres de la Section de Québec se firent un devoir d’aller recontrer leurs confrères et amis afin de se joindre à eux dans leurs agapes.Ceux qui firent le voyage eurent le plaisir d’entendre M.A.Mailhot, président du Conseil Général, nous dire comment l’Ecole Polytechnique est à l’honneur par les hautes positions occupées par les Alembres de l’Association.Ils eurent également le plaisir d’entendre plusieurs intéressants discours, notamment celui du Ministre du Département de la Marine, M.Duranlcau.Le 9 février, les Membres de la Section de Québec étaient conviés à un banquet au Château Frontenac et un grand nombre répondirent à l’appel.Ce dîner était sous la présidence de notre distingué confrère AI.Edouard Ilamel.11 sut rendre hommage à notre Alma Mater en nous disant comment les Ingénieurs de Québec font honneur à leur profession.Nous eûmes aussi le plaisir d’entendre plusieurs autres allocutions très intéressantes.Sur l’avis du conseil dans une Assemblée tenue le 25 mars, les Membres furent conviés à une Assemblée Générale spéciale le 5 avril, pendant laquelle il fut décidé d’accepter le rayon de 35 107 Mi-: DK l’école et de l*association* milles comme délimitation de notre territoire, tel que proposé par le Conseil Général, ce qui compléta la procédure nécessaire pour la formation de notre .Section.Le 16 septembre, le Conseil s’assemblait pour discuter la question d’offrir un banquet à M.Larivière récemment nommé Commissaire aux Services Publics, mais comme l’Engineering Institute (Branche de Québec) avait pris la même initiative, il a été décidé de nous joindre à eux, et un grand nombre de nos Membres se firent un devoir d’assister au dîner de l’Engineering, présidé par notre estimé confrère, M.Cimon, et de témoigner ainsi leur estime à M.Larivière.1931 n’a peut-être pas été très fertile en dîners-causeries; nous attribuons le fait à la dépression économique fini sévit actuellement.Pendant cette période nous eûmes cinq assemblées du Conseil au cours desquelles plusieurs initiatives furent prises.Le nombre des Membres résidents dans la section fie Québec est de 54, statistiques fournies par le Secrétaire du Conseil Général.Le 17 janvier 1932 avait lieu l’Assemblée annuelle au cours de laquelle eurent lieu les Elections des Officiers pour l’année 1932.Le dépouillement du scrutin a donné les résultats suivants: Président; A.Pocliot, Vice-President; P.Métré Secrétaire-Trésorier; J.-L.Bizier.Conseillers; I.Vallée, II.Kieffer, L.Gagnon*, ('.Boisvert, L.-P.Gravel, E.Gaudette Représentant à Montréal—A.Larivière Président sortant de charge—E.Hamel.(Signé) J.-L.Bizier, Secrétaire.RAPPORT DE SEC'RÉTAIRE-TRESORIER ASSOCIATION DES ANCIENS ÉLÈVES DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE POUR L’ANNÉE 1931 (Section de québec) En caisse, 18 janvier 1931.855.21 Recettes — Banquet, 14 février.Part des cotisations reçues le 7 décembre de Montréal.93.00 91.10 Total.$239.31 ins revue trimestrielle canadienne Dépenses — Banquet du 14 février.¦ ¦ ¦ S95.10 Papeteries et Impressions.14.87 Frais de sténographes.10.00 Timbres.586 Entretien salle.5.00 En Caisse Total .8130.83 .108.4S Total .8239.31 (Signé) J.-L.Bizier, Secrétaire.CONSEIL DE L’ASSOCIATION DES ANCIENS DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE Pour l’année 1032 ÉLÈVES Président: S.-A.Baulne, Vice-Présidents: Théo-.I.Lafrenière, A.-B.Norm an dix, Secrétoire Trésorier: Armand f ircé.Directeurs: fil.-A.Terreault, jArthur Vincent, kx-Ofiao, Adh(,mar Mailiiiot> Prés.Étudiants.1 an < f.L-C.Chagnon, J.-N.Langelier Ernest MacKay, IJ.-A.Michaud, 1 H.Lefehvre, (A.Beauchamp, 2 ans - f Guy Carmel, I Guillaume Ginc.ras, ' Henri Labrecque, j Raymond Matte, [j.-M.Portugais, Représentant de la Section de Québec.A Lauivière. VIE DE L'ÉCOLE ET I)E I,'ASSOCIATION 100 ALLOCUTION DU PRÉSIDENT SORTANT DE CHARGE, AI.ADHÉMAR MAILIIIOT, A L’ASSEMBLÉE ANNUELLE DE L’ASSOCIATION, TENUE LE 30 JANVIER 1931.Messieurs, Voici le moment venu pour moi d’accomplir le dernier acte de ma charge de président de l’Association.Dans un instant je descendrai de cette tribune, mais avant je désirerais vous dire quelques mots sur les événements importants, heureux ou malheureux, qui se sont produits durant l’année qui vient de s’écouler.I,aissez-moi vous dire d’abord, messieurs, (pie j’ai bien compris qu’en m’élisant à la présidence l’an dernier, vous avez voulu reconnaître les services d’un vieux serviteur de l’Association.Je n’aurai pas le mauvais goût de paraître indifférent à l’honneur que vous m’avez conféré.L’an dernier, à cette date, je vous en ai exprimé ma vive reconnaissance et aujourd’hui, après avoir passé douze mois à la tête de l’Association, au moment de vous remettre mon mandat, je vous renouvelle mes sentiments de profonde gratitude pour cet honneur, (pii restera pour moi l’un des plus beaux souvenirs de ma carrière.Vous avez constaté comme moi que, depuis quelques années, l’idée de former et de créer des associations d’anciens élèves se répand partout.On sent, avec raison, que c’est un moyen efficace de soutenir et d’affirmer dans l’estime publique, le nom et la réputation de l’institution qui nous a formés.Et ces associations, comme la nôtre d’ailleurs, ont pour autre avantage de fournir aux anciens, dispersés ici et là dans la province et le pays tout entier, l’occasion de se revoir, de resserrer les doux liens de l’amitié, et d’inspirer à tous l’amour, le respect et la confiance qu’ils doivent entretenir envers l'Alma Mater.L’Association des Anciens Élèves de l’École Polytechnique diffère un peu des associations similaires constituées autour des autres maisons d’enseignement, en ce que tous ses membres exercent la même profession; ceci a pour effet de mettre plus d’unité et d’harmonie dans les relations individuelles; tous les membres sont pour ainsi dire des compagnons de travail: ils sont tous préoccupés des mêmes problèmes, ils parlent tous h* même langage technique, ils ont tous quelque chose à apprendre les uns des autres; dans la lutte pour la vie ils peuvent tous se venir en aide les uns aux autres, se protéger et présenter un front plus uni contre l’adversité. un RK VUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Depuis plus de vingt ans que l’Association existe, il s’est opéré des merveilles dans le domaine de l’intimité entre ses membres; cette intimité est devenue presque proverbiale; partout l'on cite en exemple notre bon esprit universitaire et notre esprit de corps.L’Association n’eût fait que cela depuis sa naissance, c’est-à-dire développer et entretenir la cohésion entre tous ses membres, c’eut été énorme et elle eût pleinement justifié la pensée clairvoyante de ses fondateurs.Je ne m’attarderai pas à énumérer les œuvres accomplies par l’Association.Elles sont présentes a votre mémoire comme à la mienne.Qu’il me suffise d’ajouter que 1 Association a pleinement rempli les promesses qu’elle laissait entrevoir lors de sa fondation et que les fondateurs se sont acquis un titre spécial à notre reconnaissance.Permettez maintenant que je vous dise un mot de nos chers disparus.S’il en est un dont nous avons mille raisons d’évoquer ici le souvenir, c'est bien l’ami sincère dont nous pleurons tous la disparition, M.François-Charles Laberge, membre de la Commissiontdes Services publics de la Province de Québec.Monsieur Laberge était attaché à l’École par les fibres les plus intimes de son cœur.11 entra à l’École en 1S88 et en sortit en 1892, après un brillant cours d’études et muni tie son diplôme d’ingénieur civil.Il devint professeur d’arpentage et d’histoire naturelle en 1890, et lorsque le travail professionnel de son bureau devint trop pressant, il abandonna sa chaire en 1912.Lors de son décès, au mois de juin dernier, il était professeur honoraire et membre de la Corporation de l’École.Monsieur Laberge était aussi très profondément attaché à l’Association des Anciens Elèves.Il avait été l’une des âmes dirigeantes et persévérantes du mouvement qui entraîna la fondation de notre Association.11 en fut successivement directeur, \icc-président et président.Lorsqu’on 1924 il sortit du Conseil de l’Association, il en avait occupé tous les postes, après avoir servi pendant onze ans, et y avoir donné le meilleur de son âme et de son cœur.Chacun sait l’amitié et l’intérêt qu’il portait à ses confrères de l’École Polytechnique, tout aussi bien aux plus jeunes qu’aux plus anciens, car il les connaissait tous par leurs noms, et pour témoigner aux premiers plus de familiarité et les mettre plus a 1 aise avec lui, il les tutoyait tous. VIE DE LÉCOLE ET DE L’ASSOCIATION' 111 I hacun sait aussi toute 1 estime qu’il avait pour ses confrères de l’École, (pii d’ailleurs le lui rendaient bien.Il était convaincu, et ne cessait de le repéter chaque fois que l’occasion s’en présentait, que les diplômés de l’École Polytechnique ne le cèdent en rien au diplômés des autres universités.II siégea plus tie vingt ans a la Commission des Services publics de Québec, où il donna la pleine mesure de sa valeur.Par la noblesse de ses sentiments, par son jugement sûr et pondéré, par ses manières affables et courtoises, par ses vastes connaissances en génie civil, il y a fait beaucoup honneur à Y Alma Muter et au nom canadien-français.Qu’on me permette d’emprunter ici ce que disait de lui, au lendemain de sa mort, l’un des journalistes les plus éminents de Montréal, qui l’avait connu intimement: “De ceux que Montréal a conduits au champ des morts en ces derniers temps, personne n’aura laissé une plus belle réputation d’intégrité, un nom plus respecté, un souvenir plus vivace et, dans le cœur de scs amis, de plus grand vide que François-Charles Laberge”.Au cours de l’année qui vient de s’écouler, l’Association a eu aussi la douleur de perdre l’un de ses excellents membres dans la personne de Joseph-Hervé Meunier, de la promotion 1908.Il a été brusquement arrache a l’affection des siens à un âge où ceux-ci avaient le plus besoin de lui.C’était un humble et un doux.Sa nature un peu timide le faisait s’effacer.Il a toujours fui les honneurs, quoiqu’il fût doué pour briller au premier plan.C’était une nature charmante dont quelques intimes seuls ont eu le bonheur de jouir.11 a toujours conservé à son Alma Mater l’attachement d un fils aflectueux, et il se plaisait dans la compagnie de ses confrères de l’Association.C’était un assidu ù toutes les fêtes de l’Association.Il a vécu en faisant plus de bien que de bruit, et sa mémoire vivra éternellement dans le cœur de tous ceux qui l’ont connu et qui ont su l’apprécier a sa juste valeur.L’association perd en lui un membre fidèle, et dépose sur sa tombe à peine refermée l’hommage de son inaltérable souvenir.h.n honorant la mémoire de nos disparus, nous maintenons entre les morts et les vivants cette solidarité (pii est l’un des liens les plus forts de notre Association.L’évocation (pie je viens de faire était nécessaire, car dans une association comme la nôtre il ne peut y avoir place pour l’indifférence et l'isolement.Nous sommes tous frères par le souvenir, par la profession, par l’identité 112 RE VU K TRIMESTRIELLE CANADIENNE ô sueeursales au Canada dont 224 dans la province de Québec NOS RKSSOURCKS SON T A NO I R K DISPOSI TION NOT R K PKRSONNTL KST A VOS ORDRLS ON TROUVE TOUJOURS A LA LIBRAIRIE DEOM UN choix important de beaux livre.* anciens et modernes, des éditions originales, rares ou curieuses’ des meilleurs écrivains des XIXe et XXe siècles et les ouvrages nouveaux, en exemplaires ordinaires ou sur grand papier, d’une sélection d'auteurs contemporains.:: :: :: •; 1247 RUE ST-DENIS TLLKPIIONL KST 2551 MON! RÉAL REVÜE TRIMESTRIELLE CANADIENNE VII Revue des Questions Scientifiques publiée pur la Société Scientifique de Bruxelles (49e année) Revue belge de haute vulgarisation scientifique l’ar ses ‘'Articles originaux", ses “Revues des Publications périodiques”, sa “Bibliographie scientifique”, elle lient ses lecteurs au courant des principales questions scientifiques d’actualité.Paraît G fois par an, en fascicules de 160 à 180 pages.Prix de l'abonnement : Belgique et Luxembourg : 80 francs belges.France : 7n francs français.Autres pays : 20 bclgas.LE NUMERO 12 F R A N G S.Numéros spécimens sur demande.ADMINISTRATION: 11, RUE DES RECOLLETS, 11, LOUVAIN.POLYBIBLION REVUE BIBLIOGRAPHIQUE UNIVERSELLE â, rue de Saint-Simon, 5,.PARIS, VU Le "Polybiblion", qui est entré clans sa 63e année, parait chaque mois, eu deux parties distinctes.I- — Une "Partie littéraire" (2 vol.par an), comprend: lo des “Articles d’ensemble" sur les différentes branches de la science et de la littérature; 2o des "Comptes rendus" des principaux ouvrages publiés en France et à l'Etranger; 3o une "Chronique", résumant tous les faits se rattachant à la spécialité du Recueil.— Depuis la fin de 1914, le "Polybiblion" donne des comptes rendus en nombre considérable relatifs à la guerre européenne.II- — Une "Partie technique" (1 vol.par an), contient: lo une "Bibliographie méthodique" des ouvrages publiés en France et à l'Etranger, "avec indication des prix"; 2o les "Sommaires" de nombreuses Revues françaises et étrangères; les "Sommaires" des grands journaux de Paris (articles littéraires, historiques.scientifiques et artistiques, et articles se rapportant de près ou de loin à la guerre européenne).Envol de spécimen : 1 franc 50.PRIX DE L'ABONNEMENT Partie littéraire France, 36 fr.Etranger, 45 fr.Partie technique — 31 — — 37 _ Les 2 parties réunies — 48 — — GO — VIII REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE Un journal honnête et bien fait.Le DEVOIR est un quotidien rédigé avec soin et honnêteté pour un public intelligent, respectable et instruit.ACHETEZ ET LISEZ LE DEVOIR TOUS LES JOURS Il est intéressant, bien informé, impartial, propre.Administration et rédaction, 4.10 Notre-Dame est, Montréal. REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE IX Obstacles ou étapes?f.i'.s compte* de taxes arrivent jx'iiutliqucmcm ; iis sont inéluctables.Les primes d'assurance sont également dues à date fixe.La depreeiat ion ties biens ipie 1 on possédé se poursuit aussi incessamment : il faut enfin envisager les frais à débourser pour la réparation de vof re auto, rameublement ou les répartit ions de votre maison.f 'Lacune tie ees échéances constitue-t-elle un obstacle quasi insurmontable ou simplement une étape dans une marche en avant ?Si tou - ave/ -11 vous const it lier une reserve bancaire, ce sera une étape; si vous avez etc imprévoyant, ce sera un obstacle.si:n.\-( i : ktapk ou ohst.u li: ?A yez un compte de banque bien garni ! LA BANQUE PROVINCIALE DU CANADA (.lias-A.ROY.Ciéraut-Ciénéral Bactéricide: Non toxide: Non Caustique: Inodore (Marque déposée) APPLICATIONS : Doses à employer, sauf avis contraire du médecin Accouchements, toilette féminine, en lavages ou injections .i/t> Plaies, pansements, écoulements fétides.Sueurs des mains ou des pieds, désodorisant .Pellicules, chutes des cheveux, en lavages ou pommades .Stérilisation des sondes et instruments, sans les attaquer .Désinfection des objets et ustensiles de toilette des malades à 1% «à 1% à 3% à 3% à 3% à 3% N.B.— 5 grammes, c’est-à-dire une cuillerée à café, donnent, avec un litre d’eau une solution de V‘%.M.CARTERET Pharmacien de 1ère Classe — Ex-interne des Hôpitaux de Paris Dépositaires au Canada: ROUGIER FRERES, MONTREAL X REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE ECOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉAL FONDÉE EN 1873 TRAVAUX PUBLICS - INDUSTRIE Toutes les Branches du Génie PRINCIPAUX COURS: Mathémat iqucs ( 'liimio Dessin Electricité Minéralogie Arpentage Mines Machines Thermiques ( 'oust met ions ( -ivile~ < lénie Sanitaire Hygiène Physique I Inscriptive Mécanique Hydraulique ( iéologie ( léodésie Métallurgie Travaux Publies ( 'hemins de fer ( ’hiinie Industrielle Economie Indust rielle Laboratoires de Recherches et d’Kssais, 14.S0 rue Saint-Denis, Montréal.TLlLPIK ).\ES: Administration:— LAncasler 9207 Laboratoire Provincial des Mines: - LAncaster 7880 P R ü S P E C T US SU R D E M A N D E KEVUB TRIMESTRIELLE CANADIENNE XI ELLIOTT, DAViD, DUGAS & WEBSTER Avocats, 275 St-Jacqucs Hon.Mlianasc David, K.C.Maurice Dilyas, K.C.Cordon M.Webster Romeo Desjardins •Jean Raymond.Le NOTAIRE FARIBAULT Nieces.-cur «It* Kcclerr »V* l;uil>aul! Ktlifii-e Versailles, No 90 rue ‘St-.l;u*(|lies, MONTRKAK.'lei.Main 07S.* « Ij'pliun- Boll i;>t 2(H>0.LIBRA IRIK ST-LOUIS X.n I mi t I’aribault, propriétaire.I ‘a p* r • : ic-.Fournitures de Bureaux, I.ivn-, Revues Romans, Journaux, Joints, \ni I CITAS.DESJARDINS & GIE i — Limitée FOURRURES El CHAPEAUX 1170, Rue St-Denis, - Montréal.LA REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE est prête à payer une prime à tous ceux qui nous enverront le bulletin de souscription d'un nouvel abonné.Pour plus de détails s’adresser à I.A REVUE TRIMESTRIELLE CANADIENNE M30, rue Saint-Denis MONTREAL, Qué. XII H K VU K THIMKSTRIEIjIiI'I CANADIENNE BEAUHARNOIS ! 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